RECORD: Darwin, C. R. 1891. La descendance de l'homme et la sélection sexuelle. Trans. by Edmond Barbier. Preface by Carl Vogt. Paris: C. Reinwald.

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LA DESCENDANCE

DE

L'HOMME

ET

LA SELECTION SEXUELLE

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LA DESCENDANCE

DE

L'HOMME

ET

LA SÉLECTIOO .SEXUEELL

PAR

Charles DARWIN, M. A, P,R.S.,etc.

Traduit par EDMOND BARBIER

D'APUÉS LA SECONDE ÉDIT10S ASOLAISK REVEE ET AUGMENTEE PAR L'ADTECB

PREFACE PAR CARL VOGï

TROSSIÈME ÉDITION FRANÇAISE

(Deuxième tirage)

PARSS

C. REINWALD & O, LIBRAIRES-ÉDITEURS

15, RUE DES SAINI8-PÈRB8, 15

1891

Tous droits réservés.

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PRÉFACE DE CH. DARWIN

A LA DEUXIÈME ÉDITION ANGLAISE

Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage en 1871, j'ai pu y faire des corrections importantes. Après l'épreuee du feu, par laquelle ce livre a passé, je me suis appliqué à profiter des critiques qui me semblaient avoir quelque fondemnnt.. Un grand nombre de correspondants m'ont également communiqué une foule si étonnante d'observations et de faits nouveaux, que je ne pouvass en signaler que les plus importants. La liste de ces nouvelles observations et des corrections les plus importantes qui sont entrées dans la présenee édition se trouve ci-aprè.. De nouveaux dessins faits d'après nature par M. T. W. Wood ont également remplacé quatre figures de la première édition et quelques nouvelles gravures y ont été ajoutée..

J'appelle l'attention du lecteur sur les observations qui m'ont été communiquées par M. le professeur Huxley. Ces observations se trouvent en Supplément à la fin de la 1~ partie (page 219), et traitent des différences du cerveau de l'homme, comparé aux cerveaux des singes supérieurs. Ces observations ont d'autant plus d'à-propos que depuis quelques années diverses publications populaires ont grandement exagéré l'importance de cette quesiion.

A cette occasion, je dois faire observer que mes critiquss prétendntt assez souvent que j'attribuais exclusivement à la sélection naturelle tous les changements de structure corporelle et de puissanee- mentale, qu'on appelle communment changements spontanés; j'ai cependant déjà constaté, dès la première édition de Y Origine des Espèces, qu'on doit

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VI

PREFACE

res,

tenir grand compte de l'usage ou du non-uaage héréditaire aussi bien des parties du corps que des facultés mentales. Une autre part dans ces changements a été attribuee par moi aux modificaiions dans lamanièee de vivre. Encore faut-ll admettre quelques cas de réversion occasionnelle de structure, et tenir compte de ce que j'ai appelé « Croissance corrélative ,, voulant indiquer par là que différentes parties de l'organisation sont, d une manièee encore inexpliquée, dans une telle connexion, que si l'une de ces parties varie, l'autre varie encore davantage, et si ces changemnnts ont été accumulés par l'hérédité, d'autres parties peuvent être modifiées également.

D'autres de mes critiques insinuent que, ne pouvant expliquer certains changements dans l'homme par la sélection naturelle, j'inventai la séleciion, sexuelle. Pourtan,, dans la première édition de l'Origine des Espèces, j'avass déjà donné une esquisse claire de ce principe, en remarquant quill s'appliquatt également à l'homm..

La sélection sexuelee a été traitée avec plus d'étendue dans le présent ouvrage, par la raison que l'occasion s'en présentait pour la première fois. J'ai été frappé dela ressemblance de la plupart des critiques à moitié favorables, de la sélection sexuelle, avec celles qu'avatt rencontrées la sélection naturelle, prétendant, par exemple, que ces principes pouvaient bien expliquer quelques faits isolés, mais ne pouvaient certainement pas être employés avec l'extension que je leur ai donnée. Ma conviction sur le pouvorr de la séleciion sexuellen'acependantpaséréébranlée,qloiqu'ilsoitprobable, et même certain, qu'avec le temps un certain nombee de mes conclusions pourront être trouvéss erronée,, chose tout à fait explicable, puisqu'il s'agit d'un sujet traité pour la première fois. Lorsque les naturalistes se seront familiarisés avec l'idée de la sélection sexuelle, je crois qu'elle sera acceptée plus largemen,, comme elle a d'ailleuss été admise déjà par plusieuss des juges les plus autorisés.

Ci. AARWIN.

Septemere. 1.874.

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TABE

E

DES

PRINCPPALES DE LA

ADDITIONS ET CORRECTIONS PRÉSENTE ÉDITION

24-25

S

32 42

48

I

61

68

85 85

S

99

102 106 122 133

a

139

.3

20 22

72

74

74-75

78

S-

93

98

110 111

ulï.

122 126

? S

Révision dela discussion sur les parties rudi- mentaires de l'oreille humaine. Cas d'hommss nés avec un corps velu. Mantegazzasurladernièremolaire de l'homme. Rudimenss d'une queue chez l'homm..

D..„i,,s r.it, dlmrwioc chez l'homme .1 les

animaux. Facultés de raisonnement chez les animaux

inférieurs.

Pouvoir de former des concepts relaiivement Fidélité chez l'éléphant.

c*s.«rle "°uo,e°'grte,ire *" "

Alleaî'onï. parenté. Petrât.n.ed'.himn.itéetdehain..

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vm TABLE DES PRINCIPALES ADDITIONS ET CORRECTIONS

1" ÉDITION.

VOL. I.

ÉDITION

ACTUELLE.

 

Page,s 160

X

187 199 213

'S

265

270 277 282 305

320

331-332 346

347-348 360

380

S

386 390-391

403

. 426 437

Pagess . 55

58 59

146

155

1

206-207

213 219-225

229 246-247

259

266-267

279 281-282

290

299 300

S

309

310 312-313

322

S

Broca, sur la capacité du crâne diminuée par

la conservation des individss inférieurs. Belt, avantagss que l'homme tire de sa n.ud.té. Dispariiion de la queue chez l'homme et cer-

ForTeVnufsibles de la sélection chez les na-

IndôleLTde Somme sans le combat pour

Goriîle ^"couvrant de ses mains contre la pluie. Hermaphroditisme chez les poisson.. Rudiments de mamelles chez l'homme màle. Changements dans les condiiions de la vie amoindrissant la fécondité et l'état de santé

La^ïuXrê de la peau est une protection contre le soleil.

Organes spéciaux des vers parasites mâles

transmissionàl'unoul'autredesdeuxsexes. Les causes du plus, grand nombee de naissan-

Pr|onionSdes sexes dans la famille des

Leapb.eùsegrand nombee de màles s'expiique

quelquefois par la sélection. Couleurs brillantes chez les animaux d'orga-

sr^:r/pt;^rr^tsnl. i^œfaïïï'ï.... -i.

Ap'pïïu m.ital chez les Homopt.res. Développement de l'.ppuell stridul.nl chez

]l.m™'SÇiî.T.»eles diltérenees ..««elles des abeilles.

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DE LA PRÉSENEE ÉDITION                     ' ne

1- ÉDITION.

VOL. I. II.

ÉDITION

ACTUELLE.

.

Pages. 443

2.

VOL. II.

2

16

ï

38

77

96

iS

129 135

159-J62

164 169

250-251

268

S

282 287 310 324 343 364

Pages. 350

357 358

364 375

15.

5

392 420

S

457 459 463

480-483

S-

514-545 555

a.

566 571 586 595 608 625

.Papillons femelles, plus assidues auprès des ;

mâles, sont auss, plus briliantes en couleu.. D'autres cas de mimique chez les Papillons. Cause des couleuss brillantes et diversifiées

des chenilles.

Piquants formant brosse chez le mâle du

D'auatresUfaits de la saison du frai des pois- .

D=,1U^nd^rparles poissons/

^antTcolaorE""16 protéSée ^ " D'auTesCcas?urîenpouvoir mental des serpents. Sons produits parles serpents; le serpent à

Comîâte des Caméléons.

Marshal,, sur les protubérances des têtes des

Action directe du climat sur les couleurs des dSs faits ccncernant lcs ocelles du faisan

PaAradeSdes Oiseaux-mouches.

Faits de transmissions de couleur à un seul sexe chez ess pigeons.

Lé goût de paruee est assez puissant pour admettre la sélection sexuelle.

Les cornes des moutons étaient originairement

L-a^raSts-cornes des animaux. Variété du Cervus virginianus à cornes poin-

Ta\neSrelative des mâles et femelles de la ba-

Dojon^les différences sexuelles des chau-

ReVekSs,Ss0urnles avantagss d'une coloraiion spé-

DifTCrence du teint entre les hommes et les

femmes d'une tribu africaine. Le langage est postérieur au chan..

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x TABLE DES PRINCIPALES ADDITIONS ET CORRECTIONS.

1» ÉDITION.

VOL. II.

ÉDITION

ACTUEELE.

 

Pages. 386

387 et s.

405-406

411

Pages. 641

643 et S.

654-655

659

Schopenhauer, sur l'importance des intrigues

d'amour pour le genre humain. Révssion de la discussion sur les mariages

communaux et sur la promiscuité. Pouvorr des femmes chez les sauvages de

choisir leuss maris. Une longue habitude d'épilation peut avorr un

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TABLL DES MATIÈRES

PREMIÈEE PARTIE

LA DESCENDANCE OU L'ORIGINE DE L'HOMME

Pages.

PrËfacede Carl Vogt......................... sv

Introduction.............................xxm

Chapitre premier. - Preuves à l'appui de l'hypothèse que l'hmmee de--' cedd d'une forme inférie.re.................... 1

Nature des preuvss sur l'origine de l'homme. - Conformations homologues chez l'homme et les animaux inférieurs. - Points de similitude divers. - Développement. - Conformations riidimentaires, muscles, organes des sens, cheveux, os, organss reproducteurs, etc. - Portée de ces trosn ordres de faits sur l'origin, de l'homm..

Chapitre Û. - Sur le moee de développement de l'hmmee de quelque tyee

inférieur............................. 23

Variabilité du corps et de l'esprit chez l'homme. - Hérédité. - Causss de la variabilité. - Similitude des lois de la variation chez l'homme et chez les animaux inférieurs. - Action direcee des conditions d'existence. - Effess de l'augmentatron ou de la diminution d'usage des parties. - Arrêss de développement. — Retour ou atavisme. — Variation corrélative. — Taux d'accroissemen.. - Obstacles à l'accroissement. - Sélection naturelle. - L'homme, anmat prédomintnt dans le monde. - Importance de sa conformation corporelle.

-  Causes qui ont déterminé son attitude verticale. - Changements consécutifs dans sa structure. - Diminution de la grosseur des denss canines. - Accroissement et altération de la forme du crâne. - Nudité. - Absenee de la queu.. -Absenee d'armes défensives.

Chapitre III. — Comparaison des facultés mentales de l'hmmee avcc celles

des animaux inférieurs...................... 66

La différence entre la puissance mentale du singe le plus élevé et celle du sauvage le plus grossier est immense. - Communauté de certains instincts.

-  Emotions - Curiosité. - Imitation. - Attention. - Mémoire. - Imagination. - Raison. - Amélioration progressive. - Instruments et armss employés par les animaux. - Abstraction, conscience de soi. - Langage. - Sentiment de la beauté. - Croyance en Dieu, aux agenss spirituels, superstitions.

Chapitre IV- — Comparaison des facultés mentales de l'hmmee avec celles

des animaux (suite)........................103

Le sens moral. - Proposition fondamentale. - Les qualités des animaux sociables. - Origine de la sociabilité. - Lutee entee les instincts contraires.

-  L'homme, animal sociable. - Les instincts sociaux durables l'emportent sur d'autres instincts moins persistants. - Les sauvages nbestiment que les vertus sociales. - Les vertus personnelles s'acquièrent à une phase postérieure du développement. - Importance du jugemenu des membres d'une même communauté sur la conduite. - Transmission des tendances morales. - Résumé.

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TABLE DES MATIÈRES

Pages. Chapitre V. - Sur le développement des facultés intellectuelles et morales pendant les temss primstifs et les temss civilisés......137

Développement des facultés intellectuesles par la sélection nature.le. - lin-portance de l'imitation. - Facultés sociales et morales. - Leur développment dans les limites d'une même tribu. - Action de la sélection naturelle sur les nations civilisées. - Preuves de l'état antérieur barbare des nations civiiisées.

Chapitre VI. - Affnnités et généalogie de l'homme........... 158

La position de l'homme dans la série animale. - Le système naturel est généalogiqui. - Les caractères d'adaptation ont peu de valeur. - Divers poinss de ressemblance entre l'homme et les quadrumanes. - Rang de l'homme dans . le système naturel. - Patree primitive et antiquité de l'homme. - Absence de chaînons fossiles. - Etats inférieurs de la généalogie de l'homm,, déduits de ses affinités et de sa conformation. - Etat primifif androgyne des Vertébrés.

—  Conclusions.

Chapitre VII. — Sur les races humaines................ 181

Nature et valeur des caractères spécifiques. - Application aux races humaines. - Arguments favorables ou contraires au classement des races humaines comme espèces distinctes. - Sons-espèces. - Monogénistes et Polygé-nistes. - Convergence des caractères.' - Nombreux point! de ressemblantes corporelles et mentales entre les racss humaines les plus distinctes. - Etat de l'homme, lorsqulil s'est d'abord répandu sur la terrée - Chaque race ne descend pas d'un couple unique. - Extinction des races. - Formation des races.

-  Effess du croisement. - Influence légèee de l'action directe des conditions d'existence. - Influence légèee ou nulee de la sélection naturelle. - Sélection sexuelle.

DEUXIÈME PARTEE

LA SÉLECTION SEXUELLE Chapitre VII.. - Prnncipes de la sélection se.uelle...........226

Caractères sexuels secondaires. - Sélection sexuelle. - Son mode d'action. - Excédent des mâlles. - Polygamie. - Le maie ordinairement seul modifié par la séleciion sexuelle. - Ardeur du mâle. - Variabilité du mâle. - Choix exercé par la femelle. - La sélection sexuelle comparée.A la sélection naturelle. - Hérédité aux périodes correspondantes de la vie, aux saisons corre--pondantes de l'année, et limitée par le sexe. — Rapports entee les diversss formes de l'hérédité. - Causes pour lesquelles un des sexes et les jeunes ne sone pas modifiés par la sélection" sexuelle. - Supplément sur les nombres proportionnels des maies et des femelles dans le règne animal. — La proportion du nombee des individus mâles et femelles dans les rapports avec ta sélection nature.re.

Chapitre IX. — Les caractères sexuels secondaires dass les classes inférieures du règee anmmal ;...................286

Absenee de caractères de ce genre dans les classes inférieures. - Couleuss brillantes. - Mollusques - Annélides. - Chéz les Crustacés, les caractères sexuels secondaires sont fortemenl développés, dimorphisme, couleur, cara-tères acquis seulement à l'état adulte. - Caractères' sexuess des Araignées, stridulation chez les mâles. - Myriapodes.

Chapitre X. — Caractères sexuels secondaires chzz les insectes.....302

Conformations diverses des mâles servatt à saisir Ira femelles. - Différences entre les sexes, dont la signification est inconnue. - Différence de tallee entre les sexes. - Thysanoures. - Diptères. - Hémiptères. - Homoptères, facultés musicales que possèdent les mâfes seuls. - Orthoptères, diversité^ de structure des appareils musicaxx chez les mâles; humeut belliqueuse, couleurs. - Névrop-tères, différences sexuelles de couleu;. - Hyménoptères, caractère belliqueux, couleurs. - Coléoptères; couleurs: présenee des grosses cornes, probablement comme ornementation; combats; organec .bridaient. ordinairement commuss aux denx sexes.

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TABLE DES MATIÈRES

Pages.

Chapitre XI.- Insectes, sue.e. _ Ordee des Lépidoptères (papillons et

phalènes)............................338

Cour que se font les papillons. - Batailles. - Bourdonnements. - Couleuss communes aux maies et aux femelles, ou plus brlllantes chez les mâles. -Exemples. - Ces couleurs ne sonl pas dues à l'action direcee des conditions d'existence. - Couleurs protectrices. - Couleur des phalènes. - Leur étalage.

-  Perspicacité des Lépidoptères. - Variabilitr. - Causes de la différence de coloration entre les mâles et les femelles. - Imitation, couleuss plus brillantes chez les paplllons femelles que chez les maies. — Vives couleurs des chenilles.

-  Résumé et conclusions sur les caractères secondaires sexuels des insectes.

-  Comparaison des insectes avec les oiseau..

Chapitre XII. — Caractères sexuels secondaires des poissons, des amphibiss ed des reptiles........................ 364

Poissons : Assiduités des mâles, leurs combats. - Les femelles sont ordinai-ment plus grandes que les mâles. - Mâles, couleurs vives, ornements et autres caractèred ..étranges. - Couleuss et ornements qu'acquièrent les mâles pendant la saison des amours. - Chez certaines espèces, les mâles et les femelles affectent également des couleurs brillantes. s Couleuss protectrices.

-  On ne peut attribuer au besoin de protection les couleurs moins brillantes des femelles. - Certains poissons mâles construisent les nids, et prennent soin des œufs et des jeunes. - Amphimes : Différences de conformation et de coloration entee les mâles et les femelles. - Organes vocaux. - ReptilEs : Chéloniens. — Crocodiles. — Serpents, couleurs protectrices dans quelques cas. - Batailles des lézards. - Ornements. - Etranges différencss de conformation entre, les mâles et les femelles. - Couleurs6 - Différences sexuelles ' presque ausse considérables que chez les oiseau..

Chapitre XII.. - Caractères sexuels secondaires des oiseaux......394

Différences sexuelles. - Loi du combat. - Armes spéciales. - Organes vo-caux. — Musique instrumentale. — Démonstrations amoureuses et danse.. — Ornements permanents ou temporaires. - Mues annuelles, simples et doubles.

-  Les mâles aiment à faire étalage de leuss ornements.

ChapitreXIV. - Oiseaux (suite).....................442

Oise^^ésa ^SûS S iî «M£? ne™£ £

H3r3--S£ïî. " «SLS-" »™^?^iït-ï2 ire™

tion.. - Formation d'ocelles. - Gradations de caractères. - Exemples fournis par le Paon, le faisan Argus et l'Urosticte.

Chapitre XV. — Oiseaux (suite)....................486

Discussion sur la question de savorr pourquoi, chez quelques espèces, les mâles seuls ont des couleurs éclatantes, alors que les deux sexes en possèdent chez d'autres espèce.. - Sur l'hérédité limitée par le sexe, appliquée à diverses conformations et au plumage richement coloré. - Rapports de la nidification avec la couleur. - P erte pendatt l'hiver du plumage nuptial.

Chapitre XVI. — Oiseaux (fin).....................509

Rapports entee le plumage des jeunss et les caractères qu'il affecee chez les individus adultes des deux sexes.-Six classes de cas. - Différences sexuelles entre les mâles d'espèces très voisines ou représentatives. - Acquisition des caractères du mâle par la femelle. - Plumage des jeunes dans ses rapports avec le plumaee d'été et le plumaee d'hiver des adultes. - Augmentation de la beauéé des oiseau.. — Coloratiog protectrice. — Oiseaux colorés d'une manière

très apparente. - Les oiseaux aiment la nouveauté. - Résumé des quatre chapitres sur les oiseaux.

549

Chapitre XVI.. - Caractères sexuels secondaires chzz les mammifères. 549

La loi du combat. - Armes particulières limitées aux mâles. - Cause de leur absenee chez la femelle. - Armes communes aux deux sexes, mass primitivement acquises par le mâle. - Autres usages de ces armes. - Leur haute importance. - Taille plus grande du mâle. - Moyens de défense. - Sur les préférences manifestées par l'un et l'autre sexe dans l'accouplement des mammi-

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xiv                                TABLE DES MATIÈRES

rages. Chapitre XVIII.— Caractères sexuels secondaires des mammifères (suite). 577

Voix. - Particularité sexuelles remarquables chez les phoques. - Odeu.. - Développement du pou. - Coloration des poils et de la peau. - Cas anomal de la femelee plus ornée que le mâle. - Colorations et ornements dus a la

oS a sE^^ar"qaadrupèdes adllltes- ~couleura et

Chapitre XIX. - Caractères sexuels secondaires chzz t'hmmee (sue)e). . 608

Différences entre l'homme et la femm.. - Causes de ces différences et de certains caractères commuss aux deux sexes. - Loi de comba.. - Différences dans la pusssance intellectuelle et la voix. - Influence qu'a la beauéé sur les mariages humains. - Attention quoon. les sauvages pour les ornements. -Leurs idées sur la beauéé de la femme. - Tendance a exagérer chaqee particularité naturelle.

Chapitre XX. — Caractères sexuels secondaires chez l'hom.e......C40

Sur les effess de la sélection continue des femmes d'après un type de beauéé différent pour chaque race. - Causes qui, chez les nations civiliséss et chez les sauvages, interviennen. dans là sélection sexuelle. - Conditions favorables & celle-ci pendatt les temps primitifs. - Mode d'action de la sélection sexuelle dans l'espèce humaine. - Sur la possibilité qu'ont les femmes de choisir leuss maris dans les tribus sauvages. - Absence de poils sur le corps, et le dévelop-

F1N DE LA TABLE DES MATIÈRES.

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PRÉFAEE DE CARL VOGT

POUR LA PREMIÈRE ÉDITION

Mon am,, M. Reinwald, me demande une préface pour le nouveau livee de M. Darwin dont j'ii vu naître la première édition de la traduction française.

M. Darwin me fait l'honneur de citer, à la première page de son œuvre, une phrase prononcée dans un discosrs que j'avais adressé, en avril 1869, à l'Institut national genevoes.

Je ne cross pouvoir répondre mieux à la demande de mon éditeur et ami, qu'nn mettant ic,, et à la plaee d'une préface, la plus grande partie de ce discours qui a reçu une approbation si flatteuse de la patt d'un maître tel que M. Darwin :

Dans toutes les sciences naturelles, nous pouvons signaler une double tendance des efforss faits pour les pousser plus loin et pour leur faire porter les fruits que la sociééé est en droit d'attendre d'elles. D'un côté, la recherche minutieu,e, secondee par l'installation d'expériences aussi dégagées que possible d'erreurs et de perturbations; de l'autre côté, le rattachement des résultats obtenss à certains principes généraux dont la portée devient d'autant plus granee qu'ils engagent à de nouvelles recherchss dans des branches de la science en apparence entièrement étrangères à celle dont ils découlent en premier lieu. Enfin, ,au fond de ce mouvement qui domine dans les sciencss et. par conséquent aussi dans la société (car on ne peut plus nier aujourd'hui que ce soient les sciencss qui marchent à la tête de l'humanité entière), au fond de ce mouvement, dis-je, s'aperçoit ce besoin d'affranchissement de la pensée, ce combat incessant contre l'autorité et la croyance transmise/héritée et autoritair,, qui, sous mllle formes diverse,, agite le monde et tient les esprits en éveil.

Auss. voyez-vous ce courant de liberté, d'affranchissement et d'indpendance au fond de toutes les questions qui surgsssent les unes a côté des autres dans le monde politique, religieux, social, littéraire et scientifique ; -ici, vouslevoyezparaitre comme tendance wself.government.lkcolme critique des textes dits sacrss ; les uns cherchent à établir, pour les con-

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xvi                                             PRÉFACE

ditions d'existence de la sociééé et des diverses classes qui la composent, des lois semblables à celles qui gouvernent le monde physqque, tandss que les autrss soumettent à l'épreuee des faits et des expéreences les opinions et les assertions de leurs devanciers, pour les trouver, le plus souven,, contraires à ce qu'enseigntnt les recherches nouvelles. Partout se forment deux camps, l'un de résistance, l'autre d'attaque; partout nous assistons & des luttes opiniâtres, mais dans lesquelles triomphera sans doute la raison humaine, dégagee de préjugés et d'erreurs implantées dans le cerveau par héritage et par l'enseignement pendant l'enfance. Ces luttes, toujouss profitables a l'humanité, mettent en plein jour les liaisons qui existent entee les différentes branchss des connasssances humainss; aucune ne saurait plus prétendre à un domanee absolu, et souvent les armes offensives et défensives doivent être cherchées dans un arsenll étabis en apparence bien loin du camp dans lequel on s'est enrôlé primitivement. En môme temps, la somme de nos connasssances acquises s'accroît avec une telle rapidité, que l'organisation humaine la plus amplement douée ne suffit plus pour embrasser au complet, môme une branche isolée. Aussi me permettrez-vous de restreindre mon sujet et de rechercher seulement, dans le petit domaine dont je me suis plus spécialement occupé, les manifestations de cette tendanee générale que je viens de signaler.

Comment se manifeste dans l'étude des sciences biologiques s'occu-pant des êtres organisés et ayant vie, cet esprtt d'indépendance cette tendance a briser les liens qui empochaient jusqucici le libre développement de ces sciences? D'une manière bien simple, messeeurs. On ne croit plus a une force vitaee particulière, dominant tous les autres phénomènes organiques et attirant dans son domaine inabordable tout ce qui ne cadre .pas à première vue avec les faits connus dans les corps inorgniques; on ne pari plus, comme d'un axiome élevé au-dessus de toute démonstration, de l'idée d'un principe immatériel de la vie qui n'est combiné avec le corps que temporairement et qui continue son existenee môme après la destruction de cet.ooganisme par lequel seul il se manfeste; - non, on laisse absolument de côté ces quesilons et ces prétendus principes tirés d'un autee ordre d'idée,, et on procède a l'analyse du corps organisé et de ses fonctions comme on procéderait à celle d'une machine très-compliquée, mais dans laquelle il n'y a aucune force occulte, aucun effet sans cause démontrable ; - on part, en un mot, du princpee que force et matèère ne sont qu'un, que tou,, dans les corps organiques comme inorganiques.n'estquetransformalionsettranspositisnsincessant.es, compensation perpétuelle. Et en appliquant ce principe à l'élude des corps organisés, en s'affranehissant, en un mot, de toute idée préconçue et impaantée, on arrive non seulement à des résultats et à des conclusions qui doivent rejaillir fortement sur d'autres domaines, on est môme condutt à la conception d'expériences et d'observations qui auraient été impossibles, inimaginables dans une époque antérieure où toutes les pensées étaient dominées par l'idée d'une force vitaee particulrère. Dans ces temps-là, un mouvement étatt le résultat d'une volonté dictée par cette force vitale; aujourd'hui il est devenu la conséquence nécessaire d'une irritation du système nerveux, et pour le produire, l'organisme ne dépenee pas de la force vitale, mais une quantité parfaitement déterminée et mesurable de chaleu,, engendrée par la combustion d'une quantité aussi déterminée,

[page break]

PRÉFACE                                                 xvii

de combustible que nous introduisons sous forme d'aliment. Le musce,, qui se contracte, n'est aujourd'hui qu'une machine, dont les effets de force sont déterminés aussi rigoureusement que ceux d'un câble de grue, et cette machine agtt aussi longtemps qu'elee n'est pas dérangée, avec autant de précision iqu'un câble inanimé. Aujourd'hui, nous détachons un muscee d'une grenouille vivante, nous le mettons dans les conditions nécessaires pour sa conservation, en empêchant sa dessication et sa de-composition, nous lui donnon,, comme du charbnn à une machine, de temps en temps le sang nécessaire pour remplacer la matière brûlée par l'oxygène de l'air, - et ce muscee isolé, sous cloche, séparé de l'orgnism,, non depuis des heurss et des jours, mass même depuss des semaines, ce muscle travaille sur chaque irritation que nous lui transmettons par l'électricité aussi exactement qu'un spiral de montre dès quill

__ _____i'i ».______t'i__! „____ _»i____Ti____.. _» ,»« ' -.^-.r, 1              n/ino In 1 ci îccnn t

est monté! Aujourd'hui, nous décapilons un animal, - nous le laissoni

mourrr ^m^e^-m^^e^movt,^^^

ns dans la

du sang d'un autee animla de la même espèce batuu et chauffé au degré nécessaire, - et cette tête revi,, rouvre ses yeux, et ses mouvemenss nous prouvett que son cerveau, organe de la pensée, fonctionne de nouveau et de la même manèère comme avant la décapitation.

Je ne veux pas m'étendre ici sur les conséquences que l'on peut tirer de ces expériences. La physique inorganique nous prouve que chaleur et mouvement ne sont qu'une seule et même force, ^ que la chalerr peut être transformée en mouvement et vice versa; la physique organique, car c'est ainsi qu'on peut appeler aujourd'hui cette branche de la biologie, nous démontre que les mêmss lois régsssent l'organisme; - nous mesurons le mouvement de la pensé,, nous déterminsns la vitesse, peu considérable du reste, avec laquelee elle se transmet, et nous apprécions la chaleur dégagee dans le cerveau par ce mouvement. Mais, je le répète, nous n'aurions pu arriver à ces expériences et à leurs résultats si frappants, si observateurs et expérimentateurs n'avaient travaillé, avant tout à l'affranchissement de leur propre pensé,, s'ils n'avaiena rejeéé d'avance, avant de les tenter, toute idée transmise par les autorités, pour s'en tenrr aux faits seulement et aux lois qui en découeent. Lorsque Lavoisier prtt la première fois la balanee en main pour constater que le produtt de la combustion étatt plus pesant que la substance brûlée, avant cette opération, et que la combustion étai,, par conséquent, une combinaison et non une destruction, il partait nécessairement du princpee de 'indestruc-tibilité de la matière et détruisait en même temps ce phlog.ston, cette force occulte et indémontrable que l'on avatt invoquée pour expliqurr une foule de phénomènes du monde inorganique, absoeument comme on invoque encoee aujourd'hui cette force vitale dont les retraites obscures sont forcées et édairées tour à tour par le flambeau de l'inveshgation.

Si nous constatons ici, dans le domaine de la physiologie, l'heureux effet de l'affranchissement de la méthode investigatrice, nous en pouvons voir encoee une manifestation brillanee dans le domaine de la zoologie et de la botanique proprement dite.. Je veux parerr de la direction nouvelle imprimée à ces sciences ainsi qu'à l'anthrolologie, par Darwin.

Que veut, en effet, cette direction nouvelle qui se base, comme toute innovation/sur des précédents, mais, il faut l'avourr auss,, sur des prece-

^SïSc^S^

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XVIII

PREFACE

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dictées par un tout autre ordre d'idées,'et acceptées, jusquci,i, comme on accepee mille choses, sans en examiner le fond.

« Espèces son,, avait dit Linné, les types créés dès le commencement, a et on avais accepté, tant bien que mal, cette définition qui suppose un créateur, un nombee considérable de types indépendasts les uns des autre,, et un renouvellement successif de l'ameublement organique de la terre, si j'oee m'exprimer ains,, d'après un plan fixé d'avanee dans les différentes époquss de son histoire. - Cet axiome admis, il n'y avatt plus, en réalité, à examiner les rapports des différenss organismes entee eux, ni avec leurs prédécesseurs; - chaque espèce étant une création in-

£ÏÏïïK S &r; iA'Sr '-bit" '"-6™1 si - '»»

sans écho; - ces insurrections avortées n'avaient contribué, comme en politique, qu'à mieux asseorr le gouvernement existant et à faire croire à son infaillibilité. Mais aujourd'hui, grâee à Darwin, une révolution complète a été opérée, et les partisans du gouvernement déchu se trouvent à peu prés dans la môme situation que les chefs de mainte révolution; -ils ne peuvent en aucune façon revenrr aux anciens errements, mais ils ne savent que mettre à la place Personne, en Europe aumoin,, n'oseplus soutenir la création indépendante, et de toutespièces.des espèce;; -mais on hésite, lorsqulil s'agit de suivre une voie nouvelee dont on ne voit pas encoee 1 issu.. « Il faut accepter cette théorie, a dit un homme de grand sens; uni-

mX^sa^X "^ ^^ ^ *' mell'eUr' ^ P°UVeZ-V°sS Je l'ai dlt,P-îa nouvelee direction imprimée aux sciencss zoologiques par Darwin n'est pas tant remarquable en elle-même que comme manfestation de cet esprtt libre qui lâche de s'affranchir de liens imposés et qui veut voler de son propre essor. Elle veut rattacher les innombrables formes dans lesquelles s'ese manifestée la vie organique à celte circulation générale qui anime le monde entier; - pour traduire sa tendance par un mot emprunté à la physique, elle veut considérer les organismes comme des manifestations, enehaînées entee elles, d'une seule et même force, et non pas comme des forces indépendantes. Si toutes nos sciences exactes sans exception sont fondées, depuis Lavoisier, sur le principe de la matière impérissable, les étonnantes découvertes de Mayer et de ses successeurs ont été engendrées par la conception de la force impérissable. Dans toutes les modifications de la forme, la quantité de force dépensée resee toujours la même; la force est mutable en sa qualité, mass non en sa quantité; elle est indestructible comme la matière; - à chaque moiécule, à chaque quantité appréciable de la matière est liée, d une manèère impérissable et éternelle, une quantité correspondanee de force. Les manifestations extérieures de la force peuvens revêtir autant de formes différentes que la matière, - mais la quantité dépensée dans une opération ou mutation quelconque doit se retrouver dans une autee opératinn précédente ou suivante, et doit rester identiquement la même dans toute la série des phénomènes qui se sont passés antérieurement ou qui doivent suivre dans le cours du temp.. N'oublions pas, messieurs, que ce principe, conçu par Mayer, il n'y a

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PRËFACE

XIX

pas encoee trenee ans, nous a valu la détermination de l'équivalent en force de la chaleu,, l'identification de la chaleur et dû mouvement, enfin toutes ces découvertes et applications magnifiques qui se succèdent depuss quelquss annéss avec une rapidité si étonnante. Ne faut-il pas croree que l'application de ce même principe aux sciences organiques et descriptives s'y montrera tout aussi féconde qu'elle s'est déjà montrée dans les sciencss physiques ? .

Que voulons-nous en effet? Démontrer que les formss si innombrables de la natuee organisée ne sont que des mutations d'un fonds impérissable d'une quantiti déterminée de matière et de force– - démontrer que chaque forme organique est le résultat nécessaire de toutes les manifestations organiques qui l'ont précédée, et la base nécessaire de toutes celles qui vont la suivre; - démontr,r, par conséquent, que toutes les formss actuelles sont liées ensemble par les racines depuss lesquelles elles se sont élevées dans l'hsstoire de la terre, et dans les différentes périodss d'évolution que notre planèee a parcourues; - démontr,r, enfin, que les forces qui se manifestent dans l'apparition de ces formss sont toujours restées les mêmes, et qu'il n'y a pas de place, ni dans le monde inorganique, m dans le monde organ.que, pour une force tieree indépedanae de la matière, et pouvant façonnrr celle-ci suivant son gré ou son

^T™ est, ce me sembe,, le véritabee noyau de ce qu'on est convenu d'appeler le Darwinisme ; son essence intime ne peut se définir autrement, suivant mon avis. Il n'impoete que les uns suivent cette direction, pour ainsi dire instinctivement, sans se rendee compee des derniers résultats auxquels elle doit nécessairement conduire, tandss que les autrss voient clairement le but vers lequel ils tendent; - l'important est que cette direction se trouve, comme on dit, dans l'air, qu'elle s'imprime par le milieu spirituel dans lequel vit l'homme scientifique à tous les travaux, et qu'elle s'assoee même à côté de l'adversaire pour corriger ses épreuvss avant qu'elles ne passent à la publicité.

L'héritage et la transmission des caractères est dans le monde organique, ce qui, dans le monde inorganique, est la continuation de la force. Chaque être est donc le résultat nécessaire de tous les ancêtres qui l'ont précédé, et, pour comprendre son organisation et la combinaison variée de ses organes, il faut tenir compte de toutes les modifications, de toutes les formes passées qui, par héritage, ont apporté leur contingent dans. la nouvelle combinaison existante. Et de même que la force primitive se montre dans le monde physique et suivant les conditions extérieures, tantôt comme mouvement, tantôt comme chaleur, lumière, électricité ou magnétisme, de même ces conditions extérieures influent sur le résultat de l'héritage et amènent des variations et des transformations qui se transmettent à leur tour aux formss consécutives. . Une tâche immenee incomee donc aujourd'hui aux sciences naturelles. Dans les temps passé,, l'étude des formss extérieuses suffisatt aux buts restreints de la science; plus tard il fallut ajouter l'étude de l'organisation intérieure autant dans les détails microscopiques que dans les arra-gements saissssables à l'œii nu ; un pas de plus conduisait nécessairement, pour comprendre les analogies, les rapports etles différences dans la création actuelle (qu'on me passe le mo)) vers l'embryogénie comparée, savoir la comparaison des différentes manières donr se construit et s'ac-

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xx.                                          PREFACE

compHtt l'organisme depuis son germe jusquàà sa fin; enfin, il fallut avorr recouss à la paléontologie, à l'étude des êtres fossiles qui ont précédé les formes actuelles, et cela dans le but de comprendre la parenté plus ou moins éloignée qui reiie ces êtres entre eux. Aujourd'hui, il faut ajouter à tous ces éléments, éclairés d'un nouveau jour, l'élude des limites possibess des variations que peut présenter un type ; l'influence, éminemment variabee des milieux ambiants sur les différenss type,, et construire ainst pièce par pièce les organismes définitifs, mass variables, que nous avons devant les yeux.

Eh bien, messieurs, peut-on raisonnablement croire que l'homme seul ne soit pas soumis à ces grandss lois de la nature, - que lui seul, parmi les êtres organis,s, ait une origine fondamentalement différente de la leur, - que seul il n'att ni formss parentes, ni prédécesseurs dans l'hsstoire de la terre, et que son existence ne se rattache à aucune autr?? Vraiment, posée en ces termes, la question me paratt résolue d'avance! Mais la conséquence qui découee nécessairement de ces prémiss,s, c'est qu'à l'anthrolologie est dévolue la môme tâche qu'à toutes les autres branches de l'histoire naturelle, qu'elle ne doit pas se contenter d'étudier l'homme en lui-même, et sous les différentes formes qu'il présente à la surfaee de la terre, mais qu'elle doit sonder ses origines, scruter son passé lointain, recueilrir avec soin toutes les donnéss que peuvent fournrr ses fonctions, son organisation, son développement individuel, son histoire, non seulement dans le sens habituel du mot, mais en se rapportant à un passé bien antérieur, et qu'elle doit remonter ains,, comme la science le fait pour touess les autrss formss organiques, l'arbee généalogique jusque vers les branches congénères, po'rtéeî par les mêmss racines, mais développées d'une manière différente.

Les découvertes récentes ont ouvert un horizon immense aux études relatives à l'homme. Dans tous les pays nous remarquons une ardeur presque fiévreuee pour remonter aux origines de l'homme cachéss dans les couches de la terre; de tous les côtés on apporte les preuvss d'une antiquité bien plus reculée du type homm,, que les imaginations les plus exaltées n auraient jamais pu supposer jadis. Chaque jour cette Europe tant fouil'ée par les générations passées ouvre son sein pour nous montrer des trésoss nouveaux, ou pour nous donne,, par des faits inaperçus jusqu'à présent, la clef d'une foule d'énigmss que nous ne savions résoudre. Nous assistons à cette époque où l'homme sauvag,, montrant des infériorités très-marquées dans son organisation corporelle, chasaait dans les plaines du continent européen et de l'Angleterrr le mammohth et le rhinocéros, le renne et le cheval sauvag,, nous suivons cet homme dans sa civilisation ascendante, où il deviene nomad,, pâtre, agriculteur, industriel, commerçant, traf.queur et fondeur de métau;; là où l'histoire et la tradition nous font défaut, nous lisons les faits et gestes de cette antiquité préhistorique dans les pierres et les bois! Et, tandss que les « curieux de la nature », comme s'appelaient, dans une académee célèbre, les savanss scrutateurs,poursuivent ainsi, de couche en couche, les restes de l'activité humaine; d'autres, non moins curieux, s'attachent à son organisation en reprenant un à un tous les caractères jusqee dans leurs petits détails, en étudiant leur développement dans le cours de la vie depuss le premier germe jusqu'à la fin, ou bien en s'adressant aux race,, à leurs particularités, pour y trouvrr les preuvss d'une infériorité ou su-

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PREFACE

XXI

petite place dans les objets que l'anthropologie doit embrasser.

Il faut avouer franchement, messieurs., que cette étude historique, comparative et génésique du type homme est encore dans l'enfance, et que

Je n'ai rien à ajouter. M. Darwin prend l'homme tel qu'il se présenee aujourd'hui, il examine ses qualités corporelles, morales et intellectuelles, et recherche les causes qui doivent avoir concouru à la formatinn de ses qualités si diverses et si compliquées. Il étudie les effets qu'ont produits ces mêmes causes en agissant sur d'autres organismes et, trouvant des effets analoguss produits chez l'homm,, il conclut que des causes analogues ont été en jeu. La conclusion finale de ces recherches, conduites avec une sagacité rare et égalée seulement par une érudition hors ligne, est que l'homm,, tel que nous le voyons aujourd'hui, est le résultat d'une série de transformations accomplies pendant les dernières époques

^NuTdoute que ces conclusions trouveront beaucoup de contradicteu.s. Ce n'est pas un mal, la vérité naît du choc des esprits.

G. VOGT.

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INTRDDUCTIO

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La natuee du présent livre sera mieux compris,, par un court aperçu de la manière dont il a été écrit. J'ai pendant bien des années recuellii des notes sur l'origine et la descendance de l'homm,, sans avoir aucune inteniion de faire quelque publication sur ce suje;; bien plus, pensant que je ne ferais ainsi qu'augmenter les préventions contre mes vues, j'avass plutôt résolu le contraire. Il me parut suffisant d'indiquer, dans la première édition de mon Origine des espèces, que l'ouvrage pourrait jeter quelque jour sur l'origine de l'homme et son histoire; impliquant ainsi que l'homme doit être avec les autres êtres organisés comprss dans toute conclusion générale relaiive à son mode d'apparition sur la terre. Actuellement le cas se présenee sous un aspect tout différen.. Lorsqu'un naturaliste comme C. Vogt, dans son discouss présidentiel à l'Institut nationll genevoss (1869), peut risquer d'avancer que « personne, en Europe du moins, n'ose plus soutenrr la création indépendante et de toutes pièces des espèces, s il est évident qudau moins un grand nombre de naturalistes doivent admettre que les espèces sont les descendants modifiés d'autres espèces; cela est surtout vrai pour ceux de la nouvelee et jeune génération. La plupart acceptent l'aciion de la séleciion naturelle; bien que quel-

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xxiv                                     INTRODUCTION

ques-uns objecten,, ce dont l'avenrr aura en toute justice à décider, que j'ai beaucoup trop haut évalué son importance. Mais il est encore bien des chefs plus anciens et honorables de la science naturelle, qui sont malheureusement opposés à l'évolution, sous quelque forme qu'elle se présente.

Les opinions actuellement adoptées paraa plupatt des naturalistes, qui, comme dans tous les cas de ce genre, seront ultérieurement suivies par d'autres, m'ont par conséquent engagé à rassembler mes notes, afin de m'assurer jusquàà quel point les conclusions auxquelles mes autres travaux m'ont conduit, pouvaient s'appliquer à l'homm.. C'était d'autant plus désirable que je n'avais jamais, de propos délibér,, appliqué mes vues à une espèce prise à par.. Lorsque nous limitons notre attention à une forme donnée, nous sommes privés des argumenss puissanss que nous pouvons tirer de la natuee des affinités qui unissent.des groupes entiess d'organismes, - de leur distribution géographique dans les temps passés et présents, et de leur succession géologiqu.. La conformation homologiqu,, le développement embryonnaire, et les organes rudimentaires d'une espèce, qu'il s'agisse de l'homme ou d'un autre anima,, points sur lequel nous pouvons porter notre attentio,, restent à considérer; mais tous ces grands ordres de faits apportent, il me semble, des preuves abondantes et concluantes en laveur du principe de l'évolution graduelle. Toutefoss il'faut toujouss avoir présent à l'esprtt le puissant appui que fournissent les autres argu-

L'unique objet de cet ouvrage est de considérer : premièremen,, si l'homm,, comme tout autre espèce, descend de quelque forme préexistante; secondement, le mode de son développement; et, troisièmement, la valeur des différencss existant entre ce qu'on appelle les races humaines. Comme je me bornerii à.traiter ces points, il ne me sera pas nécessaire de décrire en détall ces différences entre les diverses races, - sujet énorme qui a déjà été amplement discuté dans

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INTRODUCTION                                      xxv

beaucoup d'ouvrages de valeu.. La haute antiquité de l'homme récemment démontrée par les travaux d'une foule d'hommss éminents, Boucher de Perthss en tête, est l'indispensable base de l'intelligence de son origine. Je tiendrai par conséquent cette conclusion pour admise, et renverrai mes lecteurs pour ce sujet aux beaux traités de Sir C. Lyell, Sir J. Lubbock et autre.. Je n'aurai pas non plus davantage à faire qu'à rappeler l'étendue des différences existant entre l'homme et les singes arthropomorphes, le professeur Huxley ayant, selon l'avis des juges les plus compétents, établi de la manière la plus concluanee que, dans chaque caractèee visible, l'homme diffère moins des singes supérieurs, que ceux-ci ne diffèrent des membres inférieuss du même ordre des Pri- mates.

Le présent ouvrage ne renferme presque point de faits originaux sur l'homm;; mais les conclusions auxquelles, après un aperçu en gros, je suis arrivé, m'ayant paru intéressantes, j'ai pensé qu'elles pourraient l'êtee pour d'autres. On a souvent affirmé avec assuranee que l'origine de l'homme ne pourrait jamass être connue; mais l'ignorance engendee plus souvent la confiance que ne fait le savoir, et ce ne sont que ceux qui savent peu, et non ceux qui savent beaucoup, qui affirment d'une manière aussi positive que la science ne pouraa jamass résoudee tel ou tel problèm.. La conclusion que l'homme est, avec d'autres espèces, le co-des-cendant de quelque forme ancienne inféreeure et éteinte, n'est en aucune.façon nouvelle. Lamarck étai,, il y a longtemps, arrivé à cette conclusion, que plusieuss naturalistes éminenss ont soutenue récemment; par exemple, Wallace, Huxley, Lyell, Vogt, Lubbock, Büchner, Rolle,, etc., et sur-

sur la théorie Darwinienne. Paris, 1869), - Der Mensch, im Lichle der Dar-wMjschen Lehre, 1865, von Doctor F. RoUee Sans pouvoir référer à tous les

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INTRODUCTION

tout Hâckel. Ce dernier, outre son grand ouvrage intitulé CeKerelle Morphologee (1866), a récemment (1868, avec une seconde édition en 1870) publié sa Naturliche Schôpfungs-geschichte\ dans laquelle il discute complètement la généalogie de l'homm.. Si cet ouvrage avait paru avant que mon essai eût été écri,, je ne l'aurass probablement jamass achevé. Je trouve que ce naturaliste dont les connasssances sont, sur beaucoup de poins,, bien plus complètes que les mienne,, a confirmé presque toutes les conclustons auxquelles j'ai été conduit. Partout où j'ai extratt quelque fait ou opinion des ouvragss du professeur Hâckel, je le cite dans le texte, laissant les autres affirmations telles qu'elles se trouvaient dans mon manuscrit, en renvoyant par note à ses ouvrages, pour la confirmation des points douteux ou intéressants.

Depuis bien des années, il m'a paru fort probable que la sélection sexuelle a joué un rôle important dans la différenciation des races humaines; et, dans mon Origine des Espèces (1" édition,, je me contentai de ne faire à cette croyance qu'une simple allusion; mais, lorsque j'en vins à l'appliqurr à l'homm,, je vis qu'il était indispensable de traiter le sujet dans tous ses détails2. Il en est résulté que la seconde partie du présent ouvrag,, trattant de la sélection sexuele,, a pris relaiivement à la première un développement considérable, mais qui était inévitable.

J'avass l'intention d'ajouter ici un essai sur l'expression des diverses émotions chez l'homme et les animaux moins élevés, sujet sur lequel mon attention avait, il y a bien des

auteurs qui ont traité le même côté de la questiont j'indiquerai encore G. Ganess

1. Traduit en françaMs par le D' C. Letourneau, sous le titre : Histoire de <a Création naturelle.2* éditionl Paris, C. Reinwald.

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INTRODUCTION

année,, été attirée par l'ouvrage remarquable de Sir C. Bell. Cet anatomiste célèbre soutient que l'homme possède certains muscles uniquement destinés à exprimer ses émotion,, opinion que je devais prendee en considération, comme évidemment opposée à l'idée que l'homme soit le descendant de quelque autre forme inférieure. Je désirass également vérifier jusquàà quel point les émotions s'expriment de la même manière dans les différentes races humaines. Mais, en raison de la longueur de l'ouvrage actue,, j'ai dû renoncer à y introduire cet essai, qui est en pariie achevé, et fera l'objet d'une publication séparée.

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LA

DESCENDANCE DE L'HOMME

ET LA SÉLECTION

DANS SES RAPPORTS AVEC LE SEXE

PREMIÈRE PARTIE

LA DESCENDAECE OU L'ORGGINE DE L'HOMEE

CHAPITRE PREMIER

preuves a l'appui de l'hypothèse que l'homme descend d'une forme inférieure

Nature des preuves sur l'origine de l'homme. - Conformations homologues v^^!^=^=^^

s^«CT,«rui1'etc- -Portée de ces trois ordres de

L'homme est-il le descendant modfiié de quelque forme préexstante? Pour résoudee cette question, il convient d'abodd de rechecher si la conformation corporelle et les facultés mentales de l'homme sont sujettes à des variations, si légères qu'elles soien;; et, dans ce cas, si ces variations se transmettent à sa progéniture conformément aux lois qui prévaeent chez les animaxx inférieurs. Il convient de rechercher, en outre, si ces variations, autant que notre ignorance nous permet d'en juge,, sont le résultat des mêmes causes, si elles sont régtées par les mêmes lois générales que chez les autres organismes, - par la corrélation, par les. effets héréditaires de l'usage et du défaut d'usag,, etc.? l'homme est-il sujet aux mêmes difformités, résultant d'arrêts de développe-

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2                         LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [1"> Partie]

men,, de dupiication de parties, etc., et fait-ll retou,, par ses anomalies, à quelque type antérierr et ancien de conformation? On doit naturellement aussi se demandrr si, comme tant d'autres animaux, l'homme a donné naissanee à des variétés et à des sous-race,, différant peu les unes des autre,, ou à des races assez distinctes pour qu'on doive les classer comme des espèces douteuses? Comment ces races sont-elles distribuées à la surface de la terre, et, lorsqu'on les croise, comment réagissent-elles les unes sur les autre,, tant dans la premèère génération que dans les suivantes? Et de même pour beaucoup d'autres points.

L'enquête auratt ensuite à élucider un probèème important : l'homme tend-il à se multiplier assez rapidement pour qu'il en résulte une lutte ardenee pour l'existence, et, par suite, la conserv-tion des variations avantageuses du corps ou de l'esprit, et l'élimination de celles qui sont nuisibles? Les races ou les espèces humaines, quelque soit le terme qu'on préfère, empiètent-elles les unes sur les autres et se remplacent-elles de manière à ce- que finalement il en disparaisse quelques-unes? Nous verrons que toutes ces questions, dont la plupart ne méritent pas la discussion, résolues qu'eless sont déjà, doivent, comme pour les animaxx inférieur,, se résoudee par l'affirmative. Nous pouvon,, d'allleurs, laisser de côté pour le moment les considérations qui précèdent, et examiner d'abodd jusquàà quel point la conformation corporelle de l'homme offre des traces plus ou moins évidentes de sa descendance de quelque type inféreeur. Nous étudierons, dans les chaptres suivants, les facultés mentales de l'homme en les comparani à celles des animaxx placés plus bas sur l'échelle.

Conformation corporelle de ~'AomMe. - On sait que l'homme est construit sur le même type général, sur le même modèle que les autres mammifères. Tous les os de son squelette sont comparables aux os correspondants d'un singe, d'une chauve-souris ou. d'un phoque. Il en est de même de ses muscles, de ses nerfs, de ses vaisseaux sanguins et de ses viscères internes. Le cerveau, le plus important de tous les organes,.sutt la même loi, comme l'ont étabii Huxrey et d'autres anatomistes. Bischoff', adversaire déclaré de cettedoctrine, admet cependant que chaque fissure principale* chaque pli du cerveau humann ont leur analogee dans celui de l'orang-

1 Grosshimmndunae.i des Menschen, 1868, p. 96. Les conclusions de cet allusion dans la préface de cette nouvelle édition.

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[Chapf I] CONFOHMATION COKPORËLLE DE L'HOMME .          3

outang; mais il ajoute que les deux cerveaux ne concordent complètement à aucune période de leur développement; concordance à laquelle on ne doit d'alleuurs pas s'ateendre, car autrement leurs facultés mentaess seraient les mêmes. Vulpian» fait la remarque suivanee : < Les différences réelles qui existent entre l'encéphal de l'homme et celui des singes supéreuurs sont bien minimesI Il ne faut pas se faire d'illusions à cet égard. L'homme est bien plus près des singes anthropomorphes parles caractères anatomiques de son cerveau que ceux-ci ne le sont non seulement des autrss mammfères, mais même de certains'quadrumanes, des guenons et des macaques. » Mais il seratt superflu d'entrer ici dans plus de détails sur l'analogie qui existe entre la structure du cerveau et toutes les autres parties du corps de l'homme et la conformation des mammfères supériuurs.

Il peut cependant'être utile de spécffier quelques points, ne se rattachant ni directement ni évidemment à la conformation, mais qui témoignent clairement de cette analogee ou de cette parenté.

L'homme peut recevorr des animaux inférieurs, et leur communiquer certaines maladies comme la rage, la variole, la morve, la syphilis, le choléra, l'herpès, etc.», fait qui prouve bien plus évidemment l'extrême similitud'* de leurs tissus et de leur sang, tant dans leur composition que dans leur structure élémentaire, que ne le pourrait faire une comparaison faite sous le meilleur microscope, ou l'analyse chimique la plus minutieuse. Les singes sont sujets à un grand nombre de nos maladies non contagieuses; ainsi Reng-ger», qui a observé pendant longtemss le Cebus Azarx dans son pays nata,, a démontré qu'il est sujet au catarrhe, avec ses symptômes ordinaires qui amènent la phthisie lorsqu'ils se répètent souven.. Ces singes souffrent aussi d'apoplexie, d'inflammation des entrailles et de la cataracte. La fièvre emporte souvent les jeunes au moment ou ils perdent leurs dents de lait. Les remèdes ont sur les singes les mêmes effets que sur nous. Plusieurs espèces de sin-

2. Leçons su,- la Physiologie,^, p. 890, citées par il. Dally : VOrdre des

Science, juillet 1871; Edinburgh Veterinary Review, juillet 1858.

4. Un écrivain (British yuarterly Review, 1 octobre 1871, p. 472) a critiqué en termes très sévères et très violents l'allusion contenue dans cette phrase; mais comme je n'emploie pas le terme identité, je ne crois pas faire erreur. il me parait y avoir une grande analogie entre une même maladie contagieuse ou

^tSïeschichte der Sdugethiere »on Paraguay, 1830, p. 50.

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[ire PAHTIK]

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ges ont un goût prononcé pour le thé, le café et les liqueuss spir-tueuses ; ils fument aussi le tabac avec plaisir, ainsi que je l'ai observé moi-môme». Brehm assure que les habitants des partiss nord-ouest de l'Afrique attrapent les mandrills en exposant à leur portée des vases contenant de la bière forte, avec laquelle ils s'eni-vren.. Il a observé quelques-uns de ces animaux en captivité dans le même état d'ivrssse, et fait un récit très divertissant de leur conduite et de leurs bizarres grimaces. Le malin suivan,, ils étaient sombres et de mauvaise humeu,, se tenaient la tête à deux mains et avaient une piteuee mine; ils se détournaient avec dégoût lorsqu'on leur offrait de la bière ou du vin, mais parasssaient être très friands du jus de citron'. Un singe amérccain, un Ateles, après s'être enivré d'eau-de-vie, ne voulut plus jamais en boire, se montrant en cela plus sage que bien des homme.. Ges faits peu impotanss prouvent combien les nerfs du goût sont semblables chez l'homme et chez les singes, et combien leur système nerveux entier est similairement affecté.

L'homme est infecté de parasites internes dont l'action provoque parfois des effets funestes- il est tourmenté par des parasites externe,, qui appartienntnt aux mêmes genres ou aux mêmes famlles que ceux qui attaquent d'autres mammifères, et, dans )e cas de la gale, à laméme espèce'. L'homme est, commed'autres animau,, mammifères, oiseaux, insectes même,, soumis à cette loi mystérieuse en vertu de laquelee certains phénomènes normaux, tels que la gestation, ainsi que la maturation et la durée de diverses maladies, suivent les phases de la lune. Les mêmes phénomènes se produisent chez lui et chez les animaux pour la cicatrisation des blessures, et les moignoss qui subsistent après l'amputation des membres possèdent parfois, surtout pendant les premières phases

SÏ^£2ZrïZ£iï pui5""e de "

(Australie) trois individus de la variété Phaseolarctm cinereus et que tous trois d'autres assertions analogues, p. 25, 107.

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[Chap. t] CO~FORMATION CORPORELLE DE L'HOMME                    5

L'ensemble de la marche de l'importante fonction de la reproduction de l'espèce présente les plus grandss ressemblances chez tous les mammifères, depuis les premières assiduités du maie" jusquàà la naissance et l'allaitement des jeune.. Les singes naissent dans un état presque aussi faible que nos propres enfants, et, dans certains genres, les jeunes diffèrent aussi complètement des aduttes, parleur aspec,, que le font nos enfanss de leurs parents". Quelques savants ont présenté, comme une distinctinn importante, le fait que, chez l'homm,, le jeune individu n'atteint la maturité qu'à un âge beaucoup plus avancé que chez tous les autres animaux; mais, si nous considérons les races humaines habitant les contréss tropicales, la différence n'est pas bien considérable, car on admet que l'orang nedevient adutte qu'à dix ou quinze ans.. L'homme diffère de lafemme par sa taille, par sa porce corporelle, par sa villosité, etc., ainsi que par son intelligence, dans la même proportion que les deux sexes chez la plupatt des mammifères. Bref il n'est pas possible d'exagérer l'étroite analogie qui existe entre l'homme et les animaux supéreeurs, surtout les singes anthropomorphes, tant dans la conformation généraee et la structure élémentaire des tissus que dans la composition chimique et la constitution.

Développement embryonnaire. -L'homme se développe d'un ovule ayant environ 0»»,02 de diamètre; cet ovule ne diffère en aucun point de celui des autres animaux à une période précoce; c'est à peine si l'on peut distinguer cet embryon lui-môme de celu; d'autres membres du règne des vertébrés. A cette périod,, les artères circulent dans des branchss arquée,, comme pour porter le sang dans des branchies qui n'existent pas dans les verébbrés supérieurs, bien que les fentes latérales du cou perssstent et marquent leur ancienne position (flg. 1, y, g). Un peu plus tard, lorsque les extrémités se développent, ainsi que le remarque le célèbre de Baër, «' les pattes

11.  « Mares e divers,* generibus Quadrumanorum sine dubio dignoscunt feminas humanas a maribus.Primum.credo,odoratu.posteaaspectu.M.Youa)t, Sdiu in Hortis Zoologie!. (*»«**) medicu. animalium eiat vir in rébus observandiscautusetsagax, hocmilu certissime probavit, et curatoresejusdem

KnCyn\ÏÏ^

nt opiner, nihii turpius potest indieari inter omnia hominibus et Quadrumanis communia. Narrat enim Cynocephalum quemdam in furorem incidere aspectu feminarum aliquarum, sed nequaquam accendi tanto furore ab omnibus. Sem-pereligebat juniores, et dignoscebat in turbâ, et advocabat voce gestûque. »

12.  Cette remarque a été faite pour les Cynocéphales et pour les singes anthropomorphes par Geoffroy Saint-Hilaire et F. Cuvier (HisS nat. des mam-mifères,, 1.1, 1824.)

km^,Man'S place in Nature^,v.U.

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6

[Ire Partie]

-/

Fig. 1. - La figuee supérieure représente un embryon humain, d'après Ecke;; la figure inférieure celui d'un chien, d'après Bischoff.

a,  Cerveau antérieur, hémisphères céré-

brau,, etc.

b,  Cerveau médian, corps quadrijnmeaux.

c,  Cerveuu postérieur, cervelet, moelee

*, Œrgée-

e, Oreille.

/, Premier arc viscéra.. g. Second arc viscéral. H, Colonne vertébrale et muscess en voie

de développement. i. Extrémités antérieures. K, Extrémités postérieures. L, Quene on os du coccyx.

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[Chap. t]             DEVELOPPEMENT.EMHRYONNAIRE                        7

des lézards et des mammifères, les ailes et les pattes des oiseaux, de même que les mains et les pieds de l'homm,, dérivent de la . même forme fondamentale ». C'est, dit le professeur Huxley'4, « dans les toutes dernières phases du développemenr, que le jeune être humann présente des différences marquées avec le jeune singe, tandss que ce dernirr s'éloigne autant du chien dans ses dévelop- ' pemenss que l'homme lui-même peut s'en éloigner. On peut démontrer la vérité de cette assertion, tout extraordinaire qu'elee

^mmTpluIieûrs de mes lecteuss peuvent n'avorr jamass vu te dessin d'un embryon, je donne ici ceux de l'homme et du chien, tous deux à peu près à la même phase précoce de leur développ-ment, et je les emprunte à deux ouvragss dont l'exactitude est incontestable ». .

Après les assertions de ces hautes autorités, il est inutile d'entrer dans de plus amples détails pour prouvrr la grande ressemblance qu'offre l'embryon humann avec celui des autres mamm fè-res. J'ajouterai, cependant, que certains poinss de la conformation de l'embryon humann ressemblent aussi à certaines conformations d'animaux inférieuss à l'état adulte. Le cœur, par exemple, n'est d'abodd qu'un simple vaisseau pulsateur; les déjeciions s'évacuent par un passage cloacal ; l'os coccyx fait saillie comme une véritable queue, qui « s'étend beaucoup au-delà des jambss rudimentai-res ». B Certaines glandes, désignées sous le nom de corps de Woff,, existant chez les embryons de tous les vertébrés à respiration aérienne, correspondent aux reins des poissons adultes et fonctionnent comme eux ". On peut même observe,, à une période embryonnaire plus tardive, quelquss ressemblances frappantes entre l'homme et les animaux inférieurs. Bischoff assure qu'à la fin du septième mois, les circonvouutions du cerveau d'un embryon humann en sont à peu près au même état de développement que

la figure est très agrandie. L'embryon du chien, est emprunté a Bischoff; Ent-wicklungsgeschichte des Hunde-Eies, 1845, tabl. XI, fig. 42, B. La figure est grossiecinqfoiset dessinée d'après un embryonâgéde25jours. Les viscères internes, ain^que les appendices utérins, ont été omis dans les deux cas. C'est le pro-

^r^an!^^                                                     vol. IV, 18fi0;

. 17. Owen,Anatomyof vertébrales, vol. I, p. 533.

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8                         LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pAnTIE]

chez )e babounn adu)te ». Le professeur Owen fait remarquer l . ' « que le gros ortell qui fourntt le point d'appui dans la march,, . aussi bien debout qu'à l'état de repos, constitue peut-être la par-ticularite la plus caractéristique de la structure humanee »; mais le professeur Wyman c a démontré que, chez l'embryon, ayant envi-' ron un pouce de longueu,, « l'oreeil est plus court que les autres doigts, et que, au lieu de leur être parallèle, il forme un angle avec le côté du pied, correspondant ainsl par sa position avec l'état permanent de l'orteil chez les quadrumanes ,. Je termine par une citation de Huxley », qui se demande : l'homme est-il engendré, se développe-t-il, vient-il au monde d'une façon autre que le chien, l'oiseau, la grenouille ou le poisson? Puis il ajoute :< La réponee ne peut pas être douteuee un seul instant; il est incontestable eue le mode d'origiee et les premières phases du développement humann sont identiques à ceux des animaxx qui occupent les degrés immédiatement au-dessous de lui sur l'échele,, et qu'à ce point de vue il est beaucoup plus voisin des singes que ceux-ci ne le sont du chien. »

Rudiments. - Nous traiterons ce sujet avec plus de développments, bien qu'il ne soit pas intrinsèquement beaucoup plus important que les deux précédenss i. On rencontre chez tous les animaux supérieurs quelquss parties à l'état rudimentaire; l'homme ne fait point exception à cette règle. Il fau,, d'alleeurs, distinguer, ce qui, dans quelquss cas, n'est pas toujouss facile, les organss rud.mentaires de ceux qui ne sont qu'à l'état naissan.. Les premiers sont absolument inutiles, tels que les mameless chez les quadrupèdes mâles, et chez les ruminants les incisives qui ne percent jamais la gencive; ou bien ils rendent seulement à leurs posses^ seurs actuess de si légers services que nous ne pouvons pas supposer qu'ils se soient développss dans les conditioss où ils existent aujourd'hui. Les organes, dans ce dernier état, ne sont pas strictement rudimentaires, mais tendent à le devenr.. Les organss naissants d'autre par,, bien qu'ils ne soient pas complètement développés, rendent de grands services à leurs possesseurs et sont

18.  Die Gro.MrnwindungendesMemchen^m, p. 95.

19.  Analomy of vertébrales7 vol. II, p. 553.

22. J'avais déjàécrit ce chapitre avant d'avoirlu un travail de grande valeur,

teri rudimentali in ordineaW ï^deïïï^^iï^ZïnâT S Tt ?l)'- HTke'a ad-'^lement discuté l'ensemble du su£Lus le t.tre de Dystéolog.e, dans sa Generelle MorpAologie et ScMpfungtgachichte.

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[ChapjI~                                      RUDIMENTS                                                  9

susceptibles d'un développement ultérieu.. Les organss rudimen-taires sont éminemment variables, fait qui se compren,, puisque, étant inutilss ou à peu près, ils ne sont plus soumis à l'aciion de la sélection naturelle. Ils disparaissent souvent entièrement; mais, dans ce cas, ils reparaissent quelquefois par suite d'un effet de retou,, fait qui mérite toute notre attention.

Les principales causes qui parasssent provoquer l'état rudimen-taire des organss sont ]e défaut d'usag,, surtout pendant l'état adulte, alors que, au contraire, l'organe devratt être exercé, et l'hérédité à une période correspondante de ia vie. L'expression < défaut d'usage x ne s'applique pas seulement à l'action amoindrie des muscles, mais comprend une diminution de l'afflux sanguin vers un organe soumss à des alternatives de pression plus rare,, ou devenant, à un titre quelconque, habituellement moins actif. On peut observrr chez un sexe les rudiments de parties présentes normalement chez l'autre sexe; ces rudiments, ainsi que nous le verrons plus tard, résultent souvent de causes distinctes de celles que nous venons d'indqquer. Dans quetquss cas, la sélection naturelle intervient pour réduire des organss devenus nuisibles à une espèce, par suite de changements dans ses habitudes. Il est probable que la compensation et l'économee de croissanee interviennent souvent à leur tour pour hâter cette diminution de l'organe; toutefois, on s'explique difficilement les derniers degrés de diminution qui s'observent après que le défaut d'usage a effectué tout ce qu'on peut raisonnablemtnt lui attribuer, et que les résuttats de l'économie de croissanee ne sont plus que très insignifiants ». La suppression complète et finale d'une partie, déjà très réduite et dévenue inutil,, cas où ne peuvent entrer en jeu ni la compensation ni . l'économee de croissance, peut se comprendre par l'hypothèse de la pangenèse, et ne peut guère même s'expliquer autrement. Je n'ajouterai rien de plus sur ce poin,, ayant, dans mes ouvragss précédents «\ discuté et développé avec amples détails tout ce qui a trait aux organss rudimentaires. On a observ,, sur de nombruxx points du corps humann », les

23. Quelques excellentes critiques sur ce sujet ont été faites par MM. Mûrie çaise). \oir aussi,.Origine des espèces, p. 474.

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10                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Par].r]

rudiments de muselés divers; il en est qu,, existatt régulièrement chez quelquss animau,, se retrouvent parfois à un état très rédutt chez l'homm.. Chacun a remarqué l'aptitude que possèdent plusieuss animau,, le cheval surtou,, à mouvoir certaines parties de la peau par la contraction du pannccule muscuaaire. On trouve des restes de ce muscle à l'état actff sur plusieurs poinss du corps humain; sur le fron,, par exemple, où il permet le re)èvement des sourcil.. Leplalysma myoides, qui est bien développé sur le cou, appartient à ce systèm.. Le professeur Turne,, d'Edimbourg, m'apprend qu'il a parfois trouvé des fascicules musculaires dans cinq situations différentes :,dans les axilles, près des omoplates, etc,, qui doivent tous être rattachés au système du pannicule. Il a» aussi démontré que le muscle stern)l (sternalis bruiorum), qui n'est pas une extensinn de l'abdominal droit (~eclus abdominalis), mais qui se relie intimement au pannccule, s'est rencontré dans une proportion d'environ 3 p. 100 chez plus de six cents cadavres; il ajoute que ce muscle fourntt « un excellent exempee du fait que les conformations accidentelles et rudimentaires sont tout spécialement sujettes à présenter des variations dans leurs arrangements x.

Quelques personnss ont la faculté de contracter les muscle.-superficiels du scalpe, qui sont dans un état partiellement rudimen-taire et variable. M. A. de Candolee m'a communiqué une observation curieuee sur la persistance héréditaire de cette aptitude, existant à un degré inustté d'intensité. Il connatt une famllle dont un des membre,, actuellement chef de la famille, pouvait, quand il était jeune, faire tombe,, par la seule mobilité du scalpe, plusieurs gros livres posés sur sa tète, et qui avatt gagné de nombreux .paris en exécutatt ce tour de force. Son père, son oncle, son grand-père et ses trois enfanss possèdent à un égal degré cette même aptitude. Cette famille se divisa en deux branches, il y a huit générations; le chef de celle dont nous venons de parler est donc cousin au septième degré du chef de t'autre branch.. Ce cousin éloigné, habitant une autre partie de la France, interrogé au sujet de 1/aptitude en question, prouva immédaatement quill la possède aussi. C'est un excellent exemple de la transmission persistante d'une faculté absolument inutlle que nous ont probablement léguée nos ancêtres à demi humains; en effet, les singes possèdent la faculté, dont ils usent largement, de mouvorr le scalpe dehautenbaset«*ce«ersa".

Les muscles servant à mouvorr l'ensembee de l'orellee extern,,

26.  Prof. W. Turner, Proc. Royal Soc. Edinburgh, 1866-67, p. 65.

27.  VExpression des Émotions, p. 144. (Paris, Reinwald.)

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[Chap.I]                                 RUDIMENTS                                            11

e

et les musclés spéciaux qui déterminent les mouvements de ses diverses parties, appartenant tous au système panncculeux, existen,, chez l'homm,, à -l'état rudimentaire. Ils offrent des variations dans leur développement, ou au moins dans leurs fonction.. J'ai eu l'occasion de voir un homme qui pouvatt ramenrr ses oreilles en avan;; d'autres qui pouvaiett les redresser; d'autres enfin qui pouvaient les retirer en arrière »; d'après ce que m'a dit une de ces personnes, il est probabee que la plupatt des hommes, en stimulant l'oreille et en dirigeant leur attentinn de ce côté, parviendraien,, à la suite d'essass répétés, à recouvrer quelque mobilité dans ces organes. La faculté de dresser les oreilles et de pouvorr les diriger vers les différenss poinss de l'espace, rend certainement de grands services à beaucoup d'animaux, qui sont ainsi rensegnés sur le lieu du dange;; mais je n'ai jamass entendu dire qu'un homme ait possédé cette faculté, la seule qui pût lui être utile. Toute la conque externe de l'oreille peut être considérée comme un rudiment, ainsi que les divers replis et proéminences (héiixet antihélix, tragus et antitragus, etc.) qui, chez les animaux, soutiennent et renforcent l'oreill,, lorsqu'elle est redressée, sans en augmenter beaucoup le poids. Quelques auteurs, toutefois, supposent que le cariiaage de la conque sert a transmettre les vibrations au nerf acoustique; mais M. Toynbee ", après avoir recuellii tout ce qu'on sait à ce suje,, conclut que la conque extérieuee n'a pas d'usage détermnné. Les oreilles des chimpanzés et des orangs ressemblent singulièrement à celles de l'homme, et les muscles qui leur sont propres sont aussi très peu développés ". Les gardiens du Jardnn zoo)ogique de Londres m'ont assuré que ces animaux ne meuvent ni ne redressent jamass les oreilles; elles sont donc, en tant qu'il s'agtt de la fonction, dans le même état rudimentaire que celles de l'homm.. Nous ne pouvons dire pourquii ces animau,, ainsi que les ancêtres de l'homm,, ont perdu la faculté de dresser les oreilles. Il est possible, bien que cette explication ne me satisfasse pas complètement, que, peu exposés au dange,, par suite de leurs habitudes d'existence dans les arbres etde leur grandeforce, ils aien,, pendant une longue périod,, peu remué les oreilles, et perdu ainsi la faculté de le faire. Ce seratt un cas paralèèle à celui de ces

28. Canestrini cite Hyrtl, Annuario délia Soc. ~et naturalisa, Modem, 1867, p-£:?TW™yT\ The Diseasesof the J«r,ÏW0, p. 13. Un physio-

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12                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           (Ire PaRtiR]

grands oiseaux massifs, qui habitent les îles de l'Océan, où ils ne sont pas exposés aux attaquss des animaux carnassiers, et qui ont, par suite du défaut d'usag,, perdu le pouvorr de se servrr de leurs ailes pour s'enfuir. La faciltté avec laquelee l'homme et plusieuss espèces de singes remuent la tête dans le plan horizontal, ce qui leur permet de saisir les sons dans toutes les directions, compenee en partie l'impossibilité où ils se trouvent de mouvoir les orellles. On a affirmé que l'oreilee de l'homme seul est pourvue d'un lobule ; mais on trouve un rudiment du lobule chez le gorllle », et le professeur Preyer m'apprend que le lobule fait assez souvent défaut chez le nègre.

Un sculpteur éminent, M. Woolne,, m'a signalé une petite particu)arité de l'orellle externe, pariicularité quill a souvent remarquée chez les deux sexes, et dont il croit avoir saisi la vraie signification. Son attention fut attirée sur ce point lorsqu'il travaillait à sa statue de Puck, à laquelle il avatt donné des oreilles pointues. Ceci le condussit à examinrr les oreilles de divers singes, et subséquem-ment à étudier de plus près l'oreille humanne. Cette particularité consiste en une petite pointe émoussée qui fait saillie sur le bord replié en dedans, ou l'hélix. Quand cette saillie existe, elle est déjà développée lorsque l'enfant vient au monde; d'après le professeur Ludwgg Meyer, on l'observe plus fréquemment chez l'homme que chez la femme. M. Woo!ner m'a envoyé le dessin ci-joint (flg. 2), fait d'après un modèle exact d'un cas semblable. Cette proémnence fait, non-seulement saillie en dedans, mais, souvent auss,, un peu en dehor,, de manière & être visible lorsqu'on regarde la tête directement en face, soit par devan,, soit par derrière. Elle varie en grosseur et quelque peu en postion, car elle se trouve tantôt un peu plus hau,, tantôt un peu plus bas; on l'observe parfois sur une oreille et pas sur l'autre. Cette conformation n'existe pas seulement chez l'homm,, car j'en ai observé un cas chez un Mêles belzebuth au Jardin zoologique de Londres; le D' E. Ray Lankester me signaee un autre cas quill a observé sur un chimpanzé du Jardnn zoologique de Hambourg. L'hélix est évidemment formé par un repli intérieur du bord ex-

3t. M. Saint-GeorgeMivart, Elementary Anatomy, 1873, p. 396.

Orellee

F'felée et dessinée par ner.

«. - Saillie

Orellee humaine; mo-------M. Woo.-

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[Chap. 1]                                      RUDIMENTS .                                             13

terne de l'oreille, et ce repli paratt provenrr de ce que l'orellee extérieure, dans son entier, a'été repoussée en arrière d'une manière permanente. Chez beaucoup de singes peu élevés dans l'ordre. comme les cynocéphales et quelques espèces de macaquss », la partie supérieure de l'oreille se termine par une pointe peu accusée, sans que le bord soit aucunement replié en dedans; si, au contraire, le bord était replié, il en résulterait nécessairement une petite proéminence faisanl sailiie en dedans et probablement un peu en dehors du plan de l'oreille. C'est là, je crois, qu'ilfaut chercher, dans la plupart des cas, l'origine de ces proéminences. D'autre par,, le professeur L. Meyer soutient dans un excellent mémoire, qu'it a récemment publié », que l'on ne doit voir là qu'un cas de simple variabilité, que les proéminences ne sont pas réelles, mais qu'elles sont dues à ce que le cartilage intérierr de chaque côté ne s'est pas complètement développé. Je suis tout prêt à admettre que cette expilcation est acceptable dans bien des cas, dans ceux, par exemple, figurés par le professeur Meyer, où on remarque plusieurs petites proéminences qui rendent sinueux le bord entier de l'hélix. Grâce à l'obligeance du D~ L. Down, j'ai pu étudier l'oreille d'un idiot microcéphale; j'ai observé sur cette oreille une proéminence située sur le côté extérieur de l'héiix et non pas sur le repii intéreuur, de sorte que cette proéminence ne peut avoir aucun rapport avec une pointe antérieure de l'orelle.. Néanmoins, je crois que, dans la plupatt des cas, j'étais dans le vrai en regardant ces saillies comme le dernier vestige du bout de l'oreille autrefois redressée et pointue; je suis d'autant.plus disposé à le croire que ces saillies se présentent fréquemment et que leur posiiion correspond généralement à celle du sommet d'une oreille poinuue. Dans un cas, dont on m'a envoyé une photographie, la sailiie est si considérable que, si l'on adopee l'hypothèse du professeur Meyer, c'est-à-dire si l'on suppoee que l'orellle deviendrait parfaite grâce à l'égal développemment du cartilage dans toute l'étendue du bord, le repli aurait recouvett au moins un tiers de l'oreille entière. On m'a communiqué deux autrss cas, l'un dans l'Amérique du nord, l'autre en Angleterre; dans ces deux cas, lebord supérieur n'est pasrepiiéin-térieurement, mais il se termine en pointe, ce qui le fait ressembler étrottement à l'orellee pointue d'un quadrupède ordinaire. Dans un de ces cas, le père comparait absolument l'oreille de son jeune

32.  Voir les remarques et les dessins des oreilles de Lemuroïdes dans le mémoire deMM.MûrieetMivart, Tram. Zoolog. Soc, 1869, vol. VII, p.6et90.

33.   Ueber dasDarwin'sche Spitzohr, Archiv fur Patlu. Anal. undPhys. 1871, p. 480. .

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u

LA DESCENDANCE DE L'HMMEE

LA

DE L'HMME

[Ire PAHT1K]

enfantà celle d'un singe, le Cynopithecus niger, dont j'ai donné le dessin dans un autre ouvrage *. Si, dans ces deux cas, le bord s'étatt repiié intéreeurement de la façon normale, il se seratt formé une saillle intérieure. Je puis ajouter que, dans deux autres cas, l'oreille conserve un aspect quelque peu pointu, bien que le bord de la partie supérieure de l'orellee soit normalement replié à l'intérieur, très faiblement, il est vra,, dans undesdeuxcas. Laugure.3, reproduction exacte d'une photographie qu'a bien voulu m'envoyrr leD~Nistche, représente le fœtus d'un orang. On peut voir com-

Fig. 3. _ ™^™&^^^^ in^t

bien l'orellee du fœtus de l'orang diffère de celle du même animal à l'état adulte; on sait, en effet, que cette dernière ressembee beaucoup a celle de l'homm.. 11 est facile de comprendre que, si la poinee de l'oreille du fœtus venatt à se replier intérieurement, il se produirait une saillie tournee vers l'intérieur, à moins que l'orellle ne subisse de grandss modifications dans le cours de son développemen.. En résumé, il me semble toujouss probabee que, dans certains cas, les saillies en question, chez l'homme et chez le singe, sont les vestiges d'un état antérieur.

La troisième paupèère, ou membraee clignotante, est, avec ses muscles accessoires et d'autres conformatio,s, particulièrement bien développee chez les oiseaux; elle a pour eux une importance fonctionnelle considérable, car, grâce à elle, ils peuvent recouvrir rapidement le globe de l'œil tout entier. On observe cette troisième paupière chez quelquss reptiles, chez quelquss amphibies, et chez

34. VExpreuion des Émotions, p. 136. (Paris, Heinwald.)

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[Cuap. I]                               KUDiMENTS                                       15

certaiss poisson,, les requins par exemple. Elle est assez bien développee dans les deux divisions inférieures de la série des mammifère,, les Monotrèmss et les Marsupaaux, ainsi que chez quelques mammifères plus élevés, comme )e morse. Mais, chez l'homm,, les quadrumanes et la plupatt des autres mammifères, elle existe, ainsi que l'admettent tous les anatomistes, sous la forme d'un simple rudiment, dit le pli semi-lunaire-.

Le sens de l'odorat a, pour la plupatt des mammifères, une très haute importance: il avertit les uns du dange,, comme les rumnants; il permet à d'autres, comme les carnivores, de découvrrr leur proie; à d'autres enfin, comme le sanglier, il sert à l'un et à l'autre usag.. Mais l'odorat ne rend que très peu de services à l'homm,, même aux races à peau de couleu,, chez lesquelles il est généralement plus développé que chez les races civilisées". Il ne les avertit pas du dangrr et ne les guide pas vers leur nourriture; il n'empêche pas les Esquimaux de dormrr dans une atmosphère fétide, ni beaucoup de sauvages de mangrr de la viande à moiteé pourrie. Un éminent naturaliste, chez lequel ce sens est très parfatt et qui a longuement étudié cette questio,, m'affirme que, chez les Européens, cette faculté comporee des états bien différenss selon les individus. Ceux qui croient au principe de l'évolution graduelle n'admettent pas aisément que ce. sens, tel quill existe aujourd'hui, ait été originellement acquss par l'homme dans son état actuel. L'homme doit sans doute cette faculté affaibiie et rud--mentaire à quelque ancêtre reculé, auqull elle étatt extrêmement utile et qui en faisatt un fréquent usage. Le Dr Maudsiey» fait remarquer avec beaucoup de raison que le sens de l'odorat chez l'homme est < remarquablement propee a lui rappeler vivement l'idée et l'image de scènes et de lieux oubiiés»; peut-être

35.- MQller, Manuel depkyùologie (trad. française), 1845, vol. II. p. 307. Oween Anat. of Vertébrales~ vol. III, p. 260. M., On the Walrus (morse), Proc. Zool. Soc, nov. 1854. R. Knox, Great artists and analomists, p. 106. Ce rudiment

la conclusion que les nègres et les Indiens peuvent reconnaître les personnes LsTbs^atiorTsÙ^^

développé que les races blanches. Voir son mémoire, Médico-chirurgical Iran-

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16 ~              . LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [I*. Pahtik]

faut-ll cherchrr l'explication de ces. phénomènes dans le fait que les animaux, qui possèdent ce même sens à un état très-dév--loppé, comme les chiens et les chevau,, semblent compter beaucoup sur l'odortt pour raviver le souvenrr de lieux ou de personnss quills ont connus autrefois.

L'homme diffère notablement par sa nudité de tous les aurres primates. Quelques poils courts se rencontrent ça et là sur la plus grande pariie du corps dé l'homm,, et un duvet plus fin sur le corps de la femme. Les différentes races humaines diffèrent considérablement à ce point de vue. Chez tes individus appartenant à une même race, les poils varient beaucou,, non-seulement par leur abondance, mais par leur position; ainsi, chez certains Européens, les épaules sont entièrement nues, tandis que, chez d'autres, elles portent d'épaisses touffes de poils.. On ne peut guère douter que les poils ainsi éparpillés sur le corps ne soient les rudiments du revêtement pileux uniforme des animau.. Le fait que les poils courts, fins, peu colorés des membres et des autres parties du corps, se transforment parfois « en poils longs, serré,, grossiers et foncés, » iorsquiils sont soumis à une nutrition anormale grâce à leur situation dans la proximité de surfacss qui sont, depuis longtemps, le siège d'une inflammation, confirme cette hypothèse dans une certanee mesure-.

Sir James Paget a remarqué que plusieuss membres d'une même famille ont souvent quelquss poils des sourcils plus longs que les autre,, particularité bien légère qui paraît, cependant, être héréditaire. On observe des poils analogues chez certains animaux; ains,, on remarque, chez le chimpanzu et chez certaines espèces de macaques, quelquss poils redressés, très longs, plantés drott au-dessus des yeux, et correspondant à nos sourcils ; on a observé des poils semblables très longs dépassant les poils qui recouvrent les arcadss sourcilières chez quelquss babouins.

Le fin duvet laineux, dit lanugo, dont le fœtus humann est entièrement recouvett au sixième mois, présenee un cas plus curieux. Au cinquième mois, ce duvet se développe sur les sourcils et sur la face, sureout autour de la bouch,, où il est beaucopp plus long que sur la tête. Eschricht" a observé une moustache de ce genre chez un fœtus femelle, circonstance moins étonnante qu'elee ne le.

38. Kschricht, Ueber die Richtung der Haare aM memchlichen Kiirper, Mûllert Archiv fur Anal. und Pkys., 1837, p. 47. J'aurai souvent à renvoye;

àîS™;^'^-"'''-

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[Cap. Il                               RUDIMENTS                * . /           17

paraît d'abord, car tous les caractères extérieuss sont généralement identiquss chez les deux sexes pendant les premières phases de la formation. La direction et l'arrangement des poils sur le fœtus sont les mêmes que chez l'adulte, mais ils sont sujess à une grande variabilité. La surface entière du fœtus, y comprss même le front et les oreilles, est ainsi couverte d'un épais revêtement de poils; mais, fait signfiicatif, la paume des mains, ainsi que la plante des pieds, restent absolument nues, comme les surfacss inférieures des quatre membres chez la plupatt des animaux inférieurs. Cette coïncidence ne peut guère être accidentelle; il est donc probabee que le revêtement laineux de l'embryon représente le premier revêtement de poils permanents chez les mammifères qui naissent ve)us. On a recuellii trois ou quatee observations authentiques relatives à des personnss qui, en naissant, avaient le corps et la face couverte de longs poils fins; cette étrange particularité semble être fortement héréditaire et se trouve en corrélation avec un état normal de la dentition*'. Le professeur Alex. Brandt a compaéé les poils de la face d'un homme âgé de trente-cinq ans, atteint de cette particularité, avec le lanugo d'un fœtus, et il a observé que la textuee des poils et du lanugo était absolument semblable; il pense donc que l'on peut attribuer ce phénomène à un arrêt de développement du poil qui n'en continee pas moins de croître. Un médecin, attaché à un hôpital pour les enfants, m'a affirmé que beaucoup d'enfanss délicass ont le dos couvett de longs poils soyeux; on peut sans doute expliqurr ce cas de la même façon que le précédent.

Il semble que les molaires postérieures, ou dents de sagesse, tendent à devenrr rudimentaires chez les races humaines les plus civiiisée.. Elles sont un peu plus petites que les autrss molarres, fait que l'on observe aussi pour les dents correspondantes chez le chimpanzé et chez l'oran;; en outre, elles n'ont que deux racines distinctes. Elles ne percent pas la gencive avant la dix-septième année, et l'on m'a assuéé qu'eless sont beaucoup plus sujettes à la cane et se perdent plus tôt que les autres dents, ce que nien,, d'allleurs, quelquss dentistes éminents. Elles sont auss,, beaucoup plus que les autres dents, sujettes à varier tant par leur structure que par l'époque de leur développement". Chez les races méla-

41. Voir : la Variation des Animaux et des Plantes à l'état domestique, vol. I, p 327. Le professeur Alex. Brandt a signalé récemment un autre cas an'alogue

0«w£cyuv£eRb^

C. Carter Blake, Anthropologie* Revieiv, juillet 1867, pP299 ?

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18                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [!r. Partie]

nienne,, au contraire, les dents de sagesse présentent habituellement trois racines distinctes, et sont généralement saines ; en outre, elles diffèrent moins des autres molaires que chez les races caucasiennes». Le professeur Schaaffhausen explique cette différence par le fait que, chez les races civilisée~,, < la partie postérieure dentaire de la mâchoire est toujouss raccourcie », particularité qu'on peut, je présum,, attribuer avec assez de vraisemblance à ce que les hommss civilisés se nourrissent ordinairement d'alimenss ramollis par la cuisson, et que, par conséquent, ils se servent moins de leurs mâchoires. M. Brace m'apprend que, aux États-Unis; l'usage d'enlevrr quelquss molaires aux enfanss se répand de plus en plus, la mâchoire ne devenant pas assez grande pour permettre le développement complet du nombee normll des dents".

Je n'ai rencontré qu'un seul cas de rudiment dans le canal digestif, à savorr l'appendice vermiforme du cœcum. Le cœcum est une branche ou diverticulum de l'intestin, se terminant en un cul-de sac, qui atteint une grande longueur chez beaucoup de mammifères herbivores inférieurs. Chez le Koala (Phascolarctos), il est trois fois plus long que le corps entiè4e Il s'étire parfois en une pointe allongée, d'autres fois il est étrangéé par places. Il semble que, par suite d'un changement de régime ou d'habitudes, le cœcum se soit raccourci considérablement chez divers animau;; l'appendice vermiforme a persisté comme un rudiment de la partie réduite. Le fait quill est très petit et les preuvss de sa varaabilité chez l'homm,, preuves qu'a recueillies le professerr Canestrini", nous permettent de conclure que cet appendice est bien un rudiment. Parfois il fait défaut; dans d'autres cas, il est très développ.. Sa cavtté est quequefois tout à fait fermée sur la moitié ou les deux tiers de sa longueur; sa partie terminale consiste alors en une expansion pleine et aplati.. Cet appendice est long et enroulé chez l'oran;; chez l'homme il part de l'extrémité du caecum, et a ordinairement de 10 à 12 centimètres de longueu,, et seulement 8 ou 9 millimètres de diamètre. Il est non-seulement inutile, mais il peut devenrr aussi une cause de mor.. Deux exempess récenss de ce fait sont parvenss

43. Owen, Anal, of vertébrales, vol. III, pp. 320, 321, 325. - 44. On theprimitive form of theslaUl;traduitclan, Anthrop. Heview, ocl. 1868,

46. Owen, Anal.of Vertébrales, vol. 111, pp. 416, 434,441. 47. L. c, p. 94.-

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[Chap. 1]                                RUD!MENTS                                      19

à ma connasssance. Ces accidenss sont dus à l'introduction dans la-cavité de petits corps durs, tels que des graines qui, par leur.pré-sence, déterminent une inflammation «.

Quelques quadrumanes, les Lémurddes'et surtout les Carnivores aussi bien que beaucoup de Marsupiaux, .ont, près de l'extrémité inférieuee de l'humérus, une ouverture, le foramnn supra-condy-loïde, au travess de laquelee passe le grand nerf de l'avant-bras et souvent son artère principale. Or l'humérus de l'homme porte ordinarrement des traces de ce passag,, qui est même quelquefois assez bien développ;; il est formé par une apophyse recourbée, complétée par un ligament. Le D~ Struhhers », qui s'est beaucopp occupé de cette questio,, vient de démontrer que ce caractère est parfoss héréditaire, car il l'a observé chez un individu et chez quatre de ses sept enfants. Lorsque ce passage existe, le nerf du bras le traverse toujours; cequi indeque clairement qu'il est l'homologue et le rudiment de l'orifice supra-condyloïde des animaxx inférieurs. Le professeur Turner estime que ce cas s'observe sur environ 1 p. 100 des squelettes récents. Si le développement accidentel de cette conformation chez l'homme est, comme cela semble probable, dû à un effet de retou,, cette conformation nous reporee à un ancêtre extrêmement reculé, car elle n'exsste pas chez les quadrumanes supérieurs.

Il existe une autre perforation de l'humérus, qu'on peut appeler l'intra-condyloïde, qui s'observe chez divers genres d'anthropoïdes et autres singes,, ainsi que chez beaucoup d'animaux inférieuss et qui se présenee quelquefois chez l'homm.. Fatt très remarquable, ce passage paratt avoir existé beaucoup plus fréquemment autrefois qu'à une époque plus récente. M. Busk » a réuni les documents suivanss à ce sujet : « Le professeur Broca a remarqué cette perforation sur 4 1/2 p. 100 des os du bras recueillis dans le cimetière

48.  M. C. Martins, de F Unité organise, Rendes Oeux-Mondes, lôjuin 1862, p. 16; Hœckel, Generelle MorpAologie, vol. II, p. 278, ont tous deux fait des Marques sur I. fait singulier qu! cet organe"rudimentaire cause quelque-fois la mort.

49.  Voir pour l'hérédité le docteur Struthers; the Lancet, 24 janvier 1863, p. 83, et 15 février 1873. Le docteur Knox, Great artiste and anatomists, p. 63;

tmp. de Saint-Pétersbourg, 1867 : p. 448.

50.  M. Saint-George Mivart, Tram. Philos. Soc, 1867, p. 310.

51.  Onthecaves of Gibraltar(Transact. internat. Congressof yrehist. Arch.; 3" session, 1869, p. 159)) Le professeur Wyman a récemment démontré (Fourlh annual Report, Peabody Muséum, 1871, p. 20) que cette perforation existe chez

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ire Pa]tie]

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du Sud à Paris; dans la grotte d'Orrony, dont le contenu paratt appartenir à la période du bronze, huit humérus sur trente-deux étaient perforés; mais il semble que cette proportion extraordinaire peut-être due à ce que la caverne avatt sans doute servi de caveau de famille. M.Dupont a trouvé aussi dans les grottes de la vallé. de la Lesse, appartentnt à l'époqee du renne, 30 p. 100 d'os perforés; tandis que M. Leguay, dans une espèce de dolmen, à Argen-teul,, en observa 25 p. 100 présentant la même particularité. Pru-ner-Bey a constaéé le même état chez 26 p. 100 d'os provenant de Vauréa.. Le même auteur ajoute que cette conditinn est commune dans les squelettes des Guanches. t Le fait que, dans ce cas, ainsi que dans plusieuss autre,, la conformation des races anciennss se rapproche plus des animaxx inférieuss que celles des races modernes est fort intéressant. Cela vient probablement en grande partie de ce que les races anciennes, dans la longue ligne de descendance, se trouvent quelque peu plus rapprochées que les races modernes de leurs ancêtres primordiaux.

Bien que fonctionnellement nul comme queue, l'os coccyx de l'homme représente nettement cette partie des autres animaux vertébré.. Pendant la premèère période embryonnaire, cet os est libre, et, comme nous l'avons vu, dépasee les extrémités postérieures. Dans certanss cas rares et anormaux », il constitue, même après la naissance, un pettt rudiment externe de queue. L'os coccyx .est cour;; il ne comprend ordinairement que quatre vertèbres ankylosées; elles restent à l'état rudimentai,e, car elles ne présenten,, à l'exception de celle de la base, que la partie centraee seule». Elles possèdett quelquss petits muscles, dont l'un, à ce que m'apprend le professerr ïurner, a été décrtt par Theile, comme une répétitinn rudimentaire exacte de l'extenseur de la queue, muscle qui est si complètement développé chez beaucoup de mammifères.

Chez l'homm,, la moelle épinière ne s'étend pas au-delà de la dernière vertèbee dorsaee ou de la première vertèbre lombaire, mais un corps filamenteux (fllum terminale) se continue dans l'axe de la partie sacrée du canal vertébral et même le long de la face postérieure des os coccygeens. La partie supéreeure de ce filamen,, d'après le professeur Turne,, est, sans aucun doute, l'homologue

52. M. de Quatrefages a recueilli les preuves sur ce sujet, Revue des cours scientifiques, 1867-688 p. 625. Fleischmann a exhibé, en 1840, un fœtus humain ayant une queue libre, laquelle, ce qui n'est pas toujours le cas, comprennes corps vertébraux; cette queue a été examinée et décrite par plusieurs anato-mistes présents à la réunion des naturalistes à Erlangen; voir Marshall, Nie-derllindischen Archiv: fur Zoologie, décembre 1871t

53.Owen,0,^«aL-e0/-^Vl819,P.114.

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[Chap.!]                             RUDIMENTS                                       21

de lamoelle épinière, mais la pariie inférieuee semble se composer simplement de la pie-mère, soit la membrane vascuaaire qui l'entoure. Même dans ce cas, on peut considérer que l'os coccyx possède un vestige d'une conformation aussi importante que la moelle épinière, bien que n'étant plus contenu dans un canal osseux. Le fait suivan,, que j'emprunte aussi au professeur Turne,, prouve combien l'os coccyx correspodd à la véritable queue des animaux inférieuss : Luschka a récemment découvert, à l'extrémité des os coccygiens, un corps enroulé très particulier, qui est continu avec l'artère sacrée médian.. Cette découverte a condutt Krauee et Meyer à examiner la queue d'un singe (macaque) et celle d'un cha,, et ils ont trouvé chez toutes deux, quoique pas à l'extrémité, un corps enroulé semblable.

Le système reproducteur offre diverses conformations rudimen-taire,, mais qui diffèrent par un point important des cas précédents. It ne s'agtt plus ici de vestiges de parties, qui n'appartiennent pas à llespèce à l'état actif, mais d'une partie qui est toujouss présenee et active chez un sexe, tandss qu'elle est repréenntée chez l'autre par un simpee rudiment. Néanmoiss l'existence de rudiments de ce genre est aussi difficile à expliqurr que les cas précédents, si l'on se place au point de vue de la création séparée de chaque espèce. J'aurai, plus loin, à revenrr sur ces rudiments, et je prouverai que leur présence dépend généralement de t'hérédité seule, c'est-àddire que certaines parties acquises par un sexe ont été transportées partiellement à l'autre. Je me borne ici à indiqurr quelques-uns de ces rudiments. On sait que tous les mammifères mâles, l'homme compris, ont des mamelles rudimentaires. Il est arrivé que, dans quelquss cas, celles-ci se sont développées et ont fourni du lait en abondance. Leur identité essentielle chez les deux sexes est égalemntt prouvée par le gonflement occasionnel dont elles sont le siège pendant une attaqee de rougeoe.. La vésicule prostatique (vesicuaaprostatica), qui a été observée chez beaucoup de mammifères mâles, est aujourd'hui universellement reconnue pour être t'homooogue de l'utérus femelle, ainsi que le passaee en rappott avec lui. Il est impossible de lire la description que fait Leuckatt de cet organ,, et l'argument qu'il en tire, sans admettre la justesse de ses conclusion.. Cela est surtout apparent chez les mammifères dont l'utéuss se bifurque chez la femelle, car, chez les mâles de ces espèces, la même bifurcation s'obseree dans la vésicule «. Je pourrais encore mentionner ici quelquss

54. Leuckart, W Cyc<op. of Anal., 1849-52, t. IV, p. 1415. Cet organe

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22                           .LA DESCENDANCE DE L'HOMME             [Ke Partie]

autres conformations rudimentaires du système reproducteur ». On ne saurait se méprendre sur la portée des tross grandes cla-ses de faits que noss venons d'indiquer, mais il sertit superflu de récapituler ici touee la série des arguments déjà développés en détall dass mon Origine des espèces. Une construntion homologue de tout le système, chzz tous les membres d'une même clas,e, est compréhensible, si nous admettons qu'sls descendent d'un ancêtre comm,n, outre leur adaptation subséquente à des conditions diverses. La similitude que l'on remarque entre la main de l'homme ou du singe, le pied du cheval, la palette du phoque, I'aile de la chauve-souris, etc., est absolument inexplicable par toute autre hypothèse ". Affirmer que ces parties ont toutes été formées sur un même plan idéal, n'est pas une expcication scientifi.ue. Quant au développement, en noss appuyant sur le principe des variations survenant à une période embryonnaire un peu tardive et transmises par hérédité à une époque correspondante, nous pouvons face-ement comprendre comment il se fait que les embryons de formes trss différestes conservent encore, plss ou moins parfaitement, la conformation de leur ancêtre comm.n. On naa jamsis pu donner aucune auere explicationdu fatt merveilleux que les embryonsd'nn homme, d'un chien, d'un phoque, d'une chauve-sourbs, d'un reptile, etc., se distinguent à peine les uns des autres au premier abord. Porr comprendre l'existence des organes rudimentaires, il

n'a chez l'homme que de tross à six lignssdelongueur, mass comme tant d'autres parties rudimentaires, il varie par son développem,nt et ses autres caractères.

55.  Owen, Anat. of Vertébrales, t. III, pp. 675, 676, 706.

56.  Le professeur Bianconi essaie, dans un ouvrage publié récemment et illustré 'de magnifiques gravuses (la Théorie darwinienne et la création dite indépendante, 1874)de démontrer que l'on peut expliquer complètement par les principes mécaniques concordant avec l'usaee auquel elles servent l'existence de toutes ces conformations homologues. Persnnee plus que lui n'a mieux démontré combien ces conformations sont admirablement adaptées au but qu'elles onà à àemplir; mass je cross qu'on peut attribuer cette adaptation à la sélection naturelle. Quand le professeur Bianconi considère l'aile de la chauve-souris, il invoque (p. 218) ce quf me parait, pour employer le mot d'Auguste Comte, un simple pnnc.pe métaphysique, c'est-à-dire, la conservation dans toute son intégrité de la nature mammifère de l'anim.l. Il n'aborde la discussion que de quelques rudiments et seulement des parties qui sont partiellement rudimentaires, telles que les petits saboss du cochon et du bœut qui ne reposent pas sur le so;; il démontre clairemtnt que ces parties sont utiles à l'animal. It est à regretter qu'il n'ait pas étudéé et discuté d'autses parties, telles, par exemple, que les dens' rudimentaires qui chez le bœuf ne percent jamais la gencive, les mamelles des quadrupèdes mâles, les ailes de certains scarabées ailés qui existent sous des élytres complètement soudées, les traces du pistil et des étapes chez diverses fleurs, et beaucoup d'autres cas analogues. Bien que j'admire beaucoup l'ouvrage du professeur Bianconi, je n'en persiste pas moins à croire avec la plupart des naturalistes qu'il esn imposbible drexpliquer les con- . formations homologues par le simpee principe de l'adaptation.

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[CHap. Il]                MODE DE DÉVELOPPEMENT                           23

nous suffit de supposrr qu'un ancêtre reculé a possédé les parties en quesiion à l'état parfait, et que, sous l'influenee de changements dans les habitudes d'existence, ces parties ont tendu à disparaître, soit par défaut d'usag,, soit par la sélection naturelle des individus le moins encombrés d'une partie devenue superflue, causes de disparitinn venant s'ajouter aux autres causes déjà indiquées.

Nous pouvons ainsi comprendre comment il se fait que l'homme et tous les autres vertébrés ont été construits sur un même modèle généra,, pourquoi ils traversent les mêmes phases primitives de développement, et pourquoi ils conservent quelquss rudiments commun.. Nous devrion,, par conséquent, admettre franchement leur communauté de descendance; adopter toute autre théorie, c'est en arriver à considérer notre conformation et celle des animaux qui nous entourent comme un piège tendu à notre jugement. Cette conclusion trouve .un appui immenee dans un coup d'œil jeté sur l'ensembee des membres de la série animale, et sur les preuves que nous fournsssent leurs affinttés, leur classification, leur distribution géographique et leur succession géologique. Nos préju gés naturels, cette vanité qui a condutt nos ancêtres à déclare. qu'ils descendaient des demi-dieu,, nous empêchent seuls d'ac cepter cette conclusion. Mais le moment n'est pas éloigné où l'on s'étonnera que les naturalistes, connasssant la conformation comparative et le développement de l'homme et des autres mammifères, aient pu si longtemps croire que chacun d'eux a été l'objet d'un acte séparé de créaison.

CHAPITRE II

SUR LE MODE DE DÉVELOPPEMENT DE L'HOMME DE QUELQUE TYPE INFÉRIEUR

Variabilité du corps et de l'esprit chez l'homme. - Hérédité. - Causes de la

l'augmentation ou de la diminution d'usage des parties. - Arrêts de déve-

animal prédominant dans le monde. - Importance de sa conformation corporelle. - Causes qui ont déterminé son attitude verticale. - Changements

L'homme est à notee époque sujet à de nombreuses varaations. Il n'y a pas, dans une même race, deux individss complètement

arer

on

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24                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [F« Pabtie]

semblables. Nous pouvons comparer des millions d'hommss les uns aux autre;; tous diffèrent par quelquss points. On constaee également une grande diversité dans les proportions et les dimensions des différentes parties du corps; la longueur des jambes est un des poinss les plus variables'. Sans doute, on remarque que, dans certaines parties du monde, le crâne affecte plus particulièrement une forme allongé,, une forme arrondie dans d'autres; toutefois il n'y a là rien d'absolu, car cette forme varie, même dans les limites d'une même race, comme chez les indigènss de l'Amérique et chez ceux de l'Australie du Sud, - cette dernière race est « probablement aussi pure et aussi homogène par le sang, par les coutumes et par le langage qu'aucune race existante, . - et jusqee chez les habitants d'un territoire aussi restreint que l'est celui des îles Sandwich'. Un dentsste éminent m'assuee que les dents présentent presque autant de diversité que les. traits. Les artères principales présentent si fréquemment des trajets anormaux, qu'on a reconnu, pour les besoins chirurgicaux, l'utilité de calculer, d'après 1,040 sujets, la moyenne des différenss parcours observés'. Les muscles sont éminemment variables; ainsi le professerr Turner4 a reconnu que ceux du pied ne sont pas rigoureusement semblables chez deux individus sur cinquante, et présentent chez queques-uns des déviations considérables. Il ajoute que le mode d'exécution des mouvements pariiculiers correspondant à ces muscess a dû se modffier selon leurs différentes déviations. M. J. Wood a constaté, sur 36 sujets, l'existence de -295 variations muscuaaires ; et, dans un autre groupe de même nombre, il a compté 558 modification,, tout en ne notant que pour une seule celles qui se trouvaient des deux côtés du corps. Aucun des sujets de ce second « groupe n'avait un système muscuaaire complètement conforme aux descriptions classiquss indiquées dans les manuels d'anato-mie. U Un des sujess présentait jusquàà 25 anomalies distinctes. Le même muscle, varie parfois de plusieuss manières; c'est ainsi que le professeur Macatister» ne décrir pas moins de 20 va-

! 1. B.-A. Gould, Investigations in Military and Anthropopo~. statistics of American Soldiers, 1869n p. 256.

îles Sandwich, le professeurJ.Wyman, Oôserua/îonsonCranîo, Boston, 1868,p.l8. 3. R. Quain, Anatomy of the Arteries.

i ^tyaJ^^^U^^i^^ mémoire ant, rieur, 1866, p. 229.

6.ProC.^./WS^C«^,vol.X,868,p.Hl.

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[Chap. I!]                  MODE DE DÉVELOPPEMENT. "                         25

riaiions distinctes du palmaire accessoire (palmaris accessorius).

Le célèbre anatomiste Wo!f insiste sur le fait que les viscères internes sont plus variables que les partiss externes: Nulaaparti-cula est quœ non aliter et aliter in aliis se habeathominibus. Il a même écrit un traité sur les types à choisir pour la description des viscère.. Une discussinn sur le beau idéal du foie, des poumon,, des reins, etc,, comme s'il s'agissait de la divine face humaine, sonne étrangement à nos oreilles.

La variabilité ou la diversité des facultés mentales chez les hommes appartentnt à la même race, sans parerr des différences plus grandss encore que présentent sous ce rappott les hommss appatenant à des races distinctes, est trop notoire pour quill soit nécessaire d'insister ici. Il en est de même chez les animaux inférieurs. Tous ceux qui ont été chargss de la direction de ménageries reconnaissent ce fait, que nous pouvons tous constater chez nos chiens et chez nos autres animaux domestiques. Brehm insiste tout particulièrement sur le fait que chacun des singes quill a gardés en captivité en Afrique avatt son caractère et son humeur propres; il mentionne un babouin remarquable par sa hauee intelligence; les gardiens du Jardnn zoologiqee m'ont signaéé un singe du nouveau continent également très remarquable à cet égard. Rengger appuie aussi sur la diversité du caractère des singes de même espèce qu'il a élevés au Paraguay; diversité, ajoute-t-il, qui est en partie innée, et en partie le résulttt de la manière dont on les a traités et de l'éducation qu'ils ont reçue».

J'ai discuéé ailleurs' le sujet de l'hérédité avec assez de détails pour n'y consacrer ici que peu de mots. On a recueilli sur la tranmission héréditaire des modfiications, tant insignifiantes quiimportantes, un nombee beaucoup plus considérable de faits relatifs à ' l'homme qu'à aucun animal inférieu,, bien qu'on possède sur ces derniers une assez grande abondance de documents. Ainsi, pour ne parler que des facultés mentales, la transmission est évidenee chez nos chiens, chez nos chevaux et chez nos autres animaux domestiques. Il en est aussi certainement de même des goûts spéciaux et des habitudes, de l'intelligence générale, du courag,, du bon et du mauvais caractère, etc. Nous observons chez l'homme des faits analogues dans presque toutes les famllles; les travaux admirables de M. Gatton* nous ont maintenant appris que le génie, qui

7.  ActaAcad. Saint-Pétersbourg, 1778, part. II, p. 217.

8.  Brehm, Thierleben, I, pp. 58,87. Rengger, Saugethiere von Paraguay, p. 57.

9.   Variation des animaux, etc., chap. xu.

10.  Hereditary Genius : An inquiry Mto its Law and Consequences, 1869.

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26-                      LA DESCENDANCE "DE L'HOMME           [I" Parti*]

impiique une combinaison mervellleuse et complexe des plus hautes facultés, tend à se transmettre héréditairemene; d'autre par,, il est malheureusemtnt évident que la folie et le dérangement des facultés mentalss se transmentent égalemntt dans certaines fa-Bien que nous ignorions presque absolument quelles sont les véritables causes dela varaabilité, nous pouvons affirmer tout au moins que, chez l'homme comme chez les animaux inférieurs, elles se rattachent aux conditions auxquelles chaque espèce a été soumise pendant plusieuss générations. Les animaux domestiques varient plus que les animaux à l'état sauvag,, ce qui, selon toute apparence, résutte de la natuee diverse et changeante des conditions extérieures dans lesqueless ils sont placé.. Les races humanes ressembeent sous ce rappott aux animaux domestiques, et il en est de même des individus de la même race, lorsqu'ils sont répandus sur un vaste territoire, comme celui de l'Amériqu.. Nous remarquons l'influence de la diversité des conditions chez les nations les plus civilisée,, où les individu,, occupatt des rangs divers et se livrant à des occupations variées, présentent un ensembee de caractères plus nombrexx quiils ne le sont chez les peupess barbares. On a, toutefois, beaucoup exagééé l'uniformité du caractère des sauvages, uniformité qu,, dans certains cas, n'exsste, pour ainsi dire, réellement pas.. Toutefois, si nous ne considérons que les conditions auxquelles il a été soumis, il n'est pas exact de dire que l'homme ait été a plus strictement rédutt en domesticité" » qu'aucun autre anima.. Quelques races sauvages/telles que la race australienne, ne sont pas exposées à des conditions plus variées qu'un grand nombre d'espèces animales ayant une vaste distribution. L'homm,, à un autee point de vue bien plus essentiel, diffère encore considérablement des animaux rigoureusement réduits à l'état domestique, c'est-^dire que sa propagation n'a jamass été contrôlée par une sélection quelconque, soit méthodique, soit inconsciente. Aucune race, aucun groupe d'hommss n'a été assez complètement asservi par ses maîtres pour que ces derniers aient conservé seulement et chois,, pour ainsi dire, d'une manèère inconsciente, certains individus déterminés répondant à leurs besoins par quelque utilité spéciale. On n'a pas non plus choisi avec inten-

11. M. Bâtes (Naturalist on the Amazons, vol. II, p. 159) fait remarquer, au sujet des Indiens d'une même tribu de Sud-Américains, « qu'il n'y en a pas deux ayant la même forme de tête; les uns ont le visage ovale à traits régutiers, les autres ont un aspect tout à fait mongolien par la largeur et la saillie des joues,

^^îriaïa!^^^ ta* p, *o,

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[Chap. II]                  MODE DE DEVELOPPEMENT                              27-

Mon certains individus des deux sexes pour les accoupler, sauf )c cas bien connu des grenadiers prussiens; dans ce cas comme on devatt s'y attendre, la race humanee a obéi à la loi de la sélection méthodique; car on assuee que les villages habités par les grenadiers et leurs femmes géaness ont produts beaucoup d'hommss de haute stature. A Sparte, on pratiqutit aussi une sorte de sélection, car la loi voulatt que tous les enfanss fussent examinés quelquss jours après leur naissance; on laissatt vivre les enfanss vigoureux et bien faits et on tuait les autres".

Si nous admettons que toutes les races humaines constituent une seule espèce, l'habitat de cette espèce est immense; quelquss races distinctes, d'alleeurs, comme les Américanss et tes Polynésiens, ont elles-mêmss une extension considérable. Les espèces largement distribuées sont plus variables que celles renfermées dans des limites plus restreintes : c'est là une loi bien connue; ll en résulte qu'on peut avec plus de justesee comparer la varaabilité de l'homme à celle des espèces largemntt distribuées qu'à celle des animaux domestiques.

Les mêmes causes générales semblent non-seulement détermnner la variabilité chez l'homme et chez les animaux, mais encore les mêmes parties du corps sont affectées chez les uns et chez les autres d'une manière analogu.. Godron etQuatrefages - ont démontré ce fait avec tant de détails que je puis me borner ici à renvoyrr à leurs travau.. Les monstruosités qui passent graduellement à l'état de légères variations sont également-si semblables chez l'homme et chez les animaxx qu'on peut appliqurr aux uns et aux autres

13. Mitford, Ilistory of Greece, vol. I, p. 282. Le Rév. J.-N. Hoare a aussi appelé mon attention sur un passage de Xénophon, Memorabilia, livre I!, 4, d'où

comprenaittoute l'induenceque lasélection appliquéeavec soin aurait surl'amé-lioration de la race humaine. Il déplore que la question d'argent empêche si

'lPftinn CpviioIIo Thortonio o'ûvnpimoon/

souvent lejeunatu^ldela^ecU^se^^

< Quand il s'agit de porcs et de chevaux, ô Kurnus, nous appliquons les règles raisonnables ; nous cherchons a nous procurer à tout prix une race pure, sans vices ni défauts, qui nous donne des produits sains et vigoureux. Dans les mariages que nous voyons tous les jours, il en est tout autrement; les hommes

marier ses enfants dans les plus nobles familles. Ne vous étonnez donc plus ---------; ---------ice humaine dégénère de plus en plus,          ' '

dente, mais c'est en 4in^Z^oléZZ ïmlnWÎf courant Espèce 'ta~rk --"                    ^

^;,^^^^^

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28                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [!re Pahtie]

. les mêmes termes et la même classfiication, comme l'a prouvé Isid. Geoffroy Saint-Hilaire ». Dans mon ouvrage sur la Variation des animaux domestiques, i'ai cherché à grouper d'une manière approximatiee les lois de la variation ainsi que suit : - l'action directe et définie des changements de conditions, presqee prouvee par le fait que tous les individss appartenant à une même espèce varient de la même manière dans les mêmes circonstances; les effets de la continuité de l'usage ou du défaut d'usage des parties; la cohésion des parties homologues ; la variabilité des partiss multiples; la compensation de croissance, loi dont, cependant, l'homme ne m'a encore fourni aucun exemple parfait; les effets de la pression mécanique d'une partie sur une autre, comme celle du bassin sur le crâne de l'enfant dans l'utérus; les arrêss de développement, déterminant la diminution ou la suppression de parties; laréappa-rition par retour de caractères perdus depuss longtemps; enfin la corréaation des variations. Toutes ces lois, si on peut employrr ce mot, s'appliquent également à l'homme et aux animau,, et même pour la plupatt aux plantes. Il seratt superflu de les discuter toutes ici «; mais plusieuss ont pour nous une telle importance que nous aurons à les traiter avec quelque développement.

Action directe et définie~es changements dans les conditions: -Sujet fort embarrassant. On ne saurait nier que le changement des condiiions produise des effets souvent considérables sur les organismes de tous genre;; il paratt même probable, au premier abord, que ce résultat seratt invariable si le temps nécessaire pour qu'll puisse s'effectuer s'étatt écoulé. Mais je n'ai pas pu obtenrr des preuvss absoluss en faveur de cette conclusion, à laquelee on peut opposer des arguments valables, en ce qui concerne au moins les innombrables structures adaptées à un but spécial. On ne peu,, cependant, "douter que le changement des conditions ne provoqee une étendue presque indéfinee de fluctuations variables, qui, jusquàà un certain poin,, rendent plastique l'ensembee de l'organisation.

On a mesuré, aux États-Unis, plus d'un milion de soldass qui ont servi dans la dernière guerre, en ayant soin d'indiquer les États dans lesquess ils étaient nés et ceux dans lesquess ils avaient été

15. HisL gén. et part. des anomalies de ^organisationn vol. I, 1832.

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a

[Chap. Il]                 MODE DE DÉVELOPPEMENT                           29

élevés ". Cet ensembee considérable d'observations a prouvé que certaines influencss agissent directement sur la stature; on peut en conclure, en outre, que a l'État ou la croissanee physique s'est accomplie en majeuee parti,, et celui où a eu lieu la naissance, indiquant la famlle,, semblent exercer une influence marquée sur la tallle. » Ainsi, on a étabii que a la résidenee dans les Étass de l'Oues,, pendant les années de croissance, tend à augmenter la stature. » Il est, d'autre par,, certain que, chez les matelots, le genre de vie ralentit la croissance, ainsi qu'on peut le constater < par la grande différence qui existe entre la taille des soldass et celle des matelots à l'âge de dix-sept et dix-hutt ans. » M. B.-A. Gould a cherché à détermnner le genre d'influences qui agissent ainsi sur la stature, sans arriver à autre chose qu'à des résultats négatifs, à savoir, que ces influences ne se rattachent ni au clima,, ni à l'élévation du pays ou du sol, ni même, en aucun degré appréciab,e, à l'abondance ou au défaut des conforss de la vie. Cette dernière conclusion est directement contraire à celle que Villermé a déduite de l'étude de la statistique de la taille des conscrits dans les diveress parties de ll France:Lorsque l'on compaee les différencss qui, sous ce rapport, existent entre les chefs polynésiens et les classes inférieures de ces mêmes iles, ou entre les habitants des îles volcaniques fertiles et ceux des îles coralliennes basses et stérilss du même océan », ou encore entre les Fuégiens habitant la côte orientale et la côte occidentale du pay,, où les moyens de subsistanee sont très différents, il n'est guère possible d'échapper à la conclusion qu'une meilleuee nourriture et plus de bien-être influent sur la taille. Mais les faits qui précèdent prouvent combien il est difficile d'arriver à un résultai précis, le D~ Beddoe a récemmntt démontré que, chez les habitants de l'Angleterre, la résidenee dans les villes, jointe à certaines occupations, exerce une influence nuisible sur la taille, et il ajoute que le caractère ainsi acquss est jus-qu'ànn certann point héréditaire; il en est de même aux États-Unis. Le même auteur adme,, en outre, que partout ou une race a atteint son maximum de développement physique, elle s'élève au plus haut degré d'énergee et de vigueur morale ». »

On ne sait si. les conditioss extérieures exercent sur l'homme d'autres effets directs. On pourrait s'attendre à ce que des différences

iï: ï£ ÏÏSSSWûSt SSJUS^f -«. ~ V,

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30                      LA DESCENDANCE DU L'HOMME            [1-e Partie]

de climat exerçassent une influence marquée, l'activité -des poumons et des reins étant très fortement augmentée par une basse température, et celle du foie et de la peau par un climat chaud ». On croyait autrefois que la couleur de la peau et la natuee des cheveux étaient déterminées par la lumière ou par la chaleu;; et, bien qu'on ne puisse guère nier que l'aciion de ces causes n'exerce quelque influence de ce genre, presque tous les observateurs s'accordent aujourd'hui à admettre que leurs effets sont très faibles, même après un laps de temps très prolong.. Nous aurons à discuter ce sujet lorsque nous étudierons les diverses races humannes. Il y a des raisons de croire que le froid et l'humidité affectent directement la croissance du poil chez nos animaxx domestiques; mais je n'ai pas rencontré de preuves de ce fait en ce qui concerne l'homm..

Effets de l'augmentation d'usage etdudéfautd'usage des parties. -On sait que chez l'individu l'usage fortffie les muscles, tandis que le défaut absolu d'usag,, ou la destruction de leur nerf propre, les affaiblit. Après la perte de l'œil, le nerf optique s'atrophie souven.. La iigature d'une artère entraîne non-seulement une augmen-tationdu diamètre des vaisseaux voisins, mais aussi l'épasssissement et la force de résistance de leurs paroi.. Lorsqu'un des reins cesse d'agrr par suite d'une lésion, l'autre augmente en grosseu,, et fait double travail. Les os appelés a supporter de grands poids augmentett non-seueement en grosseu,, mais en longueur ». Des occupations habituelles difTérentes entraînent des modifications dans les proportions des diverses parties du corps. Ainsi la commission des Étals-Unis » a pu constater que les jambss des matelots, qui ont servi dans la dernière guerre, étaient d'environ 5 millimètres plus longues que celle des soldats, bien que les mateloss eussent en moyenne une taille plus petite; en outre, les bras de ces matelots étaient d'environ 26 millimètres trop courts; ils étaien,, par conséquent, disproportionnellement trop courss relatvement a leur moindee taille. Ce peu de longueur des bras semble résulter de leur emploi plus constant, ce qui constitue un résultat fort inattendu; les matelots, il est vra,, se servent surtout de leurs bras pour tirer et non pour soulever des fardeaux. Le tour du cou et la profondeur du cou-de-pied sont plus grand,, tandss que la

20. Docteur lirakenridge, Theory oy Dialhesis; Médical Times, juin 19 et

JUS?ljSiSfqué les autorités qui font ces diverses assertions dans Variations, eu:., vol. II, pp.297, 300.Docteur Jaegcr, UeberdasLangenwachsthumderKno-

C- ^BTGoZf^elSîIns^p. 288.

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[Chap. Il]                 MODE DE DÉVELOPPEMENT '                        31

circonférence de la poilrine, de la taille et des hanchss est moindee chez les matelots que chez les soldats.

On ne sait si ces diverses modifications deviendraient hérédtaires, au cas où plusieuss générations continueraient le même genre de vie, mais cela est probable. Rengger» attribue la minceur des jambes et lagrosseur des bras des Indiens Payaguas au fait que plusieuss générations successives ont passé la presque totalité de leur vie dans des canos,, sans presque jamais se servir de leurs membres inférieurs. Certains auteuss adoptent une conclusion semblabee pour d'autres cas analogues. Cranz,, qui a vécu longtemps chez les Esquimaux, nous dit que a les indigènss admeteent que le talent et la dextérité à la pèche du phoque (art dans lequel ils excellen)) sont héréditaires; il y a réellement là quelque chose de vra,, car le fils d'un pêcheur célèbre se distingee ordinairement, même quand il a perdu son père pendant son enfance. » Mais, dans ce cas, c'est autant l'aptitude mentale que la conformation du corps qui paratt être héréditaire. On assure qu'à leur naissance les mains des enfanss des ouvriess sont, en Angleterre, plus grandss que celles des enfanss des classes aisées». C'est peut-être à la corréaation qui existe, au moins dans quelquss cas», entre le développement des extrémités et celui des mâchoires qu'on doit attribuer les petites dimensioss de ces dernières dans les classes aisées, qui ne soumettent leurs mains et leurs pieds qu'à un faible travail. It est certain que les mâchoires sont généralement plus petites chez les hommss à position aisée et chez les peuples civilisés que chez les ouvriers et les sauvages. Mais, chez ces derniers, ainsi que le fait remarquer M. Herbett Spencer,, l'usage plus considérabee des mâchoires, nécessité par la mastication d'aliments grossiers et à l'état cru, doit influer directement sur le développment des muscles masticateurs, et sur celui des os auxquels ceux-ci s'attachent. Chez les enfants, déjà longtemps avant la naissance, l'épiderme de la plante des pieds est plus épais que sur toutes les autres parties du corps,, fait qui, a n'en pas douter, est dû aux effets héréditaires d'une pression exercée pendant une longue série de générations, Chacun sait que les horlogers et les graveurs sont sujets à deve-

S: 5g:S"f*r«Ti« ««.,»„, ,„,. h, 1853, p.«*,.

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32                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [In. Paht.e]

nir myopes, tandss que les gens vivant en plein air et surtout les sauvagss ont ordinairement une vue très )ongue». La myopie et la presbytie tendent certainement à devenrr héréditaires». L'infériorité des Européens, comparés aux sauvages, sous le rappott de la perfection de la vue et des autres sens, est sans aucun doute un effet du défaut d'usag,, accumuéé et transmis pendant un grand nombre de générations; car Rengge"" dit avoir observt à plusieuss reprises des Européens, élevés chez les Indiens sauvagss et ayant vécu avec eux toute leur vie, qui cependatt ne les égalaient pas par la subtilité de leurs sens. Le même naturaliste fait remarquer que les cavités du crâne, occupées par les divers organss des sens, sont plus grandss chez les indigènes américains que chez les Européens; ce qui, sans doute, correspond à une différence de même ordre dans les dimensions des organss eux-mêmes. Blumenbahh a aussi constaéé la grandeur des cavités nasales dans le crâne des indigènss américains, et rattache à ce fait la finesse remarquable de leur odora.. Les Mongots qui habitent les plainss de l'Asie septentrionale ont, d'après Pallas, des sens d'une perfeciion étonnnante; Prichard croit que la grande largeur de leurs crânes sur les zigo-mas résutte du développement considérable qu'acquièrent chez eux les organss des sens-.

Les Indiens Quechuas habitent les hauss plateaux du.Pérou, et Alcide d'Orbigny" assure que leur poitrine et leurs poumons ont acquis des dimensions extraordinaires, obligés qu'ils sont à respirer continuellement une atmosphère très raréfiée. Les cellules de leurs poumons sont aussi plus grandss et plus nombreuses que-celles des Européens. Ces observations ont été contestées, mais M. D. Forbes, qui a mesuré avec soin un grand nombre d'Aymaras, race voisine, vivantàunealtituee comprise entre dix etquinzemillepieds,

(Sanitary Memoirs of the war of the rébellion, 1869. p. 530) a prouvé cependant le bien fondé de cette assertion; il est facile selon lui d'expliquer ce fait, car la vue chez les. matelots se borne à la longueur du vaisseau et à la hauteur

%mVariations, etc., vol I, p. 8.

. 31. Saugethiere, etc., pp. 8, 10. J'ai eu occasion de constater la puissance de vision extraordinaire que possèdent les Fuégiens. Voir aussi Lawrence (Lectures on Physiology, etc., 1822, p. 404) sur le même sujet. M. Giraud Teuton a récemment recueilli (Revue des Cours scientifiques, 1870, p. 625) un ensemble important et considérable de faits prouvant que la cause de la myopie « est le travail

^Pri^JA^^^if.mJ^surl^loritédeBlumenb^h,Til.L

33: Cité par^Sa*1," Physi'al HiTof Mankind, vot. V; p. 463.

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[ChapPii]            .mode de développement                           33

m'affirme» qu'ils diffèrent très notablement des hommes de toutes les autres races qu'il a étudiée,, par la circonférence et par la longueur du corps. Il représente, dans ses tableaux, la taille de chaque homme par 1,000, et,rapporte les autres dimensioss à cette unité. On remarque que les bras étendus des Aymarss sont un peu plus courts que ceux des Européens, et beaucoup plus courss que ceux des nègres. Les jambes sont également plus courtes, et présentent cette particularité remarquable que, .chez tous les Aymaras mesuré,, le fémur est plus court que le tibia. La longueur du fémur comparée à celle du tibia est en moyenne comme 211 est à 252, tandss que chez deux Européens mesurés en même temp,, le rappott du fémur au tibia étaté comme 244 est à 230, et chez trois nègres comme 258 est à 241. L'humérus est de même plus cour,, relativement/que l'avant-bras. Ce raccourcissement de la partie du membee qui est la plus voisine du corps paraît, comme l'a suggééé M. Forbes, être un cas de compensation en rappott avec l'alrongement très prononéé du tronc. Les Aymaras présentent encore quelquss poinss singuliers de conformation, la faible projection du talon, par exemple.

Ces hommes sont si complètement acclimatés à leur résidence froide et élevée, que, lorsque autrefois les Espagnols les obligeaient à descendee dans les basses plaines orientales, ou qu'lls y viennent aujourd'hui, tentés par les salarres considérables des lavages aurifères, ils subissent une mortalité effrayante. Néanmoins, M. Forbes a retrouéé quelques famllles, qui ont survécu pendant deux générations sans se croiser avec les habitants des plaines, et il a remarqué qu'elles possèdent encore leurs particularités caractéristiques. Mais il étatt évident, même à première vue, que toutes ces particularités, avaient diminu;; et un mesurage exact prouva que leur corps est moins long que celui des hommes du haut plateau, tandss que leurs fémurs se sont allongé,, ainsi que leurs tibias, quoique à un degré moindre. Le lecteur trouveaa les mesures exactes dans le mémoire de M. Forbe.. Ces précieuses observtions ne laissen,, je crois, pas de doutes sur le fait qu'une résidence à une grande altitud,, pendant de nombreuses générations, tend à déterminer, tant directement quiindirectement, des modifications héréditaires dans les proportions du corps".

35. Le docteur Wolckens (Landwirthschaft. Wochenblatt, n" 10,1869) a publié récemment un intéressant mémoire sur les moaifications'qu'ép'rouve la charpente des animaux domestiques vivant dans les régions montagneuses.

3

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34                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME,         [Ire Partie]

Bien qu'il soit possible que l'homme n'ait pas été profondément modifié pendant les dernières périodes de son existence, par suite d'une augmentation ou d'une diminution de l'usage de certaines parties, les faits que nous venons de signaerr prouvent que son aptitude sous ce rappott ne s'est pas perdu;; nous savons de la manière la plus positive que la même loi s'applique aux animaux inférieurs. Nous pouvons donc en conclure que, alors qu'à une époque reculée les ancêtres de l'homme se trouvaient dans un état de transition pendant leque,, de quadrupèdes qu'ils étaien,, ils se transformaient en bipède,, les effets héréditaires de l'augmentation ou de la diminution de l'usage des différentes parties du corps ont dû puissamment contribuer à augmenter l'aciion de la séleciion naturelle.

Arrêss de développement. - L'arrêt de développement diffère de l'arrêt de croissanee en ce que les parties qu'il affecte continuent à augmenter en volume tout en conservant leur état antérieur. On peut rangrr dans cette catégorie diverses monstruosités dont certaines sont, parfoss héréditaires comme le bec-de-iièvre. Il suffira, pour le but que nous nous proposons ici, de rappeler l'arrêt dont est frappé le développement du cerveau chez les idiots microcéphales, si bien décriss par Vogt dans un important mémoire". Le crâne de ces idiots est plus pettt et les circonvolutions du cerveau sont moins compliquées que chez l'homme à l'état norma.. Le sinus fronta,, largement développ,, formant une projection sur les sourcils, et le prognathisme effrayant des mâchoires donnent à ces idiots quelque ressemblance avec les types inférieuss de l'humanité. Leur intelligence et la plupatt de leurs facultés mentales sont d'une extrême faiblesse. Ils ne peuvent articuler aucun langage, sont incapables de toute attention protongée, mais sont enclins à l'imitation. Ils sont forts et remarquablement actifs, gambadent, sautent sans cesse, et font des grimaces. Us montent souvent les escaliers à quatre pattes, et sont singulièrement portés à grimprr sur les meubles ou sur les arbres. Ils nous rappellent ainsi le plaisir que manifestent presque tous les jeunes garçons à grimper aux arbres, et ce fait que les agneaux et les cabris, primitivement animaux alpin,, aiment à folâtrer sur les moindres élévaiions de terrann quiils rencontrent. Les idiots ressemblent aussi aux animaxx inférieuss sous quelques-autres rapports; ainsi, on en a connu plusieuss qui flairaienl avec beaucoup de soin chaque bouchee avant de la mange.. On cite un

'36. Mém. sur les Microcéphales, 1867,, pp. 50, 125, 169, 171,184-1988

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[Chap. II]              ' MODE DE DÉVELOPPEMENT                           35

idiot qui, pour attraper les poux, se servatt indifféremment de sa bouche ou de ses main.. Les idiots ont d'ordinaire des habitudes dégoûtantes ; ils n'ont aucune idée de la décence; on a remarqué que certains avaient le corps couvert de poils.. ~etour ou Atavism.. - Nous aurions pu introduire dans le paragraphe précédent la plupart des cas que nous avons à citer ici. Lorsqu'une conformation subit un arrêt de développement, ma,s qu'elle continue à s'accroître jusquàà ressembler beaucoup à quelque structure analogue qui existe chez certains individus inférieuss adultes du même group,, nous pouvon,, à un certann point de vue, considérer cette conformation comme un cas de retou.. Les indvidus inférieuss d'un groupe nous représentent, dans une certanee mesure, la conformation probable de l'ancêtre commun de ce group;; on ne sauratt guère croire, en effet, qu'une partie, arrêtée dans une des phases précocss de son développement embryonnaire, pût être capable de croître jusqu'à remplir ultérieurement sa fonction propre, si elle n'avatt acquis cette aptituee à grossrr dans quelque état antérierr d'existence, alors que la conformation exceptionnelle ou arrêtée était normale. Nous pouvon,, en nous plaçant à ce point de.vu,, considérer.comme un cas de retou,, le cerveau simple d'un idiot microcéphale, en tant qu'il ressembee à celui d'un singe.. Il est d'autres cas qui se rattachent plus rigou-

37. Le professeurLaycockrésume le caractère animal desWtoUe.jlesapp..

mente. Voir sur le même sujet et sur .e système poilu des idiots, Maudsley, ^£s^^^^^

bable,parce que les ma-a" --"::—"- ™» «unt™i«n,P.nt situées svmè-triquement sur la poit

que les mamdles additionnelles sont généraient situées symé sur la poitrine, et surtout par le cas d'une femme, dont la seule

seule

mailleeffecttve o^û^tîarégion inguinale, fille d'une autre femme pourvue de mamelles supplémentaires. Mais le professeur Preyer (Der Kampf umdas

tres situations,

^s ce S/cToTp^duïï a^Tde wVpour nourrir Penfant. Il est donc neu orobable qu'on puisse attribuer au retour les mamelles additionnelles; ce-^nd'nt ce«eqe" plication me semble encore assez probable parce qu'on trouve souvent deux paires de mamelles disposées symétriquement sur la poitrine; on

....               _ _ -_ -.1 _ir~(. n„ „„:t .-..-,« nlncianpc l.pm n ri Ans

le D' Handyside dans lequel deux frères possédaient cette particularitér

' ;tXlSérrteppa30l? Danf un'^^s^tés^rT D'\artels, 1 homme avait cinq mamelles, l'une occupait une position médiane et.était pla-

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36                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pAlmE]

reusementaux phénomènes du retour dont nous noss occupons ic.. Certaines conformations, qui se rencontrent régulièrement chzz les individus inférieurs du groupe dott l'homme fait partie, apparaissent parfois chzz ce dernier, bien que faisant défaut dass l'embryon humnin normal; ou, s'ils s'y trouvent, se développent ultérierement d'une manière anormale, quoique ce moee d'évolution sott binn celui propre aux membres inférieurs du groupe. Les exemples suivants feront mieux comprendre ces remarques.

Chzz divers mammifères, l'utérus passe peu à peu de la forme d'un organe double ayant deux orifices et dexx passages distincts, comee chzz les marsup,aux, à celee d'un organe unique ne présentant d'autres indices de duplication qu'un légrr pii interne, comee chzz les singes supérieurs et chzz l'hmmme. On obseeve chzz les rongeurs touses les séries de gradations entre ces deux étass extrêmes. Chzz toss les mammifères, l'utérus se développe de deux tubes primitifs simples, dont les portions infériesres forment les cornes, et, suivant l'expression du D~ Farre, « c'est par la co--lescence des extrémi'és infériesres des deux cornes que se forme

cee au-dessus du nombril ; Meckel Von Hemsbach pense trouver l'expiication de ce phénomène dans le fait que des mamelles médianes se présentent quelquefois chez certains Chéiroptères. En résumé, nous pouvons douter que des mamelles additionnelles se seraient jamais développées chez l'homme et chez la

iïz:^:^n^^rte humain n'avaienl pas été pourvus de

Dans le même ouvrage j'ai, avec beaucoup d'hésitation, attribué au retour les cas de polydactylie fréquents chez l'homme et chez divers animaux. Ce qui me décida en partie fut l'assertion du professeur Owen; il assuee que quelques Ichthyoptérigiens possèdent plus de cinq doigts; j'éta;s donc en drott de suppser qu'ils ava.ent conservé un état primordial. Mais le professeur Gegenbaur (Jenauche Zeitschrift, vol. V, p. 341) conteste l'assertion d'Owen. D'un autre côte, en se basant sur l'hypothèse récemment mise en avant par le D' Gunther qui a observé dans la nageoire du Ceratodus des rayons ossexx articulés sur un os central, il ne semble pas qu'il soit très difficile d'admettre que six doigts ou plus puissent reparaître d'un côté ou des deux côtés par un effet de retour. Le D' Zoutevenn m'apprend qu'on a observé un homme qui avatt vingt-quatre do.gts aux mains et aux pied.. Ce qui m'a surtout poréé à penser que la présence de doigts additionnels est due au retour est le fatt que ces doigss ont non-seulement héréditaires, mass encore, comme je le croyass alors, que ces doigts ont la faculté de repousser après avorr été amputés, comme les doigss normaux des vertèbres inférieurs. Mais j'ai expliqué dans la seconee édition des Variations à l'état domestique (Paris, Reinwald, 1880) pourquoi j'ajoute peu de foi aux cas où l'on a observé cette régénération. Toutefois il importe de remarquer, car l'arrêt de développement et le retour ont des rapports intimes! que diverses structures dans une condition embryonnaire telle que le bec-de-lièvre, l'utérus bifide etc,, sont souvent-accompagnées par la'po.ydactyHe. Meckç et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ont vivement insisté sur ce fait. Mais dans l'état actull de a science il est plus sage de renoncer à l'idée qu'il y a

m:^iï^iï^dedoiets additionnels et un retour à

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[Chap. II]                MODE DE DÉVELOPPEMENT                          37

le corps de l'utérus humain, tandss qu'eless restent séparéss chez les animaux dont l'utérus ne présente pas de partie moyenn,, ou de corps. A mesure que l'utérus se développ,, lès deux cornes se raccourcissent graduellement et finissent par disparaître, comme si elles étaient absorbées par lui. , Les angles de l'utérus s'allongent encore en cornes jusqee chez les singes inférieuss et leurs voisins

Or on constate parfois chez les femmes des cas d'anomalie: l'utérus adulte est muni de cornes, ou partiellement divisé en deux organes; ces cas, d'après Owen, représentent « le degré dedéveloppement concentré » que cet organe a atteint chez certains rongeurs. Ce n'est peut-être là qu'un exemple d'un simpie arrêt de développement embryonnaire, avec accroissement subséquent et évoluiion fonctionnelle complète, car chacun des deux côtés de l'utérus, partiellement double, est apte à servrr à l'acte propee de la gestation. Dans d'autres cas plus rare,, il y a formation de deux cavités utérinss distinctes, ayant chacune ses passagss et ses orifices spéciaux.. Aucune phaee analogee n'étant parcourue dans le développement ordinaire de l'embryon, il seratt difficile, quoique non impossible, de croire que les deux petits tubes primitifs simples sauraient (s'il est permss d'employer ce terme) se développrr en deux utérus distincts, ayant chacun un orifice et un passag,, et abondamment pourvus de muscles, de nerfs, de glandss et de vaisseaux, s'ils n'avaient pas autrefois suivi un cours analogue d'évolution, comme cela se voit chez les marsupiaux actuels. Personne ne pourrait prétendee qu'une conformation, aussi parfaite que l'est l'utérus double anorml' de la femme, puisse être le résultat du simple hasard. Le principe du retou,, au contraire, en vertu duquel des conformations depuis longtemps perduss sont rapplées à l'existence, pourrait être le guide conducteur du développment complet de l'organe, même après un laps de temps très pro-

l0,Àprès avoir discuéé ce cas et plusieuss autrss analogues, le professeur Canestrini" arrive à une conclusion identiqee à la

39.  Voir l'article du docteur A. Farre, dans Cyclopedia ofAnal, and Physio-logy,.vo). Y, J859, p. 642. Owen, Anatomy of Vertebrates, vol. III, p.687,18688 professeurTurner, Edinburgh Medical Journal, fév. 1865.

40.  Annuario delia Soc. dei Naturalisti in Modena, 1867, p. 83. Le professeur

os malaire. cl.» plosl.urs „g.u humain, .1 ch„ certains sing.., et n».r<,ue

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38

LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [I« Part,*]

mienn.! Il cite, entre autres cas, l'os malaire qui, chez quelquss quadrumanss et chez quelquss autres mammifères, se compose normalement de deux parties. C'est dans cet état qu'il se trouve chez le fœtus humann âgé de deux mois, et qu'il se trouve parfois, à cause d'un arrêt de développement, chez l'homme adulte, surtouc.chez les races prognathes inférieures. Canestrini en conclut que, chez un ancêtre de l'homm,, cet os devatt être normalemen, partagé en deux portions qui se sont ultéreeurement soudées pour n'en plus faire qu'un.. L'os frontal de l'homme se compose d'une seule pièce, mais dans l'embryon, chez les enfants, ainsi que chez presqee tous les mammifères inférieurs, il se compose de deux pièces séparées par une suture distincte. Cette sutuee persiste parfois, d'une manière plus ou moins apparente, chez l'homme adulte, plus fréquemment dans les anciens crânes que dans les crânes récents, et tout spécialement, ainsi que Canestrini l'a fait remarquer, dans ceux qui appartienntnt au type brachycéphale exhumés du diluvium. Il conclur dans ce cas, comme dans celui des os malaires qui lui est analogue. Il semble, par cet exempee ainsi que par d'autres que nous aurons à signaeer, qùe si les races anciennss se rapprochent plus souvent que les races modernss des animaux par certains de leurs caractères, c'est parce que ces dernières sont, dans la longue série de la descendance, un peu plus éloignéss de leurs premiers ancêtres semi-humains.

Différenss auteuss ont considééé comme des cas de retour diverses autres anomalies, plus ou moins analoguss aux précédentes, qui se présentenl chez l'homm;; mais cela est douteux, car nous aurions à descendee très bas dans la série des mammifères avant de trouver de semblables conformations normales «'.

Voir aussi G. Delorenzi, TVe Muovi casi d'anomalia dell'osso malare, Turin, 1872; et E. Morselli, Supra una rara anomalia dell'osso ma~are, Modène, 1872. Plus récemment encore, Gruber a publié un pamph)et sur la division de cet os. J'indique ces autorités parce qu'un critique a jugé à propos, sans aucune raison

"StXsa»~toute une série de cas dans son Histoire des Anomalies, vol. III, p. 437. Un critique, Journal of Anatomy and Physiology, 1871, p. 366, me blâme beaucoup de n'avoir pas discuté les nombreux cas d'arrêts de développement qui ont été signalés. Il soutient que, dans mon hypothèse, 5 toutes les conditions intermédiaires d'un organe pendant son développement n'indiquent pas seulement un but, mais ont autrefois constitué un but. m Je n'admets pas absolument cette assertion. Pourquoi des variations ne se pré-senteraient-elles pas pendant une phase primitive du développement, qui n'auraient aucun rapport avec le retour? Cependant ces variations pourraient se

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[Chap. II]                MODE DE DEVELOPPEMENT                           39

Les canines sont chez l'homme des instruments de mastication parfaitement efficaces. Mais, ainsi que le fait remarquer Owen ", leur vrai caractère de canines < est indiqué par la forme conique de la couronn,, qui se termine en pointe obtuse, est convexe au dehors et plate ou un peu concave sur sa face interne, laquelee porte à la base une faible proéminence. La forme conique est parfaitement accusée chez les races mélanésiennes, surtout chez la race australienne. La canine est plus profondément implantée, et a une racine plus forte que celle des incisfve.. » Cette dent, cependant, ne constitue plus pour l'homme une arme spéciaee pour lacérer ses ennemis ou sa proie; on peut donc, en ce qui concerne saffonction propre, la considérer comme rudimentaire. Dans toute collection considérable de crânes humains, on en trouve, comme le remarque Hackel «, chez lesquess les canines dépassent considérablement )e niveau des autrss dents, à peu près comme chez les singes anthropomorphes, bien qu'à un moindee degré. Dans ce cas, un vide est réservé entre les dents de chaque mâchoire pour recevorr l'extrémité de la canine de la mâchoire opposée. Un intervalle de ce genre, remarquable par son étendu,, existe dans un crâne cafre « dessiné par Wagner. On n'a pu examiner que bien peu de crânss anciens comparativement à ce qu'on a étudié de crânes ré~ cents, il est donc intéressant de constater que, dans trois cas au moins, les canines font une forte saillie, et qu'elles sont décrites comme énormss dans la mâchoire de !a Naulette ».

Seuls, les singes anthropomorphes mâles ont des canines complètemntt développées; mais, chez le gorllee femelle et un peu moins chez l'orang du même sexe, elles dépassent considérable ment les autres dents. On a affirmé que parfois les femmes ont des caninss très saillantes; ce fait ne constitue donc aucune objection sérieuse contre l'hypothèse en vertu de laquelle leur développement considérable, accidentel chez l'homm,, est un cas de retour vers un ancêtre simien. Celui qui rejetee avec mépris i'idée que la forme des caninss et le développement excessff de ces dents

présenteraient-elles pas aussi dans les premières phases du développement, aussi bien que dans t'age mûr, sans avoir aucun rapport avec un antique état

1867, p. 295; Scbum,..,,», «t., 1868, p. 426.

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40                          LA DESCENDANCE DE L'HOMME . [fe Partie!

chez quelquss individss résultent de ce que nos premiers ancêtres possédaiene ces armes formidables, révèle probablement en ricanant sa propee ligne de filiaiion; car, bien qu'il n'ait plus l'intention ni le pouvoir de faire usage de ses dents comme armes offensives, il contracte inconsciemment ses muscles grondeurs (snarling muscles de Sir C. Bell)", et découvee ainsi ses dents, prêtes à l'action, comme le chien qui se dispose à combattre.

Beaucoup de muscles, spéciaux aux quadrumanes ou aux autres mammifères, se rencontrent parfois chez l'homm.. Le professerr Vlacovich « a, sur quarante sujets mâles, trouvé chez dix-neuf un muscle qu'il a appelé l'ischio-pubien; chez trois autres ce muscle était représenté par un ligament; il n'y en avatt pas de traces sur les dix-huit restants. Sur trenee sujess féminin,, ce muscle n'était développé des deux côtés que chez deux, et le ligament rudimen-taire chez trois. Ce muscle paratt donc plus commun chez l'homme que chez la femme; ce fait s'explique si l'on admet l'hypothèse que l'homme descend de quelque type inférieu,, car ce muscle existe chez beaucoup d'animaux, et, chez tous ceux qui le possèdent, il sert exclusivement au mâle dans l'acte de la reproduction.

M. J. Wood « a, dans ses excellenss mémorres, minutieusement décrtt chez l'homme de nombreuses variations muscuaaires qui ressemblent à des structures normales existant chez les animaux inférieurs. En ne tenant même compee que des muscles qui ressemblent le plus à ceux existant régulièrement chez nos voisins les plus rapprochés, les quadrumanes, ils sont trop abondants pour être spécifiés ici. Chez un seul sujet mâle, ayant une forte constitution et un crâne bien conform,, on a observé jusquàà sept variations musculaires, qui toutes représentaient nettement des muscles spéciaux à plusieuss types de singes. Cet homme avai,, entre autres, sur les deux côtés du cou, un véritable et puissant levator claviculœ, tel qu'on le trouve chez toutes la espèces de singes, et qu'on dit exister chez environ un sujet humain sur.

46.  Anatomyof Expression, 1844, pp. 110, 131.

47.  Cité par le professeur Canestrini dans VAnnuario, etc., 1867, p. 90.

48 Ces nïémoir s doivent être soigneusement étudies par qui veut apprendre

1866l p. 241, 242; - vol. XV. 1867, p. 544; - vol. XVId 186S, p. 524. J'ajouterai chez des animaux encore plus bas sur l'échelle.

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[ChxpP II]                 MODE DE DÉVELOPPEMENT                          41

soixante. «. Le mêmesujet présentait encore < un abducteur spécial de l'os métatarsal du cinquième doigt, semblabee à celui dont le professeur Huxley et M. Flower ont constaéé l'existence uniforme chez les singes supéreeurs et inférieurs. Jee me contenterai de citer deux autres exemples: le muscle acromio-basilaire existe chez tous les mammifères placés au-dessous de l'homme et semble en corrélation avec la démarche du quadrupède ; or, on le rencontre à peu près chez un homme sur soixante. M. Brad,ey « a trouvé, dans les extrémités inférieures un abducteur ossis metatarsi quinti, chez les deux pieds de l'homm;; on n'avatt pas, jusquàà présen,, signaéé ce muscle chez l'homme bien qu'il existe toujouss chez les singes " anthropomorphes. Les mains et les bras de l'homme constituent des conformations éminemment caractéristiques; mais les muscles de ces organss sont extrêmement sujets à varier, et cela de façon à ressemblrr aux muscles correspondants des animaxx inférieuss ». Ces ressemblances sont parfaites ou imparfaites et. dans ce dernier cas, manifestement de natuee transitoire. Certaines variations sont plus fréquentes chez l'homm,, d'autres chez la femme, sans que nous puissions en assignrr la raison. M. Wood, après avorr décrtt de nombreux cas, fait l'importante remarque que voici : « Les déviaiions notabess du type ordinaire des conformations musculaires suivent des directions qui indiquntt quelque facteur inconnu mais fort important pour la connasssance substantielle de l'anatomie scientifique générale », »

On peut admettre comme extrêmement probabee que ce facteur inconnu est le retour à un ancien état d'existence ». Il est tout à

49.  Professeur Macatister, Proc. Roy. Irish Academy, vot. X, 1868, p. 124.

50.  M. Champneys, Journal of Anat. and Phys. Not. 1871, p. 178.

51.  Journal of Anat. and Phys., mai 1872, p. 421.

52.  Le professeur Macalister (id., p. 421), ayant relevé ses observations en tableaux, a trouvé que les anomalies musculaires sont plus fréquentes dans l'avant-bras, puis dans la face, troisièmement dans le pied, etc.

53.  Le rév.DocteurHaughton,dansl'exposéd'un cas remarquablede variation tenslemusclelongfléchïsseurdupoucehumzm(Proc.Roy.IrishAcademy.im, p. 715), ajoute ce qui suit : « Ce remarquable exemple prouve que l'homme possède parfois un arrangement des tendons du pouce et.des doigts qui est

V°54X,Depu1s?a première édition de cet ouvrage, M. Wood a publié un autre mémoire, Philos. Trans., 1870, p. 83, sur les variations des muscles du cou, de t'é-

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42                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PaRtie]

fait impossible de croire que l'homme puisse, par pur acciden,, ressembler anormaleme,t, par sept de ses muscles, à certains singes, s'il n'y avata entre eux aucune connexion génésiqu.. D'aulr

par,, si l'homme descend de quelque ancêtre simien, il n'y a pas de raison valable pour que certains muscles ne réapparaissent pas subitement même après un intervalle de plusieuss milliers de générations, de même que chez les chevaux, les ânes et les mulets, on voit brusquement reparaître sur les jambss et sur les épauess des raies de couleur foncée, après un intervalle de centaines ou plus probablement de milliers de générations.

Ces difTérents cas de retour ont de tels rapports avec ceux des organes rudimentaires cités dans le premerr chapitre, qu'ils auraeent pu y être traités aussi bien qu'ic.. Ainsi, on peut considérer qu'un utérus humann pourvu de cornes représente, à un état rudimentai,e, le même organe dans ses conditions normales chez certains mammfères. Quelques parties rudimentaires chez l'homm,, telles que l'os coccyx chez les deux sexes, et les mameless chez le sexe masculi,, ne font jamais défau;; tandss que d'autres, comme le foramen su-pra-condyloïde, n'apparaissent qu'occasionnellement et, par conséquent, auraentt pu être comprises dans le chapitre relatif au retou.. Ces différentes conformations < dues au retour », ainsi que celles qui sont rigoureusement rudimentaires, prouvent d'une manière certaine que l'homme descend d'un type inférieu..

Variations corrélatives. - Beaucoup de conformations chez l'homm,, comme chez les animaux, paraissent si intimement liées les unes aux autres que, lorsque l'une d'elles varie, une autre en fait autant sans que nous puission.,, dans la plupatt des cas, en indiquer a cause. Nous ne pouvons dire quelle est la pariie qui gouverne l'autre, ou si toutes deux ne sont pas elles-mêmss gouvernées par quelque autre partie antérieurement développée. Diverses monstruosités se trouvent ainsi liées l'une à l'autre, comme l'a prouvé Isidoee Geoffroy Saint-IIilaire. Les conformations homologues sont particulièrement sujettes à varier de concert; c'est ce que nous voyons sur les côtés opposés du corps, et dans les extrémités su-

pauleet de la poitrine de l'homme. Il démontre dans ce mémoireque les muscles

Se^^mSn^

variation chez l'homme, démontrentde manière suffisante ce qu'on peut consi-

ctSlTdrLt.e^tLtd!SpreUVes du P"-PedarwinienPdu retour,

loi d'hérédité. r

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[Chap. II] ^ MODE DE DÉVELOPPEMENT' "                        43

périeures et Inférieures. Meckel a, il y a longtemps, remarqué que lorsque les muscles du bras dévient de leur type propre, ils imitent presque toujouss ceux de la jamb,', et réciproquement pour les muscles de cette dernière. Les organss de la vue et de l'ouïe, les dents et les cheveux, la couleur de la peau et celle des cheveux, le teint et la constitution sont plus ou moins en corrélation les uns avec les autres». Le professeur Schaaffhaunen a le premerr attiré l'attention sur les rapports qui parasssent exister entre une conformation, musculaire très accusée'et des arcadss sus-orbitaires très saillantes, qui caractérisent les races humannes inférieures.

Outre les variations qu'on peut grouprr avec plus ou moins de probabilité sous les titres précédents, il en reste un grand nombee qu'on peut provisoirement nommer spontanées, car notre ignorance est si grande qu'elles nous paraissent surgir sans cause apparente. On peut prouve,, toutefois, que les variations de ce genre, qu'elles consistent, soit en légères différencss individuelles, soit en déviations brusquss et considérables de la conformation, d* pendent beaucoup plus dela constitution de l'organisme que de la natuee des conditions auxquelles il a été exposé5'.

Augmentation de la population. - On a vu des populations civilisées placées dans des conditions favorables, aux Etats-Unis par exemple, doubler leur nombre en vingt-cinq ans ; fait qui, d'après un calcul étabii par Euler, pourrait se réaliser au bout d'un peu plus de douze ans". A ce taux du doublement en vingt-cinq ans, la population actuelle des États-Unis, soit 30 million,, deviendrait, au bout de 657 années, assez nombreuse pour occuper tout le globe à raison de quatre hommes par mètre carré de superficie. La difficulté de trouvrr des subsistances et de vivre dans l'aisance constitue l'obstacle fondamental qui limite l'augmentation continue du nombre des hommes. L'exemple des États-Unis, où les subssstances se trouvent en grande quantité et où la place abonde, nous permet de concluee qu'il en est ains.. La population de l'Angleterre serait promptement doublée si ces avantages venaient à y être doublés auss.. Chez les nations civilisées, le premier des deux obstacles agit surtout, en restreignant les maraages. La mortalité considérable des enfanss dans les classes pauvres, ainsi que celle produite à

' 55. J'ai cité mes autorités pour ces diverses assertions dans Variation des.

yTlStù™ "nfnutfaféEutfd^ ^-chap. xxn. De la Variation

^Syrage mémorable du rév. T. Malthus, Essay on the principle of population, 1826, vol. I, 6, 517.

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44                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PABTre]

tous les âges par les diverses maladies, qui frappent les habitants des maisons misérables et encombrées, est aussi un fait très important. Les effets des épidémies et des guerres sont promptement compensés et même au delà, chez les nations placées dans des conditioss favorables. L'émigration peut aussi provoquer un arrêt. temporaire de l'augmentation dela popuaation, mais elle n'exerce aucune influence sensible sur les classes très pauvres.

Il y a lieu de supposer, comme l'a fait remarquer Malthu,, que la reproduction est actuellement moins active chez les barbares que chez les nations civilisée.. Nous ne savons rien de positff à cet égard, car on n'a pas fait de recensement chez les sauvages; mais il résulte du témoignage concordant des missionnaires et d'autres personnes qui ont longtemps résidé chez ces peuples, que les familles sont ordinairement peu nombreus,s, et que le contraire est la grande exception. Ce fait, à ce qu'il semble, peut s'expliquer en partie par l'habitude qu'ont les femmes de nourrir à la mamelle pendant très longtemps; mais il est aussi très probable que les sauvages, dont aa vie est souvent très pénible et qui ne peuvent pas se procurer une alimentation aussi nourrissante que les races civilisée,, doivent être réellement moins prolifiques. J'ai démontré, dans un autre ouvrage", que tous nos animaux et tous nos oiseaux domestiques, ainsi que toutes nos plantes cultivée,, sont plus féconds que les espèces correspondantes à l'état de nature. Les animau,, il est vra,, qui reçoivent un excès de nourriture ou qui sont engrasssés rapidement et la plupatt des plantes subitement transportées d'un sol très pauvee dans un sol très riche, deviennent plus ou moins stériles ; mais ce n'est pas là une objection sérieuee à la conclusion que nous venons d'indiquer. Cette observation nous amène.donc à penser que les hommss civilisés qui sont, dans un certain sens, soumis àune hauee domes-ticaiion, doivent être plus proiifiquss que les sauvages. Il est probable aussi que l'accroissement de fécondtté chez les naiions civilisées tend à devenrr un caractère héréditaire comme chez nos animaux domestiques; on sait au moins que, dans certaines familles humaines, il y a une tendanee à la production de jumeaux..

Bien que moins prolifiquss que les peuples civiiisé,, les sauvages augmenteraitnt sans aucun doute rapidement, si leur nombee n'étatt rigoureusement restreint par quelquss causes. Les Santali, tribus habitant les collines de l'Inde, ont récemment offert un ex-

58. De la Variation des Animaux, etc., II, pp. 117-120,172. ^ SfcM. Sedgwiek, British and /orei9n mediLchirurg. Revieu>, joillet 1863,

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[Chap. I!]                  MODE DE DÉVELOPPEMENT                              45

cellent exemple de ce fait, car, ainsi que l'a démontré M. Hunter™, ils ont considérablement augmenéé depuss l'introduction de la vaccine, depuis que d'autres épidémies ont été atténuées, et que la guerre a été strictement supprimée. Cette augmentation n'aurait toutefois pas été possible si ces populations grossières ne s'étaient répandues dans les districts voisins pour travailler à gage.. Les sauvagss se marient presque toujours, avec cette restriction qu'ils: ne le font pas ordinairement dès l'âge où le mariage est possibl.. Les jeunes gens doivent prouvrr d'abodd qu'ils sont en état de nourrir une femme, et doivene gagnrr la somme nécessaire pour acheter la jeune fille à ses parents. La difficutté qu'ont les sauvagss à se procurer leur subsistance limite, à l'occasion, leur nombre d'une manière bien plus directe que chez les peuples civilisés, car les membres de toutes les tribus ont périodiquement à soufîrir de rigoureuses famines pendatt lesquelles, forcés de se contenter d'une détestabee alimentation, leur santé ne peut qu'être très compromise. On a signalé de nombreux exemples de la sailiie de l'estomcc des sauvagss et de l'émaciation de leurs membres pendant et après les disettes. Ils sont alors contraints à beaucou.. erre,, ce qui amène la mort de nombreux enfants, comme on me l'a assuré en Australie. Les famines étant périodiques et dépendant principalement des saisons extrêmes, toutes les tribus doivent éprouver des fluctuations en nombre. Elles ne peuvent pas régulièrement et constamment s'accroître, en l'absence de tout moyen d'augmenter artfficiellement la quantité de nourriture. Lorsqu'ils sont vivement pressés par le besoin, les sauvagss empiètent sur les territoires voisin,, et la gueree éclate ; il est vrai, d'ailleurs, qu'ils sont presque toujouss en lutte avec leurs voisins. Dans leurs efforts pour se procurer des aliments, ils sont exposés à de nombreux accidenss sur la teree et sur l'eau; et, dans quelquss pays, ils doivent avoir à souffrir considérablement des grands animaux féroces. Dans l'Inde même, il y a eu des distrccts dépeuplés par les ravagss des tigre..

Malthus a discuté ces diverses causes d'arrêt, mais il n'insiste pas assez sur un fait qui est peut-être le plus important de tous: l'infanticide, surtout des enfanss du sexe féminin, et l'emploi des pratiques tendatt à procurer l'avortement. Ces dernières régnent actuellement dans bien des parties du globe, et, d'après M. M'Len-nan,, l'infanticide semble avoir existé autrefois dans des propo--

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46                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee Partie]

tions encore bien plus considérables. Ces pratiques, paraissent devoir leur origine à la difficulté, ou même à l'impossibilité dans laquelee se trouvent les sauvagss de pouvorr nourrir tous les enfants qui naissen.. On peut encore ajouter le dérèglement des mœurs à ces diverses causes de restriction; mais ce dérèglement ne résulte pas d'un manque de moyen de subsistance, bien qu'il y ait des raisons pour admettre que, dans certains pays (le Japon, par exemple), on l'att encouragé dans le but de maintenir la population dans des limites constantes.

Si nous nous reportons à une époque extrêmement reculé,, l'homm,, avant d'en être arrivé à la dignité d'être humain, devatt se laisser diriger beaucoup plus par l'instinct et moins par la raison que les sauvagss actuels les plus infimes. Nos ancêtres primitifs semi-humains ne devaient pratiquer ni l'infanticide, ni la polyandrie, car les instincss des animaux inférieuss ne sont jamass assez pervers» pour les pousser à détruire régulièrement leurs petits ou pour leur enlever tout sentiment de jalousie. Ils ne devaient point non plus apporter au maraage des restrictions prudentes, et les sexes s'accouplaient librement.de bonne heure. Il en résulte que les ancêtres de l'homme on dû tendre à se multiplier rapidement; mais des freins de certaine nature, périodiques ou constants, ont dû contriburr à réduire le nombre de leurs descendants avec plus d'énergie peut-être encore que chez les sauvagss actuels. Mais, pas plus que pour la plupatt des autres animau,, nous ne sauroons dire quelle a pu être la natuee précsse de ces freins. Nous savons que les chevaux etle bétail, qui ne sont pas des animaux très prolifiques, ont augmenté en nombee avec une énorme rapidité après leur introduction dans l'Amérique du Sud. Le plus lent reproducteur de tous les animau,, l'éléphant, peupleratt le monde entier en quelquss milliers d'années. L'augmentation en nombee des diverses espèces de singes doit être limitée par quelque cause, mais pas, comme le pense Brehm, par les attaque

62. Un critique fait dans le Spectator, 12 mars 1871, p. 320, les commen-taires suivants sur ce passage : « M. Darwin se voit obligé d'imaginer une

vages, et il se voit, par conséquent, obligé d'établir, comme une hypothèse scientifique, sous une forme dont il ne paraît pas soupçonner la parfaite or-

blés des sauvages, principalement dans leurs rapports avec le mariage. Or, la traduction juive relative à la dégénération morale de l'homme affirme exactement la même chose. »

ar ues

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[Chap, II]                  MODE DE DÉVELOPPEMENT                              kl

des bêtes féroces. Personee n'oseratt prétendee que la faculté reproductrice immédaate des chevaux et du bétall sauvage de l'Amérique se soit d'abodd accrue d'une manière sensible, pour être plus tard réduite, à mesuee que chaque région se peuplait davantage. Dans ce cas comme dans tous les autre,, il n'est pas douteux qu'il y ait eu un concouss de plusieuss obstacles, différant même selon les circonstances; des disettes périodiques résultant de saisons défavorables devant probablement être comptéss au nombre des causes les plus importantes. Il; a dû en être de même pour les ancêtres primitifs de l'homm..

Sélection naturelle. - Nous avons vu que le corps et l'esprit de l'homme sont sujets àvarier, et que les variations sont provoquées directement ou indrrectement par les mêmes causes générales, et obéissentauxmêmes lois que chez les animaux inférieurs. L'homme s'est largement répandu à la surface de la terre; dans ses incessantes migrations ", il doit avoir été exposé aux conditions les plus différentes. Les habitants de la Terre de Feu, du cap de Bonne-Espérance et de la Tasmanie, dans l'un des hémisphères,^ ceux des régions arctiques dans l'autre, doivent avoir traversé bien des climass et modifié bien des fois leurs habitudes avant d'avorr atteint leurs demeures actuelles «. Les premiers ancêtres de l'homme avaient aussi, sans doute, comme tous les autres animau,, une tendance à se multiplier au-delà des moyens de subsistance; ils doivent donc avoir été accidentellement exposés à la lutte pour l'exsstence, et, par conséquent, soumis à l'inflexible loi de la sélection naturelle. Il en résulte que les variations avantageuses de tous genres ont dû être ainsi occasionnellemtnt ou habituellement conservées, et les nuisiblss éliminée.. Je ne parle pas ici des déviations de conformtion très prononcées, qui ne surgsssent qu'à de longs intervalles, mais seulement des différences individuelles. Nous savon,, par exemple, que les muscles qui déterminent les mouvements de nos mains et de nos pieds son,, comme ceux des animaux inférieurs, sujets à une incessanee variabilité ". En conséquence, si on suppose que les ancêtres simiens de l'homm,, habitant une région £el-_

AtltlT^mZt^                       w-Stanley Jevons,

64. Latham, Man and his Migrations, 185l! p. 135.

m. MM. Murie etMivart, dans leur Anatomy of the LemuroUea (Transact. Zoolog. Soc, vol. VII, 1869, pp. 96-98), disent : . Quelques muscles sont si irré-delto,?r lT distribution 1u'?n "e Peut Pas bien les classer dans aucun Srpf dumèmefndivVu                   * ^^ ^ *Ut *** CÔ'és °PP°Sés du

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48                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME . [Ire Partie]

conque, et surtout un pays en voie de changements dans ses conditions,tétaient paraagés en deux troupes égales, celle qui comprenatt les individus lesmieux adaptés, par leur organisation motrice, à se procurer leur subsistance ou à se défendre, a dû fournir la plus forte moyenne de survivants, et produire plus de descendants que l'autre troupe moins favorisée.

Dans son état actuel le plus imparfait, l'homme n'en est pas moins l'animal le plus dominateur qui ait jamass paru sur la terr.. I[ s'est répanuu beaucoup plus largement qu'aucun autre animal bien organisé, et tous lui ont cédé le pas. Il doit évidemment cette immenee supériorité à ses facultés intellectuelles, à ses habitudes sociales qui le condussent à aider et à défendee ses semblables, et à sa conformation corporelle. Le résultat final de la lutte pour l'existence a prouvé l'importance suprême de ces caractères. Les hautes facultés intellectuelles de l'homme lui ont permis de développer le langaee articulé, qui est devenu l'agent principal de son remarquable progrès. a L'anayyse psychooogique du langage démontre, comme le fait remarquer M. Chauncey Wright», que l'usage du langag,, même dans le sens le plus borné, exige bien plus que toute autre chose l'exercice constant des facultés mentales. » L'homme a inventé des armes, des outils, des.piège,, etc., dont il fait un ingénieux emplo,, et qui lui servent à se défendre, à tuer ou à saisrr sa proie ; au moyen desques,, en un mot, il se procuee ses aliments. Il a construit des radeaux ou des embarcations qui lui ont permss de se livrer à la pêche et de passer d'une lie à une autre plus fertiie du voisinag.. 11 a découvett l'art defaire le feu, à l'aide duquel il a pu rendre digestibles des racines dures et filandreuses, et,-innocentes par la cuisson, des plantes vénéneuses à l'état cru. Cette dernière découverte, la plus grand,, sans contredit, après celle du langage, a précédé la première auroee de l'histoire. Ces diverses inventions, qui avaient déjà rendu l'homme si prépondérant, alors même quill était à l'état le plus grossier, sont le résultat direct du développement de ses facultés, c'est-à-dire l'observation, la mémoire, la curiosité, l'imagination et la raison. Je ne puis donc comprendee pourquoi M. Wallace » soutient q que le seul effet qu'att

66.  Limils of naturel selection, North American Review, oct. 1870, p. 295.

67.  Quarterly Heview, avril 1869e p. 392. Ce sujet est plus complètement

remarquable que le professeur Claparède, un des zoologistes les plus distingués d'Europe, a publiée dans la Bibliothèque universelle, juin 1870. La remarque

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* < ' t

[Chap. Il]                MODE DE DEVELOPPEMENT                           49

pu avoir la sélection naturelle a été de douer le sauvage d'un cerveau un peu supérieur à celui du singe. »

Bien que la puissance intellectuelle et les habitudes sociales de l'homme aient pour lui une importance fondamentale, nous ne devons pas méconnaître l'importance de sa conformation corporelle, point auquel nous consacrerons le reste de ce chapitre. Nous discuterons, dans un chapitre suivant, le développement de ses facultés intellectuelles, sociales et morales.

Quiconque sait un peu de menuiserie admet qu'il n'est pas'facile de manier le marteau avec précision. Jeter une pieree avec la justesee dont un Fuégien est capable, soit pour se défendre, soit pour tuer des oiseaux, exige la perlectinn la plus consommee dans l'aciion combinée des muscles de la main, du bras et de l'épaule, sans parler d'un sens tactlle assez fin. Pour lancer une pierre ou une lance, etpour beaucoup d'autres actes, l'homme doit être ferme sur ses pieds, ce qui exige encore la coadaptation parfaite d'une foule de muscles. Pour tailler un silex et en faire l'outil le plus grossier.ou pour façonnrr un os en crochet ou en hameço,, il faut une main parfaite; car, ainsi que le fait remarquer un juge des plus compétents, M. Schooccraft », l'art de transformer des fragmenss de pieree en couteau,, en lances ou en poiness de flèche, dénote a une habileté extrême et une longue pratique ». Le fait que les hommss primitifs pratiquaient la division du travall le prouve surabondamment; chaque homme ne confectionnait pas ses outil* en silex ou sa poteree grossière, mais il paraît que certains indivdus se vouaient à se genre de travaxx et recevaient, sans doute, en échang,, quelquss produits de la chasse. Les archéologues affirment qu'un énorme laps de temps s'est écoulé avané que nos ancêtres aient songé à user la surfaee des silex éclatés pour en faire des outlls polis. Un animal ressemblant à l'homm,, pourvu d'une main et d'un bras assez parfaits pour jeter une pierre avec justesse, ou pour transformer un silex en un outir grossier, pourrait, sans aucun

que je cite dans le texte surprendra tous ceux qui ont lu le travai. célèbre de M. Wallace surVOrigine des Races Aumaines, déduite de la Théorie de la sélection Katurelle,publiée primitivement dans AnthropoloqicalReview.mdX 1864, p. clviii. Je ne puis m'empêcher de citer une remarque très juste faite par sir J. Lubbok sur ce travail ( Prehistoric Times, 1865, p. 479), a savoir que M. Wallace, « avec un désintéressement caractéristique, attribue l'idée de la sélection naturelle

C°6m8PCUé "par M. Lawson Tait, Law ofnalurat sélection, - DuoUn Quarterly Journal of Médical Science, février 1869. Le docteur Keller est aussi cité dans le même but.

s

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50                        LA DESCENDANCE DE L'HOMMK           [!« Partie]

doute, avec une pratique suffisante, en ce qui concerne seulement l'habileté mécanique, effectuerpresquetoutce qu'un homme civilisé-est capabee de faire. On peut, à ce point de vue, comparer la conformation de la main à celle des organes vocaux, qui servent chez les singes à l'émission de cris, de signaux divers, ou, comme chez une espèce, à l'émission de cadences musicaees; tandss que, chez l'homm,, des organss vocaux très semblables se sont adaptés a l'expression du langage articuéé grâce aux effets héréditaires de

examnnons maintenant les plus prochss voisins de l'homm,, et, par conséquent, les représentants les plus fidèles de nos ancêtres primitifs. La main des quaduumanes a la même conformation générale que la nôtre, mais elle est moins parfaitement adaptée à des travaux divers. Cet organe ne leur est pas aussi utile pour la locomotion que les pattes le sont à un chien; c'est ce qu'on observe chez les singes, qui marchent sur les bords externes de la paume de la main, ou sur le revers des doigts repliés, comme l'orang et le chimpanzé ». Leurs mains sont toutefois admirablement adaptées pour grimper aux arbres. Les singes saisissent comme nous de fines branches ou des cordes avec ie pouce d'un côté, les doigss et la paume de l'autre. Ils peuvent aussi soulever d'assez gros objets, porter par exempee à leur bouche le goulot d'une bouteille. Les babouins retournent les pierres et arrachent les racinss avec leurs mains. Ils saissssent à l'aide de leur pouce, opposabee aux doigts, des noisettes, des insectes et d'autres petits objets, et, sans aucun doute, prennent ainsi les œufs et les jeunss oiseaux dans les nids. Les singes amérccains meurtrissent les orangss sauvages, en les frappant sur une branche, jusquàà ce que, l'écorce se fendan,, ils puissent l'arracher avec leurs doigts. D'autres singes ouvrent avec les deux pouces les coqullles des moules. Ils s'enlèvent réciproquement les épines qui peuvent se fixer dans leur peau, et se cherchent mutuellement leurs parasites. A l'état sauvag,, ils brisent a l'aide de cailloux les fruits a coque dure. lis roulent des pierres ou les jettent à leurs ennemis; cependant, ils exécutent tous ces actes lourdement, et il leur est absolument impossible, ainsi que j'ai pu l'observer moi-mêm,, de lancer une pierre avec précision.

Il me paratt loin d'être vrai que, paree que les singes saisissent les objets gauchement, « un organe de préhension moins spécialisé leur auratt rendu autant de services que leurs mains actuelles '». »

69.  Owen, Analomy of ~ertébrales, lit, p. 71.

70.  Cuar^^fc», avril 1869, p. 398.

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[Chap. Il]                MODE DE DÉVELOPPEM'NT                           51

Au contraire, je ne vois aucune raison pour mettre en doutequ'une main plus parfaitement conformee ne leur eût été avantageuse, à la condition, importante à noter, qu'elee n'en fût pas pour cela moins propee à leur permettre de grimper aux arbres. Nous pouvons supposer qu'une main aussi parfaite que celle de l'homme aurait été moins avantageuse pour grimper, car les singes qui se tiennent le plus dans les arbre,, l'Ateles en Amériqu,, le Colubus en Afrique et l'Hylobates en Asie, ont le pouce très rédutt en groseeur, souvent même rudimentaire, et les doigts partiellement adhérents de sorte que leur main est ainsi convertie en simple crochet".

Dès qu'un ancien membee de la grande série des Primates en fut arrivé, soit à cause d'un changement dans le mode de se procurer ses aliments, soit a cause d'une modification dans les conditions du pays qu'il habitait, à vivre moins sur les arbres et davantage sur le sol, son mode de locomotion a dû se modifier ; dans ce cas, il devatt devenrr ou plus rigoureusement quadrupède ou absolument bipède. Les babounss fréquentent les régions accidentées et rocheuses, et ne grimpent sur les arbres élevés que forcés par la nécessité", ils ont acquis presque la démarche du chien. L'homme seul est devenu bipède ; nous pouvon,, je crois, expliquer en partie comment il a acquss son attitude verticale, qui constitue un de ses caractères les plus remarquables. L'homme n'aurait jamais atteint sa position prépondérante dans le monde sans l'usage de ses mains, instruments siadmirablemenp appropriés à obéir à sa volonté.Sir C. Bell" a insisté sur le fait que « la main supplée à tous les instruments, et, par saconnextté avec l'intelligence, elle a assuré à l'homme la domination universelle. x Mais les mains et les bras n'auraient jamass pu devenrr des organss assez parfaits pour fabriqurr des arme,, pour lancer des pierres et des javelots avec précisio,, tant qu'ils servaient habituellement à la locomotion et à supporter le poids du corps, ou tant quiils étaient toutparticulièrement adaptés, comme nous l'avons vu, pour grimprr dans les arbre.. Un service aussi rude aurait, d'alleeurs, émoussé le sens du tact, dont dépendent essentiellement les usages délicass auxquels les doigss sont appro-

71. Chez VHylobales synttactilus, comme le. nom l'indique, deux des doigts sont adhérents; fait qui se représente occasionnellement, à ce que m'apprend M. Blyth, dans les doigts des H. agilis, lar, et leuciscus. Le Colobus estextraor-dinairement actif, et habite exclusivement les arbres (Brehm Thierleben, vol I. p. 50); mais j'ignore si ces singes sont medleurs grimpeurs que les espèces des genres voisins. It est à remarquer que les pieds des paresseux, qui vivent exctusivement sur les arbres, ressemblent absolument à des crochets. . 72. Brehm, Thierleben, vol. I, p. 80.

73. The Hand, ils Mcchanism, etc. Brklrjnvaler Treatise, 1833, p. 38.

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52                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Partie]

priés. Ces causes seules auraiett suffi pour que l'attitude verticaee fût avantageuse à l'homm,, mais il est encore beaucoup d'actions qui exigent la liberéé des deux bras et de la partie supérieure du corps, lequel doit pouvorr dans ce cas reposer solidement sur les pieds. Pour atteindee ce résultat fort avantageux, les pieds sont devenus plats, et le gros ortell s'est particulièrement modifié, au prix, il est vra,, de la perte de toute aptitude à la préhnnsion. Le principe de la division du travall physiologique, qui prévaut dans le règne anima,, veut que, à mesure que les mains se sont perfectionnées pour la préhension, les pieds se soient perfectinnnés aussi dans le sens de la stabilité et de la locomotion. Chez quelques sauvagss cependant, le pied n'a pas entièrement perdu son pouvoir préhensile, comme le prouve leur manière de grimper sur les arbres et de s'en servir de diverses autres manières».

Or, s'il est avantageux pour l'homme d'avorr les mains et les bras libres, et de pouvorr se tenir solidemntt sur les pieds, et son succès dans la lutte pour l'existence ne permet pas d'en douter, je ne vois aucune raison pour laquelee il n'aurait pas étéégalement avantageux à ses ancêtres de se redresser toujours davantage, et de devenir bipède.. Ce nouvel état leur permettait de mieux se défendee avec des pierrss ou des massues, d'attaquer plus facilemntt leur proie, ou de se procurer autrement leurs aliments. Lés individss les mieux construits ont dû, à la longue, le mieux réussir, et survivre en plus grand nombre. Si le gorll,e et quelquss espèces voisines s'étaeent éteintes, on auratt pu opposer l'argument assez fort et assez vrai en apparence, qu'un animal ne peutpasser graduellement de l'état de quaduupède à celui de bipède; car tous lesindvvidus se trouvant dans l'état intermédiaire auraient été très mal appropriés à tout genre de locomotion. Mais nous savons (et cela mértte réflexion) que les anthropomorphes se trouvent actuellement dans cette conditinn intermédiaire, sans qu'on puisse contester que, dans l'ensemble, ils soient bien adaptés à leur mode d'existence. Ainsi le gorille court avec une alluee oblique et lourd,, mais plus habituellemtnt il marche en s'appuyant sur ses doigts fléchis. Les singes à longs bras s'en servent quelquefois comme de béqullles, et, en se balançant sur eux, se projettent en avan;; quel-

74. Dans sa Naturliohe Schopfangsgesohichte, 1863, p. 507, Hâeket discute, avec beaucoup d'habileté, les moyens par lesquels l'homme est devenu bipède. Dans ses Conférences sur la théorie darwinienne, 1869, p. 135, Bùchner cite des cas de l'usagé du pied par l'homme comme organe préhensile, et aussi sur le

s

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[ChapPI1].

MODE DE DEVELOPPEMENT                           53

ques Hylobates peuven,, sans qu'on le leur ait appris, marchrr ou courrr debout avec une assez grande rapidité; toutefois leurs mouvements sontgauches etnoont pas la suretéde ceuxde l'homm.. Nous trouvons donc, en somme, diverses gradations chezles singes vivants, entre le mode de locomotion qui est strictement celui du quadrupède, et celui du bipède où de l'homme ; or, comme le fait remarquer un juge compétent », qui n'est animé par aucun esprtt de parti, la conformation des singes anthropomorphes se rapproche plus du type bipède que du type quadrupède.

A mesure que les ancêtres de l'homme se sont de plus en plus redressés, à mesure que leurs mains et leurs bras se modifiaient de plus en plus en vue de la-préhension et d'autres usage,, tandss que leurs pieds et leurs jambes se modifiaient en même temps pour le soutien et la locomotion, une foule d'autres modifications de conformation sont devenues nécessaires. Le bassin a dû s'élargir, l'épine dorsaee se courber d'une manière spécial,, la tête se fixer dans une autre postiion, changements qui se sont tous effectués chez l'homm.. Le professeur Schaafhausen » soutient que a les énormes apophyses mastoïdes du crâne humann sont un effet de son attitude verticale ; » elles n'existent ni chez l'orang, ni chez le chimpanzé, etc,, et sont plus petites chez le gorille que chez l'homm.. Nous pourrions signaerr ici diverses autres conformations qui parasssent se rapporter à l'attitude verticale de l'homm.. Il est difficlle de déterminer jusquàà quel point toutes ces modifications corrélatives ont pour cause la sélection naturelle, et quels peuvent avoir été les résultats des effets héréditaires de l'accrosssement d'usage de quelquss parties, ou de leur action réciproque les unes sur les autres. Il n'est pas douteux que ces causes de changement n'agsssent et ne réagsssent les unes sur les autre.. Ainsi, lorsque certains muscles et les arêtes osseuses auxquelles ils sont attachés s'accroissent rar suited'un usage habituel,celaprouvequ'ils jouent un rôle utile qui favorsse les individss où ils sont le plus développés, et que ces derniers tendent à survivre en plus grand nombre.

L'usaee libre des bras et des main,, en partie la cause et en pariie le résultat de l'attitude verticale de l'homm,, paratt avoir déterminé indirectement d'autres modifications destructure. Les ancêtres primitifs mâles de l'homme étaient probablement, comme

75.Broca,LaCO»S^0»dWr(^^

tobrel868, p. 428. Owen (Anatomy of Vertébrales, vol. II, p. Sol, 1866M) sur les apophyses mastoïdes chez les singes supérieurs.

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54                 * LA DESCENDANCE DR L'HOMEE           [Ire Partie]

nous l'avons vu, pourvus de grosses canine;; mais, dès qu'ils s'habituèrent graduellement à se servsr de pierre,, de massuss ou d'autres armes pour combattre leurs ennemis, ils ont dù de moins en moins se servrr deleursmâchoires et de leurs dents pour cet usage. Les mâchoires, dans ce cas, ainsi que les dents, se sont réduites, comme nous le prouvntt une foule de faits analogues. Nous trouveron,, dans un futur chapitre,™ cas tout à fait paralèèle dans la réduction ou la disparition compèète des caninss chez les rumnants mâles, disparition qui paratt serattacher au développement de leurs cornes, et chez les chevaxx à leur habitude de compter pour se défendre sur leurs incisives et sur leurs sabots.

L'énorme développement des muscles de la mâchoire produtt sur le crâne des singes anthropomorphes mâles adultes, ainsi que Rutimeyertet d'autres savants le constatent, des effets tels que le crâne de ces animaux diffère considérablement et sous tant de rapports, ee celui de l'homm,, et leur donnent l'horrible physionom-e qui les caractérise. Aussi, à mesuee que les mâchoires eï les dents sesont graduellement réduites chez lesancètresdel'homm,,lecrâne adulteee ces derniers&dù se rapprocher chaque jour davantage de celui de l'homme actue.. Une grande diminution des canines chez les mâles a certaineme,t, comme nous le verrons plus loin, affecté par hérédité celles des femelles.

Le cerveau a certainement augmenéé en volume à mesure que les diverses facultés mentales se sont développées. Personne, je suppose, ne doute que, chez l'homm,, le volume du cerveau, relativement à celui du corps, si on compaee ces proportions à celles qui existent chez le gorllle ou chez l'oran,, ne se rattache intimement à ses facultés mentales élevées. Nous observons des faits analogues chez des insectes : chez les fourmis, en effet, les ganglions cérébraxx atteignent une dimension extraordinaire ; ces ganglions sont chez tous les hyménoptères beaucoup plus volumneux que chez les ordres moins intelligen,s, tels que les coléoptères". D'autre par,, personee ne peut supposer que l'intelligence dedeuxammaux ou de deux hommss quelconques puisse être exactement jaugee par la capacité de leur crâne. Il est certain qu'une très pettte masse absolue de substance nerveuee peut développer une très grande activité mentale ; car les instincts si merveilleusement variés, les aptitudss et les affections des fourmss que

77. DieGrenzender Thie7°weU,eineBelrac/ituni}ziiDarwin'sLehre,im,p.5l. .

m tJTTn;Annales, ts soiences naL' 3° série> ZooU*->L XIV> 185°- p-203.

M. Lowne, Anatomy and Physiology of the Muscavomitoria, 1870, p. 14. Mon fils, M. F. Darwin, a disséqué pour moi les gang.ions cérébraux de la Formicarafa.

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[Ciiap. II]                MOEE DE DÉVELOPPEMENT                           55

chacun connaît, ont pour siège des ganglions cérébraux qui n'ateignent pas la grosseur du quart de la tête d'une pettte épingle. A ce dernier point de vue le cerveau d'une fourmi est un des plus merveilleux atomes de matière qu'on puisse concevoir, peut-être même plus merveilleux encore que le cerveau de l'homm..

L'opinion qu'il existe chezl'homme quelque rappott intime entre le volume du cerveau et le développement des facultés intellectuelles repose sur la comparaison des crânes des races sauvages et des races civilisées, des peuples anciens et modernes, et par l'analogee de toutela série des vertébrés. LeDr J. Barnadd Davis » a prouvé, par de nombreuses mesures exactes, que la capacité moyenne interne du cerveau chez les Européens est de 92,3 pouces cubes; 87,5 chez les Américains; 87,1 chez les Asiatiques, et seulement de 81,9 chez les Australiens. Le professeur Broca a démontré que les crânes récents des cimetières de Paris, sont plus grands que ceux trouvss dans les caveaux du XIIe siècle, dans le rappots de 1,484 à 1,426 et que, comme le prouvent les mesures prise,, l'augmentation de grandeur s'est produite exclusivement dans la partie frontale du crâne, siège des facultés intellectuelles. Prichard est convaincu que les habitants actuess de l'Angleterre ont des capacités crânennnes plus spacieuses que ne les avalent les anciens habitants du pay.. Il faut, cependant, admettre que quelquss crânes très ancien,, comme le fameux crâne du Néanderthal, sont bien développés et très spacieux ». Quant aux animaux inférieurs, M. E. Lartet », en comparant les crânes des mammifères tertiaires à ceux des mammifères actuess appartentnt aux mêmes groupe,, estarrivéà la remarquable conclusion que le cerveau est généralement plus grand et les circonvolutions plus complexss chez les formes récentes. J'ai démontré autre part » que le volume du cerveau du lapin domestique a diminué considérablement comparativement à celui du lapin

79.  Philosophical Transactions, 1869, p. 513.

80.  Broca, Les Sélections, Rev.d'Antrop., 1873. C. Vogt, ~eçons sur l'homme, p. 113; Prichard, Phys, History of Mankind, I, 1838, p. 305.

81.  Dans l'intéressant article auquel nous venons de faire allusion, le professeur Broca a fait remarquer avec beaucoup de raison que la moyenne de la

ta lés plus vis,.™*, ,ui ont pu ,„vi„, .„ milieu d. conditions ejtiw.

grande que celle des Français modernes.

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S6                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pARTIE]

sauvaee ou du lièvre, ce qui peut être attribué à ce que, tenus en captivité pendant de nombreuses générations, les lapins domestiques ont peu exercé leur intelligence, leurs instincts, leurs sens et leur volonté.

Le poids et le volume croissants du cerveau et du crâne chez l'homme ont dû influer sur le développement de la colonne vertébrale qui les supporte, surtout alors qu'il tendatt à se redresser. Pendant que s'effectuatt ce changement d'attitude, la pression interne du cerveau a dû aussi influencer la forme du crâne, lequel, comme beaucoup de faits le prouvent, est facilemntt affecté par des actions de cette nature. Les ethnologistes admettent que le genre de berceau dans lequel on tient l'enfant peut modffier la forme du crâne. Des spasmss muscuaaires habituels et une cicatrice résultant d'une forte brûlure peuvent modffier d'une manière permanente les osde la face. Chez certains jeunss sujets dont la téteà à a suite d'une maladie, s'est fixée de côté bu en arrière, un des yeux a changé de position et la forme du crâne s'est modifiée ; ce qui parait être le résultat d'une pressinn exercée par le cerveau dans une nouvelle directinn ». J'ai démontré que, chez les lapins à longues oreilles, une cause aussi insignifiante que l'est, par exemple, la chute en avant de ces organes, suffit pour entranner dans la même directinn presque tous les os du crâne, qui alors ne correspondent plus exactement à ceux du côté opposé. Enfin, si les dimensions générales d'un animal venaiett à augmenter ou à diminuer beaucoup, sans aucun changement de son activité mentale, ou si celle-ci augmnntait ou diminuaitconsidérablement sans grands changements dans le volume du corps, la forme du crâne serait dans.lssdeux cas certannement modifiée. C'est ce que j'ai dû conclure de mes observations sur les lapins domestiques ; quelquss races sont devenues beaucoup plus grandss que l'animal sauvag,, tandss que d'autres ont à peu près conservé la même taille, et, dans les deux cas cependant, le cerveau a beaucoup diminué relativement à la grosseur du corps. Je fus d'abodp très surpris de trouver que, chez tous ces lapins, le crâne étatt devenu plus long ou dolichocéphale; ains,, j'ai examiné deux crânes offrant presque la même largeu,, l'un provenait d'un lapin sauvag,, l'autre d'une

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docteur Jarrod. (Anthropologia, 1808, pp. 115, 116) indique, d'après Camper et ses propres observations, des cas de modifications déterminées dans le crâne, par ,-ite d'»„e pcition .«ilM.lle imposée à ,. Kl,. Il adm,« <,„, «rtaines

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[ChapP II]                  MODE DE DÉVELOPPEMENT                            8 b7

grande race domestique, le premier n'avatt que 79 millimètres de longueur, et le second 107 millimètres-. La forme du crâne constitue une des distinctions les plus remarquables des diverses races humannes; le crâne, en effet, est allongé chez les unes, arrondi chez les autres; on peut même leur appliqurr en partie ce que nous a suggééé l'exempee des lapins, car Welcker affirme que les hommss, de pettte statuee « penchen, vers la brachycéphelie et ceux de haute tailie vers la dotichocéphalie»; < on peut donc comparer ces derniers aux lapins à corps gros et allongé, qui ont tous le crâne allongé ou qui, en d'autres termes, sont dolichocéphales.

Ces différenss faits nous permettent jusquàà un certain point de saisrr les causes qui ont amené les grandes dimensioss et la forme plus ou moins arrondie du crâne; caractères qui constituent une différence si considérable entre l'homme et les animau..

La nudité de la peau de l'homme constitue une autre différence remarquable. Les baleines-et les dauphnss (Cétacés,, les dugongs (Sirenia) et l'hippopotame sont nus; ce qui peut leur être utile pour glisser facilement dans le milieu aquatique où ils sont appelés à se mouvoir, sans qu'il y ait toutefois chez eux déperdition de chaleur, car les espèces habitant les régions froides sont protégées par un épais revêtement de grassse, qui remplit le même but que la fourruee des phoquss et des loutres. Les éléphanss et les rhinocéros sont presque nus; or, comme certaines espèces éteintes, qui vivaeent autrefois sous un climat arctiqu,, étaient alors recouvertes d'une longue laine ou de poils épais, on pourrait presque affirmer que les espèces actuelles appartenant aux deux genres ont perdu leur revêtement pileux sous l'influenee de la chaleu.. Ceci paratt d'autant plus probable que les éléphanss qui, dans l'Inde, habitent des districts étevésett froids sont plus velus".que ceux des plaines inférieures. Pouvons-nous en conclure que l'homme a perdu son revêtement pileux parce qu'il a primitivement habité un pays tropical? Le fait que le sexe mâle a conservé des poils, principalement sur la face et sur la poitrin.e, et les deux sexes aux jonctions des quatre membres avec le tronc, appuierait cette assertion, en admettant que le poil ait dispauu avant que l'homme ait acquis la position verticale; car ce sont les parties qui ont conservé le plus de poils qui étaient alors le mieux abritées contre l'aciion direcee du solei.. Le sommet de la tête présenee toutefois une curieuee

85. Delà Variation, etc., vol. I, p. 112, sur l'allongement du crâne; p. 114,

^^rsZ^ttt^Un, Anthropologie Review, p. 419, octobre 1868. 87. Owen, Anatoray of Vertébrales, vol. III, p. 619.

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58                       LA DESCENDANCE DE L'HMMEE           [[re Partie]

exception, car il doit, en tout temps, avoir été une des parties les plus exposée,, et cependant les cheveux le recouvrent absolument. Néanmoins le fait que tes autres membres de l'ordee des Primates, auqull appartient l'homm,, bien qu'habitant diverses régions chau- ' des sont couverts de poils, généralement'plus épais à la surfaee supérieure-, est fortement contraire à la supposition que l'homme a perdu ses poils par suite de l'actiondu soleil. M. Belf" croit que sous les tropiques c'est un avantage pour l'homme de perdee ses poils, car il peut ainsi se débarrasser plus facilement de la multitude d'acarus et d'autres parasites qui l'attaquent souvent au point de causer parfois des ulcérations. Mais on peut douter que ce mal soit suffisamment grand pour que la sélection naturelle ait amené la dénudation du corps de l'homm,, car, autatt que je puis le savoir, aucun des nombreux quadrupèdes habitant les pays tropicaux n'a acquis un moyen spécial pour se défendee contre ces attaques. Je suis donc dispoéé à croire, ainsi que nous le verrons à propos de la sélection sexuelle, que l'homm,, ou plutôt la femme primitive, a dû se dépouiller de ses poils dans quelque but d'ornementation; il n'y aurait rien d'étonnant alors à ce que l'homme différât si considérablemtnt par son état de villosité de tous ses voisins inférieurs, les caractères acquss par sélection sexuelee divergeant souvent à un degré extraordinaire chez des formes d'allleuss extrêmement rapprochées.

Selon les idées popuaaires, l'absenee d'une queue distingee éminemment l'homm;; mais ce point nous imporee peu, puisque le même organe fait également défaut aux singes qui, par leur conformation, se rapprochent le plus du type humain. La queue présente souven,, chez les diverses espèces d'un même genre, des différences extraordinaires de longueu.. Chez quelquss espèces de Macaques, par exempe,, la queue est plus longue que le corps entier et se compose de vingt-quatre vertèbres; chez d'autres, elle est réduite à un tronçon à peine visible, ccmposé de trois ou quatre vertèbres. Il y en a vingt-cinq dans la queue de quelquss espèces

88. Isid. Geoffroy Saint-,, i.aire (Hist. na, générale, 1859, t. „, pp. 215-217) remarque que la tête humaine est couverte de longs poils, et qu'aussi les surfaces supérieures des singes etautres mammifères sont plus fortement revêtues de poilsPque les surfaces'inférieures. Divers auteurs l'ont également observé. Le professeur Gervais (Hist.nat. des Mammifère,, 1854, vol. I, p. 28)constate cependant que chez le gorille le poil est plus rare sur le dos, où il est partiellement enlevé par frottement, que sur les surfaces inférieures.

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de Babouins, tandss que celle du Mandrlll ne possède que dix petites vertèbres rabougries ou, d'après Cuvier, quelquefois cinq seulemen"»». La queue, qu'elle soit longue ou courte, s'effile presque toujouss vers son extrémité, ce qui, je présum,, résulte de l'atrophie par défaut d'usage des muscles terminaux, de leurs artères et de leurs nerfs, atrophie qui entraîne aussi celle des os. On n'a jusquàà présent donné aucune explication satisfaisante des grandss différencss qui existent dans la longueur de la queue; peu nous importe, d'allleurs, car nous n'avons a nous occuper ici que de la disparition extéreeure totale de cet appendice. Le professeur Broca' a démontré récemment que, chez tous les quadrupèdes, la queue se compoee de deux parties, entre lesquelles existe d'ordnaire une brusque séparation; la base se compoee de vertèbres, forées plus ou moins parfaitement et pourvues d'apophyses comme les vertèbres ordinaires; les vertèbres qui forment l'extrémité de la queue ne présentent, au contraire, aucune trace de perforation, elles sont presque unies et ne ressemblent guère à de véritables vertèbre.. Bien qu'invisible extérieurement, la queue n'en existe pas moins chez l'homme et chez les singes anthropomorphes; elle est identique au point de vue de la conformation chez les deux espèces. Les vertèbres qui composett l'extrémité de cet appendice et qui constituent l'os coccyx sont rudimentaires et très réduites en grandeur et en nombre. Les vertèbres de la base sont aussi en petit nombre, elles sont soudées les unes aux autres et ont subi un arrêt de développement; mais elles sont devenues beaucoup plus larges et beaucoup plus plates que les vertèbres correspondantes de la queue des animaux et constituent ce que Broca appelle les vertèbres sacrées accessoires. Ces vertèbres ont une importance fonctionnelee assez considérable en ce qu'elles soutiennent certaines parties intérieures et rendent quelques autres service;; les modifications qu'ellss ont subies sont, d'ailleurs, directement en rappott avec l'attitude droite ou demi-droite de l'homme et des singes anthropomorphes. Cette conclusion est d'autant plus acceptable que Broca lui-même avatt autrefois une autre opinion que de nouvelles recherches l'ont condutt à abandnnner. Il en résulte que les modifications qu'ont subies les vertèbres de la base de la queue chez i'homme et chez les singes anthropomorphes ont pu être amenées directement ou indrrectement par la sélection naturelle.

90. M. Saint-George, Mivart, Proc. Zoolog. Soc, 1865, pp. 562, 583. Docteur J.-iE. Gra/. Oatal BrU Mus. : Skeleton, Owen, Anat. of Vertebrate,, II, p. 517.

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60                          LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Partir]

Mais comment expiiqurr l'état des vertèbres rudimentaires et variables de la partie extrême de la queue, vertèbres qui consttuent l'os eoccyœ? On a souvent tourné en ridicule, et on le fera sans doute encore, l'hypothèse en vertu de laquelle la friction a joué un rôle dans la disparition de la partie extérieuee de la queue; or, cette hypothèse n'est pas si ridicule qu'elle peut le paraître au premier abord. Le Dr Anderson» affirme que la queue si courte duMacacSs brunneus se compoee de onze vertèbres, y comprss les vertèbres de la base enfoncés dans le corps. L'extrémité, composée de tendon,, ne contient aucune vertèbre ; viennent ensuite cinq vertèbres rudimentaires repliées d'un côté en forme de crochet et si petites qu'elles n'ont guère, prises toutes ensemble, que 2 millim-tres de longueu.. La partie libre de la queue, qui n'a guère en tout que 25 millimètres de longueur ne contien,, en outre, que quatre autres petites vertèbres. Cette petite queue est droite ; mais un quatt environ de sa longueur totale se replie à gauche sur lui-mêm;; cette partie terminale, qui comprend la partie en forme de croche,, sert aà remplir l'intervalle qui existe entre la portion divergente supérieuee des callosités », de sorte que l'animal s'assied sur sa queue ce qui la rend rugueuse et calleuse. Le Dr Anderson résume ainsi ses observations : « Il me semble que ces faits ne peuvent s'expliquer que d'une seule façon : cette queue, à cause même de son peu de longueur, gêne le singe quand il s'assied et se loge fréquemment alors sous l'animal; le fait que la queue ne s'étend pas au-delà de l'extrémité des tubérosités ischialss semble indiquer que l'animal, dans le principe, la recourbait volontairement pour la loger dans l'intervalle qui existe entre les callosités de façon qu'elle ne soit pas pressée entre ces dernières et te sol; puis, dans le cours des temps, cette courbuee devint permanente et la queue se loge d'elle-même à l'endroit approprié quand l'animal s'assied. » Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que la queue soit devenue rugueuse et calleuse. Le D~ Mûrie»', qui a étudié attentivement, au Jardin zoologqque, cette espèce et trois espèces très voisines ayant une queue un peu plus longue, dit que a la queue se place nécessairement à côté des fesses quand l'animll s'assied, et que la base de l'organe, quelle que puisse être, d'allleurs, sa longueu,, est exposée à de nombrexx frottements. » Il est aujoud'hui démontré que les mutilations produisent parfois des effets héréditaires"; il n'est donc pas absolument improbable que chez

. 9J1 ^oo.Zoolog.Soc.,mZ,p.210.

93.  Proc. Zoolog. Soc; 1872, p. i86.

94.  Je faisallusion aux observations du docteur Brown-Séquard sur les effets

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[Chap. II]                MODE DE DÉVELOPPEMENT                           61

les singes à courte queue, la partie extéreeure de cet appendice, exposée à un frottement et à des lésions continuelles et désormais inutile au point de vue fonctionnel, soit, après de nombreuses générations, devenue rudimentaire ou qu'elle se soit déformé.. La partie extérieuee de la queue est déformée chez le Macacus brun-neus; elle eestbsooument atrophiée chez le M. ecaudatuset chezpu-sieurs singes supéreeurs. Autant donc que nous pouvons en juge,, la queue a dispauu chez l'homme et chez les singes anthropomorphes par suite des frictions et des lésions auxquelles elle a été exposée pendant de longues périodes; en outre, la base enfouie dans le corps a diminué de volume et s'est modifiée pour se mettre en rappott avec la postuee droite ou demi-droite.

J'ai cherché à démontrer que la sélection naturelle a, selon toute probabilité, amené directement, ou plus habituellemtnt de façon indirecte, la production des principaux .caractères distinctifs de l'homm.. Rappelons-nous que la sélection naturelle ne peut produire des modifications de structure ou de constitution qui ne rendent aucun service à un organisme pour l'adapter à son mode de vie, aux alimenss qu'il consomm,, ou passivement aux conditions dans lesquelles il se trouve placé. Il ne nous appartient pas, cependant, d'indiquer avec trop d'assurance quelles sont les modffications qui peuvent être avantageuses à chaque être; car notre ignorance est si grande que nous ne saurions déterminer l'usage de nombreuses parties, et la natuee des changements que peuvent subir le sang et les tissus pour adapter un organisme à un nouveau climat ou à une alimentation différente. Nous devons aussi tenir compte du principe de la corrélation qui relie les unes aux autre,, comme Isidoee Geoffroy l'a démontré au sujet de l'homm,, bien des déviations étrangss de structure. Indépendamment de la corrélatio,, un changement dans une partie peut entraîner des modfications tout à fait inattendues dans d'autres parties, modiiications dues à l'augmentation ou à la diminution d'usaee de ces parties. Il faut aussi réfléchir avec soin à des phénomènes tels que la merveilleuse croissanee des galles, provoquées chez les plantes par la piqûre d'un insecte; ou tels que les changements remarquables de

héréditaires d'une opération qui provoque l'épilepsie chez les cochons d'Inde et à des recherches plus récentes sur les effets héréditairese causés parla section

Variation des Animaux et des Plantes, vol. I, eh. XII.

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62                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [|re Pa„tik]

couleur déterminés chez les perroquets quand on les nourrtt avec certains poisson,, ou qu'on leur inocule le poison de certanss crapaud"»- car ces phénomènes nous prouvent que les fluides du système, altérés dans un but spécia,, peuvent provoquer d'autres changements. Nous devons nous rappeler surtout que des modffications acquises, qui ont continuellement rendu des services dans le passé, ont dû probablement se fixer et devenrr héréditaires.

On peut donc, avec certitude, attribuer aux résultats direcss et indirecss de la sélection naturelle une importance très grande bien que non définie; mais, après avoir lu l'essat de Nageii sur les plantes, et les observations faites par divers auteuss sur les animau,, plus particulièrement celles récemment énoncées par le professeur Broca, j'admets maintenant que, dans les premières éditions de f'Origine des- espèces, j'ai probablement attribué un rôle trop considérable à l'action de la sélection naturelle ou à la persistance du plus apte. J'ai donc modifié la cinquèème édiiion de cet ouvrage de manière à limiter mes remarques aux adaptations de structure; mais je suis convaincu, et les recherches faites pendant ces quelques dernières années fortifient chez moi cette conviction, qu'on découvrira l'utilité de beaucoup de conformations qui nous paraissent aujourd'hui inutilss et qu'il faudra, par conséquent, les faire rentrer dans la sphèee d'aciion de la séleciion naturelle. Néanmoins je n'ai pas, autrefois, suffisamment appuyé sur l'existence de beaucopp de conformations qui, autant que nous en pouvons juge,, parasssent n'être ni avantageuses ni nuisibles; et c'est là, je crois, l'une des omissions les plus graves qu'on ait pu releve,, jusquàà présen,, dans mon ouvrag.. Qu'il me soit permss de dire comme excuse que j'avais en vue deux objets distincts : lepremier, de démontrer que l'espèce n'a pas été créée séparément, et le second, que la sélection naturelle a été l'agent modificateur principal, bien qu'elee ait été largement aidée par les effets héréditaires de l'habitude, et un peu par l'action directe des conditions ambiantes. Toutefoisjen'aipu m'affranchir suffisamment de l'influenee de mon ancienne croyance, alors généralement admise, à la création de chaque espèce dans un but spécia;; ce qui m'a condutt à supposer tacitement que chaque détall de conformation, les rudiments exceptés, devatt avoir quelque utilité spécial,, bien que non reconnue. Avec cette idée dans l'esprit, on est naturellement entranéé à étendre trop loin l'action de la sélection naturelle dans le passé ou dans le présen.. Quelques-uns de ceux qui admettent le principe de l'évo-

to. La Variation de, Animât*, olc, vol

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[Chap. lt]                MODE DK DÉVELOPPEMENT                           63

lution, mais qui rejettent la sélection naturelle, parasssent oublier, en critiquant mon ouvrage, que j'avais les deux objets précités en vue; donc, si j'ai commis une erreu,, soit, ce que je suis loin d'admettre, en attribuant une grande puissanee à la sélection naturelle, soit, ce qui est probable en soi, en exagérant cette puisaance, j'espère au moins avoir rendu quelque service en contribuant à renverser le dogme des créations distinctes.

Il est probable, je le comprenss maintenant, que tous les êtres organisés, l'homme compris, présentent beaucoup de particularités de structure qui n'ont pour eux aucune utilité dans le présent, non plus que dans )e passé, et qui n'on,, par conséquent, aucune importance physiologique. Nous ignorons ce qui amène chez les individus de chaque espèce d'innombrables petites différence,, car le retour ne fait que reculer le problème de quelques pas ; mais chaque particularité doit avoir eu une cause efficiente propre. Si ces cause,, quelles qu'elles puissett être, agissaient plus uniformément et plus énergiquement pendant une longue période (et il n'y a pas de raison pour que cela n'arrive pas), il en résulterait probablemen,, non plus une légère différence individuel,e, mais une modfication constante et bien prononcée qui n'aurait, cependant, aucune importance physiologiq.e. La sélection naturelle n'a certes pas contribéé à conservrr l'uniformité des modifications qui ne présentaient aucun avantage, bien qu'elee ait dû éliminer toutes celles qui étaient nuisibles. L'uniformité des caractères résulterait néanmoins naturellement de l'uniformité présumee de leurs causes détermnantes, et aussi du libre entre-croisement d'un grand nombee d'individu.. Le même organisme pourrait de cette manière acquér,r, pendant des périodss successives, des modifications successives, qui se transmettraient à peu près uniformément tant que les causes agissantes resteraient les mêmes, et tant que l'entreccroisement resterait libre. Quant aux causes déterminantes, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit en parlant des prétendues variations spontanées, c'est qu'elles se rattachent plus étroitement à la constitution de l'organisme variable qu'à la natuee des condiiions auxquelles il a été soumis.

Résumé. - Nous avons vu dans ce chapitre que, de même que l'homme actuel est sujet, comme tout autre anima,, à des différences individuelles multiformes ou à de légères variations, ses premiers ancêtres l'on,, sans aucun doute, également été; ces vara-tions ont été, alors comme aujourd'hui, prévoquées par les mêmes cause,, et réglées par les mêmes lois générales et complexes.

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64 .                LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Partie]

Comme tous les animaxx tendent à se multiplier au-delà de leurs moyens de subsistance, il a dû en être de môme des ancêtres de l'homm,, ce qui a inévitablement condutt ces derneers à la lutte pour l'existence et à la séleciion naturelle. Les effets héréditaises de l'augmentation d'usage de certannes parties ont dû, en outre, donner une vigueur plus considérable à l'aciton de la sélection naturelle; les-deux phénomènes, en effet, réagsssent constamment l'un sur l'autre. Il semble auss,, comme nous le verrons plus loin, que la sélection sexuelle a déterminé chez l'homme la formation de plusieuss caractères insignifiants. On doit attrbbuer à l'action uniforme présumée de ces influences inconnues, qui provoquent quelquefois chez nos animaux domestiques de brusques et profondss déviations de conformation, certaines autres modiiications assez importantes peut-être, qu'il est impossible d'expliquer par l'action des causes précédemment indiquées.

A en juger d'après les habitudes des sauvagss et de la plupatt des quaduumanes, les hommss primitifs, nos ancêtres simio-h--mains, vivaiett probablement en société. Chez les animaux rigoureusement sociables, la sélection naturelle agit parfois sur l'individu, en conservant les variations qui sont utiles à la communauté. Une association comprenant un grand nombee d'indvvidus bien doués augmenee rapidement et l'emporte sur les autres associations dont les membres sont moins bien doués, bien que chacun des individus qui composett la première n'acquière peut-être aucune supériorité sur les autres membres. Les insectes vivant en communauté ont acquss de cette façon pluseuurs conformations remarquables qui ne rendent que peu ou point de service à l'indvidu, telles que l'appareil collecteur du pollen, l'aiguillon de l'abellee ouvrière, ou les fortes mâchoires des fourmss soldats. Je ne sache pas que, chez les animaux sociables supérieurs, aucune conformtion ait été modfiiée exclusivement pour le bien de la communau,é, bien que quelques-unes de ces conformations rendent à la communauéé des services secondaires. Les ruminanss mâles, par exemple, ont sans doute acquss des cornes et les babouins mâles, de fortes canines pour lutter plus avantageusement avec leurs rivaux afin de s'emparer des femelles, mais ces armes n'en servent pas moins aussi à la défense du troupeau. Le cas est tout différent quand il s'agtt de certaines facultés mentales, ainsi que nous le verrons dans le cinquième chapitre; ces facultés, en effet, ont été princpalemen,, ou même exclusivement acquises pour l'avantage de la communau,é, et les individss qui la composent en tiren,, en même temp,, un avantage indirec..

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[Chap. !I]                MODE DE DEVELOPPEMENT                     . 65

On a souvent objecté aux théories que nous venons d'exposer, que l'homme est une des créatures le plus hors d'état de pourvorr à ses besoins, le moins apte à se défendre, qu'il y ait dans le monde; et que cette incapacité de subvenrr à ses besoins devatt être plus grande encore pendant la période primitive, alors qu'il étatt moins bien développé. Le duc d'Àrgyll », par exemple, insiste sur ce point que « la conformation humaiee s'est éloignée de celle de la brute, dans le sens d'un plus grand affaiblissemene physique et d'une plus grande impusssance. C'est-àddire qu'il s'est produtt une divergence que, moins que toute autre, on peut attribuer à la simple sélection naturelle ». Il invoque l'état nu du corps, l'absenee de grandss dents ou de griffes propres à la défense, le peu de force qu'a l'homm,, sa faible rapidité à la course, l'insuffisance de son odora,, insufiisanee telle qu'il ne peut se servir de ce sens, ni pour trouvrr ses alimenss ni pour éviter le dange.. On pourrait encore ajouter à ces imperfections son inaptitude à grimprr rapidement sur les arbres pour échapprr à ses ennemis. Quand on voit les Fuégiens résister sans vêtemenss à leur affreux clima,, on comprend que la perte des poils n'att pas été nuisible à l'homme primitif, surtout s'il habitait un pays chàud. Lorsque nous comparons l'homme sansdéfense aux singes qui, pour la plupart, possèdent de formidables canines, nous devons nous rappeler que ces dents n'atteigntnt leur développement complet.que chez les mâles seuls, et leur servent principalement pour lutter avec leurs rivaux, les femelles, qui en sont privées, n'en subsistant pas moins.

Quant à la force et à la taille, nous ne savons si l'homme descend de quelque petite espèce, comme le chimpanzé, ou d'une espèce aussi puissanee que le gorille; nous ne saurions donc dire si l'homme est devenu plus grand et plus fort, ou plus pettt et plus faible que ne l'étaient ses ancêtres. Toutefois nous devons songer qu'il est peu probabee qu'un animal de grande taille, fort et féroce, et pouvant, comme le gorlle,, se défendee contee tous ses ennemis, puisse devenrr un animai sociable; or ce défaut de sociabilité auratt certainement entravé chez l'homme le développement de ses qualités mentales d'ordee élevé, telle que la sympathie et l'affection pour ses semblables. Il y auratt donc eu, sous ce rapport, un immenee avantage pour l'homme à devorr son origine à un être comparativement plus faible.

Le peu de force corporelle de l'homm,, son peu de rapidité de locomotion, sa privation d'armss naturelles, etc., sont plus que

96. Primeval Man, 1869, p. 66.

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66                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [IMPartie]

compensés, 'premièrement, par ses facultés intellectuelles, qui lui ont permis, alors qu'il était à l'état barbare, de fabriquer des arme,, des outils, etc.; et, secondement, par ses qualités.socia)es, qu'il l'ont condutt à aider ses semblables et à en être aidé en retou.. Il n'y a pas au monde de pays qui abonde autant en bêtes féroces que l'Afrique méridionale; pas de pays où les privations soient plus grandes, la vie plus rude, que dans les régions arctiques, et cependant une des races les plus chétives, celle des Boscbimans, se maintient dans l'Afrique australe, de même que les Esquimaux, qui sont presque'des nain,, dans les régions polaires. Les premiers ancêtres de l'homme'étaient sans doute inférieurs, sous le rapport de l'intelligence et probablement des dispositions sociales aux sauvagss les plus infimes existant aujourd'h;i; mais on comprend parfaitement qu'ils puissent avoir existé et même prospéré, si, tandis qu'ils perdaient peu à peu leur force brutaee et leurs aptttudes animales, telles que celle de grimprr sur les arbre,, etc., ils avançaient en même temps en intelligence. D'ailleurs, en admetant même que les ancêtres de l'homme aient été plus dénués de ressources et de moyens de défense que les sauvagss actues,, ils n'auraient été exposés à aucun danger particulier s'ils avaient habité quelque continent chaud, ou quelque grande !le, telle que l'Australie, la Nouvelle-Guinée, ou Bornéo qui est actuellement habité par l'oran.. Sur une surfaee aussi considérable que celle d'une de ces îles, la concurrence entre les tribus auratt été suffisante pour élever l'homm,, grâce à la sélection naturelle, jointe aux effets héréditaires de l'habitude, à la hauee posiiron qu'ii occupe actuellement dans l'échelee de l'organisati.n.

CHAPITRE III

COMPARAISON DES FACULTÉS MENTALES DE L'HOMME AVEC CELLES DES ANIMAUX INFÉRIEURS

lapuissancementaledusingeleplusélevéetce.ledus

Nous avons vu, dans les deux derniers chapitres, que la conformation corporelle de l'homme prouve clairement qu'il descend d'un type inférieu;; on peut objecte,, ilestvra,, que l'homme diffère si

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[ChapP III]                      FACULTÉS MENTALES                                   67

considérablement de tous les autres animaux par le développement de ses facultés mentales que cette conclusion doit être erroné.. Il n'y a aucun doute que, sous ce rapport, la différence ne soit immense, en admettant même que nous ne comparions au singe le mieux organisé qu'un sauvage de l'ordee le plus infime, qui n'a point de mots pour indiqurr un nombre dépassant quatre, qui .ne sait employrr aucun terme abstratt pour désigner les objets les plus communs ou pour exprimer les affections les plus chères '. La différenc,, sans doute, resterait encore immense si même on comparatt le sauvage à un des singes supéreeurs, amélioré, civilisé, amené par l'éducation à occupe,, par rappott aux autres singes, la position que le chien occupe aujourd'hui par rappott à ses ancêtres primordiaux, le loup et le chaca.. On fange les Fuégiens parmi les barbares'lesslùs grosseers; cependant, j'ai toujouss été surpris, à bord du vaisseuu le Beagle, de voir combien trois naturels de cette 'race, qui avaient vécu quelquss années en Angleteree et parlaient un peu la langue de ce pays, nous ressemblaient au point de vue du caractère et de ta plupatt dés facultés intellectuelles. Si aucun être organisé, l'homme excepté, n'avatt possédé quelquss facultés de cet ordre, ou que ces facultés eussent été chez ce dernier d'une natuee tou,e différenee' de ce qu'elles sont chez les animaux infé-

tes

rieur,, jamass nous n'aurions pu nous convanncre que nos haute facultés sont la résultante d'un développement graduel. Mais on peut facilement démontrer qu'll n'exsste aucune différence fondamentale de ce genre. Il faut bien admettre aussi qu'll y a un intervalle infiniment plus considérable entre les facultés intellectuelles d'un poisson de l'ordee le ptus-inféreeur, tel qu'une lamproie ou un am-phicxus,- et celle de l'un des singes les plus élevés, qu'entre les facultés intellectuelles de celui-ci et celles de l'homm;; cet intervalle est, cependant, comblé par d'innombrables gradations

D'ailleurs, à ne considérer que l'homm,, la distanee n'est-elle pas immenee au point de vue moral entre un sauvag,, tel que celui dont paree l'ancien navigateur Byron, qui écrasa son enfant contre un rocher parce qu'il avait laissé tomber un panier plein d'oursins, et un Howadd ou un Clarkson; au point de vue intellectuel, entre un sauvage qui n'empooie aucun terme abstrait, et un Newton ou un Shakespea?e? Les gradations les plus del.cates relient es différences de ce genre, qui existent entre les hommes les plus éminenss des races les plus élevées et les sauvagss les plus grossiers. Il est donc possible que ces facultés intellectuelles ou mo-

. 1. Voir tes preuves sur ces points dans Lubbock, Prehistoric Times, p. 354,etc.

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68                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee Partie]

raies se développent et se confondent les unes avec les autre..

J'ai l'intention de démontrer dans ce chapitre qu'il n'existe aucune différenee fondamentale entre l'homme et les mammifères les plus é)eyés, au point de vue des facultés intellectuelles. Je suis forcé de traiter brièvement ici les principaux côtés de ce sujet, dont chacun auratt pu faire l'objet d'un chapitre séparé. Aucune classification des facultés intellecuuelles n'a encore été universellement adoptée; je disposerai donc mes remarques dans l'ordee qui convient le mieux au but que je me propose, en choisissant les faits qui m'ont le plus frapp,, avec l'esporr qu'ils produiront quelqu" effet sur l'esprtt de mes lecteur..

Certains faits prouvent que les facultés intellectuelles des animaux placés très bas sur l'échelee sont plus étevéës qu'on ne le croit ordinairement; je me réserve de signaerr ces faits lorsque j'aborderai l'étude de la sélection sexuelle. Je me contenterai de citer ici quelquss exemples de la variabilité des facuttés chez les indivdus appartentnt à une même espèce, ce qui constitue pour nous un point important. Mais il seratt superflu d'entrer dans de trop longs détails sur ce poin,, car mes recherches m'ont amené à reconnaître que tous ceux qui ont longuement étudié des animaux de bien des espèces, y compris les oiseaux, pensent unanimement que les individus diffèrent beaucoup au point de vue de leurs facultés intellectuelles. 11 seratt tout aussi inutile de rechercher comment ces facultés se sont, dans le princppe, développées chez les formes inférieures, que de rechercher l'origine de la vie. Ce sont là problèmes réservés à une époque futuee encore bien éloignée, si toutefois l'homme parvient jamass à les résoudre.

L'homme possède les mêmes sens que les animaux, ses intuitions fondamentales doivent donc être les mêmes. L'homme et les ani-maux-ont quelquss instincss communs : l'amour de la vie, l'amour sexue,, l'amour de la mère pour ses petiss nouveau-nés, l'aptitude de ceux-ci pour téter, et ainsi de suite. L'homm,, cependant, a peut-être moins d'instincts que n'en possèdent les animaux qui, dans la série, sont ses plus prochss voisins. L'orang, dans les !ies de la Sonde, et le chimpanze, en Afrique, construisent des plates-formes où ils se couchent pour dormir; les deux espèces ont une même habitude, on peut donc en conclure que c'est là un fait dû à l'instinct, mais nous ne pouvons affirmer qu'il ne résulte pas de ce que ces deux espèces d'animaux ont éprouvé les mêmes besoins et possèdent les mêmes facultés de raisonnemené. Ces singes, ainsi que nous pouvons l'admettre, savent reconnaître les nombruxx frutts vénéneux des tropiques, faculté que l'homme ne possède

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[Chap. III]                     FACULTÉS MENTALES                               69

pas; mais, comme les animaux domestiques, lorsqu'on les met en liberéé au printemps, mangent souvent des herbes vénéneuses qu'ils évitent ensuite, nous ne pouvons pas non plus affirmer que les singes n'aient pas appris, par leur propre expérience ou par celle de leurs parents, à reconnaître les fruiss qu'ils doivent choisir. I) est toutefois certain, comme nous allons )e voir, que les singes éprouvntt une terreur instinctive à la vue des serpenss et, probablemene, d'autres animaxx dangereux.

Le pettt nombee et la simplicité comparative des instincss chez les animaxx supérieurs contrastent remarquablement avec ceux des animaux inférieurs. Cuvier soutenait que l'instinct et l'intelligence sont en raison inverse; d'autres ont pensé que les facultés intellectuelles des animaux élevés ne sont que des instincts graduellement développés. Mais Pouchef a démontré dans un mé-moire intéressant qu'il n'existe réellement aucune raison inverse de ce genre. Les insectes qui possèdent les instincts les plus remarquables sont certainement les plus intelligents. Les membres les moins inteliigents de la classe des vertébrés, à savorr les poissons et les amphibies, n'ont pas d'instincts compiiqués; et, parmi les mammifères, l'animal le plus remarquable par les siens, le castor, possède une grande intelligence, ainsi que l'admettent tous ceux qui ont lu l'excellent travail de M. Morgan' sur cet anima..

M. Herbett Spencer' soutient que tes premières lueurs de l'intelligence se sont développées paraa multiplication et la coordination d'actions réflexes; or, bien que la plupatt des instincts les plus simples se confondent avec les actions réflexes, au point qu'il est presque impossible de les distinguer les uns des autres, la succion, par exemple, chez les jeunes animau,, les instincts plus complexes parasssent, cependant, s'êtee formés indépendamment de l'intelli-. gence. Je suis toutefois très éloigné de vouloir nier que des actions instinctives puissent perdee leur caractère fixe et naturel, et être rempaacées par d'autres accomplies par la libre volonté. D'autre par,, certains actes d'intelligence, - tels, par exempe,, que.celui des oiseaux des îles de l'océan qui apprennent à éviter l'homm,,-peuven,, après avorr été pratiqués pendant plusieuss générations, se transformer en instincts, héréditaires. On peut dire alors que ces actes ont un caractère d'infériorité, car ce n'est plus la raison ou l'expérience qui les fait accomplir. Mais la plupatt des instincts plus complexss parasssent avoir été. acquss d'une manèère toute

2.  L'Instinct chez les Insectes (Revue des Deux Mondes, février 1870, p. 690).

3.  The American Beaver and his Works, 1868.

4.  The Principe.of Psychology, 2« édit., I870, pp. 418-443.

s

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70                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [I"-Partie]

différente, par la sélection naturelle des variations d'actes instinctifs plus-simples. Ces variations parasssent résulter des mêmes causes inconnuss qui, occasionnant de légères variations ou des différences individuelles dans les autres parties du corps, agissent de même sur l'organisation cérébrale, et déterminent des changements que,' dans notre ignorance, nous considérons comme spontanés. Je. ne crois pas que nous puissions arriver à une autre conclusion sur l'origiee des instincss les plus complexes, lorsque nous songeons à ceux des fourmss ou des abeilles ouvrières stériles, instincts d'autant plus remarquables que les individss qui les possèdntt ne laissent point de descendants pouc hériter des effets de l'expérience et des habitudes modiiiée..

Bien qu'un degré élevé d'intelligence soit certainement compatible avec l'existence d'instincts complexe,, comme nous le prouve l'exempee du castor et des insectes dont nous venons de parler, et bien que les actions dépendatt d'abodd de la volonté puissent ensuite être accomplies grâce à l'habitude avec la rapidité et la sûreéé d'une action réflexe, il n'est cependant pas improbable qu'il existe une certanee opposition entre le développement de l'intelligence et celui de l'instinct, car ce dernier impiique certaines modifications héréditaires du cerveau. Nous savons bien peu de chose sur .les fonc-, tions du cerveau, mais nous pouvons concevoir que, à mesure que les facultés intellectuelles se développent davantage, les diverses parties du cerveau doivent être en rapports de communications plus complexes, et que, comme conséquence, chaque portion distincte doit tendee à devenrr moins apte à répondee d'une manière définie et héréditaire,.c'est-à-dire instinctive, à des sensatioss particulières. Il semble même y avoir certains rapports entre une faible intelligence et une forte tendanee à la formation d'habitudes fixes, mais non pas héréditaires ; car, comme me l'a fait remarquer un médecin très.sagace, les personnes légèrement imbécilss tendent à se laisser guider en tout par la routine ou l'habitude, et on les. rend d'autant plus heureuses qu'on encourage cette disposition.

J'ai cru devoir faire cette digression parce que nous pouvons aisémntt estimer au-dessous de sa valeur l'activité mentale des animaux supérieurs et surtout de l'homm,, lorsque nous comparons leurs actes, basés sur la mémoire d'événements passés, sur la prévoyance, la rasson et l'imagination, avec d'autres actes tout à fait semblables accomplis instinctivemtnt par des animaxx inférieurs. Dans ce dernier cas, l'aptitude à accomplir ces actes a été acqusse graduellement, grâce à la variabilité des organss mentaux et à la sélection naturelle, sans que, dans chaque génération successive,

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[Chap.IÏI]                    FACULTÉS MENTALES                                71

l'animal en ait eu conscienee et sans que l'intelligence y ait aucune par.. Il n'y a pas à douter, ainsi que le soutient M. Wallace', qu'une grande part du travail intellectuel effectué par l'homme ne soit due à l'imitation et non à la raison; mais il y a, entre les actes de l'homme et ceux des animau,, cette grande différence que l'homme ne peut pas, malgéésa facutté d'imitation, fabriqurr d'emblée, par exemple, une hache en pierre ou une pirogu.. Il faut quill apprenee à travailler; un castor, au contraire, construit sa digue ou son cana,, un oiseau fait son nid, une araignee tisse sa toile mervelleeuse, presque aussi bien ou même tout aussi bien dès son premier essai que lorsqulil est plus âgé et plus expérimenté».

Pour en revenrr à notre sujet immédiat : les animaux inférieurs, de même que l'homm,, ressentent évidemment le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheu.. On ne sauratt trouver une expression de bonheur plus évidente que celle que manffestent les petits chiens, et les petiss chats, les agneau,, etc,, lorsque, comme nos enfants, ils jouent les uns avec les autre.. Les insectes eux-mêmss jouent les uns avec les autre,, ainsi que l'a démontré.un excellent observateur P. Huber', qui a vu des fourmss se poursuivre et se mordiller, comme le font les petiss chiens.

Le fatt que les animaux sont aptes à ressentir les mêmes émotions que nous me paratt assez prouvé pour que je n'aie pas à importuner mes lecteuss par de nombreux détail.. La terreur agit sur eux comme sur nous, elle cause un trembeement des muscees, des palpitations du cœur, le relâchement des sphincters, et le redressement des poils. La défiance, conséquenee de la peur, caractérise éminemment la plupart des animaux sauvages. Il est, je crois, impossible de lire la description que fait sir.E. Tennent de la conduite des éléphants femelles, dresséss à attirer les élépbants.sauvages, sans admettre qu'elles ont parfaitement l'intention de tromper ces derniers et qu'elles savent parfaitement ce, qu'elles font. Le courage et la timidité sont extrêmement variables chez les individus d'une même espèce, comme on peut facilement l'obsevver chez nos chiens. Certains chiens et certains chevaux ont un iW vais caractère et boudent aisémen,, d'autres ont bon caractère; toutes ces qualités sont héréditaires. Chacun sait combien les animaux sont sujets aux colères furieuse,, et combien ils lé manifestent clairement. On a pubiié de nombreuses anecdotes probablement

5.  Co7tributions lo the Theorv of Naturel Selection, 1870, p. 212.

6.  Pour ,es preuves sur ce pU voir ,e très intéressan/ouvrage de M.,. Traherne Moggridge, Farvestiny ants, and trap-doors spiders, 1873, pp. 126-128.

7.  Recherches sur les mœurs des fourmis, 1810, p. 173.

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72                 . LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Pabtie]

vraies/sur les vengeances habiles et souvent longtemps différées de divers animaux. Rengger et Brehm' affirment que les singes américains et africanss qu'ils ont apprivoisés se vengeaient parfois. Sir Andrew Smith, zoologiste dont chacun admet l'exactitude absolue, m'a raconéé le fait suivant dont il a été témoin oculaire : un officier, au cap de Bonne-Espérance, prenatt plaisrr à taquiner un baboun;; un dimanche, l'animal, le voyant s'approcher en grand uniforme pour se rendee à la parad,, se hâta de délayer de la terre et, quand il eut fait de la boue bien épaisse,' il la jeta sur l'officier au moment où celui-ci passait; depuss lors, le babounn prenatt un air triomphant dès quill apercevait sa victime.

L'amitié du chien pour son maître est proverbiale; et, comme )e dit un vieil écrivain» : a Le chien est le seul être sur cette terre qui vous aime plus qu'il ne s'aime lui-même. »

On a vu un chien à l'agonee caresser encore son maître. Chacun connatt le fait de ce chien, qui, étant l'objet d'une vivisection, léchatt la main de celui qui faisait l'opérationh cet homme, à moins d'avorr réalisé un immense progrès pour la science, à moins d'avorr un cœur de pierre, a dû toute sa vie éprouver du remords de cette aventure.

Whewe'°" se demande avec beaucoup de rasson : < Lorsqu'on lit les exemples touchants d'affection maternelle qu'on raconte si souvent sur les femmes de toutes nations et sur tesfemelles de tous les animaux, qui peut douter que le mobile de l'action ne soit le même dans les deux cas? N Nous voyons t'anfection matenelle se manifester dans les détails les plus insignifiants. Ainsi, Renggrr a vu un singe américann (un Cebus) chasser avec soin les mouchss qui tourmentaient son petit; Duvaucll a vu un Hylobates qui lavatt la figure de ses pettss dans un ruisseau. Les guenon,, lorsqu'elles perdent leurs petits, éprouvett un tel chagrin qu'elles en meuren,, comme Brehm l'a remarqué dans le nord de l'Afrique. Les singes, tant mâles que femelles, adoptent toujouss les singes orphelins et en prennent les plus grands soins. Un babouin femell,, remarquable par sa bonté, adoptait non-seueement les jeunes singes d'autres espèces, mais encore volatt des jeunes chiens et des jeunes chats, qu'elle.emportait partout avec elle. Sa tendresse, toutefois, n'allait-pas jusqu'à partager ses alimenss avec ses enfanss

Paraguay; 1830, pp. 41, 57; et à Brehm, Thierleben, vol. I, p. 10, 87. 9. Citèparle docteur Lauder Linds^PhysiologyofMindinlheloveranimais

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[Chap. III]                     FACULTÉS MENTALES            . .                 73

d'adoption, fait qui étonna Brehm, car ses singes partageaient toujouss très loyalement avec leurs propres petits. Un petit chat ayant égratigné sa mère adoptive, celle-ci, très étonnée du fai,, et très intelligente, examnaa les pattes du chat », et, sans autre forme de procè,, enleva aussitôt les griffes avec ses dents. Un gardien du Jardnn zoo)ogique de Londres me signaaa une vieille femelle babouin (Cynocephaluschacma)qnï avatt adopééun singe Rhésu.. Cependant, lorsqu'nn introduit)t dans sa cage deux jeunes singes, un Drill et un Mandrille, elle parut s'apercevoir que ces deux individus, quoiqee spécifiquement distincts, étaient plus voisins de son espèce; elle les adopaa aussitôt et repousaa le Rhésu.. Ce dernier, très contrarié de cette expulsion, cherchait toujours, comme un enfant mécontent, à attaquer les deux autres jeunes toutes les fois qu'il le pouvatt sans danger, conduite qui excitait toute l'indignation de la vieille guenon. Brehm affirme que les singes défendent leur maîtee contre toute attaqu,, et prennntt même le parii des chiens quiils affectionnent contre tous les autres chiens. Mais nous empiétons ici sur la sympathie et sur la fidélité, sujets auquess j'aurai à revenir. Quelques-uns des singes de Brehm prenaient un grand plaisrr à tracasser, par toutes sortes de moyens très ingénieux, un vieux chien qu'ils n'aimaient pas, ainsi que d'autres animaux.

De même que nous, les animaux supéreeurs ressentent la plupatt des émotions les plus complexes. Chacun sait combien le chien se montre jaloux de l'affeciion de son maître, lorsque ce dernier caresse toute autre créature- j'ai observé le même fait chez les singes. Ceci prouve que les animau,, non-seulement aimen,, mais aussi recherchent t'affection. Its éprouvent très évidemment le sentiment de l'émulation. Ils aiment l'approbation et la louang;; le chien qui poree le panier de son maître s'avanee tout plein d'orgueil et manifeste un vif contentement. Il n'y a pas, je crois, à douter que le chien n'éprouve quelque honte, abstraction faite de toute crainte, et quelque chose qui ressembee beaucoup à l'humiliation, lorsqu'il mendie trop souvent sa nourriture. Un gros chien n'a que du méprss pour le grognement d'un roque,, c'est ce qu'on peut appeler de la magnanimité. Plusieuss observateurs ont constatt que les singes n'aiment certainement pas qu'on se moque d'eux, et

11. Un critique (Quarterly RevielV, juillet 1871, p. 72) dans le but de discréditer mon ouvrage, nie, sans preuves à l'appui, la possibilité de cet acte décrit

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M                                 LA. DESCENDANCE DE L'HOMME               [!re PaRtte]

ils ressentent souvent des injures imaginaires. J'ai vu, au Jardnn zoologiqee un babouin qui se mettait toujouss dans un état de rage. furieuse lorsque le gardien sortatt de sa poche une lettre ou un. livre et se mettait à lire à hauee voix; sa fureur étatt si violenee que, dans une occasion dont j'ai été témoin, il se mordtt la jambe jusqu'au sang. Les chiens possèdent ce qu'on pourrait appeler le sentimntt de la plaisanterie qui est absolument distinct du simple jeu. En effet, si l'on jette à un chien un bâton ou un objet semblable, il se précipite dessus et le transporte à une certaiee distance, puis il se couche auprès et attend que son maître s'approche pour le reprendre; il se lève alors et s'enfutt un peu plus loin en triompee pour recommencer le même manèg,, et il est évident qu'il est très heureux du tour qu'il vient de joue..

Passons maintenant aux facultés et aux émotions plus intellectuelles, qui ont une plus grande importance en ce qu'ellss constituent les bases du développement des aptitudes mentales plus élevées. Les animaxx manifestent très évidemment qu'ils recherchent la gaieté et redoutent de l'ennu;; cela s'observe chez les chien,, et, d'après Rengge,, chez les singes. Tous les animaux éprouvent de Yétonnement, et beaucoup font preuve de curiosité. Cette dernière aptinude leur est quelquefois nuisible, comme, par exempe,, lors^ que le chasseur les distrait par des feintes et les attire vers lui en affectant des poses .extraordinaires. Je l'ai observé pour te cerf; i) en est de même pour le chamois, si méfiant cependant, et pour quelquss espèces de canards sauvages. Brehm nous fait une descripiion intéressante de la terreur instinctive que ses singes éprouvaient à la vue des serpents; cependant, leur curiosité était si grande qu'ils ne pouvaient s'empêcher de temps à autre de rassasier, pour ainsi dire, leur horreur d'une manière des plus humaines, en soulevant le couvercee de la boîte dans laquelle les serpenss étaient renfermés. Très étonné de ce récit, je transportai un serpent empaillé et enrouéé dans l'enclos des singes .au Jardin zoologique, où il provoqaa une grande effervescence; ce spectacle fut un des plus curieux dont j'aie jamaistété témoin. Trois Cercopithèques étaient tout pariiculièrement alarmés; ils s'agitaient violemment dans leurs cages en poussatt des cris aigus, signal de danger qui fut compris des autres singes. Quelques jeunes et un vieil Anubis ne firenr aucune attention au serpen.. Je plaçai alors le serpent iempaillé dans un des grands compartiments. Au bout de quelques instants, tous les singes formaient un grand cercle autour.de l'animal, qu'ils regardaient fixemen;; ils présentaient alors l'aspect le plus comiqu.. Mais ils étaient surexités au plus haut de-

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gré; un léger mouvement imprimé à une boule de bois,- à demi-cachée sous la paille, et quilleur étatt familière comme leur servant de jouet habituel, les fit-décamper aussitôt. Ces singes se comportaient tout différemmenflorsqu'on introduisait dans leurs cages un poisson mor,, une souris », une tortue vivante, car, bien que ressentant .d'abodd une certaine frayeu,, ils ne tardaient pas à s'en approchrr pour les examiner, et les manier. Je mis alors un serpent vivant dans un sac depapier mal fermé que je déposai dans un des plus grands compartiments. Un des singes s'en approcha immédiatemen,, entr'ouvrrt le sac avec précaution, y jeta un coup d'œ.l, et se sauva à l'instant. Je fus alors témoin de ce qu'a décrtt Brehm, car tous les singes, les uns après les autres, la tête levée et tournée de côté, ne purent résister à la tentation de jeter un rapide regadd dans le sac, au fond duquel le terrible animal restatt immobile. Il semblerait presque que les singes ont quelquss notions sur les affinités zoologiques, car ceux que Brehm a élevés témoignaient d'une terreur instinctive étrang,, quoique .non motivé,, devant d'innocenss lézards ou des grenouilles. On a observé aussi qu'un orang a ressenii une grande frayeur la première fois qu'il a vu une tortue.», -. - -                               ' . - -

La facutté de t'imitation-est puissante chez l'homme, et surtout, comme j'ai pu m'en assurer moi-mêm,, chez l'homme à l'état sauvage. La tendanee à l'imitation-devient excessive dans certains états morbides du-cerveau; les personnss atteinte d'hémiplégie ou de ramollissement du cerveau répètent inconsciemment, pendant les premières phases de la maladie, tous les mots qu'ils entenden,, que ces mots.appartienntnt ou non à leur propee langag,, ou imitent tous les gestes qu'ils voient faire auprès d'eux ». De-sor ,. fait remarquer.qu'aucun animal n'imite volontairement une action accompliepar l'homme jusquàà ce que, remontant 1 échelle, on arrive ~aux singes, dont on connatt la tendanee à être de comiques imitateurs. Les animaux, cependant, imitent quelquefois les actions des autres animaux-qui les entourent : ains,, deux'loups appartenant,à.des espèces différentes, .élevés par des chiens, avarent-.appris à aboyer, comme le fait parfoss le chacal », mas reste à savoir si on peut appeler cela une imitation volontaire. Les

12. Voir VExpression des Émotions, p. 155, pour l'attitude des singes dans

C1£ £$£ Martin, Nat^si.of Mamntaliaim, p. 405.

S SSÏ f^moli'surtl S£J5#L, 1867, p. 168. 16. LwPin, Variations des Animaux et des fiantes à l'état domestique, vol. I, p. 29 (Paris, Reinwatd).

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76                          LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Pabtie]

oiseaux imitent les chanss de leurs parents, et, parfois auss,, ceux d'autres oiseaux; chacun sait que les perroquets imitent tous les sons qu'ils entendent souven.. Dureau de la Malle "cite le cas d'un chien, élevé par une chatte, qui avait apprss à imiter l'action si connue du chat qui se lèche les pattes pour se nettoyer ensuite la face et les oreille;; le célèbre naturaliste Audouin a aussi observé ce fait, qui m'a, d'ailleurs, été confirmé de divers côtés. Un de mes correspondants m'écrit, par exemple, qu'il a possédé pendant treize ans un chien qui n'avatt pas été nourii par une chatte, mais qui avait été élevé avec des petits chats et qui, ayant contracté l'habitude dont nous venons de parler, la garda jusqu'à sa mor.. Le chien de Dureau de la Malle avait aussi emprunéé aux jeunes chats l'habitude de jouer avec une balle en la roulant autour de ses pattes et en sautant dessus. Un correspondant m'afiirme que sa chatte plongeait, pour les lécher ensuite, ses pattes dans une jarre pleine de lait, dont le goulot étatt trop étrott pour qu'elle pût y fourrer la tête; un pettt de cette chatee imita bientôt sa mère et garda jusquàà sa mort l'habitude qu'il avait contractée.

On peut dire que les parenss de beaucoup d'animaux, se fiant à cette tendanee à l'imitation et surtout à leurs instincss héréditaires, font, pour ainsi dire l'éducation de leurs petits. Qui n'a vu une chatte apporter une sourss vivanee à ses pettts? Dureau de la Malle, dans le mémoire que nous venons de citer, relate ses observations sur les faucons qui enseignent à leurs petits à avoir des mouvements rapides et à juger des distances en laissant tomber d'une grande hauteur des souris :0u des hirondelles mortes jusquàà ce qu'ils apprennent à les saisir, puis, qui continuntt cette éducatinn en leur apportant des oiseaux vivanss qu'ils lâchent en l'air.

11 n'est presque pas de facutté qui soit plus importante pour le progrès intellectuel de l'homme que celle de l'attention. Elle se manifeste clairement chez les animau;; lorsqu'un cha,, par exemple, guette à côté d'un trou et se prépaee à s'élancer sur sa proie. Les animaux sauvagss ainsi occupés sont souvent absorbss au point quills se laissent aisément approcher. M. Barlett m'a fourni une preuve curieuee de la variabilité de cette faculté chez les singes. Un homme, qui dresse les singes à jouer certains rôles, avait l'habitude d'acheter à la Société zoologique des singes d'espèce commune au prix de 125 francs pièce, mais il en offrait le double si on lui permettait d'en garder tro,s ou quatee pendant quelques jour,, pour faire son choix. On lui demanda comment il parvenait, en si peu

17. Annales des Se. nat., 1- série; vol. XXII, p. 397.

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[Chap. ]II]                    FACULTÉS MENTALES                               77

de temps, à savoir si un singe quelconqee pouvatt devenrr bon acteu;; il répondtt que cela dépendatt entièrement de la puissanee d'attention de l'animal. Si, pendant qu'il parlatt à son singe, ou lui expliquait quelque chose, l'animat étatt facilement distratt par une mouche ou tout autre sujet insignifiant, il fallatt y renoncer. S'il essayait, par les punitions, de forcer un singe inattentif au travail, celui-ci se mettatt à bouder. Il pouvatt au contraire toujours dresser un singe qui lui prêtatt attention.

Il est presque superflu de constater que les animaux sont doués d'une excellenee mémoire portant sur les personnes et les lieux. Sir Andrew Smith affirme qu'un babouin, au cap de Bonne-Espérance, a poussé des cris de joie en le revoyatt après une absence de neuf mois. J'ai eu un chien très sauvage et qui avait de l'aversion pour toute personee étrangère, dont j'ai mis la mémorre à l'épreuee après une absence de cinq ans et deux jour.. Je me rendis près de l'écuree où il se trouvait, et l'appelai suivant mon ancienne habtude; le chien ne témoigna aucune joie, mais me suivtt immédaatement en m'obésssant comme si je l'avass quitté depuss un quart d'heuee seulemnnt. Une série d'anciennes associations, qui avaient sommelléé pendant cinq ans, s'étaient donc instantanément éveillées dans son esprit. P. Huber - a clairement démontré que les fourmss peuven,, après une séparation de quatre mois, reconnaître leurs camarades appartenant à la même communauté. Les animaux ont certannement quelques moyens d'apprécier les intervalles de temps écoulés entre les événements qui se reproduisent.

Une des plus hautes prérogatives de l'homme est, sans contredit, l'imagination, facutté qui lui permet de groupe,, en dehoss de la volonté, des imagss et des idées anciennes, et de créer ainsi des résultats brillanss et nouveaux. Ainsi que le fait remarquer Jean-Paul Richter » : « Si un poète doit réfléchrr avant de savorr s'il fera dire oui ou non à un personnage, ce n'est qu'un imbécile. » Le rêve nous donne la meilleuee notion de cette faculté; et comme le dit encore Jean-Paul : « Le rêve est un art poétique involontaire. Laa valeur des produits de notre imagination dépend, cela va sans dire, du nombre, de la précision et de la lucidité de nos impressions; du jugemett ou du goût avec lequel nous admettoss et nous repoussons les combinaisons involontaires, et jusquàà un certain point, de l'aptitude que nous avons à les combiner volontairement. Gomme les chiens, les chats, les chevaux et probable-

18. Les Mœurs des fourmis, 1810, P.W.

19.. Cité dans Maudsley, Physiology and Pathology ofMind, 1868, pp. 19,220.

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ment tous les animaux supérieurs, même les oiseaux », sont sujets au rêve, comme )le prouvnti leurs mouvements et leurs cris pendant le sommeil, nous devons admettre qu'ils sont doués d'une certaine imagination. L'habitude qu'ont les chiens de hurler pendant la nuit, surtout quand il ya de la lune, d'une façon si remarquable et si mélancolique, doit être provoquee par quelque cauee spéciale. Tous les chiens n'ont pas cette habitude. Houzeau » affirme que les chiens ne regardent pas la lune, mais quelque point fixe près de l'horizon; il pense que leur imagination est troublée par les vagues apparences des objets environnants qui se transforment pour eux en images fantastiques. S'il en est ainsi,, on pourrait presque dire que c'est de la superstition.

On est/je crois, d'accord pour admettre que la raison est la première de toutes les facultés de l'esprtt human.. Peu de personnss contestent encore aux animaux une certaine aptitude au raisonnment. On les voit constamment s'arrêter, réfléchrr et prendee un parti. Plus un naturaltete a étudié les habitudes.d'un animar quelconque, puis il croità la raison, et moins aux instincts spontanés de cet anima;; c'est là un fait très significatif ». Nous verron,, dans les chapitres suivants, que certains animaux placés très bas sur l'échelle font évidemment preuve de raison, bien qu'il soit sans doute, souvent difficile de distinguer entre la raison et l'instinc.. Ainsi, dans son ouvrage la Mer polaire ouverte, le Dr Hayes fait remarquer, à plusieuss reprises, que les chiens qui remorquaient les traîneaux, au lieu de continurr à se serrer en une masse compacee lorsqu'ils arrivaient sur une mince couche de glace, s'écartaient les uns des autres pour répartir leur poids sur une surface plus grande. C'étatt souvent pour les voyageuss le seul avertissemen,, la seule indication que la glace devenait plus mince et plus dangereuse. Or, les chiens agissaient-ils ainsi par suite de leur expérienee individuelle, ou suivaient-ils l'exempee des chiens plus âgés et plus expérimentés, ou obéissaient-ils à une habitude héréditaire, c'est-à-dire à un instinc?? Cet instintt remonterait peu--être à l'époque déjà ancienne où les naturels commencèrent à employrr les chiens pour remorqurr leurs traîneaux, ou bien, les loups arctiques, souche du chien esquimau, peuvent avoir acquss

S.' ^Z'TeT^'i'^mX^'JLn, 1868, fo»,»,. ..

s

es

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[Chap.III]                       FACULTÉS MENTALES                                   79

cet instinct, qui les portatt à ne pas attaqurr leur proie en niasses trop serrées sur la glace mince.

C'est seulement en examinant les circonstances au milieu desquelles s'accomplissent les actions que nous pouvons juger s'il convient de les attribuer à l'instinct, à !a raison, ou à une°simp.e association d'idées; faisons remarquer en passatt que cette dernière faculté se rattache étrottement à la raison. Le professeur Môbius». cite un exemple curieux: un broche,, sépaéé par une glace d'un autre compartiment d'un aquarium plein de poisson,, s se précipitait-avec une telle violence contee la glace pour attraprr les autres poissons qu'il restait souvent étourdi du coup qu'il s'était porté. Ce manège dura pendant trois mois environ, puis le brochttdevenu prudent cessa de se précipiter sur la glace. On enleva alors la glace qui formatt la séparation; toutefois, l'idée d'un choc violent s'étatt si bien associée dans le faible esprtt du brochtt avec les efforts infructueux qu'il avatt faits pour atteindee les poissons qui avaient été si longtemss ses voisins, qu'il né les attaqua jamais, bien qu'il n'hésitât pas à se précipiter sur les poissons nouveuxx qu'on introduisait dans-l'aquarium. Si un sauvage, qui n'a jamass vu une fenêtee fermée par une glace épassse, venait à se précipiter sur cette glace et à rester étourdi sur le coup, les idées de glace et de coup s'associeraient évidemment pendant longtemps dans son esprit; mais, au contraire du brochet, il réfléchirait probablement sur la natuee de l'obstacle et se montrerait plein de prudenee s'il se trouvait placé dans des circonstances analogues. Les singes, comme nous allons le voir tout à l'heure, s'abstienntnt ordinairement de répéter une action qui leur a causé une première fois une impression pénible ou simplement désagréable. Or; si nous attribuons cette différenee entre le singe et le brochtt uniquement au fait que l'association des idées est beaucoup plus vive et beaucoup plus persistante chez l'un que chez l'autre, bien que le brochet ait souffert beaucoup plus, nous est-ll possible de maintenir que, quand il s'agtt de l'homm,, une différenee analogue implique la possession d'un esprtt fondamentalement différen??

Houzeau» raconee que, tandss quill traversait une grande plaine du Texas, ses deux chiens souffraient beaucoup de la soif, etque, trenee ou quarante fois pendant la journée, ils se précipitèrent dans les dépressions du sol pour y cherchrr de l'eau. Ces dépressions n'étaient pas des vallée,, il n'y poussait aucun arbr,, on n'y rema--

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quatt aucune-différence dé végétation, et on n'y pouvatt sentrr aucune humidité, car le sol y était absolument sec. Les chiens se conduisaient donc comme s'ils savaient qu'une dépression du sol leur offrait la meilleuee chance de trouvrr de l'eau. Houzeau a observé le même fait chez d'autres animau..

J'ai observ,, et beaucoup de mes lecteuss ont observé sans doute, au Jardnn zoologiqu,, le moyen qu'emploie l'éléphant pour rapprocher un objet qu'il ne peut atteindee : il souffle violemment sur le sol avec sa trompe au delà de l'objet en question pour que le courant d'arr réfléchi de tous côtés rapproche assez l'objer pour qu'll puisse le saisir. M. Westrop,, ethnologiste bien connu, m'apprend qu'il a vu à Vienne un ours créer avec sa patte un courant artificill pour ramenrr dans sa cage un morceau de pain qui flottatt à l'extérieur des barreaux. On ne peut guère attribuer à l'instinct ou à une habitude héréditaire ces actes de l'éléphant ou de l'ours, car ils auraient peu d'utilité pour l'animal à l'état de nature. Or, quelle différence y a-t-il entre ces actes, qu'ils soient accomplis par le sauvaee ou par un des animaux supéreuurs?

Le sauvage et le chien ont souvent trouvé de l'eau dans les dépressioss du sol, et la coïncidence de ces deux circonstances s'est associée dans leur esprit. Un homme civilisé ferait peut-être quelque raisonnement général à ce sujet; mais tout ce que nous savons sur les sauvagss nous autorise à penser qu'ils ne feraient sans doute pas ce rassonnement et le chien ne le feratt certainement pas. Toutefois le sauvag,, aussi bien que le chien, malgéé de nombreux désappointements, continuerait ses recherches; et, chez tous deux, ces recherches semblent constituer également un acte de raison, qu'ils aient ou non conscience qu'ils agissent en vertu d'un raisonnement». Les mêmes remarques s'appliquent à l'éléphant et à l'ours qui créent un courant artificiel dans l'air ou dans-l'eau. Le sauvag,, dans un cas semblable, s'inquiéterait fort peu de savorr en vertu de quelle loi s'effectuent les mouvements qu'il désire obtenir; cependatl cet acte seratt aussi certainement le résultat d'un raisonnement, grossier, si l'on veut, que le sont les déductions les plus ardues d'un philosophe. Sans doute, on constaterait, entre le sauvage et l'animal supérieur, cette différence, que le premier remarquerait des circonstances et des condiiions bien plus

25. Le professeur Huxley a analysé avec une admirable clarté les différentes nov. 1871, p.%62, et dans CriUguesand Essays, 1873, p. 279.

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[Chap. III]                    FACULTÉS MENTALES          ^                     81

légère,,-et qu'll lui faudrait une expérienee moins longue pour reconnaître les rapports qui existent entre ces circonstances; or c'est là un point qui a une grande importance. J'ai noté chaque jour les actions d'un de mes enfants, alors qu'il avait environ onze mois et qu'il ne pouvatt pas encore parler; or j'ai été continuellement frappé de la promptitude plus grande avec laquelee toutes sortes d'objess et de sons s'associaient dans son esprit, comparativement aveè ce qui se passatt dans l'esprtt des chiens les plus intelligents que j'aie connus. Mais les animaux supéreeurs diffèrent exactement de la même façon des animaux inférieurs, tels que le brochet, par cette faculté de l'association des idées, aussi bien que par la faculté d'observation et de déduction. _Les actions suivantes, accomplies après une courte expérienee par les singes américains qui occupent un rang peu élevé dans leur ordre, prouvent évidemment l'intervention de la raison. Rengger, observateur très circonspect, raconee que les premières fois qu'il donna des œufs à. ses singes, ils les écrasèrent si maladrottement quiils laissèrett échapprr une grande partie du contenu; bientôt, ils imaginèrent de frapprr doucement une des extrémités de l'œuf contre un corps dur, puis d'enlever les fragmenss de la coqullee à l'aide .de leurs doigts. Après s'être coupés une fois seulement avec un instrument tranchant, ils n'osèrent plus y toucher, ou ne le manièrent qu'avec les plus grandss précautions. On leur donnatt souvent des morceaux de sucre enveloppss dans du papeer; Rengger, ayant quelquefois substitué une guêpe vivante au sucre, ils avaeent été piqués en déployatt le papier trop vite, si bien qu'ensuite ils eurent soin de toujouss porter le paquet à leur oreille pour s'assurer si quelque brutt se produisait à l'intérieur». Les cas suivanss se rapportent à des chiens. M. Coiquhou"" blessa à l'aile deux canards sauvagss qui tombèrent sur la rive opposée d'un ruisseau; son chien chercha à les rapporter tous les deux ensembee sans pouvorr yparvenir. L'animal qui, auparavant, n'avatt jamais froissé une pièce de gibie,, se décida à tuer un des oiseaux, apporta celui qui était encore vivant et retourna cherchrr le mor.. Le colonel Hutchinson raconee que sur deux perdrix atteintes d'un même coup de feu, l'une fut tuée et-l'autre blessée; cette dernière se sauva et fut rattrapée par le chien, qui, en reve-

26. M. Belt, dans son très intéressant ouvrage The naturalist in Nicaragua, 1874, p. 119, décrit aussi diverses actions d'un Cebus apprivoisé; ces acUons

SSltttSBunyst6nÏÏme<S,te "' animal P0SSédaU' **** ""' C6rtaine mesure' '* ^rtmoZZ^Lh, p.45. - Col. Hutchinson,Do~Breakin9,mO,PA6.

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82                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [l« Pabtib]

nant sur ses pas, rencontra l'oiseau mort : « II s'arrêta,'évidemment très embarrassé, et, après une ou deux tentatives, voyant qu'il ne pouvait pas relever la perdrix morte sans risquer de lâcher celle qui vivait encore, il tua résolument cette dernière et les rapporta toutes les deux. C'étatt la première fois que ce chien avait volontairement détrutt une pièce de gibier. » C'est là, sans contredit, une preuve de raison, bien quiimparfaite, car le chien auratt pu rapporter d'abodd l'oiseau blessé, puis retourner cherchrr l'oiseau mort, comme dans le cas précédett relatif aux deux canards sauvages. Je cite ces exemples parce qu'ils reposent sur deux témognages indépendants l'un de l'autre, et parce que, dans les deux cas, les chiens, après mûre délibération, ont vio,é une habitude héréditaire chez eux, celle de ne pas tuer le gibier qu'ils ramasent; or, il faut que la faculté du raisonnement ait été chez eux bien puissanee pour les amener à vaincre une habitude fixe. . J'emprunte un dernier exemple à l'illustre Humboldt ". Les muletiers de l'Amérqque du Sud disent : « Je ne vous donnerai pas la mule dont le pas est le plus agréable, mais la Mas raciona~, -celle qui raisonee le mieux; » et Humboldt ajoute : < Cette expresion popuaaire, dictée par une longue expérience, démolit le système des machines animée,, mieux-peutretre que ne le feraient tous les arguments de la philosophie spéculative. N Néanmoins quelquss écrivains nient encore aujourd'hui que les animaxx supérieurs possèdent un atome de raison; ils essaient de faire passer pour de simples contes à dormrr debout les faits tels que ceux précédemment cités ".

Nous avon,, je crois, démontré que l'homme et les animaux supérieurs, les primates surtou,, ont quelquss instincss commun.. Tous possèdent les mêmes sens, les mêmes intuitions, éprouvntt les mêmes sensaiion;; ils ont des passions, des affections et des émotions semblables, même les plus compliquées, telles que la jalousie, la méfiance, l'émulation, la reconnaissance et la magnanimité; ils aiment à tromprr et à se venger; ils redoutent le ridi-

phen (Darwinism and Divinilv, Essays on Free-thinkinq, 1873, p. 80), parlant de la prétendue barrière infranchissable qui existe entre l'hommeet lesanimaux inférieurs, s'exprime en ces termes : . 11 nous semble, en vérité, que la ligne de démarcation qu'on a voulu établir ne repose sur aucune base plus solide

doivent avoi? des natures essentiellement différentes. I. est difficile de comprendre que quiconque a possédé ou vu un éléphant puisse avoir le moindre doute sur la faculté qu'ont ces animaux de déduire des raisonnements.

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[Chap. III]                     FACULTÉS MENTALES                               83

cule; ils aiment la plaisanterie; ils ressentent l'étonnement et la curiosité; ils possèdeni les mêmes facultés d'imitation, d'attention, de délibération, de choix, de' mémoire, d'imagination/d'association des idées et de raisonnement, mais, bien entendu, à des degrés très différents. Les individus appartenant à une même espèce représentent toutes les phases intellectuelles, depuis l'imbécillité absosue jusquàà la plus hauee intelligence. Les animaux supérieurs sont même sujess à la folie, quoique bien moins souvent que l'homme3».

Néanmoins beaucoup de savanss soutiennent que les facultés mentales de l'homme constituent, entre lui et les animau,, une infranchissable barrière. J'ai recueilli autrefois une vingtaine d'aph--rismes de ce genre; mais je ne crois pas qu'ils vaillent la peine d'être cités ici, car ils sont si différenss et si nombreuxqulil est facile de comprendre la difficulté, sinon l'impossibilité d'une semblable démonstration. On a affirmé que l'homme seul est capable d'amélioration progressive; que seul il emploie des outils et connatt le feu; que seul il rédutt les autres animaux en domesticité et a le sentiment de la propriété; qu'aucun autre animal n'a des idées abstraites, n'a conscienee de soi, ne se comprend ou possède des idées générales; que l'homme seul possède le langag,, a le sens du beau, est sujet au caprice, éprouve de la reconnaissance, est sensible au mystère, etc,, croit en Dieu, ou est doué d'une conscience. Je hasarderai quelquss remarques sur ceux de ces poinss qui sont les plus.importants et les plus intéressants.

L'archevêque Sumner" a autrefois soutenu que l'homme seul est susceptible d'amélioration progressive. Personee ne conteste que l'homme fait des progrès beaucoup plus grand,, beaucoup plus rapides qu'aucun autre anima,, ce qui résulte évidemment du langage et de la faculté qu'il a de transmettre à ses descendants les connasssances qu'il a acquises. En ce qui regarde l'animal, et d'abord l'individu, tous ceux qui ont quelque expérienee en matière de chasee au piège savent que les jeunss animaux se font prendre bien plus aisément que les vieux; l'ennemi qui poursuit un animal peut aussi s'approcher plus facilement des jeune.. Il est même impossible dè prendee beaucoup d'animaux âgés.dans un même lieu et dans une même sorte de trapp,, ou de les détruire au moyen d'une seule espèce de poison; il est, cependant, improbble que tous aient goûté au poison; il est impossible que tous aient

30. DocteurW Laude^^ Sc:ence, juillet 1871. 31. Cité par sir C. Lyell, Antiquity of Man, p. 497.

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84                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Iee Partie]

été prss dans le même piège. C'est la captuee ou l'empoisonnement de leurs semblables qui a dû leur enseigner la prudence. Dans l'Amérique du Nord, où l'on chasse depuis longtemps les animaux à fourrure, tous les témoignages des observateurs s'accordent à leur reconnaître une dose incroyable de sagacité, de prudenee et de ruse; mais, dans ce pays, on a employé la trappe depuis assez longtemss pour que l'hérédité ait pu entrer enjeu. Quand on établit une ligne télégraphique dans un pays où il n'y en a jamass eu, beaucoup d'oiseaux se tuent en se heurtant contre les fils; mais, au bout de quelquss années, les nombreux accidenss de cette nature dont ils sont chaque jour témoins semblent leur apprendre à éviter ce danger».

Si nous considérons plusieuss générations successives ou une race entière, on ne peut douter que les oiseaux et tes autres animaux n'acquièrent et ne perdent à la fois et graduellement leur prudnnce vis-à-vis de l'homme ou de leurs autres ennemss»; si cette prudenee est en 'grande partie une habitude ou un instinct transmis par hérédité, elle résulte aussi en pariie de l'expérience individuelle. Leroy", excellent observateur, a constaéé que là où on chasse beaucoup le renard, les jeunes prennent incontestablement beaucoup plus de précautions dès qu'ils quittent leur terrier que ne le font les vieux renards qui habttent des régions où on les

CNos8chiens domestiques descendent des loups et des chacals», et bien peut-être qu'ils n'aient pas gagné en ruse, et puissent avoir perdu en circonspection et en prudence, ils ont, cependant, acquis certaines qualités morales, telles que l'affection, la fidélité, le bon caractère et probablement l'intelligence générale. Le rat commun a exterminé plusieuss autres espèces et s'est étabii en conquérant en Europe, dans quelquss parties de l'Amérique du Nord, à la Nouvelle-Zélande, et récemmett à Formose, ainsi qu'en Chine, M. Swinhoe». qui décrtt ces deux dernières invasions, attribee la victoire du rat commun sur le grand Mus coninga, à sa ruse plus développée, qualité qu'on peut attribuer à l'emploi et à l'exercice

a

32. Voir pour d'autres détails, Houzeau, les Facultés mentales, etc., vol. II.

^'lettres philosophes sur VintelUgence des animaux, nouvelle édition,

mâ ^iespreuvesàcetégard dans la Variation des Animaux et des Plantes, etc. vol. I, chap. I. 36. Proceedingsof Zoological Society, 1864, p. 186.

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[Chap. HII]                        FACULTÉS MENTALES                              . 85

habituel de toutes ses facultés pour échapprr à l'extirpation par l'homm,, ainsi qu'au fait qu'il a successivement détruit tous les rats moins rusés et moins intelligents que lui. Il est possible, cependant, que le succès du rat commun dépende de ce qu'il était plus rusé que les autres espèces du même genre avant de s'être trouvé en contact avec l'homm.. Vouloir soutenrr sans, preuves directes que, dans le cours des âges, aucun animal n'a progreséé en intelligence ou en d'autres facultés mentales, est supposer ce qui. est en quesiion dans l'évolution de l'espèce. Nous verrons plus loin que, d'après Lartet, certains mammifères existants, appartenant à plusieuss ordres, ont le cerveau plus développé que leurs anciens prototypes de l'époqut tertiaire.

On a souvent affirmé qu'aucun animal ne se sert d'outils; mais, à l'état de nature, le chimpanzé se sert d'une pieree pour briser un fruit indigène à coque dure», ressemblant àune noix. Rengger" . enseigna facilement à un singe américann à ouvrrr ainsi des noix de palme; le singe se servit ensuite du même procédé pour ouvrrr d'autres sortes de noix, ainsi que des boîtes. Il enlevatt aussi la peau des fruits, quand elle était désagréable au goût. Un autre singe, auquei on avatt apprss à soulever le couvercee d'une grande caisse avec un bâton, se servit ensuite d'un bâton comme d'un levier pour remuer les corps pesants, et j'ai, moi-mêm,, vu un jeune orang enfoncer un bâton dans une crevasse, puis, le saisissant par l'autre bout, s'en servir comme d'un levier. On sait que, dans l'Ind,, les éléphanss apprivoisés brisent des branche*d'arbres et s'en servent comme de chasse-mouches; on a observé un éléphant sauvaee qui avait la même habitude-. J'ai vu un jeune orang femelle s'enveoppper d'une couverture ou se couvrrr de paille pour se protégrr contre les coups quand elle redoutait d'être fouettée. Les pierres et les bâtons servent d'outils dans les cas précités; . les animaux les emploient généralement comme armes. Brehm « affirme, sur l'autorité du voyageur bien connu Schimper, qu'en Abyssinie, lorsque les babouins de l'espèce C. gèlada descendent en troupe des montagnes pour pllerr les champ,, ils rencontrent quelquefois des bandes d'une autre espèce (C. hamadryas) avec lesquelles ils se battent. Les geladas font rouler, sur le flanc de la montagne, de grosses pierres que les hamadryas cherchent à éviter, puis les adversaires se précipitent avec fureur les uns sur les

37.  Sava8eetWyman,Bo,«««Jour^o/'^.^ory, 1843-44,vol.IV,p.388.

38.  Saûgelhiere von Paraguay, 1830, pp. 51, 56.

39.  The Indian Field, 4 mars 1871. 40.™«rtofc»vol:I,pp.TO,SB.

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86                          LA DESCENDANCE DE L'HOMME             [Ire paBt,e]

autres en faisant un vacarme effroyable. Brehm, qui accompagnait le duc de Cobourg-Gotha, prit part à une attaque faite avec des armes à feu contre une troupe de babouins dans lapasee de Mensa, en Abyssinie. Ceuxlci ripostèrent en faisant rouler sur les flancs de la montagee une telle quantité de pierres, dont quelques-unes avaient la grosseur d'une tête d'homm,, que les assalllanes durent battre vivement en retraite; la caravane ne put même franchrr la passe pendant quelquss jours. Il faut remarquer que, dans cette circonstance, les singes agissaient de concer.. M. Wallace." a vu, dans trois occasions différentes, des orangs femelle,, accompagnées de leurs petits, « arracher les branchss et les fruits épineux de l'arbee Durian avec toute l'apparence de la fureur, et lancer une grêle de projectiles telle que nous ne pouvions approcher ». Le chimpanzé, comme j'ai pu le constater bien souven,, jetee tout ce qui lui tombe sous la main à la tête de quiconque l'offense; nous

TeTboneiZ^blt' *" ^ ^ Bonne"EsPérance'avattpréParé Un singe, au jardin zoologiqu,, dont les dents étaient faibles, avatt pris l'habitude'de se servrr d'une pierre pour casser les noisettes; un des gardiens m'a affirmé que cet anima,, après s'en être serv,, cachatt la pierre dans la paille, et s'opposait à ce qu'aucun autre singe y touchât. Il y a là une idée de proprié,é, mais cette idée est commune à tout chien qui possède un os, et à la plupatt des oiseaux qui construisent un nid.

Le duc d'Argyll " fait remarquer que le fait de façonner un instrument dans un but déterminr est absolument particulier à l'homm,, et considèee que ce fait établit entre lui et les animaxx une immense distinction. La distinction est incontestablement importante, mais il me semble y avoir beaucoup de vrasssemblance. dans la suggestion faite par sir Lubbock «\ Il suppoee que l'homme primitff a employé d'abodd des silex pour un usage quelconque; en s'en servan,, il les a, sans doute, accidentellement brisé,, et il a alors tiré parii de leurs éclats tranchants. De là à les briser avec intention, puis à les façonner grossièrement, il n'y a qu'un pas. Ce dernier progrès, cependant, peut avoir nécessité une longue périod,, si nous en jugeons par l'immnnse laps de temps qui s'est écoulé avant que les hommes de la période néolithique en soient arrivés à aiguiser et à polir leurs outils en pierre. En brisant les silex, ainsi que le fait remarquer encore sir J. Lubbock, des

41. The Malay Archipelago, vol. I, 1869, p. 87.

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étincelles ont pu se produire, et, en les aiguisant, de la chaleur se dégagrr: « d'où l'origine possible des deux méthodss ordinaires pour se procurer le feu. L La natuee du feu devait, d'ailleurs, être connue dans les nombreuses régions volcaniques où la lave coule parfois dans les forêts. Les singes anthropomorphes, guidés probablement par l'instinct,, construisent pour leur usage des plates-formes temporaires; mais, comme beaucoup d'instincts sont largement contrôlés par la raison, les plus simples, tels que celui qui pousse à la construction d'une plate-forme, ont pu devenrr un acte volontaire et conscien.. On sait que l'orang se couvre la nuit avec des feuilles de Pandanus, et Brehm constaee qu'un de ses babouins avait l'habitude de s'abriter de la chaleur du soleil en se couvrant la tête avec un paillasson. Les habitudes de ce.genre représentent probablement les premiers pas vers quelques-uns des arts les plus. simples, notamment l'architecture'grossière .et l'habillement, tels: qu'ils ont dû se pratiquer chez les premiers ancêtres de l'homm..

Abstraclion,conceptionsgénérales,consciencedesoi,individua-lité mentale. - Jusquàà quel point les animaux possèdent-ils des traces de ces hautes facultés intellectuelles? C'est là une question qu'il est difficile, pour ne point dire impossible, de résoudre. Cette difficutté provient de ce qu'il nous est impossible de savoir ce qui se passe dans l'esprit de l'animal, en 'outre, on est-loin d'être d'accord sur la signification exacte qu'it convient ~d'attriburr à ces divers terme.. Si l'on en peut juger par divers articlss publiés récemment, on semble s'appuyer surtout sur te: fait que tes animaux ne possèdent pas la faculté de l'abstraction, 'c'est-à-dire qu'ils sont incapables-de concevorr des idées générales. Mais, quand un chien aperçott un autre chien à une grande distance, son attitude indique souvent qu'il conçott que c'est un chien, car, quand il s'approche, cette attitude change du tout au tout s'il reconnaît un ami. Un écrivann récent fait remarquer que, dans tous lés cas, c'est une pure supposition que d'affirmer que l'acte mental n'a pas exactement la même nature chez l'animal et chez l'homm.. Si l'un et l'autre rattachent ce quills conçoivent au moyen de leurs sens àune conception mentale, tous deux agissent de la même manière ". Quand je crie à mon chien de chasse, et j'en ai fait l'expérience bien des fois : « Hé, hé, où est-il ? D il comprend immédiatement quill s'agtt de chasser un animal quetconque; ordinairement

44. M. Ilookham, dans une lettre adressée au professeur Max Müller, Birmingham News, mai 1873.

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88                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I* Par™]

il commenee par jeter rapidement les yeux autour de lui, puis il s'élanee dans le bosquet le plus voisin pour cherchrr la trace du gibier, puis enfin, ne trouvant rien, il regarde les arbres pour découvr,r un écureuil. Or, ces divers actes n'indiquent-ils pas clai-remeet que mes paroles ont éveillé dans son esprit l'idée généraee ou la conception qu'il y a là, auprès de lui, un animal quelconqee qu'il s'agtt de découvrir et de poursuivre ?

On peut évidemment admettre qu'aucun animal ne possède la conscienee de lui-môme si l'on implique par ce terme qu'il se demande d'où il vient et où il va, - qu'ie raisonne sur la mort ou sur la vie, et ainsi de suite. Mais, sommes-nous bien sûrs qu'un vieux chien, ayant une excellenee mémoire et quelque imagination, comme le prouvent ses rêves, ne réfléchisse jamais a ses anciens plaisirs à la chasse ou aux déboires qu'il a éprouvés? Ce seratt là une forme de conscienee de soi. D'autre part, comme le fait remarquer Bûchner", comment la femme australienne, surmenee par le travail, qui n'emploie presque point de mots abstraits et ne compte que jusquàà quatre, pourrait-elle exercer sa conscienee ou réfléchir sur la natuee de sa propee existenee? On admet généralement que les animaux supérieurs possèdent les facultés de la mémoire, de l'attention, de l'association et même une certaine dose d'imagination et de .raison. Si ces faculté,, qui -varient beaucoup chez les différenss animau,, sont susceptibles d'amélioration, il ne semble pas absolument impossible que des facultés plus complexes, telles que les formes supérieures de l'abstraction et de la conscienee de soi, etc,, aient résutté du développement et de la combinaison de ces facultés plus simples. On a objecté contre cette hypothèse qu'il est impossible de dire à quel degré de l'échelle les antmaux deviennent susceptibles de voir se développrr chez eux les facuttés de l'abstraction, etc. ; mais qui peut dire à quel âge ce phénomène se produira chez nos jeunes enfants ? Nous pouvons constater tout au moins que, chez nos enfants, ces facultés se développent par des degrés imperceptibles.

Le fait que les animaux conservent leur individualité mentale est au-dessus de toute contestation. Si ma voix a évoqu,, dans le cas de mon chien précédemment cité, toute une série d'anciennes association,, il faut bien admettre qu'il a conservé son individualité mentale, bien que chaque atome de son cerveau ait dû se renouveler plus d'une fois pendant un intervalle de cinq ans. Ce chien auratt pu invoqurr l'argument récemment avancé pour écraser tous

45. Conférences sur la Théorie darwinienne ,irad. franç.), 1869, p. 132.

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[Chap. III]                      FACULTÉS MENTALES                                  89

les évolutionnistes, et dire : « Je perssste, au milieu de toutes les dispositions mentales et de tous les changements matériels... La théorie que les atomes laissent à titre de legs les impressions qu'ils ont reçues aux autres atomes prenant la place qu'ils quittent, est contraire à l'affirmation de l'état conscien,, et est, par conséquent, fausse; or, comme cette théoree est nécessaire à l'évolution, cette dernière hypothèse est par conséquent fausse ». »

Langage. - On pense avec raison que cette faculté est un des principaux caractères distinctifs qui séparent l'homme des animaux. Mais, ainsi que le fait remarquer un juge compétent, l'archvêque Whately : « L'homme n'est pas le seul animal qui se serve du langage pour exprimer ce qui se passe dans son esprit, et qui puisse comprendre plus ou moins ce que pense un autre individu". L Le Cebus azaxœ du Paraguay, lorsqulil est excité, fait entendee au moins six cris distincts, qui provoquent, chez les autres singes de son espèce, des émotions analogues4». Nous comprenons la signification des gestes et des mouvements de la face des singes; Rengger et d'autres observateurs déclarent que les singes comprennent en pariie les nôtre.. Le chien depuis sa domestication, fait plus remarquable encore, a appris .à aboyer dans quatre ou cinq tons distincss au moins ". Bien que l'aboiement soit un art nouveau,, il n'est pas douteux que les especes sauvages, ancêtres du chien, exprimaient leurs sentimenss par des cris de nature diverse. Chez le chien domestique, on distingue facilement l'aboiement impatient, comme à la chasse; le cri de la colère et le grognement; le glapsssement du désespoir, comme lorsque l'animal est enfermé; le hurlement pendant la nuit; l'aboiemene joyeux, lors du départ pour la promenade, et le cri très distinct et très suppliant par lequel le chien demande qu'on lui ouvre la porte ou la fenêtre. Houzeau -, qui s'est tout particulièrement occupé de ce suje,, affirme que la poule domestique fait entendee au moins douze cris signfiicatifs différents.               - '

Le langage articulé est spécial à l'homm;; mais, comme les animaux inférieurs, l'homme n'en exprime pas moins ses intentions par des gestes, et par les mouvements des muscles de son visage ",

46.  Le rév. docteur J.-M' Cann, Antidarrcinism, 1869, p: 13.

47.  Cité dans Anthropological Reoiew, 1861, p. 158.

48.  Rengger, op. cit., p. 45.

49.  Variation des Animaux, etc., vol, I, p. 29.

50.  Facultés mentales, etc., vol. II, 1872, pp. 346-349.

51.  Ce sujet fait l'objet d'une discussion fort intéressante dans l'ouvrage de M. E.-B. Tylor, Researches int< the Early History of ~ankind, 1865, c. n à rv.

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90                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [[« Part,*]

par des cris inarticulés, ce qui est surtout vrai.pour l'expression des sentiments les plus simples et les plus vifs, qui ont peu de rapports avec ce qu'il y a de plus élevé dans notre intelligence. Nos cris de douleu,, de crainte, de surprise, de colère, joints aux gestes qui leur sont appropriés, le babllaage de la mère avec son enfant chér,, sont plus expressifs que n'importe quelles paroles. Ce qui distingue l'homme des animaux inférieurs, ce n'est pas la faculté de comprendee les sons ariiculés, car, comme chacun le sait, les chiens comprennent bien des mots et bien des phrases. Sous ce. rappott les chiens se trouvntt dans le même état de développement que les enfants, âgés de dix à douze mois, qui comprennent bien des mots et bien des phrases, mais qui ne peuvent pas encore prononcer un seul mot. Ce n'ess pas la faculté d'articuler; car le perroqutt et d'autres oiseaux possèdent cette faculté. Ce n'est pas, enfin, la simple faculté de rattacher des sons définis à des idées définies, car il est évident que certains perroquets qui ont apprss à parler appliquent sans se tromper le mot. propre à certaines choses et rattachent les persones aux événemenss». Ce qui distingue l'homme des animaux inférieurs, c'est la facutté infiniment plus grande qu'il possède d'associer les sons les plus divers aux idées les plus différentes, et cette faculté dépend évidemment du développement extraordinaire de ses facultés mentaees/

Un des fondateurs de la noble science de la philologie, Horne Tooke, remarque que le langage est un art, au même titre que l'art de fabrrqurr de la bière ou du pain; il me semble, toutefois, que l'écriture eût été un terme de comparaison bien plus convenable. Le langage n'est certainement pas un instinct dans le sens propre du mot, car tout langaee doit être appris. Il diffère beaucoup, cependant, de tous les arts ordinaires en ce que l'homme a une tendanee instinctive à parler, comme nous le prouve le babllaage des jeunes enfants, tandis qu'aucun enfant n'a de tendanee ins-

52. J'ai reçu à cet égard plusieurs communications très détaillé*. L'amiral sirJ. Sulivan, que je connais pour un observateur très soigneux, m'assure qu'un perroquet, qui est resté très longtemps dans la maison de son père, appelait par leur nom certains membres de la famille et certains visiteurs assidus. Il

des pommes sur la table de la cuisine. Voir aussi, sur les perroquets, llouzeau, J.mais <« Iromper. Je pourr.1, *.«, beaucoup d'autres e«n,pl.«.

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[ChapP III]                     FACULTÉS MENTALES                               91

tinctive à brasse,, à faire du pain.ou à écrire. En outre, aucun philologue n'oserait soutenrr aujourd'hui qu'un langage ait été inventé de toutes pièces; chacun d'eux s'est lentemntt et inconsciemment développ;-. Les sons que font entendee les oiseaux offrent, à-plusieurs poinss de vue, la plus grande analogee avec le langag;; en effet, tous les individus appartenant à une même espèce expriment leurs émotions par les mêmes cris instinc-' tifs, et tous ceux qui peuvent chanter exercent instinctivement cette faculté; mais c'est le père ou le père nourricier qui leur apprend le véritabee chan,, et même les notes d'appel. Ces chanss et ces cris, ainsi .que l'a prouvé Daines Barrington», < ne sont pas plus innés chez les oiseaux que le langage ne l'est chez l'homm.. Les premiers essass de chant chez les oiseaux peuvent être comparés aux tentatives imparfaites que traduisent les premiers bégaiements de l'enfant ». Les jeunes mâles continuent à . s'exercer, ou, comme disent les éleveurs, à étudier pendant dix ou onze mois. Dans leurs premiers essais, on reconnaît à peine les rudimenss du chant futu,, mais, à mesure qu'ils avancent en âge, on.vott où ils veulent en arrive,, et ils finissent par chanter très bien. Les couvées qui ont apprss le chant d'une espèce autre que la leur, comme les canaris quion élève dans le Tyro,, enseignent leur nouveau chant à leurs propres descendants. On peut comparer, comme le fait si ingénieusement remarquer Barrington, les légères différences naturelles du chant chez une même espèce, habtant des régions diverse,, « a des dia)ectes provinciaux ,; et les chanss d'espèces alliée,, mais distinctes, aux langagss des différentes races humannes. J'ai tenu à donner les détalls qui précèdent pour montrer qu'une tendanee instinctive à acquérir un art n'est point un fait particulier, restreint à l'homme seul.

Quelle est l'origine du langage articulé? Après avoir lu, d'une par,, les ouvragss si intéressants de M. Hensleigh Wedgwood, du rév. F. Farrar, et du professeur Schleicher », et, d'autre par,, les

53. Voir quelques excellentes remarques sur ce point par le prof. Whitney, Oriental and linguhlic studies, 1873,'p. 354. Il fait observer que le désir de communiquer avec ses semblables est chez l'homme la force vitale qui dans le développement du langage agit[consciemment et inconsciemment; consciem-ment en ce qui eoncerne I. but immédiat. obtenir, inconsciemment .„ ce qui

mrr^srsîss-- —, ™,, » M,

TT nT                            S des eSnatureUes,m"série' Zool°vie,

*;£. H.'Wedgwood, On the origin of language, 1866; rév. F.-W. Farrar,

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92                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire PARTIE]

célèbres leçons de Max Muller, je ne puis douter que le langage ne doive son origine à des imitations et à des modfiications, accompagnées de signes et de gestes, de divers sons naturels, des cris d'autres animau,, et des cris instinctifs propres à l'homme lui-même. Nous verron,, lorsque nous nous occuperons de la sélection sexuelle, que les hommes primitifs, ou plutôt quelque antique ancêtre de l'homme s'est probablement beaucoup servi de sa voix, comme le font encore aujourd'hui certains gibbon,, pour émettre de véritables cadences musicales, c'est-à-dire pour chanter. Nous pouvons concluee d'analogies très généralement répanduss que . cette faculté s'exerçait principalement aux époques où les sexes se recherchent, pour exprimer les diverses émotions de l'amou,, de la jalousie, du triomphe, ou pour défier les rivaux. I! est donc probable que l'imitation des cris musicaux par des sons articulés ait pu engendrer des mots exprimant diverses émotions complexes. Nous devons ici appeler l'attention, car ce fait expiique en grande pariie ces imitations, sur la forte tendanee qu'ont les formes les plus voisines de l'homm,, les singes, les idiots microcéphales", et les races barbares de l'humanité, à imiter tout ce qu'ils entendent. Les singes comprennent certainement une grande partie de ce que l'homme leur dit, et, à l'état de nature, poussett des cris différenss pour signaler un danger à leurs camaradss "; les poules sur terre et les faucons dans l'air poussent un cri particulier pour avertir d'un danger les animaux appartenant à la même espèce, et les chiens comprennent ces deux cris-; il ne semble donc pas impossible que quelque animal ressemblant au singe ait eu l'idée d'imiter le hurlement d'un animal féroce pour avertir ses semblables du genre de danger qui les menaçait. Il y aurait, dans un fait de cette nature, un premier pas vers la formation d'un langag..

A mesuee que la voix s'est exercée davantage, les organes vocaux ont dû se renforcrr et se perfectionner en vertu du principe des effets héréditaires de l'usag;; ce qui a dû réagrr sur la faculté de la parole. Mais les rapports entre l'usage continu du langaee et le développement du cerveau ont été, sans aucun doute, beaucoup plus importants. L'ancêtre primitif de l'homm,, quel qu'il soit,

traduit en anglais l'ouvrage qu'a publié sur ce sujet le professeur Aug. Schlei-cher, sous le titre de Darwinism tesled by the science- of Language, 1869.

56.  Vogt, Mémoires sur les Microcéphales, 1867, p. 169. En ce qui concerne les sauvages, j'ai signalé quelques faits dans mon Voyage d'un naturaliste autour du monde (Paris, Reinwald), p. 206.

57.  On trouvera de nombreuses preuves à cet égard dans les deux ouvrages si souvent cités de Brehm et de Rengger.

58.VoirHouzeau,op.ca.,vol.U,p.348.

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[Chap. III]                       FACULTMS MENTALES                                   93

devait possédrr des facultés mentales beaucoup plus développées qu'elles ne le sont chez les singes existant aujourd'hui, avant même qu'aucuee forme de langag,, si imparfaite qu'on la suppose, ait pu s'organiser. Mais nous pouvons admettre hardiment que l'usage continu et l'amélioration de cette faculté ont dû réagrr sur l'esprit en lui permettant et en lui facilitant la réalisation d'une plus longue suite d'idée.. On peut ne pas plus poursuivre une pensée prolongée et complexe sans l'aide des mots, parlés ou non.-qu'on ne peut faire un long calcul sans l'emploi des chiffres ou de l'algèbre. Il semblerait aussi que le cours même des idées ordinaires nécessite quelque forme de langage, car on a observé que Laura Bridgman, fille aveugle, sourde et muette, se servatt de ses doigts quand elle rêvatt ». Une longue succession d'idées vives et se reliant les unes aux autres peut néanmoins traverser l'esprit sans le concours d'aucune espèce de langag,, fatt que nous pouvons déduire des rêves prolongss qu'on observe chez les chiens. Nous avons vu aussi que les animaux peuvent raisonnrr dans une certaine mesure, ce qu'ils font évidemment sans l'aide d'aucun langage. Les affections curieuses du cerveau, qui atteignent particulièrement l'articulation et qui font perdre la mémoire des substantifs tandss que celles des autres mots reste intacee « prouvent évidemment les rapports intimes qui existent entre le cerveau et la faculté du langag,, telle qu'elle est développee aujourd'hui chez l'homm.. Il n'y a pas plus d'improbabilité à ce que les effets de l'usage continu des organss de la voix et de l'esprtt soient devenus héréd-taires qu'il n'y en a à ce que la forme de l'écriture, qui dépend à la fois de la structure de la main et de la disposition de l'esprit, soit aussi héréditaire; or il est certain » que la faculté d'écrire se transmtt par hérédité.

Plusieuss savants, et principalement le professeur Max Millier», ont soutenu dernièrement, en insistant beaucoup sur ce poin,, que l'usage du langage implique la faculté de la conception d'idées générales; or, comme on n'admtt pas que les animaux possèdent cette faculté, il en résulte une barrèère infranhhissable entre eux et l'homme ». J'ai déjà essayé de démontrer que les animaux pos-

pftholZ o/STédiUon Cmtp "it d°Cteur MaudS'ey, Physiology and

60. On a enregistré beaucoup-de câs^e ce genre. Voir par exemple Inquiries

concemigthe intellect Powers, par le docteur Abercrombie, 1838, p. 150.

62.  Lectures on M. Darwin's Philosophy of language, 1873.

63.  Le jugement d'un philologue aussi distingué que le professeur Whitney

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sèdent cette facutté au moins a l'état naissant et de façon très grossière. Quant aux enfants, âgés de dix à onze mois, et aux sourds-muets, il me semble incroyable qu'ils puissent rattacher certains sons à certaines idées généralss aussi rapidement qu'ils le font, à moins que l'on admetee que ces idées générales étaient déjà formées dans leur esprit. On peut appiiqurr la même remarque aux animaux les plus intelligents, car, comme le fait observrr M. Leslie Stephen : Unn chien se fait une idée généraee des chats et des moutons et connatt les mots correspondanls tout aussi bien que peut les connaître un philosophe. La faculté de comprendee est, à un degré inférieu,, il est vrai, une aussi bonne preuve de l'intelligence vocale, que peut l'ètre la faculté de parler. »

Il n'est pas difficile de concevorr pourquoi les organes, qui servent actuellement au langage, ont été plutôt que d'autres originellement perfectinnnés dans ce but. Les fourmss communiquent facilement les unes avec les autres au moyen de leurs antennes, ainsi que l'a prouvé Huber, qui consacre un chapitre entier à leur langage. Nous aurions pu nous servir de nos doigts comme instrumengs efficaces, car, avec de l'habitude, on peut transmettre à un sourd chaque mot d'un discouss prononcé en public; mais alors l'impossibilité de nous servrr de nos mains, pendant qu'elles auraient été occupées à exprimer nos pensée,, eût constitué pour nous un inconvénient sérieux. Tous les mammifères supérieurs ont les.organes vocaux construits sur le même plan général que les nôtre,, et se servent de ces organes comme moyen de communquer avec leurs congénères; il est donc extrêmement probable que, dès que les communications devinrent plus fréquentes et plus importantes, ces organss ont dû se développer dans la mesure des nouveaux besoins; c'est ce qui est arrivé, en effet, et ces progrès

aura beaucoup plus de poids sur ce point que tout ce que je pourrai dire. Le professeur fait remarquer, Oriental and linguislic studies, 1873, p. 297; en discutant les opinions de Bleck : . Bleck, se basant sur ce que le langage est un auxiliaire de la pensée presque indispensable à son développement, à la netteté, à la variété et à la complexité des sensations qui déterminent la conscience, en conclut que la pensée est absolument impossible sans la parole, et il confond ainsi la faculté avec l'instrument. Il pourrait tout aussi bien soutenir que la main humaine est incapable d'agir sans le concours d'un outil. En partant d'une semblable doctrine, il lui est impossible de ne pas accepter les paradoxes les plus regrettables de Millier et de ne pas soutenir qu'un enfant (infant ne parlant pas) n'est pas un être humain et qu'un sourd-muet n'acquiert la raison que quand il a appris à se servir de ses doigts pour figurer le langage! » Max Müller, op. cit., a soin de souligner l'aphorisme suivant : a Il n'y a pas plus de pensée sans parole qu'il n'y a de parole sans pensée. » Quelle étrange

^.tlysoTZrtMntin9, etc. 1873, p. 82.

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[Chap. )II]                    FACULTES MENTALES '                              95

ont été principalement obtenus à l'aide de ces parties si admirablement ajustée,, la langue et les lèvres ». Le fait que les singes supérieuss ne se servent pas de leurs organes vocaux pour, parler, dépend, sans doute, de ce que leur intelligence n'a pas suffisamment progressé. Les singes possèdent, en somme, des organes qui, avec une longue pratique, auraient pu leur donner la parole, mais ils ne s'en sont jamais serv;; nous trouvon,, d'allleurs, chez. beaucoup d'oiseau,, un exempee analogue : ils possèdent tous les organes nécessaires au chan,, et cependant ils ne chantent jamais. Ainsi, les organes vocaux du rossignol et ceux du corbeau ont une construction analogue; le premier s'en sert pour moduler les chanss les plus variés; le second ne fait jamass entendee qu'un simple croassement «. Mais pourquii les singes n'ont-ils pas eu une intelligenee aussi développee que celle de l'homm?? C'est là une question à laquelee on ne peut répondee qu'en invoquant des causes générales; en effet, notre ignoranee relativement aux phases suc cessives du développement qu'a traversées chaque créature est si incompèète qu'il serait déraisonnable de s'attendre & rien de défini.                                                     .                                                                             ' :

Il est à remarquer, et c'est un fait extrêmement curieux, que les causes qui expliquent la formation des langues différentes explquent aussi !à formation des espèces distinctes; ces causes peuvent se résumrr en un seul mot : le développement graduel; et les preuves à l'appii sont exactement les mêmes dans les deux cas ». Nous pouvon,, toutefois, remonter plus près de l'origine de bien des mots que de celle des espèces, car nous pouvons saisir, pour ainsi dire, sur le fait, là transformation de certains sons en mots, les-. quels ne sont après tout que des imitations de ces sons. Nous rencontrons, dans des langues distinctes, des homologies frappantes dues à la communauté de descendance, et des analogies dues à un procédé semblabee de formation. L'altération de certaines lettres ou de certains sons, produite par la modification d'autres lettres ou

' 65. Voirpour quelques excellentes remarquessur ce point, docteur Maudsley, Physiology and Pathology of Mind, 1868, p. 199.

66. Macgillivray, History of British Birds, 1839, t. II. p.,29. Un excellent observateur, M. Blackwll, remarque que la pie apprend à prononcer des mots

of Man, 1863, en. xxm.

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ire Pahtik]

d'autres sons, rappelle la corrélation de croissance. Dans les deux cas, languss et espèces, nous observoss la réduplication des parties, les effets de l'usage longtemss continu,, et ainsi de suite. La présenee fréquenee de rudiments, tant dans les langues que dans les espèces, est encore plus remarquable. Dans l'orthographe des mots, il reste souvent des lettres représentant les rudgments d'an-cieîmes prononciations. Les langue,, comme les êtres organisés, peuvent se classer en groupes subordnnnés; on peut aussi les classer naturellement selon leur dérivation, ou artificieleement, d'après d'autres caractères. Les langues et les dialectes dominanss se répandent rapidement et amènens l'extinction d'autres langages. De même qu'une espèce, une langue une fois éteinte ne reparaît jamais, ainsi que le fait remarquer sir C. Lyel.. Le même langage ne surgtt jamass en deux endroits différents; et des langues distinctes peuvent se croiser ou se fondre les unes avec les autres ». La variabilité existe dans toutes les langue,, et des mots nouveaux s'introduisent constamment; mais, comme la mémoree est limitée, certains mots, comme des languss entière,, disparaissent peu à peu : « On observe dans chaque langue, ainsi que Max Mûller G l'a fait si bien remarquer, une lutte incessante pour l'existenee entre les mots et les formes grammaticales. Les formes les plus parfaites, les plus courtes et les plus faciles, tendent constamment à prendre le dessus, et doivent leur succès à leur vertu propre. e On peut, je crois, à ces causes plus importantes de la persistance de certains mots, ajouter la simple nouveauéé et la mode; car il y a dans l'esprtt humain un amour prononéé pour de légers changements en toutes choses. Cette perssstance, cette conservation de certains mots favorisés dans la lutte pour l'existence, est une sorte de sélection naturelle.

On a soutenu que la construction parfaitement régulière et étonnamment complexe des langues d'un grand nombee de nations barbares est une preuve, soit de l'origiee divine de ces langues, soit de la hauee intelligence et de l'antique civilisation de leurs fondateurs. t Nous observons fréquemment, dit à ce sujet F. von Schle-gel, dans les languss qui paraissent représenter le degré le plus infime de la cultuee intellectuelle, une structure grammaticale admirabeement élaborée. On peut appiiqurr cette remarque principalement au basque et au lapon, ainsl queà beaucoup de langues amé-

68. Voir à ce sujet les remarques contenues dans un article intéressant du rév. F.-W. Farrar, intitulé Phylosophy and Darwinism, publié dans le n* du

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[Chap. III]                      FACULTÉS MENTALES                                  97

ricaines ». » Mais il est certainement inexatt de comparer, un lan- . gage à un art, en ce sens qu'il auratt été élaboré et formé méthodiquement. Les philologues admettent aujourd'hui que les conjugaisons, les déclinaisons, etc., existaient à l'origine comme mots distincts, depuss réuni;; or, comme ce genre de mots exprime les rapports les plus clairs entre les objets et les personnes, il n'est pas étonnatt qu'ils aient été employss par la plupatt des races pendant les premiers âges. L'exempee suivant prouve combien il nous est facile de nous tromper sur ce qui constitue la perfection. Un Crinoïde se compose parfois de cent cinquanee mille pièces " d'écailles, toutes rangées avec une parfaite symétrie en lignes rayonnantes; mais le naturaliste ne considèee point un animal de ce genre comme plus parfait qu'un animal du type bilatéral, formé de parties moins nombreuses et qui ne sont semblables entre elles que sur les côtés opposés du corps. Il considère, avec raison, que la différencaation et la spécialisation des organss constituent la perfection. Il en est de même pour les langues ; la plus symétrique et la plus compliquée ne doit pas être mise au-dessus d'autres plus irrégulières, plus brèves, résultant de nombreux croisements, car ces dernières ont emprunté des mots expressifs et d'utiles formes de construction à diverses races conquérantes, conquises ou imrni-

"'ceHemarques, assurément incomplètes, m'amènent à concluee que la construction très complexe et très régulière d'un grand nombre de langues barbares ne prouve point qu'ellss doivent leur origine à un acte spécial de création ». La faculté du langage articuéé ne constitue pas non plus, comme nous l'avons vu, une objeciion insurmontable à l'hypothèse que l'homme descend d'une forme in- férieure.

Sentiment du beau. - Ce sentimett est, assure-t-on, spécial à l'homm.. Je m'occupe seulement ici du plaisrr que l'on ressent à contempler certaines couleuss et certaines formes, ou à entendee certains sons, ce qui constitue certainement le sentimntt du beau; toutefois ces sensations, chez l'homme civiiisé, s'associent étroitement à des idées complexes. Quand nous voyons un oiseau mâle étaler orgueilleusement, devant la femelle, ses plumes gracieses ou ses splendides couleurs, tandss que d'autres oiseaux,

70.  Cité par C.-S. Wake, Chapters on Man 1868, p. 101.

71.  Buckland, Bridgewater Treatise, p. 411.

72.  Voir quelques excellentes remarques sur la simplification des langages, par sir J. Lubbock, Origines de la civilisation, p. 278.

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98                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PARTIB]

moins bien partagés, ne se livrent à aucune démonstration semblable, il est impossbble de ne pas admettre que les femelles admrrent la beauté des mâle.. Dans tous les pays, les femmes se parent de ces plume;; on ne sauratt donc contester la beauéé ' de ces ornements. Les oiseaux-mouches et certains autres oiseaux disposent avec beaucoup de goût des objets brillanss pour orner leur nid et les endroits où ils se rassemblent; c'est évidemment là une preuve qu'ils doivent éprouvrr un certain plaisir à contempler ces objets. Toutefois, autane que nous en pouvons juge,, le sentiment pour le beau, chez la grande majorité des animau,, se limite aux attractions du sexe opposé. Les douces mélodies que soupirent beaucoup d'oiseaux mâles pendant la saison des amours soni certainement l'objet de l'admiration des femelles, fait dont nous fournirons plus loin la preuv.. Si les femelles étaient incapables d'apprécier les splendides couleurs, les ornemenss et la voix des mâles, toute la peine, tous les soins qu'ils prennent pour déployer leurs charmss devant elles seraien' inutiles, ce quill est impossible d'admettre. Il est, je crois, aussi difficile d'expliquer le plaisir que nous causent certaines couleuss et certanss sons harmonieux que l'agrément que nous procurent certaines saveuss et certaines odeur;; mais l'habitude joue certannement un rôle considérable, car certaines sensations qui nous étaient d'abodd désagréables finissent par devenrr agréables, et les habitudes sont héréditaires. Helmholtz a expliqué dans une certaine mesure, en se basant sur les principes physiologiques, pourquoi certaines harmonies et certaines cadences nous sont agréables. En outre, certains bruits se reproduisant fréquemment à des intervalles irréguliers nous sont très désagréabl,s, ainse que l'admettra quiconque a entendu pendant la nuit sur un navire le battement irrégulier d'un cordag.. Le même principe semble s'appliquer quand il s'agit du sens de la vue, car l'œil préfèee évidemment la symétrie ou les images qui se reproduisent régulièrement. Les sauvagss les plus infimes adoptent comme ornemenss des dessins de cette espèce et la sélection sexuelle les a développés dans l'ornementation de quelques animaux mâles. Quoi qu'il en soit, et que nous puissions expiiqurr ou non les sensations agréables causées ainsi à la vue ou à l'ouïe, il est certann que l'homme et beaucoup d'animaux inférieuss admrrent les mêmes couleurs, les mêmes formes gracieuses et les mêmes sons.

Le sentiment du beau, en tant qu'il s'agtt tout au moins de la beauéé chez la femme, n'est pas absolu dans l'esprit humain, car il diffère beaucoup chez les différentes race,, et il n'est même pas iden-

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[Chap.IH]                     FACULTÉS MENTALES                               99

tique chez toutes les nations appartentnt à une même race. A en juger par les ornemenss hideux et la musiqee non moins atroce qu'admirent la plupatt des sauvages, on pourrait concluee que leurs facultés esthétiques sont à un état de développement inférieur à celui qu'ellss ont atteint chez quelquss animaux, les oiseaux par exemple. Il est évident qu'aucun animal ne seratt capabee d'admirer une belle nuit étoilée, un beau paysage ou une musique savante; mais ces goûts relevés dépendent, il ne faut pas l'oublier, de l'éducation et de l'association d'idées complexes, et ne sont appréciés ni par les barbares, ni par les personnes dépourvues d'éducation.

La plupatt des facultés qui ont le plus contribéé à l'avancement progressif de l'homm,, telles que l'imagination, l'étonneme,t, la currosité, le sentiment indéfini du beau, la tendanee à l'imitation, l'amour du mouvement et de la nouveauté, ne pouvaient manqurr d'entraîner l'humanité à des changements capricieux de coutumss et de modes. Je fais allusion à ce poin,, paree qu'un écrivain" vien,, assez étrangeme,t, de désigner le caprice « comme une des différences typiquss les plus remarquables entre les sauvages et les animaxx ,. Or nous pouvons non-seulement comprendre comment il se fait que l'homme soit capricieux, mais prouver, ce que nous ferons plus loin, que l'animal l'est aussi dans ses affection,, dans ses aversion,, dans le sentiment qu'il a du beau. En outre, il y a de bonnes raisons de supposer que l'animal aime la nouveauté pour elle-mêm..

Croyance en Dien. - Religion. - Rien ne prouve que l'homme ait été primitivement doué de la croyanee à l'existence d'un Dieu omnipotent. Nous possédon,, au contraire, des preuvss nombreuses que nous ont fournies, non pas des voyageurs de passag,, mais des hommss ayant longtemss vécu avec les sauvages, d'où il résulte quill a existé et quill existe encore un grand nombre de peuplades qui ne croient ni à un ni à pluseeurs dieux, et qui n'ont même pas, dans leur langu,, de mot pour exprimer l'idée de la divinité,. Cette quesiion est, cela va sans dire, distincte de celle d'ordee plus élevé, de savorr s'il existe un Créateur maître de l'unvers, questinn à laquelee les plus hautes intelligences de tous les temps ont répondu affirmativement.

Toutefois, si nous entendoss par le terme religion, la croyanee

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à des agenss invisibles ou spirituels, le cas est tout différen,, car cette croyanee paratt être presque universelle chez les races les moins civilisée.. Il n'es,, d'allleurs, pas difficile d'en comprendre l'origine. Dès que les facultés importantes de l'imagination, de l'é-tonnemett et de la curiosité, outre quelque puissanee de raisonnement, se sont partiellement développées; l'homme a dû naturellement cherchrr à comprendre ce qui se passatt autour de lui, et à spéculer vaguement sur sa propee existence. « L'homm, dit M. M' Lennan », est poussé, ne fùt-ce que pour sa propee sat.sfae-tion, à inventer quelque expiication des phénomènes de la vie; et, à en juger d'après son universalité, la première, la plus simple hypothèse qui se soit présentée à lui semble avoir été qu'on peut attribuer les phénomènes naturels à la présence, dans les animaux, dans les plantes, dans les chose,, dans les forces de la nature, d'esprits inspirant les action,, esprits semblables à celui dont l'homme se conçoit lui-même le possesseur. , Il est aussi très probable, ainsi le démontre M. Tylor, que la premèère notion des esprits ait pris son origine dans le rêve, car les sauvages n'établisseni guère aucune distinction entre les impressions subjectives et les impresions objectives. Le sauvag,, qui voit des figures en songe, pense que ces figures viennent de loin et qu'elles lui sont supérieures; ou bien encore que < l'Ame du rêveur part en voyag,, et revient avec le souvenrr de ce qu'elee a vu " ». Mais il fallatt que les facultés dont nous avons parlé, c'est-à-dire l'imagination, la curiosité, la raison, etc,, eussent acqus,, déjà, un degré considérable de développement dans l'esprtt human,, pour que les rêves pussent amener l'homme à croire aux esprits ; car, auparavant, ses rêves ne devaient

Ts'TheWorMpofAiûmaUatulP^nU^nsFortnighUyRe^.ocUl^m,

une double essence, corporelle et spirituelle. Comme l'être spirituel est supposé exister après la mort, et avoir une puissance, on se le rend favorable pardivers dons et cérémonies, et on invoque son secours. Il montre ensuite que les noms ou surnoms d'animaux ou autres objets qu'on donne aux premiers ancêtres ou fondateurs d'une tribu,sont, au bout d'un temps fort tong,supposés représenter t'ancêtre réel, de la tribu, et cet animal ou cet^objet est alors naturellement considéré comme existant à l'état d'esprit, tenu pour sacré et adoré comme un dieu.Toutefois je ne puism'empècherdesoupçonnerqu'ilyait euunétatencore

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mentales analogues aux nôtres.

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[Chap. III]

FACULTÉS MENTALES                                 101

pas avoir plus d'influenee sur son esprtt que les rêves d'un chien n'en ont sur le sien.

Un petit fait, que j'ai eu occasion d'observer chez un chien qui m'appartenait, peut faire comprendre la tendanee qu'ont les sauvages à s'imagnner que des essences spirituelles vivantes sont la cause déterminante de toute vie et de tout mouvement. Mon chien, animal assez âgé et très raisonnable, étatt couché sur le gazon un jour que le temps était très chaud et très lourd; à quelque distanee de lui se trouvatt une ombrelee ouveree que la brise agitait de temps en temps; il n'eût certainement fait aucune attention à ces mouvemenss de l'ombrelle si. quelqu'un eût été auprè.. Or, chaque fois que t'ombrelle bougeait, si peu que ce fût, le chien se mettatt à grondrr et à aboyer avec fureu.. Un raisonnement rapide, inconscient, devatt dans ce moment traverser son esprit; il se disait, sans doute, que ce mouvemett sans cause apparente indiquait la présence de quelque agent étranger, et il aboyait pour chasser l'intrus qui n'avatt aucun droit à pénétrer dans ta propriété de son maître.

Il n'y a qu'un pas, facile à franchir, de la croyanee aux esprits à celle de l'existence d'un ou de plusieurs dieux. Les sauvages, en effet, attribuent naturellement aux esprits les mêmes passions, la même soif de vengeance, forme la plus simple de la justice, les mêmes affections que celles quilss éprouvent eux-mêmes. Les Fué-giens parasssent, sous ce rapport, se trouver dans un état intermdiaire, car lorsque, à bord du Beagle, le chirurgien tua quelques canards pour enrichrr sa collection, Yorck Minster s'écria de la manière la plus solennelle: « Oh! M. Bynoe, beaucoup de pluie, beaucoup de neige, beaucoup de ven;; x c'étatt évidemment là pour lui la punitinn qui devatt nous atteindre, car nous avions gaspille des aliments propres à la nourriture de l'homm.. Ainsi, il nous racontait que, son frère ayant tué un « sauvage », les orages avaient longtemss régné, et qu'il était tombé beaucoup de pluie et de neige. Et cependatt les Fuégiens ne croyaient à rien que nous puissioss appeler un Dieu, et ne pratiquaient aucune cérémonee religieuse; Jemmy Button soutenatt résolument, avec un juste orgueil, qu'il n'y avatt pas de diables dans son pays. Cette dernière assertion est d'autant plus remarquable que les sauvages croient bien plus facilement aux mauvais esprits qu'aux bons.

Le sentiment de la dévotion religieuee est très complex;; il se compoee d'amou,, d'une soumissinn complète à un être mystérieux et supérieu,, d'un vif sentimett de dépendance", de crainte, de

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102                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pAR]re]

respec,, de reconnasssan,e, d'esporr pour l'avenir, et peut-être encore d'autres étéments. Aucun être ne sauratt éprouver une émotion aussi complex,, à moins que ses facultés morales et intellectuelles n'aient acquss un développement assez considérable. Nous remarquons, néanmoins, quelque analogie, bien faible il est vra,, entre cet état d'esprit et l'amour profond qu'ale chien pour son maître, amour auquel se joignent une soumsssion complète, un peu de crainte et peut-être d'autres sentiments. La conduite du chien, lorsqulil retrouee son maître après une absence, et, je puis l'ajouter celle d'un singe vis-à-vis de son gardien qu'll adore, est très différente de celle que tiennent ces animaux vis-à-vss de leurs semblable.. Dans ce dernier cas, les transports de joie paraissent être .moins intense,, et toutes les actions manifestent plus d'égalité. Le professeur Braubach » va jusquàà soutenrr que le chien regarde son maître comme un dieu.

Les mêmes hautes facultés montales qui ont tout d'abodd pouséé l'homme à croire à des esprtss invisibles, puis qui l'ont condutt au fétichisme, au polythéisme, et enfin au monothéisme, devaient fatalement lui faire adopter des coutumss et des superstitions étrangss tant que sa raison était restée peu développée. Au nombre de ces coutumss et de ces superstitions il y en a eu de terribles : - les sacrifices d'êtres humanss immolés à un dieu sanguinaire; les innocents soumss aux épreuves du poison ou du feu; )a sorcellerie, etc. Il est, cependant, utile de penser quelquefois à ces superstitions, car nous comprenoss alors tout ce que nous devons aux progrès de la rason, à la science et à toutes nos connasssances accumulées. Ainsi que l'a si bien fait remarquer sir J. Lubbock » : N Nous n'exagéron pas en disant qu'une crainte, qu'une terreur constanee de l'inconn, couvre la vie sauvage d'un nuage épais et en empossonee tous les plaisirs. » On peut comparer aux erreuss incidentes que l'on remarque parfois dans l'instinct des animaux cet avortement misérable, ces conséquences indirectes de nos plus hautes facuttés.

78.  Religion, Moral, etc., derDarwinien Art-lehre, 1869, p. 53. On affirme (Docteur W. L^vUné^y,Journa<of mental Science, 1871. p. 43) que Bacon et que le poète Burns partageaient la même opinion.

79.  Prehisloric Times, 2* édit., p. 571. On trouvera dans cet ouvrage (p. 553) une excellente description de beaucoup de coutumes bizarres et capricLs J

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[Chap. IV]

SENS MORAL

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CHAPITRE IV

COMPARASSON DES FACULTÉS MENTALSS DE L'HOMME AVEC CELLEE DES ANIMAUX (SUITE))

Le sens moral. - Proposition fondamentale. - Les qualités des animaux postérieure du développement, a- Importance du jugement des membres

Je partage entièrement l'opinion des savanss qui affirment que, de toutes les différences existant entre l'homme et les animau,, c'est le sens moral ou la conscience, qui est de beaucoup la plus importante. Le sens mora,, ainsi que le fait remarquer Mackintosh , a l'emporte àjuste titre sur tout autre principe d'action-humaine D; il se résume dans ce mot cour,, mais impérieu,, le devoi,, dont la signification est si élevée. C'est le plus noble attribut de l'homm,, qui le pousse à risque,, sans hésitation, sa vie pour celle d'un de ses semblables; ou l'amèn,, après mûre délibération, à la sacrifier à que)que grande cause, sous la seule impulsion d'un profond sentiment de droit ou de devoir. Kant s'écrie : « Devoir! pensée merveilleuee qui n'agss ni par l'insinuation, ni par la flatterie, ni par la menace, mais en te contentant de te présenter à l'àme dans ton austère simplicité; tu commandes ainsi le respec,, sinon toujours lFobéissance; devant toi tous les appétits restent muets, si rebelles qu'ils soient en secre;; d'où tiresttu ton origine3? x '

Bien des écrivains de grand mérite ont discuéé cette immenee question*; si je l'effleure ici, c'est quill m'est impossible de la passer sous silence, et que personn,, autant que je le sache toutefois, ne l'a abordee exclusivement au point de vue de l'histoire naturelle. La recherche en elle-même offre, d'ailleurs, un vif intérê,, puisqu'elle nous permet de déterminer jusqu'à quel point l'étude

1. Voir par exemple, sur ce sujet, de Quatrefages, Unité de l'espèce humaine, 1861, p. 21, etc.

4. Dans son ouvrage, Mental and moral science, 1868, pp. 543, 725, M. Bain cite une liste de vingt-six auteurs anglais qui ont traité ce sujet; à ces noms bien connus j'ajouterai celui deM. Bain lui-même et ceux de MM. Lecky, Shad-worth Hodgson, et sir J. Lubbock, pour n'en citer que quelques-uns.

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104                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee P.bt.k]

des animaux inférieuss peut jeter quelque lumière sur une des plus hautes facultés psychiques de l'homm..

La proposition suivante me paratt avoir un haut degré de probabilité : un animal quelconqu,, doué d'instincts sociaux prononcss ', en comprenant, bien entendu, au nombre de ces instincts, t'affection des parents pour leurs enfanss et celle des enfanss pour leurs parents, acquerrait inévitablement un sens moral ou une conscience, aussitôt que ses facultés intellectuelles se seraient développées aussi complètement ou presque aussi complètement qu'elles le sont chez)'homme. Premtémncn^eneffet,lesinstincU sociaux poussent l'animal à trouver du plaisir dans la société de ses semblables, A éprouver une certaine sympathie pour eux, et à leur rendre divers services. Ces services peuvent avoir une nature définie et évidemment instinctive; ou n'être qu'une disposition ou qu'un désir qui pousee à les aider d'une manière générae,, comme cela arrive chez les animaux sociables supérieurs. Ces sentimenss et ces services ne s'étendent nullement, d'ailleur,, à tous les individus appartenant à la même espèce, mais seulement à ceux qui font partie de la même association. ~econdement< une fois les facultés inteltectuelles hautement développées, le cerveau de chaque individu est constamment rempli par t'image de toutes ses actions passées et.par les motifs qui l'ont poussé à agir comme il t'a fait; or il doit éprouver ce sentimntt de regret qui résulte invariablement d'un instinct auquel il n'a pas été satisfait, ainsi que nous le verrons plus loin, chaque fois qu'il s'aperçoit que l'instinct social actuel et perssstant

5.SirB.Brodie,aprèsavoirfaitobserver(PS^o%^£»?UineS,1854,p.192) que l'homme est un animal sociable, pose une importante question : « Ceci ne

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ceptible dans une certaine mesure de surgir spontanément comme toutes les autres facultés. » Mais, contrairement à cette assertion, il fait aussi remarquer

ne peut guère contester que les sentiments sociaux sont instinctifs ou innés chez lesanimaux inférieurs; pourquoi donc ne le seraient-ils pas chez l'homme? M. Bain (the Emotions and the WiU, 1865, p. 481) et d'autres croient que chaque individu acquiert le sens moral pendant le cours de sa vie. Ceci est au moins fort improbable étant donnée la théorie générale de l'évolution, il me semble que M. Mill a commis une erreur fàcheuse en n'admettant pas la transmission héréditaire des qualités mentales.                             

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[ChapV IV]                           SENS MORLL                              ' 105

a cédé chez lui à quelque autre instinc,, plus puissant sur. le moment, mais qui n'est ni permanent par sa nature, ni susceptible de laisser une impression bien vive. Il est évident qu'un grand nombre de désirs instinctifs, tels que celui de la faim, n'ont, par leur nature même, qu'une courte durée; dès qu'ils sont satisfaits, le souvenrr de ces instincss s'efface, car ils ne laissent qu'une trace légère. Troisièmement : dès le développement de la facutté du langage et, par conséqunnt, dès que les membres d'une même association peuvent clairement exprimer leurs désirs, l'opinion commun,, sur le mode suivant lequel chaque membre doit concourir au bien publi,, devient naturellement le principal guide d'action. Mais il faut toujours se rappeler que, quelque poids qu'on attribue à' l'opinion publique, le respect que nous avons pour l'approbation ou le blâme exprimé par nos semblables dépend de la sympath,e, qui, comme nous le verron,, constitee une partie essentielle de l'instinct social et en est même la base. Enfin, l'habitude, chez l'indvvidu, joue un rôle fort important dans la direction de la conduite de chaque membee d'une association; car la sympathie et l'instinct social, comme tous les autres instincts, de même que l'obésssance aux désirs et aux jugements de la communauté, se fortifient considérablement par l'habitude. Nous allons maintenant discuter ces diverses propositions subordonnées, et en traiter quelques-unes en détail.

Je dois faire remarquer d'abord que je n'entenss pas affirmer qu'un animal rigoureusement sociabe,, en admettant que ses facultés intellectuelles devinssent aussi actives et aussi hautement développées que celles de l'homm,, doive acquérir exactement le même sens moral que le nôtre. De même que divers animaux possèdent un certain sens du beau, bien qu'ils admrrent des objets très. différents, de même aussi ils pourraient avoir le sens du bien et du ma,, et être conduits par ce sentiment à adopter des lignes de conduite très différentes. Si, par exempe,, pour prendre un cas extrêm,, les hommss se reproduisaient dans des conditions identiquss à celles des abeilles, il n'est pas douteux que nos femelles non mariées, de même que les abellles ouvrières, considéreraient comme un devorr sacré de tuer leurs frère,, et que les mères chercheraient à détruire leurs tilles fécondes, sans que personne songeât à intervenr6.. Néanmoins il me semble que, dans te cas que nous suppo-

6. M. H.Sidgwick.qui a discuté ce sujet de façon très remarquable (Academy,

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106                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [ï«-Pahtib]

sons, l'abeille, ou tout autre animal sociable, acquerrait quelque sentiment du bien et du ma,, c'est-à-dire une conscrence. Chaque individu, en effet, auratt le sens intime qu'il possède certains instincss plus forts ou plus persistan,s, et d'autres qui le sont moins; il aurait, en conséquence, à lutter intérieurement pour se décider à suivre telle ou telle impulsionitl éprouverait un sentiment de satisfaction, de regre,, ou même de remord,, à mesure quill comparerait à sa conduite présenee ses impressions passées qui se représenteraient incessamment à son esprit. Dans ce cas, un conseiller intérierr indiquerait à l'animal qu'il auratt mieux fait de suivre une impulsion plutôt qu'une autre. Il comprendrait qu'il auratt dû suivre une directinn plutôt qu'une autre; que l'une était bonne et l'autre mauvaise; mais j'aurai à revenrr sur ce poin..

Sociabilité. - Plusieuss espèces d'animaux sont sociables; certaines espèces distinctes s'associent même les unes aux autre,, quelques singes américains, par exemple, et les bandss unies de corneilles, de freux et d'étourneaux. L'homme manifeste le même sentiment dans son affection pour le chien, affection que ce dernier lui rend avec usure. Chacun a remarqué combien les chevaux, les chien,, les mouton,, etc., sont malheureux, lorsqu'on les sépare de leurs compagnons; et combien les deux premières espèces surtout se témoignent d'affection lorsqu'on les réunit. Il est curieux de se demandrr quels sont les sentiments d'un chien qui se tient tranquille dans une chambre, pendatt des heures, avec son mattre ou avec un membee de la famille, sans quron fasse la moindee attention à lui, tandss que, si on le laisse seul un instan,, il se met à aboyer ou à hurler tristement. Nous bornerons nos remarques aux animaxx sociabess les plus élevés, à l'exclusion des insectes, bien que ces derniers s'enlr'aident de bien des manières. Le service que les animaux supéreeurs se rendent le plus ordinairement les uns aux autres est de s'avertir réciproquement du danger au

sauvages, l'homme résout le problème parlemente des enfants femelles, par la polyandne et parla communauté des femmes; on est en droit de douter que ces méthodes soient beaucoup plus douces. Miss Cobbe, en discutant le même exemple (Darwinism in Morals, Theological Review, avril 1872s pp. 188-191),

sible aux individus; mais il me semble qu'elle oublie, ce qu'elle doit cependant admettre, que l'abeille a acqu.s ces instincts parce qu'ils sont avantageux pour

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moyen de l'union'des sens de tous. Les chasseurs saven,, ainsi que le fait remarquer le Dr Jœger'..combien il est difficile d'approcher d'animaux réunis en troupeau. Je crois que ni les chevaux sauvages, ni les bestiau,, ne font entendee un signal de danger; mais l'attitude que prend le premier qui aperçott l'ennemi avertit les autre.. Les lapins frappent fortement le sol de leurs pattes postérieures comme signal d'un dange;; les moutons et les chamoss font de même, mais avec les pieds de devan,, et lancent en même temps un coup de sifflet. Beaucoup d'oiseaux et quelquss mammifères placent des sentinelles, qu'on dit être généralement des femelles chez les phoques». Le chef d'une troupe de singes en est la sentinelle, et pousse des cris pour indique,, soit le dange,, soit la sécurité». Les animaux sociabess se rendent une foule de petits services réciproques, les chevaux se mordlllett et les vaches se lèchent mutuellement sur les points où ils éprouvent quelque démangeaison; les singes se débarrassent les uns les autres de leurs parasites; Brehm assure que, lorsqu'une bande de Cercopithe-cus griseo-viridis a traversé une fougère épineuse, chaque singe s'étend à tour de rôle sur une branche, et est aussitôt vistté par un de ses camarades, qui examine avec soin sa fourruee et en extratt toutes les épines.

Les animaux se rendent encore des services plus importants: ainsi les loups et quelques autres bêtes féroces chaseent par bandes et s'aident mutueleement pour attaqurr leurs victime.. Les pélicans pèchent de concer.. Les hamadryas soulèvent les pierres pour cherchrr des insectes, etc,, et, quand ils en rencontrent une trop grosse, ils se mettent autour en aussi grand nombee que possible pour la souleve,, la retournent et se partagent le butin. Les animaux sociabess se défendent réciproquement. Les bisons mâles, dans l'Amérique du Nord, placen,, au moment du dange,, les femelles et les jeunes au milieu du troupeau, et les entourent pour les défendre. Je citera,, dans un chapitre subséqunnt, l'exempee de deux jeunes taureaux.sauvages à Chillingham, qui se réunirett pour attaqurr un vieux taureau, et de deux étalons cherchant ensemble a en chasser un troisième loin d'un troupeau de juments. Brehm rencontra, en Abyssinie, une grande troupe de babouiss

7. Die^in'sche Théorie, p. 101.                        ^

i BrehmBrSZ^ÎTlIS^p.^^Pou^le cas des singes qui se débarrassent mutuellement des épines, p. 54. Le fait des hamadryas qu re-retournentles pierres est donné (p.79)sur l'autorité d'Alvarez, aux observat.ons duquel Brehm croit qu'on peut avoir confiance. Voy. p. 79 pour les cas de vieux babouins attaquant les chiens, et pour l'aigle, p. 56.

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108                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Partie]

qui traversaient une vallée ; une pariie avait déjàgravi la montagee opposée, les autres étaient encore dans la vallée. Ces derniers furent attaquss par des chiens; aussitôt les vieux mâles se précipitèrent en bas des rochers, la bouche ouverte et poussant des cris si terribles que les chiens battirent en retraite. On encouragea ceux-c' à une nouvelle attaqu,, mais dans l'intervalle tous les babouin! avaient remonéé sur les hauteurs, à l'exceptinn toutefoss d'un jeune ayant six mois environ, qui, grimpé sur un bloc de rocher ou il fut entour,, appelatt à grands cris à son secours. Un des plus grands mâles, vériiabee héros, redescendit la montagne, se rendtt lentement vers le jeune, le rassura, et t'emmena triomphalement. - Les chiens étaient trop étonnés pour t'attaquer. Je ne puis résister au désir de citer une autre scène qu'a observee le même naturaliste: un jeune cercopithèque, sais..par un aigle, s'accrocha àune branche et ne fut pas enlevé d'emblée; il se mit à crier au secour;; les autres membres de la bande arrivèrent en poussatt de grands cris, entourèrent l'aigle, et lui arrachèrent tant de plumes, qu'il tâcha sa proie et ne songea plus qu'à s'échapper. Brehm fait remaquer avec raison que désormais cet aigle ne se hasardera probablement plus à attaqurr un singe faisant pariie d'une troupe'».

Il est évident que les animaux assocéss ressentent des sentimenss d'affection réciproque, qui n'exsstent pas chez les animaux adultes non sociables. Il est plus douteux qu'ils éprouvett de la sympathie pour les peines ou les plassirs de leurs congénères, surtout poulles plaisirs. M. Buxton a pu, toutefois, constater, grâce à d'excellents moyens d'observation", que ses perroquets, vivant en liberté dans le Norfolk, prenaient un intérêt considérable à un couple qui avatt un nid; ils entouraient la femelle « en poussant d'effroyables cris pour t'acclamer, toutes les fois qu'elle quittait son nid D. Il est souvent difliclle de juger si les animaux éprouvent quelque sentiment de pitié pour les souffrances de leurs semblables. Qui peut dire ce que ressentett les vaches lorsqu'elles entourent et fixent du regard une de leurs camarades morte ou mouranee ?I1 est probable, cependant, que, comme le fait remarquer Houzeau, elles ne ressentent aucune pitié. L'absence de toute sympathie chez les

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animaux n'est quelquefois que trop certaine, car on les voit expulser du troupeau un animal blessé, ou le poursuivre et le persécuter jusquàà la mor.. C'est là le fait le plus horrible que relate l'histoire naturelle, à moins que l'explicaUon qu'on en a donnée sott la vraie, c'est-à-dire que leur instinct ou leur raison les pousse à expusser un compagnon blessé, de peur que les bêtes féroces, l'homme compris! ne soient tentés de suivre la troupe. Dans ce cas, leur conduite né seratt pas beaucoup plus coupabee que celle des Indiens de l'Amériqee du Nord qui laissent pérrr dans la plaine leurs camarades trop faibles pour tes suivre, ou que celle des Fijienr qui enterrent vivanss leurs parents âgés ou malades'».

Beaucoup d'animaux, toutefois, font certainement preuve de sympathie réciproque dans des circonstances dangereuses ou malheureuses. On observe cette sympathie même chez les oiseaux. Le capitaine Stansbury» a rencontré, sur les bords d'un lac salé de l'Utah, un pélican vieux et complètement aveugee qui était fort gras, et qui devait être nourii depuis longtemps pas ses compagnons. M. Blyth m'informe qu'il a vu des corbeaux indiens nourrir deux ou trois de leurs compagnons aveugles, et j'ai eu connasssance d'un fait analogue observé chez un coq domestique. Nous pouvons, si bon nous semble, considérer ces actes comme instinctifs; mais les exempess sont trop rares pour qu'on puisse admettre le développement d'aucun instinct spécial-. J'ai moi-même vu un chien qui ne passatt jamass à côté d'un de ses grands amis, un chat malade dans un panier, sans le lécher en passant, le signe le plus certain d'un bon sentimett chez le chien.

Il faut bien appeler sympathie le sentiment qui~porte.te chien courageux à s'élancer sur qui frappe son maître, ce qu'il n'hésite pas a faire. J'ai vu une personne simuler de frapprr une dame ayant sur ses genoux un chien fort petit et très timide; on n'avatt jamass fait cet essai. Le pettt chien s'éloigna aussitôt, mais, après que les coups eurent cessé, il vint lécher la figure de sa maîtresse, et il était vraiment touchant de voir tous les efforts qu'il faisatt pour la consoler. Brehm» constaee que, lorsqu'on poursuivait un ha-

12.  Sir J. Lubbock, Pfehisloric Times, 2' édit., p. 446.

13.  Cité par M. L,H. Morgan, The American Beaver, 1868, p. 272. Le capitaine Stansbury raconte qu'un très jeune pétican, emporté. par un fort courant, fut guidéetencouragé danssesefforts pour atteindre la rive par une demi-douzaine

deHÎeComomeTexdit M. Bain : « Un secours effectif porté à un être souffrant émane d'un sentiment de pure sympathie. . (Mentat and Moral science, 1868,

P'?tThierleben,l,p.SÔ.

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110                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee PARTIE]

bouin en captivité pour le punir, les autres cherchaient à le protéger. Ce devait être la sympathie qui poussait, dans les exemples que nous venons de citer, les babouins et les cercopithèques à défendre leurs jeunes camarades contre les chiens et contre l'aigl.. Je me bornerai à citer un seul autre exemple de conduite sympathique et héroïque delà part d'un pettt singe américain. 11 y a quelques années, un gardien du Jardnn zoologique me montra quelquss blessures profondes, à peine cicatrisées, que lui avait faites au cou un babounn, féroce, pendant qu'il étatt occupé à côté de lui. Un pettt singe américain, grand ami du gardien, vivatt dans le même compartiment, et avait une peur horrible du babouin. Néanmoins, dès qu'il vit son ami le gardien en pérl,, il s'élança à son secour,, et tourmenta tellemett le babouin, par ses morsures et par ses cris, que l'homm,, après avoir couru de grands dangess pour sa vie,

PUOutre Tamo'uret la sympath,e, les animaux possèdntt d'autres qualités que chez l'homme nous regardons comme des qualités morales, et je suis d'accodd avec' Agassiz ' pour reconnaître que le chien possède quelqee chose qui ressembee beaucopp à la con-

Le chien a certainement un certann empire sur lui-mêm,, et cette qualité ne paratt pas provenrr entièrement de la crainte. Le chien, comme le fait remarquer Braubach", s'abstient de voler des alimenss en l'absenee de son maître. Depuis très longtemps, on regarde les chiens comme le type de la fidélité et de l'obésssance. L'éléphant est aussi très fidèle à son gardenn quill regarde probblement comme le chef de la troupe. Le D' Hooker m'a raconéé qu'un éléphant sur lequel il voyageait dans l'Inde s'enfonaa un jour si complètement dans une tourbière quill lui fut impossible de se dégagrr et qu'on dut l'extraire le lendemain à grand renfott de corde.. Dans ces occasions les éléphants saisissett avec leur trompe tout ce qui est à leur portée, chose ou individu, et le placent sous leurs genoux pour éviter d'enfoncer davantage dans la boue. Aussi le cornac craignait-il que l'animal ne saistt le D~ Hooker pour le placer au-dessous de lui dans la tourbière. Quant au cornac lui-même, il n'avatt absolument rien à craindee : or, cet empire sur soi-même, dans une circonstance si épouvantable pour un animal très pesan,, est certainement une preuve étonnante de noble fidélité..

Tous les animaxx vivant en troup,, qui se défendent l'un l'autre,

IS.Del'EspèceetclelaClane^m,,,*.

17.  Die Darwin'sche Art-Lehre, 1869, p. 54.

18.  Voir aussi Hooker, Himalaya* Jamais, vol. II, 1854. p. 333.

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[Chap. IV]                              SENS MORAL                                        dH

ou qui se réunissent pour attaqurr leurs ennemis, doiven,, dans une certaine mesure, avoir de la fidélité les uns pour les autres; ceux qui suivent un chef doivent lui obéir jusquàà un certain point. Les babouins qui, en Abyssinie », vont en troupe piller un jardin, suivent leur chef en silence. Si un jeune animal imprudent fait du bruit, les autres lui donnent une claque pour lui enseigner le silence et l'obéissance. M. Galton », qui a eu d'excellentes occasions d'étudier les besiiaux à demi sauvagss de l'Afrique méridionale, affirme qu'ils ne peuvent supporter même une séparation momentanée de leur troupeau. Ces besiiaux semblent avoir le sentiment inné de l'obésssance; ils ne demandent qu'à se laisser guider par celui d'entre eux qui a assez de confianee en soi pour accepter la position de chef. Les hommss qui dressent ces animaux à la voituee choisissent avec soin pour en faire les chefs d'un attelaee ceux qui, en s'éloignant de leurs congénères pour brouter, prouvent ainsi qu'il ont une certaine dose de volonté. M. Galton ajoute que ces derniers sont rares et qu'ils ont, par conséquent, beaucoup de valeur;. d'allleurs, ils sont vite éliminés, car les lions sont toujouss à l'affût pour saisrr ceux qui s'écartent du troupeau.

Quant à l'impulsion, qui condutt certains animaux à s'associer et à s'entr'aider de diverses manières, nous pouvons concluee que, dans la plupatt des cas, ils sont poussés par les mèmes sentiments de joie et de plaisir que leur procuee la satisfaction d'autres actions instinctives/ ou par le sentiment de regrtt que l'instinct non satisfait laisse toujouss après lui. Nous pourrions citer,, à cet égard, d'innombrables exemples, et les instincss acquis de nos animaux domestiques nous fournissent quelques-uns des plus frappants : ains,, un jeune chien de berger est heureux de conduire un troupeuu de mouton,, il court joyeusement autour du troupeau, mais sans harceler les mouton;; un jeune chien, dressé à chasser le renard, aime à poursuivre cet anima,, tandss que d'autres chiens, ainsi que j'en ai été témoin, semblent s'étonnrr du plaisir quill y~prend- Quel immenee bonheur intime ne doit pas ressentirl'oisea,, pour qu'il consente, lui, si plein d'activité, à couver ses œufs pendant des journées entières! Les oiseaux migrateurs sont malheureux si on les empêche d'émigrer, et peut-être éprouvent-ils de la joie à entreprendre leur long voyage; mais il est difficile de croire que l'oie décrite par Audubon, à laquelee on avatt attaché les ailes et qui, le temps venu, n'en partit pas moins à pied

19.Brehm,nfertoé«,.I,p.76. ^

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112                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [^ Partie]

pour faire son long voyage de plusieuss milliers de kilomètres, ait pu ressentir une joie quelconqee en se mettant en route. Quelques instincss dérivent seulement de sentimenss pénibles, tels que la crainte, qui condutt à la conservation de soi-mêm,, ou qui met en garde contre certains ennemis. Je crois que personne ne peut analyser les sensations du plaisir ou de la peine. H est toutefois probable que, dans beaucoup.de cas, les instincts se perpétuent par la seule force de l'hérédité, sans le stimuaant du plaisrr ou de la peine. Un jeune chien d'arrêt, flairant le gibier pour la première fois, semble ne pas pouvoir s'empêcher de tomber en arrê.. L'écureuil dans sa cage, qui cherche à enterrer les noisettes quill ne peut manger, n'est certainement pas poussé à cet acte par un sentiment de peine ou de plaisir. Il en résulte que l'opininn commun,, qui veut que l'homme n'accomplisse une action que sous l'influenee d'un plaisrr ou d'une peine, peut être erroné.. Bien qu'une habitude puisse devenrr aveugee ou involontaire, abstraction faite de toute impression de p.aisir ou de peine éprouvee sur le momen, il n'en est pas moins vrai que la suppression brusque et forcée de cette habitude entraîne, en général, un vague sentiment de regre..

On a souvent affirmé que les animaux sont d'abodd devenus sociables, et que, en conséquence, ils éprouvent du chagrin lorsqu'ils sont séparés les uns des autre,, et ressentent de la joie lorsqu'ils sont réunis; mais il est bien plus probable que ces sensations se sont développées les premèères, pour déterminer tes animaxx qui pouvaient tirer un parii avantageux de la vie en société à s'associer les uns aux autre;; de même que le sentiment de la faim et le plaisir de manger ont été acquss d'abord pour engagrr les animaxx à se nourr.r. L'impression de plaisir que procuee la société est probablement une extension des affections de parenéé ou des affections filiales; on peut attribuer cette extension principalement à la sélection naturelle, et peut-être aussi, en partie, à l'habitude. Car, chez les animaux pour lesquels la vie sociate est avanaageuse, les individus qui trouvntt le plus de plaisir à être réunis peuvent le mieux échapprr à divers dangers, tandis que ceux qui s'inquiètent moins de leurs camarades et qui vivent solitaires doivent périr en plus grand nombre. Il est inutile de spéculer sur l'origine de l'affection des parenss pour leurs enfanss et de ceux-ci pour leurs parents: ces affections constituent évidemment la base des affections sociales; mais nous pouvons admettre qu'eless ont été, dans une grande mesure, produites par la sélection naturelle. On peu,, presque certainement, en effet, attriburr à4a séleciion naturelle le sentiment extraordinaire et tout opposé de fa haine entre les parenss

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tÇHAP. )V]                                  SENS MORAL                                             ~13

les plus proches; ainsi, par exemple, les abellles ouvrières qui tuent leurs frères et les reines-abeilles qui détruisent leurs propres filles, car le désir de détruire leurs proches parents, au lieu de les aimer, constitue, dans ce cas, un avantage pour la communauté. On a observé chez certaiss animaxx placés extrêmement bas sur l'échelle, chez les astéries ou les araignées, par exemple, l'exstence de l'affection paternel,e, ou de quelque sentimenl analogee qui .la remplace. Ce sentiment existe aussi parfois chez quelquss membres seuls de tout un groupe d'animaux, comme chez les For-flcula, ou perce-oreilles.

Le sentimen- si important de la sympathie est distintt de celui de l'amou.. Quelque passionné que soit l'amorr qu'une mère puisse ressentir pour son enfant endormi, on ne sauratt pas dire qu'elle éprouve en ce moment de la sympathie pour lui. L'affection que l'homme a pour son chien, l'amour du chien pour son maltre, ne ressemblent en rien à de la sympath.e. Adam Smith a affirmé autrefois, comme M. Bain l'a fait récemment, que la sympathie repose sur le vif souvenrr que nous ont laissé d'anceens états de douleur ou de plassir. Il en résulte que « le spectacee d'une autre personne qui souffre de la faim, du froid, de la fatigu,, nous rappelle le souvenrr de ces sensations, qui nous sont douloureuses même en pensée ». Il en résutte aussi que nous sommes disposés à soulager les souffrances d'autrui, pour adoucrr dans une certaine mesure les sentiments pénibles que nous éprouvons. C'est le même motff qui nous dispose à participer aux plaisirs des autres». Mais je ne crois pas que cette hypothèse explique comment il se fait qu'une personne, qui nous est chère, excite notre sympathie à un bien plus haut degré qu'une personee qui nous'est indifférente. le spectacle seul de la souffrance, sans tenir compte de l'amou,, suffirait pour évoquer dans notre esprit des souvenirs et des comparaisons vivaces. Il est possible peut-être d'expliquer ce phénomène en supposant que, chez tous les animau,, la sympathie ne s'exerce qu'envers les membres de la même communauté, c'es--à-dire envers les membres qui leur sont bien connus et qu'lls aiment

2t. Voir le premier et excellent chapitre de la Théorie des sentiments mooaux, d'Adam Smith. Voir aussi Mental and Moral science, de M. Bain, pp. 244, 275 et 282. M. Bain affirme, « que la sympathie est indirectement nul source de plaisirpour celui quisympathise »; tt il explique cette réciprocité.Il remarque « que la personne qui a reçu le bienfait.ou d'autres à sa place, peuvent recon-

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114                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Part.e]

plus ou moins, mais non pas envers tous les individus de la même espèce. On sait, d'ailleurs, et c'est là un fait à peu près analogue, que beaucoup d'animaux redoutent tout particulièrement certaiss ennemis. Les espèces non sociabees, telles que les tigres et les lions, ressentent sans aucun doute de la sympathie pour, les souffrances de leurs petits, mais non pas pour celles d'autres animaux. Chez l'homm,, l'égoïsme, l'expérience et l'imitation ajoutett probablement, ainsi que le fait remarquer M. Bain, à la puissance de la sympathie; car l'esporr d'un échange de bonsprocédss nouspousse à accomplir pour d'autres des actes de bienveillance sympathique; on ne saurait mettre en doute, d'alleeurs, que les sentiments de sympathie se fortifient beaucoup par l'habitude. Quelle que soit la comptexité des causes qui ont engendéé ce sentiment, comme il est d'une utiltté absolue à tous les animaux qui s'aident et se défendent mutuellement, la séleciion naturelle a dû le développrr beaucou;; en effet, les associations contenant le plus grand nombre de membres éprouvant de la sympathie, ont dû réussrr et élever un plus grand nombee de descendants.

D'ailleurs, il est impossible, dans beaucopp de cas, de détermner si certains instincts sociaux sont la conséquence de l'aciion de la sélection naturelle ou s'ils sont le résultat indirect d'autres instincss et d'autres facultés, tels que la sympathie, la raison, l'expérience et la tendanee à l'imitation; ou bien encore, s'ils sont simplement le résultat de l'habitude longuement continuée. L'instinct 'remarquable qui pousse à poster des sentinelles pour avertir le troupeuu du danger ne peut guère être le résultat indirett d'aucune autre faculté; il faut donc quill ait été directement acquis. D'autre par,, l'habitude qu'ont les mâles de quelques espèces sociables de défendee la communauté et de se réunir, pour attaqurr leurs ennemis ou leur proie, résutte peut-être de la sympathie mutuelle; mais le courag,, et, dans la plupart des cas, la force, ont dû être préaaablemene acquis, probablement par séleciion naturelle. Certaines habitudes et certains instincts sont beaucoup plus vifs que d'autres, c'est-à-dire, il en est qui procurent plus de plaisir s'ils sont satisfaits, et plus de peine s'ils ne le sont pas; ou, ce qui est probablement tout aussi important, il en est qui sont transmis héréditairement d'une manière plus persistante sans exciter aucun sentiment spécial de plaisir ou de peine. Nous comprenons nous-mêmes que certaines habitudes sont, beaucoup plus que d'autres, difficiles à guérrr ou à changer. Aussi peut-on souvent observe,, chez les animau,, des luttes entre des instincts diver,, ou entre un instinct et quelque tendanee habituel;e; ains,, lorsquunn chien

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[Ghap.IV]                           SENS MORAL                                    US

s'élanee après un lièvre, est rappelé, s'arrête, hésite, reprend la poursuite ou revient honteux vers son maître; ou bien encore la lutte entre l'amorr maternel d'une chienne pour ses petits et son affection pour son maître, lorsqu'on la voit se dérober pour aller vers les premiers, en ayant l'arr honteux de ne pas accompagner le second. Un des exempess les plus curieux que je connassee d'un instinct en dominatt un autre est celui de l'instinct de la migration qui l'emporte sur l'instinct maternel. Le premerr est étonnamment fort; un oiseau captf,, lors de la saison du départ, se jette contre les barreaux de sa cage jusquàà se dépouiller la poitrine de ses plumes et à se mettre en sang. Il fait bondrr les jeunes saumons hors de l'eau douce, où ils pourraient, cependant, continurr à vivre, et leur faitainsi commettre un suicide involontaire. Chacun connatt la force de l'instinct maternel, qui pousse des oiseaux très timidss à braver de grands dangers, bien qu'ils le fassent avec hésitation et contrairement aux inspirations de l'instinct de la conservation. Néanmoins, l'instinct de la migration est si puissant, qu'on voit en automne des hirondelles et des martinets abandonner fréquemment leurs jeunes et les laisser périr misérablement dans leurs nids". Nous pouvons concevorr qu'une impulsion instinctive, si elle est, de quelque façon que ce soit, plus avanaageuse à une espèce qu'un instinct autee ou opposé, devienne la plus énergique grâce à l'action de la sélection naturelle; les individus, en effet, qui la possèdent au plus haut degré doivent persister en plus grand nombr.. Il y a lieu de doute,, toutefois, quill en soit ainsi de l'instinct migrateur compaéé à l'instinct maternel. La persistance et l'action soutenue du premier pendant tout le jour, à certaines époques de l'année, peuvent lui donne,, pour un temps, une énergie prépondérante.

L'hommeanimalsociable.-Onadmetgénévzlementquel'homme est un être sociable. Il suffit pour le prouver de rappeler son aversion pour la solituee et son goût pour la société, outre celle de sa

22. Le Rév. L. Jenyns ( White's Nat. Hisl. of ~eloorne, 1853, p. 204) assure que ce fait a été observé pour la première fois par l'illustre Jenner (Philos. Transactions, 1824), et a été confirmé depuis par plusieurs naturalistes, surtout par M. Blackwall. Ce dernier a examiné, tard en automne, et pendant deux

Sr œS ïi" le^n!TIcloTft »/£ S^= eTrl bien loin. Les oiseaux, encore trop jeunes pour pouvoir entreprendre un long voyage, restent en arrière. Blackwall, Researches in Zoology, 1834, pp. 108,118. Voir aussi Leroy, Lettres philosophiques, 1802, p. 217. Gould, Introduction to

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116                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME          [Ire Partie]

propre famllle. La réclusion solitaire est une des punitioss les plus terriblss qu'on puisse lui infliger. Quelques auteuss supposent que l'homme a vécu primitivement en familles isolées; mais actuellemen,, bien que des familles dans cette condttio,, ou réunies par deux ou trois, parcourent les solitudss de quelquss pays sauvages, elle conservent toujours, autant que je puis le savor,, des rapports çL'amitié avec d'autres familles habitant la même région. Ces familles se rassemblent quelquefois en conseil, et s'unsssent pour la défense commun.. On ne peut pas invoquer contre la sociabilité du sauvage l'argument que les tribu,, habitant des districts voisins, sont presque toujouss en guerre les unes avec les autre,, car les instincts sociaux ne s'étendent jamais à tous les individss de la même espèce. A en juger par l'analogie de la grande majorité des quadrumanes, il est probable que les animaxx à forme de singe, ancêtres primitifs de l'homm,, étaient également sociabees; mais ceci n'a pas pour nous une bien grande importance. Bien que l'homm,, tel qu'il existe actueleement, n'ait, que peu d'instincts spéciau,, car il a perdu ceux que ses premiers ancêtres ont pu posséde,, ce n'est pas une raison pour qu'il n'att pas conservé, depuss une époque extrêmement reculée, quelque degré d'affection et de sympathie instinctive pour ses semblables. Nous avons même toute conscience que nous possédons des sentiments sympathiques de cette nature»; mais notre conscienee ne nous dit pas s'ils sont instinctifs, si leur origine remonee à une époque très reculée comme chez les animaxx inférieurs, ou si nous les avons acquis, chacun en pariiculier, dans le cours de nos jeunes années. Comme l'homme est un animal sociable,' il est probable qu'il reçott héréditairement une tendanee à la fidélité envers ses semblables et à l'obéissance envers le chef de la tribu, qualités communes à la plupart des animaux sociabees. 11 doit de même posséder quelque aptitude au commandement de soi-mêm.. Il peut, par suite d'une tendanee héréditaire, être disposé à défendre ses semblables avec le concouss des autres et être prêt à leur venir en aide, à condtion que cela ne soit pas trop contraire à son propee bien-être ou à

Quand il s'agtt de porter secours aux membres de leur communauté, les animaxx sociables, occupant le bas de l'échelle, obéis-

23. Hume remarque {AnEnquiry concerning theprinciples of Morals, 175l,

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[Chap. )V]                              SENS MORAL                                        117

sent presque exclusivement à des instincss spéciaux; les animaxx plus élevés obéissent en grande partie aux mêmes instincts; mais l'affection et la sympathie réciproques, et évidemment auss,, la raison, dans une certaine mesure, contribuent à augmenter ces instincts. Bien que l'homm,, comme nous venons de le faire remarquer, n'att pas d'instincts spéciaux qui lui indiquett comment il doit aider ses semblables, l'impulsion existe cependant chez lui et, grâce a ses hautes facultés intellecuuelles, il se laisse naturellement guider sous ce rappott par la raison et par l'expérience. La sympathie qu'il possède à l'état instinctif lui fait aussr apprécier hautement l'approbation de ses semblables; car, ainsi que l'a démontré M. Bain", l'amour des louanges, le sentiment puissatt de la gloire et la crainee encore plus vive du méprss et de l'infamee < sont la conséquence et t'œuvee immédiate de àa.sympathie D. Les désir,, l'approbation ou le blâme de ses semblables, exprimés par les gestes et par le tangag,, doivent donc exercer une influenee considérable sur la conduite de l'homm.. Ainsi les instincss sociaux, qui ont du être acquss par l'homme alors quill était à un état très grossier, probablement même déjà par ses ancêtres simiens primitifs, donnent encore l'impulsion à la plupatt de ses meilleures action;; mais les désirs et les jugements de ses semblables, et, malheureusement plus souvent encore ses propres désirs égoïstes, ont une influence considérable sur ses action.. Toutefos,, à mesure que les sentimenss d'affection et de sympathie, et de la faculté de l'empire sur soi-mêm,, se fortifient par l'habitude; à mesuee que la puissance du raisonnement devient plus lucide et lui permtt d'apprécier plus sainement la justice des jugements dè ses semblables, il se sent poussé, indépendamment du plaisir ou de la peine qu'il en éprouve dans le moment, à adopter certaines règles de conduite. It peut dire alors, ce que ne sauratt faire le sauvage ou le barbare: « Je suis le juge suprême de ma propee conduite », et, pour employer l'expression de Kant : « Je ne veux point violer dans ma personne la dignité de l'humanité. x

Lesinstinctssociaùxlesplusdurablesl'emportentsurlesinstincts moins persistants. - Nous n'avon,, toutefois, pas encore abordé le point fondamental sur lequel pivote toute la questinn du sens moral. Pourquoi l'homme comprend-il qu'il doit obéir à tel désir instinctif plutôt qu'à tel autre? Pourquii regrette-t-il amèrement d'avorr cédé à l'instinct énergique de la conservation, et de n'avorr

24. Mental and Moral Science, 1868. p. 254.

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118                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME          [Iee PARTIE]

pas risqué sa vie pour sauver celle de son semblable; ou pourquoi regrette-t-il d'avorr volé des aliments, pressé qu'll étatt par la faim?

Il est évident, d'abodd que, chez l'homm,, les impulsions instinctives ont divers degrés d'énergie. Un sauvage n'hésite pas à risqurr sa vie pour sauver un membee de la tribu à laquelee il appartient, mais il reste absolument passff et indifférent dès qu'll s'agit d'un étranger. Une mère jeune et timide, sollicitée par l'instinct maternel, se jette, sans la moindee hésitation, dans le plus grand danger pour sauver son enfan,, mais non pas.pour sauver le premier venu. Néanmoins, bien des homme,, bien des enfants même, qui n'avaeent jamass risqué leur vie pourd'autres, mais chez lesquels le courage et la sympathie sont très développés, méprisant tout à coup l'instinct de la conservation, se plongent dans un torrent pour sauver leur semblabee qui se noie. L'homme est; dans ce cas, poussé par ce même instinct que nous avons signaéé plus haut à l'occasion de l'héroïque pettt singe américain qui attaqaa le grand etredouté babounn poursauver son gardeen. De semblables actions parasssent être le simpre résultat de la prépondérance des instincts sociaux ou maternels sur tous les autres; car elles s'accomplissent trop instantanémtnt pour qu'll y ait réflexion, ou pour qu'elles soient dictées par un sentiment de plaisir ou de peine; et, cependan,, si l'homme hésite à accomplir une action de cette nature, il éprouve un sentiment de regre.. D'autre par,, l'instinct de la conservatinn est parfoss assez énergqque chez l'homme, timide pour le faire hésiter et l'empêcher de courir aucun risque, même pour sauver son propee enfant.

Quelques philosophes, je le sais, soutiennent que des actes comme les précédents, accomplis sous l'influence de causes impulsives, échappent au domaine du sens moral et ne méritent pas le nom d'actes morau.. Ils réservent ce terme pour des actions faites de propos délibéré, à la suite d'une victoire remportée sur des désirs contraires, ou pour des actes inspirés par des motifs é)evés. Mais il est presque impossible de tracrr une ligne de démarcation». En tant qu'il s'agtt de motifs élevés, on pourrait citer de nombreux exemples de sauvages, dépourvus de tout sentimett

speaking, 1873, p. 83) fait remarquer que < la distinction métaphysique que l'on cherche à établir entre la morale matérielle et la morale raisonnée est aussi absurde quetes autres distinctions analogues ».                          " ..

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[Cap. IV]                           SENS MORAL .                             119

de bienvelllance généraee envers l'humanité et insensbbles à toute idée religieuse, qui, faits prisonniers, ont bravement sacrifié leur vie « plutôt que de trahrr leurs compagnons; il est évident qu'on doit voir là un acte mora.. Quant à la réflexion et à la victoire remportée sur des motifs contraires, ne voyons-nous pas des animaxx hésiter entre des instincss opposé,, au moment de venir au secours de leurs petits ou de leurs semblables en dange?? Cependan,, on ne qualifie pas de morales ces actions accomplies au profit d'autres individu.. En outre, si nous répétons souvent un acte, nous finissons par l'accomplir sans hésitation, sans réflexion, et alors il ne se distingee plus d'un instinc;; personne ne saurait prétendre, cepen-dant, que cet acte cesse d'être mora.. Nous sentons tous, au contraire, qu'un acte n'est parfa,t, n'est accompii de la manière la plus noble, qu'à condiiion qu'il soit exécuté impussivement, sans réflexion et sans effort, exécuté, en un mot, comme il le seratt par l'homme chez lequel les qualités requises sont innées. Celui qui, pour agir, est obligé de surmonter sa frayeur ou son défaut de sympathie, mérite, cependant, dans un sens, plus d'éloges que l'homme dont la tendanee innée est de bien agir sans effort. Ne pouvant distinguer les motifs, nous appelons moraess toutes les~ actions de certaiee nature, lorsqu'elles sont accomplies par un être mora.. Un être moral est celu' qui est capabee de comparer ses actes ou ses motifs passés ou futur,, et de les approuver ou de les désapprouver. Nous n'avons aucune raison pour supposer que les animaxx inférieuss possèdent cette facutté; en conséquence, lorsqu'un chien de Terre-Neuve se jette dans l'eau pour en retirer un enfan,, lorsqu'un singe brave le danger pour sauver son camarade, ou prend à sa charge un singe orphelin, nous n'appliquons pas le terme « moral D à sa conduite. Mais. dans le cas de l'homm,, qui seul peut être considééé avec certitude comme un être moral, nous qualifioss de « moraess » ses actions d'une certaine nature, que ces actions soient exécutées après réflexion, après une lutte contre des motffs contraires, par suite'des effets d'habitudes acquises peu à peu, ou enfin d'une manière impussive et par instinct.

Pour en revenrr à notre sujet immédiat, bien que quelques instincss soient plus énergqques que d'autres et provoquent ainsi des actes correspondants, on ne saurait, cependant, affirmer que les instincss sociaux (y comprss l'amorr des louangss et la crainee du blâme) soient ordinairement plus énergqques chez l'homme ou

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120                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [!« PAR™]

soient devenus te)s par habitude longtemss continuée, que les instincts, par exempe,, de la conservation, de la faim, de la convoitise, de la vengeance, etc. Pourquor l'homme regrette-t-il, alors même qu'il pourraic tenter de bannir ee genre de regrets, d'avorr cédé à une impussinn naturelle plutôt qu'à une autre, et pourquoi sent-il, en outre, quill doit regretter sa conduite? Sous ce rapport, l'homme diffère profondément des animaxx inférieurs ; nous pouvon,, cependant, je crois, expliqurr assez clairement la raison de cette différence.

L'homm,, en raison de l'activité de ses facultés mentales, ne saurait échapper à la réflexion; les impressions et les images du passé traversent sans cesse sa pensée avec une netteéé absolue. Or, chez les animaxx qui vivent en société d'une manière permanente, les instincss sociaux sont toujours présenss et perssstants. Ces animaux sont toujouss prêts, entraînés, si l'on veut, par l'habtude, à pousser le signal du danger pour défendre la communauté et à prêter aide et secouss à leurs camarades; ils éprouvent à chaque instant pour ces derniers, sans y être stimulés par aucune passion ni par aucun désir spécia,, une certaine affection et quelque sympath;e; ils ressentent du chagrin s'ils en sont longtemps séparés, et ils sont toujouss heureux de se trouver dans leur société. Il en est de même pour nous. Alors même que nous sommes isolés, nous nous demandons bien souven,, et cela ne laisse pas de nous occasionner du bonheur ou de la peine, ce que les autres pensent de nous; nous nous inquiétons de leur approbation ou de leur blâme; or ces sentiments procèdent de la sympathie, élément fondamental des instincsssociaux.L'hommequi ne posséderait pas desemblables sentimenss serait un monstre. Au contraire, le désir de satisfaire la faim, ou une passion comme la vengeance, est un sentiment passagrr de sa nature, et peut être rassasié pour un temp.. Il n'est même pas facile, peut-être est-il impossbble, d'évoqurr clans toute sa plénitude la sensation de la faim, par exempe,, et, comme on l'a souvent remarqué, celle d'une souffrance quelle qu'elle soit. Nous ne ressentons l'instinct de la conservation qulen présence du danger, et plus d'un poltron s'est cru brave jusquàà ce qu'il se soit trouvé en face de son ennem.. L'envie de la propriété d'autrui est peut-être un des désirs les plus persistan;s; mais, même dans ce cas, la satisfaction de la possession réelle est généralement une sensation plus faible que ne l'est celle du désir. Bien des voleur,, à condition qu'ils ne le soient pas par profession.se sont, après le succès de leur vol, étonnés de l'avorr commis '.

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27. L'inimitié~ou la haine semble être aussi un instinct très persistant, plus

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[Chap. IV!                           SENS MORAL                                    121

L'homm,, ne pouvant s'opposer à ce que ses anciennss impresions traversent sans cesse son esprit, est contrantt de comparer ses impressions plus faibles, la faim passée, la vengeanee satisfaite, ou le danger évité aux dépens d'autres homme,, par exemple, avec ses instincts de sympathie et de bienveillance pour ses semblables, instincts qui sont toujouss présents et, dans une certanee mesure, toujouss actifs dans son esprt.. Il comprend alors qu'un instinct plus fort a cédé à un autre qui lui semble maintenant relativement faible, et il éprouve inévitablement ce sentiment de regret auqull l'homme est sujet, comme tout autre animal, dès qu'il refuse d'obérr & un instinc..

Le cas de l'hirondelle, que nous avons cité plus hau,, fourntt un exemple d'ordee inverse, celui d'un instinct temporaire, mais très énergique dans le momen,, qui l'emporte sur un autee instinct qui est habituellement prépondérant sur tous les autre.. Lorsqee la saison est arrivé,, ces oiseaux parasssent tout le jour préoccupés du désir d'émigrer ; leurs habitudes changent; ils s'agitent, deviennent bruyants et se rassemblent en troupe. Tant que l'oiseau femelle nourrit ou couve ses petits, l'instinct maternel est probablement plus fort que celui de la migration ; mais c'est l'instinct le plus tenace qui l'emporte, et, enfin, dans un moment où ses petits ne sont pas sous ses yeux, elle prend son vol et les abandnnne. Arrivé à la fin de son long voyag,, l'instinct migrateur cessant d'agir, quel remords ne ressentirait pas l'oiseau, si, doué d'une grande activité mentale, il ne pouvatt s'empêchrr de voir repasser constamment dans son esprtt l'image de ses petits, qu'il a laissés dans le Nord pérrr de faim et de froid?

énergique même qu'aucun autre. On a défini l'envie, la haine qu'on ressent pour un autre àcause de ses succès ou d'unesuprématie quelconquequ'il exerce; Bacon dit (Essay IX) » « L'envie est la plus importunent la plus commue de

obtus ^^cTnai!^                                        iTvSe e! £

éprouventun sentiment analogue. On comprend donc facilement que le sauvage

attaqué son ennemi, elle lui aurait plutôt reproché peut-être de ne s'être pas

mentjamaisfaitatteindre.Il faut, pour queces principes admirables aient pr.s naissanceetqu'ilssoientdevenus assez puissants pour que nous leur obéissions, que les instincts sociaux et la sympathie aient été très cultivés outre làraison, ^instruction, l'amour ou la crainte de Dieu.

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122                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ie Partie]

Au moment de l'aciion, l'homme est sans doute capable de suivre l'impulsion la plus puissante ; or, bien que cette impussion puisse lé pousser aux actes les plus nobles, elle le porte le plus ordinarement à satisfaire ses propres désirs aux dépens de ses semblables. Mais, après cette satisfaction donnée à ses désirs, lorsqulil compaee ses impressions passées et affaiblies avec ses instincts sociaux plus durables, le châtiment vient inévitablement. L'homme est alors en proie au repentir, au regre,, au remords ou à la honte; toutefoi,, cette dernière sensatinn se rapporte presqee exclusivement au jugement de ses semblables. Il prend, en conséquence, la résolution, plus ou moins ferme, d'en agir autrement à l'avenir. C'est là la conscience, qui se reporte en arrière, et nous sert de guide pour l'avenir.

La natuee et l'énergie des sensations que nous appelons regret, honte, repentir ou remords, dépendent évidemment non seulement de l'énergee de l'instinct que nous avons violé, mais aussi de la puissance de la tentation, et plus encore, bien souven,, du cas que nous faisons du jugement de nos semblables. L'homme fait plus ou moins de cas du jugement de ses semblables, selon que son instinct de sympath,e, inné ou acquis, est plus ou moins vigoureux, et selon qu'il est plus ou moins susceptible de comprendre les conséquences futures de ses actes. Un autre sentiment très important, mais non pas indispensable, vient s'ajouter à ceux que nous avons indiqués : c'est le respect pour un ou plusieuss dieux ou pour les esprits, ou la crainte que l'homme éprouve pour ces dieux; ce sentiment entre surtout en jeu quand il s'agtt du remords. Plusieuss critiquss m'ont objecté que si on peut expliquer, par l'hypothèse exposée dans ce chapitre, une certanee dose de regret ou de repentir, il est impossible d'y trouvrr l'explication du sentiment si puissant du remord.. J'avoee ne pas saisir complètement la force de l'objection. Mes critiques ne définissent pas ce qu'ils entendent par le remords; or je crois que le remords est tout simplement lerepen-tir poussé à l'extrême; en un mot, le remords semble avoir avec le repentir le même rappott que la rage avec la colère, l'agonee avec la souffrance. Est-ll donc si étrange que, si une femme viole l'instinct si énergique et si généralement admiré de l'amour maternel, elle éprouve le chagrin le plus profon,, le plus cuisan,, dès que s'affaiblit l'impression de la cause qui l'a portée à cetee désobéissance? Alors même qu'une de nos actions n'est contraire à aucun instinct spécia,, nous n'en éprouvoss pas moins un vif chagrin si nous savons que nos amis et nos égaux nous méprisent parce que nous l'avons commise. Qui pourrait nier qu'un homme

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LChapP IV]                           SENS MORAL                                    123

qui, poussé par la crainte, a refusé de se battre en duel, n'éprouee un vif sentiment de honte? On affirme que bien des Hindous ont été remués jusqu'au fond de l'âme parce qu'ils avaient absorbé des alimenss impurs. Voici un autre exemple de ce que l'on doi,, je pense, appelerun remords. LeDr Landorl, qui faisatt fonctions de magistrat dans une des provinces de l'Australie occidentale, raconee qu'un indigène employé dans sa ferme vint à perdee une de ses femmes par suite de maladie; il vint trouvrr le D~ Landor et lui dit « qu'il partait en voyage; il allatt visiter une tribu éloignée dans le but de tuer une femme afin de remplir un devoir sacré envers la femme qu'il avait perdue. Je lui répondss que, s'il commettatt cet acte, je le metterais en prison et l'y laisserais toute sa vie. En conséquence, il resta dans la ferme pendant quelquss mois, mais il dépérsssait chaque jou;; il se plaignait de ne pouvorr ni dormrr ni mange;; l'esprtt de sa femme le hantait perpétuelement parce qu'il n'avait pas pris une vie en échange de la sienne. Je restai inexorable et tachai de lui faire comprendre que rien ne pourrait le sauver s'il commettait un meurtre. r Néanmoins, l'homme disparut pendatt plus d'une année et revint en parfaite santé; sa seconde femme raconaa alors au Dr Landor qu'il s'étatt rendu dans une autre tribu et qu'il avatt assassiné une femme, mais il fut impossible de-le punir, car on ne put établir légalement la preuve de cet assassinat. Ainsi donc, la violatinn d'une règle tenue pour sacrée par la tribu excite les regress ou les remords les plus cuisants, et,* il faut le remarquer, cette règle ne touche aux instincss sociaux qu'en ce qu'elee est basée sur le jugement de la communauté. Nous ne saurions dire comment de si étrangss superstitions ont pu se produire; nous ne saurions dire non plus comment il se fait que quelquss crimes abominables, tels que l'inceste, excitent l'horreur des sauvages les plus infimes, bien que ce sentiment soit loin d'être universee. Il est même douteux que, chez quelquss tribu,, l'incesee excite une ptus grande horreur que le ferait le maraage d'un homme avec une femme portant le même nom que lui, bien que cette femme ne soit sa parenee à aucun degré. « Violer cette loi est un crime pour lequel les Australiens professent la plus grande horreur, et leurs idées concordent absolument sur ce point avec celles de certaines tribus de l'Amérique septentrionale. Si l'on demande à un indigène de l'un ou l'autre de ces deux pays lequel est le plus grand, crime, de tuer une jeune fille appartentnt à une autre tribu, ou d'épouser une jeune fille de

28. intanity in relation ta law. Ontario, États-Unis, 1871, p. 14.

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la même tribu que le mar,, il répondaa sans hésiter un instant de façon toute contraire à ce que nous ferions nous-mêmes». x Nous pouvons donc rejeter l'hypothè,e, soutenee dernièrement avec beaucoup d'insistance par plusieuss écrivanns, que"l'horreur pour l'incesee provient de ce que Dieu nous a donné un instintt spécial à cet égard. En résum,, on comprend facilement qu'un homme poussé par un sentiment aussi énergique que le remords, bien que ce remords résulte de causes semblables à celles indiquéss ci-dessu,, en arrive à pratiquer ce qu'on lui a dit être une expiatinn pour son crime, en arrive, par exemple, a se livrer lui-même à la justice.

L'homme guidé par la conscienee parveent, grâce à une longue habitude, à acquérir assez d'empire sur lui-même pour que ses passions et ses désirs finissent par céder aussitôt et sans qu'il y ait lutte à ses sympathies et à ses instincss sociaux, y comprss le cas quill fait du jugemntt de ses semblables. L'homme encore affamé ne songe plus à voler des aliments, celui dont la vengeance n'est pas encore satisfaite ne songe plus à l'assouv.r. Il est possible, il est même probable, comme nous le verrons plus loin, que l'habtude de commander à soi-même soit héréditaire comme les autres habitudes. L'homme en arrvee ainsi à comprendre, par habitude acquise ou héréditaire, quill est préférable d'obéir à ses instincts les plus persistants. Le terme impérieux devorr ne semble donc impiiqurr que la conscienee de l'existenee d'une règle de conduite, quelle qu'en soit l'origine. On soutenait autrefois que l'homme insulté devatt se battre en due.. Nous disons même que les chiens d'arrêt doivent arrêter, et que les chiens rapporteurs doivent rapporter le gibier. S'ils n'agsssent pas ains,, ils ont tort et manquent à leur devoir.

Un désir ou un instinct peut pousser un homme à accomplir un acte contraire au bien d'autrut; si ce désir lui paratt encore, lors-qu'il se le rappelle, aussi vif ou plus vif que son instintt socia,.il n'éprouve aucun regret d'y avoir cédé; mais il a conscienee que, si sa conduite était connue de ses semblables, elle seratt désapprouvée par eux/et il est peu d'hommss qui soient assez dépourvss de sympathie pour n'êtee pas désagréablement affectés par cette idée. S'il n'éprouee pas de pareils sentimenss de sympath,e, si les désirs qui le poussent à de mauvaises actions sont très énergiques à de certains moments, si, enfin, quand il les examine froidement, ses désirs ne sont pas maîtrisés par les instincss sociaux perssstants, c'est alors un homme essentiellement méchant-; il n'est plus re-

29. E.-B. Tylor, Conlemporary Review, avril 1873, p. 707.

30. Le docteur Prosper Sespine cite (Psychologienltnrelle, 18686 1.ï, p. 243;

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tenu que par la crainte du châtiment et la conviction qu'à la longue il vaut mieux, même dans son propee intérê,, respecter le bien des autres que consulter uniquement son égoïsm..

I) est évident que, avec une conscienee souple, un homme peut satisfaire ses propres désirs, s'ils ne heurtent pas ses instincss sociaux, c'est-à-dire le bien-être des autres: mais, pour qu'il soit à l'abii de ses propres reproches ou au moins de toute anxiété, il est indispensable qu'il évite le blâme, raisonnable ou non, de ses semblables. Il ne faut pas non plus qu'il rompe avec les habitudes établies de sa vie, surtout si elles sont basées sur la raison, car alors il éprouverait sûrement certains regrets. Il faut également quill évite la réprobation du dieu ou des dieux auxquels, suivant ses connasssances ou ses superstitions, il peut croire; mais, dans ce cas, la crainee d'une punitinn divine intervient fréquemment.

Zes uertus strictement sociales estiméee seules dans le principe. -Cet aperçu de l'origine et de la natuee du sens moral qui nous avertit de ce que nous devons faire, et de la conscienee qui nous blâme si nous lui désobésssons, concorde avec l'état ancien et peu développé de cette faculté dans l'humanité. Les vertus, dont la pratique est au moins généralement indispensable pour que des hommes grossiers puissent s'associer en trebu,, sont celles qu'on reconnatt encore pour les plus importantes. Mais elles sont presque toujouss pratiquées exclusivement entre hommss de la même tribu; leur infraction, vis-à-vss d'hommss appartenant à d'autres tribu,, ne constitue en aucune façon un crime. Aucune tribu ne pourrait subsister si l'assassinat, la trahison, le vol, etc., y étaient habituels; par conséquent, ces-crimes sont < ftétrss d'une infamie éternelle » dans les limites de la tribu »; mais àu-delà de ces limites ils n'excitent plus ces mêmes sentiments. Un Indien de l'Amérique du Nord est content de lui-même et considééé par les autrss lorsqulil a scalpé un individu appartenant à une autre tribu; un Dyak coupe la tête d'une personne qui ne lui a rien fait, et la fait sécher pour s'en faire un trophée. L'infanticide a été pratiqué dans le monde entier» sur la plus vaste échelle, sans soulever de repro-

UI, p. 169), beaucoup d'exemples curieux tendant à prouver que les plus grands criminels paraissent avoir été entièrement dépourvus de conscience.

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126                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [[M Pahtie]

ches; car le meurtre des enfants, et surtout des femelles, a été regardé comme avantageux, ou au moins comme non nuisible, pour la tribu. Autrefoss le suicide n'étatt pas ordinairement considéré comme un crime,, mais plutôt comme un acte honorab,e, en rason du courage dont il étatt la preuv;; il est encore largement pratiqué chez quelquss nations à demi civilisée,, sans qu'il s'y attache aucune idée de honte, car une naiion ne ressent pas la perte d'un seul individ.. On raconee qu'un Thug indien regrettait vivement de n'avorr pas pu voler et étrangler autant de voyageurs que son père l'avatt fait avant lui. Dans un état grosserr de civilisation, voler les étrangers est même ordinairement considééé comme un acte honorable.

Bien que l'esclavage, dans l'antiquité», ait eu sa raison d'êtee et ait été utile à certains égard,, il n'en constitue pas moins un grand crime. Toutefois les peuples les plus civiiisés ne le considéraentt pas comme tel jusque tout récemment, ce qui résuttait évidemment de ce que les esclaves appartenaient d'ordnnaire à une race autre que celle de leurs maîtres. Les barbares, ne tenant aucun compte de l'opinion de leurs femmes, les traitent habituellement comme des esclave.. La plupatt des sauvagss se montrent totalement indifférenss aux souffrances des étrangers, et même se plaisent à en être témoins. On sait que, chez les Indiens du nord de l'Amérique, les femmes et les enfanss aident à torturer les ennemis. Quelques sauvagss prennent plaisir à pratiquer d'atroces cruautés sur les animaux -, et l'humanité est pour eux une vertu inconnu.. Néanmonss les sentiments de sympathie et de bienveillance sont commun,, surtout pendatt la maladie, entre membres d'une même tribu; ils peuvent même s'étendee au delà. On connatt le touchatt récit que fait Mungo Park de la bonté qu'eurent pour lui les femmes nègres de l'intérieur. On pourrait citer bien des exempess de la noble fidélité des sauvagss les uns envers les autres, mais pas envers les étrangers, et l'expérience commune justifie la maxime espagnoee : « Il ne faut jamais se fier à un Indien. » Il n'y a pas de fidélité sans loyauté; cette vertu fondamnntale n'est

33. Voir la discussion fort intéressante sur le suicide, dans Lecky, History oy European ~oral,, vol. t, 1869, p. 223. M. Winwood Iteade affirme que les nègres de l'Afrique occidentale commettent souvent te suicide. On saitcombien tesmcideetaitfréquentchezlesmisérablesindigënesde'Amérique méridionale après la conquête espagnole. Pour la Nouvelle-Zélande, voir le Voyage de la Novara; pour les îles Aléoutiennes, voir Houzeau, les Facultés mentales, vol. Il, p.136.                                                                                                           

p.ïv™^,""de ***^ammon'sÛrirsl^Unttr^ato^c^^^.lSTO,

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[Chap.1V]                           SENS MORAL.                                   127

pas rare parmi les membres d'une même tribu; ains,, Mungo Park a entendu les femmes nègres enseignrr à leurs enfanss l'amour de la vérité. C'est là encore une de ces vertus qui s'enracinent si profondément dans l'esprtt qu'elee est quelquefois pratiquée par. les sauvagss à l'égadd des étrangers, même au prix d'un sacrifice; mais on considèee rarement comme un crime de mentrr à son ennemi, ainsi que le prouve trop clairement l'histoire de la diplomatie moderne. Dès qu'une tribu a un chef reconnu, la désobésssance devient un crime et la soumission aveugee est regardée comme une vertu sacrée.

Aux époques barbares, aucun homme ne pouvatt être utlle ou fidèle à sa tribu s'il n'avait pas de courag,, aussi cette qualité a-t-elle été universellement placée au rang le plus élevé; et bien que, dans les pays civilisés, un homme bon, mais timid,, puisse être beaucoup plus utile à la communauté qu'un homme brave, on ne peut s'empêcher d'honorer instinctivement l'homme brave plus que le poltro,, si bienveillant que soit ce dernier. D'autre par,, on n'a jamass beaucoup estimé la prudence, vertu fort utile, cependant, mais qui n'influe guère sur le bien-être d'autrui. L'homme ne peut pratiquer les vertus nécessaires au bien-être de sa tribu s'il n'est prêt à tous les sacrifice,, s'il n'a aucun empree sur lui-même et s'il n'est doué de patienee : ces qualités ont donc été de tout temps très hautement et très justement appréciées. Le sauvage amérccain se soumet volontairement, sans pousser un cri, aux tortures les plus atroces, pour prouvrr et pour augmenter sa force d'âme et son courage : nous ne pouvons d'alleeurs, nous empêchrr de l'admir,r, de même que nous admirons le fakir indien, qui, dans un but religieux insensé, .se balanee suspendu à un crochet planéé dans ses chairs.

Les autres vertus individuelles qui n'affectent pas d'une manière apparente, bien qu'eless affectent très réellement peut-être, te bien-être de la tribu, n'ont jamais été appréciées par les sauvages, quoiqu'elles le soient actuellement et à juste titre par les nations civilisée.. Chez les sauvages, la plus grande intempérance n'est pas un sujet de honte. Leur licence extrêm,, pour ne pas parerr des crimes contre nature, est quelque chose d'effrayant ». Aussitôt, cependant, que le mariag,, polygame ou monogam,, vient à se répandre, la jalousie détermine le développement de certaines vertus chez la femme; la chasteté, passant dans les mœur,, tend

36. M. M'Lennan a cité beaucoup de faits de ce genre dans Primiiive Mar-riage, 1865, p. 176.

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128        ;            LA. DESCENDANCE DE L'HOMME           r> Partie]

à s'étendee aux femmes non mariée./Nous pouvons juge,, par ce qui se passe maintenant encore, combien elle s'ess peu étendue au sexe mâle. La chasteté exige beaucoup d'empire sur soi ; aussi a-t-elle été honorée, dès une époque très reculée, dans l'histoire moraee de l'homme civilisé. En conséquence de ce fait, on a consdéré, dès une hauee antiquité, la pratiqee absurde du célibat comme une vertu ». L'horreur de l'indécence, qui nous paratt si naturelle que nous sommes disposés à la croire innée, et qui constitue un aide essentill à la chasteté, est une vertu essentiellement moderne, qui appartient exclusivement, ainsi que le fait observer sir G. Staunton», à la vie civilisée. C'est ce que prouvent les anciens rites reiigieux de diverses naiion,, tes dessins qui couvrent les murs de Pompii et tes coutumss de beaucoup de sauvages.

Nous venons donc de voir que les sauvages, et il en a probablement été de même pour les hommss primitifs, ne regardenl les actions comme bonnes ou mauvaises qu'autant qu'elles affectent d'une manière apparente le bien-être de la tribu, - non celui de l'espèc,, ni celui de l'homme considéré comme membee individuel de la tribu. Cette conclusinn concorde avec l'hypothèse que le sens, dit mora,, dérive primitivement des instincts sociaux, car tous deux se rapportent-d'abord exclusivement à la communauté. Les causes principales du peu de moralité des sauvages, considérée à notre point de vue, sont, premièrement, la restriction de la sympathie à la même tribu; secondement, l'insuffisance du raisonnment, ce qui ne leur permet pas de comprendre la portée que peuvent avoir beaucoup de vertus, surtout les vertus individuelles, sur ]e bien-être général de la tribu. Les sauvages, par exemple, ne peuvent se rendre compte -des maux muttiples qu'engendre le défaut de tempérance, de chasteté, etc. Troisièmement, un faible empire sur soi-même, cette aptitude n'ayant pas été fortifiée par l'aciion longtemss continuée, peut-être héréditaire, de l'habitude, de l'instruction et de la religion.

Je suis entré dans les détails précédents sur l'immoralité des sauvagss -, parce que quelquss auteuss ont récemmntt fait un grand éloge de leur natuee morae,, et ont attribué la plupatt de leurs crimes à une bienveillance exagérée-. Ces auteuss tirent leurs arguments de ce que les sauvagss possèdntt souvent à un haut de-

37.  Lecky, Bùlory oy European Morals, 1869,1, p. 109.

38. Embassy to China, II, p. 348.

<n*ïlTêi£!h %oTaes nvrbreusescontenues dans sir J'Lubb°ck'

° 40.7eL?!^Splt;0irSV^W MoraU, vol. I, p. 184. .

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[CHap. IV]                             SENS MORAL                                        129

gré, ce dont on ne peut doute,, les vertus qui sont utiles et mêmé nécessaires à l'existence d'une famille et d'une tribu.

Conclusions. - Les philosophes de l'école de la moraee « dérivée" » ont admis d'abodi que la moraee repose sur une forme de l'égoïsme;mais, plus récemment, ils ont mis en avant le < principe du plus grand bonheu.. » Il seratt toutefois plus correct de considérer ce dernier principe comme la sanciion plutôt que comme lé motif de la conduite. Néanmoins tous les écrivains dont j'ai consulté les ouvrages pensen,, à très peu d'exceptions prèsi, que chaque action procède d'un motif distinct, lequel doit être toujouss relié à quelque plaisir ou à quelque peine. Mais il me semble que l'homme agie souvent par impulsion, c'est-àddire en vertu de l'instinct ou d'une longue habitude, sans avoir conscienee d'un plaisir, probablement de la même façon qu'une abeille ou une fourmi quand elle obéit aveuglément à ses instincts. Dans un moment de grand péril, dans un incendee par exemple, il est bien difficile de soutenir que l'homme qui, sans un instant d'hésitation, essaye de sauver un de ses semblables, ressent un plaisir quelconque; il n'a certes pas non plus le temps de réfléchrr sur le chagrin qu'il pourrait ressentrr plus tard s'il n'avatt pas fait tous ses efforts pour sauver son semblable. S'il réfléchtt plus tard à sa propee conduite, il reconnaît certainement qu'il y a en lui une force impussive absolument indépendanee de la recherche du plaisir ou du bonheur; or cette force semble être l'instinct social dont il est si profondément imprégné.

Quand il s'agtt des animaux inférieurs, il semble beaucoup plus

41. Terme employé dans 'un excellent article, Westminster Review, oct. 1869, p. 498. Pour le principe du plus Grand Bonheur, voir J.-S.Miill Utilitarianism.

p^Mil! reconnait (Systeraof Loaic, vol. H, p. 422) de la façon la plus absolue que l'habitude peut pousser à une act on, sans qu'il y ait aucune anticipation de plaisir. De son côté, M. H. Sidgwick,' dansson article sur le plaisir et le désir (Contemporary Review, avril 1872, p. 671)) s'exprime en ces termes : « En un mot, contrairement àl'hypothèseen vertude laquelle nosimpulsionsactives conscientes sont toujours dirigées vers la production de sensations agréables en nous-mémes, je suis disposé à soutenir que nous éprouvons souvent des impulsions conscientes, généreuses, dirigées vers quelque chose qui n'est certainement pas le plaisir; que, dans bien des cas, l'impulsion estsi peu compatible avecnotre égoïsme queles deux sentiments ne peuvent pas facilement coexister au moment oSù nousUmes conscients. m Le s'entiment, je suis même tenté de e croire, que nos impulsions ne procèdent pas toujours de l'attente d'un plaisir immédiat ou futur a été une des principales causes qui ont fait adopter l'hypothèse intuitive de la morale et rejeter l'hypothèse utilitaire ou du plus grand

i mesure.

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130                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Partie]

c orrect de dire que leurs instincts sociaux se sont développss en vue du bien général plutôt que du bonheur générll de l'espèce. Le terme « bien général x peut se définir ainsi : le moyen qui permtt d'éleve,, dans les conditions existantes, le plus grand nombre possible d'individus en pleine santé, en pleine vigueu,, doués de facultés aussi parfaites que possible. Les instincss sociaux de l'homm,, aussi bien que ceux des animaux inférieurs, ont, sans doute, traversé à peu près les mêmes phases de développement; il seratt donc, autant que possible, préférable d'employrr dans les deux cas la même définition et de prendre, comme critérium de la morale, le bien général ou la prospérité de la communauté, plutôt que le bonheur généra;; mais cette définiiion nécessiterait peu--être quelquss réserves à cause de la moraee politique. . Lorsqu'un homme risque sa vie pour sauver celle d'un de ses semblables, il semble plus justeee dire qu'il agit pour le bien général que pour le bonheur de l'espèce humaine. Le bien et le bonheur de l'individu coïncidett sans doute habituellement; une tribu heureuee et contenee prospère davantage qu'une autre qui ne l'est pas. Nous avons vu que, même dans les premières périodss de l'histoire de l'homm,, les désirs exprimés par la communauté ont dû naturellement influencer à un haut degré la conduite de chacun de ses membres, et, tous recherchant le bonheu,, le principe du « plus Grand Bonheur o a dû devenrr un guide et un but secondaire fort important; mais les instincts sociaux, y compris la sympathee qui nous pousee à faire grand cas de l'approbation ou du blâme d'autrui, ont toujouss dû servir d'impulsion première et de guide. Ainsi se trouve écaréé le reproche de placer dans le vil principe de l'égoïsme les bases de ce que notre natuee a de plus noble ; à moins, cependant, qu'on n'appelle égoïsme la satisfaction que tout animal éprouve lorsqulil obéit à ses propres instincts, et le regret qu'll ressent lorsqulil en est empêché.

Les désirs et les jugements des membres de la même communauté, exprimés d'abodd par le langage et ensuite par l'écriture, constituent, comme nous venons de le faire remarquer, un guide de conduite secondaire, mais très important, qui vient en aide aux instincss sociaux, bien que parfoss il soit en opposition avec eux. La loi de l'honneur, c'est-à-dire la loi de l'opinion de nos égaux et non de tous nos compatriotes, en est un excellent exemple. Toute infraction à cette loi, cette infraction fût-elle reconnee comme rigoureusement conforme à la vraie morale, a causé à bien des hommss plus d'angoisses qu'un crime réel. Nous reconnaissons la même influence dans cette cuisanee sensation de honte que la

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fCHAP.!V]                             SENS MORAL                                        131

. plupart d'entre nous ont ressentie, même après un long intervalle d'années, en nous rappeaant quelque infraction accidentelle faite à une règle insignifiante mais établie de l'étiquette. Le jugement de la communauti se laisse généralement guider par quelque grossière expérience de ce qui, à la longue, est le plus utile-à l'intérêt de tous les membres; mais l'ignorance et la faiblesee du raisonnement contrbbuent souvent à fausser le jugement de la masse. Il en résulte que des coutumss et des superstitions étranges, en opposition complète avec la vraie prospérité et le véritable bonheur de l'humanité, sont devenues toutes-puissantes dans le monde entier. Nous en voyons des exemples dans l'horreur que ressent l'Hindou qui perd sa caste, et dans une foule d'autres cas. Il seratt difficile de distinguer entre le remords éprouvé par l'Hindou qui a mangé des aliments impurs, et le remords que lui causerait un vol; mais il est probabee que le premier seratt le plus poignant.

Nous ne connasssons pas l'origine de tant d'absurdes règles de conduite, de tant de croyances religieuses ridicules; nousne savons pas comment il se fait qu'elles aient pu, dans toutes les parties du globe, s'implanter si profondément dans l'esprit de l'homme ; mais il est à remarquer qu'une croyanee constamment inculquee pendant les premières années de la vie, alors que le cerveau est susceptible de vives impressions, paratt acquérir presqee la natuee d'un instinc.. Or la véritable essence d'un instinct est d'être suivi indépendamment de la raison. Nous ne pouvons pas non plus dire pourquoi quelquss tribus sauvagss estiment plus que d'autres certaines vertus admirables, telles que l'amour de la vérité"; nous ne pouvons pas plus explique,, d'allleurs, pourquoi on retrouee des différencss semblables même parmi les nations civilisée.. Ce. qui est certan,, c'est que ces coutumes, ces superstitions étranges, se sont solidement implantées dans l'esprit humain; y a-t-il donc alors lieu de s'étonnrr que les vertus personnelles, basées qu'elles sont sur la raison, nous paraissent maintenant si naturelles que nous les regardions comme innées, bien que l'homme à l'état prmitif n'en fit aucun cas?

Malgré de nombreuses causes de doute, l'homme peut d'ordnaire distinguer facilemntt entre les règles morales supérieures et les règles morales inférieures.. Les. premèères, basées sur les instincss sociaux, ont tratt à la prospérité des autres; elle s'appuient sur l'approbation de nos semblables et sur la raison. Les règles

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i32                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Partie]

morales inférieures, bien que cette qualification ne soit pas absolument correcee lorsqu'elles exigent un sacrifice personnel, se rapportent principalement à l'individu lui-mêm,, et doivent leur origine à l'opinion publique mûrie par l'expérience et par la civilisation, car elles sont inconnuss aux tribus grossières.

A mesuee que l'homme avance en civilisation et que les petites tribus se réunsssent en communautés plus nombreus,s, la simple raison indique à chaque individu qu'il doit étendre ses instincss sociaux et sa sympathie à tous les membres de la même nation, bien qu'ils ne lui soient pas personnellement connus. Ce point atteint, une barrière artificielle seule peut empêcher ses sympathies de s'étendee à tous les hommes de toutes les natioss et de toutes les races. L'expérience nous prouve, malheureusement, combien il faut de temps avant que nous considérions comme nos semblables les hommss qui diffèrent considérablement de nous par leur aspect extéreeur et par leurs coutumes. La sympathie étendue en dehoss des bornes de l'humanité, c'est-à-dire la compassinn envers les animaux, parait être une des dernières acquisitions morales. Elle est inconnue chez les sauvages, sauf pour les animaxx favoris. Les abominables combass de gladiateurs montrent combien peu les anciens Romains en avaient le sentimen.. Autant que j'ai pu en juge,, l'idée d'humanité est inconnue à la plupatt des Gauchos des Pampas. Cette qualité, une des plus nobles donr l'homme soit doué, sembae provenrr incidemment de ce que nos sympathies, devenant plus délicates à mesuee qu'elles s'étendent davantage, finissent par s'appliquer à tous les êtres vivants. Cette vertu, une fois honorée et cultivée par quelquss homme,, se répand chez les jeunes gens par l'instruction et par l'exemple, et finit par faire partie de l'opinion publiqu..

Nous atteignons le plus haut degré de cultuee moraee auquel il soit possible d'arriver, quand nous reconnaissons que nous devons contrôler toutes nos pensées et « que nous ne regrettons plus, même dans notre for intéreeur, les erremnnts qui nous ont rendu le passé si agréable «. » Tout ce qui familiarise l'esprit avec une mauvaise action en rend l'accomplissement plus facile. Ainsi que l'a dit, il y a fort longtemps, Marc-Aurèle : « Telles sont tes pensées habituelles, tel sera aussi le caractère de ton esprit; car les pensées déteignent sur l'âme». »

Notre grand philosophe, Herbett Spence,, a récemment émis

44. Tennyson, Idyls of the King. p. 244.                                  ".2..,i

1869, p. 112. M. Aurelius est né 121 ans après J.-C.

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[Chap. IV]                               SENS MORLL                                          133

son opinion sur le sens mora.. 11 s'exprime en ces termes": « Je crois que les expériences d'utilité organisées et consolidées à travers toutes les générations passées de la race humaine ont produit des modifications correspondantes qu'une transmission et une accumulation continuelles ont transformées chez nous en certaines facultés d'intuition, morale, - en certaines émotions répondant à une conduite jusee ou fausse et qui n'ont aucune base apparente dans les expériences d'utilité individuel.e. . Il n'y a pas, ce me semble, la moindee improbabilité inhérente à ce que les tendances vertueuses soient plus ou moins complètement héréditaires; car, sans mentionner les habitudes et les caractères variés que se tranmettent un grand nombee de nos animaux domestiques, je pourrais citer nombee de cas prouvant que le goût du vol et la tendanee au mensonee parasssent exister dans des famllles occupant une position très élevée; or, comme le vol est un crime fort rare chez les classes riche,, il est difficile d'expliquer par une coïncidence accidentelle la manifestation de la même tendanee chez deux ou trois membres d'une même famille. Si les mauvaises tendances sont transmissibles, il est probabee qu'il en est de même des bonnes. Tous ceux qui ont souffert de maladies chronqques de l'estomcc ou du foie savent que l'état du corps en affectant le cerveau exerce la plus grande influence sur les tendances moraees. On sait aussi que l'un des premiers symptômss d'un dérangement des facuttés mentales est la perversion ou la destruction du sens mora**'; or, on sait que lafolie est certainement souvent héréditaire. Le principe. de la transmission des tendances morales peut seul nous per-, mettre d'expliquer les différencss qu'on croit existe,, sous ce rappor,, entre les diversss races de l'humanité.

Notre impulsion primordiele vers la vertu, impulsion provenatt directement des instincts sociaux, recevrait un concouss puissatt de la transmission héréditaire, même partielle, des tendances vertueuse.. Si nous admettons un instant que les tendances vertueuses sont héréditaires, il semble probable que, au moins dans les cas de chasteté, de tempérance, de compassion pour les animaux, etc., elles s'impriment d'abodd dans l'organisation mentaee par l'habtude, par l'instruction et par l'exemple soutenus pendant plusieuss générations dans une même famllle; puis, d'une manière accessoire, par le fait que les individus doués de ces vertus ont le mieux réusii dans la lutte pour l'existence. Si j'éprouve quelque

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134                         LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire PaBtie]

.doute relativement à ce genre d'hérédité, c'est parce qu'il me faut admettre que des coutumes, des superstitions et des goûts insensé,,l'horreur, par exempl,, que profesee l'Hinduu pour des alimenss impurs, doivent .aussi se transmettre héréditairement en vertu du même principe. Bien que ceci soit peut-être tout aussi probable que l'acquisition héréditaire par les animaxx du goût pour certains aliments, ou de la crainte pour certanss ennemis, je ne possède aucune preuve tendant à démontrer la transmission des coutumes superstitieuses ou des habitudes ridicules.

En résumé, les instincts sociaux, qui ont été sans doute acquis par l'homm,, comme par les animaux, pour le bien de la communauté, ont dû, dès l'abord, le porter à aider ses semblables, développrr en \ lui quelques sentiments de sympathie et l'obiiger de compter avec * l'approbation ou le blâme de ses semblables. Des impulsions de ce genre ont dû de très bonne heure lui servrr de règle grossière pour ' distinguer le bien et le mal. Puis, à mesure que les facultés intellectuelles de l'homme se sont développées; à mesure qu'il est devenu capabee de comprendre toutes les conséquences de ses action; ; qu'il a acquss assez de connasssances pour repousser des coutumss et des superstitions funestes; à mesuee qu'il a songé davantage, non-seulement au bien, mais aussi au bonheur de ses semblables; à mesure que l'habitude résultant de l'instruction, de l'exempee et d'une expérience salutaire a développé ses sympathies au point qu'ils les a étenduss aux hommes de toutes les race,, aux infirme,, aux idiots et aux autres membres inutiles de la société, et enfin aux animaux eux-mêmes, l le niveau de sa moralité s'est élevé de plus en plus. Les moralistes de l'école dérivative et quelquss intuition-nistes admettent que le niveau de la moralité a commenéé à s'élever dès une période fort ancienee de l'histoire de l'humanité".

De même qu'il y a quelquefois lutte entre les divers instincts des animaxx inférieurs; il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il puisse y. . avor,, chez l'homm,, une lutte entre ses instincts sociaux et les vertus qui en dériven,, et ses impulsions ou ses désirs d'ordee inférieur; car,, par moments, ceux-ci peuvent être les plus énergques. Cela est d'autant moins étonnant, comme le fait remarquer M. Galton~, que l'homme est sorti depuss un temps relativement

. 48. Un auteur très capable de juger sainement cette question, s'exprime energiquement dans ce sens dans un article de la North British Review, juillet 1869, p. 531. M. Lecky {BM. of Marais, vol. I, p. 143) parait, jusqu'à un certain point, partager la même opinion. 49. Voir son ouvrage remarquable, Hereditary Genius, 1869, p. 349. Le due

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récent de lapériode de la barbarie. Après avoir cédé à certaines tentation,, nous éprouvoss un sentiment de mécontentement, de honte, de repentir ou de remord,, sentiment analogue à celui que nous ressentons quand un.instinct n'est pas satisfait; nous ne pouvons pas, en effet, empêchrr les impressions et les images du passé de se représenter continuellement à notre esprit; nous ne pouvons nous empêchrr de les comparer; dans cèt état affaibli, avec les instincss sociaux toujouss présents, ou-avec des habitudes contractées dès la premèère jeunssse, héréditaires peut-être, fortfiées pendan:; toute la vie, et renduss ainsi presque aussi énerg-quesque des instincts. Si nous ne cédons pas à la tentation, c'est que l'instinct social ou quelque habitude l'emporte en ce moment en nous, ou parce que nous avons appris à comprendre que cet instinct nous paraîtra le plus fort quand nous le comparerons à l'impression affaiblie de la tentation et que nous savons que nous éprouverons un chagrin si nous avons violé cet instinct. It n'y a pas lieu de craindee que les instincss sociaux s'affaiblissent chez les générations future,, et nous pouvons même admettre que les habitudes vertueuses croîtront et se fixeront peut-être par l'hérédité. Dans ce cas, la lutte entre nos impulsions élevées et nos impulsions inférieures deviendaa moins violente et la vertu triomphera.

Résumé des deux derniers chapitres. - On ne peut douter qu'll existe une immenee différence entre l'intelligence de l'homme le plus sauvage et celle de l'animal te plus élevé. Si un singe anthropomorphe pouvatt se juger d'une manière impartiale, il admettrait que, bien que capabee de combiner un plan ingénieux pour piller un jardn,, de se servir de pierrss pour combattre ou pour casser des noix, l'idée de façonnrr une pierre pour en faire un outil seratt tout à fait en dehoss de sa portée. Encoee moins pourait-il suivre un raisonnement métaphysique, résoudee un problème de mathématiques, réftéchir.sur Dieu, ou admirer une scène imposante de la nature. Quelques singes, toutefois, déclareraient probablement qu'ilssont aptes à admirer, et qu'ils admrrent la beauéé des couleuss de la peau et de la fourruee de leurs compagnes. Ils admettraient que, bien qu'ils soient à même de faire comprendre par des cris à d'autres singes quelques-unes de leurs perceptions-ou quelques-uns de leurs besoins les plus simples, jamais la .pensée d'exprimer des idées définies par des sons déterminés n'a traversé

d'Argyll (Primeval Man, 1869, p. 188) fait quelques excellentes remarques sur la lutte entre le bien et le mal dans la nature de l'homme.

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136                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee Parue]

leur esprit. Ils pourraient affirmer'qu'ils sont prêss à aider de bien des manières leurs camarades de là même troup,, à risquer leur vie pour eux, et à se chargrr des orphelins; mais ils seraient forcés de reconnaître qu'ils ne comprennent même pas cet amour désintéressé pour toutes les créatures vivantes qui constitue le plus noble attrbut de l'homm..

Néanmoins, si considérable qu'elle soit, la différence entre l'esprit de l'homme et celui des animaux les plus élevés n'est certanement qu'une différence de degré, et non d'espèc.. Nous avons vu que des sentements, des intuitions, des émotions et des facultés diverses, telles que l'amitié, la mémoire, l'attention, la curiosité, l'imitation, la raison, etc,, dont l'homme s'enorgueill,t, peuvent s'observer à un état naissant, ou même parfois à un état assez développé, chez les animaux inférieurs. Ils sont, en outre, susceptibles de quelquss améliorations héréditaires, ainsi que nous le prouve la comparaison du chien domestique avecle loup ou le chaca.. Si l'on veut soutenrr que certaines facultés, telles que la conscience, l'abstraction, etc,, sont spéciales à l'homme, il se peut fort bien qu'elles soient les résultats accessoires d'autres facuttés intellectuelles très développées, qui elles-mêmss dérivent principalement de l'usage continu d'un langaee arrivé à la perfection. A quel âge l'enfant nouveau-né acquiert-gl la faculté de l'abstraction? A quel âge com-mence-t-il à avoir conscience de lui-même et à réfléchrr sur sa propee existence? Nous ne pouvons pas plus répondee à cette question que nous ne pouvons expliquer l'échelee organique ascendante. Le langage, ce produit moitié de l'ar,, moitié de l'instinct, porte encore l'empreinte de son évolution graduelle. La sublime croyanee à un Dieu n'est pas universelle chez l'homm;; celle à des agents spirtuels actifs résulte naturellement de ses autres facultés mentales. C'est le sens moral qui constitue peut-être la ligne de démarcation lapuss nette entre l'homme et les autres animau,, mais je n'ai rien à ajouter sur ce poin,, puisque j'ai essayé de prouvrr que les instincss sociaux, - base fondamentale de la morale humaine -, -auxquels viennent s'adjoindre les facultés intellectuelles actives et les effets de l'habitude, conduisent naturellement à la règle : « Fass aux hommes ce que tu voudrass qu'ils te fissent à toi-mêmx » ; prin-cipe.sur lequel repose toute la morale.

Je fera,, dans le chapitre suivan,, quelquss remarques sur les causes probables qui ont amené le développement gradull des di verses facultés morales et mentales de l'homme et sur les diffé-

SO.PenséesdeMarc-Aurèle.p.W..

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[Cha..v]            dEveloppementTdes facultés                     137

rentes phases qu'elles ont traversées. On ne peut du moins contester que cette évolution soit possibl,, puisque, tous les jours, nous contemplons le développement de ces facultés chez l'enfant; puisqu'enfin nous pouvons établir une gradation parfaite entre l'état mental du plus complet idiot, qui est bien inférieur à l'animal, et les facultés intellectuelles d'un Newton.

CHAPITRE V

SUR LE DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES ET MORALES PENDANT LES TEMPS PRIMITIFS ET LES TEMPS CIVILISÉS

Développement des facultés intellectuelles par la sé!ectionnaturel.e.-Impor-

Les questions qui font l'objet de ce chapitre, questions que je ne pourrai traiter que d'une manière très incomplète et par fragments, offrent le plus haut intérê.. M. WalIace, dans un admirable mémoire déjà cité ', soutient que la sélection naturelle et les autres causes analogues n'ont dû exercer qu'une influence bien secondaire sur les modifications corporelles de l'homm,, dès quill eut partiellement acquis les qualités intellectuelles et morales qui le distinguent des animaux inférleuss ; ces facultés mentales, en effet, le mettent à même « d'adapter son corps, qui ne change pas, à l'univers, qui se modifie constamment ». L'homme sait admrrablement conformer ses habtudes à de nouvelles conditions d'existence. Il invente des arme,, des outils et.divers engins, à l'aide desquess il se défend et se procure ses aliments. Lorsqu'il va habiter un climat plus froid, il se sert de vêtements, se construtt des abris, et fait du feu, qui, outre qu'il le réchauffe, lui sert aussi à faire cuire des alimenss qu'il lui seratt autrement impossible de digére.. Il rend de nombreux services à ses semblables et prévoit les événemenss futurs. Il pratiquait déjà une certaine division du travail à une période très reculée.

La conformation corporelle des animaux doit, au contraire, se modffier profondément pour quills puissent subsister dans des conditions très nouvelles. Il faut qu'ils deviennent plus forts, qu'ils . s'arment de dents et de griffes plus efficaces pour se défendee contre de nouveaux ennemis, ou bien que leur taille diminue afin

1. Anthropological Review, May 1864, p. clviii.

S

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138                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I!e pAHTDtl

de pouvorr échapper plus facilement au danger d'être découverts. Lorsqu'iis vont habiter un climat plus froid, il faut, ou qu'ils revêtent une fourrure plus épaisse, ou que leur constitution se modffie, à défaut de quoi ils cessent d'exister.

Le cas est tout différen,, ainsi que le constaee avec raison M. Wallace, quand il s'agtt des facultés intellectuelles et morales de l'homm.. Cesfacultéssontvariables;enoutre,nous avons touee raison de croire que .es variations sont héréditaires. En conséquence, sicesfacultésonteu, autrefois, une grande importancepour l'homme primifif et ses ancêtres simio-humains, la sélection naturelle a dû les développrr et les perfectionner. On ne peut mettre en doute la hauee importance des facultés intellectuelles, puisque c'est à elles que l'homme doit principalement sa position prééminente dans le monde. Il est facile de comprendre que, dans l'état primitif de la société, les individss les plus sagaces, ceux qui employaient les meilleures armes ou inventaient les meilleuss piège,, ceux qui, en un mot, savaient le mieux se défendre, devaient laisser la plus nombreuse descendance. Les tribus renfermant la plus grande quantité d'hommss ainsi doués devaient augmenter rapidement en nombre et supplanter d'autres tribus. Le nombre des habitants dépend d'abodl des moyens de subsistance; ceux-c,, à leur tour, dépendent en pariie de la natuee physique du pays, mais, à un bien plus haut degré, des arts qu'on y cultive. Lorsqu'une tribu augmenee en nombee et devient conquérante, elle s'accroît souvent encore -davantage par l'absorption d'autres tribus'. La taille et la force des membres d'une tribu exercent certainement une grande influence sur sa réussite; or ces conditions dépendent beaucopp de la natuee et de l'abondance des alimenss dont ils peuvent dispose.. Les hommes de la période du bronze, en Europ,, firent place à une race plus puissante, et, à en juger d'après les poignées des sabre,, à main, plus grande'; mais le succès de cette race résutte probablement beaucoup plus de sa supériorité dans les art..

Tout ce que nous savons des sauvages, tout ce que nous enseigne l'étude de leurs traditions ou de leurs anciens monuments, car les habitants actuels ont complètement perdu le souvenrr des faits qui se rataachent à ces traditions et à ces monuments, nous prouve que, dès les époques les plus reculée,, certaines tribus ont réussi à en supplanter d'autres. On a découvert dans toutes les régions civili-

2 Les individus ou les tribus qui sont absorbés dans une autre tribu prétendent à la longue, ainsi que l'a fait remarquer M. Maine (Ancient Law, 1861,

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[Chap. V]

DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS

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sées du globe, sur les plaines inhabitées de l'Amérique et dans les fies isolées de l'océan Pacifique, des ruines de monuments élevés par des tribus éteintes ou oubliée.. Aujourd'hui les naiions civilisées remplacent partott les peuples barbares, sauf là où le climat leur oppose une barrière infranchissable ; elles réusssssent surtout, quoique pas exclusivement, grâce à leurs arts, produits de leur intelligence. Il est donc très probabee que la sélection naturelle a graduellement perfectionéé les facultés intellectuelles de l'homme ; conclusion qui suffit au but que nous nous proposons. Il serait, sans doute, très intéressant de retracer le développement de toutes les facultés, de les prendre l'une après l'autre à l'étae où elles existent chez les animaux inférieuss et d'étudier les transformatisns successives par lesquelles elles ont passé pour en arriver à ce qu'elles sont chez l'homme civilis;; mais c'est là une tentative que ne me permettent ni mes connasssances ni le temps dont je puis disposer. Dès que les ancêtres de l'homme sont devenus sociables, progrès qui a dû probablement s'accomplir à une époque extrêmemenr reculée, des causes importantes, dont nous ne trouvoss que des traces chez les animaux inférieurs, c'est-à-dire l'imitation, la raison et l'expérience, ont dû faciiiter et modifier le développement des facultés intellectuelles de l'homm.. Les singes, tout comme les sauvagss les plus grossiers, sont très portés à l'imitation; en outre, nous avons déjà constaté que, au bout de quelque temps, on ne peut plus prendee un animal à la même place avec le même genre de piège, ce qui prouve que les animaux s'instruisent par l'expérience et savent imiter la prudenee des autres. Or si, dans une tribu quelconque, un homme plus sagace que les autres vient à inventer un piège ou une arme nouvelle, ou tout autre moyen d'attaque ou de défense, le plus simple intérê,, sans qu'il soit besoin d'un raisonnement bien développ,, doit pousser les autres membrss de la tribu à l'imiter, et tous profitent ainsi de la découverte. La pratique habtuelle de chaque art nouveau doit aussi, dans une certaine mesure, fortifier l'intelligence. Si la nouvelle invention est importante, la tribu augmente en nombre, se répand et supplante d'autres tribu.. Une tribu, devenue ainsi plus nombreuse, peut toujouss espérer voir naître dans son sein d'autres membres supérieurs en sagacité et à l'esprtt inventif. Ceux-ci transmettent à leurs enfanss leur supériorité mentale; chaque jour donc, on peut compter qu'il naîtra un nombee plus considérable d'individus encore plus ingénieux; en tout cas, les chancss sont très certainement plus grandss dans une , tribu nombreuse que dans une petite tribu. Dans le cas même où ces individus supérieurs ne laisseraient pas d'enfants, leurs parenss

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restent dans la tribu. Or les é)eveur~' ont constaéé qu'en se servan,, comme reproducteurs, des membres de la famllle d'un animal qu,, abattu, était supérieur comme bête de boucherie, les produits obtenus présentent les caractères désiré..

Étudions maintenant les facultés sociales et morales. Les hommes primitifs, ou nos ancêtres simio-humains, n'ont pu devenrr sociables qu'après avoir acquis les sentiments instinctifs qui poussent certanss autres animaxx à vivre en société; ils possédaient, sans aucun doute, ces mêmes dispositions générales. Ils devaient ressentir quelque chagrin lorsqu'ils étaient séparés de leurs camaradss pour lesquess ils avaient de l'affeciion; ils devaient s'avertrr mutuellement du danger et s'entr'aider en cas d'attaque ou de défense. Ces sentiments impliquent un certain degré de sympa-.thie, de fidétité et de courag.. Personee ne peut contester l'importanee qu'on,, pour les animaux inférieurs, ces diverses qualités sociaces; or il est probabee que, de même que les animau,, les ancêtres de l'homme en sont redevables à la sélection naturelle jointe à l'habitude héréditaire. Lorsque deux tribus d'hommss primitifs, habitant un même pays, entraient en rivalité, il n'est pas douteux que, toutes autres circonstances étant égales, celle qui renfermait un plus grand nombee de membres courageux, sympathiquss et fidèles, toujouss prêss à s'avertir du danger, à s'entr'aider et à se défendre mutuellement, ait dû réussrr plus complètement et l'emporter sur l'autre. La fidélité et le courage jouent, sans contred,r, un rôle important dans les guerres que se font continuellement les sauvages. La supéroorité quront les soldats disciplinés sur les hordes qui ne le sont pas résulte surtout de la confiance que chaque homme repose dans ses camarades. L'obésssance, comme l'a démontré M. Bageho, % est une qualtté importante entre toutes, car une forme de gouvernement, quelle qu'elle soit, vaut mieux que l'anarchie. La cohésion, sans laquelee rien n'est possibe,, fait défaut aux peuples égoïstes et querelleurs. Une tribu possédant, à un haut degré, les qualités dont nous venons de parler doit s'étendee et l'emporter sur les autre;; mais, à en juger par l'histoire du passé, elle doit, dans la suite des temps, succombrr à son tour devant quelque autre tribu encore mieux douée qu'elle. Les qualités sociales et morales tendent ainsi à progresser lentement et à se propager dansle monde.

4. J'ai donné des exemples dans la Variation, etc., H, p. 208.

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Mais on peut se demandrr comment un grand nombre d'individus, dans le sein d'une même tribu, ont d'abodd acquis ces qualités sociales et morales, et comment le niveau de la perfection s'est graduellement élevé? Il est fort douteux que les descendants des parenss les plus sympathiques, les plus bienveillants et les plus fidèles à leurs compagnons, aient surpaséé en nombee ceux des membres égoïstes et perfides de la même tribu. L'individu prêt à sacrifier sa vie plutôt que de trahrr les siens, comme maint sauvage en a donné l'exemple, ne laisse souvent pas d'enfants pour hériter de sa noble nature. Les hommes les plus brave,, les plus ardenss à s'exposer aux premeers rangs de la mêlée, et qui risquent volon.. tiers leur vie pour leurs semblables, doivent même, en moyenn,, succombrr en plus grande quantité que les autres. Il semble donc presque impossible (il faut se rappeler que nous ne parlons pas ici d'une tribu victorieuse sur une autre tribu) que la sélectson naturelle, c'est-à-dire la persistance du plus apte, puisse augmenter le nombee des hommss doués de ces vertus, ou le degré de leur perfection.

Bien que les circonstances qui tendent à amener une augmentation constanee des hommss éminemment doués dans une même tribu soient trop complexss pour que nous songions à les étudier ici, nous pouvons cependant indiquer quelques-unes des phasss probablement parcourues. Et d'abord, à mesure qu'augmentent la raison et la prévoyance des membres de la tribu, chacun apprend bientôt par expérience que, s'il aide ses semblables, ceux-ci l'aideront à leur tour. Ce mobi,e peu élevé pourrait déjà faire prendee à l'individu l'habitude d'aider ses semblables. Or la pratique habituelee des actes bienveillants fortifie certainement le sentimett de la sympathie, laquelee imprime la première impulsion à la bonne action. En outre, les habitudes observées pendant beaucopp de générations tendent probablement à devenrr héréditaires.

Il est, d'ailleurs, une autre cause bien plus puissante encore pour stimuler le développement des vertus sociales, c'est l'approbation et le blâme de nos semblables. L'instinct de la sympathie, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, nous pousse à approuver ou à blâmer les actions de nos semblables; il nous fait désirer les éloges et redouter le blâme; or la sélection naturelle a sans doute développé primitivement cet instinc,, comme elle a développé tous les autres instincts sociaux. Il est, bien entendu, impossible de direà quelle antique période du développement de l'espèce humaine la louange ou le blâme exprimé par leurs semblables a pu affecter ou entraîner les ancêtres de l'homm.. Mais il paratt que

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les chiens eux-mêmss sont sensibles à l'encouragement, à l'éloge ou au blâme. Les sauvages les plus grossiers comprennent le sentiment de la gloire, ce que démontrent clairement l'importance qu'ils attachent à la conservation des trophées qui sont le fruit de leurs prouesses, leur extrême jactance et les soins exclusifs qu'ils prennent pour embellir et pour décorer leur personn;; en effet, de pareilles habitudes, seraient absurdes s'ils ne se souciaient pas de l'opinion de leurs semblables.

Les sauvages éprouvent certannement de la honte lorsqu'ils enfreignent quelques-unes de leurs coutumes, si ridicules qu'elles nous parasssent; ils éprouvent aussi des remord,, comme le prouve l'exempee de cet Australien qui maigrissait à vue d'œil et qui ne pouvait plus prendee aucun repos, parce quill avatt négligé d'assassiner une autre femme pour apaiser l'esprit de la femme qu'll venatt de perdre. Il serait, d'allleurs, incroyable qu'un sauvag,, capabee de sacrffier sa vie plutôt que de trahrr sa tribu, ou de venir se constituer prisonnier plutôt que de manqurr à sa paroee», n'éprouvtt pas du remords au fond de l'âme, s'il a failii à un devoir qu'll considère comme sacré.

Nous pouvons donc concluee que l'homme primitif, dès une période très reculée, devatt se laisser influencer par l'éloge ou par le blâme de ses semblables. Il est évident que les membres d'une même tribu devaient approuver la conduite qui leur paraisstit favorable au bien général et réprouver celle qui leur semblait contraire à la prospérité de tous. Faire du bien aux autre,, - faire aux autres ce qu'on voudrait qu'ils vous fissent, - telle est la base fondamenta'e de la morale. Il est donc difficile d'exagérer l'impotance qu'ont dû avoir, même à des époques très reculée,, l'amour de la louange et la crainee du blâme. L'amorr de la louang,, le désir de la gloire, suffisent souvent à détermnner-l'homme qu'un sentiment profond et instinctif n'entraîne pas à sacrifier sa vie pour le bien d'autrui; or son exempee suffit pour exciter chez ses semblables le même désir de la gloire, et fortifie, par la pratique, le noble sentiment de l'admiration. L'individu peut ainsi rendee plus de services à sa tribu que s'il engendrait des enfants, quelquss tendances qu'aient ces derniers à hériter de son noble caractère.

A mesure que se développent l'expérience et la raison, l'homme comprend mieux les conséquences les plus éloignées de ses actes. 11 apprécee alors à leur juste valeur et il considèee même comme

JsïtetoM»7ÔllJ.PS!eUrs exemP'es : CmtributionstolheTheoryofNatu-

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[Chap. V]             DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                     143

sacrées les vertus personnelles, telles que la tempérance, la chasteté, etc., qui sont, comme nous l'avons vu, entièrement méconnues pendant les premières période.. Il serait, d'ailleurs, inutlle de répéter ce que j'ai dit à ce sujet dans le quatrième chapitre: En un mot, notre sens mora,, ou notre conscience, se compose d'un sentment essentiellement complexe, basé sur les instincss sociaux, encouragé et dirigé par l'approbation de nos semblables, rég,é par la raison, par l'intérêt, et, dans des.temps plus récents, par de profonds sentimenss religieux, renforcés par l'instruction et par l'habitude. . . .

Sans doute, un degré très élevé de moralité ne.procuee à chaque individu et à ses descendants que peu ou point d'avantages sur les autres membres de la même tribu, mais il n'en est pas moins vrai que le progrès du niveau moyen de la moralité et l'augmentation du nombee des individus bien doués sous ce rappott procurent certainement à une tribu un avantage immenee sur une autre tribu. Si une tribu renferme beaucoup de membres qui possèdent à un haut degré l'esprit de patriotisme, de fidélité, d'obéissance, de courage et de sympath,e, qui sont toujouss prêts, par conséquent, à s'en-tr'aider et à se sacrifier au bien commun, elle doit évidemment l'emporter sur la plupatt des autres tribu;; or c'est là ce-qui constitue la sélection naturelle. De tout temps et dans le monde entier, des tribus en ont supplanéé d'autres; or, comme la moraee est un des élémenss de leur succès, le nombee des hommss chez lesquels son niveau s'élève tend partout à augmenter. ,

Il est toutefois très difficile d'indiquer pourquii une tribu queconque plutôt qu'une autre réussit à s'élevrr sur l'échelee de la civilisation. Beaucoup de sauvagss sont restés ce qu'ils étaient au moment de leur découverte, il y a quelquss siècles. Nous sommes disposés, ainsi que l'a fait remarquer M. Bageho,, à considérer le progrès comme la règle normale dela société humaine;mais l'histoire contredtt cette hypothèse. Les anciens n'avaient pas plus l'idée du progrès que ne l'ont, de nos jours, les nations orientales. D'après une autre autorité, sir Henry Maine', « la plus grande partie de l'humanité n'a jamass manifesté le moindee désir de voir améliorer ses institutions civiles ». Le progrès semble dépendee du concouss d'un grand nombee de condiiions favorables, beaucoup trop compliquées pour qu'on puisse les indiquer toutes. Tou-tefois on a souvent remarqué qu'un climat tempéré, qui favorise

B^:%n^m!T^:22'Pour les remarques de M.Bagehot,Fortni9My

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144.                    LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Partie]

le développement de l'industrie et des arts divers, est une condtion très favorable, indispensable même au progrès. Les Esqumaux, sous la pression de la dure nécessité, ont réussi à faire plusieurs inventions ingénieuses, mais la rigueur excessive de leur climat a empêché tout progrès continu. Les habitudes nomadss de l'homm,, tant sur les vastes plaines que dans les forêts épaisses des régions tropicales ou le long des côtes maritimes, lui ont été, dans tous les cas, hautement préjudiciables. Ce fut en observant les barbares habitants de la Terre'de Feu que je compris combien la possession de quelquss biens, une demeuee fixe et l'union de plusieurs famllles sous un même chef sont les élémenss nécessaires et indispensables à toute civilisation. Ces habitudes impiiquent la cultuee du sol, et les premiers pas faits dans cette voie doivent probablementcommejel'aiindiquéailleussSrésulterd'unacciden:: les graines d'un arbre fruitier, par exempe,, tombant sur un tas de fumier et produisant une variété plus belle. Quoi qu'il en soit, il est encore impossible d'indiquer quels ont été les premiers pas des sauvages dans la voie dela civilisation.

La sélection naturelle considérée aupoint de vue de son action sur les nations civilisées. - Je ne me suis occupé jusquàà présent que des progrès qu'a dû réaliser l'homme pour passer de sa condition primitive semi-humaine à un état analogue à celui des sauvages actuels. Je crois devoir ajouter ici quelquss remarques relatives à l'action de la sélection naturelle sur les nations civilisée.. . M. W. R. Greg», et antérieurement MM. Wallace et Galton'», ont admirablement discuté ce sujet;- j'emprunterai donc la plupatt de mes remarques à ces tross auteurs. Chez les sauvages, les individus faibres de corps ou d'esprit sont promptement éliminé,, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommss civilisé,, nous faison,, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l'élimination;

8.  La Variation des animaux, etc., vol. I, p. 329.

9. Fraser's Magazine, sept. 1868, p. 353. Cetarticle paraitavoir frappébeaucoup de personnes, et a donné lieu à deux mémeires remarquables et à une re-

émises d,DS lM«.«te,'«l 13 Juil. 1MI.JM emprun.éd.s argumenl, » plu-

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rChap. V]            DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS            '         145

nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les infirmes etles malades; nous faisons des lois pour venrr en aide aux indigents; nos médecins déploient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun. On a raison de croire que là vaccine a préservé des miliiers d'individus qui", faibles de constitution, auraient autrefois succombé à la variole. Les membres débiles des sociétés civilisées peuvent donc se .reproduire indéfiniment. Or, quiconqee s'est occupé de la reproduction des animaux domestiques sait, à n'en pas douter, combuen cette perpétuation des êtres débiles doit être nuisible à la race humanne. On est tout surpris de voir combien le manque de soins, ou même des soins mal dirigé,, amènent rapidement la dégénérescence d'une race domestique; en conséquence, à l'exception de l'homme lui-mêm,, personee n'est assez ignorant ni assez maladroit pour permettre aux animaux débiles de reproduire.

Notre instinct de sympathie nous pousse à secourrr les malhereux; la compassion est un des produits accidentels de cet instinct que nous avons acquss dans le principe, au même titre que. les autres instincss sociables dont il fait partie. La sympath,e, d'allleurs, pour les causes que nous avons déjà indiquées, tend toujouss à devenrr plus large et plus universelle. Nous ne saurions restrendre notre sympathie, en admettant même que l'inllexible raison nous en fit une loi, sans porter préjudice à la plus noble partie de notre nature. Le chirurgien doit se rendee inaccessible à tout sentiment de pitié au moment où il pratique une opération, parce qu'il sait qu'il agit pour le bien de son malad;; mais si, de propos délibéré, il négligeart les faibles et les infirme,, il ne pourrait avoir en vue qu'un avantage éventuel, au prix d'un mal présent considérable et certain. Nous devons donc subir, sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui résuttent de la persistance et de la propagation des êtres débiles. Il semble, toutefois, qu'il existe un frein à cette propagation, en ce sens que les membres malsains de la société se marient moins facilement que les membres sains. Ce frein pourrait avorr une efficacité réelle si les faibles de corps et d'esprtt s'abstenaient du mariage; mais c'est là un état de choses qu'il est plus facile de désirer que de réaliser.

Dans tous les pays où existent des armées permanentes, la conscription enlève les plus beaux jeunes gens, qui sont exposés à mourir prématurément en cas de guerre, qui se.laissent souvent entraîner au vice, et qui, en tout cas, ne peuvent se marier de bonne heure. Les hommes petits, faibles, à la constitution débile, resten,, au contraire, chez eux, et ont, par conséquent, beau-

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coup plus de chances de se marier et de laisser des enfanss". : Dans tous les pays civilisés, l'homme accumuee des richesses et les transmet à ses enfants. Il en résulte que les riche,, indépendammntt de toute supériorité corporelle ou mentae,, possèdent de grands avantages sur les enfanss pauvres quand ils commencent la lutee pour l'existence. D'autre par,, les enfanss de parenss qui meurent jeunes, et qui, par. conséquent, ont, en règle générale, une mauvaise santé et peu de vigueur, héritent plus tôt queles autres enfants; il est probable aussi qu'ils se marient plus tôt et qu'ils laissent un plus grand nombee d'enfanss qui héritett de leur faible constitution. Toutefois la transmission de la propriété est loin de constituer un mal absolu, car, sans l'accumulation des captaux, les arts ne pourraient progresser; or c'est principalement par l'aciion des arts que les races civiliséss ont étendu et étendent aujourd'hui partout leur domaine, et arrivent-ainsi à supplanter. les races inférteures. L'accumulation modérée de la fortune ne porte, en outre, aucune atteinte à la marche de la sélection naturelle. Lorsqu'un homme pauvee devient modérément riche, ses ,enfanss s'adonnent à des métiers et à des professioss où la lutle est encore assez vive pour que les mieux doués au point de vue -du corps et de l'esprit aient plus de chances de réussite. L'exstence d'un groupe d'hommss instruits, qui ne sont pas obligés de gagner par le travall matériel leur pain quotidien, a une importance qu'on ne saurait exagérer; car c'est à eux qu'incombe toute l'œuvre intellectuelle supérieure, origine immédiate des progrès matériels de toute .nature, sans parler d'autres avantages d'un ordre plus élevé. La fortun,, lorsqu'elle est considérable, tend sans -doute à transformer l'homme en un fainéant inutil,, mais le nombre de ces fainéanss n'estjamais bien gran;; car, là auss,, l'élimination joue un certain rôle. Ne voyons-nous pas chaque jour, en effet, des riches insensés et prodigues dissiper tous leurs biens ? - Le drott de primogéniture avec majorats est un mal plus immédiat, bien qu'il ait pu autrefois être très avantageux, en ce sens qu'il a eu pour résultat la création d'une classe dominante, et que tout gouvernement vaut mieux que l'anarchie. Les fils aînés, qu'ils soient faibles de corps ou d'esprit, se marient ordinairement; tandis que les cadets, quelque supérieurs qu'ils soient à tous les points de vue, ne se marient pas aussi facilemnnt. Les fils atnés, qull que soit leur peu de valeu,, héritantd'un majorât, ne peuvent

1 11. Le professeur H. Fick a fait d'excellentes remarques à ce sujet et d'au-res points analogues, Ein/lussder Naturwistenschaft auf dasRecht, juin 1872.

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[Chap. V]            DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                     147

pas gaspiller leur fortun.. Mais, ici encore, comme ailleur,, les relations de la vie civilisée sont si complexss qu'il existe quelquss freins compensateurs. Les hommes riches pardroit d'aînesee peuvent choisr,, de génération en génération, les femmes les plus belles et les plus charmantes, et, ordinairement, ces femmes sont douées d'une bonne constitution physique et d'un esprit supérieu.. Les conséquences fâcheuses, quelles qu'eless puissent être, de la conservation.continue de la même ligne de descendance, sans aucune sélection, sont atténuées, en ce sens que les hommes de rang élevé cherchent toujouss à accroître leur fortune et leur pouvoir, et, pour y parven,r, épousent des héritières. Mais les filles de parents n'ayatt eu qu'un enfant sont elles-mêmes, ainsi que l'a prouvé M. Gallon,, sujettes à la stérilité, ce qui, ayant pour effet d'interrompre continuellement la ligne direcee des famllles nobles, dirige la fortune dans quelques branchss latérales. Cette nouvelle branche n'a malheureusemens pas à faire preuve d'une supériorité quelconque avant de pouvorr hériter.

Bien que la civilisation s'oppoee ainsi, de plusieuss façons, à la libre action de la sélection naturelle, elle favorise évidemmen,, par l'amélioration de l'alimentation et l'exemption de pénibles fatigues, un meilleur développement du corps. C'est ce qu'on peut concluee du fait que, partout où l'on a compaéé les hommss civilisés aux sauvages, on a trouvé les premiers physiquemett plus forts «3" L'homme civilisé paratt supporter également bien la fatigu;; beaucoup d'expéditions aventureuses en ont fourni la preuve. Le grand luxe même du riche ne peut lui être que peu préjudiciable, car la longévité, chez les deux sexes de notre aristocratie, est très peu inférieuee à celle des vigoureuses classes de travailleurs <\de l'Angleterre.

Examinons maintenant les facultés intellectuelles. Si l'on divisait les membres de chaque classe sociale en deux groupes égaux, l'un comprenant ceux que sont très intelligents, l'autre ceux qui le sont moins, il est très probable qu'on s'apercevrait bientôt que les premiers réusssssent mieux dans toutes leurs occupations, et élèvent un plus grand nombre d'enfants. Même dans les situations' inférieures, l'adresee et le talent doivent procurer un avantage bien que, dans beaucoup de professions, cet avantage soit très

12.  Feredilàry Genius, 1870, pp. 132-149.

13.  Quatrefages, Revue des cours scientifiques, 1867-68, p. 659.

14.  Voir les cinquième et sixième colonnes dressées d'après des autorités

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minime par suite de la grande division du travail. Il existe donc, chez les naiions civiiisées, une certaine tendanee à l'accroissement numérique et à l'élévation du niveau de ceux qui sont intellectuellement les plus capables. Je n'entenss pas affirmer par là que d'autres circonstanc,s, telles que la multiplicalion des insouciants et des imprévoyants ne puissent contre-balancer cette tendance; mais le talent doit aussi procurer quelquss avantages à ces derniers.

On a soulevé de graves objections contee ces hypothès;s; on a soutenu, en effet, que les hommss les plus éminenss qui aient jamais vécu n'ont pas laissé de descendants. M. Galton" dit à ce sujet : « Je regrette de ne pouvorr résoudee une question bien simple : les hommss et les femmes de génie sont-ils stériles, et jusqu'à quel point le sont-ils? J'ai toutefois démontré que tel n'est point le cas pour les hommes éminents. » Les grands législateurs, les fondateuss de religioss bienfaisantes, les grands philosophes et les grands savanss contribuent bien davantage par leurs œuvres aux progrès de l'humanité, qu'ils ne le feraient en laissant après eux une nombreuse progéniture. Quant à la conformation physique, c'est la séleciion des individss un peu mieux doués et l'élimination de ceux qui le sont un peu moins, et non la conservation d'anomalies rares et prononcées, qui détermnee l'amélioration d'une espèce.. It en est de même pour les facultés intellectuelles; les hommss les plus capables, dans chaque rang de la société, réussissent mieux que ceux qui le sont moins, et, s'il n'y a pas d'autres obstacles, ils tenden,, par conséquent, à augmenter en nombre. Lorsqu,, chez un peuple, le niveau intellectuel s'est élevé et que le nombre des hommes instruits a augmenté, on peut s'attendre, en vertu du principe de la déviation de la moyenn,, ainsi que l'a démontré M. Galton, à voir apparaître, plus souvent qu'aupavavant, des hommes au génie transcendant.

Quant aux qualités moraees, il importe de constater qu'il se produit toujours, même chez les naiions les plus civiiisées, une cer-. taine élimrnation des individus moins bien doués. On exécute les maffaiteurs ou on les emprisonee pendatt de longues période,, de façon qu'ils ne puissent transmettre facilement leurs vices. Les hypocondriaques et les aliénés sont enfermés ou se suicident. Les hommss querelleurs et emportés meurent fréquemment de mort violente; ceux qul sont trop remuants pour s'adonnrr à des occupations suivies, - et ce reste de barbarie est un grand obstacee à

.assïïsssstff

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la civilisation -, - émigrent dans de nouveaux pays, ou ils se transforment en utiles pionniers. L'intempérance entraîne des conséquences si désastreuses que, à l'âge de trenee ans, par exemple, la probabilité de vie des intempérants n'est que de 13,8 année;; tandss que, pour le paysan anglais, au même âge, elle s'élève à 40,59 ans ,. Les femmes ayant des mœurs dissolues ont peu d'en-fants.-les hommes dans le même cas se marient'rarement; les uns et les autres sont épuisés par les maladies. Quand il s'agtt des animaxx domestiques, l'élimination des individus, d'allleuss peu nombreux, qui sont évidemment inférieurs, n'en constitue pas moins un élément de succès fort important. Ceci est surtout vrai pour les caractères nuisibles qui tendent à réapparaître par retou,, tels que la couleur noire chez le mouton; dans l'humanité, il se peut que les mauvaises dispositions qui, à l'occasion et sans cause explicable, reparaissent dans les familles, soient peut-être des cas de retour vers un état sauvag,, dont nous ne sommes pas sépares par un nombee bien grand de générations'. L'expression popuaaire qui nomme ces mauvass sujets les « moutons noirs » de la famille semble basée sur cette hypothèse.

La sélection naturelle semble n'exercer qu'une influence bien secondaire sur les nations civilisées, en tant qu'ie ne s'agtt que de la production d'un niveau de moralité plus élevé et d'un nombre plus conscdérable d'hommss bien cloués; nous lui devons, toutefois, l'acquisitinn originelle ses instincts-sociaux. Je me suis, d'aileeurs, assez longuement étendu, en traitant des races inféreuures, sur les causes qui déterminent les progrès de la morae,, c'est-à-dire : l'approbation de nos semblables, - l'augmentation de nos sympathies parl'habitude,-l'exempleetl'imitation,-laraison,-l'expénence et même l'intérêt individuel, - l'instruction pendant la jeunesse, et les sentiments religieu,, pour n'avorr pas à y revenrr ici.

M. Greg et M. Galton » ont vivement insisté sur un important obstacle qui s'oppoee à l'augmentation du nombee des hommes supérieuss dans les sociétés civilisées, à savorr que les pauvres et les insoucaan,s, souvent dégradés par le vice, se marentt invarablement de bonne heure, tandss que les gens prudenss et économes

intempérants est dressé d'après les Vital Statistics, de Nelson. En ce qui concerne la débauche, voir D'Farr, Influence of Marriage on morlalUy, Nat.Assoc.

V£Z^a£££iffî£: P81'3. ~acmillan's Magazine, août 1865, p. 318. - Le rev.V W. Farrar (ÀW, Mag., août 1870, p. 26!), soutient -opinion difTérente.

une

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160                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee PaktieI

se marient.-tard, afin de pouvorr convenablement s'entretenir eux et leurs enfants. Ceux qui se marient jeunss produisent, dans une période donnée, non seulement un plus grand nombee de générations, mais encore, ainsi que l'a étabii le docteur Duncan », beaucoup plus d'enfants. En outre, les enfants, nés de mères dans la fleurde l'âge, sont plus gros et plus pesants, et, en conséquence, probablement plus vigoureux que ceux nés à d'autres périodes. Il en résulte que les membres insouciants, dégradss et souvent vicieux de aa société, tendent à s'accroître dans une proportion plus rapide que ceux qui sont plus prudenss et ordinairemenr plus sages. Voici ce que dit à ce sujet M. Greg : « L'Irlandais, malpropre, sans ambition, insouciant, multiplie comme le lapin; l'Écossais, fruga,, prévoyant, plein de respect pour lui-mêm,, ambitieux, moraliste rigide, spiritualiste, sagace et très intelligent, passe ses plus belles années dans la lutte et dans le célibat, se maree tard et ne laisse que peu de descendants. Étant donné un pays primitivement peuplé de mille Saxons et de mille Celtes-- au bout d'une domaine de générations, les cinq sixièmes de la population seront Celtes, mais le dernier sixième, composé de Saxons, possédeaa les cinq sixièmes des biens, du pouvorr et de l'intelligence. Dans l'éternelle lutte pour l'existence, c'est la race inférieuee et la moins favorisée qui aura prévalu, - et cela, non en vertu de ses bonnes qualités, mais en vertu de ses défauts. »

Cette tendanee vers une marche rétrograde rencontre cependant quelques obstacles. Nous avons vu que l'intempérance entraîne un chiffre élevé de mortalité, et que le dérèglement des mœurs nuit à la propagation. Les classes les plus pauvres s'enasssent dans les villes, et le docteur Stark, se basant sur les statistiques de dix années en Écosse », a pu démontrer qu'à tous les âges la mortalité est plus considérable dans les villes que dans les districts rurau,, « et que, pendant les cinq premières années de la vie, le chiffre de la mortalité urbaine est presque exactement le double de celui des campagnes ». Ces relevés comprenant le riche comme le pauvre, il n'est pas douteux qu'il faille un nombee double de naissances pour maintenir le chiffre des habitants pauvres des villes à la hauteur de celui des campagnes. Le maraage à un âge trop précoce est très nuisible aux femmes, car on a prouvé qu'en France, a il meurt

.20 Sur les Lois de la fécondité des femmes, dans Transactions Royal Soc.

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[Chap. V]            DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                     151

dans l'année deux fois plus de femmes mariées au-desoous de vingt, ans que de femmes célibataires x. La mortalité des marss au-dessous de vingt ans est aussi considérable», mais la cause de ce fait paratt douteuse. Enfin, si les hommss qui retardent prudemment le mariage jusqu'à ce qu'ils puissent élever convenablement leur famille, choissssaient, comme ils le font souven,, des femmes dans la fleur de i'âge, la proportion d'accroissement dans la classe élevée ne seratt que légèrement diminuée.

Un ensembee énorme de documenss statistiques, relevés en Franee en 1853, ont permss de démontrer que, dans ce pays, les célibataires, comprss entre vingt et quatre-vingts ans, sont sujets à une mortalité beaucoup plus considérable que les hommss mariés; par exemple, la proportion des célibataires mouratt entre vingt et trente ans- était annuellement de 11,3 sur 1,000; la mortalité n'étant chez les hommes mariés que de 6,5 sur 1,000». La même loi s'est appli, quée en Ecosse pendant les années 1863 et 1864 pour toute]a populatinn au-dessus de vingt ans. Ainsi, la mortalité des célibataires entre vingt et trenee ans a été annuellement de 14,97 sur 1,000, tandss qu'elle ne s'est trouvée chez les hommss mariés que de 7,24 sur 1,000, soit moins de la moitié». Le docteur Stark remarque à ce suje:: « Le cé!ibat est plus préjudiciable à la vie que les métiers les plus malsains, ou qu'une résidence dans une maison ou dans un district insalubee où on n'aurait jamais fait la moindee tentative d'assainissement. a I! considèee que la diminution dela mortalité est le résultat direct du < maraage et des habitudes domestiques plus régulières qui accompagnent cet état ». I! adme,, toutefois, que les hommss intempérants, dissolus et criminels, qui vivent peu longtemp,, ne se marient ordinairement pas; il faut également admettee que les hommes à constitution faible, à mauvaise santé, ou ayant une infirmité grave de corps ou d'esprit, ne cherchent guère à se marier ou n'y réusssssent pas. Le docteur Stark paratt concluee que le mariage est, en lui-même, unecause de longévité; cette conclusion résulte de ce que les hommss mariés âgés ont un avantage marqué sur les célibataires aussi âgés; mais chacun a connu des jeunes gens à la constitution faible qui né se sont pas mariés, et qui

22. Ces citations sont empruntées à notre plus haute autorité sur ces que* tions, le travail du D' Farr, sur Ylnfluence du mariage, sur la mortalité du peuple français, lu devant la National Association for the Promotion of Social

St™' Farr", ioid. Les citations suivantes sont toutes tirées du même travail.

24. J'ai pris la moyenne des moyennes quinquennales données dans le

Dixième rapport annuel des naissances, décès, etc., en Écosse, pour 1867. La

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152 ^ - LA.DESCENDANCE DE L'HOMME           p» Parti*]

ont pourtant atteint un âge. avanc,, quoiqu'ils soient toujouss restés faibles et qu'ils aient eu, par conséquent, une moindee chance de vie. Une autre circonstance remarquable, qui paratt venrr à l'appui de la conclusion du docteur Stark, est que, en France, les veufs et les veuves, comparés aux gens mariés, subissent une mortalité considérabee; mais le docteur Farr attribue cette mortalité à la pauvreté, aux habitudes fâcheuses qui peuvent résulter de la rupture de la famille et au chagrin. En résumé, nous pouvons conclure, avec le docteur Far,, que la mortalité moindee des gens mariés, comparée à' celle des célibataires, ce qui paratt être une loi générale, « est principalement due à l'élimination constanee des types imparfai,s, à la sélection hablle des plus beaux individss dans chaque génération successive ,; la sélection ne se rattachant qu'à l'état de mariage, et agissant sur toutes les qualités corporelles, inteleectuelles et moraees». Nous pouvons donc en conclure que les hommes sains . et valides, qui, par prudence, restent pour un temps célibataires, ne sont pas exposés à un taux de mortalité plus élevé.

Si les divers obstacess que nous venons de signaerr dans les deux derniers paragraphes, et d'autres encore peut-être inconnu,, n'em- . pêchent pas les membrss insoucian,s, vicieux et autrement inférieuss de la société d'augmenter dans une proportion plus rapide que les hommss supérieurs, la nation doit rétrograder, comme il y en a, d'alleeurs, tant d'exemples dans l'histoire du monde. Nous devons nous souvenrr que le progrès n'est pas une règle invariable. Il est très difficile d'indiquer pourquoi une nation civilisée s'élève, devient plus puissante et s'étend davantage qu'une autre; ou pourquii une même nation progresse davantage à une époque qu'à une autre. Nous devons nous borner à dire que le fait dépend d'un accrosssement du chiffre de la population, du nombee des hommes doués de hautes facultés intellectuelles ou morales, aussi bien que de leur état de perfection. La conformation corporelle, eh dehors du rapport inévitable entre la vigueur du corps et celle de l'esprit, paraît n'avorr qu'une influence secondaire.

Chacun admet que les hautes aptitudes intellectuellessont avanageuses à une nation; certains écrivains en ont conclu que les anciens Grecs, qui se sont, à quelquss égard,, élevés intellectuellement plus haut qu'aucune autre race,, auraient dû, si la puissance de la sé-

25. Le D' Duncan (FecundUy, Ferlility, etc., 1871, p. 334) fait remarquer à

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[Chap. V]            DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                     153

lection naturelle est réelle, s'élever encore plus haut sur l'échelle, augmenter en nombee et peupler toute l'Europ..'Cette assertion découle de la supposition tactte si souvent faite à propos des conformations corporelles, c'est-à-dire de la prétendue tendanee innée au développement continu de l'esprit et du corps. Mais touee espèce d'évolution progressive dépend du concouss d'un grand' nombre de circonstances favorables. La sélection naturelle n'agtt jamass que d'une façon expérimentale. Certains individus, certaines races ont pu acquérir des avantages incontestables, et, cependant, périr faute de possédrr certaiss autrss caractères. Le manque de cohésion entre leurs nombreux petits États, le peu d'étendee de leur pays entier, la pratique de l'esclavage ou leur excessive sensualité, ont pu faire rétrograder les Grecs, qui n'ont succombé qu'après < s'être énervés'et s'être corrompus jusquàà la moelle» ». Les nations de l'Europe occidentale, qui actueleement dépassent si consdérablement leurs ancêtres sauvages et se trouvent à la tête de la civiiisation, ne doivent point leur supériorité à l'héritage direct des anciens Grecs, bien qu'ils doivent beaucoup aux œuvres écrites de ce peuple remarquable.

Qui peut dire positivement pourquoi la nation espagnole, si prépondérante autrefois, a été distancée dans la course? Le réveil des nations européennes, au sortir du moyen âge, constitue un problème encore plus embarrassant à résoudre.Pendant le moyen âge, ainsi que le fait remarquer M. Galton,, presque tous les hommss distingués, tous ceux qui se livraient à la cultuee de l'esprit, n'avaient d'autre refuge que l'Église, laquelle, exigeant le célibat, exerçait ainsi une influence funeste sur chaque génération successive. Pendatt cette même périod,, l'Inquisition recherchait, avec un soin extrêm,, pour les enfermer ou pour les brûler, les hommss les plus indépendants et les plus hardis. En Espagne, par exemple, les hommss constituant l'élite de là nation, - ceux qui doutaient et interrogeaient, car sans le doute il n'y a pas de progrès, - furent éliminés pendant tross siècles à raison d'un millier par an. L'Eglise catholique aainsicauséun mal incalculable, bien que ce mal ait été, sans doute, contre-balancé, jusquàà un certain point, peut-être même dans une grande mesure, par certains autres avantages. L'Europe n'en a pas moins progressé avec une rapidité incroyable.

27. M. Greg, Fraser's Magazine, sept. 1868e p. 357

pies of Geology, vol. Il, J868, p. 489). dans un passage frappant, appelé attention sur l'influence fâcheuse qu'a exercée la Sainte Inquisition en abaissant, par sélection, le niveau général de l'intelligence en Europe.

s es

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154

LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ire Partie]

. La-supériorité remarquable qu'ont eue, sur d'autres nationseuropéennes, les Anglais comme coloniaateurs, supériorité attestée par tacomparaison des progrès réalisés par les Canadiens d'origine anglaise et ceux d'origine française, a été attribuée à leur « énergie perssstante et à leur audace » ; mais qui peut dire comment les Anglass ont acquis cette énergie? Il y a certainement beaucoup de vrai dans l'hypothèse qui attribue à la sélection naturelle les merveilleux progrès des États-Unis, ainsi que le caractère de son peuple; les hommss les plus courageux, les plus énergiques et les plus entreprenants de toutes les parties de l'Europe ont, en effet, émigré pendant.les dix ou douze dernières générations pour alter peupler ce grand pays et y ont prospéré». Si on jette les yeux sur l'avenir, je ne crois pas que le rév. M. Zincke émette une opinion exagérée lorsqu'il dit- : T Toutes les autrss séries d'événements,

- comme celles qui ont produit la cultuee intellectuelle en Grèce, et celles qui ont eu pour résultat la fondatinn de l'empire romain,

- ne paraissent avorr de but et de valeur que lorsqu'on les rattache, ou plutôt qu'on les regarde comme subsidiaires au... grand courant d'émigration anglo-saxon dirigé vers l'Oues.. Q Quelque obscur que soit le problème du progrès de la civilisation, nous pouvons au moins comprendre qu'une nation qui, pendant une longue pérsod,, produit le plus grand nombee d'hommss intelligents, énergiques, braves, patriotes et bienveillants, doit, en règle générale, l'empoter sur les nations moins bien favorisées.

La sélection naturelle résulte de la lutte pour l'existence, et celle-ci dela rapidité de la multiplication. Il est impossible de ne pas déplorer amèrement, - à part la question de savoir si c'est avec raison, - la rapidité avec laquelee l'homme tend à s'accroître; cette augmentation rapide entraîne, en effet, chez les tribus barbares la pratique de l'infanticide et beaucopp d'autres maux, et, chez les nations civilisées, occasionee la pauvreté, le céliba,, et le mariage tardff des gens prévoyants. L'homme subit les mêmes maux physiques que .tes autres animaux, il n'a donc aucun droit à l'immunité contre ceux qui résuttent dela lutte pour l'exsstence. S'il n'avatt pas été soumss à la sélection naturelle pendant les temps primitifs, l'homme n'aurait certainement jamass atteint le rang qu'il occupe aujourd'hui. Lorsqee nous voyon,, dansbien des parties du monde, des régions entières extrêmement fertiles, peuplées de quelquss sauvagss errants, alors qu'elles pourraient nourrir de nombreux

29. M. Galton, Macrnillan's Marine, août 18651 p. 325. Voir aussi, On Dar-

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[Cap. V]             DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                       163

ménagss prospères, nous sommes disposés à penser que la !utté pour l'existenee n'a pas été suffisamment rude pour forcer l'homme à atteindee son état le plus élevé. A en juger d'après tout ce que nous savons de l'homme et des animaux inférieurs," les facultés intellectuelles et morales ont toujouss présenéi une variabilité assez grande pour que la sélection naturelle pût détermnner leur perfectionnement continu. Ce développement réclame sans doute le concours simuttané de nombreuses circonstances favorables ; mais on peut douter que les circonstances suffisen,, si elles ne sont pas accompagnées d'une très rapide multiplication et de l'excessive rigueur de la lutte pour J'existence qui en est la conséquence. L'état dela population danscertainspays, dansl'Amériqueméridionalepar exemple, semble même prouver qu'un peupée qui a atteint à la civilisation, tel que les Espagnols, est susceptible de se livrer à l'indolence et de rétrograder, quand les conditions d'existence deviennent trèsfaciles.Chezlesnationstrèccivilisées.lacontinuationdu progrès dépend, dans une certaine mesure, de la sélection naturelle, car ces nations ne cherchent pas à se suppaanter et à s'exterminer les unes les autre,, comme le font les tribus sauvages. Toutefois les membres les plus intelligents finissent par l'emporter dans le cours des temps sur les membres inférieuss de la même communauté, et laissent des descendants plus nombreux; or c'est là une forme de la séleciion naturelle. Une bonne éducatinn pendant la jeunesse, alors que l'esprit est très impressionnable, et un haut degré d'excellence, pratiqué par les hommss les plus distingués, incorpoéé dans les lois, les coutumes et les traditions de la nation et exigé par l'opinion publiqu,, semblent constituer les causes les plus efficaces ,du progrès.. Mais il faut toujouss se rappeler que la puissance de l'opinion publique dépend du cas que nous faisons de l'approbation ou du blâme exprimé par nos semblables, ce qui dépend de notre sympathie que, l'on n'en peut guère douter, la séleciion naturelle a primitivement développée, car"elle constitue un des élémenss les plus importants des instincss sociaux..

Toutes les nations civilisées ont été autrefois barbares. - Sir J. Lub-bock,, M. Tylor, M'Lennan et autre,, ont traité cette quesiion d'une façon si complète et si remarquable que je puis me borner ici à résumer leurs conclusion.. Le duc d'Argyll», et, avant lui, l'archvêque Whately, ont cherché à démontrer que l'homme a paru sur

3t. Broca, les Sélections, Revue d'anthropologie, 1872.

32.  On the Ongm of Civilisation, Proc. Elhnological Soc., 26 nov. 1867.

33.  Primeval Man, 1869. .

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156                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PARTIE]

la terre à l'état d'être civilisé, et que tous les sauvagss ont depuis éprouvé une dégradation, mais leurs arguments me paraissent bien faibles comparativement à ceux que leur oppose la partie adverse. Bien des natrons ont sans doute rétrogradé au point de vue de la civilisation; il se peut même que quelques-unes soient retombées dans une barbarie complète; cependant je n'en ai nulle part trouvé la preuve. Les Fuégiens, forcés probablement par d'autres hordss conquérantes à s'établir dans leurpays inhospitalr,r, peuvent, comme conséquence, s'y être un peu plus dégradés; mais il serait difficile de prouver qu'ils sont tombés beaucoup plus bas que les Botocudo,, qui habttent tes plus belles parties du Brési..

Toutes les nations civilisées descendent de peuples barbares; c'est ce que prouvent, d'une par,, les traces évidentes de leur ancienne condition inférieuee qui existent encore dans leurs coutume,, leurs croyances, leur langage, etc.; et, d'autre par,, le fait que les sauvagcspeuvent s'élever par eux-mêmss de quelquss degrés sur l'échelle dela civilisation. Les preuves & l'appui de la premèère hypothèse sont très curieuses, mais je ne puis les indiquer ici: je veux pareer, par exemple, de la numération, qui, ainsi que le prouve clairement M. Tylor, par les mots encore usités dans quelquss pays, a pris son origine en comptant les doigts d'une main d'abord, puis de la seconde, et enfin ceux des pieds. Nous en trouvons des tracss dans notre propee système décima,, et dans les chiffres romains, qu,, arrivés a V, signe que l'on est disposé à considérer comme l'image abrégée de la main humaine, passent à VI, ce qui indique sans douté l'emploi de l'autre main. De même, lorsque nous employons les locutioss dont la vingtaine est l'unité (score en anglais), « nous comptons d'après le système vigésimal, chaque vingtaine ainsi idéalemens représentée, comptant pour 20, - c'est-àddire un homme, comme dirait un Mexicain ou un Caraïbe" x. D'après une grande école de philologues, école dont le nombre va croissant, chaque langage porte les marquss de son évolution lente et graduelle. Il en est de même de l'écriture, car les lettrss ne sont que des rudimenss d'hiéroglyphes. Onnepeut lire t'ouvragede M. M'Len-nan^.sans admettre que presqee toutes les natron^ civiliséss ont

34- Royal Institution of Grea< Brilain, 15 mars 1867. Aussi, Researches into

tl5£^S:XCSSvSraussiunarticleévidemmentdumêmeau-teur.dans North British Review, juillet 1869. M.-L.-H. Morgan, A Conjectural solution of the origin of the class. System of Relationship; Proceed. American ~cad. of Sciences, vol. VII, fév. 1868. Le professeur SchaafThausen (Anthropo-logical Review, oet. 1869, p. 373), fait des remarques sur les C traces de sacrifices humains qu'on trouve tant dans Homère que dans l'Ancien Testament,..

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[Cha.. V]              DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS                       157

conservé quelques traces de certaines habitudes barbares, telles que le rapt des femmes par exempe.. Peut-on citer une seule nation ancienn,, se demande le même auteur, qui dans le principe, ait praiiqué la monogamie? L'idée primitive de la-justice, c'est-à-dire la loi du combat et les autres coutumss dont il subsiste encore des .traces, était également très grossière. Un grand nombre de nos superstitions représentent les restes d'anciennes croyances religieuses erronnées. La forme religieuee la plus élevée, - l'idée d'un Dieu abhorrant le péché et aimant la justice, - était inconnue dans les temps primitifs.

Passons à un autre genre de preuves : sir J. Lubbock a démontré que quelques sauvagss ont récemment réalisé certains progrès dans quelques-uns de leurs simples arts. L'expoéé très curieux quill fait des arme,, des outils employss et des arts pratiqués par les sauvagss dans les diverses parties du monde, tend à prouver que presque toutes les découvertes ont été indépendantes, sauf peut-êrre l'art de faire le feu ». Le boomerang australien est un excellent exempee d'une découverte indépendan.e. Les Tahitiens, lorsquonn les visita pour la première fois, étaient déjà, sous plusieurs rappor,s, plus avancés que les habitants de la plupatt des autres lies Polynésiennes. 11 n'y a pas de raisons pour croire que la haute culture des Péruviens et des Mexicains indigènes dût provenir d'une source étrangère"; ces peuples cultivaiens, en effet, plusieuss plantes indigènes, et avaient rédutt en domesticité queques animaux du pays. Un équipaee venant d'un pays à demi civilisé, naufraéé sur les côtes de l'Amérique, n'auratt pas, si on en juge d'après le peu d'influence qu'exercent la plupatt des missionnaires, produit d'effet marqué sur les indigènes, à moins que ceux-ci ne fussent déjà quelque peu civilisé.. Si nous remontons à une période très reculée de l'histoire du monde, nous trouvon,, pour nous servrr des expressions si bien connues de sir J. Lubbock, une période paléolithique et une période néolithique; or personne ne sauratt prétendee que l'art de polir les outils grossiers en silex taillé ne soit une découveree indépendante. Dans toutes les partiss ° de l'Europe jusqu'en Grèce, en Palestine, dans l'Inde, au Japon, dans la Nouvelle-Zélande et en Afrique, l'Egypee comprise, on a découvett de nombreux instruments en silex et tes habitants actuess n'ont conservé aucune tradition à cet égard. Les Chinoss et les an-

36. Sir J. Lubbock, Prehistortc Times, 2* édit., 1869, chap. xv etxvi'etpassim, Voyage de la Novara,,partie Anthropologique, partie III, 1868, p. 127.

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168                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [IrePaHtte]

ciens Juifs ont aussi employé autrefois ces instruments en silex. On peu donc en conclure que les habitants de ces nombreux, pays, qui comprennent presque tout le monde civilisé, ont été autrefois dans un état de barbarie. Croire que l'homm,, primitivement civilisé, a ensuite éprouvé,, dans tant de régions différentes, une dégradation complète, c'est se faire une pauvre opinion de la nature humaine. Combien n'est-elee pas plus vraie et plus consolante, cette opinion qui veut que le progrès ait été plus général que la rétrogadation ; et qui enseigne que.l'homme, parii d'un état inférieu,, s'esd avancé, à pas lents et interrompus, il est vrai, jusqu'au degré le plus élevé qu'il ait encore atteint eh science, en morale et en religion?

CHAPITRE VI

AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE DE l/HOMME

La position de l'homme dans la série animale. - Le système naturel est gé-

< néalogique. - Les caractères d'adaptation ont peu de valeur. - Divers points

de ressemblance entre l'homme et les quadrumanes. — Rang de l'homme

dans le système naturel. - Patrie primitive et antiquité de l'homme. - Ab-

Admettoss que la différenee entre l'homme et les animaux qui sont le plus voisins de lui, soit, sous le rapport de la conformation corporelle, aussi.grande que quelquss naturalistes le soutiennnnt; admettons aussi, ce qui, d'ailleurs, est éviden;; que la différence qui sépaee l'homme des animau,, sous le rappott des aptitudes. mentales, soit immense; il me semble, cependant, que les faits cités dans les chapitres précédenss prouvent de la manière la plus évidente que .l'homme descend d'une forme inférieure, bien qu'on

médianes enC°re'JUSqU'à préS6nt' déC0Wert les chaînons inter"l'hTmme est sujet à .des variations nombreuses, légères et diverses déterminées partes mêmes causes, réglées et transmises' selon les mêmes lois générales que chez les animaux inférieurs. Il s'est multiplié si rapidement qu'il a été nécessairement soumis à la lutte pour l'exsstence, et, par conséquent, à l'action de ta séleciion naturelle. Il a engendéé des races nombreuses, dont quelques-unes diffèrent assez les unes des autres pour que certains naturalistes les ment considérées comme des espèces distinctes. Le corps de l'homme est construtt sur le même plan homooogue que celui de,

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[Chap. VI]                 AFFINITÉS ET GENEALOGIE                            lo9

autres mammifères. Il traverse les mêmes phases de développement embryogénique. 11 conserve beaucoup de conformations rudi-mentaires et inutiles, qui, sans doute, ont eu autrefois leur utilité. Nous voyons quelquefois reparaître chez lui des caractères qui, nous avons toute raison de le croire, ont existé chez ses premeers ancêtre.. Si l'origine de l'homme avait été totalement différenee de celle de tous les autres animau,, ces diverses manffestations ne seraient que de creuses déceptions, et une pareille hypothèse est inadmissible. Ces manifestations deviennent, au contraire, compréhensibles, aumoins dans une largemesure, si l'homm,, est avec d'autres mammifères, le codescendant de quelque type inférieur inconnu.

Quelques naturalistes, profondémene frappés des aptttudes mentales de l'homm,, ont partagé l'ensembee du monde organique en tross règnes : le règne Humain, le règne Animal et le règne Végéta,, attribuant ainsi à l'homme un règne spécial \ Le naturaliste ne peut ni comparer ni classer les aptitudss mentaees, mais il peu,, ainsi que j'ai essayé de le faire, cherchrr à démontrer que, si les facultés mentales de l'homme diffèrent immensément en degré de celles des animaux qui lui sont inférieurs, elle n'en diffèrent pas quant à leur nature. Une différence en degré, si grande qu'elle soit, ne nous autorise pas à placer l'homme dans un règne à par;; c'est ce qu'on comprendra mieux peut-être, si on compaee les facuttés mentales de deux insectes, un coccus et une fourm,, par exemple, qui tous deux appartienntnt incontestablement- à la même classe. La différenee dans ce cas est plus grand,, quoique d'un genre quelque peu différen,, que celle qui existe entre l'homme et le mammifère le plus élevé. Le jeune coccus femelle s'attache par sa trompe à une planee dont il suce la sève sans jamass changrr de place; la femelle y est fécondée, elle pond ses œufs, et telle est toute son histoire. Il faudrait, au contraire, un gros volume, ainsi que l'a démontré P. Huber, pour décrire les habitudes et les apttudes mentales d'une fourm;; je me contenterai de signaler ici quelques points spéciaux. Il est certain que les fourmss se communiquent réciproquemen. certaines impressions, et s'associent pour exécuter un même travail, ou pour jouer ensemble. Elles reconnaissent leurs camarades après plusieuss mois d'abeence et éprouvent de la sympathie les unes pour les autres. Elles construisent de vastes édifices, qu'elles maintiennent dans un parfatt état de propreté, elles en ferment les portes le soir, et y placent des senti-

générale, 1859, p. 170-189.

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160 '                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [IMPartie]

nelles. Elles font des routes, creusent des tunness sous les rivières, ou les traversent au moyen de ponss temporaires qu'elles établissent en Rattachant les unes.aux autre.. Elles recuelllent des aliments pour la tribu, et, lorsqu'on apporte au nid un objet trop gros pour y entre,, elles élargsssent la porte, puis la reconstruisent à nouveau. Elles emmagasinent des graines qu'elles empêchent de germe;; si ces graines sont atteintes par l'humddité, elles les sortent du nid et les étendent au soleil pour les faire sécher. Elles élèvent des pucerons et d'autres insectes comme autant de vaches à-lait. Elles sortent en bandes régulièrement organisées pour combattre, et n'hésitent pas à sacrifier leur vie pour le bien commun. Elles émigrent d'aprss un plan préconçu. Elles capturent des esclaves. Elles transportent les œufs de leurs pucerons, ainsi que leurs propres œufs et leurs cocons, dans les parties chaudes du nid, afin d'en faciliter l'éclosion. Nous pourrions ajouter encore une infinité defaits anologuss». En résumé, la différence entre les aptitudss mentales d'une fourmi et celles d'un coccus est immense; cepeu-dant personee n'a jamass songé à les placer dans des classes, encore bien moins dans des règnes distincts. Cet intervalle est, sans doute, comblé par les aptitudes mentales intermédiaises d'une foute d'autres insectes ; ce qui n'est pas le cas entre l'homme et les singes supérieurs. Mais, nous avons toute raison de croire que les lacunes que présenee la série ne sont que le résultat de l'extinction d'un grand nombee de formes intermédiaires.

Le professeur Owcn, prenant pour base principale la conformation du cerveau, a divisé la série des mammifères en quatre sous-classe.. Il en consacre une à l'homme et il place dans une autre les marsupiaux et les monotrèmes; de sorte qu'il établit une distinction aussi complèee entre l'homme et les autres mammifères, qu'entre ceux-ci et les deux derniers groupes réunis. Aucun naturaliste capabee de porter un jugement indépendant n'ayant, que je sache, admis cette manière de voir, nous ne nous en occuperons

PdIt esTfodle.de comprendre pourquii une classification basée sur un seul caractère ou sur un seul organe, - fut-ce un organe aussi complexe et aussi important que le cerveau, - ou sur le grand développement des facultés mentaees, doit presque certainement être

2. M.Belta cité (Naturalist in Nicaragua, 1874) les faits les plus intéressants article de Georges Pouchet, V Instinct chez les insectes (Revue des Deux Mondes,

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[Chap. VI]                 AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                     . . 16t

peu satisfaisan.e. On a appliqué ce système aux insectes hyménoptères; mais, une fois classés ainsi d'après leurs habitudes ou leurs instincts, on a reconnu que cette classification était entièrement artificielle3. On peut, cela va sans dire, baser une classification sur un caractère quelconqee : la taille, la couleu,, l'élément habité; mais les naturalistes ont, depuis longtemps, acquss la conviciion profonee qu'il doit exister un système naturel de class-fication. Ce systèm,, on l'admet généralement aujourd'hui, doit suivre autant que possible un arrangement généalogique, - c'est-à-dire que les codescendants du même type doivent être réunss dans un groupe séparé des codescendants de tout autre type; mais, si les formes parentes ont eu des relations de parenté, il en est de même de leurs descendants,. et les deux groupss doivent constituer un groupe plus considérable. L'étendee des différencss existant entre les divers groupes, - c'est-àddire la somme des modifications que chacun d'eux aura éprouvées, - s'exprimera par ;des termes tels que genre,, familles, ordres et classes. Comme nous ne possédons aucun documett sur les lignes de descendance, nous ne pouvons découvrir ces lignes qu'en observant les degrés de ressemblance qui existent entre les êtres qu'il s'agtt de classer. Dans ce but, un grand nombre de points de ressemblance ont une importance beaucoup plus considérable que toute similitude ou toute dissemblance prononcée, mais ne portant que sur un pettt nombee de point.. Si deux langagss contiennent un grand nombre de mots et de formes de construction identique, on est d'accodd pour reconnaître qu'ils dérivent d'une source commun,, quand bien même ils pourraient différer beaucoup par quelquss autres points. Mais, chez les êtres organisés, les poinss de ressemblance ne doivent pas consister dans les seules adaptations à des habitudes de vie anologuss : ains,, par exempe,, il se peut que toute la constitution des deux animaux se soit modifiée pour les approprier à vivre dans l'eau, sans que pour cela ils soient voisins l'un de l'autre dans le système naturel. Cette remarque nous aide a comprendre pourquoi les nombreuses ressemblances portant sur des conformations sans importance, sur des organes inutiles et rudimentaires, ou sur des partiss non encore complètement développées et inactives au point de vue fonctionnel, sont de beaucopp les plus utiles pour la classification, parce que, n'étant pas dues à des adaptations ré-, centes, elles révèlent ainsi les anciennes lignes de descendance. c'est-à-dire celles de la véritabee affinité.

3. Westwood, Modem Classif. oy Insecls, vol. II, 1840, p. 8?.

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I« Partik]

En outre, on s'explique aisément qu'il ne faudratt pas conclure d'une modification importante affectanl un seul caractère à )a séparaiion absolue de deux organismes. La théorie de l'évolution nous enseigne, en effet, qu'une partie qui diffère considérablement de la partie correspondante chez d'autres formes voisines a dû varerr beaucou,, et que, tant que l'organisme reste soumis aux mêmes condition,, elle tend à varier encore dans la même direciion; si ces nouvelles variations sont avantageus,s, elles se conservent et segmentent continuellement. Dans beaucoup de cas, le développement continu d'une partie, du bec d'un oiseau, par exemple, ou des dents d'un mammifère, ne seratt avantageux à l'espèce ni pour se procurer ses aliments, ni dans aucun autre but; mais, chez l'homm,, nous ne voyon,, en ce qui regarde les avantages qu'il peut en tire,, aucune limite définie à assignrr au développement persistant du cerveau et des facultés mentaees. Par conséquen,, si l'on veut détermnner la position de l'homme dans le système naturel ou généalogqque, l'extrême développement du cerveau ne doit pas l'emporter sur une foule de ressemblances portant sur des poinss d'importance moindee ou même n'en ayant aucune.

La plupatt des naturalistes qui ont pris en considération l'ensemble de la conformation humaine, les facultés montalss comprise,, ont adopté les vues de Blumenbach et de Cuvier, et ont placé l'homme dans un ordre sépaéé sous le nom de Bimane,, et, par conséquent, sur le même rang que les ordres des Quadrumanes, des Carnivores, etc. Beaucoup de naturalistes très distinguss ont récemment reprss l'hypothèse proposée d'abodd par Linné, si remarquable par sa sagacité, et ont replacé, sous le nom de Primates, l'homme dans le même ordre que les Quadrumanes. Il faut reconnaître la justesee de cette hypothèse, si l'on songe, en premier lieu, aux remarques que nous venons de faire sur ie peu d'impotance qu'a, relativement à la classification, l'énorme développement du cerveau chez l'homm,, et si l'on se rappelle aussi que les différences fortement accusées existant entre le crâne de l'homme et celui des Quadrumanes (différences sur lesqueless Bischof,, Aeby et d'autres ont récemment beaucoup insisté) sont le résultat très vrassemblable d'un développemenp différent du cerveau. En second lieu, nous ne devons point oublier que presque toutes les autres ' différences plus importantes qui existent entre l'homme et les Quadrumanes sont de natuee éminemment adaptative, et se rattachent principalement à l'attitude verticaee particulière à l'homm;; telles sont la structure de la main, du pied etdu bassin, la courbure de la colonne vertébrale et la positinn de la tête. La famille des

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[Chap.V!]                AFFINITÉS ET GENEALOGIE                         163

phoques offre un excellent exemple du peu d'importance qu'ont les caractères'd'adaptation au poinl de vue de la classification. Ces animaux diffèrent de tous les autres Carnivores, par la forme du corps et par la conformation des membres, beaucoup plus que l'homme ne diffère des singes supéreeurs; cependant, dans tous les systèmes, depuis celui de Cuvier jusqu'au plus récen,, celui de M. Flower*, les phoquss occupent le rang d'une simple famille dans l'ordee des Carnivores. Si l'homme n'avatt pas été son propre classificateur, il n'eût jamais songé à fonder un ordre séparé pour s'y placer.

Je n'essaeerai certes pas, car ce seratt dépasser les limites de cet ouvrage et celles de mes connasssances, de signaler les innombrables poinss de conformation par lesquess l'homme se rapproche des autres Primates. Notre éminent anatomiste et phllosophe, le professeur Huxley, après une discussion approfondie du sujet,, conclut que, dans toutes les partiss de son organisation, l'homme diffère moins des singes supérieuss que ceux-ci ne diffèrent des membres inférieuss de leur propee group.. En conséquence, « il n'y a aucune raison pour placer l'homme dans un ordre distinc.. »

J'ai signaé,, au commencement de ce volume, divers faits qui prouvent que l'homme aune constitution absolument analogee à celle des mammifères supérieurs; cette analogee dépend sans doute de notre ressemblance intime avec eux, tant au point de vue de la structure élémenaaire que de la composition chimique de notre corps. J'ai cité comme exempee notre aptitude aux mêmes maladies et aux attaques de parasites semblables; nos goûts communs pour les mêmes stimulants, les effets semblables qu'ils produisent, ainsi que ceux de diverses drogue,, et d'autres faits de même nature.

Les traités systématiques négligent souvent de prendre en considératinn certains points peu importants de ressemblance entre l'homme et les singes supérieurs; cependatt ces poinss de ressemblance révèlent clairement, lorsqu'ils sont nombreux, nos rapports de parenté, je tiens donc à en- signaler quelques-uns. La position relative des traits de la face est évidemment la même chez l'homme et chez les Quadrumanes; les diverses émotions se traduisent par des mouvements presque identiques des muscles et de la peau, surtout au-dessus des sourcils et autour de !a bouche. Il y a même quelquss expressions qui sont presque analogues, telles que les sanglots de certaines espèces de singes et le bruit imitant le rire

4.Proceed.Zolog. Society, im, p. 4.

5. Evidence as to Manss Place in Nature, 1863, p.

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que font entendee d'autres espèces, actes pendant lesquels les coins de ta bouche se retirent en arrière et les paupèères inférieures se plissent. L'extérieur des oreilles est singulièrement semblable. L'homme a un nez beaucoup plus proémnnent que la plupatt des singe;; mais nous pouvons déjà apercevoir un commencement de courbuee aquiliee sur le nez du Gibbon Hoolock; cette courbuee du même organe est ridiculement exagérée chez le Semnopilhecus nasica.

Beaucoup de singes ont le visage orné de barbe, de favorss ou de moustaches. Les cheveux atteignent une grande longueur chez quelquss espèces de Semnopithèques»; chez le Bonnet chinoss (Macacus radialm), ils rayonnent d'un point du vertex avec une raiè au milieu, absolument comme chez l'homm.. On admet généralement que l'homme doit au front son aspect noble et inteligent; mais les poils touffus de la tête du Bonnet chinoss se termnent brusquement au sommet du front, lequel est recouvert d'un poil si court et si fin, un véritable duve,, que, à une petite distanc,, à l'exception des sourcils, il paratt être entièrement nu. On aaffirmé par erreur qu'aucun singe n'a de sourcils. Chez l'espèce dont nous venons de parler, le degré de dénudation du front varee selon les individus ; Eschricht constate ', d'allleurs, que, chez nos enfants, la limite entre le scalpe chevelu et le front dénudé est parfoss mal définie; ce qui semble constituer un cas insignifiant de retour vers un ancêtre dont le front n'étatt pas encore complètement dénudé.

On sait que, sur les bras de l'homm,, les poils tendent à converger d'en haut et d'en bas en une pointe vers le coude. Cette disposition curieuse, si différenee de celle que l'on observe chez la plupatt des mammifères inférieurs, est commuee au gorille, au chimpanzé, à l'oran,, à quelquss espèces d'hylobates, et même à quelques singes amérccains. Mais, chez YHylobaaes agilis, le poil de l'avant-bras se dirige comme à l'ordnnaire vers le poignet; chez le//, ~ar, le poil est presque transversal avec une très légère inclinaison vers l'avant-bras, de telle sorte que, chez cette dernière espèce, il se présenee à l'état de transition. Il est très probabee que, chez la plupatt des mammifères, l'épaisseur du poil et la direction quitl affecte sur le dos servent à faciliter l'écoulement de la pluie; les poils obliquss des pattes de devant du chien servent sans doute à cet usage lorsqulil dort enrouéé sur lui-mêm.. M. Wallace remarque que chez l'orang (dont il a soigneusement étudié les mœurs)

6.  Isid Geoffroy. Hist. NaL 9én., t. II, 1859, p. 217.

7.  Ueber dieRichtung der Haare, etc.. Muller's Archiv fûrAnat. und Phvsio-log., 1837, P. 51.                                                                                   JU°

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[ChapPVI] .         AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                         165

la convergence des poils du bras vers le coude sert à l'écoueement de la pluie lorsque cet anima,, suivant son habitude, replie, quand il pleut, ses bras en.l'air, pour saisir une branche d'arbee ou simplement pour les poser sur sa tête. Livingstone affirme que le gorill,, pendant une pluie battante, croise ses mains sur sa tête». Si cette explication est exacte, comme cela semble probable, l'arrangement des poils sur notre avant-bras seratt une singulière preuve de notre ancien éta,; car on ne sauratt admettre que nos poils aient aujourd'hui aucune utilité pour faciliter l'écoulement de la pluie, usage auquel ils ne se trouveraient, d'ailleurs, plus appropriés par leur direction, vu notee attituee verticale actuelle.

Il serai,, toutefois, téméraire de trop se fier au principe de l'adaptation relativement à la direciion des poils chez l'homme ou chez ses premiers ancêtres. Il est, en effet, impossible d'étudier les figures d'Eschricht sur l'arrangement du poil chez le fœtus humain, arrangement qui est le même que chez l'adulte, sans reconnaître avec cet excellent observateur que d'autres causes et des plus complexss ont dû intervnnir. Les points de convergence paraissent avoir quelquss rapports avec ces parties qui, dans le développement de l'embryon, se forment les dernières. Il semble aussi qu'il existe quelque rappott entre l'arrangemtnt des poils sur les membres et le trajet des artères médullaires».

Je ne prétends certes pas dire que les ressemblances signaéées ci-dessus entre l'homme et certains singes, ainsi que sur beaucoup d'autres points,-tels que la dénudation du fron,, les longuss tresses sur la tête, etc,, - résuttent nécessairement toutes d'une tranmission héréditaire non interrompue des caractères d'un ancêtre commun, ou d'un retour subséquent vers ces caractères. Il est plus probable qu'un grand nombee de ces ressemblances sont dues à une variation analogu,, laquelle, ainsi que jaii cherché à le démontrer ailleuss'», résulte du fait que des organismes codescendants ont une constitution semblabee et subissent l'influenee de causes déterminant une même variabilité. Quant à la direction analogee des poils de l'avant-bras chez l'homme et chez certains singes, on peut probablement l'attribuer à l'hérédité,' car ce caractère est

8.  Cité par Reade. The AfricaM Sketch Book, vol. I, 1873, p. 152.

9.  Sur les poils des Hylobates, voir Nat. Hist. of Mammats, par C. L. Martin, 1841, p. 415. Isid. Geoffroy, sur les singes américains et autres. Hist. Nat.

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166                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee Partie]

commun à la plupatt des singes anthropomorphes; on ne saurait, cependant, rien affirmer à cet égard; car quelques singes amércains fort distincss présentent également ce caractère.

Si, comme nous venons de le voir, l'homme n'a pas droit à former un ordre distinct, il pourrait peut-être réclamrr un sous-ordre ou une famille distincte. Dans son dernier ouvrage", le professeur Huxley divise les Primates en trois sous-ordres,qui sont: les An-thropidés, comprenant l'homme seul; les Simiadé,, comprenant les singes de toute espèce, et les Lémuridés, comprenant les divers genres de lémure.. Si l'on se place au point de vue des différences portant sur certains poinss importants de conformation, l'homme peut, sans aucun doute, prétendee avec raison au rang de sous-ordre; rang encore trop inférieu,, si nous considérons principalement ses facultés mentales. Ce rang serait, toutefois, trop étevé au point de vue généalogique, d'après lequel l'homme ne devratt représenter qu'une famille, ou même seulement une sousffamille. Si nous nous figurons trois lignes de descendance procédant d'une source commun,, il est parfaitement concevabee que, après un laps de temps-très prolongé, d'eux d'entre elles se soient assez peu modifiées pour se comporter comme espèces d'un même genre; tandss que la troisième peut s'être assez profondément modiiiée pour constituer une sous-famille, une famille, ou même un ordre distinc.. Mais, même dans ce cas, il est presque certann que cette troisième ligne conserverait encore, par hérédité, de nombreux traits de ressemblance avec les deux autre.. Ici se présente donc la difficulté, actueleement insolube,, de savorr quelle portée nous devons attribuer dans nos classifications aux différencss très marquées qui peuvent exister sur quelquss points, - c'est-à-dire à la somme des modifications éprouvées; et quelte part il convient d'atribuer à une exacte ressemblance sur une foule de poinss insignfiants, comme indicatinn des lignes de descendance ou de généalogie. La premèère alternative est la plus évidente, et peut-être la plus sûre, bien que la dernière paraisse être celle qui indique le plus correctement la véritable classification naturelle.

Pour asseorr notre jugement sur ce poin,, relativement à l'homm,, jetons un coup d'œil sur ^classification des Simiadé.. Presqee tous les naturalistes s'accordent à diviser cette famllle en deux groupes : les Catarrhinins, ou singes de l'ancien monde, qui tous, comme .l'indique leur nom, sont caractérisés par la structure particulière de leurs narines, et la présenee de quatre prémolaires

11. An Induction <o the Classification of Animais, 1869, ,p. 99.

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.[ChapPvi]                affinitEs et gEnEalogie                         167

à chaque mâchoire; les Platyrrhinins, ou singes du nouveau monde, comprenant deux sous-groupes très distincts, tous caractérisés par des narines d'une conformation très différente, et la présenee de six prémoaaires à chaque mâchoire. On pourrait encore ajouter quelquss autres légères différence.. Or il est incontestable que, par sa dentition, par la conformation de ses narine,, et sous quelquss autres rapports, l'homme appartient à la divisson de l'ancien monde ou groupe catarrhinin ; et que, par aucun caractère, il ne ressembee de plus près aux platyrrhinsns qu'aux catarrhins,s, sauf sur quelquss poinss peu importants et qui parasssent résulter d'adaptations. Il serait, par conséquent, contraire à toute probabilité de supposrr que quelque ancienne espèce du nouveau monde ait, en variant, produtt un être à l'aspect human,, qui auratt revêtu tous les caractères distinctifs de la division de l'ancien monde en perdant en même temps les siens propres. Il y a donc tout lieu de croire que l'homme est une branche de la souche simienee de l'ancien monde, et que, au point de vue généalogique, on doit le classer dans un groupe catarrhintn ».

La plupatt des naturalistes classent dans un sous-groupe distinct, dont ils excluent les autres singes de l'ancien monde, les singes anthropomorphes, à savorr le gorllle, le chimpanzé, l'orang et l'hyrobates. Je sais que Gratiolet, se basant sur la conformation du cerveau, n'admtt pas l'existence de ce sous-groupe, qui est certanement un groupe accidenté. En effet, comme le fait remarquer M. Saint-George-Mivarfs, « l'orang est une des formes les plus parlicuirères et les plus déviées qu'on trouve dans cet ordre x. Quelquss naturalistes divisent encore les singes non anthropomorphes de l'ancien continent, en deux ou trois sous-groupes plus petits, dont le genre semnopithèque, avec son estomac tout boursouflé, constitue un des type.. Les magnitiques découvertes de M. Gaudry dans l'Attique semblent prouvrr l'existence, pendatt la période miocène, d'une forme reliautles Semnopithèques auxMaca-' ques fait qui, si on le généralise, explique comment autrefois les autres groupss plus élevés se confondaiene les uns avec les autre..

L'homme ressemble aux singes anthropomorphes, non seulement -par tous les caractères qu'il possède en commun avec le groupe

12. C'est presque la même dassification que celle adoptée provisoirementi par M. Saint-George-Mivart (Transact. Philos. Soc, 1867e p. 300), qui, après-

ces deux derniers groupes représentant les Platyrrhinins. M. Miyart défend

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168                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee PARTra]

catarrhinin pris dans son ensemble, maisencorerar d'autres traits particuliers, tels que l'absenee de callosités et de queue, et l'aspect général; en conséquence, si l'on admet que ces singes forment un sous-groupe naturee, nous pouvons conclure que l'homme doit son origine à quelque ancien membee de ce sous-groupe. Il n'est guère probable, en effet, qu'un membre d'un.des autres sous-groupes inférieuss ait, en vertu de la loi de la variation analogu,, engendéé un être à l'aspect human,, ressemblant sous tant de rapports aux singes anthropomorphes supéreeurs. Il n'est pas douteux que, compaéé à la plupatt des types qui se rapprochent le plus de lui, l'homme n'att éprouvé une somme extraordinaire de modifications, portant surtout sur l'énorme développement de son cerveau et résultant de son attttude verticale; nous ne devons pas, néanmoins, perdee de vue « qu'il n'est qu'une des diverses formes exceptionnelles des Primates" ».

Quiconque admet le principe de l'évolution doit admettre aussi que les deux principales divisions des Simiadés, les singes cata--rhiniss et les singes platyrrhinsns avec leurs sous-groupes, descendent tous d'un ancêtre uniqu,, séparé d'eux par de longuss périodes. Les premiers descendants de cet ancêtre, avant de s'écarter considérablement les uns des autre,, ont dû continurr à former un groupe unique naturel; toutefois quelques-unes des espèces, ou genres naissants, devaient déjà commencer à indiquer, par leur divergence; les caractères distinctifs futurs des groupss catarrhinin et platyrrhin.n. En conséquence, les membres de cet ancien group,, dont nous supposons l'existence, ne devaient pas présenter dans leur dentitinn ou dans la structure de leurs narinss l'unfformité qu'offrent actuellement le premier caractère chez les singes catarrhinins, et le second chez les singes platyrrhinins; ils devaien,, sous ce rapport, ressembler au groupe voisin des Lémures, qui diffèrent beaucoup les uns des autres par la forme de leur museau,, et a un degré excessif par leur dentition.

Les singes catarrhinsns et les singes platyrrhinsns possèdent en commun une foule de caractères, comme le prouve le fait qu'ils .appartiennent incontestablement à un seul et même ordre. Ces nombreux caractères communs ne peuvent guère avoir été acquss indépendamment par une aussi grande quantité d'espèces distinctes; il convient donc d'attribuer ces caractères à l'hérédité. En outre, un naturaliste aurait, sans aucun doute, classé au nombee des singes

14. M. Saint-George-Mivart, TVansact. Philos. Soc, 1867, p. 410. 18^™'MUrieandMiV^^^

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[Chap.vii               affinités et gEnEalogie                         169

une forme ancienn,, qui auratt possédé beaucoup de caractères communs aux singes catarrhinsns et aux singes platyrrhinins, et à d'autres singes intermédiaires, outre qu'elle auratt possédé quelques autres caractères distincts de ceux qu'on observe actueleement chez chacun de ces groupes. Or, comme, au point de vue généalogique, l'homme appartient au groupe catarrhinin, ou groupe de l'anc,en monde, nous devons conclure, quelque atteinte que puisse en ressentir notre orgueil, que nos ancêtres primitifs auraeent, à bon droit, porté le nom de singes .. Mais il ne faudrait pas supposer que,l'ancêtre primitif de tout le groupe simien, y comprss l'homm,, ait été identiqu,, ou même ressemblât de près, à aucun singe existan..

Patrie et antiquité de l'homm.. - Nous sommes naturellement amenés à rechercher quelle a pu être la patrie primitive de l'homm,, alors que nos ancêtres se sont écartés du groupe cata-rhinin. Le fait qu'ils faisaient partie de ce groupe prouve clairement qu'ils habitaient l'ancien monde, mais ni l'Australie, ni aucune île océaniqu,, ainsi que nous pouvons le prouvrr par les lois de la distribution géographique. Dans toutes les grandss régions du ' globe, les mammifères vivants se rapprochent beaucoup des espèces éteintes de la même région. Il est donc probabee que l'Afrique a autrefois été habitée par des singes disparus très voisins du gorille et du chimpanzé; or, comme ces deux espèces sont actuellement celles qui se rapprochent le plus de l'homm,, il est probabee que nos ancêtres primitifs ont vécu sur le continent africain plutôt que partott ailleurs. Il est inutile, d'alleeurs, de discuter longuement . cette question, car, pendatt l'époque miocène supérieure, un singe presque aussi grand que l'homm,, voisin des Hylobates anthropomorphes, leDryopithèque de Lartet " a habité l'Europ; ; depuis cette époque reculée, la terre a certainement subi des révolutions nombreuses et considérables, et il s'est écoulé un temps plus que suffisant pour que les migrations aient pu s'effectuer sur la plus vaste échelle.

A quelque époque et en quelque endrott que l'homme ait perdu " ses poils, il est probabee qu'il habitait alors un pays chaud, cond--

16. Hâckel est arrivé à la même conclusion. Voir, Ueber die Entstehung der Metschengeschlechls, dans Viichow,Sammlung.gemein.ivissen. Vorlràge, 1868, p. 61. Aussi, Natûrliche Schopfungsgeschichte, 1S68, où il explique en détail

Sl7!UDsaUarsythtlajor! 'sur^Z'nges fossiles trouvés en Italie, Soc. ilal des Sciences nat. vol. XV, 1872.

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170                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PARTIE]

tion favorabee à un régime frugivore qui, d'après les lois de l'analogie, devatt être le sien. Nous sommes loin de savorr combien il s'est écoulé de temps depuis que l'homme a commenéé à s'écarter du groupe catarrhin,n, mais cela peut remonter à une époque aussi éloignée que la période éocène; les singes supérieurs, en effet, avaient déjà divergi des singes inférieuss dès la période miocène supéreeure, comme le prouve l'existence du Dryopithèque. Nous ignorons également avec quelle rapidité des êtres, placés plus ou moins haut sur l'échelee organqque, peuvent se modifier quand les condiiions sont favorables; nous savons, toutefois, que certaines espèces d'animaux ont conservé la même forme pendant un laps de temps considérable. Ce qui se passe sous nos yeux chez nos animaux domestiques nous enseigne que, pendant une même périod,, quelquss codescendants d'une même espèce peuvent ne pas changer du tou,, que d'autres changent un peu, que d'autres enfin changent beaucou.. Il peut en avorr été ainsi de l'homme qui, comparé aux singes supérieurs, a éprouve sous certains rapports des modifications importantes.           

On a souvent opposé comme une grave objection à l'hypothèse que l'homme descend d'un type inférieur l'importante lacune qui interromtt la chaîne organique entre l'homme et ses voisins tes plus proche,, sans qu'aucune espèce éteinte ou vivanee vienne la combler. Mais cette objection n'a que bien peu de poids pour quiconque, puisant sa conviction dans des raisons générales, admet le principe de l'évolution. D'un bout à l'autre de là série, nous rencontrons sans cesse des lacunes, dont les unes sont considérables, tranchées et distinctes, tandis que d'autres le sont moins à des degrés divers; ains,, entre t'Orang et les espèces voisine,, - entre le Tarsius et les autres Lémuriens, - entre l'éléphant, et, d'une manèère encore bien plus frappante,-entre l'Ornithorynque ou l'É-chidné et les autres mammifères. Mais toutes ces lacunes ne dépendent que du nombre des formes voisines qui se sont éteintes. Dans un avenrr assez prochain, si nous comptoss par siècles, les races humannes civilisées auront très certannement exterminé et rempaacé les races sauvagss dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que te fait remarquer le professerr Schaafîhausen », les singes anthropomorphes auront aussi disparu. La.lacuee sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n'y aura plus de chaînoss intermédiaires entre la race humaine, qui, nous pouvons l'espérer, aura alors surpaséé en civi-

L 18. Anthropologie* Review, avril 1867, p. 236.

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[Chap. VIJ                AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                          171

lisaiion la race caucasienne, et quelque espèce de singe inférieu;,' tel que le Babouin, au lieu que, actuellement, la lacune n'existe qu'entre le Nègre ou l'Australien et le Gorille.

Quant à l'absenee de restes fossiles pouvant relier l'homme à ses ancêtres pseudo-simiens, il suffit, pour comprendre le peu de portée d'une semblable objection, de lire la discussion par laquelle sir C. Lyell» établit combien a été lente et fortuite la découverte des restes fossiles de toutes les classes de vertébrés. Il ne faut pas oublier non plus que les régions les plus propres à fournrr des restes rattachant l'homme à quelque forme pseudo-simienne éteinte n'ont pas été fouillées jusquàà présent par les géologues.

Phasesinférieuresdelagénéalogiedel'homme.-Nousavonsvu que l'homme paraît ne s'être écaréé du groupe catarrhinin ou des Simiadss du vieux monde, qu'après que ceux-ci s'étaient déjà écartés de ceux du nouveau continent. Nous allons essayer maintenant de remonter aussi loin que possible les traces de la généalogie de l'homme en nous basan,, d'abodd sur les affinités réciproques existant entre les diverses classes et les différents ordre,, et en nous aidant aussi quelque peu de l'époque relatiee de leur apparition successvee sur la terre, en tant que celle époque a pu être déterminée. Les Lémuriens, voisins des Simiadé,, leur sont inférieurs, et constituent une famllee distincte des Primates, ou môme un ordre distinct, suivant Hâcke.. Ce group,, extraordinairement diversifié et interrompu, comprend beaucoup de formes aberrantes, par suite des nombreuses extinctions quilp a probablement subies. La plupatt des survivants se trouvent dans les îles, soit à Madagasca,, soit dans l'archipel Malais, où ils n'ont pas été soumis à une concurrence aussi rude que celle qu'ils auraient rencontrée sur des continents mieux pourvss d'habitants. Ce groupe présenee également plusieurs gradations qui, ainsi qjie le fait remarquer Huxley»», < conduisent, par une pente insensible, du plus haut somme, de la créaiion animaee à des êtres qui semblent n'être qu'à un pas des mammifères placentaires les plus inférieurs, les plus petits et les moins intelligents ». Ces diverses considérations nous portent à penser que les Simiadss descendntt des ancêlres des Lémuriens existants, et que ceux-ci descendent à leur tour de formes très inférieures de la série des mammifères.......

Beaucoup de caractères importants placent les Marsupiaux au-

19. Eléments oy Geology,^,^. 583-585. Aniiguity ofMan, 1863, p. 145. 20 Man's Place m Nature, p. 105.

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172                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Partie]

dessous des mammifères placentaires. Ils ont apparu à une époque géo)ogique antéreeure, et leur distribution était alors beaucoup plus étendue qu'à présen.. On admet donc généralement que les placentaires dérivent des Implacentaires ou Marsupiaux, non pas toutefois de formes identiques à ce.les qui existent aujourd'hui, mais de leurs ancêtres primitifs. Les Monotrèmss sont clairemett voisins des Marsupiaux, et constituent une troisième division encore inférieure dans la grande série des mammifères. Ils ne sont représentés actuellement que par l'Ornithorynque et l'Échidné, deux formes qu'on peu,, en toute certitude; considérer comme les restes d'un groupe beaucoup plus considérable autrefois, et qui se sont conservées en Australie grâce à un concouss de circonstances favorables. Les Monotrèmss présentent un vif intérê,, en ce qu'ils se

de^euÎconformaUone ^ rePti'eS *" ^^^ ^^ imp0ltantS En cherchant à retracer la généalogie des Mammifères et, par conséquent, celle de l'homm,, l'obscurité devient de plus en plus profonde à mesure que. nous descendons dans la série; toutefois, comme l'a fait remarquer un juge très compéten,, M. Parker, nous avons tout heu de croire qu'aucun oiseau ou qu'aucun reptlle n'occupe une place dans la ligne directe de descendance.

Quiconque veut se rendee compee de ce que peut un esprtt ingénieux, joint à une science profond,, doit consulter les ouvragss du professeur Hackel;; je me bornerai ici a quelquss remarques générales. Tous les évolutionnistes admettent que les cinq grandss classes de Vertébrés, à savoir les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, les Amphibies et les Poisson,, descendent d'un même prototype, attendu qu'eless ont, surtous pendant l'état embryonnaire, un grand nombee de caractères communs. La classe des Poissons, inférieuee à toutes les autres au point de vue de son organssation, a aussi paru la première, ce qui nous autorise à conclure que tous les membres" du règne des Vertébrés dérivent de quelque animal pisciforme. L'hypothèse que des animaux aussi distincts les uns des autres qu'un singe, un éléphant, un oiseau-mouche, un serpent, une grenouille ou un poisson, etc., peuvent tous descendee des mêmes ancêtres, peut paraître monstrueu,e, nous le savon,, à

,^t^ ffS-S-=lff----- JTftf-*! ^

dernier ouvrage (Academy, 1869, p. 42), dit qu'il considère les lignes de des-cendancedes Vertébrés commeadmrrabeementdiscutées par Hâckel, bien qu'il

diffère sur quelques points. Il exprime aussi sa haute estime pour la valeur et la portée genérate de l'ouvrage entier et l'esprit qui a préside à sa rédaction.

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[Chap. VI]               AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                         173

.quiconque n'a pas suivi les récenss progrès de l'histoire naturelle. Cette hypothèse impiiqu,, en effet, l'existence antéreeure de chaînons intermédiaires, reliant étrottement les unes aux autres toutes ces formes si complètement dissemblables aujourd'hui..

Néanmonss il est certain qu'il a existé ou qu'il existe encore des groupss d'animaux, qui relient d'une manière plus ou moins intime les diveress grandss classes des Vertébrés. Nous avons vu que l'Ornithorynque se rapproche des Reptiles. D'un autre côté, le professeur Huxley a fait la remarquable découverte, confirmée par M. Cope et par d'autres savants, que, sous plusieuss rapports importants, les anciens Dinosauriens constituent un chaînon intermdiaire entre certains Reptiles et certains Oiseaux, - les autruches, par exempee (qui, elles-mêmes, sont évidemment un reste très répandu d'un groupe plus considérable), et l'Archéoptérix, cet étrange oiseau de l'époque secondaire, pourvu d'une queue allongée comme celle du lézard. En outre, suivant le professeur Owen », les Ichthy--saurien,, - grands lézards marins pourvss de nageoires, - ont de nombreuses affinité, avec les Poisson,, ou plut,t, selon Huxley, avec les Amphibies. Cette dernière classe (dont les grenouilles et les crapauss constituent la division la plus élevée) est évidemment voisinss des poissons ganoïdes. Ces poissons, qui ont pullulé pen-dantles premières périodss géologiques, avaient un type hautement généralisé, c'est-à-dire qu'ils présentaient des affinités diverses avec d'autres groupes organiques. D'autre par,, le Lépidosiren relie si étroitement les Amphibies et les Poisson,, que les naturalistes ont longtemps débatuu la question de savorr dans laquelle de ces deux classes ils devaient placer cet anima.. Le Lépidosiren et quelquss poissons ganoïdes habitent les rivières, qui constituent de vrass porss de refug,, et jouent le même rôle, relativement aux grandss eaux de l'océan, que les îles à l'égadd des continents; c'est ce qui les a préservés d'une extinction totale.

Enfin, un membre unique de la classe des Poisson,, classe si étendue et qui revêt des formes si diverses, l'Amphioxus, diffère tellement des autrss animaxx de cet ordre, qu'il devrait, suivant Hâckel, constituer une classe dictincte dans le règne des Vertébrés. Ce poi^ son estremarquable par ses caractères négatifs; on peut à peine dire, en effet qu'il possède un cerveau, une colonne vertébrale, un cœur, etc.; aussi les anciens naturalistes l'avaient-ils rangé parmi les-vers. II y a bien des années le professeur Goodsrr reconnui des affinités entre l'Amphioxus et les Ascidien,, formes marines inver-

22. Paleontotogy, 1860, p. 109.

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17/|                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pAnm|

tébrées, hermaphrodites, attachées d'une façon permanente à un support, et qui paraissent à peine animalisées, car elle ne consistent qu'en un sac simple, ferme, ayant l'apparence du cuir, muni de deux petiss orifices saillants. Les Ascidiens appartienntnt aux Molluscoïda de Hux)ey"- une division inférieuee du grand règne des Mollusquss; cependant quelquss naturalistes les ont récemment placés parmi les vers. Leurs larves affectent un peu la forme des têtards", elles peuvent nager en toute liberté. Quelques observations, récemment faites par Kovalevsky», et confirmées depuss par le professeur Kupffer, tendeni à prouver que les larves des Ascidiens se rattachent aux Vertébrés, par leur mode de développeme,t, par la position relative du système nerveux, et par la présence d'une conformation qui se rapproche tout à fait de la chorda dorsalis des animaux vertébrés. M. Kovalevkyy m'écrtt de Naples qu'il a poussé ses observations beaucoup plus loin, et, si les résultats qu'il annonce sont confirmé,, il aura fait une découverte du plus haut intérê.. 11 semble donc, si nous nous en rapportons à l'embryologie, qui a toujouss été !e guide le plus sûr du classifica-teur, que nous avons découvett enfin la voie qui pouraa nous conduire à la source dont descendent les Vertébrés». Nous serions aussi fondés à admettre que, & une époque très ancienn,, il existatt un groupe d'animaux qui, ressemblant à beaucoup d'égards aux larves de nos Ascidiens actues,, se sont séparés en deux grandss branches, - dont l'une, suivant une marche rétrograde, aurait formé la classe actuelee des Ascidien,, tandss que l'autre se seratt élevée jusqu'au sommet et au couronnement du règne anima,, en produsant des Vertébrés.

Nous avons jusqucici cherché à retracer a grands traits la généa-

23.  J'ai eu la satisfaction de voir, aux iles Falkland, en 1833, par conséquent

développement, la queue est enroulée autour de la tête de la larve.

24.  LLoireUeÏAcad. des Sciences de Saint-PétersbourgcLX,n"K,lS<X.

toute théorie, nous montre comment la nature peut produire la disposition fondamentale du type vertébré (l'existence d'une corde dorsale) chez un inver-

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[Chap. VI]                AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                          175

logie des Vertébrés en nous basant sur les affinités mutuelees. Voyons maintenant !'homm,, tel quill existe. Je crois que nous pourrons en partie reconstituer pendant des périodes consécutives, mars non dans leur véritable succession chronooogique, la conformation de nos antiques ancêtres. Cette tâche est possible si nous étudions les rudiments que l'homme possède encore, si nous examinons les caractères qui, accidentellement, réapparaissent chez lui par retou,, et si nous invoquoss les principes de la morphologie et de l'embryologie. Les divers faits auxquels j'aurai à faire allusion ont été exposés dans les chapitres précédents.

Les premiers ancêtres de l'homme étaient sans doute couverts de poils, les deux sexes portaient la barbe; leurs oreilles étaient probablement pointues et mobiles; ils avaient une queue, desservee par des muscles propres. Leurs membres et leur corps étaient soums. .à l'action de muscles nombreux, qui ne reparaissent aujoud'hui qu'accidentellement chez l'homm,, mais qui sont encore normaux chez les quadrumanes. L'artère et le nerf de l'humérus passaient par l'ouverture supracondyloïde. A cette époque, ou pendant une période antéreeure, l'intestin possédatt un diverticulum ou ceecum plus grand que celui qui existe" aujourd'hui. Le pied, à en juger par la condition du gros ortell chez le fœtus, devatt être alors préhensible, et nos ancêtres vivaient sans doute habituellement sur les arbres, dans quelque pays chaud, couvert de forêts. Les mâles avaient de fortes canenes qui constituaient pour eux des armes formidables.

A une époque antérieure, l'utérus était double; les excrétioss étaient expulsées par un cloaque, et l'œil était protégé par une troisième paupière ou membrane clignotante. En remontant plus haut encore, les ancêtres de l'homme menaeent une vie aquatique : car la morphologie nous enseigne clairement que nos poumons ne sont qu'une vessie nataooire modffiée, qui servatt autrefois de flotteur. Les fentes du cou de l'embryon humann indiquent la place où les branchies existaeent alors. Les périodss lunaires de quelques-unes de nos fonctions périodiques semblent constituer une trace de notre patrie primitive, c'est-à-dire une côte lavée par les marées. Vers, cette époque, les corps de Wo)ff (corpoaa Wolfflana) rempaaçaient Jes reins. Le. cœur n'existait qu'à l'état de simple vaisseau pu)satile; et la chorda dorsalis occupatt la place de la colonne vertébrale. Ces premeers prédécesseursde l'homm,, entrevus ainsi dans les profondeurs ténébreuses du passé, devaient avoir une organisation aussi simpee que l'est celle de l'Amphooxus, peut-être même encore inférieure.

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176 _                    LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Partie]

Un autre point mértte de plus amples détails. On sait depuis longtemps que, dans le règne des vertébrés, un sexe possède, à l'état rudimentaire, diverses parties accessoires caractérisant le système reproducteur propee à l'autre sexe; or on a récemment constaéé que, à une période embryonnaire très précoce, les deux sexes possèdent de vraies glandes mâles et femelles. Il en résulte que quelque ancêtre extrêmement reculé du règne vertébéé tout entier a dû être hermaphrodite ou androgyne". Mais ici se présente une singulière difficulté. Les mâles de la classe des mammfères possèdent, dans leurs vésicules prostatiques, des rudiments d'un utérus avec le passage adjacen;; ils portent aussi des traces de mamelles, et quelquss marsupiaux mâles possèdent les rudments d'une poche». On pourraii citer encore d'autres faits analogues. Devons-nous donc supposer que quelque mammifère très anc.en ait possédé des organss propres aux deux sexes, c'est-à-dire qu'il soit resté androgyne, après avoir acquss les caractères princpaux de sa classe, et, par conséquent, après avoir divergi des classes inférieures du règne vertébée? Ceci semble très peu probable, car il nous faut descendee jusqu'aux poisson,, classe inférieuee à toutes les autre,, pour trouvrr des formes androgynes encore existantes ». Ou peu,, en effet, expliquer, chez les mammifères mâles, la présenee d'organes femelles accessoires à l'état de rudments, et inversement la présence, chez les femelles, d'organes rudimentaires masculins, par le fait que ces organes ont été graduellement acquis par l'un des sexes, puis transmis à l'autre sexe dans un état plus ou moins imparfait. Lorsqee nous étudierons la

26. C'est la conclusion d'une des plus grandes autorités en anatomie comparée, le professeur Gegenbaur(Gru»*%. der vergleich. Anat., 1870s p. 876)-

une base suffisamment solide.

^Le Tkynacilu^e en offre le meilleur exemple. Owen, Anat. of Verte-

%l!V aobIserve Jue plusieurs espèces de Serrant, aussi bien que quelques autrespoissons,sonthermaphrodttes,soitdefaçonnormaleetsymétriqueou de façon anormale et unilatérale. Le D' Zouteveen m'a indiqué quelques mémoires

pas ce fait qui, cependant, a été signalé par un trop grand nombre de bons ob-. servateurs pour qu'on puisse plus longtemps le mettre en question. Le Dr

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[ChapP VI]               AFFINITÉS ET GENEALOGIE                         177

sélection sexuele,, nous rencontrerons des exempess très nombreux de ce genre de transmission, - par exemple, les éperon,, les plumes et les couleuss brillantes, caractères acquss par les oiseaux mâles dans un but de combat ou d'ornementation, et transmis aux femelles à un état imparfait ou rudimentaire,

La présence, chez les Mammifères mâles, d'organes mammaires fonctionnellement imparfaits constitue, à quelquss égards, un fait tout particulièrement curieux. Les Monotrèmss possèdent la partie sécrétante propee de la glande lactigène avec ses orifices, mais sans mamelon;; or, comme ces animaxx se trouvent à la base même de la série des mammifères, il est probabee que les ancêtres de la classe possédaient aussi des glandes tactigènes, mais sans mamelons. Le mode de développement de ces glandes semble confirmer cetteopinion; le professeur Turner m'apprend, en effet, que, selon Kôlliker et Lange,, on peut distinguer aisément les glandss mammaires chez l'embryon avant que les mamelons deviennent appréciables; or, nous savons que le développement des parties qui se succèdent chez l'individu représenee d'ordinaire le dévelop-p pement des êtres consécutifs de la même ligne de descendance. Les Marsupiaux diffèrent des Monotrèmss en ce qu'ils possèdent les mameion;; ces organss ont donc probablement été acquss par eux après les déviations qui les ont élevés au-dessus des Monotrèmes, et transmss ensuite aux Mammifères placentaires». Personee ne suppoee que, après avoir à peu près atteint leur conformation actuelle, les Marsupaaux soient restés androgynes. Comment donc expliqurr la présenee de mamelles chez les Mammifères mâles? Il est possible que les mameless se soient d'abodd développées chez la femelle, puis qu'elles aient été transmises aux mâles; mais, ainsi que nous allons le démontrer, cette hypothèse est peu probable.

On peut supposer, c'est là une autre hypothèse, que longtemps après que les ancêtres de la classe entière des Mammifères avaient cessé d'être androgynes, les deux sexes produisaient du lait de façon à nourrrr leurs petits; et que, chez les Marsupiaux, les deux sexes portaient leurs petits dans des poches marsupial.s. Cette-hypothèse ne paratt pas absolument inadmissible, si on réfléchtt

29. Le professeur Gegenbaur (Jenaische Zeitschrift, vol. VII, p. 212,, a démontré qu'il existe deux types distincts de mamelons chez les divers ordres de: mammifères; mais il est facile de comprendre comment ces deux types peuvent dériver des mamelons des Marsupiaux et ceux de ces derniers de'ceux des'

12

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178                      LA DESCENDANCE DE L'HMMEE           [[k-Pahtie]

que les poissons Syngnathes mâles reçoivett dans leurs poches abdominales les œufs qu'ils font éclore, et qu'ils nourrissent ensuite, à ce qu'on prétend-; - que certains autres poissons mâles couvent les œufs dans leur bouche ou dans leurs cavités branchiales;-que certains crapauds mâles prennent les chapeeets d'œufs aux femelles et les enroulent autour de leurs cuisses, où ils les conservent jusquàà ce que les têtards soient éctos; - que cer-, tains oiseaux mâles accomplissent tout le travall de l'incubation, et que les pigeons mâles, aussi bien que les femelles, nourrsssent. leur couvée avec une sécrétion de leur jabo.. Mais je me suis surtout arrêéé à cette hypothèse, parce que les gtandes mammaires des Mammifères mâles sont beaucoup plus développées que les rudiments des autres parties reproductrises accessoires, qui, bien que spéciaess à un sexe, se rencontrent chez l'autre. Les g)andes mammaires et les mamelons, tels que ces organes existent chez les Mammifères, ne sont pas, à proprement parler, rudimentaires; ils ne sont quiincomplètemen, développés et fonctionnement inactifs. Us sont affectés sympathiquement par certainss maladies, de la même façon que chez la femelle. A la naissance et à l'âge de puberté, ils sécrètent souvent quelquss gouttss de lait. On a même observé des cas, chez l'homme et chez d'autres animaux, où ils se sont assez bien développss pour fournrr une notable quantité de lait. Or, si l'on. suppose que, pendant une période prolongée, les Mammifères mâles ont aidé les femelles à nourrer leurs petits», et qu'ensuite ils aient cessé de le faire, pour une raison quelconque, à la suite, par exemple, d'une diminution dans le nombre des petits, le non-usage de ces organss pendant l'âge mûr auratt entraînt leur inactivité, état qui, en vertu des deux principes bien connus de l'hérédité, se seratt probablement transmis aux mâles à l'époqee correspondante de la maturité. Mais comme, à l'âge antéreeur à la maturité, ces organss n'ont pas été encore affectés par l'hérédité, ils se trouvntt également développss chez les jeunes des deux sexes.

Conclusion. -Von Baër a propoéé la meilleuee définiiion qu'on ait jamais faite de l'avancement ou du progrès sur l'échelee orga-

. 30.M.Loekwood(cité dansQuar.. Journ. of Science,avr). 1868, p. accroit, d'après ce qu'il a observv sur le développement de l'Hippocampe, que les parois de la poche abdominale du mâle fournissent en quelque manière de la nourri-ture. Voir,surles poissons ma.es couvantles œul dL leurbouchele travail intéressant du professeur Wyman (Proc. Boston Soc. of Nat. Hist., 15 septembre 1857). Le professeur 'fumer, dans Vourn. of Anal, ond Phys., P'nov. 1866, p. 78. Le D' Günther a également décrit des cas semblables.

; 31. M- C. Royer a suggéré une hypothèse semblable, Origine de l'homme, etc., 1870.

en

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[Chap. Vt]               AFFINITÉS ET GÉNÉALOGIE                         179

niqu;; ce progrès, d'après lui, repose sur l'étendee de la différen, ciateon et de la spécialisation des différentes parties du même être, Ce a quoi je voudrais cependatt ajouter, lorsqu'il est arrivé à la maturité. Or, à mesure que les organismes, grâce à la séleciion naturelle, s'adaptent lentement à différents modes d'existence, les parties doivent se différencier et se spécialiser de plus en plus pour remplir diverses fonction,, par suite des avantages qui résultent de la division du travail physiologique. Il semble souvent qu'une même partie ait été d'abodd modifiée dans un sens, puis longtemps après elle prend une autre direction tout à fait distincte; ce qui contribue à rendee toutes les parties ee plus en plus complexés. En tout cas, chaque organisme conserve le type général de la conformation de l'ancêtre dont il est généralement issu. Les faits géologiques, d'accodd avec cette hypothèse, tendent à prouver que, dans son ensemble, l'organisation a avancé dans le monde à pas lents et interrompus. Dans le règne des vertébrés, elle a atteint son point culminant chez l'homm.. Il ne faudrait pas croire, cependan,, que des groupes d'êtres organisés disparaissent aussitôt qu'ils ont engendéé d'autres groupss plus parfaits qu'eux, et qui sont destinés aies remplacer. Le fait quiils l'ont emporé, sur leurs devanciers n'implique pas nécessairement qu'ils sont mieux adaptés pour s'emparer de toutes les places vacantes dans l'économee de, la nature. Quelques formes anciennss semblent avoir survécu parce qu'eless ont habité des localités mieux protégées où elles n'ont pas été exposées à une lutte très vive; ces formes nous permettent souvent de reconstituer nos généalogies, en nous donnant une idée plus exacte des anciennss populations disparues. Mais il faut se garder de considérer les membres actuellement existants d'un groupe d'organismes inférieuss comme les représentants exacts de leurs antiquss prédécssseurs.

Quand on remonte le plus haut possible dans-la généalogee du règne des Vertébrés, on trouve que les premeers ancêrres de ce règne ont probablement consisté en un groupe d'animaux marins»

bles générations doivent nécessairement s'adapter à des périodes régulières de sept jours. Or, fait mystérieux, chez les vertébrés supérieurs et actuellement terrestres, pour ne pas mentionner d'autres classes, plusieurs phénomènes normaux et anormaux ont des périodes d'une ou plusieurs semaines, ce qu'il est facile de comprendre, si on admet que les vertébrés descendent d'un ani-

es

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180              LA DESCENDANCE DE L'HOMME                   [Ire Partie]

ressemblant aux larves des Ascidiens existants, Ces animaxx ont produtt probablement un groupe de poissons à l'organisation aussi inférieuee que celle de l'Amphioxus; ce groupe a dû, à son tour, produire les Ganoïde,, et d'autres poissons comme le Lépidosiren, qui sont certainement peu inférieuss aux amphbbies. Nous avons vu que les oiseaux et les reptiles ont été autrefois étrottement alliés; aujourd'hui les Monotrèmss rattachent faiblement les mammifères aux reptiles. Mais personne ne sauratt dire actuellement par quelle ligne de descendance les trois classes les plus élevées et les plus voisine,, Mammffères, Oiseaux et Reptlles, dérivent de l'une des deux classes vertébrées inférieures, les Amphibies et les Poissons. On se représente aisément chez les Mammifères les degrés qui ont condutt des Monotrèmss anciens aux anciens Marsupiaux, et de ceux-ci aux premiers ancêtres des mammifères placentaires. On arrive ainsi aux Lémuriens, qu'un faible intervalle seulement sépaee des Simiadé.. Les Simiadés se.sont alors séparés en deux grandss branchés, les singes du nouveau monde et ceux de l'anceen monde; et c'est de ces derneers que, à une époque reculée, a procédé l'homm,, la mervellee et la gloire de l'univers. Nous sommes ainsi arrivés à donner à l'homme une généalogie prodigieusement longue; mais, il faut le dire, de qualité peu élevée. Il semble que le monde, comme on en a souvent fait la remarque, se soit longuement prépaéé à l'avènement de l'homm,, ce qui, dans un sens, est strictement vra,, car il descend d'une longue série d'ancêtres. Si un seul des anneaux de cette chaîne n'avatt pas existé, l'homme ne seratt pas exactement ce qu'il est. A moins de fermer volontairement les yeux, nous sommes, dans l'état actuel de nos connasssances, à même de reconnaître assez exactement notre origine sans avoir à en éprouvrr aucune honte. L'organisme le plus

mal allié aux Ascidiens actuels habitant le bord de la mer. On pourrait citer bien des exemples de ces phénomènes périodiques, tels, par exemple, que la durée de la gestation chez les Mammifères, la durée de certaines fièvres, etc. L'éclosion des œufs fournit a^ussi un excellent exemple, car, d'après M. Bartlett

pourrait donc être transmise telle quelle pendant un nombre quelconque de générations. Mais, si la fonction vient à changer, la période changerait aussi et la modification 'porterait sans doute sur toute une semaine. Cette conclusion

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[Chap.VII]                  LES RACES HUMAINES                         181

humbee est encore quelque chose de bien supérieur à la poussèère inorganique que nous foulons aux pieds ; et quiconque se livré sans préjugés à l'étude d'un être vivan,, si simple qu'il soit, ne peut qu'être transporté d'enthousiasme en contempaant son admirable structure et ses propriétés mervellleuses.

CHAPITRE VII

SUR LES RACES HUMAISES

Nature et valeur des caractères spécifiques. - Application aux races hu-maines. — Arguments favorables ou contraires au classement des races humaines comW espèces distinctes. - Sous-espèces. _ Monogénistes et Polygénistes. - Convergence des caractères.- Nombreux points de ressemblances corporelles et mentales entre les races humaines les plus distinctes. - État de l'homme, lorsqu'il s'est d'abord répandu sur la terre. - Chaque

re°c"endeéYcoC^

Je n'ai pas l'intention de décrire ici les diverses races humaines, pour employer l'expression dont on se sert d'habitude, mais de rechercher quelles sont, au point de vue de la classification, la valeur et l'origine des différences que l'on observe chez elles. Lorsque les naturalistes veulent déterminer si deux ou plusieuss formes. voisines constituent des espèces ou des variétés, ils se laissent pratiquement guider par les considérations suivantes : la somme des. différences observée;; leur portée sur un pettt nombre ou sur un grand nombee de points de conformation; leur importance physiologiqu,, mais plus spécialement leur perssstance. Le naturaliste, en effet, s'inquiète d'abodd de la constanee des caractères et lui attribu,, à juste titre, une valeur considérab.e. Dès qu'on peut démontrer d'une manière posttive, ou seulement probable, que les formes en question ont conservé des caractères distincts pendant une longue périod,, c'est un argument de grand poids pour qu'on les considèee comme des espèces. On regarde généralement une certaine stérilité, lors du premerr croisement de deux formes, ou lors du croisement de leurs rejeton,, comme un critérium décisff de leur distinction spécff.que; lorsque ces deux formes persistent dans une même région sans.s'y mélanger, on s'empresse d'admettre ce fait comme une preuve suffisante, soit d'une certaine stérilité réciproque, soit, quand il s'agtt d'animaux, d'une certaine répugnance à s'accoupler.

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182                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [In. Partie]

- En dehors de ce défaut de mélanee par croisement, l'absenee complète, dans une région bien étudiée, de variétés reliant l'une à l'autre deux formes voisines constitue probablement le critérium le plus important de tous pour établir )a distinction spécfiiqu;;^ il y a dans ce fait autre chose qu'une simple persistance de caractères, attendu que deux formes peuven,, tout en variant énormément, ne pas produire de variétés intermédiaires. Souvent auss,, avec ou sans intention, on fait jouer un rôle à la distribution géographique, c'est-à-dire qu'on regarde habituellement comme distinctes les formes appartenant à deux régions fort éloignées l'une de.l'autre, où la plupart des autres espèces sont spécfiiquement distinctes; mais, en réalité, il n'y a rien là qui puisse nous aider a distinguer les races géographiques de celles qu'on appeéle tes.véritabess espèces.

Appliquons maintenant aux races humannes ces principes généralement admis, et pour cela étudions ces races au même point de vue que celui auquel se placerait un naturaltete à propos d'un animal quelconque. Quant à l'étendue des différences qui existent entre les races, nous avons à tenrr compte de la finesse de discenement que nous avons acqusee par l'habitude de nous observer nous-mêmes. Etphinstone' a fait remarquer avec raison que tout Européen nouvellement débarqué dans l'Inde ne disiingee pas d'abord les diversss races indigènes, qui ensuite finissent par lui paraître tout à fait dissemblables; l'Hindo,, de son côté, ne remarque pas non plus de différences entre les diverses nations européenne.. Les-races humannes, même les plus distinctes, ont des formes beaucoup plus semblables qu'on ne le supposerait au premier abord; il faut excepter certaines tribus nègre;; mais certaines autres, comme me t'apprend le D' Rohlfs et comme j'ai pu m'en assurer par moi-mêm,, ressemblent aux peuples de souche caucasienne. C'est ce que démontrent les photographies de la collection anthropologique du Muséum de Pars,, photographies faites d'après des individss appartenant à diverses races, et dont la plupart. comme t'ont, remarqué beaucoup de personnss à qui je les ai montrées, pourraient passer pour des Européens. Toutefois, vus vivants, ces hommss sembleraient sans aucun doute très distincts, ce qui prouee que nous nous laissons beaucoup influencer par la couleur de la peau, la nuanee des cheveux, de légères différencss dans les traits, et l'exprsssion du visage.

Il est certain, cependant, que les diverses races, comparées et

1HUtoryofIndia, 18*1, vol. I, p. 323. Le père Ripa fait exactement la même remarque à propos des Chinois.

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[ChapP VII]                      LES RACES HUMAINES '                           183

mesuréss avec soin, diffèrent considérablement les unes des autres par la texture des cheveux, par les proportions relatives de toutes les parties du corps», par lé volume des poumons, par là-forme et la capacité du crâne, et même par les circonvolutions du cerveau3. Ce serai,, d'ailleurs, une tâche sans fin que de voulorr spécffier les nombreux poinss de différence qui existent dans la conformation. La constitution des diverses races, leur aptitude variabee à s'acclimater et leur prédisposition à contracter certaines maladess constituent encore autant de points de différence.. Au mora,, les diverses races présentent des caractères également très distincts; ces différencss se remarquent principalement quand il s'agtt de l'émoiion, mais elles existent aussi dans les facultés intellectuelles, Quiconque a eu l'occasinn de faire des observations de ce genre a dû être frappé du contaaste qui existe entre les indigènss taciturnes et sombres de l'Amériqee du Sud, et les nègres légers et bablllards. Un contraste anaiogue existe entre les Malais et les Papous*, qui vivent dans les mêmes condtiions physiques et ne sont séparés que par un étrott bras de mer.

Examnnons d'abodd les arguments avancss en faveur de la classification des races humannes en espèces distinctes; nous aborderons ensuite ceux qui sont contraires à cette classfiication. Un naturaliste, qui n'aurait jamais vu ni Nègre, ni Hottentot, ni Austrairen, ni Mongol, et qui auratt à comparer ces différenss types, s'apercevrait tout d'abodd qu'ils diffèrent par une multituee de caractères, les uns faibles, les autres considérables. Après enquête, il reconnaîtrait qu'ils sont adaptés pour vivre sous des climass très dissemblables, etqu'ils diffèrent quelque peu au point de vue de la structure corporelle et des dispositions mentaees. Si on lui affirmait alors qu'on peut lui faire venir des mêmes pays des milliess d'individus analogues, il déclarerait certainement qu'ils constituent des espèces aussi véritables que toutes celles auxquelles il a pris l'habitude de donner un nom spécifiqu.. Il insisteraet sur cette conclusinn dès qu'il auratt acquss la preuve que toutes ces formes ont, pendant des siècles, conservé des caractères ident--

2. B.-A. Gould, investigations in the MUitary and Antkropopogical StaHsHcs of American Soldiers, 1869, pp. 298-35S; cet ouvrage contient un grand nom-. bre de mesures de blancs, de noirs et d'Indiens. Sur la Capacité des poumons, p. 471. Voir aussi les tab)es nombreuses données par le D' Weisbach, d'après les observations faites par les D" Scherzer et Schwarz, dans le Voyage de la

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184                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire PARTIE]

ques, et que des nègres, absolument semblables à ceux qui existent aujourd'hui, habitaient le pays il y a au moins 4000 ans5. Un excellent observateur, le docteur Lund\iui apprendrait, en outre, que les crânes humains trouvss dans les cavernss du Brési,, mélangés aux débris d'un grand nombre de mammifères éteint,, appartiennent précisément au même type que celui qui prévatt aujourd'hui sur le continent américain.

Puis, notre naturaliste, après avoir étudié la distribution géographique de l'espèce humaine, déclarerait, sans aucun doute, que des formes qui diffèrent non-seulement d'aspect, mais qui sont adaptées les unes aux pays les plus chaud,, les autres aux pays les plus humides ou les plus secs, d'autres, enfin, aux régions arctques, doivent être spécifiquement distinctes. Il pourrait, d'ailleurs, invoquer le fait que pas une seule espèce de quadrumanes, le groupe le plus voisin de l'homm,, ne résiste à une basse température ou à un changement considérable de clima;; et que les espèces qui se rapprochent le plus de l'homme n'ont jamass pu parvenir à l'âge adulte, même sous le climat tempéré de l'Europe. Un fait, signaéé pour la premèère fois ' par Agassiz, ne laisserait pas que de l'impressionner beaucoup auss,, à savorr que les différentes races humaines sont distribuées à la surface de la terre dans les mêmes régions zoologiquss qu'habitent des espèces et des genres de mammifères incontestablement distincts. Cette remarque s'applique manifestement quand il s'agtt de la race australienne, de la race mongolienee et de la race nègre; elle est moins vraee pour lesHottentots, mais elle est absolument fondée quand il s'agtt des

5. M. Pouchet (Pluralité des races humaines, 1864) fait remarquer, au sujet des figures des fameuses cavernes égyptiennes d'Abou-Simbel, que, malgré

même pas, pouriesracesles plus accusées, cette unanimité qu'on étaitendroit

jeune Memnon (le même personnage que Rameses II, comme me l'apprend M. Birch), insiste, de la manière la plus positive, sur l'identité de ses traits avec ceux des Juifs d'Anvers. J'ai examiné au British Museum, avec deux per-

6. Cité par Nott et Gliddon (op., cit., p. 439). Ils ajoutent des preuves à l'ap-

es es

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[Chap.VII]                 LES RACES HUMAINES                              ~8S

Papous et des Malais, qui sont séparé,, ainsi que l'a étabii M. Wallace, par la même ligne que .celle qui divise les grandss régions zoologiques malaisienee et australienne.

Les indigènss de l'Amérique s'étendent sur tout le continen,, ce qui paratt d'abodd contraire à la règle que nous venons de mentionner, car la plupatt des productions de la moitié septentrionale et de la moitié méridionale du continent diffèrent considérablement; cependant, quelquss animaux, l'Opossum, par exemple, habitent l'une et l'autre moitié du continent comme le faisalent autrefois quelques Édentés gigantesques. Les Esquimaux, comme les autres animaux arctiques, occupent l'ensembee des régions qui entourent le pôle. Il faut observer que les mammifères qui habitent les diverses rég.ons .zoologiques ne diffèrent pas également les uns des autre;; de sorte quion ne doit pas considérer comme une anomalie que le nègre diffère plus et que l'Américain diffère moins des autres races humaines que ne le font les mammifères des mêmes continenss de ceux des autres région.. Ajoutons que l'homm,, dans le principe, ne paratt avoir habits aucune île océanique; il ressembee donc, sous ce rapport, aux autres membres de la classe à laquelee il appartient.

Quand il s'agit de déterminer si les variétés d'un même animal domestique constituent des espèces distinctes, c'est-à-dire si elles descendent d'espèces sauvagss différentes, le naturaliste attache beaucoup de poids au fait de la spécificité distincee des parasites externss propres à ces variétés. Ce fait auratt une portée d'autant plus grande qu'il serait exceptionnel. M. Denny m'apprend, en effet, qu'une même espèce de poux vit en parasite sur les races les plus diverses de chiens, de volallles et de pigeons, en Angleterre. Or, M. A. Murray a étudié avec beaucoup de soin les poux recueillis dans différenss pays sur les diverses races humaines8; il a observé que ces poux diffèren,, non seulement au point de vue de la couleu,, mais aussi de la conformation des griffes et des membre.. Les différencss sont restées constantes, quelque nombreux que fussent les individss recueillis. Le chirurgien d'un baleinier m'a affirmé que, lorsque les poux qui infestaient quelques indigènss des îles de Sandwcch qu'il avait à bord s'égaraient sur le corps des matelots anglais, ils périssaeent au bout de trois ou quatre jours. Ces poux étaient plus foncés et parasssaient appartenir à une espèce différenee de ceux qui attaquent les indigènss de Chiloe dans l'Amérique du Sud, poux dont il m'a envoyé des spécimen.. Ceux-ci sont plus grands

8. TransacL Roy. Soc. of Edinburgh, vol. XXII, 1861, p. 567.

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186                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Iee Partie]

et plus mous que les poux européens. M. Murray s'est procuré quatee espèces de poux d'Afriqu,, pris sur des nègres habitant la côte orientale et la' côte occidentale, des ITottentoss et des Cafres; deux espèces d'Austral;e; deux de l'Amérique du Nord et deux ee l'Amérique du Sud. Ces derniers provenaient probablement d'indgènes habitant diverses région.. On considèee ordinairement que; chez les insectes, les différencss de structure, siiinsignifiantes qu'eless soient., ont une valeur spécifiqu,, lorsqu'elles sont constantes; or. on pourrait invoquer avec quelque raison, à i'appui de la spécificité distrncee des races humannes, le fait que des parasites qui parasssent spécifiquement distincts attaquent les diverses

Arrivé a ce point de ses recherches, notre naturaliste se demanderatt si les croisements entre les diverses races humaines restent plus ou moins stériles. Il pourrait consulter un ouvrage d'un observateur sagace, d'un philosophe éminen,, le professeur Broca ; ; il trouverait, a côte de preuves que les croisements entre certainss races sont très féconds, des preuves tout aussi concluantes qu'il en est autrement pour d'autres. Ainsi, on a affirmé que les femmes indigènss de l'Australie et de la Tasmanee produisent rarement des enfanss avec les Européens; mais on a acquis la preuve que cette assertion n'a que peu de valeu.. Les noirs purs mettent à mort les métis; on a pu lire récemment que la police» a retrouvé les restes calc;nés de onze jeunes métis assassinés par les indigènes. On a aussi prétenuu que les ménagss mulâtres ont peu d'enfants; or, le docteur Bachman", de Charleston, affirme positivement, au contraire, quill a connu des familles mulâtres qui se sont mariéss entre elles pendant plusieuss générations, sans cessèr.d'étre en moyenne aussi fécondes que les familles noires ou les famlless blanchss pures. Sir C. Lyell m'informe qu'il a autrefois fait de nombreuses recherches à cet égard et quill a dû adopter la même conclusinn».

9.  Broca, Pkén. d'hybridité dam le genre Homo.

10.  Voir l'intéressante lettre de M.-T. A. Murray, dans Anthropolog. Itevieio,

S^ra^

des hommes blancs deviennent ensuite stériles avecles hommes de leur propre

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[Chap. VII]                  LES RACES HUMAINES                             187

Le recensement fait aux États-Unis, en 1854, indiqu,, d'après lé docteur Bachman, 405,751 mulâtres, chiffre qui semble évidemment très faible; toutefois, la position anormale des mulâtres, le peu de considération dont ils joussseni, et le dérèglement des femmes tendent à expliqurr leur petit nombre. En outre, les nègres absorbent incessamment les mulâtres, ce qui détermnee nécessairement une diminution de ces derniers. Un auteur digne de foi "affirme il est vra,, que les mulâtres vivent moins longtemps que les individus de race pure; bien que cette observation n'ait aucun rappott avec la fécondité plus ou moins grande de la race, on pourrait peut-être l'invoqurr comme une preuve de la distinction spécifique des races parentes. On sait, en effet, que les hybrides animaux et végétaux sont sujets à une mort prématurée, lorsqu'ils descendent d'espèces très distinctes; mais on ne peut guère classer les parenss des mulâtres dans la catégoree des espèces très distinctes. L'exemple du mulet commun, si remarquable par sa longévité et par sa vigueur et, cependant, si stéril,, prouve qu'il n'y a pas, chez les hybrides, de rappott absolu entre la diminution de la fécondité et la durée ordinaire deàà vie. Nous pourrions citer beacoup d'autres exemples

""en admettant même qu'on arrivât plus tard à prouvrr que toutes les races humaines croisées restent parfaitement fécondes, celui qui voudrait, pour d'autres raison,, les considérer comme spécifiqument distinctes pourrait observer avec justesse que ni la fécondité ni la stérilité ne sont des critériums certains de la distinction spécifique. Nous savons, en effet que les changements des conditions d'existence, ou les unions consanguines trop rapprochées, affectent profondément l'aptitude à la reproduction; nous savon,, en outre, que cette aptitude est soumise à des lois très complexes; celle, par exempe,, de l'inégale fécondtté des croisements réciproques entre les deux mêmes espèces. On rencontre, chez les formes qu'il faut incontestablement considérer comme des espèces, une gradation parfaite entre celles qui sont absolument stériles quand on les croise, celles qui sont presque fécondes et celles qui le sont tout à fait. Les degrés de la stérilite ne coïncident pas exactement

conséquent, les indigènes ont eu amplementle tempsde juger par l'expérience. 1869' p'tl9G°Uld, MilUary md Anihr0p°l Statislicsof American Solcliers,

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188                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I* PaRtir]

avcc l'étendue des différences qui existent entre les parents au point de vue de )a conformation externe ou des habitudes d'existe.ce. On peut, sous beaucoup de rapports, comparer l'homme aux animaux réduits depuas longtemps en domesticité; or, on pett aussi acc--mulerunegrandemassedepreuvescnfaveurdeladoctrinedePallas14, à savoir que la domestication tend à atténuer la stérilité qui accompagne si généralement le croemement des espèces à l'état de nature. On peut, à juste titre, tirer de ces diverses considérations la conclusion que la fécondité complète des différentes races humaines entre-croisées, aloss môme qu'elle serait prouvée, ne serait pas un mofif absolu porr noss empocher de regarder ces races comme des espèces dsstinctes.

Indépendamment de la fécondité, on a cru pouvoir trouver dass les caractères des produits d'nn croisement des preuses indiquant qu'il convient de considérer les formes parentes comme des espèces ou comme des variétés : mais une étuee trss attentive de ces faits m'a conduit à conclure qu'on ne saurait, en aucune façon, se fier à des règles générales de cette nature. Le croisement amène ordinairement la production d'une forme intermédiaire dass laquelle se con-

14. La Variation des animaux e<plantes, etc,, vol. II, p. 117. Je dois ici rappeler au lecteur que la stérilité des espèces croisées n'est pas une qualité spéciarement acquise; mass que, comme l'inaptitude qu'ont certains arbres à Êtee greffés les uns sur les autres, elle dépedd de l'acquisition d'autres difTérences. La nature de ces difTérences est inconnue, mass elles se rattachent surtout au système reproducteur, et beaucoup moins à la stucture externe ou à des différences ordinaires de la constitution. Un élément qui paraît important pour la stérilité des espèces croisées résulte de ce que l'une ou toutes deux onr été depuss longtemps habituées à des conditions fixes; or, le changemtnt dans les conditions exerçant une influence spéciale sur le sys,ème reproducteur, nous avons d'excellentes raisons pour croire que les conditions fluctuantes de la domesticateon tendent à éliminer cetee stérilité si générale dans les croisements d'espèces à l'état de nature. J'ai démontré ailleurs (Variation, etc,, vol. II, p. 196; et Origine des espèces, p. 281) que la sélection naturelle n'a pas déterminé la stérilité des espèces croisées; nous pouvons comprendre que, lorsque deux formss sont déjà devenues très stériles l'une avec l'autre, il est à peine possible que leur stérilité pussee s'augmenter parla persistance et aa conservation des individus de plus en plus stériles; car, dans ce cas, la progéniture ira en diminuant, et, finalement, il n'apparaîtra plus que des individus isolés et à de rares intervalles. Mais il y a encoee un degéé de plus hauee stérilité. Gartner et Kolreuter ont tous deux prouéé que, chez des genres de plantes comprentnt de nombreuses espèces, on peut établir une séree de celles qu,, croisées, donnent de moins en moins de graines, jusqu'à d'autres qui n'en produisent jamais une seule, bien qu'elles soient affectées par le pollen de autre espèce, puisque le germe s'enfle. Il est donc ici impossible que la sélection s'adresse aux indvvidus les plus stériles qui ont déjo cessé de produire des grannes, de sorte que l'apogée de la stériliti, lorsqee le germe esu seul affecté, ne peut résulter de la sélection. Cet apogée, et sans douee les autres degrés dela stérilité, sont les résuatsts fortuits de certaines différences inconnues dans la constitution du système reproducteur des espèces croisées.

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[Chap. VII]                   LES RACES HUMAINES                                 t89

fondent les caractères des parenss ; mais, dans certains cas, une partie des pettss ressemblent étrottement à une des formes parentes, et les autrss à l'autre forme. Ce phénomène se produtt surtott quand les parenss possèdent des caractères qui ont apparu à la suite de brusquss variations et que l'on peut presqee qualifier demonstruo-sités ".-Je fais allusion à cephénomène parce que ledocteur Rohlfs m'apprend qu'il a fréquemment observé en Afrique que les enfanss des nègres croisés avec des individss appartentnt à d'autres races sont complètement noirs ou complètemenr blancs et rarement tachtés. On sait, d'autre par,, que les mulâtres, en Amériqu,, affectent ordinairement uneforme intermédiaire entre les deuxracesparentes. Il résultede cesdiversesconsidérationsqu'unnaturalistepourrait se sentrr suffisamment autorisé à regarder les races humaines . comme des espèces distinctes, car il a pu constater chez elles beaucoup de différences de conformation et de constitution, dont quelques-unss ont une hauee importance, différences qui sont restées presque constantes pendant de longues périodes. D'ailleurs, l'énorme extension du genre humann ne laisse pas que de constituer un argument sérieux, car cette extension serait une grande anomalie dans la classe des mammifères, si le genre humann ne représentait qu'une seule espèce. En outre, la distribution de ces prétendues races humannes concorde avec celle d'autres espèces de mammifères incontestablement distinctes. Enfin, la fécondité mutuelle de toutes les races n'a pas été pleinement prouvée, et, le fùt-elle, ce ne-seratt pas une preuve absolue de leur identité spécfiiqu..

Examinons maintenant l'autre côté de la quesiion. Notre naturaliste rechercherait sans aucun doute si, comme les espèces ordinaires, les formes humaines restent distinctes lorsqu'elles sont mélangées « en. grand nombee dans un même pay;; il découvrirait immédiatement qu'il n'en est certes pas ainsi. Il pourrait voir, au Brésil, une immenee population métis de nègres et de Portugais ; à Chiloe et dans d'autres parties de l'Amérique du Sud, il trouverait une population entière consistant d'Indeens et d'Espagnols mélangés à divers degrés.. Dans plusieuss parties du même continen,, il rencontrerait les croisements les plus complexes entre des Nègres, des Indiens et des Européens; or, ces triplss combinaisons fournsssent, à en juger par le règne végétal, la preuve la plus rigoureuse de la

K. La Variation des animaux, <^.,y<A.n,V. M.

16. M. deQuatrefages (Anthropolog. Heview, ian. 1869, p. 22) a publié quel-

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190                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME          [IrePartie]

fécondité mutuelle des formes parentes. Dans une île du Pacifique, il trouverait une petite population, mélange de Polynésiens et d'Angaais; dans l'archipel Fiji, une population de Polynésiens et de Négritos, croisés à tous les degrés. On pourrait citer beaucopp de cas analogues, dans l'Afrique australe, par exemple. Les races humaines ne sont donc pas assez distinctes pour habiter un .même pays sans se mélanger; or, dans les cas ordinaires, l'absenee de mélange fourntt la preuve la plus évidente de la distinction spécifique-Notre naturaliete seratt également très surpris, lorsqulil s'apecevratt que les caractères distinctifs de toutes les races humannes sont extrêmement variables. Ce fait frappe quiconqee observe pour la première fois, au Brési,, les esclaves nègres amenés de toutes les parties de l'Afriqu.. On constaee le même fait chez les Polynésiens et chez beaucoup d'autres races. Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, d'indiquer un caractère quelconqee qui reste constant. Dans les limites même d'une tribu, les sauvagss sont loin de présenter des caractères aussi uniformes qu'on a bien voulu le dire. Les femmes hottentotes présentent certannes parti, cularités plus développées qu'elles ne le sont chez aucune autre race, mais on sait que ces caractères ne sont pas constants.. La couleur de la peau et le développement des cheveux offrent de nombruuses différences chez les tribus américaines; chez les Nègres africains, la couleur varie aussi à un certain degré, et la forme des traits varie d'une manière frappan.e. La forme du crâne varie beaucoup chez quelquss races "; il en est de même pour tous les autres caractères. Or, une dure et longue expéreence a apprss aux naturalistes combien il est téméraire de cherchrr à déterminer une espèce à l'aide de caractères inconstan.s.

Mais l'argument le plus puissant à opposer à la théorie qui veut considérer les races humaines comme des espèces distinctes, c'est qu'elles se confondent l'une avec l'autre, sans que, autant que nous en puissions juger, il y ait eu, dans beaucoup de cas, aucun entrecroisemens. On a étudié l'homme avec plus de soin qu'aucun autre être organisé; cependant, les savanss les plus éminenss n'ont pu se mettre d'accodd pour savorr s'il forme une seule espèce ou deux (Virey), trois (Jacquinot), quatre (Kant), cinq (Blumenbacb), six (Buffon), sept (Hunter), hutt (Agassiz), onze (Pickering), quinze

pSu™Vus )indifnes dliTéTcet de l'TTtAmrh Y8erleïoL-e

a aussi courts et aussi larges que ceux des Tarlares », etc.

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[Chap. Vil]                 LES RACES HUMAINES                              d91

(Bory Sainl-Vincent), seize (Desmoulins), vingt-deux (Morton),

soixanee(Crawfurd)>ousoixante-trois,selonBurke".Cette diversité de jugemenss ne prouve pas que les races humannes ne doivent pas être considérées comme des espèces, mais elle prouve que ces races se confondent les unes avec les autre,, de telle façon qu'il est presque impossible de découvrrr des caractères distinctifs évidenss qui les séparent les unes des autre..

Un naturaliste qui a eu.le malheur d'enrreprendre la description d'un groupe d'organismes très variables (je parle par expérience) a rencontre des cas précisément anologues à celui de l'homm;; s'il . est prudnnt, il finit par réunir en une espèce unique toutes les formes .que se confondent les unes avec les autre,, car il ne se reconnaît pas le drott de donner des noms à des organismes quiil ne peul pas définir. Certaines difficultés de cette nature se présentent dans l'ordee qui comprndd l'homm,, c'est-à-dire pour certains genres de singes, tandss que, chez d'autres genre,, comme le Cercopithèque, la plupatt, des singes se laissent détermnner avec certitud.. Quelques naturalistes affirment que les différentes formes du genre américain Cebus constituent des espèces, d'autres considèrent ces formes comme des races géographiques. Or, si après avoir recueilii de nombreux Cebus dans toutes les parties de l'Amériqee du. Sud, on constatait que des forme,, qui actuellement paraissent spécifiquement distinctes, se confondent les unes avec les autres, on ne manquerait pas de les considérer comme de simples variétés ou de simples races ;.c'est ainsi qu'ont agi la plupatt des naturalistes pour les races humannes. Il faut avouer èependant qu'il y a, tout au moins dans le règne végétal '», des formes que nous ne pouvons éviter de qualifier d'espèces, bien qu'elles soient reliées les unes aux autre,, en dehoss de tout entreccroisement, par d'innombrables gradations.

.. Quelques naturalistes ont récemment employé le terme « sous-espèce p pour désigner des formes qui possèdent plusieurs caractères qui dénotent ordinairement les espèces véritables, sans mériter cependant un rang aussi élevé. Or, si d'une partles raisons importantes que nous avons énumérées ci-dessus paraissent justifier l'élévatinn des races humaines à la dignité d'espèces, nous

;;18. Ce sujet est fort bien discute dans Waitz ilntroductionàl'Anthropolocjie). J'ai emprunté quelques-uns de. ces renseignements à H. Tuttle, Origin and Antiquity of Physical Man, Boston, 1S66, p. 35.

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192               . LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Pahtk]

rencontrons, d'autre par,, d'insurmontables difficultés adéfinir ces races; il semble donc que, dans ce cas, on pourrait recourir avec avantage à l'emploi du terme < sous-espèce , Mais la longue habtude fera peut-être toujouss préférer le terme « race ». Le choix des termes n'a, d'ailluurs, qu'une importance secondaire, bien qu'il soit à désire,, si faire se peut, que les mêmes termes servent à exprimer les mêmes degrés de différence. Il est malheureusement difficile de réaliser cet objectif, car, dans une même famille, les plus grands

genres renferment généralement des formes très voisines entre lesquelles il n'est guère possible d'établir une distinction, tandss que les petiss genres comprennent des formes parfaitement distinctes; toutes doiven,, cependant, être qualifiées d'espèce., En outre, les espèces d'un même genre considérable n'ont pas entre elles un même degré de ressemblance; bien au contraire, dans la plupatt des cas, on peut grouprr quelques-unes autour d'autres comme des satellites autour des planètes e.

Le genre humann se compose-t-il d'une ou de plusieuss espèces? C'est là une question que les anthropologues ont vivement discutée pendant ces dernières années, et, faute de pouvorr se mettee d'accord, ils se sont divisés en deux écoles, les monogénistes et les polygé-nistes. Ceux qui n'admettent pas le principe de l'évolution doivent considérer les espèces soit comme des créations séparées, soit comme des entités en quelque sorte distinctes; ils doiven,, en conséquence, indiqurr quelles sont les formes humaines qu'ils considèrent comme des espèces, en se basant sur les règles qui ont fait ordinairement attribuer le rang d'espèces aux autres êtres organisés. Mais la tentative est inutile tant qu'on n'auaa pas accepté généralement quelque définiiion du terme « espèce x, définition qui ne doit point renfermrr d'élément indéterminé tel qu'un acte de création. C'est comme si on voulait, avant toute définition,décidei< qu'un certain groupe de maisons doit s'appeler village, ville ou cité. Les interminables discussions sur la question de savorr si l'on doit regader comme des espèces ou comme des races géographiques les Mammifères, les Oiseaux, les Insectes et les Plantes si nombreux et si voisins, qui se représentent mutuellement dans l'Amérique du Nord et en Europ,, nous offrent un exemple pratique de cette difficulté. Il en. est de même pour les productions d'un grand nombee d'iles situées à peu de distanee des continents.

Les naturalistes, au contraire, qui admettent le principe de l'évolution, et la plupattdesjeunesnaturalistespartagent cetteopinion,

20. Origine des espècess P. M.

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[Chap. VII]                 LES RACES HUMAINES                              193

n'éprouvent aucune hésitation à reconnaître que toutes les races humaines descendent d'une souche primitive uniqu;; cela posé, ils leur donnen,, selon quills le jugent à propo,, le nom de races ou d'espècss distinctes, dans le but d'exprimer la somme de leurs différences». Quand il s'agtt de nos animaux domestiques, la question de savorr si les diverses races descendent d'une ou de plusieuss espèces est quelque peu différente. Bien que toutes les races domestique., ainsi que toutes les espèces naturelles appartenant au même genre, soient, sans aucun doute, issues de la même souche primtive, il est encore utile de discuter si, par exemple, toutes les races domestiques du chien ont acquss les différencss qui les séparent aujourd'hui les unes des autres depuis qu'une espèce unique quelconque a été primitivement domestiquée et élevée par l'homm,, ou si elles doivent quelques-uns de leurs caractères à d'autres espèces distinctes, qui s'étaient déjà modifiées elles-mêmss à l'état de natuee et qui leur auraient transmis ces caractères par hérédité. Cette quesiion ne se présenee pas pour le genre human,, car on ne sauratt soutenrr qu'il ait été domestiqué à une période particulière quelle qu'elle soit.

Lorsque, à une époque extrêmement reculée, les descendanss d'un ancêtre commun ont revêtu des caractères distincss pour former les races humaines, les différencss entre ces races devaient être insignfiantes et peu nombreus;s; en conséquence, ces races, au point de vue des caractères distinctifs, avaient moins de titres au rang d'espèces distinctes que les soi-disant races actuelles. Néanmoins, le terme « espèce D est si arbitraire que quelquss naturalistes auraient pu peut-être considérer ces anciennss races comme des espèces distinctes, si leurs différence,, bien que très légères, avaient été plus constantes qu'elle ne le sont aujourd'hui, si elles ne se confondaient pas les unes avec les autre..

Toutefois, il est possible, quoique fort peu probable, que les premiers ancêtres de l'homme aient, tout d'abord, revêlu des caractères^ assez distincss pour se ressembler beaucopp moins que ne le font les races existantes; puis, que plus tard, ainsi que le suggèee Vogt, ces dissemblances se soient effacées par un effet de convergence". Lorsqee l'homme croise, pour obtenrr un but déterminé, les descendanss de deux espèces distinctes, il provoqee quelquefois, au point de vue de l'aspect généra,, une convergenee qui peut être considérab.e. C'est ce qui arrive, ainsi que le démontre Von Na-

21.  Professeur Hux)ey; Fortnigthly Remew, 1865, p. 275. ' ,

22.  ~eçons sur l'Homme, p. m.                    - -                           ...

13

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194                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ie Partie!

thusius» chez les races améliorées de porcs qui descendent de deux espèces distinctes; et d'une manière un peu moins sensible pour les races améliorées de bétail. Un célèbre anatomiste, Gra-tiolet, affirme que les singes anthropomorphes ne forment pas un sous-groupe naturel; il affirme que l'Orang est un Gibbon ou un Semnopithèque très développé, le Chimpanzé un Macaque très développé et le Gorille un Mandrill très développ.. Si nous admettons cette conclusion, qui repose presque exclusivement sur les caractères cérébraux, nous avons un exemple de convergence, au moins dans les caractères externes, car les singes anthropomorphes se ressemblent certainement par beaucoup plus de points qu'ils ne ressemblent aux autres singes. On peut considérer toutes les ressemblances analogues, comme celle de la baleine avec le poisson, comme des cas de convergnnce; mais ce terme n'a jamass été appliqué à des ressemblances superficielles et d'adaptation. Dans la plupatt des cas, il seratt fort téméraire d'attribuer à la convergnnce une similitude étroite de plusieuss points de conformation chez les descendants modffiés d'êtres très différents. Les forces molécuaaires seules déterminent la forme d'un crista;; il n'y a donc rien d'étonnant à ce que des substances dissemblables puissett parfoss revêtrr une même forme; mais nous ne devons pas perdee de vue que la forme de chaque être organisé dépend d'une infinité de relaiions complexes, au.nombre desquelles il faut compter des variations provoquées par des causes trop embrouillées pour qu'on puisse les saisrr toutes; la natuee des variations qui ont été conservées, et cette conservation dépend des condiiions physiques ambiantes, et plus encore des organismes environnants avec lesquels chacun d'eux a pu se trouvrr en concurrence; eniin lés caractères hérédtaires (élément si peu stable) transmss par d'innombrables ancêtres, dont les formes ont été détermnnées par des relatioss également complexe.. Il semble donc inadmissible que les descendants modifiés de deux organismes, différant l'un de l'autre d'une manière sensible, puissent, plus tard, converger à tel point que l'ensemble. de leur organisation approche de l'identité. Pour en revenrr à l'exempee que nous avons cité tout à l'heure, Von Nathusius constate que, chez les races convergentes de porc,, certains os du crâne ont conservé des caractères qui permettens de prouvrr qu'elles descendntt de deux souches primitives. Si les races humaines descendaien,, comme le supposent quelquss naturalistes, de deux ou

23. Die Raoen des ScMveines, 1860, p. 16, ~orUudien für Geschichte, etc. &chweineschàdel, 1864, p. 104. Pour le bétail, voir M. de Quatrefages, Unité de l'espèce humaine, mi,p. 119.

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[Chap. VU]                  LES RACES HUMAINES                             195

de plusieuss espèces distinctes, aussi dissemblables l'une de l'autre que l'Orang l'est du Gorille, il n'est pas douteux que l'on pourrait encore constater chez l'homm,, tel qu'il existe aujourd'hui, des différences sensiblss dans la conformation de certains os.

Les races humannes actuelles présentent à plusieuss égards de nombreuses différence;; ains,.par exemple, la couleu,, les cheveux, la forme du crâne, les proportions du corps, etc,, offrent d'infinies variations; cependant, si on les considèee au point de vue de l'ensemble de l'organisation, on trouve qu'elles se ressemblent de près par une multitude de points. Un grand nombee de ces poinss sont si insignifiants ou de natuee si singulière qu'il est difficile de supposer qu'ils aient été acquss dune manièee indépendante par des espèces ou par des races primitivement distinctes. La même remarque s'applique avec plus de force encore, quand il s'agtt des nombreux points de ressemblance mentaee qui existent entre les races humaines les plus distinctes. Les indigènss américains, les Nègres et les Européens, ont des qualités intellectuelles aussi différentes que trois autres races quelconques qu'on pourrait nomme,, cependant, tandss que je vivais avec des Fuégeens, à bord du Beagle, j'observai chez ces derniers, de nombreux petits traits de caractère, qui prouvaient combien leur esprtt est semblabee au nôtre, je fis la même remarque relativement à un Nègre pur sang avec lequel j'ai été autrefois très lié.

Quiconque lit avec soin. les intéressants ouvragss de M. Tylor et de sir J. Lubbock" ne peut manquer de remarquer la ressemblance ' qui existe entre les hommss appartenant à toutes les races, relativement aux goûts, au caractère et aux habitudes. C'est ce que prouve le plaisir qu'ils prennent tous à danse,, à exécuter une musique grossière, à se peindre, à se tatouer, ou à s'orner de toutes les façons; c'est ce que prouve aussi le langaee par gestes qu'ils comprennent tous, la similitude d'expression de leurs traits, lés mêmes cris inarticulés, qu'excitent chez eux les mêmes émotion.. Cette simiiitude, ou plutôt cette identité, est frappante, si on l'oppose à la différence des cris et des expressions quaon observe chez les espèces distinctes des singes. Il est facile de prouvrr que l'ancêtre commun de l'humanité n'a pas transmss à ses descendanss l'art de tirer avec l'arc et les flèches; cependant, les pointes de flèches en pierr,, provenant des parties du globe les plus éloignéss les unes des autre,, et fabriquées aux époques les plus reculée,, sont

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~96                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire pART,K]

presque identiques, comme l'ont démontré Westropp et Nilsson.. Ce fait ne peut s'expliquer que d'une seule façon, c'est-à-dire que les races diverses possèdent la même puissance inventiee ou, autrement dit, des facultés mentales analogues. Les archéologues ont fait la même observation « relativemenl à certains ornemenss très répandus, comme les zigzag,, etc,, et par rappott à certaines croyances et à certannes coutumss fort simples, telles que l'usage d'enfourr les morss sous des constructions mégalithiques. Dans l'Amérique du Sud», comme dans tant d'autres partiss du nionde, l'homme a généralement choisi les sommess des hautes collines pour y élever des monceaux de pierres, suit pour rappeler quelque événement mémorable, soit pour honorer les morts.

Or, lorsque les naturalistes remarquent uneggrande similitude dans de nombreux petits détails portant sur les habitudes, les goûts et les caractères entre deux ou plusieuss races domestiques, ou entre des formes naturelles très voisine,, ils voient dans ce fait une preuve que ces races descendent d'un ancêtre commun doué des mêmes qualités; en conséqunnce, ils les groupent toutes dans une même espèce. Le même argument peut s'appliquer aux races humaines avec bien plus de force encore.

Il est improbable que les nombreux poinss de ressembaance si insignifiants parfoss qui existent entre les différeness races humaines et qui porteni aussi bien sur la conformation du corps que sur les facultés mentales (je ne parle pas ici des coutumss semblables) aient tous été acquis d'une manière indépendante; ils doivent donc provenrr par hérédité d'ancêtres qui possédaient ces caractères. Cela nous permet d'entrevoir quel étatt le premier état de l'homme avant qu'il se fût répandu graduellement dans toutes les parties du monde. Il est évident que l'homme alla peupler des régtons largement séparées par la mer, avant que des divergences considérables de caractères se soient produites entre les diverses races, car autrement on rencontrerait quelquefois la même race sur des continenss distincts, ce qui n'arrive jamais. Sir J. Lubbock, après avoir compaéé les arts que pratiquent aujourd'hui les sauvagss dans toutes les parties du monde, indique ceux que l'homme ne pouvatt pas connaître, lorsqulil s'est pour la première fois éloigné de sa patrie originelle ; car on ne peut admettre qu'une fois acquise

ses

25.1I.-M. Westropp,Onanalogous forms ofimplements; Memo:rsof Anlhrop.

Scienlific Opinion, p. 3, juin 1869. 27. Journ. of Researches; Voyage of the Beagle, p. 46.

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[Chap. VU]                  LES RACES HUMAINES .                          197

ces connasssances pussent s'oublier-. Il prouve ainsi que là t lance, simple développement du couteau, et la massu,, qui n'est qu'un long marteau, sont les seules armes que possèdent toutes les races ». Il adme,, en outre, que l'homme avatt probablement déjà découvett l'art de faire le feu, car cet art est commun à toutes les races existantes, et il était pratiqué par les anciens habitants des cavernes de l'Europ.. Peut-être l'homme connasssait-il aussi l'art de construire de grossières embarcations ou des radeaux; mais, comme l'homme existait à une époque très reculée, alors que là terre, en bien des endroits, se trouvait" à des niveaux très différents de ceux qu'elee occupe aujourd'h,i, on peut supposer quill a pu occuper de vastes régions sans l'aide d'embarcations. Sir J. Lub-bock/ait remarquer, en outre, que probablement nos ancêtres les plus reculés ne savaient pas compter jusqu'à dix, car beaucoup de races actueless ne savent pas compter au delà de quatre. Quoi qu'il en soit, dès cette antique périod,, les facultés intellectuelles et sociales de l'homme devaeent être à peine inférieures à ce que sont aujourd'hui celles des sauvagss les plus grossiers; autrement l'homme primordial n'aurait pas si bien réussi dans la lutte pour l'existence, succès que prouve sa précoee et vaste diffusion. . Quelques philologues ont conclu des différences fondamentales qui existent entre certains langages, que, lorsque l'homme a commencé à se répandre sur la terre, il n'étatt pas encore doué de la parole; mais on peut supposer que des langages, bien moins parfaits que ceux actueltement en usage et complétés par des gestes, ont pu exister sans cependant avoir laissé de traces sur les languss plus développées qui leur ont succédé. Il paraît douteux que, sans l'usage de quelque langag,, si imparfait qu'il fût, l'intelligence de l'homme eût pu s'élever au niveau qu'implique sa position dominante à une époque très reculée.

Nos ancêtres méritaient-ils le nom d'hommes, alors qu'ils ne connasssaient que quelquss arts très grossiers, et qu'ils ne possédaient qu'un langage extrêmement imparfait? Cela dépend du sens que nous attribuons au mot homme. Dans une série de formes partant de quelque être à l'apparence simienne et arrivant graduellement à l'homme tel qu'il existe, il seratt impossible de fixer le point défini auqull le terme « homme '» devratt commencer à s'appliquer. Mais cette questinn a peu d'importance; il est de même fort indifférent qu'on désigne sous le nom de « races » ses diverses variétés humannes, ou qu'en emploie les expressions e espèces »

28. Prehisloric Times, 1869, p. 571.

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ou « sous-espèces, » bien que cette dernière désignation paraisee la plus convenable. Enfin, nous pouvons conclure que les principes de l'évolution une fois généralement acceptés, ce qui ne tardeaa plus bien longtemps, la discussinn entre les monogénistes et les poly-génistes aura vécu.

Il est encore une question quill ne faut pas laisser dans l'ombee : chaque sous-espèce ou race humaine descend-elle, comme on l'a quelquefois affirmé, d'un seul couple d'ancêtres? On peu,, chez nos animaux domestiques, former aisément une nouvelee race au moyen d'une seule paire présentant quelque caractère particulr,r, ou même d'un individu unique qui possède ce caractère, en appariant avec soin sa descendance sujetee à variation. Toutefois, la plupart de nos races d'animaux domestiques ne descendant pas d'un couple choisi à dessein, elles résuttent de la conservation, inconsciente pour ainsi dire, d'un grand nombre d'individus qui ont varié, si légèrement que ce soit, d'une manière avantageuse ou désirable. Si, dans un pays quelconque, on préfèee des chevaux forts et lourd,, et, dans un autre, des chevaux légers et rapides, on peut être certann qu'il se formera, au bout de quelque temp,, deux sous-races distinctes, sans qu'on ait trié ou fait reproduire des paires ou des individss particulisrs dans les deux pays. Telle est évidemment l'origine de bien des races, et ce mode de formatinn ressembee beaucoup à celui des espèces naturelles. On sait aussi que les chevaux importés dans les îles Falkland, sont devenu,, après quelquss générations, plus petits et plus faibles, tandss que ceux qui ont fait retour à l'état sauvage dans les Pampss ont acquss une tête plus forte et plus commun;; il est hors de doute que ces changements ne proviennent pas de ce qu'une paire quelconque a été exposée à certaines conditions, mais. de ce que tous les individus ont été exposés à ces mêmes conditions, et peut-être aussi des effets du retou.. Les nouvelles sous-races ne descendent, dans aucun de ces cas, d'une paire uniqu,, mais d'un grand nombee d'individus qui ont varié à des degrés différents, mais d'une manière générale; or, nous pouvons concluee que les mêmes principes ont présidé à la formation des races humaines; les modifications qu'elles ont subies sont le résultat direct de l'exposition à des condiiions différentes, ou le résultat indirect de quelque forme de sélection. Nous aurons à revenrr bientôt sur ce dernier poin..

ExtincUondesraceshumaines.-LihistoireenreSistreYextinclion partielle ou complète de beaucoup de races et de sous-races humaine.. Humboldt a vu dans l'Amérique du Sud un perroquet, le

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[Chap. VII]        EXTINCTION DES RACES HUMAINES                   ~99

seul être vivant qui parlât encore la langue d'une tribu éteinte. Les anciens monumnnts et les instruments en pierre qu'on trouve dans toutes les parties du monde et sur lesquess les habitants actuess n'ont conservé aucune tradition, témoignent d'une très grande extinction. Quelques petites tribu,, restes de races antérieures, survivett encore dans quelquss districts isolés et ordinairement montagneux. Les anciennes races qui peuplaient l'Europe étaien,, d'après Schaaffhausen», < inférieures aux sauvagss actuess les plus grossiers », elles devaient donc différe,, dans une certaine mesure, des races existantes. Les restes provenant des Eyzies, décrits par le professeur Broca", parasssent malheureusement avoir appartenu à une famllle unique; ils semblent provenir, cependant, d'une race qui présentait la combinaison la plus singulière de caractères bas 'et simiens avec d'autres caractères d'un ordre supérieu;; cette race diffère « absolument de toute autre race, ancienne ou modern,, que nous connasssions t. Elle différatt donc de la race quaternaire des cavernes de la Belgiqu..

L'homme peut résister longtemps à des conditions physiques qui parasssent extrêmement nuisibles à son existence3'. Il a habité, pendant de longues périodes, les régions extrêmss du Nord, sans bois pour construire des embarcations ou pour fabriquer d'autres instruments, n'ayant qne de la graisse comme combustible et de la neige fondue comme boisson. A l'extrémité méridionale de l'Amérique du Sud, les Fuégeens n'ont ni vêtements, ni habitations méritant même le nom de huttes, pour se défendee contre les intempéries des saison.. Dans l'Afrique australe, les indigènss errent dans les plaines les plus aride,, où abondent les bêtes dangereus.s. L'homme supporte l'influenee mortelee des Terai au pied de l'Himalay,, et résiste aux effluves pestilentiels des côtes de l'Afrique

^l'extinction est principalemtnt le résultat de la concurrence qui existe entre les tribus et entre les races. Divers freins, comme nous l'avons indiqué dans un chapitre précéden,, sont constamment en action pour limiter le nombre de chaque tribu sauvage : ce sont les famines périodiques, la vie erranee des parents, cause de grande mortalité chez les enfants, la durée de l'allaitement, l'enlèvement des femmes, les guerres, les accidents, les maladies, les dérèglements, l'infanticide surtout, et principalement un amoindrissement de fé-

29.  Traduit dans Anthropological Reviev, oct. 1868, 431.

30. Transact. InternatXongr^ofPrehistoricArch.^S, pp.172-17*. Broca,

ATZtl\Ct?ZïyeZrdas'Aussterben derNaturvôlker, p. 82, 1868.

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a

200                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Partie]

condité. Si une de ces causes d'arrêt vient à s'amoindr,r, même à un faible degré, la tribu ainsi favorisée tend à s'accroître; or, si, de deux tribus voisine,, l'une devient plus nombreuse et plus puissante que l'autre, la guerre, les massacres, le cannibalisme, l'esclavage et l'absorption mettent bientôt fin à toute concurrence qui peut exister entre elles. Lors même qu'une tribu plus faible ne disparatt pas, brusquement balayée, pour ainsi dire, par une autre, il suffît qu'elle commenee à décroître en nombre, pour continurr généralement à le faire jusquàà son extinction complète ».

La lutte entre les nations civilisées et les peuples barbares est très courte, excepté toutefois là où un climat meurtrier vient en aide à la race indigèn;; mais, parmi les causes qui déterminent la victoire des nations civilisée,, il en est qui sont très claires et d'autres fort obscure.. Il est facile de comprendre que les défrchemenss et la mise en cultuee du sol doivent de toutes les façons porter un coup terrible aux sauvages, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas changrr leurs habitudes. Les nouveless maladies et les vices nouveaux que contractent les sauvagss au contact de l'homme civilisé constituent une cause puissante de destruction; il paratt qu'une nouvelee maladee provoqee une grande mortalité, qui dure jusqu'à ce que ceux qui sont le plus susceptibles à son action malfaisante soient graduellement éliminés". Il en est peut-être de même pour les effets nuisibles des liqueuss spiritueus,s, ainsi que du goût invétéré que tant de sauvagss ont pour ces produits. Il semble, en outre, si mystérieux que soit le fait, que le contact de peuples distincss et jusqu'alors séparés engendee certaines maladies». M. Sproata étud'é avec beaucoup de soin la quesiion de l'extinction dans l'ile de Vancouver; il affirme que le changement des habitudes, qui résulte toujouss de l'arrivée des Européens, provoqee un grand nombee d'indispositions. Il insiste aussi beaucoup sur une cause en apparence bien insignifiante : le nouveau genre de vie qui entouee les indigènes les effare et les attriste; « ils perdent tous leurs motffs d'efforts, et n'en substituent point de nouveaux à la place"».

Le degré de civilisation constitue un élément très important pour assurer le succès d'une des nations qui entrent en concurrence.

32.  Gerland (op. c., p. 12) cite des faits à l'appui.

33.  Sir H. Holland fait quelques remarques à ce sujet dans Medical Notes

QiïHXi JXO/ltJvbWItdj lOOt'j p. OV\J.

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[Chapp VII]        EXTINCTION DES RACES HUMAINES                   201

L'Europe, it y a quelquss siècles, redoutait les incursioss des barbares de l'Orien;; une pareille terreur seratt aujourd'hui ridicule. Il est un fait plus curieux qu'a remarqué M. Bageho,, c'est que les sauvagss ne disparaissaient pas devant les peuples de l'antiquité comme ils le font actuellement devant les peuples modernss civilisé;; s'il en avatt été ains,, les vieux moralistes n'auraient pas manqué de méditer cette qùesiion, mais on ne trouv,, dans aucun auteur de cette périod,, aucune remarque sur l'extinction des peuples barbares».

Les causes d'extinction les plus énergiques semblent être, dans bien des cas, l'amoindrissement de la fécondité et l'état maladff des enfants; ces deux causes résuttent du changement des condtions d'existence, bien que les nouvelles conditions n'aient en elles-mêmes rien de nuisibl.. M. II.-II. Howorth a bien voulu appeler mon attention sur ce point et me fournrr de nombreux renseignements. Il convient de citer quelquss exemples à cet égard.

Au moment de la colonisation de la Tasmanie, certains voyageuss estimaentt à 7,000, d'autres à 20,000, le nombre des indigènes. En tout cas, et quel qu'att pu être le chiffre de la popuaation, le nombre des indigènss diminua bientô,, en conséquence de luttes perpétuelles, soit avec les Anglais, soit les uns avec les autre.. Après la fameuee chasse au sauvage à laquelee prirent part tous les colons, il ne restatt plus que 120 Tasmaniens qui firent leur soumsssion entre les mains des autorités anglaises et à qui on voulut bien accordrr la vie ». En 1832, on transporta ces 120 individss dans l'îleFlinders. Cette île, située entre la Tasmanee et l'Australie, a 64 kifomètres de longueur sur une largeur qui varie entre 19 et 22 kilomètres; le climat est sain et les nouveaux habitants furent bien traités. Quoi qu'il en soit, leur santé reçut une rude atteinte. En 1834, on comptait (Bonwic,, p. 250) 47 hommss adultes, 48fem-mes adultes, et 16 enfants; en tout 111 individus; en 1835, ils n'étaient plus que 100. Comme ils continuaient à diminurr rapidement en nombee et qu'ils étaient persuadés qu'ils ne mourraient. pas sirapidementdansune autre localité, onles transporta, en 1847, dans la baie d'Oyster, située dans la partie méridionale de la Tasmanie. La peuplade se compoaait alors, 20 décembee 1847, de 14 homme,, 22 femmes et 10 enfanss'». Ce changement de ré-

Tasmanians* 1870.                   «

38. Ces chiffres sont empruntés au rapport du gouverneur de la Tasmanie, sir W. Denison, Varielies of Vice-Regal Life, 1870, vol. I, p. 67.

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202                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PARTIE]

sidence n'amena aucun résultat. La maladee et la mort poursuivaient encore ces malheureux et, en 1864, il ne restatt plus qu'un homme (qui mourut en 1869) et trois femmes adultes. La perte de la fécondtté chez là femme est un fait encore plus remarquable que la tendance.à !a maladee et à la mor.. A l'époqee où il ne restait plus que 9 femmes à la baie d'Oyster, elles dirent à M. Bon-wick (p. 386) que deux d'entee elles seulement avaient eu des enfanss et, entre elles deux, elles n'avaient donné le jour qu'à trois enfanss!

Le Dr Story cherche à approfondir les causes de cet état de choses; il fait remarquer que les efforts tentés pour civiliser les sauvages amènent invariablement leur mor.. « Si on les avait laissés errer à loisir comme ils en avaient l'habitude, ils auraeent élevé plus d'enfanss et on auratt constaté chez eux une mortalité moins grand.. » M. Davis, qui a aussi étudié avec beaucoup de soin les habitudes des sauvages, fait de son côté les remarques suivantes : « Les naissances ont été fort restrenntes et les décès nombreux. Cet état de choses a dû provenrr en grande pariie du changement apporté à leur mode de vie et à la natuee de leur alimentation; mai,, plus encore, du premerr changement de résidenee qu'on leur aimposéetdesregressprofondsquiontdûen être ta conséquence. » (Bonwcck, pp. 338, 390.)

On a observé des faits analoguss dans deux parties très différentes de l'Australie. M. Gregory, le célèbre explorateur, a afArmé à M. Bonwick que, dans la. colonie de Queensland, « on constate, même dans les parties les plus récemment colonisée,, une diminution des naissances chez les indigènss et qu'en conséquence le nombre de ces derniers décroîtra bientôt dans de vastes proportions ». Douze indigènes sur treize, originaires de la baie du Requin, qui vinrent s'établir sur les bords du fleuve Murchsson, moururent de la poitrine pendant les premiers trois mois ».

M. Fenton, dans un admirable rappott auque,, sauf une exception, j'emprunte tous les faits qui vont suivre, a étudié avec soin la progression et les causes de la diminution des Maories de la Nouvelle-Zélande <°. Tous les observateurs, y compris les indigènes eux-mêmes, admettent que, depuss 1830, les Maories diminuent en nombee et que cette diminution s'accentue chaque jour. Bien qu'on n'att pu jusquàà présent procédrr au recensement exact des indi-

39. Bonwick, Daily Life of the Tasmanians, 1870, p. 90; The last ofthe Tas-

lit—ï asr-—" * *—' **» -

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[ChapP VII]         EXTINCTION DES RACES HUMAINES                   203

gènes, le nombee des famlless a été évalué avec soin par les personnes habitant plusieuss distrccts, et ilsemble qu'on puisse se fier à cette évaluation. Les chiffres obtenus prouven' que, pendant les quatorze années qui ont précédé 1858, la diminution s'est élevée à 19.42 p. 100. Quelques tribus sur lesquelles ont porté les observations les plus parfaites habitaient des régions séparéss par des centaines de kilomètres, les unes sur le bord de la mer, les autres bien loin dans l'intérieur des terres; les moyens de subsistance et les habitudes différaient donc dans une grande mesure (p. 28). En 1858, on évaluait le nombee total des Maories à 53,700; en 1872, après un autre intervalle de quatorze ans, on n'en trouve plus que 36,359, soit une diminution de 32.29 p. 100 « {.Après avoir démontré que les causes ordinairement invoquées, telles que les nouvelles maladies, le dérèglement des femmes, l'ivrognerie, les guerres, etc., ne sauraient suffire à expliquer cette dimnnution extraordinaire, M. Fenton, qui s'est livré à une étude approfondie du sujet, crott pouvoir l'attribuer à la stérilité des femmes, et à la mortalité extraordinaire des jeunss enfanss (pp. 31, 34). Comme preuve à l'appu,, il indique (p. 33) qu'on comptait, en 1844, un enfant pour 2.57 adultes, tandss qu'en 1853, on ne comptait plus qu'un enfant pour 3.27 adultes. La mortalité des adultes est aussi considérable. M. Fenton invoque encore comme une autre cause de la diminution la disproportion numérique entre les hommes et les femmes; il naî,, en effet, moins de filles que de garçons. Jerevien- " dra,, dans un chapitre subséquent, sur cette dernièee assertion qui dépend peut-être d'une raison entièrement différente. M. Fenton insisee avec un certain étonnement sur la diminution de la population dans la Nouvelle-Zélande et sur son augmentation en Irland,, deux pays dont le climat se ressembee beaucoup et dont les habitants ont à peu près aujourd'hui les mêmes habitudes. Les Maories eux-mêmss (p. 35) t attribuent', dans une certaine mesure, leur diminution à l'introduction d'une nouvelle alimentation, à l'usage des vêtements, et aux changements d'habitudes qui en ont été la conséquence x; nous verron,, en étudiant l'influence que le changement des conditions d'exsstence a sur la fécondité, qu'ils ont probablemntt raison. La diminution de la population a commenéé entre 1830 et 1840; or, M. Fenton démontre (p. 40) qu'ils ont découvert vers 1830 l'art de préparer les tiges du maïs en les faisant longtemss séjournrr dans l'eau et quills s'adonnèrent beaucopp à cette préparation; ceci indique qu'un changement d'habitudes se

4L Alex. Kennedy, New Zealand, 18i3, p. 47.

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[irePart1E]

produisait chez les indigènes,a]ors même qu'il y avait très peu d'Européens à la Nouvelle-Zéfand.. Quand je visitai la Baie des Iles, en 1835, le costume et le mode d'alimentation des indigènss s'éta,ent déjà considérablement modifiés; ils cultivaient des pommes de terre, du maïs, et quelquss autres produits agricoles quills échan-

furésent avee l6S AngIaiS C°ntre ^ tabac ^ d6S FOdUitS manUfaC" Il ressott de plusieuss notes pubiiées dans .l'histoire de la vie de l'évéque. Patteson" que les indigènes des Nouvelles-Hébrides et de plusieuss archipels voisins succombèrent en grand nombee quand on les transporta à la Nouvelle-Zélande, à l'Ile Norfolk et dans d'autres statioss salubres pour les y é)ever comme missionnaires. On sait que la population indigène des îles Sandwchh diminue aussi rapidement que celle de la Nouvelle-Zélande. Les voyageurs les plus autorisés évaluaient à environ 300,000 habitants la population des îles Sandwich lors du premier voyage de Cook en 1779. D'après un recensement imparfait opéré en 1823, le nombee des indigènes s'élevatt alors à 142,050. En 1832, et depuis à diversss périodes, on a procédé à un recensement officiel ; je n'ai pu malheureusement me procurer que les renseignements suivanss :

ANNÉES.

roi'OLATiox ixdioèxb

(En 1832 et en 1S36 les quelques étrangers habitant les lies sont compris dans les chiffres ci-dessous.)

Proportion annuelle do la d.m.nution pour 100, on ~dmettant que cette diminution ait été uniforme dans l'intervalle des différents recensements qui onr été faits h dea intervalles irré-fe-uliers.

1832 1836 1853 1860 1866 1872

1301313

108.579

. 71.019

67.081 !

58.765

51.531 -j

4.46 2.47 0.81 2.18 2.17

Il résutte de ces chiffres que, pendant un intervalle de quarante ans, de 1832 à 1872, la population indigène a diminué de 68 p. 100! La plupatt des savanss ont attribéé cette diminution à la mauvaise conduite des femmes, aux guerres meurtrières, au travail forcé imposé aux tribus vaincues, à de nouveless maladies introduites parles

42. C.-M. Younge, Life of J.-C. Patteson, J874; voir surtout vol. I, p. 530.

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[Chap. VII]        EXTINCTION DES RACES HUMAINES                   205

Européens, lesquelées, dans quelques cas, ont provoqéé de véritables . épidémies. Sans doute, ces causes et d'autres faits analoguespeuvent expiiqurr dans une certaine mesuee le décaissemenl extraordinaire de population que l'on observe entre les années 1832 et 1836; mais nous croyons que la cause la plus puissanee est l'amoindrissement de la fécondits des indigènes. Le docteur Ruschenberger, de la marine des États-Un,s, qui a visité les îles Sandwicb entre 1835 et 1837, affirme que, dans un district de l'île Hawa,, 25 hommss sur 1134 et, dans un autre distrctt.de la même ile, 10 seulement sur 637 avaient 3 enfants; sur 80 femmes mariée,, 39 seulement avaient eu des enfants; un rappott officiel remontant à cette époque n'indique que 1 demi-enfant pour chaque couple marié comme la moyenne des naissances dans l'ile entièr.. Cette moyenne est presque identiqee àcelee des Tasmaniens à la crique d'Oyster. Jarve,, qui a pubiié en 1843 une histoire des îles Sandwich, dit que « les familles qui ont trois enfanss .sont exonérées de tout impô;; on concède des terres et on accorde d'autres encouragements à celles qui ont quatre enfants ou davantage ,. Ces dispositions extraordinaires du gouvenement suffiraient à prouvrr combien cette race est devenue peu féconde. Le révérend A. Bishop, dans un article publié par le Spec-tator d'Hawaïen 1839, constaee que beaucoup d'enfanss mouraient alors en bas âge et l'évêque Staley m'apprenp qu'il en est toujouss ains.. On a attribué cette mortalité au peu de soin des femmes pour les enfants, mais je pense qu'il convient de l'attribuer surtout à une faiblesee innée de constitution chez les enfants, conséquence de l'amoindrissement de la fécondité chez les parents. On peut constater, en outre, une nouvelle ressemblance entre les indigènss des îles Sandwich et ceux de la nouvelle Zétande; nous faisons allusion au grand excès des garçons sur les filles; le recensementde 1872 indique, en effet, 31,650 mâles contre 25,257 femelles de tout âge, ' c'est à dire 125.36 mâles pour 100 femelles, alors que, dans tous les pays civilisé,, le nombee des femmes excède celui des homme.. Sans aucun doute, la conduite dévergondée des femmes peut en partie expliquer l'amoindriesement de leur fécondité, mais la cause principale de cet amoindrissemtnt est, sans contred,t, le changement des habitudes d'exsstence, cause qui explique en même temps l'augmentation de la mortalité surtout chez les enfants. Cook visita les îles Sandwich eu 1779; Vancouvrr y débarqua en 1794,et elles recurent ensutte les visites de nombreux baleiniers. Les missionnaires arrivèrent en 1819; le roi avatt déjà aboli l'idolâtrie et effectué d'autres réformes. Dès cette époque, il se produisit un changement rapide dans presqu. .toutes les habitudes des indigènes, et on pu''

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206                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire PaRtie]

bientôt les considérer àjuste titre comme les plus civilisés.de tous les Polynésiens. M. Coan, né dans les îles Sandwich, m'a fait remarquer avec raison que, clans le cours de cinquante ans, tes indigènes ont été soumis à un plus grand changement des' habitudes d'existence que les Anglass pendant une période de mille ans. L/évè-que Staley affirme, il est vra,, que l'aiimentation des classes pauvres n'a pas beaucoup chang,, bien qu'on ait introdutt dans les !tes beaucoup d'espèces nouvelles de fruits, surtout la canne à sucre. Il faut ajouter que, désireux d'imiter les Européens, tes indigènss changèrent presque immédiatement leur manière de se vêtir et s'adonnèrent généralement à l'usage des boissons alcooliques. Bien que ces changements ne parasssent pas avoir grande importance, je crois, si l'on en juge par ce qui se passe chez les animau,, qu'ilr ont dû tendre à amoindrir la fécondité des indigènes».

Enfin, M. Macnamara " constaee que les habitants si dégradss des îles Andaman, dans la partie orientale du golfe du Bengale, sont très sensiblss à un changement de clima;; « si on les enlève à leur patrie, on les condamee à une mort presque certanne, et cela indépendamment d'un changement d'alimentation ou de toute autre circonstanee ». Il affirme, en outre, que tes habitants de la vallée du Népaul qui est extrêmement chaude en été, ainsi que tes habitants des régions montagneuses de l'Inde, souffrent de la fièvre et de la dysenterie quand ils descendntt dans les plaine,, et meurent certainement s'ils essayent d'y passer toute t'année.

It résulte de ces remarques que la santé des races humannes les plus sauvagss est prorondément atteinte, quand on essaye de les soumettre à de nouvelles conditions d'existence ou à de nouvelles habttudes, sans quill soit nécessaire de les transporter sous un nouveau clima.. De simples changements d'habitude, bien qu'ils ne semblent avoir aucune importance, ont ce même effet qui, d'ordnaire, seproduitchezlesenfants. On a souvent affirmé, comme le fait remarquer M. Macnamara, quel'homme peutsupporteravecimpunité les plus grandss différences de climat et résister à des changements considérables des condiiions d'existence, mais cette remarque est

43. J'ai emprunté les divers faits cités dans ce paragraphe aux ouvrages sui-

p. 378, cite Ruschenbereer. Sir L. Belcher, Voyage roundth« world,1843, vol. I, p. 272. M. Coan et le D-Yoomans de New-York ont bien voulu me communi-quer les recensements que j'ai cités. Dans la plupart des cas, j'ai comparé les chiffresduD'Youmans avecceuxindiqués dans lesdiversouvrages que je viens de citer. Je ne me suis pas servi du recensement de 1850, les chiffres ne me

^TheT^Teaical GazeUe, I» nov. 1871, p. 240.

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[Chap. VII] - EXTINCTION DES RACES HUMAINES                   207

seulement vraie quand elle s'applique aux races civilisée.. L'homme à l'état sauvage semble sous ce rappott presque aussi sensible que ses plus prochss voisins, les singes anthropoïdes, qui n'ont jamais survéuu longeemss quand on les a exilés de leur pays nata..

La diminution de la fécondité résultant du changement des conditions d'existence, comme nous venons de le voir chez les Tasma-niens, chez les Maories, chez les Havafens, et probablement aussi chez les Australiens, présenee encore plus d'intérêt que leur extrème susceptibilité à la maladee et à la mor;; en effet, la moindee diminution de fécondité combinée à ces autres causes tend à arrêter l'accroissement de la popuaation et condutt tôt ou tard à l'extinction. On peut, dans quelquss cas, expliqurr la. diminution de la fécondité par la mauvaise conduite des femmes, chez les Tahitiens, par exempe,, mais M. Fenton a démontré que cette explication ne saurait suffire, quand il s'agtt des Nouveaux-Zélandais ou des Tasma-niens.

M. Maenamara, dans le mémorre que nous avons cité plus hau,, s'efforce de démontrer que les habitants des régions pestllentielles sont ordinairement peu féconds; mais cette remarque ne peut s'appliquer dans plusieuss des cas que nous avons cités. Quelques savants ont suggéré que les habitants des îles deviennent peu féconds et contractent de nombreuses maladies par suite de croise, 'ments consanguins très répétés; mais la perte de la fécondité, dans les cas que nous venons de citer, a coïncidé trop étroitement avec l'arrivée des Européens pour que nous puissions admettre cette explication. D'ailleurs, dans l'état actuel de la science, nous n'avons aucune raison de croire que l'homme soit très sensible aux effets déplorables des unions consanguines, surtout dans des régions aussi étenduss que la Nouvelle-Zélande et que l'archipel des Sandwich qui présentent de nombreuses différencss de clima.. On sai,, au contraire, que leshabitanss actuess de l'île Noofolk, de même que les Todas dans l'Inde et les habitants de quelquss îles sur la côte occidentale de l'Écosse, sont presque tous cousins ou prochss parents, et rien ne prouve que la fécondité de ces tribus ne soit amoindrie". L'exempee des animaux inférieuss nous fourntt une explication bien plus probable. On. peut démontrer'eue le changement des conditions d'existence influe à un point extraordinaire sur le sys-

Norfolk,

,„ir sir W. D,m,„„, Vart,U„ .f "' "!,' W, -I. 1,1SI0, p. «0. Po.r i.. .

mars à juin 1863.

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208                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Partie]

tème reproducteur, sans que nous puissions, d'allleurs, indiquer les raisons de cette action; cette influenee amène, selon les cas, des résuitass avantageux ou nuisibles. J'ai cité à ce sujet un grand nombee de faits dans le chapitre xvni de la Variation des animaux et des plantes à l'état domestique; je me bornerai donc à rappeler ici quelquss exemples et à renvoyer ceux que ce sujet peut intéresser à l'ouvrage que je viens d'indiquer. Des changements de condition très minimes ont pour effet d'augmenter la santé, la vigueur et la fécondité de la plupatt des êtres organisés; d'autres changements, au contraire, ont pour effet de rendre stériles un grand nombre d'animaux. Un des exempess les plus connus est celui des éléphants apprivoisés qui ne reproduisent pas dans l'Inde, tandss qu'ils se reproduisent souvent à Ava où on permet aux femelles d'errer dans une certaine mesure dans les forêts et que l'on replace ainsi dans des conditioss ph.s naturelles.

On a élevé en captivité, dans leur pays nata,, divers singes amércains mâles et femelles, et, cependant, ils se sont très rarement reprodui;s; cet exempee est plus important encore pour le. sujet qui nous occupe à cause de la parenté de ces singes avec l'homm.. Le moindee changement des conditioss d'existence suffit parfois pour provoqurr la stérilité chez un animal sauvage rédutt en captivité, ce qui est d'autant plus étrange que nos animaux domestiques sont devenus plus féconds qu'ils ne l'étaient à l'état de nature, et que ' certains d'entre eux peuvent résister à des changements extraordinaires des conditioss sans qu'il en résutte une diminution de fécondité~. La captivité affecte, à ce point de vue, certaiss groupss d'animaux beaucoup plus que d'autres et ordinairement toutes les espèces faisant partie du groupe sont affectées de la même manière. Parfois auss,, une seule espèce d'un groupe devient stérile, tandis que tes autres conservent leur fécondité; d'un autre côté, une seule espèce peut conserver sa fécondité, tandss que les autres espèces deviennntt stérlles. Les mâles et les femelles de certaines espèces réduits en captivité ou privés d'une certaine dose de liberté dans leur pays natal ne s'accouplent jamais; d'autres, placés dans les mêmes conditions, s'accouplent souven,, mais sans jamass produire de petits; d'autres enfin ont des petits, mais.en moins grand nombre qu'à l'état naturel. Il faut remarquer, en outre, et cette remarque s'applique tout particulièrement à l'homm,, que les petits produits dans ces conditions sont ordinairement faible,, maladifs ou-difformes et périssent de bonne heure.

46. Voir la Variation des animaux, etc., vol. II, (Paris, Reinwatd).

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[Chap. VU]        ËXTtNCTtON DES RACES HUMAINES                   209

Je suis disposé à croire que cette loi généraee de l'influenee des changements des conditions d'existence sur le système reproducteur qui s'applique à nos proches alliés, les Quadrumanes, s'applique aussi à l'homme dans son état primitif. Il en résulte que, si on modifie soudainement les conditioss d'exsstence des sauvagss appatenant à quelque race que ce soit, ils deviennent de plus en plus stérilss et leurs enfanss maladifs périssent de bonne heure; de même qu'il arrive pour l'éléphant et le léopadd dans l'Inde, pour beaucoup de singes en Amérique et pour une foule d'animaux de toute sorte, dès qu'on modifie les condiiions naturelles de leur

Ces remarques nous permettent de comprendre pourquii les habitants indigènss des îles, qui, depuis longtemps, ont dû être soumis à des conditions presque uniformss d'existence, sont évidemment sensibles au moindee changement apporté à ces conditions. H est certain que les hommes appartentnt aux races civiliséss résistent infiniment mieux que les sauvagss à des changements de toute sorte; sous ce rapport, les hommss civilisés ressemblent aux animaux domestiques, qui, bien que sensibles quelquefois à des changements de conditions, les chiens européens dans l'Inde, par exemple, sont rarement devenus stériles". Cette immunité des races civilisées.et des animaxx domestiques proveent probablement de ce qu'lls ont subi de plus nombreuses varaations des conditions d'existenee et qu'ils s'y sont accoutumss dans une certaine mesure; de ce qu'ils ont, en outre, changé fréquemment de pays et que les sous-races se sont croisées. Il semble, d'allleurs, qu'un croisement avec les races civilisées prémunisse immédiatement une race abor-gène contre les déplorables conséquences qui résultent d'un changement des conditions. Ainsi, les descendants croisés des Tahitiens et des Anglass établis à t'île Pitcairn se multiplièrent si rapidement que File fut bientôt trop pettte pour les contenrr et, en conséquence, on les transporta en juin 1856 à t'îte Norfolk. La tribu se composait alors de 60 personnss mariées et de 134 enfants, soit en tota,, 194 personnes. Ils contenuèrent à se multiplier si rapidement à l'île Norfolk que, en janvier 1868, elle comptait 300 habitants, bien que 16 personnss fussent retournées en 1859 à t'ele Pitcairn; on comptait à peu près autant d'hommss que de femmes.

Quel contraste étonnant avec les Tasmaniens.! Le nombre des habitants de l'ile Norfolk s'accrut, en douze ans et demi seulemen,, de 194 à 300, tandis que, en quinze ans, le nombee des Tasmaniens

47. La Variation des animaux, etc. vol. II, p. 16.

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210                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ire Pabt1e1

décrut de 120 à 46 et ce dernier nombre ne comprenait que 10 enfants».

De même, dans l'intervalle qui s'est écoulé entre le recensement de 1866 et celui de 1872, le nombee des indigènss pur sang aux îles Sandwich diminua de 8,081, tandss que le .nombre des demi-castes augmenaa de 847; mais je ne saurass dire si ce dernier nombre comprend les enfanss des demi-castes ou seulement les dem--castes de la premèère génération.

Les faits que je viens de citer se rapportent tous à des aborgènes qui ont été soumis à de nouvelles conditions d'existence, par suite ee l'arrvvée d'hommss civilisés. Il est probable, cependant, que, si les sauvagss étaient forcés par toute autre cause, l'invasion d'une tribu conquérante par exempe,, à déserter leurs demeures et à changer leurs habitudes, la mauvaise santé et la stérilité n'en résulteraient pas moins pour eux. Il est intéressant de constater que le principal obstacee à la domestication des animaxx sauvages, ce qui implique pour eux la faculté de se reproduire dès qu'ils sont réduits en captivité, est le même qui empêche les sauvagss placés en contact avec la civilisation de survivre pour former à leur tour une race civilisé,, c'est-à-dire, la stérilité résultant du changement des conditions d'exsstence.

Enfin, bien que le décrosssement gradull et l'extinction finale des races humaines constitue un probèème très compeexe, nous pouvons affirmer qu'll dépend de bien des causes différentes suivant les lieux et les époque.. Ce problème est, en somme, analogue à celui que présenee l'extinction de l'un des animaux les plus élevés, l le cheval fossile, par exemple, qui a dispauu de l'Amériqe-du Sud, pour être, bientôt après, remplacé dans les mêmes région par d'innombrables troupeaux de chevaux espagnols. Le Nouveau Zélandass semble avoir conscience de ce parallélisme, car il compare son sort futur à celui du rat indigène qui a été presque entièrement exterminé par le rat européen. Si insolubee qu'll nous parassse, surtout si nous voulons pénétrer les causes précsses et le mode d'actinn de l'extinction, ce problème n'a rien aprèstout qui doive nous étonne.. En effet, l'accroissement de chaque espèce et de chaque race est constamment tenu en échec par divers freins, de sorte que,.s'il s'en ajoute un nouveau, ou s'il surviett une cause de destruction, si faible qu'elee soit, la race diminue certa--

- 48. Voir, pour les detai)s,LadyBelche:: The Mulineers ofthe Bounty,lS10{ Pitcairn Islamd, publié par ordre de la Chambre des communes, 29 mai 1863. J'emprunte les renseignements suivants sur les habitants des îles Sandwich à M. Coan et à la Honolulu Gazette:

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[C.iap. VII]         FOKMATtON DES KACËS. HUMAINES                      211

nement en nombre; or; l'amoindrissement numérique entraîne tôt ou tard l'extinction, d'autant que les invasions des tribus conquérantes viennen,, dans la plupatt des cas, précipiter l'événement.

Formationdesrac.es humaines.-he croisement de races distinctes a, dans quelquss cas, amené la formation d'une race nouvelle. Les Européens et les Hindous diffèrent considérablement au point de vue physique, et, cependant, ils appartienntnt à la même souche aryenne et parlntt un langage qui est fondamentalement Je même, tandss que les Européens ressemblent beaucoup aux Juifs qui appartienntnt à la souche sémitique et parlent un langage absolument différent. Broca « expliqua ce fait singulier par.les nombreux croisemenss que, pendatt leurs immenses migrations, certaines branches aryennes ont contractés avec diverses tribus indigènes. Lorsque deux races qui se trouvent en contatt immédiat viennent à se croise,, il en résulte d'abodd un mélange hétérogène; M. Hunte,, par exemple, fait observrr qu'on, peut retrouver chez les Santalis ou tribus des collines de l'Inde des centannes de gradations imperceptibles t entre les tribus noires et trapuss des montagnes et le Brahmane grand et olivâtre, intelligent, aux yeux calmes et à la tête haute, mais étroite x ; de telle sorte que, dans les tribunaux, il.est indispnnsable de demandrr aux témoins s'ils sont Santalis ou Hindous5».

Nous ne savons pas encore si une popuaation hétérogène, telle que.celles de certaines îles polynésiennes,provenant du croisement de deux races distinctes, dont il ne reste .plus que peu. ou point de membres purs, peut jamass devenrr homogène. On parvient, chez les animaux domestiques, à fixer une. race croisée et à la rendre uniforme en quelquss générations, grâce à la sélection pratiquée avec soin « ; il y a donc tout lieu de croire que l'entre-croiement libre et prolongé d'un mélange hétérogène pendant un grand nombre de générations doit suppléer à la séleciion et surmonter toute tendanee au retou,, de telle sorte qu'une race croisée finit par devenrr homogèn,, bien qu'elee ne participe pas à un degré égal aux caractères de deux races parentes.

.De toutes les différencss qui distinguent les races humaines, la couleur de la peau est une des plus apparentes et des plus accu-sées. On croyatt autrefois pouvorr expliquer les dffférences de ce genre par un long séjour sous différenss'climats, mais Pallas a

49.  Sur l'Anthropologie (trad. à.ns Anlropological/?—, janv. 1868, p.38).

50.  The Annals of Rural Bengal, 1868, p. 134.

51.  La Variation, etc.. vol. Il, p. 182.

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212                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ire Part.e]

démontré, le premier, que cette opinion n'est pas fondée, et la plupatt des anthropologues- ont. adopté ses opinion.. On a surtout rejeté cette hypothèse parce que la distribution des diverses races colorée,, dont la plupatt habitent depuis très longtemps le même pays, ne coïncide pas avec les différences correpondantes du clima.. Certains autres faits qui ne manquent pas d'importance viennent à l'appui de la même conclusion ; les familes hollandais,s, par exemple, qui, d'après une excellenee autorité,, n'ont pas éprouvé le moindee changemenedecouleur malgéé une résidenee de tross siècles dans l'Afrique australe. Les Bohémiens etles Juifs, habitantdiversespartiesdumonde se ressemblent étrangement, bien qu'on ait quelque peu exagééé l'uniformité de ces derniers"; c'estencorelàun argument dans le même sens. On asupposé qu'une grande humidité ou une grande sécheresee de l'atmosphère exerçaient une influence plus considérable que la chaleur seule sur la couleur de la peau; mais d'Orbigny, dans l'Amérique du Sud, et Livingstone, en Afrique, en sont ardVés à des conclusions directement contraires par rapport à l'humidité et à la sécheresse; en conséquence, toute conclusion sur ce point est encore extrêmment douteuse ..

Divers faits, que j'ai cités ailleurs, prouvent que la couleur de la peau et celle des poils ont quelquefois une corrélation surprenante avec une immunité complète contre l'aciion de certains poisons végétaux, et les attaques de certains parasites. Cette remarque m'avait condutt à supposer que la coloration des nègres et des autres races foncées provenait peut-être de ce que les individss les plus noirs avaient mieux résisté, pendant une longue série de générations, à l'action délétère des miasmss pestilentiels des pays quiils habitent.

J'appris ensutte que le docteur Wells6 avatt déjà autrefois émis la même idée. On sait depuis )ongtemp~" que les Nègres, et

52. Pallas, AcL Acad. Saint.pe<ersbourg, 1780, part. II, p. 69.1! fut suivi par Iludolphi, dans son Beilruge zur Anthropologie, 1882. On trouve un excellent résume des preuves dans l'ouvrage de Godron, de VEspece, 1859, vol. II,

55. Livingstone, Travelsand ResearchesinS.Africa, 1857, pp. 329,338. D'Orbigny, cité par Godron, de l'Espèce, vol. II, p. 266.

56.  Voir son travail, lu à la Société royale en 1813, et publié en 1818 dans

rites constitutionnelles.

57.  Nott et Gliddon, Types of Mankind (p. 68).

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[Chap. VI]]        FORMATION DES RACES HUMAINES                   213

'même les mulâtres, échappent presque complètement aux atteintes de la fièvre jaune qui est si meurtrière dans l'Amérique tropicale. Ils résistent égaeement dans une grande mesure aux terribles fièvres intermittentes qui règnent sur plus de 4,000 kilomètres le long des côtes d'Afriqu,, et qui entraînent la mort annuelle d'un cinquième des blancs nouvellement établis, et obligent un autre cinquième des colons à rentrer infirmes dans leur pays-. Cette immunité du Nègre paratt être en partie inhérenee à la race et semble dépendee de quelque particularité inconnue de constitution; elle est aussi en partie le résultat de l'acclimatation. Pouchtt» constaee que les régimenss nègres recrutés dans le Soudan, et prêtés par le vice-roi d'Egypee pour la gueree du Mexique, échappèrent à la fièvre jaune presque aussi bien que les Nègres importés depuis longtemss des diverses parties de l'Afriqu,, et accoutumés au climat des Indes occidentales. Beaucoup de Nègre,, après avoir rrésidé quelque temps sous un climat plus froid, deviennent, jusqu'à un certaen poin,, sujets aux fièvres tropicales, ce qui prouve que l'acclimatation joue aussi un rôle considérable'». La natuee du climat sous lequel les races blanchss ont longtemss résidé exerce également quelque influence sur elles; pendant l'épouvantable épidémie de fièvre jaune de Demerara, en 1837, le docteur Blair constata, en effet, que la mortalité des immigrants était proportionnelle à la latitude du pays quiils avaient habité à l'origine. Pour le Nè-. gre, l'immunité, en tant qu'elle résutte de l'acclimatation, implique une longueur de temps immense; les indigènss de l'Amérique tro-picale, qui résident depuis un temps immémorial dans ces région,, ne sont pas, en effet, exempss de la fièvre jaun.. Le Rév. B. Tris-tram affirme, en outre, que les habitants indigènss sont forcés pendatt certaines saisons de quttter quelquss disrricts de l'Afrique du Nord, bien que les Nègres puissenl continurr à y résider en toute sécurité.

On a affirmé qu'il existe une certaine corréaation entre l'immunité du Nègre pour quelquss maladess et la couleur de sa peau; mais ce n'est là qu'une simple conjecture; cette immunité pourrait aussi bien résulter de quelque différence dans le sang, dans le système nerveux ou dans les autres tissu.. Néanmoins, les faits que nous venons de citer et le rappott qui existe certainement entre le teint

58. pans une communication lue à la Société de satistique par le major Tulloch et publiée dans VAthenœum, 1840, p. 353.

S S qSSÛÏ ZuéT^ple^aine, 1861, p. 205. WaiU, 7n<rod.

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214                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [[« PaRtiR]

et la tendance à la phthisie sembleraient prouver que cette con-. jecture n'est pas sans quelques fondements. J'ai, par conséquent, cherché, mais avcc peu de succès81, à constater ce'qu'il pouvait en être. Feu ie docteur Daniell, qui a longtemps habité la côee occidentale d'Afrique, m'a affirmé qulil ne croyait à aucun rapport de cetee nature. Bien que trss blond, it a lui-même supporté admirablement le climat. Lorsqu'il arriva sur la côte, encore tout jeune, un viexx chff nègee expérimenté lui avait prédit, d'après son apprence, qu'il en serait ain.i. Le docteur Nicholson, d'Antigua, après avoir approfondi cetee question, m'a écrit qu'il ne croyait pas que les Européens bruss échappassent mieux à la fièvee jaune que les blonds. M. J.-M. Harris8* nie complètement que tes Europsens a cheveux bruns supportent mieux que les autres un climat chaud; l'expérience lui a au contreire appris à choirir des hommes à chvexx rouges, pour le-service sur la côee d'Afrique. Autant qu'on pett en juger par ces quelques observations, on pett conclure, ce

61.  Au prnntemps de 1862, j'avais obteuu du Directeur général du dépa--ment médical de l'armée la permission de remettre un questionnaire aux chrurgiens des divess régiments en service dans les colonies, mais aucnn ne m'est reven.. Voici les remarques que portaient ce questionnaire : « Divers cas bien constates chez nos animaux domestiques étabsissent qu'il existe un rapport entre la coloration des appendicee dermiqueett la constutution; il es,, en outre notoire qu'il exisee quelques rapporrs entre la coueeur des races humaines elee climat qu'elles-habitent; les questions suivantes sont dignss d'être prises^ en considération. Y a-t-ll chez les Européens quelque rappore entee la couleur" des cheveux et leur aptitude à contracter les maladies des pays tropicaux? Les ' chirurgiens des régiments stationsés dans les régions tropicales insalubres pourraient s'assurer d'abord, comme terme de comparaison, du nombre des hommes bruns ou blonss ou de teinte intermédiaire et douteuse. En même temps, on constatetait quelle est la couleur des cheveux des hommss qui ont eu la fièvre jaune ou la dysente;ie; dès que ces tableaux comprendraienique-ques milliers d'individus, il seratt aisé de constater s'il existe quelque rapport entre la couleur des cheveux et une disposition à contracter les maladies tropicales. On ne découvritait peut-être aucun rapport de ce genre, mais il est bon de s'en assur.r. Si on obtenait un résuatat positif, il aurair quelque utilité pratique en indiquant le choix à faiee dans les hommss destinés à un servie-particulier. Théoriquement, le résuatat aurait un haut intérêt, car il indique ratt comment une race d'hommes, habitant dès une époqee reculée un climt tropical massain, aurait pu acquérir une couleur deplus en plus foncée par la conservatiln des individus à cheveux ou au teint brun ou noir pendant une longue succession de générations. D

62.  Anlhropological Review, jan.. 1866, p. 21. Le D' Sharpe dit ausii par rapport aux Indes (Mon a spécial création, 1873, p. 118) que quelques médecins ont remarqée que a les Européens à cheveux blonds et à teint clair sont moins exposés aux maladies des climats tropicauxque les personnes à cheveux bruss et à teint foncé; cetee remarque, je crois, est basée sur les faits D. D'autre part, M. Heddle de la Sieraa Leone a qui a vu mourir auprès de lui une si grande quantété de commis B, tués par le climtt de la côte occidentale d'Afrique, J W. Read,, African Sketch book, vol. 11, p. 522) a une opinion touee contraire

que partage le capitaine Burton.

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[Chap. VII]        FORMATION DES RACES HUMAINES                   215

nous semble, que l'hypothèse, en vertu de laquelee la couleur des races noires résutte de ce que des individus de plus en plus foncés ont survécu en plus grand nombee au milieu des miasmss pestilentiels de leur pays, ne repose sur aucun fondement sérieux, bien qu'elles soit acceptée par plusieurs savants.

lues,

Le docteur Sharp"-.fait remarquer que le soleil des tropique: qui brûle la peau des Européens au point d'amenrr des ampoules, n'a aucun effet sur la peau des Nègre;; il ajouee que ce n'est pas un effet de l'habitude, car il a vu des enfanss de six ou hutt mois exposés tout nus au soleil, sans qu'ils soient affectés en aucune façon. Un médecin m'a assuéé que, il y a quelques années, ses mains se couvraient par places pendant l'été, mais non pas pendant l'hive,, de taches brunes ressemblant à des taches de rousseu,, mais plus grandes. Cesparties tachetées n'étaient pas affectées par les rayons du solei,, alors que les parties blanchss de la peau furent dans plusieurs occasions couvertes d'ampoules. Les animaux inférieuss sont aussi sujets à des différences constitutionnelles au point de vue de l'action du solell sur les parties recouvertes de poils blancs et sur celles qui sont garness de poils d'autres couleuss «. Je ne saurass dire si la défense de la peau contee l'aciion des rayons du solell a une importance suffisante pour que la sélection naturelle ait donné à l'homme une peau foncée. Si l'on admet cette hypothèse, il faut admettre aussi que les indigènss de l'Amériqee tropicale ont habité ce pays bien moins longtemss que les Nègres n'oni habité l'Afrique pu les Papous les parties méridionales de l'archipel Matais, de même que lesHnndous à peau claire ont habité les parties centrales et méridionales de la péninsuee beaucoup moins longtemps que les indigènss à peau plus foncée.

Bien que nos connasssances actueless ne nous permettent pas d'expliquer les différences de couleur chez les races humaines par un avantage quelconqee qui résulterait pour eux de cette couleu,, ou par l'action directe du clima,, nous ne devons pas, cependant, négliger complètement ce dernier agen,, caril y a de bonnes raisons pour croire qu'on peut.lui attribuer certains effets héréditaires »,

r S IZ^ts'^Z^ &ÏL. etc., vol. 11,-pp. 336, 337. (Paris,

^Voi; de Quatrefages (Revue des cours scient., 10 oct. 1868, p. 724). Sur les e/Tets de la résidence en Abyssinie et en Arabie, et autres cas analogues. Le docteur Rolle (Der Mensh, seine Abstammung,elc, 1865, p. 99) constate, sur l'autorité de Khanikof, que la plupart des familles allemandes établies en Géorgie ont acquis, dans le cours de deux générations, des cheveux et des yeux noirs. M. D. Forbss m'informe que, suivatt la position des vallées qu'habitent les Quiçhuas, dans les Ande,, ils varient beaucoup de couleur.

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266                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ie Partie]

Nous avons vu dans le second chapitre que les conditions d'existence affectent directement le développement de la charpente du corps et produisent des résultats transmissiblespar hérédité. Ainsi, on admet généralement que les Européens établis aux États-Unis subissent des modifications physiques très légères, mais extraordi-nairement rapides. Le corps et les membres s'allongent. Le colonel Bernys m'apprend que ce fait a été démontré absolument de façon assez plaisante, d'alleeurs, pendatt la dernière gueree : les.Allemands nouvellement débarqués, incorporés dans l'armée, avaient reçu de l'intendance des vêtemenss faits à l'avanee pour les soldass amérccains, et les Allemands avaient un aspect ridicuee dans ces vêtemenss trop longs. On sait aussi, et les preuvss abondent à cet égard, que, au bout de trois générations, les esclaves des Étass du Sud occupés aux travaux intéreeurs de l'habitation présentent une apparence très différenee de celle des esclaves occupés aux travaux des champs»'.

Toutefois, si nous considérons les races humannes au point de vue de leur distribution dans le monde, nous devons concluee que les différencss caractéristiques qu'elles présentent ne peuvent pas s'expliquer par l'action direcee des diverses conditions d'existence, en admettant même que ces conditions aient été les mêmes pendant une énorme périod.. Les Esquimaux se nourrsssent exclusivement de matières animales; ils se couvrent d'épaisses fourrures, et sont exposss à des froids intenses et à une obscurité prolongée; ils ne diffèren,, cependant, pas à un degré extrême des habitants de la Chine méridionale, qui ne se nourrsssent que de matières végétales, et sont exposés presquenus àun climat très chaud. Les Fuégien,, qui ne portent aucun vêtement, n'ont pour se nourrir que les productions marines de leurs plages inhospitalières; les Botocudos du Brésll errent dans les chaudss forêts de l'intérieur, et se nourrissent principalement de produits végétau;; cependant, ces tribus se ressemblent au point que des Brésiltens ont pris pour des Botocudos les Fuégeens, qui étaient à bord du Beagle. En outre, les Botocudos, aussi bien que les autres habitants de l'Amérique tropccale, ne ressemblent en aucune façon auxNègres, qui occupent les côtes opposées de l'Atlantique; ils sont pourtant exposés à un climat presque semblable, et suivent à peu près le même genre de vie.

Les différences entre les races humaines ne peuvent pas non plus, sauf dans une très .petite mesure, s'expliquer par les effets

Hartan, Médical Researches, p. 532. De Quatrefages a euves a cet égard, Unité de l'Espèce humaine, 1861, p.

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[Chap. VII]        FORMATION DES RACES HUMAINES                   217

héréditaires résultant de l'augmentation ou du défaut d'usage des parties. Les hommss qui vivent toujouss dans des embarcations ont, il est vra,, les jambss un peu rabougries; ceux qui habitent à une haute altitude ont la poitriee plus développée; et ceux qui emploient constamment certains organss des sens peuvent avoir les cavités qui les contiennent un peu augmentées, et leurs traits, par conséquent, un peu modifiés. La diminution de la grandeur des mâchoires par suite d'une diminution d'usag,, le jeu habituel des divers muscles servant à exprimer les différentes émotion,, et l'augmentation du volume du cerveau par suite d'une plus grande activité intellectuelle, sont, cependant, autant de poinss qui, dans leur ensemble, ont produtt un effet considérable sur l'aspec, général des peuples civilises comparativement à celui des sauvages". Il est possible aussi que l'augmentation du corps, sans accroissement correspondant dans le volume du cerveau, ait produtt chez quelquss races (à en juger par les cas signaéss chez les lapins) un crâne allongé du type dolichocéphale.

Enfin, la corrélation de développement, si peu connus que soient ses effets, a dû certainement jouer un rôle actif; on sait, par exemple, qu'un puissant développement musculaire est accompagné d'une forte projection des arcadss sourcilières. II est certain qu'll existe un rappott intime entre la.couleur de la peau et celle des cheveux, de même qu'entre la structure des cheveux et leur couleur chez les Mandans de l'Amérique du Nord . Il existe également un rapport entre la couleur de la peau et l'odeur qu'elle émet. Chez les mouton,, le nombee des poils comprss dans un espace déterminé et celui des pores excrétoires ont quelques rapports réciproquss ». Si nous pouvons en juger par analogie avec nos animaux domestiques, il y a probablement beaucoup de modfiications de structure qui, chez l'homm,, se rattachent aussi à la corrélation de croissance.

11 résulte des faits que nous venons d'exposer que les différencss caractéristiques externes qui distinguent les races humaines ne peuvent s'expliquer d'une manière satisfaisante, ni par l'action

67. Professeur Schaaffhausen, traduit dans Anlkropolocjical Reviev, oct. 1868, "P œMM. Catlin (Norlh American Indians, 3* édit., vol. 1, p. 49) con- '

ditaires. Ces cheveux sont gros et aussi durs que les poils de la crinière d'un

c^tL^:rPia^                            les

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218                       LA DESCENDANCE DE L'HOMME          [p. PARTIE]

directe des conditions d'exsstence, ni par les effets de l'usage continu des parties, ni parle principe de la corrélation. Nous sommes donc amenés à nous demander si l'action de la sélection naturelle n'a pas suffi pour assurrr la conservation des légères différences individuelles auxquelles l'homme est si éminemment sujet, et pour contriburr à leur augmentation, pendant une longue série de génération.. On nous objectera, sans doute, que les varaations avantageuses peuvent seules se conservrr ains;; or, autant que. nous en pouvons juger (bien que nous puissions facilement nous tromprr à cet égard,, aucune^ des. différences externss qui distinguent les races humaines ne rendent à l'homme aucun service direce ou spécial. Nous devons, cela va sans dire, exceperr de cette remarque les facultés intellectuelles, moraess et sociaees. La granee variablité de tous les différenss caractères que nous avons passés en revue indique également que ces caractères n'ont pas une grande importance, car, autrement, ils seraient depuss longtemps conservés et fixés, ou éliminés. Sous ce rapport, l'homme ressembee à ces formes que les naturalistes ont désignées sous le nom de protéennes ou polymorphique, formes qui sont restéss extrêmement variables, ce qui paraît tenrr à ce que leurs variations ont une natuee insignfiante et ont, par conséquent, échappé à l'aciion de la sé)ection naturelle.

Jusquci,i, nous n'avons pas réusii à expliqurr les différences qui existent entre les races humannes, mais il reste un agent importan,, la sélection sexuelle, qui paratt avorr agi puissamment sur i'homme ainsi que sur beaucoup d'autres animau.. Je ne prétends pas affirmer que l'aciion de la sélection sexuelee suffise pour expliquêr toutes les différences qu'on remarque entre les race.. I! reste un reliquat non expiiqu:: dans notre ignorance, nous devons nous borner à dire, au sujet de ce reliquat, que, puisqulil na!t constamment des individus ayan,, par exempe,, la tête un peu plus ronde ou un peu plus étroite, et le nez un peu plus long ou un peu plus court, ces légères différences pourraient devenrr fixes et uniformes, si les agenss inconnus qui les ont produites venaient à exercer une action plus constante, avec l'aide d'un entre-croisement longtemss continu.. Ce sont des modfiications de ce genre qui constituent la classe provisoire dont j'ai parlé dans le second chapitre, ef auxquelles, faute d'un terme meilleu,, on a donné le nom de variations spontanées. Je ne prétenss pas non plus qu'on puisse indiqurr avec une précisinn scientifique les effets de la sélection sexuelle, mais on peut démontrer qu'il seratt inexplicable que l'homme n'att pas. été modifié par cette influence, qui a exercé une action si puissanee

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[Chap. VII]        . DE LA STRUCTURE DU CERVEAU                     219

sur d'innombrables animau.. On peut démontrer, enoutre, que les différences entre les races humaines, portant sur la couleu,, sur les cheveux, sur la forme des traits, etc., sont de natuee telles qu'elles donnent probablement prise à la sélection sexuelle. Mais, pour traiter ce sujet d'une manière convenable, j'ai compris qu'il étatt' nécessaire de passer tout le règne-animal en revue; aussi je lui consacre la seconde partie de cet ouvrage. Je reviendrai alors à l'homm,, et, après avoir essayé de prouvrr jusquàà quel point l'action de la sélection sexuelee a contribué à le modifier, je terminerai mon ouvrage par un bref résumé des chapitres de cette première partie.

Note sur lEs ressemblances et .les dtfférenceE'de la structure et du développement du cerveau chez l'homme et chez les singes, par le profes-seuH Huxley .. R. S.                                . '

La controverse relative à la nature et à l'étendue des différences de structure du cerveau chez l'homme et chez les singestcontroverse qui a commencé il y a environ quinze ans, n'est pas encoee terminée, bien que le point surtequel portait la querelle soit.aujourd'hui tout autre qu'il étatt d'abord. Dans le principe, on a affirmé et réaffirmé avec une insistance singulière que le cerveau de tous les singes, même des plus élevé,, difTère de celui de l'homme en ce qu'il ne possède pas certaines conformations importan,es, telles que les lobes postérieurs des hémisphères cérébraux, y compris la corne postérieure du ventri-cu.e latéral et Ykippocampus rnraor que l'on trouee toujours dans ces lobes chez llhomm..

Or, la vérité est,que ces tross structures sont ausii bien développées dans le cerveau du singe que dans celui de l'homme, si môme elles ne le sont pas mieu;;en outre, il estprouvéaujourd'hui,autant qu'une proposition d'anatomie comparée peut l'être,que te développement complet deces partiesest un caractère absolu de tous les Primates, exception faiee des Lémuriens. En effet, tous les anatomestes qu,, pendant ces dernières années, se sont occupss particulièrement de la disposition des scissuses et des circonvolutions si nombreuses et si complexes quo découpent la surface des hémisphères cérébraux chez l'homme et chez les singes les pius élevés, admettentaujourd'hui que ces conformations sont disposées d'après un même plan chez l'homme et chez les singes. Chaque scissure ou chaqee circonvolution principale exsstant dans le cerveau d-un Chimpanzé existe ausii dans le cerveau de l'homme, de soree que la terminologie qui s'applique à l'un s'applique ausii à t'autre. Sur ce-point, it n'y a plus aucuee différence d'opinion. Il y a quelques années, le professeur Bis-chofs a publié un mémoire *> sur les circonvolutions cérébrales de l'homme et des singes; or, comme le but que se proposait mon savant collègue n'était certainement pas d'atténuer l'importance des différences qui existent sous ce rapport entre l'homme et les singes, je suss heureux de lui emprunter un passage :

« On dott admettre, car c'est un fait bien connu de tous les anatomistes, m que tes singes, et surtout l'Orang, le Chimpanzé et le Gorille, se rapprochent « beaucoup de l'homme au point de vue de leur organisation, beaucoup plus

AhadeTie Z^^ms'1"*""9™ *" MenSehen; Abhandlungen der K. Bayerischen

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220                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME . [Ie PartIe]

« même qu'ils ne se rapprochent d'aucun autre animal. Si l'on se place, pour t étudier cette question, au point de vue de l'organisation seule, il est probable « qu'on n'auraie jamais songt à discuter l'opinion de Linné qui plaçait « l'homme simplemtnt comme une espèee particulière à la tête des Mammifères « et de ces singes. Les organes de l'homme et des singes dont nous venoss de * parler ont une telle affinité qu'il faut les recherches anatomiques tes plus «exactes pour démontrer les difTérences qui existent réellement entre eux. Il en « tst de même du cerveau. Le cerveau de l'homme, celui de l'Orang, du Chim-« panzé et du Gorllle, en déptt des différences importantes qu'ils présent,nt, a se rapprochent beaucoup les uns des autres. » (Loe. cit,, p. 101.)

Il n'y a donc plus à discuter la ressemblance qui existe entre les caractères principaux du cerveau de l'homme et de celui du sing;; il n'y a plus à discuter non plus la similitude étonnante que l'on observe même dans les détails des dispositions des fissures et des circonvolutions des hémisphères cérébraux chez le Chimpanzé, l'Orang et l'Homme. On ne saurait admettre non plus qu'on puisee discuter séreeusement la nature et l'étendue des difTérences qui exsstent entre le cerveau des singss les plus élevss et celui de l'homme. On admtt que les hémisphères cérébraux de l'homme sont absolument et relativement plus granss que ceux de l'Orang et du Chimpanzé; que ses lobes frontaux sont moins excavss par l'enfoncement supérieur du tott des orbites; que les fissures et les circonvolutions du cerveau de l'homme son,, en régie générale, disposées avec moins de symétrie et présentent un plus grand nombre de plis secondaires. On admet, en outre, que, en règle générale, la fissuee temporo-occip.tadc ou fissure perpendiculaire extérieure, qui constutue ordnnairement un caractère si marqué du cerveau du sing,, tend à disparaître chez t'homme. Mais il est évdent qu'aucune de ces différences ne constitue une ligne de démarcation bien netee entre le cerveau de l'homme et celui du sing.. Le professeur Turner" fait les remarqses suivantes relativement à la fissuee perpendiculaire extérieure de Gratiolet dans te cerveau humain:

a Cetee fissure, chez quelques cerveaux, constitue simplemtnt un affasssement « du bord de l'hémisphère; mais, chez d'autres, elle s'étend à une certaine < distance plus ou moins transversalemen'. Chez un cerveuu de femmq que j'ai a eu occasion d'observer, elle s'étendait sur l'hémisphère drott à plus de 5 cen-« timëtres; chez un autre cerveau, elle s'étendaii ausii à la surface de l'hémi-« sphèee droit de 10 millimètres, puss se prolongeait en descendant jusqu'au a bord inférieur de la surface extérieure de l'hémisphère. La définioion impar-K faite de cetee fissure, dans la majorité des cerveaux humains, comparative-a ment à sa netteté remarquable dans le cerveau deaà plupart des Quadrumanes, « provient de la présence chez l'homme de certaines circonvolutions superfi-« cielles bien tranchées qui passent par-dessus cetee fissuee et relient le lobe « pariétal au lobe occipitai. La fissuee pariéto-occipitale extérieure est d'autant a plus courte que la première de ces circonvolutions se rapproche davantage « de la fissuee longitudinale. » (Loc. cit., p. 12.)

L'oblitération de la fissuee perpendiculaire extérieure de Gratiolet n'ett donc pas un caractère constant du cerveau humain. D'autre part, le développement complet de cetee fissuee n'est pas davantage un caractère constant du cerveau des singes anthropoïdes, car le professeur Rolleston, M. Marshall, M.Broca et le professeur Turner ont observé, à bien des repris,s, chez le Chimpanzé, des oblitérations plus ou moins étendues de cetee fissuee par des circovolutions. Le professeur Turner dit à aa conclusion d'un mémoire qu'il consacre à ee sujtt »? :

« Les tross cerveaux de Chimpanzé, que nous venons de décrire, prouvent que m la règee générale que Gratiolet a essaéé de tirer de l'absence complète de m ta première circonvolution et de l'effacement de la seconde, ce qu,, d'après

71.  Convolulions of the human eerebrum lopographically considered, 1866,p. 12.

72.  Notes portant surtout sur la circonvolution du cerveau du Chimpanzé, Proceedings of the Royal Society of Edinburgh, 1865-66.

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[Chap. VII]           DE LA STRUCTURE DU CERVEAU                        221

a lu,, constutue un caractère spécial du cerveau de cet animal, ne s'applique K certes pas toujou.s. Un seul de ces cerveaux, sous ce rapport, sutt la loi émise a par Graliolet. Quant à la présence de la circonvolution supérieure qui relie « les deux lobe,, je suss disposé à penser qu'elle a exssté dans un hémisphère « au moins dans la maoorité des cerveaux de cet animal, qu,, jusqu'i présent « tnt été décrits ou figurés. La position superficielle de la seconde circonvolu-« lion est évidemment moins fréquente, et, jusqu'à présent, on ne l'a observée, . je crois, que dans le cerveau A décrit dans ce mémoi.e. Ces tross cerveaux « mémontrent en même temss la disposition asymétrique des circonvolutions a ses deux hémisphères à laquelle doautres observateurs ont déjà fait allusion « dans leuss descriptions. » (pp. 8,9.)

En admettant même que la présence de la fissuee temporo-occipitale ou fissuee perpendiculaire extérieure constitue un caractère distinctif entre les singss anthropoïdes et l'homme, la structure du cerveau chez les singes platyrrhinens rendrait très douteuse la valeur de ce caractère. En effet, tandis que la fissuee tempo-o-occipitale est une des fissures les plus constantes chez les singes ca-tarrhinsns ou singss de l'ancien mond,, elle n'est jamais très développée chez les singes du nouveau mond;; elle fatt complètement défaut chez les petits platyrrhinins; elle est rudimentaire chez le Pithecia », et elle est plus ou moiss oblitérée par des circonvolutions chez VAteles.

Un caractère ausii variable dans les limites d'un même grouee ne peut avorr une granee valeur taxinomique.

On sait, en outre, que le degéé d'asymétrie des circonvolutions des deux côtés du cerveau humain est sujet à beaucoup de variations individuelles, que chez les cerveaux bosjesmans, qui ont été examinés, les fissures et les circonvolutions des deux hémisphères sont beaucoup moins compliquées et beaucoup plus symétriques que dans le cerveau humain, tandss que, chez quelques Chimpanzé,, la complexité et la symétrie des circonvolutions et des fissures devient remarquable. Tel est particulièrement le cas pour le cerveau d'un jeune Chimpanzé mâle figuéé par M. Broca. (L'Ordre des Primates, p. 165, fig. 11.)

Quant à la question du volume'absolu, il est établi que la différence qui exisee entre le cerveau humain le plus grand et le cerveau le plus petit, à condition qu'ils soient sains tous deux, est plus considérable que la différence qui exisee entre le cerveau humain le plus petit et le plus grand cerveau de Chimpanzé ou d'Orang.

Il est, en outre, un point par lequll le cerveau de l'Orang ou celui du Chimpanzé ressemble à celui de l'homme, mais par lequll il diffère des singss inférieurs, c'est-à-dire par la présence de deux corpoaa candicantia, le Cynomor-pha n'en ayatt quuun.

En présence de ces faits, je n'hésite pas, en 1874, à répéter la proposition que j'ai énoncée en 1863, et à insister sur cette propositioé» :

a Par conséquent, en tant qu'il s'agtt de la structure cérébrale, il est évident a que l'homee diffère moins du Chimpanzé ou de l'Oragg que ces derniers ne « difîèrent des autres singe;; il est évident ausii que la différence qui exisee « entre le cerveau du Chimpanzé et celui de l'homme est presque insignifiante, a comparativement à la différence qui exisee entee le cerveau du Chimpanzé et t celua d'un Lémurien. a

Dans le mémoire que j'ai déjà cité, le professeur Bischoff ne cherche pas à nier la seconde partie de cetee proposition, mais il fait d'abodd la remarq,e, bien inutile d'ailleurs, qu'il n'y a rien d'étonntnt à ce que le cerveau d'un Orang diffèee beaucoup de celui d'un Lémurien; en second lieu, il ajoute: f Si nous a comparons successivement le cerveuu d'un homme avec celui d'un Oran;; <* puss le cerveau d'un Orang avec celui d'un Chimpanzé; puis le cerveau de ce K dernier avec celui d'un Gorille et ainii de suite avec celui d'un Hylobates, dïun

i(W. Flowr, On the Anatomy ofPilhecia »»««; Proceedings ofthe Zoological Society 74. Man's place in Xature,p. 102.

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222                            LA DESCENDANCE DE L'HOMME             [Ire Parttk]

f Semnopilhecus, d'un Cy~océphale, d'un Cercopithecus, d'un~acocus, d'un Ce-« bus,d'unCallithrix, d'un imur, d'un Steno/w.d'un Hapa,e, nous n'observons « pas une différence plus grande, ou même ausii.grand,. dans le degéé de dé-x veloppement des circonvolutions que celee qui existe entre le cerveuu d'un « homme et celui d'un Orang ou d'un Chimpanzé.,

Je me permettrai de répondre que cette assertion, qu'elle soit fausee ou non, n'a rien à faire avec la proposition énoncée dans mon ouvrage sur la place de l'Homme dans la nature, proposition qui a trait, non pas au développement des circonvolutions seules, mais à ta structure du cerveau tout entier. Si le professeur Bischoff avait pris la peine de lire avec soin la page 96 de l'ouvrage qu'il critique, il y aurait remarqué le passage suivant : «Il importe de constater . un fait remarquable : c'esa que, bien qu'il existe, autant toutefois que nos con-< naissances actuelles nous permettent d'en juger, une véritable rupture struc-« turale dans la série des formss des cerveaux simiens, cet hiatus ne se trouee « pas entre l'homme et les singss anthropoïdes, mais entre les singss inférieurs f et les singss les plus infimes, ou, en d'autres termes, entre lles singss de « l'ancien et du nouveau monde et les Lémuriens. Chez tous les Lémuriens qu'on « a examinés jusqu'à prése,t, le cervetet est partiellement visible d'en haut, et « le lobe postérieur, ainsi que la corne postérieure et Vhippocampus minor qu'il a contient, sont plus ou moins rudimentaires. Au contraire, tous les marmous,ts, t tous les singss américains, tous les singes de l'ancien monde, les babouins « ou les singes anthropoïdes ont le cervelet entièrement caché par les lobes « cérébraxx postérieurs et possèdent une granee corne postérieure, ainii qu'un t hippocampus minor bien développé. a

Cette assertion étatt l'expression absolument exacee dé l'état de la scienee au moment où elle a été faite; il ne me sembee pas, d'allleurs, qu'il y ait lieu de la modifier à cauee de la découverte subséquente du développement relativement faibee des lobes postérieurs chez le singe siameng et chez le singe huleu.. Malgré la brièvett exceptionnelle des lobes postérieurs chez ces deux espèces, personne ne saurait soutenir que leur cerveau se rapproche le moins du monee de celui des Lémuriens. Or, si, au lieu de placer VHapale en dehoss de sa situation naturelle, comme le professeur Bischoff le fait sans aucuee raison, nous rétablissonsccmmesuit la série des animaux qu'il a cité:: Homo, Pithe-cus,Troglodytes,Hylobates,Semnopithecus,Cynocephalus,Cercopilhecus,Maca-cus.Cebus, Callithrix, Hapale, /,emur,5<enojos, je mecrois en droit d'affirmerque la grande rupture dans cette série se trouve entre VHapale et le Lemurel que cetee rupture est beaucoup plus granee que celle qui existe entre deux autres termes, quess qu'ils soient, de ceted série. Le professeur Bischoff ignoee sans doute que, longtemps avant lu,, Gratiolet avait suggéré la séparation des Lémuriens des autres Primates, tout justement à cauee de la différence qui exisee dans leurs caractères cérébraux, et que le professeur Flowrr avait faii les observations suivantes en décrivant le cerveau du Lorss de Java »:

< Il est surtout remarquable que, dans le développement des lobes postérieuss du cerveau, on ne remarque chez les singes qui se rapprochent de la famille des Lémuriens sous d'autres rapports, c'est-à-dire chez les membses inférieurs, ou groupe platyrrhinin, aucuee ressemblance avec le cerveau coutt et arrondi des Lémuriens.» .

Les progrès considérables qu'ont fait faire à la science, pendant les dernières dix années, les recherches de tant de savants, justifient donc les faits que j'ai constates en 1863 relativement à la structure du cerveau adulte. 'On objecte toutefois que, en admettant la similitude du cerveau adulte de l'homme et des singes, ces organes n'en sont pas moins, en réalité, très différents parce que l'on observe des différences fondamentales dans le mode de leur développem.nt. Personne plus que moi ne serait disposé à admettre la force de cet argment, si ces différences fondamentales de développement existaient réellement/ ce que je nie complètement; je soutiens, au contraire, que l'on peut observer

75. Transactions of tke Zoological Society, vot. V, p. i862.

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[Chap. VII]           DE LA STRUCTURE DU CERVEAU                        223

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une concordance fondamentale dans le développement du cerveau chez l'homrr et chez les singe..

Gratiolet a prétendu qu'il exisee une différence fondamentale dans le développement du cerveau de l'Homme et de celui des singss et que cetee différence consiste en ceci : que, chez les singe,, les plis qui paraissent d'abord sont situes sur la région postérieure des hémisphères cérébraux, tandss que, dans le fœtus humain, les ptis paraissent d'abord sur les lobes frontaux w.

Cetee assertion générale est basee sur deux observations, l'une d'un Gibbon tout prêt à naître, chez lequel les circonvolutions postérieures étaient a bien développées », tandss que celles des lobes frontaux étaient à a peine indiquées D (loc. cit,, p. 39), et l'autre d'un fœtus humain à la vingt-deuxième ou la\ingt-trozS1ème semaine de gestation chez lequll Gratiolet remarque que l'insula étatt découvert, mass où, néanmoins, a des incisuses sèment le lobe antérieur. une scissure peu profonde indique la séparation du lobe occipital, très réduit ^illeurs^dès cetee époque. Le resee de la surface cérébrale est encore absolu-

On trouee dans la planche 11, fig. ], 2, 3 de l'ouvrage que nous venons d'indiqurr tross vues de ce cerveau, représentant la partie supérieure, la partie latérale et la partie inférieure des hémisphères, mass non pas le côté intérieur. Il est à remarquer que la figuee ne correspond pas à la description de Gratiolet en ce que la fissuee (antéro-temporale) sur la moitié postérieure de la face de 1 hémisphère est plus nettement indiquée qu'aucune de celles qui se trouvent sur la moitié antérieure. En conséquence, si la figure a été correctement dessinée, elle ne justieie en aucuee façon la conclusion de Gratiolet: < Il y a donc entre ces cerveaux (celui d'un Callithrix et celui d'un Gibbon) et celui du fœtus humain une différence fondamentale. Chez celui-ci, longtemps avant que les plis temporaux apparaissent, les plis frontaux essayent d'exister. »

D'allleurs, depuis l'époque de Gratiolet, le développement des circonvolutions et des plis du cerveau a fait le sujtt de nouvelles recherches auxquelles se sont livrss Schmidt, Bischoff, Pansce », et plus particulièrement Ecker », dont l'ouvrage est non-seulement le plus récent, mais le plus complet à cet égard.

On peut résum,r, comme suit, les travaux de ces savan:s:

l-.Chet le fœtus humain la fissuee sylvennee se forme dans le couss du trosième moss de la gestation utérine. Pendant ce.mois et pendant le quatrième mois, les hémisphères cérébraux sont lissss et arrondis (à l'exception de la dépression sylvienne), et ils se projettent en arrière bien au-delà du cervelet.

16. « Chez tous les singes, les plis postérieurs se développent les premier;; les plis antérieurs se développent plus tard; aussi la vertèbre occipitale et la pariétale sont-elles relativement très grandes chez le fœtus. L'homme présente une exception remarquable, quant a l'époque de l'apparition des plis frontaux qui sont les premier indiqués; mais le développement, général du lobe frontal, envisagé seulement par rapport & son volume,

^rrr,srfP!e39:Tr^, tr-Mémoirss sur lesplis cMbrau*de

77.  Voici les termes mêmes dont s'est 'servi Gratiolet : « Dans le fœtus dont il s'agit, un des plis frontaux. Néanmoins, M. Alix, Notice sur les travaxx anthropologiques de périeur et tellement rapproché de l'Orang, que des naturalistes très compétents l'ont

a^^t^œ,^W'br,r«r^r,!:r^:^r.s

raissent d'a et o>, tandis que, chez les singes, elles se développent du, et a. »

78.  Ueber die typische Anordnugg der Furchen und Windungen auf den Grosshirn-Hemtsphdren des Menschen und der Affen (Archiv. für Anthropolog,e, vol. III, 186S)

-9. Zur EnUHckelungs GescMchte der Furchen und Windungl des GrossMrn-HeL-pharet im Fœtm des Menschen (Archiv. fur Anthropologie, vol. III 1868).

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224                    LA'DESCENDANEE DE L'HOMME            [Ire Partie]

2° Les plis proprement diss commencent à apparaître dans l'intervalle qui s'écouee entre la fin du quatrième moss et le commencement du sixième mois de la vie fœtale; mass Ecker a soin de faiee remarquer qu,, non seulement l'époque, mais ausii l'ordee de leur apparition sont sujess à des variations indviduelles considérables. En aucun cas, cependant, les plis frontaux ou tempraux ne paraissent les premiers.

Le premier à paraître se trouee même sur la surface intérieure de l'hémisphère (d'où il résulte sans douee qu'il a échapéé à Gratiolet qui ne sembee pas avoir examiné cetee face dans le fœtus qu'il possédait) et es,, soit le pli perpen-

le pli postéro-pariétal ou fissuee de Rolando, qui est suivi pendant le couss du sixième mois par les autres plss principaux des lobes frontaua, pariétaux, -temporaux, occipitaux. Toutefois, il n'est pas démontrs qu'un de ces plis paraisse certainement avant l'autre; il est à remarquer, en outre, que, dans le cerveau âgé de six moss décrit et figuéé par Ecker (loc. cit., pp. 212-213, pi. 11. fig. 1, 2, 3, 4), le pli antéro-temporal (scissure parallèle), si caractéristique du cerveau du sing,, est ausii bien, sinon mieu,, développé que la fissuee de Holando et est plus nettement indiqué que les plss frontaux.

11 me semble, si l'on envisage l'ensemble de ces faits, que l'ordee de l'apparition des plis et des circonvolutions dans le cerveau fœtal humain concorde parfaitement avec la doctrine générale de l'évolution et avec l'hypothèse que l'Homme procède de quelque formr ressemblant au singe, bien qu'on ne pussse douter que cette form,, sous bien des rapports, étatt différeete de tous les Primates actuellement vivan.s.

Von Baer nous a enseigné, il y a cinquante ans, que, dans le couss de leur développement, les animaux alliés revêtent d'abord les caractères des groupes étendus auxquels ils appartiennent, puss revêtent par degrés les caractères qui les renferment dans les limites d'une famille, d'un genre et d'uee espèce; il a prouéé en même temps qu'aucune phase du développement d'un animal élevé n'est précisément semblab'e à la condition adulte d'un animal inférieur.

Il est parfaitement correct de dire qu'une grenouille pasee par la condition de possson; car, à une période de son existence, le têtard a tous les caractères d'un poisson et, s'il ne se développait passubséquemment, devrait êtreclasse parmi les poissons; mass il est également vrai que le têtard diffère beaucoup de tous les poissons connus.

De même on peut dieequele cerveau d'un fœtus humain, pendantle cinquième moss de son exsstence, ressemble non seulement au cerveau d'un sing,, mais à celui d'un marmouset ou singe arctopithécin; car ses hémisphères, avec leuss deux grandes cornss postérieures et sans aucun pli si ce n'est le pli sylvien et le pli calcarin, présentent tous les caractères trouvés seulement dans le groupe des Primates arctopithécins. Mais il est également vra,, comme le fait remar-querGratiolet, que, par sa fissuee sylvienee largement ouverte, ce cevveau difTère de celui de tous les marmousets actuels. Sans doute, il ressemblerait beaucoup plus au cerveau d'un fœtus avanéé de marmouset; mass nous ignorons complètement quel est le mode de développement du cerveau chez les marmous.ts. Dans le groupe Platyrrhinin proprement di,, la seule observation que je connaisse a été faite par Pansch qui a trouvé dans le cerveau du fœtus d'un Cébus apella, outre la fissuee sylvienne et la profonde scisuure calcarine, seulement une fissuee antéro-temporale(scissure parallèle de Gratiolet) très peu profonde. Or, ce fait, rapproché de la circonstance que la fissure antéro-temporale est présente chez certains Platyrrhinins, tess que les saimi,i, qui possèdent de simples traces de fissuee sur la moitié antérieure de l'extérieur des hémsphères cérébraux, ou qui n'en possèdent pas du tou,, vient évidemment à l'appui de l'hypothèse de Gratiolet en veruu de laquelle les plis postérieurs apparaissent avant les plis antérieurs dans le cerveau des Platyrrhinins.

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[ChapPVII]            DE LA STRUCTURE DU CERVEAU           . ' 225

Mais il ne s'ensuit en aucuee façon que tarègle qui s'applique aux Platyrrhi-nins s'applique ausii aux Catarrhin.ns. Nous n'avoss aucun renseignement relativement au développement du cerveau chez les Cynomorphes; quatt aux Anthromomorphes, nous ne possédons qu'une seuee observation, celle faite sur le cerveau du Gibbon, quelque temss avant la nasssance, dont nous avons déjà parlé. Nous ne possédons donc actuellement aucun témoignage qui permette de déclarer que les plis du cerveau d'un Chimpanzé ou doun Orang ne paraissent pas dans le même ordee que les plis du cerveau de l'Homme.

Gratiolet commence sa préface par l'aphorisme : m Il est dangereux dans les sciences de conclure trop vite. D Je crains qu'il n'att oublié cette excellente maxime au moment où, dans le corps de son ouvrage, il aborde la discussion des différences qui existent entre l'Homme et les singes. Sans aucun doute, l'éminent auteur d'un des travaux les plus remarquables relativement au cerveau des Mammifères aurait été le premier à admettre l'insuffisance de ses données, s'il avatt vécu assez longtemps pour profiter des recherches nombreuses faites de toutes parts. Il faut donc infiniment regretter que ces conclusions aient été employées par certaines personnes, inaptes à apprécier les basss sur lesquelles elles reposenr, comme des arguments en faveur de l'obscurantism~»u.

En tous cas, que l'hypothèse de Gratiolet sur l'ordee relatif de l'apparition des plis temporaux et frontaux soit fondée ou non, il est important de remarquer qu'un fait resee patent : avant l'apparition des plis temporaux ou frontaux, le cerveau du fœtus humain présente des caractères qu'on trouee seulement dans le grouee inférieur des Primates (à l'exception des Lémurs) ; or, c'est exactement ce qui devatt arriver si l'Homme procède des modifications graduelles de la même forme que celle d'où sont sortis les autres Trimâtes.

SO. M. t'abbé Lecomte, par exemple, dans un terrible pamphlet, le Darwinisme et l'origine de !'Homme, 1873.

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DEUXIEME PARTIE

LA SÉLECTION SEXUELLE

CHPITRE VIHI

PRINCIPES DE LA SÉLECTION SEXUELLE

Caractères sexuels secondaires. - Sélection sexuelle. - Son mode d'action. ^^Seton^^=rl^â^-Sr^^^

correspondantes de l'année, et limitée par le sexe. - Rapports entre les.di-verses formes de l'hérédité. - Causes pour lesquelles un des sexes et les jeunes ne sont pas modifiés par la sélection sexuelle. - Supplément sur les nombres proportionnels des mâles et des femelles dans le règne animal. -La proportion du nombre des individus mâles et femelles dans ses rapports avec la sélection naturelle.

Chez les animaux à sexes séparé,, les mâles diffèrent nécessarement des femelles par leurs organes de reproduction, qui consttuent les caractères sexuess primaires. Mais les sexes diffèrent souvent aussi par ce que Hunter a appelé les caractères sexuel: secondaires, qui ne sont pas en rappotl direct avec l'acte de la reproduction; le mâle, par exemple, possède certains organes de sens ou de locomotion, dont la femelle est dépourvue; ou bien ils sont beaucoup plus développés chez lui pour permettre de la trouvrr et de l'atteindre; ou bien encore, le mâle est muni d'organes spéciaux de préhension, à l'aide desquels il peut facllement la maintenir. Ces divers organes, très diversifiés, se confondent avec d'autres que, dans certains cas, on peut à peine distinguer de ceux qu'on considèee ordinairement comme les organss primaires; tels sont les appendices complexss qui occupent l'extrémité de l'abdomnn des insectes mâles. A moins que nous ne restre-gnions le terme « primaire x aux glandes reproductrices seules,

s

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[Chappviii]           de la sélection sexuelle                      227

il n'est presque pas possible d'établir une ligne de démarcation entre les organes sexuess primaires et les organss secondaires.

La femelle diffère souvent du mâle en.ce qu'elle possède des. organss destinés à l'alimentation ou à la protection de ses jeune,, tels que les glandes mammaires des Mammifères, et les poches, abdominales des Marsupiaux. Dans quelquss cas plus rares, le mâle possède des organss analogues qui font défaut chez la femelle, comme les réceptacles pour les œufs qu'on trouve chez certains poissons mâles, et ceux qui se développent temporairement chez certaines grenouilles mâles. La plupate des abeilles femelles ont un appareil particulier pour récolter et porter le pollen, et leur ovipositeur se transforme en un aiguillon pour la défense des larves et de la communauté. Nous pourrions encore citer de nombreux cas analogues, mais qui ne nous intéressent pas ici. Il existe, toutefois, d'autres différences qui n'ont aucune espèce de rappott avec les organes sexuels primaires, différences qui nous intéressent pius particulièrement, - telles que" la plus granee taille, la force,' les dispositions belliqueuses du mâle, ses armes offensives ou défensive,, sa coloration fastueuee et ses divers ornements, la faculté de chanter, et autres caractères analogues.

Outre' les différences sexuelles primaires et secondaires auxquelles nous venons de faire allusion, le mâle et la femelle diffèrent quelquefois par des conformations en rappott avec différentes habitudss d'existence, et n'ayant que des relations indirectes, ou n'en ayant même pas, avec la fonction reproductrice. Ainsi les femelles de certaines mouchss (Culicidés et Tabanidés) sucent le sang, tandis que les mâles vivent sur les fleurs et ont la bouche privée de mandibules'. Certaines phaèènes mâles ainsi que quelques crustacés mâles (Tanais) ont seuls la bouche imparfaite, fermée, et ne peuvent absorbrr aucune nourriture. Les mâles complémentaires de certains Cirripèdes viven,, comme les plantes épiphytiques, soit sur la femelle, soit sur la forme hermaphrod,te, et sont dépourvus de bouche et de membres, préhensiles. Dans ces cas, le mâle s'est modifié et a perdu certaiss organes importants que possèdent les femelles. Dans d'autres cas, la femelee a subi ces modifications; ains,, le lampyee femelle est dépourvu d'alle;; ces organes, d'allleurs, font si bien défaut à beaucoup de phalènss femelles que quelques-unss ne quittett jamais le cocon. Un grand nombre de crustacés parasites femelles ont perdu leurs pattes na-

1. Westwood, Modem Massif, of Insects, vol. II, 1840, p. 511. Je dois a FritzMillier le fait relatif au Tanais.                                           .            <

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228                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           pie Partie]

tatôires. Chez quelquss charançons (Curculionidés)Ia trompe présente une grande différence en longueur chez le mâle et chez la femelle»; mais nous ne saurioss dire quelle est la signification de ces différences et d'autres analogues. Les différences de conformtion entre les deux sexes, qul se rapportent A diverses habitudes d'exsstence, sont ordinairement limitées aux animaxx inférieuss: chez quelquss oiseaux, cependant, le bec du mâle diffère de celui de la femelle. Le huia de la Nouvelle-Zélande présenee à cet égard unedifférenee extraordina;re; )edocteurBtilfcr' affirme que lemâle se sert de son bec puisaant pour fouiller le bois mor,, afin d'en extraire les insectes, tandss que la femelle fouille les parties les plus molles avec son bec long, élastique et recourbé ; de cette façon le mâle et la femelle s'entr'aident mutuellement. Dans la plupatt des cas, les différences de conformation entre les deux sexes se rattachent plus ou moins directement à la propagation de l'espèce; ains,, une femelle qui a à nourrir une multitude d'œufs a besoin d'une nourriture plus abondanee que fe mâle, et, par conséqunnt, elle doit possédrr des moyens spéciaux pour se la procurer. Un animal mâle qui ne vit que quelquss heures peut, sans inconvénient, perdre, par défaut d'usag,, les organss qui lui servent à se procurer des afiments, tout en conservatt dans un état parfatt ceux de la locomotion, qui lui servent à attenndre la femelle. Celle-c,, au contraire, peut perdee sans danger les organss qui lui permettent fe vol, la natation et la march,, si elle acquiert graduellement des habitudes qui lui rendent la locomotion inutile.

Nous n'avons toutefois a nous occuper ici que de la sélection sexuelle. Cette sélection dépend de t'avantage que certaiss indivdus ont sur d'autres de même sexe et de même espèce, sous le rappott exclusff de la reproduction. Lorsque la conformation diffère chez les deux sexes par suite d'habitudes différentes, comme dans les cas mentionnés ci-dessu,, il faut évidemment attribuer les modifications subies à fa séleciion naturelle, et aussi à f'hérédité limitée à un seul et mômesexe. Il en est de même pour les organes sexuess primaires, ainsi que pour ceux destinés à l'alimentation et à la protection des jeune;; car les individss capables de mieux engendrer et de mieux protégrr leurs ascendants doivent nn laisse,, exteris paribus, un plus grand nombee qui hérttent de leur supéririté, tandis que ceux qui les engendrent ou les nourrissent dans de mauvaises conditions n'en laissent qu'un pettt nombee pour hériter

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[ChapP VIII]              DE LA SÉLECTION SEXUELLE                           229

de leur faiblesse. Le mâle cherche ordinairement la femelle, les organes des sens et de la locomotion lui sont donc indispensables; mais, si ces organss lui sont indispensables, ce qui est généralement le cas, pour accomplir d'autres actes de l'existence, ils doivent leur développement à l'actinn de la sélection naturelle. Lorsqee le mâle a joint la femelle, il lui faut, quelquefois des organes préhensiles pour la retenir; ains,, le docteur Wallace m'apprend que certaines phalènss mâles ne peuvent pas s'unrr avec les femelles, si leurs tarses ou pattes sont brisés. Beaucoup de crusaacés océaniquss mâles ont les pattes et les antennss extraordinairement modifiées pour pouvorr saisir la femelle; d'où nous pouvons concluee que, ces animaux étant exposés à être ballotés par les vagues de la pleine mer, les organss en question leur sont absolument nécessaires pour qu'ils puissent propagrr leur espèce ; dans ce cas, le développement de ces organss n'a été que le résultat de la sélection ordinaire ou séleciion naturelle. Quelques animaux p)acés très bas sur l'échelle se sont modifiés dans le même but; ains,, certains vers parasites mâles, qui ont atteint leur développement complet, ont la surface inférieuee de l'extrémité du corps transformée en une sorte de râpe; ils enroulent cette extrémité autour de la femelle et la maintienntnt ainsi très fortement4.

Lorsque les deux sexes ont exactement les mêmes habitudes d'existence, et que le mâle a les organss des sens et de la locomotion plus développés qu'ils ne le sont chez la femelle, il se peut que ces sens perfectionnés lui soient indispensables pour trouvrr la femelle. Mais, dans la grande majorité des cas, ces organes perfectionnss ne servent qu'à procurer à un mâle une certaine supériorité sur les autres mâle,, car les moins privilégiés, si le temps leur en étatt laissé, réussiraient tous à s'apparier avec des femelles sous tous les autres rapports, à en juger d'après ta strucuure des femelles, ces organss serarent également bien adaptés aux habitudes ordinaires de l'existence. La sélection sexuelee a dû évidemment intervenir pour produire les organss auxquels nous faisons allu-

4. M. Perrier, Revue seientifigue, 15 mars 1873, p. 865, invoque ce cas qu'il considère comme portant un coup fatal à l'hypothèse de la sélection sexuelle, car il suppose que j'attribue à cette cause toutes les différences entre les sexes. Je dois ePnPcondure' que cet éminent naturaliste, comme tant d'autres savants français, ne s'est pas donné la peine d'étudier et.de comprendre les premiers principes de la sélection sexuelle. Un naturaliste anglais insiste sur le faitque les crochets dont sont pourvus certains animaux mâles ne peuvent devoir leur

la femelle! 11 me fallait lir

dévetoppen.ent à un enoix exercé par la femelle! 1. me fa.lait lire cette remarque pour supposer que quiconque a lu ce chapitre s'imagine que j'aiejamais prétendu que le choix de la femelle avait une influence quelconque sur le dévetoppement des organes préhensiles du mâle.

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230.                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [IL Partie]

sion, car les mâles ont acquis la conformation qu'ils ont aujoud'hu,, non pas parce qu'elle les met à même deremporter la victoire dans la lutte pour l'existence, mais parce qu'elpe leur procuee un avantage sur les autres mâles, avantage qu'ils ont transmis à leur postérité mâle seule. C'est l'importance de cette distinction qui m'a condutt à donner à cette forme de sélection te nom de séleciion sexuele.. En outre, si le service principal que les organss préhensiles rendent aux mâles est d'empêcher que la femelle ne lui échappe avant l'arrivée d'autres mâles, ou lorsqulil est assallii par eux, la 'sélection sexuelle a dû perfectionner ces organss en conséquence de ta supériorité que certains mâles ont acquis sur leurs rivaux. Mais il est impossbble, dans la majorité des cas de cette nature, d'établir une ligne de démarcation entre les effets de la séleciion naturelle et ceux de la sélection sexuelle. On pourrait remplir des chapitres de particularités sur les différences qui existent entre les sexes sous le rapport des organes sensitifs, locomoteurs et préhensiles. Cependant, comme ces conformations ne sont pas plus intéressantes que celles qui servent aux besoins ordinaires de la vie, je me propoee d'en négliger la plus grande partie, me bornant à indiqurr quelquss exemplss dans chaque classe.

La sélection sexuelee a dû provoquer le développement de beaucoup d'autres conformations et de beaucopp d'autres instincts; nous pourrions citer, par exemple, les armes offensives et défensives que possèdent les mâles pour combattre et pour repousser leurs rivaux; le couraee et l'esprtt belliqueux dont ils font preuv;; les ornements de tous genre,, qu'ils aiment à étaler; les organss qui leur permettent de produire de la musique vocale ou instrumentale et les glandes qui répandent des odeuss plus ou moins suaves; en effet, toutes ces conformations servent seulemnnt, pour la plupart, à attrrer ou à captiver la femelle. Il est bien évident qu'il faut attribuer ces caractères à la sélection sexuelee et non a la sélection ordinaire, car des mâles désarmés, sans ornements, dépourvus d'attraits, n'en réussiraient pas moins dans la lutte pour l'existence, et seraiett aptes a engendrer une nombreuse postérité, s'ils ne se trouvaient en présence de mâles mieux doués. Le fait que les femelles, dépourvues de moyens de défense et d'ornements, n'en survivent pas moins et reproduisent l'espèce, nous autorise à concluee que cette assertinn est fondée. Nous consacrerons dans les chapitres suivanss de longs détails aux caractères sexuess secondaires auxquels nous venons de faire allusion; en effet, ils présentent un vif intérêt sous pluseeurs rapports, mais principalement en ce qu'ils dépendett de la volonté, du choix, et de la rivalité des

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[Chap. VIII]            DE LA SELECTION SEXUELLE                        231

individss des deux sexes. Lorsque nous voyons deux mâles lutter pour la possession d'une femelle, ou plusieuss oiseaux mâles étaler leur riche plumage, et se livrer aux gestes les plus grotesques devant une troupe de femelles assemblées, nous devons évidemment concluee que, bien que guidés par l'instinct, ils savent ce qu'ils font, et exercent d'une manièee consciente leurs qualités corporelles et mentales.

De même que l'homme peut améliorer !a race de ses coqs de combat par la séleciion de ceux de ces oiseaux qui sont victorieux dans l'arèn,, de même les mâles les plus forts et les plus vigoureux, ou les mieux armé,, ont prévalu à l'état de nature, ce qui a eu pour résultat l'amélioration de la race naturelle ou de l'espèce. Un faible degré de variabilité, s'il en résutte un avantage, si léger qu'il soit, dans des combass meurtriers souvent répétés, suffit à l'œuvre de la sélection sexuelle; or, il est certann que les caractères sexuels secondaires sont éminemment variables. De même que l'homm,, en se plaçant au point de vue exclusif qu'il se fait de la beauté, parvient à embellir ses coqs de basse-cou,, ou, pour parler plus strictement, arrive à modifier la beaué- acqusee par l'espèce parente, parvient à donner au Bantam Sebright, par exemple, un plumage nouveau et élégant, un port relevé tout particulier, de même il semble que, à l'état de nature, les oiseaux femelles, en choisissant toujouss les mâles les plus attrayants, ont développé la beauéé ou les autres qualités de ces derneers. Ceci impliqu," sans doute, de la part de la femelle, un discernement et un goût qu'on est, au premier abord, disposé à lui refuse;; mais j'espère démontrer plus loin, par un grand nombre de faits, que les femelles possèdent cette aptitude. Il convient d'ajouter que, en attribuant aux animaux inférieuss le sens du beau, nous ne supposons certes pas que ce sens soit comparable-à celui de l'homme civilisé, doué qu'il est d'idées multiples et complexe;; il seratt donc plus juste de comparer le sens pour le beau que possèdent les animaux à celui que possèdent les sauvages, qui admirent les objets brillanss ou curieux et aiment à s'en pare..

Notre ignorance sur bien des poinss fait qu'il nous reste encore quelque incertitude sur le mode précss d'action de la sélection sexuelle. Néanmoins, si les naturalistes, qui admettent déjà la mutabilité des espèces, veulent bien lire les chapitres suivants, ils conviendront, je pense, avec moi, que la séleciion sexuelle a joué un rôle important dans l'histoire du monde organique. Il est certain que, chez presque toutes les espèces d'animaux, il y a lutte entre les mâles pour la possession de la femelle; ce fait est si notoire-

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232,                    LA DESCENDANCE DE L'HOMME .         [H. Pabt.e]

ment connu qu'il seratt inutlle de citer des exemples. Par conséquen,, si l'on admet que les femelles ont une capacité mentaee suffisanee pour exercer un choix, elles sont à même de choisrr le mâle qui leur convien.. Il semble, d'ailleurs,.que, dans un.grand nombre de cas, les circonstances tendent à rendee la lutte entre les maies extrêmement vive. Ainsi, chez les oiseaux migrateurs, les mâles arrivent ordinairement avant les femelles dans les localités où doit se faire la reproduction de l'espèce; il en résutte qu'un grand nombre de mâles sont tout prêts à se disputer les femelle.. Les chasseuss assurent que le rossignol et la fauvetee a tête noire mâles arrivent toujours les premeers; M. Jenner Werr confirme le fait pour cette dernière espèce.

M. Swaysland, deBrighton, qui, pendant ces quarante dernières années, a eu l'habitude de capturer nos oiseaux migrateurs dès leur arrivée, m'écrtt qu'il n'a jamass vu les femelles arriver avant les mâles. 11 abattit/un printemps, trente-neuf mâles de hochqqueses (Budytes Raii) avant d'avoir vu une seule femelle. M. Gould, qui a disséqué de nombreux oiseaux, affirme que les bécasses mâles arrivent dans ce pays avant les femelles. On a observé le même fait aux États-Unis chez la plupatt des oiseaux migrateurs». La plupatt des saumons mâles, lorsqu'ils remontent nos rivière,, sontprêts à la reproductionavantlesfemelles. lien estdemême, a ce qu'ir semble, des grenouilles et des crapauds. Dans la vaste classe des insectes, les mâles sortent presque toujouss les premiers de la chrysalide, de sorte qu'on les voit généralement fourmiller quelque temps avant que les femelles apparaissent». La cause de cette différence dans la période d'arrivée ou de maturation des mâles et des femelles est évidente. Les mâles qui ont annuellement occupé les premeers un pays, ou qui, au printemps, sont les premiers à se propager, ou les plus ardenss à la reproduction de l'espèc,,ont dû laisser de plus nombreux descendants, qui tendent à hériter de leurs instincts et de leur constitution. Il faut se rappeler, on outre, qu'il seratt impossible de changrr beaucoup l'époque de la maturité sexuelle des femelles sans apporter en même temps de grands troubles dans

5. J.-A. Allen, Mammals and Winter Birds of Florida; Bull. Comp. Zoology, Harvard Collège, p. 268.

6.  ...me cta les ptenl.s à ,»«, ,cparé,, les „,„,, ,„*,„, .„!«„, e^n-

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[Chap.viii]            de la sélection sexuelle .             233

la période de la production des jeune,, production qui doit être déterminée par les saisons de l'année. En somme, il n'est pas douteux que, chez presque tous les animaux à sexes séparé,, il y a une lutte périodique et constanee entre les mâles pour la possession des femelles.

Il y a, cependant, un point important qui mérite toute notre attention. Comment se fait-ll que les mâles qui l'emportent sur les autres dans la lutte, ou ceux que préfèrent les femelles, laissent plus de descendanss possédatt comme eux une certaine supériorité, que lès mâles vaincus et moins attrayants ? Sans cette condiiion, la sélection sexuelle seratt impusssante à perfectionner et à augmenter les caractères qui donnent à certains mâles un avantage sur d'autres. Lorsque les sexes existent en nombre absolument égal, les mâles les moins bien doués trouvett en définitive des femel,es (sauf là où règne la polygamie), et laissent autant de descendants, aussi bien adaptés pour les besoins de l'existenee que les mâles les mieux paraagés. J'avass autrefois conclu de divers faits et de certaines considérations que, chez la plupart des animaux à caractères sexuess secondaires bien développés, le nombre des mâles excédait de beaucoup celui des femelle;; mais il ne semble pas que cette hypothèse soit complètement exacte. Si les mâles étaient aux femelles comme deux est à un, ou comme trois est à deux, ou même dans une proportion un peu moindre, la question serait bien simple; car les mâles les plus attrayants ou les mieux armés laisseraient le plus grand nombee de descendants. Mais, après avoir étudié autant que possible les proportions numériques des sexes, je ne crois pas qu'on puisse ordinairement constater une grande disproportion numérique. Dans la plupatt des cas, la séleciion sexuelle paratt avoir agi de la manière suivante.

Supposons une espèce quelconque, un oiseau, par exemple, et partageons en deux groupss égaux les femelles qui habitett un district; l'un comprend les femelles les plus vigoureuses et les mieux nourries; l'autre, celles qui le sont moins. Les premières, cela n'est pas douteux, seront prêtes à reproduire au printemps avant les autres; c'est là, d'allleurs, l'opinion de M. Jenner Weir, qui, pendant bien des année,, s'est beaucoup occupé des habitudes des oiseaux. Les femelles les plus saine,, les plus vigoureuses et les mieux nourries réussiront auss,, cela est éviden,, à élever en moyenne le plus grand nombee de descendants'. Les mâles, ainsi

7. Je puis invoquer l'opinion d'un savant ornithologiste sur le caractère des petits. M. J.-A. Allen, Mammats and Winter Birds of Florida, p. 229, dit, en parlant des couvées tardives produites par la destruction accidentelle des

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234                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Hc» Part.k]

que nousTavons vu, sont généralement prêss à reproduire avant les femelles; les mâles les plus forts, et, chez quelquss espèces, les mieux armés; chassent leurs rivaux plus faible,, et s'accouplent avec les femelles les plus vigoureuses et les plus saines, car celles-ci sont les premières prêtes à reproduire 8. Les couples ainsi const-tués doivent certainement élever plus de jeunes que les femelles en retard, qui, en supposatt l'égalité numérique des sexes, sont forcées de s'unrr aux mâles vaincus et moins vigoureux; or, il y a là tout ce qu'il fautpour augmenter, dans le cours des généraiions successives, la taille, la force et le courage des mâles ou pour perfectionner leurs arme..

Il est, cependant, une foule de cas où les mâles qui remportent la victoire sur d'autres mâles n'arrivent à possédrr les femelles que grâce au choix de ces dernières. La cour que se font les animaux n'es,, en aucune façon, aussi brève et aussi simple qu'on pourrait !e suppose.. Les mâles les mieux orné,, les meilleuss chanteurs, ceux qui font les gambades les plus bouffonne,, excitent davantage les femelles qui préfèrent s'accoupler avec eux; mais il est très probable, comme on a d'aileeurs l'occasion de l'observer quelquefois, qu'elles préfèrent en même temps les mâles les plus vigoureux et les plus ardents. Les femelles les plus vigoureus,s, qui sont les premières prêtes à reproduire, ont donc un grand choix de mâles, et, bien qu'elles ne choisissent pas toujouss les plus robustes ou les mieux armés, elles s'adressent, en somme, à des mâles qui, possédant déjà ces qualités à un haut degré, sont, sous d'autres rapports, plus attrayants. Ces couples formés précocement ont, pourélever leur progéniture, de grands avantages du côté femelle aussi bien que du côté mâle. Cette cause, agissant pendant une longue série de générations, a, selon toute apparence, suffi non seulement à augmenter la force et le caractère belliquexx des mâles, mais aussi leurs divers ornements et leurs autres attraits.

Dans le cas inverse et beaucoup plus rare où les mâles choissssent

premières couvées, que les oiseaux qui en proviennent sont a plus petits, plus pauvrement colorés que ceux éclos au commencement de la saison. Dans le cas où les parents font plusieurs couvées par an, les oiseaux qui proviennent de la première semblent, sous tous les rapports, plus parfaits et plus vigoureux ,.

8.  Hermann Mûller adopte la même conclusion relativement aux abeilles femelles, qui, chaque année, sortent les premières de la chrysalide. Voir à cet égard son remarquable mémoire : Anwendung den Darwin'schen Lehre auf

.Bienen; Verh. d. V. lahrg XXIX, p. 45.

9.  J'ai reçu à cet égard, sur la volaille, des renseignements que je citerai plus loin. Même chez les Oiseaux tels que les pigeons, qui s'apparient pour ta vie, la femelle, à ce que m'apprend M. Jenner Weir, abandonne le mâle, s'il

btessé ou s'il devient trop faible.

est

.trop

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[Chap. VIII]             DE LA SÉLECTION SEXUELLE                           235

des femelles particulières, il est manifesee que les plus vigoureux, après avoir écarté leurs rivaux, doivent avoir le choix libre; or, il est à peu près certain qu'ils recherchent les femelles les plus vigoureuses et les plus attrayantes à la fois. Ces couples ont de grands avantages pour l'élève de leurs jeune,, surtout si le mâle est capable de défendre la femelle pendant l'époque du ru,, comme cela se produit chez quelques animaux élevés, ou d'aider à l'entretien des jeunes. Les mêmes principes s'appliquent si ]es deux sexes préfèrent et choissssent réciproquement certains individus du sexe contraire, en supposant qu'ils exercent ce choix, ~non seulement parmi les sujets les plus attrayants, mais auss, parmi les plus vigoureux.

Proportion numérique des deux sexes.-3'ai fait remarquer que la sélection sexuelle seratt chose fort simple à comprendre, si le nombre des mâles excédatt de beaucoup celui des femelle.. En conséquence, je cherchii à me procurer des renseignements aussi circonstanciés que possible sur la proportion numérique des individus des deux sexes chez un grand nombre d'animaux; mais les matériaux sont très rare.. Je me bornerai à donner ici un résumé fort succinct des résultats que j'ai obtenu;; je réserve les détails pour une discussion ultérieure, afin de ne point interrompre le cours de mon argumentation. On ne peut vérffier les nombres proportionnels ' des sexes, au moment de !a naissance, que chez les animaux domesiiquss; et encore n'a-t-on pas tenu des registres spéciaux dans ce but. Toutefois, j'ai pu recueillir, par des moyens indirects, un nombee considérable de données statistiquesil en résulte que,chez la plupatt de nos animaux domestiques, les individus des deux sexes naissent en nombee à peu près égal. Ainsi,on a enregistré,pendant une période de vingt et un ans, 25,560 naissances de chevaux'-de course; la proportion des mâles aux femelles est comme 99.7 est à 100. Chez les lévrier,, l'inégalité est plus grande que chez tout autre anima,, car sur 6,878 naissances, réparties sur douze ans, les mâles étaient aux femelles comme 110.1 esta 100. Il serait, toutefois, dangereux de concluee que cette proportion est la même à l'état de nature qu'à l'état domestique, cardes différences légères et inconnuss suffisent pour affecter dans une certaine mesure les proportions numériques des sexes. Prenon,, par exemple, le genre humain : le nombre des mâles s'élève, au moment de la naissance, à 104,5 en Angleterre, à 108,9 en Russie, et chez les Juifs de Livourne, à 120 pour 100 du sexe féminin. J'aurai, d'ailleurs, à revenrr sur le fait curieux de l'excédntt des mâles au moment de la naissance dans

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236                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ise pABiœ]

un supplément à ce chapitre. Je puis ajoute,, toutefois, que, au cap de Bonne-Espérance, on a compté pendant plusieuss années de 91 à 99 garçons d'extraction européenne pour 100 fittes.

Ce n'est pas, d'allleurs, seulement le nombee proportionnel des mâles et des femelles au moment de )a naissanee qui nous intéresse, mais ausii le nombre proportionnel à l'âge adulte; il en résulte un autre élément de doute, car on sait très positivement qu'il meur,, avant ou pendant ]a parturition, puis dans les premières années de la vie, une quantité beaucoup plus grande d'enfants du sexe masculin que du sexe féminin. On;constate le même fait pour les agneaux mâles, et probablement auss,, il est vra,, pour d'autres animaux. Les mâles de certaines espèces se livrent de terrbbles combass qui amènent souvent la mort de l'un des adversaire,, ou ils se pourchassent avec un acharnement tel qu'ils finissent par s'épusser complètement. En errant à la recherche des femelles, ils sont exposés à de nombreux dangers. Les poissons mâles de différentes espèces sont beaucoup plus petits que les femelles; on affirme qu'ils sont fréquemment dévorés par celles-c,, ou par d'autres poisson.. Chez quelques espèces d'oiseaux, les femelles meurent, dit-on, plus tôt que les mâles; elles courent aussi de plus grands dangers, exposées qu'elles sont sur le nid, pendant qu'elles couvent ou qu'elles soignent leurs petits. Les larves femelles des insectes, souvent plus grosses que les larves mâles, sont, par conséqunnt, plus sujettes à être dévorée;; dans quelquss cas, les femelles adultes, moins active,, moins rapides dans leurs mouvements que les mâles, échappent moins facilement au dange.. Chez les animaux à l'état de nature, nous ne pouvons donc, pour apprécier le nombre proportionnel des mâles et des femelles à t'âg& adulte, nous baser que sur une simple estimation, qui, à l'exception peut-être des cas où l'inégalité est très marquée, ne doit inspirer que peu de confiance. Cependan,, les faits que nous citerons dans le supplément qui termine ce chapitre semblent nous autoriser à conclure que, chez quelquss mammifères, chez beaucoup d'oiseau,, chez. quelques poissons et chez quelques insectes, le nombee des mâles excède de beaucoup celui des femelles.

Le nombee proportionnel des individus des deux sexes éprouve de légères fluctuations dans le cours des années; ains,, chez les chevaux de course, pour 100 femelles nées, les mâles avaient varié d'une année àune autre dans le rappott de 107.1 à 92.6, et chez les lévriers de 116.3 a 95.3. Mais il est probable que ces fluctuations auraient dispauu si l'on avatt dressé des tableaxx plus complets, basés sur une région plus étendue que l'Angleterre seule;

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[Chap.viii]            de la sélection sexuelle                        237

ces différences no suffiraient pas pour déterminer à l'état de natuee l'intervention effective de la sélection sexuelle. Néanmoins, comme on en trouvera la preuve dans le supplément, le nombee propotionnel des mâles et des femelles paraît éprouve,, chez.quelquss animaux sauvages, suivant les différentes saisons ou les diverses localités, des fluctuations suffisantes pour provoqurr une action de ce genre. Il faut, en effet, remarquer que les mâles, vainqueurs des autrss mâles ou recherchés par les femelles à cause de leur beauté, acquièrent au bout d'un certain nombee d'années, ou dans certaines localités, des avantages qu'ils doivent transmettre à leurs petits et qui ne sont pas de nature à disparaître. En admettant que, pendant les saisons suivantes, l'égalité en nombee des individus des deux sexes permette à chaque mâle de trouver une femelle, les mâles qui descendent de ces mâles plus vigoureux, plus rechechés par les femelles, supéreeurs en un mot, ont au moins tout autant de chance de laisser des descendants que les mâles moins forts et moins beaux.

Polygamie. - La praiique de la polygamie amène les mêmes' résultats que l'inégalité réelee du nombee des mâles et des femelles. En effet, si chaque mâle s'approprie deux ou plusieuss femelles il en est beaucoup qui ne peuvent pas s'accoupler, et ce sont certainement les plus faibles ou les moins attrayants. Beaucoup de mammifères et quelquss oiseaux sont polygames, mais je n'ai pas trouvé des preuves de cette particularité chez les animaux appartenant aux classes inférieures. Les animaux inférieuss n'ont peut-être pas des facultés intellectuelles assez développées pour les pousser à réunrr et à entretenrr un harem de femelles. Il paratt à peu près certain qu'il existe un rappott entre la polygamie et le développement des caractères sexuels secondaires; ce qui vient à l'appii de l'hypothèse qu'une prépondérance numérique des mâles est éminemment favorable à l'action de la séleciion sexuelle. Toutefois, beaucoup d'animaux, surtout les. oiseaux strictement monogame,, ont des caractères sexuels secondaires très marqués, tandis que quelquss autre,, qui sont polygames, ne sont pas dans le même cas.

Examinons rapidement au point de vue de la polygamie la classe des Mammifères, nous passerons ensuite aux Oiseaux. Le Gorille paratt être polygam,, et le mâle, difïère considérablement de la femelle; il en est de même de quelquss babounss vivant en sociétés qui renferment deux fois autant de femelles adultes que de mâles. Dans l'Amérique du Sud, la couleu,, la barbe et les organss vocaux

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du Myce<es caraaa présentent des différences sexueless marquées et le mâle vit ordinairement avec deux ou trois femelles; !e Cebus capucinus mâle diffère quelque peu de la femelle, et paratt être polygam''». On n'a que fort peu de renseignements à cet égard sur le plupatt des autres singes; on sait, cependant, que certaines espèces sont strictement monogames. Les Ruminan,s, essentiellement polygames, présentent, plus fréquemment qu'aucun autre groupe de Mammifères, des différencss sexuelles, non seulement par leurs arme,, mais aussi par d'autres caractères. La plupatt des cerfs, les bestiaux et les moutons sont polygames ; il en est de même des antllopes, à l'exception de quelquss espèces monogames. Sir Andrew Smith, qui a étudié les antllopss de l'Afrique méridionale, affirme que, dans des troupss d'environ une douzaine d'indvvidus, on voit rarement plus d'un mâle adulte. h>Antilo~e saiga asiatique paratt être !e polygame le plus désordonéé qui existe, car Pallas" constate que le mâle expulse tous ses rivau,, et rassembee autour de lui un troupeau de cent têtes environ, composé de femelles et de jeune;; la femelle ne porte pas de cornes et a des poils plus fins, mais ne diffère pas autrement du mâle. Le cheval sauvage qui habtle les îles Falkland et les Étass situés au nord-ouest de l'Amérique septentrionale estpolygamejmaw. saufsa taille plus grande etlespro-portions de son corps, il ne diffère que peu de la jument. Les crocs et quelques autres pariicularités du sanglirr sauvage constituent des caractères sexuess bien accusé;; cet animal mène en Europe et dans l'Inde une vie solitaire, a l'exception de la saison de l'accouplemen,, pendatt laquelle, à ce qu'assure Sir W. Ellio,, qui l'a beaucoup observé dans l'Inde, il vit dansee pays avec plusieurs femelles; il est douteux qu'il en soit de même pour te sanglier d'Europe, bien que, cependant, on signaee quelquss faits à l'appui. L'éréphant indien adutte mâte passe une grande partie de son existence dans la solitud,, comme le sanglier; mais le docteur Campbell affirme que, lorsqulil est associé avec d'autres, « il est rare de rencontrer plus d'un mâle dans un troupeau entier de femelles ». Les plus grands mâles expulsent ou tuent les plus petits et les plu faibles. Le mâle diffère de la femelle par ses immenses défense,

10. Sur le Gorille, voir ravage et Wymah, Boston Vourn. of Nat. Hist.,\o\.\, 184M7, p. 423. Sur le Cynocéphale, Brehm Jllustr. TMerleben,- vol. î, 1864 p 77 Sur le Mycetes Rengger, Naturg. Sàuyelhiere von Pàraouag, 1830, p. 14,' 20.Sur le Cebus, Brehm op.,c, .. 10..

H.; PaUas, Spicilegia Zoolog. Fasc. XII, 1777, p. 29. Sir Andrew Smith, Illustrations oftheZoologyof S. Africa, 1849, p. 29 sur le Kobus. Owen. Anal. of Vertébrates, vol. III, 1868, p. 633, donne un tableau indiquant quelles sont tes espèces d'antilopes qui s'apparient et cellesqui vivent en.troupeaux

US

ses,

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[Chap. VIII]            DE LA SÉLECTION SEXUELLE'                       239

sa grande taille, sa force et ia faculté qu'il possède de supporter plus longtemss la fatigue; la différence sous ces rapports est si considérabte qu'on estime les mâles, une fois capturés, à 20 p. 100 au-dessus des femelles ». Les sexes 'ne diffèrent que peu ou point chez les autres pachydermes qui, autant que nous pouvons le savoir, nesont pas polygames. Aucune espèce appartenant aux ordres des Cheiroptères, des Ëdentés, des Insectivores ou des Rongeurs, n'est polygame, autant, toutefois, que je puis le savoir; le rat commun fait peut-être exception à cette règle, car quelques.chasseuss de rats affirment que les mâles vivent avec plusieuss femelles. Chez certains paresseux (Édentés) les deux sexes diffèrent au point de vue du caractère et de la couleur des touffes de poils qu'ils portent sur les épaules.3. Plusieuss espèces de chauves-souris (Cheiroptères) présentent des différences sexuelles bien-marquée;; les mâles, eneffet, possèdent des sacs et des glandes odorffères et affectent une couleur plus pâle '*. Chez les rongeurs, tes sexes diffèrent rarement; en tout cas, les différences sont légères et portent seulement sur la couleur des poils;

Sir A. Smith m'apprend que, dans l'Afrique australe, le lion vit quelquefois avec une seule femelle, mais généralement avec plusieurs; on en a découvett un avec cinq femelles; cet animal est donc polygam.. C'est, autant que-je puis le savoir, le seul animll polygame de tout le groupe des carnivores terrestres, et le seul offrant des caractères sexuels bien accusés. Il n'en est pas de même chez les carnivores marins : en effet, beaucoup d'espèces de phoques présentent des différences sexueless extraordinaires, et sont essentiellement polygames. Ainsi, t'étéphant de mer (Mac?ochinus pro-boscidëus) de l'Océan du Sud est toujours, d'après Péron, entouéé de plusieuss femelles, et le lion de mer (ptaria jubata), de Forster, est, dit-on, accompagéé par vingt ou trente femelles. L'ouss de mer mâle, de Steller (Arctocephalus ursinus), dans le Nord, se fait suivre d'un nombre de femelles encore plus considérable. Le docteur Gill <5 a fait à cet égard une remarqee très intéressante : « Chez les espèces monogames, ou celles qui vivent en petites sociétés, on observe peu de différence de taille entre le mâle et la femelle; chez tesespèces sociabees, ou plutôt chez celles où tes. mâles pos-

12. D. Campbell, Proc. Zoolog. Soc, 1869, p. 138. Voir aussi un mémoire

p l^oir un excellent mémoire du V Dobs0n, Pro, Zoolo, ***, 1,3, 15. The Eared Seals; American Naturalnt. vol,IV, janv. M71.

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240            'LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Iee PARTIE]

sèdent de véritables harem,, les mâles sont beaucoup plus grands que les femelles. »                                           : "

En ce qui concerne les oiseaux, un grand nombee d'espèce,, dont les sexes s'accusent par de grandes différence,, sont certainement monogames. En Angleterre, par exemple, on observe des différences sexuelles très marquées chez le canard sauvag,, qui ne s'accoupee qu'avcc une seule femelle, ainsi que chez le merle commun et le bouvreu,l, qu'on dit s'accoupler pour la vie. M. Wallace m'apprend qu'on observe !e même fait chez les Cotingddés de l'Amérique méridionale et chez beaucoup d'autres espèces d'oiseaux. Je n'ae pas pu parvenrr à découvrrr si les espèces de plusieuss groupes sont polygamss ou monogames. Lesson soutient que les oiseaux de paradis, si remarquables par leurs différences sexuelles, sont polygames, mais M. Wallace doute qu'il ait pu se procurer des preuvss suffisantes. M. Salvin m'apprend qu'il a été conduit à admettre que les oiseaux-mouches sont polygames. heCAera progne mâle, remarquable par ses plumes caudales, paraît certainement être polygame'». M. Jcnner Weir et d'autres mîont assuré quill n'est pas rare de voir trois sansonnets fréquenter le même nid; mais on n'a pas'encore pu détermnner si c'est là un cas de polygamie ou de polyandrie.

Les Gallinacés présentent des différences sexueless presque aussi fortement accusées que les oiseaux de paradss ou que les oiseaux-mouches, et beaucoup d'espèces sont, comme on le sait polygames; d'autres sont strictement monogames. Les mâles diffèrent considérabeement des femelles chez le paon et chez le faisan polygames; ils en diffèren,, au contraire, fort peu chez Ja pintade et chez la perdrix monogames. On pourrait citer d'autres faits à l'appui : ains,, par exemple, dans la tribu des Grouses (Lagopèdes), le capercailzie polygame et le faisan noir, polygame auss,, différent considérablement des femelles; tandss que les mâles et les femelle,, chez le grouee rouge .et chez !e ptarmigan monogames, diffèrent très peu. Parmi les Cjirsores, il n'y a qu'un pettt nombee d'espèces qui présentent des différences sexueless fortemett accusée,, à l'exception des outardes, et on affirme que la grande outarde (Olis tarda) est polygam.. Chez les Grallatores, trss peu d'espèces présentent des différences de cette nature; !e combattant (Machetes pugnax)

16. The Ibis, vol. III, 1861, p. 133, sur le Chera Progn.. Voir auss,, sur le Vidua axillaris, ibid., vol. II, 1868, p. 211. Sur la polygamee du grand coq de bruyèee et de la grande outard,, voir L. Lloyd, Game Birds of Sweden, 1867,

pp. 19 et 182. Montagu et Selby affirment que le grouse noir est polygame et que le grouse rouge est monogam..

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[Chap. VIII]            DE LA SELECTION SEXUELLE . _         241

constitue, toutefois, une exception remarquable, et Mo'ntagu affirme qu'il est polygame. Il semble donc qu'il y ait souven,, chez les oiseaux, une relation assez étroite entre !a polygamee et le développement de différences sexuelles marquées. M. Bartlett, des Zoological Gardens, qui a si longtemss étudié les oiseaux, me.ré-pondait, ce qui me frappa beaucou,, un jour que je lui demandais si le tragopan mâle (gallinacé) est polygame : « Je n'en sais rien, mais je serais disposé à le croire en raison de ses splendides cou-

U faut remarquer que l'instinct qui pousse à s'accoupler avec une seule femelle se perd aisément à l'état de domesticité. Le canard sauvage est strictement monogam,, le canadd domestique est polygame au plus haut degré. Le Rév. W. D. Fox m'apprend que quelquss canards sauvagss à demi apprivoés,s, conservés sur un grand étang du voisinage, faisaiett des couvées extrêmement nombreuses, bien que le garde tuât les mâles de façon à n'en laisser qu'un pour sept ou hutt femelles. La pintade est strictement monogame; cependatt M. Fox a remarqué que les oiseaux réusssssent mieux lorsqulnl donne à un mâle deux ou trois poules. Les canaris, à l'état de nature, vont par couples; mais, en Angleterre, les éieveuss réussissent à donner quatre ou cinq femeltes à un mâle. J'ai signalé ces cas, car ils tendent à prouvrr que les espèces, monogames à l'état de nature, parasssent sans difficutté pouvorr devenir polygames d'une façon temporaire ou permanente.

Nous avons trop peu de renseignemests sur les habitudes des reptiles et des poissons pour pouvoir nous étendee sur leurs-rapporss sexues.. On affirme, toutefois, que l'épinoche (Gasterosteus) est polygam"" 1endant la saison des amours, le mâle diffère considérablement de la femelle.

Résumoss les moyens par lesquels, autant que nous en pouvons juge,, la sélection sexuelle a détermnéé le développement des caractères sexuels secondaires. Nous avons démontré que l'accouplement des mâles les plus robustes et les mieux armés, qui ont vaincu d'autres mâle,, avec les femelles les plus vigoureuses et les. mieux nourries, qui sont les premèères prêtes à engendrer au printemp,, produit le plus grand nombee de descendanss vigoureux. Si ces femelles choissssent les mâles les plus attrayants et les plus forts, elles élèvent plus de petits que les femelles en retard qui ont dû s'accoupler avec les mâles inférieuss aux précédents, sous !e rappott de la force et de la beauté. Il en sera de même si

17. Noël Humphreys, «„«« Gardens, 1857.

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les mâles les plus vigoureux choissssent les femelles les plus attrayantes et les mieux constituées, et cela sera d'autant plus vra,, si le mâle vient en aide à !a femelle et contribue à l'alimentation des jeune.. Les couples les plus vigoureux peuvent donc élever un plus grand nombre de petits, et cet avanaage suffit certainement pour rendre la sélection sexuelee efficace. Cependant une grande prépondérance du nombre des mâles sur celui des femelles serait beaucoup plus efficace encore; soit que cette prépondérance fut accidentelle et locale, ou permanen;e; soit qu'elle eût lieu dès la naissance, ou qu'elle fût le résultat subséquent de la plus grande destruction des femelle;; soit enfin qu'elle fût la. conséquence indirecte de la polygamie.

Les modifications sont généralement plus accusées chez le mâle que, chez la femelle. - Lorsque les mâles diffèrent des femelles au point de vue de l'apparence extérieure, c'est, à de rares exceptions près, - et cette remarque s'applique à tout le règne anima,, - le mâle quiasubileplusdemodifications; en effet, la femelle continue ordinairemett à ressembler davantage aux jeunes de l'espèce à laquelle elle appartient ou aux autres membres du même group.. Presqee tous les animaxx mâles ont des passions plus vives que les femelles ce qui paratt être la cause de ces différence.. C'est pour cela que les mâles se battent, et déploient avec tant de soin leurs charmes devant les femelle;; ceux qui l'emportent transmettent leur supériortté à leur postérité mâle. Nous aurons à examiner plus loin comment il se fait que les mâles ne transmettent pas leurs caractères à leur postérité des deux sexes. Il est notoire que, chez tous les mammifères, les mâles poursuivent les femelles avec ardeu.. It en est de même chez les oiseaux; mais la plupatt des oiseaux mâles cherchent moins à poursuivre la femelle qu'à la captiver; pour y arriver, ils étalent leur plumag,, se livrent à des gestes bizarres et modulent les chanss les plus doux en sa présence. Chez les queques poissons qu'on a observés, le mâle paratt être aussi beaucoup plus ardent que la femelle; il en est évidemment de même chez les alligators et chez les batraciens. Kirby" a fait remarquer avec justesee que, dans toute l'immense classe des insectes, « le mâle recherche la femelle ». MM. Blackwall et C. Spence Bâte, deux autorités sur le sujet, m'apprenntnt que les araignées et les crustacés mâles ont des habitudes plus actives et plus vagabondes que les femelle.. Chez certaines espèces d'insectes et de crustacés, les

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18. Kl.by et Spen.,, ;»»„. ,»»,«„*„, ,.l. III. 18*6, p. 342.

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organss des sens ou de la locomotinn existent chez un sexe et font défaut chez l'autre, ou, ce qui est fréquen,, sont plus développss chez un sexe que chez l'autre ; or, autant que j'ai pu le reconnaître, !e mâle conserve ou possède presque toujouss ces organss au plus haut degré de développement; ce qui prouve que, dans les relations sexuelles, le mâle est le plus actif».

La femelle, au contraire, est, à de rares exceptions près, beaucoup moins ardenee que le mâle. Comme le célèbre Hunter» l'a fait observrr il y a bien longtemps, elle exige ordinairement « qu'on lui fasse la cour »; elle est timide, et cherche pendant longtemss à échapprr au mâle. Quiconque, a étudié les mœurs des.animaux a pu constater des exemples de ce genre. Divers faits que nous citerons plus loin, et les résultats qu'on peut attribuera l'intervention de la sélection sexuelle, nous autorisent à conclure que ia femelle, comparativement passive, n'en exerce pas moins un certain choix et accepte un mâle plutôt qu'un autre. Certaines apparences nous portent parfois à penser qu'elee-accepte, non pas le mâle qu'elle préfère, mais celui qui lui déplatt le moins. L'exercice d'un certain choix de Ja part de la femelle paratt être une loi aussi généraee que l'ardeur du mâle.

Ceci nous amène naturellement à rechercher pourquoi, dans tant de classes si distinctes, le mâle est devenu tellement plus ardent que Ja femelle, que ce soit lui qui Ja recherche toujouss et qui joue le rôle le plus actif dans les préliminaires de l'accouplement. 11 n'y auratt aucun avantag,, il y aurait même une dépense inutile de force à ce que les mâles et les femelles se cherchassent mutuelemen;; mais pourquii le mâle joue-t-il presque toujouss le rôle le plus actf?? Les ovules doivent recevorr une certaine alimentation pendatt un certain laps de temps après Ja fécondation ; il faut donc que le pollen soit apporté aux organss femelles et pJacé sur le stigmate, soit par concouss des insectes ou du vent, soit par les mouvements spontanés des étamines; et, chez les algue,, etc., par Ja locomotinn des anthérozoïdes.

Chez les animaux d'organisation inférieuee à sexes séparss qui

19. D'après Westwood (Modem Massif. ofInsects, vol. II, p. 160), un insecte. hyménoptère parasite constitue une exception à la règle, car le mâle n'a que des ailes rudimentaires et ne quitte jamais la cellule où il est né, tandis que la femelle a des ailes bien développées. Audouin croit que les femelles sont

^IZÎssays and Observations, édités par Ovven, vo.. I, 1861, p. 194.

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

sont fixés d'une manière permanente, l'élément mâle va invariablement trouver la femelle; il est, d'ailleurs, facile d'expliquer la cause de ce fait : les ovules, en effet; en admettant même qu'ils se détacheraentt avant d'êrre fécondés et qu'ils n'exigeraient aucune alimentation ou aucune protection subséquente, sont, par leurs dimensions relativement plus grandes, moins facilemntt transportables que l'élément mâle et, par le fait même qu'ils sont plus grand,, existent en plus pettte quantité. Beaucoup d'animaux inférieuss ont donc, sous ce rapport, beaucoup d'anaoogie avec les plantes». Les animaux mâles aquatiques fixés, ayant été ainsi conduits à émettre leur élément fécondant, il est naturel que leurs descendants, qui se sont élevés sur l'échelee et qui ont acquss des organes de locomotion, aient conseréé la même habitude et s'approchent aussi près que possible de la femelle, pour que l'élément fécondant ne soit pas exposé aux risquss d'un iong passage au travess de l'eau. Chez quelquss animaux inférieurs, les femelles seules sont fixées, il faut donc que les mâles aillent les trouve.. Quand aux formes dont les . ancêtres possédaient primitivement la facutté de la locomotion, il est difficile de comprendre pourquoi les mâles ont acquss l'invariable habitude de rechercher les femelles, au lieu que celles-ci recherchent les mâles. Mais, dans tous les cas, il a fallu, pour que les mâles devinssent des chercheurs efficaces, quiils fussent doués de passions ardentes; or, te développement de cespassions découle naturellement du fait que les mâles plus ardenss laissent plus de descendants que ceux qui le sont moins.

La grande ardeur du mâle à donc indirectement déterminé un développement beaucopp plus fréquent des caractères sexuess secondaires chez le mâle que chez la femelle. L'étude des animaux domestiques m'a condutt à penser que le mâle est plus sujet à varier que la femelle, ce qui a dû singulièrement faciliter ce développemen.. Von Nathusius, dont l'expérience est si considérable, partage absolument la même opinion ". La comparaison des deux sexes chez l'espèce humanee fourntt aussi des preuves nombreuses à l'appui de cette hypothèse. Au cours de l'expédition de la No-vara,, on a procédé à un nombee considérable de mesurages des

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[Chap.VIII]             DE LA SÉLECTION SEXUELLE                        245

diverses parties du corps chez différentes races, et, dans presque tous les cas, les hommss ont présenéé une plus grande somme de variations que les femmes; je reviendrai d'allleuss sur ce point dans un chapitre subséquent. M. J. Wood», qui a étudié avec beaucoup de soin la variation des muscles chez l'espèce humaine, imprime en itaiiquss la conclusion suivanee : < Le plus grand nombee d'anomalies, dans chaque partie prise séparément, se trouve chez ]e sexe mâle. » Il avatt déjà remarqué que « sur un ensemble de 102 sujets, les variétés de superfluités étaient moitié plus fréquentes chez les hommss que chez les femmes, ce qui contrastait fortement avec la plus grande fréquenee des déficits précédemment décrits déjà chez ces dernières .. Le professeur Macalister remarque égalemen"» que les variations dés muscles « sont probablement plus communss chez les mâles que chez les femelles ». Certains musclé,, qui ne sont pas normalement présents dans l'espèce humanne, se développent aussi plus fréquemment chez le mâle que chez la femelle, bien qu'on ait signaéé des excepiions à cette règle. Le docteur Burt Wilde"» a enregistré 152 cas d'individus ayant des doigss suppéémentaires; 86 ont été observés chez des homme,, et 39, moins de )a moitié, chez des femmes; dans les 27 autres cas, on n'a pas constaéé !e sexe. Il faut se rappeler, il est vra,, que les femmes cherchent plus que les hommss à dissimuler une difformité de ce genre. Le docteur L. Meyer affirme de son côté que la forme des oreilles est plus variabee chez l'homme que chez la femme.. Enfin, la température du corps varie davantage aussi chez l'homme que chez la femme».

On ne sauratt indiqurr la cause de la plus grande variabilité généraee du sexe mâle; on doit se borner à dire que les caractères sexuess secondaires sont extraordinairement variables et que ces caractères n'existent généralement que chez le mâle, ce qu'il est, d'allleurs, facile de comprendre dans une certaine mesur.. L'intervention de la sélection naturelle et de ia sélection sexuelle a rendu, dans beaucoup de cas, les animaux mâles très différenss des femelles; mais, indépendammtnt de la sélection, la différence de consttution qui existe entre les deux sexes tend à les faire varier d'une manière un peu différente. La femelle doit consacrer une grande quantité de matière organique à ta formatinn des œufs; te mâle, de

24. Proceedings Royal Soc, vol. XVII juil. 1868, pp. 519 et 524. : 25. Proc. Roy, Irish Academy, vol. X, 1868, p. 123. 26. Massachuse.«s Medic. Soc, vol. IL n° 3, 1868, p. 9.

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son côté, dépenee beaucoup de forces à lutter avec ses rivaux, à errer à la recherche de la femelle, à exercer ses organss vocaux, à répandre des sécréiions odoriférantes, etc,, et cette dépense doit généralement se faire dans une courte périod.. La grande vigueur du mâle pendant !a saison des amouss semblé souvent donner un certain éclat à ses couleurs, même quand il n'existe pas de différence bien marquée, sous ce rapport, entre lui et la femelle». Chez l'homme, et si l'on descend t'échelle organique jusque chez les Lepidoptères, )a température du corps est plus élevée chez !e mâle que chez la femelle, ce qui se tradutt chez l'homme par des pulsations plus lentes3». En résum,, les deux sexes dépensent probablement une quantité presque égale de matière et de force, bien que cette dépense s'effectue de manière différenee et avec une rapidité, différente.

Les causes que nous venons d'indiquer suffisent pour expliqurr que !a constitution des mâles et des femelles doive différer quelque peu, au moins pendant la saison des amour;; or, bien qu'ils soient soumis exactement aux mêmes conditions, ils doivent tendee à varier d'une manière quelque peu différente. Si les varaations ainsi déterminées ne sont avantageuses ni au mâle ni à la femelle, ni la sélection sexuelle, ni la sélection naturelle n'intervienntnt pour les accumuler et les accroître. Néanmoins, les caractères qui en résutent peuvent devenrr permanents, si les causes existantes agissent d'une façon permanente; en outre, en vertu d'une forme fréquenee de l'hérédité, ils peuvent être transmis au sexe seul chez lequel ils ont d'abodd paru. Dans ce cas, les mâles et -es femelles en arrventà présenter des différencss de caractères, différences permnentes, tout en étant peu importantes. M. Allen a démontré, par exemple, que, chez un grand nombee d'oiseaux habitant les parties septentrionales et tes parties méridionales des États-Unis, les individus provenant des parties méridionales affectent des teintes plus foncées que ceux des parties septentrionales. Cette différence semble être le résultat direct des différences^ température, de lumière, etc., qui existent entre les deux région.. Or,dans quelquss cas, les

29. Le professeur Mantegazza est disposé à croire (LeUera a Carlo Darwin, Archivio per l'Anthropolbgia, 1871, p. 306).que les brillantes couleurs communes à tant d'animaux mâles résultent de la présence chez eux du fluide spermatique. Je ne crois pas que cette opinion soit fondée, car beaucoup d'oiseaux mâles, les jeunes faisans, par exemple, revêtent leurs brillantes couleurs pendant l'automne de leur première année. i 30. Votr pour l'espèce humaine, le D' J. Stockton Hough, dont les conclu-

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deux sexes d'une même espèce, semblent avoir été différemment affectés. Les couleuss de VAgelœus pAœKiceus mâles sont devenuss bien plus brillantes dans le sud; chez le Cardinalis virginianm,ce sont les femelles qui ont subi une modification; les Quiscalusmajor femelles revêtent des teintes très variables, tandss que celles des mâles restent presque uniformes".

On signale, chez diverses classes d'animaux, certains cas exceptionnels; c'est alors la femelle qui, au lieu du mâle, a acquss des caractères sexuels secondaires bien tranchés, des couleuss plus brlllantes, une tallle plus élancée, une force plus grande et des goûts plus belliqueux. Chez les oiseaux, comme nous le verrons plus tard, il y a quelquefois eu transposition complète des caractères ordinaires propres à chaque sexe; les femelles, devenues plus ardentes, recherchent les mâles qui demeurent relativement passifs, mais qui choisissent probablement, à en juger par les résultats, les femelles les plus attrayantes. Certains oiseaux femelles sont ainsi devenus plus richement coloré,, plus magnif.quement ornés, plus puissants et plus belliqueux que les mâles, caractères qui ne sont -transmis qu'à la seule descendance femelle.

On pourrait supposer que, dans quelquss cas, il s'est produtt un double courant de sélection : les mâles auraentt choisi les femelles les plus attrayantes, et, réciproquement, ces dernières auraient choisi les plus beaux mâles. Ces choix réciproques pourraient certainement déterminer la modif.cation des deux sexes, mais ee tendraient pas à les rendee différenss l'un de l'autre, à moins d'admettre que leur goût pour le beau ne différâ;; mais c'est là une suppositiontrop improbable chez les animau,, l'homme excepté, pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Toutefois, chez beaucoup d'animaux, les individus des deux sexes se ressemblent, et possèdent des ornements tels que l'analogee nous condurrait à les attrbuer à l'intervention de la sélection sexuelle. Dans ces cas, on peut supposer d'une manière plus plausible qu'il y a eu un double cou-ran!ou un courant réciproque de sélection sexuelle; les femelles les plus vigoureuses et les plus précoces ont choisi les mâles les plus beaux et les plus vigoureux, et ceux-c,, de leur côté, ont repoussé toutes les femelles n'ayant pas des attraits suffisants. Mais, d'après ce que nous savons des habitudes des animau,, il est difficile de soutenrr cette théorie, car le mâle s'empresee ordinarrement de s'accoupler avec une femelle quelle qu'elee soit. Il est beaucoup plus probable que les ornemenss communs aux deux sexes ont été

s

3I. Mammals and Birds of Florida, pp. 234,280, 295.

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248 ';           LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [IL Pabto]

acquss par l'un d'eux, géneralement par ee mâle, et ensutte transmis aux descendants des deux sexes. Si, cependant, les mâles d'une espèce quelconqee ont, pendant une longue périod,, été beaucoup plus nombreux que les femelles, puis, qu'enuuite, durant une autre longue périod,, dans des conditions différentes, les femelles soient devenuss à leur tour beaucoup plus nombreuses que les mâles, un double couran,, bien que non simultané, de sélection sexuelle se seratt facilement produtt et auratt eu pour résultat la grande différenciation des deux sexes.

Nous verrons plus loin que; chez beaucoup d'animaux, aucun des sexes n'est ni brillamment coloré ni paré d'ornements spéciaux, bien que les individus des deux sexes, ou d'un seul, aient probablement acquis grâce à la sélection sexuelle des couleurs simples telles que le blanc ou le noir. L'absence de teintes brillantes ou d'autres ornemenss peut résulter de ce qu'il ne s'est jamais présenéé de va-' nations favorables à leur production, ou du fait que ces animaxx préfèrent les couleuss simples, telles que )e noir ou le blanc. La sélection naturelle a dû souvent intervenir pour produire des couleurs obscures comme moyen de sécurité, et il se peut que l'immnence du danger ait réagi contre la sélection sexuelle qui tendatt à développrr une coloration plus brillante. Mais il se peut aussi que, dans d'autres cas, les mâles aient lutté les uns contre les autres,pen-dantde longuss périodes,pour s'emparer des femelles, sans qu'il se soit produtt aucun résultat; à moins que les mâles les plus heureux aient mieux réussi que les mâles moins favorssés à laisser après eux un plus grand nombee de descendants qui héritent de leur supériorité; or ceci, comme nous l'avons déjà démontré, dépend de nombreuses éventualités très complexe..

La sélection sexuelle agit d'une manière moins rigoureuse que !a sélection naturelle. Celle-ci entraîne !a vie ou la mor,, à tous les âges, des individus plus ou moins favorssés. I! est vrai que les combats entre mâles rivaux entraînent souvent la mort d'un des deux adversaires. Mais, en généra,, ie mâle vaincu est simplement privé de femelle, ou en est rédutt à se contenter d'une femelle plus tardive et moins vigoureuse, ou en trouve moins s'il est polygame; de sorte qu'il laisse des descendants moins nombreux etplus faibles ou qu'il, n'en a pas du tou.. Quand il s'agtt des conformations acquises grâce à )a séleciion ordinaire ou sélection naturelle, il y a, dans la plupatt des cas, tant que les condiiions d'existence restent les mêmes, une limite à l'étendee des modfiications avantageuses qui.peuvent se produire dans un but détermnné; quand il s'agit, au contraire, des conformations destinées à assurer la victoire à un

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[Chap.viii]            de la sélection sexuelle -             249

mâle, soit dans !e comba,, soit par les attraits qu'il peut présenter, il n'y a point de limite définie à l'étendee des modifications avantageuses; de sorte que, tant que des variations favorables surgsssent, la sélection sexuelle continue son œuvre. Cette circonstance peut expliquer en pariie la fréquenee et l'étendee extraordinaire de )a variabilité que présentent les caractères sexuels secondaires. Néanmoin,, la sélection naturelle doit s'opposer à ce que les mâles victorieux acquièrent des caractères qui leur deviendraient préjudciables, soit parce quiils causeraient une trop grande déperdition de leurs forces vitales, soit parce qu'ils les exposeraient à de trop grands dangers. Toutefois, le développement de certaines conformation,, - des bois par exemple, chez certains cerfs, - a été pouséé à un degré étonnant; dans quelquss cas même, à un degré tel que ces conformations doivent légèrement nuire au mâle, étant données les conditions générales de l'existence. Ce fait prouve que les mâles qui ont vaincu les autres mâles grâce à leur force ou à leurs charmes, ce qui leur a valu une descendance plus nombreuse, ont ainsi recuellii des avantages qui, dans le cours des temps, leur ont été plus profitables que ceux provenant d'une adaptation plus parfaite aux condiiions d'existence. Nous verrons en outre, ce qu'on n'eût jamass pu supposer, que l'aptitude à charmer une femelle a, dans quelque cas, plus d'importance que la victoire remportée sur d'autres mâles dans le combat.

LOSS DE L'HÉRÉDITÉ.

La connasssance des lois qui régissett l'hérédité, si imparfaite que soit encore cette connasssance; nous est indispensable pour bien comprendre comment la sélection a pu agir et comment elle a pu produire dans le cours des temp,, chez beaucoup d'animaux de toutes classes, des résultats si considérables. Le terme < hérédité 9 comprend deux élémenss distincts : la transmission des caractères et leur développement; on omet souvent de faire cette distinction, parce que ces deux élémenss se confondent ordinairement en un seul. Mais cette distinction devient apparente, quand il s'agtt des caractères qui se transmettent pendant les premèères années de la vie, pour ne se développrr qu'à l'état adutte ou pendant la vieillesse. Elle devient plus apparente encore quand il s'agtt des caractères sexuess secondaires qui, transmis aux individus des deux sexes, ne se développent que chez un seul. Le croisemett de deux espèces,. possédant des caractères sexuess bien tranchés, fourntt la preuve évidente de ces caractères chez les deux sexes; en effet, chaque

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espèce transmet les caractères propres au mâle et à la femelle à la progéniture métis de l'un et de l'autre sexe. Le même fait se produtt également lorsque des caractères particuliers au mâle se développent accidentellement-chez la femelle âgée ou malade, comme, par exemple, lorsque la poule commune acquiert la queue flottane,, la collerette, la crête, les ergots, la voix et même l'humeur belliqueuse du coq. Inversement, on observe plus ou moins nettement le même fait chez les mâles châtrés. En outre, indépendamment de la vieillesee ou de la malade,, certains caractères passent parfois du mâle à la femelle; ainsi, chez certaines races de volallles, il se forme régulièrement des ergoss chez des jeunes femelles parfaitement saines; mais ce n'est là, après tou,, qu'un simple cas de développmen,, puisqu,, dans toutes les couvées, !a femelle transmet chaque détall de la structure de l'ergot à ses descendants mâles. La femelle revêt parfois plus ou moins complètement des caractères propres au mâle qui se sont d'abord développés chez ce dernie,, puis qui lui ont été transmis; nous citerons plus loin bien des exemples de cette nature. Le cas contraire, c'est-à-dire le développement chez le mâle des caractères propres à la femelle, est bien moins fréquent ; il convient donc d'en citer un exemple frappant. Chez les abeille,, la femelle seule sesertdellappareiicollecteurdepollen.afmderecueillirdupolienpour les larves; cependant, cet appareil, bien que complètement inutile, est partiellement développé chez les mâles de la plupatfdes espèces et on le rencontre à l'état parfait chez le Bombus et le Bourdon mâles». Cet appareil n'exisee chez aucun autre insecte hyménoptère, pas même chez la guêpe, bien qu'elle soit si voisine de l'abeille; nous n'avons donc aucune raison de supposer que les abeilles mâles recueillaient autrefois le pollen aussi bien que les femelle,, bien que nous ayons quelque raison de croire que les mammifères mâles participaient à l'allaitement des jeunes au même titre que les femelles. Enfin, dans tous les cas de retou,, certains caractères se tranmettent à travess deux, trois ou. un plus grand nombee de générations, pour ne se développrr ensutte que dans certaines conditions favorables inconnues. L'hypothèse de la pangenôse, qu'on l'admette ou non comme fondée, jette une certaine lumière sur cette distinction importante entre la transmission et le développement. D'après cette hypothèse, chaque unité ou cellule du corps émet des gemmules ou atomes non développés, qui se transmettent aux descendants des deux sexes, et se multiplient en se divisant, Il se peut que ces atomes ne se développent pas pendant les premières années de la

32. Il. muer, Anwendungder Darwinien Lehre, etc.t p. 42.

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vie ou pendant plusieuss générations successives; leur transformation en' unités ou cellules, semblables à celles dont elles dériven,, dépend de leur affinité et de leur union avec d'autres unités ou cellules, préaaablement développées dans l'ordee normal de la croissance.

Hérédiléauxpériodescorrespondantesdelavie.-Cettetendanee est bien constatée. Si. un animal acquiert un caractère nouveau pendant sa jeunesse, il reparaît, en règ)e générale, chez les descendanss de cet animal, dans les mêmes conditions d'âge et de durée,. c'est-à-dire qu'il persiste pendatt la vie entière ou qu'il a une nature essentiellement temporaire. Si, d'autre par,, un caractère nouveau apparaît chez un individu à l'état adutte ou même à un âge avancé, il tend à paraître chez les descendants à là même période de !a vie. On observe certainement des excepiions à cette règle; mais alors c'est le plus souvent dans !e sens d'un avancement que d'un retard qu'a lieu l'apparition des caractères transmis. J'ai discuté cette question en détail dans un précédent ouvrage », je me bornerai donc ici, pour rafraîchir !a mémoire du lecteur, à signaler deux ou trois exemples. Chez plusieuss races de volallle, les poussins, alors quills sont couverss de leur duve,, les jeunes poulets, alors qu'ils portent leur premier plumage, ou le plumage de l'âge adulte, diffèrent beaucoup les uns des autres, ainsi que de leur ' souche commun,, le Gallus bankiva; chaque race transmtt fidèlement ses caractères à sa descendance à l'époqee correspondante de la vie. Par exemple, les poulets de ]a race Hambougg pailletée, couverss de duve,, ont quelques taches foncées sur la tête et sur )e tronc, mais ne portent pas de raies longitudinales, comme beaucoup d'autres race;; leur premier plumage véritabee « est admrablement barré », c'est-à-dire que chaqee plume poree de nombreuses barres transversales presque noire;; mais les plumes de leur second plumage sont toutes pailletées d'une tache obscuee arrondie ". Cette race a donc éprouvé des variations qui se sont tranmises à trois, périodes distinctes de la vie. Le pigeon offre un exemple encore plus remarquable, en ce que l'espèce parente primitive n'éprouve avec l'âge aucun changement de plumage; la poitrine seulement prend, à l'état adulte, des teintes plus irisées; il y

33. Variation, etc., vol. II, p. 79. L'hypothèse provisoire de la pangenèse, à laquelle je fais allusion, est expliquée dans l'avanUdernier chapitre.

34 Ces faits sont donnés dans le Poultry Book, 1868, p. 158, de Tegetmeier, sur l'autorité d'un grand éleveur, M. Teebay. Voir pour les caractères des

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a, cependant, des races qui n'acquièrent leurs couleuss caractéristiques qunaprès deux, trois ou quatre mues, et ces modifications du plumage se transmettent régulièrement.

Hérédité à des saisons correspondantes de l'année.-On observ,, chez les animaux à l'état de nature, d'innombrables exempess de caractères qui apparaissent périodiquement à différentes saison.. Ainsi, par exemple, les bois du cerf, et la fourruee des animaux arctiques, qui s'épasssit et blanchtt pendant l'hive.. De nombreux oiseaux revêtent de brillantes couleuss et d'autres ornements, pendant )a saison des amours seulemen..

Pallas constaee- qu'en Sibérie, le poil du bétall domestique et celui des chevaux devient périodiquement moins foncé pendant l'hive;; j'ai moi-môme remarqéi chez certains poney,, enAngleterre, des changements analoguss bien tranchés dans la coloration de la robe, c'est-à-dire que celle-ci passe du brun rougeâtre au blanc absolu. Je ne saurass affirmer que cette tendanee à revêtrr un pelage de couleur différenee à diverses époques de l'année est transmissible; il est, cependant, très-probable quiil en est ainsi, car la couleur constitue un caractère fortement héréditaire chez le cheva.. D'ailleurs, cette forme d'hérédité, avec sa limite de saison, n'est pas plus remarquable que celle qui est limitée par l'âge et par le sexe.

Hérédité limitée par ~ewae.-L'égaletransimssion des caractères aux deux sexes est la forme la plus commune de l'hérédité, au moins chez les animaux qui ne présentent pas de différencss sexuelles très accusée,, et encore l'observe-t-on même chez beaucoup de ces derneers. Mais il n'est pas rare que les caractères se transmettent exclusvvement au sexe chez lequel ils ont d'abodd apparu. J'ai cité, dans mon ouvrage sur !a Variation à l'état domestique, d'amples documenss sur ce poin;; je me contenterai donc ici de quelquss exemples. I) existe des races de moutons et de. chèvres, chez lesquelles la forme des cornes des mâles diffère beaucoup de la forme de celles des femelles; ces différence,, acquises pendant la domestication, se transmettent régulièrement au même sexe. Chez les chats tigré,, la femelle seule, en règle générale, revêt cetterobe, lesmâles affectant une nuance rouge de roullle. Chez la plupatt des races galline,, les caractères propres à chaque

35. Novœspecies Quadrupedum e Glirium ordine, 1T78, p. 7. Sur la transmission delà couleur chez le cheval, Variation, etc., vol. I, p. 21. Voir vol. Il, p.~6, pour la discussion générate sur l'hérédité ûmitée'par le sexe.        . \

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sexe se transmettent seulement au même sexe. Cette forme de transmission est si généraee que nous considérons comme une anomalie, chez certaines races, la transmission simultanée des variations aux individus des deux sexes. On connatt aussi certaines sous-races de volailles chez lesquelles les mâles peuvent à peine se distinguer les uns des autre,, tandss que la couleur des femelles diffère considérablement. Chez le pigeon, les individus des deux sexes de l'espèce souche ne diffèrent par aucun caractère extérieu; ; néanmonns, chez certaines races domestiques, le mâle est autrement coloré que ia femelle-. Les caroncules du pigeon messager anglais et ie jabot du grosse-gorge sont plus fortemntt développés chez le mâle que chez la femelle, et, bien que ces caractères résutent d'une sélection longtemps continuee par l'homm,, la différence entre les deux sexes est entièrement due à la forme d'hérédité qui a prévalu; car, bien loin d'être un résultat des intentions de l'éleveur, cette différence est plutôt contraire à ses désirs.

La plupatt de nos races domestiques se sont formées par l'accumulation de variations nombreuses et légères; or, comme quelques-uns des résultats successivement obtenus se sont transmis à un seul sexe, d'autres à tous les deux, nous trouvons, chez les différentes races d'une même espèce, tous les degrés entre une grande dissemblance sexuelle et une similitude absolue. Nous avons déjà cité des exemples empruntés aux races de volallles et de pigeons; des cas analoguss se présentent fréquemment à l'état de nature. Il arrive parfois, chez les animaux à l'état domestique, mais je ne saurass affirmer que le fait soit vrai à l'état de nature, qu'un individu perde ses caractères spéciaux, et arrive ainsi à ressembler, jusquàà un certain poin,, aux indiv,dus du sexe contraire; ains,, par exemple, les mâles de quelques races de volalless ont perdu leurs plumes masculines. D'autre part, la domestication peut augmenter les différences entre les individus des deux sexes, comme chez le mouton mérino,, dont les brebss ont perdu leurs cornes. De même encore, des caractères propres aux individus appartentnt à un sexe peuvent apparaître subttement chez les individus appartenant à l'autre sexe ; chez les sous-races de volallees, par exempl,, où,danslejeuneâge,les poules portentdes ergots; ou chez certaines sous-races polonaises, dont les femeltes ont, selon toute apparence, primitivement acquis une crête, qu'elles ont ultérieurement tran--

36. Le docteur Chapuis, le Pigeon voyageur belge, 1865, p. 87. Boitard et Corbié, les Pigeons de volière, etc., 1824, p. 173. Voir aussi pour les différences analogues chez diverses races à Modène, Bonizzi, Le variazoni dei colombi domestici, 1873.

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mise aux mâles.. L'hypothèse de la pangnnèse explique tous ces faits; ils résultent, en effet, de ce que les gemmules de certaines unités du corps, bien que présents chez les deux sexes, peuven,, sous J'influence de la domestication, devenir latenss chez un sexe, ou arriver à se développer.

Pourrait-on, au moyen de la sélection, assurer le développement chez un seul sexe d'un caractère d'abodd développé chez les deux sexes? C'est là une quesiion difficile que nous discuterons dans un chapitre subséquent. Mais il importe, cependant,, de bien poser cette question, ce que nous allons faire par un exemple.

Si un éleveur remarquait que quelques-uns de ses pigeons (espèce où les caractères se transmettent ordinairement à égal degré aux deux sexes) deviennent bleu pâle, pourrait-il, par une sélection continu,, créer une race chez laquelle les mâles seuls affecteraient cette nuance, tandss que les femelles ne changeraient pas de couleu?? je me bornerai à dire ici que, bien qu'il ne soit peu--être pas impossible d'obtenrr ce résultat, ce seratt cependatt très difficile; car le résultat naturel de la reproduction des mâles bleu pâle, seratt d'amenrr à cette couleur toute la descendance, les deux sexes compris. Toutefois, si des variations de la nuance désirée apparaissaient spontanément, et que ces variations fussent limitées dès l'abord dans leur développement au sexe mâle, il n'y auratt pas la moindee difficutté à produire une race compotant une différence de coloration chez les deux sexes, ce qui a été, d'ailleurs, effectué chez une race belge, dont les mâles seuls sont rayés de noir. De même, si une variation vient à apparaître chez un pigeon femelle, variation limitée d'abodd à ce sexe dans son développement, il seratt aisé de créer une race dont les femelles seules posséderaient un certain caractère; mais, si la variation n'était pas ainse originellement circonscrite, le problème seratt très difficile, sinon impossible à résoudre".

Surlesrapporlsentrel'époguedudéveloppementd'uncaraclèreet sa transmission à un sexe ou aux ~eux sexes. - Pourquii certains

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[Chap. VIII]              DE LA SÉLECTION SEXUELLE                          255

caractères sont.ils héréditaires chez les deux sexes, et d'autres chez un seul, notamment chez celui où ils ont appauu en premier lieu? C'est ce que, dans la plupatt des cas, nous ignoross entièrement. Nous ne pouvons même conjecturer pourquoi, chez certaines sous-races du pigeon, des stries noires, bien que transmises par la femelle, se développent chez ]e mâle seul, alors que tous les autres.caractères sont également transmss aux deux sexes. Pourquoi encore, chez les chats, la robe tigrée ne se développe-t-elle, à de rares exceptions près, que chez la femelle seule? On a constatéque certains caractères, tels que l'absenee d'un ou de plusieurs doigss ou la présenee de doigts additinnnels, !a dyschromatopsie, etc,, peuvent se transmettre dans telle famille aux hommes seuls, et clans telle autre aux femmes seules, bien que, dans les deux cas, ils soient transmis aussi bien par !e même sexe que par le sexe opposé.8. Malgré notre profonde ignorance, nous connasssons deux règles générales auxquelles il y a peu d'exceptions; les variations, qui apparaissent pour la première fois chez un individu de l'un ou de l'autre sexe à une époque tardvee de la vie, tendent à ne se développer que chez les individus appartentnt au même sexe; les variations qui se produisent, pendant les premières années de la vie, chez un individu de l'un ou de l'autre sexe, tendent à se développrr chez les individus des deux sexes. Je ne prétends, cependant, pas dire que l'âge soit la seule cause déterminante. Comme je n'ai pas encore discuéé ce suje,, je dois, en raison de la portée considérable quill a sur !a sélection sexuell,, entrer ici dans des détails longs et

qUOn\TçotrfTcileqmeent qu'un caractère apparaissant à un âge précoce tende à se transmettre également aux deux sexes. En effet, la constitution des mâles et des femelles ne diffère pas beaucou,, tant qu'ils n'ont pas acquss la facutté de se reproduire. Quand, au contraire, les individus des deux sexes sont assez.âgés pour pouvoir se reproduire, et que leur constitution diffère beaucou,, les gemmules (si j'ose encore me servrr du langage de la pangenèse) qu'émtt chaque partie variabee d'un individu possèdent probablement des affinités spéciaess qui les portent à s'unir aux tissus d'un individu du même sexe, et à se développrr chez lui plutôt que chez un individu du sexe opposé.

Un fait général m'a condutt à penser qu'il existe une relaiion de ce genre ; toutes les fois, en effet, et de quelque manèère que le mâle adulte diffère de la femelle adulte, il diffère de la même façon des jeu-

38. Variation des animaux, etc., vol. II. p. 76.

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'256         -' ; LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

nes des deux sexes. Ce fait, comme je viens de le dire, est généra;; il se vériiie chez !a plupatt des mammifères, des oiseaux, des amphibiss et des poisson,, chez beaucoup de crustacés, d'araignées et chez quelquss insectes, notamment chez certains orthoptères et chez certanss libellules. Dans tous ces cas, les variations, grâce à l'accumulation desquelles le mâle a acquss les caractères masculins qui lui sont propres, ont dû survenrr à une époque tardive de !a vie, car, autrement, les jeunes mâles posséderaient des caratères identiques; or, conformément à notre règle, ces caractères ne se transmettent et ne se développntt que chez les mâles adultes seuls. Quand, au contraire, le mâle adutte ressembee beaucoup aux jeunes des deux sexes (qui, sauf de rares exceptions, sont semblables), il ressembee ordinairement à la femelle adulte; et, dans )a plupatt de ces cas, les variations qui ont déterminé les caractères actuess des jeunes et des adultes se sont probablement produites, selon notre règle, pendant la jeunesse. Il y a, cependant, ici un doute à concevoir, attendu que les caractères se transmettent quelquefois aux descendants à un âge moins avancé que celui où ils ont apparu en premier lieu chez les parents, de sorte que ceux-ci peuvent avoir varié étant adultes, et avoir transmis leurs caractères à leurs jeunes petits. En outre, on observe beaucoup d'animaux chez lesquess les individus adultes des deux sexes, très semblables, ne ressemblent pas aux jeune;; dans ce cas, les caractères propres aux adultes doivent avoir été acquss tardivement dans la vie, et, néanmoins, contrairement en apparence à notre règle, ils se transmettent aux individus des deux sexes. Toutefois, il est possible et même probabee que des variations successives de même natuee se produisent quelquefois simultanément, sous l'inlluenee de conditions analogues, chez les individus des deux sexes, à une période assez avancée de la vie; dans ce cas, les variations se transmettraient aux descendants des individss des deux sexes à un âge avancé correspondant; ce qui, alors, ne constituerait pas une excepiion à la règle que nous avons établie, c'est-à-dire, que les variations qui se produisent à un âge avancé se transmettent exclusivement aux individus appartenant au même sexe que ceux chez lesquess ces variations ont appauu en premier lieu. Cette dernière règle paratt être plus généralement exacte que la seconde, à savoir, que les variations qui surviennent chez les individus de l'un ou de l'autre sexe, à un âge précoce, tendent à se transmettre aux individus des deux sexes. Il est évidemment impossible d'estimer, même approxmativement, les cas où ces deux propositions se vérifient chez le règne animal : j'ai donc pensé quill vaut mieux étudier à fond

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[Chap. VIII]             DE LA SÉLECTION SEXUELLE

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quelquss exemples frappants, et conclure d'après les résultats. La famille des cerfs nous fourntt un champ de'recherches excellent Chez toutes les espèces, une seule excepté,, les bois ne se développent que chez Je mâle, bien qu'ils soient certannement tranmis par la femelle, chez laquelle, d'allleurs, ils se développent

quelquefois anormalement

e développent Chez le renne, au contraire, la femelle

porte aussi des bois; chez cette espèce, par conséquent, les bois

doiven,, d'après notre règle, apparaître à un âge précoce longtemps avant que les individss des deux sexes, arrivésà mlrUé dS rent beaucoup par leur constitution. Chez toutes les autres espèces de cerfs, les bois doiven,, toujouss en vertu de notre règle, appa-

par île; Tiû cirt rU„nl«--------x ____ i

rattre plus tardvvement, car ils ne se développent que chez les seuls mdividss appartenant au sexe où ils ont paru en premier lieu chez l'ancêtre de toute ]a famille. Or chez sept espèces apparte"

nant à des sections distinctes de la famllle, et habitai

f1iflV»rAntoc ac<nA/>nn «t,__i_____ h

habitant des régions

différentes, espèces chez lesquelles les cerfs mâles portent seuls

.....                         '         '             ' ' t ivarianl

,, douze res plus ifférent, 3, faire,

bois parasssent, chez les jeunss animaux des^ux^eTquatTe ou

ClnU Semftinps nmp» la naî^o----„„ AT____________ .,.         . .

*                   —------!------— *^u ^>io ma.li

des bois, je remarque que ceux-ci parasssent à des périodss variant

'", à dix ' s six aut st tout d

en Laponie, des recherches spéciales à ce sujet, m'informe que les

gra            .                   ,            _______;____„ ^„ iuui uiui

CVlZÎe7*l™SS™' <*Qi.a.bjen vouIu> à ™ demand,, faire,

et même plus longtemps chez les mâles des six autr'es plus

flTiZf2!lsS^!s:chez le,renne' le cas est tout diiférent-

cinq semaines après Ja naissance. Nous avons donc ici une conformaiion qui, se développant dès un âge d'une précocité inusitée, et

deux séîes                        Ja famme' M'trouve être COmmune aux

Chez plusieuss espèces d'antilopes les mâles seuls sont pourvss ï..l0™^.t0Utef0iS'. chGZ le plus grand nombr,' les iûdivid^ des

deux sexes en porten.. Quant à J'époque du développement,

rth a étudie aux Zoological Gardens un jeune Coudou(^.

strepsiceros), espèce où les mâles seuls sont armés, et un autre

. ,, ,' v......." — — — ^més, et un Lire

jeune d'une espèce très-voisine, le Canna(Atf. oréas), chez laquelle les individus des deux sexes portent des cornes. Or, conformément à la loi que nous avons posée, le jeune Coudou, bien qu'il ait atteint

39. Je dois à l'obligeance

de M. Cupp.es les, 1p 1-oi.rrf'u»»».™ „..

forestier si expérimenté du marquis de Breadalbane. M. Eyton et'd'auïrês

nus Vrongyloceros du même ZllnZ^oir !%'. ^oS^XSS^f Nat. Science, 1868, p. 13. Tour le Cervus Eldi du Pégou, voir le lieutenant Beavan, Proc. Zool. Soc, 1867, p. 762.               . ._ * .[.. .Ie. T*^.

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258                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME             [H» Pabtœ]

l'age de dix mois, avatt i^^^f^^^ '"

les cornes Il est à rem aussi que, chez l'antilope furcifère (Ant. Américana)", quelquss

dimensions^ devaient prendee plus tard; tandss que, chez le

jeune Canna mâle, qui n'avait que trois mois, les cornes étaient —......—'—ndesquechez

>pe furcifère

i une sur cinq

, presque rud

10 centimètre t~rouve~donc, au point de vue de la possessinn des cornes par

déjà beaucoup plus grandss que chez le Coudou. Il e-U «marquer aussi que, chez l'antilope furcifère (Ant. Américana) \ quelquss femelles seules, environ une sur cinq, portent des cornes, et encore

qUe'uieS, envuuu »u„. ^, r.......—                    „

-------. „„„„ „Mcm,p ™rtim«n«aires. bien Qu'elles ait

se

ces cornes restent-elles presque rudimentaires, bien qu'elles atte-

gnent parfoss plus de 10 centimètres de longueu;; cette espèce se

° JLn, „ noint de vue de la possession des cornes par les

maies seuls, dans un état intermédiaire; or, les cornes ne parais sent que cinq ou six mois après la naissance. En conséquence, s LscomparL la période de l'apparition des cornes chez l'anU lope furcifère avec les quelquss renseignements que nous avons à cet égard sur les autres espèces d'antilopes et avec les renseigne-

sent que cinq ou six mois après la naissance. En conséquence, si

-------------,„ „^„ ad s.«.pparitioi

enseigne

ment; plus complets que nous potsTdonT relativement auxcornes des cerfs, des bœufs, etc,, nous en arrivons à la conclusinn que les cornes, chez cette espèce, paraissent à une époque intermedia.re c'est-à-dire qu'elles ne parasssent pas de très bonne heure comme chez le bœuf'et le mouton, ni très tard comme chez les espèces plus grandss de cerfs et d'antilopes. Chez les mouton,, les chèvres et

les bestiau,, où les cornes sont bien développées chez les indiv--" , sexes, bien qu'elles -                 .....— —»-

moment de iTnfLTateoupeu'après». Toutefois, certaines races

dus des deux sexes, bien qu'elles n'atteigntnt pas toujouss exactement la même grandeur, on peut h* sentir oujnéme les voir au

iers sont seuls

de mouton,, les mérino,, par exemple, où les bélier

ces

sont seuls armés de corne,, semblent faire excepiion à notre règle; car, malgré mes recherche.", je n'ai pu prouvrr que, chez cette race, ces organss se développent plus tardivement que chez les races ord-nales où les indivis des deux sexes portent des corne.. Mais, chez les moutons domestiques; la présenee ou l'absenee des cornes n'est pas un caractère parfaitement constan;; certaines breb.s rne-

t^Séi^

stance cornée se forme rapidement sur elle.

.~ t. j.:-----—'---Kur Victor Carus des renseignements qu U a bien voum

tes autorités sur le mouton mérinos de la Saxe. Sur la côte de la Guinée, il y a^rÏÏS, ^-me chez le mérinos, les béliers ^ ontd-co»^

ll'Je" dois M professeur Victor Carus des renseignements qu'il ;

nder aux plus h.......

ie la Guinée, il W

^s un cas qu'il a ob-

er, ne poussa de -----------'" a — ™ ""'

vant de sorte.que,. conformément al

ss.'Eïsrjïïi-n-.

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[Chap. VIII]             DE LA SÉLECTION SEXUELLE                          259

rinos porten,, en effet, des petites cornes, tandss que certains béliers sont désarmés; en outre, on observe quelquefois, chez les races ordinaires, des brebis qui n'ont pas de corne..

Le D~ W. Marshall a étudié récemment avec une attention toute particulière les protubérances qui existent très souvent sur la tête des Oiseaux.. Ces études lui ont permss de tirer les conclusions suivantes : quand les protubérances existent chez le mâle seul, elles se développent tardivement; quand, au contraire, elles sont communes aux deux sexes, elles se développent de très bonne heure. C'est !à une confirmation éclatanee des deux lois que j'ai formulées sur l'hérédité.

Chez la plupatt des espèces de la splendide famllle des faisan,, les mâles diffèrent considérablemtnt des femelles, et ne revêtent leurs ornemenss qu'à un âge assez avancé. Il est, toutefois, un faisan (Crossoptilon auritum) qui présenee une remarquable exception, en ce que les individss des deux sexes possèdent les superbss plumes caudales, les larges touffes auriculaires et le velours cramoisi qui couvre la tête; j'apprends que tous ces caractères, conformément à notre loi, apparaissent de très bonne heure. Il existe, cependant, un caractère qui permet de distinguer le mâle de la femelle à l'état adulte : c'est la présence d'ergots, qui, selon notre-règle, à ce que m'apprend M. Bartlett, ne commencent à se développrr qu'à l'Age de six mois, et même, à cet âge, il est difficile de dist'nguer les deux sexes-. Presqee toutes les parties du plumaee chez le mâle et chez la femelle du paon diffèrent notablement; mais ils possèdent tous deux une éléganee crête céphalique qui se développe de très bonne heure, longeemps avant les autres ornements particuliers aux mâles. Le canard sauvage offre un cas analogue; en effet, le magnifique mirorr vert des ailes, commun aux individss des deux sexes, mais un peu moins brllaant et unpeu plus pettt chez la femelle, apparaît de très bonne heure, tandss que les plumes frisées de la queue et les autres ornemenss propres aux

43. UeberdieknôchernenSchadelhôcker der Vôgel;NiederlandischenArchiv.

'VSSftÏÏ» i'oZun (S cristatus), le mâle seul est armé d'éperons, . tandis que chez le paon de Java (P. muUcus), les deux sexes, cas ort inusité, en sont pourvus. Je me crus donc autorisé à concture que, chez cette dernière espèce, cesappendices doivent se développer plus tôt que chez le paon commun; mais M. Hegt, d'Amsterdam, m'apprend qu'il n'a remarqué aucune difïérence dans le développement des ergots sur de jeunes oiseaux de l'année précédente, appartenant aux deux espèces, et examinés le 25 avril 1869. Les ergots, toutefois, ne consistaient encore qu'en de légers tubercules. Je pense que j'aurais été informé si quelque différence de développement eût été ultérieurement observée.

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260                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME . [Ile PARTIE]

mâles ne se développent que plus tard.. On pourrait, outre les cas extrêmss d'étroite ressemblance sexuelle et de dissimilitude complète, que nous présentent !e Crossoptilon et le Paon, signaler beaucoup de cas intermédiaires dans lesquels les caractères suivent dans leur ordre de développement les deux lois que nous avons formulées.

La plupatt des insectes sortent de la chrysalide à l'état parfait. L'époque du développement peut-elle donc dans ce cas déterminer la transmission des caractères à un sexe seul ou aux deux sexes? Prenon,, par exempe,, deux espèces de paplllons : chez l'une, les mâles et les femelles diffèrent de couleu;; chez l'autre, ils se ressemblen.. Les écailles colorées se développent-elles au même âge relatif dans la chrysalide? Toutes les écailles se forment-elles simultanément sur les ailes d'une même espèce de paplllon,, chez laquelle certaines marquss colorées sont proprss à un sexe, pendant que d'autres sont communss aux deux? Une différence de ce genre dans l'époque du développement n'est pas aussi improbable qu'elee peut d'abodd le paraître; car, chez les Orthoptères, qui atteignent l'état parfait, non par une métamorphose unique, mais par une série de mues successives, les jeunes mâles de quelquss espèces ressemblent d'abodd aux femelles, -. et ne revêtent leurs caractères masculins distinctifs que dans une de leurs dernières mues. Les mues successives de certains crustacés mâles présentent des cas strictement analogues.

Nous n'avons jusqucici considéré la transmission des caractères, relativement à l'époque de leur développement, que chez les espèces à l'état de nature; voyons ce qui se passe chez les animaux domestiqués; nous nous occuperons d'abodd des monstruosités et des maladies. La présence de doigts additinnnels et l'absenee de certaines phalanges doivent être déterminées dès une époque embryonnaire précoce, - la tendanee à l'hémorragie est au moins congénitale, comme l'est probablement la dyschromatopsie; - cependan,, ces particularités et d'autres semblables ne se transmet-

45. Chez quelques autres espèces de la famille des Canards, le spéculum diffèredavantage chez les deux sexes ; mais je n'ai pas pu découvrir si son développement complet a lieu plus tard chez les mâles de ces espèces que chez ceux

diffèrent notablement par leur plumage général, et à un degré considérable par le spéculum, qui est blanc pur chez le mâle. et gris blanchâtre chez la femelle. Les jeunes mâles ressemblent, sous tous les rapports, aux femelles, et ont un spéculum gris blanchâtre, mais qui devient blanc avant l'âge où

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[Cha.. viiij            de la sélection sexuelle                        261

tent souvent qu'à un sexe; ce qui constitue une excepiion à la loi en vertu de laquelee les caractères qui se développent à un âge précoce tendent à se transmettre aux individss des deux sexes. Mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer, cette loi ne paraît pas être aussi généralement vraie que l'autre proposition, à savoir que les caractères qui apparaissent à une période tardive de la vie se transmettent exclusivement aux individus appartenant au même sexe que ceux chez lesquess ces caractères ont paru d'abord. Le fait que des particularités anormales s'attachent à un sexe, longtemps avant que les fonctions sexuelles soient devenuss active,, nous permet de. concluee qu'il doit y avorr une différence de quelque natuee entre les individus des deux sexes, même à un âge très précoc.. Quant aux maladies propres aux individss d'un seul sexe, nous ignorons trop absolument l'époque.à laquelee, elles peuvent surgir, pour qu'il nous soit permis d'en tirer aucune conclusion certaine. La goutte semble, toutefois, confirmrr la loi que nous avons formulée; car elle résulte ordinairement d'excès faits longtemps après l'enfanee et le père transmet cette maladee à ses fils bien plus souvent qu'à ses filles.

Les mâles des diverses races domestiques de mouton,, de chèvres et de bétail, diffèrent des femelles au point de vue de la forme et du développement des cornes, du front, de la crinèère, du fanon, de la queue, de la bosse sur les épauees, toutes particularités qui, conformémen, à la loi que nous avons posée, ne se développent complètement qu'à un âge assez avancé. Les chiens ne diffèrent ordinairement pas des chiennes; cependant, chez certaines races, et surtout chez le lévrier écossais, le mâle est plus grand et plus pesant que la femelle; en outre, comme nous le verrons dans un chapitre subséquent, la taille du mâle continue à augmenter jusqu'à un âge très avanc;; ce qui, en vertu de notre règle, explique qu'il transmet cette particularité à ses descendants mâles seuls. On n'observe, au contraire, la robe tigrée que chez les chattes; elle est déjà très apparente à la naissance, fait qui constitue une exceptinn à notre règle. Les mâles seuls d'une certaine race de pigeons portent des raies noires qui apparaissent déjà sur les oiseaux encore au nid; mais ces raies s'accentuent à chaque mue successive ; ce cas est donc en partie contraire, en partie favorable à la règle! Chez les pigeons Messagers et chez les Grosses-gorges le développement complet des caroncules et du jabot n'a lieu qu'un peu tard, et, conformément à notre règle, ces caractères à l'état parfait ne se transmettent qu'aux mâles. Les cas suivanss rentrent peut-être dans la classe précédemment mentionnée où les individus

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262                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile PaHtie]

des deux sexes, ayant varié" de la même manière à une-époque tardive de la vie, ont transmis à leurs descendants des deux sexes leurs caractères nouveau''à une période correspondante, et, par conséquent, ne font point exception à notre règle. Ainsi, Neumeis-ter" a décrtt certaines sous-races de pigeons dont les mâles et les femelles changent de couleur pendant deux ou trois mues, comme le fait le' Culbutant-amande; ces changements, néanmoins, bien que tardifs, sont communs aux individss des deux sexes. Une variété du Canar,, dit le prix de Londres, présenee un cas presque

^'hérédité de divers caractères par un sexe ou par les deux sexes chez les racesde volallles paraît généralement déterminée par l'époque où ces caractères se développent. Ainsi, quand la coloration du mâle adutte diffère beaucoup de celle de la femelle et de celle du mâle adutte de l'espèee souch,, le mâle adulte, - ce que l'on peut constater chez de nombreuses races, - diffère aussi du eeune mâle, de sorte que les caractères nouveleement acquss doivent avoir apparu à un âge assez avancé. D'autre part, quand les mâles et les femelles seressemblent.lesjeunes ont ordinairement une coloration analogee à celle de leurs parents; il est donc probabee que cette coloration s'est produite pour la premèère fois à un âge précoce de la vie. Toutes les races noires et blanches, où les jeunss et les adultes des deux sexes se ressemblent, nous offrent des exemples de ce fait; on ne saurait, d'allleurs, soutenrr que le plumage blanc ou noir soit un caractère tellement particulrer qu'il doive se transmettre aux individus des deux sexes, car, chez beaucoup d'espèces naturelles, les mâles seuls sont noirs ou blancs, et les femelles très différemment colorées. Chez les sous-races de poules dites coucous, dont les plumes sont transversalement rayées de lignes foncées, les individus des deux sexes et les poulets sont colorés presque de la même manière. Le plumage tacheéé des Bantam-Sebright est le même chez les individss des deux sexes et, chez les poulets, les plumes des ailes sont distinctement, bien quiimparfaitement tachtées de noir. Les Hambourgs pailletés constituent toutefois une exception partielle, car, bien que les individss des deux sexes ne soient pas absolument identiques, ils se ressemblent plus que les individus mâles et femelles de l'espèce souche primitive; cependant ils n'acquièrent que tardvvement leur plumage caractéristique, car les poulets sont, distinctement rayé.. Étudions maintenant

46. Das Game der TaubenzuMc 1837, pp. 21,21. Pour les pigeons rayés, voir D. Chapuis, le Pigeon voyageur belge, 1865, p. 87.

a

e

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[ChapVviii]           de la sélection sexuelle                      263

d'autres caractères que !a couleur : les mâles seuls de l'espèce souche sauvage et de Ja plupatt des races domestiques portent une crête bien développée; cette crête, cependan,, atteint de très bonne heure une grande dimension chez les jeunes de la race espagnole, ce qui paratt motiver sa grosseur démesurée chez les poules adutes. Chez les races de combat, l'instinct belliqueux se manffeste à un âge singulièrement précoc,, ce dont on pourrait citer de curieux exemples; ce caractère se transmet, en outre, aux individus des deux sexes au point que, vu leur excessive disposition querelleuse, on est obligé d'exposer les poules dans des cages séparée.. Chez les races polonaises, la protubérance osseuse du crâne, qui supporte la crête, se développe partiellement avant même que le poulet soit éclos et la crête commenee à pousser, quoique'faiblement d abord»; chez cette race, !a présence d'une forte protubérance osseuse et d'une crête énorme constituent des caractères communs aux deux sexes.

En résumé les rapports que nous avons vu exister chez beaucoup d'espèces naturelles et chez un grand nombee de races domestique,, entre la période du développement des caractères et le mode de leur transmission, - le fait frappant, par exempe,, de la croissance précoce des bois chez le renne, dont .les mâles et les femelles portent des bois, comparée à l'apparition plus tardive des bois chez les autres espèces où le mâle seul en .est pourvu, - nous autorisent à conclure qu'une des causes, mais non la seule, dela transmission de certains caractères exclusivement aux individus appartenant à un sexe est que ces caractères se développent à un âge avanc.. Secondement, qu'une des causes, quoique moins efficace, de l'hérédtté des caractères par les individus appartenant aux deux sexes, est le développement de ces caractères à un âge précoce, alors que la constitution des mâles et des femelles diffère peu. Il semble, toutefois, qu'il doive exister quelque différence entre les sexes, même à une période embryonnaire très précoce, car des caractères développés à cet âge s'attachent assez souvent à un seul sexe.

fi&ttmerfconcitM.on.-Ladiscussionquiprécède.surlesdiverses lois de l'hérédité, nous appredd que les caractères tendent souven,, ordinairement même, à se développer chez ]e même sexe, au

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264                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [IL Part.e]

même âge, et périodiquement à la même saison de l'anné, que ceux où ils ont appauu pour la première fois chez les parents. Mais des causes inconnuss jettent une grande perturbation dans l'application de ces lois. Les progrès successifs qui tendent à modifier une espèce peuvent donc se transmettre de différentes manières; les uns sont transmis à l'un des sexes, les autres aux deux sexes, lesunsaux descendants à un certain âge, les autres àtousles âges. Les lois de l'hérédité présentent non seulement une complication

extrêm,, mais il en est de même des causes qui provoquen glent la variabilité. Les variations ainsi provoquées se conservent et s'accumulent grâce à la sélection sexuele,, qui est en elle-même

;,

excessivement complex,, car elle dépend de l'ardeur, du courag,. de la rivalité des mâles et, en outre, du discernement, du goût et de la volonté de la femelle. La séleciion sexuelle est auss,, quand il s'agtt de l'avantage général de l'espèce, dominée par la sélection naturelle. Il en résulte que le mode suivant lequel la sélection sexuelle affecte les individus de l'un ou de l'autre sexe ou des deux sexes, ne peut qu'êtee compiiqué au plus haut degré.

âge, les jeunes-seuls n'éprouvent aucune modiiication. Toutefois, des'vaJtions peuvent se produire à toutes les périodss de;la vie chez les individus mâles ou femelles ou chez les deux à la fois et se transmettre aux individus des deux sexes à tous les âges; dans ce cas, tous les individus de l'espèce éprouvent des modifications semblables. Nous verrons dans les chapitres suivanss que tous ces cas se présentent fréquemment dans la nature.

La sélection sexuelle ne sauratt agir sur un animal avant qu'il ait atteint l'âge où il peut se reproduire. Elle agit ordinairement sur le sexe mâle et non sur le sexe femelle, en raison dé la plus grande ardeur du premeer. C'est ainsi que les mâles ont acquis des armes pour lutter avec leurs rivaux, se sont procuéé des organss pour découvrir la femelle et la retenir, ou pour l'exciter et la séduire. Quand le mâle diffère sous ces rapports de la femelle, nous avons vu qu'il est alors assez ordinaire que le mâle adulte diffère plus ou moins du jeune mâle ; ce fait nous autorise à concluee que les variations successives, qui ontmodifié le mâle adulte, nese sont génér-lement pas produites beaucoup avant l'âge où l'animal est en état ' de se reproduire. Toutes les fois que des variations, en pettt ou en grand nombre, se sontproduites à un âge précoce, les jeunes mâles

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[chap.viii] de la sélection sexuelle                      265

participent plus ou moins aux caractères des mâles adultes. On peut observer des différences de cette nature entre les vieux et les jeunes mâles chez beaucoup d'espècss d'animaux.

Il est probabee que les jeunes animaux mâles ont dû souvent tendee à varier d'une manière qui non seulement leur était inutile à un âge précoce, mais qui pouvatt même leur être nuisible; par exemple, l'acquisition de vives couleuss qui les auratt rendus trop apparents, ou l'acquisition de conformations telles que des cornes, dont le développement auratt détermnéé chez eux une grande déperdition de force vitale. La sélection naturelle a dû, presque certainemen,, se charger d'éliminer les variations de ce genre, dès qu'elles se sont produites chez les jeunes mâles. Chez les mâ,es adultes et expérimentés, au contraire, les avantages qui résultent de l'acquisition de semblables caractères pour la lutte avec les autres mâles, doivent avoir souvent plus que compenéé les quelquss dangess dont ils pouvaient être d'ailleuss la cause.

Si des variations analogues à celles qui donnent au mâle une supériorité sur ses rivaux, ou lui facilitent la recherche ou la possesion de la femelle, apparaissent chez cette dernière, la sélectson sexuelee ne sauratt intervenir pour les conservrr car elles ne lui sont d'aucune utilité. Les variations de tous genres chez les animaux domestiques se perdit bientôppar les croisemenss et les morts accidentelles, si on ne lés soumet pas à une sélection attentive; nous pourrions citer de nombreuses preuves à cet égard. Par conséquent, à l'état de nature, des varaations sembsables à celles que nous venons d'indiqurr seraient trèsssujettes à disparaître, si elles venaient à se produire chez les femelles et à être transmises exclusivement au même sexe; toutefois, si les femelles variaient et transmettaient à leurs descendants des deux sexes leur caractères nouvellement acquss la séleciion sexuelle interviendrait pour conservrr aux mâles ceux de ses caractères qui leur seraient avantageux, bien qu'ils n'aient aucune utilité pour les femelles elles-mêmes. Dans ce cas, les mâles et les femelles se modifieraient de la même manière. J'aurai plus loin à revenrr sur ces éventualités si complexes. Enfin, les femelles peuvent acquérir et ont certainement acquis par transmission des caractères appartentnt au sexe mâle.

La sélection sexuelee a accumuéé incessamment et a tiré grand parti, au point de vue de la reproduction de l'espèc,, des variations qui se, produisent à un âge avancé et qui ne se transmettent qu'à un seul sexe; il paratt donc inexplicable, àune première vue, que la sélection naturelle n'ait pas accumulé plus fréquemment des variaiions semblables ayant tratt aux habitudes ordinaires de la vie.

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266                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [He PartIE]

S'il en avait été ains,, les mâles et les femelles auraient souvent éprouvé des modifications différentes dans le but, par exemple, de capturer leur proie ou d'échapper au danger. Des différences de ce genre se présentent parfois, surtout chez les animaux inférieurs. Mais ceci impiique que les mâles et ]es femelles ont des habitudes différentes dans la lutte pour l'existence, ce qui est très-raee chez les animaux supérieurs. Le cas est tout différent quand il s'agtt des fonctions reproductrices, point sur lequel ]es deux sexes diffèrent nécessairement. En effet, les variations de structure qui se rappotent à ces fonctions sont souvent avantageuses à un sexe, et ces variations se transmettent à un sexe seulement parce qu'elles se sont produites à un âge avancé; or, ces variations, conservéss et transmises par hérédité, ont amené la formation des caractères sexuels secondaires.

J'étudierai, dans ess chapitres suivants, lescaractères sexuels secondaires chez les animaux de toutes les classe,, en cherchant à appliquer, dans chaque cas, les principes que je viens d'exposer dans ce chapitre. Les classes inférieures ne nous retiendront pas longtemps, mais nous aurons à étudier longuement les animaxx supérieurs, les oiseaux surtou.. Il est inutlle de rappeler que, pour des raisons déjà indiquées, je citerai peu d'exemples des innombrabess conformations qui servent au mâle à trouver la femelle et a la retenrr lorsqu'il l'a rencontrée. Je discuterai au contraire, avec tous les développements que comporte ce sujet, si intéressant à plusieuss points de vue, toutes les conformations et tous les instincss qui permettent à un mâle de vaincee les autres mâles, et qui le mettent à même de séduree ou d'exciter la femelle.

Supplément sur le nombee proportionnel des mâles et des femelles chez les animaux appartentnt à diverses classes.

Personee n'a encore, autant toutefois que je puis le savoir, étudié quel est le nombee relatif des mâles et des femelles dans le règne anima;; je crois donc devorr résumer ici les documents, d'ailleurs très incomplets, que j'ai pu recuelllir à ce sujet. Il comprennent quelquss statistiques, mais le nombee n'en est malheureusement pas grand. Je citerai d'abord, comme terme de comparaison, les faits relatifs à l'homm,, parce que ce sont les seuls qui soient connus avec quelque certitud..

Homme.- En Angleterre, pendant une période de dix ans (1857 à 1866), il est né annuellement, en moyenn,, 707,120 enfanss vivants, dans la proportion de 104.5 garçons pour 100 filles. Mais, en

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fChap. VIII]          DE LA PROPORTION DES. SEXES                     267

1857, la proportion des garçons nés en Angleteree a été comme 405.2 et, en 1865, comme 104 est à 100 filles. Considérons des districss séparé: : dans le Buckinghamshire (où en moyenne il natt annuellement 5,000 enfants), la proportion moyenee des naissances de garçons et de filles, pendant la période décennaee ci-dessus indiquée, a été comme 102.8 est à 100; tandss que, dans le nord du pays de Galles (où les naissances annuelles s'élèvent à 12,873), la proportion a été de 106.2 garçons pour 100 filles. Prenons un distrctt plus restreint, la Rutlandshire (où la moyenne annuelee des naissances n'est que de 739), en 1864, il naqutt 114.6 garçoss et, en 1862, 97 garçons seulement pour 400 filles; mais, même dans ce pettt district, la moyenne des 7,385 naissances des dix ans donnatt une proportion de 104.5 garçon,, pour 100 filles, c'est-àddire une proportion égaie à celle de toute l'Angleterre-. Des causes inconnues modifient quelquefois les proportions; auss,, ]e professeur Faye constaee « que, dans quelquss partiss de la Norvège, il s'est manifesté, pendatt une période décennale, un déficit persistant de garçon,, tandss que, dans d'autres parties, le fait contraire s'est présenté». En France, laproportiondes naissances mâles etfemelles a été, pendant une période de quarante-quatre ans, comme 106.2 est à 100; mais, pendant cette périod,, il est arrivé, cinq fois dans un département et six fois dans un autre, que les naissances du sexe féminin ont excédé les naissances du sexe masculin. En Russie, )a proportion moyenne est fort élevée : comme 108.9 est à 100; et à Philadelphie, aux États-Un,s, comme 110.5 est à 100».

contre 100 filles. D'autre par,, chez les enfanss blancs nés au cap de Bonne-Espérance, la moyenne est très peu élevée, car, pendant plusieurs années successives, on n'a compté que de 90 à 99 garçons contre 100 filles. Signalons un fait remarquable : chez les juifs, la proportion des naissances mâles est relativement plus forte que chez les chrétiens; ainsi en Prusse, la proportion est comme 113, à Breslau comme 114, en Livonie, comme 120 est à 100. Chez les chrétiens, dans ces mêmes pays, la moyenne ne s'élève pas au-dessus de la proportion habituelle : par exemple, en Livonie, elle est de 104 gar-

%^ÏÏ&t^^lS.iTïSlïï^ï^.nr la Norvège et la Russie, dans British and Foreign Medico-Chirurg. Review, pp. 343,345, avril 1867. Pour la France, VAnnuaire de 1867, p. 213. Pour Philadelphie, voir le D' Stock-ton-Houg, Social science Assoc. 1874. Pour le cap de Bonne-Espérance, voir Quételet, cité dans la traduction hollandaise de cet ouvrage, vol. 1, p. 407.

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268                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

çons pour 100 filles «. Le professeur Faye fait remarquer qu' « on constaterait une prépondérance de mâles encore bien plus considérable, si la mort frappait également les individus des deux sexes, tant pendant la gestation qu'à la naissance. Mais le fait est que, pour 100 enfanss mort-nés du sexe féminin, nous trouvoss dans plusieuss pays de 134,6 à 144,9 mort-nés du sexe masculi.. En outre, il meurt plus de garçons que de filles dans les quatre ou cinq premières années de la vie; en Angleterre, par exempe,, dans la première année, il meurt 126 garçons pour 100 filles, la proportion observée en Franee est encore plus défavorable". x Le docteur Stockton-Hough explique en partie ces faits par le développement plus souvent défectueux des garçons que des filles. Nous avons déjà dit que l'homme est sujet à plus de variations que la femme; or ces variations, portant sur des organes importants, sont ordinarement nuisibles. En outre, le corps de l'enfant mâle, et surtout la tête, est plus gros que celu, de la femelle, et c'est encore là une cause de iamott plus fréquenee des garçon,, car ils sont plus exposés à des accidenss pendant l'accouchement. En conséqunnce, les mâles mor--nés sont plus nombreux, et un juge très-compétent, le docteur Crichonn Browne, croit que les enfanss mâles souffrent fréquemment pendant plusieuss années après leur naissance. Cet excès de laU mortalité des enfanss mâles au moment de la naissanee et pendant les premières année,, les dangess plus grands que courent les hommes adultes, leur disposition à émigrer, expliquent que, dans tous les pays civilisés qui possèdent des documents statsstiques, le nombre des femmes est considérablement supéreeur à celui des

p 50. A l'égard des juifs, voy. M. Thury, la Loi de production des sexes, 1863, \l.'British andForeing Medico-Chirurg. Review, avril 1867, p. 343. Le D' Stark

5e2ays's!»;-,„,«,& Anlm „„„„,, v„,.,, ,„,, p. 8. SirJ. Simpson

a prouvé que la tête de l'enfant mâle excède de 9 millimètres en circonférence

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[Chap. VIII]          DE LA PROPORTION DES SEXES                     269

Il semble tout d'abord très extraordinaire que chez divers peuples, dans des conditions et sous des climass différents, à Naples, en Prusse, en Westphal,e, en Hollande, en France, en Angleteree et aux Etats-Unis, l'excès des naissances mâles sur les naissances femelles est moins considérable quand les enfanss sont illégitimes que quand ils sont légitimes». Plusieuss savanss ont cherché à expliqurr ce fait de bien des façons différentes ; les uns l'attribuent à ce que les mères sont ordinairement jeunes, les autres à ce que les enfanss proviennent d'une première grossesse, etc. Mais nous avons vu que les garçon,.ayantlatêteplusgrosscsouffrentplusquelesfillespendant l'accouchement ; en outre, comme les mères d'enfanss illégitimes sont plus exposées que les autres femmes à des accouchements laboreuxx résultantde diverses causes.tellesqu'unedissimulationde grossesse, un travall pénible, l'inquiétude, etc,, les enfanss mâles doivent souffrir proportionnellement. C'est probablement à ces causes qu'il faut attribuer la proportion moindee des enfanss illégitimes mâles. Chez la plupatt des animau,, la taille plus grande du mâle adulte provient de ce que les mâles les plus forts ont vaincu les plus faibies dans la lutte pour la possession des femelles, et c'est sans doute à cette cause qu'il faut attribuer la différenee de grosseur des petis,, au moins chez quelques animaux au moment de la naissance. Il en résulte que nous pouvons attribuer, en partie au moins, à la sélection sexuelle le fait curieux que la mortalité est plus grande chez les garçons que chez les filles, surtout quand il s'agtt d'enfanss illégitimes.

. Il résulte de cet excès de la mortalité des enfanss mâles, et aussi de ce que les hommss adultes sont exposés à plus de dangess et . émigrent plus facilement, que, dans tous les pays anciennement habités, où l'on a conservé des documenss statistiques, on observe que les femmes l'emportent considérablement par le nombre sur les homme..

On a souvent supposé que l'âge relatif des parenss détermine le sexe des enfants, et le professeur Leuckart» a accumuéé des documents qu'il considère comme suffisanss pour prouver, en ce qui concerne l'homme et quelquss animaux domestiques, que ce rapport d'âge constitue un des facteuss importants dans le résultat. On a aussi regardé comme une cause effective l'époque de la fécondation relativement à l'état de la femelle, mais des observations récentes ne confirment pas cette manèère devoir. D'après !e docteur

54.  Babbage, Edinburg J. of Science, 1829, vol. pp. 88. 90. Voir aussi Report ofRegistrar general pour 1866, p. xv.

55. Leuckart(dans Wagner, Uandworter&ucAderPAys.,1803, Bd. IV, p. i74).

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270                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [II» Partik]

Stockton-Hbugh », la saison de l'année, l'état de pauvreté ou de richesse des parents, la résidenee à la campagee ou dans les villes, la présenee d'immigrants, etc,, sont-toutes des causes qui exercent une influence sur la proportion des sexes. Pour l'homme encore, on a supposé que la polygamie détermnee !a naissance d'une plus grande proportion d'enfants du sexe féminin; mais le docteur J. Campbell-, après des recherches nombreuses faites dans les harems de Siam, a été amené à concluee que la proportion des naissances de garçons et de filles est !a même que celle que donnent les unions monogames. Bien que peu d'animaux aient été rendus aussi polygamss que notre cheval de course anglais, nous allons voir que ses descendants mâles et femelles sont presque en nombee exactement égal.

Je vais maintenant citer les faits que j'ai recueillis relativement au nombee proportionnel des sexes chez diverses espèces d'animaux, puis je discuterai brièvement quel rôle a pu jouer la sélection pour amener le résultat.

Cheval. -ee dois à l'obligeance deM.Tegetmeeerun relevé dressé, d'après le Calendrier des Courses, des naissances de chevaux de courses pendant une période de vingt et une années, de 1847 à 1867; l'année 1849 seule est omise, aucun rapport n'ayant été publié. Les naissances se sont élevées

au moins pour la race dite de course, les deux sexes sont produits en nombre presque égal. Les fluctuations que présenten,, dans les années successives, la proportion des sexes, sont très analogues à celles qui s'observent dans legenre humain,lorsqu'on ne considère qu'une surface peu étendue et peu peuplée; ainsi, en 1856, on a compté, pour 100 juments, 107.1 étalons et, en 1867, seulement 92.6. Dans les rapports présentés en tableaux, les proportions varient par cycles : ainsi le nombre des mâles a excédé celui des femelles pendant six années consécutives ; et le nombre de celles-ci a excédéceluidesmâlespendantdeuxpériodesdequatreannéeschacunelIlee peut,toutefois, que ce soit là un fait accidente,, car je ne découvre rien de

56. Social Science Assoc. of Philadelphia, 1874.

S ienn&oï2^SWona:lStP^nombre des juments qui sont

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[Chapp VIII]           DE LA PROPORTION DES SEXES                        271

sembaable dans !a table décennale du Rappott relatif à la population humaine pour 1866.

Chien.. - On a pubiié pendant une période de douze ans, de 1857 à 1868,dans un journal, le F~eld, le relevé des naissances d'un grand nombee de lévriers dans toute l'Angleterre, et c'est encoee à l'obligeance de M. Tegetmeier que j'en dois un relevé exac.. On a enregistré 6,878 nais-sances,dont 3,605 mâles.et 3,273 femelles,stit un rappott de 110.1 mâles pour 100 femelles. Ses plus fortes fluctuations ont eu lieu en 1864, où la proportion a été de 95.3 mâles pour 100 femelles; et en 1867, où elle s'éleva à 116.3 mâles pour 100 femelees.La première moyenne, de 110.1 mâles pour 100 femelles, est probablement à peu près vraie pour le lévreer; mais il est quelque peu doubeux qu'on puisse l'adopter pour les autres races domestiques. M.Cupples, après avoir questionéé plusieuss granss éleveuss de chien,, a conclu que tous, sans exception, admettent que les femelles sont produites en excès ; il attribue cette opinion à ce que, les femelles ayant moins de valeu,, le désappointement des éleveurs, qui en est la conséquence, les a plus fortement impressionnés.

Mouton. - Les agricultesrs ne vérifiant le sexe des moutoss que plusieurs mois après la naissance,à l'époqee où l'on procède àla castration des mâle,, les relevés qui suivent ne donnent pas les proportions au moment de la naissance. En outre, plusieuss grands éleveuss d'Ecosse, qui élèvent . annuellement des milliers de mouton,, sont fortement convaincus qu'il périt, dans les deux premières années de la vie, une plus granee propotion d'agneaux mâles que de femelles ; la proportion des mâles seratt donc quelque peu plus forte au moment de la naisaance qu'à l'âge de la cas-. tration . C'est là une coïncidence remarquable avec ce qui se. passe chez l'homme, et les deux cas dépendent probablemtnt de quelque cause commune. J'ai reçu des relevés faits par plusieurs propriétaires anglais qui ont élevé des moutoss de plaines, surtout de Leicester, pendant les seize dernières annéss :le nombee des naissances s'élève à un total de 8,965 dont 4,407 mâles et 4,558 femelles ; soit le rappott de 96,7 mâles pourlOO femelees. J'ai reçu sur des moutons cheviot et à face noire produits en Ecosse, des relevés faits par six éleveuss dont deux très importants; ces relevés s'appliquent surtout aux annéss 1867-1869, bien que quelques-uns remontent jusquàà 1862. Le,nombre total enregistré se monee a50,685 moutons, comprenant25,071 mâles et 25,614 femelles, soit une proportion de 97.9 mâles pour 100 femelles. Si nous réunsssons les données des rapports anglais et des rapports écossais, le nombee total s'élève à 59,650 moutons, consistant en 29,478 mâles et 30,172 femelles, soit le rappott de 97.7 mâles pour 100 femelles. A l'âge où l'on châtre les moutons, les femelles sont donc certainement- en excès sur les mâles; mass il n'est pas certain que cela soit le cas au moment de la naissance*».

59. Je dois à l'obligeanee de M. Cupples les documenss relatifs à l'Écosse ainsi que quelques-unes des données suivantes sur le bétail. M. R. Elliot.de Laighwood, a, le premier, attiré mon attentinn sur la mort prématurée des

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272                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Iee Partie]

Bétai.. - J'ai reçu des rapports de neuf personnes portant sur un nombre de 982 têtes de bétail, chiffre trop faible pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion. Ce nombre total comportatt 477 mâles et 505 femelles, soit une proportion de 94,4 mâles pour 100 femelles. Le Rév. W. D. Fox m'informe qu'en 1867, un seul veau sur 34, nés dans une ferme du Derbyshire, était mâle. M. Harrison Weir m'écrit que plusieurs éleveurs de pores,auque!s il a demandé des renseignements à ce sujet, estiment que, chez cet animal, le rapport des naissances mâles, comparaiivement aux naissances femelles, est comme 7 est à 6. M.Weir, ayantélevé pendantfort longtemps des lapins, a remarqué qu'il naissait un plus grand nombre de mâles qù'e de femelles. Mais ce sont là des renseignements qui n'ont qu'une

Y1rnr'irpVrTuenTirreque bien peu de renseignemenss sur les mammifères àl'état de nature. Ceux qui concernent le rat commun sont contradictoires. M. R. Elliot, de Laighwood, m'informe qu'un preneur de rats lui a assuré qu'il avait toujours trouvé un excès de mâles,même dans les nids de petits. M.Elliot,ayantensuiteexaminélui-mêmequelquescentainesderats adultes, a constaté que le fait est exact. M. F. Buckland, qui a élevé une grande quantité derats blancs,admet aussi que le nombre des mâles excède de beaucoup celui des femelles.Ondtt que, chez les taupes, les mâles sontbeaucoup plus nombreux que les femelles- la chasse de ces animaux constituant une occupation spéciale, on peut peut-être se fier à cette assertion. Décri-

Se^^

lement de jeunes mâles, d'autres assurent qu'ils en ont vu. Il est probable que lesjeunesmâles,une fois chassés du troupeau, doivent être exposés à devenir la proie des nombreux animaux féroces qui peuplent le pays.

OISEAUX

Relativement aux volailles,je n'ai reçu qu'un mémoire de M. Strech, qui, sur 1,001 poulets d'une race très soignée de cochinchinois qu'il a élevés pendant huit ans, a obtenu 487 mâles et 514 femelles, soit un rapport de 94.7 à 100. II est évident que, chez le pigeon domestique, les mâles sont produits en excès, qu'ils vivent plus longtemps; car ces oiseaux s'accouplent, et M. Tagetmeier m'apprend que les mâles isolés coùtent toujours moins cher que les femelles Ordinairemen,, les deux oiseaux provenant des deux œufs pondus dans le même nid consistent en un mâleet une femelle; cependant M. Harrisson Weir, qui a élevé beaucoup de pi-

ments les plus circonstanciés sur les moutons.

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[Chap. VIII]           DE LA PROPORTION DES SEXES                        273

geons, assure qu'il a souvent eu deux femeless ; en outre, la femelee est généralement plus faible et plus sujetee à périr.

Pour les oiseaux à l'état de nature, M.Gould et d'autres savants-* affirment que les mâles sont généralement plus nombreux que les femelles ; carcchez beaucoup d'espèces,.les jeunss mâles ressemblant aux femelles, celles-ci paraissentnaturellementêtreplusnombreuses.M.Baker,deLeadenhall,qui élève de grandss quantités de faisans provenant d'œufs pondus par des oiseaux sauvages, ainformé M.JennerWeir qu'il obtient généralement quatre ou cinq mâles pour une femelle. Un observateur expérimenté remarque « . qu'en Scandinavie les couvées des coqs de bruyèee (T. urogallus etT. telrix). ) contiennent plus de mâles que de femelles ; il ajoute que, chez le dal-ripa. (espèce de ~a~opus,ou ptarmlgan), il y a plus de mâles que de femelles sur les emplacements où ces oiseaux se réunsssent pour se faire la cour; mais quelquss observateurs expliquent cette circonstance parle fait que les carnassiers tuent plus de femelees. Il sembee résulter clairement de divers faiss signalés parWhite,dc Selbornc", que les perdrix mâles doivent se trouvrr en grand excès dans le sud de l'Angleterre; on m'a assuéé qu'il en est de même en Écosse. M. Werr tient de négociants, qui reçoivent à certaines saisons de grands envois de combattants [Macheles pugnax), que les mâles sontdebeaucouplesplusnombreux.Lemômenaturalistes'esaadressépour avoir quelquss renseggnements à des preneurs d'oiseaux vivanss qui capturent annuellement un nombee étonnant de petites espèces pour le marché de Londres ; un de ces vieux chasseurs, digne de toute confiancc.lui a affirmé que chez les pinsons les mâles sonten grand excès; il pense qu'il y a deux mâles pour une femelle, ou qu'ils se trouvent au moins dans le rappott de 8 à 3«. Il ajouee que les mâles sont de beaucoup les plus nombreux chez les merles, soit qu'on les prenee au piège ou au filet. Ces données parasssent exactes, car le même homme a signaéé une égalité approximative des sexes chez l'alouette, chez la linotee de montagne (Linaria monlana) et chez le chadonneret ; il affirme, d'autre par,, que, chez la linotee commune, les femelles sont extrèmementprépondérantes, mais inégalement, suivant les différentes années; il s'est trouvé des époquss où le rapport était de quatre femelles pour un mâle. Il faut cependant tenrr compee de ce fait que la chasse aux oiseaux ne commençant qu'en septembre, quelquss migrations partielles peuvent avorr eu lieu, et les troupes à cette péreode n'êtee composées que de femelles. M. Salvin, qui a porté son attention sur les sexes des oiseaux-mouches de l'Amérique, est convaincu de la prépondérance des mâles chez la plupatt des espèces ; ainsi il s'est procuré, une année, 204 individus appartentnt à dix espèces, et il a constaté qu'll y avatt 166 mâles et 38 femelles. Chez deux autres espèce,, les femelles étaient en excès, mass les proportions parasssent varier suivant les saisons et leslo-

62.  Brehm, JUus.. Thierleben, vol. IV, p. 990, en arrive à la même conclusion.

63.  Sur l'autorité de L. Lloyd, Game Birds of Svieden, 1867, pp. 13, 132.

64.  Nat. Hist. of. Selborne, lett, xxtx, édit. de 1825, vol. I, p. 139.

65.  M. JennerWeir obtint des renseignements semblables à la suite de son enquête de l'année suivante. Pour montrer le nombre des pinsons attrapés, deux chasseuss avaient fait, en 1869, un pari à qui en prendrait le plus; .l'un des deux en prit, en un jour, 62, et l'autre, 40 du sexe mâle. Le plus grand nombre qu'on ait pris en un jour fut 70.                                                 . ;

18

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274                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ile Paht.e]

calités, car les Campyloplerus Aemileucurus^, dans une ocasion, présentaient un rappott de 5 mâles pour 2 femelles présentèrent, dans une autre occasio,, exactement le rappott inveree». Comme confirmation de cedernierpoin,,j'ajouteraiqueMPPowysaremarqué,aCorfouete„Epire que les pinsons des deux sexes font bande à part, «et .que les femelles sont beaucoup plus nombreuse» » ; tandss qu'en Palestine M. Trislram rema-qua « queles bandss de mâles paraissent excéder considérablement en nombee celles des femelles«».De même queM.G.Taylor«dit du Qmscalus major qu'en Floride il y a « peu de femelles proportionnellement aux mâles, tandss que, dans le Honduras, le rappott étanr renversé, l'espèce y affecte un caractère polygame».

POISSONS

On ne peut.chzz les poissons,délerminer les nombres proportionnels des sexes, qu'en les prenant à l'état adulte ou àpeurés, et encoee^sepré-

senle-t-il de nombreuses difficultés pour arriver a une conclusion exacee «. On peut facilement prendee des femelles stériles pour des mâles, ainsi que me l'a fait remarquer le docterr Günther, au sujet de la truite. Chez quelques espèce,, on croit que les mâles meurent peu de temps après avoir fécondé les œufs. Chez un grand nombee d'espèces, les mâle, sont beaucopp plus petits que les femelles,de'sorte qu'un grandnombre peuvent échapper au filet dans lequel les femelles restent prises. M. Carbonnier «>, qui a beaucoup étudéé l'hsstoire du brochtt (Esox lucius), constate qu'un grand nombee de mâles son,, vu leur petitesse, dévorés par les grandss femelles; il crott que, chez presque tous les poisson, les mâles sont, pour cette même cause, exposés à plus de dangers que les femelles. Néanmoins, dans ^quelquss cas o'ù l'on a'pu observeras nombres proportionnels réels, les mâles paraissaient être en excès.AinsiM.R.Buist,le surveillant des expériences faites à Stormontfield, dit qu'en 186b,sur les 70 saumons envoyés

d'a'bodd p"ou7fournrr les œufs,p.us de 60 étaient mâle.. En 1867 il attire encore l'attention sur « l'énorme disproportion qui existe entre les mâles et les femelles. Au début nous avions dix mâlespour une femelee ». On se

core

pic^élftinrnomb™ suffisant de femelles pour en avoir des œufs. 11 ajouee « que la grande quantité des mâles fait quills sont constamment occupés à se battre et â s'entre-déchirer sur les bancs de frai- ». On peut probablement expiiqurr cetee disproportion sinon totalement, au moins en

partie par le fait qïe les poissons mâles remontent les rivières avant les: Lmefles M. F- Buckland fait remarqu,r, au sujet de la truite, « qu'il est eu-

66.  Ibis, vol. H, P. 260, cité dans Gould's TYochilidœ, 1861 p. 52. J'ai emprunté les proportions ci-dessus à un tableau dressé par M. Salvin.

67.  Ibis, 1860, p. 137 et 1867, p. 369.

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[Chap. VIII]           DE LA PROPORTION DES SEXES                        27o

rieux que les mâles l'emportent autant par le nombee sur tes femelees. Il ar-rivetwonaWemen/que.danslepreniieraffluxdupoissonaufilet,ontroaTe, parmi les captifs, au moins sept ou huit mâles pour une femelle. Je ne puis m'expliquer ce fait : il faut en conclure que les mâles sont plus nombreux que les femelees, ou que celles-ci cherchent à éviter Je dangrr plutôt en se cachatt que par la fuite ». Il ajouee ensuite qu'en fouillane les bancs avec soin, on y trouve suffisamment de femelles pour fournrr les œufs». M. H.Lee m'apprend que, sur 212 truites prises dans le parc de lord Ports-mouth, ily avait 150 mâles et 62 femelles.

Les mâles parasssent aussi ètre en excès chez les Cyprinidés, mais plusieuss membres de cette famille, la carpe, la tanch,, la brème et le véron, paraissent régulièrement suivre l'usag,, rare dans le règne animal, de la polyandrie ; car la femelle, pendatt la pone,, est toujours assistée de deux mâees, un de chaque côté, et, dans le cas de la brom,, il y en a tross ou quatre. Le fait est si connu qu'on recommande toujouss de pourvorr un étang de deux tanchss mâles pour une femele,, ou au moins trors mâles pour deux femelles. Avec le véron, ainsi que le constate un excellent obsevateu,, les mâles sont dix fois plus nombreux sur les champs de frai que les femelles ; lorsqu'une de celles-ci pénètre parmi les mâles, « elle est immédiatement serrée de près entre deux mâles qui,après avoir conservé cette position pendatt quelque temp,, sont remplacés par deux autres" ».

INSECSES

LesLépidoptèresseulsnouspermettentdejugerdunombreproportionnel des sexes chez les insectes, car ils ont été recueillis avec beaucoup de soin par de nombreux et d'excellents observateurs; on s'est beaucopp occupé aussi deleuss transformations. J'avass espéré trouvrr des documents exacss chez quelquss éleveuss de vers à soie; mais, après avoir écrtt en Franee et en Italie, et avoir consulté divers traités, je suis forcé de concluee qu'on n'a jamais tenu un relevé exact ou même approximatif des sexes. L'opinion générale est que les individus des deux sexes sont en nombee à peu près égal; mais le professeur Caneslrini m'apprend qu'en Italie un grand nombee d'éleveurs sons convaincus que les femelles son' produites en excès. Le même naturaliste, toutefois, miinforme que, dans les deux écl'o-sions annuelles du ver de l'Ailanee (Bombyxcynthia),^ mâles l'emportent de beaucopp dans la première, puis les deux sexes deviennent presqee égaux, ou les femelles sont un peu en excès dans la second..

Plusieuss observateurs ont été vivement frappés de la prépondérance, en apparence énorme, des mâles chez les Lépidoptères à l'état de natuee'4. Ainsi M. Baies", parlant des espèces qui, au nombee d'une centaine, hab--

72: Land and Water 1868, p. 41.'

73. Yarrell,//^. British Fuhes, vol. I, 1826 p. 307; sur le Cyprinus earpio, p. 331; sur le Tinca vulgarU, p. 331; sur VAbrams brama, p. 336. Voir pour le Leuciscus phoxinu,, London, Mag. ofNat. Hist,, vol. V, 1832, p. 682.

74.  Leuckari cite Meinecke (Wagner, Handwor<erbuch, der Phys., vol. IV,

SffiombreÏÏTe Kmelleï paPi"°nS 'esmâIeS ^ ^ "" *""** %aTh7ZtrtZqon lit aZmus, vol. II, 1863, pp. 228, 317.

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27Ô                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME . [Hie Partie]

tenl les régions de l'Amazone supérieur, dit que les mâles sont beaucopp plus nombreux que les femelles, et cela dans une proportion qui peut être de 100 pour 1. Edwards, qui a beaucoup d'expérience à ce sujet,estimeque, dans l'Amérique du Nord, le rapport des mâles aux femelles, dans le genee Papilio, est de 4àl ; M. Walsh, qui m'a transmis ce renseignement, affirme que tel est le cas pour le P. tumus. Dans l'Afrique méridionale, M. R. Tr-men a constaté que les mâles sont en excès chez dix-neff espèce~» ; chez l'une de ces espèces, qui fourmille dans les localités ouvertes, il estime la proportion des mâles à cinquante pour une femelle. Il n'a pu, dans l'espaee de sept années, récolter que cinq feme)les d'une autre espèce dont les mâles sont abondants dans certaines localités. Dans l'ile de Bourbo,, M. Maillard a constaté que les mâles d'une espèce de Papilio sont vingt fois plus nombreux que les femelles « M. Trimnn m'apprend qu'autant qu'il a pu le vérifier tui-môme ou le savorr par d'autres il est raee que, chez les papillon,, le nombee des femelles excède celui des mâles, mais trois espèces de l'Afrique du Sud semblent faire exception à cette règle. M. Wallace'» dit que les femelles de VOrnithoptera crœsus, de l'archipel Malais, sont plus communes et plus faciles à prendee que les mâles, mais c'est d'ailleuss une espèce rare. J'ajouterai ici que, chez le genre de phalènss Ilyperylhra, d'après M. Guenôe, on envoie, dans les collections venant de l'Inde, de quatre à cinq femelles pour un mâle.

Lorsqee la question du nombee proportionnel du sexe des insectes fut posée devant la Société d'entomologie™, on admtt généralement que,sott à l'étatadu)te, soit à l'état de ebrysalideon prend plusde Lépidoptères mâles que de femelles ; mass plusieuss observateurs attribuèrent ce fait à ce que les femeless ont des habitudes plus retirées, et que les mâles sortent plus tôt du cocon. On sait, en effet, que cette dernière circonstance se présenee chez la plupatt des Lépidoptères comme chez d'autres insectes. 11 en résulte, selon laremarque de M. Personnat, que les mâles du Bombyx Yama-mai domestique, au commencement, ainsi que les femelles à la fin de la saison, ne peuvent, ni les uns ni les autres, servrr à la reproduction, faute d'individus du sexe opposé». Je ne puis croire, cependant, que ces causes suffisent à expliqurr le grand excès des mâles chez les paplloons, qui sont très communs dans le pays qu'ils habitent. M. Stainlon qui a, pendatt plusieurs années,étudié avec soin les phalènss de petites dimensions,m'apprend que, lorsqu'il les recueillait à l'état de chrysalide, il croyait que les mâles éta,ent dix fois plus nombreux que les femelles ; mass que, depuss qu'il s'est mis à les élever sur une granee échelle, en les prenant a l'état de chenille, il a pu se convaincre que les femellss sont certannement plus nombreus.s. Plusieurs entomologistes partagent cette opinion. M. Doubledyy et quelques autres soutiennent un avis contraire, et affirment avoir élevé de ]'œuf et de la chenille une plus grande proportion de mâles que de femelees.

Outre les habitudes plus actives des mâle,, leur sortie plus précoee du

76. Trimen, Rhopalocera Africœ Auslralis.

z ^n=s:s^xS3?:-v-par.- iv'1866'p.330.

79.  Proc Enlomolo9. Soc, 11 fé.. ISM.

80.  Cité par D. Wallace dans Proc. En.. Soc, 3' série, vol. V, 1867, p. 487.

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cocon et leur séjour, dans quelquss cas.dans les stations plus découvertes, on peut assignerd'autres causes à la différenee apparenté ou réelle qu'on constate dans les nombres proportionnels des sexes des Lépidoptères, lorsqu'on les prend à l'état parfair, ou qu'on les élève en les prentnt à l'état d'œufs ou de chenilles. Beaucoup d'éleveurs italiens, à ce que m'apprend le professeur Canestri,i, croient que le verà soie femelee est plus sujetque le mâle à la maladee et le docteur Staudnnger assuee que, lorsqu'on élève les Lépidoptères, il pértt en cocons plus de femelles que de mâles. Chez beaucoup d'espèces, la chenille femelee est plus grosse que le mâle, et le collectinnneur, choissssant naturellement les plus beaux individus, se trouv,,sansintention,amenéàrecueilrirunplusgrandnombeedefemeleeS. Trois collectionneurs m'ont assuéé qu'ils agissent toujouss ainsi ; d'autre par,, le docteur Wallace croit qu'ils recueillenttousles individus des espèces rares quiils rencontrent, les seules qui méritent la peine d'êtee élevées. Entourés de chenilles, les oiseaux doivent probablement dévorer les plus grosses; leprofesseurCanestrinim'informeque plusieuss éleveurs.enItalie, croien,, quoique sur des preuves insuffisantes, que les guêpes détruisent un plus grandnombre de chenilles femellss que de mâles lorsde iapremière éclosion du verà soie de l'Ailante. Le docteur Wallace remarque, en outre/ que les chenllles femelles, étant plus grosses que les mâles, exigent plus de temps pour leur évolutio,, consommens plus de nourriture et ont besoin de plus d'humidité ; elles sont donc ainsi exposéss plus longtemps aux dangers que leur font courrr les ichneumons, les oiseaux, etc,, et doiven,, en temps dé disette, pérrr en plus grand nombre. Il semble donc tout à fait possible que, à l'état de nature, moins de chenilles femelles que de mâles parviennett à la maturité ; or, pour la question spéciale qui nous occupe, nous n'avons à considérerque lenombee des individus qui atteignent l'étatadulte le seul pendant lequel les deux sexes peuvent produire l'espèce.

Lerassemblemenlennombeesi extraordinaire autoupd'uneseulefemelle demâlesde certaines phalènss indique évidemment un grand excès d'ind-vidus de ce sexe, bien que ce fait puisse peut-être tenrr à l'émergence plus précoce des mâles du cocon. M. Stainton a constaté la présenee fréquente de douze à vingt mâles autour d'une femelle de Elachista rufocinerea.i On satt que, si l'on expose dans une cage une Lastocampa quercus ou une Sa<umiacarpini vierge, de grandes quantités demâles viennett bientôt se réunirautourd-elle;sionl'enfermedansunechambre,ilsdescendentmême par la cheminéepour la rejoindre. M. Doubledyy estime de 60 à 100 )e nombre des mâles de ces deux espèces attirés en un seul jour par une femelle-captive. M. Trimen a expos,, dans l'ile de Wigh,, une boite dans laquelee .1 avait la veille renfermé une Lasiocampa femelle ; cinqmâlesse présntèrent bientôt pourY pénétrer. M. Verreaux ayant, en Australie, mis dans sa poche une boite contenane la femelee d'un petit Bombyx, fut suivi d'une nuée de mâle,, et environ deux censs entrèrent avec lui dans ia maison~-, . M. Doubleday a appeéé mon attention sur une liste de Lépidoptères du docteur Staudinger^, portant les prix des mâess et des femelles de 300 espèces ou variétés bien accuéées de paplllons diurnss (Rhopalocera). Les;

81. Blanchard, Métamorphos,s, mœurs des Insectes, 1868, p. 225-226.             :

8~. Lepidopteren-Doubblelten Liste, Berlin, n° X, 1866.

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278                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [IlePartie]

prix des individus des deux sexes, pour les espèces très communes, sont les mêmes; mais iss diffèrent pour 114 des plus rarss espèce;;les mâles, dans tous les cas, sauf une exception, sont les moins cher.. D'après la moyennedes prix de 113espéces, le rapport dii prix du mâle à celui de la femelle est de 100 à 149, ce qui paratt indiqurr que les mâles doivent inversement excéder les femelles dans la môme proportion. Deux mille espècesou variétés de papilloss nocturnes (Uelerocerar sont cataloguées; mais on a exclu celles dont les femelles sont aptères, en raison de la différence des habitudes des deux sexes ; sur 2,000espèceS, 141 diffèrent de prix suivant )e sexe; chez 130 les mâles sont mellleur march,, etchzz 11 seulement les mâles plus chers que les femelles. Le rappott du prix moyen des mâles de 130esPèces, compaéé à celui des femelees, est de 100 à 143. M. Dou-bleday (et personee en Angleterre n'a plus d'expérience sur ce suje)) pense que, en ce qui concerne les papillons de ce catalogue tarifé, il n'y a rien dans les habitudes des espèces qui puisse expliqurr les différences de prixdes sexes, et qu'elle ne peus être atlribuée qu'à un excès dans le nombee des mâles.MaisjedoisajoutrrqueledocteurStaudingerluUmemem'aexprimé une opinion toute différnnte. Ilpense que l'activité moindee des femelles et l'éclosion précoee des mâles explique pourquoi les collectionneurs prennent plus de mâles que de femelles, d'où le prix moindre des premiers. Quane aux individus élevés de l'état de chenille, le docteur Staudinger, croi,, comme nous l'avons dit plus hau,, qu'il périt dans le cocon plus de femelles que demâles. Ilaooute que, ehez certaines espèces, un des sexes sembee pendant certaines annéss prédominer sur l'autre.

Quant aux observations directes sur les sexes des Lépidoptères élevés d'œuss ou de chenilles, j'ai reçu seulement communication du petitnombre de cas suivants:

 

MALES

FEMELLES

Le Rév. J. Hellins", d'Exeter, a élevé, en 1868, des

chrysalides de 73 espèces, et a obtenu......

M.Albert Jones, d'Eltham8 a élevé, en 1868, des

chrysalides de 9 espèces, et a obtenu.......

En 1869, il en a élevè de 4 espèces, et a obtenu . . M. Buckler, d'Emsworth, liants, en 1869, a élevé des

chrysalides de 74 espèces, et a obtenu......

Le D'Wallace, de Colchester, a élevé d'uee ponee de

Bombyx cynthia...................

153

159 114

180 52

224 52

137

126 112

169 48

123 46

Le D' Wallace, en 1869, a élevé, de cocons de Bombyx Pernii venatt de Chine............

Le D'Wallaee, en 1868 et 1869, a élevé, de deux lots de cocons de Bombxx yama-mai..........

Total ......

934

761

83. Ce naturaliste a eu l'obligeanee de m'envoyer quelques résultats d'an-

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[Chapp VIII]           DE LA PROPORTION DES SEXES                        279

Donc, ces sept lots de coconsttd'œuss ont produtt un excédent de mâles qui, pris dans leur ensemble, sont aux femeless dans le rapport de 122.7 à 100. Mais ces chiffres sont à peine assez importants pour être bien dignes

eEn0résaum,',les diverses preuvss qui précèdent, inclinant toutes dans la môme direction, m'autorisent à concluee que, chez la plupatt des espèces de Lépidoptères, le nombee des mâles à l'état d'adultes excède générale. ment celut des femelles, quelles que puissent être, d'allleurs, leurs propotions à la sortie de l'œu..

Je n'ai pu recueillir que fort peu de renseggnements dignes de foi sur les autrss ordres d'insectes. Chez le cerf-volant (Lucanus cervus), les mâles parasssent beaucoup plus nombreux que les femelles ; mais Cornehss a observé qu'enl867, lors dcllapparitinn dans une partie de l'Allemagee d'un nombee inusité de ces coléoptères, les femelles étaient six fois plus nhon-dantesque les mâles. Une espèce d'Élatérides passe pour avoir des mâles beaucopp plus nombreux que les femeless « et on en trouve deux ou trois unis aune femelle81»; il semble doncy avoirpolyandne.ChezleSzagomwm (Staphylidides), où les mâles sont pourvus de cornes, « les femelles sont de beaucoup les plus nombreuses ~.MJ Janson a communiqué à la Sociééé entomologique le fait que les femelles du Tomicusvillosus, qui vit d'éeorce, constituent un vrai fléau par leur abondance, tandis qu'on ne connatt presque pas les mâles tant il sont rare..

Dans d'autres ordres, par suite de causes inconnues, mais évidemment dans quelques cas, par suite d'une parthénogenèse, les mâles de certaines espèces sont d'une rareté excessvee ou n'ont pas encoee été découverts, comme chez plusieuss Cynipidés*». Chez tous les Cynipidés galiicoles que connatt M. Walsh, les femelles sont quatee ou cinq fois plus nombreuses que les mâles ; il en est de même, ace quill m'apprend, chez les Cécidomyées (Diptères) qui produisent des galle.. 11 est querques espèces dePorte-sc.es (Tenthrédines) que M. F. Smith a élevées par centaines de larvss de toutes grandeurs sans obtenrr un seul mâle ; d'autre par,, Curtis ** a trouv,, chez une autee espèce (Athalia) qu'il a élevée, une proportion de mâles égale à six fois celle des femelles, tandss qu'il en a été précisément l'inverse pour les insectes parfaits de la même espèce qu'il a recueillis dans les champs. HermnnMMOller" a étudié tout partcculièrement les abellles ill a recueilli ungrandnombrdd'individusappartenantàbeaucoupd'espècesilenaeleve d'autres; puis il a compéé les individus appartentnt âchaque sexe. Il a trouvé que, chez quelquss espèce,, le nombee des mâles excède de beaucoup celui des femelles ; chez d'autres espèces, c'esttout le contraire; chez d'autres enfin, les individss des deux sexes sont en nombee à peu près

wood, Mod. Clasl. o Lecls, vol. 1, p. 187, sur ee Siagonium, ibid,, p. 172 85. W*\to,American Entomolognt, vot.,, 1869, p. 103; F. Smith, Recordof Zoolog.Literature,m-,p_.m.

If. ^Zeldung'derDtr^nschen Lehre; Verh. d. n. V.Jahrg.XXIV.

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0

280                        LA DESCENDANCE DE L'HOMME            [Ile Partie]

égal. Mais, tes mâles sortant presque toujouss du cocon plus tôt que les femelees, les mâles sont pratiquement en excès au commencement de la saison. Müller a aussi observé que le nombee relatif des individus de certaines espèces diffère beaucoup dans diverses iocalités. Mais, comme Müller lui-môme me l'a fait observer, ces remarques ne doivent être acceptées qu'avcc une grande résevve, car il se peut que les individus appartentnt à un sexe échappene plus facilement que les autrss aux observations. Ainsi son frère, FritzMûller, a remarqué au Brésll que les deux sexes d'une même espèce d'abeille fréquentent quelquefois des espèces différentes de fleur.. Jene sais presque riensurlennmbre relatif des sexes chez les Orthoptères : Kôrte ^ affirme cependant que, sur 500 sauterelles qu'il a examinées, les maies étaient aux femellss dans la proportion de 5 à 6. M. Wassh constate, à propos des Névroptères, que, chez beaucoup d'espèces du groupe Odo-nates mais pas chez toutes, il y a un grand excédent de mâees; chez le genee Hetœrina, les mâles sont au moins quatee fois plus abondants que les femelles. Chez certaines espèces du genee Gomphu,less mâles sont éga-lementenexcès,tandisque,chezdeuxautresespèces,lesfemellessontdeux ou tross fois plus abondantes que les mâles. Chez quelquss espèces européennss de Psocu,, on peut recueillir des milliers de femelles sans trouvrr un seul mâe; ; les deux sexes sont commuss chez d'autres espèces du môme genre » En Angleterre, M. Mac Lachlan a capturé descentaines de Apa-<ania muliebris sans avoir jamais vu un seul mâle ; on n'a encoee vu que quatre ou cinq mâles de Boreus hyemalis ». Il n'y a, pour la plupart de ces espècss (les Tenthrédinses exceptées), pas de raison pour supposer une parthénogenèse chez les femelles; nous sommss donc encoee très ignorans sur les causes de ces différences apparentes dans le nombee proportionnel des individus des deux sexes.

Les reneeignements me font presque complètement défaut relativement aux autres classe.. M. Blackwal, qui, pendant bien des années, s'est occupé des araignéesm'écrit que, en raison de leurs habitudes plus errantes, on voit plus souvent les araignées mâles, qui parasssent ainsi être les plus nombreux. C'estrécllement le cas chez quelques espèce; ; mass il mentionne plusieuss espèces de six genres, où les femelles semblent être bien plus nombreuses que les mâles*». La petite tallle des mâles, comparée a celle des femelles, et leur aspect très-différent, peu,, dans quelquss cas, expl--querleur rareté dans les collections^.

Certanss Crustacés inférieurs pouvant se propager asexuellement, on s'explique l'extrême rareéé des mâles. Ainsi vonSiebold'-* a examiné avec soin 13,000 individss du genee Apus provenant de vingt et une localités

nielles comme généralemen1 plus communss que les mâles. 92. Voir sur ce suje,, M. P. Cambridge, cité dans Quarteryy Journal of

SCTÈS^arthen09enesis,p.™.

e

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[Chap. VIII]          DE LA PROPORTION DES SEXES                      281

différentes, ctiln'alrouvéque3i9niàIes. Fritz MûlIeradesTaissnsdecroire que, chez quelques autres formes (les Tanais et les Cypris), le mâle vit moins longtemps que la femelle, ce qui, même en cas d'égalité primitive dans le nombre des individus des deux sexes, expliqueratt la rareté des mâles. D'autre part.sur les côtes du Brésil, le même naturaliste a toujours capturé infinimen, plus de mâles que de femelles de Diastylides et de Cy-pridines; c'est ainsi qu'une espèce de ce dernier genre lui a fourni 37 mâles sur 63 individus pris le même jour; mais il suggère que cette prépondéranee peut être due à quelque différence inconnue dans les habitudes des deux sexes. Chez un crabe brésilien plus élevé, un Gelasimu,, Fritz Mûller a constaté que les mâles sont plus nombreux que les femelles. M. C. Spence Bate, qui a une longue expérience à cet égard, m'a affirmé que chez six crustacés communs de nos côtes de l'Angleterre dont il m'a indiqué les noms, les femelles sont, au contraire, plus nombreuses.que les mâles.

Influence de la sélection nauurelle sur la proportion des mâles et des feme~les. - Nous avons raison de croire que, dans quelquss cas, l'homme au moyen de la sélection a exercé une influence indirecee sur la faculté qu'il a de produire des enfanss de l'un ou de l'autre sexe.Certainesfernmes,pendanttouteleurvie,engendrentplus d'enfants d'un sexe que de l'autre; la même loi s'applique à beaucoup d'animaux, aux vachss et aux chevaux par exemple; ainsi M. Wright m'apprend qu'une de ses jumenss arabes, couveree sept fois par différenss chevaux, a produtt sept juments. Bien que j'aie fort peu de renseignements à cet égard, l'analogie me porte à concluee que la tendanee à produire l'un ou l'autre sexe est héréditaire comme presqee tous les autrss caractères, la tendanee à produire des jumeaux par exemple. M. J. Downing, une excellenee autorité, m'a communiqué certains faits qui semblent prouvrr que cette tendanee existe certainement chez certaines familles de bétall courtes cornes. Le colonel Marshatl *, aprèsavoir étudié avec soin les Todas, tribu monaagnarde de l'Inde, a trouvé qu'il exisee chez eux 112 mâles et 84 femelles de tout âge, soit une proportion de 133.3 mâles pour 100 femelles. Les Todas, qui observent la polyandrie, tuaient autrefois les enfanss femelles; mais ils ont abandnnéé cette pratique depuis un temps considérable. Chez les enfanss nés pendatt ces dernières année,, les garçons sont plus nombreux que les filles dans la proportion de 12-4 à 100. Le colonel Marshatl explique ingénieusement ce fait ainsi qu'il suit : < Supposons, par exemple, que trois familles représentent la moyenne de la tribu entière; supposons qu'une mère engendee six filles et pas de fils; la seconde mère engendee six fils seulement et la troisième mère trois fils et

94. The Todas, im. pp. 100,111,194,196.

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282                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [IL Par™]

filles. La première mère, pour se conformrr aux usages de la tribu, détrutt quatre filles et en conserve deux; la seconde conserve ses six fils; la troisième conserve ses trois fils, mais tue deux filles et n'en conserve qu'une. Les trois familles se composeront donc de neuf garçons et trois filles pour perpétuer la race. Mais, tandss que les fils appartienntnt à des famllles chez lesquelles la tendanee à produire des mâles est considérable, les filles appartienntnt à des famllles qui ont une tendanee contraire. Les coutumes de la tribu tendront donc à augmenter cette tendanee à chaque génération, de sorte que nous pourrons constater, comme nous le faisons aujou-. d'hu,, que les famllles élèvent habituellement plus de garçons que de filles. »                   .

Il est presque certain que la forme d'infanticide dont nous venons de parler doit amener ce résultat, si nous suppososs que la tendance à produire un certain sexe soit héréditaire. Mais les chiffres que je viens de citer sont si faibles qu'on ne sauratt en tirer aucune conclusion; j'ai donc cherché d'autres témoignages; je ne saurais dire si ceux que j'ai trouvss sont dignes de foi; il m'a semblé en tous cas qu'il étatt utile de citer les faits que j'a; recuelllis.

Les Maories de la Nouvelee-Zélande ont longtemss pratiqué l'infanticiee; M. Fenton » affirme quill a rencontrt « des femmes qui ont détrutt quatre, six et même sept enfants, la plupatt des filles. Toutefois le témoignage universel de ceux qui sont à même de se former une opinion correcee prouee que cette coutume a cessé d'exsster depuis bien des années, probablement depuis l'année 1835 ». Or, chez les Nouveaux-Zélandaas comme chez les Todas, les naissances de garçons sont considérablemtnt en excès. M. Fenton ajoute (p. 30) : < Bien qu'on ne puisee fixer pertinemmenl l'époque exacte du commencement de cette singulière condition de la disproportion des sexes, on peut.amrmer que l'excès du sexe mâle sur le sexe femelle étatt en pleine opération pendant la période qui s'est écoulée entre 1830 et 1844, et s'est continuee avec beaucoup d'énergie jusqu'au temps actue.. » J'emprunte les renseignemenps suivants à M. Fenton (p. 26), mais, comme les nombrss ne sont pas considérables et que le recensement n'a pas été fait très exactement, on ne peut s'attendre à des résultats uniformes. Je dois rappeerr toutd'abord.danscecasetdans les cas suivants, que l'état normll de la popuaation, au moins dans tous les pays civilisés, comporte un excès de femmes à cause de la plus grande mortalité des enfants mâles pendant la jeunesee et des plus nombreux accidenss

95. Aboriginal Inhabitants of New Zéaland;Gouverment report, 1859, p. 36.

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[Chap.VHI]]         DE LA PROPORTION DES SEXES                     283

auxquels sont exposés les hommes pendatt toute la vie. En 1858, on estimatt que la population indigène de la Nouvelle-Zélande se composait de 31,667 hommss et de 24,303 femmes de tout Age, c'estldire dans la proportion dé 130.3 mâles pour 100 femelles. Mais, pendant cette même année et dans certaines régions limitée,, on recenaa les indigènss avec beaucopp de soin, et on trouva 753 hommes de tout âge contre 616 femmes, c'est-à-dire dans la proportion de 122.2 mâles pour 100 femel.es. Il est encore plus important pour nous de savorr que, pendatt cette même année 1858 et dans cette même région, les mâles non adultes s'élevaient au nombre de 178, et les femelles non adultes au nombee de 142, c'est-à-dire dans la proportion de 125.3 mâles pour 100 femelles. Nous pouvons ajouter qu'en 1844, alors que l'infanticide des filles n'avatt cessé que depuis peu de temp,, les mâles non adultes dans une région s'élevaient au nombre de 281, et les femelles non adultes au nombee de 194, c'est-à-dire dans la proportion de 144.8 mâles pour 100 femelles.

Aux lies Sandwich, le nombee des hommss excède celui des femmes. Autrefois l'infanticide était très en honneur, mais ne portait pas seulemntt sur les femelles, ainsi que le prouve M. Ellis - dont les assertioss sont, d'alleeurs, confirmées par t'évêque Staley et par M. Coan. Toutefois un autre écrivain digne de foi, M. Jarves, dont les observations ont porté sur tout J'archipel, s'exprime ainsi que suit- : « On rencontre un grand nombee de femmes qui avouent avoir tué de trois à six ou huit de leurs enfants; » et il ajoute : « On considérait les filles comme moins utlles que les garçon,, et, par conséquent, on les mettatt plus souvent à mor.. » Cette asseriion est probablement fondée, si l'on en juge par ce qui se passe dans d'autres partiss du monde. La pratique de l'infanticide cessa vers 1819, alors que l'idolâteie fut aboiie et que les missionnaires s'établirent dans l'archipel. Un recensement fait avec beaucoup de soin, en 1839, des hommss et des femmes adultes et imposables dans l'ile de Kauai et dans un district d'Oahu(Jarves, p. 404) indique 4,723 hommss et 3,776 femmes, c'est-à-dire dans la proportion de 125.08 hommes pour 100 femmes. A la même époque, le nombee des enfanss mâles au-dessous de quatorze ans à Kauai et au-dessoss de dix-hutt ans à Oahu s'élevait à 1,797 et celui .des enfanss femelles du même Age à 1,429, ce qui donne une proportic-de 125.75 màles pour 100 femelles,

96.  Narrative of a <our through Hawai,, 18~6, p. 298.

97.  IHstory oflhe Sandwich hland,, 1843, p. 93.

es on

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284                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

. Un recensement de touses les !les fait, en 185098, indique 36,272 hommes et 33,128 femmes de tout Age, sott dass la proportion de 409.49 mâles porr 100 femelles. Le nomere des garçons au-dessous de 17 ans s'élevait à 107733 et ceuii des filles au-dessous du même âge à 9,593, sott 112.3 mâles porr 100 femelles. D'après le recensement de 187,, la proportion des mâles de tout âg,, y compris les demi-castes, aux femelles est comme 125.36 est à 100. Il importe de remarquer que tous ces recensements pour les îles Sandwich indiquent la proportion des hommes vivants aux femmes vivantes et non pas celee des naissances. Or, s'il faut en juger d'après les pays civilisés, la proportion des mâles aurait été beaucoup plss considérable si les chiffres avaient porté sur les naissances".

Les faits qui précèdent nous autorisent presque à conclure que l'infanticide, pratiqué dans les condonsons que nous venons d'expliquer, tend à amener la formation d'une raee produitant principalemett des enfants mâl.s. Mass je suss lonn de supposer que cette

98. Rev. II. T. Che.eve,, Life in the Sandwich hlands, 1851, p. 277. 99 Le D'Coulter, en décrivant (Journal R. Geographical Soc, vol. V, Iboo, „. 6 1 État de laCa .forme vers t'année 1830, affirme que presque tous tes indigène

convertis par les msss.onnaires espagnsls ont péri ou sont sur te point de périr, bien qu'ils reçoivent de bons traitements, qu'ils ne soient pas chassés de leur pays natal et qu'on ne leur permette pas l'usage des spiritueux. Le D' Coulter a tnbueen grande partie cetee mortalité au fait que les hommes sont beaucoup

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plus nombreux que les femmes; mass il ne dit pas si cet excès des homms provient du manque de filles ou dece que plus de filles meurent pendanl la jeunesse. Si l'on en juge par analogie, cetee dernière alternative est très peu probable. Il ajouee que . l'infanticide proprement dit n'est pas commun, mais que les indigènes pratiquent souvent t'avortement.. Si le D' Coulter est bien ren seigni à propss de l'infanticide, on ne peut citer ce cas à l'appii de l'hypothè"

ese

du colonll'Marshall. Nous sommes disposés à croire que la dimnnution rapide du nombre des indigènes convertis provient, comme dans tes cas que nous avons dSrie^féSStée ce qUe le changemtnt d6S habitudes d'existence a J'espérais que l'élevage des chiens me fourniraitquelques renseignements sur la question qui nous occup,,ca,, à l'exception peut-être des lévriers, on détruit ordnnairemeni beaucoup plus de femelles que de mâles comme cela arrive chez tes Todas. M. Cupples m'affirme qu'en effet on détruit beaucoup defemelleschez le chien courant écossais. Malheureusement je n'ai pu me procurer des renseignements exacss sur la proportion des sexes chez aucuee race à l'exception des lévriers et, chez ces derniers, les naissances mâles sont aux naissanses femelles comme 110.1 et à 100. Les renseignements que j'ai prss auprès de beaucoup deleveursmepermettentdeconclurequeles femelles sont,àbeaucoupd'égards, plus estimées que les mâles; enoutre.il est certain qu'on ne détruit pas systé-mat.quemenfplusde mâles que de femelles chez les races les plus estimées. En conséquence, je ne saurais diee s'il faut attribrer au principe que je cherche à établir l'excss des naissances mâles chez les lévriers. D'autre par,, nous avons vu que, chez les chevaux, les bestiaux et les moutons, les petitt de l'un ou de l'autr, sexe ont trop de valeur pour qu'on les détruise ; et, si l'on peut constater une différence chez ces races.il semble que les femelles soient légèremtnt en

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[Chapp VIII]          DE LA PROPORTION DES SEXES                      285

pratique, dans le cas de l'homm,, ou quelque pratique analogue dans le cas des autres espèces, soit la seule cause déterminante d'un excès des mâles. Il se peut qu'une loi inconnue agisse pour amener ce résultat chez les races qui diminuent en nombre et qui sont déjà quelque peu stériles. Outre les diverses causes auxquelles nous avons fait allusio,, il se peut que la plus grande facilité des accouchemenss chez les sauvagss et, par conséquent, les désavanlages moins grands qui en résultett pour les enfanss maie,, tende à augmenter !a proportion des mâles comparativement auxfemelles. Rien ne semble, d'ailleurs, indiqurr qu'il existe un rapport nécessaire entre la vie sauvage et un excès du sexe mâle, si nous pouvons juger toutefois d'après le caractère des quelques enfanss des derniers Tasmaniens et des enfanss croisés des Tahitiens qui habtent aujourd'hui l'île Norfolk.

Les mâles et les femelles de beaucoup d'animaux ont des habtudes quelque peu différentes et sont exposés à des dangers plus ou moins grands; il est donc probable que, dans bien des cas, les individus appartenant-à un sexe encourent une destruction plus considérable que ceux appartenant à l'autre. Mais, autant toutefois que je peux considérer l'ensembee de ces causes complexes, une destruction considérable de l'un des sexes n'entraînerait pas la modfiication de l'espèce au point de vue de la production de l'un ou de l'autre sexe. Quand il s'agtt des animaux strictement sociables, tels que les abeilles ou les fourmis, qui produisent un nombre beaucoup plus considérable de femelles fécondes et stérilss que de mâles, et parmi lesquess cette prépondérance des femelles a une importance extrêm,, nous nous expliquons facilement que les sociétés qui contiennent des femelles ayant une forte tendanee héréditaire à produire un nombee plus grant de femelles doivent réussrr le mieux; dans ce cas, la sélection naturelle doit agir de façon à développer cette tendance.-On peut concevorr également que la sélection naturelle développe la production des mâles chez les animaux qui vivent en troupeaux, comme les bisons de l'Amérique du Nord, et certains babouins, parce que les mâles se chargent de là défense du troupeau, etque le troupeuu le mieux protégé doit avoir deplus nombreux descendants. Quand il s'agtt de l'espèee humaine, on attribue en grande partie la destruction volontaire des filles à l'avantage iui résutte pour la tribu de contenir un plus grand nombre d'hommes.

. Dans aucun cas, autant que nous en pouvons juge,, la tendanee héréditaire à produire les deux sexes en nombee égar ou à produir un sexe en excès, ne constituerait un avantage ou un désavantag,

à

luire

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286                     LA DESCENDANCE DE L'HOMEE           [lie Partie]

direct pour les individu;; un individu, par exemple, ayant une tendance à produire plus de maies que de femelles ne réussirait pas mieux dans la lutte pour l'exsstence qu'un individu ayant une tendance contraire; par conséquent, la séleciion naturelle ne pourrait pas détermnner une tendanee de cette nature. Néanmonns, il existe certains animau,, les poissons et les cirripèdes par exempe,, chez lesquess deux ou plusieurs mâles semb.ent indispensables pour la fécondation de la femelle; en conséquence, les mâles existent en plus grand nombre, mais il est difficiee d'expliquer quelle cause a amené cette prépondérance des mâles. J'étais autrefois, disposé à croire que, quand la tendanee à produire les deux sexes en nombee à peu près égal est avantageuse à l'espèce, cette tendanee résuite de l'acUon «fc la sélection naturelle, mais de nouvel.es recherches m'ont démontré que le problème est si complexe qu'il est plus sage de laisser à l'avenir le soin d'en présenter une solution.

CHAPITRE IX

LES CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES DANS LES CLASSES [NFÉRIEURES DU RÈGNE ANIMAL

tères sexuels secondaires sont fortement développés, dimorphisme, couleur,

Il n'est pas rare que, dans les classes inférieures du règne animal, les deux sexes soient réunss sur le même individ,, ce qui s'oppose, par conséquent, à tout développement des caractères sexuels secondaires. Souvent auss,, lorsque les sexes sont séparé,, les mâleset les femelles, fixés d'une façon permanente a quelque support, ne peuvent ni se chercher, ni lutter pour se possédrr l'un l'autre. 11 est certain, d'ailleurs, que ces animaux ont des sens trop impafaits et des facultés mentales trop intimes pour éprouvrr des sent-ments de rivalité et pour apprécier leur beauté ou leurs autrss

at7us"ldreonucoUnt;e-t.on pas de vraU.cractères sexuels secondaire,, tels que ceux dont nous nous occupons ici, dans les classes ou sous-règnes, tels que les Protozoaires, les Cœlentérés, les Echi; nodermes, lesScolécidés. On peut en conclure, comme nous l'avons fait d'alleeurs, que chez les animaxx des classes plus élevées, les

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[Chap. IX]        CARACTERES SEXUELS SECONDAIRES                 287

caractères de ce genre résultent de la sélection sexuelle, c'est-à-dire de la volonté, des désirs, et du choix exercé par l'un ou par l'autre sexe. On observe cependatt quelquss exceptions; ainsi le docteur Baird m'apprend que chez certains Entozoaires, vers parasites internes, les mâles diffèrent légèrement des femelles au point de vue de la coloration, mais nous n'avons aucune raison pour supposer que l'action de la sélection sexuelee ait contribéé à augmenter de semblables différences. Les dispositions qui permettent au mâle de retenrr la femelle, et qui sont indispensables à la propagation de l'espèc,, sont indépendantes de la sélection sexuelle et ont été acquisss par la sélection ordinaire.

Beaucoup d'animaux inférieurs, tant hermaphrodites qu'à sexes séparé,, affectent les teintes les plus brillantes ou sont nuancés et rayés d'une manière très-élégante. C'est ce que l'on peut observer chez de nombreux coraux et chez les anémonss de mer {Actinie)) chez quelquss Méduses, quelquss Porpites, etc,, chez quelquss Planares, quelquss Ascidies et chez de nombreux Oursins, etc.; mais les raisons déjà indiquées, c'est-à-dire l'union des deux sexes sur un même individu chez quelques-uns de ces animaux, la fixation des autres dans une situatinn permanente, et les facultés mentales si infimes de tous, nous autorssene à concluee que ces couleuss n'ont pas pour objet l'attraction sexuelle, et ne résultntt pas-de l'action de la sélection sexuelle. Il faut se rappeler que, dans aucun cas, nous n'avons le drott d'attribuer les couleuss brillantes à la séleciion sexuelle, sauf, toutefois, lorsqu'un sexe est plus vivement et plus remarquablement coloré que l'autre, et qu'il n'y a dans les habitudes des mâles et des femelles aucune différence qui puisse expliqurr cette diversité. Cette hypothèse acquiert un grand degré de probabitété quand nous voyons les individss les plus ornés, presque toujours, les mâles, se pavanrr et étaler leurs attraits devane l'autre sexe, car nous ne pouvons supposer que cette conduite soit inutile; or, si elle est avanaageuse, elle amène inévitablement l'intervention de la sélection sexuell.. Cette conclusion peut s'étendee également aux deux sexes lorsqu'ils ont une coloratinn semblable, si cette coloration est évidemment analogee à celle d'un sexe seul chez certaines'autres espèces du même groupe.

Comment donc expiiquerons-nous les couleuss éclatantes et souvent splendides qui décorent beaucoup d'animaux appartenant aux classes inférieures? Il semble fort douteux que ces couleurs servent habituellement de moyen de protection; mais nous sommes fort exposés à nous tromprr sur les rapports qui peuvent exister entre les caractères de toute natuee et la protection, ce qu'admettra qui-

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.288                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

conque a lu le remarquable mémoire de M. Wallace sur cette question. Il ne viendrait, par exempe,, à l'idée de personne que la parfaite transparence des méduses pût leur rendee de grands services comme moyen de protection; mais, lorsque Hackel nous rappelle que, outre les méduse,, une foule de mollusques flottants, de crustacés et même de petits poissons marins possèdent cette même structure transparente, souvent accompagnée de couleurs prismatiques, nous ne pouvons douter qu'elle ne leur permetee d'échapper à l'atention des oiseaux aquatiques et d'autres ennemis.

M. Giard' soutient que les couleurs brillantes de certaines éponges et de certaines ascidies leur servent de moyen de protection. En outre, une brillanee coloration rend service à beaucoup d'anmaux en ce qu'elle sert d'avertissement à leurs ennemis: elle leur apprend, en effet, que l'animal coloré a mauvais goût ou qu'il possède certains moyens spéciaux de défense. Nous nous réservons, d'allleuss dedïscuter plus complètement ce suje..

Nous somme si ignorants quand il s'agtt des animaux inférieurs, que nous nous contentons d'attribuer leurs magnifiques couleurs, soit à la nature chimique, soit à la structure élémentaire de leurs tissu,, indépendamment de tout avantage que ces animaux peuvent en tirer. On peut à peine imaginer une couleur plus belle que celle du sang artériet, mais il n'y a aucune raison de supposer que cette couleur présente en elle-même un avantage; car, bien qu'elee puisse ajouter à la beauéé de la joue de ta jeune fille, personne n'oserait prétendee qu'elle ait été acquise dans ce but. De même, chez une foule d'animaux, surtout les plus infimes, la bile affecte une fort belle couleur; ainsi M. Hancock m'apprend que les Eolides (limaces de mer nues) doivent leur extrême beauéé à ce que les glandss biliaires s'aperçoivent au travess des téguments transparents; mais cette beauté n'a probablement pour ces animaux aucune utilité. Tous les voyageuss font des descriptions enthousiastes de la magnificence des teintes que revêtent les feuilles d'automee dans une forêt américaine; personne ne suppose, cependant, quill en résulte aucun avantage pour les arbre.. 11 y a ta plus grande analogie, au point de vue de la composition chimiqu,, entre les combnaisons organqques naturelles et les substances si nombreuses que les chimistes sont récemment parvenss à produire; or, ces dernières présentent parfois les couleuss les plus splendides, et il seratt étrange que des substances semblablement colorées ne soient pas fréquemment produites, indépendamment de tout but utilitaire à

1. Archives de ooolog.Expér., oct. 1872, p. 563.

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[ChapX]X]                                 MOLLUSQUES                                             289

attendre, dans ce laboratoire si complexe que constitue l'organisme

Le sous-règne des Mollusques.- Autant que mes recherches me permettenè d'en juge,, on ne rencontre jamass dans cette granee division du règne animal des caractères sexuels secondaires semblables à ceux dont nous nous occupon.. On ne devait guère s'attendre, d'allleurs, à les rencontrer dans les trois classes les plus infimes, les Ascidie,, les Polyzoaires.et les Brachoopodes (les Mol-luscoïda de quelques savants), car la plupart de ces animaux sont fixés d'une façon permanente à quelque support, ou bien les deux sexes sont réunss chez le même individ.. Chez les Lamellibranches ou Bivalve,, l'hermaphrodisme n'est pas rare. Dans la classe suivante plus élevée des Gastéropodes, ou coqullles marines univalves, les sexes sont unis ou séparé.. Mais, dans ce dernier cas, les mâles ne possèdent jamais d'organes spéciaux qui leur permettent soit de chercher, soit d'attirer les femelles ou de s'emparer d'elles, soit de combattre les uns avec les autre.. La seule différence extérieure qui existe entre les mâles et les femelles consiste, à ce que m'apprend M. Gvvyn Jeffreys, en une légère modfiication de la forme de lacoquil.e; celle de la Littorina littorea mâle, par exempe;, estpuss étroite et a une spire plus allongee que celle de la femelle. Mais on peut supposer que les différences de cette natuee se rattachent directement à l'acee de la reproduction ou au développement des œufs.

Les Gastéropodes, bien que susceptibles de locomotion, et pourvus d'yeux imparfaits, ne parasssent pas doués de facultés mentales assez développées pour que les individus appartenant au même sexe deviennett rivaux et combattent les uns avec les autre;; ils n'ont donc aucun motff pour acquérir des caractères sexuess secondaires. Néanmoins, chez les Gastéropodes pulmonés, ou limaçons terrestres, une espèce de recherche précède l'accouplement; en effet, ces animau,, bien qu'hermaphrodites, son,, en vertu de leur conformation, forcés de s'unir deux à deux. Agassiz' fait à cet égard les remarques suivantes : « Quiconque a eu l'occasion d'observer les amouss des limaçons ne saurait mettre en doute la séduction déployée dans les mouvements et les allures qui préparent le double embrassement de ces hermaphrodi.e, x Ces animaux paraissent aussi susceptibles d'un certain attachement durable; un observateur attentif, M. Lonsdale, m'apprend qu'il avatt placé un

2.Del'EspèceetdelaClaSnf.,«,,im,».m.

19

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290                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ie Part.e]

couple de colimaçoss terrestres {Hélix pomatia), dont l'un semblait maladif, dans un petit jardin mal approvisionné. L'individu fort et robuste disparut au bout de quelques jours : la trace glutineuse, qu'il avait laissée sur le mur permtt de suivre ses traces jusque dans un jardin voisin bien approvisionné. M. Lonsdaee crut qu'il avatt abandonéé son camarade malad;; mais il revint après une absence de vingt-quatre heure,, et communiqua probablement à son compagnon les résultats de son heureuee exploration, car tous deux partirent ensembee et, suivant le même chemin, disparurent de l'autre côté du mur.

Je ne crois pas que les caractères sexuess secondaires, de la nature de ceux que nous envisageons ici, existent dans la classe la plus élevée des Mollusque,, celle des Céphalopodes, animaux à sexes séparé.. C'est là un fait étonnant, car, chez ces animau,, les organes des sens ont acquis un haut degré de développement; les Céphalopodes sont, en outre, doués de facultés mentales considérables, comme le prouvent les intelligents efforts dont ils sont capables pour échapper à leurs ennemis \ On observ,, toutefois, chez certains Céphalopodes un caractère sexùel extraordinaire : l'élément màle se rassemble dans un des bras ou tentacules qui se détache ensutte du corps de l'animal, et va se fixer par ses ventouses sur la femelle, où il conserve pendant quelque temps une vitalité indépendante. Ce bras détaché ressembee tellemett à un animal séparé, que Cuvier l'a décrtt comme un ver parasite sous le nom de Hectocotyle. Mais cette conformation singulière constitue"un caractère sexuel primaire plutôt que secondaire,

Bien que la sélection sexuelle ne parassee jouer aucun rôle chez les Mollusques, beaucoup de coqullles univalves et bivalves, telles que les Volutes, les Cônes, les Pétoncles, etc,, présentent, cependan,, des formes et des couleurs admrrables. Les couleurs ne semblent pas, dans la plupatt des cas, servrr à protéger l'animal; il est probabee que, comme chez les classes les plus infimes, elles résutent directement de la natuee des tissu;; les modèles et les formes des coqullles semblent dépendee de leur mode de croissance. La quantité de lumière paratt exercer une certaine influence; car, ainsi que l'a plusieuss fois constaéé M. Gwyn Jeffrey,, bien que les coquilles de certaines espèces vivant à de grandes profondeurs soient brillamment colorée,, on remarque, cependant, que les surfaces inférieures et les parties recouvertes par le manteau le sont moins vivement que celles qui occupent les surfacss supérieures exposées à

3. Voir mon Journal oy Researches, J845, p, 7.

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en or

[Cap. IX]                             MOLLUSQUES               .                        291

la lumière*. Dans quelquss cas, pour les coqullles, par exemple, qui vivent au milieu des coraux ou des algues à teintes brillantes, des couleuss vives peuvent servir à les protéger5. Beaucoup de mollusques nudibranches ou limaces de mer affectent des couleuss aussi brillantes que les plus beaux coqullaages, comme on peut s'en assurer en consultant le bel ouvrage de MM. Aider et Hancok; or il résulte des recherches de M. Hancok que ces colorations ne semblent pas servir habituellement de moyen protecteur. ïl peut en être ainsi pour certaines espèces, pour une surtout, qui vit sur les feuilles vertes des algues et qui affecte elle-même une teinte vert clair. Mais il y a beaucoup d'espècss à couleuss vives, blanches ou autrement très apparentes, qui ne cherchent point à se cache;; tandss que d'autres espèces, également très remarquables, habitent, ainsi que des espèces à l'aspett sombre, sous des pierres et dans des recoins obscur.. Il ne paratt donc pas qu'il y ait, chez ces mollusques nudibranches, aucun rappott intime entre la couleur et la nature de l'habit.t.

Ces limaces marines, dépourvues de coquilles, sont hermaphrodites, et, cependant, s'accouplent comme le font les limaçons terre-tres; un grand nombee de ces derniers ont de très jolies coqullees. On s'explique facilement que deux hermaphrodites, mutuellement attirés par leur grande beauté, puissent s'unir ef produire des descendanss doués de la même qualité caractéristique. Mais le cas est très improbable chez des êtres ayant une organisation aussi inférieure. Il n'est pas non plus certann que les descendants des plus beaux couples d'hermaphrodites aient, sur les descendants des couples moins beaux, certains avantages qui leur permettent d'augmenter en nombre, à moins qu'ils ne réunsssent la vigueur à la beauté. On ne rencontre pas ici un grand nombee de mâles qui parviennent à la maturité avant l'autre sexe, de telle façon que les femelles vigoureuses puissent choisrr les plus beaux. Si une coloration brillante procurait réellement à un animal hermaphrodite certains avantages en rappott avec les conditions générales de l'existence, les individus plus richement nuancés réussiraient mieux et augmenteraient en nombre, mais ce seratt alors un cas de sélection naturelle et non de sélection sexuelle.

-a

5

avril 1871.

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aux ss

292                       'LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

Sous-règne des Vers ou Annelés : Classe : Annelida (Vers-marins). - Bien que les mâles et les femelles (lorsque les sexes sont séparés) présentent parfois des caractères assez différenss pour qu'on les ait classés dans des genres et même dans des familles distinctes, les différences ne parasssent, cependant, pas être du genre de celles qu'on peuthardimeniattribueràlasélection sexuelle. Ces anima* revêtent parfois de brillantes couleurs; mais, comme les individu des deux sexes ne présentent aucune différence, sous ce rapport nous n'avons guère à nous en occupe.. Les Némertiens eux-mêmes, qui ont une organisation si infime, < peuvent se comparer à n'imporee quel autre groupe de la série des invertébrés pour la beauté et la variété des couleurs x. Cependant le docteur Mac Intosh ° n'a pu découvrir quel genre de service ces couleuss rendent à l'animal. M. Quatrefages' affirme que les annélides sédentaires prennent une teinte plus terne après la période de la reproduction, ce qu'il faut attribuer, je crois, à ce quiils sont moins vigoureux à cette époque. Evidemment ces animaxx son,, comme ceux des classes précédentes, placés trop bas sur l'échelle, pour que les individus de l'un ou de l'autre sexe puissent faire un choix réciproque, ou pour que ceux appartenant au même sexe éprouvent des sentimenss de rivalité assez énergiques pour les amener à lutter les uns avec les autres pour la possession d'une femelle.

Sous-règne des Arthropodes : Classe : Crustacés. - C'est dans cette classe que l'on peut observrr pour la premèère fois des caractères sexuels secondaires incontestables, souvent développss d'une manèère remarquable. Malheureusement, on ne connatt guère les habitudes des Crustacés; on ne peut donc déterminer quels sont les usages de beaucoup de conformations particulières à un seul sexe. Chez les espèces parasites inférieures, les mâles, de pettte taille, possèdent seuls des membres natatoires parfaits, des antennes et des organss des sens; les femelles sont privées de tous ces organes, et leur corps ne présenee souvent qu'une simple masse difforme. Mais ces différences extraordinaires entre les mâles et les femelles se rattachent sans doute à des habitudes d'existence profondément différentes, et ne rentrent pas dans notre sujet. Chez divers Crustacss appartenant à des famllles différentes,ses antennss antérieures sont pourvuss de corps filiformes singuliers; on croit q que ces corps remplissent les fonctions des organss de l'odorat; ils

6. Voir son magnifique mémoire, British Annelids, part. I, 1873, p. 3.

fév7: im, PM-86rer,V0H9ine de l'homme d'après Darwin; Rev. sIntifique,

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[ChapX IX]

CRUSTACÉS

293

sont beaucoup plus abondanss chez les mâles que chez les femelles. Il est presque certain que, sans aucun développement exceptionnel des organss o)factifs, les mâles trouveraient tôt ou tard les femelles-l'augmentation du nombee des filamenss olfactifs est donc probablement due à la sélection sexuelle; les mâles les mieux pourvus ont dû, en effet, le mieux réussrr à.trouver les femelles et à laisser des descendants. Fritz Millier a décrtt une remarquable espèce dimorphe de Tanais; chez cette espèce, le sexe mâle est représenté . par deux formes distinctes, qui ne se confondent jamais l'une avec l'autre. Le mâle d'une de ces formes porte un plus grand nombee de cils olfactifs; )e mâle de l'autee est armé de pinces.plus puissantes et plus allongées qui lui permettent de saisir et de contenrr la femelle. Fritz Millier attrbue ces différencss entre les deux formes mâles d'une même espèce à ce que-le nombee des cils olfactffs a varié chez certains individu,, tandss que la forme et la grosseur des pinces a varié chez d'autres ; de sorte que, chez les premières mieux appropriés à trouvrr la femelle, et, chez les seconds, les plus aptes à la contenrr après l'avorr capturée, ont laissé plus de descendants à qui ils ont transmss leur supériorité respective».

Chez quelquss Crustacés inférieurs, la conformation de l'antenee antérieure droite du mâle diffère considérablemtnt de celle de l'antenne gauch;; cette dernière se rapproche beaucoup des simples 'antennes effilées des femelles. L'antenee modfiiée du mâle se renfle au milieu, fait un angle ou se transforme (fig. 4) en un organe prenant élégant et queqquefois étonnamment Compliqué». Sir J. Lubbock m'apprend que cet organe sert à maintenir la femelle :

8 Faits et apuments pour Darwin (^.an%\^).Voir\* les c^olgcUfs. S*?_a.décrtt un cas _à peu près analogue (reprodutt dans

Fig. 4. - Labidocera Dar-wi«ii (d'après Lubbock).

a.  Partie de l'antenne antérieuee droite du mâle, for-mant un organe prenant.

b.     Paire postérieure des pattes thoraciques chez le

c.  La même chez )a femelle.

Discussion sur ^, 1870, p.455) chez unCru^^

~ ,v ,'o-f h P o i Voir aussi Lubb°<*. dans Transact. Entom. Soc,

i |>Ui> bas,

voir

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294                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Pahtik]

une des deux pattes postérieures (b) du même côté' du corps, convertie en forceps,sert aussi à ce but. Chez une autre famllle, les antennes inférieures ou postérieures présentent, chez les mâles seuls, « une forme bizaree en zigzag». Les pattes antérieures des crustacés supéreeurs constituent une

Fig. 5- - Partie antérieure du corps d'un CaUianassa (d'après Milne Edwards) indiquant l'inégalité et la différence de structure entre les pinces du côté 5                     drott et du côté gauche chez le mâle.

N. B. L'artiste apar erreur renversé le dessin, et a représenté la pince gauche comme . la plus grosse.

paire de pinces généralement plus grandss chez le mâle que chez la femelle à tel point que, selon M. C. Spence Bate, la valeur du crabe comestible mâle {Cancer pagurus) est cinq-fois plus

L'ig. 0. - Deuxième patte de Orchesth Tucm-alinga (Fr. Millier).

Fig. T. - La même, chez la femelle.

grande que celle de la femelle. Chez un grand nombre d'espèces, ces pinces affectent une grosseur inégaee sur les côLés opposés du Mr£; la pince droite, d'après M. C. Spence Bate, est ordinairement, mais pas toujours, la plus grand.. Cette inégalité est souvent aussi plus grande chez le mâle que chez la femelle. Les deux pinces (fig. 5, 6 et 7) ont souvent une structure différente, la plus-

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[Chap.IX]                            CRUSTACÉS                                     295

petite ressemble alors à celle de la femelle. Nous ignorons quel avantage peut résulter de cette inégalité de grosseur entre les deux pinces ; nous ne saurions non plus expliqurr pourquoi cette inégalité est plus prononcée chez le mâle que chez la femelle, ni pourquoi, lorsque les deux pinces se ressemblent, toutes deux sont souvent beaucoup plus grandes chez le mâle que chez la femelle. Les pinces atteignent parfois une longueur et une grosseur telles qu'elles ne peuvent servir en aucune façon, : comme le fait remarquer M. Spence Bate, à porter les alimenss à la bouch.. Chez les mâles de certannes crevettes d'eau douce (Palémons), la patte drotte est plus longue que le corps entier". Il est probable que la grandeur de cette patte armée de ses pinces peut faciliter au mâle la lutte avec ses rivaux, mais cela n'explique pas leur inégalité sur les deux côtés du corps chez la femelle. D'après Milne Edwards", le Gelasimus mâle et la femelle habitent le même trou; ce fait a une certaine importance en ce quill prouve que ces animaux s'accouplent; le mâle obstrue l'entrée de la cavité avec une de ses pinces, qui est énormément développée; dans ce cas, la pince sert indirectement de moyen de défense. Cependant les pinces servent probablement surtout à raisir et àmaintenir la femelle, fait qui, d'ailleurs, a été constaéé dans quelquss cas, chez le Cammarus par exemple. Le crabe ermite mâle (Pagurus) porte pendant des semaines la coquille habitée par la femelle'». Toutefois M. Spence Bate m'apprend que le crabe commun (Carcinus wa~nas) s'accouple aussitôt que la femelle a mué et perdu sa coque dure, elle se trouve alors dans un état de mollesse, telle que les fortes pinces du mâle pourraient fortement l'endommager, s'il s'en servatt pour tasaisir ; mais, comme le mâle s'en empaee et l'emporte avant la mue, il peut alors la saisrr impunément.

Frttz Millier constaee que certaines espèces de Melita se distinguent des autres Amphipodes en ce que les femelles ont « les lamelles coxales de l'avant-dernière paire de pattes recourbées en apophyses crochues, que les mâles saisissent avec les pinces de la première paire de pattes ». Le développement de ces apophyses crochuss provient probablement de ce que les femelles qui, pendant l'acee, de la reproduction, ont été le plus solidement maintenues, ont laissé un plus grand nombee de descendants. Fritz Müller dé-

10. C. Spence Bâte, Proc. Zoolog. Soc. 1868M p. 363, et sur la nomenclature

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296                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [I"e Partie]'

crit un autre Amphipode brésiiien (Orchestia Darwinii, fig. 8) qui présenee un cas de dimorphisme analogue à celui du Tanais, car il comprend deux formes mâles qui diffèrent par la conformation de leurs pinces». Les pinces de l'une ou de l'autre forme suffisent certainement à maintenir la femelle, car elles servent actuellement

Fig. 8. - Orchestia Darwinii (d'après Fr. Miiller) indiquant )es deux pinces différemment construites des deux miles.

à cet usage; il est donc probabee qu'eless doivent leur origine à ce que certains mâles ont varéé dans une direction et les autres dans une autre; en même temps, les mâles de l'une et de l'autre forme ont dû retirer certains avantages spéciaux, mais presque égaux, de la conformation différenee de ces organes. On ne peut affirmer que les Crustacés mâles luttent les uns avec

13. Fritz Mûller, op. c, pp. 25-28.

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[Chap. IX]                            CRUSTACÉS                                     297

les autres pour la possession des femelles; mais cela est probable, car, chez la plupatt des animau,, lorsque le mâle est plus grand que la femelle, il paratt devoir son accroissement de taille à ce que ses ancêtrss ont, pendant de nombreuses générations, lutté avec d'autres mâles. Chez presque tous les Crustacés, surtout chez les plus élevés ou les Brachyures, le mâle est plus grand quelafemelle; il faut excepte,, cependant, les genres parasites chez lesquels les individus des deux sexes suivent des genres de vie différents, et aussi ]a plupart des Entomostracés. Les pinces de beaucoup de Crusaacés constituent des armes bien adaptées pour la lutte. Un fils de M. Bate a vu un crabe (Portunus puber) lutter avec un Carcinus mœnas; ce dernier fut bientôt renversé sur le dos et son adversaire lui arracha tous les membres du corps. Lorsque Fritz Millier plaçait, dans un réceptacle en verre, plusieurs Gelasemus mâles du Brésil pourvus d'énormss pinces, ils se mutilaient et s'entre-tuaient. M. Bate introduitit un gros Carcinus rnœnas mâle dans un baqutt habité par une femelle appariée avec un mâle plus petit, celui-ci fut bientôt dépossédé; M. Bate ajoute : « S'il y a eu comba,, la victoire a été remportée sans que le sang ait coulé, car je n'ai point constaéé de blessures. » Le même naturaliste ayant séparé de sa femelle un Gammarus marinus mâle (si commun sur nos côtes), les plaça séparément tous deux dans des réceptacles contenatt beaucoup d'individus de la même espèce. La femelle ainsi divorcée se perdtt au milieu des autre.. Quelque, temps après, M. Bate replaaa le mâle dans le réceptacle où setrouvatt sa femelle, il nagea d'abord ça et ta, puis il s'élanaa dans la foule, et, sans aucun comba,, il reconnut sa femelle et l'emporta. Ce fait prouve que, chez les Amphipodes, ordre inférieur dans l'échelee des êtres, les mâles et les femelles se reconnaissent, et éprouvent l'un pour l'autre un certain attachement.

Les facultés mentales des Crustacés sont probablement plus développées qu'on ne le pense ordinairement. Il suffit d'avorr cherché à capturer un de ces crabes du rivage, si nombreux sur les côtes tropicales, pour voir combien ils sont alertes et méfiants. Un gros crabe (Birgus latro,, commun sur les îles de corail, dispose au fond d'un trou profond un lit épais de fibres détachées de la noix de coco. Il se nourrit du frutt tombé du cocotier; il en arrache l'écorce fibre par fibre, et commenee toujouss ce travall par l'extrémité où se trouvent placées les tross dépressions oculfformes. II casse ensuite un de ces points moins durs en frappant dessus avec ses lourdes pinces frontales, puis il se retourne et extratt le contenu album--neux de la noix à l'aide de ses pinces postéreeures effilées. Mais

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298                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           fil. P«™0

c'est là probablement un acte tout instinctif qui seratt aussi bien accompii par un jeune animal que par un vieux. On ne saurait en dire autant du cas suivant. Un naturaliste digne de foi, M. Gardne' «S observatt un Gelasimus occupé à creuser son trou; il jeta vers le trou commenéé quelquss coqullles, dont une roula dans l'intérieur, et trois autres s'arrêtèrent à une petite distanee du bord. Cinq minutes après, le crabe sortit la coquille qui étatt tombée dans l'intérieur et l'emporta à un pied de distance ; voyant ensutte les trois coqullles qui se trouvaient tout près, et pensant évidemment qu'ellss pourraient aussi rouler dans le trou, ils les porta successivement au point où il avait placé la première. Il seratt difficile, je crois, d'établir une distinction entre un acte de ce genre et celui qu'exécuteratt un homme usant de sa raison.

Quant à la coloration souvent si différente chez les mâles et les femelles des animaux appartentnt aux classes élevées, M. Spence Bate ne connatt pas d'exemples bien prononcés de coloration différente chez nos Crustacés d'Angleterre. Dans quelques cas, cependant, on constate de légères différencss de nuance entre le mâlle et la femelle, qui, selon M..Bâte, peuvent s'expliquer par la différence des habitudes; le mâle, par exemple, est plus actif et est ainsp plus exposé à l'aciion de la lumière. Le docteur Power a tenté de distingue,, au moyen de la couleu,, les sexes des espèces habitant l'île Maurice, sans pouvorr y parven;r, sauf pour une espèce de Squille, probablement le S. stylifera; le mâle affecte une superbe teinte bleu verdâtre, avec quelquss appendices rouge cerise; tandis que la femelle est ombrée de brun et de gris avec quelquss parties rouges beaucoup plus ternes que chez le mâle.. On peut, dans ce cas, soupçonnrr l'influence de la sélection sexuele.. Il semble résulter des expériences faites par M. Bert sur les Daphnaa que les Crustacés inférieurs, placés dans un vase illuminé par un prisme, savent distinguer les couleurs. Les Saphirina mâles (un genre océaniqee des Entomostracés, inférieur par conséquen)) sont pourvus de petits boucliers ou corps cellulaires, affectant de magnifiques couleuss changeantes; ces bouciiers font défaut chez les femelles, et dans une espèce chez les deux sexes ». Il seratt toutefois téméraire de concluee que ces curieux organes ne servent qu'à attirer les femelles. La femelle d'une espèce brésilienee de Gelasi-

14. Travels in Ihe InUrior ofBrazil, 1846, p. 111. J'ai donné, dans mon Jour-

tTSSSSSSÏÏSS,,. dois

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[ChapPIX]                            CRUSTACÉS                                     299

mus a, d'après Fritz Millier, le corps entier d'un gris-brun presque uniforme. Lapartie postérieure du céphaoo-thorax est, chezlemâle, d'un blanc pur, et la partie antérieure d'un beau ver,, passant au brun sombre; ces couleurs sont sujettes à se modifier en quelquss minutes; le blanc devient gris sale ou même noir, et le vert perd beaucoup de son écla.. Il y a évidemment beaucoup plus de mâles que de femelles. 11 faut remarquer que les mâles n'acquièrent leurs vives couleurs qu'à l'âge adulte. Ils diffèrent aussi des femelles par les plus grandss dimensions de leurs pince.. Chez quelques espèces du genre, probablement chez toute,, les sexes s'apparient et hab-tent le même trou. Ce sont aussi, comme nous l'avons vu, des animaux très intelligents. 11 semble, d'après ces diverses considérations, que, chez cette espèce, le mâle est devenu plus brillant afin d'attirer et de séduree la femelle.

Nous venons de constater que le Gélasimus mâle n'acquiert pas ses couleurs brillantes avant l'âge adulte, et, par conséquent, au moment où il est en état de reproduire. Ceci paratt être, dans toute classe, la règle généraee pour les nombreuses et remarquables différences de structure que présentent les individss des deux sexes. Nous verrons plus loin que la même loi prévatt dans l'ensembee du grand sous-règne des Vertébré,, et que, dans tous les cas, elle s'applique surtout aux caractères acquis par la sélection sexuelle. Fritz Millier » cite quelquss exempess frappants de cette loi : ains,, le mâle d'une crevettine sauteuee (Orcheslia) n'acquiert qu'à l'âge adulte la large pince qui détermine la seconde paire de pattes, dont la conformation est très-différente chez la femellle; tandis que, pendant le jeune âge, ces organss se ressemblent chez les deux sexes.

Classe : Arachnida(Araignées).-Les individus des deux sexes ne diffèrent ordinairement pas au point de vue de la coloration ; toutefois les mâles sont souvent plus foncés que les femelles, comme on peut s'en assurer en consultant le bel ouvrage de M. Blackwall'8. Chez quelquss espèces, cependant, les sexes diffèrent beaucoup l'un de l'autre par la couleur- ainsi, le Sparassus sm~ragdulus femelle affecteune teinee verte peu intense, tandis que le mâle adulte a l'abdo-. men d'un beau jaune avec trois raies longitudinales rouge vif. Chez quelquss espèces de Thomisus, les deux sexes se ressemblent beaucoup ils diffèrent beaucoup chez d'autres. Les autres genres présentent des cas analogues. Il est souvent difficile de dire lequel des

17.  Op. c, p.79.

18.  History ofthe Spiders ofGreat,Britain,mi-6i, pp. 77, 88,102.

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300                      LA DESCENDANCE DE L'HOMEE           fiee PARTIF/|

deux sexes s'écarte le plus de la coloratinn ordinaire du genre auquel appartient l'espèce, mais M. Blackwall pense que, en règle générale, c'est le mâle; Canestrini» fait remarquer que, dans certaiss genres, on distingue facilement les uns'des autres les

jeunes, les individus des deux sexes se ressemblent habituellement et «abssent souvent tous deux, dans les mues successives quiils

colorat-on. Dans d autres cas, le mâle seul paratt changrr de couleur. Ainsi le mâle du brillant Sparassus, dont nous venons de

parler ressembee d'abodd à la femelle, et n'acquiert sa couleur pa, Lcuhère que lorsqu'il arrive à l'âge adulte. Les araignées ont des sens très développés et font preuve d'intelligence. Les femelles,

comme on le sait, témoignent beaucoup d'affection pour leurs œu s qu'eles, transportent avec elles dans une enveloppe soyeuse. Les mâles mettent beaucoup d'ardeur à rechercher les femelles, et Canes-tnn. et quelquss autres observateurs affirment qu'ils luttent les uns contre les autres pour s'en emparer. Canestrini constate aussi qu'on a observé chez vingt espèces environ l'union entre les individus des deux sexes. It affirme positivement que la femelle repousee les avancss de certanss mâles qui la courtisent, et finit, après de longues hésitations, par accepter celui qu'elle a choisi. Ces diverses consKlerat,ons nous autorisent à concluee que les différencss bien marquées de coloration que présentent les mâles et les femelles de certainss espèces résultent de la sélection sexuelle, bien que, dans ce cas, nous n'ayons pas la preuve la plus absolue, qui consiste, comme nous l'avons dit, dans l'étalage que le mâle fait de ses ornements. L'extrême variabilité de couleur Lt font preuve quelques espèces, le Theridion linatum par exemple, semble prouvrr que les caractères sexuess des mâles ne sont pi encore bie'n fixés. Canestrini tire la même conclusion du fait que les mâles de cer-tainesespèces présentent deux formes qui diffèrent l'une de l'autre par la grandeur des mâchoires; ceci nous rappelle, les crustacés dimorphss dont nous avons parlé.

Le mâle est d'ordinaire beaucopp plus petit que la femelle; la différence.de tallle est souvent même extraordinaire'»; il doû

19. Cet auteur a récemment publié un mémoire remarquable sur les Carat-di Se. Nat. Padova, vol. I, fasc. 3, 1873.

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[CNap. IX]                            ARAIGNÉES                                     301

observer la plus grande prudenee quand i! fait la cour à la femelle, car celle-ci pousse parfois la réserve jusquàà un point dangereux. De Geer observa un mâle qui, « au milieu de ses caressss prépara toires, fut saisi par l'objet de ses amours, enveloppé dans une toile et dévoré spectacee qui, ajoute-t-,l, le remplit d'horreur et d'indignation » ». Le révérend 0. P. Cambridge « explique de la manière suivanee l'extrême petitesee du mâle dans le genre Nephila « M. Vinson décrtt admirablement l'activité du pettt mâie! activité qui lui permet d'échapper à la féroctté de la femelle; tantôt il se dissimuee derrière ses membres gigantesques, tantôt il lui grimpe sur le dos. 11 est évident qu'à un tel jeu les mâles les plus°petifs ont plus de chance d'échapper, tandss que les plus gros sont facilement saisis et dévoré;; il en résulte donc que la sélection a dû agir de façon à dim.nurr de plus en plus la grosseur des mâles et à les réduire à la plus grande petitesee comparable avec l'exercice de leurs fonctions de màles, c'est-à-dire à les rendee ce que nous les voyons aujourd'hui une sorte de parasite de la femelle, trop petit pour attirer son attention, ou trop agile pour qu'elee puisse facilement le

Westrigg a fait la découverte intéressante que les mâles de plusieuss espèces de Theridion» ont la faculté de produire un son stridulent, tandss que les femelles sont tout à fait muettes. L'app-re.1 consiste en un rebord dentelé situé à la base de l'abdomen, contre lequel frotte la partie postéreuure durcie du thorax, conformation dont on ne trouve pas de traces chez les femelles. I) convient de aire remarquer que plusieuss savants, y compris le célèbre Walcknnaer, ont affirmé que la musique attire les araignées». Les cas analogues chez les Orthoptères et chez les Homoptères, que nous décrirons dans le chapitre suivan,, nous autorisent presque à conclure que, ainsi que le fait remarquer Westrin- cette stridulation sert à appe.er ou à exciter la femelle; dans l^

zztzt^r^1™1' c'estlepremier cas *» je c°™*

-         - Science, 1868 p. 429)~ mais je n'ai pas vu les mémoires "" "' '"

21. kî^-^;^^^^^™}*? m^res °»«iM«-

U. Le D' H. VaKn Zo^T^^^^^*' P" 184.

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302                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partik]

Classe : Myriapoda. - Je n'ai trouvé dans aucun des deux ordres de cette classe, comprenant les millipèdes et les cenlipèdes, un exempee bien marqué de différences sexuelles du genre de celles dont nous nous occupon.. Chez le Glomerss limbata, toutefois, et peut-être chez quelquss autres espèces, la coloration du mâle diffère légèrement de celle de la femelle; mais ce Glomerss est une espèce très vartable. Chez les Diplopodss mâles, les pattes attachées à l'un des segmenss antéreeurs du corps ou au segment postérieur se modfiient en crochess prenanss qui servent à retenrr la femelle. Chez quelquss espèces de Julus, les tarses des mâles sont pourvus de ventouses membraneuses destinées au même usage. La conformation inverse, qui est beaucoup plus rare, ainsi que nous le verrons en traitant des insectes, s'observe chez le Lithobius; c'est la femelle, dans ce cas, qui porte à l'extrémité du corps des appendices prenanss destinés à retenir le mâle..

CHAPITRE X

CARACTÈRES SEXCELS SECONDAIRES CHEZ LES INSECTES

S STSC °d„ .'ppi. „»,»., «b« l„ mu» ; b»n..«r Mli-

Les organes locomoteuss et souvent les organes des sens diffèrent chez les mâles et les femelles appartenant à l'immense classe des insecte;; ains,, par exemple, les antennss pectinées et élégamment foliées que l'on trouve chez les mâles seuls de beaucoup d'espèces. Chez un éphéméride, le Cléon, le mâle a de grands yeux portés sur des piiiers qui font entièrement défaut chez la femelle'. les femelles de certains insectes tels que les Mutillidée,, sont dépourvues d'ocelles; elles sont également privées d'ailes. Mais nous nous occupons principalement ici des conformations qui permettent à un mâle de l'emporter sur son riva,, soit dans le comba,,

26. Walckenaer et P. Cervais, Hist. nat. des insectes .-Aptères; tome IV, 1847,

^"ir J.ïlbbock, Transact. Linnean Soc, vol. XXV, 1866, p. 484. Pour les Mutillidées, voir Westwood, Modem classif. of Insects, vol. II, p. 213.

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[Chap.X]                                  INSECTES                                           303

soit au moyen de la séductio,, par sa force, par ses aptitudes belliqueuees, par ses ornements, ou par la musique qu'il peut faire-en-tendre. Nous passerons donc rapidement sur les innombrables dispositions qui permettent aux mâles de saisir la femelle. Outre les conformations complexes del'extrémité de l'abdomnn qu'on devratt peut-être considérer comme des organss sexuels primaires', la nature, ainsi que le fait remarquer Mr. B. D. Wa!sh,, < ayant imaginé une foule d'organes divers dans le but de permettre au mâle de saisrr énergiquement la femelle », les mandibules ou mâchoires servent quelquefois à cet usag;; ainsi le Corydalis cornutus mâle (névroptère voisin des Libellules, etc.) a d'immenses mâchoires recourbées beaucoup plus longues que celles de la femelle; ces mandibules lisses et non dentelées lui permettent de la saisrr sans lui faire aucun mal*. Un lucane de l'Amériqee du Nord (Lucanss elaphus) emploee au même usage ses mâchoires qui sont beaucoup plus grandss que celles de la femelle; mais il s'en sert probablement ausse pour se battre. Les mâchoires des mâles et des femelles d'une guêpe fouisseuee (Àmmophila) se ressemblent beaucou,, mais elles servent à des usages très différents; en effet, ainsi que l'observe le professeur Westwood, « les mâles extrêmement ardents se servenf de leurs mâchoires qui affectent la forme d'une faucllle pour saisir la femelle par le cou5 » nandis que les femelles utilisent ces mêmes organss pour fouiller dans le sable et construire leurs nids.

Les tarses des pattes antéreeures, chez beaucopp de Coléoptères mâles, sont élargss ou pourvus de larges touffes de poils; chez diverses espèces aquatiques, ces tarses sont armés d'une ventouee plate et arrondie, de façon que le mâle puisse adhérer au corps

2.  Ces organes diffèrent souvent chez les mâles d'espèces très voisines et fournissent d'excellents caractères spécifiques. Mais on a probablement exagéré leur importance fonctionnelle, comme me l'a fait remarquer M. R. Mac Lach-lan. On a suggéré que de légères différences de ces organes suffiraient pour empêcherl'entre-croisementde variétés bien marquéesou d'espèces naissantes, et contribueraient ainsi à leur développement. Mais nous pouvons conclure

p. m. et wiiwood, r™<. a; &».. voi m,i8«, p. im.) m. m.c Lachi.„

m'apprend (Stett. Ent. Zeitung, 1867, p. 155) que plusieurs espèces de Phryga-

s,cr;.\tasrrrr=5r.r»rrSptrp"Sïïi

ripe rpiifc féconds

3.  The Practical Enlomologùt, Philadelphia, vol. I!, 1867, p. 88.

t mlt^t^L, vol. H, 1840, pp. 205-206. M. Walsh, qui a appelé mon attention sur ce double usage des mâchoires, me dit l'avoir observé lui-même très fréquemment.

r

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304                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           pi. Pahtik]

glissant.de la femelle Quelques Dytisques femelles présentent une

fondTs; r r rp :?Tdinaire: ies élytres portent de *™-

fonds sillons, destines à faciliter la tâche du mâle; il est évident

quelestouffesdepoilsquigarnsssentleséfytresde^c«tt«««fcfl<«s

et[]es aspérités que présentent celles des femelles de quelquss autrss Coléoptères aquatiques, les Hydroporus, servent au même usage.. Chez le Cra-bro cribrarius mâle (fig. 9), c'est le tibia qui s'élargit en une large plaque cornée, portatt de petits poinss membraneux qui lui donnent l'apparence d'uncrible'.Chezle/^Aemâle (genre de Coléoptères), quelquss segmenss du milieu de l'antenne, élargss et revêtus à leur surface inférieuee de touffes de poils ressemblant exactement à celles qui se trouvent sur les tarses des Carabides, « servent évidemment au même but ». Chez les Libellulss mâles, « les appendices de l'extrémité caudale se transforment en une variété presque infinie de curieux appareils qui. leur permettent d'entourer et de saisir le cou de la femelle ..Enfi,, les pattes de beaucoup d'insectes mâles sont pourvuss, d'épines particulières, de nœuds ou d'éperons, ou Ja patte entière est recourbée ou épaissie; mais ce n'est pas toujouss là un caractère sexue; ; quelquefois une paire ou les

dln-Ure"11"68 PaUeS s'all0"Sentet atleiSnene une lonSu<^ «trao-

Dans tous les ordres d'insectes, les mâles et les femelles de nombreuses espèces présentent des différences dont on ne comprend pas la signification. On peut citer, par exemple, un Coléoptère

6. Nous avons là un cas curieux et inexplicabee de dimorphisme, car quelques femelles de quatre espèces européennss de Dytisques et de certaines esE d'Uydroporus ont les élytres lissL, et on n'a l^^LtLt^on^Z medmrre entre tes élytres sillonnées ou rugueuses et celles qui sont lisses.Voir

i^S^ZV^^SAtS^ 1847-1848, p.18%-Kirby et

S.^frÏÏaSpince^—

Fig. 0. — Crabro cribrarius. Fig.sup.,mile; fig.inf.,femel.e.

Introduct,

Walsh, Practical Entomologie, etc., vol. 111, pp. 332-336.

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[Chap.X]                                      INSECTES .''....                   .305-

mâle(fig. 10), dont lamandibulègauehes'élargidconsidérablement,. ce qui déforme entièrement la bouch.. Un autre Coléoplère Cara-bide, VEurygnathus*, présenee un cas uniqu,, s'il faut en croire M. Woliaston : la tête de la femelle est, à un degré variable, beaucoup plus large que celle du mâle. On pourrait citer, chez les Lépidoptères, un nombre très grand d'irrégularités de ce genre. Une des plus extraordinaires est l'atrophie plus ou moins complète qui frappe les pattes antérieures de certains paplllons mâles, dont les tibias et les tarses se trouvntt réduits à de simples tubercules rudimentaires. La nervuee et la forme des ai)es diffèrent aussi chez les deux sexes'», commechezVAricorisepilus,que M. Butfer m'a montré au Muséum britannique. Certains papllloss mâles de l'Amérique du Sud portent des touffes de poils sur les bords des ailes, et des excrosssances cornées sur les disques de la paire postéreeure". M. Wonfoa a prouvé que, chezplu-sieurs papillons d'Angleterre, les màles seuls ont certaines parties recouvertes d'écalless parti-

'"(Ta' beaucoup discuté la question de savorr quel pouvatt être l'usage de la lumière brllaante qu'émet la femelle du ver luisan.. Les mâles, les larves et même les œufs émettent une faible lumièr.. Quelques savanss ont suppoéé que la lumière émise parles femelles sert à effrayer leurs ennemis, d'autres à guider les mâlss vers elles, .«.««-««.(gn,™,.. , M. Belt» semble avoir, enfin, résolu le probè-- F1* Sf^.6^ me; il a constaéé que les mammifères et les oiseaux qui se nourrissent d'insestes détestent tous les Lampyrides., Ce fatt viett à l'appui de l'hypothèse de M. Bâtes qui affirme que beaucoup d'insestes cherchent à ressembler d'assez près aux Lam-pyrides porr être pris pour eux, afin d'échapper ainii à la de---

.9 InSectaMaderensia,mi,p.20.                             '                  ..           ...

10.  E. Uoubleday, Afin, et Mag. of Nat. Hist., vol. I, 1848, p. 379. Je puis ajouter que chez certains Hyménoptères les. ailes diffèrent selon les sexes au point de vue de la nervure (Shuckard, ~ossoriat Hymenoplera, 1857, pp. 39-43..

11.  H. W. Bate,, Journ. of Proc. Linn. Soc, vol. VI, 1862, p. 74. Les observations de M. Wonfor sont citées dans Popular Science Review, 1868,p..343.

12.  The Naturalise in Nicaragua, 1874, pp. 316-320. Sur la phosphorencence des œufs, voir Annal» aMdAIagaz. ofNat. H.st. 1871, p. 372........

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306                     LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile PartIe]

truciion. 11 croit, en outre, que les espèces lumineuses retirent de grands avantages de ce que les insectivores les reconnaissent immédiatement. Il est probabee que la même explication s'applique aux Elatess dont les deux sexes sont très lumineu.. On ignore pourquoi les ailes du ver luisant femelle ne se sont pas développées; dans son état actue,, elle ressembee beaucoup à une larve; or, comme beaucopp d'animaux font aux larves une chasse très active, il devient facile de comprendre qu'elee soit devenue beaucoup plus brillanee et plus apparente que le maie, et que les larves elles-mêmss aient acquis une certaine phosphorescence.

Différence de tailee entre les individus des deux sexes. - Chez les insectes de tous genres, les mâles sont ordinairement plus petiss que les femelles, différence qui se remarque souvent même à l'état de larve. Les cocons mâles et les cocons femelles du ver à soie (Bombyx mari) présentent à cet égard une différence si considérable qu'en Franee on les sépare par un procédé particulier de pesage.. Dans les classes inférieures du règne animal, la grosseur plus grande des femelles paraît généralement résulter de ce qu'elles produisene une énorme quantité d'œufs, fait qui..jusqu'àun certain point, est encore vrai pour les insectes. Mais le docteur Wallace a suggééé une explication plus satisfaisante. Après avoir attentivemenr étudié le développement des chenllles du Bombyx cynthia et du B. Yamamai, et surtout celui de quelques chenlless rabougries provenant d'une seconde couvée et nourries artfficiellement. M. Wallace a pu constater q que le temps requss pour tamétamorphose de chaque individu est proportionnellement plus grand selon que sa taille est plus grande; c'est pour cette raison que le mâle, qui est plus pettt et qu,, par conséquent, atteint plus tôt la maturité, éctôt avant la femelle plus grande et plus pesante, car elle a à porter un grand nombre d'oeufs" >. Or les insectes vivent très peu de temps et sont exposés à de nombreux dangers, il est donc évidemment avantageux pour les femelles de pouvoir être fécondées le plus tôt possible. Ce but est atteint si les mâles parviennent les premiers en grand nombee à l'état adulte et se trouveti prêts pour l'apparition des femelles, ce qui résutte naturellement, ainst que le fait observrr M. A. R. Wallace-, de l'actinn de la sélection naturelle. En effet, les mâles de petite taille, arrivés tes premiers à maturité, procréent de nombreux descendants qui hérttent de la pettte tallee de leurs

15. Joum. ofProc. En,om. Soe., 4, fév. 1867, p. lxx..

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[Chap. X]                                  INSECTES                '                           307-

parenss mâles, tandss que les mâles plus grand,, parvenant plus tardivement à l'état adulte, doivent engendrer moins de descen-; dants.

Il y a toutefois des exceptions à cette règle de l'infériorité de la taille des insectes mâles, exceptions qu'il est facile d'expliquer. La taille et la force procurent de sérieux avantages aux mâles qui luttent les uns avec les autres pour la possession des femelles; ils doivent donc, dans ce cas, être plus grands que ces dernières, et c'est, en effet, ce que l'on observe chez les Lucanes. On connaît, cependan,, d'autres coléoptères mâles qui sont plus granss que les femelles, bien qu'on n'ait point observé de luttes entre les mâles, fait dont nous ne pouvons donner l'explication; dans quelques autres cas, chez les Dynastes et tes Megasoma par exemple, il imporee peu que les mâles soient plus petits que les femelles et parviennent plus promptement qu'elles à l'état adutte, car ces insectes vivent assez longtemss pour avoir amplement le temps de s'accoupler. Les Libellules mâles sont parfois aussi un peu plus gros que les femelles, ils ne sont jamass plus petits "; M. Mac Lachlan assure qu'ils ne s'accouplent ordinairement avec les femelles qu'au bout.d'une semaine ou même d'une quinzaine, en un mot pas avant d'avorr revêtu leurs couleurs masculines propres. Les Hyménoptères à aigulllon présentent le cas le plus curieux et celui qui fait le mieux comprendre les rapports complexss et faciles à méconnaître dont peut dépendee un caractère aussi insignifiant qu'une différence de taille entre les individss des deux sexes; M. P. Smith m'apprend, en effet, que, dans la presque totalit; de ce vaste group,, les mâles, conformément à la règee générale, sont plus petiss que les femelles et éclosent une semaine environ avant elles; mais, chez les mouchss à miel, les Apis rnellifics, les Anthidium manicalum et les Anthophoaa acervorum mâles, et parmi les Fossoyeurs, les Me-thoca ichneumonides mâles sont plus grandsqueles femelles. Cette anomalie s'explique par le fait que, chez ces espèce,, l'accouplement n'est possible que pendant le vol ; les mâles doivent donc posséder beaucoup de force et une grande tallle pour pouvorr porter les femelles. La tallle dans ce cas a augmenéé malgré le rapport ordinaire qui existe entre la taille et la période du développement, car les mâles, quoique plus grand,, éclosentavant lesfemelles plus

PeNous allons maintenant passer en revue les divers ordre,, etétu-

16. Pour ce renseignement et les autres sur la grosseur des sexes, voyez Kirby et Spence, id., III, p. 30G, et sur la durée de ta vie des insectes, p. 344.

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308                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [H< Partie]

dier, chez chacun d'eux, les faits qui peuvent nous.intéresser plus particulièrement. Nous consacrerons un chapitre spécial aux Lépdoptères diurnss et nocturnes.

Ordre : Thysanoures. - Les individss qui composent cet ordre présentent, pour leur classe, une organisation très inférieure. Ce sont de pettts insectes aptères, à la couleur terne, à la tête laide et au corps presque difforme. Les individss des deux sexes se ressemblent; mais on acqueert, en les étudiant, la preuve intéressante que, même à un degré aussi bas de l'échelee animale, les mâles font une cour assidue aux femelles. Sir J. Lubbock " dit en décrivant IeSmynthurus Meus : « I) est fort amusatt de voir ces petttes bêtes coqueter ensemble. Le mâle, beaucopp plus pettt que la femelle, court autour d'elle, puis ils se placent en face l'un de l'au-. tre, avancent et reculent.ccmme deux agneaux qui jouen.. La femelle feint ensutte de se sauve,, le mâle la poursuit avec une apparence de colère et )a devance pour lui faire face de nouveau; elle se détourne timidement, mais le mâle, plus vif, se détourne aussi et semble la fouetter avec ses antennes; eniin, après être restés face à face pendant quelquss instants, ils se caressntt avec leurs antennes, et parasssent, dès lors, être tout l'un à l'autre. , ' '

Ordre : Diptères (Mouches.. Les sexes diffèrent peu au point de vue de la couleu.. D'après M. F. Walker, la plus grande différence s'observe chez le genre Dibio dont ]esmâles sont noirâtres ou noirs, et les femelles brun orangé obscu.. Le genre Elaphomyia, découvett par M. Wallace » dans taNouvelle-Guinée, est fort remarquable en ce que le mâle porte des cornes qui font défaut chez la femelle. Ces cornes partent de dessous les yeux, et ressemblent singulièrement à celles des cerfs, car elles sont ramifiées ou palmée.. Chez une des espèces, elles sont aussi longues que le corps. Elles pourraient servir à la lutte; mais, comme elles ont, chez une espèce, une magnfique couleur rose, bordée de noir, avec une raee centraee plus pâle, et que ces insectes ont, en somme, un aspect très élégan,, il est plus probable que ces appendices constituent un ornement. Il est toutefois certain que certains Diptères mâles se battent, car le professeur Westwood" a plusieurs fois observé des combass chez quelquss espèces de Tipules. Les autres Diptères mâles semblent

17.  Transact. Linnean Soc, vol. XXVII 1868, p. 296.

18.  Tke-Afalay Archipelago) vo\. II, 1869,.p. 313.

. 1*. Modem Classif., elc, vol. Il, m0,P. 526. ..

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[Chap.x]                            hémiptères                                    309

essayer de séduire les femelles par leur musiqu.. M. Millier"» a observé pendant longtemss deux Eristalis mâles qui courtisaient une même femelle; ils tournaient incessamment autour d'elle en faisant entendee un bourdonnement prolong.. Les cousins et les moustiques (Culicidé)) semblent ausii s'attirer l'un l'auree par leur bourdonnement. Le professeur Mayer a récemment constaté que les poils des antennss du mâle vibrent à l'égal d'un diapason aux sons émis par la femelle. Les poils les plus longs vibrent sympathi-quement avec les notes graves et les poils courss avec les notes aiguës. Landass affirme aussi quill a, à maintes reprises, attiré à lui une foule de cousins en faisant entendee une note particulière. On peut ajouter que les Diptère,, dont le système nerveux est si développé ont probablement des facuttés mentales plus élevées que les autres insectes».

Ordre : Hémiptères (Punaises des bois). - M. J. W. Douglas, qui s'est tout particulièrement occupé des espèces britanniques, a bien voulu m'indiquer leurs différences sexuelle.. Les mâles de quelquss espèces possèdent des ailes, les femelles sont aptère;; les sexes diffèrent par la forme du corps, des élytre,, des antennss et des tarse;; mais nous ne nous arrêterons pas à ces différence,, dont nous ignorons tout à fait la signification. Les femelles sont généralement plus grandss et plus robustes que les mâles. Chez les espè- „ ces britanniques et, autant que M.. Dougias a pu )e constater, ch.-z les espèces exotiques, les sexes n'ont pas ordinairement des couleurs différentes; mais, chez six espèces anglaises, le mâle est beaucoup plus foncé que la femelle; d'autre part, une coloratinn plus foncée de la femelle caractérise quaree autres espèces. Les individus des deux sexes, chez quelques espèces, sont également cotorés ; comme ces insectes émettent une odeur trcs nauséabonde, il se peut que ces couleuss brillantes servent à indiquer aux animaux insectivores quills ne sont pas bons à manger. Dans quelquss cas, ces couleurs semblent les protéger directement : ainsi le professeur Hoffmann m'apprend qu'il avait la plus grande peine à distinguer une petite espèce rose et verte des bourgeons du tronc des tilleurs que fréquenee cet insecte.

Quelques espèces de Réduvidss font entendee un brutt stridu-

20.  Anwendung, elc, Verh. d.n. Jahrh.XXlX, p. 80. MaYer, Awericannatu-ralist, 1874, p. 236.

21.  B. T. Lowne, On Anatomy aflhe Blow-Fly, Musca Vomltoria, 1870, p. 14.

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310                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Ile Partie]

lent; on assure que, chez le Piratesstridulus», ce brutt est produit par le mouvement du cou dans la cavité prothoracique. D'après Westring, le Reduvius personatus fait entendee le même bruit ; mais je n'ai aucune raison de supposer que ce soit là un caractère sexue; ; toutefois, chez les insectes non sociables, on ne peut attriburr aux organss destinés à produire des sons qu'un seul usage, c'est-à-dire l'appel sexue..

Ordre : Homoptères. ~ Quiconque a erré dans une forêt tropicale doit avoir été frappé du vacarme que font les Cicadés mâles. Les femelles sont muettes, et, comme le dit le poète grec Xénarque,

<  heureuee la vie des cigales, car elles ont des épouses muettes ». Nous percevions distinctement, à bord du Beagle, qui avatt jeté l'ancee à 500 mètres de la côte du Brésil, le brutt fait par ces insecte;; le capitaine Hancock dit qu'on peut l'entendre à la distance d'un mille. Les Grecs conservaient autrefois ces insectes en cage pour jourr de leur chant, ce que font encore aujourd'hui les Chinos,, de sorte qu'il paraît être agréable à l'orellee de certains hommes". Les Cicadés chantent ordinairement le jour, tandss que les Fulgorides chantent la nuit. Landois» affirme que le brutt que ces insectes font entendee est produtt par la vibration des lèvres des spirauules mises en mouvement par un courant d'air sortant de la trachée; mais récemment on a discuéé cette opinion. Le docteur Powell» paratt avoir démontré que le sonestproduii par la vibration d'une membrane mise en mouvement par unmuscle spécial. On peut voir vibrer cette membraee chez l'insecte vivan;; après la mort de l'insecte, on peut reproduire )e son qu'il émet en agitant avec une épingee le muscle desséché et un peu durc.. La femelle possède aussl tout cet appareil musical complex,, mais à un état de développement bien moindee que chez le mâle, et il ne sert jamass chez elle à produire un son. .

A quoi sert cette musiqu?? Le docteur Ilartman » fait au sujet dela Cicada septemdecim des États-Unis les remarques suivantes:

<  Les tambouss se font maintenant entendee (tes 6 et 7 juin 1851) dans toutes les direciion.. Je crois que ce sont les appels des mâles. Me trouvatt parmi les rejetons de châtaignisrs atteignant à la hau-

22.  Westwood, Modem. Clan., etc., vol. II, p. 473.

23.  Détails empruntés à Westwood. id., vol. II. p. 422. Voir aussi, sur les Fulgorides, Kirby et Spence, Introd., etc., vol. II, p. 401.

24.  Zeitschrift für wissemchaft. Zool., vol. XVII, 1867, pp. 152-15S.

25.  Transact. New Zealand Inslitute, vol. V, 1873, p. 286.

26.  M, Walsh m'a procuré cet extrait d'un Journàlof the doings of Cicada sep<emdecim, par le D'Hartman.

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[Chap. XJ                           ORTHOPTÈRES                                   3t1

teur de ma tête et, entouéé de centannes de ces insectes, j'observai les femelles qui venaient tourner autour des mâles tambourinants. » Plus loin, il ajoute: <Un poirier nain de mon jardin a, pendant cette saison (août 1868), produtt environ cinquanee larves de Cic. pruinosa; j'ai plusieuss fois constaté que les femeltes viennent s'abattre près d'un mâle dès quill pousse ses notes perçantes. » Frttz Muller m'écrit, du Brésil méridional, qu'il a souvent assisté à une lutte muscale entre deux ou trois cigales mâles, doués d'une voix particulièrement forte et placés à des distances considérables les uns des autre.. Dès que l'un a fini son chan,, un second commence aussitôt, et après lui un troisièm,, et ainsi de suite. La rivalité étant excessive entre les mâles, il est probable que les sons qu'lls font entendee n'ont pas seulement pour objet d'appeler les femelles," mais que, celles-ci, tout comme les oiseaux femelles, se laissent attirer et charmrr par le mâle dont la voix a le plus d'attraits.

Je n'ai pas trouvé chez les Homoptères d'exempee bien prononéé de différences dans l'ornementation des individus des deux sexes. M. Douglas m'apprend que, chez trois espèces anglaises, le mâle est noir ou rayé de noir, tandss que la femelle revêt une teinte uniforme pâle ou sombre.

Ordre : Orthoptères. - Dans les trois famllles sauteuses appartenant à cet ordre, les Achétides ou grlllon,, les Locustides et les Acridides ou sauterelles, les mâles se font remarquer par leurs aptitudes musicales. La stridulation produite par quelquss Locustides est si puissante qu'elle peut s'entendee la nutt à plus d'un kilomètre de distance»; il existe certaines espèces dont la stridulation ne déplaît pas aux orellles humaines, car les, Indiens des Amazones les élèvent dans des cages d'osier. Tous les observateurs s'accordent à dire que ces sons servent à appeler ou a exciter les femelles muettes. Kôrte» a observé un cas intéressant chez la sauterelle émigrante de Russie; il s'agtt d'un choix exercé par la femelle au profit d'un mâle. Le mâle de cette espèce (Pachytylus mi-gratorius), accoupéé avec une femelle, témoigne de sa colère ou de sa jalousie par des striduaations, lorsqu'un autre mâle approch.. Le grillon domestique, surpris la nui,, se sert de sa voix pour avertir les autres .. Dans l'Amérique du Nord, le Katy-did (Platyphyllu

lum

russland, 1866, p. 32, car j'ai inutilement essayé de me procurer l'ouvrage de Korte. 29. Gilbert White, Nat. Hist. of Selborne, vol. II, 1825, p. 262.

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312

LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[I)e PahtirI

_concavum, un Locustide) monte, dit-on-, sur lès branchss supérieures d'un arbre, et commence, dans la soirée, « son babll bruyant ; des notes rivaess lui répondent, provenant d'arbres voisins, et font touee )a nuit résonner les bosquets du Katy-did-she-did de ces insectes », M. Bâtes dit, à propos du grillon des champs (un Achétid)) européen : « On a observé que le mâle se place dans la soirée à

l'orifice de son terrier, et se met à chanter jusquàà ce qu'une femelle s'approche de lui. Alors, aux notes sonores succède un son plus doux, pendant que l'heureux musicien . caresse avec ses antennss la femelle qu'il a captivée-. » Le docteur Scudder a réuss,, en frottant un tuyau de plume sur une lime, à se faire répondee par un de ces insectes.. Von Siebold a découvett dans les deux sexes un appareil audttif remarquable, situé sur les pattes

"LeTtroTs8 famllles produssent les sons d'une manière différeno.. Chez les Achélides mâles, les deux é)y-tres ont un même appareil musical, qu,, chez le grillon des champs (Gryllus campestris, ,ig. il) consiste, d'après Landois", en crêtes ou dents (st) transversales et tranchantes occupant, an nombee de 131 à 138, la surface inférieuee d'une des nervures de l'élytre. Cette nervuee dentelée est rapidement frottée contre une autre nervuee (r) saillante, lisse et dure, qui se trouve sur la surface supérieuee de l'aile opposé.. Une des ailes est d'abodd frottée sur l'autre, puis le mouvement se renverse. Les deux ailes se redressent un peu en même temps, ce qui augmente la sonorité. Chez quelquss espèces, les élytres sont pourvues à leur base d'une plaque d'apparence talqueuses. Je reproduis ici un dessin (/ig. 12)

familles, Westwood, Modem. Class., vol. II, pp. 445 et 453. c . 32. .Proc. Boston Soc. of. Nat. Hist., vol. Xt, avril 1868.

33.  Nouveau Manuel d'anat. «mp.flrad. française), t. I. ]850, p. 567.

34.  Zeitschrift fur wissemchaft. Zool., vol. XVIII 1867, p. 117. . .

35.  Westwood, o. c, vol. 1, p. 440.

se

Fig. 11. - Grillus campestris (d'après Landois).

La figuee de droite représente la surface inférieure de !a nervure de l'aile; très grossie; si représente les dents. .

La figuee de gauche représente la surface supérieure de ta nervuee lisse saillante r, sur laquelle viennent frotter les denss transversales s..

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[Chap. X]                           ORTHOPTÈRES            '                       313

représentant les dents du cuté inférieur.de )a nervuee chzz une autre espèce de grillon, le Gryllus domeitieus. Le docteur Gruber" a démontré que ces dents se sont développées, grâee à la sélection naturelle; elles constttuent ,une transformation des petites écailles et des poils -qui recouvrent les ailes et le corps de t'insecte; j'ai été amené à adopter la même conclusion relativement à un appareil analogue chez les Co)éoptères. Le docteur Gruber a démontré,, en ourre,

Chez les Locustides, la structure des élytres opposées diffère {flg. 13); elles ne peuvent pas, comme chez la famille précédente, s'employer indifféremment dans un sens ou dans l'autre. L'ailggauche,quiagitcommel'archetduviolon,recouvrel'ailedroite qui joue le rôle de l'instrument. Une des nervures (a) de la surface

Fig. 12.

F>g

- Denss de la nervure chez le Gril-lus domeslicus (d'après Landois).

Fig. 13. . Cmorocœius Tanana (d'après Bates). . a, b, Lobes des élytres opposées.

inféreeure de la première est finement dentelée, et vient frotter contre les nervures saillantes de la surface supéreeure de l'alle op-

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314                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [II* Par™]

posée, ou de l'aile droite. Chez notre espèce indigèn,, PAasgonur< viridissima, il m'a semblé que la nervuee dentelée vient frotter contre le coin postérieur arrondi de l'aile opposée, dont le bord est épaiss,, coloré en brun et très aigu. On remarque sur l'aile droite, mais non sur la gauch,, une pettte plaque transparente comme du talc, entourée de nervures, dit le.spéculum. Chez VEphippiger vitium, membee de la même famille, on observe une curieuee modification subordnnnée; car les élytres ont des dimensions considérablement réduites; mais « la partie postérieure du prothorax se relève et forme une sorte de dôme au dessus des élytre,, ce qui a probablement pour effet de contribuer àJ'intensilé du son » ».

On observe donc chez lesLocustides, qui comprennent, je pense, les exécutants les plus puissants de l'ordre, une différencaation et une spécialisation de l'appareil musica,, plus grandss que chez les Achétides, où les deux élytres ont la même structure et remplissent la même fonction ». Toutefois Landoss a trouvé chez un Locustide, le Decticu,, une rangee courte et étroite de petites dents, simples rudiments, occupant la surface inférieuee de l'élytee droite, qui est sous-jacente à l'autre et ne sert jamass comme arche.. J'ai observé la même conformation rudimentaire sur la surfaee inférieuee de l'élytre droite du Phasgonura viridissima. Nous pouvons donc conclure avec certitude que les Locustides descendent d'une forme chez laquelle, comme chez les Achétides existants, les surfacss inférieures des deux élytres étaient pourvuss de nervures dentelée,, et pouvaient indifféremment servrr d'archet; mais, chez les Locus- tides, les deux étytres se sont graduellement différenciées et perfectionnées, en vertu du principe de la division du travail, et l'une fonctionee exclusivement comme archet, et l'autre comme violon. Le docteur Gruber partage la même opinion ; il a démontré que les dents rudimentaises se trouvent ordinairement a la surfaee inférieuee de l'aile droite. Nous ignorons l'origine de l'appareil plus simple des Achétide,, mais il est probable que les partiss formant la base des élytres se recouvraient autrefois, et que te frottement des nervures provoquait un son discordant, qui rappelee celui que produisent actueleement les femelles au moyen de leurs élytres». Un bruit de ce genre, accidentellement produtt par les maies, a donc pu, s'il leur a rendu le moindee service comme appel d'amour, se développrr au moyen de la sélection sexuelle, par la conserv--

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LOup. X]                          ORTHOPTÈRES                                   315

tion continue des variations propres à augmenter la dureté des nervures.

Dans là troisième et dernièrefamill,, celle des Acrididesou sauterelles, la stridulation est produite d'une manièee très différente, et n'est pas, d'après le docteur Scudde,, si aiguë que dans les familles précédentes. La surface interne du fémur (flg. 14, r) est pourvue d'une rangée longitudinele de petites dents élégantes, en forme de lancettes élastiques, au nombre de 85 à 93, qui frottent sur les nervures saillantes des élytres, et font vibrer .et résonnrr ces dernières.. Harrss » affirme que, lorsque le mâle veut émettre des sons, il « replie d'abodd l'extrémité de la patte postérieure, de manière à la loger dans une rainure de la surface inférieuee de la cuisse, rainuee destinée à la recevoir, puis il meut vigoureusement la jambe dé haut en bas. Il ne fait pas marchrr les deux instruments simultanément, mais l'un après l'autre, en alternantm. Chez beaucoup d'espèce,, la base Fig. M. - Patte posture du»**. de l'abdomnn présenee une gran- J^^l^He^

Figuee inférieure, les dents formant cette

de excavation qu'on crott devorr r-angee, très grossies (d'après Landois). jouer le rôle de bo!te résonnante,

Chez les Pneumora, genre de l'Afrique méridionale appartenant à cette même famille (flg. 15), on observe une nouvelle et remarquable modiitcation.quiconsiste.chezlesmâles.enunepetitecrôteentaillée faisant obliquement saillie de chaque côté de l'abdomen; la partie postérieure des cuisses frotte contee cette saillie., Comme le mâle estpourvu d'aile,, organes dont la femelle est privée, il est singulier que le frottement des cuisses ne s'exeree pas, comme d'habitude, contre les étytre;; mais cela proveent peut-être de la petitesee inusitée des pattes postérieures. Je n'ai pas pu examiner la surface interne des cuisse,, qui, à en juger par analogie, doit être finement dentelée. Les espèces de Pneumora ont été plus profondément modifiées pour produire la stridulation qu'aucun autee insecte ortho-ptère; tout le corps du mâle, en effet, semble converii en un instrument de musiqu,, car il est tout gonflé d'air, ce qui lui donne l'aspect

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316

LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ile PaRT.e]

d'une vessie tranpparente, et augmente la sonorité. M. Trimn m'apprend que, au cap de Bonne-Espéran,e, ces insectes font, pendant la mitt, nn brutt effrayan..

Les femelles, dans les trois familles dont nous venons deparier, sont presqee toujouss privées d'un appareil musica.. Il est, toutefois,

Fig. 15. - Pneumora (d'après des spécimens au British Museumj. Figure supérieure, mâle; figure inférieure, femelle.

quelques exceptions à cette règle, car le docteur Gruber a démontré que les deux sexes de YEphippiger vitium sont pourvus de cet appareil, bien que les organes du mâle diffèrent dans une certaine mesure de ceux de la femelle. Nous ne pouvons donc supposer qu'ils aient été transmss du mâle à la femelle, comme l'ont éLé les caractères sexuels secondaires chez tant d'autres animau.. Ils ont dû se développrr de façon indépendante chez les deux sexes, qui, sans aucun doute, s'appellent réciproquement pendant la saison des amour.. Chez la plupatt des autres Locustes, sauf le Decticus d'après Landois, les femelles possèdent les rudimenss des organss stridulents propres au mâle, qui les leur a probablement transm.s.

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[Chap. X]                          ORTHOPTERES                                   317

Landoss a aussi trouvé des rudiments analogues à l'a surface'inférieuee des élytres des Achétides femelles, et sur les fémurs des. Acrididss femelles. Enfin, les Homoptères femelles possèdent un. appareil musical, mais à l'état inerte. Nous rencontrerons, d'ailleurs, dans d'autres divisions du règne animal, de nombreux exemples de conformations propres au mâle, qui se trouvent à l'état rudime--taire chez la femelle.                                                   '

Landoss a constaté un autre fait important : chez les Acridides: femelles, les dents des fémurs, qui produisent la stridulation, demeurent, pendant.loule la vie de l'insecte, dans le même état que celui qu'elles affectent lors de leur apparition chez les larves des individss des deux sexes. Chez les mâles, au contraire, elles acquièrent leur développement complet et leur conformation parfaite, lors de la dernière mue, lorsque l'insecte parvenu à l'état adulte est prêt à reproduire. ...,-. Les faits qui précèdent nous permettent-de conclure que tes Orthoptères mates emploient des moyens très divers pour produire les sons, et que ces moyens différent-absolument de ceux qu'emploient les Homoptères pour arrivrr au même but.. Le règne animal nous offre, d'allleurs, de nombrexx exemples analogues; il: semble que la nature utilise les changements multiples que subit dans le cours des temps l'ensemble de l'organisation et, à mesure que les parties varient tes unes après les autres, quelee profile de ces variations différentes pour arrivrr à un mème but général. La diversité des moyens employss pour produire tes sons,' chez les trois familles d'Orthoptères et chez les Homoptères, expiique toute l'importance qu'.ont,pour les maies, ces conformations qui leur servent à appeler et à séduire les femelles. Les modffiions que tes' Orthoptères ont subi sous ce rapport n'ont rien qui doive nous surprendre, car nous savons maintenant, grâce à la remarquable découverte du docteur Scudder», qu'll y a pour cela un temps plus, que suffisan.. Ce naturaliste a récemmntt trouvé, dans la formatinn-. devonienne duNouveau-Urunswick, un insecte fossile pourvu < du tympan, bien connu ou appareil de stridulation dés Locustides. mâles .. Bien que, à tous égards,etet insecte se rapproche des Névroplères, il paratt relie,, comme cela arrive si souvent chez les formes très. anciennes, les deux ordres voisins des Névroplères et des Orthoptères/                                      .......

43. Landois a récemment découvert chezcertains Orthoptères des structures -

senscli: ZooL, vol. XXII, part. 3, 1871, p. 31s. U. Tramact. Eut. Hoc, 3- série, voi. 11 {Journ. of. Proceedings, p. 117).

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318                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [IL Partir]

J'ai peu de choses à ajouter sur les Orthoptères. Quelques espèces sont très belliqueuses : lorsque deux grillons mâles (Gryllus campestris) sont enfermés dans une même cage, la mort seule de l'un des deux adversaires met fin à la lutte. On dit que les Mantis manœuvrent leurs membres antéreeurs, qui affectent la forme d'un sabre, comme les hussards manœuvrent leur arme. Les Chinoss gardent ces insectes dans de petites cages de bambou, et les font se battre comme on fait battre des coqs de combat". Certanss Lo-custides exotiquss affectent des couleuss magnifiques; les ailes postérieures sont teintées de rouge, de bleu et de noir; mais les individus des deux sexes, dans l'ordee entier, diffèrent rarement au point de vue de la coloration, et il est douteux qu'ils doivent ces teintes brillantes à la sélection sexuelle. Ces cou'euss très brilantes peuvent être utiles à ces insectes comme moyen de sécurité. C'est, en effet, un avertissement pour leurs ennemss qu'ils sont désagréables au goût. Ainsi, on a observé' que les oiseaux et les lézards refusaient invariablement de manger un criquet indien affectant des couleuss brillantes. On connatt toutefois dans cet ordre quelques cas de colorations diverses provenant de différences sexuelles. Le mâle d'un criquet américain" est blanc d'ivoire, tandss que la femelle varie du blanc presque pur au jaune verdâtre. M. Walsh affirme que le mâle adulte du Spectrum femoratum (une Phasmide) « affecte une couleur brun-jaunâtre chatoyante; la femelle adutte est brun opaque cendré sombre; et les jeunes des deux sexes sont verts ». Enfin, je puis ajouter que le mâle d'une curieuse espèce de criqutt" est pourvu « d'un long appendice membraneux qui lui tombe sur la face comme un voile », mais on ignore absolument l'usage de cette conformation.

Ordre : Névroptères. - Nous n'avons guère ici à nous occuper que de la coloration. Les individus des deux sexes, chez les Ëphé-méride,, présentent souvent de tégères différences dans les teintes obscures dont ils sont revêtus" ; mais il est peu probable que ces légères variations soient de natuee à rendee les mâles plus attrayants aux yeux des femelles. Les Libellulides affectent des teintes

45.  Westwood, 1. c, vol. I, p. 427; pour les criquets, p. 445.

46.  M. Ch. Horne, Proc. Ent. Soc. p. xn, mai 3,1869. il.VOEcanlhus nivalis; Harris, Insects of New England, 1842, p. 124. Victor

Carus affirme que les deux sexes de YQEpellucidus d'Europe diffèrent à peu près de la même manière.                      ,

48.  P~atyblemnus, Westwood, 1. c, vol. I, p. 447.

49. B. D. Walsh, Pseudo-nevroptera of minois (Proc. Ent. Soc. of Philadel-phia, 1862))

re

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métalliques splendides, vertes, blanche,, jaunes et vermlllon, et les sexes diffèrent souven.. Ainsi, comme le fait remarquer le professeur Westwood", les mâles de certains Agrionides < sont beau bleu à ailes noires, tandss que les femelles sont beau vert à ailes incolores ». Chez YAgrion Ramburii, ces couleuss se trouvent précisément renversées chez les deux sexes.. Chez les Hœterina, genre très-répandu dans l'Amérique du Nord, les mâles seuls portent, à la base de chaque aile, une superbe tache de carmin. Chez VAnaxjunius mâle, la partie qui forme le base de l'abdomnn est bleu outre-mer éclatan,, et vert végétal chez la femelle. Chez le genre voisin, des Gomphu,, et chez quelques autre,, la coloration diffère peu chez les individus des deux sexes. D'ailleuss on rencontre fréquemment des cas analogues dans tout le règne animal, c'es--à-dire que les individus des deux sexes appartenant à des formes très voisines présentent entre eux de grandss ou de légères différence,, ou se ressemblent absolument. Bien qu'il y ait chez beaucoup de Libellulides une si grande différence de coloration entre les sexes, il est souvent difficile de dire lequel est le plus brillant; en outre la coloration ordinaire des deux sexes peut être précssément renversée comme nous venons de le voir chez une espèce d'Agrion. It est peu probable que, dans.aucun cas, ces couleuss aient été acquises comme moyen de sécurité. Ainsi que me l'écrtt M. Mac Lachlan, qui a beaucoup étudié cette famllle, tes Libetlules,-les tyrans du monde des insectes,-tont moins sujets que tous autres à être l'objet des attaques des oiseaux et d'autres ennemis. Il croit que leurs vives couleuss servent à l'attraction sexuelle. Il faut remarquer, à ce sujet, que quelquss couleuss particulières semblent exercer une puisaante attraction sur certaines Libellules. M. Patter-son" a observs que les espèces d'Agrionides, dont les mâles affectent la couleur bleue, viennent se poser en grand nombre sur le flotteur bleu d'une ligne de pèche, tandss que des couleuss blanchss brillantes attirent tout partiuulièrement deux autres espèces.

Schelver a, le premier, observé un fait très-intéressant; les mâles de plusieuss genres appartentnt à deux sous-familles ont, au moment où ils sortent de la chrysalide, exactement les mêmes couleuss que les femelles, mais, au bout de quelque temps, leur corps prend une teinte remarquable bleu laiteux, due à l'exsudatiou d'une sorte d'huile, soluble dans t'éthrr et dans l'alcoo.. M. Mac Lachlan

50.JlfodemC^.,etc.,vol.JI,p.37.

51.  W.lsh, l. c p. 381. J'ai emprunté à ce naturaHste les faits relatifs aux Felcei-tna, aux Anax et aux Gomphus.

52.  Transact. E~t. Soc. vol. I, J836, p. lxxx,.

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320                      LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Uie pAimK]

croit que ce changement de couleur n'a lieu chez le mâle de la Libe--lula depresaa que quinze jours environ après la métamorphose, alors que les sexes sont prêss à s'accoupler.

Certainss espèces de Neurolhemis, selons Brauer», présententun cas curieux de dimorphisme : quelquss femelles, en effet, ont les ailes réticulées à la manière ordinaire, tandss que d'autres les ont « très richement régulées comme chez les mâles des mèmes espèces t. Brauer expiiqu' le fait « par les principes de Darwin,, en supposant que le réseau serré des nervures est un caractère sexuel secondaire chez les mâles, qui a été abruptement transmis à quelques femelles, au lieu de l'être à toutes ainsi que cela arrive ordinairement ». M. Mac Lachlan me signale un autre cas de dimorphisme qu'on rencontre chez plusieurs espèces d'Agrion ; on trouve, en effet, un certann nombee d'individus, exclusivement des femelles, qui alfectent une teinee orangée. C'est probablement là un cas de. retou,, car, chez les vraies Libellules, lorsque les sexes diffèrent au. point de vue de la couleu,, les femelles sont toujouss orangées ou .jaune,, de sorte que, si on suppoee que l'Agrion descend de quelqu;; forme primordiale revêtue de couleuss caractéristiques sexuelles, des Libellulss typiques, il ne seratt pas étonnatt qu'une tendanee à-varier dans cette directinn persistât chez les femelles seules.

Bien que les Libellules soient des insectes grand,, puissants et féroce,, M. Mac Lachann n'a pas observé de combass entre les mâle,, sauf chez quelques petttes espèces d'Agrio.. Dans un autre groupt très distinct appartenant à cet ordre, les Termites ou fourmis blanches, on voit, à l'époqee de l'essaimage, les individus des. deux sexes courir de tous côtés, « le mâle poursuit la femelle, quelquefois deux mâles pouruuivent une même femelle et se disputent avec ardeur le prix du combat» ».

L'Alropospulsatorius fait, dit-on, avec ses mâchoires un brutt auqull répondent d'autres individus".

Ordre, Hyménoptères. -M. Fabre»a observé avec le plus grand soin les habitudes du Cerceris, insecte qui ressembee à la guèpe, il fait remarquer « que les mâles entrent fréquemment en lutte pour la possession d'une femelle, spectatrice indffférente du combat qui doit décider de la supériorité de l'un ou de l'autre; quand. le combat est. terminé, elle s'envoee tranquillement avec levain-

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queur ». Westwood" dit avorr vu des Tenthrédinées mâles « qu,, à la suite d'un comba,, sont restes engagés par la mâchoire sans pouvorr se dégagrr ,. M. Fabre a constaté que les Cercerss mâles cherchent à s'assurer la possession d'une femelle particulière; il est indispensaele de rappeler à cet égard que les insectes appartenant à cet ordre ont la faculté de se reconnaître, après de longs intervalles de temps, et s'attachent profondément l'un à l'autre. Ainsi, Pierre Huber, dont on ne peut mettre l'exactitude en question, affirme que les fourmis, séparées pendant quatre mois de leur fourmilière, mises en présence de leurs anciennss compagnes, se reconnurent et se caressèrent mutuellement avec leurs antennes. Étrangères, elles se seraient battue.. En outre, lorsque deux tribus se livrent batalle,, il arrive que, dans la mêlée, des fourmss appatenant au même parii s'attaquent quelquefo,s, mais elles ne tardent pas à s'apercevoir de leur erreur et se consolent réciproquement58.

On constaee fréquemment dans cet ordre de légères différences de coloration suivant le sexe, mais les différencss considérables sont rares, sauf dans la famllle des abeilles; cependant les mâles et les femelles de certains groupes affectent des couleurs si brillantes, - les Chrysis, par exemple, chez lesquess prédominent le vermillon et les verss métalliques, - que nous sommes tentés d'atriburr cette coloration à la séleciion sexuelle. Les Ichneumonides mâles, d'après M. Walsh», affectent presque toujouss des couleuss plusclaires que les femelles. Les Tenthrédinides mâles, au contraire, sonc généralement plus foncés que les femelles. Chez les Siricidés, les sexes diffèrent fréquemment; ainsi le Sirex Juvencus mâle est rayé d'orang,, tandss que la femelle est pourpee foncé; mais il est difficile de dire lequel des deux sexes est le plus orné. Le Tremex columb» femelle est beaucoup plus brillamment coloré que le mâle. M. F. Smith assuee que les mâles de plusieuss espèces de fourmss sont noirs, tandss que les femelles sont couleur brique.

Dans la famllle des abeilles, surtout chez les espèces solitaires, la coloration des individus des deux sexes diffère souven.. Les mâles sont généralement les plus brillants, et, chez les Bombus et chez les Apathu,, revêtent des teintes plus variées que les femelles. L'Anlhophora retusa mâle est d'un beau brun fauve éclatant, tandss que la femelle est toute noire ; chezplusieuss espèces de Xylocop,, les mâles sont jaune clair et les femelles noires. D'un autre côté,

57.  Journ. of Proc. Enlom. Soc, 7 sept. 1863, p. 169 '

58.  V. Huber. Recherches sur les mœurs des fourmis, 1810, p. 150, 163.

59.  Proc. Entom.Soc. ofPhlladelphie 1866, pp. 238-239.

21

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ile Partie]

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chez quelquesespèces, chez l'Andrœnafulva, par exemple, les femelles affectent des couleuss beaucoup plus brillantes que les mâles. Il n'est guère possible d'attribuer ces différences de coloration à ce que les mâles sont dépourvus de moyens de défense et ont, par conséqunnt, besoin d'un moyen de protection, tandss que les femelles sont pourvues d'aiguillons. H. Muller», qui a étudié avec tant de soin les habitudes des abeilles, "attribue en grande partie ces différences de couleuss à la sélection sexuelle. Il est certain que les abellles reconnaissent les couleurs. Müller a constaté que les mâles recherchent avidement les femelles et luttent les uns avec les autres pour s'en empare.. Il attribue à ces combass la grandei des mandibules du mâle qui, chez certaines espèces, sont plus développées que celles de la femelle. Dans quelquss cas, les mâles sont beaucoup plus nombreux que les femelle,, soit au commencement de la saison, soit à toutes les époquss et dans tous les lieux, soit dans certaines localités seulement; dans d'autres cas, au contraire, les femelles sont plus nombreuses que les mâles. Chez quelques. espèces, les femelles semblent choisrr les plus beaux mâles; chez d'autres, au contraire, les mâles choisissent les plus belles femelle.. Il en résulte que, dans certains genres (Millier, p. 42), les mâles de diverses espèces diffèrent beaucoup au point de vue de l'aspect extérieu,, tandss qu'il est presque impossbble de distinguer les femelles; le contraire se présenee dans d'autres genres. H. Millier croit (p. 82) que les couleuss obtenuss par un sexe, grâce a la sélection sexuelle, ont souvent été transmises dans une certanee mesure à l'autre sexe, de même que l'appareil destiné à recuelllir le pollen, appareil propre à la femelle, a été souvent transmis au mâle bien qu'il lui soit absolument inutile ».

60. Anwendung der Darwinschen Lehre aufBienen. ( Verh. d. n.~aArg. x*,x.)

par des œufs non fécondés, et que, par conséquent, ils ne peuvent transmettre de nouveaux caractères à leur progéniture mâle. C'est là, tout au moins, une objection extraordinaire. Une abeille femelle, fécondée par un mâle qui possède quelque caractères propres à faciliter l'union des sexes ou à le rendre plusaUrayantpourlafemelle,pondradesœufsquiproduirontseiilementdesfe-

pas des caractères de leur grand-père mâle. Prenons un exemple aussi rapproché que possible chez les animaux ordinaires. Supposons une race de quadrupèdes ou d'oiseaux ordinairement blancs, et qu'une femelle appartenant à cette race s'unisse avec un mâle appartenant à une race noire; supposons enfin que les petits mâles ét femelles provenant de ce croisement soient accouplés tes uns avec les autres; osera-t-on prétendre que les descendants n'auront pas acquis par hérédité de leur ancêtre mâle une tendance.à la coloration noire? Sans

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[Chap. X]

COLËOPTËRES

323

es-

Le Mutilla Europœs fait entendee un brutt strident, et Goureau" affirme que les deux sexes possèdett cette aptitude. I! attribee le son au frottement du troisième segment de l'abdomnn contre le segment précédent; je me suis assuré, en effet, que ces surfaces portent des projections concentriques très fines, mais il en est de même du collier thoracique saillant sur lequel s'articule la tète, et qui, grateé avec la pointe d'une aiguille, émel le mémo son. Il est assez surprenant que les deux sexes aient la faculté de produire ces sons, car le mâle est ailé et la femelle aptère. On a constaté que les abeilles expriment certainss émotions telles que la colère, par le ton de leur bourdonnement. II. Millier (p. "80) affirme que les mâles de quelquss espèces font entendee un bourdonnement particulier quand ils pouruuivent les femelle..

Ordre : Coléoptères (Scarabées). - La couleur de nombreux Coléoptères ressemble à celle des surfaces sur lesquelles ils séjournent habituellement; cette coloration identiqee leur permet d'échapper à l'attention de leurs ennemis. D'autres espèces, le Scarabee diaman,, par exempe,, revêtent des couleurs splendides disposées souvent en bande,, en tache,, en croix et en d'autres modèles élégants. Ces couleuss ne peuvent guère servrr de moyen direct de protection, sauf pour quelquss espèces qui fréqunntent habituellement les fleurs; mais elles peuvent servir d'avertissement, tout comme la phosphoreecence du ver luisan.. Les coléoptères mâles et femelles affectent ordinairement les mêmes couleurs, de sorte que nous ne pouvons affirmer que ces couleuss soient dues à la sélection sexuelle; mais il est au moins possible que ces couleuss se soient développées chez un sexe, puis qu'elles aient été transmeses à l'autre, ce qui estprobable dans les groupss qui possèdent d'autres caractères sexuels secondaires bien tranchés. M. Waterhouse affirme que les Coléoptères aveugles, incapables, par conséqunnt, d'apprécier leur beauéé mutuelle, n'affectent jamass de vives couleurs, bien qu'ils aient souvent une carapace polie; mais on peut auss, attrbbuer leurs couleuss ternes au fait que les insectes aveugles n'habitent que les cavernes et autres endroits obscur..

Quelques Longicornes, surtout certains Prionides, font, cependant, exception à cette règle généraee de la coloration identiqee

doute, l'acquisition de nouveaux caractères par les abeilles ouvrières stériles constitue un cas bien plus difficile; mais j'ai essayé de démontrer, dans l'Origine des espèces, comment il se fait que ces individus stériles sont soumis à l'action de la sélection naturelle. 62. Cité par Westwood, Modem Class, etc., vol. II, p. 214.

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des coléoptères mâles et femelles. La plupatt de ces insectes sont grands et admrrablement colorés. Les Pyrodes», comme j'ai pu m'en assurer dans la colleciion de M. Bates, sont généralement plus rouges mais moins brillanss que les femelles, qui sont teintées d'un vert doré plus ou moins vif. Le mâle d'une autre espèce, au contraire, est vert doré, et la femelle est richement nuancée de ' pourpee et de rouge. Les mâles et les femelles du genre Esmeralda affectent des couleuss si complètement différentes qu'on les a pris pour des espèces distinctes : chez une espèce, les mâles et les femelles sont vert brillan,, mais le mâle a le thorax rouge. En résumé, autant que j'al pu en juger chez les Prionddes, quand les mâles et les femelles affectent une coloratinn différente, les femelles sont toujouss plus brillamment colorées que les mâles; ce qui ne concorde pas avec la règle générale relative à la coloratinn due à l'aciion de la séleciion sexuelle.

Les grandss cornes qui s'élèvent sur la tète, sur le thorax ou sur l'écusson des mâles, et qui, dans quelquss aurres cas, hérissent la surfaee inférieuee du corps constituent une distinction très remarquable entre les individss de sexe diffèrent chez les coléoptères. Ces corne,, dans la grande famille des Lamellicornes, ressemblent à celles de divers mammifères, tels que le cerf, le rhinocéros, etc,, et sont fort curieuses, tant par leurs dimensions que par les formes diveress qu'eless affecten.. Au lieu de les décrire, je me borne à donner les figures des formes mâles et femelles choisies parmi les plus remarquables (fig. 16 à 20). Les femelles portent ordinairement, sous formes de petites projections ou tubercules, les rudiments des cornes des mâles, mais certaines femelles n'en présentent aucune trace. D'autre par,, les cornes ont acquss un développement presque aussi complet chez la femelle du Pha-nxus lancifer que chez le mâle; elles sont un peu moins dévelop pées chez les femelles de quelquss autres espèces du même genr, et chez les Copris. M. Bates affirme que, dans les diverses subdivi

ire

63 Jj6 PijvodfjS /Dulch,6),,)"'iïiîu$ cspgcg chez Io.q uelle les sexes diffèrentnotable**

les coléoptères mâles et femelles. Kirby et Spence (Introd., etc., vol. 111, p. 301) mentionnent une Cantharis, le Meloe, le Rhagium et le Leptura <estacea; le mâle de ce dernier est couleur brique à thorax noir, laïemelle tout entière d'un rouge pâle. Ces deux coléoptères appartiennent à la famille des Longicornes. MM. li. Trimen et Waterhouse jeune me signalent deux Lamellicornes, un Pe-

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sions de la famlle,, les différences de conformation des cornes ne concordent pas avec les autres différencss plus caractéristiques et plus importantes; ains,, dans un même groupe du genre Onthopha-gus, certaines espèces ont une seule corne, tandss que d'autres ont deux cornes distinctes. Dans presqee tous les cas, on constate une excessive variabilité

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Fig. 16. - Chalcosoma atlas. Figure super., mâle (réduite); figuee infér., femelle (grandeur naturelle).

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HK. .7. . CoPris **.. (Les ngures ptacées fc gauche sont eeUes des .aie,)

des cornes, de sorte qu'on peut établir une série graduee entre les mâles les plus développés jusquàà d'autres assez dégénérés pour qu'on puisse à peine les distinguer des femelles. M. Walsh" a constaté que certains Phanxus carnifex mâles ont des cornes trois fois plus longues que celles d'autres mâles. M. Bate, après avoir examiné plus de cent Onthophagus rangifer mâles (fig. 20), crut

6L Proc. Entom. Soc. of Philadelphie,, 1S64, p. 228.

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326

LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ile Partie]

avoir enfin découvert une espèce chéz laquelle les cornes ne varient pas; mais des recherches ultérieures lui ont fait reconnaître le contrarre.

La grandurr extraordinaire des cornes et la différence notabee de leur conformation chez des formes très voisines indiquent qu'elles doivent jouer un rôle important; mais leur variabilité excessive chez les mâles d'une même espèce permet de concluee que ce rôle

Fig. 19. - Dipelicus cantor

Fig. 20. -

Onthophagus rangifer (grossi

ne doit pas avoir une natuee déunie. Les cornes ne présentent aucune trace de frottement: elles ne servent donc pas à exécuter un travall habituel. Quetques savanss supposent" que les ma)es, beaucoup plus vagabonds que les femelle,, ont besoin de cornes pour se défendee contre leurs ennemis; mais, dans bien des cas, les cornes ne parasssent nullement propres à cet usag,, car elles ne sont point tranchantes. La supposition la plus naturelle est qu'elles servent aux mâles dans leurs combats; mais on n'a jamais

65.KirbyetSpence,o.c.,vol.m,p.300.

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observé un seul de ces combats, et, après avoir examiné attentive-ment de nombreuses espèce,, M. Bates n'a pu découvrir ni mutilations ni fractures témoignant que ces organes ont servi à un pareil usage. Si les mâles avaient l'habitude de lutter les uns avec les autre,, la sélection sexuelle auratt probablement augmenéé leur taille, qui auratt alors dépassé celle de la femelle; or M. Bates, après avoir compaéé les mâles et les femelles de plus de cent espèces de Copride,, n'a pas constaéé de différence marquée, sous ce rapport, chez les individus bien développés. D'ailleurs, chez le Zethrus qui appartient à la même grande division des Lamellicornes, les maies se livrent de fréquenss combats; or, !e Lethrus mâle n'est pas armé de cornes, bien quill ait des mâchoires beaucoup plus grandss que celles de la femelle.

La supposition que les cornes ont été acquises à titre de simples ornemenss est celle qui concorde le mieux avec le fait que ces appendices ont pris de vastes proportions sans se dévelopF Fi^™ "^'' per d'une manière fixe, - fait que démontrent leur variabilité extrême chez une même espèce et leur diversité chez des espèces très voisines. Cette hypothèse peu,, au premier abord, paraître:très invraisemblable; mais nous aurons plus loin l'occasonn de constater que, chez beaucoup d'animaux placés à un rang bien plus élevé sur l'échelle, c'est-à-dire chez les poisson,, chez les amphibies, chez les reptiles et chez les oiseaux, diverses sortes d'aigrettes, de protubérances, de cornes et de crêtes, ne doivent apparemment leur développement qu'à cette seule influence,

Les Onitis fur ci fer mâles (flg. 21), ains' que les mâles de quelques autres espèces du genre, ont les cuisses antérieures pourvuss de singulières projections; leur thorxx porte, en outre, à la surface inférieure, une paree de cornes formant une grosse fourchette. Si l'on en juge par ce qui se passe chez d'autres insectes, ces appendices doivent servrr au mâle à maintenir la femelle. On ne remaque, chez les mâles, aucune trace de cornes à la surfaee supérieure du corps, mais on aperçott visiblement sur la tête des femelles le rudimen, d'une corne unique [flg. 22, a), et d'une crête sur le thorax (b). il est évident que la légère crête thoracique de la femelle est le rudiment d'une sailiie propee au sexe mâle, bien qu'elle fasse complètement défaut chez le mâle de cette espèce particulière; car le Bubas bison femelle (forme très voisine de Y Onitist porte sur le thorax une légère crête semblable, placée dans la même situation qu'une forte projectinn qui existe chez le màle. 11 est évident que la

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ile PAXT)E]

pettte pointe (a) qui existe sur la tète de YOHitis furcifer femelle, ainsi que sur les femelles de deux ou trois espèces voisine,, est le rudiment de la corne céphalique, commune aux mâles de beaucoup de Lamellicornes, par exemple chez le Phanœus {fig. 18).

On supposait autrefois que les rudimenss ont été créés pour compléter le plan de la nature. On ne saurait, dans ce cas, admettre cette hypothèse, inadmsssible d'alleeurs, car cette famille présenee

Fig. 22. - Figure de gauche, Onisis furcifer mâle, vu de côté. Figure de droite, femelle. - a. Rudiment de corne cephalique. -. 6. Traee de corne ou crCte thoracique.

une inversinn complète de l'état ordinaire des choses. Nous avons lieu depenser que les mâles portaient originellement des cornes et qu'ils les ont transmises aux femelles à l'état rudimentai,e, comme chez tant d'autres lamellicornes. Nous ne saurions dire pourquii les mâles ont subséquemment perdu leurs corne:: il se peut que cette perte résulte, en vertu du principe de la compensation, du

Fig. 23. - Bledhis taurus, grossi. Figure de gauche, mille ; figuee de droite, femelle.

développement ultérieur des appendices qui se trouvent sur la surface inférieure, disparition qui n'a pu s'effecturr chez la femelle ou ces appendices font défau;; aussi cette dernière a-t-elle conservé des rudiments de cornes sur la face supérieure.

Tous les exemples cités jusqucici se rapportent aux Lamellicornes; quelquss coléoptères mâle,, appartenant à deux groupss très différents, les Curculionides et les Staphylins, portent aussi des cornes; l les premeers, à la surface inférieuee du corps ,, les seconds, à la surfaee supérieure de la tôle et du thorax. Les cornes des mâles, comme chez les Lamellicornes, sont très variables chez

66. KirbyetSpence,o.C.,vol.III, p.3299

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on re

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les Staphylins appartenant à une même espèce. On observe un cas de dimorphisme chez le Siagonium, car on peut diviser les mâles en deux catégories, qui diffèrent beaucoup au point de vue de la grandeur du corps et du développement des cornes, sans qu'on trouve de gradations intermédiaires. Chez une autre espèce du genre Staphylin, le Bledius (fig. 23), on trouv,, dans une même localité, des individus mâles chez lesquels, comme l'a constaéé le professeur Westwood, « la corne centrale du thorax est très développée, tandss que celles de la tète restent rudimentaires, et d'autres chez lesquels la corne thoracique est beaucoup plus courte, tandss que les protubéranses situées sur la tête sont très longue"" ». C'est évidemment là un exemple de compensation de croissance, qui jette un grand jour sur la disparition des cornes supérieures chez les Onitis furcifer mâles.

Loi du combat. - Certanss coléoptères mâles paraissent mal adaptés pour la lutte; ils ne s'en battent pas moins avec leurs semblables pour s'emparer des femelles. M. Walaace »" a vu deux Zep<o-rhynchus angustatus mâles, une espèce de coléoptère linéaire, à trompe très allongée, « combattre pour la possession d'une femelle qui se tenatt dans le voisinaee occupée à creuerr un trou. Emportés par la colère, ils se poussaient l'un l'autre, se saisissaient par la trompe et se portaient des coups terribles. Bientô,, le mâle le plus petit abandonaa le champ de bataille et, prenant la fuite, s'avoua vaincu x. Parfois aussi les mâles sont bien conformss pour aa lutte, armés qu'ils sont de grosses mandibules denteéées, beaucoup plus fortes que celles des femelles. Nous pouvons citer, par exemple, le cerf-volant (Lucanus cervu)) commun ; les mâles sortent de la chrysalide une semaine environ avant les femelles, de sorte que plusieuss mâles se mettent souvent à la poursuite d'une même femelle. Ils se livrent alors de terribles combats. M. A. H. Davis enferma un jour dans une boîte deux mâles avec une seule femelle; le plus grand mâle se précipita immédaatement sur le plus petit, et le pinça fortement jusqu'à ce qu'il eût renoncé à toutes prétentions. Un de mes amis, lorsqulil était jeune, réunissait souvent des mâles pour les voir combattre ; il avatt remarqué alors combien ils étaient

67. Mod. Class, etc., vol. 1. p. 172. On trouve sur la même page une description du Siagonium. J'ai remarqué au British Muséum un Siagonium mà.edans

~«^ÏÏ£S^                                                         on Insects

VtEnLmlïiï Marine, vol. I, 1833, p. 82. Voir, sur des luttes de cette nature, Kirby et SpenSe, o.c, vol. III, p.314, et Westwood, o. c, vol. I, p. 187.

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330'

LA DESCENDANCE DE L'HOMME           [Iee Partie]

us féroces que les femelles, ce qui, comme on

plus hardss et plus

sait, est le cas chez les animaxx supérieurs. Les mâles, s'ils pouvaient y parvenir, se saisissaient de son doig,, au lieu que les femelles ne cherchaient pas à le faire, bien qu'elles aient de plus grandss mâchoires. Chez beaucoup de Lucanes, comme chez le Zep<orhynclms dont nous venons de parler, les mâles sont plus grands et plus forts que les femellese Le mâle et Ha femelle du Le-thruscephalotes(LzmeUicovnes) habitent le même trou; le mâle a les mandibules plus grandss que celles de la femelle. Si, pendant la saison des amours, un étrangrr cherche à pénétrer dans le logis, le mâle l'attaque immédiatement; la femelle ne reste pas inactive; elle ferme Couverture du réduit, et encourage le mâle en le poussatt cont-nuellement par derrèère. Le combat ne cesse que lorsque l'agresseur est tué ou s'éloigne ". Les Aleuchus cicalricos,s, un autee Lamellicorne, mâles et femelle,, s'apparient etparaissentêtrefortattachésl'unàl'autre; le mâle oblige la femelle à rouler les boulettes de fumier dans lesqueless elle dépose ses œufs; si on lui enlève la femelle, il court de tous côtés en donnant les signes de la plus vive agitation; si on enlève le mâle, la femelle cesse tout travail, et, d'après M. Brulerie", reste immobile jusqu'r ce qu'elee meure.

Les dimensions et la structure des grandss mandibules des Lucanss mâles varient beaucoup; sous ce rapport, elles ressemblent aux cornes qui surmontent la tète et le thorax de beaucoup de Lamellicornes et de Staphylins mâles. On peut établir une série complète de gradations entre les mâles qui, à ce point de vue, sont le mieux et le plus mal pourvu.. Les mandbbules du cerf-vo-

i'ig

24. - Chiasognatus grantii, réduit.

Figure supérieure, maie; figure inférieure, femelle.

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[Cap. X]                           COLEOPTERES                                   331

cependant, qu'on puisse attribuer à cette cause leur grandeur démesurée. Nous avons vu que le Lucanus elaphus de ''Amérique du Nord s'en sert pour saisrr la femelle. Leur élégance m'a aussi fait supposer qu'elles pouvaient constituer un ornemntt pour le mâle. au même titre que les cornes céphaliques et thoraciques des espèces dontnous avonsparléplushaut. LeChiasognathusgrantii mâle, du sud du Chili, - coléoptère magnifique appartenant à la même famille, - a des mandibules énormément développées (fig. 24); il est hardi et belliqueux, fait face du côté où on le menace, ouvre ses grandss mâchoires allongées, et fait entendee en même temps un brutt très striden;; mais ses mandibules ne sont pas assez puissantes pour causer une véritable douleur quand il pince le doigt.

La sélection sexuelle, qui implique la possession d'une puissance perceptive considérable et des passions trè.s vives,-parat avoir joué un rôle plus important chez les Lamellicornes que chez aucune autre famllle de coléoptères. Les maies de quelques espèces possèdent des armes pour la lutte; d'autres vivent par couples et se témoignent une grande affection; beaucoup ont la faculté de produire des sons perçanss lorsqu'on les excite; d'autres portent des cornes extraordinaires, qui servent probablement d'ornement; quelques-uns, qui ont des habitudes diurne,, affectent des couleuss très brillantes; enfin, la plupatt des plus grands coléoptères appartinnnent à cette famille que Linné et Fabricius avaient placée à la tête de l'ordee des Co)éoptères».

Organss de stridulation. - On observe des organss de cette natuee chez les coléoptères appartenant à de nombreuses famllles très éloignées et très distinctes les unes des autre.. Les sons qu'ils produisent sont perceptibles à quelquss mètres de distanee", mais ne sont point comparables à ceux que font entendee les Orthoptères. La partie qu'on pourrait appeerr la râpe consiste ordnairement en une surface étroite, légèrement saillante, traversée de lignes parallèles fines, au point de provoquer parfois des couleurs irisées, et présentant, sous le microscope, un aspect des plus élégants. Dans quelques cas, chez le Typhœus, par exempe,, on distingee parfaitement des proéminences écailleuses très petites qui recouvrent toute la surface environnante en lignes à peu près parallèles; ces proéminences, en se redressant et en se soudant : constituent les lignes saillantes ou côtes de la râpe, qui sont à la

72.  WcsUvooo, o. c„ vol. I, p. 184

73.  Wollaston, On certain musical Cuvculionidœ (Annals and Mag. of. Nat. IliU., vol. VI, 1860, p. 14).

es t,

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LA DESCENDANCE DE L'HOMME

[Ile Partie]

fois plus proéminentes et plus unies. Une saillie dure, située sur quelque partie adjacenee du corps, parfois spécialement modifiée dans ce but, sert de grattoir à la râpe. C'est tantôt le grattoir qui se meut rapidement sur la râpe, tantôt, au contraire, ta râpe qui se meut sur le grattoir.

Ces organss occupent les positions les plus diverses. Chez les Nécrophores, deux râpes parallèles (r. flg. 25) sont placées sur la face dorsale du cinquième segment de l'abdomen, et chaque râpe, d'après Landoss", se compose de cent vingt-six à cent-quarante petites lignes saillantes. C'est sur cette râpe que vient frotter une petite projection placée sur le bord postérieur des élytre.. Chez

«g. 35. - Aecrophorus (Landois).

r. Les deux râpes. — La figure de gauche représente une partie

de la râpe considérablement grossie.

beaucoup de Criocérides, chzz le Clylhra Apunclata (Chrysomé-lide), ainsi que chzz quelques Ténébrion,des ", etc., la râee est placée au sommet dorsal de l'abdomen, sur le pygidium ou sur le propygidium, et, comee dass les cas précédents, ce sont les élytrss qui vienntnt la gratter. Chzz l'Heterocerus, qui appartient & une autre famille, les râpes sont situées sur les côtés du premier segmtnt abdominal et ce sont des saillies que portent les fémurs qui font l'office de grattoirs ». Chzz quelques Curculionides et chzz quelques Carabsdes ", la dssposition des parties est complètement

74.  Zeitschrifl fur wiss. Zool., vol. XVII, 1867, p. 127.

75.  M. G.-R. Crotch m'a rendu grand service en m'envoyant de nombreux individus préparés de divess cotéoptères appartentn' à ces tross familles et à d'autres, ainsi que des renseignements pr.écieux de tous genres. Il crott que la facultéd'émettreunsonstridentn'avaitpasencoeeétéobservéechezleC/^ra. Je doss ausii des remercîmsnts à M. E-W.Janson pour divess renseignements. J'ajouteras que mon fils, M. F. Darwin, a découvert que le Dermeslesmurinus produit des sons stridents, sans pouvoir trouver l'appareil producteur. Le docteur Chapmnn a récemment décrit le Scolytus comme insecte stridulant (/?««,-mologUV* Monlhly Magazine, vo. VI, p. 130).

76.  Sch.odte, trad. dans Annals and Mag. ofNat. HUt., vo.. XX, 1867, p. 37.

77.  Westring a décrit (Kroye,, Naturhist. Tidskrift, B. II, p. 334,1848-1849) les organes stridulants dans ces deux familles et dans d'autres. J'ai examiné

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intervertie- en effet, les râpes occupent la surface inférieuee des élytre,, près du somme,, ou le long des bords externes, et les bords des segmenss abdomnnaux servent de grattoirs. Chez le Pe-~obius Hermanni (Dytique), une saillie puissante, placée près du bord sulurai des élytres et parallèlement à ce bord, porte des côtes transversales, épaisse,, dans la partie médian,, mais qui deviennent graduellement plus fines à chaque extrémité, surtout à l'extrémité supérieure