RECORD: Azara, Félix d'. 1809. Voyages dans l'Amérique Méridionale depuis 1781 jusqu'en 1801. Contenant la description géographique, politique et civile du Paraguay et de la rivière de La Plata; l'histoire de la découverte et de la conquête de ces contrées; des détails nombreux sur leur histoire naturelle, et sur les peuples sauvages qui les habitent; le récit des moyens employés par les Jésuites pour assujétir et civiliser les indigènes, etc. Publiés d'après les manuscrits de l'auteur, avec une notice sur sa vie et ses écrits, par C. A. Walckenaer; enrichis de notes par G. Cuvier, suivis de l'histoire naturelle des Oiseaux du Paraguay et de La Plata par le même auteur, traduite, d'après l'original espagnol, et augmentée d'un grand nombre de notes par M. Sonnini. Accompagnés d'un Atlas de vingt-cinq planches. 4 vols. Paris: Dentu.

REVISION HISTORY: Transcribed (single key) by AEL Data 01.2014. RN1

NOTE: This work formed part of the Beagle library. The Beagle Library project has been generously supported by a Singapore Ministry of Education Academic Research Fund Tier 1 grant and Charles Darwin University and the Charles Darwin University Foundation, Northern Territory, Australia.


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VOYAGES

DANS

L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.

III.

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ERRATA.

Tome III, page 7, ligne 17: des couroucous, des colibris et de certains tangaras, lisez des surucuas, des beque-fleurs, des lindor et des becsen-poinçon.

Page 8, lignes 4, 9 et 13: couroucou, lisez surucua; lignes 8 et 13: colibris, lisez beque-fleurs.

Page 9, ligne 16: engoulevents ou crapauds volans, lisez ibiyaus.

Page 209, ligne 8 de la note: parmiles troupiales, lisez parmi les merles.

AVIS AU RELIEUR.

La feuille 7, tome III, page 97, commençant par le mot fréquemment; la feuille II, même tome, pag. 161, commençant par ces mots: caractères communs aux Yacus, sont du tome IV, quoiqu'ils portent le tome III.

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VOYAGES

DANS

L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE,
PAR DON FÉLIX DE AZARA,

COMMISSAIRE ET COMMANDANT DES LIMITES ESPAGNOLES DANS LE PARAGUAY

DEPUIS 1781 JUSQU'EN 1801;

Contenant la description géographique, politique et civile du Paraguay et de la rivière de La Plata; l'histoire de la découverte et de la conquête de ces contrées; des détails nombreux sur leur histoire naturelle, et sur les peuples sauvages qui les habitent; le récit des moyens employés par les Jésuites pour assujétir et civiliser les indigènes, etc.

PUBLIÉS D'APRÈS LES MANUSCRITS DE L'AUTEUR,

AVEC UNE NOTICE SUR SA VIE ET SES ÉCRITS,

PAR C. A. WALCKENAER;

ENRICHIS DE NOTES PAR G. CUVIER,

SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE LA CLASSE DES SCIENCES PHYSIQUES DE L'INSTITUT, etc.

Suivis de l'histoire naturelle des Oiseaux du Paraguay et de La Plata, par le même auteur, traduite, d'après l'original espagnol, et augmentée d'un grand nombre de notes, par M. SONNINI;

ACCOMPAGNÉS D'UN ATLAS DE VINGT-CINQ PLANCHES.

TOME TROISIÈME.

PARIS,

DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,

RUE DU PONT-DE-LODI, no 3.

1809.

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AVIS DU TRADUCTEUR.

JE n'ajouterai rien à ce que dit M. Walckenaer dans sa Notice, au sujet des observations sur les oiseaux du Paraguay et de La Plata, par M. d'Azara. Je ne pourrais que répéter ce qui s'y trouve déjà développé, et ce que j'en ai écrit moi-même dans les notes qui accompagnent ma traduction. Je me contenterai de prévenir que la division un peu monotone, mais nécessaire des descriptions d'oiseaux, en formes, dimensions, couleurs, est mon ouvrage: la confusion qui règne souvent dans l'original, m'a paru exiger ce travail.

Les citations de l'Histoire naturelle de Buffon, se rapportent à l'édition

III. a. *

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in-12 de l'lmprimerie royale; c'est celle que M. d'Azara avait entre les mains dans ses voyages. Pour les oiseaux que Buffon n'a pas connus, j'ai fait usage de mon édition in-8°. (Paris, Dufart).

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VOYAGES

DANS

L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.

NOTES PRÉLIMINAIRES

SUR LES OISEAUX EN GÉNÉRAL.

LES oiseaux dont j'écris l'histoire ont été observés depuis le 24e jusqu'au 36e degré de latitude australe, et entre les 57e et 60e de longitude orientale du méridien de Paris. Il est vrai que j'ai peu chassé vers le sud, depuis le parallèle de 29 degrés; je sais néanmoins que les espèces d'oiseaux sont beaucoup plus nombreuses depuis le 24e jusqu'au 29e degré, ce que j'attribue principalement à la rareté des forêts dans la partie méridionale.

Dans le plan de son Histoire naturelle des Oiseaux, Buffon pense que cette classe d'animaux renferme plus de variétés que d'espèces, parce que, dit-il, indépendamment des variétés occasionnées par le sexe et l'âge, il en est d'autres que produisent la différence du

III. a. I

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climat et de la nourriture, les transmigrations naturelles ou forcées, les unions illégitimes et la domesticité; mais je dois avertir que les variétés dues à la différence du sexe ne sont point nombreuses; que celles de l'âge ne sont pas fort importantes; qu'enfin celles que l'on pourrait attribuer au climat, à la nourriture ou aux migrations, n'apportent, à mon sens, aucun changement, puisque nous rencontrons au Paraguay une multitude d'oiseaux qui se trouvent également en Europe, en Asie, en Afrique et dans le reste de l'Amérique, sans qu'ils présentent aucune dissemblance dans les dimensions, les formes ou les couleurs. Et quant aux unions illégitimes, je n'y crois pas; je ne vois pas même de motifs pour qu'elles aient lieu. En effet, lorsqu'il manque à un oiseau l'occasion de s'apparier, il supporte une privation qui n'est pas aussi pénible que dans les animaux domestiques, ni suffisante pour le rendre infidèle à la nature; il préférera plutôt s'associer à quelque couple déjà formé, ainsi que je l'ai observé dans les moineaux de mon pays. Pour ce qui est des variétés dues à la domesticité, elles sont si multipliées qu'à peine peuvent-elles être décrites; mais comme elles rentrent dans des espèces bien connues,

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elles n'occasionnent pas de confusion en ornithologie. La véritable origine de la plupart des variétés que l'on rencontre dans les ouvrages d'histoire naturelle, c'est l'opinion des naturalistes qui ont réuni deux ou trois oiseaux différens dans la même espèce, s'imaginant que les dissemblances dépendaient du climat, du sexe, etc.; d'autres de ces prétendues variétés viennent de ce qu'à peine il existe une description complète, la plupart des auteurs négligeant de donner exactement les dimensions, ne faisant que peu ou presque point de mention des formes, se contentant d'indiquer une partie des couleurs, et se trompant presque toujours sur les habitudes. De là il résulte que si un autre naturaliste s'étend plus ou moins au sujet des couleurs d'un oiseau, les premiers croient mal à propos que la différence des descriptions constitue une variété ou une espèce distincte.

Buffon était persuadé que l'on ne trouve point en Amérique les oiseaux de l'ancien continent, à l'exception de ceux qui, pouvant supporter un froid excessif, ont passé par le nord, oú l'on suppose que les deux hémisphères se joignent immédiatement. Mais nous voyons fréquemment au Paraguay des oiseaux

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d'Europe, d'Afrique et d'Asie, qui ne supportent pas un grand froid, qui n'ont pas la puissance de traverser les mers actuelles, et qui n'ont pu arriver que par quelque partie méridionale, lorsque, dans des tems reculés, les deux continens étaient plus rapprochés, et avaient entr'eux quelques points de contact.

J'ai décrit quatre cent quarante-huit espèces, sans compler treize chauve - souris. Si nous retranchons à présent de ce nombre total les oiseaux de proie diurnes et nocturnes, avec les deux toucans et le tutu, qui sont également oiseaux de rapine1, nous reconnaîtrons que le nombre des oiseaux retranchés est au nombre restant comme 1 est à 9. En Europe, et sur le reste du globe, le rapport est, selon Buffon, de 1 à 15. D'où l'on doit conclure qu'au Paraguay il existe à proportion beaucoup plus d'espèces carnassières, quoique je ne compte point dans ce nombre les iribus. Cela n'empêche pas que l'équilibre n'y soit conservé, parce que la plupart des oiseaux que la nature a destinés à vivre de proie, ne se jètent pas sur les autres oiseaux, et se nourrissent de crapauds, de grenouilles, de serpens, de lézards, etc. et

1 Voyez ma note à l'article des toucans (S.)

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il n'y en a aucun qui ne mange des insectes; tant il est vrai que les formes n'ont pas autant d'influence qu'on pourrait le penser, sur les habitudes des animaux! Il paraît encore que ces oiseaux de proie ne sont pas aussi sanguinaires que ceux de l'ancien continent, soit qu'ils participent de l'indolence commune à tous les êtres animés du midi de l'Amérique, soit qu'ils aient plus de douceur dans le naturel, soit enfin qu'ils rencontrent de plus grandes difficultés á chasser dans des contrées couvertes de forêts et de broussailles fourrées et épaisses.

Selon Buffon, il n'y a point en Amérique d'oiseaux qui aient une voix mélodieuse, et c'est, à son avis, une des influences du climat. Mais si l'on formait un chœur d'oiseaux choisis dans l'ancien continent, et qu'on le comparât à un autre chœur composé d'un égal nombre d'oiseaux chanteurs rassemblés au Paraguay, la victoire du chant serait peut-être disputée. Il faut néanmoins en excepter le rossignol, avec lequel aucun oiseau de l'Amérique ne peut, sans doute, entrer en concurrence pour les charmes de la voix. Mais si les naturalistes eussent entendu les chansons d'amour de nos oiseaux américains,

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et n'en eussent pas jugé par le petit nombre de ceux qu'ils tenaient captifs en cage,à cause de la beauté de leur plumage et de leur qualité d'étrangers, ils n'eussent pas mis tant de précipitation dans leur décision.

Ceux qui dissèquent les oiseaux, ceux qui préparent leur dépouille, plusieurs peintres et voyageurs, qui ont du penchant pour le merveilleux aux dépens de la vérité, ont tellement augmenté le nombre des oiseaux á panaches, que ces ornemens passent pour un effet de la chaleur du climat américain. Mais le contraire me paraît plus probable; en effet, la chaleur, en dilatant la peau et les fibres, doit faire coucher les plumes de la tête des oiseaux; témoin le chingolo qui porte une huppe pendant les froids, et qui la perd lorsque le tems est doux. Aussi les oiseaux parés d'une huppe, que l'on croit être le caractère du mâle, sont-ils rares au Paraguay, tandis que dans les espèces qui ont cette parure, elle est le plus souvent commune aux deux sexes.

Il est tout naturel de penser que là où les espèces abondent, comme au Paraguay, il s'en trouve de remarquables par leur beauté, et d'autres dont l'extérieur n'a rien d'agréable; et c'est aussi ce qui résulte de mes observations.

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Mais les voyageurs se sont attachés à décrire de préférence les belles espèces; et l'on croit que, dans cette même contrée, il en est à peine qui n'aient rien que d'ordinaire, ce que l'on attribue à la force des rayons du soleil. S'il en était ainsi, aucun oiseau n'égalerait en couleurs éclatantes ceux qui vivent constamment dans les campagnes découvertes, où ils sont le plus exposés à l'ardeur du soleil; cependant, il est certain que parmi ceux-là, il n'en est pas un qui mérite d'être distingué par son plumage, ce qui paraît indiquer que les rayons du soleil affaiblissent la vivacité des couleurs, loin de la développer. En outre, je dois observer à ce sujet, que l'éclat de l'émail, les reflets et les teintes les plus agréables dominent sur le plumage des couroucous, des colibris et de certains tangaras, et que tous ces oiseaux ont le vol rapide, habitent les bois sans se montrer à la cime des arbres que par instans très-courts, enfin ne se posent jamais à terre; de sorte qu'ils paraissent éviter avec autant de soin la poussière du sol, que les feux de l'astre du jour. De ces faits, je conclus que l'éclat et la beauté de leurs couleurs proviennentde la force avec laquelle ils fendent l'air, de l'ombre qu'ils n'abandonnent jamais, et de leur attention

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á s'entretenir dans la plus brillante propreté. Je ne vois pas d'autres causes qui puissent être communes à ces belles espèces. En effet, le couroucou est d'un naturel tranquille, et les autres sont pleins de pétulance et de vivacité. Leur nourriture est différente, quoiqu'aucun ne mange de grains. Les colibris sont revêtus de plumes courtes, arrondies et à barbes serrées; les plumes du couroucou ont des formes tout opposées; et celles des autres espèces tiennent, par leur structure, des plumes des colibris et de celles des couroucous; en sorte que le naturel, la nourriture et la couche extérieure du plumage n'influent en rien sur leur beauté1.

1 Cette explication, quelque spécieuse qu'elle paraisse, n'est, dans le vrai, qu'un paradoxe. Sans sortir de nos pays, n'avons-nous pas le chardonneret, dont la parure est si élégante, qui cependant ne quitte point nos campagnes, ne vole pas avec rapidité, et ne se tient jamais à l'ombre des forêts? D'un autre côté, pourquoi, dans les espèces qui étalent à nos yeux le luxe brillant des couleurs, les femelles, qui ont assurément la même demeure que les mâles, n'offrent-elles souvent que des nuances ternes et affaiblies? Voyez, pour connaître les vraies causes de la vivacité des couleurs sur les plumes des oiseaux, l'Histoire naturelle de cette classe d'animaux, par M. de Buffon; et le bel article Oiseau de mon savant et éloquent ami M. Virey, dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle. (S.)

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Bien que les habitudes des oiseaux dépendent principalement de l'organisation et des formes, elles varient fréquemment à cause des diverses dispositions des lieux. Aussi voyonsnous que les uns font leur nid à terre, et les autres sur les arbres; que des oiseaux de rapine se contentent de dévorer des grenouilles et d'autres proies aussi faibles, par la difficulté de forcer des quadrupèdes et des oiseaux dans un pays couvert et embarrassé; que les vrais granivores se nourrissent aussi d'insectes, etc.

Au Paraguay, les uns partent à l'approche de l'hiver, et reviennent au printems; les autres tiennent une marche toute opposée. Il y a des espèces d'engoulevents ou crapauds-volans, qui arrivent quand d'autres nous quittent; il en est aussi de sédentaires, quoique toutes ces espèces soient très-rapprochées entr'elles; ce qui me fait soupçonner que leurs migrations sont déterminées par quelque affection interne, soit habitude ou caprice, plutôt que par un motif fondé. Je pense néanmoins, avec Buffon, que la cause générale du passage des oiseaux est le besoin d'aller chercher leur nourriture; et comme le soleil influe beaucoup sur le plus ou le moins d'abondance de cette

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nourriture, je ne doute point que leurs voyages ne se prolongent au delà des limites que la nature a prescrites au cours du soleil, c'est-à-dire, que la latitude qu'atteignent les oiseaux lorsqu'ils passent d'un pays à un autre, est égale à la déclinaison qui change la position de cet astre. De là on déduit naturellement 1°. que les oiseaux ne peuvent avoir, dans leur passage, d'autre direction que celle d'un pôle à l'autre, c'est-à-dire, celle des méridiens, et jamais celle des parallèles, à moins que des circonstances locales ne les forcent à s'écarter un peu de leur tendance vers les pôles; 2°. qu'un oiseau de passage en Amérique, ne peut se rencontrer en Afrique, ni audessous d'un autre méridien éloigné; 3°. qu'un oiseau de passage qui se trouvait, en été, en dehors d'un tropique, ne peut arriver, dans son voyage, à l'autre tropique; 4°. enfin, que celui qui se trouve au 46e degré, ne peut passer dans l'autre hémisphère. Au contraire, les oiseaux sédentaires se rencontrent et doivent se rencontrer dans des régions très-éloignées, parce que le soleil n'exerçant aucune influence sur eux, ils s'habituent à tous les climats et à toutes les circonstances, en se répandant peu à peu dans toutes les directions. On aura dans

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cet ouvrage une multitude d'exemples qui confirment mes idées à ce sujet.

J'ai vu une grande quantité de nids de petits oiseaux, dans lesquels il n'y avait que deux œufs, jamais plus de quatre, et, dans le nombre de ces œufs, j'en ai trouvé beaucoup de clairs; tandis que les oiseaux de l'ancien continent, qui ont le même genre de vie, ne pondent pas moins de quatre œufs, en ont souvent beaucoup plus, et font deux pontes par an. Il paraît également que les espèces communes aux deux continens produisent moins dans le nouveau que dans l'ancien. Buffon croit que les oiseaux de l'Amérique compensent le peu de produit de chaque ponte en la renouvelant; mais je n'ai jamais observé ce renouvellement, si ce n'est dans le chingolo. Il est certain que le tems de la ponte se prolonge au Paraguay, depuis le commencement d'août jusqu'à la fin de février; mais chaque espèce choisit le mois qui lui convient le mieux dans cet espace de tems.

Un naturel paisible, doux et innocent, semble devoir être l'apanage des oiseaux des pays peu peuplés, tels que le Paraguay, où ils jouissent d'une pleine liberté. En effet, il y en a beaucoup qui sont doués de ces heureuses qualités, et qui sont tellement disposés à l'esclavage,

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qu'avec quelques soins ils fourniraient bientôt de nouvelles peuplades à nos basse - cours, et de nouvelles victimes à notre gourmandise. Aussi, la plupart manquent-ils de la prévoyance et des moyens nécessaires pour éviter les pièges des hommes. Il y en a cependant qui conservent la même défiance que leurs pareils en Europe; nouvelle preuve que ces dispositions dépendent plutôt d'un sentiment interne que du climat, ou de toute autre circonstance locale. C'est à cette même cause morale que j'attribue les qualités sociales des oiseaux; car je vois qu'en Amérique il y en a qui les possèdent, et d'autres qui en sont fort, éloignés; mais j'ai observé que ceux qui en sont doués, se séparent et se rassemblent sans aucun motif apparent.

Si nous regardons comme oiseaux insectivores, ceux qui mangent plus d'insectes que de grains et de petites semences, il serait vrai de dire qu'au Paraguay, les oiseaux non insectivores sont plus rares que les autres; en effet, des myriades d'insectes pullulent sous les climats chauds de l'Amérique, tandis que les grains y sont rares; d'où il résulte que le fond principal de la nourriture des oiseaux s'y compose généralement d'insectes.

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Quoique les oiseaux du Paraguay aient peutêtre, en général, le plumage moins serré et moins fortement implanté qu'en Europe, ceux qui habitent au bas des terrains élevés et couverts de broussailles, se font remarquer à cet égard. Ils sont, en outre, peu farouches; leurs plumes sont plus longues, plus lâches, moins unies, et leurs ailes sont plus courtes, arquées et faibles; ils volent plus rarement, et ils marchent par sauts. Les oiseaux qui vivent uniquement dans les campagnes découvertes, ont les plumes plus arrondies, courtes et fermes, avec les barbes serrées entr'elles; leurs tarses sont aussi plus arrondis et plus gros, et ils marchent à grands pas et avec agilité. Ceux qui fréquentent les campagnes et les lieux couverts, tiennent plus ou moins des uns et des autres, et leur démarche est une espèce de trot ou de pas sauteur. Enfin, les oiseaux des bois ont une parure plus élégante, principalement ceux qui ne s'élèvent pas au-dessus des deux tiers de la hauteur des arbres; et les teintes les plus riches et les plus agréables sont répandues sur leur plumage. De sorte que par la forme des plumes et du tarse, par les couleurs plus ou moins brillantes et par la démarche, on peut très - souvent juger des habitudes

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d'un oiseau, et connaître les lieux qu'il préfère. Les oiseaux les plus timides et les plus farouches sont, pour l'ordinaire, ceux qui habitent les campagnes, comparaison faite avec les oiseaux des bois; on approche plus aisément les uns et les autres lorsqu'ils sont seuls, que quand ils sont en troupe. Enfin, ceux qui se posent tantôt á terre, et tantôt sur les arbres, se laissent tuer plus facilement quand ils sont perchés.

Aucun oiseau ne suit, dans son vol, la direction du vent, pour peu qu'il soit fort, parce qu'il dérangerait le plumage, qui est la chose qu'ils soignent avec le plus d'attention. Par la même raison, si le vent souffle, par exemple, dunord avec quelque violence, tousles oiseaux volent au nord, et aucun ne se laisse pousser entre l'est-sud-est et l'ouest-sud-ouest. C'est encore par la même raison que, lorsque les oiseaux sont en repos, ils ont le bec tourné vers la pluie; et il est aisé de savoir d'où viennent le vent et la pluie, en examinant la position d'un oiseau qui y est exposé, parce que son bec est toujours dirigé vers l'un et l'autre.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX IRIBUS.1

C'EST le nom général que les Guaranis donnent à trois espèces d'oiseaux que les Espagnols nomment très-improprement corbeaux2. Je les place à la tête de mon ouvrage, parce qu'ils sont très-grands et qu'ils purgent la surface de la terre des immondices et des débris d'animaux morts qui, en se corrompant, infecteraient l'atmosphère;

1 Ce nom guarani approche beaucoup de celui d'urubu (pronoucez ouroubou), que les naturels du Brésil donnent à l'espèce de vautour, décrite, dans les ouvrage d'histoire naturelle, sous cette dénomination. (S.)

2 Ce ne sont pas les Espagnols seulement qui ont appliqué la dénomination de corbeau à l'urubu; les Anglais de l'Amérique l'ont aussi appelé carrion crow, corbeau des cadavres. Il suffit au commun des hommes d'apercevoir dans un animal qui s'offre aux regards pour la première fois, quelques traits légers de similitude avec un autre animal que l'on a fréquemment sous les yeux, pour les confondre sous une même dénomination. Mais le naturaliste exige plus de précision, et il rejète ces désignations hasardées et presque sans aucun fondement, qui loin de fournir un rapprochement d'identité, ne présente pas même us point de comparaison. Au rest, il faudrait être bien difficile pour ne pas excuser de semblables erreurs chez ceux qui n'out fait aucune étude de l'histoire naturelle, lorsque des naturalistes eux-mêmes les ont partagées. Barrère, par exemple, a indiqué l'urubu, dans une partie de ses ouvrages, comme un cormoran, et, dans une autre, comme une peintade. Les iribus sont les vautours de l'Amérique.(S.)

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ils sont paisibles, exempts de cruauté et respectés par tous les autres oiseaux. Leur vue est perçante et étendue; leur odorat est très - sensible; ils souffrent la privation de nourriture avec une patience extraordinaire, et ils ont assez de force pour soutenir leur vol à une grande hauteur, sans se fatiguer. Leur tête semble un peu petite, en comparaison du corps, parce qu'elle est dénuée de plumes, de même que le haut et le devant du cou, le tarse et son articulation. D'amples narines, qu'aucune membrane ne recouvre, sont placées près du haut du bec, qui se prolonge en ligne droite jusqu'à sa pointe fort crochue. L'œil n'est ni grand, ni enfoncé, ni surmonté par une saillie de l'orbite, comme celui des buses. La paupière est grosse et sans cils; le tarse est arrondi, robuste et couvert de petites écailles; les doigts sont alongés et naturellement étendus; les trois antérieurs sont unis par une membrane jusqu'à la première articulation, et le postérieur est très-court. Les ongles, quoique forts, ne sont ni très-aigus, ni très-recourbés, ni aussi longs que ceux des oiseaux de rapine; les iribus ne s'en servent pas pour saisir leur proie, et leurs doigts n'y sont pas plus propres que leurs ongles. Les ailes, dans l'état de repos, se soutiennent mal; elles se rétrécissent beaucoup du côté du corps, et dans le vol, elles prennent une forme arrondie, parce qu'à peine sont-elles dépassées par la queue, dont les 12 pennes sont un peu courtes, coupées carrément et à barbes nombreuses. La troisième et la quatrième pennes des ailes sont les plus longues, et l'envergure est à la longueur totale de l'oiseau, comme 227 à 100, excepté néanmoins dans la troisième espèce qui, s'éloignant des deux autres par les formes, se rapproche des buses.

Tous sentent mauvais; ils ne crient point; ils mar-

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chent à pas pesans, et leur corps se soutient horizontalement; ils prennent leur essor avec quelque peine et après avoir fait plusieurs sauts. Ils tournoient ensuite dans les airs pendant plusieurs heures, pour découvrir les charognes dont ils se nourrissent, sans jamais attaquer le plus petit oiseau, ni le plus faible quadrupède. Ils se perchent sur les plus gros arbres; ils vivent seuls ou par paires; mais ils ont coutume de se réunir en troupes pour s'acharner sur les animaux morts. Ils tiennent leur cou un peu retiré. Leur ponte est de deux œufs.

N.° I.

L'IRIBURUBICHA.1

LE mot iriburubicha signifie chef ou roi des iribus. Les Guaranis appèlent ainsi le vautour dont il est question dans cet article, parce qu'ils croient que les autres iribusle respectent; et ils fondent leur opinion sur ce que, quand celui-ci s'abat sur un corps mort, les autres s'éloignent aussitôt pour lui céder la place. Ce n'est là ni respect, ni considération; mais c'est l'effet de la supériorité de la taille et de la force. Les Espagnols l'appèlent corbeau blanc. Il ne passe pas le 32e degré de latitude australe; mais il devient plus nombreux à mesure qu'il avance

1 Rex vulturum Brisson, ornithol. gen. 10, sp. 11, tab. 26. —Vultur papa Linn. syst. nat. gen. 41, sp. 3.—Latham, syst. ornit. gen. 1, sp. 7. Le roi des vautours Buffon, t. XXXVIII, p. 238. Cet oiseau est connu, dans la colonie de Cayenne, sous le nom de roi des couroumous, et non des couroumons, comme on le trouve écrit dans tous les livres d'histoire naturelle, même dans mon édition de Buffon, où cette faute typographique s'esl glissée. (S.)

III. a. 2

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vers le nord. Il fuit de loin lorsqu'il se trouve sur la terre ou sur un arbre isolé; mais on l'approche et on le tue facilement dans les bois où l'on a placé quelque charogne pour appât. L'on assure qu'il fait son nid dans les trous des arbres, et que sa ponte est de deux œufs.

Formes. Bec assez fort; droit dans le tiers de sa longueur, ensuite très-recourbé, entouré à sa base d'une membrane qui forme, de chaque côté jusqu'aux yeux, un grand enfoncement, dans lequel sont placées d'amples ouvertures des narines. Entr'elles s'élève une espèce de crête qui ne s'alonge ni ne se retire, et qui tombe indifféremment d'un côté ou de l'autre; elle est d'une substance molle, et son extrémité est formée d'un groupe très-re-marquable de verrues. Sur la tête est une couronne de peau nue et rouge de sang. Une bandelette de poils noirs et très-courts va d'un œil à l'autre par l'occiput. Au-des-sous de la partie nue du cou est une espèce de fraise trèsjolie, dont les plumes sont dirigées les unes en avant, et les autres en arrière; elle est assez ample pour que l'oiseau puisse, en se resserrant, y cacher son cou et partie de sa tête. Derrière l'œil sont de grosses rides qui vont se joindre sur l'occiput à une bande charnue, saillante et orangée, qui de là descend jusqu'au collier. Ces rides cachent le canal auditif, qui est fort petit, et auprès duquel viennent se réunir d'autres rides qui s'étendent jusqu'au bec. Entre ces rides on aperçoit du duvet, aussi bien que sur le reste des côtés de la tête. La langue est creusée en gouttière, et ses bords sont dentelés comme une scie. Des écailles couvrent le tarse. Il y a 29 pennes aux ailes.

Dimensions. Longueur totale, 29 pouces et demi; de la queue, 8 et demi; du vol, 67 et demi; de la jambe, 6 et demi; du tarse,4 un tiers; du doigt du milieu, 3 et

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demi; de la partie nue du cou, 3; de la pointe du bec à la membrane de sa base, 16 lignes. Largeur de la fraise, 2 pouces; de la membrane du bec, 1 pouce; de la crête charnue, 18 lignes.

Couleurs, Pennes et grandes couvertures supérieures des ailes, queue, trait sur le dos, bec jusqu'à la membrane et tarse noirs; membrane et crête charnue du bec, orangées; peau nue à la base du bec, pourpre; bords des paupières, d'un rouge vif. Les teintes les plus agréables colorent la partie nue du cou: c'est de l'incarnat sur les côtés, du pourpre au-dessous de la tête, du jaune en devant, et du violet noirâtre près de la bande et des rides de l'occiput. Tout le reste, sans en excepter l'iris de l'œil, est blanc. Quelques individus, que je soupçonne des mâles, ont une faible teinte de rouge sur le blanc du cou et de la partie supérieure du dos.

Cette description convient à l'oiseau adulte ou de quatre ans accomplis. A trois ans, il ne présente d'autres différences que d'avoir quelques couvertures supérieures des ailes, noires au milieu des blanches. A deux ans, il a la tête entière et la partie nue du cou d'un noir tirant sur le violet, avec un peu de jaune au cou; sur toutes les parties supérieures, une teinte noirâtre qui règne aussi sur les inférieures, avec des taches longues et blanches; la crête noire, ne tombant d'aucun côté, et n'ayant son extrémité partagée qu'en trois protubérances fort petites. Dans sa première année, il est par-tout d'un bleuâtre foncé, à l'exception du ventre et des côtés du croupion qui sont blancs. En soulevant les plumes sous le corps, on en voit aussi de blanches. Le tarse est verdâtre, la mandibule supérieure du bec d'un noir rougeâtre, l'inférieure d'un orangé mêlé de noirâtre, avec des taches longues et

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noires; la partie nue de la tête et du cou, noire, et l'iris noirâtre, de même que la crête, laquelle ne consiste, à cet âge, qu'en une excroissance charnue et solide.1

N.° II.

L'IRIBU.2

C'EST, pour les Guaranis, l'iribu par excellence. Il est très-commun au Paraguay, quoiqu'il n'habite plus au-delà du parallèle de Buenos-Ayres. L'on sait, par tradition, qu'au tems de la conquête, et même long-tems

1 La liste que donne M. d'Azara, des noms étrangers appliqués à cet oiseau, est copiée de l'Histoire naturelle de Buffon; et l'on y retrouve la même erreur, savoir, que le cosquauhtli des Mexicains est le même que le roi des vautours ou iriburubicha. C'est une méprise dans laquelle Brisson et d'autres étaient tombés avant Buffon.
La dépouille de ce vautour, aussi beau que dégoûtant, se voit dans presque tous les cabinets d'histoire naturelle; et elle y conserve, au bout de plus de vingt années de préparation, une odeur infecte de chair corrompue, qu'elle contracte par l'habitude naturelle à l'animal de se nourrir de cadavres, dont la putréfaction est bientôt extrême sous un climat chaud et humide. (S.)

2 II règne une grande confusion dans la nomenclature de ce vautour, parce que, sous les noms d'urubu, ou de vautour du Brésil, et d'Aura, l'on a confondu deux espèces bien distinctes. Voyez, au sujet de cette méprise que Buffon a faite, de même que les naturalistes qui l'ont précédé, mon édition de ses OEuires, vol. XXXVIII, pag. i38, où j'ai rétabli, le premier, l'ordre et la clarté dans une synonymie fort embrouillée.
Cette remarque me dispensera de rapporter une assez longue discussion de nomenclature que M. d'Azara a écrite, et qui devient inutile, puisqu'elle repose sur une erreur, la réunion de deux espèces différentes. Il me suffira de prévenir que l'iribu est l'urubu de Buffon, et le vultur aura de Linnœus et de Latham. (S.)

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après, cet oiseau n'existait pas à Monte-Video, et qu'il y passa, en suivant les vaisseaux et les barques. On assure qu'il ne fait point de nid, et qu'il dépose deux œufs blancs dans des trous de rochers ou d'arbres. J'ai eu sous les yeux, pendant plus d'un an, un iribu que l'on nourrissait dans une maison; il était d'une grande douceur; il savait distinguer son maître, et il l'accompagnait huit à dix lieues de chemin en volant au-dessus de sa tête, et se posant quelquefois sur sa voiture. Il venait toujours lorsqu'on l'appelait, et jamais il ne se joignait à ceux de son espèce pour prendre sa nourriture; il ne recevait que celle qu'on lui offrait à la main, encore fallait-il lui couper la viande en petits morceaux: s'ils étaient gros, il n'y touchait pas. Un autre iribu également privé, accompagnait son maître dans des voyages de plus de cent lieues, jusqu'à Monte-Video; il se tenait et dormait en dehors de la voiture; mais quand il voyait qu'elle prenait le chemin de la maison, il se hâtait de la devancer, et annonçait ainsi à la maîtresse du logis le retour de son mari.

Cet oiseau tient toujours le cou un peu retiré; il passe la plus grande partie du jour sur les arbres ou sur les palissades, afin de découvrir si quelqu'un s'arrête pour quelque nécessité naturelle, ou jète quelques débris de viande desséchée, ou tue un mouton. Les iribus se réunissent, pour l'ordinaire, plusieurs ensemble sur le même arbre; et comme personne ne les tourmente, ils vivent par-tout tranquilles et en sûreté. Lorsqu'ils sont rassemblés sur les charognes, si quelque bruit ou quelque objet les effraie, tout à coup ils prononcent la syllabe hu d'un ton nasillard, et c'est le seul cri qu'ils fassent entendre. Seuls ou en troupe, ils n'attaquent ni ne harcèlent aucun animal; et quand ils tombent plusieurs sur un animal mort

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d'un petit volume, chacun d'eux cherche à en déchirer un morceau comme il peut, sans avoir de débats àvec ses concurrens. Ils commencent à dévorer les yeux, ensuite la langue, et ce qu'ils peuvent tirer des intestins par l'anus; et si le corps mort a le cuir fort dur, et qu'un chien ou toute autre bête carnassière ne l'ait pas entamé, ils l'abandonnent, après avoir arraché les parties que je viens d'indiquer; mais s'ils rencontrent une ouverture, ils dévorent toute la chair jusqu'aux os, qu'ils ne laissent couverts que de la peau. Ils suivent quelquefois les voyageurs et les barques, et ils vivent des débris et des immondices que l'on jète. Quand ils se sentent blessés, ils dégorgent tout ce qu'ils ont avalé.

Formes. La tête est si aplatie, que l'on pourrait y ajuster une règle depuis le haut de l'occiput jusqu'au crochet du bec. Le bec est droit jusqu'aux huit dernières lignes; il se recourbe ensuite fortement. La tête et le haut du cou sur un pouce de largeur, manquent de plumes et présentent des rides dégoûtantes. D'autres individus ont le cou plus découvert; et dans tous, cette partie nue s'étend davantage en dessus que sur les côtés, et elle suit la partie antérieure jusqu'à la poitrine. L'aile est formée de vingtcinq pennes.

Dimensions. Longueur totale, 23 pouces; de la queue, 6 trois quarts; du vol, 52; de la jambe, 5 et demi; du tarse, 3 et demi; du doigt du milieu, 33 lignes et demie; du bec, 26.

Couleurs. Tout le plumage est d'un noir uniforme, à l'exception des tiges des six premières pennes des ailes, qui sont blanches. La portion crochue du bec est d'un olive clair; le reste est noir, aussi bien que l'iris.

Les petits naissent blancs, et je les ai vus couverts d'un duvet blond.

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N°. III.

L'ACABIRAY.1

LES Guaranis l'appèlent iribu-acabiray; en supprimant le premier nom iribu, qui est générique, le second équivaut à tête rasée ou tête chauve; et quoiqu'il convienne également aux espèces précédentes, j'ai cru néanmoins devoir l'adopter pour celle-ci. Ce vautour est assez commun dans tout le Paraguay, et il passe aussi au sud de la rivière de la Plata; mais comme il n'est pas de la centième partie aussi multiplié que le précédent, il est moins connu. Il se tient seul ou par paire, et il est moins farouche que l'iriburubicha, et plus que l'iribu. Mon ami Noseda m'a assuré que la ponte de cette espèce a lieu au mois d'octobre; qu'elle se compose de deux œufs blancs un peu tachetés de rougeâtre; que le nid ne consiste qu'en un léger enfoncement en terre, dans les halliers à la lisière des bois, sans aucune disposition de matériaux, et que les petits naissent couverts d'un duvet blanc et les yeux fermés.

1 C'est le vautour aura, confondu généralement avec l'iribu, ainsi que je l'ai fait observer à l'article précédent. Catesby l'a fort bien décrit, tom. I, pag. 6; cependant ce qu'il rapporte des habitudes de ce vautour, diffère beaucoup de celles que M. d'Azara donne à ce même oiseau. Les Anglais de la Jamaïque le connaissent sous la dénomination de carrion crow, corneille des charognes; et les Anglais d'Europe, sous celle de turkey buzard, dindon buse. Linnæus et Latham ne l'ont point distingué de l'urubu, et n'en ont fait, avec ce dernier, qu'une seule et même espèce, vultur aura. (S.)

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Ce vautour est beaucoup plus grand que les précédens, et il a la taille de la buse des champs; il lui ressemble même quand il vole, parce qu'il tient les ailes plus élevées que le reste; de sorte qu'elles semblent ne faire qu'une seule pièce avec le corps, lorsque l'oiseau ne les agite pas, ce qui a lieu le plus souvent. Il vole sans cesse près de la terre, et avec beaucoup d'aisance, cherchant à découvrir quelque proie dans la campagne, à la manière de la buse des champs, avec laquelle on le confond à quelque distance; il change aussi rarement de direction, et passe les jours en l'air, comme si cet état d'action continuelle lui était plus naturel que le repos; il paraît néanmoins, à chaque instant, vouloir se poser. Ses ailes ayant la forme d'un carré long, ou, ce qui est le même, se rétrécissant fortement en approchant du corps, et par cette raison étant peu proportionnées pour que l'oiseau ait la faculté de se soutenir en planant à une grande hauteur, il ne s'élève pas autant que les premiers, ne tournoie pas comme eux, et son ensemble n'est pas si arrondi. Il a la queue plus longue que les autres; la jambe et le tarse plus courts, et la tête plus petite; il plie mieux les ailes, a moins de chair à proportion, est moins vorace, recherche moins les corps morts, se nourrit également de limaçons, d'insectes, ne poursuit point les oiseaux et n'est point querelleur. Si on le compare à la buse des champs dont je viens de parler, on reconnaîtra que son pied est plus court, et que sa jambe et ses doigts sont plus longs. La conséquence de ce qui précède, c'est que l'acabiray commence à s'éloigner de la famille des iribus, pour se rapprocher un peu des buses.

Formes. Ajoutez, aux détails de conformation exposés plus haut, que la penne extérieure de chaque côté de la

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queue est de 6 lignes plus courte que les deux suivantes, et que celles-ci sont dans le même rapport avec les pennes intermédiaires, les autres étant étagées; que 21 pennes, desquelles la troisième est la plus longue, composent les ailes; que le tarse n'a point d'écaillés sur le devant et sur la moitié supérieure de ses côtés, et qu'il est grêle dans le reste; que la tête, le haut du cou sur un pouce et demi de hauteur, et le devant jusqu'à la poitrine, sont nus, quoique les plumes des côtés du cou en recouvrent la partie antérieure; qu'une membrane d'un rouge violet couvre le bec jusqu'au-delà des ouvertures des narines; qu'enfin, le bec est robuste, droit sur la plus grande partie de sa longueur, et très-crochu dans le reste.

Dimensions. Longueur totale, 25 pouces un quart; de la queue, 9 deux tiers; du vol, 66, de sorte qu'il est à la longueur totale, comme 261 à 100: de la jambe, 5 un sixième; du tarse, 3; du doigt du milieu, 31 lignes; de la membrane de la base du bec jusqu'à la pointe, 10, et jusqu'à l'angle antérieur de l'œil, 28.

Couleurs. Tout le dessus de l'oiseau est noirâtre; mais les couvertures supérieures des ailes ont une bordure brune, et les pennes, des reflets d'un violet foncé; les tiges des cinq premières pennes sont blanchâtres en dessus et blanches en dessous; les parties inférieures de l'oiseau sont noires, à l'exception de la queue, des pennes et des grandes couvertures de l'aile, qui ont une teinte argentée. Dans les endroits où le tarse est dénué d'écaillés, sa couleur est jaune de paille; quelques individus l'ont d'un blanc rougeâire. L'iris de l'œil est d'un jaune léger. Devant l'angle antérieur de l'œil, sont des poils courts et noirs, et les yeux sont entourés de jaune. Une autre ligne de poils noirs et courts va d'un œil à l'autre, en passant sur la tête qui,

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dans le reste, est d'un rouge tirant sur le pourpre fonce l'on voit sur le bas de l'occiput des rides de cette même teinte, et d'autres de couleur de paille, laquelle est encore celle de la base du bec. Le bec est blanc.

Des individus ont des teintes moins vives; et c'est en cela seul que consiste la marque distinctive des sexes.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX OISEAUX DE PROIE DIURNES.

LES Guaranis comprennent, sous le nom de tagüato, tous les oiseaux de proie diurnes, dont la multiplicité d'espèces m'a étrangement embarrassé pour les distribuer convenablement en familles; et je crains de ne l'avoir pas fait avec assez, d'exactitude. La nature, en réglant les formes de chaque espèce, a déterminé les lois de leur instinct, abandonnant à chacune la liberté et le choix entre de nombreuses facultés compatibles avec son organisation. Ainsi nous voyons au Paraguay quantité d'oiseaux qui, sans mettre en usage leurs forces, leurs serres et leur bec, par lesquels ils prennent rang parmi les oiseaux sanguinaires, guerriers et cruels, se contentent de vivre d'insectes, de limaçons, de serpens, de grenouilles, de vers, de grillons, de sauterelles, de fourmis ailées, etc. et qui, n'abusant pas de leurs facultés, conservent une paix constante au milieu de la gent volatile, vraisemblablement à cause des difficultés qu'ils éprouveraient à chasser dans des contrées couvertes de bois et de halliers. Quoi qu'il en soit, les oiseaux de proie que j'y ai vus n'ont pas la cruauté de ceux d'Europe; il y a même des espèces dont le naturel social les porte souvent à se réunir, non-seulement dans les mêmes cantons, mais encore au haut des airs, en y formant ensemble divers circuits au-dessus des terrains que l'on prépare pour la culture en y mettant le feu, et guettant de compagnie les apereas, les inambus, les serpens, etc. qui sortent de leurs trous à moitié brûlés, ainsi

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que les insectes qui volent pour éviter les flammes.

Tous ces oiseaux ont une voix désagréable, le cou un peu court, et que des plumes bien fournies rendent gros en apparence; ils relèvent celles de l'occiput lorsqu'ils sont affectés de crainte. Ils ont la tête grande; une ample ouverture du bec; la vue perçante et étendue; l'œil transparent, et pour l'ordinaire placé dans une cavité recouverte en dessus par un rebord demi-circulaire, saillant et osseux; les cils épais; la langue charnue, creusée en gouttière et presque également grosse dans toute sa longueur; la mandibule inférieure du bec en gouttière, droite et beaucoup moins épaisse que la supérieure; celle-ci plus forte, peu ou point recourbée sur les deux tiers de sa longueur, mais se terminant ensuite en crochet aigu; la base du bec munie d'une membrane moins large que celle des iribus, sur laquelle sont placées les ouvertures des narines; enfin, quelques poils devant l'angle antérieur de l'œil. Tous ont encore le pied robuste; il n'est entièrement emplumé que dans une seule espèce; les autres n'ont de plumes qu'à l'articulation et un peu au-dessous, sur le devant du pied; celles qui tombent de la cuisse sont communément un peu longues, et couvrent la jambe à l'extérieur. Les écailles du tarse ont presque toujours une teinte jaune; elles sont grandes et aplaties devant et derrière; les doigts sont longs et robustes; celui de derrière est le plus fort; viennent ensuite l'interne, l'intermédiaire et l'extérieur; une membrane unit ordinairement les deux derniers jusqu'à la première articulation; les ongles suivent le même ordre en force et en longueur; ils sont tous très-crochus et aigus, longs, forts et noirs; celui du milieu a un rebord saillant le long de son côté interne.

Ces oiseaux ne marchent pas avec légèreté; ils en sont

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empêchés par leurs serres et par la contraction naturelle de leurs doigts. Si on les tourmente, ils étendent les ailes, ouvrent le bec, tirent la langue et saisissent avec leurs serres; mais si on les harcèle à l'excès, ils se mettent sur le dos, et se défendent de leurs griffes, sans se servir de leur bec. Leur ponte est de deux œufs, comme je l'ai observé dans plusieurs espèces; et au Paraguay ces espèces sont plus nombreuses, sans comparaison, qu'à la rivière de la Plata. On voit ces mêmes oiseaux transporter leur proie où ils veulent, ce que ne font jamais les iribus; ils passent plusieurs jours sans prendre de nourriture et sans perdre de leur vigueur; ils ne boivent jamais; leurs excrémens sont liquides, et ils les rejètent au loin. On les trouve ordinairement seuls, ou le mâle avec sa compagne chérie, bien que l'amour ne suffise pas pour leur faire partager leur butin. Ils ont le port droit, moins cependant que les oiseaux de proie nocturnes. Leur envergure a beaucoup d'étendue; leur vol est soutenu, rapide chez quelquesuns, quoiqu'il ne surpasse pas celui de la plupart des oiseaux; de sorte qu'excepté les faucons, les autres sont forcés d'user, pour chasser, d'expédiens qui puissent suppléer à la vitesse qui leur manque, ainsi que je l'expliquerai en son lieu; en indiquant les exceptions qui pourront se rencontrer.

Buffon assure que dans la famille des oiseaux de proie, le mâle est d'un tiers plus petit que la femelle; mais je n'ai rien remarqué de semblable; au contraire, j'ai presque toujours vu que les deux sexes ne présentent point de différence de grandeur. Le même auteur s'est proposé de rapprocher les oiseaux de proie de l'Amérique de ceux de l'Europe; c'est de quoi je ne m'occuperai point, et je me contenterai de décrire les seuls que je connaisse.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CARACARAS.

CETTE famille est composée de trois espèces: la première porte, au Paraguay, le nom de caracara, et les autres se nomment caracaray (petit caracara); on les appèle autrement à la rivière de la Plata. La première espèce ne diffère des autres que par une plus grande taille, plus de force, plus de pesanteur, et par les modifications que ces attributs apportent aux habitudes naturelles.

Les caractères communs à tous consistent en un moindre aplatissement de la tête que dans les aigles et les buses, en ce que l'orbite ne forme pas un rebord saillant au-dessus de l'œil, et en ce que les paupières n'ont que des cils rares. Leur bec n'est pas aussi recourbé, ni aussi gros, ni aussi pointu que celui des autres oiseaux de proie. La jambe n'est pas fort couverte de plumes en dehors, et le tarse l'est très-peu en devant et au-dessous de l'articulation; ses côtés sont légèrement comprimés; il n'est ni gros, ni rude, et ses écailles, qui ne sont point aplaties ni fort grandes en devant et derrière, sont hexagones. Les doigts sont alongés et déliés, et les ongles peu crochus, courts et faibles, proportion gardée. L'aile a la forme d'un carré long; elle est longue et étroite, presque par-tout d'une égale largeur, et composée de 24 pennes, dont la troisième et la quatrième sont les plus grandes; dans le vol elles forment la croix avec le corps. La proportion de l'envergure, à la longueur totale, est comme 23 à 10. La queue a 12 pennes égales, excepté l'exté-

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rieure, qui est plus courte de 8 lignes. Les plumes de la tête se terminent en pointe; l'oiseau les relève un peu quand il le veut; et comme celles du haut du cou repoussent celles de la nuque, leurs pointes se replient et se frisent en forme de couronne, ce qui a lieu assez généralement.

Les caracaras volent horizontalement, mais plus bas que les aigles et plus haut que les buses, et avec plus de vîtesse que les uns et les autres, sans néanmoins égaler les faucons et les éperviers. Leur démarche est plus aisée que celle de tous les oiseaux de proie. Ils s'avancent jusque dans les lieux habités, et ils sont aussi peu farouches que les iribus. Ils se posent sur les arbres, sur les toits des maisons, ou sur la terre, et ils ne prennent aucun soin pour se cacher; personne ne les inquiète, et leur chair n'est pas bonne à manger. L'on voit ordinairement ensemble le mâle et la femelle, entre lesquels on n'aperçoit aucune dissemblance extérieure. Ils se rassemblent fréquemment en grand nombre sur les charognes dont ils font leur pâture, quoiqu'ils dévorent aussi les crapauds, les grenouilles, les coquillages, les vers, les limaçons, les lézards, les chenilles, les grillons, les fourmis aîlées, etc. On m'a assuré que la première espèce de caracara fouille non-seulement les bouzes des bêtes à cornes pour y chercher les insectes qui s'y logent, mais encore la terre pour y découvrir les vers. Je l'ai vu aussi tuer et dévorer des serpens et saisir les mouches, et je crois bien que ce sont des habitudes communes aux autres espèces. Ils boivent pendant les chaleurs, et quand ils font entendre leur chant d'amour. Le mâle, aussi bien que la femelle, renversent leur tête en arrière jusqu'à ce qu'elle s'applique sur le dos.

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N° IV.

LE CARACARA.1

A la rivière de la Plata, où cet oiseau n'est pas aussi commun qu'au Paraguay, on l'appèle carancho; au Brésil, gaviao (buse); chez les Guaranis, caracara, nom que je lui ai conservé, parce qu'il le prononce fréquemment. J'ai vu un mâle de cette espèce, qui avait saisi un crapaud, se percher sur un arbre, appeler sa femelle et la régaler de sa proie.

Les caracaras du Paraguay commencent à entrer en amour au mois de juin, et leur ponte a lieu en août, septembre et octobre. Ils placent leur nid à la cime des arbres, et de préférence sur ceux qui sont le plus embarrassés de lianes. Dans les contrées où de pareils arbres ne se rencontrent pas, comme à Monte-Video, ils font leur nid dans quelque hallier, le composent toujours de bûchettes et de petites lianes, avec lesquelles ils forment une aire spacieuse, presque plate, et tapissée d'une couche épaisse de crins disposés sans art; ils y déposent deux œufs fort pointus à un bout, pointillés et tachés de rouge de sang sur un fond rouge tanné, et dont les diamètres sont de 26 et de 21 lignes. Les petits ressemblent à leurs père et mère, qui

1 Caracara Maregrave, hist. Brasil., pag. 211. —Busard du Brésil, circus Brasiliensis Brisson, ornith. gen. 8, sp. 31. — Falco Brasiliensis Lin. syst. nat. gen. 42, sp. 64. —Latham, syst. ornith. gen. 2, sp. 40. Il faut bien distinguer cet oiseau d'un autre caracara dont le père Dutertre a parlé dans son Histoire des Antilles, et qui est l'agami. (S.)

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les accompagnent pendant long-tems, jusqu'à ce qu'ils aient appris à se procurer eux - mêmes leur subsistance.

Le caracara se nourrit de tous les animaux que dévorent les iribus, les buses, les éperviers, les faucons et les oiseaux insectivores; tout lui convient; il guette, saisit et mange tout. Son espèce est presque aussi nombreuse que les autres espèces d'oiseaux de rapine ensemble; il vit seul, ou par paires. On entend quelquefois quatre ou cinq de ces oiseaux se rappeler et se réunir pour poursuivre une proie qu'un seul ne pourrait prendre. C'est de cette manière que je les ai vus donner la chasse aux hérons, aux: buses rousses, et à d'autres oiseaux. On croit généralement qu'ils parviennent ainsi à tuer les autruches, les faons et les agneaux. Si les parcs de moutons ne sont point gardés par un chien, un seul caracara peut dévorer le cordon ombilical et arracher les intestins aux agneaux nouveaux nés.

Cet oiseau est capable de ravir la proie à tous les autres, les aigles exceptés. S'il aperçoit un iribu avaler un morceau de chair, il se met à sa poursuite, jusqu'à ce que le vautour ait rejeté ce qu'il a pris. Quand un chasseur tire un oiseau, le vigilant caracara arrive promptement, et fond sur l'oiseau, s'il aperçoit qu'il est blessé. Quoiqu'il s'élève peu, il se laisse tomber comme les aigles sur les apereas, les inambus, etc. mais seulement lorsqu'ils sont tranquilles; car s'ils courent ou se cachent, il ne peut rien contre eux. Il dédaigne les petits oiseaux, sans doute parce qu'il ne peut pas les prendre; il enlève quelquefois les poulets, s'il les trouve seuls et écartés, mais il n'attaque point les poules. Les moqueurs, les hirondelles, les tyrans, les guira-cantaras, etc. le suivent dans son vol,

III. a. 3

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le frappent à coups de bec sur le dos, l'épouvantent et le mettent en fuite.

Formes. La grosseur, la physionomie, le bec et les serres sont les mêmes que dans la grande buse; cependant, en y regardant de près, on aperçoit des dissemblances, telles que la nudité du front, des côtés de la tête et de l'articulation du tarse; les ongles offrent aussi des différences; la peau nue du front, s'étendant au-dessus de l'œil et descendant par derrière, va occuper, en passant par l'angle des mandibules, les joues entières et presque toute la moitié du bec; les ouvertures des narines sont petites et irrégulières; sur la tête les plumes sont dures et terminées en pointe; elles s'alongent sur l'occiput; la gorge est nue; l'ongle du doigt du milieu est presque droit.

Dimensions. Longueur totale, 21 pouces et demi; de la queue, 8 un quart; du vol, 50; de la jambe, 57 lignes; du tarse, 48; du doigt du milieu, 24; de l'ongle, 10; de l'œil, 6; du bec, 21; sa largeur est de 10 lignes, et son épaisseur de 14.

Couleurs. Cet oiseau a le dessus de la tête, le dessous du corps, le bout de la queue, les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, les pennes du milieu et toutes les petites couvertures, d'une nuance noirâtre; les autres couvertures brunes; les six premières pennes blanches, rayées et pointillées de brun, avec du noirâtre vers la pointe; la membrane du bec orangée; la gorge et les côtés de la tête presque blancs; du bas de l'occiput à la queue, le plumage est rayé transversalement de brun et de blanc; les raies blanches dominent jusque vers le bas du dos, où les autres deviennent à leur tour plus nombreuses; le devant du cou, jusqu'à la poitrine, est traversé de lignes noirâtres et d'un plus grand nombre de

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blanches; les couvertures inférieures de la queue sont blanchâtres, et variées de lignes brunes peu sensibles; le bec est d'un blanchâtre teint de bleu, et la couleur de l'iris est un mélange de gris et de roux.

Il y a des individus dont les teintes sont plus faibles ou d'un brun pâle, avec des taches sur la poitrine, et d'autres qui ont des couleurs plus foncées; j'ai décrit ceux qui tiennent le milieu entre les uns et les autres.

N.° V.

LE CHIMANGO.1

Cet oiseau, ainsi que le suivant, portent au Paraguay le nom de caracaray; et à la rivière de la Plata, celui de chimangos et de chimachimas, à cause de leur cri chiii qu'ils répètent très-souvent, en repos ou en volant. Je n'ai donc pu mieux faire que de nommer caracara l'oiseau de l'article précédent, celui-ci chimango et le troisième chùnachima. Ces deux derniers diffèrent du caracara, en ce qu'ils sont plus petits et plus faibles, et en ce qu'ils n'attaquent aucun oiseau, ni quadrupède, si ce n'est peutêtre quelque petit rat, et encore j'en doute. Leur vol est lent; ils ont l'habitude de se rouler et de se secouer dans la poussière, comme les poules; ils se perchent de préférence sur les arbres secs, les monticules de terre et les tas de pierre; enfin, ils n'ont ni le front, ni la gorge dénués de plumes.

Le chimango se voit rarement au Paraguay; mais il est si commun à la rivière de la Plata, que les maisons de campagne en sont entourées. L'on assure assez, générale-

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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ment qu'il niche sur les sables où abondent les trous de fourmis, ou sur les élévations de terre formées par ces insectes; quelques bûchettes et quelques rameaux en composent les matériaux. L'on m'a dit aussi que les œufs sont piquetés de brun sur un fond blanc. Les jeunes ne diffèrent point des vieux; et je n'ai point remarqué de différence bien sensible entre les individus de cette espèce.

Formes. Les plumes de la tête se terminent en pointe; la membrane du bec s'étend un peu; les ouvertures circulaires des narines y sont placées.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; du vol, 32 et demi; de la queue, 6; du bec, 11 lignes; de la jambe, 37; du tarse, 30; du doigt du milieu, 15, et de l'ongle, 6.

Couleurs. Les plumes des parties supérieures sont brunes; celles de la tête ont leur milieu noirâtre, et les autres une bordure d'un brun clair. Il y a sur le front un toupet noirâtre qui s'élargit au-dessus de l'œil jusqu'au-delà des oreilles; le reste des côtés de la tête est brun. Cette même couleur, mais plus claire et mélangée de roux, est celle des plumes de la gorge et du devant du cou jusqu'à la poitrine; leurs tiges sont noirâtres. La poitrine et les jambes sont aussi d'un brun très-clair, avec des raies noirâtres et blanchâtres. Le ventre est roussâtre, et les couvertures inférieures de la queue sont blanches; celles du dessus ont des raies brunes. Les six premières pennes de l'aile et leurs couvertures supérieures sont mi-parties de noirâtre luisant et de blanc roussâtre, rayé et pointillé de noirâtre. Le reste de l'aile a des bandes rousses et noirâtres; en dessous elle est variée de brun et de noirâtre. La queue a du blanc sale à son extrémité, puis du noirâtre sur la largeur d'un pouce; enfin, des points et

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des traits irréguliers noirâtres sur un fond cendré qui blanchit en remontant vers la naissance des pennes.

L'iris de l'œil est d'un roux teinté de noir, le bec blanc verdâtre, et sa membrane d'un jaune clair, de même que le tarse.

N°. VI.

LE CHIMACHIMA.1

CELUI-CI recherche avec beaucoup de soin les bêtes de somme que les bâts ont blessées. Il se pose et se cramponne avec tant de force sur les plaies qu'il déchire, sans s'inquiéter des bonds et des ruades, qu'il ne reste au malheureux animal, ainsi dévoré en détail et tout vivant, que la ressource de se rouler à terre ou de se jeter dans un bois.

Lorsque le chimachima relève les plumes de l'occiput, celles des côtés de la tête se redressent et forment des espèces de petites cornes. Ses dimensions sont à peu près les mêmes que celles du chimango, et seulement un peu plus fortes. J'ai vu souvent les père et mère accompagner un seul petit, et lui donner à manger depuis février jusqu'en juillet; ce qui me fait soupçonner que cette espèce ne produit qu'un petit par couvée.

Couleurs. Derrière l'œil commence un trait noir qui se termine sur le côté de l'occiput. Le reste de la tête, le cou entier, tout le dessous et les côtés du corps, ainsi que les couvertures supérieures de la queue, sont d'un blanc mêlé de roux. Le dos et les ailes sont noirâtres en dessus, à l'exception d'une grande place de deux pouces, comme marbrée de blanc et de noirâtre sur les ailes; en dessous

1 Espèce que je crois également nouvelle. (S.)

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elles sont rayées de roux et de noirâtre; les raies de cette dernière teinte ont pins de largeur. La queue est d'un blanc sale à son extrémité, ensuite brune sur la largeur d'un pouce et demi; rayée de blanc sale et de noirâtre sur le reste de ses pennes intermédiaires, de noir et de roux jaunâtre sur les autres. La teinte du bec est un blanc mêlé de bleu; l'iris est d'un roux brun, et la paupière jaune.

Les jeunes ont les mêmes dimensions que les vieux, et leur plumage ne diffère qu'en ce que les teintes sont plus mattes en général, et que des taches et des raies plus nombreuses en varient l'uniformité. Une peau nue et blanchâtre couvre la base du bec et entoure les yeux. Le bec est blanchâtre pâle, l'iris brun et le tarse plombé. Ces jeunes oiseaux conservent leur première livrée jusqu'au mois de janvier de leur seconde année; la mue a lieu jusqu'à la fin d'avril, époque à laquelle ils ont pris l'habit qu'ils ne doivent plus quitter. Mais si on les élève en cage, tout ce qui est blanc pâle sur le plumage parfait, reste roux jaunâtre, même quand ils sont adultes..

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX AIGLES.

JE donne le nom d'aigles aux oiseaux les plus lourds, les plus grands et les mieux armés de tout le Paraguay, jusqu'à la rivière de la Plata; ce sont aussi les plus redoutables pour les quadrupèdes et les oiseaux des campagnes seulement; car ceux qui se tiennent dans les bois sont en sûreté contre leur rapacité. Ces aigles ont le corps d'un grand volume; les serres et le bec très-propres à saisir avec force; la tête aplatie en dessus et couverte de plumes terminées en pointe, qu'ils relèvent lorsqu'ils sont émus. Leur envergure est à la longueur de leur corps, comme 256 està 100; leurs ailes sont fortes, et ne s'alongent pas en pointe comme celles des faucons, ni en carré long comme celles des caracaras; mais elles se rétrécissent dans les parties les plus voisines du corps; ce qui donne à ces oiseaux la faculté de se soutenir avec facilité dans les airs et d'y planer à une grande hauteur. Leur queue se compose de douze pennes égales, très-fournies de barbes et très-fortes. Ils ont le tarse nu et robuste, et la jambe peu emplumée en dehors. Leur port est assez droit, leur physionomie tranquille et fière, et leur naturel si stupide, qu'à peine ils connaissent le danger, et qu'ils se laissent aisément approcher et tuer.

Dans toutes les espèces, le mâle et la femelle ne s'éloignent guère l'un de l'autre. Les deux premières poussent un sifflement aigu et lamentable qui se fait entendre de

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loin. Il est probable que le cri des troisième et quatrième espèces est le même; mais je n'en suis pas assuré. Les aigles ne viennent à terre que pour saisir leur proie; ils se perchent vers la cime des plus grands arbres, dans les campagnes ou à la lisière des bois, pour y attendre au passage les gros rats. Ils dédaignent les petits oiseaux, quoique souvent ils en soient assaillis et qu'ils soient étourdis de leurs cris. Leur vol est étendu, mais plus lent que celui des oiseaux qui volent peu. Pour chasser, ils se laissent tomber du haut des arbres, ou plus ordinairement ils s'élèvent en battant mollement des ailes jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à une grande hauteur, et ils y volent en tournoyant jusqu'à ce qu'ils aient découvert une proie; alors ils s'abattent perpendiculairement les ailes pliées et sans bruit: il est rare que l'animal sur lequel ils fondent fasse aucun mouvement, la frayeur le retient; mais s'il veut s'enfuir soit au vol, soit à la course, les aigles le suivent, et s'en emparent bientôt avec la vîtesse qu'ils ont acquise en s'élançant du haut des airs. Ils arrivent de toutes parts, comme les buses, au-dessus des terres que l'on brûle, pour se jeter sur les couleuvres, les oiseaux, les quadrupèdes et les insectes qui cherchent à éviter les flammes. Les inambus des champs, les poules et d'autres oiseaux de grande et de moyenne taille, les apereas, les agneaux et les faons sont leurs victimes ordinaires. Si leur proie n'est pas trop grosse, ils l'emportent sur les arbres, ils l'y déchirent en grands morceaux et la dévorent avec les os et les plumes. Ils s'abattent aussi sur les cadavres récens, de même que les iribus, qui leur cédent la place et se tiennent à quelque distance, jusqu'à ce que les aigles soient repus. C'est du moins ce que j'ai observé dans les trois premières espèces.

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N.° VII.

L'AIGLE COURONNÉ.1

LES Espagnols l'appèlent aguila, et les Guaranis, taguato hobi (buse bleue); mais comme l'épithète de bleue est trop générale, et que d'ailleurs elle ne convient qu'au mâle, j'ai préféré de donner à cet oiseau celle de couronnè, parce qu'en effet il porte une couronne. Quelques aigles de cette espèce se rencontrent au Paraguay et à la rivière de la Plata.

Formes. Une membrane occupe 9 lignes de la longueur du bec, et les ouvertures des narines sont presque en dehors. Au-dessus de l'occiput naissent quatre grandes plumes, longues de 45 lignes, larges de 6, terminées en pointe, que l'oiseau redresse à volonté, et qui sont toujours un peu soulevées. L'articulation de la jambe et une partie du tarse en devant sont garnies de plumes. Le tarse est arrondi, assez gros et couvert de petites écailles hexagones. Il y a 27 pennes aux ailes, et l'extérieure est la plus grande.

Dimensions. Le mâle a 28 pouces de longueur totale; la queue, 10 et demi; le vol, 69; la jambe, 6 et demi; le tarse, 5 et demi; l'œil, 8 lignes; le bec, 25, épais de 16 et large de 12; le doigt du milieu, 32, et l'ongle, 16; le doigt extérieur, 22, et l'ongle 14; l'intérieur, 21, et l'on-

1 Cette espèce me paraît être celle que l'abbé Molina a décrite imparfaitement dans son Histoire naturelle du Chili, sous la dénomination de calquin qu'elle porte au Chili. Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXVIII, pag. 52. Elle ne doit donc pas être confondue avec l'aigle couronné de Buffon, falco harpyja de Linnæus et de Latham. (S.)

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gle, 19; le doigt postérieur, 21, et l'ongle, 19 et demie.

Couleurs. Presque tout le plumage est d'un brun mêlé de bleu, plus clair sur les parties inférieures. Les couvertures de la queue sont terminées de blanc; les premières pennes des ailes et la queue sont noirâtres; celle-ci a une bande blanche, large de 18 lignes, qui commence à deux pouces de son extrémité, avec un trait de la même couleur qui tient le milieu entre la bande et la naissance des pennes. La membrane du bec est d'un jaune vif, l'iris, noisette et le tarse jaune.

La femelle a la même grandeur et la même couronne que le mâle; elle n'en diffère que par les teintes du plumage. Les plumes de sa tête sont d'un roux clair, avec du brun dans leur milieu; celles de la nuque, jusqu'au milieu du cou, sont blanches à leur naissance, et brunes dans le reste, avec une bordure rousse; de là jusqu'aux couvertures de la queue, elles sont brunes, de même que les couvertures supérieures des ailes. Le devant du cou est comme marbré de brun, de blanc et de roux clair. Les côtés de la tête, la gorge, et tout le dessous du corps sont blancs; c'est la couleur des couvertures supérieures de la queue, qui ont une tache brune près de leur extrémité. La queue est bleuâtre; une bande brune et large de deux pouces la termine, et l'on y remarque quelques petites taches et des points rares d'une nuance plus foncée. Les ailes sont variées de brun et de bleuâtre; leurs couvertures inférieures sont blanches, avec quelques taches noirâtres vers leur pointe.

Dans le courant du mois d'octobre, M. Noseda tua un oiseau de proie, dont il fit la description sous la dénomination de barcino; il lui attribue les mêmes habitudes qu'à l'aigle couronné, et il le regarde comme une

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espèce nouvelle. Pour moi, je ne doute pas que ce ne soit une jeune femelle de l'espèce que je viens de décrire.

N.° VIII.

L'AIGLE NOIRATRE ET BLANC.1

IL se trouve, sans être nombreux, au Paraguay, et on le voit habituellement par paires.

Formes. Vingt-cinq pennes, dont la quatrième est la plus grande, composent les ailes; il y en a douze étagées à la queue; l'extérieure est de 15 lignes plus courte que celles du milieu.

Dimensions. Longueur totale, 25 pouces, et quelquefois 23; de la queue, 9; du vol, 65; de la jambe, 6 un quart; du tarse, 4 trois quarts; du doigt du milieu, 29 lignes; de tous les ongles, 15; du bec, 23.

Couleurs. Les plumes de la tête, du cou, du dessus du corps jusqu'à la queue, sont d'un noirâtre mêlé de bleu, et terminées de blanc sâle, à l'exception de celles du dos. De petits points blanchâtres sont parsemés sur la queue, dont la couleur est noirâtre. Les couvertures supérieures des ailes sont cendrées, et leurs tiges noirâtres, ainsi que les lignes qui les transversent; mais les plus grandes, ainsi que les pennes, sont d'un cendré plus foncé, et variées de zones étroites et noires. Tout le dessous de l'oiseau est d'un beau blanc; il y a seulement des lignes transversales noirâtres sur les couvertures inférieures de la queue et sur les grandes des ailes; mais les petites ont seulement leurs tiges de cette teinte sombre. Le tarse,

1 Cette espèce ne paraît pas avoir été décrite avant M. d'Azara. (S.)

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d'un jaune clair, a de grandes écailles aplaties devant et derrière. La membrane du bec est d'un jaune pâle; le bec, noir à sa pointe, est bleu dans le reste; l'iris est couleur de noisette très-faible.

M. Noseda a décrit un oiseau qui lui a paru une espèce nouvelle, et qui n'était qu'un jeune individu de celle-ci. J'en dis autant d'un autre oiseau que le même M. Noseda a également regardé comme nouveau, et qu'il a appelé negro chorreado.

N.° IX.

L'AIGLE BRUN.1

J'AI rencontré seulement par les 31e et 34e degrés de latitude, quelques paires d'oiseaux de cette espèce qui, dans les mois de juin et de septembre, arrivent pour dé-

1 Nous avons vu que M. d'Azara n'admet presque point de variétés de sexe, ni d'âge, dans la tribu des oiseaux dont la tyrannie pèse sur les nombreux habitans des airs, au midi de l'Amérique. Il n'en est assurément pas ainsi sur notre continent, où les variétés dans les oiseaux de rapine surpassent de beaucoup en nombre les espèces réelles; de sorte que si l'on ajoute à tant de variétés que la nature offre constamment à nos yeux, celles qui n'ont d'existence que dans les diverses manières de décrire, de préparer ou de comparer les divers individus de la même espèce, il sera facile de se figurer le chaos presque impénétrable qui enveloppe et qui enveloppera encore long-tems l'histoire naturelle des oiseaux de proie. De là vient que les uns ont donné comme des espèces distinctes, le mâle ou la femelle, le jeune ou le vieux de la même espèce, tandis que d'autres les ont réunis; que ceux-ci ont admis dans leurs descriptions des détails de conformation ou de couleurs que la nature désavoue, et qui ne sont dues qu'à la main du préparateur, tandis que ceux-là ont changé, presqu'arbitrairement, l'ordre et les dénominations; de sorte que des aigles reconnus par les uns, sont devenus des vautours pour les autres; que des vautours sont devenus des aigles, etc. etc.
Au milieu de cette confusion, que l'on peut appeler factice, puisque la nature n'y est pour rien, et qu'elle dépend uniquement de l'insuffisance des observations et de l'instabilité de nos arrangemens, l'embarras est extrême, lorsque l'on doit décider si un oiseau de proie nouvellement décrit, se rapporte à une espèce déjà connue, ou si elle est réellement nouvelle, dans le sens que les naturalistes attachent à ce mot, c'est-à-dire, si aucun auteur n'en a parlé auparavant. Quelqu'attention que j'apporte à comparer les descriptions faites par M. d'Azara, avec celles des ornithologistes qui l'ont précédé; quelque tems que j'emploie, quelque courage que je mette à un travail aussi aride et aussi fastidieux, je ne répondrais pas qu'un examen plus heureusement ou plus habilement dirigé, ne fît découvrir quelqué méprise dans les jugemens que j'ai portés sur l'identité ou la disparité de certaines espèces.
A la suite de ces observations, qui m'ont paru nécessaires, je dirai que l'aigle brun de M. d'Azara me semble constituer une espèce nouvelle. (S.)

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vorer les vaches mortes dans les pâturages et dans les terrains en culture. Ils se montraient très-farouches, et ils me paraissaient avoir, au vol, les ailes moins étendues et le corps moins gros qu'ils ne les ont réellement.

Formes. La tête est aplatie et revêtue de plumes qui finissent en pointe. Le bec est très-fort. Les ailes ont 22 pennes, dont la quatrième est la plus grande; il y en a 12 à la queue; elles sont légèrement étagées. Des écailles aplaties couvrent le devant du tarse. Les ouvertures des narines sont placées au bout de la membrane du bec.

Dimensions. Longueur totale, 25 pouces; de la queue, 9; du vol, 63 et demi; de la jambe, 6; du tarse, 4 et demi; du doigt du milieu, 2 et demi, et de l'ongle, comme du bec, 2.

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Couleurs. La tête est d'un brun un peu varié de blanc; un sourcil blanc surmonte l'œil et un trait noirâtre l'entoure et va joindre l'occiput en passant au-dessus des oreilles. Le cou et le corps sont bruns en dessus, ainsi que les couvertures supérieures des ailes et de la queue; mais ces dernières ont des points blancs à leur extrémité. La gorge, le dessous et les côtés du cou sont blancs et tachetés de noirâtre. Des points blancs, plus multipliés sur le ventre, sont semés sur le fond noirâtre du dessous du corps, et des traits ondulés et blancs se font remarquer sur les couvertures inférieures de la queue. Les teintes répandues sur les ailes sont du noirâtre qui en forme généralement le fond; du blanc sale qui pointille l'extrémité des pennes et des couvertures supérieures; du blanc sur les tiges des pennes moyennes; enfin, du cendré mêlé en ondes au noirâtre des grandes pennes et au gris de leurs couvertures. En dessous, les pennes extérieures sont brunes et les autres noirâtres; les grandes couvertures sont comme marbrées de gris, de blanc et de brun clair; toutes les autres, noirâtres et variées de beaucoup de brun. Celles de la queue ont leur extrémité pointillée de blanchâtre, et des ondes étroites de cendré, plus clair sur leur plan inférieur. En dehors, les plumes des jambes sont noirâtres et terminées de blanc; derrière, ainsi que du côté du corps, elles ont des marbrures de noirâtre, de blanc et de brun clair. Le tarse est jaune paille; le bec, noir à sa pointe et bleu à sa base; enfin, l'iris d'un roux clair.

L'oiseau qui me paraît être la femelle de cette espèce, a les mêmes formes et dimensions que le mâle; le trait qui entoure l'œil à peine apparent; toutes les parties supérieures; d'un noir bleuâtre; un peu de brun et quelques

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ondes cendrées sur les ailes, avec une tache agréablement variée de noirâtre, de brun rougeâtre et de blanc auprès de la seconde articulation de l'aile; au-dessous de la tête et des oreilles, un peu de blanc, avec quelques taches noires; le dessous du cou et le haut de la poitrine couverts de plumes d'un brun noirâtre, terminées par une teinte moins foncée; le reste de la poitrine, des côtés du corps et les couvertures inférieures de la queue, rayés de noirâtre sur un fond blanc teinté de brun rougeâtre; le ventre blanc; les couleurs des jambes à peu près les mêmes que celles de la poitrine; les grandes couvertures inférieures des ailes, d'un blanc pur, et les autres variées de jaune pâle, de gris rougeâtre clair et de noirâtre; enfin le reste du plumage comme dans l'autre sexe.

N.° X.

L'AIGLE A QUEUE BLANCHE.1

JE nomme ainsi cette espèce, parce que je n'ai point trouvé de dénomination qui lui convienne mieux2. On ne la rencontre pas, au midi, au-delà du 29e degré.

Formes. Aux ailes, on compte 23 pennes, dont la troisième est la plus grande; la queue en a 12 presque

1 Si la description que l'abbé Molina a faite d'un aigle du Chili, sous le nom de tharu, était moins incomplète, je pourrais donner pour certain ce que je ne puis que conjecturer, savoir, que l'aigle à queue blanche de M. d'Azara, est le même oiseau que le tharu de Molina, falco tharus de Linnæus et de Latham. (S.)

2 Je ne puis être de l'avis de M. d'Azara au sujet de cette dénomination, qui serait en effet très-convenable, si elle désignait un attribut particulier. Mais l'aigle dont il est ici question a tout le dessous du corps plus blanc que la queue même. (S.)

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égales. Le tarse, couvert de plumes sur 18 lignes de sa face antérieure et d'écaillés aplaties sur le reste, a la forme d'un prisme à angles obtus; les ouvertures des narines placées sur la membrane du bec, laissent voir un petit bouton dans leur intérieur.

Dimensions. Longueur totale, communément 20 pouces; du vol, 53; de la queue, 7 deux tiers; de la jambe 18 lignes, du tarse, 48; du doigt du milieu, 20, et de l'ongle 11; du bec, 16.

Couleurs. Cet aigle a le front blanc sale; la tête et le dessus du cou d'une nuance mêlée de noirâtre et de bleu; le dessus du corps blanc avec des traits en festons qui le traversent; la gorge presque noire; toutes les autres parties inférieures d'un beau blanc, avec quelques festons étroits et noirâtres sur les flancs et sur les couvertures inférieures des ailes, à l'exception des petites, dont les festons ont une nuance rousse; la queue blanche en dessus comme en dessous, à peine rayée de noirâtre en dessus, et terminée en dessous par une zone noire, large d'un pouce, que suit une autre zone cendrée de la même largeur. Les pennes et les grandes couvertures supérieures des ailes sont noirâtres, terminées et rayées d'une teinte plus foncée; les moyennes couvertures du milieu de l'aile sont rougeâtres, et les autres d'un noirâtre foncé. Le bec est d'un bleu clair avec sa pointe noirâtre, l'iris brun et le tarse jaune.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BUSES DES SAVANNES NOYÉES.

LA proportion de leur envergure à la longueur de leur corps, est comme 259 à 100, c'est-à-dire, presque la même que dans les aigles, dont ces oiseaux se rapprochent encore par la stupidité, le vol élevé et tournoyant, l'habitude de passer plusieurs heures sur les arbres, enfin par tous les détails de conformation, quoique leurs dimensions soient différentes. Cependant j'ai jugé qu'il était nécessaire d'en faire une famille séparée, parce que leur nourriture unique consiste en grenouilles, crapauds, couleuvres, anguilles, limaçons, etc. qu'ils guettent dans les savanes noyées ou terrains pleins d'eau et de plantes aquatiques, sans rechercher les oiseaux ni les quadrupèdes, soit par paresse, soit par défaut de penchant naturel, soit parce qu'ils n'y sont pas forcés par le besoin, à cause de l'abondance de proies plus faciles que le pays leur offre. Ils se perchent, pour l'ordinaire, aux trois quarts de la hauteur des arbres, et quelquefois à la cime même, comme aussi sur les arbrisseaux des lagunes, pour épier et saisir, en se laissant tomber mollement, les animaux dont ils font leur pâture; ils ne prennent point de poissons vivans. Les petits oiseaux ne les craignent point et n'y font aucune attention.

En continuant la comparaison entre ces espèces d'oiseaux de proie et les aigles, on trouve qu'elles en diffèrent

III. a. 4

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par leur pied beaucoup plus faible, prismatique et couvert d'écaillés aplaties, et en ce qu'elles ont beaucoup moins de chair à proportion de leur volume. Du reste, leur livrée ordinaire est rouge ou rougeâtre.

N.° XI.

LA BUSE DES SAVANNES NOYÉES,

ROUSSE.1

JE ne l'ai jamais vue plus au sud que le 29e degré. Les Guaranis l'appèlent ordinairement taguatopita (buse rouge); et les Espagnols, gavilan acanelado (buse rousse). Cette espèce est très-multipliée; cependant sa ponte, qui a lieu dans le mois de septembre, n'est composée que de deux œufs d'un rouge tanné et taché de sang, et dont les diamètres ont 27 lignes un tiers, et 21 trois quarts. L'on m'a assuré que le nid a la même forme et qu'il est placé de la même manière que celui du caracara. On ne remarque aucune différence entre le mâle et la femelle. Ils se rassemblent quelquefois en grandes troupes dans les terrains brûlés, se mêlent avec les aigles et les espèces du genre suivant, et cherchent à découvrir les couleuvres et à saisir les insectes au vol.

Formes. 23 pennes aux ailes; la troisième et la quatrième sont plus grandes que les autres. La queue est formée de 12 pennes égales. La membrane du bec renferme les ouvertures des narines, qui sont circulaires.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces et demi; du vol, 50 et demi; de la queue, 8 un quart; de la jambe, 60 lignes; du tarse, 54; du doigt du milieu, 21, et de l'ongle, 8 et demi; du bec, 16.

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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Couleurs. Une tache blanchâtre, qui commence audessus de l'œil, s'étend jusqu'au haut de l'occiput. Les plumes du reste de la tête et celles de la partie supérieure du cou sont d'un brun bleuâtre dans leur milieu, et d'un roux rayé de bleuâtre dans le reste. Le dessus du corps et les grandes couvertures des ailes, sont noirâtres, et les petites couvertures rayées de la même teinte, sur un fond roux. Les pennes ont leur extrémité presque noire, et le reste rougeâtre, avec des raies noirâtres. Toutes les parties inférieures sont rayées transversalement de noirâtre et de roux. Le bout de la queue est blanchâtre; le reste est noirâtre, avec des bandelettes de blanc sale sur les deux premiers tiers de sa longueur; ses couvertures supérieures ont l'extrémité blanche. Le bec est noir, sa membrane d'un jaune luisant, l'iris d'un roux clair, et le tarse jaune.

N.° XII.

LA BUSE DES SAVANNES NOYÉES,

A TACHES LONGUES.1

J'AI observé plusieurs individus de cette espèce, et quoique je ne les aie pas vus chasser, comme ils ont toujours les serres pleines de boue, et qu'ils ressemblent en

1 Cet oiseau n'est ni la harpaye de Buffon, ni le faucon rouge des Indes orientales d'Aldrovande, comme l'asoupçonné M. d'Azara; il offre, en effet, trop de dissemblances avec ces deux espèces de l'ancien continent, pour que l'on puisse les réunir. Je croirais plutôt que la buse à taches lougues est le même oiseau que les Portugais du Para appèlent ouyra-ouassou-panema (oiseau de proie sans bonheur), et qui m'a paru une espèce très-rapprochée du mansfeni des Antilles (falco Antillarum Lin. et Lath.). Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXVIII, p. 79 et 80. (S.)

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tout à la buse de l'article précédent, il me paraît certain qu'ils ont la même manière de se nourrir. Je soupçonnai d'abord que cette buse ne formait qu'une seule et même espèce avec la buse rousse; mais je fus détrompé par un examen plus attentif, et je reconnus que ce dernier oiseau a la taille, l'envergure et le bec un peu plus grands à proportion; le tarse beaucoup plus couvert sur le devant de sa partie supérieure, d'une forme triangulaire plus décidée, avec de petites écailles en devant, au lieu que celles de la buse rousse sont quatre fois plus grandes et d'une forme très-différente. Ses ailes sont composées de 25 pennes, la quatrième est la plus longue; la queue en a 12 égales. Les ouvertures des narines sont arrondies et placées sur la membrane du bec.

Dimensions. Longueur totale, 20 pouces; du vol, 52; de la queue, 8; de la jambe, 60 lignes; du bec, 15; du tarse, 54; du doigt du milieu, 20, et de l'ongle, 9.

Couleurs. Une tache blanchâtre commençant au bec, passe au-dessus de l'œil pour aboutir à l'occiput; mais les plumes dont elle est formée ont leur milieu noirâtre, de même que celles du dessus de la tête et de tout le corps, qui ont une bordure de blanc sale. La gorge est blanche, le devant du cou noirâtre, avec de longues taches blanches, et la poitrine d'un blanc mêlé de roux. Les plumes qui couvrent les côtés du corps sont noirâtres et bordées de blanc. Le ventre est varié de blanc et de brun foncé, et les jambes ont des bandelettes transversales de brun foncé et de roux. Les pennes des ailes ont aussi des bandes en festons de brun foncé, et la même teinte à leur extrémité; leurs grandes couvertures supérieures sont de cette même couleur, avec une bordure légère de blanc, et les petites sont piquetées de brun foncé sur un fond jaune,

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teinté de roux. La queue est brune et son extrémité blanche; sur les deux premiers tiers de sa longueur, elle porte des bandelettes et des taches brunes et blanches, qui ne sont bien apparentes que lorsque les pennes sont étalées. Le bec est bleu foncé, l'iris d'un roux clair, et le tarse jaune.

N.° XIII.

LA BUSE DES SAVANNES NOYÉES,

A TÊTE BLANCHE.1

ELLE est assez rare; et quoiqu'elle subsiste, comme les précédentes, des productions animées des terrains fangeux qu'elles habitent, et qu'elle ait la même grandeur et la même envergure, elle en diffère néanmoins sous plusieurs rapports: elle a la queue moins longue, le tarse plus court, plus couvert sur le devant, plus gros et d'un blanc teinté de bleu, les doigts entièrement séparés et plus longs, de même que les ongles; enfin, l'iris de l'œil à peine distinct de la pupille. La quatrième des 25 pennes qui composent les ailes, est la plus longue de toutes; les 12 de la queue ont une égale longueur. Les écailles dont le tarse est revêtu, rendent sa surface rude; il présente en devant une arête saillante, et derrière, deux plans et trois arêtes. Les narines, en forme de poire, sont placées à l'extrémité de la membrane du bec. La langue est extrêmement raccourcie.

1 Je ne doute pas que ce ne soit le même oiseau que le busard roux de Cayenne, décrit par Mauduyt dans l'Encyclopédie Méthodique; le buserai de Levaillant, Hist. nat. des oiseaux d'Afrique, n.° 20; le buserai, ou busard roux de Cayenne de mon édition des OEuvres de Buffon, tom, XXXVIII, pag.324; enfin le falco busarellus de Latham. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 19 pouces et demi; du vol, 50 et demi; de la queue, 7; du tarse, 45 lignes; du doigt du milieu, 24, et de l'ongle, 13; du bec, 16.

Couleurs. Tête et gorge blanches; derrière de la tête, tout le reste des parties supérieures, jusqu'à la queue, en y comprenant les couvertures du dessus des ailes, de couleur rousse; mais il y a une tache noire longitudinale sur chaque plume scapulaire, et quelques lignes de la même couleur sur les plus grandes; au-dessous de la gorge, une large tache brune, suivie immédiatement d'une autre d'un blanc roussâtre. Un roux uniforme couvre tout le dessous de l'oiseau, ses flancs, ses jambes et les couvertures inférieures de ses ailes, dont les premières pennes sont entièrement noires, et les autres, perdant de cette couleur vers leur origine, à mesure qu'elles se rapprochent du corps, deviennent plus ou moins rousses et rayées de noir. La queue est traversée par des bandes rousses et brunes jusqu'à la moitié de sa longueur, noire dans le reste et terminée par une teinte faible de roussâtre. Le bec et sa membrane sont noirs.

N.° XIV.

LA BUSE DES SAVANNES NOYÉES,

D'UN ROUGEATRE FONCé.1

JE n'ai pas vu cet oiseau, et M. Noseda n'a rencontré que le seul individu qui a servi à la description qu'il m'a donnée; il l'a tué au mois de décembre, auprès d'un marais.

1 Buson de Levaillant, Hist. nat. des oiseaux d'Afrique — Buson de Sonnini, OEuures de Buffon, tom. XXXVIII, pag. 326. — Falco buzon de Latham. (S.)

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Formes. 18 pennes aux ailes; la troisième plus longue que les autres; la queue en a 12 égales. Doigt du milieu joint par une membrane au doigt extérieur jusqu'à la première articulation; tarse prismatique et rude.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces et demi; du vol, 45 cinq sixièmes; de la queue, 7 et demi; de la jambe, 54 lignes; du tarse,; 50; du doigt du milieu, 17, et de l'ongle, 11; du bec, 15.

Couleurs. Cet oiseau a le menton, le dessus et les côtés de la tête, rougeâtres et tachés de brun; les oreilles noires; une partie du dessus du cou, tout le devant, ainsi que toutes les parties inférieures jusqu'à la queue, les jambes et les ailes en dessus, rayés transversalement sur un fond rougeâtre; les pennes des ailes terminées par du noir; le reste du derrière du cou et les couvertures supérieures de la queue, de couleur brune avec une bordure rougeâtre à chaque plume; le dos et le croupion noirâtres, de même que la queue, dont la pointe est blanche, et qui est traversée à deux pouces de son extrémité par une bande de la même couleur, large de 7 lignes; le bec noir; la membrane du bec et le tarse orangés; enfin l'iris d'un roux vif.

N.° XV.

LE MACAGUA.1

IL, prononce distinctement son nom, soit dans l'état de liberté, soit en cage. Il habite les bois qui bordent les

1 Le macagua est une de ces espèces ambiguës qui s'éloigne de la famille des oiseaux de proie diurnes, pour se rapprocher de celle des oiseaux de proie nocturnes, de même que la chouetteèpervier (strix funerea de Latham), le choucou (strix choucou), le huhul (strix huhula), etc. Au reste, le macagua n'avait pas encore été décrit. (S.)

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savannes noyées et les marais, et se perche sur les branches sèches et élevées; de sorte que je ne doute pas que son genre de vie ne soit le même que dans les espèces précédentes; il ne passe pas non plus le 29e degré de latitude. Son naturel est doux et même stupide. On peut le considérer comme étranger à la famille, à cause de son bec et de son vol plus courts, de sa tête, de son cou et de son corps plus gros; en sorte qu'au premier aspect on le prendrait pour un oiseau de proie nocturne, dont il diffère également par la physionomie et par le tarse couvert d'écailles. Je ne serais point surpris que cet oiseau fît aussi quelquefois, de même que les éperviers, la chasse aux oiseaux qui passent à sa portée. Un autre point de dissemblance, c'est que lorsqu'il s'est fort repu, on aperçoit son jabot saillant et nu, comme celui du caracara. Le P. Nicolas Techo rapporte, dans son Histoire du Paraguay, la manière dont le macagua combat et tue les serpens à coups d'aile; ce qui, du reste, est une habitude commune à toutes les buses. Mais ce que le même auteur ajoute au sujet de la prévoyance du macagua, qui a recours à une certaine herbe pour se guérir de la morsure venimeuse des serpens, c'est un conte ridicule.

J'ai examiné trois individus de cette espèce.

Formes. Aux détails de conformation donnés ci-dessus, il faut ajouter que les ailes se composent de 24 pennes, desquelles la 3e la 4e et la 4e et la 5e sont les plus grandes; la queue en a 12 étagées, l'extérieure étant de 15 lignes plus courte que celles du milieu; le tarse est revêtu d'écaillés hexagones, minces et rudes, robuste, arrondi à sa partie postérieure, plus étroit par devant, sans arêtes, et un peu emplumé sur le haut de sa face intérieure; le doigt du milieu se joint un peu au doigt extérieur par une petite

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membrane; le bec est très-recourbé en son entier, et couvert de petites plumes décomposées, comme dans la plupart des espèces de chouettes; les ouvertures des narines arrondies, et qui regardent le front, se trouvent hors de la membrane; les paupières dénuées de cils.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces; de la queue, 8; du vol, 36; de la jambe, 48 lignes; du tarse, 33; du doigt du milieu, 20, et de l'ongle 10; du bec, 12.

Couleurs. A l'angle des mandibules du bec commence une tache noire, semblable au velours, qui occupe tout le côté et le derrière de la tête, etqui est, dans le reste, couverte déplumes blanches, longues de 18 lignes, se terminant en pointe aiguë, à tiges dures et à barbes lâches et douces; il y a un demi-collier large de 18 lignes et trèsblanc; cette couleur est celle de toutes les parties inférieures; le reste du plumage est brun; il y a seulement des taches blanches en croissant sur une partie des pennes des ailes, et du blanc à l'extrémité de quelques autres; des bandes brunes et blanches, irrégulièrement placées, parcourent transversalement la queue; le bec est noir, sa membrane jaune, l'iris roux, et le tarse d'un jaune pâle.

N.° XVI.

LA BUSE SOCIABLE.1

JE n'ai jamais vu cet oiseau au Paraguay; mais il est commun dans le district de Corrientes, entre les parallèles de 27 et; 30 degrés. Je l'ai rencontré aussi près de la rivière de la Plata. Il est très-difficile à approcher. On ne le voit qu'autour des eaux stagnantes; et il se perche au

1 Cette espèce n'a pas, ce me semble, été décrite. (S.)

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haut des arbres et des plantes aquatiques, d'où il s'abat sur les crapauds, les grenouilles, etc. Sa physionomie, sa manière de voler, ses dimensions et l'étendue de son envergure le rapprochent du chimango, avec lequel on le confond aisément à quelque distance. Il va pour l'ordinaire en troupes qui, pour passer d'un canton à un autre, s'élèvent et planent fort haut. L'on ne remarque pas de dissemblance entre les deux sexes.

Cette buse diffère de toutes les autres par la longueur et le peu de volume de son bec, dont la pièce supérieure est forte et crochue dans la moitié de sa longueur, et l'inférieure plus courte de 4 lignes; par la couleur de l'iris qui imite celle du grenat; par la teinte orangée du tarse, robuste, presqu'arrondi, court, et revêtu de plumes blanchâtres, sur une longueur de 6 lignes, à sa partie supérieure, etc. La quatrième des 24 pennes de l'aile est la plus grande; celles de la queue sont égales entr'elles; la membrane du bec enveloppe les ouvertures des narines, qui sont rondes, avec un petit bouton au milieu.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces un tiers; de la queue, 6 et demi; du vol, 4 et demi; de la jambe,; 36 lignes; du tarse, 25; du doigt du milieu, 18, et de l'ongle, 10; du bec, 17, large et épais de 6.

Couleurs. La tête variée de blanc sale et de brun; cette dernière teinte parcourt les parties supérieures du corps; mais les couvertures du dessus de l'aile ont une bordure étroite de brun sur les petites, et d'un roux clair sur les grandes; les pennes ont des bandelettes transversales et noirâtres; celles qui se rapprochent du corps ont leur extrémité blanche, et les autres mordorée; le dessous du corps est d'un blanc pâle; les couvertures supérieures de la queue sont blanches, ainsi que la queue elle-même,

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à son origine; cette teinte s'obscurcit sensiblement, jusqu'à devenir brune vers l'extrémité des pennes, laquelle est d'une nuance plus claire; des lignes blanchâtres traversent le fond brun des plumes des jambes; le bec est noir, et la membrane d'un jaune pâle.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BUSES MIXTES.

QUOIQUE je connaisse peu les habitudes naturelles des buses qui composent cette famille, j'ai cru devoir les séparer, parce que leur envergure est, en raison de leur longueur totale, comme 217 à 100; de sorte que pourvues d'ailes beaucoup moins grandes, elles ont nécessairement un genre de vie différent. En effet, elles ne peuvent avoir autant de facilité de se soutenir dans les airs que les espèces décrites précédemment, ni s'abattre d'aussi haut sur leur proie. Je soupçonne que pouvant battre des ailes avec plus de vîtesse que les autres, elles chassent tantôt à la manière des aigles et des buses des savannes noyées, et tantôt à celle des éperviers; c'est pourquoi je les ai appelées mixtes.

N°. XVII.

LA BUSE MIXTE A LONGUES TACHES.1

LES Guaranis appèlent ordinairement cet oiseau de proie tagüatopara (buse peinte), et quelques Espagnols, gavilan atigrado (buse tigrée). On le trouve communément perché sur les arbres au bord des eaux; et comme il y a peu de grands amas d'eau plus au midi que le 29e degré, je ne l'ai jamais vu, ni aucun oiseau de la même famille, au-delà de ce parallèle.

1 Elle n'était pas encore connue des ornithologistes. (S.)

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J'ai pris une de ces buses adulte, et je l'ai lachée dans mon logement, où elle demeura huit jours sans prendre de nourriture; mais l'ayant mise dans la cour, elle mangea de la viande, des rats, des tapitis et des oiseaux; si quelqu'un la regardait, elle cessait aussitôt son repas.

J'achetai un jeune oiseau de cette espèce, qui avait encore beaucoup de duvet blanc avec lequel il était sorti de l'œuf. Ses premières plumes, presque noires, prirent insensiblement une teinte plus claire, et des taches parurent sur la poitrine; de sorte qu'à huit mois il avait la livrée parfaite. Je le nourrissais avec de la chair crue; et quand il commença à voler, il visita d'abord toutes les cours qui étaient contiguës, ensuite il s'éloigna tant, qu'une fois on me le rapporta d'une lieue, et une autre fois de trois. Ces absences étaient journalières; mais il ne manquait pas de venir tous les jours de grand matin, dans ma cuisine, prendre sa ration; et il repartait après l'avoir mangée. Ce manége dura pendant un an, jusqu'à ce qu'on me l'eût demandé pour la vice-reine. Il se laissait prendre aisément, sans distinguer les gens de la maison des étrangers, et sans marquer ni affection, ni préférence, se montrant constamment indifférent et stupide. Si quelqu'un l'approchait pendant qu'il était occupé à manger, il étendait les ailes, jetait un cri aigu, et cachait sa proie en se blottissant dessus. Jamais il n'offensait ni ne fuyait personne, et jamais il n'attaquait mes volailles; cependant l'oiseau adulte que j'avais pris avant celui-ci, ne laissait pas de les poursuivre lorsqu'il était affamé.

J'ai examiné au moins dix individus de cette espèce, et je n'ai remarqué aucune différence entr'eux; ce qui me porte à croire qu'il n'en existe point d'un sexe à l'autre.

Formes. 26 pennes aux ailes, la cinquième plus grande

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que les autres; 12 à la queue, étagées; l'extérieure étant d'un pouce plus courte que les intermédiaires. Tarse de forme prismatique et revêtu d'écaillés aplaties. Les ouvertures des narines arrondies et renfermées dans la membrane du bec.

Dimensions. Longueur totale, 24 pouces; de la queue, 10; du vol, 51; de la jambe, 69 lignes; du tarse, 63; du doigt du milieu, 24, et de l'ongle, 13; du bec, 21.

Couleurs. Du brun foncé au sommet, un trait de même couleur commençant à l'angle postérieur de l'œil, et se terminant à l'occiput, dont les plumes sont faibles, blanches et à tiges noirâtres, le reste d'un blanc sale; telles sont les couleurs dont la tête est variée; dessus du cou et du corps gris, de même que les grandes couvertures des ailes, avec des traits blanchâtres et roux sur les plumes scapulaires. Des taches brunes et d'un blanc teinté de roux, semblables à des coups de pinceau, couvrent le devant du cou; et d'autres brunes, en forme de flèche, sont semées sur le fond blanc de la poitrine, des pennes et des couvertures inférieures des ailes. Le ventre est blanc, et les jambes sont rayées de blanc et de brun. Les pennes des ailes sont d'un brun foncé, avec des bandelettes d'une nuance plus noirâtre; il y a une tache blanche, variée de lignes et de points bruns vers le bord de l'aile; cette même tache paraît en dessous, et le reste du plan inférieur est d'un roux clair, rayé de brun. Des bandes noirâtres traversent le fond blanc et brun foncé des pennes de la queue; les couvertures sont blanches et variées de quelques points et de taches presque noires, figurées en fer de lance. Iris noisette foncé; tarse d'un jaune très-pale; bec d'un bleu foncé, et sa membrane d'un bleu plus clair.

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Les taches de la poitrine et des flancs sont moins nombreuses sur quelques individus, et ils ont plus ou moins de blanchâtre à la tête.

N.° XVIII.

LA BUSE MIXTE PEINTE.1

LES couleurs du plumage de cet oiseau et leur distribution sont à très-peu près les mêmes que dans celui du numéro précédent, et j'ai remarqué les mêmes habitudes en tous deux; celui-ci m'a paru seulement un peu plus rare, moins actif et moins grand.

N.° XIX.

LA BUSE MIXTE, NOIRATRE ET ROUSSE.2

LES buses de cette espèce vont seules, et se perchent vers la cime des grands arbres; quoique je ne les aie jamais vu chasser, je ne doute pas qu'elles ne fassent partie de la famille des buses mixtes.

Formes. 24 pennes aux ailes, la quatrième plus grande; 12 presque égales à la queue; tarse robuste, revêtu de

1 Je me dispenserai de donner la longue description que l'auteur a faite de cet oiseau, et qui ne présente que des différences peu importantes dans les nuances, desquelles il me paraît résulter que la buse mixte peinte de M. d'Azara est une simple variété de la buse mixte à longues taches, et vraisemblablement le mâle de l'espèce. (S.)

2 De tous les oiseaux de proie connus, je n'en vois point qui se rapproche davantage de celui-ci, que le grand épervier de, Cayenne (accipiter Guiannensis major) de mon édition de OEuvres de Buifon, tom, XXXIX, pag. 55. (S.)

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grandes écailles, formant un angle ou arête aiguë par derrière, le long de son côté extérieur, et couvert de plumes en devant sur 18 lignes de sa longueur.

Dimensions. Longueur totale, 20 pouces; de la queue, 8 et demi; du vol, 43; de la jambe, 55 lignes; du tarse, 42; du doigt du milieu, 21, et de l'ongle, 10; du bec, 16.

Couleurs. Des plumes noirâtres et bordées de blanc au menton, à la partie inférieure de la tête et même au dessus de l'œil; le dessus du cou et du corps, le dos, les grandes couvertures et les pennes des ailes, tout le dessous du corps sont noirâtres; la queue noire est terminée de blanc sale; toutes ses couvertures sont blanches. Depuis le pli de l'aile jusqu'à la moitié des couvertures, le fond est roussâtre, avec de petits traits noirâtres, et les autres couvertures, les grandes exceptées, sont noirâtres et bordées de roux. Il y a des taches blanches et rondes sous le corps; de petites lignes blanchâtres traversent les plumes des jambes; et d'autres brunes, entremêlées de taches rondes et blanches, varient le fond roux des couvertures inférieures des ailes. Iris noisette foncé; tarse et membrane du bec, jaunes; le bec noir à sa partie crochue, et bleu de ciel sur le reste.

N.° XX.

LA BUSE MIXTE NOIRE.1

JE l'ai rencontrée vers les 32e degrés et demi de latitude, et elle n'est pas fort rare au Paraguay. On la voit s'abattre sur la fange des eaux stagnantes. Un jour ayant tué un kamichi que j'abandonnai sur la place, je

1 Espèce nouvelle. (S.)

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trouvai, quelque terris après, une de ces buses qui le dévorait. Les petits oiseaux ne paraissent point la redouter.

Formes. Ailes composées de 25 pennes, dont la quatrième est la plus longue; des 12 de la queue, l'extérieure est de 7 lignes plus courte que celles du milieu; tarse prismatique, couvert de plumes en devant sur 18 lignes de sa longueur, et de grandes écailles derrière et extérieurement.

Dimensions. Longueur totale, 23 pouces et demi; de la queue, 10 un tiers; du vol, 54; de la jambe, 72 lignes; du tarse, 65; du doigt du milieu, 24, et de son ongle, 11; du bec, 19.

Couleurs. Tout le dessus de la tête, le cou et le corps en entier, ainsi que les couvertures inférieures des ailes, les plumes des jambes et la queue en grande partie, sont noirs. Les couvertures supérieures de l'aile sont brunes, et des bandes brunes et cendrées forment les couleurs des pennes. Les couvertures du dessus de la queue et le tiers supérieur de la queue elle-même, sont d'une belle couleur blanche; il y a aussi un peu de blanc à la pointe des plumes des jambes. La partie nue du tarse et la membrane du bec sont jaunes; l'iris est d'un roux foncé.

N.° XXI.

LA BUSE MIXTE BRUNE.

C'EST à mon ami Noseda que je dois ce que je sais de cette espèce que je n'ai jamais vue. Elle paraît se rapprocher de la famille des faucons, par sa légèreté, la nature de son vol, la forme de ses ailes alongées et pointues, enfin par ses dimensions.

M. Noseda a vu une seule fois cette buse voler et

III. a. 5

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planer fort haut et en compagnie de plusieurs autres espèces d'oiseaux de proie, au-dessus des terrains auxquels on avait mis le feu, et guetter les apereas, les serpens, etc. poursuivis par les flammes. C'était le 22 mars; et depuis, le même observateur ne l'a plus rencontrée. On la distinguait facilement de ses compagnons de rapine, à sa taille plus petite, à sa physionomie plus étrangère, à son vol plus doux et plus rapide, à la manière adroite dont elle saisissait les insectes volans, à sa queue presque coupée carrément, et à ses ailes plus pointues; elles sont composées de 24 pennes, dont la troisième est la plus grande; celles de la queue sont égales. Les écailles du tarse sont hexagones.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces un quart; de la queue, à peu près 7; du vol, 43 un quart; de la jambe, 48 lignes; du tarse, 32; du doigt du milieu, 18, et de l'ongle, 7; du bec, 11.

Couleurs. A la portée du fusil, cet oiseau paraît entièrement brun; mais lorsqu'on l'examine de près, les teintes deviennent plus claires, ce qui lui donne quelque ressemblance avec les oiseaux de nuit; le ventre, blanc sale, a quelques mouchetures brunes. Il y a aussi un peu de blanc mêlé sur les ailes1. La membrane du bec est jaune; l'iris, couleur de noisette foncée, et le tarse, jaune pâle.

1 En deux mots, du gris brun, plus ou moins pur et plus ou moins foncé, c'est à quoi se réduit la longue et minutieuse description que M. Noseda donne de cette espèce, que je regarde comme nouvelle. (S.)

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N°. XXII.

LA BUSE MIXTE COULEUR DE PLOMB.1

UN oiseau de cette espèce, auquel j'avais cassé une aile d'un coup de fusil au mois de juillet, et que je voulais conserver vivant, mourut le quatrième jour, quoiqu'il mangeât de la chair crue et des petits oiseaux. J'en eus depuis un autre, et ce sont les deux seuls que j'ai rencontrés au Paraguay. Ils étaient perchés à la cime des plus grands arbres.

Cette buse n'est point désagréable par ses couleurs; mais elle est extraordinaire par sa petite tête, couverte de plumes étroites, lâches et à barbes molles et douces. Elle diffère aussi de toutes les autres buses par les plumes des jambes, qui sont également courtes en dedans comme en dehors; par le tarse du rouge le plus vif et le plus luisant, presque arrondi, très - long et couvert de deux seules écailles, l'une devant et l'autre derrière, quoiqu'il y ait sur les côtés de l'écaille antérieure quelques indices de séparation; par les ongles très-courts, l'iris blanc d'ivoire et le bec noir; par la sorte de beauté du plumage, qui ne se voit point dans les autres espèces; par les ailes courtes; enfin par le peu de chair de son corps. Ces attributs font présumer que c'est un oiseau d'un genre particulier, et qu'il a la même manière de vivre que les éperviers. La troisième des 24 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, l'extérieure étant de 12 lignes plus courte que celles du milieu. Le bec

1 Je ne connais point d'espèce à laquelle on puisse rapporter cette buse. (S.)

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est assez, crochu, et sa membrane renferme les couvertures des narines.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces trois quarts; de la queue, 9 un quart; du vol, 37; du bec, 11 lignes; de la jambe, 7; du tarse, 41; du doigt du milieu, 16 et demie, et de l'ongle, 6 et demie.

Couleurs. Une teinte vive de plomb occupe tout le dessus de l'oiseau, et les couvertures supérieures des ailes, sur lesquelles on aperçoit à peine quelques traits blanchâtres; le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes sont rayés en travers de blanc et de couleur de plomb. Les grandes pennes sont noirâtres, et elles ont dans leur milieu une bande peu sensible d'une teinte plus claire; les autres ont la même couleur plombée du corps, avec des points et des taches d'une nuance plus ou moins foncée, et leur extrémité blanche. Les couvertures du dessous de la queue sont jaunes; les pennes du milieu ont trois larges bandes noires sur un fond blanc, et les autres ont une teinte jaune roussâtre, deux bandes noires el la pointe blanche.

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CARATÈRES COMMUNS

AUX ÉPERYIERS.

CHEZ les Guaranis, ces oiseaux sont généralement connus sous la dénomination de tagùaloy (petites buses;) mais je leur donne celle d'èperviers, parce qu'ils se rapprochent des oiseaux que l'on appèle ainsi dans ma patrie. Leurs caractères sont d'avoir la première penne de l'aile plus courte et la quatrième plus longue; l'aile large, ne formant point la pointe comme celle des faucons, ni le carré long comme celle du chimango; l'envergure en raison de la longueur du corps, comme 186 à 100, c'est-à-dire, beaucoup plus petite que dans les aigles et les buses qui précèdent l'article du macagua; le tarse peu gros; les doigts longs et déliés; les ongles amincis et aigus; les bouts des doigts plus renflés que dans les espèces décrites jusqu'ici; la tête un peu petite, rétrécie en devant; enfin l'iris jaune.

Il résulte de la conformation de leurs ailes, que les éperviers ne peuvent pas facilement s'élever à une grande hauteur; et que quand ils y parviennent, comme cela leur arrive quelquefois, ils n'y restent pas long-tems sans être fatigués. Ils sont moins en chair que les buses des champs; ils ne peuvent se maintenir au vol durant des heures et même des jours entiers, comme ces oiseaux; et ce n'est que par surprise qu'ils parviennent à s'emparer de leur proie; c'est pour cela qu'on les voit toujours voler horizontalement au-dessus des cantons à demi-couverts, et plus bas que les branches sur lesquelles ils veulent se poser, et

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qui sont pour l'ordinaire à la moitié ou aux deux tiers de la hauteur des arbres les plus touffus; ils s'y tiennent pour guetter les rats, les apereas, les petits oiseaux, etc. qui passent à leur portée, et fondre sur eux. Mais s'ils ne réussissent pas à les saisir de la première attaque, ils se retirent; en quoi ils diffèrent des faucons.

On ne les rencontre pas dans les campagnes dépouillées d'arbres ou découvertes; ils battent des ailes avec plus de force et de vitesse que les espèces précédentes, et leur vol est beaucoup plus rapide, quoique n'égalant pas celui des faucons. On les trouve toujours seuls, quoique sou-vent le mâle ne soit pas éloigné de sa femelle; mais l'un et l'autre ne se perchent pas sur le même arbre, ne chassent pas de concert, et ne partagent point leur proie. Ils sont la terreur de tous les oiseaux, qui se cachent et tremblent à la vue d'un épervier, comme s'il n'y avait plus de sûreté pour eux. Les proies ordinaires de ces éperviers sont les poulets, les perdrix, les chevêches, quelquefois même des oiseaux plus gros qu'eux-mêmes.

N.° XXII.

L'ÉPERVIER PATTU.1

DON Joseph Castelvi tua dans un bois un oiseau de cette espèce; il me le donna, et c'est le seul que j'ai vu.

1 M. d'Azara remarque avec justesse que cet oiseau est le même que celui du Brésil décrit par Marcgrave, sous les dénominations brasiliennes d'urutaurana et d'urutari-cuquichu-caririri. (Hist. nat. Brasil. lib. V, pag. 203). On le reconnaît aussi dans la description de l'ysquauhtli donnée par Fernandez. (Hist. nov. Hispaniœ, tract. 2, cap. 100, pag. 34). — Aigle d'Orenoque, Dutertre, Hist. nat. des Antilles, p. 159. —Rochefort, relation

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M. Noseda en rencontra aussi un autre au mois de février, dans un canton couvert, près d'un bois, au moment où cet oiseau se dirigeait vers un arbre d'un bois voisin, sur lequel étaient perchés plusieurs caracaras,

de l'ile de Tabago, pag. 30. — Aquila Brasiliensis cristata, Brisson, ornithol. gen. 9, sp. 13. — Falco harpyja, Linn. syst. nat. gen. 42, sp. 34. —Latham, syst. ornithol. gen. 2, sp. 1. — Aigle couronné, Buffon, Hist. nat., édition de Sonnini, tom. XXXVIII, pag. 20.

C'est aussi avec toute raison que M. d'Azara reprend Buffon d'avoir confondu l'urutaurana de Marcgrave, avec l'aigle huppé d'Afrique, dont Edwards a donné la description et la figure dans ses Glanures; ce sont, en effet, deux espèces bien distinctes. Mais M. d'Azara se méprend à son tour, lorsqu'il fait un épervier de ce même urutaurana, qui a incontestablement plus de rapports avec les aigles, qu'avec les éperviers, quoiqu'à vrai dire, il n'ait pas, aux yeux scrupuleux des auteurs systématiques, une conformité bien exacte avec les aigles; sa nature ambiguë le place entre ces oiseaux et les vautours, dans les nouveaux genres des gypaétes ou des harpies.

J'ajouterai à cette courte discussion de nomenclature, quelques traits des habitudes naturelles de cet oiseau, qui seront d'autant moins déplacés, qu'aucun auteur moderne d'ornithologie ne les a rapportés. Marcgrave et Fernandez me les fourniront. Le premier a gardé long-tems un urutaurana (épervier pattu de M. d'Azara) vivant au fort Maurice, près du fleuve Saint-François, au Brésil. Cet oiseau vorace ne se nourrissait que de chair crue. Si on lui jetait un oiseau mort ou vivant, il le saisissait et le déplumait très-adroitement avec son bec, ensuite il le mettait en pièces, et tes avalait, chair et os. Son cri ressemblait à celui d'un poussin qui a perdu sa mère. Marcgrave exprime ce cri assez mat, ce me semble, par les syllabes geb, geb.

Cette espèce d'aigle, dit Fernandez, dont la taille égale presque celle d'un mouton ordinaire, brave les animaux féroces, et ne craint point de les attaquer; lorsqu'il est privé, il se jète, à la plus légère provocation, sur les hommes même. Cependant on

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qui s'envolèrent à l'approche de l'épervier, en montrant beaucoup de frayeur. Ce fait prouve que l'épervier pattu est l'oiseau le plus puissant du pays, sans en excepter les aigles. Cependant il ne doit pas être compris dans cette famille, parce que sa manière de chasser consiste à s'élancer sur sa proie, comme l'épervier, d'un lieu couvert; qu'il vole bas et comme à la dérobée; qu'il ne se pose point dans les endroits où il pourrait être aperçu, et qu'enfin son envergure a les mêmes proportions que celle de l'épervier.

Formes. Sur le haut de l'occiput de l'individu que j'ai décrit, s'élevait une plume large de 9 lignes, longue de 48, droite et bien fournie de barbes; une autre plume semblable commençait à naître près de la première1: l'oiseau les redresse et les abaisse à volonté. L'œil est grand et fort enfoncé; les paupières sont presque dépourvues de cils. Des 23 pennes qui forment l'aile, la quatrième et la cinquième sont les plus longues; il y en a 12 presque égales à la queue. Les doigts sont nus; mais les pieds sont couverts jusqu'aux doigts, de plumes qui forment une espèce de pantalon. Les ouvertures des narines, qu'entoure la membrane du bec, sont grandes et figurées en cœur. Le bec, un peu recourbé jusqu'à la moitié de sa longueur, l'est fortement dans le reste.

l'apprivoise aisément, et on l'emploie dans la fauconnerie, à laquelle il paraît très - propre. Son naturel est querelleur, farouche, cruel; et il donne la chasse non-seulement aux oiseaux, mais aussi aux lièvres et aux autres animaux semblables. (S.)

1 L'individu observé par M. d'Azara était dans la mue. La huppe ou couronne, dans cette espèce, se compose de quatre plumes, dont les deux plus grandes ont ordinairement plus de deux pouces de longueur. (S.).

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Dimensions. Longueur totale, 23 pouces; de la queue, 9 trois quarts; du vol, 45; de la jambe, 66 lignes; du tarse, 48; du doigt du milieu, 25, et de l'ongle, 13; du bec, 17.

Couleurs. Cet oiseau a le dessus de la tête et la huppe de couleur noire; la gorge et le devant du cou jusqu'à la poitrine, d'un beau blanc renfermé entre deux traits noirs légèrement variés de blanc qui, prenant naissance au coin des mandibules, descendent jusqu'aux épaules; une tache blanchâtre à l'angle postérieur de l'œil; le reste de la tête et du cou d'un gris rougeâtre; les épaules noires; le reste du dessus du corps, brun, avec des rubans étroits et festonnés d'une nuance plus foncée; les plumes de la poitrine, des jambes et du tarse traversées de bandes noires et blanches; enfin, le ventre blanc, varié de quelques traits noirs. Les couvertures supérieures de l'aile se distinguent en deux parties égales qui ont des couleurs différentes: les unes sont noires et terminées agréablement par du blanc; les autres sont brunes, avec leurs tiges et quelques traits noirâtres; en dessous, l'aile entière est d'un blanc chargé de quelques taches arrondies et noires. Les pennes ont sur leur plan supérieur une teinte brune plus foncée que celle des couvertures, sur laquelle courent transversalement des bandelettes noirâtres. D'autres bandelettes d'une largeur presque égale, noires et cendrées, couvrent la queue, dont l'extrémité est rougeâtre. L'iris est d'un jaune vif; le bec noir, et sa membrane jaune, de même que les doigts.

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N.° XXIV.

L'ÉPERVIER BRUN ET MOUCHETÉ.1

J'AI examiné, au Paraguay, deux individus de cette espèce, qui étaient parfaitement semblables entr'eux. J'en vis un autre qui sortit tout à coup d'un endroit couvert et fourré, pour s'élancer sur une bande de perroquets que je ne pus tirer, parce qu'ils se laissèrent tomber précipitamment dans des halliers, où l'épervier se posa pour faire le guet. M. Noseda m'a dit que cette espèce fait son nid sur les arbres avec de petites bûchettes, et que sa ponte est de deux œufs blancs.

Formes. 23 pennes aux ailes, la quatrième plus longue que les autres; 12 pennes étagées à la queue, l'extérieure étant plus courte de 12 lignes que les autres. Le tarse revêtu d'écaillés aplaties; les ouvertures des narines placées au bord de la membrane du bec.

Dimensions. Longueur, 16 pouces; de la queue, 7 un quart; du vol, 28 et demi; de la jambe, 42 lignes; du tarse, 34; du doigt du milieu, 20, et de l'ongle, 7; du bec, 11.

Couleurs. La tête marbrée de blanc et de brun noirâtre. Tout le dessus de l'oiseau jusqu'à la queue, brun et rayé de franges d'une nuance plus claire, et de roussâtre sur les couvertures supérieures des ailes et de la queue. Il y a encore une tache blanche triangulaire à quelque distance de l'extrémité de toutes les plumes du cou et des scapulaires. Des bandes noirâtres et d'un brun clair occupent toute la queue. La gorge, le devant du cou et la poi-

1 Variété du faucon commun (falco communis). C'est aussi l'opinion de M. d'Azara. (S.)

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trine, blancs et mouchetés de noirâtre. Le ventre, d'un blanc pur. Les couvertures inférieures des ailes et les plumes des jambes ont également des mouchetures noirâtres sur un fond d'un roux clair. En dessous, les pennes de la queue et des ailes ont des bandes blanchâtres et brunes. L'iris, le bord des paupières et le tarse sont jaunes; le bec est d'un bleu foncé.

M. Noscda m'a communiqué la description d'un épervier qu'il regarde comme d'une espèce différente de celleci. Mais en comparant sa description avec la mienne, je n'y ai vu que des dissemblances trop légères pour constituer deux espèces distinctes.

N.° XXV.

L'ÉPERVIER BRUN A SOURCILS BLANCS.1

JE tuai un mâle de cette espèce au mois de mai; sa femelle n'était pas loin, et elle ne me parut pas différer du mâle.

Formes. Derrière la tête, les plumes se terminent en pointe; 24 pennes aux ailes, la quatrième plus longue; la queue étagée, sa penne extérieure étant plus courte de 6 lignes; tarse délié et écailleux; ouvertures des narines arrondies et placées à l'extrémité de la membrane du bec; point de cils aux paupières.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, 6 et demi; du vol, 31; de la jambe, 44 lignes; du tarse,

1 Cet oiseau me paraît avoir beaucoup de rapports avec le faucon à croupion blanc (falco Europigistus), qu'un savant naturaliste, M. Bosc, a observé à la Caroline, et dont j'ai donné la description dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 174. (S.)

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34; du doigt du milieu, 15, et de son ongle, 8; dit bec, 12.

Couleurs. Plumes du dessus de la tête presque blanches et terminées de noirâtre, ce qui produit une sorte de marbrure de ces deux couleurs. Du noir sur les côtés de la tête; front blanc, de même que le sourcil, qui s'étend jusqu'à l'occiput; dessus du cou, dos et couvertures supérieures des ailes, bruns, avec une bordure étroite de roussâtre aux couvertures et de blanchâtre aux autres plumes. Quelques mouchetures sur le fond blanc du croupion. Gorge et devant du cou de couleur blanche; mais un rang de plumes noires règne au plus haut du cou. Poitrine blanchâtre, mouchetée d'un petit nombre de taches en cœur, roussâtres au milieu et noirâtres sur leurs bords. Ventre blanc. Plumes des jambes rayées transversalement de roux. Premières pennes des ailes, d'un blanc teinté de roux sur plus de la moitié de leur longueur, ensuite noirâtres, avec un peu de blanc à leur pointe; les autres pennes brunes. La couleur de celles de la queue est un mélange de blanc et de roux qui, s'éclaircissant en descendant vers l'extrémité, devient brun aux deux tiers de la queue, laquelle est aussi barrée de 4 à 5 bandes noirâtres; dessous de l'aile blanchâtre, avec quelques taches en forme de flèche, et des traits d'un roussâtre obscur; bec noir à son crochet, bleu céleste dans le reste et jaune sur sa membrane; tarse jaune.

J'ai vu depuis un autre individu qui différait seulement de celui-ci en ce que le sourcil à peine apparent, était varié de brun noirâtre et de roux; que le croupion était blanc roussâtre, couvert de taches semblables à celles de la poitrine; que les grandes pennes de l'aile avaient leur pointe d'un brun clair et des bandes transversales de

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cette même nuance, et d'autres noirâtres; enfin, que le devant du cou jusqu'à la poitrine, était tacheté de noirâtre sur un fond blanc sale.

N.° XXVI.

L'ÉPERVIER BLEUATRE.1

C'EST à M. Noseda que je dois la description de cette espèce, que je n'ai jamais vue. Mon ami trouva le mâle accompagné de sa femelle, qu'il ne put tirer, mais qui ne lui parut pas différente du mâle. Celui-ci fut tué au

1 Après avoir comparé cette description avec celle que Buffon a faite de l'èpervier à gros bec (falco magnirostris), M. d'Azara décide que les différences qui se remarquent entre ces deux descriptions, sont trop peu importantes pour que l'on ne considère pas les oiseaux qui en sont le sujet, comme ne formant qu'une seule et même espèce. Mais c'est une erreur, occasionée peut-être par le peu d'étendue que Buffon a donné à sa description, et par le peu d'exactitude de la planche enluminée n.° 464. Pour se convaincre que l'épervier bleuâtre est d'une espèce distincte de celle de l'èpervier à gros bec, il suffira de jeter les yeux sur la description que j'ai faite de ce dernier, d'après un individu que je venais de tuer à la Guiane, au lieu que Buffon n'avait décrit et fait peindre que sur une dépouille desséchée et altérée. Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 49, en note.
L'épervier bleuâtre me paraìît avoir de grands rapports de conformité avec l'épervier à ventre roux de Cayenne (falco rufiventris), que Mauduyt a décrit le premier, dans l'Encyclopédie Méthodique, sur-tout si on le compare à la femelle de l'espèce, dont le plumage est moins foncé. C'est le pagani rouge des créoles de la colonie de Cayenne, le vue-vue des Garipons, peuplade sauvage de la Guiane française, enfin l'épervier à ventre roux de Cayenne de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 57. (S.)

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moment où, perché sur un arbre, il guettait les volailles d'une basse-cour.

Formes. Bec gros; narines ovales; 23 pennes à l'aile, la quatrième plus longue; 12 étagées à la queue; tarse couvert d'écaillés et presque lisse devant et derrière.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces un tiers; de la queue, 7; du vol, 30; de la jambe, 43 lignes; du tarse, 34; du doigt du milieu, 18, et de l'ongle, 6 et demie; du bec, 11 et demie, son épaisseur, de 8, sa largeur, de 7.

Couleurs. Tête en dessus, d'un bleu terreux foncé; tout le dessus de l'oiseau et le dessous jusqu'au ventre, d'un bleu terreux, plus clair que celui de la tête; ventre d'un roux blanchâtre; cette teinte, mais plus foncée, est celle des jambes et des couvertures inférieures de l'aile, laquelle est d'un brun noirâtre, avec une nuance plombée sur les petites couvertures et des bandes noirâtres sur les barbes extérieures des pennes. Celles de la queue en dessous, ainsi que ses couvertures inférieures, sont d'un blanc sale, avec des bandelettes d'une teinte plus foncée. Bec noir à son crochet, bleuâtre sur le reste, et jaune sur sa membrane; bord de la paupière et tarse jaunes; iris orangé.

N°. XXVII.

L'ÉPERVIER PROPREMENT DIT.

DEUX individus de cette espèce me sont tombés entre les mains; ils se ressemblaient parfaitement. L'un donnait la chasse à une perdrix, et l'autre enlevait d'une

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basse-cour un poulet plus gros que lui. Ce n'est qu'au Paraguay que j'ai vu de ces oiseaux. Ils ont les habitudes et les formes de l'épervier1.

N.° XXVIII.

L'ÉPERVIER NOIR ET BLANC.2

CET oiseau et le suivant ont les mêmes formes et les mêmes dimensions; leur manière de se nourrir ne diffère sûrement pas de celle des éperviers, auxquels ils ressemblent encore par la physionomie et les caractères; si leur envergure a un peu moins d'étendue, leur queue est plus longue.

Formes. Tête fort comprimée, rétrécie en devant et couverte de plumes étroites; celles qui sont au-dessous de l'œil et sur les oreilles, épaisses et renflées; ouvertures des narines arrondies et placées au bord de la membrane du bec; des cils rares aux paupières; 22 pennes aux ailes; les quatrième, cinquième et sixième plus longues que les autres; 12 pennes égales à la queue; tarse un peu couvert sur le devant, presque pas comprimé et revêtu d'écailles hexagones.

Couleurs. Un très-beau blanc couvre la gorge, le

1 J'ai cru devoir me dispenser de traduire la description que M. d'Azara donne de cet oiseau, puisqu'il convient que c'est, à très-peu près, celle de l'épervier commun (falco nisus). L'on saie que le sexe, et sur-tout l'âge, apporte plusieurs changemens dans les couleurs du plumage de cette espèce d'oiseau de proie. Il faut donc dire, avec M. d'Azara, que l'èpervier existe au Paraguay, et presque par-tout, sans aucune altération dans la taille, les formes, les couleurs et leur distribution. (S.)

2 Cette espèce n'avait pas encore été décrite. (S.)

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devant du cou, le dessous et les côtés du corps, ainsi que les couvertures inférieures des ailes, sur lesquelles il y a quelques taches arrondies; cette même couleur blanche, mêlée d'un peu de brun, va former un demi-collier sur la nuque, en passant sous l'œil. Tout le reste du plumage est presque noir; mais chaque plume a du blanc à sa racine; 4 bandelettes étroites et blanches traversent, à distance égale, la queue, dont l'extrémité est également blanche. Les pennes des ailes sont aussi variées de blanc sur leurs barbes extérieures. Le bec est noir, sa membrane, d'un vert bleuâtre; l'iris, de couleur de cannelle, et le tarse jaune.

N.° XIX.

L'ÉPERVIER RAYÉ.1

JE découvris un oiseau de cette espèce dans un bois du Paraguay, au moment où, entouré par une bande de pies, il se tenait caché et tapi. Je n'en ai point vu d'autres.

Formes. 23 ou 24 pennes aux ailes, la cinquième plus grande que les autres; 12 pennes étagées à la queue, l'extérieure étant plus longue de 30 lignes; tarse très-peu comprimé, sans arêtes et couvert par devant d'écaillés hexagones; ouvertures des narines arrondies et presqu'à l'extrémité de la membrane du bec; peu de cils aux paupières; la physionomie du précédent.

1 M. d'Azara, qui a fait la comparaison de l'épervier rayé, avec la planche enluminée n.° 418, de l'Histoire naturelle de Buffon, représentant l'autour adulte de nos pays, n'a trouvé que des dissemblances légères entre ces deux oiseaux; il se peut donc que cette espèce, de même que celle du n.° 24, ne soit que des variétés de l'autour d'Europe. (S.)

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Dimensions. Longueur totale. 20 pouces un quart; de la queue, 9 un quart; du vol, 31 et demi; de la jambe, 57 lignes; du tarse, 46; du doigt du milieu, 22, et de l'ongle, 8 un tiers; du bec, 13.

Couleurs. Chaque plume du dessous de la tête a un trait transversal noirâtre sur un fond blanc; d'autres plumes roussâtres et terminées de brun foncé forment un demi-collier qui, passant par la nuque, va d'une oreille à l'autre; le reste de la tête est noirâtre. La même teinte, rayée de roussâtre, s'étend sur toutes les parties supérieures de l'oiseau. Le dessous du cou, la poitrine et les jambes ont le fond blanc, avec des bandelettes noirâtres en ondes. Le ventre blanc; il y a sur le bas-ventre des taches noirâtres. Les couvertures inférieures des ailes sont blanches et variées de noirâtre; et des bandes blanches et de brun foncé couvrent le plan inférieur des pennes; celles de la queue sont presque noires, et elles ont en travers des bandelettes blanches et interrompues. Le tarse est jaunâtre; l'iris gris; la membrane du bec d'un vert noirâtre, et le bec brun, avec sa pointe d'une teinte plus claire.

N.° XXX.

L'INDAYÉ.1

Indayé est le nom que quelques-uns donnent à un oiseau de proie qui a la taille et la physionomie d'un épervier; d'autres le nomment gavilancito bobo (busard fou), et d'autres gavïlancito de cabeza negra (busard à tête noire); mais aucun de ces noms n'est bien connu.

1 Je crois qu'aucun ornithologiste n'a encore décrit cette espèce. (S.)

III. a. G

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L'indayé diffère néanmoins des éperviers, en ce qu'il est très-commun dans les parties septentrionales du Paraguay, qu'il diminue en nombre à mesure qu'il approche de la rivière de la Plata, et qu'il ne se trouve pas au delà en ce que son envergure est plus grande que celle des éperviers; en ce qu'il ne se tient point caché, et qu'au contraire il se perche au milieu et à la cime des arbres, soit secs, soit touffus; en ce que le mâle et la femelle se suivent et se posent quelquefois l'un à côté de l'autre; en ce que sur-tout il n'attaque point les oiseaux ni les quadrupèdes; qu'il se nourrit uniquement de vers de terre, de limaçons, de grillons, etc. dont il ne paraît même pas faire une grande consommation. Aucun oiseau, quelque petit qu'il soit, n'en a peur. On ne le voit jamais non plus s'abattre sur la chair morte; il ne montre ni vivacité, ni défiance; il semble être, au contraire, le plus stupide de tous les oiseaux de rapine. En dernière analyse, je le regarde comme d'un genre particulier, et j'en parle ici parce que je n'ai point vu de place qui lui convînt mieux, quoique son naturel soit aussi indolent et stupide que celui des éperviers est vif et rusé.

Formes. 23 pennes aux ailes, dont la première est assez courte et la quatrième la plus grande; elles ne forment point le carré long comme celles du chimango, et elles ne sont point aussi longues; 12 pennes égales à la queue. Le tarse est couvert de plumes en devant sur une largeur d'un pouce.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces un quart; de la queue, 6 un sixième; du vol, 30; de la jambe, 39 lignes; du tarse, 33; du doigt du milieu, 16, et de l'ongle, 7 et demie; du bec, 12 et demie.

Couleurs. Un filet blanc marque le front et s'élargit de

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chaque côté jusqu'à la peau nue des joues. Tout le reste de la tête est noirâtre. Le fond du plumage sur le haut du cou, le dos et les couvertures supérieures des ailes est brun; une bordure déliée de roussâtre entoure les plumes du dos et les couvertures, dont les plus grandes ont, eu outre, leur pointe noirâtre, ainsi que les premières pennes de l'aile, qui sont roussâtres et rayées de noirâtre et de brun; les autres pennes sont brunes, avec des bandes peu apparentes d'une nuance plus foncée; sur le roussâtre clair des couvertures supérieures de la queue, il y a quelques barres brunes interrompues; les pennes sont noirâtres, à l'exception des deux du milieu, dont la teinte est rougeâtre. Toutes les parties inférieures de l'oiseau sont blanchâtres et rayées transversalement de lignes dorées. Le tarse et l'iris sont jaunes; le bord de la paupière est noir, et le bec a sa membrane jaune, sa pointe noire, et le reste d'un bleu de ciel.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BUSES DES CHAMPS.

JE donne cette dénomination à une famille d'oiseaux de proie, pour la distinguer de toutes les autres, dont je l'ai séparée à cause de ses habitudes naturelles. En effet, je n'ai jamais vu aucun de ces oiseaux se percher sur les arbres; l'on dit qu'ils dorment et pondent sur les bords des eaux stagnantes. Ils passent une grande partie de la journée et même les jours entiers à voler avec lenteur et aisance, à 9 ou 10 pieds de hauteur, au-dessus des campagnes découvertes, s'apprqchant souvent davantage de la terre, ce qui fait croire à ceux qui ne les ont pas observés, qu'ils veulent se poser à chaque instant. Quelquefois ils planent en tournoyant à une grande élévation, et ce sont, je crois, les mâles qui cherchent à découvrir leurs femelles, parce qu'on les voit s'abattre mollement, non pour saisir une proie, mais pour reprendre leur vol ordinaire, qui est communément en ligne droite et presque toujours contre le vent. Quand ils découvrent, en passant, des perdrix, des apereas, des rats, des limaçons, des vers de terre, etc. ils s'abattent dessus avec précipitation; et si la proie s'enfuit à la course ou au vol, ils la suivent et s'en emparent dès qu'elle s'arrête; mais ils ne donnent point la chasse aux oiseaux qui ont pris leur volée, du moins je ne l'ai pas remarqué, et je crois qu'ils ne pourraient pas les atteindre.

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Ces buses sont peu en chair en comparaison de leur taille. Elles ont le bec moins crochu que les espèces précédentes; la tête plus petite; le bec moins épais; le cou un peu plus court; te tarse plus délié, prismatique et de couleur orangée; les ongles plus aigus et moins gros; les ailes un peu plus étroites; les 12 pennes de la queue moins fournies de barbes, un peu, plus étroites à leur naissance, et plus larges à leur extrémité; enfin, les ailes composées de 25 à 24 pennes, dont les troisième et quatrième sont les plus grandes. On les voit seules et très-rarement par paires. Je ne connais point de dissemblance entre les deux sexes, et elles m'ont paru plus farouches que celles qui précèdent et qui suivent.

Comme elles se posent rarement et qu'elles volent toujours en ligne directe, il est difficile de les tirer, à moins qu'elles n'aient saisi quelque proie qu'elles déchirent à terre, parce qu'alors elles se laissent approcher. On les tire aussi quelquefois quand on les aperçoit de loin, et que l'on connaît leur route, dont elles ne s'écartent pas, comme je l'ai dit; on court à cheval, afin de prendre le vent et de se placer à portée; on met pied à terre pour les tirer avant qu'elles retournent ou qu'elles se jètent de côté. M. Noseda avait remarqué que plusieurs de ces oiseaux suivaient, à des heures déterminées, un chemin couvert d'eau; il se plaçait au milieu et postait sur les bords quelques petits garçons pour épouvanter les oiseaux et les forcer à suivre leur direction, et ainsi le chasseur pouvait en tuer quelques-uns en peu de tems.

Les buses de la première espèce ont les ailes étroites, formées en carré long, et l'envergure un peu plus étendue que celle des aigles. Leur vol est sensiblement plus lent que dans les deux dernières espèces, et leurs mouve-

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mens ont la grace ou plutôt l'affectation du vol de l'acabiray, vautour avec lequel on les confond de loin. Les autres volent avec plus de rapidité; leurs ailes n'ont pas la figure d'un carré long, quoiqu'elles aient plus d'étendue que celles des éperviers et des faucons. Cependant je les ai réunies en une seule famille, parce que leur manière de se nourrir est la même, et qu'elles ont les rapports de conformité que je viens d'indiquer.

N.° XXXI.

LA BUSE DES CHAMPS A AILES LONGUES.1

ELLE n'est pas fort rare au Paraguay ni à la rivière de la Plata; je l'ai vue quelquefois se poser sur les barrières des enclos, ce que je n'ai pas remarqué des autres espèces.

Formes. 12 pennes étagées à la queue, l'extérieure étant plus courte de 6 lignes; tarse écailleux et rude.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces; de la queue, 9; du vol, 48; de la jambe, 51 lignes; du tarse, 40; du doigt du milieu, 18, et de l'ongle, 9; du bec, 14.

Couleurs. Un petit trait blanc passe sur le front et le sourcil, et s'étend jusqu'au-dessus de l'oreille. Un collier de petites plumes droites et marbrées de lignes noires et blanches, entoure le cou et les oreilles par derrière; et une bande noire commençant à l'angle antérieur de l'œil, couvre l'œil et un peu l'oreille. Le menton et les coins

1 M. d'Azara avait cru reconnaître dans cette espèce le Jean-le-blanc de France (falco gallicus); et plein de cette opinion, il reprend Buffon de n'avoir pas fait concorder sa description du Jean-le-blanc, avec celle de la buse à ailes longues. Mais il est évident que ces deux oiseaux sont et doivent être d'espèce différente. D'où il résulte que la buse des champs à ailes longues est une espèce nouvelle. (S.)

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de la bouche sont blancs; une teinte plombée et noirâtre s'étend sur la tête, les côtés du cou, la nuque, le haut du dos et les plumes scapulaires; le dos est noir, de même que les couvertures supérieures des ailes; le devant du cou est tacheté de blanc et de noir; le dessous du corps, les plumes des jambes et les couvertures de la queue ont une couleur blanche, avec quelques petites taches noires sur la poitrine et les flancs. Les grandes couvertures et les pennes des ailes sont cendrées, avec quelques bandes transversales, noires et interrompues; les couvertures inférieures sont blanches et rayées transversalement de roussâtre; une teinte blanche, mélangée de bleu terreux, s'étend sur le plan supérieur de la queue, dont le dessous et l'extrémité sont blancs; elle a, en outre, cinq bandes noires et teintées de roussâtre sur ses 4 pennes extérieures de chaque côté. Le bec est noir à son crochet et bleu sur le reste; l'iris est roux.

J'ai eu trois individus de cette espèce qui n'offraient aucune différence entr'eux; et depuis j'ai comparé cette description avec une autre que j'avais faite dans le principe, d'une buse que j'appelais bleuâtre, et j'y ai retrouvé également les mêmes formes et les mêmes dimensions, à l'exception que je n'avais point noté que l'oiseau eût le collier que peut-être j'avais oublié. Quant aux couleurs, elles présentaient des dissemblances si légères, que je regarde les deux descriptions comme appartenant à la même espèce.

Je rapporte encore à cette espèce un oiseau décrit par M. Noseda, sous la dénomination de buse noire1; car,

1 Cette buse noire ne doit pas être confondue avec celle que M. d'Azara a observée et décrite précédemment, sous le n.° 20; ce sont des oiseaux tout-à-fait différons. (S.)

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quoique je ne Taie pas vu mort, je Fai observé au vol, et je lui ai reconnu les mêmes détails de conformation, les mêmes habitudes naturelles, les mêmes dimensions et à très-peu près les mêmes couleurs.

Me trouvant depuis par le 32e degré et demi, je vis voler vers moi une buse que je trouvai semblable en tout a celle de cet article. Je pus l'examiner dans un espace d'un mille; et lorsqu'elle passa à vingt pas de moi, elle me sembla différente de celles que j'avais vues, ce qui me détermina à demander mon fusil; pendant qu'on me l'apportait, je vis approcher un autre oiseau du même côté; il se posa sur une branche basse et sèche dans un enclos où je le tuai; et il me parut de la même espèce que celui qui venait de passer: j'y remarquai cependant quelques légères différences, lesquelles ne pourraient tout au plus constituer qu'une légère variété, si je n'étais persuadé que c'est le même oiseau que ma buse aux longues ailes.

N.° XXXII

LA BUSE DES CHAMPS CENDRÉE.1

ELLE n'est pas rare au Paraguay, et je l'ai vue aussi quelquefois près de la rivière de la Plata. Elle est plus farouche et beaucoup plus agile que l'espèce précédente. On la trouve communément seule, et je ne connais point de différence entre les deux sexes.

1 Ce n'est point l'oiseau Saint-Martin (falco cyaneus), comme le pense M. d'Azara; ce n'est point non plus l'épervier des pigeons (falco columbarius), auquel cet auteur la compare; mais on la reconnaît aisément pour l'épervier cendré de Cayenne, dont j'ai donné la description dans mon édition des OEuvres de Buffon, tome XXXIX, pag. 59. (S.)

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Formes. Tête petite; tarse revêtu de petites écailles; 23 pennes aux ailes, la troisième la plus longue; 12 presque égales à la queue; doigt du milieu uni au doigt extérieur par une membrane, jusqu'à la première articulation.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, 7 et demi; du vol, 36; de la jambe, 42 lignes; du tarse, 31; du doigt du milieu, 15; et de l'ongle, 7; du bec, 11.

Couleurs. La tête, le cou et le dos sont cendrés, avec un peu de brun mêlé sur la tête, le haut du dos et les scapulaires. A la nuque est un cercle ou collier de plumes étroites, blanches, et terminées de noirâtre. Le croupion est d'un blanc pur. Des bandes d'une largeur égale, blanches et d'un roux vif couvrent en travers tout le dessous du corps. Les ailes ont les couvertures supérieures rayées de blanc sur un fond cendré; les 4 premières pennes noires, et les autres cendrées, avec une bordure blanche et une raie noire près de leur extrémité; les couvertures inférieures et les pennes en dessous blanches, avec un très-petit nombre de points et de taches de brun roussâtre, et du noir à la pointe des grandes pennes. En dessus, la queue a les deux plumes du milieu cendrées et légèrement rayées de noirâtre, les autres blanches à leur origine et cendrées dans le reste, et toutes avec la même bordure blanche et la même bande noire que celles des grandes pennes des ailes; en dessous elle est d'un blanc pâle. Le tarse est orangé, l'iris jaune, de même que la membrane du bec, et le bec lui-même bleu, avec sa pointe noire.

Un oiseau décrit par M. Noseda, comme différent de celui-ci, ne m'a paru, tout examen fait, qu'un individu de cette même espèce; les dissemblances que présente la description de M. Noseda, étant trop légères pour s'y arrêter.

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N.° XXXIII.

LA BUSE BRUNE DES CHAMPS.1

J'AI VU six oiseaux de cette espèce, quatre au Paraguay et deux à la rivière de la Plata. J'en tuai un à terre, l'autre au vol; j'achetai le troisième, et les autres s'échappèrent. Quoique je ne les aie pas surpris saisissant une proie, leurs mouvemens me paraissent si conformes à ceux de l'espèce précédente, que je ne dois pas douter que leurs habitudes naturelles ne soient les mêmes, quand, d'un autre côté, je m'aperçois qu'ils ont les mêmes proportions.

Formes. Petite tête et petits sourcils. Ouvertures des narines comprises à moitié dans la membrane du bec. Tarse un peu couvert de plumes en devant et au-dessous de l'articulation, peu gros et revêtu de jolies écailles; doigt du milieu joint au doigt extérieur près de leur insertion. Pennes comme dans l'espèce précédente.

Dimensions, Longueur totale, 17 pouces; de la queue, 8; du vol, 39; de la jambe, 45 lignes; du tarse, 36; du doigt du milieu, 17, et de l'ongle, 7; du bec, 12.

Couleurs. Une espèce de collerette de petites plumes noirâtres et bordées de roux clair, prend au-dessus des

1 Je dois convenir avec M. d'Azara que cet oiseau a de grands rapports avec la buse (falco buteo); mais d'assez grandes dissemblances les séparent, et M. d'Azara en convient. La buse brime de cet article a tous les caractères des soubuses; et.si M. d'Azara eût connu les nombreuses espèces d'oiseaux qui ont été décrites depuis que Buffon a publié son Histoire naturelle, il n'eût pas hésité à reconnaître celle-ci pour une soubuse du midi de l'Amérique, décrite dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXVIII, pag. 318, sous le nom de soubuse des marais (falco uliginosus Lin. et Lath.) (S.)

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oreilles et vient s'attacher sous le menton; une autre ligne blanchâtre passe sur les côtés de la tête. Le dessus de la tête est brun noirâtre, aussi bien que l'extrémité des plumes de l'occiput, lesquelles sont blanches. Toutes celles du cou sont brunes et bordées de roux, et celles du dos sont colorées en brun foncé, avec un liséré de roux clair aux scapulaires et au bas du dos. Le croupion est blanc, et toutes les parties inférieures ont des plumes teintes d'un blanc mêlé de roux, dont la nuance est plus foncée sur leur milieu. Les ailes ont leurs couvertures supérieures d'un brun foncé, et les grandes terminées de roux; les pennes traversées par des bandes peu apparentes plus ou moins brunes, et terminées de blanc roussâtre; enfin les couvertures inférieures mêlées de brun roux et de couleur dorée. Les pennes de la queue sont à peu près comme celles des ailes. Le bec, bleuâtre, a son crochet noir, le reste bleuâtre, et sa membrane d'un jaune mêlé de vert. L'iris est d'un jaune vif, et le tarse orangé.

Quelques individus ont seulement 5 pouces et demi de longueur totale, de légères différences dans les nuances du plumage, et l'iris d'un blanc plombé.

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CARACTERES COMMUNS

AUX FAUCONS.

LA dénomination seule de faucons fait naître l'idée d'oiseaux d'un vol beaucoup plus rapide que les précédons. Ils ont les ailes pointues, la seconde penne plus grande que les autres, et les muscles très-vigoureux, ce que l'on remarque aisément à la facilité et à la vitesse avec lesquelles ils battent des ailes. Leur envergure, relativement à la grandeur de leur corps, est plus longue que dans les, éperviers, et ils ont l'avantage sur tous les oiseaux, par la vitesse de leur vol. Quelquefois ils se soutiennent comme suspendus dans les airs en agitant les ailes et épiant les animaux dont ils font leur proie. On ne les voit point entrer dans les bois épais; ils se perchent, pour faire le guet, au haut des arbres, et de préférence sur ceux qui sont desséchés ou peu feuilles, ou isolés. Ils se plaisent aussi à se poser sur les pierres, les pieux des palissades et les monceaux de terre. Enfin, ils aiment autant à être à découvert que les éperviers aiment à se cacher; ils sont un peu moins en chair que ces oiseaux, quoique d'un plus gros volume. Ils ont les ailes plus étroites; le tarse plus court et plus arrondi; les ongles plus aigus, moins gros, plus courts, mais de la même longueur à tous les doigts, qui sont plus déliés et tous également gros; la partie saillante de l'orbite de l'œil peu sensible; la tête plus petite; le bec plus crochu; la paupière supérieure dénuée de cils; enfin, un petit espace nu autour de

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l'œsil. Les pennes de leur queue sont plus fournies de barbes que dans les espèces précédentes, et la queue ellemême est un peu plus étroite à son origine.

Ce qui distingue principalement les faucons des oiseaux dont nous avons parlé jusqu'ici, ce sont la facilité et la liberté de leurs mouvemens, la manière franche et ouverte dont ils attaquent le gibier, car ils forcent les oiseaux à tire d'aile. Pour y parvenir, ils tâchent de s'élever plus haut qu'eux, et ils fondent dessus comme un trait; s'ils ne peuvent les saisir de la première attaque, il la renouvelle aussitôt; le mâle et la femelle chassent de concert et partagent le butin. Lorsqu'ils ne découvrent rien de la place où ils sont, et qu'ils veulent en changer, ils volent peu vîte et horizontalement au-dessus des campagnes, et beaucoup plus haut que les oiseaux du genre précédent; s'ils aperçoivent à terre quelque gibier, ils s'abattent dessus avec impétuosité; mais pour peu que l'animal se cache ou qu'il ne paraisse pas à découvert, ils restent comme immobiles en l'air jusqu'à ce qu'ils soient assez sûrs de leur attaque. Ils ne craignent point de poursuivre les buses des champs et de les forcer à lâcher la proie dont elles se sont emparées. Ils fuient la société de leurs semblables, et on ne les voit que par paires; ils sont médiocrement farouches et défians. L'on dit que leur ponte est de deux œufs, qu'ils déposent dans les trous des arbres; il est vrai qu'au Paraguay il n'existe point de rocs élevés.

Quoique ce qui précède convienne généralement à tous les oiseaux que dans ces mêmes contrées on nomme faucons, j'ai cru devoir les séparer en deux familles. La première comprend ceux qui ont l'envergure plus grande, le tarse sensiblement plus court, plus robuste, plus arrondi

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et plus fort, avec des écailles plus petites; les doigts entièrement séparés; les ongles plus amincis; enfin une autre puissance et d'autres facultés.

N.° XXXIV.

LE FAUCON NOIRATRE ET BLANC.1

LE 7 d'octobre, il fit au Paraguay une tempête qui lançait des grêlons aussi gros que des oranges. Un faucon de cette espèce en fut atteint et tué, et c'est le seul que j'aie vu; mais sa conformation indiquait que c'était un oiseau fort et puissant, et que ses habitudes répondaient à sa vigueur.

Formes. 23 pennes aux ailes, et peut-être plus, la seconde plus grande que les autres; 12 égales à la queue. Tarse presque arrondi, un peu recouvert de plumes rous-sâtres en haut sur le devant, revêtu de petites écailles, et très-gros en proportion des doigts; ongles les plus crochus et les plus aigus que j'aie vus, quoique moins gros que ceux des oiseaux précédens; bec droit jusqu'à 7 lignes de distance de sa pointe, ensuite assez crochu. Tête arrondie et peu grande; œil grand, sans saillie osseuse de l'orbite; plumes de l'occiput plus longues et plus pointues que celles qui les environnent.

Dimensions, Longueur totale, 19 pouces et demi; de la queue, 7 et et demi; du vol, 58; de la jambe, 60 lignes;

1 II a de grands rapports avec le faucon rieur de Rolander (falco cachinnans Lin. et Lath.), faucon rieur de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 197; et j'ai tout lieu de penser que c'est le même oiseau que Rolander, disciple de Linnæus, a surnommé le rieur (cachinnans), à cause de son cri, dont le son imite celui des éclats de rire. (S.)

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du tarse, 30, du doigt du milieu, 22, de l'extérieur, 17; des autres doigts et de tous les ongles, 54; du bec, 18; des ouvertures des narines, 4, et leur largeur, 1 à peu près.

Couleurs. Front blanc. Un trait noirâtre large de 6 lignes, prend depuis le front et va par le milieu de la tête jusqu'à son sommet; l'espace entre ce trait et l'œil est varié de brun foncé et de blanc. Le reste de la tête est de cette dernière couleur, et sur le haut du cou il y a une grande tache noirâtre. Tout le dessus de l'oiseau est de cette teinte, à l'exception de la queue, dont les pennes, hors les deux du milieu, sont traversées de bandes noirâtres et blanches; il y a aussi quelques bandes blanches sur les premières pennes des ailes. Toutes les parties inférieures et les couvertures qui sont sous la partie intérieure de l'aile, sont plus blanches que la neige; les autres petites couvertures inférieures sont brunes, et les grandes, de même que le dessus de la queue, ont des bandes de couleur d'argent terne sur un fond brun lustré. Le bec noir, a sa membrane colorée en bleu de ciel; l'iris est d'un jaune vif, et le tarse d'un blanc lavé de bleu.

N°. XXXV.

LE FAUCON PROPREMENT DIT.

J'ACHETAI un oiseau de cette espèce le 4 novembre, à Buenos-Ayres, et c'est le seul que j'aie vu. Je lui donne simplement le nom de faucon, parce qu'il me paraît être le même que l'oiseau qui porte ce nom en Europe1.

1 La description de M. d'Azara prouve, en effet, que cet oiseau ne diffère point du faucon gentil, c'est-à-dire, du faucon commun dans sa mue. Je me dispenserai donc de rapporter cette description et la discussion très-inutile qui la suit. (S.)

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N.° XXXVI.

LE FAUCON BLANC.1

J'AI VU jusqu'à 14 de ces oiseaux, seuls ou par paires, près des bourgades de San-Ignacio, de Santa-Rosa et de Bobi, et sur les bords de la rivière du Paraguay, entre Neembucu et Remolinos; j'en rencontrai aussi un autre, à la frontière du Brésil, par les; a degrés de latitude; mais je n'en ai tué que deux7 auxquels les autres m'ont paru absolument semblables. Quoique je ne les aie pas surpris à forcer une proie, j'ai observé qu'ils avaient les mœurs et les habitudes communs aux faucons; mais ils diffèrent de tous les autres en ce qu'ils ont la tête plus grosse et fort aplatie en dessus, la bouche plus grande, l'œil beaucoup plus enfoncé et plus grand, enfin l'orbite plus saillante en dessus. Le bec se recourbe peu sensiblement jusqu'à sa moitié, il fait ensuite brusquement le crochet. Le tarse, arrondi et très-gros, est couvert de plumes en devant sur la moitié de sa longueur, et revêtu, sur le reste, de petites écailles égales entr'elles. Le doigt du milieu est entièrement séparé des autres. Il y a 22 pennes aux ailes, la seconde est la plus longue; 12 à la queue, l'extérieure est de 7 lignes plus courte que la seconde, et celles du milieu ont 5 lignes de moins que celle qui les suit immédiatement de chaque côté; les autres sont étagées.

1 D'après la description que M. d'Azara fait de cet oiseau, il est facile de juger que c'est un milan, plutôt qu'un faucon. Le bec courbé dès sa base, et la queue fourchue, sont les attributs distinctifs des milans: voilà pour le genre; quant à l'espèce, je la crois nouvelle. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 13 pouces un sixième; de la queue, 6; du vol, 34 et demi; de la jambe, 31 lignes; du tarse, 18; du doigt du milieu, 11, et de l'ongle, 6; du bec, 9 et demie.

Couleurs. Une tache noire entoure l'œil. Le reste des cotés de la tête et le dessus jusqu'à la moitié, et toutes les parties inférieures de l'oiseau sont de couleur blanche, excepté les 4 premières pennes de l'aile, qui sont d'un brun cendré. Tout le dessus, les pennes des ailes et celles du milieu de la queue sont bleuâtres; mais les couvertures supérieures des parties internes de l'aile, à l'exception des grandes, sont noires. Les autres pennes de la queue sont blanches, et elles ont leurs tiges et leurs extrémités d'un cendré plus foncé que celui du dessus du corps. L'iris est orangé, le bec noir et sa membrane jaune pâle, aussi bien que le tarse.

Un individu de cette espèce décrit par M. Noseda, avait au bas de la gorge quelques taches roussâtres et brunes, des plumes blanches, pointillées de brun mêlé de bleuâtre, et légèrement bordées de gris sur le derrière de la tête et la partie supérieure du cou; de sorte que cette variété de teintes formait une marbrure de blanc, de brun et de bleuâtre. Je pense que cet individu était dans le jeune âge.

N.° XXXVII.

LE FAUCON D'UN BLEU TERREUX.1

JE n'ai rencontré que deux oiseaux de cette espèce au mois d'octobre; et comme ils volaient de compagnie, je

1 Celui-ci est le même que le hobreau couleur de plomb de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 237. — Falco plumbeus, Linn. syst. nat. gen. 42, sp. 117. —Latham, syst, ornith. gen. 2, sp. 118. On le trouve aussi à la Guiane française, où il est néanmoins assez rare. (S.)

III. a. 7

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les ai jugés mâle et femelle, avec d'autant plus de raison qu'ils m'ont paru être semblables en tout. Je les ai observés vers le 27e degré de latitude; ils se tenaient long-tems suspendus au haut des airs, voltigeant de côté et d'autre, et paraissant faire la chasse aux insectes. Je remarquai aussi qu'ils se posaient de préférence sur un, arbre mort, et qu'ils ne montrèrent point de défiance, ce qui nous donna la facilité de les tirer. Mon ami Noseda en a fait la description suivante.

Formes. 22 pennes aux ailes, et quoique la troisième soit la plus longue, les ailes sont fort pointues, parce que les deux premières pennes sont très - courtes. A la queue, 12 pennes égales, étroites et terminées en pointe. Tarse robuste, presque rond et écailleux en devant. Tête point aplatie; bec échancré de chaque côté; œil enfoncé et recouvert en dessus par une saillie de l'orbite.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces deux tiers; de la queue, 5 un quart; du vol, 33 deux tiers; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 18; du doigt du milieu, 11, et de l'ongle, 5 et demie; du bec, 9 et demie.

Couleurs. La tête, le cou entier et le dessous du corps sont d'un bleu terreux ou d'un cendré tirant sur la couleur du plomb. Toutes les parties supérieures sont noires, à l'exception des ailes qui, depuis la seconde jusqu'à la sixième penne, sont rougeâtres, avec la portion des pennes la plus proche du corps, leur extrémité, leurs barbes supérieures et leurs tiges de couleur noire. Il y a trois bandes d'un beau blanc, larges de 4 lignes sur les pennes de la queue, les deux du milieu exceptées. Le tarse

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est orangé, le bec noir comme sa membrane, et l'iris d'an rouge brillant.

L'autre individu avait les couleurs du plumage plus claires, les couvertures inférieures de l'aile d'un blanc bleuâtre, avec beaucoup de taches transversales d'un bleu foncé; celles de dessus les ailes d'un brun noirâtre; trèspeu de rougeâtre aux ailes, qui étaient marquées de quelques taches brunes; les autres pennes rayées sur leurs barbes inférieures de blanc et de brun; enfin, les pennes intermédiaires de la queue semblables aux autres.

N.° XXXVIII.

LE FAUCON A QUEUE EN CISEAUX.1

C'EST au Paraguay seulement que j'ai rencontré cet oiseau; il y arrive au printems, en troupes de dix à vingt

1 Cette espèce a bien quelques rapports avec le milan de la Caroline (falco furcatus) décrit par Catesby, sous la dénomination d'épervier à queue d'hirondelle (Hist. nat. de la Caroline, tom. 1, pag. 4); mais il en diffère en trop de points, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre en comparant les descriptions, pour que l'on puisse se déterminer à n'en faire qu'une seule et même espèce, comme le veut M. d'Azara.
Le second rapprochement que fait l'auteur de son faucon à queue en ciseaux, et du petit autour de Cayenne, de Buffon (falco Cayanensis); est encore moins heureux; car, sans parler des dissemblances de couleurs, qui ne laissent pas d'être remarquables, la forme de la queue, fourchue dans l'un, et presque coupée carrément dans l'autre, est un obstacle insurmontable pour un pareil rapprochement. Il est vrai que M. d'Azara soupçonne que l'individu desséché qui a servi à la description de Buffon, et qui lui avait été envoyé de Cayenne, ne portait pas sa véritable queue; petite supercherie qui n'est pas sans exemple dans les préparations des oiseaux pour les cabinets d'histoire naturelle: mais l'on a vu depuis, à Paris, et moi-même j'ai tué à la Guiane d'autres petits autours semblables à celui que Buffon a décrit. Le faucon à queue fourchue de M. d'Azara est donc un milan, et une nouvelle espèce de milan. (S.)

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individus qui n'offrent point de différence entr'eux. Les Guaranis l'appèlent ordinairemeet yetapa, dénomination qu'ils appliquent à tous les oiseaux dont la queue est très-longue. Mais le nom que je lui donne est plus convenable, parce que quand l'oiseau plane dans les airs, il ouvre et referme sa queue comme des ciseaux, l'élargissant tellement qu'elle forme quelquefois un demi-cercle. Communément son vol est circulaire, trace des spirales, et s'élève pour être hors de la portée du fusil; et quoiqu'il s'abaisse fréquemment vers la terre, s'il voit approcher quelqu'un, son naturel farouche le fait remonter d'abord à une grande élévation. M. Noseda imagina, pour attirer ces animaux, de faire une espèce de cerfvolant de papier, auquel il donna la figure et les couleurs d'un oiseau; et il parvint à en tuer trois de ceux que la curiosité avait séduits. Leur jabot était rempli de sauterelles qu'ils forcent, sans cesser de voler, à quitter la terre et les chaumes, et qu'ils dévorent en Pair, sans en laisser d'autre pièce que la partie dure et dentelée des jambes. Ils ne poursuivent pas, que je sache, ni les autres oiseaux, ni les quadrupèdes; les insectes suffisent à leur nourriture. Leur physionomie, leurs formes et leur manière de voler sont, sans contredit, les mêmes que celles des faucons1, quoiqu'ils soutiennent le vol plus

1 La confusion, qui rend si difficile la connaissance des oiseaux de proie, n'est que déjà trop grande, pour ne pas relever l'erreur dans laquelle M. d'Azara paraît tomber, quand il ne met point de différence entre les formes des milans et celles des faucons. Chez les premiers, la courbure du bec commence à son insertion dans la tête, leurs ailes étroites ont beaucoup d'étendue, et leur queue est très-fourchue; ces caractères ne se retrouvent pas clans les faucons. Il en est de même du vol, qui n'est pas, à beaucoup près, semblable dans ces deux genres d'oiseaux. (S.)

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long-tems, qu'ils ne se perchent point pendant toute une journée, et qu'ils ne s'arrêtent point pour manger. Cependant M. Noseda en vit un jour à la cime d'un très-grand arbre, et il assure qu'ils viennent journellement dans le voisinage de son habitation à dix heures du matin, et qu'ils s'y tiennent jusqu'à quatre heures du soir. Quoique j'aie vu et observé un grand nombre de ces oiseaux, je ne les ai jamais pu tirer. Le seul que j'ai eu entre les mains est celui que M. Noseda m'a envoyé avec la description qu'il en a faite, et que j'ai rectifiée.

Formes. Bec presque uniformément recourbé depuis sa base, moins cependant que dans les espèces précédentes; point de crochets aux côtés de la mandibule supérieure; œil un peu saillant, sans proéminence de l'orbite; 24 pennes aux ailes, la seconde plus grande; 12 à la queue, l'extérieure de 7 pouces plus longue que celle du milieu; tarse arrondi, très-robuste et couvert de plumes en devant jusqu'à plus de moitié de sa longueur, et d'écaillés assez grandes sur le reste de sa face antérieure; doigt du milieu séparé, les deux extérieurs un peu faibles, et le postérieur presque aussi gros que les trois autres.

Dimensions. Longueur totale, 21 pouces un quart; de la queue, 12 un tiers; du vol, 47 deux tiers; de la jambe, 54 lignes, du tarse, 18; du doigt du milieu, 10, et de l'ongle, 7; du bec, 12; de l'œil, 4.

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Couleurs, Cet oiseau a la têtc, le cou entier, le dos et les parties inférieures de couleur blanche; les tiges des plumes de la tête et du cou d'un brun peu remarquable; sur les ailes, qui sont noires en partie, du blanc qui commence à l'origine de la première penne, s'élargit par degrés jusqu'à la dernière, dont l'extrémité seule est noire; le haut du dos et les petites couvertures supérieures des ailes de couleur noire,.avec des reflets verts et dorés; les grandes couvertures et celles du dessus de la queue, avec le croupion, noires à reflets cendrés; la membrane du bec et le tarse bleus, et l'iris brun.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX ÉMERILLONS.1

QUOIQUE les caractères développés en tête de la famille précédente, conviennent à ces oiseaux, cependant ils en diffèrent en ce qu'ils ont, toute proportion gardée, les ailes plus courtes et plus étroites; le pied plus grêle, long et revêtu d'écaillés; les doigts plus gros, et qu'une membrane unit à leur origine; les ongles moins déliés; le bec plus volumineux; les ouvertures des narines arrondies; enfin, le corps plus fourni. Ils volent aussi moins haut et moins long-tems; guettent leur proie perchés sur quelque éminence; sont peu rusés; et pour tout cri, ne font entendre que cri, cri, cri, cri.

N.° XXXIX.

L'ÉMERILLON DE COULEUR DE PLOMB.2

QUOIQU'IL ne soit pas commun, on en voit plusieurs paires dans toutes ces contrées. Quant à ses habitudes

1 Je traduis le mot alconcillas (petits faucons) de l'original, par celui d'émerillons, qui me paraît plus convenable, avec d'autant plus de raison, que cette dénomination de petit faucon a été donnée par des naturalistes à l'émerillon des fauconniers (falco œsalon), qui a des rapports de conformation et encore plus de naturel avec les faucons. (S.)

2 Je partage l'opinion de M. d'Azara, qui pense que cet oiseau se rapproche du hobreau d'Europe (falco subbuteo); mais je cesse d'être de son avis, dès qu'à force de suppositions, pour faire disparaître les dissemblances entre ces deux oiseaux, il veut les réunir en une seule et même espèce. Ils ont, en effet, des différences qui les séparent évidemment. Mais, sans trop m'éloigner du sentiment de l'auteur, je présume, avec toute espèce de raison, que son émerillon de couleur de plomb est l'oiseau de la Guiane décrit par Latham, sous les dénominations de falco aurantius et de falco rufigularis (syst. ornith. gen. 2, sp. 117, et supplem. to the general synopsis of birds, pag. 28 et 29), et que, dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. xxxix, pag. 237, j'ai appelé hobreau orangé. (S.)

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naturelles, il ne reste qu'à remarquer qu'il suit les voyageurs et les chasseurs qui traversent les campagnes, et qu'ils voltigent autour d'eux pour se jeter sur les petits oiseaux et les perdrix que les hommes font lever.

Formes. 22 pennes aux ailes, dont la seconde est la plus longue; 12 à la queue, étagées, dont l'extérieure a 8 lignes de moins que les autres. Le tarse est un peu comprimé, délié, couvert de plumes sur un pouce de sa longueur en devant, et revêtu d'écailles de moyenne grandeur. Le doigt du milieu joint à son origine par une membrane, avec l'extérieur. Le bec a, de chaque côté, des crochets qui manquent à quelques individus.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 6 un tiers; du vol, 31 et demi; de la jambe, 34 lignes; du tarse, 23; du doigt du milieu, 17, et de l'ongle, 6 et demie; du bec, 10.

Couleurs. Le front est d'un blanc roussâtre; le dessus de la tête, de couleur plombée; et la petite peau nue qui entoure les yeux, jaune. Au-dessus de l'œil naît une bandelette blanche qui, sur l'occiput, devient rousse, et se prolonge quelquefois jusqu'à former le demi-collier. Des moustaches noirâtres, longues de dix lignes, commen-

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cent de chaque câté, à la commissure des mandibules du bec; et de ce même point la couleur noirâtre s'étend aussi sous l'œil, et tourne sur le devant du cou en formant une pointe très-remarquable qui touche presque la moustache, et renferme une grande tache blonde. Depuis la nuque, toutes les plumes des parties supérieures sont de couleur de plomb et rayées de blanchâtre, à l'exception des pennes des ailes; celles de la queue ont des raies plus distinctes que celles du dos, surun fond noirâtre; son extrémité est également blanchâtre. Une teinte blonde couvre le menton et le devant du cou, et se prolonge en demicercle sur le haut de la poitrine, renfermant au bas de la gorge une jolie tache de la même couleur chargée de mouchetures noirâtres. Les côtés du corps et la poitrine sont noirâtres et rayés de blanc. Les plumes des jambes et du ventre jusqu'à la queue, sont rougeâtres, de même que les couvertures inférieures du bord de l'aile; les autres étant noirâtres, avec des taches blanches en forme de gouttes. Le bec a sa membrane jaune; sa pointe de bleu céleste, et le reste d'un bleu foncé; l'iris est couleur de noisette, et le tarse d'un jaune vif.

Un autre individu avait un pouce de moins de longueur totale; du blanc pur à la place du blond et du blanc roussâtre; et la poitrine, aussi bien que les côtés du corps, traversés par des lignes blanches. Sur le plumage d'un autre de ces oiseaux, las teintes étaient plus foncées. D'autres n'ont point de raies sur le corps, sont bruns au lieu d'être de couleur plombée, et présentent des nuances un peu différentes.

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N.° XL.

L'ÉMERILLON BRUN ET BLEUATRE.1

CETTE espèce est si rare, que je n'ai vu qu'un seul individu que j'achetai au Paraguay. Noseda dit en avoir rencontré une couple dans un bois; il en tua un, et l'autre ne lui offrit aucune différence avec le premier. I1s lui parurent avoir le vol plus rapide que ceux de la même famille, et les habitudes des faucons.

Formes. Bec très-fort et gros. Iris et saillie de l'orbite des yeux peu sensibles. Tarse un peu gros, presque arrondi, couvert de plumes sur le devant de sa partie supérieure, et de très-petites écailles pentagones sur le reste. La première et la seconde des 23 pennes des ailes sont les plus longues, et les 12 de la queue sont égales entr'elles. Doigt du milieu uni au doigt extérieur jusqu'à la première articulation.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces deux tiers; et celui de Noseda, 9 pouces un tiers; de la queue, 4 un quart; du vol, 25 un quart; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 21; du doigt du milieu, 13, et de l'ongle, 5 un tiers; du bec, 8.

Couleurs. Il a près de la base de la pièce supérieure

1 L'auteur compare cette espèce à l'émerillon des fauconniers, émerillon de Buffon (falco cesalon), et il juge que ces deux oiseaux ne forment qu'une même espèce, quoiqu'il ait bien remarqué plusieurs différences dans la distribution et les teintes des couleurs de leur plumage. Cette identité me paraît fort douteuse; et j'aime mieux dire que l'émerillon brun et bleuârre de M. d'Azara, est une variété dans l'espèce de notre êmerillon, et peutêtre même une espèce distincte et séparée. (S.)

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du bec, une tache blanchâtre qui va se terminer audessus et à la moitié de l'œil; sur les côtés de la tête et sous l'œil, une espèce de moustache noire qui descend vers la gorge et s'étend de l'autre côté derrière l'oreille jusque près de l'occiput; les plumes du dessus de la tête, du cou et du corps, aussi bien que les couvertures supérieures des ailes, d'un brun mêlé de bleu terreux, et leurs tiges d'un noir peu apparent; les couvertures de la queue de la même couleur, avec des bandelettes transversales et blanchâtres; les pennes de la queue, les pennes extérieures des ailes et leurs couvertures supérieures, d'un brun plus foncé sans mélange de bleuâtre; des bandes étroites et blanches en travers de la queue, et de grandes taches en larmes sur le milieu des barbes inférieures des pennes de l'aile, dont les plus rapprochées du corps ont, en outre, la pointe blanchâtre; le bas de la gorge, le dessous du cou et la poitrine d'un brun rayé transversalement de blanc; le ventre roussâtre, ainsi que les couvertures inférieures de la queue, lesquelles sont tachées de brun; le bec d'un bleu foncé en dessus et à son extrémité, vert dans le reste; enfin, sa membrane d'un vert jaunâtre.

N.° XLI.

LA CRESSERELLE. 1

JE donne à cet oiseau le nom de cresscrelle, parce que c'est peut-être la cresserelle commune. On l'appéle,

1 Quoique cet oiseau ait un grand nombre de traits de conformité avec la cresserelle d'Europe (falco tinminculas), elle présente néanmoins des dissemblances assez saillantes, et trop bien observées par M. d'Azara lui-même, dans la taille, les couleurs et quelques habitudes, pour que l'on puisse se décider à les regarder comme des oiseaux de la même espèce.
Mais c'est avec beaucoup de justesse que M. d'Azara reconnaît sa cresserelle dans l'oiseau dont le père Dutertre a fait mention sous le nom de gry-gry (Hist. nat. des Antilles, tom. II, pag. 253). Or, ce gry-gry est le même que l'oiseau appelé malfini par les colons de Saint-Domingue, et par M. Brisson et d'autres naturalistes, êmerillon de la Caroline (falco sparverius Linn. et Latham.) — Malfini de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. xxxix, pag. 245. (S)

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à cause de cela, petit faucon. Il est très-commun au Paraguay; mais il est très-rare à Monte-Video; il passe la nuit à la cime des arbres et sur le faîte des grands édifices. Il n'est point farouche. La femelle dépose dans les trous des arbres ou des galeries des églises, deux œufs blancs, plus pointus à un bout qu'à l'autre, et dont les diamètres ont 10 lignes et demie et 8 un quart; mais le second œuf est un peu plus petit que le premier. Les petits ressemblent d'abord à leurs père et mère; on a coutume de les élever dans les maisons à cause de leurs grandes dispositions à la familiarité; on les nourrit avec de la chair crue, des souris et des petits oiseaux.

Dans l'état de liberté, les cresserelles vivent de grillons, de lézards, de souris, de chauve-souris, de petits serpens et d'autres menues espèces de reptiles et d'insectes. Je les ai vues aussi saisir au vol les fourmis ailées; mais je n'ai jamais observé qu'elles donnassent la chasse aux petits oiseaux, si ce n'est une seule fois dans les environs de la rivière de la Plata, que j'en remarquai deux qui attaquèrent et saisirent une perdrix. Si quelque caracara ou quelque autre grand oiseau approche du nid des cresserelles, elles l'attaquent et le mettent en fuite. Elles crient également posées ou au vol, et elles ont l'habitude de se

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percher sur les croix et les girouettes des églises et des tours.

Formes. Une petite échancrure de chaque côté du bec; 23 pennes aux ailes, la seconde et la troisième plus longues que les autres; 12 pennes étagées à la queue, l'extérieure plus courte de 9 lignes que celles du milieu.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces trois quarts; de la queue, 4 trois quarts; du vol, 21 un sixième; de la jambe, 26 lignes et demie; du tarse, 19; du doigt du milieu, 10 et demie, et de l'ongle, 4; du bec, 6.

Couleurs. La tête est couverte d'une grande calotte rousse, dont le contour, de même que le front, est de couleur plombée. J'ai vu un individu dont la calotte avait aussi cette même teinte plombée. Sur le derrière de la tête est une tache noire qui se termine en pointe à la nuque; une autre tache assez, grande et entourée d'un cercle roux, est placée sur les côtés de la tête; une troisième couvre l'oreille; enfin une quatrième part du coin du bec en forme de moustache. Le fond des parties supérieures de l'oiseau est roussâtre; il y a une tache noire à l'extrémité de chaque plume scapuiaire, et une bande de la même couleur et large de 9 lignes vers le bout de la queue, qui est blanchâtre; la penne extérieure est blanche et tachée de noir, avec un peu de roux sur sa tige. Toutes les couvertures supérieures et les dernières pennes des ailes ont des taches noires sur un fond de couleur de plomb; les autres pennes sont noirâtres avec des taches transversales blanches sur leurs barbes inférieures. Tout le dessus de l'oiseau est presque blanc; il y a de petites mouchetures noires sur la poitrine, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes, dont les pennes sont rayées de brun luisant. D'autres

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individus ont les parties inférieures d'un blanc roussâtre et sans taches. Le bec est bleu céleste, sa pointe noire et sa membrane orangée. L'iris de l'œil est brun foncé et la paupière jaune, aussi bien que le tarse.

La femelle ne se reconnaît qu'aux teintes plus faibles de son plumage; aux raies noirâtres etroussâtres du haut du dos, des scapulaires et des couvertures supérieures des ailes; aux lignes noirâtres qui sillonnent le fond roussâtre de la queue; enfin, au blanc mêlé de roux des parties inférieures, dont les taches sont noirâtres et plus nombreuses. Les autres dissemblances ne sont presque pas sensibles.

De même que la cresserelle d'Europe, celle-ci est diligente, courageuse, vive; elle approche, par le naturel, des oiseaux nobles et généreux, et on peut même la dresser pour la fauconnerie; elle a les formes et les habitudes des faucons; elle demeure souvent stationnaire au haut des airs pour épier son gibier; enfin, son cri est le même que celui de la cresserelle de l'ancien continent, et elle le répète aussi fréquemment. Mais sa ponte n'est que de deux œufs blancs, au lieu que celle de la cresserelle d'Europe est de quatre à sept œufs, dont les deux bouts sont teints d'une couleur rongeâtre ou jaunâtre; on ne la voit pas, comme celle d'Europe, faire la chasse aux perdrix et aux pigeons.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX OISEAUX DE PROIE NOCTURNES.

LES oiseaux de proie nocturnes ont le corps gros, ramassé et droit; leur queue touche la terre quand ils sont posés. Leur tête est volumineuse, et ils la peuvent tourner pour regarder en arrière. L'œil est grand, et sa pupille ample et susceptible de se dilater et de se resserrer très-sensiblement, sans cesser d'être ronde. Ces oiseaux ne peuvent supporter le soleil ni la grande lumière; ils passent les jours dans le repos ou le sommeil, et ils sortent avec le crépuscule et la lune pour chercher les oiseaux, les apereas, les chauve-souris, les grillons, les rats et d'autres petits animaux qui, étant endormis ou prêts à l'être, ne leur échappent qu'avec peine. Ils ont plus de facilité à saisir leur proie que les oiseaux de rapine diurnes, et ils n'ont pas besoin d'autant de courage ni de vigueur dans les ailes, qu'en effet ils ont courtes et peu fortes, quoiqu'elles paraissent longues en comparaison du corps et de la queue. La pièce supérieure de leur bec est mobile; et quand quelqu'un les approche ou les importune, ils font craquer leur bec, menacent par des gestes bas, hérissent leurs plumes, étendent les ailes et tournent la tête et le corps d'un air ridicule; c'est ce qui engage les autres oiseaux à les entourer et à les insulter. Leur gosier est si aniple, qu'ils avalent de très-gros morceaux de chair, des rats et de petits oiseaux entiers, auxquels ils brisent d'abord le crâne, et dont ils vomissent

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ensuite les os, le poil ou les plumes en pelotes arrondies. Si leur proie est trop grosse pour être avalée toute entière, ils la dépècent avec leur bec et leurs serres. Ils ont, toute proportion gardée, les conques des oreilles bien plus grandes qu'aucun des animaux; le bec fort court, comprimé sur les côtés, crochu et très-robuste; les plumes, ou pour mieux dire, les poils qui entourent la base du bec, dirigés en avant; la langue charnue, flexible, et partagée à son extrémité en deux pointes obtuses; le pied très-fort et couvert de duvet et de plumes douces jusqu'aux ongles; les doigts gros et l'extérieur pouvant se retourner en arrière à la volonté de l'oiseau; les ongles noirs, très-crochus, forts et effilés; la queue courte et coupée carrément; enfin, la vue propre à s'exercer à une faible lumière, sans que l'on doive croire qu'elle perce dans l'obscurité la plus profonde. Ils ne manquent pas d'agilité, ne voyagent point, et ne se rassemblent que par paires. Leurs petits ne sont pas d'égale grandeur, et je crois qu'ils naissent à des jours différens l'un de l'autre.

Le comte de Buffon a divisé les oiseaux de nuit en deux genres principaux: ceux qui ont des aigrettes de plumes en forme d'oreilles, et ceux qui n'ont aucune plume proéminente à la tête; mais je ne vois pas l'uti-lité de cette division, et je ne crois pas qu'elle puisse se faire avec exactitude; car mon nacurutu, qui n'a point d'aigrette, se rapproche davantage de ceux qui en portent que d'aucun autre. Je ne ferai donc nulle attention à ces aigrettes, et je décrirai ces oiseaux dans l'ordre de grandeur.

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N.° XLII.

LE NACURUTU.1

LE nacurutu a trois cris différens; le premier peut sa comparer à un sifflement qui serait formé entre les dents) le second est un son cadencé, aigre et aigu, accent de la douleur ou de la colère; par le troisième, l'oiseaut prononce son nom d'une voix forte et comme du nez j c'est par ce cri qu'il effraie les voyageurs qui passent de nuit dans les grands bois qui sont son unique demeure, car il ne pénètre point, que je sache, ni dans les églises, ni dans les habitations. L'on m'a dit que cet oiseau fait son nid avec des bûchettes sur les arbres, et j'ai vu, dans les environs de la rivière de la Plata, un de ces nids, plat et spacieux, à la cime d'un arbrentrés-élève. Quoi qu'il en soit, il est certain que le nacurutu produit deux petits qui, dès qu'ils ont perdu leur premier duvet, prennent la livrée des adultes. L'on assure que si on les prend au

1 L'auteur prouve très-bien, par des différences essentielles de dimensions, de couleurs, et sur-tout d'habitudes, que le nacurutu n'est point notre duc ou grand - duc (strix bubo), et que, Buffon a réuni mal à propos ces deux oiseaux nocturnes, comme étant absolument les mêmes.
Le nacurutu se reconnaît aisément dans la description que Marcgrave a donnée du jacurutu des Brasiliens (Hist. nat. Bras. pag. 199); et M. d'Azara remarque, avec toute raison, que le grand-duc apporté à Buffon des terres Magellaniques, n'est autre que le nacurutu. Mais je ne crois pas que le hibou couronné du Voyage à la baie d'Hudson, tom. I, pag. 55, dont Edwards a donné la figure et la description sous la dénomination de duc de Virginie (strix Virginiana Linn. et Lath.), soit de la même espèce, comme M. d'Azara le présume. (S.)

III. a. 8

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nid pour les élever à la maison, leurs père et mère viennent infailliblement les y chercher dès la première nuit, et je n'en doute pas, s'ils les entendent crier.

Cette espèce n'est pas fort rare, et je ne connais point de différence entre les sexes. Quelques-uns de ces oiseaux vivent en domesticité dans quelques maisons; mais si l'on manque à leur donner leur ration accoutumée, ils se jètentsur les poulets, les poules, les paonneaux et aussi sur les petits chats. Dans l'état de liberté, je les ai toujours rencontrés sur les grosses branches du milieu des arbres les plus grands et les plus touffus des forêts, et jamais sur ceux qui sont isolés.

Formes. Les aigrettes sont longues de 30 lignes; il les abaisse à volonté, et elles ont naturellement 30 degrés d'élévation; elles sont placées au-dessus des sourcils, un peu plus en dehors que la moitié de l'œil; si on les couche, on remarque qu'en prolongeant leur direction, elles se joindraient à l'entre-deux des sourcils, sous un angle de 70 degrés. Près de l'angle antérieur de l'œil, naissent des plumes décomposées, semblables à des poils qui se dirigent en avant. La troisième des 27 pennes de l'aile est la plus longue; la queue en a 12, dont l'extérieure de chaque côté a 9 lignes de moins que les deux du milieu. Le tarse est comprimé sur les côtés, très-robuste et revêtu de plumes douces au toucher. Tous les doigts sont très-forts, plus épais que larges et couverts en dessus de duvet, à l'exception de la dernière phalange. L'œil est rond et la paupière garnie de cils noirs. Les ouvertures des narines sont amples, elliptiques et placées à 6 lignes de la base du bec.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces; de la queue, 7; du vol, 44; des aigrettes, 30 lignes; de la jambe, 54;

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du tarse, 33; du doigt du milieu, 21, et de l'ongle; 12; du diamètre de l'œil, 11 et demie; du bec, 18.

Couleurs. Un brun noirâtre rayé en zigzags et pointillé de brun clair et d'un peu de roux, occupe les parties supérieures. La couleur des inférieures est un mélange de lignes transversales blanchâtres et brunes; celles du tarse sont noirâtres sur un fond brun. L'on voit sur les pennes des ailes et de la queue de longues taches d'un brun noirâtre en forme de bandelettes interrompues par d'autres taches rousses et pointillées de noirâtre. La plume antérieure de chaque aigrette, qui couvre toutes les autres, est noire et bordée de roux sur son côté intérieur. Derrière les aigrettes commencent deux bandes noires qui, formant un croissant en arrière des yeux, entourent la face. Sur le sourcil, est une autre bande étroite et noire; et entre la circonférence noire et l'œil sont des plumes relevées et décomposées, d'un brun clair mêlé de roux. L'iris de l'œil est jaune, la prunelle bleue de ciel, et environnée d'un cercle noir. Le bec est noirâtre jusqu'à sa moitié; le reste est noir et sa membrane bruner.

N.° XLIII.

LE NACURUTU SANS AIGRETTES.1

LES Guaranis donnent à cette espèce le même nom qu'à la précédente, et moi j'y ajoute lépithète, privée

1 Je présume que cet oiseau nocturne est le même que la chouette à collier, décrite d'abord par Levaillant (Hist. nat. des oiseaux d'Afrique, n.° 42), ensuite dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XL, pag. 207. On l'a trouvée dans les Guianes française et hollandaise. Si ma conjecture est fondée, il faudra cesser de regarder cette chouette comme une simple variété d'âge ou de sexe dans l'espèce de la chouette à lunettes (strix perspicil. lata Lath.), et elle formera elle-même une espèce particulière et distincte. (S.)

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d'aigrettes dont elle manque en effet. J'ai vu au Paraguay sept oiseaux de cette espèce, qui ne m'ont point offert de différences entr'eux. De ces sept individus, deux paires avaient été enlevées du nid, à un mois d'âge, selon que je pus en juger, et j'en élevai une. Comme leur livrée varie avec l'âge, je commencerai par décrire celle des jeunes; mais je dois avertir auparavant que les formes et les dimensions de ces oiseaux adultes sont les mêmes que dans le nacurutu de l'article qui précède; et que les vieux comme les jeunes, n'ont pas le moindre vestige d'aigrettes, et sont revêtus sous le corps déplumes décomposées, très-douces au toucher, et du double plus longues que celles du nacurutu. Ils en diffèrent aussi en ce qu'ils ont les yeux beaucoup plus petits et plus enfoncés, l'iris moins pur et moins beau, et que leur cri n'a aucun rapport avec leur nom. La robe entière des jeunes nacurutus sans aigrettes, si l'on en excepte les ailes et la queue, est formée d'une espèce de plumes dont les barbes, légèrement frisées ou plissées, sont si fines et si déliées, qu'à la vue et au toucher elles paraissent comme du coton blanc; les plumes de la tête, implantées perpendiculairement, plus serrées et frisées, ont l'apparence d'une houppe à poudrer, faite de duvet de cygne. Les ailes et la queue sont brunes et rayées transversalement d'une teinte plus claire; il en est de même des grandes couvertures supérieures, si ce n'est qu'elles ont le fond d'un brun plus léger et leur extrémité blanche; cette dernière couleur est celle des autres couver-

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tures, qui sont décomposées; le bord des parties intérieures de l'aile a du brun qui s'étend jusqu'aux dernières pennes. Quelques plumes brunes se remarquent au haut du dos. Tout le reste du plumage est très-blanc; à l'exception du masque formé par une tache d'un noir de jais, figurée en cœur qui. commençant au bas de la pointe du bec, se prolonge, par un contour, jusque derrière l'œil, et retourne en dessus pour se terminer à la base du bec.

A quatre mois, le dessous du corps prend Une teinte de blanc roussâtre; l'on commence à apercevoir du noirâtre à la gorge, des plumes noires de forme ordinaire au front, et du brun mêlé de noirâtre sur toutes les parties supérieures. Obligé de faire un long voyage, je laissai mes oiseaux en cet état. A mon retour, je vis qu'ils avaient pris en dessus des plumes ordinaires d'un brun noirâtre, avec des bandes transversales, d'une nuance plus claire sur les pennes et les grandes couvertures des a'iles, et sur la queue. Depuis le bec commençait une large bande blanche de plumes droites, qui dépassaient celles de la tête; au delà de l'œil elle se partageait en deux portions, dont l'une tournait derrière l'oreille et par le bas du bec, venait se joindre de nouveau à la bande devant l'œil, et renfermait une grande tache noire et presque ronde dont l'œil occupait le milieu; l'autre portion consistant en plumes aiguës et décomposées à leur pointe, se dirigeant vers le haut de l'occiput, s'élargissait et formait une petite circonférence entre laquelle et la large bande était comprise une calotte très - noire de plumes ordinaires et aplaties, dont le dessus de la tête était couvert; mais les plumes de la circonférence étaient noirâtres et terminées de blanc. Un collier nçirâtre

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prenait naissance à la nuque et entourait le bas du cou de la largeur de deux pouces. Une tache de la même couleur paraissait sous le bec; et de là jusqu'au collier, ïa gorge était blanche. Le reste du dessous du corps était d'un blanc roussâtre, de même que les pieds.

Après avoir fait cette description, vers le neuvième mois de mes oiseaux, je repartis pour un second voyage; et de retour le 28 novembre, c'est-à-dire, lorsque ces mêmes oiseaux eurent atteint un peu plus ou un peu moins d'un an d'âge, je reconnus que le cercle des côtés de la tête avait disparu, ses plumes noires s'étant confondues avec celles de la calotte, sans que les autres plumes aient subi aucun changement. Telle est la livrée do l'oiseau adulte.

N.° XLIV.

LE NACURUTU TACHETÉ.1

LES oiseaux de cette espèce doivent être rares; car je n'ai pu m'en procurer que deux au Paraguay, dans le mois de juillet.

Formes. Au-dessus de la moitié de l'œil, s'élèvent six plumes terminées en pointe, qui forment de chaque côté

1 Cette espèce se rapproche beaucoup de notre hibou ou moyen duc (strix otus);. cependant M. d'Azara, comparaison faite de ces deux oiseaux, a raison de prononcer qu'ils diffèrent trop pour être considérés comme ne formant qu'une seule et même espèce. Mais le hibou de la Caroline de Catesby (strix Asio), et le hibou de l'Amérique méridionale, indiqué par le père Feuillée (strix Mexicana), que M. d'Azara soupçonne très-voisins de son nacurutu tacheté, mieux connus aujourd'hui, sont chacun d'espèce distincte et séparée. Ce nacurutu est donc une espèce nouvelle, ou du moins une variété du hibou d'Europe, due au climat. (S.)

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une aigrette aussi droite et même plus que celles de la première espèce. La troisième et la quatrième des 25 pennes de l'aile sont les plus longues; les 12 de la queue sont étagées, l'extérieure étant plus courte de 5 lignes que celles du milieu.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 5 et demi; du vol, 37 et demi; de la plus grande plume des aigrettes, 28 lignes; de la jambe, 54; du tarse, 32; du doigt du milieu, 21, et de l'ongle, 10; du bec, 15; du diamètre de l'œil, 6 et demie.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête ont leur milieu noir et leurs bords de couleur blonde; celles du derrière de la tête et du dessus du corps, aussi bien que les couvertures supérieures, sont noirâtres, avec le milieu et un liseré blancs jaunâtres, chargés de lignes et de points bruns. Sur les pennes des ailes et de la queue courent transversalement des traits noirâtres, entre lesquels sont d'autres traits plus larges et d'un gris blanchâtre pointillé de brun. Les plumes des aigrettes sont noires; mais la moitié de leurs barbes extérieures est blanche. Entre l'aigrette et l'œil et au bas de l'œil, commence de chaque côté une bandelette noire et large de deux lignes qui, revenant par dessus l'œil, va se joindre avec celle du côté opposé au-dessous de la pointe du bec, par une sorte de marbrure noire et rousse. L'espace compris entre cette espèce de collerette est blanc; l'on voit seulement un peu de noir à la paupière supérieure et à l'angle antérieur de l'œil, et un peu de roux à la joue. Le menton est très-blanc, et la gorge, la poitrine et les côtés du corps sont agréablement variés de taches longues et noires, et d'un peu de jaune pâle sur un fond blanc. Cette dernière couleur est celle du ventre, des jambes jusqu'aux ongles, et

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des couvertures inférieures des ailes, à l'exception des grandes, qui sont noires jusque près de leur extrémité; les plumes des jambes sont lavées de roux. Le bec est noir, et l'iris de couleur d'or.

N.° XLV.

LE SUINDA.1

LES Guaranis donnent le nom de suinda plutôt à l'espèce du numéro suivant qu'à celle-ci, qui est moins connue et plus rare; mais comme ce premier oiseau porte une dénomination espagnole qui lui est propre, j'ai appliqué particulièrement à celui-ci la dénomination américaine.

Il n'entre point dans les bois et il ne se perche pas sur les arbres. Il ne fréquente que les campagnes découvertes et abondantes en gibier, et il se cache et fait sa ponte.

1 Cette chouette, qui a plusieurs traits de conformité avec la chouette ou grande chevêche d'Europe (strix ulula), en a davantage encore avec la chouette de Saint-Domingue, laquelle présente elle-même de grands rapports avec notre chouette; rapports qui ont été reconnus et développés, avec beaucoup de sagacité, par M. d'Azara; en sorte que l'on ne peut guère douter que le suinda ne soit de la même espèce que la chouette de Saint-Domingue (chouette, ou grande chevêche de Saint - Domingue, de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XL, pag. 145. — Strix Dominicensis Linn. syst. nat. gen. 43, sp. 40. —Lath. syst. ornith. gen. 3, sp. 40). Mais la même identité ne peut s'étendre, comme le pense M. d'Azara, à la chouette du Canada (strix funerea), indiquée par Brisson sous le nom de chat-huant du Canada; cet oiseau, mieux connu aujourd'hui, diffère de la chouette d'Europe et de celle de Saint-Domingue, par les teintes et la distribution des couleurs de son plumage. (S.)

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dans les trons ou les terriers des tatous; mais il n'en creuse pas lui - même. Il est moins oiseau de nuit que l'effraie, et je l'ai vu chasser une heure avant le coucher du soleil. Ses ailes sont un peu étroites, et son vol ne ressemble point à celui des oiseaux de la même famille; en effet, il ne se fatigue point, et il vole en ligne directe et sans discontinuité, à 5 ou 6 pieds au-dessus du sol, pour fondre sur le gibier qu'il découvre; de sorte que ceux qui ne connaissent pas bien cet oiseau, le prennent pour une buse des champs, comme cela m'est arrivé; c'est Noseda qui m'a détrompé.

Les suindas sont fort rares, et je ne les ai vus au Paraguay qu'au 27e degré; mais on m'assure qu'on les trouve communément au sud de la rivière de la Plata. J'en ai aperçus un petit nombre de fois voler et se poser sur quelque éminence de terre; mais comme ils se retirent presque toujours dans des cavités souterraines, je n'en ai jamais pu tuer.

La description suivante m'a été communiquée par Noseda.

Formes. La seconde des 25 pennes des ailes est la plus longue; 10 pennes à la queue, l'extérieure moins longue de 6 lignes que les intermédiaires.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces et demi; de la queue, 5 trois quarts; du vol, 39; de la jambe, 44 lignes; du tarse, 30; du doigt du milieu, 18, et de l'ongle, 8; du bec, 16.

Couleurs. La face est moins blanche et moins aplatie que celle de l'effraie. Du dessus du bec part une rangée de petites plumes roides, fines et doubles, noirâtres et tachées de gris roussâtre, qui remonte au-dessus de l'œil et derrière l'oreille, pour se rabattre ensuite et se

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rejoindre vers la pointe du bec, formant une sorte de masque. En dedans de cette circonférence sont de petites plumes plus claires, à barbes rares, fermes et renflées, représentant des rayons circulaires, au centre desquels les yeux sont placés, et brunes, avec des lignes très-déliées de noirâtre. Il y a un peu de blanc à l'angle antérieur de l'œil. La tête, la gorge et le cou entier sont revêtus de plumes noirâtres dans leur milieu, et d'un brun roussâtre sur leurs bords. La teinte de la poitrine est plus claire, parce qu'elle n'est rayée longitudinalement que de traits déliés. La jambe, jusqu'aux doigts, le ventre et le dessous de l'aile sont d'un gris clair tirant sur le roux; il y a quelques taches noires oblongues et pointues sons l'aile. Le dessus du corps, des ailes et de la queue sont noirâtres, avec des mouchetures de gris roussâtre, varié de brun. Le bec est noirâtre, et l'iris jaune.

N.° XLVI.

L'EFFRAIE.1

J'AI dit précédemment que cet oiseau portait plus communément, chez les Guaranis, le nom de suinda, mais

1 C'est en effet l'effraie ou fresaie (strix flammea), espèce très-nombreuse, et connue non-seulement en Europe, mais encore en Amérique, depuis les terres du nord jusqu'à celles du midi. J'ai jugé inutile de rapporter la description que M. d'Azara donne de cet oiseau, puisqu'il ressemble entièrement, tant par les couleurs que par les formes et les dimensions, à un oiseau aussi connu que l'effraie, et dont la description se trouve par-tout.
Au reste, M. d'Azara prévient que Buffon a fait une méprise, en prenant le mot espagnol luchesa pour le nom de la chevêche; c'est à l'effraie que ce mot appartient. J'ai trouvé la même méprise dans les dictionnaires. (S.)

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que j'avais appliqué de préférence cette dénomination à l'espèce dont il vient d'être question, parce que celle-ci a un nom qui lui est propre. En effet, elle est la même que l'effraie d'Espagne. Elle se trouve au Paraguay et dans les contrées voisines; elle s'introduit et elle pond dans les églises, et dans les trous des rochers et des vieux, arbres. Les poulets, les oiseaux, les chauve-souris et les rats deviennent sa proie la plus ordinaire, et elle mange aussi les chandelles et l'huile des lampes.

Le naturel de cet oiseau est si sauvage, que l'on ne peut parvenir à l'apprivoiser dès qu'il est adulte; quelqu'affamé qu'il soit, il ne mange pas si on le regarde; mais lorsqu'on le prend jeune, il n'est pas si farouche, et on le nourrit dans quelques maisons avec de la viande. Son cri est le même qu'en Espagne. Il produit dans des trous ou sur les poutres des édifices, trois ou quatre petits qui ont le cri de la cresserelle. Les œufs sont blancs et presque ronds, suivant l'observation de Noseda. Les médecins écrivent, et le vulgaire répète, que ces œufs délayés dans de l'eau-de-vie et avalés, procurent de l'aversion pour le vin; mais à cause de la grande facilité du remède, les ivrognes sont très-nombreux.

N.° XLVII.

L'URUCUREA.2

LES Guaranis donnent également le nom d'urucurea à l'oiseau décrit dans ce numéro et à celui du numéro

1 Dans nos climats, l'effraie fait ordinairement cinq œufs, quelquefois six, et même sept. (S.)

2 C'est la chevêche-lapin indiquée par le père Feuillée (Journal des Observations physiques, pag. 562), et que Buffon soupçonnait de la même espèce que la chouette ou grande chevêche (strix ulula). M. d'Azara croit, au contraire, que c'est la chevêche ou petite chouette de Buffon (strixpasserina). Mais la chevêche-lapin, ou l'urucurea, est une espèce de chouette distincte et séparée. L'abbé Molina en a donné une description qui l'a mieux fait connaître que l'indication de Feuillée (Hist. nat. du Chili, p. 233). Chouette de Coquimbo, de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XL, pag. 167. — Strix cunicularia Linn. syst. nat. gen. 43, sp. 28. —Latham, syst. ornith. gen. 3, sp. 38. On attribue à cet oiseau la faculté et l'habitude de se creuser des terriers; c'est aussi l'opinion d'un habile ornithologiste et d'un observateur exact, M. Vieillot. (Nouveau Dictionn. d'Hist. nat. article Chouette de Coquimbo.) (S.)

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suivant; niais je l'applique particulièrement au premier, qui est le plus répandu et le plus connu de toute la famille des oiseaux de nuit, dans les contrées où j'ai fait mes observations. On le trouve dans les plaines, et jamais dans les bois; il se cache dans les terriers des tatous et des viscaques. Il n'est point farouche; et quand on l'approche, il se met à crier d'une voix forte: chiii-chi-chi-chi-chi, prenant son vol pour un instant et se posant bientôt après sur quelque motte de terre, d'où il regarde avec une sorte d'effronterie les personnes qui sont près de lui. D'autres fois aussi, et toujours quand il est frappé d'épouvante, il s'enfonce dans les terriers dont il ne s'éloigne jamais. Il se perche communément, pendant la nuit, sur les toits et les murs des habitations champêtres, et il y fait entendre un autre cri: hu-huuu.

La ponte, dans cette espèce, est de trois œufs blancs, sphéroïdes parfaits, dont les diamètres sont de 15 et. demie et de 12 lignes. Aussitôt que les petits en ont la force, ils montent à l'ouverture du terrier pour se tenir

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au soleil. l'urucurea marche avec agilité et à pas précipités; c'est, de tous les oiseaux de nuit, le moins nocturne; on le voit presque à toute heure sur le sol même, et hors de sa demeure souterraine, qu'il partage avec sa femelle; les petits cherchent un autre terrier. Quelquefois il se perche sur les palissades et sur les troncs d'arbres brisés, jamais sur d'autres; les rats, les grillons et d'autres insectes forment le fond de sa subsistance. J'ai vu quelques oiseaux de cette espèce, que l'on élevait dans les maisons; on les y nourrissait avec de la chair crue; et j'ai observé qu'ils refusaient de manger de la viande cuite et de la graisse. Il n'y a point de distinction apparente entre les sexes. Quelques-uns les connaissent sous le nom de hibou; mais ils ne sont point de l'espèce du hibou d'Espagne. Les Portugais du Brésil les appèlent curuja.

Formes. 23 pennes aux ailes; la troisième est la plus longue; 12 pennes égales à la queue. Les ouvertures des narines sont circulaires.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi; de la queue, 3 un quart; du vol, 24; de la jambe, 35 lignes; du tarse, 26; du doigt du milieu, 9 et demie, et de l'ongle, 4; du bec, 7; du diamètre de l'œil, 7.

Couleurs. L'attribut le plus remarquable du plumage de cette espèce, et qui la distingue de toutes les autres, c'est une bande étroite et blanche qui va depuis la base du bec jusque bien au delà de l'œil. Toutes les parties supérieures de l'oiseau sont d'un brun pur, piqueté de blanc sur la tête, taché de la même couleur sur le cou, le corps et les couvertures supérieures des ailes. Les pennes sont d'un brun rougeâtre, marqué de grandes taches blanches sur les barbes inférieures, et roussâtres sur les

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supérieures; elles ont aussi du blanc à leurs extrémités. Cette couleur blanche s'étend sur toutes les parties inférieures et même sur le tarse; mais il y a de grandes taches brunes sur la poitrine et les côtés du corps; à la gorge, une tache en forme de croissant, derrière laquelle une autre de couleur brune se prolonge jusqu'à l'oreille. Le bec est d'un blanc verdâtre à sa base, et noir sur les côtés. L'iris est d'un jaune pur, et les paupières sont garnies de petites plumes blanches qui se terminent en poils noirs; d'autres semblables naissent vers l'angle antérieur de l'œil et cachent les narines.

N.° XLVIII.

LA CHOLIBA.1

J'AI déjà dit que les Guaranis appelaient urucurea, et les Espagnols hibou, l'oiseau de cet article et celui de

1 Après avoir comparé la description de cet oiseau, avec celle que le père Charleroix a donnée du canot, sorte de chat-huant des îles françaises de l'Amérique (Hist. de la nouvelle France, tom. III, pag. 65), et reconnu qu'elles ne peuvent convenir au même oiseau, M. d'Azara compare encore la choliba avec le scops, oupetit-duc (strix scops) et quoiqu'il ait remarqué plusieurs traits de dissemblance entre eux, je ne puis m'empêcher de les considérer comme d'une seule et même espèce, que la diversité de climat aura légèrement modifiée; car leur couleur est fort sujette à varier. L'on sait à présent que le scops est un oiseau voyageur, et qu'on le trouve dans cette partie de l'Amérique méridionale qu'on nomme la Guiane; il n'est point surprenant qu'on le rencontre aussi au Paraguay.
L'oiseau de la nouvelle Espagne indiqué par Nieremberg, sous le nom de talchiquatli (Hist. nat. lib. 10, cap. 39, pag. 221), me paraît, comme à M. d'Azara, de la même espèce que celle du choliba. (S.)

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l'article précédent, et que ni l'un ni l'autre n'étant de l'espèce du hibou d'Espagne, j'ai laissé au premier le nom guarani, et j'ai nommé celui-ci choliba, parce que dans mon enfance, j'entendis donner chez, moi ce nom à un oiseau nocturne qui, autant que je puis m'en souvenir, se rapprochait beaucoup de celui-ci.

Il passe les journées dans les bois ou sur les arbres très-touffus, où il se cache entre les branches. Je tuai un jour; d'un seul coup de fusil, un mâle et une femelle de cette espèce, qui étaient ainsi cachés et l'un contre l'autre. La nuit, ils approchent des habitations champêtres, se posent sur les toits et les murailles, et se laissent tellement approcher, que j'en ai vu tuer à coups de pierres et de bâtons. Le cri qu'ils répètent fréquemment n'est ni grave, ni aigu, ni aigre; il exprime les syllabes turururù-tù-tù. Au mois d'octobre j'achetai une choliba femelle qui avait été prise dans un trou d'un vieil arbre, dans lequel il y avait un œuf, sans apparence de nid; trois jours après elle pondit, dans mon logement, un second œuf blanc, parfaitement sphéroïdal, et dont les diamètres étaient de 15 un tiers et de 13 lignes et demie; elle ne pondit pas davantage, quoique l'on assure que sa ponte est de trois œufs. Quand on me l'apporta, ja la liai par une patte sans qu'elle montrât de résistance, et elle resta immobile pendant la journée entière; mais le soir elle se délia, et je la rattachai avec la même corde; elle parvint encore à se détacher et deux autres fois, en peu de minutes, malgré cinq ou six nœuds bien serrés. Je finis par la laisser libre, et elle mangea une perruche et les autres petits oiseaux qu'elle pût attraper dans mon appartement.

De tous les oiseaux de nuit, c'est celui qui se fami-

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liarise le plus facilement. On l'élève souvent dans les maisons, parce qu'étant très-vorace, il fait la chasse aux rats, aux cloportes, aux grillons, etc.; il mange du pain, de la viande, de tout; et quoiqu'on ne lui donne rien, il sait se procurer sa subsistance sans chercher à s'échapper. Je crois que c'est aussi l'oiseau qui voit le mieux dans l'obscurité de la nuit, et le moins à la lumière du jour; c'est encore celui dont les couleurs sont le plus foncées et le moins confuses; sa physionomie est moins sombre, sa tête plus petite, et ses aigrettes immobiles sont constamment relevées et droites, quoique fort courtes. Il se donne moins de ces mouvemens ridicules qu'affectent les autres espèces; il fait seulement beaucoup de bruit en frappant les deux pièces de son bec l'une contre l'autre, comme des castagnettes. Ces oiseaux sont assez, communs au Paraguay; mais je n'en ai vu aucun plus au midi que le 30e degré, peut-être parce que les bois y sont très-rares.

Formes. Les troisième et quatrième des 24 pennes de l'aile sont les plus longues; il y en a 12 égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un sixième; de la queue, 3 et demi; du vol, 21 et demi; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 7 et demie, et de l'ongle, 4; du bec, 8; du diamètre de l'œil, 7; hauteur des aigrettes, 10.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête et du dos, du dessous du corps jusqu'aux jambes, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, ont leur milieu noirâtre et le reste d'un brun clair pointillé de noirâtre; le tarse et les jambes jusqu'à la queue, de même que les couvertures inférieures des ailes, sont d'un roux clair; mais les petites couvertures sont terminées de noirâtre. Cette teinte fait le fond des premières pennes de l'aile, qui

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sont marquées de grandes taches roussâtres; les autres, aussi bien que la queue, sont brunes, avec de petites taches tellement couvertes de points, qu'on les distingue à peine. Une grande tache noire, en forme de croissant, s'étend depuis la base des aigrettes jusqu'au bas de l'angle de l'ouverture du bec, et couvre les oreilles; c'est la partie la plus remarquable du plumage, avec une rangée de plumes blanches et terminées de noir qui se voit sur les scapulaires. Le bec est d'un bleu très-clair, son extrémité jaunâtre, et l'iris jaune, avec un peu de bleuâtre sur son bord intérieur.

Il existe, dans cette espèce, une variété de laquelle j'ai tué quelques individus qui ne m'ont présenté d'autres différences que d'avoir du brun où les autres ont du noir, et du blond où ils ont du brun. Ces dissemblances ne dépendent ni du sexe, ni de l'âge, puisque d'un coup de fusil j'ai abattu une paire de ces oiseaux dont la teinte principale était blonde, et une autre paire noirâtre; j'ai eu aussi quelques jeunes de cette même couleur.

N.° XLIX.

LE CABURÈ.1

LES Guaranis donnent à cet oiseau le nom de caburè ou celui de caburei, qui est le diminutif du premier. Je

1 Marcgrave, et Buffon après lui, ont décrit un oiseau nocturne du Brésil, sous ce même nom de cabure ou caboure. Mais il est impossible de le reconnaître dans la description qu'en donne M. d'Azara. En effet, sans parler des différences assez remarquables dans les couleurs du plumage, Marcgrave (Hist. Bras. p. 212) assigne à son cabure trois caractères bien tranchés, qui sont en opposition directe avec ceux que M. d'Azara attribue au sien. Les deux premiers, qui sont extérieurs, sont, 1.° la petitesse de l'oiseau, comparée, par Marcgrave, à celle de la litorne, au lieu que celui-ci est beaucoup plus grand; 2.° les aigrettes auriculaires que l'oiseau de Marcgrave abaisse et redresse à volonté, et dont celui de M. d'Azara est privé. Le troisième caractère, non moins saillant que les premiers, tient au naturel que Marcgrave dépeint comme doux et disposé à la familiarité, jusqu'au point de jouer avec les hommes, et de les amuser par toutes sortes de bouffonneries, tandis que M. d'Azara ne cesse de représenter son caburè comme l'animal le plus indomptable, le plus cruel et le plus fér roce qui existe.
Nous devons conclure de cette petite discussion, 1.° que le cabure du Brésil n'est pas le même que le caburè du Paraguay; et cette conformité de noms appliqués en divers pays à des oiseaux d'espèce différente, ne doit pas étonner, si l'on considère combien les noms des oiseaux nocturnes sont confondus dans nos contrées même; 2.° que le cabure de Marcgrave et de Buffon est du genre des ducs, puisqu'il porte sur la tête des plumes en aigrettes; 3.° que ce même oiseau est celui que M. d'Azara a décrit sous la dénomination de nacurutu sans aigrettes, ainsi que je l'ai montré dans ma note de la page 115; 4.° qu'enfin le caburè du Paraguay est une espèce nouvelle, dont la connaissance est due à M. d'Azara. (S.)

III. a. 9

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ne l'ai jamais vu au delà du 29e degré vers le sud, sans doute à cause de la rareté des bois. Sa ponte, qui est de deux ceufs, a lieu en novembre dans des trous de vieux arbres, sans apparence de nid. J'ai nourri des petits encore très-jeunes, avec des insectes et de petits morceaux de viande, et ils commençaient à me connaître et à m'appcler par leurs cris; mais comme je laissais leur manger près d'eux, ils apprirent, avec l'âge, à le prendre sans que je leur misse dans leur bec. La première fois que cela leur arriva, ils oublièrent aussitôt mes bienfaits; ma vue les mit en fureur; et au lieu de recevoir leur

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repas tle ma main, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, ils se couchèrent sur le dos et me reçurent en me présentant les serres et jetant de grands cris. Jamais ils ne se cachèrent derrière les coffres de mon logement. Pour marcher, ils faisaient un petit saut, après lequel ils s'arrêtaient pour en faire un autre; c'est en quoi ils diffèrent de tous les oiseaux nocturnes, qui marchent tous, et dont quelques-uns courent; et cela confirme l'opinion où l'on est que le caburè est un oiseau des bois et qu'il ne se pose jamais à terre. Ses mouvemens sont prompts en général; il agite presque sans cesse son cou verticalement, et quelquefois il porte son manger à son bec avec le pied. Je n'ai pas observé qu'il eût des aigrettes sur la tête, et je ne les ai point trouvées sur un grand nombre de ces oiseaux adultes; cependant, m'étant arrivé d'exposer au soleil mes deux jeunes caburès qui, la première fois, en furent comme étourdis, je relevai les plumes toujours un peu hérissées de leur tête, et je reconnus clairement de très-petites aigrettes.

Ces oiseaux ne sont pas fort rares; ils habitent les grandes forêts; ils se perchent vers le bas des arbres, et de préférence sur les branches cassées ou peu feuillées; ils ne se cachent point et ils ne fuient pas, quoique l'on passe fort près d'eux. Ils se tiennent seuls, et je ne connais point de différence qui distingue les sexes. Il n'y a personne au Paraguay qui ne dise et n'affirme que le caburè a l'adresse et le courage de se fourrer sous les ailes de tous les oiseaux, sans en excepter les yacus et les caracaras, de s'y attacher, de leur dévorer le côté, et de les mettre à mort. Plusieurs personnes dignes de foi m'ont attesté qu'ils avaient vu des oiseaux, et même des dindons dans les basses-cours, périr de cette manière.

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Cependant j'avais lâché dans ma maison un yacou vivant et une poule que n'attaquait point un caburè qui y vivait en liberté, et que j'avais pris adulte; cet animal était néanmoins féroce, et il avait sa femelle avec lui; mais peut-être son étal de captivité lui avait-il fait perdre son courage naturel. Quoiqu'il en soit, j'ai nourri quelques caburès, et il me paraît qu'il n'est point d'oiseau plus vigoureux à proportion du volume du corps, ni plus féroce et plus indomptable.

Formes. 24 pennes aux ailes, dont la quatrième et la cinquième sont les plus longues; 12 presque égales à la queue. Les ouvertures des narines sont circulaires et placées sur le devant d'un petit tubercule bleu. La langue est courte. Au devant de l'angle antérieur de l'œil sont de petits poils noirs qui avancent sur le bec.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 13 et demi; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 8, et de l'ongle, 5; du bec, 6; du diamètre de l'œil, 4 et demie.

Couleurs. Les côtés et le dessus de la tête sont d'un brun noirâtre et taché de blanchâtre; ces taches manquent aux jeunes caburès. Un arc étroit et blanc, en forme de sourcil, surmonte les yeux. De chaque côté de l'occiput est une tache noirâtre dont la circonférence est marquée par de petites plumes blanches. Le reste du derrière de la tête, le dessus du cou et du corps, aussi bien que la queue et les couvertures supérieures des ailes, sont d'un brun noirâtre; mais il y a sur la queue de petites taches rondes et blanches qui forment des bandelettes transversales et interrompues. Les pennes des ailes sont rayées de roussâtre clair, et sur les plumes scapuaires, de même que sur le dernier rang des moyennes

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couvertures des ailes, l'on remarque cinq petites taches rondes et blanches, rangées à la file. Il y a du blanc sous la gorge, laquelle, ainsi que le dessous du cou et du corps, sont d'un brun plus clair dans le milieu que sur les côtés; le ventre est tout blanc. Les pennes des ailes et de la queue en dessous sont rayées de brun et de jaune paille; les couvertures inférieures des ailes ont cette dernière teinte, avec un peu de brun dans leur milieu. Le bec est verdâtre; la langue noire, et l'iris d'un jaune foncé.

Quelques individus diffèrent en ce qu'une teinte noirâtre remplace le brun; chez d'autres, c'est une nuance d'un roux vif comme le tabac d'Espagne. Ces variétés ne sont dues ni à l'âge ni au sexe, et je les crois accidentelles. Il est certain que les individus à teinte rousse sont les plus rares.

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CARATÈRES COMMUNS

AUX TOUCANS.

JE range parmi les oiseaux de proie diurnes, ceux que les Guaranis nomment tucà, quoique la nature semble avoir réuni en eux des apparences et des formes tout opposées à un appétit cruel et carnassier. Ils cherchent presque toujours la société de leurs semblables, puisqu'il est ordinaire de les rencontrer en réunion de famille et aussi en petites troupes. Ils ont les ailes très-courtes, le bec difforme et incapable de déchirer, de serrer ni de broyer quoi que ce soit; les jambes ne pouvant avancer séparément, si ce n'est par sauts forcés; deux doigts en arrière et tous inutiles pour saisir, attaquer ou se défendre.

Les toucans, contre toutes les apparences, détruisent wn grand nombre d'oiseaux, parce qu'avec leur gros et grand bec ils se font respecter et craindre par toutes les espèces; ils les attaquent, les chassent de leurs nids, et en leur présence même mangent leurs œufs et leurs petits, qu'ils tirent des trous à l'aide de leur bec, ou qu'ils font tomber avec les nids. Des témoins dignes de foi affirment que les toucans ne respectent pas même les œufs et les petits des aras et des caracaras; et que si les petits sont trop forts pour qu'ils puissent les enlever du nid, ils les font tomber à terre, comme si leur naturel ne les portait pas seulement à dévorer, mais encore à détruire. Le nid si solide du fournier, qui résiste au tems

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et aux autres causes de destruction, n'est pas à l'abri de l'attaque des toucans, qui attendent que l'argile dont il est composé soit détrempé par la pluie, pour le briser à coups de bec, afin de pouvoir dévorer les œufs et les petits; enfin, dans la saison de la ponte, les toucans n'ont presque point d'autre nourriture; le reste de l'année est pour eux un long carême, si austère, qu'ils ne vivent que de fruits, et quelquefois d'insectes et de bourgeons d'arbres, et qu'ils laissent en paix les autres oiseaux. Je crois bien qu'ils ne peuvent se saisir des oiseaux adultes; et que peut-être, en supposant qu'ils s'en emparassent, leur estomac ne serait pas capable de digérer les plumes et les os, ni leur bec de les plumer et de les dépecer. Mais pour ne point m'écarter en rien de la vérité, j'avouerai que je ne suis point sûr que les toucans de la petite espèce brisent les nids et dévorent les petits qui y sont, parce qu'étant plus rares que les autres au Paraguay, je n'ai pas été à portée de vérifier le fait, bien que je n'en doute point; car ayant les mêmes formes et la même manière de vivre, ils doivent avoir aussi les mêmes habitudes1.

1 J'en demande pardon à M. d'Azara; mais n'est-ce point ua étrange abus des mots et des choses, que de ranger au nombre des oiseaux de proie, ceux dont les serres n'ont ni force, ni adresse; dont le bec n'est propre ni pour entamer, ni pour couper, ni pour diviser; qui ont autant de peine à marcher qu'à voler, qui enfin ont le naturel paisible et sociable; et cela, parce que, pendant un tems très-court de l'année, ils cessent d'être frugivores, pour briser les nids, manger les ceufs et la faible progéniture des autres espèces? Et d'après un pareil principe, qui contrarie les opinions les plus généralement adoptées, ne faudrait-il pas dire aussi, et même avec plus de raison, que le roitelet, le rouge-gorge, le poul, etc. sont des oiseaux de proie, parce que leus nourriture habituelle se compose de petits êtres vivans, tels que les fourmis, les chenilles et d'autres insectes? L'oiseau de proie, de même que les espèces carnassières parmi les quadrupèdes, a reçu de la nature la vigueur et des armes qui en font un objet de terreur; il n'a d'autre moyen, pour se sustenter, que l'exercice du carnage, auquel il se livre constamment; et il périrait plutôt de faim, que de toucher à un fruit, à une plante, à une herbe. (S.)

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Le bec, dans les deux premières espèces, est hors de toute proportion. L'oiseau en présente la pointe au vent lorsqu'il vole; et de cette manière, il n'offre pas plus de résistance que les autres oiseaux, dont la tête et la surface sont les mêmes. Ajoutez que la légèreté spécifique et la conformation de ce large et long bec ne peuvent ralentir le vol, parce que les points les plus élevés de l'oiseau se trouvant au bec même et à la moitié antérieure du corps, ils ne forment point obstacle, le vent ayant fait son effet sur la pointe du bec. Dans l'état de repos, le toucan porte son bec un peu plus élevé que la ligne horizontale qui passerait par les yeux; et lorsqu'on le regarde de très-près, ce bec paraît postiche, parce que, sa base excède le niveau de la tête, qui s'y emboîte comme dans un étui; outre ces singularités, les ouvertures des narines sont placées en dehors de cette base. La langue est très-étroite, de grosseur égale par-tout, entièrement osseuse1, et à peu près semblable à une, plume, large de deux lignes, et garnie de barbes pareillement osseuses, séparées et dirigées en avant; de sorte que cette langue ne pouvant se plier, est inutile pour la direction des alimens et pour la formation du cri qui, dans les deux premières espèces, se réduit à la syllabe

1 II serait plus exact de dire que la substance de cette langue si singulière, est cartilagineuse. (S.)

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rac 1 Les mandibules du bec ont sur leurs bords des dentelures très-sensibles qui ne se correspondent pas du haut en bas, ni du bas en haut, et ne se rapportent pas même dans leur position relative; le bec lui-même est une gaine osseuse et mince, remplie d'une multitude de cellules vides. L'œil est grand et entouré d'un espace nu en forme de triangle, renflé et fort agréable à la vue. Le pied, très-court et robuste, est couvert presque jusqu'au talon de longues écailles, rudes au toucher. Le doigt extérieur, devant comme derrière, est le plus long; les ongles sont fort aplatis et arqués comme ceux des charpentiers. Il y a dix pennes à la queue.

Les toucans volent à une hauteur moyenne, et en ligne droite et horizontale; ils battent des ailes par intervalles et avec quelque bruit; leur vol est plus vîte que le peu d'étendue de leurs ailes ne le ferait croire. Ils se perchent vers la cime des plus grands arbres; et quoiqu'ils ne grimpent pas à la manière des charpentiers, ils sautent de branche en branche et changent de position avec prestesse. Ce sont des oiseaux forts et trèsattentifs à ce qui se passe autour d'eux; ils n'avancent qu'avec défiance, comme l'uruca et les acahès. Il n'existe point de différence d'un sexe à l'autre, et je ne crois pas qu'ils se trouvent vers le midi au delà du 28e degré, ni qu'ils boivent; et ce n'est que rarement qu'ils se posent à terre.

La première espèce n'est point rare; elle se tient autour des habitations et dans les bois, mais jamais dans les campagnes. De sa ponte, qui a lieu dans des trous d'arbres, naissent deux petits semblables à leurs père et

1 Plusieurs espèces de toucans font entendre un autre cri. (S.)

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mère, qui les nourrissent jusqu'à ce qu'ils volent la queue renversée sur le dos. J'ai observé que ces jeunes oiseaux, que l'on tentait de nourrir dans les maisons, y mouraient au bout de deux ou trois mois. Les toucans sautillent obliquement, d'assez, mauvaise grâce et les jambes ouvertes presque d'une palme; quand ils prennent les petits oiseaux dans le nid, des morceaux de viande ou un fruit, ils les lancent en l'air comme les joueurs lancent leur balle; et par un léger mouvement du bec, ils les font sauter jusqu'à ce que les morceaux se présentent convenablement pour être avalés; alors, par un autre mouvement, ils les font entrer dans leur large gosier, enfermé par un cou volumineux. Mais si le morceau est plus gros que l'ouverture du gosier, ils l'abandonnent sans chercher à le diviser. L'on ne sait comment la petite espèce se reproduit; mais l'on croit que c'est de la même manière que les autres1

Buffon2 a fait précéder la description des toucans par un beau discours; mais il pense mal à propos que le nom de ces oiseaux signifie plume en langage brasilien, et qu'il leur a été appliqué parce qu'au lieu de langue, ils ont une plume de substance cartilagineuse, qui m'a paru osseuse3. C'est aussi faussement que le même auteur

1 II faut que les œufs des toucans soient bien difficiles à trouver; aucun voyageur ne fait mention de leur grosseur ni de leur couleur. J'ai passé quatre années à la Guiane sans pouvoir m'en procurer; et il parait que M. d'Azara n'a pas été plus heureux que moi. (S.)

2 Tome XIII, page 62.

3 Ce n'est pas à Buffon, qui ignorait complètement la langue du Brésil, que doit être attribuée cette erreur, si c'en est une; mais bien aux anciens voyageurs, chez lesquels Buffon a pnisé cette étymologie. (S.)

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avance que le bec des toucans leur est inutile et nuisible, puisqu'il leur sert à attaquer quelques oiseaux, et qu'il ne gêne point leur vol en faisant pencher vers la terre la moitié antérieure de leur corps; ce vol est, au contraire, assez rapide, et nullement lourd et embarrassé, le bec et le devant du corps étant les parties les plus élevées dans ce mouvement1. C'est également une erreur de dire avec Buffon, que les toucans se perchent à la cime des arbres, qu'ils s'apprivoisent très-aisément, et qu'ils produisent en domesticité; qu'enfin, leur cri est une espèce de sifflement réitéré assez long-tems pour qu'on les ait appelés oiseaux prédicateurs2. Le même naturaliste dit

1 J'ai vu très - souvent les toucans au vol, et j'ai toujours remarqué qu'il était court et de pénible exécution; on ne peut mieux le comparer qu'à celui de la pie. Il ne peut même être autrement, à cause du peu de longueur des ailes, et de l'ampleur énorme du bec, qui doit faire nécessairement obstacle, de quelque manière que l'on suppose que l'oiseau le porte en volant. (S.)

2 Dans toutes ces méprises, imputées à Buffon, la dernière seule est fondée; et je l'ai relevée moi - même dans mon édition des OEuvres de ce grand homme, tom. LVI, pag. 41. Voici ma note sur ce sujet: «La dénomination d'oiseaux prédicateurs a été donnée aux toucans, non pas à cause de leur sifflement, car les prédicateurs ne sifflent pas, mais parce que, lorsqu'ils sont perchés, ils portent leur énorme bec à droite et à gauche, le relèvent et l'abaissent, comme s'ils gesticulaient en s'adressant à un nombreux auditoire. Cette petite méprise de Buffon vient de ce que, dans le recueil de mes notes manuscrites, que je lui remis à mon départ de Montbard, j'avais remarqué simplement que les créoles de la Guiane appelaient les toucans oiseaux prédicateurs; et Buffon ne connaissant pas leur habitude de mouvoir le bec en tout sens, crut que leur sifflement était la cause d'une dénomination aussi bharre». Au reste, le toco jète le même cri articulé que le tucai.

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encore que les toucans percent les arbres, au rapport de Hernandez; mais ils ne peuvent avoir cette habitude. Cette méprise vient de ce qu'on les aura vus à l'ouverture d'un trou d'arbre en tirer les œufs ou les petits d'un charpentier ou d'un perroquet, et l'on aura cru qu'ils creusaient eux-mêmes ce trou Leur physionomie n'est ni triste, ni sérieuse, comme le prétend encore Buffon; elle porte seulement l'empreinte de l'inquiétude et de la

M. d'Azara dit que les toucans se perchent sur le tiers le plus haut des plus grands arbres; ce que j'ai traduit par vers la cime des plus grands arbres. Or, quelle différence y a-t-il entre ce tiers, élevé, dans lequel la cime est comprise, et la cime elle-même, sur laquelle, au surplus, j'ai vu souvent des toucans? Ne serait-on pas tenté de croire que l'humeur seule a pu susciter une observation qui, chez tout autre que M. d'Azara, passerait pour une misérable chicane?

Quant aux dispositions à la familiarité que Buffon attribue aux toucans, elles sont fondées non-seulement sur les témoignages positifs de Fernandez, de Marcgrave et d'autres voyageurs (cicuratur ità ut sub tecto pullos suos excludat, dit Marcgrave, Hist. nat. Brasil. cap. 25, pag. 217); mais elles sont très-réelles. On en élève dans les maisons de Cayenne, et l'on en a vu même à Paris et en Hollande. (S.)

1 L'on serait tenté de penser que M.'d'Azara n'est pas trèsfamiliarisé avec notre langue; car Buffon a fait précisément la même réflexion que lui. Comme ils font, dit Buffon, leurs nids dans des trous d'arbres que les pics ont abandonnés, on a cru qu'ils creusaient eux-mêmes ces trous. Et plus haut: Les auteurs qui ont écrit que le toucan perçait les arbres comme le pic, se sont trompés; ils n'ont rapporté ce fait que d'après la méprise de quelques Espagnols qui ont confondu ces deux oiseaux, et les ont également appelés carpenteras (charpentiers) ou tacatacas en langue péruvienne, croyant qu'ils frappaient également contre les arbres. NéANMOINS IL EST CERTAIN QUE LES TOUCANS N'ONT XI NE PEUVENT AVOIR CETTE HABITUDE. (S.)

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défiance.1 Fernandez et Nieremberg assurent que ces oiseaux mangent du poisson; mais je ne le crois pas2, quoique je ne sois pas éloigné de penser qu'ils se nourrissent quelquefois de grenouilles, de crapauds et d'autres animaux semblables. Buffon suppose que ce sont des oiseaux erratiques plutôt que voyageurs; je ne puis rien dire sur ce sujet, sinon que la grande espèce est stationnaire, et que, selon toute apparence, les autres le sont aussi3.

N.° L.

LE TOUCAN PROPREMENT DIT.4

Formes. La base du bec est saillante; il se prolonge en ligne assez droite, et sa pointe se recourbe jusqu'à de-

1 Un bec excessif, plus large même que la tête, et de grands yeux fades et sans feu, peuvent rendre très-ridicule la physionomie d'un oiseau; mais je doute qu'ils soient propres à l'animer et à l'égayer. (S.)

2 Ce fait a paru aussi fort douteux à Buffon; et il en a averti. (S.)

3 Le mot erratique indique un simple changement de cantons; et ces petits voyages, ou plutôt ces courses sont déterminées, dans les animaux, par l'époque, variable en différens lieux, de la maturité des fruits qui leur servent de nourriture. Voilà ce que font les toucans, et ce que Buffon a exprimé très-clairement. (S.)

4 C'est la même espèce à laquelle Buffon a donné le nom de toco (tom. XIII, pag. 176). — Ramphastos toco Linn. syst. nat. gen. 46, sp. 12. —Latham, syst. ornith. gen. 6, sp. 1. Il porte au Para le nom de tocanassù. Il y a erreur dans le texte de Buffon, ainsi que l'a fort bien remarqué M. d'Azara, au sujet de la longueur totale du toco, qu'il réduit à 9 ou 10 pouces, tandis que, dans le réel, elle est ordinairement de 19 à 20 pouces; c'est la plus grande espèce de toucans. Les tocos de la Guiane ont, entre le blanc de la gorge et le noir de la poitrine, un petit cercle rouge, qui paraît manquer à ceux du Paraguay. (S.)

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venir perpendiculaire à son axe. Ce bec est osseux et excessivement volumineux, mais léger et un peu transparent; la mandibule inférieure s'emboîte dans la supérieure, qui est moins creusée intérieurement, et marquée en longueur sur ses côtés d'un filet qui disparaît avant d'arriver à la pointe du bec, laquelle est forte et crochue. L'aile est composée de 24 pennes, dont les deux premières sont fort courtes; les dix pennes de la queue ont des barbes très-fournies et une longueur presque égale. Les jambes sont très-garnies de plumes sur leur côté extérieur. Le tarse est robuste, et les deux doigts de devant sont joints par une membrane presque jusqu'à la première articulation. La paupière est dénuée de cils.

Dimensions. Longueur totale, 23 pouces; de la queue, 6; du vol, 29 et demi; du bec, 6 et demi; sa hauteur, 2 et demi, et sa largeur, un demi; de la jambe, 42 lignes; du tarse, 30; du doigt extérieur du devant, 21, et de l'intérieur, 12; du doigt de derrière extérieur, 21, et de l'autre, 9; de l'espace nu du tour de l'œil, 3, et du diamètre de l'œil, 5.

Couleurs. Tout le plumage est noir, à l'exception des couvertures inférieures de la queue, lesquelles sont rouges. Il y a aussi une grande tache blanche qui commence à l'angle de l'ouverture du bec, passe au-dessus de l'œil et les côtés du cou, et se termine par un contour à peu près aux trois quarts de la partie antérieure du cou. Quelques individus ont un peu de jaune pâle au milieu de cette tache, et tous un peu de blanc sur les ouvertures des narines. Le tarse est vert en devant et bleu en arrière. Le bec a son sommet rouge, et sur sa base une bandelette ou une zone large de 4 lignes et d'un noir foncé; sa mandibule inférieure de couleur orangée, de

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même que les bords de la pièce supérieure; mais cette teinte y dégénère bientôt en jaune; à la pointe de cette même mandibule, une tache noire de deux pouces de circonférence mais qui n'atteint pas le dessus du bec. La peau nue du lour de l'œil est d'un orangé vif, et la paupière d'un beau bleu.

N.° LI.

LE TUCAI.

CE nom est le diminutif de tucà ou toucan, et il convient à cette espèce à cause de sa taille, plus petite que

1 Toucan à gorge jaune. Buffon, Hist. des ois. t. XIII, p. 177 et suivantes, planches enluminées, n.° 269. — Tucana Guyanensis gutture luteo Brisson, ornith. tom, IV, pag. 411. — Ramphastos discolorus Linn. syst. nat. gen. 16, sp. 7. — Lath, syst. ornith. gen. 6, sp. 2. En portugais, tocona. Les naturalistes ne sont pas d'accord au sujet de quelques variétés que l'on remarque dans les couleurs des toucans à gorge jaune. Les uns pensent que ces variétés constituent des espèces distinctes et séparées, et M. d'Azara paraît avoir cette opinion; les autres les attribuent à l'âge ou au sexe, et c'est mon avis. Quoi qu'il en soit, c'est a l'effet de ces variétés que doivent être imputées les légères dissemblances que M. d'Azara a remarquées entre le tucai et l'oiseau représenté n.° 269 des planches enluminées de Buffon, et qui est, suivant moi, le mâle dans l'espèce des toucans à gorge jaune.
Au reste, M. d'Azara reprend mal à propos Buffon d'avoir écrit que les toucans à gorge jaune jètent un cri articulé, qui semble prononcer pinien-coin ou pignen-coin. C'est un fait que je puis attester et qu'attesteront tous les habitans de notre Guiane, qui ne connaissent pas cet oiseau sous un autre nom que celui de pignen-coin. M. d'Azara n'a vu au Paraguay que quatre individus de cette espèce, et encore comme par hasard; à la Guiane, ils sont très-communs et très-connus. ( S.)

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dans la précédente. Je n'ai vu que deux tucais que j'ai rencontrés dans l'endroit le plus fourré d'un bois, où je vis une autre paire de ces oiseaux qui ne me parurent pas différer des premiers.

Formes. Je ne connais pas d'oiseaux dont l'aile étendue ait la seconde articulation ou le coude en pointe aussi saillante. Il a, au reste, les pennes de même que dans le toucan proprement dit. Celles de la queue, au nombre de dix, sont roides, bien fournies de barbes, peu larges et étagées; l'extéricure de chaque côté a 10 lignes de moins que les autres. L'œil est grand. La pièce inférieure du bec est un peu recourbée vers son bout, et la supérieure légèrement convexe sur toute sa longueur, fort aplatie sur ses côtés et se terminaut en pointe. Les plumes sont en général fort longues et à barbes alongées et laches, de sorte qu'elles ont l'apparence de crins. Celles du dessus du cou sont principalement remarquables, en ce qu'elles en grossissent le contour, et que, retombant sur les côtés, elles couvrent une partie de la tache de la gorge.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces et demi; de la queue, 6; du vol, 23 un quart; de la jambe, 39 lignes; du tarse, 26; du doigt extérieur en devant, 15, et de l'intérieur, 11; de l'extérieur de derrière, 15, et de l'autre, 5; du bec, 45, son épaisseur, 17, sa largeur, 15.

Couleurs. Derrière les narines l'on voit une petite tache couleur de paille. La peau nue et triangulaire qui entoure les yeux est grande et d'un rouge sanguin. Il y a du bleu sur le bord des paupières. De l'angle postérieur de l'espace nu du tour de l'œil à la naissance de l'aile, va une ligne qui descend, de chaque côté, en demi-cercle sur la poitrine, et renferme une grande

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plaque d'un blanc mêlé de jaune dans son contour, et d'une coulcur orangée fort vive dans son milieu. Audessous de cette plaque jusqu'au ventre, est une bande cramoisie comme les couvertures de la queue. Le reste du plumage est noir; l'iris d'un jaune verdâtre, et le bec d'un vert teinté de jaune, avec une bande noire qui entoure sa base.

C'est cette espèce dont les plumes fournissent aux peuples sauvages des parures dans leurs fêtes et leurs divertissemens. Ils découpent la peau du devant du cou et du dessous du corps, ou ils en arrachent les plumes pour les attacher ou en faire un tissu dont ils façonnent des colliers et d'autres atours. Il faut convenir que ces plumes, par la vivacilé et l'éclat de leurs couleurs, sont très-propres à faire des parures de femmes1

N.° LII.

LE TUTU.2

J'ACHETAI, au mois de janvier, un oiseau de cette espèce qui, me dit-on, avait été pris dans une maison

1 Il y a quarante à cinquante ans que les gorges de toucans étaient recherchées pour faire des garnitures de robes et d'autres ajustemens d'un grand prix. La difficulté de se les procurer a pu seule faire abandonner une parure aussi brillante et aussi agréable. (S.)

2 M. d'Azara croit reconnaître cet oiseau dans la description que les naturalistes ont donnée du houtou ou momot de la. Guiane (Buffon, tom. XII, pag. 103. Momotus Guyanensis Lath.) Ces oiseaux out en effet beaucoup de rapports entr'eux; mais, suivant laremarque, très-juste, de M. d'Azara lui-même, les habitudes du tutu diffèrent tellement des habitudes bien constatées du momot, qu'il est impossible de ne pas les attribuer à deux espèces distinctes. Le tutu n'est done point le momot de la Guiane, ni celui du Mexique, ou momot varié (yayauhquitototl de Fernandez, dont les ornithologistes font une simple variété du premier); mais c'est une espèce nouvelle, dont la connaissance est due à M. d'Azara (S.)

III. a. 10

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attenante à un bois. Depuis, D. Juan Machain m'en donna un autre qui était entré dans sa cuisine à la ville. J'en tuai un troisième dans un bois fourré; tout cela au Paraguay. Je gardai les trois premiers pendant cinq mois, dans ma maison, où ils vivaient en pleine liberié; leur démarche se composait de sauts brusques, droits et obliques, en ouvrant beaucoup les jambes. Ils étaient lourds et roides dans tous leurs mouvemens; ils agitaient souvent le cou avec grace, tantôt du haut en bas, tantôt de côté; ils sautaient par-tout, et ils dormaient sur le dossier d'une chaise, où ils se tenaient ordinairement, et d'ù ils ne descendaient à terre que pour manger; leur cri le plus fréquent était tu-tu-tu; quelquefois ils faisaient entendre d'un ton bas un autre cri huuu. Ce sont des oiseaux pleins de force et de défiance, farouches et curieux. Ils mangeaient de petits morceaux de pain, et plus volontiers de viande crue; avant de les avaler, ils les frappaient à plusieurs reprises de travers contre terre, comme s'ils les croyaient doués de la vie et qu'ils cherchassent à les tuer. Je les ai vus quelquefois manger des melons d'eau et des oranges; ils ne buvaient jamais, ne faisaient aucun cas du maïs entier ou concassé, et ne se servaient point de leurs serres pour saisir les morceaux qu'on leur donnait, et qu'ils abandonnaient s'ils les trouvaient trop gros; mais les petits oiseaux, comme les figuiers, étaient fort de leur goût; ils poursuivaient longtems et avec acharnement ceux que je lachais dans mon logement, les prenaient et les tuaient en les frappant

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contre terre; ils continuaient même à les frapper, quoique morts, jusqu'à ce qu'ils pussent les avaler entiers, en commençant par la tête. C'était la même chose pour les souris; mais ils dédaignaient les oiseaux un peu moins petits, qu'ils n'auraient pu avaler entiers. Il est aisé de conclure de ces habitudes, que les tutus doivent faire beaucoup de ravages dans les nids des oiseaux, de même que les toucans avec lesquels ils ont d'autres rapports, tels que la grosseur et la rondeur de la tête, la grandeur de l'œil, le volume, la longueur et les dentelures du bec, la langue ressemblant à une plume; mais ils en diffèrent beaucoup en ce que leur bec est incomparablement moins long et gros; que leurs pieds, leurs doigts et leurs ongles ont une toute autre forme et plus de faiblesse; que la queue offre des disparités, et qu'enfin ils ont des espèces de moustaches. C'est ce qui m'a déterminé à considérer ici le tutu à part ou comme un oiseau sui generis2.

Formes. Le plumage est fourni sur la tête, le cou et le corps; mais toutes les plumes sont longues, faibles et décomposées. Les 20 plumes de l'aile ont peu de force et ne peuvent servir à un vol soutenu; la première est la plus courte, la quatrième et la cinquième sont les plus longues. La queue est formée de dix pennes étagées et toujours un peu étalées; l'extérieure est de 4 pouces trois quarts plus courte que les deux intermédiaires. Le tarse est très-robuste et rude au toucher; le doigt exté-

1 Cette remarque judicieuse fait disparaître l'inconvenance d'avoir associé le tutu avec les toucans, desquels il diffère par des caractères sans nombre, dont le principal est d'avoir trois doigts en avant et un en arrière. On retrouve la même association dans l'arrangement systématique de Linnæus. (S.)

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rieur est uni à celui du milieu jusqu'a leur moitié, et ils sont d'égale longueur; l'intérieur n'a que très-peu de liaison avec l'intermédiaire. Au total, ces pieds sont conformés comme ceux des pics - grimpereaux. Les paupières sont nues, et de petites plumes remplacent les cils; il y a de longs poils près du coin de la bouche. Le bec est très-fort, sensiblement courbé dans toute sa longueur et comprimé sur les côtés; la pièce supérieure est du double plus épaisse que l'inférieure, laquelle se termine en cuiller; les bords ont des dentelures qui sont plus apparentes en bas. La langue est peu grosse et elle a des barbes, comme celle des toucans, sur son dernier tiers. Les ouvertures des narines sont placées un peu haut et obliquement.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces et demi; de la queue, 7 trois quarts; du vol, 18 et demi; de la jambe, 23 lignes; du tarse, 16; du doigt extérieur et de l'intermédiaire, 11; de l'intérieur, 7; de celui de derrière, 5; de l'œil, 6; du bec, 17, sa largeur, 10, son épaisseur, 6; largeur de la langue, 1.

Couleurs. Le dessus de la tête est rougeâtre; c'est la même teinte, mais plus faible, sur une partie de la poitrine. Les côtés de la tête sont noirs jusqu'au dessus des yeux. Tout le dessus de l'oiseau est vert, excepté le côté supérieur des premières pennes de l'aile, lequel est bleu; les autres sont d'un violet foncé; il y a aussi un peu de bleu au bout de la queue. Une tache noire est sur le devant du cou, le reste est vert. La moitié inférieure de la poitrine, tout le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes sont bleus. La queue, le dessous des ailes et le tarse sont de couleur argentée. L'iris est roux; le bord de la paupière et le bec sont noirs.

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CARACTERES COMMUNS

AUX PIES.

LES Espagnols donnent le nom de pies et les Guaranis celui de acahès, à des oiseaux dont je connais trois espèces qui ne présentent aucune différence de sexe, soit dans les formes, soit dans les teintes assez agréables de leur plumage. Ils se tiennent dans les bois, en réunions de famille ou par paires, et jamais en troupes nombreuses. Leur démarche est vîte et sautillante; ils ne cessent de voleter en tout sens, de branche en branche, avec assez d'agilité, en faisant fréquemment entendre leur cri; mais ils ne se montrent jamais à la cime des arbres, ni sur ceux qui sont morts ou effeuillés. Ils vont aussi à terre chercher les petites graines, les insectes et quelquefois des fruits; quand ils voient un nacurutu, un épervier, un yaguarelé, etc. ils se rappèlent, se rassemblent, et sautillent autour de l'animal carnassier, qu'ils inquiètent par leurs cris continuels.

Ces oiseaux sont assez forts et vigoureux, méchans, un peu cruels, curieux, peu farouches, sans défiance, inconstans, actifs, pétulans, paisibles; et lorsqu'on les prend, ils donnent de violens coups de bec. Des 20 pennes qui composent leurs ailes, la première est la plus courte, et la cinquième la plus longue; leur envergure est plus grande que celle des toucans. Cependant leur vol, qui n'est pas aussi élevé ni aussi soutenu que celui des toucans, est bas, horizontal et en ligne droite; ils battent des ailes par intervalles et ils les plient un peu avan

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que de se poser. Leur queue est formée de 12 pennes longues et inégales, qu'ils relèvent lorsqu'ils sont à terre. Ils ont le bec très-fort, presque droit, très-pointu, et ses deux pieces de force et de longueur égales; la langue déliée et fourchue à son extrémité; le pied et les doigts robustes et propres à sautiller en lignes droite et oblique; enfin les plumes du dessus de la tête veloutées, et l'oiscau ne les relève point; celles du corps sont peu agréables.

Les deux premières espèces font leur nid avec de petites bûchettes et de petites racines, sans le garnir intérieurement d'aucune matière douce; les œufs sont pointus à un bout; et leurs diamètres de 13 deux tiers et de 10 lignes. Il en est de même, sans doute, de la troisième espèce, que l'on ne trouve que jusqu'au 27e degré de latitude, tandis que les autres sont assez communes au Paraguay, et que la première s'approche même de la rivière de la Plata. Quant à la nourriture de ces oiseaux, il paraît qu'elle se compose d'une infinité de choses; et s'ils ne se soucient pas d'oranges, ils aiment beaucoup les raisins. Ils préfèrent la graisse à la viande; ils épient les poules qui pondent aux environs des habitations champêtres pour manger leurs œufs, qui sont leur aliment de choix, et qu'ils percent et vident avec adresse, sans en rien perdre.

Les pies de la première' espèce sont les seules qui pondent dans l'état de captivité; elles n'y boivent jamais et y mangent de toutes sortes de viandes et de maïs; si quelque poussin s'écarte de sa mère, elles sejètent dessus, lui percent le crâne et lui dévorent la cervelle. Elles portent aussi le ravage dans les nids des autres oiseaux, qui ne peuvent défendre leurs petits; ce ne sont pas moins, de même que les autres espèces, des

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oiseaux poltrons, mais querelleurs. Ils n'avalent point de morceaux entiers; ils pressent avec leurs pieds la viande contre quelque bois, et ils la déchirent en la tirant de force avec leur bec; c'est de la même manière qu'ils ouvrent les grains de maïs dont ils placent le germe en dessus, et qu'ils ouvrent en deux à coups de bec comme avec un instrument tranchant. Ils divisent de même les charbons, qu'ils préfèrent quelquefois à toute autre chose. Ils sautent et rodent dans la maison; ils grimpent partout, et ils dorment perchés sur le dossier d'une chaise.

Quelques personnes prétendent que la pie de la première espèce peut apprendre à parler, et qu'elle a l'instinct de dérober tout ce qu'elle trouve à sa bienséance; mais ces personnes ne me paraissent pas mériter de croyance. Les nombreux rapports que ces oiseaux ont avec les pies d'Europe, suffisent pour justifier l'application du même nom. Ils diffèrent cependant des pies de l'ancien continent, en ce qu'ils cachent avec plus de soin leur nid, qui a une toute autre forme; en ce qu'ils n'imitent point les cris des animaux; qu'ils ne s'attachent point aux corps morts, bien qu'ils ne perdent point les occasions de ravir la viande accrochée dans les maisons des champs; en ce qu'ils ne sont pas aussi sauvages, et qu'ils ne saisissent pas les insectes qui volent à leur portée, comme la pie d'Europe, qui ne se sert pas de ses pieds pour mettre en pièces ce qu'elle veut manger, et ne se réunit pas en troupes pour assaillir les animaux nuisibles.

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N.° LIII.

L'ACAHÉ.

JE donne à cette espèce le nom générique acahé, parce qu'elle est la plus commune, la mieux connue et celle qui s'approche davantage des habitations. Elle fait entendre différens cris, forts et tristes, ni agréables ni déplaisans; à chaque fois qu'il jète un de ces cris, l'oiseau avance le corps, élève et baisse le croupion. J'ai vu deux acahés adultes, vivant en domesticité, qui, dans la saison de la ponte, se caressaient, se béquetaient amoureusement, et se joignaient, mais sans produit, parce qu'ils n'avaient point d'arbre pour nicher, et que la femelle laissait tomber ses œufs dans la cour. Il y avait dans une pièce intérieure de la maison où on les élevait, une provision de maïs; l'acahé mâle ne manquait pas d'y entrer chaque jour à la même heure; et après y avoir mangé du maïs autant qu'il en voulait, il en prenait deux ou trois grains dans son bec et les portait à sa femelle. Le fond de leurs œufs est presque blanc, teint d'un peu de bleu terreux au gros bout et taché par-tout de brun.

Formes. Les plumes qui couvrent le dessus et les côtés de la tête sont serrées, droites, un peu fermes, décomposées, rudes et frisées; à la vue et au toucher, elles pa-

1 Par la comparaison attentive que M. d'Azara a faite de son acahé, avec le geai du Pérou, décrit d'abord par Mauduyt (Encyclop. méthod.), ensuite par Buffon, tom. V, pag. 158 ( corvus Peruvianus Linn. et Lath.), il existe entre ces deux oiseaux des rapports de conformité très-frappans, mais qui néanmoins ne sont pas assez complets pour ne constituer qu'une seule et même espèce. L'acahé est donc une espèce nouyelle. (S.).

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raissent comme une coiffe de velours noir; ces mêmes plumes forment, sur la suture coronale, une huppe haute de 8 lignes et aussi large que la tête; 20 pennes composent la queue; l'extérieure a 12 lignes de moins que les deux intermédiaires, dont les deux plus proches de chaque côté ont presque la même longueur. Le bee est droit et fort, et des plumes cachent les ouvertures des narines.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 6 et demi; du vol, 18; de la jambe, 28 lignes; du tarse, 23; du doigt du milieu, 12; du bec, 9

Couleurs. Derrière l'œil et a 4 lignes de distance, commence une tache d'un bleu céleste faible, qui couvre l'occiput et s'étend sur plus d'un pouce du cou, en diminuant graduellement de largeur; une petite tache d'un bleu vif, haute de 4 lignes, large de 6, elliptique et composée de petites plumes verticales, surmonte l'œil en forme de sourcil. L'on en voit une autre d'un bleu plus foncé sur la paupière inférieure, et elle se joint à une troisième tache triangulaire et de la même couleur, dont le côté de la pièce inférieure du bec est marqué. L'extrémité de la queue est blanche; le reste est d'un bleu turquin presque noir, de même que le dessus et les côtés de la tête, le cou entier et toutes les parties supérieures. Les inférieures sont jaunâtres dans le mâle et blanches dans la femelle. Le bec est d'un noir luisant; l'iris d'une belle couleur d'or, et le tarse noir.

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N.° LIV.

LA. PIE BLEUE.

ELLE est appelée par quelques-uns, acahé-hu (acahé noir), parce que d'un peu loin, son plumage paraît noir; mais comme, dans le vrai, e'est une erreur, j'ai changé ce nom.

Cet oiseau a plus de force que le précédent, et il vole mieux; il se tient de préférence dans les lieux montueux; son naturel est plus farouche et plus violent. Quand quelqu'un l'approche, il répète avec vivacité et colère: cheu, cheu, cheu; e'est à quoi se réduit son cri rauque et désagréable, qu'il fait entendre aussi lorsqu'il cherche à inquiéter les animaux carnassiers, et encore dans un petit nombre d'autres occasions. Il vient près des habitations champêtres pour y manger la viande qu'on y tient accrochée. Sa ponte est la même que celle de l'acahé; mais ses œufs sont marqués de taches nombreuses d'une teinte rougeâtre nuancée de noir, sur un fond blanc, légèrement teinté de bleu de ciel.

1 Le geai de la Chine décrit par Buffon (tom. V, pag. 157), auquel M. d'Azara compare sa pie bleue, ne peut soutenirla comparaison, suivant la remarque de l'auteur lui-même.
Si l'indication que Fernandez s'est contenté de donner, au sujet d'une pie du Mexique, nommée hocilzanatl et caxcaxtototl, dont le plumage est noir, tirant sur un bleu éclatant, était moins imparfaite, je pourrais prononcer affirmativement que la pie bleue est la même que la pie du Mexique de Fernandez (Hist. nov. Hisp. tract. 2, pag. 21, cap. 33); la grande pie du Mexique de Brisson (ornith. clas. 3, ord, 4, gen. 15, esp. 4 ); l'hocisana de Buffon (tom. v, pag. 142 ); enfin le corvus Mexicanus de Linnæus et de Latham. (S.)

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Formes Cette pie a la jambe, le tarse, le bec et l'envergure plus grands que dans l'espèce précédente; le front et le tour des yeux, couverts de plumes courtes et serrées qui, à l'œil et au tact, font l'effet du velours noir; celles du reste de la tête, un peu plus longues et couchées; 12 pennes à la queue; les deux extérieures de chaque côté, de 17 lignes plus courtes que les quatre intermédiaires; le bec robuste, pointu et presque droit; l'œil vif.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 6 deux tiers; du vol, 21 et demi; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 24; du doigt du milieu, 13; du bec, 11.

Couleurs. Le front, les côtés de la tête, la gorge, le cou en devant, le bec, le tarse et l'œil sont noirs; le reste de la tête est noirâtre. La queue est d'un bleu foncé, et le reste du plumage d'un bleu noirâtre qui, en certain aspect, se change en brun, sur le cou et le haut du dos.

N°. LV.

LA PIE BLEUE DE CIEL.

LES habitudes de cette pie sont les mêmes que celles de l'espèce précédente; son cri serait aussi le même, s'il n'était un peu plus aigu et plus clair. On l'habitue aisément à la captivité, et on la nourrit en cage avec de la viande.

Formes. Les plumes de la tête sont douces et décomposées; il y a quelques petites plumes, dures comme des

1 Cet oiseau me paraît avoir tant de ressemblance avec la pie bleue, décrite dans l'article précédent, que je suis très-disposé à ne le considérer que comme une variété d'âge ou de sexe dans cette espèce. (S.)

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soies, qui s'élèvent verticalement à la hauteur de 10 lignes, à la naissance du bec, entre les sourcils. La queue a 12 pennes étagées, l'extérieure étant de 6 lignes plus courte que les intermédiaires. Le bec est presque droit pointu et fort. La jambe, le tarse, le doigt et les ailes, comme dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces un sixième; de la queue, 5 cinq sixièmes; du vol, 21 un sixième.

Couleurs. Cet oiseau a toute la tête et le devant du cou d'un noir velouté; les couvertures et les pennes des ailes en dessous, d'un noirâtre luisant, et le reste du plumage d'un beau bleu de ciel.

N.° LVI.

LA PIE A GORGE ENSANGLANTÉE.1

JE n'ai jamais vu cette espèce. M. Noseda pense qu'elle se rapproche des précédentes, quoiqu'elle me paraisse constituer une espèce particulière et séparée, qui participe en même tems des caractères des pies, des yapus et des troupiales; en effet, la longueur de son bec est moyenne entre celle des deux premiers genres, la grosseur moindre que dans les yapus, et l'enfoncement de la base lui donne du rapport avec le bec des troupiales. Cette pie s'en rapproche encore par la proportion entre l'envergure et la

1 Cette espèce, dont le plumage offre assez de ressemblance de couleurs avec celui du piauhau (muscicapa rubricollis), diffère du piauhau sous trop d'autres rapports, pour qu'il soit permis de le comprendre dans la même espèce; et c'est une remarque que M. d'Azara fait également. La pie à gorge ensanglantée est donc une des nombreuses conquêtes que l'ornithologie doit à M. d'Azara. (S.)

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longueur du corps, quoique sa manière de voler, de se poser, de se cacher entre les branches des arbres et de sauter de l'une à l'autre, soit celle des pies, suivant ce que m'en a dit M. Noseda. Mais elle diffère des uns et des autres par ses moustaches, les plumes frisées de son cou, la grandeur de ses yeux, et le peu de longueur de ses jambes et de ses pieds. Quoi qu'il en soit, voici la description que Noseda en a faite.

Cet oiseau n'habite point le Paraguay; mais il se montra en septembre sur les orangers de mon jardin; il y paraissait inquiet et méchant; il changeait de place aussitôt qu'il craignait d'être vu. Je le pris vivant; il était courageux, hérissait toutes les plumes de son cou, celles de la tête restant couchées; donnait des coups de bec assez violens; jetait un cri fort et guttural, et se défendait avec ses serres. Sa femelle l'accompagnait; et je la tuai, trois jours après, dans le même lieu.

Formes. 18 pennes aux ailes, la quatrième plus longue; 12 étagées à la queue; l'extérieure plus courte de 7 lignes que celles du milieu. La pièce supérieure du bec, droite en plus grande partie, aplatie à sa base, légèrement recourbée jusqu'à la pointe qui dépasse trèspeu la pièce inférieure; celle-ci presque droite et tronquée à son bout; la base du bec, concave a son insertion dans le front dont les plumes ne la recouvrent pas; tout l'ensemble de ce bec annonçant la force; narines ovales; le cou grossi par la quantité de plumes presque frisées qui le couvrent, principalement en dessus; l'œil assez grand.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces; de la queue, 6 et demi; du vol, 28 un tiers; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 22; du doigt du milieu, 17 deux tiers; du bec, 21; épaisseur 7, largeur 11.

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Couleurs. Tout le plumage est d'un noir profond, hors une belle tache d'un rouge si vif qu'elle paraît une pièce d'étoffe lustrée qui couvre la gorge et le devant du col, jusqu'a la poitrine. Cette partie, et les petites couvertures inférieures des ailes, sont tâchées et pointillées de roussâtre. Sous le menton et au coin de la bouche, il y a des poils très-courts et droits; le bec est bleu, et sa pointe blanchâtre; l'iris d'une couleur plombée, et le tarse d'un bleu terreux.

La femelle ne présentait d'autres dissemblances avec le mâle, qu'une plus petite quantité de points roux sur la poitrine et les couvertures inférieures de l'aile.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX YAPUS.

LE mot yapu signifie mensongc; et les Guaranis en ont fait le nom de la première espèce d'une familie d'oiseaux, que quelques-uns mettent au nombre des pies, et que d'autres rangent parmi les troupiales; d'où il résulte que ces oiseaux ont des rapports avec les uns et les autres. En effet, la forme de leur corps, leur physionomie, leur face et leur tête les rapprochent des troupiales. D'un autre côté, ils ont le corps plus long et moins épais, la physionomie plus vive, la face plus rétrécie, la tête plus petite, et couverte de plumes plus longues et plus couchées que les pies; le bec osseux, et non de corne, de couleur de paille, beaucoup plus comprimé sur les côtés, plus long et plus épais que celui des troupiales et des pies; la base du bec plus ou moins élevée que le crâne à son insertion mais sans l'enfoncement qui se remarque à la base du bec des troupiales, et la pointe aplatie, comme si on lui eût donné en dessus un petit coup de marteau; l'œil et le vol d'une grandeur moyenne entre ceux des pies et des troupiales, enfin le plumage plus serré, plus couché et plus ferme que celui de mes pies, et moins que celui des troupiales. Leur manière de voler semble aussi tenir le milieu entre celle de ces deux families; mais les yapus m'ont paru montrer plus de vigueur, de vivacité dans leurs mouvemens, de défiance et de ruse. Ils diffèrent principalement des troupiales, en ce qu'ils ne sortent point des bois pour entrer dans les campagnes découvertes, qu'ils

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cherchent sur les arbres, ou sur la terre, les vers dont ils se nourrissent, et en ce qu'ils mangent aussi, sans doute, plusieurs espèces de fruits. Ils ont le pied, les doigts et les ongles robustes. Ils se tiennent tranquilles dans les bois; ils ne font qu'y sautiller comme les pies, et ils n'y courent pas comme les troupiales. La femelle dépose les fruits de leurs amours dans une bourse suspendue à une branche, dans laquelle les petits sont continuellement balancés. Il n'y a point de dissemblance sensible d'un sexe à l'autre. Quoique les oiseaux de la première espèce se rassemblent quelquefois en troupes assez nombreuses, je n'ai jamais rencontré ceux des autres espèces que par paires.

Buffon 1 les appelle cassiques et yapous; il les distingue des troupiales qui sont mes tordos, parce que, dit - il leur pied est plus court, leur bec plus fort, et leur taille plus grande. Mais cette différence dans la grandeur du corps et du pied, n'est pas suffisamment fondée; et quoiqu'un bec osseux puisse être considéré comme plus fort qu'un bec de corne, il est certain que Buffon ne connaissait pas bien la nature des becs de ses yapous et de ses troupiales.

N.° LVII

L'YAPU PROPREMENT DIT.2

ON lui donne généralement le nom d'yapu; quelquesuns l'appèlent yapuri et d'autres acahé-saiyu (acaheé

1 Tome v, pages 313 et suivantes.

2 Le cassique huppé de Cayenne, Buffon, Hist. nat. des oiseaux, tom. v, pag. 332. — Oriolus cristatus Linn. syst. nat. gen. 52, sp. 33. —Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 3.
On trouve aussi cet oiseau au Brésil et à la Guiane frauçaise, où je l'ai fréquemment observé, et où il est connu sous la dénomination de cul-jaune, et quelquefois de cul-jaune des paletuviers. Il y vit également d'insectes et de fruits, particulièrement de ceux du maritambour, espèce de grenadille (passiflora laurifolia), et de ceux d'une autre plante, que les créoles appèlent, par cette raison, graines culs-jaunes. Lorsque l'oiseau a mangé de ces derniers fruits, ses excrémens deviennent jaunes; et ils communiquent cette couleur au linge sur lequel ils tombent. Sa chair exhale une odeur insupportable de castoreum. Les femelles portent la même huppe que les mâles; mais j'ai remarqué que les teintes de leur plumage sont moins décidées. (S.)

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jaune). Il n'est pas commun, et je ne l'aipas vu au delà du 26° degré de latitude. Lorsqu'il fait entendre son cri, ce qui lui arrive très-rarement, il est perché sur une branche inclinée, le corps alongé, la tête basse, les ailes ouvertes et vivement agitées; et son cri, que je ne puis exprimer, est très-extraordinaire et assez agréablement varié.

Les yapus se tiennent pour l'ordinaire seuls ou par paires. On en voit quelquefois des troupes de cent, qui volent et travaillent de concert, battent des ailes par tems uniformes, s'élèvent assez haut, et se posent quelquefois à la cime des arbres. J'ai rencontré jusqu'à six de leurs nids sur le même arbre; je ne sais si cet instinct de nicher, pour ainsi dire en commun, vient de ce qu'ils n'ont pas de jalousie entr'eux, ou de ce que les arbres qui leur conviennent pour y placer leurs nids, sont rares. Ils choisissent ceux qui sont à la lisière des bois, dont la tige est lisse et droite, qui ont trente ou trente - six pieds au-dessus du sol, des branches horizontales, rameuses et pas trop rapprochées les unes des autres; c'est à l'extrémité de ces branches, et très-loin de la tige, qu'ils suspendent leur nid, dont voici la construction. Le mâle et

III. a II

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la femelle entrelacent ou attachent des brins d'écorce de caraguata 1, des petits joncs et beaucoup de filamens noirs, absolument semblables aux crins des chevaux, et qu'une plante produit. Avec ces matériaux, ils forment une bourse ou poche, longue de trente-six pouces, et large de dix à sa partie inférieure, qui est hémisphérique; l'entrée est vers le haut, et le fond est garni d'une couchc épaisse de grandes feuilles sèches de l'arbre même. L'on assure que les yapus produisent trois petits qu'ils nourrissent de vers; lorsqu'ils sont adultes, ils mangent beaucoup d'oranges et d'ananas.

Formes, Le bec est fort lisse. Les ouvertures des namines touchent aux plumes de la tête. Cinq plumes laches, toujours couchées, peu remarquables, très-étroites et longues de deux pouces, forment une huppe que l'on n'aperçoit que lorsqu'on tient l'oiseau à la main, ou qu'on le voit de très-près; 18 pennes, dont la première est la plus grande, composent les ailes, et 12 sont comprises dans la queue, dont les deux intermédiaires ont 8 lignes de moins que celles qui en sont le plus près, et l'extérieure de chaque côté est de deux pouces plus courte que celles qui la suivent.

Dimensions. Longueur totale, 20 pouces; quelques individus ont jusqu'à 2 pouces de moins; de la queue, 8; du vol, 29; du bec, 27 lignes; de la jambe, 36; du larse, 27; du doigt du milieu, 18.

Couleurs. Lebas du dos et le croupion sont d'un marron foncé. La queue a les deux pennes du milieu noires; mais toutes les latérales sont d'un beau jauue. Tout le reste du plumage est d'un noir lustré. J'ai vu un

1 Espèce d'alo�s. (S.)

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individu qui avait cinq taches blanches et jaunes, placées sans ordre, au haut du dos et parmi les couvertures du dessus de la queue. Le bec est couleur de soufre; le tarse noir et l'iris vert.

N.° LVIII.

L'YAPU NOIR.1

SON cri peut s'exprimer par gaaa; mais quand il veut donner à ce cri de l'agrément, de la variété et de la singularité, il prononce quelqucfois pupui. C'est un oiseau solitaire et rare; on ne le trouve que dans les halliers épais et fourrés, qu'il parcourt avec aisance, descendant par fois à terre au pied des arbustes, à la cime desquels il ne se montre jamais, non plus que dans les cantons découverts. L'on m'a apporté des nids comme appartenans à cette espèce, et l'on m'a assuré qu'ils avaient été pris sur des branches peu élevées; j'ai moi-même découvert quelques-uns de ces nids. Ce sont des poches faites avec des joncs et d'autres matières flexibles, aussi longues que celles de l'yapu, mais beaucoup plus étroites, au fond desquelles sont entassées de grandes feuilles. Je trouvai dans une de ces bourses ou poches, un œuf presque parfaitement sphérique, blanc et comme marbré de brun foncé; ses diamètres avaient, l'un 2 lignes et demie et l'autre 9; mais je ne répondrais point que l'on ne

1 S'il est constant que cet oiseau forme son nid en bourse, comme les yapus, on doit le regarder comme une espèce nouvelle; mais si ce n'était pas là sa manière de nicher, comme M. d'Azara paraît en douter, alors ce serait la même espèce que le petit troupiale noir de Buffon, l'oriolus minor de Linnæus, et l'oriolus niger de Latham. (S.)

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m'eût trompé en introduisant dans ce nid un œuf d'un autre oiseau.

Formes. Les deux pièces du bec ne s'ajustent bien l'une contre l'autre qu'à leur extrémité. Les narines, trèspetites, sont placées près des plumes de la tête. Il y a 18 pennes aux ailes, la quatrième est plus longue que les autres; 12 à la queue, l'extérieure a 9 lignes de plus que les intermédiaires, qui en ont 2 de moins que la suivante de chaque côté.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces et demi; de la queue, 4 cinq sixièmes; du vol; 4 et demi; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 17; du doigt du milieu, 11; du bec, 15.

Couleurs. Tout le plumage est noir, l'iris roux, et le tarse de couleur de plomb.

N.° LIX.

L'YAPU NOIR ET JAUNE.1

J'IGNORE s'il a quelque cri, J'ai vu un mâle de cette. espèce, accompagné de sa femelle, sauter sur les arbris-

1 Ce n'est point l'acolchichi de Seba, ou l'acolchi de Buffon, comme M. d'Azara le presume; mais c'est bien certainement le Carouge de Cayenne décrit par Brisson. — Oriolus Cayanensis Linn. syst. nat. gen. 52, sp. 15.—Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 29. Ce qui a empêché M. d'Azara de reconnaìtre cet oiseau dans l'édition de l'Histoire naturelle de Buffon, qu'il avait sous les yeux, c'est que, d'une part, Guenau de Montbeillard, n'en a pas fait un article séparé, et l'a rapporté mal à propos à l'espèce du petit cul-jaune de Cayenne (oriolus xanthornus), et que, de l'autre, la planche enluminée qui le représente, est fautiye. (S.)

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seaux des halliers, en descendre tour à tour, et voletes bas, de même que le précédent. L'on m'a apporté, comme l'ouvrage de ces oiseaux, quatre nids de la même forme et du même tissu que ceux qui m'avaient été donnés pour les nids de l'yapu noir; ils étaient seulement un peu moins alongés. Cependant je soupçonne fort qu'ils appartenaient à l'yapu noir, et que ceux de l'yapu noir et jaune sont d'autres nids que j'ai trouvés uniquement composés de ces filamens de plantes, qui ressemblent aux crins noirs des chevaux.

Formes. Sur la tête, les plumes sont un peu plus longues et peu couchées. Le bec est droit et osseux; les ailes sont comme dans le précédent, et la queue a 12 pennes étagées, dont l'extérieure est plus courte de 5 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 3 un sixiènie; du vol, 11 et demi; du bec, 11 lignes; de la jambe, 18; du tarse, 12 et demie.

Couleurs. Tout le plumage est noir, si l'on en excepte une tache d'un beau jaune sur le croupion, et deux autres de la même couleur et larges de 5 lignes sur les petites couvertures des ailes. L'iris est jaune, le tarse noir et le bec blanc.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX TROUPIALES.

LES Espagnols donnent le nom de tordos à des oiseaux qui n'en ont point chez les Guaranis. Leurs mœurs sont sociales, au point que l'amour même ne divise point leurs reunions, et qu'il est assez ordinaire de voir, nonseulement plusieurs espèces de cette famille se rassembler et travailler de concert, mais encore se joindre à des espèces très-différentes. La physionomie des troupiales est animée; leurs mouvemens sont vifs et indiquent la défiance. Ils ont l'œil petit; la tête peu grosse, rétrécie par devant et couverte de plumes pressées, étroites et peu agréables; le bec droit, pointu, lisse, fort, solide, un peu comprimé sur les côtés, à mandibules de force et de longueur égales, aminci sur les bords, très - enfoncé à la base qui se termine en pointe à son insertion dans le crâne; la langue divisée à son bout en trois filets; les narines formées en pointe en devant, fort épaisses et placées contre les plumes du front; les ailes peu longues, et ne se croisant point ou que très-peu à la naissance de la queue; la queue forte, assez longue et composée de 12 pennes bien garnies de barbes, presque égales entr'elles, et dont la direction est sur le même plan que l'épine du dos; le tarse robuste; enfin, tout l'ensemble un peu alongé, gros à proportion, et revètu de plumes couchées et serrées les unes sur les autres. Ils volent avec une rapidité moyenne, assez long-

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tems et quelquefois à une assez grande hauteur. Ils sont pleins de vigueur; ils ne quittent point les lieux qui les ont vus naître, et leur chant est une espèce de sifflement. Ils marchent à pas peu précipités et le corps presque droit. On les voit tantôt posés à terre, tantôt perchés sur les arbres ou sur les lianes; ils ne cherchent point à se cacher, n'entrent jamais dans les bois et ne mangent pas de fruits; les insectes, les graines et les petites semences composent le fond de leur subsistance; on les élève facilement en cage. Ils prennent beaucoup de soin pour dérober leurs nids à tous les yeux.

Buffon 1 donne à ces oiseaux le nom de troupiales, inconnu au Paraguay, et il dit qu'ils ont beaucoup de rapports avec les étourneaux 2. Au reste, comme les yapus, les troupiales et les étourneaux ont assez de resemblance en plusieurs points, il n'est point étonnant que cet auteur les ait confondus, en attribuant aux uns plusicurs choses qui n'appartenaient qu'aux autres.

N.° LX.

LE GRAND TROUPIALE.3

SA grande taille l'a fait appeler, au Paraguay, guirahu-guazu (grand oiseau noir), en opposition avec l'es-

1 Tome v, pag. 271: Il eût été plus exact de dire, Guenau de Montbeillard. C'est en effet cet auteur qui a écrit l'Histoire naturelle des troupiales, des cassiques, etc. (S.)

2 M. d'Azara combat cette opinion, que tous les ornithologistes ont adoptée, et qui est fondée uniquement sur les rapports des formes extérieures, et non sur une conformité d'habitudes; mais M. d'Azara convient, en même tems, que l'étourneau ne lui est point connu. (S.)

3 Troupiale noir, Brisson, ornith. ord. 4, gen. 19, sp. 15. — Buffon, tom. v, pag. 301. — Oriolus niger Linn. syst. nat. gen. 52, sp. 45.— Oriolus orizyvorus Latham, syst. ornith. gen. 15. Les rapports entre ce troupiale et le grand troupiale de M. d'Azara, sont exacts; et cette conformité est loin de se rencontrer dans l'espèce du chopi, que l'auteur assimile à ce même troupiale noir. Voyez le n.° LXII.
Ces grands troupiales, ou troupiales noirs, sont connus à Cayenne sous la dénomination d'oiseaux de riz, parce qu'ils font beaucoup de dégâts dans les terres ensemencées de riz. On ne les voit, dans la Guiane française, que pendant les mois de juillet, d'août et de septembre; et l'on n'y sait pas d'où ils viennent, ni où ils vont à l'approche de la saison des pluies; ils y vivent en grandes troupes. (S.)

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pèce suivante, qui se nomme guira-hu. C'est le plus grand de tous les troupiales. Il se réunit en troupes el même avec d'autres espèces. Il suit les bœufs et les chevaux dans les campagnes qui avoisinent les bois, et il se pose sur ces animaux et sur les arbres. Son chant, ou plutôt son sifflement, est assez agréable, et son vol est le même que dans les autres espèces, dont il s'éloigne un peu par la forme des ouvertures des narines, par la grosseur du cou, par la légère courbure qui règne sur toute la longueur du bec, et la forme de sa base à son insertion dans le crâne; il est aussi d'un naturel un peu plus tranquille. Il cause des dommages aux cultivateurs en arrachant le maïs quand il sort de terre. L'on ne remarque point de différence d'un sexe à l'autre.

Formes. Les plumes du cou sont si longues, si fournies et si renflées, qu'elles rendent cette partie aussi grosse que le corps, et l'oiseau les soulève et les resserre à volonté; elles se séparent et laissent un vide très-remarquable le long de la partie antérieure du cou. Celles de la tête sont très-courtes, douces et serrées. La troisième

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des 18 pennes de l'aile est la plus longue; l'extérieure de chaque côté de la queue et les deux intermédiaires ont 3 lignes de moins que les suivantes; en tout, 12 pennes. La tête et les yeux sont petits. Le bec forme, à son insertion, une surface exactement aplatie et arrondie en demi-cercle; elle se prolonge avec une largeur de 4 lignes et demie, jusqu'au tiers de la pièce supérieure, qui se rétrécit ensuite jusqu'à son extrémité fort pointue. Les narines sont placées dans un enfoncement très-remarquable.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces et demi; de la queue, 5 et demi; du vol, 22 et demi; de la jambe, 34 lignes; du tarse, 24; du doigt du milieu et du bec, 16.

Couleurs. Tout l'oiseau est d'un noir profond, varié par des reflets violets lorsqu'on l'oppose à la lumière. La tête, les ailes et la queue manquent de ces reflets. L'iris est orangé.

N.° LXI.

LE TROUPIALE COMMUN.1

LES Guaranis l'appèlent guira-hu ( oiseau noir ); mais cette dénomination manque d'exactitude, car ils l'appliquent à d'autres oiseaux; les Espagnols le connaissent

1 Ce n'est point le bruant noir de Buffon (tom. VII, pag. 338), auquel M. d'Azara le compare. Mais le rapprochement que cet auteur fait de son troupiale commun, avec le brunet de Virginie, ou brunet pinson (Buffon, tom, VII, pag. 196. — Fringilla pecoris de Latham), est plus heureux, puisque cet oiseau, décrit par quelques ornithologistes, comme une espèce distincte, n'est autre chose que la femelle du troupiale commun de cet article. Et ce troupiale commun, qui se trouve aussi dans plusieurs parties de l'Amérique du nord, telles que la Pensylvanie, la Caroline, les Florides, et vraisemblablement dans les contrées intermédiaires entre ces dernières et le Paraguay, quoique je ne l'aie jamais vu à la Guiane, a été confondu, par Guenau de Montbeillard, avec le petit troupiale noir. C'est le troupiale bruantin de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLV, pag. 154. La femelle, représentée dans les planches enluminées de Buffon, n.° 606, a été désignée par Gmelin (syst. nat. Linnœi. gen. 52, sp. 44), comme une espèce particulière, sous la dénomination d'oriolus fuscus. (S )

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sous le nom générique de tordos. Il est fort commun au Paraguay el à la rivière de la Plata, et il se tient daus les campagnes, à la lisière des bois et dans les terrains cultivés où il fait beaucoup de mal dans les plantations de maïs, dont il arrache les jeunes plantes. De même que le grand troupiale, celui-ci cherche les chevaux et les bœufs, les suit de près et les accompagne dans les pâturages où il pique la terre pour y prendre les insectes que les pieds de ces animaux en font sortir. Lorsqu'il est fatigué ou que la fantaisie lui en prend, il saute sur leur dos et se laisse porter où ils veulent, sans s'occuper de manger la vermine qui les dévorent.

Le troupiale commun n'est ni rusé, ni prévoyant, ni avisé; il tombe aisément dans les piéges; il accourt à l'appât; et si on l'épouvante, il fuit, en jetant des cris aigus, sur les arbres les plus voisins, pour revenir bientôt, quoiqu'il voie ses pareils pris et tués. Pour changer de canton, ces oiseaux se rappèlent, prolongent leurs clameurs pendant qu'ils volent, et les redoublent s'ils rencontrent une autre bande d'oiseaux de leur espèce. Leur cri, qui paraît commun aux deux sexes, peut s'exprimer par les syllabes pli quen, répétés d'un ton aigu et sonore; d'autres fois ils semblent dire gru gru gru

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d'une voix basse et grave, en agitant leurs ailes, baissant le cou et. hérissant leurs plumes. Leur vol est rapide, soutenu et élevé en quelques occasions. Ce ne sont point des oiseaux querelleurs, et ils sont communément en troupes qui se mêlent quelquefois à des bandes d'oiseaux d'espèces différentes, et même à celles des anis, des guira-cantaras et des perroquets. Les sociétés qu'ils forment entr'eux subsistent toute l'année, quoique souvent elles se séparent en trois ou quatre petites troupes, ou qu'elles s'augmentent par de nouveaux arrivans; on les rencontre aussi par paires. Je ne les ai jamais vus s'occuper à construire un nid; mais plusieurs témoins dignes de foi assurent avoir trouvé des petits de cette espèce dans les nids des fourniers, des paroares, des cardinaux, des chingolas, des suiriris, etc. mêlés avec les petits de ces espèces hospitalières. Il faut en conclure, et c'est l'opinion générale, que le troupiale commun sait introduire ses œufs dans les nids des au tres oiseaux, auxquels ils laissent le soin de les couver et de les faire éclore.

Formes. 18 pennes aux ailes, la seconde et la troisième sont les plus longues; 12 à la queue; leurs tiges s'inclinent un peu en dehors; l'extérieure a 3 lignes de moins que les quatre intermédiaires. Le tarse est comprimé, et ses écailles sont à peine apparentes.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 2 deux tiers; du vol, 12 trois quarts; de la jambe, 19 lignes; dn tarse, 15; du doigt du milieu, 10; du bec, 8. Quelques individus ont des dimensions plus faibles.

Couleurs. Le plumage, les pieds et le bec sont noirs; mais la tête, le devant du cou et tout le dessous du corps paraissent, sous certains aspects, d'un bleu foncé et va-

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rié de reflets violets très-agréables, qui brillent également, mais mêlés avec d'autres reflets bleus, sur le cou, le corps et les couvertures supérieures des ailes.

Dans chaque bande d'oiseaux de cette espèce, la dixième partie se compose d'individus plus petits, dont voici la description.

Dimensions, Longueur totale, 7 pouces un quart; de ia queue, 2 un quart; du vol, 11 et demi; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu et du bec, 7.

Couleurs. Un cercle d'une teinte claire, qui manque dans quelques individus, surmonte les yeux. Les côtés de la tête et toutes les parties inférieures, sans exception, sont d'un brun sans mêlange; la même couleur, mais plus foncée, régne sur les parties supérieures; et presque toutes les plumes ont une bordure d'une nuance plus claire et peu apparente, mais plus sensible à la queue, aux grandes couvertures supérieures, aux pennes, et surtout aux dernières pennes des ailes. Le bec et le tarse sont bruns.

L'on croit communément que ces individus bruns sont les femelles dans l'espèce des troupiales communs; M. Noseda, que j'ai consulté, est du même sentiment, qui présente, selon moi, des difficultés. En effet, pour que ces oiseaux bruns pussent être regardés comme des femelles, il faudrait que leur nombre égalât et même excédât celui des noirs ou des mâles; car, suivant l'ordre général observé dans les oiseaux, les jeunes portent la livrée de leurs mères. Or, les bruns sont moins nombreux que les noirs; quelquefois on voit des troupes composées de noirs seulement, et d'autres fois deux noirs ensemble, comme s'ils étaient mâle et femelle, et aussi deux ou trois noirs avec un seul brun. L'on pourrait

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penser que ces oiseaux bruns sont des individus ou des variétés singulières et accidentelles; mais leur nombre est trop considérable pour que cette conjecture ait quelque fondement. Enfin, le tems pourra lever les doutes sur ce sujet1.

N.° LXII.

LE CHOPI.

CE troupiale est un des plus communs au Paraguay, jusqu'à Buenos-Ayres. Les Espagnols le connaissent sous le nom générique de tordos, et les Guaranis sous celui de chopi, qui est l'expression de son cri.

Formes. Cet oiseau a le tarse écailleux et rude; 18 pennes aux ailes, et la seconde plus longue que les autres; 12 étagées à la queue; les plumes de la tête et du cou, étroites, pointues, un peu longues, rudes, formant, par leurs bords relevés, une espèce de petite concavité ou de gouttière; mais tellement appliquées les unes sur les autres, que la tête reste plate en dessus et très-rétrécie sur ses côtés.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi; de la queue, 3 un quart; du vol, 15 un tiers, de la jambe, 29 lignes; du tarse, 16 et demie, du doigt du milieu, 11; du bec, 10 deux tiers.

Couleurs. Le plumage, le bec, le tarse, tout est d'un noir profond, sans aucun reflet; l'iris seul est d'un brun clair.

La physionomie du chopi est plus agréable et plus

1 Les naturalistes les plus éclairés, qui ont vule troupiale commun, ou troupiale bruantin, dans son pays natal, s'accordent à dire que la femelle de cette espèce est brune, et lus petite que le mâle; ainsi tout doute paraît être levé. (S.)

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vive que celle du troupiale commun; son port droit a une sorte de noblesse, et son naturel, peu farouche, est néanrmoins plein de finesse et de ruse; car, quoiqu'il pénètre dans les cours, les salles et les galeries des habitations, il sait éviter les piéges et y tombe rarement. Son vol est rapide, mais souvent interrompu; il attaque quelque oiseau que ce soit, le poursuit avec acharnement, se cramponne sur son dos et le frappe à grands coups de bec. Si un chimango ou un caracara, ainsi attaqué, se pose pour se délivrer de son ennemi, celuici se place à neuf à dix pieds de distance et fait quelques mouvemens d'un air distrait, comme pour donner à entendre que ce sont des signes de paix; mais si le caracara, se fiant à ces apparences, détourne la tête pour regarder d'un autre côté, le malin chopi recommence tout à coup ses insultes et ses attaques, et parvient ainsi à éloigner et à chasser au loin tout ce qui l'incommode. Il reconnaît, à une grande distance, ses ennemis à leur physionomie et même à leur ombre; il avertit du danger, par un sifflement, toute la gent volatile qui, à ce signal, s'échappe et se cache, tandis que le courageux chopi ne fuit ni ne craint; il se prépare au combat pour chanter bientôt sa victoire, et ce chant de triomphe commence par l'expression du nom même de l'oiseau, et continue par un sifflement gracieux et varié. Cet oiseau chante aussi en cage; et dans l'état de liberté, il cherche à charmer, par son ramage, les ennuis de sa compagne pendant la durée de l'incubation. C'est l'un des premiers oiseaux qui rompent le silence de la nature au lever de l'aurore; et on l'entend accompagner de sa voix le son les cloches ou tout autre bruit, depuis les girouettes et les toits sur lesquels il se perche souvent, et d'où il part

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pour visiter les campagues et les habitations. Sa ponte a lieu en novembre, et elle ne se renouvèle pas.

Mon ami Noseda, qui a observé particulièrement cette espèce, m'a communiqué ses remarques, dont je rapporterai la substance.

«Le chopi, dit-il, place son nid dans les trous des fossés, des murailles, des rochers et des arbres, ou sous les toits des maisons, et quelquefois sur les branches épaisses, hautes et déliées des orangers, ou des autres arbres touffus. Dans tous les cas, ce nid est construit de bûchettes et de petites pailles; la couche sur laquelle les œufs sont déposés, est formée de plumes douces, de filamens et d'autres matières semblables, mal arrangées et en petite quantité. La ponte est de quatre œufs blancs; et si quelquefois elle va jusqu'à cinq, il y en a un qui est clair. Les petits naissent les yeux fermés, nus et d'une grosseur différente par gradation; j'ai cru remarquer que les deux plus grands sont les mâles. Les père et mère, qui travaillent de concert à la construction du nid, apportent aussi tour à tour et très-fréquemment, la pâture à leurs petits; et quoiqu'ils recherchent les grains de maïs et qu'ils l'arrachent à sa naissance dans les terrains cultivés, qu'ils mangent aussi du pain, de la viande, des insectes qu'ils saisissent au vol, et quelquefois des fruits, ils ne donnent à leurs petits que des sauterelles et d'autres insectes; ils en arrangent sept à huit daus leur bec, et les distribuent également à leur famille naissante. Je mis quatre petits chopis enlevés du même nid et qui n'avaient que huit jours, dans une cage que je plaçai dans un endroit d'où ils pouvaient se faire entendre de leurs père et mère. Ceux-ci ne manquèrent pas de venir aussitôt et d'apporter à manger à leur progéniture; je les

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pris à un piége et je les mis dans la même cage, où ils continuèrent à nourrir leurs petits avec les sauterelles que je leur fournissais. Les jeunes volaient déjà le vingtseptième jour de leur naissance; c'est alors qu'ils suivent dans les campagnes leur père et mère, dont ils sont accompagnés pendant peu de jours, et ils ne font entendre d'autre cri que celui du besoin.

La première livrée dont les jeunes chopis se revêtent, consiste dans les couleurs suivantes: un mélange de brun, de roux et de bleuâtre sur tout le corps; du rougeâtre sur les couvertures supérieures et les pennes intérieures de l'aile; du noirâtre sur les autres pennes et sur la queue, avec des bordures rougeâtres. Les femelles ont plus de noir et les mâles plus de rougeâtre sur les couvertures du dessus de l'aile. A deux mois, il leur tombe quelques plumes, qui sont remplacées par d'autres plumes noires; et cela continue jusqu'à ce qu'arrivant à leur sixième on septième mois, leur plumage devienne et reste entièrement noir, avec des reflets verts et violets; mais ils conservent sous l'aile une tache de couleur de tabac d'Espagne, qui s'étend plus ou moins sur les couvertures inférieures. Dans cet état, il leur manque un pouce de leur longueur totale; et ils n'ont qu'un cri de rappel, lorsqu'ils se rassemblent en troupes séparées des vieux.

A un an, ils sont rusés, mais sans prévoyance, et ils ne savent pas éviter les piéges qu'on leur tend. Ils vivent alors en société, et leur chant commence à prendre de la régularité; leur bec est moins luisant, et en même tems plus long, et leur face est plus rétrécie que pendant leur première année. Ce n'est qu'à deux ans accomplis que ces jeunes oiseaux prennent leur plumage parfait, tel que l'a décrit don Félix d'Azara. A cette époque, leur bec

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s'alonge; leur face se rétrécit; la tête et le cou se couvrent de plumes longues, étroites, serrées les unes sur les autres et repliées en gouttière; les reflets se perdent; des modulations varient le chant; l'instinct acquiert plus de finesse; et c'est alors que ces oiseaux s'introduisent dans les lieux habités 1

N.° LXIII.

LE TROUPIALE BRUN ROUGEATRE.2

IL est rare au Paraguay et à la rivière de la Plata. Je l'ai rencontré seul, et quelquefois par paires. Au premier coup d'œil, je crus que ce pouvait être un chopi dans son jeune âge; mais M. Noseda m'assura que c'était une espèce distincte et séparée. En effet, j'ai eu depuis quelques-uns de ces troupiales au mois d'août; et s'ils eussent été de jeunes chopis, leur plumage eût été noir.

1 De ses observations, M. Noseda conclut que le chopi est le même oiseau que le troupiale commun décrit dans le numéro prècédent. Mais M. d'Azara rejète, avec toute apparence de raison, l'opinion de son ami. Au reste, il existe une grande confusion dans ces tordos, on troupiales noirs de l'Amérique; et il manque encore des observations sur cette partie embrouillée de l'ornithologie.
Je sonpçonne que, sous la dénomination de troupiale noir, les naturalistes ont confondu deux espèccs distinctes, que M. Latham paraît néanmoins avoir séparées par deux désignations différentes, l'oriolus niger et l'oriolus orizyvorus. Le chopi se rapporte à la première espèce, et le grand troupiale de M. d'Azara, à la seconde. Je ne puis néanmoins donner cette explication que comme une conjecture; mais je ne doute pas qu'elle ne se confirme par le tems et les observations. (S.)

2 Espèce nouvelle. (S.)

III. a. 12

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Formes. 18 pennes aux ailes, les quatrième et cinquième sont les plus longues; 12 à la queue; l'extérieure a 3 lignes de moins que les autres, qui sont presque égales entr'elles.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 19; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 7 et demie; du bec, 7 un tiers.

Couleurs. Une petite tache noire occupe l'espace entre la narine et l'œil; tout le reste de la tête et du cou, le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes, sont bruns, avec des reflets bleuâtres; le corps en dessus, et les petites couvertures supérieures des ailes, sont d'un brun foncé; la queue est noirâtre; c'est aussi la teinte des pennes intéri eures et des moyennes et grandes couvertures des ailes, mais elles ont des bordures très-apparentes de rougeâtre; les autres pennes ont leurs tiges et leurs extrémités noirâtres, et le reste rougeâtre. Le bec est noir, le tarse noirâtre, et l'iris roux.

N°. LXIV.

LE GUIRAHURO.1

CE mot guarani veut dire oiseau noir et fâcheux, et aucune de ces qualifications ne convient à l'oiseau de cet

1 Le guirarou, espèce indéterminée, que des ornithologistes ont placé avec les cotingas, les pie-grièches, les motteux, les tytans, n'est point le même oiseau que le guirahuro, comme M. d'Azara est porté à le penser. Les couleurs du plumage de ces deux oiseaux présentent trop de dissemblances pour que l'on puisse se décider à les réunir. Par la même raison, ce troupiale n'cst pas non plus le xochitotolt de Fernandez, ou le troupiale de la nouvelle Espagne de Brisson, quoiqu'il y ait moins de différences dans les couleurs. Mais je ne crois pas me tromper en assimilant le guirahuro au carouge de Saint-Domingue (oriolus Dominicensis Lath.), que Guenau de Montbeillard a confondu avec le petit cul-jaune de Cayenne, et dont j'ai donné l'histoire dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLV, page 21, d'après les notes de mon ami M. Vicillot, excellent observateur, et trèshabile ornithologiste. (S.)

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article; d'autrcs l'appèlent guirahu bannado, parce qu'il vit dans les lieux humides, et quelques-uns dragon, à cause de sa couleur. Il est assez commun au Paraguay, dans le voisinage des eaux stagnantes; on le trouve aussi à la rivière de la Plata, mais il ne va pas plus loin au midi. Il se rassemble en petites troupes, et il se perche sur les arbres el sur les plantes aquatiques; il se pose aussi à terre pour chercher sa nourriture. Alors un oiseau de chaque bande fait sentinelle, comrae cela a lieu chez toutes les espèces qui vivent en réunions; au premier signal de danger, la troupe entière s'envole, et fait entendre un cri général et fort, mais dur et très-désagréable.

Les formes et les habitudes du guirahuro sont les mêmes que celles des troupiales; cependant il est moins léger, et plus fort à proportion. On ne remarque aucune différence entre le mâle et la femelle. M. Noseda a vu un nid de cetle espèce dans des joncs; et j'en trouvai un, au mois d'octobre, attaché par deux petits rameaux qui faisaient la fourche, et naissaient d'un autre moins gros que le doigt; de sorte que ce nid paraissait comme suspendu à cette fourche; il était petit, profond, formé de pailles menuessans aucune garniture intérieure, et élevé de trois palmes au-dessus de la terre, au milieu de roseaux épais. Il contenait trois œufs blancs et tachés de roux; les petits

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naquirent les yeux fermés et sans plumes. Je ne pus les observer plus long-tems; mais je remarquai que le père ou la mère se tenait toujours à portée du nid, tandis que l'autre se mêlait à une bande d'oiseaux de son espèce. Je les ai vus manger des vers et des insectes; et quoiqu'ils ne touchent pas au maïs que l'on sème on qui pousse, l'on ne peut douter qu'ils ne se nourrissent aussi de petites graines.

Formes. La seconde et la troisième des 18 pennes de l'aile sont les plus longues; 12 pennes étagées composcnt la queue; l'extérieure est plus courte de 5 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces un quart; de la queue, 3 et demi; du vol, 14; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 17; du doigt du milieu et du bec, 12.

Couleurs. La tête et le devant du cou sont noirâtres; le derrière de la tête, le haut du dos, les pennes et les grandes couvertures supérieures de l'aile, sont d'un brun foncé et lavé faiblement de jaune; la même teinte s'étend sur les couvertures du dessus de la queue, lesquelles ont, en outre, une bordure jaune. Le reste du plumage est d'un jaune pur, l'iris châtain et le bec noir, de même que le tarse.

N.° LXV.

LE DRAGON.1

J'AI donné ce nom à cette espèce, à cause de sa couleur et parce que je n'en connais point qui lui convienne

1 En rapprochant encore cette espèce, aussi bien que le guirahuro, du xochitotolt de Fernandez, l'auteur remarque fort bien que les couleurs que Fernandez attribue à son troupiate de la nouvelle Espagne, ne peuvent s'appliquer au dragon, ni au guira huro. Qui sail, dit M. d'Azara, si la description, de Fernandez est exacte ? Mais, jusqu'à ce que des naturalistes l'aient vérifiée, nous devons la tenir pour certaine, et séparer les troupiales décrits dans cet article et dans le précédent, comme des espèces distinctes du xochitotolt.
Ces deux espèces, très-rapprochées entr'elles, au point d'avoir été prises l'une pour l'autre par un observateur aussi exercé que M. d'Azara, le sont également du carouge de Saint - Domingue (voyez ma note de l'article précédent); et l'on peut se convaincre que dans cette familie nombreuse d'oiseaux, les espèces ne sont séparées que par dos différences peu tranchées et peu sensibles. (S.)

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mieirx. Me trouvant vers les 32 degrés et demi de latitude, sur les frontières du Brésil, je vis quelques troupes assez grandes d'oiseaux dont les cris avaient tant de rapports avec celui du guirahuro, que je les pris pour des individus de la même espèce, jusqu'à ce qu'ils vinrent se poser près de ma cabane pour manger de la chair des moutons que l'on tuait, ce que je n'avais pas vu jusqu'alors dans mes stations. Examinés de face, ces oiseaux me paraissaient des guirahuros; mais ils me semblaient différens si je les regardais par derrière. Soupçonnant qu'ils pouvaient être des guirahuros dans le jeune âge, je continuai à les observer depuis le mois d'octobre jusqu'au commencement de mai, et je ne remarquai aucun changement dans leur plumage; je m'assurai aussi qu'ils ne se mêlaient jamais avec de petites bandes de guirahuros qui vivaient dans le voisinage et qui n'approchaient jamais de ma cabane, ne mangeaient point de chair et ne quittaient point les lieux aquatiques. Ces circonstances et la certitude de n'avoir jamais vu ces troupiales au Paraguay, où le guirahuro est commun, m'ont convaincu qu'ils sont d'espèce différente. Depuis

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j'en ai rencontré une assez grande quantité d'autres à Buenos-Ayres, où le guirahuro n'existe pas.

Formes. 18 pennes aux ailes, dont la seconde et la troisième sont les plus longues; 12 presque égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces sept douzièmes; de la queue, 3 un douzième; du vol, 13; de la jambe, 20 lignes, du tarse, 15; du bec, 14.

Couleurs. La tête est noirâtre; le devant du con brun, et quelques individus ont du jaune au haut de la gorge. La poitrine, le haut du ventre et les couvertures des ailes, à l'exception des grandes, sont jaunes. Tout le reste du plumage est d'un brun noirâtre, lavé de verdâtre sur le croupion. Le bec est brun foncé, et le tarse noir.

N.° LXVI.

LE TROUPIALE A TÊTE JAUNE.1

AUCUN autre oiseau de ce genre ne portant cette dénomination, je l'ai appliquée à celui-ci. Il est très-commun au Paraguay, et jusqu'à Buenos-Ayres. Quelquefois

1 La coutume de M. d'Azara est de chercher à faire concordcr ses descriptions avec celles des oiseaux décrits par Buffon, lors-qu'ils lui présentent quelques rapports de conformité. C'est ainsi qu'il rapproche son troupiale à tête jaune du costotol et du carouge d'Amèrique de Brisson, que Guenau de Montbeillard a confondu avec le petit cul-jaune de Cayenne; et il accuse d'erreur l'auteur ou les auteurs de l'Histoire naturelle, dès qu'ils ne s'accordent pas avec lui. Il voudrait, par exemple, que Guenau de Montbeillard, en parlant du carouge américain de Brisson, eût écrit le dessous du corps, au lieu du bas des jambes. Mais l'on sent combien ces interprétations forcées, sont déplacées; et personne ne doit mieux savoir que M. d'Azara, que l'ouvrage de Buffon ne contient pas toutes les espèces d'oiseaux. Celle dont il est question ne s'y trouve pas; je l'ai décrite dans mon édition des OEuvres de Buffon, sous la dénomination de troupiale jaune, tom. XLV, pag. 173. — Oriolus flavus Linn. syst. nat. gen. 52, sp. 35. — Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 19. Elle est répandue dans la plupart des climats chauds de l'Amérique; et M. Sonnerat l'a retrouvée à la nouvelle Guinée. (S.)

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il va en bandes nombreuses qui se réunissent communément avec des troupes formées par des oiseaux d'autres espèces, et ils font entendre tous à la fois un ramage qui n'est point désagréable. Les troupiales à tête jaune approchent des habitations champêtres pour y chercher de ia viande. Je ne connais point de différence entre les sexes.

Formes. La seconde des 18 pennes des ailes est la plus longue; la queue en a 12 presque égales.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 11 trois quarts; de la jambe, 18 lignes et demie; du tarse, 14 et demie; du doigt du milieu, 9; du bec, 9 et demie.

Couleurs. Les joues, le dessus du cou et du corps, la queue et ses couvertures supérieures, les grandes, aussi bien que les pennes des ailes, et les jambes sur leur plan extérieur, sont noirs. Tout le reste du plumage et les côtés du cou sont d'un beau jaune pur, hors le front et le devant du cou, qui sont orangés; mais les ailes et la queue ont eu dessous nne couleur noirâtre et lustrée. L'iris est d'un brun roussâtre.

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N.° LXVII

LE TROUPIALE NOIR

A COUVERTURES DES AILES JAUNES.1

CE n'est que vers le 28e degré de latitude que j'ai rencontré cette espèce au Paraguay. Là elle commence à ne plus être rare jusqu'aux pampas de Buenos - Ayres. Quand j'habitais au 32e degré et demi, je voyais de grandes troupes de ces troupiales venir tous les jours autour de mon habitation, pour manger les débris de viande que l'on jetait de ma cuisine, et les vers qui s'y trouvaient. Ces troupes se mêlaient à d'autres formées d'espèces diférentes, et leur ramage était assez agréable.

Formes. 18 pennes aux ailes, la troisième est la plus longue; 12 presque égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 10; de la jambe, 14 ligues; du tarse, 12; du doigt du milieu, 8; du bec,9.

Couleurs. Cet oiseau n'a rien que de noir, hors les

1 C'est pour la troisième fois que l'auteur cherche à rapprocher un de ses troupiales du xochitotolt indiqué par Fernandez, et qu'il est obligé de convenir qu'il n'y a pas d'identité. — Mais comme il ne se contente pas d'une seule comparaison; il a parfaitement saisi l'entière ressemblance du troupiale noir à couvertures des ailes jaunes, avec le carouge de l'île Saint- Thomas, que Guenau de Montbeillard a rapporté au petit cul-jaune de Cayenne (t. v, pag. 342). — Le carouge de Cayenne, Brisson, ornith. ord. 4, gen. 19, esp. 26. — Oriolus Cayanensis Linn. syst. nat. gen. 152, sp. 15. — Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 29. L'on a trouvé aussi cet oiseau à Cayenne, à Saint - Domingue et à Porto-Rico. (S.)

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petites couvertures du dessus et du dessous de l'aile, qui sont jaunes. Celui que je regarde comme la femelle de l'espèce, est à peine plus petit, mais ses couleurs sont différentes. Il a le dessus et les côtés de la tête noirâtres; des sourcils d'une teinte plus claire; le dos d'un brun foncé; le reste des plumes des parties supérieures, sans exception, noires et bordées de roussâtre clair; celles des parties inférieures colorées de même, mais avec des bordures plus étroites et d'une nuance plus faible; enfin, le jaune de l'aile, comme dans le mâle. Il y a de ces femelles plus ou moins noires, et sur lesquelles les sourcils ne sont pas apparens; comme leur nombre paraît quatre fois plus grand que celui des mâles, il faut en conclure que les jeunes ne prennent la livrée des mâles adultes, qu'à la seconde année, et que jusque-là ils ressemblent aux femelles.

N.° LX VIII.

LE TROUPIALE A GORGE ENSANGLANTÉE.

PREMIÈRE ESPÈCE.1

J'ai rencontré des troupes d'oiseaux de cette espèce, entre le 35e et le 36e degré de latitude; j'en tuai quel-

1 Étourneau des terres Magellaniques, ou blanche - raie, Buffon, His. nat., tom. v, pag. 269. — Sturnus militaris Linn. syst. nat. gen. 106, sp. 6. — Latham, syst. ornith. gen. 31, sp. 4. M. d'Azara reprend mal à propos Buffon, ou plutôt Guenau de Montbeillard, d'avoir dit que cette espèce est intermédiaire entre les étourneaux et les troupiales; en effet, tous les ornithologistes systématiques les plus scrupuleux, placent cet oiseau dans le genre des étourneaux, contre l'opinion de M. d'Azara, qui veut que ce soit un vrai troupiale. (S.)

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ques-uns qui ne présentaient point de différence entr'eux, mais que je ne pus comparer avec la description de l'espèce suivante. L'on n'assura qu'ils s'abattent sur les champs ensemencés de blé, et qu'ils en mangeraient tout le grain, si l'on ne se hâtait de le couvrir de terre.

Formes. Les 4 premières des 18 pennes de l'aile ont à peu prés une longueur égale; les 12 de la queue sont égales.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces trois quarts, de la queue, 3; du vol, 15; de la jambe, 22 lignes; du tarse, 7 et demie; du doigt du milieu, 11; du bec, 12.

Couleurs. Près de la narine commence un trait qui est rouge jusqu'à l'œil, ensuite blanchâtre. Au-dessous de l'angle antérieur de l'œil est une petite tache qui forme une sorte de moustache blanchâtre. Le dessous du corps, y compris la gorge, est d'un beau rouge cramoisi. Une bandelette de la même couleur s'étend de trois lignes au bord de l'aile en dessous, et davantage en dessus; les autres couvertures sont d'un noir profond; les pennes d'un noir lustré sur le plan inférieur, et noirâtres, avec des traits fort déliés, d'une teinte plus claire sur le plan supérieur; mais la première penne est blanche. Il en est de même des pennes de la queue; dans quelques individus, les deux du milieu, et les autres vers leur extrémité, sont couvertes de raies transversales, brunes et noirâtres; dans d'autres, elles sont entièrement de cette dernière nuance. Le reste du plumage est rayé de brun, sur un fond d'une teinte plus rembrunie; le bec est noirâtre, et le tarse de couleur de plomb.

J'ai vu quelques-uns de ces oiseaux qui n'avaient pas le trait rouge des joues, ni les moustaches blanchâtres, ni de rouge cramoisi, qu'à la poitrine, la gorge et le de-

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vant du con étant d'un brun clair, avec des taches longues et noirâtres à la partie antérieure du cou, la portion des couvertures, qui est rouge dans la plupart, étant noirâtre; ces mêmes individus ont le reste du plumage d'une teinte moins sombre. Je crois que ce sont des jeunes d'un an, car ils ont un pouce un tiers de moins en longueur.

N.° LXIX.

LE TROUPIALE A GORGE ENSANGLANTÉE.

SECONDE ESPÊCE.1

J'AI rencontré un grand nombre d'oiseaux de cette espèce, toujours en petites troupes, dans les campagnes de Monte-Video. Ils causent beaucoup de dommages dans les blés; ils approchent desmaisons, mais j'ignore s'ils entrent dans les hangars. On a coutume d'enlever la peau de leur poitrine, de l'attacher contre les murs jusqu'à ce qu'elle soit desséchée, et d'en faire des ornemens pour la parure des dames.

1 L'auteur convient que ce troupiale a les mêmes couleurs et leur même distribution, à de très-légères différences près, les mêmes détails de conformation, enfin, presque la même habitation que celui de l'article précédent; et il a été fortement tenté de les réunir comme étant de la même espèce. Cependant il s'est décidé à ne pas les confondre, à cause de quelques petites dissem blances de couleurs, et de 8 lignes de moins dans la longueur totale de celui-ci. Tel est le résultat d'une assez longue description que fait M. d'Azara de sa seconde espèce de troupiale à gorge ensanglantêe, et que je me dispense de rapporter comme inutile. (S.)

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N.° LXX.

E TROUPIALE A GORGE ENSANGLANTÉE.

TROISIÈME ESPÈCE.1

CE n'cst qu'au Paraguay que j'ai vu cet oiseau, toujours dans les marais et dans les campagnes qui les avoisinent; il se pose sur les joncs et sur les autres plantes, et il cherche à terre sa nourriture. Il se réunit en grandes troupes; et quoiqu'il ne soit pas farouche, il se cache communément dans les joncs et les broussailles, plutôt pour y trouver sa pâture, que par crainte ou par defiance.

Formes. Les ailes et la queue, comme dans les espèces précédentes.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces deux tiers; de la queue, 2; du vol, 10 un quart; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 14; du doigt du milieu, 10; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Un trait étroit et blane prend naissance audessus de l'œil, el se termine au côlé de l'occiput; il y a

1 Il existe de la confusion dans l'histoire de quelques espèces de troupiales que Guenan de Montbeillard a rapportées au commandeur, tom. v, pag. 299. (oriolus phœnicens), quoique toutes différassent non-seulement entr'elles, mais encore du commandeur. De là l'embarras de M. d'Azara pour connaître auquel de ces oiseaux il devait rapporter sa troisième espèce de troupiale ensanglanté. L'on trouvera tous les éclaircissemens désirables sur ces troupiales que j'ai observés aussi à la Guiane, dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLV, pag. 138 et suivantes. Je me contenterai de faire remarquer que celui de cet article est le troupiale de Cayenne des planches enluminées de Buffon, n.° 236, fig. 2. Tanagra militaris Linn. Orio lus Americanus Lath. (S.)

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un peu de noir sous le bec, et de là, jusqu'à la moitié du devant du cou, la couleur est d'un beau rouge cramoisi, qui s'élargit beaucoup en descendant sur la poitrine; une bandelette de la même couleur, et large de 6 lignes, s'étend sur le bord de l'aile. Tout le reste du plumage est noir, à l'exception d'une bordure blanchâtre autour des quatre premières pennes de l'aile, et d'une autre bordure peu apparente aux plumes des jambes et aux couvertures de dessous l'aile. D'autres individus sont plus ou moins noirs; et le rouge de sang qui colore le devant de leur cou, s'étend et s'élargit plus ou moins sur la poitrine; l'iris est noir, ainsi que le bec supérieur; l'inférieur est bleu céleste, et le tarse noirâtre.

Sur le plumage de la vingtième partie des individus de cette espèce, les couleurs sont les suivantes: le trait des côtés de la tête est orangé, et une ligne d'un brun clair se prolonge sur la même partie; l'espace compris entre cette ligne et le trait est noirâtre, comme les oreilles. Le devant du cou, et la poitrine presque entière, sont couverts de plumes rouges et bordées de brun clair; et celles du reste du dessous du corps, et de tout le dessus, y compris le derrière de la tête et le cou, de même que les couvertures supérieures des ailes, ont leur milieu noir et leurs bords d'un brun clair. Les pennes des ailes sont noirâtres, avec une bordure brune à leurs barbes supérieures; mais en y regardant de prés, on y remarque aussi des raies transversales de couleur de plomb; il y en a aussi sur le croupion et les pennes de la queue. Le bord de l'aile est rouge, comme je l'ai dit plus haut; les pennes sont noirâtres en dessous, et leurs couvertures inférieures sont noires; le tarse est olivâtre.1

1 Ces individus sont les femelles, ou les jeunes de l'espèce. La plupart des ornithologistes en ont fait une espèce distincte, qu'ils ont appelée troupiale de la Guiane, planches enluminées de Buffon, n.°536, et ornithologie de Brisson, ord. 4, gen. 19, esp. 18; oriolus Guyanensis Linn. et Lath. Voyez, pour le complément de l'Histoire naturelle de ces oiseaux, mon édition des OEuvres de Buffon, loco citato. (S.)

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N.° LXXI.

LE TROUPIALE NOIR ET VARIÈ.1

JE ne l'ai vu qu'au Paraguay, jusqu'au 27e degré. Ses habitudes sont les mêmes que celles de l'espèce précédente; mais il n'est pas aussi commun.

Formes. Les troisième et quatrième des 18 pennes de l'aile sont les plus longues; il y en a 12 étagées à la queue; l'extérieure a 5 lignes de moins que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 10 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 9; du bec, 10.

Couleurs. A l'exception du tarse, qui est d'un bleu violet, tout cet oiseau, sans en excepter l'iris, est d'un noir profond.

1 Cet oiseau ne peut être le même que le petit troupiale noir de l'Histoire naturelle de Buffon (oriolus niger), comme le pense M. d'Azara, puisque le petit troupiale a la queue coupée carrément, et, comme je l'ai observé à la Guiane, sur un grand nombre d'individus vivans, l'iris d'un brun rougeâtre. Je crois rcconnaìtre le troupiate noir et varié dans l'oiseau du Chili, que l'abbé Molina a décrit sous le nom de cureu (Hist. nat. du Chili, traduction française, pag. 230). Cureu de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLV, pag. 103. — Turdus curœus Linn. syst. nat. gen. 107, sp. 52. — Latham, syst. ornith. gen. 32, sp. 53. Jesoupçonne quelque exagération dans la description de Molina, dont l'ouvrage en général manque souvent d'exactitude. (S.)

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Mais les individus que je regarde comme les femelles, ou comme les jeunes de l'espèce, ont les côtés de la tête noirâtres; une petite tache jaune, peu apparente, au-dessus de lœil; les plumes de la tête, de la nuque, du croupion, et presque toutes les couvertures supérieures des ailes, noirâtres dans leur milieu, et bordées de jaune pâle; celles du haut du dos, de même que les grandes couvertures supérieures de l'aile, noires, avec une bordure rougeâtre; le dos presque brun; les pennes des ailes, noirâtres, et celles de la queue, noires; le haut de la gorge comme marbré de noir et de jaune; le bas de la gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre, d'un jaune sale; la même teinte sur les bords des plumes des côtés du corps, et du noir sur leur milieu; celles de la jambe, brunes; les couvertures inférieures de la queue, rayées de jaune; enfin, celles de dessous l'aile, d'un brun lavé de jaune. Quelques-uns ont du brun sur les tiges des plumes, et un peu plus sous le cou et sous le corps.

N.° LXXII.

LE TROUPIALE A CALOTTE ROUSSE.1

JE n'ai vu, au Paraguay, que six individus de cette espèce; ils avaient été pris par les naturels, qui me dirent les avoir trouvés dans les marais. L'un de ces oiseaux, qui était en vie, vécut fort gaiement en cage, où il mangeait du maïs concassé. Ses formes; de même que ses mouvemens, sont ceux des troupiales; mais je ne l'ai point entendu chanter.

1 Je ne connais point de troupiale, ni de carouge, auquel on puisse rapporter cette espèce; je la regarde donc comme nouvelle. (S.)

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Formes. 18 pennes aux ailes, la première, la deuxième et la troisième, sont les plus longues; 12 presque égales, et bien fournies de barbes à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un sixième; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 10 et demi; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 14; du bec, 9.

Couleurs. Le dessus de la tête, la gorge et la moitié de la partie antéricure du cou, ont une belle couleur rousse de tabac d'Espagne; tout le reste est d'un noir profond.

N.° LXXIII.

LE TROUPIALE NOIR A TÊTE ROUGE.

ON le trouve au Paraguay et jusqu'à la rivière de la Plata; mais il y est rare. Je ne connais point de différence entre les sexes. Quoique son envergure, ses dimensions, ses proportions et ses mouvemens le rapprochent beaucoup des troupiales, il en diffère néanmoins en ce qu'il a le bec plus long, et terminé d'une toute autre manière; en ce que les plumes de sa tête sont plus longues, et peu couchées, et en ce qu'il ne vit que par paires. Il est plus aquatique que les autres troupiales, autant que l'on en peut juger par son bec et sa langue, qui certainement ne sont pas d'un granivore, mais qui appartiennent à un oiseau, dont les insectes, les œufs de poissons, les limaçons, etc. composent le fond de la nourriture. Ces considérations m'ont déterminé à ne pas le regarder précisément comme un troupiale, et à le présenter isolément, comme une espèce sui generis.

1 Je crois cette espèce nouvelle. (S.)

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Formes. Le bec est droit, très-fort, large et aplati à son insertion dans la tête, se terminant comme celui des yapus. La langue ne dépasse guère la moitié du bec; elle n'est ni large, ni grosse, ni ferme, et elle est profondément fourchue à son extrémité. Les ailes sont composées de 18 pennes, dont les deuxième, troisième et quatrième sont les plus longues; la queue en a 12 étagées, desquelles l'extérieure est de 6 lignes plus courte que les autres; le tarse est couvert d'écailles.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 3 et demi; du vol, 12; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 16; du doigt du milieu, 9 et demie; du bec, 12.

Couleurs. La tête entière et presque tout le devant du vol, sont d'un rouge enflammé, et si brillant, que l'on croirait que ces parties sont couvertes de petites pièces de verre, au lieu de plumes; et elles sont aussi rudes au toucher, qu'elles le paraissent peu; les jambes sont d'un orangé vif, et le reste de l'oiseau est d'un noir profond, sans en excepter le bec, la bouche, les pieds, l'iris et le bord des paupières.

N.° LXXIV.

LE TROUPIALE NOIR,

A COUVERTURES DES AILES ROUSSES.1

QUELQUES Guaranis le nomment guirahumi (petit oiseau noir); mais je n'admets pas cette dénomination équi-

1 Si l'on ne fait attention qu'aux couleurs et anx formes extérieures, il est constant que ce troupiale est le même que l'acolchichi décrit par Fernandez (Hist. nov. Hisp. tract. 2, pag. 14, cap. 4), auquel les colons espagnols donnent le nom de commandeur. Les habitudes naturelles de ces deux oiseaux n'ont pas autant de conformité; car Fernandez dit que son acolchichi, dans l'état de captivité, mange de tout, et principalement du pain et du blé d'Inde, c'est-à-dire du maïs; au lieu que le troupiale de M. d'Azara refuse constamment le pain, et qu'en liberté, il n'est point granivore. Quoi qu'il en soit, l'on ne peut se refuser à reconnaitre leur identité, jusqu'à ce que de nouveaux renseignemens décident une question qui ne me paraît pas douteuse.
Au reste, je soupçonne que le commandeur des colons du Mexique, ou l'acolchichi, n'est pas le commandeur des États-Unis; et je crois que Guenau de Montbeillard, et les naturalistes qui l'ont suivi, se sont trompés en réunissant ces deux commandeurs dans la même espéce. Je ne puis m'empêcher de remarquer aussi que M. d'Azara fait, à l'occasion du troupiale de cet article, une discussion inutile au sujet des pères noirs, espèces de moineaux alont Guenau de Montbeillard a écrit l'histoire, et que M. d'Azara compare au troupiale à ailes rousses, dont ces moineaux sont néanmoins fort éloignés. (S.)

III. a., 13

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voque et peu connue. Ses couleurs le rapprochent des troupiales; il n'en est pas éloigné par les formes, et par son habitude de se percher à la cime des arbres et de sautiller de l'un à l'autre. C'est un oiseau vigoureux; il marche quelquefois sur la terre; il vole avec force, et il est défiant. Son œil est petit, sa tête rétrécie en devant, et les plumes qui la couvrent sont serrées l'une contre l'autre. Cependant, je pense qu'il doit être séparé des troupiales, à cause de sa queue plus longue et fortement étagée, de sou vol, de ses jambes, de ses pieds et de ses doigts plus courts, de son corps plus délié, de la quatrième penne de l'aile plus longue que les autres, du bec plus effilé, aminci et sans enfoncement à sa base, enfin, à cause de la couleur rousse de l'iris. On le voit en petites troupes, mais on ne remarque point de différence entre les sexes.

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Ces oiseauxne s'éloignent point de la lisière des bois, ni des halliers, et ils ne fréquentent jamais les lieux aquatiques, ni les bois; enfin ils ne mangent point de grains, et ne vivent que d'insectes.

Je tiens de mon ami Noseda les éclaircissemens qui suivent, au sujet du nid et de la ponte de cette espèce. A la pointe de branches longues d'une palme, les troupiales noirs à ailes rousses entrelacent et arrangent des brins de paille déliés, qu'ils fortifient avec des feuilles; les liens qui les attachent et le poids du nid, font plier un peu ces feuilles, de sorte que le nid en est abrité de tous côtés, et qu'il est couvert en dessus par la branche elle-même. Il n'est point garni en dedans; et quoique tissu en forme de bourse suspendue, il est si court, que son fond ne dépasse pas les feuilles. La ponte est de trois œufs; et dès que les petits se revêtent de plumes, ils ressemblent à leurs père et mère. M. Noseda trouva un de ces nids; il le plaça dans une cage, de manière que le cri des petits pût être entendu de leurs père et mère. Ceux-ci s'empressèrent d'apporter à manger à leur progéniture; M. Noseda les prit, et les mit dans la même cage, où ils continuèrent à nourrir leurs petits, de sauterelles et d'autres insectes qu'on leur fournissait; et ils ne voulurent jamais toucher aux grains.

Formes. Bec fort et très-pointu; ouvertures des narines assez larges, placées très-près des plumes de la tête, et recouvertes par une petite membrane à leur partie supérieure; langue étroite, longue, dure et comme usée à la pointe; tarse robusle; 18 pennes aux ailes, la quatrième la plus longue; 12 étagées à la queue; l'extérieure plus courte de 11 lignes que les quatre intermédiaires.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un tiers; de la queue, 3 trois quarts, du vol, 10 deux tiers; de la jauibe,

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16 lignes et demie; du tarse, 11; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 8.

Couleurs. Tout le plumage, le bec et les pieds sont d'un noir profond, à l'exception d'une tache d'un roux vif ou de couleur de tabac d'Espagne, large de 6 lignes, qui est au milieu des couvertures supérieures de l'aile.

N.° LXXV.

L'YIPERU.1

C'EST le nom que quelques Guaranis donnent à un oiseau qui n'est point rare au Paraguay. D'autres l'appèlent yetapa (ciseaux), par allusion à sa manière de suspendre son vol, en ouvrant fortement, puis resserrant sa très-longue queue. Jene l'ai pas vu dans d'autres contrées, et je n'ai point remarqué de différences entre le mâle et la femelle. Je ne crois pas que cet oiseau soit granivore.

Si l'on ne fait pas attention à la queue de l'yiperu, il paraîtra rapproché du guirahuro par son envergure, ses jambes, ses pieds et ses doigts, par son vol, et par son. habitude de fréquenter, en petites troupes, les marais et les terres qui les avoisinent, de se poser sur les joncs et les arbustes, de chercher à terre les vers et les insectes, et de les saisir au vol lorsqu'ils passent à leur portée. Son cri est aussi un sifflement fort et simple, qu'il fait souvent entendre. Mais il s'éloigne du guirahuro, et de tout autro troupiale, en ce qu'il a la tête plus grosse, les plumes rudes au toucher, et dénuées de barbes a leur extrémité; la

1 Cette espèce nouvelle me paraîtse rapprocher plutôt du genre des gobe-mouches, ou des moucherolles, que de celui des troupicles. (S.)

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queue très-longue, le bec plus large et plus long, un peu recourbé, avec un enfoncement à la base de sa pièce supérieure, et un petit crochet et une échancrure à sa pointe; enfin, les ouvertures des narines recouvertes de poils qui s'étendent jusqu'à l'angle de la bouche. La langue est petite et fourchue à son extrémité; le tarse est gros et rude. Des 18 pennes qui composent les ailes, la seconde et la troisième sont les plus longues; il y en a 12 à la queue; les deux intermediaires se terminent en pointe, et les autres diminuent en longueur jusqu'à l'extérieure de chaque côté, qui est la plus longue de toutes.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces trois quarts; du vol, 15; de la penne extérieure de la queue, 10; de la seconde, 3 trois quarts; de la troisième, 5 trois quarts; de la quatrième, 6 cinq douzièmes; de la cinquième, 7; enfin de celles du milieu, 7 sept douzièmes; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15; du doigt du milieu, 9 et demie; du bec, 7, et son épaisseur, 5.

Couleurs. Derrière l'œil est une tache d'un roux vif, qui couvre l'oreille et descend sur le devant du cou. La gorge, le ventre et les couvertures inférieures de l'aile, sont blancs. Les plumes de la tête, de la poitrine et du cou entier, à l'exception de l'espèce de cravatte rousse, ont une teinte claire de plomb, les tiges brunes et les extrémités sans barbes. Le haut du dos, ainsi que les couvertures supérieures de l'aile, sont noirâtres; les grandes couvertures des parties intérieures de l'aile sont terminées de brun, et les pennes d'un brun qui devient noirâtre en approchant de leur extrémité, qui est en partie blanchâtre; les pennes extérieures ont la plus grande partie de leurs barbes supérieures rougeâtre, et les inférieures blanchâtres; quelques-unes sont bordées de brun. Il résul te de

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cette distribution des couleurs de l'aile, qu'une tache rougeâtre contraste, d'une manière remarquable, avec la couleur rembrunie des couvertures. Cette même tache paraît jaunâtre en dessous. Jusqu'au niveau de l'extrénnité de ses pennes intermédiaires, la queue est brune, et noire dans le resle.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX TROUPIALES DES BOIS.

JE donne à cette famille d'oiseaux la dénomination de troupiales des bois, parce que je n'en trouve point qui leur convienne mieux, et qu'au premier aspect, ils peuvent être pris pour de vrais troupiales; car ils ne paraissent pas en différer, ni par la taille, les couleurs, la physionomie et les proportions, ni par la manière de se nourrir. Cependant, avec plus d'attention, il est aisé de remarquer qu'ils ont les ailes plus courtes et plus faibles, la queue un peu plus longue, la jambe plus courte, le bec plus droit et sans enfoncement à sa pièce supérieure, les ouvertures des narines placées moins haut et plus arrondies, l'œil plus grand, enfin la tête plus grosse, et couverte de plumes plus longues. Ajoutez que leur vol est plus bas, plus court et moins rapide; qu'ils ne forment point de société entr'eux, et qu'on les rencontre ou seuls, ou par paires; que leurs mouvemens ont moins de légèreté et de vigueur, quoique plus fréquens, car ces oiseaux restent peu en repos; enfin, qu'ils se cachent soigneusement dans les cantons les plus fourrés, d'où ils ne sortent jamais. Quoique dans l'état de sauvages ils ne puissent se nourrir que d'insectes et de fruits, ils ne paraissent point souffrir de la captivité, dans laquelle on ne leur donne que du maïs coneassé et de petits morceaux de viande.

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N.° LXXVI.

LE TROUPIALE DES BOIS NOIR,

A TACHE BLANCHE SUR LES AILES.1

J'AI nourri pendant plusieurs mois, en cage, des oiseaux de cette espèce, avec de la viande crue et du maïs pilé. La femelle seule faisait rarement entendre le son pi, d'une voix forte, mais triste et marquant la frayeur; ils n'avaient point d'autre cri.

Fonnes. 18 pennes aux ailes, la quatrième et la cinquième sont les plus grandes; 12 à la queue, dont les intermédiaires ont 2 lignes de moins que celle qui les touche de chaque côté, lesquelles sont à leur tour de 6 lignes plus longues que les extérieures; les autres pennes sont étagées. Le bec est droit, un peu comprimé sur les côtés, fort et pointu; les ouvertures des narines touchent

1 M. d'Azara confirme ce que j'avais dit à Buffon au sujet da l'identité du tangara noir de la planche enluminée n.° 179, fig. 2, et du tangara roux n.° 711 (Hist. nat. tom. VII, pag. 361); car c'est de cette espèce qu'il s'agit dans cet article. Tous les ornithologistes ont suivi, je ne dirai point mon opinion, mais le résultat de mes observations à la Guiane, où ces oiseaux sont communs, à l'exception de Mauduyt qui s'est obstiné à faire deux espèces du mâle et de la femelle (Encyclop. Méthad.). Mais Linnæus, ou plutôt Gmelin, dans son édition de Linnæus, ainsi que Latham, rangent cet oiseau dans le genre des troupiales, avec lequel il a en effet des rapports; oriolus leucopterus; et cet arrangement méthodique s'accorde avec celui de M. d'Azara, qui, du reste, reprend mal à propos Buffon d'avoir rapporté, d'après moi, que ces troupiales, ou ces tangaras, fréquentent les lieux découveris. En effet, je puis attester que je n'eu ai jam ais vu un seul dans les bois de la Guiane. (S.)

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aux plumes du front; la langue est longue et un peu grosse, l'iris presqu'imperceptible, et la tête peu volumincuse et couverte de plumes pressées les unes sur les autres.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces sept douzièmes; de la queue, 3 un sixième; du vol, 10; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 9; du bec, 9; son épaisseur, 4 et demie; sa largeur, 4; de l'œil, 3.

Couleurs. Les formes et les dimensions ci-dessus sont les mêmes dans les deux sexes; mais les couleurs du plumage sont bien différentes. Celui du mâle est entièrement noir, à l'exception des couvertures inférieures de l'aile qui sont blanches, d'une faible teinte roussâtre vers l'extrémité de la huitième et de la neuvième penne de l'aile, et d'une tache de la même couleur sur les couvertures supérieures, laquelle est peu apparente lorsque les ailes sont pliées. Dix individus que j'ai examinés ne m'ont offert aucune dissemblance; mais j'en ai vu un autre qui différait en ce que les première, onzième, douzième et treizième pennes des ailes étaient entièrement roussâtres, et que quelques plumes de la même teinte se montraient au haut du dos, sur le croupion et la poitrine; mais comme ces plumes étaient comme jetées au hasard, saus aucune symétrie, je ne doute pas que les petits ne conservent les couleurs de leurs mères jusqu'à la première mue, et que cet individu ne quittât la livrée des femelles, c'est-à-dire, le roux foncé ou le rougeâtre, plus vif sur les pennes des ailes et de la queue, plus clair sur les parlies inférieures, très-léger sur les couvertures du dessous de l'aile, et un peu rembruni sur les barbes inférieures des pennes.

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Le tarse est d'un bleu violet, le bec noir en dessus et bleu céleste en dessous, et le bord de la paupière, noir.

N.° LXXVII.

LE TROUPIALE DES BOIS NOIR

ET COURONNÉ. l

CINQ ou six individus de cette espèce me sont tombés entre les mains, mais je les avais achetés; quoique je ne puisse, par cette raison, parler avec certitude de leurs habitudes, je ne doute pas qu'elles ne soient les mêmes que dans l'espèce précédente, dont celle-ci est très-voi-sine. Noseda a vu plusieurs de ces oiseaux, mêlés avec des saihobis, manger des oranges.

Formes. Bec presque droit, et comprimé sur les côtés; langue assez grosse, triangulaire et pointue; narines circulaires; 18 pennes aux ailes, troisième, quatrième et cinquième, plus longues; 12 étagées à la queue, l'extérieure plus courte de 5 lignes que les 4 du milieu.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 5; du vol, 9 trois quarts; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 7; du bec, 7 un quart; épais de 4 lignes, et large de 3 et demie.

Couleurs. Noseda tua au mois d'août deux oiseaux de cette espèce; et comme ils étaient ensemble, il les jugea mâle et femelle. Le premier avait sur la tête une belle calotte couleur de feu; les couvertures inférieures des ailes et une partie des supérieures, d'un très-beau blanc; le bord des ailes, comme tout le reste du plumage, d'un

1 Cette espèce m'a paru nouvelle. (S.)

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noir à reflets bleus; le tarse noirâtre; le bec noir en dessus et à sa pointe, et d'un bleu céleste clair en dessous; l'iris d'un brun foncé.

L'autre oiseau que Noseda regardait comme la femelle, avait des taches longues et rousses sur la calotte rouge de la tête. Le reste de la tête, la gorge et le cou entier, étaient noirs. Quant au reste de l'oiseau, le côté droit ne pouvant se décrire de la même manière que le gauche, je commence par le droit. Les pennes et les grandes couvertures extérieures du dessus de l'aile, sont noirâtres; celles du milieu, rousses, avec quelques taches longues et noires; les intérieures, ainsi que les petites, noires, et marquées de taches longues et rousses; enfin celles de dessous, d'un blanc fauve; une petite tache blanche paraît à peine à la naissance de l'aile. Les pennes de l'aile gauche sont noirâtres, et marquées de taches longues et rousses, à l'exception des deux dernières qui sont rousses enentier, et de la suivante, également rousse, mais marquée d'une longue tache noire sur ses plus grandes barbes; on remarque aussi un peu de roux et de noir mêlé en quelques places au noirâtre des autres pennes; les grandes couvertures extérieures sont noirâtres, et les intérieures, de même que les petites, roussâtres, avec quelques taches longues et noires; le blanc de la petite tache de la naissance de l'aile, et des couvertures inférieures, est beaucoup plus pâle. Sur le côté droit du corps et de la queue, le noir domine, et le roux sur le gauche.

Je ne doute pas que cet individu ne fùt un jeune en mue, qui quittait son premier plumage, vraisemblablement roussâlre, pour prendre celui des adultes.

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N.° LXXVIII.

LE TROUPIALE DES BOIS A HAUSSE-COL.1

CE troupiale se distingue des autres par plus de longueur des jambes, du tarse et des doigts, plus de grosseur du bec, plus de largeur de la base de la mandibule supérieure, par des différences dans les couleurs, enfin

1 Cet oiseau me paraît, comme `a M. d'Azara, le même que l'oiseau silencieux de Buffon (tom. VII, pag. 429, et planche enluminée n.° 742.— Tanagra silens Lath. syst. ornith. gen. 37, sp. 42. Ily a bien quelques légères dissemblances dans les teintes du plumage, mais cette espèce est sujette à varier dans les différens individus qui la composent. Les habitudes naturelles sont aussi les mêmes dans le troupiale des bois à hausse-col et l'oiseau silencieux, si l'on en excepte le chant que le premier fait entendre au Paraguay dans le tems des amours, et qui ne m'a jamais frappé, à la Guiane, dans le second; car l'article de l'oiseau silencieux est un de ceux que j'ai fournis à l'Histoire naturelle de Buffon. Pcut-être, comme le remarque M. d'Azara, ne me suis-je jamais trouvé à portée d'entendre les chants d'amour de ces oiseaux. Nous différons encore, M. d'Azara et moi, au sujet de quelques autres habitudes; j'ai dit que l'oiseau silencieux se tenait d'ordinaire à terre, et ne se reposait que rarement sur les branches les plus basses des arbrisseaux; et M. d'Azara prétend que c'est précisément le contraire; mais j'ai rapporté ce que j'ai vu, et bien vu, à la Guiane. Le même auteur critique une autre de mes observations, savoir, que l'oiseau silencieux ne fréquente pas, comme les tangaras, les endroits découverts; et cette critique me confirme, de plus en plus, dans la pensée que M. d'Azara n'est pas familiarisé avec notre langue, puisque je n'ai avancé, en cette occasion, que ce que cet observateur attribue lui-même à ses troupiales des bois, comme l'un de leurs attributs distinctifs.
Quant au rang que doit tenir cet oiseau, dans une distribution méthodique, voici ce que Buffon a écrit; « Cet oiseau est d'une espèce que nous ne pouvons rapporter à aucun genre, et que nous ne plaçons après les tangaras, que parce qu'il a, par sa conformation extérieure, quelque rapport avec eux; mais il en diffère tout-à-fait par les habitudes naturelles.» Il n'a donc pas mérité le reproche que lui adresse M. d'Azara, d'avoir placé l'oiseau silencieux. au nombre des tangaras. L'ornithologiste anglais, M. Latham, a été moins scrupuleux. Dans son bel ouvrage sur les tangaras, les manakins et les todiers, M. Desmarets l'a mis dans sa division des tangaras collurines; et il a donné trois figures, qui représentent vraisemblablement le jeune, l'adulte et la femelle de l'espèce. (S.)

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par son naturel plus tranquille, stupide et solitaire; du moins l'ai-je toujours rencontré seul; et il se laisse facilement approcher. Dans la saison des amours, son chant a de l'agrément et de la variété. Cependant, comme il a, en tout le reste, des rapports avec les espèces précédentes, j'ai cru devoir le placer ici. J'ai eu plusieurs individus de cette espèce; tous avaient été pris au Paraguay.

Formes. Bec droit, très-pointu et fort; iris peu apparent; 18 pennes aux ailes, les quatrième et cinquième plus longues; 12 à la queue, l'extérieure de 4 lignes plus courte que celles du milieu, et celles-ci d'une ligne moins longues que celles qui les suivent immédiatement.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 2 et demi; du vol, 8 douzièmes; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 12 et demie; du doigt du milieu, 8; du bec, 6 et demie; son épaisseur, 4; sa largeur, 3 et demie.

Couleurs. Le dessus et les côtés de la tête sont d'un noir lustré comme le velours; mais les sourcils sont très-blancs; et il y a, le long de la tête, un trait peu sensible de couleur de plomb. Le dessus du cou et du corps, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, sont d'un brun

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terreux, et les pennes, aussi bien que celles de la queue, sont noires. Toutes les parlies inférieures sont blanches, à l'exception d'une espèce de hausse-col d'un noir velouté, large de 3 lignes, et appliqué sur le milieu du cou en devant; d'une bordure blanche au pli de l'aile, qui répond à celui du poignet, et des plumes noirâtres quicouvrent la jambe en dehors. J'ai eu deux individus quiavaient le pli de l'aile d'un jaune pur, et les couvertures supérieures les plus rapprochées du corps, de couleur verte. Sur un autre manquait le trait de teinte plombée sur la tête. Noseda a décrit un individu dont la tête élait noirâtre, le pli de l'aile, jaune, et les couvertures du dessus de l'aile, les plus proches du corps, lavées de jaune. Je ne sais si ces différences dépendent de l'âge ou du sexe; mais il est certain que le plus grand nombre des oiseaux de cette espèce, que je me suis procurés, ressemblaient à celui que j'ai décrit. Le tarse est d'un jaune verdâtre, et le bec a sa pièce inférieure, de même que les bords de la supérieure, de couleur orangée, et le reste noir.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX GRIVES.

LES Guaranis confondent, sous la même dénomination habids, cette familie d'oiseaux et la suivante; mais j'ai distingué deux espèces auxquelles j'ai donné le nom de grives, parce qu'elles ont de la ressemblance avec les grives de ma patrie. Ces oiseaux sont assez communs dans les halliers et les bois, où on les trouve seuls ou par paires, et rarement en réunions de families, mais jamais en, troupes. Ils vivent de vers et d'insectes qu'ils cherchent à terre; pour les prendre, ils détournent, avec leurs pieds et leur bec, les feuilles tombées, et fouillent de même les crotins des chevaux et les bouses des vaches; c'est à cause de cette habitude qu'on leur donne communément le surnom de pirè (pieds puants). Ils ne quittent point le Paraguay, jusqu'à Buenos-Ayres, et les sexes ne présentent aucune différence entr'eux. Leurs ailes et leur queue sont fortes, et ils battent souvent des premières verticalement et avec vîtesse; leur vol est bas, un peu incertain, très-rapide, et leur démarche précipitée. Ils ont la tête longue, un peu étroite, et le crâne un peu enfoncé sur sa longueur; le bec se terminant en pointe à son insertion dans le crâne, très-comprimé sur les côtés, peu gros et peu long, assez fort, presque droit, un peu crochu à son bout, avec sa mandibule supérieure mobile; les narines amples, elliptiques, et placées contre les plumes du front; la bouche démesurément grande, jaune, et garnie de

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poils aux angles; la langue transparente 1 à sa pointe, longue, peu grosse et aplatie.

En captivité, les grives mangent des petits morceaux de viande crue, du pain mouillé et du maïs broyé; ils s'y montrent paisibles, quoiqu'inquiets, vigoureux, vifs dans leurs mouvemens, et un peu mélancoliques. Dans l'état de sauvages, ils ne se posent jamais à la cime des arbres ou des arbrisseaux, et ils ne s'élèvent pas ordinairement au-dessus de la moitié de leur hauteur; mais ils courent avec beaucoup de vîtesse; et, matin et soir, ils sortent de leurs retraites pour chercher les vers dans les campagnes, à cinquante ou cent pas des bois ou des halliers. Les oiseaux des deux espèces se rappèlent par un cri qu'exprime la syllabe pot; je puis, du moins, l'assurer de la première, qui a, en outre, un joli ramage, dans la saison des amours.

N.° LXXIX.

LA GRIVE ROUSSE ET NOIRATRE.2

J'AI tenu en cage, pendant plusieurs jours, un oiseau de cette espèce; il s'y montrait farouche et colère, et il n'y

1 Je traduis ainsi l'adjectif talcosa, qui veut dire au propre, faite de talc; sorte d'attribut que l'on ne peut raisonnablement appliquer à la langue d'un oiseau. (S.)

2 The cat-bird (le chat-oiseau ); muscicapa vertice nigro, Catesby, Hist. nat. of Carolin. tom. 1, pag. 66.—Le moucherolle de Virginie, Buffon, tom, VIII, pag. 372.—Le gobe - mouche brun de Virginic, Brisson, ornith. tom, II, pag. 365. — Muscicapa Carolinensis Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 18.—Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 64. Sa ponte est de quatre à cinq œufs bleus; et il imite, à s'y méprendre, le miaulcincnt d'un jeune chat.
M. d'Azara prétend que ce même oiseau a été décrit une seconde fois, d'abord par Catesby (tom. 1, pag. 29), ensuite par Buffon (tom. V, pag. 416), sous la dénomination de litorne du Canada. Je ne puis assurer que ce double emploi soit réel; mais, selon M. Vieillot, dont le témoignage est non-seulement d'un grand poids, mais fait autorité, le moucherolle de Virginie n'a ni les caractères, ni les habitudes, ni les mœurs des gobe-mouches; et la place qui lui conviendrait serait parmi les troupiales, dont il a le naturel et le bec. (Nquv diction. d'Hist. nat. t. xy, p. 134.) (S.)

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chantait pas. Un autre que j'avais lâché dans mon logement, volait rapidement tout autour de la chanibre dès que je faisais le moindre mouvement, ou qu'il voyait quelque objet nouveau; il jetaft en même tems au loin ses excrémens liquides; ce qui me força à lui donner la liberté, et à faire blanchir mes murailles. Au mois de novembre, j'achetai un nid avec deux jeunes de cette espèce; il était formé de petits rameaux très-flexibles, et tapissé intérieurement de brins de racines: du reste, il était enduit d'une couche extrémement épaisse de bouse de vache, mêlée avec du sable. Le petit garcon qui avait pris ce nid, m'assura qu'il l'avait trouvé parmi de petits arbrisseaux; cependant sa forme, et la matière dont il était enduit, me firent conjecturer qu'il avait du étre posé sur le sol même.

Le cri ordinaire de cette grive exprime la syllabe pot; mais vers le coucher du soleil, au tems de la ponte, elle fait entendre un miaulement mélancolique, semblable à celui du chat; et pendant le jour, dans la même saison, c'est-à-dire en septembre et octobre, son ramage est varié, fréquent et agréable; avant que d'entonner ses longs hymnes d'amour, elle prélude ordinairement par chochi-chochi-toropi, répété quatre ou six fois.

III. a. 14

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Formes. Les ailes ont 19 pennes, dont la quatrième et la cinquième sont les plus longues, et la première est si, courte, qu'elle ne dépasse pas les couvertures; il y en a 12 à la queue, presque égales, bien fournies de barbes et coupées carrément. Une seule écaille couvre toute la longueur du tarse.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi; de la queue, 3 trois quarts; du vol, 14 un sixième; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 18; du doigt du milieu, 10; de l'œil, 3; du bec, 9.

Couleurs. Tout le dessus de l'oiseau est d'un brun noirâtre, de même que les côtés de la tête. La gorge, et le haut de la partie antéieure du cou, ont de longues taches noirâtres, sur un fond blanc. Le reste du devant du cou est d'un brun clair; la poitrine, le ventre, les côtés du corps, et les couvertures inférieures des ailes, sont roux; les pennes des ailes sont bordées de la même couleur en dessous. Le tarse est d'un brun mêlé de bleu, l'iris couleur de noisette, et le bord des paupières si renflé, et d'un jaune si vif, qu'on le distingue a quelque distance.

N.° LXXX.

LA GRIVE BLANCHE ET NOIRATRE. 1

L'ON m'a vendu un nid comme appartenant à cette espèce, et l'on m'a assure qu'il avait été trouvé dans des broussailles épaisses; il était travaillé avec des brins de bois et

1 Le plumage de la plupart des grives varie tellement, non-seu-lement d'une espèce à l'autre, mais encore d'un sujet à un autre sujet de la même espèce, que je ne puis décider si l'oiseau de cet article appartient à quelque espèce déjà counue. Je lui tronve bien quelques rapports avec la grive de la Jamaïque de mon edition des OEuvres de Buffon, tom. XLV, pag. 294 (turdus Jamaïcensis); mais j'y vois presque autant de dissemblances; ensorte que j'ai tout lieu de penser que la grive blanche et noirâtre est une espèce nouvelle. (S.)

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des lianes flexibles, et garni en dedans de pailles sèches; il contenait trois œufs blancs, un peu plus pointus à un bout, et dont les diamètres avaient onze et huit lignes. Les habitudes naturelles de cette grive sont les mêmes que dans l'espèce précédente; mais elle est un peu plus rare.

Formes. Ailes, tarse et queue de même que dans l'espèce qui précède.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces un sixième; de la queue, 3 deux tiers; du vol, 13 trois quarts; de la jambe, 22 lignes; du bec, 9, son épaisseur, 3, sa largeur, 2 deux tiers.

Couleurs. La gorge et le dessous du cou ont de longues taches brunes sur un fond blanc. La poitrine a ses côtés d'un brun clair, et son milieu presque blanc, aussi bien que le reste du dessous du corps, avec de petites taches obliques sur les couvertures inférieures de la queue; celles de dessous l'aile, et les bords des pennes, ont une teinte mélangée de rouge et de roussâtre. Les côtés de la tête sont bruns, et variés de quelques lignes blanches; le reste est noirâtre. Une couleur de brun doré est répandue sur toutes les autres parties supérieures de l'oiseau, et la teinte d'or domine aux bords des pennes de l'aile. Le tarse a la couleur du plomb.

D'autres individus que je crois les femelles de l'espèce, ont jusqu'à un pouce de moins de longueur totale, les couvertures inférieures de la queue sans taches, les côtés de la tête comme le dessus, toutes les parties supérieures brunes, sans mélange de teinte dorée, enfin tout le bec noirâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX HABIAS.

HABIAS est le nom que portent au Paraguay mes deux grives, et les quatre premières espèces de la famille d'oiseaux comprise dans ce chapitre. Cependant j'ai séparé ces derniers qui, bien que présentant des rapports de conformité avec les premiers, par leur instinct sédentaire, leur habitude de vivre seuls ou par paires, et de fréquenter les halliers et les broussailles épaisses et fourrées, leur taille, la rapidité de leur vol qui n'est ni prolongé, ni élevé, la forme et la vigueur de leurs ailes et de leur queue, en différent néanmoins en ce qu'ils ont l'envergure, la jambe, les pieds et les doigts un peu plus courts; le bec volumineux et d'une toute autre forme, beaucoup plus fort et solide, légèrement recourbé dans toute sa longueur, échancré près de sa pointe, et tranchant sur ses bords, avec sa pièce inférieure toute droite, aussi forte et aussi longue que la supérieure; les ouvertures des narines circulaires, placées près de l'arête du bec et des plumes du front; le tarse robuste, comprimé et rude; la tête plus arrondie, enfin plus de grosseur dans l'ensemble. Les habias s'éloignent aussi des grives par leurs habitudes naturelles; ils pénètrent rnoins avant dans les bois et les broussailles, se cachent moins et se perchent pour l'ordinaire jusqu'aux trois quarts de la hauteur des arbres, au lieu que les grives montent à peine à la moitié. Ils ne descendent que rarement, ou même jamais, à terre, et ils

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avancent par sauts et peu vîte, tandis que la démarche des grives est très-leste, enfin les habias sont moins farouches; moins inquiets et moins vifs.

N.° LXXXI.

L'HABIA A SOURCILS BLANCS. 1

C'EST de tous les oiseaux de cette famille le plus commun dans les halliers épais, voisins et éloignés des habitations. Il y place, à la moitié de la hauteur des buissons, un nid tissu avec de petits rameaux et des lianes sèches et flexibles, entremêlés de quelques grandes feuilles d'arbres; d'autrés lianes, plus déliées et moins noueuses, forment

1 Il paraît que cette espèce est, comme le croit M. d'Azara, celle du grivert, ou rolle de Cayenne, Buffon, t. V, p. 183, et planche enluminée. n.° 616. — Corvus Cayennensis Linn. syst. nat. gen. 51, sp. 12. — Latham, syst. ornith. gen. 14, sp. 16. Gependant les teintes du plumage ne sont pas exactement les mêmes dans l'un et l'autre de ces oiseaux, et le grivert a le bec rouge, au lieu que l'habia l'a presque noir.
Cette différence, très-saillante dans la couleur du bec, jointe à celle non moins remarquable dans sa forme, et à quelques autres de conformation extérieure et de couleurs du plumage, ne me permet pas de partager l'opinion de M. d'Azara, qui veut que Buffon, et tous les ornithologistes qui l'ont suivi, aient décrit une seconde fois le grivert, et conséquemment l'habia de cet article, sous la dénomination de grand tangara ( Buffon, tom. VII, pag. 334, et planches enluminées n.° 205. — Tanagra magna Linn. et Lath.). De là M. d'Azara prend occasion d'étendre jusqu'à moi la critique qu'il fait de Buffon à ce sujet. «Sonnini de Manoncour, dit-il, se trompe quand il assure que le grand tangara se voit souvent dans les endroits découverts, et qu'il se tient sur les buissons.» Mais je ne me suis point trompé en parlant des habitudes naturelles du grand tangara, que j'ai souvent observé à la Guiane. La méprise est du côté de M. d'Azara, qui assimile cet oiseau a son habia à sourcils blancs, ou au grivert, quoiqu'ils aient plusieurs traits de dissemblance. D'ailleurs le grand tangara est assez commun à la Guiane, et le grivert y est rare; motif de plus pour ne pas les confondre, et pour ne pas appliquer, par des rapprochemens forcés, à l'un de ces oiseaux, ce que j'ai dit de l'antre. (S.)

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à l'intérieur une garniture peu molle; tous ces matériaux sont employés avec parcimonie, car le grand diamètre extérieur du nid n'a que quatre pouces, et l'intérieur que deux et demi. La ponte est de deux œufs également gros aux deux bouts, tachés de noir sur un fond d'un beau bleu de ciel, et dont les diamètres ont 12 lignes et demie et 8 et demie. Les petits ont le même plumage que leurs père et mère.

J'ai tenu, pendant plusieurs mois, un habia de cette espèce, dans une cage où étaient déjà d'autres petits oiseaux, aveclesquels il vécut paisiblement; mais il ne chantait point. Un autre que j'ai gardé long-tems en liberté, dans ma maison, avançait par sauts en touchant la terre du bout de sa queue, et l'élevant et l'abaissant quelquefois comme les grives; il faisait entendre fréquemment, dans la saison des amours, un ramage assez varié et agréable. Cet oiseau avait été pris déjà grand, néanmoins il n'était pas farouche, et ses mouvemens n'étaient ni si prompts, ui si précipités que ceux des grives. Il mangeait du pain sec ou tendre, du maïs pilé, des fleurs, des fruits, de la viande, enfin de tout, mais non de la même manière que les autres oiseaux, qui avalent sans mâcher; si le morceau était gros, l'habia ne le touchait point avec son pied, ne l'élevait ni ne le secouait, mais il le prenait dans son bec, et, sans le quitter, il le mâchait de la même manière que

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les quadrupèdes. Les sexes u'offrent point de différences extérieures.

Formes. Le bec est gros, tres-fort, pointu et courbé; sa base est étroite à son insertion dans la tête; l'intérieur de sa pièce supérieure n'est point évidé, et outre ses bords, elle est armée, dans sa longueur, de trois arêtes coupantes. La langue est grosse. Les ailes ont 18 pennes très-fortes, la quatrième est la plus longue; la queue en a 12 aussi fortes et très-fournies de barbes. Les quatre du milieu ont 6 lignes de plus que l'extérieure; les autres sont étagées.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de la queue, 3 trois quarts; du vol, 12 un sixième; de la jambe, 19 lignes et demie; du tarse, 14; du doigt du milieu, 8 et demie; du bec, 8, large et épais de 5.

Couleurs. Un trait blanc dans quelques individus, jaune paille dans d'autres, large d'une ligne et demie, prend naissance aux narines et se termine au delà de l'œil. La tête et toutes les parties supérieures ont une teinte de plomb tirant sur le noirâtre et lavée de jaune; cette teinte est plus rembrunie sur le croupion et les ailes. Les parties inférieures sont d'un roux blanchâtre; il y a une petite tache noire, très-peu apparente, entre le bec et l'angle antérieur de l'œil, et un trait de la même couleur descend depuis le demi-bec inférieur, de chaque côté du devant du cou. J'ai vu un individu qui avait du brun jaunâtre sur toutes les parties supérieures. L'iris est roux; dans quelques sujets il est brun; le bord de la paupière est noirâtre; et le bec presque noir.

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N.° LXXXII.

L'HABIA A GORGE NOIRE.1

CETTE espèce est si rare, que je n'ai vu que quatre individus au Paraguay; comme elle se rapproche beaucoup de la précédente, je me bornerai à faire remarquer les différences qui les séparent. Du reste, je ne sais rien de ses babitudes naturelles.

Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 3 un tiers. Il n'y a point de trait blanc ou jaune au-dessus de l'œil. Toutes les parties supérieures sont brunes. La gorge et une partie du devant du cou sont toutes noires sur des individus, et marbrées de brun et noir sur d'autres; les premiers ont aussi du noir en avant de l'œil. Le reste du devant du cou et le dessous du corps ont une teinte blanchâtre, lavée de rouge, et les couvertures inférieures des ailes ont la couleur des perles. Le bec est en partie jaune paille et quelquefois orangé.

N.° LXXXIII.

L'HABIA A BEC ORANGÉ. 2

J'AI VU au Paraguay, jusqu'au 32e degré et demi, cet oiseau approcher des habitations champêtres, pour y manger la viande qu'on y suspend pour la faire sécher; je l'ai pris souvent aux lacets avec du maïs concassé pour appât.

1 Cette espèce me semble nouvelle. (S.)

2 Cette espèce est nouvelle. (S.)

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Formes. 18 pennes aux ailes, la troisième et la quatrième sont les plus longues; 12 presque égales à la queue. Le tarse est rude et très-comprimé.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un tiers; de la queue, 3 cinq douzièmes; du vol, 11; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 8.

Couleurs. Une bandelette blanche, qui commence audessus du milieu de l'œil, descend derrière les oreilles et y prend une légère teinte fauve; cette teinte colore aussi la gorge, au-dessous de laquelle est une plaque d'un noir velouté qui remonte sur les côtés de la tête et sur le front. Le dessus de la tête est noirâtre, et toutes les parties supérieures ont la couleur du plomb; les inférieures sont d'un brun mêlé de roussâtre qui domine en approchant de la queue; les couvertures du dessous des ailes sont d'un gris de perle, et les pennes, aussi en dessous, d'un blanc argenté. La penne extérieure de chaque côté de la queue a une grande tache blanche à son extrémité; la suivante en a une un peu moins grande, et il ne paraît presque rien sur la troisième. Le tarse est d'un brun clair, et le bec d'une couleur vive orangée; dans quelques sujets il a quelques raies noires.

N.° LXXXIV.

L'HABIA ROBUSTE. 1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, parce qu'ayant les ailes plus courtes que les précédens, il paraît plus arrondi et plus robuste. Je l'ai vu assez rarement au Paraguay, et tou-

1 On verra que cet habia ressemble presqu'en tout au précédent, dont il u'est peut-être qu'une variété d'âge ou de sexe. (S.)

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jours par paires; son ramage est fort différent de celui du premier habia.

Formes. Tarse très-robuste. Le reste comme dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 3 et demi; du vol, 10; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15; du doigt du milieu, 10; du bec, 8, son épaisseur et sa largeur, 5.

Couleurs. Une tache d'un noir velouté commence aux narines, entoure les yeux et va couvrir tout le dessous de la tête. Depuis cette tache, les parties inférieures jusqu'à la queue, sont d'un blanchâtre légèrement lavé de roux, et un gris de perle colore les couvertures de dessous l'aile. Tout le dessus de l'oiseau jusqu'à la queue est d'un brun pur, de même que les deux pennes intermédiaires de la queue; les autres sont noirâtres. Le tarse est jaune paille, l'iris roux, et le bec noir à la base de sa pièce supérieure, ét d'une jolie couleur orangée sur le reste.

N.° LXXXV.

L'HABIA ROUGEATRE. 1

NOSEDA et moi nous vîmes dans un bois cet habia sautiller de branche en branche vers le milieu des arbres,

1 De tous les rapprochemens forcés que has arde souvent M. d'Azara, le plus frappant est celui de son habia rougeâtre, avec le tangara bec-d'argent (Buffon, tom. VII, pag. 365. — Tanagra jacapa Linn. et Lath.); et pour rendre ce rapprochement plus spécieux, cet auteur entre dans une longue discussion; dans laquelle il suppose, 1.° que Buffon n'a point vu le bec-d'argent, et qu'il a copié la description que Brisson en avait faite, comme si cet oiseau n'était pas un de ceux qui se trouvaient le plus fréquemment dans les nombreux envois qui arrivaient de Cayenne, à l'époque où Buffon écrivait son Histoire naturelle des oiseaux; 2.° que j'ai pu me tromper en prenant le demi-collier de soies pourpres, qui est un des attributs du mâle dans l'espèce du bec- d'argent, pour une huppe, comme si je ne savais pas distinguer une huppe d'un collier; 3.° que je me suis également trompé en rapportant les habitudes de l'habia rougeâtre, comme si, en faisant l'histoire du bec-d'argent, qui est de tons les tangaras le plus répandu dans l'île de Cayenne et à la Guiane, pays où j'ai passé quatre années, j'avais eu l'intention de faire l'histoire de l'habia rougeâtre, que je ne connais pas.
Une circonstance qui a pu contribuer à la méprise de M. d'Azara, lorsqu'il cherche à confondre deux espèces très- distinctes, c'est que la planche enluminée de l'Histoire naturelle de Buffon, n.° 128, fig. 1, qui représente le bec-d'argent, sous la dénomination de tangara pourpré, n'exprime point la plaque épaisse de couleur d'argent, qui est de chaque côté du bec de cet oiseau, et qui en fait le caractère le plus saillant.
M. d'Azara, qui se contente rarement d'un seul rapprochement, compare encore son habia rougeâtre au preneur de mouches rouge décrit par Catesby, ensuite par Buffon (tom, VIII, pag. 410. — Tanagra œstiva). Mais ce rapprochement, pour être moins forcé que le premier, u'en est pas plus heureux, puisque le preneur de mouches rouge a des teintes différentes, manque de huppe et se nourrit de mouches. (S.)

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en compagnie d'autres oiseaux de diverses espèces, parmi lesquels se trouvait sa femelle, que nous tuâmes ainsi que le mâle. Ce sont les deux seuls que j'ai rencontrés au Paraguay.

Formes. Sur le sommet de la tête est une huppe de plumes soyeuses, que l'oiseau relève à volonté, mais que, pour l'ordinaire, il tient couchéc; 18 pennes assez faibles aux ailes, dont les troisième et quatrième sont les plus longues; 12 étagées à la queue, l'extérieure de 5 lignes plus courte, toutes assez fournies de barbes et se

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terminant presque en pointe. Le tarse comprimé. Le bec un peu courbé, pointu, gros, et ayant sur l'intérieur de sa pièce supérieure trois saillies longitudinales comme dans les espèces précédentes.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 3 un tiers; du vol, 10 un quart; de la jambe, 15 lignes et demie; du tarse, 12 et demie; du doigt du milieu, 7; du bec, 7, large et épais de 4; de la huppe, 7.

Couleurs. Cet oiseau a la huppe rouge de feu; le front, les côtés, le derrière de la tête, les couvertures inférieures des ailes et les pieds d'un brun rougeâtre; la gorge, le devant du cou, le dessous du corps et la queue, d'une couleur de vermillon un peu terne, et plus faible sur le ventre; toutes les parties supérieures d'un vermillon obscur; le bec noirâtre.

La femelle a cinq lignes de moins en longueur totale; toutes les parties inférieures d'une couleur d'or nuancée de brun, et les supérieures d'un brun doré, sans en excepter les pennes des ailes, qui ont de la ressemblance avec les ailes de mouches1.

N.° LXXXVI.

L'HABIA A AILES TACHETÉES.2

LES formes de cet oiseau ne me permettent pas de douter qu'il ne soit un habia, quoique je ne sache rien de ses habitudes. Je n'ai vu que trois individus de cette espèce, que j'achetai morts des naturels du Paraguay.

Formes. Les ailes ont 19 pennes, dont la troisième et

1 Sans doute de mouches à ailes dorées et brillantes. (S.)

1 Espèce nouvelle. (S.)

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la quatrième sont les plus longues; la queue en a 12 étagées, desquelles l'extérieure de chaque côté est de 4 lignes plus courte que les autres. Le tarse est très-comprimé, et le bec ressemble à ceux de tous les habias.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces trois quarts; de la queue, 3; du vol, 9; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 8; du bec, 6.

Couleurs. Toutes les parties inférieures sont d'un roux pâle, avec des taches longues et brunes sur le devant du cou; les couvertures inférieures des ailes ont du noirâtre dans leur milieu et du brun sur leurs bords; c'est la même distribution de couleurs aux côtés de la tête. Le dos est brun. Les pennes et les couvertures supérieures des ailes sont noirâtres; maïs il y a des taches blanches sur les couvertures. Les pennes de la queue sont noirâtres et elles sont tachetées de blanc, à l'exception des deux intermédiaires. Le tarse est aussi noirâtre, de même que la pièce supérieure du bec; l'inférieure est bleu de ciel.

N.° LXXXVII.

L'HABIA JAUNE. 1

LES deux seuls individus de cette espèce que j'ai pu voir au Paraguay, m'ont été vendus morts par les sauvages. Leurs formes m'ont decidé à les placer au rang des habias, quoique leur envergure, leurs jambes, leurs pieds et leurs doigts soient un peu plus courts.

Formes. Le bec est un peu courbé, pointu, fort, gros, et non comprimé; la pièce supérieure a une échancrure profonde sur ses bords, et une seule arête longi-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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tudinale et saillante en dedans. La langue est étroite et un peu grosse; le tarse robuste, et l'iris n'est point apparent. La seconde, la troisième et la quatrième des 18 pennes de l'aile ont la même longueur; les 12 de la queue sont presque égales.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 25 sixièmes; du vol, 10 et demi; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 7; du bec, 7, sa largeur 5, son épaisseur quatre et demie.

Couleurs. Un jaune foncé couvre les parties inférieures. Un trait de la même couleur surmonte l'œil; les pennes et les grandes couvertures supérieures des ailes sont brunes et bordées de jaune foncé; le reste du plumage est d'un brun jaunâtre; le bec noirâtre en dessus, bleu de ciel en dessous, et le tarse brun noirâtre.

N.° LXXX VIII.

L'HABIA PONCEAU.1

Nous tuàmes, Noseda et moi, à la fin du mois d'août, un oiseau de cette espèce, dans des buissons élevés et fourrés. Quelques jours après, Noseda en vit un autre, et nous en rencontrâmes un troisième trois ans après, tout cela au Paraguay. C'est à quoi se réduit ce que je sais au sujet de ce bel oiseau, qui a les proportions des habias, mais qui peut-être appartient à une autre famille.

Formes. Bec un peu courbé, très - pointu, assez fort

1 Les rapports que M. d'Azara trouve entre cet oiseau et le tangara du Mississipi (Buffon, tom, VIII, pag. 353.—Tanagra Mississipensis Linn. et Lath.), me paraissent bien faibles, et j'aime mieux dire que l'habia ponceau est une espèce nouvelle. (S.)

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et non comprimé; tarsc fort et rude; 18 pennes aux ailes, la quatrième la plus longue; 12 à la queue presque égales.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un sixième; de la queue, 3; du vol, 10 et demi; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 11 et demie; du doigt du milieu, 7, son épaisseur, 4, sa largeur, 5.

Couleurs. Cet oiseau a un trait qui surmonte les yeux, et toutes les parties inférieures d'un très - beau rouge ponceau, le plus pur et le plus vif que l'on puisse voir. La même couleur, mais mêlée de brun obscur, couvre le dessus de la tête, du cou et du corps, aussi bien que les petites couvertures des ailes et les pennes de la queue, dont les bords sont marqués de ponceau pur; la même bordure entoure les pennes et les couvertures supérieures des ailes, qui sont, du reste, d'un brun sombre. Le bec est d'un bleu de ciel obscur, l'iris d'un roux noirâtre, et le tarse de couleur de plomb.

N°. LXXXIX.

L'HABIA VERT.1

CET oiseau aime les halliers épais; il se tient seul ou par paires, et il n'y a point de différences extérieures entre les sexes. Son ramage, que j'ai entendu mille fois

1 On peut rapporter, avec beaucoup de vraisemblance, cet oiseau à l'espèce de bruant, que le capitaine Portlok a vu et décrit succinctement aux îles Malouines ( Voyages, p. 33.). Bruant à poitrine et ailes jaunes de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLIX, pag. 149.—Emberiza chrysoptera Lath. syst. ornith. gen. 36, sp. 9. Quelque fondé que paraisse ce rapprochement, je ne le donne cependant que comme une conjecture. ( S.)

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au Paraguay, jusqu'à la rivière de la Plata, se réduit à exprimer d'un ton sonore, quatre fois de suite et sans repos, le mot toribio. Je reconnais que cette espèce n'ap-partient pas exactement à la famille des habias, principalement à cause de son bec moins gros, plus comprimé sur les côtés, et dont la pièce supérieure, qui a une échancrure, est plus courbée, quoique l'inférieure soit droite.

Formes. Bec très-fort; langue pointue, plate et un peu grosse; ouvertures des narines recouvertes en partie par de petits poils noirs; 18 pennes aux ailes, la quatrième plus longue; 12 étroites et d'une longueur presque égales à la queue.

Couleurs. Un trait rougeâtre qui prend aux narines, passe au-dessus des yeux. Le dessus de la tête est brun; les côtés et l'occiput est d'une couleur claire de plomb. Le reste des parties supérieures et la gorge sont d'un vert jaunâtre; mais les tiges et les grandes barbes des pennes des ailes et la queue sont brunes. Toutes les parties inférieures sont blanches, à l'exception des couvertures et des pennes des ailes, qui sont jaunes. Le bec est rouge de corail, terne en dessus, bleu en dessous; l'iris d'un jaune brillant très-agréable, et le tarse d'un brun mêlé de gros bleu.

N°. XC.

L'HABIA DES LIEUX AQUATIQUES.1

QUOIQUE cet oiseau ne soit pas, à strictement parler, un habia, je le place à la suite de cette famille, dont il

1 Il est très - vraisemblable, comme le pense M. d'Azara, que cet habia est le même oiseau que l'emberize à cinq couleurs, que Commerson a décrit à Buenos-Ayres, sous la dénomination de emberiza bonariensis (Buffon, tom, VIII, pag. 86.)—emberiza platensis Linn. syst. nat. gen. 110, sp. 68.—Latham, syst. ornith. gen. 36, sp. 66. (S.)

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se rapproche plus que de toute autre par ses formes et par ses proportions. Il est très-commun au Paraguay et jusqu'à la rivière de la Plata, dans les lieux aquatiques et les champs qui les ayoisinent; mais il ne fréquente pas les bois. On le trouve par paires; il se pose sur les petites branches, les glayeuls et les buissons, et il cherche à terre les insectes et probablement les petites graines; mais je ne crois pas qu'il mange de fruits ni de fleurs. Il n'est point farouche; son vol est court et bas, et son ramage peu varié. La ponte de cetté espèce a lieu en octobre, et j'ai vu que les père et mère prenaient beaucoup de soin d'un petit qui, ne pouvant voler, courait à travers des broussailles.

Formes. Des 18 pennes de l'aile, la troisième et la quatrième sont les plus longues; des 12 de la queue, l'extérieure de chaque côté a 9 lignes de moins que les autres. Le tarse est robuste et comprimé. Le bec est très-pointu, insensiblement courbé dans toute sa longueur, et presque point comprimé sur ses côtés. La langue est très-étroite, courte et grosse; sur la tête, les plumes sont rudes.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un douzième; de la queue, 3 et demi; du vol, 10 deux tiers; de la jambe, 19 lignes; du tarse, 15; du doigt du milieu, 10; du bec, 7; sa largeur et son épaisseur, 4.

Couleurs. Une teinte plombée tirant sur le noirâtre, couvre la tête. La gorge et le devant du cou ont la même teinte, mais mélangée de blanc, et elle est lavée de rou-

III. a. 15

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geâtre sur les côtés du corps. La poitrine et le ventre sont d'un roux clair; le derrière de la tête et du cou olivâtres, avec un trait longitudinal et noir sur chaque plume; le dos et le croupion bruns. Le pli de l'aile est d'un jaune vif formant un angle aigu; le reste de l'aile et la queue sont d'un jaune foncé, et les trois dernières pennes de l'aile ont une bordure blanchâtre; en dessous, les couvertures sont d'un gris de perle. Le tarse est livide, et le bec a la base de sa pièce supérieure de couleur noire, et le reste d'un jaune pur.

N°. XCI.

LE DENTÉ.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce; il m'a été vendu par les naturels du Paraguay, qui lui avaient arraché dix pennes de la queue, et avaient introduit à la place autant de pennes d'un autre oiseau. Ses ailes, courtes et mal disposées pour un vol soutenu, me font soupçonner que c'est un oiseau des halliers ou des lieux couverts et fangeux; mais j'ignore à quelle familie il appartient.

1 Cet oiseau se rapporte au phytotome du Chili, décrit par Molina (Hist. nat. du Chili, pag. 234. — Rara de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLIX; pag. 233. — Phytotoma rara Linn. et Lath.). C'est au moins une espèce très-voisine, si ce n'est pas la même. La dénomination phytotoma, formée du grec d'abord par Molina, et adoptée par les nomenclateurs modernes, signifie coupeur de plantes; et elle a été appliquée à un genre très-peu nombreux d'oiseaux, qui coupent avec leur bec dentelé comme une scie, les tiges des plantes dont ils font leur nourriture. Les dégâts qu'ils causent dans les campagnes, leur ont suscité une guerre à mort de la part des cultivateurs du Chili. (S.)

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Formes. Le bec pointu, un peu courbé, robuste, a sa pièce inférieure beaucoup plus large et un peu moins longue que la supérieure, dont les bords ont intérieurement des dents fines comme celles d'une roue de montre, et que l'on ne découvre qu'en ouvrant le bec; la piece inférieure est également garnie de dents plus fines et moins apparentes. La langue n'est pas aussi large que la bouche, sans néanmoins être fort déliée; elle se termine en pointe aigu�. Il y avait 18 pennes aux ailes; les deux premières étaient en mue, et la quatrième était la plus longue.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 3; du vol, 9 un quart; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 8; longueur et largeur du bec, 5 un tiers, son épaisseur, 3 et demie.

Couleurs. Le front, la gorge, le haut du cou en devant et le bas ventre, sont d'un roux vif; une longue tache de la même couleur marque les côtés de la poitrine. Les plumes du reste du devant du cou, de la poitrine et du ventre, ont leurs barbes presque blanches, et leurs tiges d'une teinte un peu moins claire. Le dessous des ailes est brun; mais les couvertures sont bordées de blanc et les pennes de vert. La tête, le dessus du cou et du corps sont d'un brun lavé de vert; les plumes scapulaires ont leur milieu noirâtre: c'est la couleur des ailes; mais il y a de petites taches blanches sur les couvertures. Les deux plumes du milieu de la queue étaient noirâtres; les autres manquaient.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX LINDOS.

J'APPÈLE ainsi ces oiseaux, parce qu'ils ont l'éclat le plus brillant et les plus belles couleurs1. Comme ils fréquentent les bois et les mêmes lieux que les habias, je me contenterai, en les comparant avec ces derniers, d'indiquer les dissemblances qui les en éloignent. Les lindos ont l'aile plus forte et pointue, et l'envergure plus étendue, d'où il résulte que leur vol est plus rapide et plus élevé; les pennes de la queue moins inégales; le corps moins gros et plus raccourci; le bec moins fort, moins gros, moins élevé à sa base, plus comprimé sur ses côtés vers son bout, et les plumes du front plus avancées sur le bec. Ils sont bien plus vifs, plus remuans, plus étourdis; ils approchent davantage des habitations, et ils entrent même dans les cours et les jardins; on les découvre plus aisément, parce que bien qu'ils sautillent, comme les habias, sur les buissons et sur les arbres touffus, ils se montrent quelquefois à la cime. Ce sont des oiseaux nuisibles qui mangent les choux, les laitues, etc. et les bourgeons de la vigne, quoiqu'ils ne se posent jamais à terre; s'ils se voient forcés de s'y abattre,

1Lindo, en espagnol, signifie beau, joli, élégant; et, pris substantivement, il veut dire damoiseau, dameret. J'ai cru devoir laisser subsister le mot espagnol; traduit, il m'eût paru déplacé, et même un peu ridicule, appliqué à une dénomination générique d'animaux. (S.)

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ils y avancent par sauts. Leur cri n'est qu'un son aigu. Ils sont plus riches et plus magnifiques dans leur parure, plus élégans dans leurs formes et leurs proportions, et d'un instinct plus social; car, quoiqu'on ne les trouve pas en bandes nombreuses, ils se réunissent plusieurs de la même espèce, et quelquefois avec des espèces étrangères. Ils ne se nourrissent pas de graines ni de petites semences, et ils ne mangent que des insectes, des fleurs, des fruits, des cœurs de laitues et de la viande. Enfin, quoiqu'ils pénètrent assez souvent dans les bois pour y chercher les fleurs et les fruits dont ils se nourrissent, ils fréquentent pour l'ordinaire, plus que les habias, les lieux couverts et embarrassés, et on les trouve presque toujours aux bords des forêts qui sont garnies de très-grands halliers1.

N.° XCII.

LE SAIHOBI.2

SAIHOBI veut dire habit bleu, et ce lindo est très-connu sous cette denomination; c'est, au Paraguay, le

1 Ici M. d'Azara fait la critique de la fausse application que Buffon a faite du nom de tangara, à des oiseaux d'espèces différentes. Mais cette fausse application n'est pas aussi commune dans l'Histoire naturelle, qu'il voudrait le faire entendre; et pour fixer l'opinion des naturalistes sur ce sujet, je les invite à recourir au bel ouvrage du jeune et savant M. Desmarets, qui a rangé, avec autant de sagacité que de bonne méthode, les oiseaux compris sous la dénomination de tangaras. Au reste, cette dénomination n'est point connue au Paraguay, selon ce que nous en apprend M. d'Azara. Elle vient du Brésil; et je ne sais pourquoi la plupart des nomenclateurs l'ont défigurée en celle de tanagra. ( S.)

2 Jusqu'à présent M. d'Azara s'était contenté de compares espèce de pinson de l'Amérique, Buffon, tom. VII, pag. 374.— Fringilla Jamaïca Linn. syst. nat. gen. 112, sp. 33. —Latham, syst. ornith, gen. 38, sp. 29 (S.)

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plus commun de tous, et je l'ai vu aussi à la riviere de la Plata. Il vit par paires ou en réunions de familie, es quelquefois en troupes de vingt ou trente, qui causent de grands dommages dans les jardins, où ils détruisent les choux et d'autres plantes légumineuses, les raisins, les oranges et toutes sortes de fruits. Ils mangent aussi de la viande, qu'ils prennent dans les habitations champêtres, et j'ai observé qu'ils saisissaient au vol les insectes qui passent près d'eux. Leur nid, placé sur de grands buissons ou sur des arbres, est travaillé avec assez de solidité; et des débris d'écorce, des filamens de plantes, des feuilles, des racines très-menues sont les matériaux employés à sa construction; en dedans est une couche épaisse de crins artistement arrangés.

J'achetai un de ces nids, dans lequel étaient deux petits qui n'avaient pas encore de plumes, et je les élevai en leur donnant de petits morceaux de chair crue, jusqu'a ce qu'ils furent en état de voler. Ils étaient extrêmement affamés et gloutons; quand ils eurent complètement leur livrée, je reconnus qu'il n'existe point, dans cette espèce, d'autre dissemblance entre le mâle et la femelle, qu'un ton plus vif de couleurs sur le plumage du mâle. Un autre nid que j'achetai également, conte-

chaque oiseau qu'il décrit, à une et souvent à deux espèces décrites par Buffon; mais il étend les rapprochemens du saihobi à trois ou quatre espèces; or, comme il est impossible que cet oiseau se trouve en même tems de plusieurs espèces différentes, je crois devoir m'en tenir au premier aperçu de l'auteur, qui me parait être fort juste; c'est-à-dire que le saihobi, à quelques très-légères dissemblances prés, est le même oiseau que le bonana,

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nait deux œufs très-blancs, plus pointus à un bout qu'à l'autre et d'un volume bien différent; car l'un avait ses diamètres de 11 et 8 lignes et dernie, et ceux du second étaient de 11 un tiers et de 7 un tiers. Au reste, les saihobis sont des oiseaux sédentaires, et leur cri se réduit à répéter trois, quatre ou six fois, chili chili, avec force et vivacité, mais sans agrément.

Formes. Bec très-fort et un peu courbé; ouvertures des narines arrondies et placées près des plumes de la tête; langue assez grosse et large, et formant la gout-tière à sa pointe, qui n'est point aigu�; 18 pennes aux ailes, les seconde, troisième et quatrième d'égale longueur 12 égales à la queue, leurs tiges un peu jetées en dehors; iris peu apparent.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces deux tiers; de la queue, 2 et demi; du vol, 10; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 10 et demie; du doigt du milieu, 7; du bec, 6, épais de 4, large de 4 et demie.

Couleurs. Un mélange de blanc et de bleu règne en dessous, depuis la gorge jusqu'à la queue. Les barbes supérieures des pennes des ailes, aussi bien que celles de la queue, sont d'un bleu à reflets verts; les couvertures supérieures des ailes sont bleues, et les inférieures blanchâtres. Le reste du plumage est d'un bleu moins foncé que celui des ailes, et cependant plus faible encore sur la tête et le derrière du cou. Le bec est bleu de ciel en dessous et à sa base en dessus, noirâtre sur le reste; le tarse est bleuâtre.

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N.° XGIII.

LE LINDO BLEU A TÊTE BLANCHE. 1

J'AI vu souvent, au mois de mai, des oiseaux de cette espèce, tantôt seuls, tantôt par paires et tantôt en petites troupes, dans la vaste forêt de Caiho, au Paraguay; je n'en ai point rencontrés ailleurs, et j'ai observé qu'ils avaient les mêmes habitudes que les précédens.

Formes. La quatrième des 18 pennes des ailes est la plus longue; les 12 de la queue sont très-fournies de barbes et d'égale longueur. Le bec est pointu, fort et un peu courbé sur toute sa longueur.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un quart; quelques individus ont jusqu'à 5 lignes de moins; de la queue, 3; du vol, 11 un sixième; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 7; du bec, 5; épais et large de 4.

Couleurs. Un noir velouté couvre le front, un petit espace autour des yeux et l'origine de la mandibule inférieure du bec; sur le haut du front il y a quelques plumes rougeâtres; le dessus de la tête est d'un blanc légèrement teinté de bleu; un trait d'un bleu de ciel obscur surmonte l'œil; cette nuance est celle du reste du plumage, à l'exception des pennes des ailes et de la queue, lesquelles sont noires et bordées de bleu de ciel. Le bec est noir et le tarse noirâtre.

Des individus plus pelits, que je regarde comme les femelles de l'espèce, ont les teintes du plumage un peu plus faibles, et sur la tête une nuance bleue de ciel. Un

1 C'est une espèce de tangara que je crois nouvelle. (S.)

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autre également plus petit n'avait point de blanc sur la tête, et ses couleurs étaient encore plus affaiblies, ce qui m'a fait croire que c'était un oiseau jeune.

N.° XCIV.

LE LINDO BLEU, DORÉ ET NOIR.1

QUOIQUE cette espèce ne soit pas nombreuse, j'ai vu plusieurs individus au Paraguay et quelques-uns à Buenos-Ayres. A en juger par ce que j'ai remarqué, les femelles me paraissent trois fois plus nombreuses que les mâles, et j'attribue cette apparence de disproportion à ce que les jeunes conservent long-tems la livrée des femelles. Du reste, j'ai toujours rencontré ce lindo seul; quelque-fois j'ai trouvé un mâle avec trois, quatre et jusqu'à six femelle; mais jamais je n'ai vu deux mâles ensemble. Leurs habitudes ne diffèrent pas de celles du saihobi.

Formes. 18 pennes aux ailes, la seconde et la troi-sième plus longues que les autres; 12 égales à la queue; bec légèrement courbé, et sa pièce supérieure ayant une petite échancrure vers son bout.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 11; de la jambe, 16 lignes; du

1 L'onglet, neuvième espèce de tangaras, Buffon, tom. VII, pag. 359. —Tanagra striata Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 44. —Latham, syst. ornith. gen 37, sp. 14.
Non content d'avoir découvert l'identité de son lindo bleu, doré et noir, avec l'onglet, M. d'Azara l'a encore rapproché du septicolor (tanagra talao); mais il est obligé de convenir qu'il y a entre ces deux oiseaux des disparates trop sensibles dans les couleurs, dans les dimensions, et plus encore dans les habitudes. (S )

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tarse, 12; du doigt du milieu, 8; du bec, 5; son épaisseur, 3 et demie; sa largeur, 5.

Couleurs. Le front et le tour des yeux sont noirs. Les plumes de la tête et du haut du cou sont d'un très-beau bleu de ciel; mais, sur la tête, leurs tiges sont teintes en noir. La même belle couleur bleue se retrouve sur les couvertures supérieures des ailes, à l'exception des grandes qui, de même que les pennes et celles de la queue, sont noires, et n'ont que leur extrémité et leurs barbes supérieures, bleues de ciel. Le reste du dessus du cou, les scapulaires et le dos, sont noirs. La moitié inférieure du devant du cou, la poitrine et le croupion sont d'un orangé vif et trèsbrillant; le ventre est jaune, les grandes couvertures de dessous l'aile cendrées, les autres d'un brun teinté da vert, et celles du dessus de la queue, d'un noirâtre mêlé de vert. Le tarse est d'un brun mêlé de violet, le bec noirâtre en dessus, et blanchâtre en dessous.

La femelle, dont les formes et les dimensions ne diffèrent point de celles du mâle, a la tête et les petites couvertures supérieures des ailes d'un bleu de ciel mêlé de brun; le cou en dessus, la moitié du dos, les couvertures supérieures, et les pennes intermédiates de la queue, d'un brun doré; les grandes couvertures supérieures et les pennes des ailes, aussi bien que celles de la queue, d'un brun sombre, avec une bordure bleue aux couvertures; le devant du cou mordoré; la gorge et le corps en dessous, d'un brun clair, plus rembruni sur les côtés du corps, enfin le tarse noirâtre.

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N.° XCV.

LE LINDO PRÉCIEUX.1

DON Pedre Almada s'aperçut un jour que son nègre tenait un oiseau de cette espèce dans le bourg d'Atira au Paraguay. Charmé de sa beauté, il le prit, et il ordonna au nègre d'en chercher un autre qui lui fut apporté en moins d'un quart d'heure. Don Almada me l'envoya en m'informant que l'on avait trouvé ces lindos mêlés avec quelques suihobis, occupés à manger des oranges. Noseda assure que ce soul des oiseaux de passage, et qu'ils arrivent, en très-petit nombre, au Paraguay, dans le mois de décembre. Pour moi, je n'en ai jamais rencontré un seul; et je leur ai donné la dénomination deprécieux, non-seulement parce que je n'ai point vu de plus beaux oiseaux, mais encore parce qu'il n'est point d'expressions qui puis-

1 Cette petite merveille de la nature, selon le portrait que M. d'Azara en fait, avec un peu trop d'enthousiasme, a été décrite plus modestement par Buffon sous la dénomination de passevert (t. VII, p. 398). Tanagra Cayana Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 8.— Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 25. «Buffou, dit M. d'Azara, suppose que cet oiseau est trés - commun à Cayenne, mais je ne le crois pas; et je crois encore moins Buffon, lorsqu'il ajoute que le passe-vert dévaste les champs de riz dans les tems de la maturité; car les oiseaux de cette famille ne mangent pas de petites graines.» Ces deux assertions, qui paraissent si extraordinaires à M. d'Azara, sont cependant conformes à la vérité. Nos colons de la Guiane attesteront comme moi, que les passe-verts y sont fort communs, et connus par le nom de dauphinois, et que, bien que les fruits fassent leur nourriture habituelle, ils se jètent aussi sur les champs de riz en maturité. (S)

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sent rendre l'éclat et l'agrément de leur parure, ni d'imagination capable de les concevoir, au point que l'on a peine à se figurer que de semblables productions sortent des mains de la nature. Les différentes couleurs de leur plumage sont telles, qu'il n'en est point d'égales au monde; mais comme ces couleurs sont très-sujettes à varier, suivant la position de l'oiseau relativement à la lumière, il résulte qu'on ne peut les décrire à la manière ordinaire; en effet, s'il arrivait que quelqu'un eût fait la description d'un lindo précieux, et qu'ensuite il décrivît un autre individu, ou le même, placé sous un aspect différent, les deux descriptions se ressembleraient fort peu. Il est donc nécessaire de faire une double description; l'une s'appèlera en conjunction, lorsque l'oiseau sera placé entre celui qui le regarde et la lumière; l'autre en opposition, quand l'observateur se trouvera entre la lumière et l'oiseau.

Formes. Les ailes ont 18 pennes, dont la troisième et la quatrième sont les plus grandes; la queue en a 12 presque égales. Le bec est un peu courbé, et légèrement comprimé vers sa pointe.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 2 un sixième; du vol, 9; de la jambe, 14 lignes; du doigt du milieu, 6; du bec, 4 et demie; épais de 3, large de 4 et demie.

Couleurs. Du noir velouté couvre l'espace entre le bec et l'œil. La tête et le dessus du cou sont d'une très-belle couleur d'or en opposition, et de couleur de feu en conjunction; le dessus du corps et les couvertures supérieures des ailes, dorées en conjunction, et d'un jaune verdoyant en opposition; les ailes et la queue en dessus, d'un bleu vif en opposition, et dorées en conjunction; elles sont noires en dessous. La gorge, le devant du cou, la poitrine et le

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ventre, paraissent d'un vert foncé en opposition, et violet en conjunction; une couche de vermilion couvre le basventre, et les couvertures inférieures des ailes sont d'un bleu mêlé de brun. Toutes ces couleurs sont des plus belles et des plus brillantes; elles sont moins vives sur le plumage des femelles. Le tarse est d'un violet noirâtre, et le bec noir.

Don Antoine Valenzuela m'a, depuis, envoyé un oiseau de cette espèce; Noseda a décrit aussi un individu; et il m'a informé qu'un second qu'il possédait, lui paraissait être d'espèce différente; mais je présume que ce second sujet; dont Noseda m'a envoyé la description, est un oiseau jeune; car les différences de couleurs que l'on remarque sur son plumage, ne sont ni totales, ni opposées, et elles ne sont produites principalement que par le plus ou le moins de lumière, et par la position de l'observateur.

N.° XCVI.

LE BEAU LINDO.1

JE lui donne cette épithète, parce qu'il est vraiment beau, quoiqu'il ne le soit pas plus que le précédent. Il est sans doute très-rare; car je ne l'ai jamais rencontré; et je n'en ai pas vu d'autre que celui dont je vais donner la description, et que j'ai acheté mort au Paraguay dans le mois de juillet.

Formes. Le bec est celui de tous les oiseaux de cette famille, et les ailes et la queue sont semblables à celles de l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de

1 Je regarde cette espèce comme nouvelle. (S.)

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la queue, 2; du vol, 9; de la jambe, 14 lignes; du doigt du milieu, 6 trois quarts; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Les côtés de la tête sont noirs, et cette couleur s'étend sur la gorge et le devant du cou, jusqu'au ventre. Les couvertures supérieures des ailes ont leurs extrémités colorées en bleu de ciel, et le reste noir; il en est de même de leurs pennes, aussi bien que de celles de la queue, et de leurs couvertures supérieures, qui ont, en outre, une bordure déliée de bleu de ciel. Les grandes couvertures inférieures des ailes sont argentées, les autres sont noires. Le reste du plumage est d'un très-beau jaune de paille; le tarse est d'un bleu tirant sur le violet, l'iris châtain, et le bec noir en dessus, et bleu de ciel en dessous.

N.° XCVII.

LE LINDO VERT A FRONT ROUX.1

JE n'ai vu, au Paraguay, que deux oiseaux de cette espèce, dans le mois de septembre; leurs habitudes m'ont paru les mêmes que celles du saihobi, dont ils avaient également l'extérieur.

Formes. 18 pennes aux ailes, la seconde plus grande que les autres; les 12 de la queue sont égales; le bec a la même conformation que celui du lindo du n.° 14.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 2 et demi 5 du vol, 8 deux tiers 5 de la jambe,

1 C'est avec toute raison que M. d'Azara assimile ce lindo au verderoux, espèce de tangara (Buffon, tom. VII, pag. 385).—Tanagra Guyanensis Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 30.—Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 24. Ce tangara, que j'ai fait connaìtre le premier, est aussi rare à la Guiane qu'au Paraguay. (S.)

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15 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 4 un tiers; épais de 2 et demie, large de 3 et demie.

Couleurs. Une tache noirâtre occupe l'espace entre la narine et l'œil. Le front, le sourcil et le bas-ventre sont roux. Le dessus de la tête est d'un roux mêlé de bleuâtre; le haut du cou est d'un vert nuancé de brun clair; et cette teinte s'éclaircit en descendant sur le corps, jusqu'à devenir d'un beau vert sur les couvertures supérieures de la queue, dont les pennes, aussi bien que celles des ailes, ont une bordure du même vert sur un fond noirâtre; les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, et le côté intérieur des plus grandes, sont noirâtres, et les autres vertes. La gorge et la moitié du devant du cou sont d'un bleu léger, et les couvertures inférieures de l'aile blanchâtres. Le reste du dessous du corps est d'un vert foncé, le bec noir, et le tarse de couleur plombée.

N.° XCVIII.

LE LINDO BLEU ET DORÉ,

A TÊTE D'UN BLEU DE CIEL.1

DANS les mois de mai et de juin, j'ai eu cinq de ces lindos.

Formes. La première des 18 pennes des ailes, est la plus grande; la queue en a 12 égales.

1 Après avoir comparé cet oiseau à l'espèce de tangara que Buffon a nommé passe-vert à tête bleue (tom. VII, pag. 389. Tanagra Cayana, vax. b. Linn. et Lath.), et même prononcé leur ideutité, M. d'Azara se décide ensuite à n'en faire qu'une seule et même espèce avec l'organiste de Buffon, tom. VII, pag. 408. — Pipra musica Linn. syst. nat. gen. 115, sp. 26. —Parus musica Latham, gen. 44, sp. 28. Mais il assure en même tems que son lindo ne chante point, au lieu que l'organiste fait entendre successivement tous les tons de l'octave en montant du grave à l'aigu: c'est un fait bien constaté, dont M. d'Azara ne doit pas douter. Je croirais donc que le lindo bleu et dorè à tête d'un bleu de ciel, est le passe-vert, plutôt que l'organiste, avec d'autant plus de raison, que les ornithologues méthodistes ont rangé ce dernier au nombre des manakins, dont les caractères sont différens de ceux des lindos ou des tangaras. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 4 pouecs et demi; de la queue, 1 cinq douzièmes; du vol, 8; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 85 du doigt du milieu, 5; du bec, 3 et demie.

Couleurs. Cet oiseau a le front, les côtés de la tête et le haut de la gorge, d'un noir velouté; le dessus de la tête d'un très-beau bleu de ciel, quoique clair, qui s'étend jusque derrière les oreilles; le dessus du cou, les pelites couvertures supérieures des ailes, et celles de la queue, d'un bleu violet en conjunction, et d'un beau bleu en opposition 1; les grandes des ailes, les pennes et celles de la queue, noires; le dos, le dessous du cou et du corps, de la couleur de l'or pur; les pennes des ailes en dessous argentées, les couvertures d'un gris de perle varié de jaune, et le bord de l'aile marbré de jaune, de noir et de gris de perle; le bec noir, enfin Ie tarse châtain.

Trois individus que je crois des femelles, avaient sur le front une bandelette dorée qui allait jusqu'à l'œil; la tête d'un bleu de ciel vif et brillant; le dessus du cou et du corps, les couvertures supérieures des ailes, et la bordure

1 Voyez, pour l'explication de ces expressions, le n.° xcv, pag. 236 (S.)

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de leurs pennes et de celles de la queue, d'un vert obscur; le reste de ces mêmes pennes, d'un brun bleuâtre; le croupion, la gorge et le dessous du cou et du corps, jaunes; le dessous des ailes argenté.

N.° XCIX.

LE LINDO BLEU ET DORÉ.1

JE n'ai point vu cette espèce à la rivière de la Plata; mais j'ai eu seize individus des deux sexes au Paraguay. L'un d'eux était vivant, et je le mis en cage; il y jetait un petit cri; et quelquefois un sifflement triste; mais il

1 Teitéi, guirahemgeta et guraundi Brasiliensibus, Marcgrave, Hist. Bras. pag. 212.—Teité, Buffon, tom. VIII, pag. 405.—Tanagra violacea Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 5—Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 33. M. d'Azara remarque très-bien, 1.° que la figure 1re de la planche enluminée de Buffon, n.° 114 étiquetée tangara de Cayenne, que Buffon et les nomenclateurs ont donnée comme une variété du teité (tanagra chlorotica Linn. et Lath.) est le male de l'espèce; 2.° que la figure 2 de la même planche 114 représente, sous la dénomination de tangara du Brèsil, la femelle du teité, ou du lindo bleu et doré; 3.° que les jeunes oiseaux décrits par Buffon, avec les couleurs de la femelle et quelques plumes du mâle, sont de jeunes mâles qui quittent le plumage des femelles, et non de jeunes femelles, ainsi que Buffon l'a pensé. Mais M. d'Azara nie mal à propos, 1.° que les teités, ou les lindos bleus et dorés, puissent vivre en cage; c'est un fait attesté par Marcgrave, témoin oculaire: Aviario includitur pro canorâ voce, dit-il; et plus loin: Delectantur hœ aviculœ quinque aut sex conjunctim aviario includi; 2.° que ces oiseaux fréquentent les terres défrichées qui entourent les habitations; c'est dans ces terres que je les ai vus Ie plus souvent, à la Guiane, où ils sont commnns et connus sous le nom de petit-louis, et où ils font beaucoup de dégàts dans les plantations de riz. (S.)

111. a. 16

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refusa de manger du maïs moulu, et il mourut le second jour.

Formes. L'œil est petit, et l'iris peu apparent. Il y a 18 pennes aux ailes, la seconde est la plus longue; les 12 de la queue sont égales.

Dimensions. Longueur totale, 4 ponces et demi; de la queue, 1 deux tiers; du vol, 7; de la jambe, 10 lignes et demie; du tarse, 8; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 3; épais de 2 et demie, large de 4 et demie.

Couleurs. Un jaune pur couvre la moitié du dessus de la tête, le devant du cou et le dessous du corps; mais les couvertures inférieures de la queue, celles des ailes, et leurs pennes jusqu'à la moitié de leur longueur, sont blanches; il y a un peu de jaune sur les couvertures qui avoisinent Ie pli de l'aile, et les plus extérieures ont leur extrémité noire. Les côtés et le derrière de la tête, la gorge et toutes les parties supérieures, sont d'un bleu turquin, à reflets violets; une bande blanche, large de six lignes, traverse les pennes des ailes, près des couvertures, sans passer sur les barbes supérieures, ni sur les tiges; et il y a une grande marque blanche sur les deux pennes extérieures de chaque côté de la queue. Le tarse a la couleur du plomb, et le bec est bleu de ciel, avec du noir à sa base et à sa pointe.

Les femelles paraissent plus nombreuses que les mâles, et cette apparence provient vraisemblablement de ce que les jeunes mâles conservent pendant un an la livrée des femelles qui, avec les mêmes dimensions, ont l'enver-gure moins longue, ainsi que cela a lieu dans la plupart des espèces d'oiseaux. On les distingue aussi par la bandelette du front, qui est plus étroite; par le jaune vif qui colore la gorge, les côtés du cou et du corps; par le blan-

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châtre du dessous de ces mêmes parties, et des couvertures inférieures de l'aile sur lesquelles paraît encore un peu de jaune; par le brun jaunâtre dont les parties supérieures sont teintes; enfin, par les ailes et la queue; dont les couvertures et les pennes en dessus sont d'un brun obscur, et bordées de jaune.

N.° C.

LE LINDO BRUN ET ROUX,

A AILES ET QUEUE NOIRES. l

CELUI-CI, de même que le suivant, n'ont pas l'instinct aussi social que ceux qui précèdent. Ces deux oiseaux ne sont pas non plus aussi vifs, ni aussi confians; ils ne se laissent pas voir à la cime des arbres; ils se tiennent dans l'intérieur des grands bois, d'où ils viennent rarement à la lisière; et les araignées et les chenilles qu'ils trouvent à la moitié de la hauteur des arbres, paraissent faire le fond de leur subsistance. On les rencontre par paires; ils sont très-rares au Paraguay, et je ne les ai pas vus aux environs de la rivière de la Plata.

Formes. Les troisième et quatrième des 18 pennes de l'aile, sont les plus longues; des 12 de la queue, l'extérieure, de chaque côté, est de 2 lignes et demie moins longue que les deux du milieu. Le bec est court, fort, un peu courbé, sur-tout vers la pointe. Les ouvertures des narines sont placées dans un enfoncement. L'iris n'est point apparent, et près de l'angle de la bouche sont des poils ou des soies dures et longues.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces; de la queue,

1 Espèce nouvelle. (S.)

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2 et demi; du vol, 9 un quart; de la jambe, 15 lignes; du tarsc, 10 et demie; du doigt du milieu, 7; du bec, 5 deux tiers; épais de 3; et large de 4.

Couleurs. La tête et le dessus du cou sont mordorés; les plumes qui couvrent le corps en dessus, d'un brun noirâtre; les petites couvertures supérieures de l'aile, presque noires, et bordées de brun obscur; les grandes couvertures, aussi bien que les pennes de l'aile et de la queue, de couleur noire, quoique celles de l'aile aient en travers une bande blanche et large de quatre lignes, qui n'est point marquée sur les première, deuxième, huitième, neuvième et les trois dernières pennes, ni sur toutes les barbes supérieures et les tiges. Les parties inférieures sont d'un roux faible et doré; les couvertures de dessous l'aile sont noirâtres à leur origine, et blanches dans le reste. Le tarse a une teinte plombée, et le bec bleu de ciel, a du noirâtre à sa base.

N.° CI.

LE LINDO BRUN A HUPPE JAUNE.

JE tiens de Noseda la description de cette espèce; que je n'ai jamais vue, et dont mon ami tua, en juin, plusieurs individus. C'est un oiseau des forôts, qui néanmoins se montre dans les lieux découverts; pour passer d'un bois à un autre. On le rencontre alors par paires, et quelquefois en petites troupes peu serrées, et dans lesquelles chaque paire ne se sépare point.

Formes. 18 pennes aux ailes, desquelles la troisième et la quatrième sont les plus longues; il y en a 12 presque

1 Espèce nouvelle. (S.)

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égales à la queue. Le bec est un peu plus large qu'épais, pointu, et garni de longues soies à sa base; les ouvertures des narines sont assez larges, et recouvertes par des poils. Des plumes soyeuses et fort longues forment, sur le haut de la tête, une jolie huppe lorsque l'oiseau les relève.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 2 et demi; du vol, 9 et demi; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du bec, 5 et demie, son épaisseur de 3.

Couleurs. Cet oiseau a le toupet et le tour des yeux, noirs; le dessus de la tête et la huppe, d'un jaune tirant sur l'orangé; les côtés et le derrière de la tête, ainsi que le dessus du cou et du corps, de couleur brune; la gorge, le devant du cou et le corps en dessous, d'un roux blanchâtre; les couvertures inférieures de l'aile, blanches; les supérieures noirâtres, de même que les pennes de la queue et des ailes; mais celles-ci, à l'exception de la première et de la seconde, de celles du milieu et des trois dernières, ont, dans leur milieu et sur leurs barbes inférieures, une tache transversale. Le tarse est d'un bleu terreux, l'iris brun, et le bec noirâtre en dessus, et d'un bleu terreux en dessous.

La femelle a du brun sur le devant de la tête, et la couleur jaune du dessus, mêlée de brun. Elle n'a point de huppe, et elle est un peu moins forte, quoiqu'avec les mêmes dimensions que le mâle.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BECS-EN-POINÇON.

JE nomme ainsi de petits oiseaux qui ne sortent pas des forêts, ne descendent pas plus bas que la moitié des arbres, et cherchent leur subsistance jusqu'a la cime des plus grands, se glissent en tout sens, comme de petits serpens, sur les branches les plus déliées, sans s'arrêter un instant, cherchant, autant que j'ai pu le voir, les araignées, et d'autres insectes, des fleurs et des fruits.

La première espècc, qui est la plus commune, se tient ordinairement en troupes; on ne voit les oiseaux des autres espèces, que seuls ou par paires, plutôt parce qu'elles sont moins nombreuses en indivîdus, que par un manque d'instinct social. Tous ont, proportion gardée, le corps plus alongé que les lindos, la tête plus petite, la physionomie plus animée, le bee plus court, affilé, pointu et conique, la queue plus étroite et moins carrée. Ils sont plus petits, et, à en juger par leur bec et sa force, ils peuvent casser des grains; mais comme ils ne les recherchent pas, et qu'ils ne quittent pas le haut des arbres verts, je crois qu'ils ne vivent pas de petites graines. Leur Vol est très-rapide.

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N.° C II.

LE BEC-EN-POINCON JAUNE,

A BARBE NOIRE. 1

J'AI VU au Paraguay une grande quantité d'oiseaux de cette espèce, et j'en ai euplusieurs; mais j'ignore s'ils se trouvent également à la rivière de la Plata.

1 Plusieurs rapprochemens, accompagnés de discussions, ont lieu dans l'ouvrage de M. d'Azara, au sujet de cet oiseau que cet auteur compare, 1.° au petit cul-jaune de Cayenne (Buffon, tom. V, pag. 340. Oriolus Dominicensis Linn. — Oriolus xanthoruus Lath.); et pour que les dissemblances qui séparent ce troupiale du bec-en -poinçon jaune, à barbe noire, ne soient point un obslacle à leur réunion, M. d'Azara suppose que Guenan de Montbeillard a été induit en erreur sur les habitudes du petit cul-jaune, et que de deux oiseaux d'espèce différente, il en a composé un qui n'existe pas. L'on sent combien de pareilles suppositions sont peu fondées, et combien de semblables rapprochemens sont forcés.

2.° Le second objet de comparaison est le tangara à gorge noire (Buffon, tom, VII, pag. 400. Tanagra nigricollis), que j'ai rapporté de la Guiane.

3.° Autre rapprochement avec le figuier tacheté (Buffon, tom. IX, pag. 414. Motacilla œstiva Linn. — Sylvia œstiva. Lath.), et pour l'appuyer, M. d'Azara emploie les mêmes motifs que pour le premier, c'est-à-dire, qu'il suppose des erreurs dans la description et l'histoire du figuier tacheté.

4.° Autre rapprochement avec le figuier à gorge blanche (Buffon, tom. IX, pag. 418. — Motacilla albicollis Linn. — Sylvia albicollis Lath.), et mêmes difficultés pour le rendre conforme à la nature.

5.° Enfin dernier rapprochement, avec le guiraguaçu beraba de Marcgrave, guira beraba, troisième espèce de pitpits (Buffon, tom. X, pag. 30. — Motacilla guira Lin. — Sylvia guira Lath.) Mais la dénomination brasilienne guiraguaçu, signifie grand oiseau; d'ailleurs les descriptions ne s'accordent pas.
De tant de rapprochemens multipliés outre mesure, celui qui roe paraît le plus naturel, ne fait qu'une seule et même espèce du bec-en-poinçon jaune, à barbe noire, et de mon tangara à gorge noire cité ci-dessus. (S.)

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Formes. Bec presque droit, très-pointu et à base trèsapparente; ouvertures des narines dans un léger enfoncement; 18 pennes aux ailes, la seconde et la troisième plus longues que les autres; les 12 de la queue presque égales et étroites.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un sixième; de la queue, 2; du vol, 8 un quart; de la jambe, 12 ligues; du tarse, 9; du doigt du milieu, 5; du bec, 5 et demie, large et épais de 2 et demie.

Couleurs. Le dessus de la tête et du cou, la moitié du dos, les couvertures supérieures des ailes, et les bords des pennes des ailes et de la queue, sont d'un jaune verdâtre. Sur le front commence un trait d'un jaune très-vif qui, passant au-dessus de l'œil, s'élargit en descendant sur les côtés du cou; les couvertures inférieures de la queue sont de ce même beau jaune. Les côtés de la tête et la gorge, sont noirs; le devant du cou, la poitrine et le bas du dos, sont d'un orangé vif. Le dessous du cou, du corps et de la queue, sont d'un jaune qui se charge d'une nuance plombée sur les côtés du corps. Les couvertures inférieures des ailes sont argentées. L'iris est brun, le tarse de couleur plombée, et le bec noirâtre en dessus, et orangé en dessous et sur ses bords.

Dans la femelle, qui a les mêmes dimensions que le mâle, la gorge est tachée de noirâtre, sur un fond jaune. Le devant du cou et le croupion sont jaunes, et quelque-

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fois variés de couleur de safran; le jaune est sans mélange sur les côtés et sur le reste du dessous du corps. Les couvertures inférieures et les bords des pennes des ailes, sont de couleur blanche. Le dessus et les côtés de la tête, le derrière du cou, le dessus du corps, les petites couvertures supérieures des ailes et les bords de leurs pennes, aussi bien que ceux des pennes de la queue, sont d'un. jaune verdâtre un peu rembruni. Le nombre des femelles paraissant excéder de beaucoup celui des mâles, il est hors de doute que les jeunes mâles ressemblent aux femelles.

N.° CIII.

LE BEC-EN-POINÇON NOIR ET BLEU DE CIEL.1

CET oiseau est fort rare au Paraguay, et j'ignore s'il existe aux environs de la rivière de la Plata; où il y a peu de forêts; je ne les ai pas parcourues. On le rencontre seul ou par paires, quoiqu'il se mêle quelquefois a d'autres espèces, sur un même arbre qui leur fournit une nourriture commune. Ses formes et ses habitudes sont les mêmes que dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue; 2 et demi; du vol, 8; de la jambe, 12 lignes; du tarse,

1 M. d'Azara croit reconnaître cet oiseau dans le pitpit bleu (Buffon, tom. X, pag. 14. — Motacilla Cayana Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 40. — Sylvia Cayana Lath. syst. ornith. gen. 43, sp. 143), dont la variété donnée par Edwards, sous le nom de manakin bleu (Buffon, ibid.), serait le mâle de l'espèce, et le pitpitvert (Buffon, tom. X, pag. 13. — Motacilla cyanoc ephala Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 163. — Sylvia cyanocephala Lath. syst. ornith, gen. 43, sp. 144) serait la femelle. (S.)

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9; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 5; large et épais de 3.

Couleurs. A la base du bec supérieur commence une ligne noire qui entoure l'œil, et se termine en pointe audessus de l'oreille. Le haut de la gorge et du dos, la queue et les couvertures supérieures de l'aile, sont noirs. La tête, le cou entier, le dos, le croupion et tout le dessous du corps, ont une couleur vive de bleu de ciel. Les couvertures supérieures de la queue sont noires, avec leur extrémité bleue de ciel; les grandes couvertures des ailes, ainsi que les pennes, sont noirâtres, mais les premières sont terminées et les secondes bordées du même bleu; les couvertures inférieures sont d'un blanc mêlé d'une teinte de plomb. Le bec est noir, l'iris brun, et le tarse olivâtre.

N.° CIV.

LE BEC-EN-POINÇON BLEU ET ROUX. 1

JE n'ai vu que deux oiseaux de cette espèce, au mois de juin, dans les bois du Paraguay; ils cherchaient leur nourriture de la même manière que les précédens.

Formes. Ailes comme dans les premières espèces; 12 pennes égales et un peu fortes à la queue; bec presque

1 C'est, suivant M. d'Azara, le teoauhtototl de Fernandez (Hist. nov. Hisp. cap. 198, pag. 52), que Buffon a rapproché du tangara diable-enrhumé (tom. VII, pag. 382. — Tanagra Mexieana), sans décider néanmoins que ce fut la même espèce. Au reste, la description que Fernandez a donnée de son teoauhtototl est trop incomplète pour que l'on soit en état de déterminer, d'une manière précise, l'espèce à laquelle appartient cet oiseau du Mexique.(S.)

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droit, assez, fort, très-pointu, avec la base de sa pièce supérieure bien distincte.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2; du vol, 9 et demi; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 9; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 4 et demie, son épaisseur 2, sa largeur 3.

Couleurs. Toutes les parties inférieures sont fauves, à l'exception des couvertures les plus rapprochées du pli de l'aile, qui sont bleues. Le front et les côtés de la tête sont d'un noir velouté. Le dessus et le derrière de la tête, le croupion et les couvertures supérieures de l'aile, sont d'un très-beau bleu de ciel; mais les plus grandes, de même que les pennes de l'aile et de la queue, n'ont que leurs bords de ce beau bleu, le reste étant brun. Le dessus du cou et le dos sont bleus. Le tarse est d'une couleur de plomb noirâtre, l'iris brun, le bec noirâtre en dessus, et blanchâtre en dessous.

N.° CV.

LE BEC-EN-POINÇON BLEU ET BLANC. 1

JE n'ai rencontré qu'un seul individu de cette espèce, au mois de septembre, dans un bois du Paraguay. Ses habitudes m'ont paru les mêmes que celles des espèces qui précèdent.

Formes. Les 4 premières des 18 pennes de l'aile sont presque égales, et la sixième est beaucoup plus grande que celles qui l'avoisinent, ce que je regarde comme accidentel. Des

1 La coiffe noire, neuvième espèce moyenne de tangara, Buffon, tom. VII, pag. 401 — Tanagra pileata Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 40 — Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 11. (S.)

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12 pennes de la queue, les deux intermédiaires sont beaucoup plus étroites, et d'une ligne plus courtes que les extérieures. Le bec est presque droit, fort, et légèrement comprimé sur les côtés.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un tiers; de la queue, 2 un douzième; du vol, 8 et demi; de la jambe, 12 lignes et demie; du tarse, 9 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Cet oiseau a les joues blanches; le sommet et les côtés de la tête, d'un noir velouté qui se prolonge sur les côtés du cou, jusque près de la naissance de l'aile; les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, noires; les ailes et la queue noirâres, avec du bleu sur une grande partie de leurs barbes supérieures; le dessus du cou et du corps d'un bleu pur; toutes les parties inférieures blanches, à l'exception des couvertures extérieures les plus rapprochées du bord de l'aile, qui sont d'un bleu turquin; le bec noir; l'iris d'un jaune foncé, enfin le tarse d'un jaune de cire.

N.° CVI.

LE BEC-EN-POINÇON VERT ET BLANC,

A TÊTE BLEUE DE CIEL. 1

Formes. Bec droit et conique; iris imperceptible; 18 pennes aux ailes; la deuxième et la troisième plus longues

1 M. d'Azara a fort bien jugé que cet oiseau devait être le syacou, deuxième petite espèce de tangara, Buffon, tom. VII, pag. 406. Sayacu Brasiliensibus, Marcgrave, Hist. nat. Bras, pag. 193. — Tanagra sayacu Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 20. — Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 18. Il était d'autant plus difficile de s'as surer de cette identité, que Buffon avait renvoyé à des figures peu exactes de ses planches enluminées, la connaissance des couleurs de ce tangara, et que, d'un autre côté, le rapprochement de quelques espèces différentes ne laisse pas que de jeter un peu de confusion dans l'article du syacou, tel qu'on le trouve dans les anciennes éditions de l'Histoire naturelle. J'ai donné, dans la mienne (tom. XLVIII, pag. 345, en note), la description exacte du syacou; et l'on peut se convaincre de la conformité de cette description avec celle que fait M. d'Azara de son bec-en-poinçon vert et blanc, à tête bleue de ciel. Le même auteur prévient que l'on doit lire saiyu, c'est-à-dire, dans le langage du Paraguay, habit jaune, au lieu de sayacu: cela peut-être; mais il est certain que Marcgrave a écrit ce nom de cette dernière manière; d'ailleurs le jaune est la couleur la moins dominante sur l'habit ou le plumage de l'oiseau. (S.)

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que les autres; 12 à la queue, presque égales, et un peu pointues; plumes du sommet de la tête, courtes, et pressées les unes sur les autres.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue, 1 et demi; du vol, 67 douzièmes; de la jambe,11 lignes; du tarse, 8; du doigt du milieu, 5; du bec, 4 et demie.

Couleurs. Du bleu de ciel terne sur la tête; du vert qui se change en jaune dans quelques individus, sur le dessus du cou et du corps, et sur les couvertures supérieures des ailes, dont les pennes, aussi bien que celles de la queue, sont d'un brun foncé, avec une bordure verte; chez d'autres sujets, cette bordure est blanche. Les côtés de la tête, et toutes les parties inférieures, sont presque blanches; mais cette teinte est quelquefois lavée de jaune sur le bas-ventre, les côtés du corps et les petites couvertures inférieures de l'aile; d'autres fois, mêlée de vert sur les côtés, et d'une faible nuance rousse au bas-ventre et à la gorge. Toutes ces différences sont peu importantes,

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et je les regarde comme des variétés dues au sexe et à l'âge. Le tarse est d'un gros bleu, mélangé d'une teinte plombée; le bec est noirâtre en dessus, et d'un blanc teinté de bleu de ciel en dessous.

N.° CVII.

LE BEC-EN-POINÇON,

BLEU ET BLANC BLEUATRE. l

Formes. Bec un peu plus fort que dans l'espèce précédente, et vraiment en forme de poinçon; 18 pennes aux ailes, la quatrième beaucoup plus longue; 12 égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue, 15 douzièmes; du vol, 6; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu et du bec, 4 et demie.

Couleurs. Le dessus de la tête, du cou et du corps, aussi bien que les couvertures supérieures des ailes, sont bleus; les pennes de l'aile ont une bordure de la même couleur, à l'exception des deuxième, troisième, dixième et onzième, dont les bords sont très-marqués de vert; les cinquième et neuvième, avec celles qui les séparent, ont tache blanche à leur naissance, et toutes sont noirâ-

1 L'auteur trouve de grands rapports de conformité entre cet oiseau et l'elotototl de Fernandez (Hist. nov. Hisp. pag. 54, cap. 209), que Brisson avait mal à propos rapporté au pitpit bleu; car d'après la simple indication que Fernandez a donnée de cet oiseau, il n'y a pas plus de raison de dire que c'est un pitpit, qu'un oiseau d'un autre genre; et cette reflexion de Buffon s'applique naturellement au rapprochement conçu par M. d'Azara. (S.)

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tres dans le reste, de même que celles de la queue, qui ont, en outre, une bordure bleue. Les côtés de la tête, la gorge et la poitrine, sont d'un blanc mêlé de bleu; le reste du dessous du corps, et les couvertures inferieures de l'aile, sont de couleur blanche; mais celles de la queue ont une teinte roussâtre. Le tarse est d'un gros bleu, et le bec est noir en dessus, et d'un bleu clair de ciel en dessous.

N.° CVIII.

LE BEC-EN-POINÇON BLEU.1

J'AI acheté au Paraguay, dans le mois de juin, le seul individu que j'y ai vu, et qui me parut un oiseau jeune ou en mue. C'est a l'un de ces deux états que j'attribue le peu de longueur de la queue. Quoi qu'il en soit, ma description est incomplete.

Formes. Tête un peu petite; 18. pennes aux ailes, les deuxième, troisième et quatrième les plus longues; 12 à la queue, celles du milieu sont un peu plus courtes, étroites, et beaucoup plus fournies de barbes. Tout le devant du cou manquait de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième; de la queue, 1 et demi; du vol, 6; de la jambe, 10 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu et du bec, 4 et demie.

Couleurs. Toutes les parties supérieures sont bleues, excepté les couvertures du milieu de l'aile, dont les extrémités sont blanches, et des pennes de l'aile et de la queue, qui sont noirâtres, avec une bordure bleue à ces

1 Il n'est guère possible de décider si cette espèce est connue ou nouvelle. (S.)

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demières et une tache blanche près du bout des deux extérieures. Les plumes de la poitrine et des côtés du corps, sont d'un bleu terreux et terminées de blanchâtre, et celles du ventre, ainsi que les couvertures inférieures des ailes, et les pennes de la queue en dessous, sont blanches. Le tarse est olivâtre, et le bec noir en dessus, et d'un jaune léger en dessous.

N.° CIX.

LE BEC-EN-POINÇON A POITRINE DORÉE. 1

IL est connu communément au Paraguay sous le nom de pitiayumi (petite poitrine jaune). Il n'y est pas fort rare; il est assez joli, et il ne présente point de différence d'un sexe à l'autre. On le trouve seul, ou par paires.

Formes. Des 18 pennes de l'aile, la troisième est la plus longue; les 12 de la queue sont étroites, pointues et égales entr'elles.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue, 1 deux tiers; du vol, 6; de la jambe, 10 lignes et demie; du tarse, 9; du doigt du milieu et du bec, 4 et demie, large et épais d'une demie.

Couleurs. La base dn demi-bec supérieur est d'un noir qui s'étend jusqu'au-dessus de l'œil. Le dessus de la tête, du cou et du corps, est d'un bleu de ciel un peu foncé; mais il y a sur le haut du dos une grande tache d'un vert

1 Des différences assez remarquables dans les couleurs du plumage et leur distribution, aussi bien que dans les habitudes, s'opposent, ce me semble, au rapprochement que M. d'Azara fait de cet oiseau avec la mésange-poinçon de Catesby; figuier cendré à collier de Buffon, tom. IX, pag. 442; sylvia Americana Latham. (S.)

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jaunâtre. Une autre tache blanche se remarque sur les barbes extérieures des grandes couvertures supérieures du milieu de l'aile, et leur côté interne est noirâtre, de même que la queue, les ailes et les couvertures de leur partie externe; mais elles sont bordées du même bleu de ciel qui colore les autres. Une riche couleur d'or couvre la gorge, le devant du cou et la poitrine; les jambes, le ventre et les ailes en dessous, sont blancs; et il y a une tache de la même couleur sur le côté intérieur des deux premières pennes de chaque côté de la queue. Le tarse est brun, et le bec noir en dessus et jaune en dessous.

Les jeunes oiseaux de cette espèce ne différent des vieux; qu'en ce qu'ils ont la gorge du même bleu que le cou.

N.° CX.

LE BEC-EN-POINÇON BLEU ET BLANC. 1

Formes. 18 pennes aux ailes, les 4 premières presque égales; les 12 de la queue également longues. Bec un peu courbé, fort et très-comprimé; narines dans un enfoncement.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un tiers; de la queue, 1 un tiers; du vol, 8 un sixième; de la jambe, 13 lignes et demie; du tarse, 10; du doigt du milieu et du bec, 5 et demie.

Couleurs. Ce petit oiseau a les joues d'un blanchâtre qui; passant par le coin de la bouche, descend sur la pièce inférieure du bec et sous la tête; la gorge d'un roux blanchâtre et faible; le reste des parties inférieures du corps, blanc, et les supérieures, de même que les bords

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

III. a. 17

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des pennes des ailcs et de la queue, et les couvertures du dessous de l'aile; les plus rapprochées de son pli, d'un bleu pur; ces mêmes pennes et les autres couvertures supérieures, noirâtres; le tarse d'un jaune pâle; l'iris d'une belle couleur orangée, enfin le bec noir en dessus et jaune en dessous.

N.° CXI.

LE BEC-EN-POINÇON,

DE COULEUR DE PLOMB 1

JE ne l'ai pas vu, et ne sais même à quelle famille d'oiseaux il appartient. C'est Noseda qui l'a décrit en ces termes:

« Je rencontrai, au mois de mai, une paire de ces oiseaux qui ramageaient agréablement, d'un ton aigu, mais faible, et qui sautillaient, de branche en branche et d'arbre en arbre, à la lisière d'un bois. J'observai que leurs mouvemens étaient les mêmes, quoique moins vifs, moins prompts et moins bas que ceux du contre-maître (n.° CLIII).

Longueur, 4 pouces deux tiers; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 7 cinq sixièmes. Tout le plumage est d'une couleur de plomb foncée, ou d'un roux cendré, plus rembruni en dessus qu'en dessous, à l'exception des pennes de la queue et des ailes, qui sont noirâtres et bordées de cette même teinte plombée, et des couvertures supérieures de l'aile, noires et bordées de même.

1 Il a assez de rapports avec le manakin cendré de mon edition des OEuvres de Buffon. — Pipra cinerea Linn. syst. nat. gen. 115, sp. 25. — Latham, syst. ornith. gen. 44, sp. 27, pour croire qu'il est de la même espèce. (S.)

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18 pennes aux ailes, la quatrième la plus longue; 12 presque égales à la queue. La jambe a 12 lignes, le tarse 9, et il est d'un brun clair. Le doigt du milieu a 6 lignes, le bec 5, épais de 3, et un peu moins large; sa base est arrondie; il est tout noir, fort, robuste, pointu, presque droit, et de la même conformation que celui du gabier (n.° CLII). L'iris est brun.»

N.° CXII.

LE BEC-EN-POINÇON A QUEUE EN PELLE. 1

CETTE espèce est fort rare dans l'intérieur des bois da Paraguay. Je n'ai rencontré que deux individus qui m'ont paru peu farouches et peu inquiets; je les ai retrouvés trois fois perchés, pendant un assez long tems, vers les trois quarts de la hauteur des arbres les plus élevés. Noseda m'a dit que leur cri ressemblait à celui de l'inambu guazu, et qu'ils le répétaient trois ou quatre fois de suite Je ne sais à quelle famille d'oiseaux ils appartiennent.

Formes. 18 pennes aux ailes, la troisième et la quatrième sont les plus longues, et les premières sont pointues, étroites et fortes. La queue en a 12, dont les deux du milieu sont fort longues, et quoique faites comme les autres, jusqu'au point où elles les dépassent, elles s'y rétré-

1 Le rapprochement que fait M. d'Azara de cet oiseau, avec le tijé, ou grand manakin (Buffon, tom. VIII, pag. 152 et 154; pipra pareola), n'est point exact. Les couleurs du plumage ne sont pas les mêmes dans ces deux oiseaux; le bec-en-poinçon de cet article n'a pas la huppe du tijé, et celui-ci n'a pas les deux pennes du milieu de la queue, conformées de la même manière que l'oiseau de M. d'Azara, C'est donc une espéce nouvelle et curieuse. (S.)

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cissent beaucoup, et se terminent en forme de petite pelle; les autres pennes sont égales entre elles et bien fournies de barbes. Le doigt du milieu est joint à l'extérieur jusqu'à la deuxième articulation. La tête est un peu grosse, le bec assez courbé, et en cela assez, semblable à celui des perroquets. Les narines circulaires sont placées dans un enfoncement.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces sept douzièmes; de la queue, 2; du vol, 9 un sixième; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 5; du bec, 4; son épaisseur, de 2 et demie, sa largeur 3.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête sont d'un rouge vif, mais elles sont orangées à leur naissance, et leurs barbes ont le brillant de la soie. Du noir couvre les côtés, le derrière et le dessous de la tête, la gorge, lesailes en dessus, leurs couvertures inférieures et la queue; mais ses deux pennes intermédiaires sont bleues de ciel, et les autres ont une bordure de la même couleur, qui est aussi celle des petites couvertures supérieures du tiers extérieur de l'aile et du reste du plumage. L'iris est brun, et le tarse rougeâtre.

La femelle a l'envergure un peu moins longue, tout son plumage d'un vert un peu sombre, excepté les couvertures inférieures de l'aile, dont le vert est mêlé de brun plombé, et des pennes aussi en dessous qui ont la couleur de l'argent.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX FORESTIERS.

QUOIQUE cette dénomination convienne à plusieurs familles d'oiseaux, je l'ai appliquée particulièrement à celle-ci, parce que je ne sais quel autre nom lui donner, et parce que les oiseaux qui la composent ne sortent jamais, à ce que je crois, des forêts épaisses et embarrassées, et ne se posent jamais sur les branches sèches; ce qui rend leurs habitudes difficiles à observer.

Ces oiseaux différent principalement des becs-en-poinçon, en ce qu'ils ont un peu plus de grosseur dans la tête et le corps; les plumes du gommet de la tête et du dos moins pressées les unes sur les autres; la queue plus faible, un peu plus longue; et les extrémités des pennes un peu pointues; l'aile plus courte, moins forte et pointue, la quatrième penne la plus longue, conformation qur empêche l'oiseau de se soutenir long-tems au vol; la jambe, le tarse et les doigts, un peu plus longs; le bec plutôt en pyramide qu'en poinçon; les mouvemens moins vifs, sans: être lourds, enfin moins de finesse dans l'instinct. Les forestiers sont sédentaires; ils ne se rassemblent que par paires, encore n'est-ce pas, je crois, pendant toute l'année.

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N.° CXIII.

LE FORESTIER A TÊTE DORÉE. 1

JE l'ai toujours rencontré sautillant, presque sans cesse, à la moitié des grands arbrisseaux et des arbres embarrassés et touffus; il est assez rare, et je n'ai vu qu'une fois le mâle avec sa femelle.

Formes. Les troisième et quatrième des 18 pennes des ailes sont les plus longues; il y en a 12 étagées à la queue, l'extérieure a cinq lignes de moins que celles du milieu, lesquelles se terminent plus en pointe que les autres. Le bec un peu plus large qu'épais, est affilé, fort, comprimé sur les côtés, et légèrement courbé. La langue est un peu grosse et étroite, et les narines sont placées dans un enfoncement.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un quart; du vol, 8; de la jambe, 14 lignes; du tarse 10; du doigt du milieu; 6; du bec, 5; son épaisseur, 3.

Couleurs. L'or le plus pur semble couvrir toute la tête jusqu'aux yeux, le reste est du plus beau jaune. La gorge, les côtés du corps, et les couvertures du dessous de la queue, sont d'un blanc doré; le reste des parties inférieures est blanc, et les supérieures sont brunes. Le tarse a la couleur du plomb, l'iris est brun, et le bec est d'un brun clair en dessus, et d'un bleu de ciel en dessous.

L'oiseau que je crois être la femelle de l'espèce, a l'envergure plus courte d'un pouce; sur la tête un roux doré, avec quelques taches plus vives; le dessus du cou et du

1 Espèce nouvelle. (S.)

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corps, les bords des couvertures supérieures, et les pennes de l'aile et de la queue, le devant du cou et la poitrine, d'un brun jaunâtre, plus clair sur les parties inférieures; le ventre et les couvertures du dessous de l'aile d'un jaune lavé.

J'ai vu un autre individu semblable à cette femelle, excepté qu'un brun doré couvrait la tête, un brun jaunâtre le corps en dessus, et un vert foncé et mêlé de jaune le dessous.

N.° CXIV.

LE FORESTIER A TÊTE ÉCARLATE. 1

IL est très-rare au Paraguay. Nosedam'a dit qu'on reneontre ensemble le mâle et la femelle, et qu'ils diffèrent très-peu l'un de l'autre.

Formes. Ailes et queue de même que dans le précédent; bec un peu courbé; narines dans un enfoncement.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un sixième; de la queue, 2 un sixième; du vol, 7 et demi; de la jambe, 12. lignes et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 5, son épaisseur 3, sa largeur 3 et demie.

Couleurs. Le bec et les yeux sont entourés par un noir profond, et le reste de la tête est d'un rouge écarlate. Les couvertures inférieures de l'aile sont blanches, les supérieures noires; mais les plus grandes, aussi bien que les pennes, sont noirâtres et bordées de bleu terreux. Le reste

1 C'est vraisemblablement la mésange grise couronnée d'écarlate, envoyée du nord de l'Amérique à Muller, qui en a donné la figure dans sa zoolog. danic. pl. 34, n.° 284 — Parus griseus Linn. syst. nat. gen. 116, sp. 18. — Latham, syst. ornith. gen. 45, sp.6. (S.)

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du plumage est d'un bleu d'ardoise, un peu plus clair sur les parties inférieures. Le bec est noirâtre en dessus, et d'un bleu terreux en dessous.

N.° CXV.

LE FORESTIER VERT, A TÊTE ROUSSE. 1

SA description m'a été donnée par Noseda.

Formes. 18 pennes aux ailes, les troisième, quatrième et cinquième sont les plus grandes; les 12 de la queue se terminent en pointe, et l'extérieure, de chaque côté, est de 2 lignes et demie plus courte que les intermédiaires. Le bec presque droit, comprimé sur les côtés; narines enfoncées; la base du bec supérieur sans saillie.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 2 et demi; du vol, 8 cinq sixièmes; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu,6; du bec, 7, épais de 4, large de 3.

Couleurs. Du roux au sommet de la tête et au-dessus des yeux, du cendré sur les côtés de la tête et au menton; du verdâtre mêlé de roux derrière le cou; du verdâtre sans mélange sur les autres parties supérieures; du jaune devant le cou, sur les couvertures supérieures des ailes et aux bords de leurs pennes; du blanc teinté de roux sur la poitrine et le ventre; du jaune, du vert et du blanc fondus ensemble sous la queue; du bleu terreux sur le tarse, enfin du brun au demi-bec supérieur, et du blanchâtre à l'inférieur.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CXVI.

LE FORESTIER ROUGE ET NOIRÂTRE. 1

J'AI rencontré au Paraguay quatre oiseaux de cette espèce, sautillant dans de grands halliers très-fourrés. C'était au mois de mai; et l'un d'eux faisait entendre un ramage assez agréable.

Formes. Bec pointu et fort, un peu courbé et comprimé sur les côtés. Les 18 pennes des ailes ne sont pas fortes, et la quatrième est la plus longue; les 12 de la queue se terminent légèrement en pointe; et l'extérieure, de chaque côté, a quatre lignes de moins que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un quart; du vol, 7 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10 et demie; du doigt du milieu, 6 un tiers; du bec, 5.

Couleurs. Un trait blanchâtre surmonte les yeux, un autre de la même couleur part du coin de la bouche, et, au-dessous, il y en a un troisième d'une teinte noirâtre. Le dessus et les côtés de la tête, ainsi que le haut du cou, sont d'un noirâtre mélé de bleu terreux. Le reste du cou en dessus, et la moitié du dos, ont une nuance formée de roux et de brun; l'autre moitié du dos et le croupion, sont rougeâtres. Les couvertures supérieures des ailes ont la couleur du plomb; mais les plus grandes, de même que les pennes et celles de la queue, sont noirâtres et bordées finement de roux; l'on remarque une tache blanche à l'extrémité de la penne extérieure de chaque côté de la queue.

1 Je ne connais point d'espèce à laquelle celle-ci puisse se rapporter. (S.)

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La gorge et le cou en devant sont d'un brun clair; le dessous du corps est presque blanc, et ses côtés; comme les couvertùres inférieures de la queue, sont rougeâtres; celles des ailes sont blanchâtres; et leurs pennes, aussi bien que celles de la queue en dessous, sont d'un noirâtre brillant. Le tarse est d'un noirâtre plombé, l'iris brun, et le bec a sa pièce supérieure et ses bords noirâtres, et le reste d'un blanc mêlé de jaune.

N.° CXVII.

LE FORESTIER DORÉ ET NOIRATRE. 1

J'AI acheté un individu de cette espèce, d'un petit garçon qui l'avait tué dans des broussailles épaisses.

Formes. Bec légèrement courbé, fort, et un peu comprimé sur les côtés; narines dans un enfoncement; 18 pennes aux ailes, la quatrième la plus longue; la penne extérieure de chaque côté de la queue, de 3 lignes plus courte.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces sept douzièmes; de la queue, 2 un sixième; du vol, 7 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu et du bec, 5 et demie.

Couleurs. La base du bec, les côtés de la tête et les parties inférieures, sont de couleur de jaune d'œufs, un peu plus foncée sur les côtés du corps. Le bord du tiers extérieur de l'aile est de couleur d'or, et les couvertures inférieures sont d'un gris de perle. Toutes les parties supérieures sont d'un vert assez, sombre, à l'exception des pennes de la queue, et des ailes qui sont brunes et pres-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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que imperceptiblement bordées de vert. Le bec, noirâtre en dessus, est blanchâtre en dessous; le tarse a la couleur du plomb.

L'on m'a vendu, depuis, un autre oiseau qui était moins long de 3 lignes et demie, et qui avait la base du bec, les côtés et le dessous de la tête blanchâtres, avec une faible teinte violette; la poitrine d'une légère couleur d'or; le ventre blanc; le dos et le croupion d'un brun mêlé de très-peu d'or, les ailes et la queue comme dans le premier; mais les 12 pennes de la queue se terminaient en pointe, le bec était un peu plus court, la base de sa pièce supérieure formait un angle aigu; il n'était point comprimé sur ses côtés, et les ouvertures des narines n'étaient point dans un enfoncement. Toutes ces dissemblances ne me paraissent pas constituer une espèce différente.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX GROS-BECS.

JE donne le nom de gros-bec à des oiseaux dont le bec est assez volumineux, presque aussi épais et large que long, très-solide, légèrement courbé en dessus dans toute sa longueur, et faiblement convexe en dessous. Il ont, de plus; les ouvertures des narines petites, et placées haut; la langue un peu grosse; pointue, et creusée en gouttière dans sa longueur; la tête assez petite, plus haute que large, et revêtue dè plumes courtes, étroites et serrées; l'œil fort pétit; l'iris imperceptible; l'ensemblè un peu ramassé, et 12 pennes étroites et presque égales à la queue.

Ce sont des oiseaux sédentaires, assez rares et peu farouches. Ils ne pénètrent point dans les grands bois; mais ils se tiennent dans les halliers, les parcourent, se posent et se font voir au haut des buissons et des arbres, parmi lesquels ils choisissent ceux qui sont secs. Leur vol n'est ni lent, ni élevé, et leur naturel n'est ni inquiet, ni rusé. Quoiqu'ils mangent quelquefois des fruits; l'on ne peut guère douter qu'ils ne se nourrissent aussi de petites graines, qu'ils cherchent dans les halliers, dans les terrains cultivés, où ils peuvent aussi dévorer des insectes. La plupart des espèces présentent des variétés dues à la différence du sexe.

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N.° CXVIII

LE GROS-BEC BLEU DE CIEL. 1

IL est rare au Paraguay, et il est assez joli. On le trouve par paires, et jamais en bandes ni en-familles, dans les halliers qu'il parcourt, sans entrer dans les bois, ni paraître dans les campagnes. Noseda m'a dit que cet oiseau chante fort bien.

Formes. Des 18 pennes des ailes, les quatrième et cinquième sont les plus longues. Le tarse n'est pas très-robuste. Les deux pièces du bec sont d'égale force; il est très-fort, gros, solide, et légèrement comprimé sur les côtés.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces mi quart; de la queue, 2 et demi; du vol, 9; de la jambe, 15 lignes, du tarse, 11; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 6 deux tiers, épais de 6, large de 5.

Couleurs. Une bandelette bleue de ciel couvre le front, et s'étend de chaque côté de la tête jusqu'a l'occiput, en passant au-dessus des yeux, qu'une tache noire, qui prend naissance à la pièce inférieure du bec, entoure. Les pennes des ailes et de la queue, aussi bien que les grandes couvertures supérieures des ailes, sont noires, et bordées de bleu de ciel vif; les inférieures sont d'un noir lustré. Tout le reste de l'oiseau est d'un très-beau bleu, à l'exception des petites couvertures et du pli des ailes, qui sont d'un bleu de ciel brillant. Le tarse est d'un violet foncé, et le bec noir dans le mâle, et noirâtre dans la femelle..

1 Ce gros-bec n'était pas connu. (S.)

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Tout le plumage de cette femelle est roussâtre; mais cette teinte entoure seulement les pennes des ailes et de la queue, dont le fond est brun.

N.° CXIX.

LE GROS-BEC BLEU. 1

J'AI observé au Paraguay quatre individus de cette espèce; et, d'après ce que j'ai vu, ils paraissent fréquenter, de preférence, les broussailles qui avoisinent les eaux.

Formes. Les 18 pennes des ailes sont faibles, et la quatrième est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, et se terminent en pointe. Le bec gros, solide, robuste, a sa pièce inférieure un peu plus grosse que la supérieure.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 2 un quart; du vol, 8 et demi; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6 et demie, du bec, 5.

Couleurs. Les joues sont noires; les pennes et les grandes couvertures supérieures des ailes noirâtres, les inférieures du tiers extérieur, d'un gris de perle sur les bords et bleues dans leur milieu; les pennes de la queue

1 Bec-rond, ou bouvreuil bleu d'Amérique, Buffon, tom. VIII, pag. 123. — Loxia cœrulea Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 41. — Lath. syst. ornith. gen 35, sp. 11. Le bouvreuil de l'Amérique septentrionale, décrit par Brisson, et que Buffon a jugé, avec toute raison, de la même espèce que le bouvreuil bleu de l'Amérique meridionale, dont Catesby a conné, le premier, la description et la figure (tom. 1, pl. 39), est, selon M. d'Azara, un jeune mâle qui quitte la livrée des femelles, pour prendre celle des mâles adultes. (S.)

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noires et bordées de bleu de ciel; cette même couleur, mais plus foncée, couvre le reste du plumage. Le tarse est noirâtre, et l'iris brun.

Dans la femelle, toutes les parties inférieures sont rousses. Au - dessus de l'œil est un are bleu de ciel, peu apparent; tout le dessus de l'oiseau est d'un brun roussâtre. Le pli de l'aile est vert en opposition, et noirâtre en conjonction. Les autres couvertures supérieures sont de cette dernière teinte, et bordées de brun roussâtre; les ailes et la queue sont noirâtres.

N.° CXX.

LE GROS-BEC

DE COULEURS D'OR ET DE PLOMB. 1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, que j'ai acheté au Paraguay en décembre; il était très-mutilé, et je doute qu'il fût adulte.

Formes. Les 4 premières des 18 pennes de l'aile presque égales; les 12 de la queue ont les barbes extérieures très-courtes, et elles se terminent en pointe, principalement les 2 intermédiaires, qui sont de 3 lignes et demie plus courtes que les extérieures. Tarse un peu faible.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, à peu près 2; du vol, 8; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 4 un tiers, épais et large de 3 et demie.

Couleurs. La base entière du bec, la moitié de la tête, les ailes et la queue, sont dorées. Les plumes de la gorge et du devant du cou, sont de couleur de plomb, et ter-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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minées de blanchâtre; la même teinte plombée couvre le corps en dessus et en dessous, mais elle est rembrunie sur les parties inférieures. Les jambes sont mordorées, le tarse est d'un olivâtre obscur, et le bec noirâtre en dessus, et jaune de paille en dessous.

N.° CXXI.

LE GROS-BEC NOIR ET ROUX.1

UN oiseau de cette espèce, que j'ai acheté au Paraguay, en octobre, est le seul que j'ai vu.

Formes. 18 pennes aux ailes, les troisième et quatrième les plus longues; 10 à la queue, bien que je sois convaincu qu'il doit y en avoir 12 étagée, les intermédiaires de 4 lignes plus longues que les extérieures. Bec très-fort, et l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, 2; du vol, 7 et demi; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 5.

Couleurs. Le tête et le cou entier, ainsi que toutes les parties supérieures; sont noires, à l'exception de quelques petites plumes rousses sur le croupion, et d'une bande blanche, mais interrompue, à la base des pennes de la queue. La poitrine et le ventre sont rougeâtres, et le dessous de l'œil est très-blanc. Le tarse est couleur de plomb, et le bec noir.

1 C'est, comme l'observe M. d'Azara, le bonvreuil à bec blanc, que j'ai rapporté de la Guiane, où il est assez rare (Buffon, tom. VIII, pag. 119. — Loxia torrida Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 67. — Latham, syst. ornith. gen. 35, sp. 61). La couleur du bec n'est point un obstacle à la réunion de ces deux oiseaux, cette couleur étant très-variable dans les différens individus. (S.)

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N.° CXXII.

LE GROS-BEC BRUN ET ROUX.1

IL est assez rare au Paraguay; cependant il y est le plus commun de tous les oiseaux de cette familie. On dit qu'il se réunit en troupes; mais je l'ai toujours rencontré seul, ou par paires, dans les broussailles, au milieu des terrains cultivés.

Formes. La troisième des 18 pennes des ailes, est la plus longue; les 12 de la queue sont étroites, terminées en pointe, faibles, un peu convexes, formant le faisceau, et étagées; l'extérieure, de chaque côté, a 4 lignes et demie de moins que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2; du vol, 7 un sixième; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 4 et demie, large de 3 et demie.

Couleurs. Toutes les parties inférieures et le croupion, sont d'un roux clair; mais il y a du gris de perle sur quelques couvertures de l'aile. La tête, le dessus du cou et le dos, sont bruns; les couvertures supérieures de l'aile ont leur extrémité rousse, et le reste noirâtre; et les grandes ont, de plus, un liséré roux à leur côté extérieur. Les pennes des ailes et de la queue sont noirâtres, et les premières de l'aile ont une bordure blanche, ainsi qu'une bande interrompue, de la même couleur, à leur base; cette bordure et cette bande varient sur plu-

1 Bec-rond, à ventre roux, Buffon, tom. VIII, pag. 123, et pl. enlum. 11.° 319, fig. 2. — Loxia bicolor Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 48. — Latham, syst, ornilh. gen. 35, sp. 89. (S.)

III. a 18

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sieurs individus. L'iris, le tarse et le demi-bec supérieur, sont noirâtres, l'inférieur est jaune paille. Quelques individus portent une tache noirâtre près du bord de cette mandibule, tandis que d'autres ont le bec entier d'un noir de jais.

N.° CXXIII.

LE GROS-BEC, A BEC OLIVATRE.1

M'ÉTANT procuré, au Paraguay, douxe oiseaux de cette espèce, qui se ressemblaient parfaitement, je conclus qu'il n'existe point de différences entre les sexes. Ils se tiennent dans les halliers, au milieu des terrains cultivés, et on les trouve presque toujours seuls.

Formes. Les troisième et quatrième des 18 pennes de l'aile sont les plus longues; celles de la queue sont étagées. L'œil est petit, et l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2; du vol, 6 trois quarts; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 4.

Couleurs. Toutes les parties inférieures sont blanches; il y a quelques taches noirâtres sur les couvertures de l'aile, les plus proches du corps. Les parties supérieures ont une nuance de bleu noirâtre, et les ailes et la queue sont noires; mais les premières ont une bande blanche et interrompue à leur base. Sur quelques individus, les plumes du dos sont terminées de blanc. Le tarse est noirâtre, et le bec olivâtre.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CXXIV.

LE GROS-BEC, A JOUES BLANCHES.1

ON le trouve dans les buissons des terres en culture, et il se perche jusqu'au bout de leurs petites branches, qu'il choisit sèches ou peu feuillées. Quoique les oiseaux de cette espèce se tiennent, pour l'ordinaire, par paires, ils se réunissent quelquefois en petites bandes. Je ne les ai vus qu'au Paraguay.

Formes. Les 18 pennes de l'aile sont un peu faibles, et les troisième et quatrième sont les plus longues; celles de la queue sont étagées; l'iris n'est point apparent.

Dimensions, Longueur totale, 4 pouces deux tiers; de la queue, 2; du vol, 7 un quart; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 3 deux tiers; épais et large de 4.

Couleurs. La gorge et la moitié du devant du cou, sont blancs; cette couleur est suivie d'un demi-collier très-noir, et large de deux lignes. Le reste de la partie antérieure du cou, la poitrine, le ventre, le dos, l'espace compris entre une oreille et l'autre, les petites couvertures

1 L'auteur pense que le gros-bec nonette, décrit par Buffon, tom. VI, pag. 197, et figuré dans les planches enluminées n.° 393, fig. 3 (loxia collaria Linn, et Lath.), est la femelle de son gros-bec à joues blanches; et que le gros-bec d'Angola décrit par Buffon, sous la denomination de grivelin à cravate, tom. VI, pag. 207, est le mâle de cette même espèce. Je ne puis partager cette double opinion, que semblentrepousser et les différences dans les couleurs, très-bien observées par M. d'Azara, et le pays natal du grivelin à cravate, qui a été envoyé d'Afrique à l'illustre auteur de l'Histoire naturelle. Je regarde donc le gros-bec, à joues blanches, comme une des découvertes de M. d'Azara. (S.)

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supérieures des ailes, les extrémités des grandes et moyennes, les plus rapprochées du corps, et les bords des dernières pennes, sont rougeâtres; le reste des couvertures est noir. Une bande blanche traverse les ailes, dont le reste est presque noir comme la queue, dont le bout est blanchâtre; ses couvertures supérieures sont presque noires, et terminées de roux. Du noir velouté couvre le sommet et les côtés de la tête, en laissant néanmoins une petite place blanche entre la narine et l'angle antérieur de l'œil, et une autre place de la même couleur entre l'angle de la bouche et la moitié du dessous de l'œil. Au-dessous de celle-ci l'on remarque un trait noir. Les plumes du cou en dessus et du haut du dos sont noires, et terminées de brun roussâtre. Les pennes de l'aile en dessous sont blanches jusqu'à la moitié de leur longueur, et noirâtres sur le reste; leurs couvertures inférieures sont blanches, excepté les plus extérieures qui sont noirâtres, de même que le tarse. Le bec est noir, avec un peu de blanc à la pièce de sa mandibule inférieure.

La femelle a le menton blanchâtre; la gorge marbrée de noir et de roux; les parties inférieures et le croupion, rougeâtres; quelques taches de la même couleur sur les couvertures supérieures; une bandelette également rougeâtre de chaque côté de la pièce inférieure du bec, et s'étendant jusqu'à la nuque; les parties supérieures, jusqu'au croupion, brunes; enfin les pennes des ailes et de la queue, noirâtres.

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N.° CXXV.

LE GROS-BEC A COLLIER.1

J'AI toujours rencontré ce gros-bec seul, ou par paires, dans les lieux humides, les terres couvertes de récoltes, les broussailles, et jamais dans les campagnes entièrement découvertes. Il cherche peu à se cacher, et il se pose sur les arbres et les buissons. Noseda m'a dit que cet oiseau construit son nid de petites racines et de rameaux, qu'il le garnit assez mal en dedans, et qu'il le place sur quelque arbuste; que sa ponte est de trois œufs pointillés de violet sur un fond brun; que les petits naissent sans plumes; que les premières qui paraissent sont d'un brun clair, et que le collier est noir, qu'enfin ils suivent leurs père et mère, avant que d'avoir la face revêtue de plumes. Les mâles, ajoute Noseda, se réunissent en petites bandes, et les femelles forment des troupes séparées; ils ne se divisent par paires qu'au tems de la ponte; la femelle est chargée seule des fatigues de l'incubation, et du soin de nourrir, de conduire et de protéger ses petits. De son côté, le mâle n'a d'autre occupation que de charmer les ennuis de sa compagne, par un chant assez agréable, et de la visiter quelquefois.

Formes. La troisième des 18 pennes de l'aile est la plus grande; celles de la queue sont étagées; l'extérieure, de chaque côté, a quatre lignes de moins que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces et demi; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 6 deux tiers; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 7 et demie; du doigt du milieu, 5; du bec, 4, sa hauteur et son épaisseur de 3.

1 Cette espèce me paraìt nouvelle. (S.)

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Couleurs. Une ligne noire qui prend à la base du bec, se termine en s'élargissant au-dessus de l'œil. Le menton est noir. De l'angle de la bouche naît un trait blanc, qui va se joindre à une grande plaque de la même couleur, dont la gorge est couverte; et au-dessous de cette plaque, il en est une autre noire sur le devant du cou. Tout le reste des parties inférieures, de même que le tarse, est blanc, et les supérieures ont une teinte plombée etbleuâtre, à l'exception de la queue et des ailes, qui sont brunes. Le bec est jaune paille.

La femelle, selon Noseda, n'a point de chant, et son naturel est plus sauvage. Elle diffère du mâle en ce que le tarse et le corps sont d'un brun plus foncé en dessus qu'en dessous, et que le devant et les côtés du cou sont d'un blanc pâle.

N.° CXXVI.

LE GROS-BEC CHANGEANT.1

NOSEDA assure que ces gros-becs ne paraissent dans son habitation qu'à la fin d'octobre; mais j'en ai pris au Paraguay en juin, juillet et août. On les voit en troupes peu nombreuses, et quelquefois mêlées avec d'autres espèces.

1 M. d'Azara croit reconnaître cet oiseau dans la description que Guenau de Montbeillard a donnée d'une espèce de bouvreuil, sous le nom de bouveret, et non de beauvert, comme l'écrit M. d'Azara (Buffon, tom. VIII, pag. 118. — Loxia aurantia Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 66. — Latham, syst. ornith. gen. 35, sp. 66). Mais ce bouveret passe pour ètre de l'île de Bourbor et du cap de Bonne-Espérance; et il y a bien quelques difficultés à l'admettre, en même tems, comme un oiseau du Paraguay; ce pendant, ce n'est pas un motif assez puissant pour ne pas adopter opinion de M. d'Azara.(S.)

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Ils se tiennent dans des lieux marécageux, et dans leurs environs; ils y cherchent les petites semences des plantes aquatiques sur lesquelles ils se perchent, ainsi que sur de petits buissons; ils se nourrissent aussi des graines qu'ils trouvent à terre; mais ils n'entrent point dans les bois, ne se posent point sur les arbres, ni sur les arbrisseaux un peu élevés, et ils ne fréquentent point les plaines découvertes. Le mâle et la femelle font entendre le même ramage, et quelquefois la bande entière chante en même tems. Les couleurs du plumage des femelles sont constantes, et différentes de celles des mâles, qui sont trèschangeantes, d'où il est arrivé souvent à Noseda, de même qu'à moi, de les décrire comme des espèces distinctes, jusqu'à ce que nous eûmes acquis des connaissances suffisantes.

Formes. Les 18 pennes des ailes sont fortes, la troisième est la plus longue; celles de la queue se terminent un peu en pointe, et sont fermes et étagées; l'extérieure est de deux lignes plus courte.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième; de la queue, 1 et demi; du vol, 6 et demi; de la jambe, 10 lignes; du tarse, 7 et demie; du doigt du milieu, 5; du bec, 3.

Couleurs. Les attributs communs aux deux sexes, sont d'avoir le tarse de couleur de plomb; le bec noirâtre; les couvertures inférieures du tiers extérieur de l'aile, brunes, et les autres blanches; toutes les couvertures supérieures de l'aile, et les dernières pennes, ainsi que celles de la queue, bordées de brun clair; les mêmes couvertures d'un noirâtre peu apparent sur les petites; les pennes des ailes et de la queue, noirâtres, avec une bande blanche, interrompue et large de 2 lignes et demie.

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Cette distribution de couleurs est commune aux deux sexes, et à toutes les variétés dans les mâles. Le plus grand nombre a du noir velouté sur la tête et au-dessus de l'œil; du blanc qui couvre la gorge, et remonte en pointe, de chaque côté, jusque sur l'occiput; le devant du cou, la poitrine et le ventre, d'un blanc sale, et les parties supérieures d'un brun clair. D'autres ont le derrière de la tête et le haut du cou presque blancs, et le croupion blanchâtre. Sur d'autres, le dessus de la têt est seulement noirâtre; sur ceux-ci la tête entière et une partie du devant du cou, sont d'un noir profond, etc. etc. Enfin, il est digne de remarque, qu'ayant tué plusieurs mâles de la même bande, j'ai reconnu qu'ils variaient plus ou moins dans les couleurs du corps, et jamais dans celles des ailes et de la queue; il n'y a pas non plus de différences entre les femelles qui, toutes, ont le dessus de la tête d'un brun clair; les parties supérieures, comme dans les mâles de la première variété; les côtés de la tête et toutes les parties inférieures, d'un blanc pâle.

N.° CXXVII.

LE GROS-BEC NOIR ET BLANC.1

DON Pablo Maillos m'a apporté ce gros-bec, qui entra dans sa chambre à Buenos-Ayres; c'est le seul de cette espèce qu'il ait vu; et l'on peut conjecturer que c'est un oiseau étranger échappé de sa cage.

1 Je trouve plusieurs rapports de conformité entre cet oiseau et le gros-beo rayé indiqué, plutôt que décrit, par Latham. Loxia lineata, syst. ornith. gen. 35, sp. 85. — Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 79. Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, t. XLVII, pag. 97. On ignore dans quel pays vit ce gros-bec. (S.)

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Formes. 17 ou 18 pennes assez faibles aux ailes; les deuxième, troisième et quatrième sont les plus longues.

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces et demi; de la queue, 1 un sixième; du vol, 6; du bec, 4 lignes.

Couleurs. La tête, le cou entier, le dos, les couvertures supérieures de l'aile et la queue, sont d'un noir profond; le croupion et les côtés du corps, sont rayés de noir et de blanc, aussi bien que les barbes supérieures des pennes des ailes, à l'exception de leurs extrémités qui sont noires, de même que le côté extérieur des jambes. La poitrine, le ventre et les couvertures inférieures de l'aile, sont blancs; il y a un peu de noirâtre sur les plus extérieures, et c'est aussi la teinte des pennes en dessous, lesquelles sont bordées de blanc. Le bec est d'un bleu de ciel clair, et le tarse de la couleur du plomb. J'ignore si Buffon a décrit cette espèce.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX HUPPÉS.

CETTE division ne renferme que deux espèces. Bien que leur bec soit gros, fort et convexe en dessus, il n'a point de courbure en dessous, comme celui des espèces précédentes; et il est beaucoup plus long, à proportion. Du reste, ces oiseaux sont plus grands, et leur tête est ornée d'un panache élégant, qui leur a fait donner le nom de cardinaux à la rivière de la Plata; mais je n'ai point adopté cette dénomination, parce que je sais qu'elle est appliquée à d'autres oiseaux; et j'ai préféré celle qui est connue à Santa-Fé de la Veracruz.

Les huppés ne se trouvent au Paraguay que depuis le 27° degré de latitude méridionale. Ils fréquentent les halliers et les buissons clairs des enclos; ils vont de l'un à l'autre sans se percher à leur cime, mais aussi sans chercher à se cacher; on ne les voit ni dans les bois, ni dans les campagnes découvertes; mais ils se tiennent souvent à terre. Ces oiseaux ne sont ni vifs, ni farouches; leur vol est léger et peu prolongé; dans la saison des amours, je les ai rencontrés par paires, et les sexes ne présentent aucune différence extérieure. L'on m'assure que le reste del'année, et particulièrement en hiver, ils se rassemblent en petites troupes, et qu'ils entrent dans les jardins et les cours. Ils se nourrissent deviande, d'insectes et de petites graines. On les prend facilement dans les piéges, et ils supportent aussi facilement la captivité. Je place ici ces deux espèces, parce qu'elles me paraissent intermédiaires, entre la familie qui précède et celle qui suit.

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N.° CXXVIII.

LE HUPPÉ ROUGE.1

JE n'ai vu que deux oiseaux de cette espèce au Paraguay; mais ils sont communs vers le sud, depuis le 27e degré. L'on m'a assuré qu'ils ramagent mal, si on les tient seuls en cage. On a coutume d'en envoyer en Espagne, de Monte-Video et de Buenos-Ayres, à cause de la beauté de leur panache. Don Juan Antonio Zavala m'a dit, qu'à son arrivée à Cordoue du Tucuman, il vit un de ces oiseaux en cage, chez un jésuite, et que, douze ans après, il l'y laissa vivant, à son départ pour le Paraguay.

Formes. Un joli panache, toujours vertical, se terminant en pointe, et formé de plumes étroites et soyeuses, s'élève sur la tête. Le bec est très-fort, aussi épais que large, est un peu courbé sur sa longueur; la mandibule

1 Cardinal dominicain huppé de la Louisiane, Buffon, tom. VI, pag. 245, et pl. enlum. n.° 113. M. d'Azara n'est pas de l'avis de Buffon sur la réunion de cet oiseau avec le paroare (loxia dominica), et il a parfaitement raison. J'ai fait la même remarque dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLVII, pag. 191. En effet, une belle et longue huppe me paraissait un caractère suffisant, pour ne pas confondre, dans la même espèce, l'oisean qui en est paré, et celui qui, comme le paroare, n'en a pas de trace. Plusieurs ornithologistes modernes étaient d'une opinion contraire; et M. d'Azara fera prévaloir la mienne, que je n'avais partagée jusqu'à présent qu'avec M. Latham, qui a désigné le huppé rouge, par la dénomination loxia cucullata (syst. ornith. gen. 34, sp.22). M. d'Azara fait encore d'autres rapprochemens de l'oiseau de cet article, avec d'autres espèces; mais ils sont inutiles, puisque l'oiseau ne peut être, en même tems, d'espèces différentes. (S.)

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supérieure dépasse l'inférieure. La langue est grosse, longue et étroite. Les deuxième, troisième et quatrième des 18 pennes de l'aile, sont les plus longues, et les 12 de la queue sont presque égales.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces deux tiers; de la queue, 3 un quart; du vol, 12; de la huppe, 13 lignes; de la jambe, 18; du tarse, 13 et demie; du doigt du milieu, 8 et demie; du bec, 6, large et épais de 3 et demie.

Couleurs. La huppe est d'un rouge de feu qui occupe tout le dessus de la tête, et s'étend, par une tache longue, jusqu'a plus de la moitié du devant du cou. Cette couleur est accompagnée de tous côtés par du blanc, qui a quelques marbrures de nuance plombée au milieu de l'occiput; en y regardant de près, on voit de petites plumes noires audessus de l'oreille. La même couleur blanche couvre les côtés du cou, le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes; mais les plumes des jambes ont la teinte du plomb sur leur côté extérieur. Le dessus du cou et du corps, et les petites couvertures des ailes, sont d'une couleur plombée et claire, et la queue, les ailes et leurs grandes couvertures supérieures, noirâtres, avec une bordure blanchâtre. Le bec est d'un blanc sale en dessous, et d'un noirâtre faible en dessus, de même que le tarse.

N.° CXXIX.

LE HUPPÉ JAUNE.1

JE n'ai vu que trois paires de ces oiseaux au 29e degré de latitude; ils ont beaucoup de rapports avec le précé-

1 Espèce nouyelle. (S.)

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dent. Les dimensions et les formes sont, à très-peu prés, les mêmes.

Couleurs, Un trait d'un jaune pur s'étend depuis les narines jusqu'au-delà des yeux. La tête, les joues, la gorge et la moitié du devant du cou, sont noires. Le reste des côtés de la tête et ceux du cou, le pli de l'aile, aussi bien que le dessous du corps et des ailes, sont jaunes. Les plumes du derrière du cou sont noires dans leur milieu, et d'un jaune verdâtre dans le reste. Le dos est vert; les pennes des ailes et leurs couvertures supérieures ont une bordure de jaune verdâtre, sur un fond noirâtre; c'est la teinte des quatre pennes intermédiaires de la queue, les autres sont colorées en jaune pur. Le bec plus fort que celui du huppé rouge, est noir en dessus, et bleu de ciel en dessous.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CHIPIUS.

LE cri d'un oiseau de cette familie exprime chipiu, d'où les Guaranis ont fait la dénomination générique de tous les petits oiseaux granivores. Les chipius se trouvent au Paraguay et jusqu'à Buenos-Ayres. Leurs attributs distinctifs sont devoir le corps un peu alongé; les 18 pennes de l'aile tendues et fermes; les 12 de la queue étroites, fortes, et se terminant en pointe; le bec droit, très-fort, pyramidal, très-pointu, et à pièces égales; la langue triangulaire; les plumes de la tête et du dos, assez courtes; l'œil petit, et l'iris imperceptible. Ils se plaisent en captivité, et, dans l'état de sauvages, ils se nourrissent de petites graines et d'insectes qu'ils cherchent à terre, et non sur les arbres; ils ne pénètrent point dans les bois. Leur vol est rapide, et quelquefois assez, élevé et incertain.

N.° CXXX.

LE CHIPIU A TÊTE RAYÉE.1

CET oiseau se rapproche beaucoup des chipius par ses mœurs et ses habitudes. Noseda l'a vu, aux mois de décembre et de janvier, dans les halliers, les campagnes et

1 Ce n'est ni la soulcie (fringilla petronia), ni le soulciet (fringilla Canadensis), comme le pense M. d'Azara; les dissemblances qui les éloignent l'un de l'autre, sont trop multipliées. Ce chipiu me paraît une espècc nouvelle. (S.)

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les savannes noyées. Il est très-farouche, et il se glisse entre les plantes, et s'y cache si bien, qu'il est très-difficile à tirer. Son cri faible et plaintif semble dire chuchuchu ou cheveehé. Son vol est élevé, et le mâle ne diffère pas de la femelle; quelquefois ils se réunissent trois ou quatre ensemble.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces trois sixièmes; de la queue, 2 un tiers; du vol, 10 cinq sixièmes, de la jambe, 15 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 9 et demie; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Un trait jaune pâle marque en long le milieu du dessus de la tête, dont le fond est noirâtre. Un autre trait d'un jaune doré, qui prend naissance aux narines, passe au-dessus des yeux, derrière lesquelles une ligne étroite et noirâtre se prolonge au-dessus des oreilles. Le reste des côtés de la tête, le devant du cou et une partie de la poitrine, sont d'un blanc doré; la gorge est plus blanche, avec de petites taches rares et noirâtres. La partie inférieure de la poitrine et le ventre, sont blanchâtres; les couvertures de la queue ont le fond noirâtre et une bordure mordorée; la queue est brune en dessus, argentée en dessous, et terminée de brun. Les plumes des parties supérieures sont noirâtres, et bordées de blanc doré. Le tarse est noirâtre.

N.° CXXXI.

LE CHIPIU A TÊTE JAUNE.1

VOICI ce que Noseda m'en a dit: «Je rencontrai, au coucher du soleil, un de ces oiseaux qui volait entre les

1 Agripenne, ou ortolan de riz, Buffon, tom. VIII, pag.49. — Emberiza ryzivora Linn. syst. nat. gen. 110, sp. 6. — Lath. syst. ornith. gen. 35, sp. 30. (S.)

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pailles d'un champ, au moment où mon cheval allait y entrer; et comme la nuit approchait, il s'y abattait aussitôt; il avança ainsi, devant moi, assez long-tems, sans que je pusse le découvrir, jusqu'à ce qu'ayant laché mon coup de fusil, vers le lieu où je jugeais qu'il devait être, je le tuai sans l'apercevoir. C'est le seul individu de cette espèce que j'ai vu; et tout ce que j'en puis dire, c'est qu'il était seul, que son vol était rapide et incertain, et qu'il avait beaucoup de ressemblance avec les chipius.»

Formes. OEil petit; les deux premières pennes de l'aile plus longues que les autres; les pennes de la queue, dures et pointues comme celles des charpentiers, avec une forte échancrure au côté le plus large; l'extérieure, de chaque côté, plus courte de 4 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces cinq sixièmes; de la queue, 2 et demi; du vol, 11 trois quarts; de la jambe, 19 lignes; du doigt du milieu, 10; du bec, 6.

Couleurs. Un noir profond règne sur la tête entière; toutes les parties inférieures, les ailes et la queue, et chaque plume du dessous du corps, ont une petite bordure d'un blanc jaunâtre; les cinq dernières pennes de l'aile et leurs couvertures sont bordées de brun mêlé de blanc; les trois premières, aussi bien que celles de la queue, ont une bordure jaune, et toutes ont un peu de blanchâtre à leur extrémité. Le derrière de la tête et du cou est d'un jaune serin, qui forme une bordure aux plumes noires du haut du dos. Sur les scapulaires et à la naissance de l'aile, il ya une tache blanche; les plumes du dos ont une teinte plombée, celles du croupion sont blanches, et toutes ont une bordure de brun jaunâtre. Un mélange de blanc et de brun couvre le bec; le tarse est d'un blanc pâle, et l'iris brun.

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N°. CXXXII.

LE CHIPIU PROPREMENT DIT.1

LE nom chipiu est l'expression du cri de cet oiseau et on le lui donne plus particulièrement qu'aux autres de la même familie. C'est le plus commun de tous, et celui qui se montre le plus souvent dans les campagnes. Il fréquente aussi les terrains cultivés, et il pénètre même dans les habitations pendant l'hiver. On le nourrit en cage de maïs concassé, ou de quelques petites graines, et la captivité ne paraît pas le faire souffrir, quoiqu'on l'y soumette adulte. Son chant est agréable et son vol rapide, quelquefois même assez, élevé. Les chipius vivent en troupes, souvent si serrées, qu'ils se touchent lorsqu'ils se perchent sur les arbres ou les buissons; de sorte que Noseda put, un jour, en tuer quarante d'un seul coup de fusil.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2; du vol, 8 et demi; de la jambe, 12 lignes et demie; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 4 et demie, large et épais de 3.

Couleurs. Le dessous du cou et du corps, ainsi que les couvertures inférieures des ailes, est d'un jaune foncé; mais il y a une petite tache blanche surle ventre; du blanc termine les couvertures de la queue, et du brun jaunâtre couvre la face extérieure des jambes. Un trait jaune qui

1 C'est, selon M. d'Azara, notre verdier, Buffon, tom. VII, pag. 240. — Loxia chloris Linn. syst. nat. gen. 109, sp. 27. — Latham, syst. ornith. gen. 35, sp. 39. J'ai quelque peine à admettre cette identité. (S.)

III. a. 19

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prend naissance à la narine, passe au-dessus de l'œil; les plumes du sommet de la tête sont noirâtres, et bordées de jaune; elles prennent une teinte plombée sur l'occiput et le derrière du eou, comme sur les côtés de la tête; mais l'oreille est brune, et au-dessous de l'œil on remarque une petite tache d'un blanc jaunâtre. Le dos et le croupion sont d'un jaune mêlé de brun. Les petites couvertures supérieures des ailes sont brunes, et largement bordées de jaune; le haut du dos, la queue, et les grandes couvertures des parties internes de l'aile, ont une teinte rembrunie et une bordure blanchâtre; les couvertures des parties externes et toutes les pennes des ailes, sont noirâtres, avec un liseré jaune aux pennes extérieures, et blanchâtre aux intérieures. Le tarse est olivâtre, et le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous.

Les différences qui distinguent la femelle, consistent dans une taille un peu plus petite, dans la couleur blanche de la gorge et des couvertures inférieures de la queue, dans le blanchâtre du dessous du corps, et dans des teintes plus claires aux bordures des plumes et des pennes.

N.° CXXXIII.

LE CHUY.1

QUELQUES-UNS donnent à cet oiseau le nom de gilguerol (chardonneret), d'autres celui de chiu; et quoique ni l'un

1 Le guinegat, Buffon, tom. VIII, pag.81. — Moineau paille des oiseleurs.— Emberiza Brasiliensis Linn. syst. nat. gen. 110, sp. 37. — Latham, syst. ornith. gen. 36, sp. 43. M. d'Azara reprend Guenau de Montbeillard d'avoir rapproché le guinegat du bruant tandis qu'il a, dit-il, beaucoup plus de rapport avec la linotte. (S.)

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ni l'autre de ces noms ne soient bien connus, j'adopte le second. Le chuy n'est point rare dans les terres cultivées, et même dans les lieux habités du Paraguay. Il se perche, sans se cacher, sur les arbres et les buissons; il cherche à terre sa nourriture; mais je ne l'ai jamais vu dans les campagnes entièrement découvertes. Son vol, ses mouvemens et ses formes, sont comme daus l'espèce précédente. Sa démarche est vîte et par sauts; il hausse et baisse vivement la queue; on le trouve communément par paires, et quelquefois par petites troupes. Au tems des amours, ses chants réjouissent les habitations champètres. L'on m'a assuré qu'il fait sa ponte au pied des arbres, ou dans des trous. J'achetai un nid de chiu, qui avait été pris dans un hallier; de petites pailles desséchées et quelques plumes en formaient l'extérieur; en dedans il y avait des crins de cheval bien arrangés. Ce nid contenait trois œufs, plus pointus à un bout qu'à l'autre, blanchâtres, avec beaucoup de taches d'un brun foncé, plus nombreuses vers le gros bout; leurs diamètres étaient de huit lignes et demie et de six un quart. Une autre fois l'on me vendit quatre petits de cette espèce; ils se ressemblaient parfaitement, et leur plumage était celui des femelles; d'où je présume que les jeunes portent, jusqu'à la mue, la livrée des femelles.

Formes. Les deuxième et troisième pennes de l'aile, plus longues, et celles du milieu de la queue, de 5 lignes plus courtes que les autres; bec presque droit; œil petit.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces cinq sixièmes; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 8; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 5; du bec, 4 et demie, large et épais d'à peu près 3.

Couleurs. Il a le toupet d'une belle couleur dorée; les

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plumes des parties supérieures, brunes sur leur milieu, et d'un vertmêlé de jaune sur le reste; les ailes et la queue, brunes, avec une bordure du même vert jaunâtre; les côtés de la tête, et toutes les parties inférieures, d'un jaune doré, un peu ombré à la gorge et aux côtés du corps; le tarse olivâtre; l'iris brun, enfin le bec d'un brun clair en dessus, et blanchâtre en dessous.

Sur la femelle, les côtés de la tête sont bruns, et l'on y remarque une petite raie blanchâtre; les plumes du dessus du corps, et les pennes des ailes et de la queue, sont noirâtres, avec une bordure de brun clair aux plumes, et de verdâtre aux pennes; des taches noirâtres sont semées sur le fond blanchâtre de la gorge, du devant du cou et de la moitié de la poitrine; le reste du dessous du corps est blanc, et les couvertures inférieures, de même qu'une bonne partie des pennes des ailes, sont jaunes.

N.° CXXXIV.

LE GAFARRON.1

QUELQUES Espagnols l'appèlent gilguero (chardonneret), et plusieurs Guaranis, parachi; mais comme ce n'est point un chardonneret, et comme il n'est pas bien connu sous d'autres noms, je lui donne celui de gafarron, qu'un Arragonnais, digne de foi, m'a dit qu'il porte

1 Chardonneret jaune, Buffon, tom. VII, pag. 297, et pi. enl. n.° 202, sous le nom de chardonneret du Canada.FringilLa tristis Liiin. syst. nat. gen. 112, sp. 12. —Latham, syst. ornith. gen. 38, sp. 64. Ce rapprochement est exact; et l'on ne voit pas trop pourquoi M. d'Azara, qui atrès-bien reconnu les rapports qui existent entre le chardonneret jaune, et son gafarron, compare encore ce dernier au tarin (fringilla spinus), et s'efforce de prouver qu'ils ne constituent qu'une seule et même espèce. Cependant il est incontestable que, si le gafarron est le chardonneret jaune, il ne peut être en même tems le tarin, qui diffère évidemment du chardonneret jaune, tandis que ce dernier ne diffère pas du gafarron. (S.)

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dans son pays 1. Cet oiseau ressemble aux précédens par les formes, les proportions, la rapidité du vol, l'instinct social, l'agrément du ramage, et la facilité avec laquelle il vit en cage, nourri de petites graines. Il ne fréquente ni les campagnes, ni les bois; en hiver, il approche des habitations, et il entre dans les jardins, où il mange la graine de raves et les pucerons, qui se multiplient sur les feuilles de cette plante. L'on m'a assuré que le gafarron fait sa ponte au milieu des halliers, composée de trois ou quatre œufs blancs, dans un nid semblable à celui du chiu. A Buenos-Ayres, où ces oiseaux sont communs, ils nichent en cage.

Couleurs. Toute la tête, la gorge et la moitié du devant du cou, sont d'un noir profond; le reste du devantr du cou, la poitrine et le croupion, sont d'un jaune un peu foncé; le ventre est blanc pâle. Il y a sur les côtés de la tête, du jaune qui va jusque derrière les oreilles, et remonte vers la nuque, où il est fondu avec du brun verdâtre, qui s'étend jusqu'au croupion, et couvre aussi les plumes scapulaires, les petites couvertures supérieures des ailes, celles du dessus de la queue, et seulement les extrémités des grandes des ailes. Leurs pennes et celles de la queue sont d'un jaune vif, depuis leur origine jusqu'à leur moitié, et noires sur le reste. Le tarse et le bec sont noirâtres.

1 Le gafarron, ou gafarou des Espagnols, est le venturon, ou serin d'Italie (fringilla citrinella). (S.)

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La femelle ne diffère du mâle que par ses couleurs. Du vert olive couvre toute la tête, le dessus du cou, le dos, les petites couvertures supérieures des ailes et celles de la queue; les grandes des ailes, leurs pennes et celles de la queue, sont plus faiblement colorées que dans le mâle. Toutes les parties inférieures sont d'un jaune foncé, qui s'éclaircit à mesure qu'il approche de la queue, de sorte que le ventre n'est plus que blanchâtre.

N.° CXXXV.

LE CHINGOLO 1

QUOIQUE ce petit oiseau, de même que les deux qui suivent, se rapprochent des précédens, par les formes, les proportions et le genre de nourriture, ils ont les ailes plus

1 Si l'on suivait l'opinion de M. d'Azara, le chingolo serait tout à la fois, et le moineau du Brésil (Buffon, tom. VI, pag. 225 fringilla nitens), et le bonjour-commandeur (Buffon, tom. VIII, pag. 93, emberiza Capensis var. d.); mais, outre qu'il est impossible que cet oiseau soit de deux espèces différentes, on peut même décider qu'il n'est d'aucune de celles auxquelles M. d'Azara veut le réunir; et c'est cet auteur lui-même qui fournit les motifs irrésistibles de cette exclusion, en faisant l'énumération des nombreuses dissemblances qui éloignent ces oiseaux l'un de l'autre. Il est vrai que M. d'Azara a recours à des moyens qu'il met trop souvent en usage, et qui consistent à imputer à la négligence ou à la précipitation de Buffon, les différences qui s'opposent aux rapprochemens qu'il a en vue. Mais ces imputations sont en général peu fondées et injustes. Le moineau du Brésil et le bonjour-commandeur sont trop connus, pour que l'on puisse attribuer à des erreurs de descriptions, les traits qui les séparent du chingolo; et je regarde cet oiseau comme une espèce nouvelle. (S.)

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faibles, plus courtes et un peu convexes; d'où il résulte un vol moins léger et peu étendu. En effet, les chingolos ne volent que pour passer d'un hallier à un autre; ce sont les terrains embarrassés qui font leur demeure habituelle, et ils font choix des plus vastes et des plus fourrés, qu'ils parcourent en tout sens. Ils se montrent souvent sur les bords moins épais de ces halliers; mais ils ne s'en éloignent pas, ne se posent pas sur les arbres élevés et dépouillés, ni sur les éminences de terre, et ne vont ni dans les bois, ni dans les plaines découvertes. Ils ont moins d'activité que les espèces précédentes, et à peine laissent-ils apercevoir de la défiance.

Quelques-uns donnent à l'oiseau de cet article le nom de moineau, parce qu'il est commun, et qu'il entre familièrement dans les lieux habités, et même quelquefois dans les chambres. A Buenos-Ayres et à Monte-Video, il porte les noms de chingolo et de chingolito; et les Guaranis l'appèlent chesihasi, parce qu'il chante, toute l'année, d'un son de voix très-clair et de la même manière, mais avec plus de grace que l'alouette. Pendant la nuit, il fait entendre, de l'arbre desséché où il a coutume de la passer, un autre ramage plus agréable et plus varié, mais il ne le répète point. Il est des premiers oiseaux qui saluent de leurs chants le lever de l'aurore. Il se tient seul ou par paires, et le mâle et la femelle ont sur la tête une huppe plus courte que celle de l'alouette, mais en hiver seulement; ils la perdent en été. L'on en voit beaucoup dans les cours et les enclos; ils mangent la viande qu'on y suspend, le maïs concassé, du pain et des insectes. J'ai trouvé plusieurs nids de cette espèce, travaillés en dehors avec de petites pailles sèches, et presque pourries, et, en dedans, bien garnis de crins artistement arrangés. Les uns

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étaient sur des orangers, appuyés contre la tige, et soutenus à la naissance de quelque petite branche, à six pieds de hauteur; d'autres étaient placés entre des branches employées aux clôtures; quelques-uns dans de la paille; quelques autres à terre, au pied des arbres; d'autres enfin dans des trous de murailles, hors desquels presque la moitié paraissait; j'ai vu aussi des matériaux de ces nids sous un toit; le mâle et la femelle y travaillent en commun, et couvent alternativement. La ponte a lieu en octobre et novembre; elle se compose d'un œuf au moins, et de quatre au plus; leurs diamètres sont de 9 lignes et demie et de 6 trois quarts; le fond de leur couleur est blanchâtre, avec de nombreuses piquetures rougeâtres, plus multipliées au gros bout, comme sur tous les œufs. C'est, je crois, la seule espèce qui fasse deux pontes dans la même année. Les père et mère conduisent leurs petits pendant quelques jours, et leur tendresse les porte jusqu'à frapper à coups de bec la main qui cherche à les enlever. Au reste, ils sont si peu farouches, en tout tems, qu'à peine ils fuient lorsqu'on est près de les toucher avec un bâton.

Formes. La quatrième penne des ailes, est la plus longue; les pennes extérieures et intermédiaires de la queue, un peu plus courtes que les autres; bec pyramidal.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces deux tiers; de la queue, 2 un quart; du vol, 8; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10 et demie; du doigt du milieu, 7; du bec, 7, large de 2 deux tiers, épais de 3.

Couleurs. A la base du bec supérieur commence un trait cendré, qui va jusqu'à l'occiput; un autre trait presque noir, et parallèle au premier, prend naissance à la narine; au dessous est un troisième trait cendré, qui passe

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sur l'œil, à l'angle postérieur duquel commence une autre ligne noire et parallèle; l'oreille est couverte par une bandelette de couleur plombée, sous laquelle on en voit une autre presque noire. Les joues sont noirâtres, et les paupières blanchâtres. Du rougeâtre enveloppe la nuque, sans descendre jusque sous le cou, où elle est remplacée par une petite tache noirâtre. Les parties inférieures sont blanchâtres; le croupion, la queue, les pennes des ailes et les couvertures supérieures les plus en dehors, sont de couleur brune; les autres noirâtres, avec une bordure rousse et leur extrémité blanche. Les plumes du dessus du cou et du dos ont du noirâtre sur leur milieu, et du brun roussâtre sur leurs bords. Le tarse est blanchâtre, de même que le bec, qui a du noirâtre à sa base; l'iris un pen rougeâtre, est peu apparent.

Jusqu'à la première mue, les jeunes ont un trait blanchâtre qui, prenant naissance à la narine, va entourer l'œil; le reste des côtés de la tête noirâtre; l'oreille, la gorge et les parties inférieures, d'un blanc sale, avec quelques petites taches brunes sur la poitrine; de la base du bec supérieur à l'occiput, un trait gris foncé et varié de noirâtre, et, de chaque côté, un autre trait noirâtre et parallèle; les plumes du dessus du cou et du corps, noirâtres sur leur milieu, et de brun roussâtre sur le reste; les couvertures supérieures des ailes, brunes, avec un point blanc vers l'extrémité de chacune des grandes; enfin les pennes des ailes et de la queue, noirâtres, avec un liseré étroit et roux.

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N°. CXXXVI.

L'ARAGUIRA.1

QUOIQUE cet oiseau n'ait pas de noms généralement connus, quelques Guaranis lui donnent celui que je lui ai conservé, et qui signifie oiseau du jour, ou du ciel, ou de la lumière, ou du feu. Cette espèce n'est pas aussi nombreuse que la précédente; et je ne l'ai pas vue plus au midi que le 30e degré, ni pénétrer dans les lieux habités, ni s'approcher des maisons champêtres, pour manger la viande que l'on y suspend.

On nourrit aisément les araguiras en cage, avec du maïs pile; mais ils n'ont point de ramage. On les trouve par paires, et pendant l'hiver, ordinairement en petites troupes; ils sont plus vifs et plus farouches que les chin-

1 Cette espèce fournit à M. d'Azara matière à une très-longue discussion, au sujet d'oiseaux qu'il ne connaît pas, comme il en convient lui-même; ce qui ne l'empêche pas d'établir une critique également prolongée, et souvent peu fondée, sur l'histoire que Buffon a donnée de ces mêmes oiseaux. Le seul fait positif qui ressorte de comparaisons et de rapprochemens plus qu'incertains, c'est l'identité, habilement découverte par M. d'Azara, de l'araguira et du friquet huppé (Buffon, tom. VI, pag. 138, et pl. enlum. n.° 181, fig. 1. —Fringilla cristata Linn. syst. nat. gen. 112, sp. 102. —Latham, syst. ornith. gen. 38, sp. 4). Cet auteur a reconnu, avec la même sagacité, la méprise de Buffon, qui a confondu dans la même espèce ce friquet huppé et le moineau de la Caroline (pl. enlum. n.° 181, fig. 2. —Fringilla Carolinensis Latham). Ce sont, en effet, deux espèces distinctes; et je n'ai pas manqué de le faire observer dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLVII, pag. 176, en note. Au reste, j'ai vu le friquet huppé dans notre Guianc, mais il y est rare. (S.)

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golos, aixquels ils ressemblent du reste, par la conformation et les habitudes. J'achetai, au mois d'octobre, un de leurs nids, fait d'herbes sèches, et tapissé en dedans de crins bien arrangés. Il était placé à la moitié d'un grand buisson; la femelle y fut surprise sur ses œufs; il y en avait trois blancs, et un peu plus pointus à un bout qu'à l'autre; leurs diamètres étaient de 9 et de 6 lignes trois quarts.

Formes. La quatrième penne des ailes, la plus longue; celles de la queue presque égales. Bec pyramidal. Des plumes longues de 8 à 9 lignes, étroites et décomposées, forment une huppe au sommet de la tête. Cette huppe est ordinairement couchée; et, quand l'oiseau la relève, elle s'ouvre par les côtés, de sorte qu'elle est plus large en haut qu'à la base; et, lorsqu'elle est abaissée, elle se trouve presque entièrement couverte et cachée par des plumes noires qui sont sur les côtés, et qui se relèvent aussi avec elle.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du bec, 5 et demie, large et épais de 4.

Conleurs. Les pennes des ailes et de la queue sont noirâtres; toutes les parties inférieures et le croupion, d'un rouge de feu; les côtés et le derrière de la tête, le dessus du cou, le dos et les couvertures supérieures de l'aile, d'un noirâtre mêlé de rouge, et les couvertures inférieures, blanchâtres. La huppe est du rouge le plus beau, le plus vif et le plus brillant que l'on puisse voir. Le tarse et le demi-bec supérieur sont noirâtres; le demi-bec inférieur et les cils, d'un blanc sale; l'iris est faiblement roussâtre.

Quoique la femelle n'ait point de huppe, les plumes

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du sommet de sa tête sont un peu plus longues que les autres, et leur couleur est la même que celle du corps, c'est-à-dire, d'une teinte plus faible que dans le mâle.

N.° CXXXVII.

LE CAPITA.1

CET oiseau n'est pas rare au Paraguay, ni à la rivière de la Plata. Les Guaranis le nomment capita et acapita, c'est-à-dire, tête rouge, et quelques Espagnols, cardinal. Ses habitudes sont à peu près les mêmes que dans l'espèce précédente; mais il se tient plus volontiers sur les bords des ruisseaux et des étangs, et il cherche beaucoup moins à se cacher. Il ne pénètre pas dans les bois, et il ne fréquente pas les campagnes découvertes; son vol est court, son instinct peu farouche, et sa démarche par sauts. Le mâle et la femelle ne présentent aucune différence entr'eux; ils se réunissent en petites troupes pendant l'hiver, et ils approchent des habitations champêtres, pour becqueter la viande que l'on y accroche. On les nourrit en cage de toutes sortes de petites graines et d'insectes. Noseda m'a dit que ces oiseaux nichent de la mâme

1 C'est le rouge-cap, quinzième espèce de tangaras, Buffon, tom. VII, pag. 377. —Tanagra gularis Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 13. —Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 20. M. d'Azara se trompe dans le reproche qu'il fait à Buffon d'avoir décrit une seconde fois ce même oiseau, sous le nom de paroare (Buffon, tom VI, pag. 244. —Loxia Dominicana, var.); en effet, le paroare est une espèce distincte, qui diffère de celle du rouge-cap, en ce qu'elle a la gorge et une partie du cou en devant, du même rouge vif de la tête; du gris sur le dos; du blanc aux ailes; le demi-bec supérieur brun et l'inférieur blanchâtre. (S.)

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manière que le précédent, et que leur ponte est de quatre œufs.

Formes. Les troisième et quatrième pennes de l'aile sont égales, de mâme que celles de la queue; le bec est presque droit, et comprimé sur les côtés; l'œil est petit.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 9; de la jambe, 14 lignes et demie; du tarse, 10; du doigt du milieu, 7; du bec, 5.

Couleurs. La tête entière est d'une couleur luisante de carmin; toutes les parties supérieures, sans exception, la gorge et la moitié du devant du cou, sont noires; le reste des parties inférieures est blanc et le bec orangé; le tarse et l'iris sont rougeâtres.

Dans le grand nombre de sujets que j'ai observés, une couleur orangée remplaçait sur quelques-uns le rouge de carmin, et ils avaient la tête brune; d'autres avaient du brun, au lieu de rouge, et leur tête était rougeâtre. Mais comme ces individus n'étaient pas nombreux, je crois que ces dissemblances dépendent du jeune âge, plutôt que de la différence des sexes; car j'ai examiné de très-jeunes oiseaux de cette espèce, et d'autres qui étaient prêts à voler, dont la moitié supérieure du cou était rousse et la tête noirâtre.

N.° CXXXVIII.

LE SAUTEUR.1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, à cause de son habitude de se placer à la cime d'un petit buisson, et de sauter verti-

1 Jacarini, Marcgrave, Hist. nat. bras. page 210. —Buffon, tom. VII, pag. 412, et pl. enlum. n.°224. — Fringilla melanictera Linn. syst. nat. gen. 112, sp. 50. — Latham, syst. ornilh. gen. 38, sp. 25. M. d'Azara soupçonne que le nom brasilien de cet oiseau doit se lire yacamiri, c'est-à-dire petite tête.
Le sauteur, ou le jacarini, est commun à la Guiane, où j'ai aussi observé son habitude, très-singulière, de s'élever à un pied ou un pied et demi de hauteur verticalement, au-dessus de la branche sur laquelle il est perché, de se laisser tomber au même endroit, pour sauter de même, toujours verticalement, plusieurs fois de suite... Chacun de ces sauts est accompagné d'un petit cri de plaisir, et sa queue s'épanouit en même tems... Il n'y a que le mâle qui se donne ce mouvement, dont sa compagne est témoin, parce qu'ils vont toujours par paires; elle est, au contraire, assez tranquille, et se contente de sautiller comme les autres oiseaux. Leur nid est composé d'herbes sèches de couleur grise... Les œufs sont elliptiques, et d'un bleu verdâtre, semé de petites taches rouges, etc. Tel est le précis de mes observations, consignées dans l'Histoire naturelle de Buffon, tom, VII, pag. 412, et de mon édition, tom. XXVIII, pag. 351. M. d'Azara les confirme pleinement. J'insiste sur cette circonstance, parce qu'un ornithologiste, qui connaissait fort bien les dépouilles d'oiseaux, renfermées dans son cabinet, mais qui n'avait point observé la nature, M. Mauduyt, sembla jeter des doutes sur mes remarques au sujet du jacarini (Encyclop. Méthod.), sans alléguer d'autres motifs que Ja singularité même de ces remarques. (S.)

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calement assez haut, de se laisser retomber avec précipitation au même endroit, et de répéter ce jeu plusieurs fois de suite; à chaque fois qu'il s'élève, il jète un cri aigu et expressif, chi-chi, qui s'entend de loin. Ceci est particulier au mâle amoureux; la femelle ne fait pas les mêmcs sauts, et son cri est chiu-chiu-chiu; elle suit le mâle quand il change de canton, et, s'il se rencontre alors un autre mâle, ils se poursuivent avec acharnement. Ce sont des oiseaux de passage; du moins je ne les ai vus au Paraguay que depuis le commencement de novembre jus-

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Qu'à la fin de mars, et je ne sais pas s'ils se trouvent à la rivière de la Plata. Ils fréquentent les champs entourés de haies, dans lesquelles ils se cachent. Leurs ailes sont fermes et vigoureuses, leur vol est assez, étendu, mais bas et lent; ils sont vifs, inquiets et farouches; ils sautillent dans l'intérieur des petits buissons desséchés des terrains cultivés et des cantons sees ou humides; ils courent aussi à terre.

Formes. La troisième penne des ailes, la plus longue; celles de la queue étagées; bec presque droit, et légèrement comprimé sur les côtés.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un quart; de la queue, 1 un tiers; du vol, 6 un tiers; de la jambe, 11 lignes et demie; du tarse, 8; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 4 et demie, large et épais de 3.

Couleurs. Les pennes des ailes et la queue sont noires, ainsi que les plumes de la tête, lesquelles ont une bordure brune. Le dessus du cou et du corps, les oreilles et les couvertures supérieures des ailes, sont d'un bleu turquin. Les plumes des parties inférieures ont une bordure déliée et blanche, sur un fond noir, de sorte que le tout paraît noir et saupoudré de blanc. Le tarse est noirâtre, et le bec noir en dessus, et bleu de ciel en dessous.

Ces couleurs appartiennent au mâle; et comme je n'ai pas examiné de femelles, je rapporterai les notes que Noseda m'a envoyées au sujet de cette espèce.

De cinq mâles que Noseda tua dans le même jour, il n'y en avait aucun qui ressemblât parfaitement à un autre. Selon le même observateur, le sauteur mâle a plus communément la tête et le cou entiers, la poitrine, le dos, le croupion et les petites couvertures supérieures des ailes, d'un noir à reflets violets et changeans; une bordure très-

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fine et blanche aux plumes de la poitrine, des côlés du corps, des jambes, et aux couvertures inférieures de la queue; les pennes des ailes, et leurs grandes couvertures supérieures, ainsi que toutes celles de la partie extérieure de l'aile, noirâtres; une tache d'un beau blanc à l'origine de l'aile; les pennes de la queue noirâtres, bordées extérieurementd'une teinte plus claire, et de blanc à leur extrémité.

Sur la femelle, tout le dessus du corps est d'un brun plus sombre à la tête, et plus encore à la queue; la penne extérieure, de chaque côté de la queue, a du blanc à son extrémité. Les grandes couvertures supérieures des parties interues de l'aile, sont presque noires, avec une bordure brune, et les petites couvertures des mêmes parties ont leur milieu noirâtre, et leurs bords de brun clair. La gorge, le devant du cou et les couvertures de la queue, sont d'un brun blanchâtre, ravé d'une nuance plus sombre. Le brun du ventre et des couvertures inférieures de l'aile, est plus mêlé de blanchâtre; les pennes sont noirâtres en dessus, et d'un blanc sale en dessous.

N.° CXXXIX.

LE BALANCEUR.1

SANS être commun, il n'est pas trop rare au Paraguay, et jusqu'à la rivière de la Plata. On le trouve toujours par

1 M. d'Azara fait des efforts inutiles pour chercher à retrouver cet oiseau dans les variétés du père-noir, indiquées par Buffon (tom. VII, pag. 412). «Je ne me mets pas en peine, dit-il., que quelques-unes de ces variétés soient de Macao ou de Java, parce que les voyageurs qui disent les avoir vues dans ces pays, peuvent avoir menti, comme cela n'est que trop commun.» Comment l'auteur d'une inculpation aussi durement exprimée, n'a-t-il pas craint qn'on la rétorquât, en l'appliquant à ses observations? Quoi qu'il en soit, il est certain que le balanceur n'est point le père-noir, ni aucune de ses variétés; et l'honneur de la découverte de cette espèce, également intéressante et curieuse, est dû entièrement à M. d'Azara. (S.)

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paires, dans les campagnes décotivertes. Au tems des amours, le mâle s'élève, soir et matin, à la hauteur d'un jet de pierre, pour exécuter ses balancemens; il vole sur un certain espace, comme d'environ soixante pieds, en décrivant une courbe, et revenant aussitôt en arrière, pour la décrire encore de la même manière que s'il était suspendu par un fil à un point fixe; il répète ce jeu plusieurs fois de suite. Noseda, qui a observé aussi cette habitude singulière, assure que ce petit oiseau fait entendre, en même tems, un raniage plus agréable que celui du tout-voix du n.° cli. Si mon ami ne s'est pas trompé, le balanceur doit être regardé comme le meilleur musi-cien entre les oiseaux chanteurs du pays, et certainement comme le seul qui puisse surpasser le rossignol.

Du reste, cet oiseau se pose, par instans, sur les joncs et les plantes un peu grandes; mais il demeure presque toujours caché dans les herbes. Ses ailes sont longues et fortes; il est très-vif, et son vol est rapide, quoiqu'il ne soit ni prolongé, ni élevé.

Formes. Les deuxième, troisième et quatrième pennes des ailes, presque égales, aussi bien que celles de la queue; le bec aussi épais que large, presque droit, un peu comprimé sur les côtés, et semblable à celui du chipiu. Les couvertures supérieures de la queue, fort longues.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième; de la queue, 1 et demi; du vol, 6 et demi; de la jambe,

III. a. 20

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10 lignes; du tarse, 7 et demie; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 4; large et épais de 3.

Couleurs. Une couleur sombre de plomb, comme légèrement soupoudrée de blanchâtre, règne sur les parties inférieures; quelques individus ont sur la poitrine des taches de la même teinte; les couvertures inférieures dos ailes sont d'un blanc lavé d'un peu de jaune, et les pennes aussi en dessous, sont blanches et terminées de brun. Les côtés de la tête et le dos sont noirâtres. Les plumes du dessus de la tête et du cou, ainsi que du haut du dos, sont noires au milieu, et d'un brun clair sur le reste, et les petites couvertures supérieures des ailes ont le milieu presque noir, et une large bordure d'un jaune vif et verdâtre, qui colore aussi le pli de l'aile et le côté supérieur des pennes extérieures; les barbes extérieures des grandes couvertures et les dernières pennes, ont la couleur du tabac d'Espagne, qui entoure finement les autres couvertures, dont le fond est noir. A la queue, les deux pennes du milieu sont rousses sur leur moitié supérieure; l'extérieure, de chaque côté, l'est un peu moins; tout le reste est noir.

N°. CXL.

L'OREILLE BLANCHE.1

C'EST un oiseau des plaines, et il se tient fort caché dans les herbes hautes et épaisses, dans lesquelles il court avec vîtesse; cependant il se pose quelquefois, principalement le matin et le soir, sur les plantes élevées, et il y fait entendre un cri, sili-sili, d'un ton bas et faible,

1 Espèce nouvelle. (S.)

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qui ne paraît pas partir d'un oiseau. Son vol est trèscourt, et souvent il a besoin de piétiner quelque tems avant de prendre son essor. Il ne vit que par paires, et le mâle et la femelle se tiennent à environ cinquante pas de distance l'un de l'autre. Les vers et les petites graines composent le fond de leur subsistance; ils ne paraissent point aussi vifs que les espèces précédentes: j'ignore s'ils se trouvent à la rivière de la Plata.

Formes. Les pennes de l'aile ne sont ni aussi fortes, ni aussi fermes que celles des deux dernières espèces; c'est la troisième qui est la plus longue: à la queue, la penna extérieure a quatre lignes de moins que les quatre du milieu, dont les deux intermédiaires se terminent en pointe. La tête est un peu comprimée en devant, sur ses côtés. Les plumes du bas du dos et du croupion, sont assez longues.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un sixième; de la queue, 2; du vol, 7 un quart; de la jambe, 9 lignes, du tarse, 9 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 5; large et épais de 3 et demie.

Couleurs. Une plaque d'un beau noir couvre les oreilles, entoure les yeux, et s'étend jusqu'au bec; le dessus de la tête est de la même couleur; mais elle est séparée de la plaque des oreilles par un trait blanc, large d'une ligne qui, commençant aux narines, va jusqu'à l'occiput. Les parties inférieures sont blanchâtres; à l'exception des couvertures et du pli de l'aile, qui sont d'un jaune pur. Les plumes du derrière de la tête ont leur milieu noirâtre, et le reste de couleur de plomb, de même que celles du cou en dessus et de la moitié du dos, aussi bien que les couvertures de la queue, mais un liseré rousseâtre les entoure; sur le reste du dos et le croupion, elles ont leurs bords et

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ieur extrémité roux, et le reste est d'une teinte plombée. Les pennes de l'aile sont brunes et bordées de jaune; leurs couvertures supérieures sont jaunes, et les plus grandes ont du noir dans leur milieu. La queue est blanche à sa pointe, noire dans le reste, excepté les deux pennes intermédiares, qui sont brunes. Le tarse est olivâtre, l'iris brun, le bec noir en dessus, et orangé en dessous.

J'ai vu un individu qui avait une petite bande noire, depuis la naissance de l'aile jusqu'au devant du cou, et des taches de la même couleur sur les côtés du corps. C'est peut-être une variété de sexe. Les jeunes n'ont pas la plaque noire des oreilles.

N.° CXLI.

LE MANIMBÉ.1

CET oiseau est assez, généralement connu, chez, les Guaranis, par le nom de malimbé; il se trouve jusqu'à la rivière de la Plata. Ses habitudes sont les mêmes que celles de l'oreille blanche, et il n'y a pas de différence entre le mâle et la femelle. Cependant il a le corps plus ramassé, la queue plus courte, les ailes plus faibles; et il se perche communément sur les buissons les plus bas et aux bords des bois. Il vole peu; il n'est point farouche, et son naturel est paisible. Son ramage, quoique doux, clair, et même assez varié, ne le place pas au nombre des oiseaux distingués par leur chant.

Formes. Les pennes de l'aile ne sont pas très-fermes, et la troisième est la plus longue; celles de la queue, pointues, fort étroites et étagées; l'extérieure, de chaque côté,

1 Espèce nouvelle. (S.)

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est de 2 lignes et demie plus courte que les autres. Le bec pyramidal.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 7; de la jambe, 12 lignes et demie; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du bec, 5; épais de 2 et demie, large de 3.

Couleurs. Il a la gorge d'un blanc mêlé de gris noirâtre; le devant du cou et la poitrine, blanchâtres; le ventre, et les couvertures inférieures des ailes, de la même leinte, mais lavée faiblement de jaune; les côtés et le sommet de la tête, le dessus du cou et la moitié du dos, revêtus de plumes noirâtres au milieu, et de couleur de plomb sur le reste; celles du bas du dos et du croupion, d'un brun noirâtre; les pennes des ailes et de la queue, brunes, les premières bordées de roux, et les secondes de blanchâtre; le pli de l'aile, ainsi qu'un petit trait qui prend de la narine, et se perd à l'angle antérieur de l'œil, d'un jaune foncé pur; un autre trait noirâtre, qui va de l'œil à l'oreille; les paupières blanchâtres; l'iris brun; le tarse olivâtre, enfin le bec noirâtre en dessus, et blanchâtre en dessous.

N.° CLXII.

LE CHIPIU NOIR ET ROUGEATRE.1

JE vais parler de trois petits oiseaux dont le bec, plus, pointu et moins gros que celui des précédens, paraît plus

1 L'auteur compare cette espèce à la fauvette tachetée de la. Louisiane (Buffon, tom. IX, pag. 133), ensuite au demi-fin noir et rouge (tom. x, pag. 9); mais quelques dissemblances, assc frappantes, me paraissent devoir l'éloigner également de ces deux oiseaux. (S.)

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long et plus rapproché du bec-en-poinçon; ses mandibules ont une égale longueur, et ne sont point, ou que très-peu, comprimées sur les côtés; il est assez fort, nonseulement pour piquer les cœurs de laitue et les fruits, mais aussi pour briser de petites graines, et je crois qu'elles pourraient servir à nourrir ces oiseaux en cage. Cependant je ne doute pas que leur principale nourriture ne consiste en chenilles et en d'autres insectes, qu'ils cherchent dans les broussailles et sur la terre. Ils vivent seuls, ou par paires; ils sont sédentaires, vifs, peu farouches; et on les rencontre partout où ils trouvent à se cacher, à l'exception de l'intérieur des bois fourrés; ils se posent sur les glayeuls, les joncs, les buissons et par terre, leur vol est fort court.

Celui dont il est question dans cet article, n'est pas des plus rares au Paraguay, et je l'ai vu jusqu'à la rivière de la Plata. Si on le poursuit, il sait bien se cacher.

Formes. Bec un peu comprimé sur les côtés, fort, très-pointu, et un peu courbé; la base de sa pièce supérieure formant une pointe à son insertion dans la tête. Les troisième, quatrième et cinquième pennes de l'aile presque égales; celles de la queue bien fournies de barbes, et l'extérieure de 5 lignes plus courte que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un tiers, du vol, 7 et demi; de la jambe, 14 lignes, du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du bec, 5.

Couleurs. A la narine commence un trait blanc, qui prend une teinte rougeâtre quand il arrive au côté de l'occiput; les parties inférieures sont rougeâtres, mais le milieu de la poitrine et du ventre est presque blanc; les convertures inférieures de l'aile sont comme jaspées de blanc et de noirâtre; il y a du blanc à la pointe de la

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queue, et tout le reste de l'oiseau est presque noir. L'iris est brun, le bec noir, et le tarse noirâtre.

Des individus ont le manteau plus ou moins noirâtre; sur d'autres, le dessous du cou, la poitrine et les côtés, ont des taches de la même teinte; le trait blanc des côtés de la tête est très-peu apparent, il manque même a quel-ques-uns. J'ai tout lieu de penser que ces variétés tiennent plutôt à l'âge qu'au sexe.

N.° CXLIII.

LE CHIPIU BRUN ET ROUX.1

J'AI eu plusieurs individus de cette espèce qui se ressemblaient tous; les habitudes sont les mêmes que dans l'espèce précédente, ainsi que les formes, à l'exception de la queue. Je n'ai vu ces chipius qu'au Paraguay; leur chant est si beau et si mélodieux, qu'à mon sens il surpasse celui du chardonneret et du serin de Canarie.

Formes. Les pennes de la queue sont usées et terminées en pointe, sur-tout les deux intermédiaires, qui ont dix lignes de plus que les autres, lesquelles sont en tuyaux d'orgue. Le doigt postérieur est plus robuste que ceux du devant, et articulé comme le doigt intérieur.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 2 onze douzièmes; du vol, 7 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu et du bec, 6; du doigt postérieur, 4.

Couleurs. Il a l'œil surmonté d'un trait blanc en forme de sourcil; les parties inférieures d'un roux lavé; les couvertures du dessous de l'aile, blanches; la tête d'un bleu

1 Cette espèce me parait nouvelle. (S.)

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azuré, et les couvertures supérieures de l'aile, d'un bleu d'ardoise; chaque plume du derrière du cou, d'un brun clair, avec une tache longue et noirâtre; le dos et le croupion, d'un brun faiblement lavé de roussâtre; les pennes des ailes et de la queue, blanchâtres, et bordées de brun clair; le bec noir; enfin le tarse d'un noirâtre teinté de rougeâtre.

Un oiseau de cette espèce différait des autres, en ce qu'il avait la tête d'un brun rougeâtre, une partie des côtés du cou, bleues, et le dessus couvert de plumes rousses. D'autres individus ont la queue plus courte; et je crois que ce sont les femelles.

N.° CXLIV.

LE CHIPIU NOIR ET BLANC.1

IL est assez rare au Paraguay; il y demeure toute l'année, et je ne l'ai pas vu ailleurs. Il diffère des deux espèces précédentes, en ce qu'il se tient toujours à la lisière des bois et dans les halliers qui les avoisinent, où il se cache avec soin et qu'il monte plus haut sur les arbres; il y cherche les chenilles et les autres insectes dont il se nourrit, quoique son bec soit assez fort pour briser les graines et percer les fruits. Il n'est point farouche, et il va seul ou par paires. Je ne lui ai entendu jeter qu'un petit cri; il vole peu, et seulement pour passer d'un arbre à un autre. Son nid est fait comme ceui du guirahuro, et sa ponte est de deux œufs blancs, pointillés de noir au gros bout.

Formes. Les pennes de l'aile sontfaibles, et la quatrième

1 Je crois encore cette espèce nouvelle. (S.)

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est la plus longue; celles de la queue sont également faibles, un peu étroites et étagées, l'extérieure, de chaque côté, étant de trois lignes plus courte que les intermédiaires. Le bec est courbé, et un peu comprimé sur les côtés jusqu'au bout.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces trois quarts; de la queue, 2 un sixième; du vol, 6 deux tiers; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 9 et demie; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 4 et demie, large et épais de 2 et demie.

Couleurs. Les parties inférieures sont d'un blanc, lavé d'une teinte plombée sous les ailes. La tête est noire. Les parties supérieures sont d'une couleur plombée, mélangée de bleu; mais les grandes couvertures de l'aile sont noirâtres dans leur milieu; c'est aussi la couleur des pennes et de celles de la queue; mais parmi ces dernières, l'extérieure a du blanc sur sa dernière moitié; il y en a moins sur la seconde, et l'on voit un trait noirâtre sur son côté extérieur; la troisième penne est comme la seconde; la quatrième n'a plus qu'un peu de blanc, et toutes ont une bordure bleuâtre sur tout ce qui n'est pas blanc. Le tarse est noirâtre, le bec noir, et l'iris rouge.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX ALOUETTES.

JE nomme ainsi cette familie d'oiseaux, parce qu'ils se rapprochent de l'alouette d'Espagne. Ils ont la tête un peu petite, un peu large, et fort comprimée sur les côtés par devant; le bec assez large et en alêne; les ouvertures des narines amples, et recouvertes par une petite membrane, au-dessus de laquelle passent les plumes du front; l'ongle du doigt de derrière excessivement long, et presque droit; les autres ongles courts, enfin l'aile ferme et vigoureuse. Les alouettes se tiennent dans les campagnes, n'entrent point dans les bois, ne se perchent point, marchent et courent avec légèreté, et suivent, de préférence, les sentiers et les chemins. Si elles rencontrent quelqu'un, elles volent par-dessus, et vont reprendre leur course au devant de lui. Elles sont très-vives, elles ne fuient pas l'homme, et elles se nourrissent principalement de vers de terre, et de quelques petites graines.

N.° CXLV.

LA CORRENDERA.1

LE nom de correndera est celui que l'on donne, dans le royaume d'Arragon, à une alouette ressemblant à

1 Je ne pense pas que cette alouette soit de la rnême espèce que la farlouse, ou alouette des prés (alauda pratensis), comme le soupçonne M. d'Azara; je trouve entre ces deux oiseaux des traits trop nombreux de dissemblance pour les réunir, et j'aime mieux dire que la correndera est une espèce nouvelle. (S.)

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celle de cet article, et je le lui ai appliqué, qnoiqu'il ne me reste qu'une idée confuse de la correndera de ma patrie. Celle qui est très-commune au Paraguay, et jusqu'à la rivière de la Plata, a le corps étroit et alongé, et l'on ne remarque pas de différence entre le mâle et la femelle. On les voit, pour l'ordinaire, suivre les sentiers dans les campagnes, la tête le vee et l'œil attentif pour découvrir les oiseaux de proie; elles sont ordinairement seules, ou par paires, et quelquefois il y a quatre ou cinq paires pres l'une de l'autre, mais elles ne paraissent pas agir de concert. Quand ces alouettes prennent leur vol, elles ne l'étendent pas fort loin; mais elles s'élèvent souvent en ligne verticale, ou faiblement circulaire; elles tombent ensuite presque perpendiculairement, en faisant entendre un ramage agréable; et elles répètent ces ascensions et ces chutes pendant long-tems, jusqu'à ce qu'on les perde de vue dans les airs, car elles s'élèvent toujours plus qu'elles ne descendent, et elles terminent ce jeu en se laissant tomber d'à-plomb. Quelquefois elles font une espèce de bourdonnement singulier. La saison des amours est celle de leurs chants et de leurs ascensions; c'est en septembre et octobre; ces oiseaux se taisent presque toujours lorsqu'ils sont à terre. Je n'en ai jamais vu se poser sur un arbre; et ce n'est que dans des occasions fort rares qu'ils se perchent sur de très-petits arbrisseaux.

Cette espèce cache son nid avec tant de soin, que je n'ai pu en voir que deux, l'un avec deux œufs, à la fin d'octobre, et l'autre, au commencement de décembre, en contenait quatre; ils sont blancs, pointillés de roux, surtout au gros bout. Le nid est artistement travaillé, avec de petites pailles déliées, et il est attaché à une touffe de paille ou d'herbes, qui le cache bien.

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Formes. Les 18 pennes des ailes ont presque la même longueur; la queue en a 12 pointues, sur-tout les deux intermédiaires, quisont très-étroites, plus longues de deux lignes que l'extérieure, et peu garnies de barbes. L'iris est imperceptible, l'œil petit et un peu oblique, et la jambe nue à son articulation.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces cinq sixièmes; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8 un quart; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 14; du doigt du milieu, 9, et son ongle 5 et demie; du doigt postérieur, 6, avec l'ongle, 9; du bec, 5.

Couleurs. Les côtés de la tête sont d'une faible tein te dorée, variée de noirâtre sur quelques individus, et de cette même teinte dorée sur d'autres. Le haut de la gorge est blanchâtre; le reste, ainsi que le cou en devant, sont agréablement mouchetés de taches noires, sur un fond légèrement doré. Le dessous du corps est d'un blanchâtre doré, avec de longues taches noirâtres sur les côtés. Les plumes des parties supérieures ont leur milieu noirâtre, et leurs bords d'un jaune doré; les petites couvertures du dessus de l'aile mordorées, et les grandes, aussi bien que les pennes, brunes, et bordées de jaune doré faible. La penne extérieure, de chaque côté de la queue, est presque entièrement blanche; la seconde a un peu de noirâtre le long de son côté extérieur; la suivante n'a plus qu'un trait blanchâtre près de sa tige, et le reste de la queue est noirâtre; c'est la couleur du bec en dessus; il est blanchâtre en dessous, et le tarse est olivâtre.

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N.° CXLVI.

LE CHII.1

CE nom chii, prononcé en traînant Ia dernière lettre, est l'expression du cri que cette alouette fait entendre lorsqu'elle descend du haut des airs, où elle s'élève, de même que l'espèce précédente; elle est plus rare, et je ne sais si elle se trouve à la rivière de la Plata.

Formes, comme celles de la correndera; seulement le bec est un peu plus faible, avec un peu plus de courbure. La penne extérieure de la queue est de deux lignes plus courte que la quatrième, qui est de deux et demie plus longue que les deux du milieu; le tarse est plus lisse que dans l'espèce du numéro précédent.

Dimensions, Longueur totale, 4 pouces cinq sixièmes; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 7 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du doigt de derrière, 4 et l'ongle 6.

Couleurs La gorge et le devant du cou sont agréable-blement mouchetés de noirâtre. Sur un fond blanchâtre, qui est aussi celui du dessous du corps, avec des taches

1 Les mêmes raisons qui m'ont empèché de partager l'opinion de M. d'Azara, au sujet de la reunion de la correndera et de la farlouse en une seule espèce, me portent également à séparer le chii de l'alouette pipi (Buffon, tom. IX, pag. 54 —Alauda trivialis), oiseaux que M. d'Azara rapproche, en ne présentant néanmoins leur identité que comme douteuse.
Je doute aussi de l'identité du chii et de la variole (Buffon, tom. IX, pag. 89. — Alauda rufa), que M. d'Azara compare encore, en penchant beaucoup pour leur reunion qui me présente d'aussi grandes difficultés que la première. Le chii me parait donc une seconde alouette nouvelle. (S.)

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noirâtres sur les côtés; les couvertures inférieures de l'aile sont brunes sur leur milieu, et d'un gris de perle sur le reste. Toutes les parties supérieures sont brunes, et un liseré blanc entoure les pennes de l'aile; celles de la queue sont noirâtres, à l'exception, 1.° des deux intermédiares, qui sont brunes et bordées de blanchâtre; 2.° de la penne extérieure, qui est blanche;3.° d'une bordure de la même couleur à la seconde penne; 4.° d'un petit trait blanc près de la tige de la troisième.

N.° CXLVII.

L'ALOUETTE BRUNE. 1

JE n'ai vu que quatre alouettes de cette espèce au Paraguay; mais elles sont moins rares dans les campagnes de Monte-Video et de Buenos-Ayres. Les unes couraient légèrement sur le sable et la terre des bords des ruisseaux et des lacs, et les autres dans les chemins, comme la correndera. J'en ai observé jusqu'à cinq en société; elles se posent communément sur des arbrisseaux très-bas; leur naturel est vif, et leur vol léger; rapide, et plus étendu que celui des espèces précédentes; mais je n'ai point observé qu'elles s'élevassent dans les airs, ni qu'elles rama-geassent comme les autres.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 à la queue, l'extérieure plus courte de 6 lignes, et les autres presque égales. Bec presque droit; l'ensemble de l'oiseau assez délié, la tête petite, aplatie en dessus, comprimée sur les côtés, l'œil un peu grand, et l'iris imperceptible.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un sixième; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 11 et demi; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 13; du doigt du milieu, 9; du doigt postérieur, 4 et de son ongle, 6; du bec, 7.

Couleurs. Un trait blanc va de la narine à l'occiput. Les parties supérieures sont brunes; une bande roussâtre sur les barbes supérieures, et blanchâtre sur les inférieures, traverse les pennes de l'aile, la première et la seconde exceptées, au-dessous des couvertures, qui ont une bordure d'un brun plus clair; parallèlement à cette bande, il y en a une autre noirâtre. La penne extérieure, de chaque côté de l'aile, a du blanc à son extrémité, la deuxième un peu moins, et la troisième presque point. Une bande-lette noirâtre, et rayée de blanchâtre, qui prend naissance au bec, couvre les oreilles; au-dessous les plumes sont blanches, et bordées de brun; la gorge, le devant du cou et la poitrine, sont d'un brun très-clair; le ventre est blanchâtre; les couvertures les plus rapprochées du pli de l'aile, et les extrémités des grandes de la partie extérieure, sont blanches, et les autres ont la couleur de la poitrine. Le tarse est d'un noirâtre de plomb, et le bec noir.

N.° CXLVIII.

LA MINEUSE. 1

J'APPÈLE ainsi cette alouette, parce qu'elle se creuse des trous dans quelque petit ravin, à la profondeur de deux pieds ou deux pieds et demi, pour y déposer ses œufs sur une couche de pailles arrangées dans le fond, qu'elle façonne en rond. Je ne l'ai point vue au Paraguay,

1 C'est une espèce nouvelle. (S.)

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et on ne la trouve qu'aux environs de la rivière de la Plata et dans les pampas de Buenos-Ayres. Elle se laisse facilement approcher de très-près; elle ne se perche point; elle prolonge beaucoup son vol, et quoiqu'elle ait les formes des autres oiscaux de cette famille, son corps est néanmoins plus court et plus épais à proportion. Ces alouettes se tiennent par paires; et, au tems des amours, le mâle et la femelle se poursuivent en faisant entendre un petit son aigu, semblable à un éclat de rire; je ne leur connais point d'autre cri, et j'ignore si elles s'élèvent dans les airs.

Formes. Les deuxième et troisième des 18 pennes de l'aile, sont les plus grandes.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 1 onze douzièmes; du vol, 10 deux tiers; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 6; du doigt postérieur, 4 et de son ongle, 2 et demie; du bec, 7.

Couleurs. Un petit trait d'un blanc roussâtre s'étend depuis la narine jusque derrière l'oreille. Le devant et les côtés du cou, et toutes les parties supérieures, sont brunes, à l'exception des couvertures du dessus de l'aile, qui ont une nuance claire de tabac d'Espagne, de même qu'une partie de la queue, dont l'autre partie est noire. Les côtés de la tête sont marbrés de brun et d'un blanc roussâtre, qui couvre toutes les parties inférieures. Le tarse est noir.

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N.° CXLIX.

L'ALQUETTE A DOS ROUGE. 1

'A en juger par ce que j'ai vu, il paraît que cette alouettc arrive, en hiver au Paraguay, et qu'elle ne quitte pas la province de Buenos-Ayres. Son vol est léger, sa course rapide; et ses mouvemens sont vifs; elle saisit les mouches, à terre et au vol. Quelquefois elle se pose sur des plantes hautes, mais elle se tient presque toujours à terre, et principalement dans les chemins, les enclos, les grandes cours et les bords des étangs. Elle est moins longue que les autres dans son ensemble; parce que sa queue est plus courte étroite et un peu forte; et que les couvertures sont plus alongées. Son bec est très-faible pour une alouette; il est peu comprimé sur les côtés et il a une petite échancrure près de sa pointe. Les ailes paraissent plus longues et fermes; enfin, quoique cet oiseau ait beaucoup de rapports avec les alouettes, il s'en éloigne aussi. On le trouve seul ou par paires, et en assez grandes troupes.

Formes Les ailes ont 18 pennes bien fermes; dont la

1 Alouette noire, à dos fauve, Buffon, tom. IX, pag. 33. — Alauda rufa Linn. syst. nat. gen. 105, sp. 7. — Alauda fulva Latham, syst. ornith. gen. 41, sp. 2. Le naturaliste français, Commerson, a fait connaître, le premier, cette alouette qu'il a rapportée de Buenos - Ayres. Ce n'est pas, il est vrai, du fauve que cet oiseau a sur le cou et le dos; ces parties sont teintes en jaune orangé; mais ce n'est pas encore le rouge de carmin décrit par M. d'Azara; et cette dissemblance, jointe à quelques autres dans les teintes du plumage, me laisse des doutes au sujet de l'identité de l'alouette à dos rouge et de l'alouette à dos fauve de Buffon, ou plutôt de Guenau de Montbeillard (S.)

III. a. 21

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deuxième et la troisième sont les plus longues; les 12 de la queue sont étroites, et presque égales. L'ongle du doigt postérieur est presque droit, et la tête fort petite.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces trois quarts; de la queue, 1 et demi; du vol, 8 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 11 et demie; du doigt du milieu, 5; de celui de derrière, 2 et demie, et de son ongle, 5 et demie; du bec, 4, large et épais de 1 et demie.

Couleurs. Le dos et le reste du dessus du corps sont d'un rouge de carmin; mais les couvertures de la queue sont noires, aussi bien que celles des ailes, dont les bords sont niarqués par du roussâtre. Le reste du plumage est noir, de même que le bec et le tarse.

D'autres individus, en grand nombre, que je regarde comme des femelles ou de jeunes mâles, ont la tête entière et le devant du cou, d'un brun bleuâtre; les plumes de la poitrine et du ventre, noirâtres, et bordées d'un blanc pâle sombre; les couvertures inférieures de la queue, blanchâtres, et celles des ailes noirâtres, et terminées de brun roussâtre; le dessus du corps comme sur le mâle; un peu de blanc sur le côté extérieur de la première penne de la queue; enfin les ailes variées de noirâtre et de rougeâtre. Il est quelques individus dont les teintes sont plus claires.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX TROGLODYTES.

JE compose cette famille de deux espèces, auxquelles je donne le nom de troglodytes, parce que la première entre dans les trous des arbres, des murailles et des toits, et la seconde dans les broussailles. Ces oiseaux sont d'un petit volume; ils ont la tête fort étroite en devant; l'œil petit et un peu oblique, mais vif; l'iris imperceptible; le bec un peu courbé, pointu, fortement comprimé sur les cœtés, noir en dessus, blanchâtre en dessous et jaune intérieurement; les narines placées près des plumes, et recouvertes d'une membrane; les ailes concaves, la première penne la plus courte, et les troisième, quatrième et cinquième les plus longues. Ils tiennent la queue élevée; on les trouve seuls et quelquefois par paires; ils ne voyagent point; ils sont lestes, inquiets, ardens et gais. Leur vol est court et bas; ce sont d'excellens musiciens, et le chant du premier se fait entendre toute l'année.

N.° CL.

LE BASACARAGUAY.1

CE troglodyte est bien connu chez les Guaranis, sous le nom de basacaraguay; à Buenos-Ayres on lui donne

1 M. d'Azara compare d'abord son basacaraguay au gonambouch de Seba, tom. 1, pag. 174 (Buffon, tom. VIII, pag. 89.—Emberiza grisea); mais il est évident que ce rapprochement ne peut être admis, parce qu'il y a des différences dans la distribution des couleurs de ces deux oiseaux, ensuite parce que le gonambouch est un bruant, ou du moins une espèce très-voisine des bruants, et qu'il mange du maïs; ce qui ne peut s'accorder avec ce que M. d'Azara nous dit du basacaraguay.
Il veut, en second lieu, que ce même basacaraguay soit l'arada de la Guiane (Buffon, tom. VIII, pag. 249.—Turdus cantans), «cet oiseau, dit M. d'Azara, que Sonnini de Manoncour appèle musicicn.» Cependant, outre quelques dissemblances dans les teintes du plumage et leur distribution, il en est, entre ces deux oiseaux, de plus tranchantes encore dans les habitudes. Le chant de l'arada n'a aucun rapport avec celui du basacaraguay, et le premier n'habite que l'intérieur des forêts solitaires, et fuit les lieux habités, au lieu que le second nepénètre jamais dans les bois, et qu'il se tient presque toujours dans le voisinage et même dans l'intérieur des habitations. Il est vrai que, pour appuyer l'opinion qu'il a adoptée, M. d'Azara est dans l'usage d'imputer à ceux qui ont écrit avant lui sur les oiseaux de l'Amérique, comme autant d'erreurs, tout ce qui ne cadre pas avec ses idées; et fidèle à la marche, assez bizarre, qu'il suit constamment à cet égard, dans le cours de son ouvrage, il ne manque pas de prétendre que je me suis mépris au sujet de l'arada, que je ne l'ai pas vu dans les bois, et que je n'ai pas bien entendu son chant. Je conviens que je n'ai pas rencontré le basacaraguay; aussi n'ai-je pas eu l'intention d'en parler, lorsque j'ai écrit l'article de l'arada; mais je prie M. d'Azara d'être bien couvaincu que j'ai vu et bien observé l'arada, et que cet oiseau est, dans la nature, tel qu'il est décrit dans l'Histoire naturelle de Buffon.
Enfin, comme s'il était possible, qu'un oiseau fût en même tems de plusieurs espèces différentes, M. d'Azara veut encore que son basacaraguay ne diffère pas du troglodyte d'Europe (Buffon, t. x, pag. 43). Ce rapprochement ne peut pas plus s'admettre que les précédens, et par les mêmes motifs; mais le hasacaraguay est bien le même oiseau que le troglodyte de Bucnos-Ayres (sylvia platensis), observé par Commerson sur l'une et l'autre rive du fleuve de la Plata, et que Guenau de Montbeillard a réuni mal à propos au troglodyte d'Europe. (S.)

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celui de souris, à cause de son cri, et de son habitude de se glisser, particulièrement en hiver, sous les toits, dans les crevasses des murailles, dans les trous des arbres, et d'entrer quelquefois dans les maisons pour y prendre

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les araignées et d'autres petits insectes. Sans être bien nombreuse, cette espèce n'est point rare: les oiseaux qui la composent ne fréquentent jamais ni les campagnes, ni les forêts. Les halliers, les bords des bois, les enclos et les habitations champêtres, font leur domicile de choix; ils sautillent aussi, avec légèreté, sur la terre, en tenant presque toujours la queue relevée, en l'étalant un peu, et sans paraître effrayés de l'approche des hommes. Le mâle chante toute l'année, et, dans la saison des amours, il accompagne son ramage d'un battement d'ailes. On dit que la femelle chante comme le mâle; mais je ne le crois pas, car je l'ai entendue répondre au ramage du mâle par un seul cri chi, bas et tendre.

Quelques basacaraguays chantent mieux que d'autres, et, à mon sens, leur voix est plus agréable au Paraguay, qu'à la rivière de la Plata; mais elle est toujours élevée, claire et gracieuse; elle forme une chansonnette de huit à dix syllabes prononcées vivement, que l'oiseau répète par, intervalles, et souvent pendant long-tems. Son rythme approche de celui du rossignol, mais ses phrases ne sont, ni aussi variées, ni si expressives; cependant je ne laisse pas de le compter au nombre des oiseaux dont le chant a le plus d'agrémens. Il n'est guère possible de le conserver en cage, parce que je crois qu'il serait difficile de lui donner une nourriture qui lui convînt.

L'on assure que, dans 1a. campagne, cet oiseau niche. dans les trous des arbres; mais dans les licux habités, qu'il

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fréquente assez, souvent, il place son nid sur les poutres de la charpente des maisons, et plus ordinairement dans les ouvertures qu'elles laissent dans les murailles. J'ai découvert un de ces nids à terre, dans le crâne d'une vache morte, et un autre sous un toit; il est travaillé avec quelques plumes et quelques brins de paille, et garni intéricurement de beaucoup de crins. La ponte se compose de quatre œufs au plus, roux au gros bout, et tiquetés dans le reste de la même couleur, sur un fond blanc; leurs diamètres sont de 6 et de 8 lignes. Les petits ressemblent aux adultes.

Formes. 19 pennes aux ailes, la première plus courte et étroite; des 12 de la queue, l'extérieure, de chaque côté, est de 4 lignes plus courte que les deux intermé-diaires, dont les autres ont presque la longueur.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces et demi; de la queue, 1 un tiers; du vol, 6; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 9; du bec et du doigt du milieu, 6.

Couleurs. La queue et le bord des pennes des ailes sont rayés transversalement de noirâtre, sur un fond brun. Le dessus de la tête, du cou et du corps, est d'un brun sombre, auquel se mêle un peu de roussâtre sur le croupion. Les côtés du corps sont d'un roux vif; le devant du cou, la poitrine et le ventre, d'un roux clair ou blanchâtre; les couvertures inférieures des ailes, rayées de blanc et de roux vif, et tachetées de noirâtre. Sur quelques individus, ces taches sont d'un roux vif et pur; quelques autres ont les couvertures du dessous des ailes, d'un roussâtre clair. Le bec est d'un blanc rougeâtre.

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N.° CLI.

LE TOUT-VOIX. 1

CET oiseau n'a point de nom particulier, et je lui ai donné celui de tout-voix, à cause de son chant. Il se tient constamment dans les plaines couvertes d'herbes hautes, sous lesquelles il se cache, et d'où il ne sort que quand on est prêt à marcher dessus; alors il vole comme à une centaine de pas; et si l'on court sur lui, on est étonné de reconnaître qu'il est déjà loin. Pour l'ordinaire, on ne parvient à le faire partir que trois fois, au bout desquelles il est impossible de le forcer à prendre son essor. C'est un oiseau farouche et inquiet; on le voit, matin et soir, monter par petits sauts sur les rameaux les plus minces des plantes, en tenant la queue relevée; mais il n'entre jamais dans les bois, ni dans les halliers, ni dans les habitations.

J'ai vu un assez grand nombre de tout-voix au Paraguay et jusqu'à la rivière de la Plata. Dans la saison des amours, le mâle se montre assez long-tems sur les plantes, et son chant est si varié et si gracieux, qu'il ne le cède, selon moi, qu'à celui du rossignol. Ses modulations sont nombreuses, douces, agréables et pleines d'expression. Noseda m'a dit que la femelle chante aussi, d'une voix

1 Cette espèce est le troglodyte de la Louisiane, ou roitelet du Canada, dont le père Charlevoix loue beaucoup le chant (Hist. de la nouv. France, tom, III, pag 556). Guenau de Montbeillard s'est mépris, en donnant cet oiseau comme une simple variété du troglodyte d'Europe (Hist. nat. tom, x, pag. 43). C'est le sylvia Ludovlciana Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 46.—Latham, syst. ornith. gen.43, sp. 150. (S.)

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plus aigu� et un peu moins bien que le mâle, mais je crois qu'il se trompe.

Formes. Les 18 pennes de l'aile sont faibles et concaves; la première est étroite et la plus courte; celles de la queue ne sont ni fortes, ni terminées en pointe, et l'extérieure, de chaque côté, a 8 lignes de moins. La tête est excessivement petite. Les plumes du cou en dessus sont pointues, longues et larges.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue, 1 et demi; du vol, 5; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 4 et demie; large de 2, épais de 1 un tiers.

Couleurs. La gorge, la partie antérieure du cou, la poitrine, les couvertures inférieures et les bords des pennes des ailes, sont blanches. Le ventre est d'un roussâtre clair. Un trait presque blanc surmonte l'œil, derrière lequel est un autre trait parallèle et brun; plus bas, il y en a un troisième qui est blanc, mais plus court; un mélange de blanc et de roussâtre couvre le reste des côtés de la tête. Le derrière du cou est noir, et agréablement rayé en long de blanc; d'autres lignes noirâtres traversent le fond brun roussâtre du dos et du croupion; mais ces lignes deviennent plus nombreuses et plus apparentes sur les couvertures supérieures de la queue. Le côté supérieur des pennes des ailes, et l'extérieur de celles de la queue, aussi bien que leur extrémité, sont rayés en travers de brun clair et de noirâtre; c'est de même sur les grandes couvertures des ailes; les autres sont d'un brun clair; le reste des ailes est brun, et celui de la queue, noirâtre. Le tarse est olivâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CONTRE-MAITRES.

LES petits oiseaux de cette familie, n'ayant point de nom au Paraguay, et n'en connaissant point qui pût leur convenir, je leur ai appliqué celui que j'ai donné à l'espèce la plus généralement connue. Les contre-maîres se tiennent par paires; ils ne voyagent point; ils sont vifs, défians, et si inquiets, qu'ils sont toujours en agitation, et qu'à peine peut-on les découvrir lorsqu'ils sautillent, avec légèreté, de branche en branche, de bas en haut et de haut en bas. Leur tête se rétrécit en devaut; leur physionomie est pleine de feu, et leur bec assez fort pour entamer les fruits et briser les petites graines. Je ne sais pas néanmoins s'ils en mangent; mais il est certain qu'ils n'y sont pas forcés, car les araignées et les autres insectes qu'ils préfèrent, abondent assez sur les feuilles et les écorces des arbres. Pour attraper ces petites proies, ils se tiennent quelquefois la tête en bas, d'autres fois les pieds en haut, et ils prennent toutes les positions possibles; mais je n'ai pas remarqué qu'ils grimpassent comme les charpentiers, ni qu'ils prissent les insectes au vol. Leurs ailes ne sont ni faibles, ni concaves, ni courtes. Leur bec est droit, très-affile, faiblement comprimé sur les côtés, rétréci à sa base, et échancré sur les bords de sa pièce supérieure, à l'endroit où se termine l'inférieure.

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N.° CLII.

LE GABIER.

NE pouvant donner à cet oiseau de dénomination d'après ses couleurs, qui sont presque les mêmes que dans l'espèce suivante, que j'appèle contre - maîre, je l'ai nommé gabier. Il est des plus nombreux dans les grands bois, où il se tient dans les hunes, c'est-à-dire, qu'on ne le voit ni à la cime, ni au bas des arbres, et encore moins à terre. Son ramage, que je crois commun au mâle et à la femelle, est assez agréable, et si sonore, qu'on l'entend, de fort loin, durant toute l'année, mais plus rarement en hiver, qu'à l'époque des amours. Il est impossible d'exprimer ce ramage, qui a quelque variation; car tantôt il semble dire, chivi-chivi, et tantôt ble-ble-ble. L'on m'apporta, en octobre, un nid de cette espèce, avec la femelle qui couvait; il était soutenu par deux rameaux, pas plus gros qu'un cure-dent; son ouverture était plus étroite que le fond, à cause de la compression des rameaux qui formaient la fourche; en dehors, il était composé de petites feuilles sèches très-déliées, quoique larges, et assujéties avec des toiles d'araignées. Il y avait aussi quelques brins d'écorce très-flexibles de plantes, de sorte que sa surface paraissait fort Jisse. La couche intérieure se composait de filamens aussi fins que des cheveux et artistement arranges; et l'entre-deux des couches était garni de matières cotonneuses; le tout n'excédait pas trois lignes

1 Je regarde cette espèce comme nouvelle; elle ne peut, du moins, être confondue avec celle de notre pouillot ou chantre (sylvia trochilus), à làquelle M. d'Azara la rapporte. (S.)

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d'épaisseur. L'ouverture, comme la profondeur, était de dix-huit lignes. Il y avait dans ce nid trois petits sans plumes.

Formes. La troisième des 18 pennes de l'aile est la plus longue; les douze de la queue sont presque égales et un peu pointues. Le tarse est robuste, le bec très-pointu et la tête très-longue, comparée à son diamètre.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 8 un sixième; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du doigt du milieu, 5 un tiers; du bec, 5, épais de 2, et large de 2 et demie.

Couleurs. Un petit trait noirâtre va du bec à l'oreille, qui est surmontée par un arc très-apparent de blanc pâle; au-dessous est un autre trait peu sensible et noirâtre; la tête en dessus est d'un bleu clair d'ardoise. Le dessus du cou et du corps, les couvertures supérieures et les bords des pennes de l'aile et de la queue, sont d'un vert sombre et mêlé de jaune, de même que les côtés de la tête et du cou. Les pennes des ailes et de la queue, les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, et le milieu des grandes, sont bruns. Un blanc pur s'étend sur les parties inférieures jusqu'au bas-ventre, lequel est d'un jaune pur; et cette couleur couvre les côtés du corps. Le tarse a une teinte de plomb claire; l'iris est d'un brun foncé, et le bec, noir à sa pointe et en dessus, est blanchâtre sur le reste.

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N.° CLIII.

LE CONTRE-MAITRE PROPREMENT DIT. 1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, parce qu'il fait entendre, toute l'année, un petit sifllment doux et expressif, mais sans autres variations que de hausser ou baisser de ton, d'en presser plus ou moins les notes, et de les alonger ou de les abréger. Les premiers tons de ce sifflement sont communément plus étendus et plus aigus; ils ne m'ont pas paru sortir de l'octave, et je ne doute pas qu'ils ne puissent être facilement notés.

Le contre-maître est assez commun; il n'a ni l'activité, ni la défiance du gabier; il habite également les grands bois, et si le gabier se tient toujours aux hunes, le contre-maîre reste toujours au-dessous; de sorte que ces deux chantres des bois semblent se partager Ia possession des forêts, non comme les hommes, par des plans ou par des bornes plantées verticalement, mais par des lignes hori-zontales; et ils laissent aux lindos la bande la plus élevée, ou la cime des arbres.

L'oiseau de cet article ne voyage point, et on ne le voit que seul ou par paires; il saute à peine d'une branche à l'autre, et il prend sur les feuilles les araignées et d'au-tres insectes. Il descend quelquefois à terre; sa démarche

1 L'oiseau dont le contre-maître se rapproche le plus, c'est la fauvette verdâtre de la Louisiane (Buffon, tom. IX, pag. 135), que des ornithologistes modernes regardent comme une variété de-la fauvette à têle noire (motacilla atricapilla). Cependant quel-ques différences, aperçues par M. d'Azara, m'empêchent de prononcer affirmativement, comme ille fait, au sujet de l'identité de ces deux oiseaux. (S.)

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est paisible, et il cherche les insectes dans les feuilles tombées.

Formes. Les pennes des ailes ne sont pas aussi fermes que dans l'espèce précédente; la quatrième est la plus longue; celles de la queue, au nombre de 12, se terminent un peu en pointe; elles sont étagées, l'extérieure ayant cinq lignes de moins que les autres, et toutes sont beau-coup plus larges et mieux fonrnies de barbes que celles du gabier; l'iris et la langue ne diffèrent pas des mêmes parties dans le gabbier, mais le contre-maître est plus gras et plus arrondi dans son ensemble. Le doigt du milieu est uni avec l'extérieur, jusqu'à la première articulation. Le bec est le même que celui du gabier, excepté l'échancrure de la pointe.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces sept douzièmes; de la queue, 2 un sixième; du vol, 7 et demi; de la jambe, 15 lignes et demie; du tarse, 13 et demie; du doigt du milieu, 7, de l'extérieur, 5; du bec, 5, épais et large de 2 et demie.

Couleurs. L'attribut le plus remarquable de sa physionomie, c'est la bordure blanche des deux paupières. L'espace entre le bec et l'ongle antérieur de l'œil, est noir. Un trait blanc prend naissance à la narine, et se termine à l'occiput, près duquel elle prend une teinte plombée; au-dessus est un autre trait parallèle et noir, et un troisième, d'un blanc plombé, commence à la base du bec supérieur, et divise en deux portions égales le sommet de la tête; l'occiput et les côtés de la tête ont la couleur de l'ardoise. Les autres couleurs ne diffèrent que très-peu de celles du gabier, elles sont seulement plus claires. Le tarse est d'un blanc pâle et le bec noirâtre.

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N.° CLIV.

LE CONTRE-MAITRE COURONNÉ.1

CELUI-CI vit, a vec les espèces précédentes, dans les forêts et les grands halliers, où il ne monte pas plus haut que la moitié des arbres ou des arbrisseaux. La défiance et l'inquiétude sont les traits principaux de son caractère; il sautille de branche en branche pour saisir les insectes qui se cachent dans les feuille; et on le voit souvent, dans cet exercice, les pieds en haut et la tête en bas. Je l'ai toujours rencontré seul; il ne voyage point, et il est commun, sans être nombreux. C'est dans les mois de septembre et d'octobre, que le mâle cherche à charmer sa femelle, par un ramage peu varié, mais agréable, dont l'expression peut se rendre par les syllabes chihichihi-chicha, en appuyant sur la dernière. La femelle est si-lencieuse.

Formes. Bec droit, avec une légère courbure à la pointe,

1 Demi-fin mangeur de vers, Buffon, tom. x, pag. 5.—Motacilla vermivora Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 55. —Sylvia vermivora Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 138. Il se trouve aussi en Pensylvanie, et probablement dans les autres contrées de l'Amérique, situées entre les États-Unis et le Paraguay. Je ne crois pas cependant qu'il existe à la Guiane, où je ne l'ai ja mais vu.
Je ne fais pas mention de plusieurs autres rapprochemens que M. d'Azara cherche à établir entre cet oiseau et d'autres espèces, voisines à la vérité, mais néanmoins différeutes; le plus singulier est celui de notre roitelet, que l'auteur ne connaît pas, mais qu'il accuse Buffon et les autres ornithologistes d'avoir mal décrit, et cela uniquement parce qu'il ne trouve pas dans leurs descriptions une exacte conformité avec le contre-maître couronné. (S.)

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une saillie à la base de sa pièce supérieure, et quelques petits poils à ses coins. Tarse faible. Les 18 pennes des ailes assez fermes, la quatrième et la cinquième plus longues que les autres; celles de la queue usées, étroites, pointues et égales, à l'exception de l'extérieure, de cha-que côté, qui a deux lignes de moins.

Dimension. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2; du vol, 6 et demi; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 5; du bec, 4 et demie, large et épais de 2.

Couleurs. Le sommet de la tête est partagé en longueur par une bandelette aurore, et large de trois lignes. Sur les côtés de la tête, on remarque quatre autres lignes parallèles, dont la première est presque noire; la seconde, qui forme le sourcil, blanche; la troisième, qui traverse l'œil, noirâtre, de même que la quatrième; une plaque de brun clair couvre l'oreille. Un jaune pur s'étend sur toutes les parties inférieures, et il est lavé de blanc sur les couvertures des ailes. Tout le dessus, aussi bien que le tarse, est olivâtre; mais les pennes des ailes et de la queue, et les couvertures supérieures des premières, sont brunes et bordées d'olivâtre. Le bec est d'un noirâtre luisant en dessus, et d'un brun clair en dessous.

Quelques individus, que je crois femelles, ont les couleurs, et particulièrement celles de la couronne, moins vives et moins pures.

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N.° CLV.

LE CONTRE-MAITRE VERT,

A POITRINE D'OR. l

CET oiseau frequente les halliers, les plaines où il y a des buissons un peu élevés, les lieux humides, comme les terrains secs; il y sautille avec vivacité et prestesse pour chercher les insectes, et, à chaque sautillement, il jète un petit cri de rappel, pi, en tenant la queue relevée; il ne monte pas ordinairement sur les grands arbres, et il ne parait pas à la cime des arbrisseaux, ni dans des endroits trop découverts; jamais il ne va en troupes, et on ne le rencontre que seul ou par paires. Il ne voyage point; et son ramage, qu'il ne fait entendre que rarement hors de la saison des amours, est, à mon sens, aussi agréable et aussi espressif que celui du chardonneret. Au reste, cette espece est assez commune au Paraguay et à la rivière de la Plata.

Formes. Les 18 pennes des ailes sont plus fortes que dans l'espèce précédente; elles sont aussi moins élargies; d'où il résulte que le vol est plus rapide; les troisième et

1 Fauvette à poitrine jaune de la Louisiane, Buffon, tom, IX, pag. 235.—Turdus trichas Linn. syst. nat. gen. 107, sp. 7. — Sylvia trichas Latham, syst. ornith. gen. 43, sp 36, var. b. Cet oiseau a été mis au nombre des grives par Gmelin; et cet auteur, de même que Buffon, Latham et tous les ornithologistes, M. Vieillot excepté, l'ont confondu avec lefiguier de Maryland, ou aux joues noires.
L'espèce du contre-maître de cet article se trouve aussi dans les Florides, a la Louisiane, et même au Canada, mais seulement pendant l'été. (S.)

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qua trième ont plus de longueur que les autres; les 12 pennes de la queue, plus larges, plus fortes et plus fournies de barbes que celles du contre-maître couronné, se terminent légèrement en pointe, et sont usées et étagées. L'extérieure, de chaque côté, a trois lignes et demie de moins que les quatre intermediates. La tête se rétrécit en devant. Le bec ressemble, en tout, à celui du gabier, excepté que son crochet est plus apparent.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, deux douzièmes; du vol, 6 trois quarts; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6 et demie.

Couleurs. Une tache d'un noir velouté, qui commence à la base du bec supérieur, s'étend sur les yeux et les oreilles. Les parties inférieures et le bord extérieur de l'aile, sont d'un jaune pur. Les pennes de l'aile sont bordées inférieurement de blanchâtre. Le sommet de la tête, jusqu'à l'œil, est d'un bleu d'ardoise; quelques individus ont de petites plumes, presque blanches, au-dessus de l'angle postérieur de l'œil. Le reste des couleurs est comme sur le plumage du contre-maître couronné, avec la seule différence que le vert a plus d'intensité. Le tarse est d'un brun rougeâtre.

La femelle ne diffère du mâle qu'en ce qu'elle a les côtés de la tête de la même teinte que le dos.

III. a. 22

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N.° CLVI.

LE CONTRE-MAITRE BRUN VERDATRE,

COURONNÉ D'OR. 1

JE n'ai vu, de cette espèce, que l'individu qui a servi à ma description; et je l'avais acheté, en octobre, des naturels du Paraguay.

Formes. 19 pennes assez fermes aux ailes, la troisième est la plus longue; les 12 de la queue se terminent en pointe, et sont à peu pres égales. Le bec n'est point faible, ni comprimé sur les côtés, et il est droit jusqu'à sa pointe, qui est légèrement crochue.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du bec, 4 et demie; épais de 1 et demie, et large de 2.

Couleurs. En soulevant un peu les plumes du dessus de la tête, l'on s'aperçoit qu'elles sont d'un jaune vif. Toutes les parties supérieures sont d'un brun verdâtre, et les pennes des ailes et de la queue, bordées de la même couleur, sur un fond brun; la gorge est blanchâtre, le devant du cou d'un blanc lavé de jaune, le dessous du corps jaune teinté de blanc, le tarse de couleur de plomb, et le bec noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous.

1 Je ne vois aucune espèce de fauvettes, de figuiers, etc. à laquelle cet oisqau puisse être rapporté avec exactitude. (S.)

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N.° CLVII.

LE CONTRE-MAITRE BRUN VERDATRE,

A TÊTE ARDOISÉE.1

Formes. Les 18 pennes de l'aile, un peu plus fortes que dans l'espece précédente, la troisième est la plus longue; les 12 de la queue sont presque égales et faiblement terminées en pointe. Le bec droit et un peu courbé à son bout, légèrement comprimé sur les côtés, aussi épais que large, et de la même force que celui du contre-maître.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, à peu prés 8; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Il a le dessus et les côtés de la tête, d'une couleur d'ardoise foncée; un petit trait blanchâtre, depuis la narine jusqn'aux côtés de l'occiput; le devant du cou, bleu clair d'ardoise; les parties inférieures et le tarse d'un blanc plombé, et le reste comme dans l'espèce précédente.

N.° CLVIII.

LE CONTRE-MAITRE BLEUATRE.2

IL m'a paru que ce conlre-maître se plaît dans les broussailles embarrassées, mais peu feuillées et peu éloignées

1 C'est vraisemblablement la figuier livide (Sylvia livida) que M. Latham a décrit et dont le pays natal est inconnu. Voyez mon edition des Oeuvres de Buffon, tom. LII, pag. 112. (S.)

2Petite mouocherolle gris de fer, Edwards, glan. pag.194 et fig. planche 302.—Figuier gris de fer, Buffon, tom. VII, pag. 454. — Motacilla cœrulea Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 43.—Sylvia cœrulea Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 121. M. Vieillot a décrit cette espèce, avec son exactitude ordinaire, dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle; et M. Edwards a fait connaître les détails du nid. Voyez Buffon, loc. Cit. (S.)

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des rivières et des caux stagnantes. C'est un oiseau sédentaire et peu commun; il tient toujours la queue un peu relevée. Sa nourriture se compose d'araignées et d'autres insectes; il leur fait la chasse dans ces mêmes broussailles qu'il parcourt en tout sens, et avec une extrême légèreté, soit seul, soit le mâle avec la femelle.

Formes. Les plumes sont un peu soulevées, faibles, longues et douces comme de la soie. La queue est composée de 12 pennes étroites, faibles et terminées en pointe; les six du milieu sont de six lignes plus longues que l'extérieure, et les autres étagées. Il y a 19 pennes aux ailes; elles sont faibles et étroites; la première est plus courte, et les quatrième et cinquième sont les plus longues. L'on voit que la faiblesse de l'aile et la longueur de la queue, éloignent cette espèce des autres de la même familie; cependant je n'ai point trouvé de place pour la ranger plus convenablement. Le bec est presque droit, un peu comprimé sur les côtés, en alêne, et il se termine en pointe à la base de sa pièce supérieure.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces deux tiers; du vol, 5 deux tiers; de la queue, 2 un sixième; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 9; du doigt du milieu, 4 et demie; du bec, 5, large de 2 et épais de 1 un tiers.

Couleurs. L'oiseau est d'un bleu d'indigo en dessus et d'un blanc teinté de bleu en dessous. Un petit trait d'un gros bleu, presque noir, part de la narine et passe audessus de l'œil et de l'oreille; c'est l'attribut distinctif du

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mâle. Les pennes des ailes sont noirâtres et très-faiblement bordées de blanc; celles de la queue sont noires, excepté les deux extérieures, de chaque côté, qui sont noires à leur naissance et sur les tiges, mais blanches dans le reste; il y a aussi du blanc à l'extrémité de la troisième penne. Le tarse est d'un noirâtre plombé, le bec noir et l'iris brun.

N.° CLIX.

LE CONTRE-MAITRE VERDATRE.1

J'AI rencontré un oiseau de cette espèce perché sur une branche sèche, au Paraguay, pendant le mois de septembre; et comme je n'en ai pas vu d'autres, depuis plusieurs années, et que je n'en ai pas une idée bien nette, je place ici provisoirement cette espèce.

Formes, 19 pennes aux ailes, la deuxième plus longue; les 12 de la queue à peu près égales. Le bec droit jusqu'à sa moitié, ensuite très-faiblement courbé sur le reste, avec une crochet et un peu comprimé sur les côtés. Les ouvertures des narines sont circulaires.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces et demi; de la queue, 1 un sixième; du vol, 7 trois quarts; de la jambe, 10 lignes; du doigt du milieu, 4 deux tiers; du bec, 3 trois quarts.

Couleurs. Un trait blanchâtre qui prend à la narine, entoure l'œil. Le dessus de la tête, du cou et du corps, ainsi que les petites couvertures supérieures des ailes, est d'un vert obscur; les grandes couvertures sont d'un brun

1 Figuier olive, Buffon, tom. IX, pag. 464, et pl. enlum. n.° 685, fig. 1.—Motacilla œquinoctialis Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 110. —Sylvia œquinoctialis Latham, syst. ornith. gen, 43, sp. 127.(S.)

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noirâtre. La gorge est d'un gris de perle; le dessous du cou et la poitrine sont d'un brun teinté de jaune, et le ventre, de même que les couvertures inférieures des ailes, d'un jaune faible. Le tarse est d'un noirâtre saupoudré de blanc, l'iris brun, et le bec noir en dessus, blanchâtre en dessous et orangé à l'intérieur.

N.° CLX.

LE TOUPET ORDINAIRE.

JE ne sais si cet oiseau se trouve à la rivière de la Plata; mais je l'ai vu communément, pendant toute l'année, au Paraguay. Il fréquente les broussailles, qu'il parcourt en tout sens avec beaucoup de légèreté.

Formes. Les troisième, quatrième et cinquième des 19 pennes de l'aile, sont à peu près égales; les 12 de la queue sont étroites et étagées; celles du milieu ont deux lignes de plus que les autres, et sont les plus étroites et les plus en pointe à leur extrémité. Le bec a la forme de celui du contre-maître; il est seulement un peu plus faible. Sur le sommet de la tête, on voit quelques petites plumes étroites et pointues, qui forment une huppe ou toupet de cinq lignes de long, que l'oiseau relève plus ou moins. Le corps est alongé.

1 Cet oiseau ne peut être le même que le roitelet-mésange (Buffon, tom. x, pag. 76, sylvia elata), comme le pense M. d'Azara, puisque, sans parler de plusieurs autres traits de dissemblance, la huppe de ce dernier est jonquille. Je ne connais point d'oiseau auquel le toupet ordinaire se rapporte exactement; au reste, comme ces petites espèces sont très-sujettes à varier dans les teintes de leur plumage, il est difficile de rencontrer plusieurs individus qui se ressemblent exactement. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 5 et demi; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu et du bec, 4.

Couleurs. Un petit trait blanc qui part de la narine, se termine sous l'oreille. Le toupet, ou la huppe, est noirâtre, quoiqu'en écartant les plumes on aperçoive du blanc. Le reste du dessus de la tête, ses côtés et sa partie postérieure, sont d'un brun clair, faiblement mélangé de bleuâtre; le cou et le corps en dessus sont bruns; cette couleur est plus ou moins mêlée de verdâtre. Les pennes des ailes et leurs grandes couvertures sont noirâtres, mais ces dernières ont leur extrémité blanche. La queue est brune, et le côté externe de la première penne, de chaque côté, est blanc. Du blanc, auquel se mêle une légère nuance plombée, couvre la gorge et le devant du cou; le reste des parties inférieures est d'un beau jaune, l'iris brun et le bec noir, ainsi que le tarse.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX TACHURIS.

CETTE famille comprend plusieurs espèces de petits oiseaux que les Guaranis nomment tachuris et tarichus. Je les ai séparés des précédens, parce qu'ils ont le naturel moins vif et moins inquiet, le bec plus faible et aplati sur toute sa longueur. Leur tête, assez petite, est revêtue de plumes étroites, longues, faibles et peu serrées; l'aile, quoique d'une longueur moyenne, n'est ni très-ferme, ni vigoureuse; le plumage est lache et doux, comme celui des oiseaux qui fréquentent les buissons, et qui ne se tiennent pas beaucoup à terre. Le bec est court, faible, droit, très-légèrement crochu, et plus épais que large; la base du bec supérieur se forme de deux plans. Près de l'angle de la bouche l'on voit quelques petits poils courts, fins et peu remarquables. La langue est aplatie, large, transparente et peu grosse.

Les tachuris vivent seuls, ou par paires; ils ne sont ni farouches, ni voyageurs. Ils sautillent sur les arbres et les buissons, et leur vol se réduit à passer de l'un à l'autre. Jamais on ne les rencontre dans les plaines, et ils passent rarement la lisière des bois. Ils se nourrissent d'araignées et d'autres insectes qu'ils prennent sur les feuilles, sans monter plus haut que la moitié des arbres ou des buissons, ni se laisser voir dans des endroits un peu découverts.

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N.° CLXI.

LE ROI.1

J'APPÈLE ainsi cette espèce, non-seulement à cause de sa couronne, mais parce qu'il y en a peu d'aussi agréablement vêtues. J'ai acheté cinq de ces oiseaux au Paraguay et un à Buenos-Ayres; ils ne présentaient aucune différence extérieure, et je présume qu'ils fréquentent les terrains couverts d'eau, car j'en vis un dans les joncs d'un ruisseau; et les Indiens qui me vendirent les individus dont je viens de parier, sont d'une nation qui ne vit que de pêche.

Formes. Des 18 pennes de l'aile, la quatrième est la plus longue; les 12 de la queue sont faibles et étagées, l'extérieure, de chaque côté, étant de quatre lignes plus courte que les intermédiaires. Le bec est étroit à sa base et droit, l'œil petit et vif, et la tête comprimée en devant sur les côtés, un peu petite et revêtue de plumes étroites, mais longues, peu serrées et décomposées, l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue, 1 cinq douxièmes; du vol, 5 trois quarts; de la jambe, 13

1 L'auteur compare cet oiseau à celui que Guenau de Montbeillard a décrit sous la dénomination de figuier à tête rouge. (Buffon, tom. IX, pag. 416. Sylvia petechia); et il prononce que ce sont des oiseaux de la même espèce, pourvu que les taches rouges que le figuier dont parle Guenau de Montbeillard, porte sur la poitrine et le ventre, soient la même chose que le bas-ventre rouge. Or, ces expressions étant très-différentes, il faut conclure que le roi et le figuier à tête rouge sont aussi d'espèces distinctes; et je regarde le premier comme une espèce nouvelle. (S.)

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lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, à peu près 5.

Couleurs. Le menton est blanc; la gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre, sont d'un beau jaune pur; mais une bande de noir velouté, et large de trois lignes, s'étend depuis l'origine de l'aile jusque sur les côtés de la poitrine; le bas-ventre est d'un rouge de feu, et les couvertures supérieures de l'aile sont variées de noir et de blanc. Les côtés et le derrière de la tête sont d'un bleu foncé ou noir, et, depuis les narines, un trait d'un jaune vif passe sous l'œil et se termine à l'occiput. Le dessus de la tête est noir, quelquefois pointillé de roussâtre; mais au milieu paraît une petite couronne du rouge de feu le plus vif. Le cou et le corps en dessus sont teints en vert obscur; les ailes noires, quelquefois brunes, à l'exception des grandes couvertures des parties internes, qui sont blanches et terminées de jaune faible; quelques individus ont aussi du blanc à la pointe et à la naissance des pennes de ces mêmes parties; et, dans ce cas, le blanc s'étend en ligne oblique, de sorte que les seizième et dix-septième pennes sont presque entièrement blanches, et que la huitième a seulement ses barbes externes de cette couleur. La queue est noire; mais la penne extérieure, de chaque côté, est blanche, aussi bien que les bords et la pointe de la seconde et l'extrémité de la troisième. Le tarse est noirâtre, le bec noir, ainsi que l'œil, et l'intérieur de la bouche orangé.

Il y a quelques variétés dans le ton des couleurs de ces oiseaux, et je présume qu'elles sont l'effet du jeune âge.

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N.° CLXII.

LE TACHURIS,

A TÊTE ET COU DE COULEUR DE PLOMB.1

JE n'ai vu, au Paraguay, que deux oiseaux de cette espèce.

Formes, 19 pennes faibles aux ailes, les deuxième, troisième et quatrième plus longues; 12 égales et faibles à la queue. Bec droit, un peu courbé à la pointe, assez fort et presque pas comprimé. Plumes de la tête, longues de quatre lignes, douces et étroites.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième; de la queue, 1 cinq douzièmes; du vol, 6 et demi; de la jambe, 10 lignes; du tarse, 9; du doigt du milieu, 4 et demie; du bec, 4.

Couleurs. Un trait blanc entoure la base du bec supérieur. La tête et le cou en dessus ont une teinte plombée, tirant sur la couleur de l'ardoise. Le dessus du corps et les petites couvertures supérieures de l'aile, sont d'un brun verdâtre; les grandes des parties internes se font remarquer par leur nuance de noirâtre foncée et par leurs extrémités de roux vif. La gorge est presque blanche, et le devant du cou gris de perle; la poitrine et le ventre sont blancs, les côtés du corps, les couvertures iuférieures des ailes et la queue, blanchâtres; il y a du jaune au pli de l'aile; les tiges et les bords des pennes des ailes et de la queue en dessous, sont de couleur blanche. Le tarse a une teinte plombée, presque noire; le bec est noirâtre en

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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dessus, et blanchâtre sur le reste; les coins de la bouche sont orangés.

Quelques individus diffèrent en ce qu'ils ont les parties supérieures d'un brun verdâtre, les pennes des ailes et de la queue, brunes et bordées de blanc.

N.° CLXIII.

LE TACHURIS BRUN ET ROUX.1

JE n'ai vu, au Paraguay, qu'un seul oiseau de cette espèce; c'était au mois d'avril

Formes. Les plumes du sommet de la tête sont longues et peu pressées. Les troisième et quatrième des 17 pennes de l'aile, sont plus longues; l'oiseau était en mue, et je crois qu'une penne manquait; les 12 de la queue sont égales. Le bec est droit.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un sixième, de la queue, 1 sept douzièmes; du vol, 5 cinq sixièmes, de la jambe, 10 lignes et demie; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, à peu près 5; du bec, 4.

Couleurs. Il a les plumes du dessus de la tête, noirâtres et bordées de brun; une petite tache rousse qui commence aux narines et occupe les côtés de la tête; le cou en dessus et le haut du dos, d'un brun lavé de roux; le dos, le croupion et les bords des pennes de la queue, de celles des parties internes de l'aile et des couvertures supérieures, d'un roux vif; ces pennes et ces couvertures d'un brun noirâtre; le ventre blanc; toutes les autres parties inférieures, roussâtres; le tarse noir, enfin le bec noirâtre en dessus et à son bout, blanchâtre dans le reste.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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n.° CLXIV.

LE TACHURIS COURONNÉ DE ROUX.1

DANS le mois d'août, j'achetai deux oiseaux de cette espèce au Paraguay.

Formes. Iris imperceptible. Aux ailes, 19 pennes concaves, dont les troisième, quatrième et cinquième sont presque égales; à la queue, 12 pennes faibles et un peu étroites; l'extérieure, de chaque côté, plus courte de trois lignes que les intermédiaires et les trois suivantes, et de deux lignes plus que celle qui l'avoisine. Bec droit, et courbé à sa pointe.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un tiers; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 5 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 5; du bec, 4 et demie.

Couleurs. Il a les plumes du sommet de la tête, d'un roux vif et terminées de brun; le dessus du cou et du corps d'un brun presque insensiblement teinté de vert; les ailes et la queue d'un brun foncé; les yeux entourés de roussâtre clair; la gorge blanchâtre; le dessous du cou et du corps blanc; les couvertures et le bord inférieurs des ailes, d'un jaune clair; le tarse violet; le bec noirâtre, et l'intérieur de la bouche, jaune paille.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CLXV.

LE TACHURIS A POITRINE JAUNE.1

L'ON m'a vendu un oiseau de cette espèce au Paraguay, dans le mois de juin.

Formes. La troisième des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 10 de la queue sont égales; il en manquait sûrement deux. Le bec est droit, un peu crochu à sa pointe, et sans compression latérale. Les plumes du sommet de la tête sont un peu plus longues que les autres.

Dimensions. Elles sont, à très-peu près, les mêmes que dans l'espèce précédente.

Couleurs. Un trait blanchâtre, qui prend naissance à la narine, se termine au delà de l'œil en le traversant. Sur la tête, les plumes sont noirâtres; mais, en les soulevant, on voit qu'elles sont blanches jusque vers leur extrémilé. Le derrière de la tête et du cou, ainsi que le dessus du corps, est d'un brun teinté de roux; les couvertures supérieures des ailes sont noirâtres et terminées de roux; les pennes noirâtres, et, pour la plus grande partie, bordées finement de roussâtre; celles de la queue ont un liseré blanchâtre sur un fond brun. Les parties inférieures ont une couleur de jaune d'œuf un peu pâle. Le tarse est noirâtre, et le bec noir, garni à sa base de quelques poils également noirs.

1 M. d'Azara remarque très-judicieusement que ce tachuris a de nombreux rapports de conformité avec le figuier à ventre jaune du Sénégal (Buffon, tom. IX, pag. 411, et pl. enlum. n.° 582, fig. 3. Sylvia flavescens); mais il observe en même tems qu'il n'est guère possible de supposer qu'une espèce aussi petite, se trouve également au Sénégal et au midi de l'Amérique. Peut-être l'oiseau décrit par Buffon ne vient-il pas réellement d'Afrique.(S.)

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N.° CLXVI.

LE TACHURIS MORDORÉ,

A POITRINE D'OR.1

J'AI vu, au Paraguay, plusieurs individus de cette espèce, qui ne m'ont point offert de différences entr'eux.

Formes. La tête est un peu petite, comprimée en devant sur les côtés, et couverte en dessus de plumes peu pressées; 19 pennes pointues, dont les troisième et quatrième sont les plus longues, composent les ailes; les 12 de la queue sont faibles, pointues et étagées; l'extérieure, de chaque côté, a quatre lignes de moins que les autres. Le bec est droit, sans compression sur les côtés, et avec quelques petits poils à l'angle de ses mandibules.

Couleurs. Il a les plumes du dessus de la tête d'un brun roussâtre, avec un peu de noirâtre dans leur milieu; les côtés de la tête, le dessus du cou et du corps, la bordure des pennes de la queue, et les petites couvertures supérieures des ailes, mordorés; la queue, les pennes et les grandes couvertures supérieures des ailes, brunes, avec du fauve à l'extrémité de ces couvertures; celles du dessous de l'aile, jaunâtres, avec une couleur d'or au bord extérieur de l'aile; le reste des parties inférieures d'un jaune pur et vif; le tarse noirâtre; le bec noir en dessus et blanchâtre en dessous, enfin l'iris d'un brun rougeâtre dans quelques individus, et brun dans d'autres.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CLXVII.

LE PETIT TACHURIS NOIRATRE.1

J'AI souvent observé cet oiseau, et au Paraguay, et même aux environs de la rivière de la Plata; je l'ai toujours rencontré seul, aux bords des eaux stagnantes; il sautille sur les buissons et sur les plantes aquatiques; on le voit souvent à terre, occupé à saisir les insectes, avec beaucoup de prestesse et de vivacité. Je n'ai point remarqué de différences extérieures entre les mâles et les femelles. Ce tachuris ressemble tellement, par les couleurs de son plumage, à celui du numéro suivant, que l'on pourrait croire que ces deux oiseaux sont de la même espèce; cependant, comme il y a quelques différences dans leurs dimensions, et de plus grandes encore dans la nature des terrains qu'ils fréquentent, je pense qu'ils forment des espèces distinctes.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième plus grande; l'extérieure des 12 de la queue, plus courte de cinq lignes, les autres étagées. Bec comme les précédens.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces trois quarts; de la queue, 2 un quart; du vol, 8 un quart; de la jambe, 11 lignes et demie; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 5 et demie; du bec, 4 et demie, épais de 2, large de 3.

Couleurs. La tête et le dessus du cou et du corps sont d'un brun sombre, mêlé de vert, et la queue est presque noire. Les pennes des ailes et leurs couvertures sont noirâtres, mais les couvertures ont un liseré brun, Un gris

1 Espèce nouvelle. (S.)

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de perle occupe la gorge, le devant du cou et le ventre; le reste des parties inférieures est d'un brun sombre. Le bec et le tarse sont noirs, et l'iris est brun.

En soulevant les plumes de la tête de quelques-uns de ces tachuris, on voit qu'elles sont blanches intérieurement; c'est, je crois, l'attribut des mâles.

N.° CLXVIII.

LE GRAND TACHURIS NOIRATRE.

J'AI rencontré, au mois de septembre, quatre ou cinq oiseaux de cette espèce, qui parcouraient, avec beaucoup d'agilité et en tout sens, les branches médiocrement élevées d'un grand bois du Paraguay. J'en tuai un, et les autres ne me parurent pas en différer. Les dissemblances extérieures qui séparent ce tachuris du précédent, sont: 1.° la longueur totale, qui est de 5 pouces et demi, et les autres dimensions, dans la même proportion; 2.0 la teinte plus claire des parties supérieures, et plus foncée sur les inférieures, à l'exception du ventre qui est blanchâtre; 3.° la couleur du bec, noirâtre en dessus, et orangé clair en dessous.

N.° CLXIX.

LE TACHURIS,

A TÊTE COULEUR DE PLOMB.1

CE petit oiseau et les suivans recherchent, plus que les précédens, les lieux fourrés et embarrassés. Quoique

1 Espèce nouvelle. (S.)

III. a. 23

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leurs habitudes soient les mêmes que celles des cspèces dont il vient d'être question, ils en différent néanmoins par la tête, un peu plus grosse; par le bec, un peu plus long, faible, droit jusqu'aux deux tiers de sa longueur, légèrement courbé dans le reste, un peu rabattu à son bout, qui n'est pas pointu, et qui forme une sorte de pe tite cuiller, à peine apparente, et propre à détacher les insectes collés aux feuilles; par l'œil, plus grand; par les ailes, plus faibles et plus concaves; par le cou, plus gros; par l'ensemble du corps, plus ramassé; enfin, par la queue, plus étroite.

L'oiseau de cet article ne voyage point; son cri de rappel ressemble au son que l'on forme en agitant les lèvres. L'on ne remarque point de dissemblance entre le mâle et la femelle.

Formes. Les 18 pennes de l'aile sont faibles, concaves, et les quatrième, cinquième et sixième sont à peu près égales; les 12 de la queue sont étroites, pointues, et l'extérieure a trois lignes de moins que les quatre intermédiaires. Le tarse est très-faible. Il y a des poils aux angles du bec.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; de la queue; 1 et demi; du vol, 5 trois quarts; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du bec, 5.

Couleurs. La tête en dessus a une teinte de plomb foncée; ses côtés, la gorge et le devant du cou, sont d'un blanc roussâtre. Le derrière de la tête et du cou, le dessus du corps, les petites couvertures supérieures et le bord des pennes des ailes, sont d'un olive sombre; les grandes couvertures ont une bordure roussâtre, sur un fond noirâtre; c'est la nuance de la queue, du reste des ailes, du bec et du tarse; et celle du reste des parties inférieures, est un blanc mêlé de jaune.

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N.° CLXX.

LE TACHURIS RESSEMBLANT AU PRÉCÉDENT.1

JE n'ai vu qu'un seul oiseau de cette espèce, que j'achetai au Paraguay en novembre.

Les formes sont les mêmes et les dimensions un peu plus faibles que dans l'espèce précédente.

Couleurs. Le sommet de la tête paraît d'un brun foncé; mais en soulevant les plnmes, on s'aperçoit qu'elles sont blanches. Une bandelette d'un blanc roussâtre commence aux narines, et se termine sur les côtés de l'occiput; audessous est un trait noirâtre, qui prend aux coins de la bouche et passe par les oreilles. Un blanc doré couvre toutes les parties inférieures. Les supérieures sont mordorées, à l'exception des grandes couvertures des ailes, qui sont noirâtres et bordées de mordoré, et des pennes, qui sont brunes, avec un liseré blanchâtre et peu apparent.

N°. CLXXI.

LE TACHURIS A VENTRE JAUNE.2

IL me semble avoir vu cet oiseau, comme le précédent, dans un grand bois du Paraguay. J'ai acheté l'individu qui a servi à ma description.

Formes. Les 19 pennes de l'aile très - étroites, faibles et concaves; la quatrième et la cinquième les plus lon-

1 Il est inutile de faire remarquer combien une pareille dénomination est vague et peu convenable. Au reste, je pense que cet oiseau forme encore une espèce nouvelle. (S.)

2 Espèce nouvelle. (S.)

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gues; les 12 de la queue fort étroites, faibles, pointues et étagées; l'extérieure plus courte de deux lignes; le bec comme dans les espèces précédentes. Les plumes du sommet de la tête décomposées, et ni étroites, ni pointues.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un tiers; de la queue, 1 deux tiers; du vol, 5 un tiers; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 6; du bec, 4.

Couleurs. Le dessus de la tête est d'un brun mêlé de roussâtre; le reste est mordoré, de même que le derrière du cou et le dessus du corps. Les parties inférieures sont d'un jaune pur; mais les pennes des ailes et de la queue ont une teinte moins foncée qu'en dessus. Les petites couvertures supérieures des ailes sont bordées de mordoré, et les grandes des parties internes ont leurs extrémités blanchâtres. Le tarse et le bec sont noirâtres.

N.° CLXXII.

LE TACHURIS BRUN,

A VENTRE GRIS DE PERLE.1

DANS le grand nombre de ces tachuris que j'ai observés au Paraguay, je n'ai point reconnu de différences entre le mâle et la femelle. Pour faire leur nid, ils choisissent, dans les grands halliers, l'extrémité d'un jonc ou d'un rameau sec, qui s'élève de quelques pieds au-dessus du sol, et ils l'y arrangent de manière qu'un buisson lui serve de voile et de tente, et l'endroit le plus fourré, d'abri. Ils donnent à ce nid la forme d'un cône dont l'axe a six

1 Je ne crois pas que cette espèce ait été décrite; mais elle doit être rangée plutôt parmi les gobe-mouches, qu'avec les fauvettes ou les figuiers. (S.)

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ponces, et le diamètre extérieur, à la base, neuf et demi; sous cette base est un hémisphère parfait, qui forme corps avec le cône et dans la concavité duquel sont déposés les œufs; le cône est solide, ou rempli de divers matériaux; au bas d'un de ses côtés est l'ouverture en rond, de quinze lignes de diamètre, et recouverte, dans quelques nids, par une sorte d'avant-toit. En dehors, le nid est composé de petits rameaux d'écorce mince, attachés avec des fils de caraguata, ou d'autres filamens; au dedans est une couche mollette de duvet cotonneux. La ponte est de deux, quelquefois de trois œufs pointus à un bout, blancs avec quelques taches fauves, et ayant les diamètres de huit et de six lignes.

Formes. 19 pennes concaves, faibles et étroites aux ailes; les quatrième et cinquième les plus longues; les 12 de la queue égales en longueur, mais si étroites, que la queue pliée n'a partout que deux lignes et demie de large. Le bec, de même que dans les trois espèces précédentes. Il y a des moustaches de quatre lignes et demie de long aux coins de la bouche. L'œil est vif, et assez grand. Les plumes de la tête et du cou, un peu longues, fort douces et décomposées.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un tiers; de la queue, 1 sept douzièmes; du vol, 6 un quart; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 10; du bec, 5.

Couleurs. Le dessus et les côtés de la tête et du cou, sont d'un brun mêlé de couleur de plomb; le corps en dessus et les petites couvertures supérieures des ailes, d'un vert d'olive foncé; les grandes, ainsi que les pennes et celles de la queue, ont la même teinte sur leurs bords et du noirâtre sur le reste. Les parties inférieures sont d'un gris de perle faible; il y a un peu de jaune au bord et aux

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couvertures de dessous l'aile. Le tarse est d'un rouge plombé, le bec d'un noirâtre mêlé de rougeâtre, et l'iris d'un orangé vif et brillant.

N.° CLXXIII.

LA MOUSTACHE.1

CET oiseau m'a paru singulier et bizarre, par le peu de longueur de ses jambes, ses grandes moustaches, son bec énorme, sa largeur, sa bouche, sa tête très-aplatie et la grandeur de ses yeux. Il a les mêmes habitudes que les quatre espèces précédentes, et le même cri que la première de ces espèces. C'est un oiseau des bois; Noseda qui l'a tué au mois de mai, le décrit ainsi:

Formes. La quatrième des 18 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont égales. Le bec est beaucoup plus large qu'épais, comprimé et de la forme d'une lancette usée à la pointe, avec un crochet au bout. Les ouvertures des narines sont arrondies; la langue a la forme du bec; la bouche est grande; et des poils noirs, longs de cinq pouces, et placés par paires, comme les rames d'une embarcatiou, la garnissent aux coins et au-dessus.

Dimensions. Longueur totale, 3 ponces et demi; de la queue, onze douzièmes; du vol, 5 deux tiers; de la jambe, environ 7 lignes; du tarse, 8; du doigt du milieu, 4; du bec, 5, épais de 1 et demie, et large de 4.

Couleurs. Une raie noirâtre qui prend au coin de la bouche, suit le côté de la tête, et se termine au-dessus de

1 C'est une espèce de gobe-mouche, mais très-singulière et nouvelle. (S.)

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l'orei'lle; sur cettc raie, il y en a une autre d'un brun mêlè de jaune qui, commençant à la narine, va couvrir l'oreille. Le haut de la gorge est blanchâtre, et le reste des parties inférieures, d'un jaune foncé. Le dessus de la tête est brun noirâtre, et tout le dessus de l'oiseau d'un brun plus clair, et mêlé d'un peu de jaunâtre; mais les barbes inférieures des pennes des ailes sont noirâtres, de même que la queue entière, a l'extrémité de laquelle on voit de petits points fort agréables. Le tarse est d'un blanc clair, l'iris brun, le bec noir en dessus et d'un blanc doré en dessous, la bouche jaune. L'on ne remarque aucune dissemblance entre le mâle et la femelle.

N.° CLXXIV.

L'AILE SINGULIÈRE.1

LES naturels du Paraguay me veridirent, au mois de juillet, un oiseau de cette espèce, je n'en ai point vu d'autres; et tout ce que je puis dire, c'est qu'il a la tête assez grosse et couverte de plumes douces un peu longues et pressées; de grandes moustaches; le cou gros; les plumes du devant du cou hérissées; le bec plus épais et plus renflé que dans les espèces précédentes; le tarse comprimé comme celui d'un oiseau aquatique; enfin l'aile très-singulière, par le grand nombre de ses pennes, les plus pointues, les plus étroites et les plus faibles que j'aie vu.

Formes. 21 ou 22 pennes dont la quatrième est la plus longue; la queue en a 12 bien fournies de barbes et étagées, desquelles l'extérieure, de chaque côté, a trois lignes de moins que les autres. Le tarse est si comprimé, qu'il a.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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presque autant de grosseur en devani, que derrière; le bec à peu près droit, échancré à sa pointe, et garni de poils à sa base; l'œil vif et assez grand.

Dimensions, Longueur totale, 5 pouces un sixième; de la queue, 1 un sixième; du vol, 6 trois quarts; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9 et demie; du doigt du milieu, 5; du bec, 5 et demie, large de 3.

Couleurs. Toute la tête, la gorge et le devant du cou, sont noirâtres, de même que la queue, à l'exception de sa penne extérieure qui est blanchâtre; une couleur brune s'étend sur les parties supérieures; les couvertures de l'aile ont leur extrémité blanchâtre; un liseré de la même couleur borde celles des parties internes, et une bande blanche, parallèle aux couvertures, la traverse. La poitrine et le ventre sont d'un brun mêlé de blanc, les couvertures inférieures des ailes, douces et presque blanches, excepté celles de la partie extérieure, qui sont marbrées de brun, et les pennes en dessous, mi-parties de blanc et de brun argenté. Le tarse est d'un noir luisant, l'iris cou leur de carmin, et le bec bleu de ciel, avec du noirâtre à son bout.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX SUIRIRIS.

LES Guaranis nomment suiriris deux oiseaux communs; et j'ai généralisé cette dénomination, en l'appliquant à la famille entière de ces oiseaux, qui sont nombreux, solitaires, ou seulement réunis par paires, d'une physionomie triste, et d'un naturel si stupide, qu'ils ne connaissent pas les dangers. Tous ont les ailes fermes et vigoureuses, l'envergure étendue, le vol facile, rapide et par secousses. Leur queue est étroite, coupée carrément, bien fournie de barbes, longue et peu large. Leur bec est assez gros, et cependant peu pesant et fort, droit, sans compression latérale, et avec un crochet plus ou moins marqué vers son bout, et des moustaches ou des soies à sa base. Les ouvertures des narines ont une forme circulaire, comme si elles étaient percées avec une tarière; les plumes les recouvrent un peu. La bouche est extrémement lisse et lustrée, la langue aplatie, étroite et un peu grosse. La tête paraît arrondie, parce que les plumes dont elle est revêtue en dessus, ont un peu de longueur, et sont comme entassées, sans être pressées les unes sur les autres. Le cou est court, le haut du dos large, et le croupion étroit.

Les suiriris ne se rencontrent point dans les campagnes, et ils ne se trouvent que dans les bois, sur - tout à la lisière et dans les halliers; ils ne s'y cachent point, et ils s'y tiennent assez long-tems tranquilles, pour épier les insectes qui volent à leur portée, et qu'ils saisissent de leur

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place, ou sans bcaucoup s'en éloigner; ils les tuent avant de les manger, en les frappant contre une branche. Quelquefois aussi ils guettent les insectes à terre, et ils les tuent et les mangent sans avancer, car ils ne savent pas marcher. Je ne connais qu'une seule espèce de cette familie qui ait un chant agréable.

N.° CLXXV.

LE DOMINICAIN.1

J'AI observe, au Paraguay, jusqu'à une douzaine d'oiseaux de cette espèce, tous dans les terrains inondés, où ils chassent aux insectes. Ils ne se montrent pas à découvert, comme ceux des autres espèces, à la cime des plantes et des buissons; ils mettent de la vivacité à les parcourir, et, pour changer de place, ils volent le plus bas qu'ils peuvent. Ils sont sédentaires, et peu farouches. A la fin d'octobre, j'ai eu deux de leurs nids, l'un avec deux œufs, et l'autre avec trois petits qui ressemblaient parfaitement aux adultes; ces nids étaient formés de quelques petites racines et de petits rameaux flexibles.

Formes. La quatrième des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, l'extérieure ayant trois lignes de moins que les autres. Le bec est droit et un peu crochu; sa base est entotirée de poils longs et noirs.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouecs onze dou-

1 Gillit, ou gobe-mouche-pie de Cayenne. Buffon, tom, VIII, pag.342, et planches enlum. n.°675, fig. 1.—Muscicapa bicolor Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 78. —Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 4. S.)

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zièmes; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 7 cinq sixièmes; de la jambe, 13 lignes et demie; du tarse, 10 et demie; du bec, 5 et demie.

Coulcurs. Le front, les côtés de la tête, la gorge, le devant du cou, le dessous du corps et les couvertures inférieures des parties internes de l'aile, sont d'un beau blanc, et les autres couvertures inférieures, marbrées de blanc et de noir; les grandes couvertures supérieures ont leur extrémité blanche, de même que les pennes intérieures; les quatre extérieures, de chaque côté de la queue, ont un peu de blanc à leur bout, et le reste des ailes et de la queue est noir. Le dessus de la tête, du cou et du corps, est d'un brun noirâtre, plus foncé sur le croupion. Le bec, l'iris et le tarse sont noirs.

N.° CLXXVI.

LA TÊTE BLANCHE.1

CET oiseau est assez rare dans les lieux marécageux, dont il s'éloigne assez souvent d'une cinquantaine de toises; il saisit les insectes au vol et à terre. Il passe la plus grande partie du jour au milieu des joncs et des autres plantes des marais; mais, soir et matin, il se perche à leur cime. Il est assez rusé, et il connait assez, quand on le poursuit pour se cacher et éviter les lieux découverts où il pourrait être aperçu. Il est sédentaire et inquiet.

Formes. Des 19 pennes des ailes, les quatrième et cinquième sont les plus longues, et la seconde n'a presque point de barbes; l'extérieure des 12 pennes de la queue est de deux lignes plus courte que les autres. Le bec est

1 Espècc nouvelle. (S.)

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plus large qu'épais; les plumes du dessus de la tête sont longues, soyeuses, décomposées et peuserrées.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, onze douzièmes; du vol, 8; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du bec, 6 et demie.

Couleurs. Ca suiriri a la tête entière plus blanche que la neige; les ailes brunes, les couvertures inférieures de la queue, blanchâtres; le reste du plumage et le tarse, d'un noir profond; enfin le bec noir en dessus et à son bout, et le reste d'un jaune pur.

La femelle a le front, jusqu'à la moitié de la tête, et toutes les parties inférieures, de couleur blanche; la queue noirâtre; les couvertures inférieures des ailes, marbrées de brun et de blanc; le reste des parties supérieures, brun.

N.° CLXXVII.

LE CHURRINCHE.1

LES Guaranis appèlent cet oiseau guirapita (oiseau rouge), et les habitans de Buenos- Ayres, churrinche. Il est sédentaire, mais rare en tous ces pays. Il se tient seul et dans les lieux où l'on peut aisément l'apercevoir; il préfére les buissons àux arbres, et les forêts aux bosquets, où il n'entre jamais. Il saisit les insectes au vol, et, pour les manger, il revient à la place d'où il est parti; il les prend aussi à terre, mais il n'y reste que pour les enlever. J'achetai, au mois de novembre, un nid de cette espèce,

1 Le rubin, ou gobe-mouche huppé de la rivière des Amazones, Buffon, tom. VIII, pag. 351, et pl. enlum. n.° 675, fig. 1. — Muscicapa coronata Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 25. — Latham, syst. ornith, gen. 40, sp, 81. (S.)

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dans lequel il y avait trois petits sans plumes. L'on m'assura que ce nid avait été trouvé dans un buisson épineux; il était travaillé en dehors avec des feuilles et de petites pailles, et en dedans avec des crins de cheval. Je voulais élever les petits, mais ils moururent, faute de pouvoir digérer la viande crue. Le mâle et la femelle ne différent point entr'eux, autant que j'en ai pu juger par le nombre, assez grand, d'individus que j'ai vus toujours seuls.

Formes. La deuxième des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont égales. Les plumes du sommet de la tête sont longues, soyeuses, peu serrées et décomposées.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un tiers; de la queue, 2; du vol, 9; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8; du bec, 5.

Couleurs. Une bande noirâtre commence au bec, couvre l'œil et l'oreille, et se confond, sous l'occiput, avec le brun noirâtre qui règne sur toutes les parties supérieures, excepté les extrémités des grandes couvertures du dessus de l'aile, qui sont blanchâtres. Le reste de la tête et les parties inférieures, sont du plus beau cramoisi que l'on puisse voir; les couvertures et les pennes de l'aile en dessus ont une nuance de brun mêlé de rougeâtre. L'iris est brun; le tarse et le bec sont noirs.

Quelques individus ont le haut et les côtés de la tête, d'un brun noirâtre, fouetté de cramoisi éclatant; la queue et les grandes couvertures supérieures de l'aile, terminées de blanc; les pennes bordées de même, et le devant du cou jaspé de brun, de blanc et de rouge. Sur d'autres, que j'achetai au mois de juin, les plumes de la tête sont blanchâtres à leur naissance, rouges dans leur milieu, et d'un

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brun noirâtre à leur bout; toutes les parties supérieures, brunes; les ailes et la queue, noirâtres, avec du blanc à l'extrémité des grandes couvertures supérieures et autour des dernières pennes. La gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre, ont des taches longues, brunes et blanches, avec quelques plumes cramoisies, semées sans ordre, les couvertures inférieures de la queue, rouges, et celles de l'aile, brunes, de même que les pennes en dessous. Noseda pense que cette dernière variété forme une espèce distincte, parce qu'elle lui paraît avoir le corps plus rétréci, la tête plus alongée et le bec moins crochu. Mais je ne doute pas que les variétés dont je viens de parler, ne se rapportent à de jeunes individus de l'espèce du churrinche.

N.° CLXXVIII.

LE SUIRIRIA TÊTE ET CROUPION ROUX.1

IL est rare au Paraguay; il ne voyage point, et son naturel n'est ni farouche, ni soupçonneux. Je ne l'ai jamais vu dans les campagnes, si ce n'est dans les endroits couverts de beaucoup de buissons, où il guette et saisit les insectes.

Formes. 19 pennes aux ailes, la quatrième la plus longue; 12 presque égales à la queue. Tête grande, en comparison de la plupart des autres espèces de la même familie, comprimée en dessus, et couverte de plumes longues et peu serrées.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8 un tiers; de la jambe,

1 Espèce nouvelle. (S.)

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12 lignes et demie; du bec, 5 et demie, épais de 2, large de 3.

Couleurs. La tête est d'un roux foncé, et le dessus du cou et du corps d'un brun roussâtre; mais les couvertures de la queue en dessus, comme en dessous, sont rousses. Les pennes et les couvertures supérieures des ailes sont brunes et terminées de roux; les dernières pennes ont, en outre, une bordure presque blanche. Les deux pennes du milieu de la queue sont brunes, de même que le côté extérieur de toutes les autres; l'autre côté est roux. Des taches longues, blanchâtres et noirâtres, occupent toutes les parties inférieures, à l'exception des couvertures du dessous de la queue, lesquelles sont variées de brun et de blanchâtre. Le tarse est noir, l'iris brun, le bec noirêtre en dessus et bleu de ciel en dessous.

N.° CLXXIX.

LE SUIRIRI COMMUN.1

QUOIQUE cet oiseau se perche à la cime des arbres et des buissons, pour attendre et saisir les insectes, je crois

1 Ce suiriri a, suivant la remarque de M. d'Azara, plusieurs traits de conformité avec le gobe-mouche d'Europe (Buffon, tom. VIII, pag. 304. Muscicapa grisola); cependant je ne pense pas que ce soit la même espèce, car ces deux oiseaux sont séparés par des dissemblances trop marquées, sans parier de la différence des pays que chacun d'eux habite. Je reconnais plutôt le suiriri de cet article, dans le gobe-mouche olivâtre de New-Yorck, décrit dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XL, pag. 174.—Muscicapa atra Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 80.—Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 88. Par les Anglo-Américains, phoeby-bird, ou bee-eater (mangeur d'abeilles), parce qu'il fait la chassa à ces insectes. (S.)

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qu'il les épie aussi au milieu des branches. Il n'entre pas dans les grands bois, ni dans les campagnes découvertes. Le mâle ne diffère pas de la femelle; ils ne voyagent point, et ils se laissent moins facilement apercevoir que le churrinche, mais plus que le suiriri précédent.

Formes. Les deuxième, troisième et quatrième des 19 pennes de l'aile sont presquo égales, aussi bien que les 12 de la queue. La tête n'est pas grosse, et les plumes qui la couvrent ne sont pas serrées. Le bec est droit, avec un très-petit crochet à sa pointe. Les moustaches paraissent à peine.

Dimensions. A très-peu près, comme dans l'espèce précédente.

Couleurs. Un petit arc blanc, à peine apparent, surmonte les yeux. La tête et le derrière du cou sont d'une teinte de plomb claire. Le dos et le croupion sont d'un brun mêlé d'un peu de vert, et les ailes et la queue noirâtres; mais les grandes couvertures supérieures ont leur extrémité blanchâtre, et les dernières pennes une bordure de la même teinte; la penne extérieure de la queue est blanche en dehors. La gorge, le devant du cou et le dessous du corps, sont d'un blanc faiblement nuancé de couleur de plomb; les couvertures inférieures des ailes sont d'un jaune clair, et les plumes des jambes, brunes. Le tarse est noirâtre, comme le demi-bec supérieur; l'inférieur est blanchâtre.

Deux individus pris aumois d'avril, avaient, avec les mêmes dimensions, la tête et le dessus du corps, d'un brun mêlé d'un peu de vert; les grandes couvertures des parties internes de l'aile, noirâtres, et tachetées de blanchâtre à leur bout; les pennes bordées finement de blanc sur un fond noirâtre; le devant du cou d'une couleur de

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plomb très-claire, et le dessous du corps d'un blanc lavé de vert jaunâtre. L'un de ces oiseaux avait la bouche orangée, et l'autre bleue de ciel.

N.° CLXXX.

LE COLON.1

JE n'ai vu cette espèce qu'au Paraguay, assez rarement et toujours en hiver. Le mâle et la femelle ne se quittent point; ils ne sortent point des grands bois, et ils se perchent aux endroits les plus apparens des arbres desséchés et très-élevés, d'où ils se jètent sur les insectes; ils ne se cachent jamais, et ne vont point a terre.

Formes. La quatrième des 19 pennes de l'aile est la plus grande. Le bec, plus large qu'épais, est droit, faiblement crochu à la pointe, et entouré de quelques poils. Les plumes du dessus de la tête sont longues, étroites et peu serrées. L'œil est grand, vif et ardent. Les pennes intermédiaires de la queue ont des barbes fort courtes à leur naissance et à leur extrémité, et elles en sont totalement dénuées dans leur milieu. Les cinq autres, de chaque côté, sont bien fournies de barbes, égales entr'elles, et de trois pouces et demi plus courtes que les deux du milieu, lesquelles ne se séparent jamais.

Dimensions. Longueur totale, jusqu'au bout des deux pennes intermédiaires de la queue, 8 pouces trois quarts, et, jusqu'au bout des pennes latérales, 5 un tiers; de ces dernières, 2 un tiers; du vol, 9 un tiers.

Couleurs. Il a la tête d'un blanc mêlé de bleuâtre, qui enveloppe aussi la paupière supérieure; le croupion blanc,

1 Espèce nouvelle. (S.)

III. a. 24

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de mêne que le bord du côté extérieur de la penne latérale de chaque côté de la queue; tout le reste du plumage d'un noir profond; le bec, l'iris et le tarse, noirs.

N.° CLXXXI.

LE SUIRIIU NOIR, A BEC BLEU DE CIEL.1

IL est rare au Paraguay; je l'ai vu aussi vers le 31e degré. Il entre dans les bois, mais il ne s'écarte pas de la lisière; il n'est ni inquiet, ni farouche, ni de passage; il se tient seul, et il ne se perche pas à la cime des grands arbres. De vingt individus que j'ai observés, aucun ne m'a offert de dissemblances extérieures, ce qui me fait conjecturer que le mâle ne diffère pas de la femelle. C'est du milieu, ou du bas des buissons médiocrement élevés, que ces oiseaux épient et saisissent les insectes qui passent à leur portée; et quelquefois ils descendent sur la terre pour les prendre.

Formes. La troisième des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont égales. Le bec est plus fort et plus renflé que dans les espèces précédentes.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces cinq sixièmes; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 9 un sixième; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du bec, 6, épais de 2 et demie, large de 3.

Couleurs. Le nom de cet oiseau est la description exacte des couleurs; j'ajouterai seulement qu'il a le bord inférieur des pennes des ailes, blanchâtre, le bout du bec noir, et l'iris rouge.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CLXXXIL.

LE SUIRIRI TACHETÉ.1

J'AI acheté, au Paraguay, un individu de cette espèce, dans le mois de juillet.

Formes. 18 pennes aux ailes, la troisième et la quatrième les plus longues; 12 égales à la queue.

Dimensions. A peu prés les mêmes que celles du précédent.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête et du cou, noirâtres, avec une bordure d'une teinte plus claire. Sur les côtés de la tête, un trait blanchâtre qui commence au bec. Dos noirâtre, aussi bien que la queue, dont la penne extérieure est bordée de blanc en dehors. Petites couvertures supérieures des ailes, noirâtres et frangées de brun; les grandes, rousses. Tiges et extrémités des pennes, noirâtres, le reste rougeâtre, excepté les trois dernières qui sont bordées de blanc, sur un fond noirâtre. Gorge et ventre blancs; devant du cou et poitrine, côtés du corps et couvertures inférieures de la queue, parsemés de taches longues noirâtres et d'un blanc roussâtre; couvertures inférieures de l'aile, d'un roux faible; tarse et bec noirs.

Un autre individu différait de celui-ci en ce qu'il avait 6 pouces cinq douzièmes de longueur, les autres dimensions dans la même proportion, le bec couleur de paille, et sa pointe noirâtre.

1 Espèce nouyelle. (S.)

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N.° CLXXXIII.

LE SUIRIRI NOIRATRE ET JAUNE.1

IL a la tête un peu petite, avec les plumes couchées regulièrement; le bec légèrement rétréci à sa base, et les jambes assez longues; attributs qui l'éloignent des autres suiriris. Je l'ai toujours vu sur le haut des buissons, où il épie les insectes, sans montrer de défiance. Je n'ai pu me procurer que quatre individus de cette espèce, semblables entr'eux, en mai, juin et septembre.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 étagées à la queue, l'extérieure de deux lignes plus longue. Bec un peu plus large qu'épais, non comprimé sur les côtés, droit, avec un très-petit crochet à sa pointe et quelques poils courts à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 10 et demi; de la jambe, 13 lignes et demie; du tarse, 10; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Une jolie bandelette de jaune pur commence aux narines, et s'étend sur les côtés de la tête, en colorant la paupière supérieure; au-dessous de l'œil et de l'oreille, est un trait parallèle et d'un vert foncé. Toutes les parties inférieures sont d'un jaune pur et vif, qui est lavé de blanchâtre sur les couvertures des ailes. Le dessus de la tête, le derrière et les côtés du cou, le dos, le croupion, et les petites couvertures supérieures des ailes, sont d'un vert foncé qui s'avance sur la moitié du devant du cou, comme pour former un demi-collier. Les pennes, aussi

1 Espèce nouvelle. (S.)

[page] 373

bien que les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, et les grandes des autres parties, sont d'un brun noirâtre; ces dernières ont, en outre, du jaune, et les dernières pennes, du cendré à leurs extrémités. Les pennes, de la queue sont d'une teinte plus sombre que celles des ailes, et la première, de chaque côté, a du blanc sur son côté extérieur. Les plumes des jambes sont marbrées de jaune et de noirâtre. Le tarse est noir et le bec noirâtre.

N.° CLXXXIV.

LE SUIRIRI POINTILLÉ.1

TROIS individus de cette espèce, semblables entr'eux, me sont tombés entre les mains, au Paraguay, en février et mars. Leur tête n'est ni grosse, ni couverte de plumes hérissées.

Formes et dimensions, comme dans l'espèce précédente.

Couleurs. Elles sont, en grande partie, les mêmes, mais plus claires que celles du suiriri brun et jaune, n.° CXCIII. Les différences consistent en ce que l'oiseau de cet article est pointillé de blanc sur les parties supérieures, et que les pennes des ailes sont frangées de vert, leurs couvertures supérieures, de blanc, et les extérieares de la queue, de blanchâtre en dehors. Le bec et le tarse sont noirâtres.

J'achetai, au mois de novembre, un autre individu qui m'a paru jeune; il ne présentait aucune difference de couleurs; il avait seulement 4 pouces trois quarts de longueur; totale.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CLXXXV.

LE SUIRIRI BRUN ET PLOMBÉ.1

IL arrive au Paraguay en septembre, et il en part à la fin du printems. Ses habitudes sont les mêmes que celles du suiriri-guazu, n.° CXCVIII; cependant j'ignore s'il attaque les autres oiseaux. Je n'ai point remarqué de différence entre le mâle et la femelle.

Formes. Les plumes du sommet de la tête, longues de 7 lignes, sont étroites, pointues et hérissées. Les trois premières des 19 pennes de l'aile se terminent en pointe, et sont échancrées vers leur extrémité; la troisième et la quatrième sont les plus longues; des 12 de la queue, les deux intermédiates sont un peu plus courtes que l'extérieure, et les autres à peu près égales. Le bec est droit, un peu plus large qu'épais, crochu à sa pointe, et garni de longs poils au-dessus des ouvertures des narines; il n'y en a point aux angles de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 3; du vol, 11 un sixième; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 5 et demie, du bec, 6.

Couleurs. La tête est noire; mais en soulevant les longues plumes de son sommet, on s'aperçoit qu'elles sont jaunes. Les joues, la gorge, le devant du cou et la poitrine, sont d'une teinte claire de plomb; il y a un peu de jaune aux côtés du corps, et le ventre est d'un brun jau-

1 Tyran de Cayenne, Buffon, tom, VIII, pag. 404 — Muscicapa ferox Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 32. — Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 72. (S.)

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nâtre, qui s'étend sur les couvertures inférieures des ailes. Le derrière de la tête et du cou, le dos, le croupion, les ailes et la queue sont bruns; mais les couvertures supérieures des ailes sont finement bordées de blanchâtre, et les pennes de la queue, de roux. Le tarse est noirâtre, et le bec noir.

Deux individusque je crois de la même espèce, avaient 6 pouces un tiers de longueur totale, et aucune teinte de jaune n'était mêlée à la couleur plombée des parties inférieures.

N.° CLXXXVI.

LE SUIRIRI TACHETÉ, SANS ROUGE.1

DES naturels du Paraguay me vendirent, en novembre, un oiseau de cette espèce.

Formes. 19 pennes aux ailes, les deuxième et troisième plus longues; des 12 de la queue, l'extérieure a 3 lignes de plus. Le bec, plus large qu'épais, est légèrement courbé sur toute sa longueur, avec un crochet à sa pointe, mais sans poils à sa base. Les plumes, sur la tête, ont 5 lignes de long, et elles sont pointues et couchées.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 un tiers; du vol, 10 un tiers; de la jambe, 12 lignes; du bec, 4 et demie.

Couleurs. Au-dessus du milieu de l'œil commence un trait blanchâtre, qui se prolonge en s'élargissant sur les côtés de l'occiput. Le coin de la bouche est également blanchâtre, de même que la gorge et une partie du cou en devant; il y a un petit trait noir autour de la mandi-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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bule inférieure du bec. Le reste de la tête est noirâtre; mais en soulevant les plumes de son sommet, on voit qu'elles sont d'un jaune lavé à l'intérieur. Le dessus du cou, le dos et le croupion, sont d'un vert noirâtre; la queue, les pennes et les couvertures supérieures de l'aile, noirâtres, et bordées de blanchâtre dans les parties intérieures de l'aile. La moitié inférieure du devant du cou et la poitrine, sont couvertes de plumes d'un brun foncé dans leur milieu, et d'un blanc sale sur leurs bords. Le ventre et les couvertures inférieures de l'aile sont d'un jaune peu vif, avec quelques raies transversales et noirâtres; il y a une grande tache blanchâtre sur le côté inférieur des pennes. Le bec est noir et le tarse noirâtre.

N.° CLXXXVII.

LE SUIRIRI TACHETÉ EN DESSOUS.1

SES habitudes sont celles du suiriri-guazu, n,° CXCVIII, et du rouge noirâtre, n.° CLXXXIX. Comme eux, il vient passer l'été au Paraguay; cependant il en diffère en ce qu'il préfére la rive des grands bois, sans entrer dans les campagnes, et en ce qu'il chante assez bien, mais pas aussi haut que ces deux oiseaux. J'ai vu quelques paires de suiriris de cette espèce, qui ne m'ont pas paru farouches, et qui ne m'ont offert aucune différence entre le mâle et la femelle.

Formes. Les 18 pennes des ailes se terminent en pointe, et celles de la partie extérieure sont échancrées sur leurs

1 Si cet oiseau n'est pas le caudec (Buffon, tom. VIII, pag. 406. Muscicapa audax), comme le veut M. d'Azara, c'est du moins espèce très-voisine. (S.)

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bords; les 12 de la queue sout étagées, et l'extérieure est de 3 lignes plus longue. Le bec est plus large qu'épais, droit, crochu à son bout, renflé, garni de poils à sa base et sans compression latérale. Les plumes du sommet de la tête sont un peu longues, pointues et peu serrées.

Dimensions. Comme dans l'espèce précédente.

Couleurs. A la base de la pièce supérieure du bec prend naissance un petit trait blanchâtre, qui passe au-dessus de l'œil et se termine, en s'élargissant, sur les côtés de l'occiput. Uu autre trait noirâtre, et parallèle au premier, commence à la narine, traverse l'œil et va couvrir l'oreille. Deux autres lignes, l'une blanche, et l'autre d'un noirâtre un peu tacheté de blanc pâle, suivent au-dessous de l'œil la direction des premiers traits. Le dessus de la tête est noirâtre; mais, en soulevant les plumes, on aperçoit du jaune vif, de l'orangé et du blanc. Les plumes du dessus du cou et du corps sont noirâtres et bordées d'une teinte plus claire; les couvertures supérieures et les pennes de la queue et celles des ailes, ont une nuance plus sombre et des bordures rougeâtres. Le ventre et les couvertures du dessous des ailes sont d'un jaune pâle, et les plumes des autres parties inférieures, noirâtres dans leur milieu, avec une bordure blanche sur le devant du cou, et d'un jaune faible sur le reste. Le bec est noir, l'iris brun, et le tarse de couleur de plomb.

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N.° CLXXXVIII.

LE SUIRIRI ROUGE.1

LES naturels du Paraguay m'ont vendu, en juin et juillet, les deux seuls oiseaux de cette espècc que j'aie vus.

Formes communes aux autres suiriris.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces cinq sixièmes; de la queue, 3; du vol, 9 trois quarts; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du bec, 7.

Couleurs. Le dessus de la tête, du cou et du corps, les couvertures supérieures des ailes et la queue, sont cramoisis; le devant du cou et les couvertures inférieures des ailes, d'un roux blanchâtre; la poitrine et le ventre, d'un blanc mêlé de jaune; les pennes des ailes, brunes et bordées de cramoisi en dessus et de roux faible en dessous. Le tarse est de couleur plombée, l'iris brun, le bec noir, de sa pointe à la moitié de sa longueur, et d'un violet foncé sur le reste.

1 Cet oiseau qui, par la forme de son bec, se rapproche davantage des gobe-mouches que des tangaras, a néanmoins été décrit par les ornithologistes modernes comme une espèce de tangara. C'est le tangara du Mississipi, Buffon, tom. VIII, pag. 353, et pl. enlum. n.° 741. — Tanagra Mississipensh Linn. syst. nat. gen. 111, sp. 23.—Latham, syst. ornith. gen. 37, sp. 5. Le savant ornithologiste, M. Vieillot, a observé cette espèce dans l'Amérique septentrionale, d'où elle se retire, a l'approche de l'hiver, pour aller dans les parties australes du même continent. Il résulte encore des observations de M. Vieillot, que ce que Buffon a rapporté, d'après Lepage-Dupratz, sur le chant et les provisions d'hiver de cet oiseau, doit s'appliquer au gros-bec de Virginie, dit le cardinal. (S.)

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N°. CLXXXIX.

LE SUIRIRI ROUGE OBSCUR.1

IL passe le printems au Paraguay, comme le suiriri-guazu, auquel il ressemble par la physionomie, les formes, les habitudes et le naturel querelleur. Il est fort rare; le mâle ne diffère pas de la femelle. Ces oiseaux se posent sur les toits et les tours, et on l'entend quelquefois crier sur les poutres des églises et des clochers, d'où ils s'élancent pour faire la chasse aux hirondelles.

Formes. La troisième des 17 pennes de l'aile est la plus longue; 12 étagées à la queue; le bec aplati en dessus, droit, avec un petit crochet et des poils. Les plumes du dessus de la tête sont plus longues que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 12 un quart; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 8; du bec, 7, large de 5 et demie.

Couleurs. Tout le dessous de l'oiseau, sans exception, est cramoisi; il y a seulement un peu de noirâtre vers le bout des pennes des ailes et de la queue, mais elles sont terminées par un filet rouge. Le dessus de la tête et du cou est d'un brun roussâtre, et le dos noirâtre. Les couvertures supérieures des ailes sont noires et bordées de cramoisi; c'est la couleur du croupion, des pennes des ailes et de la queue; mais les premières ont, près de leur extrémité, la même tache noire dont je viens de parler, et qui laisse du rouge à leur pointe. Le tarse, le bec et l'iris, sout noirs, la paupière est blanche.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CXC.

LES PETITS CISEAUX.1

C'EST le nom que porte ce suiriri à Buenos-Ayres et à Monte-Video; les Guaranis lui donnent celui de guirayetapa (oiseau de ciseaux); et cette dénomination a rapport à l'habitude qu'a cet oiseau d'ouvrir et de resserrer, en volant, sa longue queue, comme deux branches de ciseaux. Il arrive au Paraguay à la mi-septembre, et il en part en mars. C'est un oiseau fort commun, et qui n'est point farouche. L'on ne remarque aucune différence entre le mâle et la femelle. Ils attaquent quelquefois d'autres oiseaux, de même que le suiriri-guazu, à l'époque de leurs amours. Ils se posent en lieux élevés et découverts pour épier les insectes; ils volent aussi au-dessus des eaux et des plaines pour faire leur petite chasse à la manière des hirondelles; quelquefois aussi ils la font à terre. Ils n'entrent point dans les forêts, et ils se tiennent indifféremment à la rive des bois, dans les halliers et dans les terrains secs ou humides, et ils y choisissent, pour se percher, de petites branches ou des joncs. Leur cri m'a

1 Cet oiseau a de grands rapports de conformité avec le savana (Buffon, tom. VIII, pag. 365. — Muscicapa tyrannus Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 4. — Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 69); cependant, d'après les remarques de M. d'Azara lui-même, il existe de nombreuses dissemblances entre ces deux gobe-mouches, non-seulement dans les couleurs, mais encore dans les habitudes. Il est vrai que M. d'Azara attribue ces dissemblances à autant d'erreurs de Buffon; mais comme ce que ce célèbre naturaliste rapporte du savana est conforme à la nature, il résulte que l'identité du suiriri-petits-ciseaux et du savana, devient fort douteuse. (S.)

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paru n'être qu'un craqueraent du bec, saus agrément. Le 26 déccmbre je rencontrai, sur un buisson sec, isolé et extrémement petit, un nid appartenant à cette espèce; il était si large et si profond, que l'on n'aurait jamais cru qu'il fût l'ouvrage d'un petit oiseau; en dehors, il était travaillé avec de la terre, et en dedans, il était garni de petites racines et d'une espèce de duvet cotonneux. Il y avait trois petits sans plumes et un œuf clair, blanc et tacheté de brun et de roux; ses diamètres avaient 8 et 9 lignes et demie. Noseda m'a dit avoir pris souvent des nids de suiriris petits ciseaux sur des orangers et des buissons; que ces nids étaient petits et construits de feuilles et de débris d'écorce, qu'enfin les œufs étaient tout blancs.

Les suiriris volent avec beaucoup d'aisance, et ils aiment la compagnie de leurs semblables; car, avant leur départ du Paraguay, on les voit réunis en troupes de cent et deux cents individus, dont quelques-uns se tiennent, vers le soir, perchés à la cime d'un arbre très-élevé et touffu, tandis que les autres volent autour en tourbillon confus, se jetant sur les insectes et s'exerçant à cette chasse; ils se posent ensuite sur l'arbre, d'où ceux qui y étaient placés partent, pour que la bande tournoyante soit toujours aussi nombreuse. Les mêmes arbres sont des lieux de rendez-vous, et ces oiseaux s'y rassemblent pendant plusieurs soirées entières, avant que de partir; à leur retour, ils se montrent deux à deux, et quelquefois en petites troupes, qui ne tardent pas à se diviser par paires.

Formes. Tête arrondie, élevée à son sommet et revêtue de plumes peu serrées. Bec petit, moins fort que dans les autres espèces, plus large qu'épais, droit, avec un petit crochet à son bout et quelques poils à sa base; corps moins alongé. OEil grand et iris presque imperceptible, 19 pennes

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aux ailes, la deuxième plus grande que les autres; en commençant par l'extérieure des 12 pennes de la queue, leur longueur est de 6 pouces, 3 trois quarts, 2 deux tiers, 2 et demi et 2 et demi.

Dimensions. Longeur totale, 10 pouces et demi; de la queue, 6 (dans un plus grand nombre d'individus, que je crois des femelles ou des jeunes, la queue a 2 pouces de moins); du vol, 12; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 9; du bec, 7.

Couleurs. La tête et la queue sont noirs; mais en soulevant les plumes du sommet de la tête, on aperçoit une espèce de couronne jaune. Le dessus du cou et du corps est d'un cendré bleuâtre, et les ailes sont brunes; toutes les parties inférieures sont blanches; mais sur quelques individus, la couleur du dos s'avance sur le devant du cou, sans néanmoins former le collier; les couvertures du dessous des ailes ont une faible teinte jaune. Le bec et le tarse sont noirs.

N.° CXCI.

LE SIFFLEUR.1

JE donne ce nom à un gobe-mouche dont le cri est bi-bi-bi, prononcé comme avec un sifflet. Je n'ai vu que quatre individus de cette espèce, réunis en juillet, dans un très-grand bois du Paraguay. J'ai remarqué qu'ils volaient d'un arbre à l'autre, pour guetter les insectes qui passaient à leur portée, et qu'ils cherchaient aussi les araignées. Ils m'ont paru peu farouches, et avoir les mêmes habitudes que les autres.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Formes. La qtiatrièmc des 19 pennes de l'aile plus longue que les autres; la queue et le bec comme dans le gobemouche brun et rouge du n.° CXCV. Les plumes sur la tête sont étroites, pointues, longues de 9 lignes et peu serrées.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un quart; de la queue, 3 un douzième; du vol, 10 et demi; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 9; du bec, 8.

Couleurs. La gorge et le devant du cou sont d'une couleur claire de plomb; le dessons du corps est d'un blanc teinté de cendre verdâtre; cette dernière nuance est celle des couvertures inférieures des ailes et du bord aussi inférieur de leurs pennes, dont le reste, de même que le dessous de la queue, est d'un noirâtre lustré. Les plumes du sommet de la tête sont noires, et elles n'ont pas d'autre couleur dans leur intérieur; celles des côtés et du derrière de la tête sont d'un brun noirâtre, et celles du dessus du cou et du dos, aussi bien que les petites couvertures supérieures des ailes, ont leur milieu brun et leurs bords d'un verdâtre foncé, comme le croupion. La queue est presque noire, et les pennes de l'aile, ainsi que leurs grandes couvertures supérieures; sont noirâtres, avec une bordure très-apparente de blanchâtre. Le tarse est noirâtre, et l'iris d'un roux vif.

N.° CXCII.

LE SUIRIRI BRUN ET BLANC.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, acheté au Paraguay; ses formès et ses proportions sont celles des suiriris; cependant son bec est plus court et sa queue plus fourchue.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Formes. Les deuxième et troisième pennes de l'aile sont les plus longues; 10 à la queue, mais, sans doute, il en manquait 2; l'extérieure se terminait en pointe, et paraissait devoir être la plus longue; la suivante avait 7 lignes de plus que les deux intermédiates, et les autres étaient étagées.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un tiers; de la queue, 3; du vol, 12; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 9 un sixième; du bec, 6.

Couleurs. Toutes les parties inférieures sont blanches; la queue et la tête noires; mais il y a sur la tête une jolie couronne jaune, entourée de blanc. Le reste des parties supérieures est brun. Le tarse et le bec sont noirs.

N.° CXCIII.

LE PETIT SUIRIRI BRUN ET JAUNE.1

DANS un assez grand nombre d'oiseaux de cette espèce, que j'ai vus au Paraguay, je n'ai point remarqué de différences entre le mâle et la femelle. Leurs habitudes sont les mêmes que celles de l'espèce suivante.

Le 5 janvier, j'achetai un nid dans lequel étaient deux petits, qui en sortirent le quatrième jour, quoique leur queue commençât à peine à paraître. Trois jours après ils volèrent un peu; et, au, bout de deux autres jours, l'un d'eux étendit davantage son vol; mais il se heurta contre la muraille et tomba sur le plancher, roide et sans mouvement dans les jambes; ce qui me détermina à rogner les ailes du second, qui était un peu plus petit, quoique

1 Ge petit suiriri est une variété du petit tyran de Cayenne. Voyez la note du numéro suivant. (S.)

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depuis il devînt aussi gros que l'autre. Ils mangeaient avec plaisir de petits morceaux de viande crue, et ils en demandaient fréquemment, par un petit cri mélancolique. Leur plumage ne différait pas de celui des adultes, si ce n'est que la teinte en était un peu plus sombre en dessus et qu'en dessous le jaune était plus faible. Lorsqu'on me les apporta, les plumes du sommet de leur tête n'étaient pas relevées; mais ils prirent cet attribut, dès qu'ils commencèrent à voler. Leur nid était si petit, qu'à peine ils pouvaient s'y tenir; il était en même tems peu profond et peu épais; l'intérieur se réduisait à un peu de crins et à des barbes et des fibres de plantes, qui avaient l'apparence de poils; l'extérieur se composait de ces mêmes fibres, de quelques toiles d'araignées et de mousse. L'empreinte restée sous ce nid, indiquait qu'il avait été placé sur une tige d'arbrisseau, ou sur une branche horizontale d'un pouce de grosseur.

Il n'est pas hors de propos de dire que j'ai observé, dans plusieurs espèces d'oiseaux, que dès que leurs petits ressentaient, au sortir du nid, la froidure du sol, ils devenaient perclus aussitôt, ou peu de jours après.

Formes. Ce suiriri se distingue du suivant par sa tête, beaucoup plus grosse, et plus de longueur des plumes de son sommet; par le bec, dégarni de poils à sa base, à peine crochu à sa pointe, plus large qu'épais, d'où il résulte que son volume n'est pas le tiers de celui de l'espèce qui suit; enfin, par le tarse plus fort.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 3; du vol, 11; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du bec, 4 et demie.

Couleurs. Elles ne diffèrent de celles de l'espèce suivante, qu'en ce que la penne extérieure de la queue, et

III. a. 25

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deux pennes des parties internes de l'aile, n'ont pas de bordure blanche, et que les grandes couvertures supérieures des ailes ont plus de blanchâtre à leur extrémité. L'intérieur du bec est jaune, et le tarse noirâtre.

N.° CXCIV.

LE GRAND SUIRIRI BRUN ET JAUNE.1

C'EST un des oiseaux les moins rares au Paraguay. On le voit seul, ou par paires; et je ne le crois pas voyageur. Il se tient à la lisière des bois et dans les grands halliers, sur les petites branches sèches, d'où il s'élance pour attraper les insectes qui volent autour de lui. Il ne eherche point a se cacher; il n'est point farouche; cependant il ne monte pas aussi haut sur les arbres, et il ne choisit pas autant les endroits découverts que le suiriri-guazu. Son cri est plaintif, et il exprime son nora suiriri.

Formes. 19 pennes aux ailes, la quatrième plus longue; les 12 de la queue égales. Bec semblable à celui du suiriri-guazu.

Dimensions. Longueur totale, 7 ponces et demi; de la queue, 3 un quart; du vol, 11 un quart; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 11; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Les pennes des ailes et de la queue sont noirâtres; mais la penne extérieure et les intermédiaires de

1 Cet oiseau, aux dimensions prés, est le même que le petit tyran de Cayenne, Buffon, tom. VIII, pag. 405. — Muscicapa ferox, var. Linn. syst. nat. gen. 113, sp. 32.—Latham, syst. ornith. gen, 40, sp. 72. Au reste, il y a tant de ressemblance entre ces tyrans, grands et petits, de Cayenne et du midi de l'Amérique, que l'on ne peut qu'adopter l'opinion de Buffon, qui ies a donnés comme des variétés de la même espèce. (S.)

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la queue, ont une bordure blanche. Tout le dessus de l'oiseau est d'un brun teinté de verdâtre, un peu plus foncé sur la tête; les grandes couvertures supérieures des parties internes de l'aile ont un peu de blanc à leur extrémité. Les jambes sont brunes, et toutes les parties inférieures d'un jaune faible. Le bec et le tarse sont noirâtres; l'iris est couleur de noisette, et la bouche jaune.

N.° CXCV.

LE SUIRIRI BRUN ET ROUGE.1

CETTE espèce est rare au Paraguay; cependant j'en ai observé quatre individus au printems et en été; ils ne m'ont offert aucune difference entr'eux. Ce que j'ai pu voir de leurs habitudes, les rapproche beaucoup du suiriri-guazu; il m'a paru seulement qu'ils ne s'écartaient pas autant des bois. J'en achetai un que l'on me dit avoir été pris dans un trou de palmier, où il y avait aussi, sans aucune apparence de nid, deux œufs que l'on m'apporta et qui étaient tachetés de violet, sur un fond blanchâtre; leurs diamètres avaient 10 lignes et demie et 7 et demie.

Formes. Sur la tête les plumes sont étroites et longues de 8 lignes. 20 pennes aux ailes, la troisième et la quatrième plus longues; les 12 de la queue sont égales, et leurs tiges pliées en dehors. Le bec est plus large qu'épais, droit, crochu à son bout, et garni de poils à sa base.

1 Encore une variété du tyran de Cayenne (voyez ma note à l'article précédent). M. d'Azara, qui n'admet point ces variétés, prétend que le suiriri brun et rouge est le même oiseau que le petit tyran de Cayenne décrit par Brisson (ornith. tom, 11, pag. 400), et que Buffon a regardé, avec toute raison, ce me semble, comme une simple variété de son tyran de Cayenne. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 7 pouces trois quarts; de la queue, 3 et demi; du vol, 10 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 10 et demie; du bec, 8 et demie.

Couleurs. Il a la tête brune; le dessus du cou, le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes, d'un brun teinté de verdâtre; les pennes noirâtres, et bordées, aux parties externes de l'aile, de roussâtre, et aux autres parties, de blanc sale; toutes les grandes couvertures frangées de blanc très-pale; les pennes de la queue, à l'exception des deux du milieu, noirâtres sur leur côté extérieur, et rougeâtres sur l'intérieur; la gorge et le devant du cou, d'un blanc nuance de couleur de plomb; le dessous et les côtés du corps, aussi bien que les couvertures inférieures des ailes, d'un jaune foncé ou rougeâtre; le bec et le tarse noirs, enfin la bouche orangée.

N.° CXCVI.

LE SUIRIRI TOUT TACHETÉ.1

JE n'ai remarqué aucune différence dans un assez grand nombre d'oiseaux de cette espèce, que j'ai observés au Paraguay, tant au printems qu'en été. Ils sont de passage. Je rencontrai, en janvier, un de ces suiriris qui suivait, appelait et défendait un jeune que je pris à la main, après avoir tué le père; leur plumage ne différait point. Ce sont

1 M. d'Azara cherche à rapprocher ce suiriri du caudec (Buffon, tom. VIII, pag. 406. Muscicapa audax); mais les différences que l'auteur fait remarquer lui-mêmè, tant dans les formes et les couleurs, que dans les habitudes entre ces deux oiseaux, s'opposent à leur rapprochement. Cependant il est vrai de dire que ce sont des espèces très-voisines, ou seulement peut-être des variétés dc la même espèce. (S.)

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des oiseaux solitaires, que l'on trouve toujours dans les bois ou sur leurs bords, perchés au plus haut des arbres afin d'épier les insectes. Ils restent long-tems en repos, sans montrer d'inquiétude; on ne peut exprimer leur cri, et lorsqu'on les tient à la main, ils en jètent un fort et aigu.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième plus longue; les 12 de la queue sont égales, excepté l'extérieure qui a 2 lignes et demie de moins que les autres, et les intermédiaires qui en ont 1 et demie. Le bec, plus large qu'épais, est droit, un peu crochu à son bout, et garni de poils à sa base. L'iris est imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces cinq douzièmes; de la queue, 3 et demi; du vol, 13; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 11; du bec, 10.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête sont noirâtres; mais en les soulevant, on voit qu'elles sont, a l'intérieur, d'un jaune pur. Une bande noire qui commence aux narines, couvre l'œil et l'oreille; au-dessus est une autre bande marbrée de blanc et de noirâtre, qui prend à la base du bec et se termine aux côtés de l'occiput; au coin de la bouche naît un troisième trait blanc, sous lequel il y en a un quatrième noirâtre. Aux parties inférieures, les plumes ont leur milieu occupé, en long, par une teinte noirâtre, avec une bordure blanchâtre sous la gorge, et d'un jaune clair au cou et à la poitrine, le ventre est blanc. Le derrière de la tête etledos ontde longues taches brunes et blanchâtres. Les petites couvertures supérieures des ailes sont noirâtres et frangées de roux; les grandes des parties internes de l'aile, également noirâtres, avec un liseré blanc; celles des parties externes, de même que les pennes et les plumes du croupion, brunes et bordées de rou-

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geatre. A la queue, la penne extérieure est frangée de blanchâtre, les autres le sont de rouge, et le reste de la queue est noirâtre. Le bec est noir, et le tarse de couleur plombée.

N.° CXCVII.

LE SUIRIRI PROPREMENT DIT.1

ON donne particulièreraent à cette espèce le nom de Suiriri, parce que son cri exprime ce mot, vivement et d'un ton aigu. C'est un des oiseaux les plus communs; il entre dans les jardins et les cours des habitations, et dans les pâturages voisins des bois et des halliers. Jene sais s'il se trouve aux environs de la rivière de la Plata.

Les suiriris se tiennent par paires, et quoiqu'ils se rassemblent souvent en petites bandes de six ou huit, ils ne forment pas pour cela de sociétés entr'eux. Ils sont sédentaires, peu farouches, vifs, querelleurs et si hardis, que, sans apparence de cause, ils altaquent fréquemment les iribus, les caracaras, les aigles, etc. les poursuivent avec acharnernent, se cramponnent sur leur dos, et les frappent à coups de bec. Leur vol est rapide; ils se posent sur les toits et sur les arbres secs ou feuillés, tantôt haut, tantôt bas. Leur physionomie ressemble assez à celle de l'espèce précédente; cependant ils ont le bec plus aplati

1 Cet oiseau est le titiri de Cayenne (Buffon, tom. VIII, pag. 389. — Lanius tyrannus Linn. syst. nat. gen. 44, sp. 13. — Latham, syst. ornith. gen. 4, sp. 53), et non le pipiri de Saint-Domingue, que Buffon a réuni au titiri, bien que, suivant la remarque fort juste de M. d'Azara, ces deux oiseaux, en effet très-voisins, soient néanmoins séparés par quelques dissemblances assez marquées. (S.)

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en dessus, beaucoup moins volumineux, plus court, plus faible, sans presque point de crochet à son bout, ni de poils à sa base; les jambes et les pieds plus longs que dans toutes les autres espèces; enfin, la démarche vive, agile et aisée des oiseaux des champs. Ils ne pénètrent point dans l'intérieur des grands bois, et ils ne se perchent sur les arbres touffus, que pour dormir. L'on dit qu'ils cachent soigneusement leur nid; en effet, je ne l'ai jamais vu: l'on dit aussi que leur ponte est de deux œufs d'un blanc rougeâtre. Leur chasse aux insectes ne se fait pas au vol, comme chez les autres espèces de la même famille; mais ils courent dessus, avec beaucoup de légèreté et sans déployer les ailes. Aussi fréquentent-ils, de préférence, les cours, les parterres et les prairies fauchées, où ils peuvent courir plus facilement après les mouches; s'il s'y trouve des animaux paissans, ils se placent devant eux, les regardent, les accompagnent, et saisissent les insectes qu'ils font lever de terre; et quand ils sont fatigués de ce manége, ou qu'ils sont rassasiés, ils se posent sur leur dos, et se laissent conduire, sans chercher à manger les poux dont ces animaux sont ordinairement dévorés.

Formes. Sur la longueur de la tête règne un enfoncement que recouvrent les plumes un peu longues de ses côtés; celles de son sommet sont décomposées et fort étroites, et celles des oreilles sont assez longues et se dirigent un peu en haut. La première des 19 pennes de l'aile est la plus courte, et la quatrième la plus longue.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 3; du vol, II; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 14; du bec, 8.

Couleurs. Une couleur de paille occupe la gorge et la moitié du cou en devant; les autres parties inférieures

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sont jaunes; les supérieures sont d'un brun clair. Les plumes du dessus de la tête ont leur extrémité brune et le reste rouge d'écarlate; mais le brun cache le rouge. Le bec et le tarse sont noirs, et l'iris est faiblement rougeâtre.

N.° CXCVIII.

LE SUIRIRI-GUAZU. 1

IL exprime, par son cri le mot suiriri; et les Guaranis le distinguent du précédent, sous le nom du suiririguazu (grand suiriri). J'ignore s'il se trouve à la rivière de la Plata; mais il arrive au Paraguay au mois de septembre, et il en repart à la fin du printems. Il ne se tient jamais à terre, où ses jambes, très-courtes, l'empêchent de marcher et de sauter. Il demeure assez long-tems tranquille, à une hauteur moyenne, sur les arbres et les buissons, d'où il s'élance sur les insectes qui passent, jusqu'à trois cents pieds de distance, et les rapporte à sa place pour les manger. On le voit aussi quelquefois, vers le soir, voler long-tems au-dessus des rivières et des plaines, et attraper les insectes à la manière des hirondelles.

Le mâle et la femelle, qui ne se quittent point, ne différent pas à l'extérieur. Ce sont des oiseaux solitaires ? ni

1 Cette espèce me paraît fort rapprochée du moucherolle de Virginie à huppe verte (muscicapa crinata Lath.), décrit par M. Vieillot, dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, et qui, selon cet habile ornithologiste, se trouve à la Louisiane, à la Caroline, et ne s'avance guère dans le nord de l'Amérique, au delà du Maryland. Catesby a donné une figure défectueuse de cet oiseau, d'après laquelle Brisson et Buffon ont parlé, avec peu d'exactitude, de ce moucherolle, sous le nom de tyran de la Louisiane. (S.)

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farouches, ni rusés, et d'un naturel qui paraît mélancolique. Ils entrent souvent dans les lieux habités, et ils nichent dans les jardins, à la cime des orangers; et si un chien; un chat ou un oiseau, quel qu'il soit, s'approche de leurs petits, ils les attaquent avec un acharnement vraiment admirable; souvent même ils se jètent sur ces animaux, sans cause apparente. Leur nid, qu'ils ne cherchent point à cacher, est composé de petits rameaux à l'extérieur, et de pailles très-menues à l'intérieur; le tout en petite quantité. Ce nid n'a pas de profondeur; il est assez plat, et si peu ample, qu'il peut à peine contenir trois ou quatre petits qui, dès qu'ils se couvrent de plumes, ne différent pas de leurs père et mère; j'en ai élevé avec de la viande crue. Les œufs sont blancs, avec une sorte de couronne rougeâtre, et comme épineuse vers leur gros bout.

Formes. Les plumes du haut de la tête sont étroites, décomposées, longues de cinq à six lignes, et un peu hérissées. Celles de ses côtés se dirigent en haut; il y a un léger enfoncement sur la longueur du sommet de la tête. 19 pennes aux ailes, la troisième la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, et l'extérieure de chaque côté a 9 lignes de plus que les autres. Cette conformation de la queue, aussi bien que la brièveté des jambes, éloigne ce suiriri des autres espèces, et le rapproche des hirondelles. Le bec est beaucoup plus large qu'épais et droit, avec un petit crochet à sa pointe et de longs poils à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces trois quarts; de la queue, 3 deux tiers; du vol, 13 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 9; du bec, 10 et demie.

Couleurs. Les plumes sur la tête ont une couleur de

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safran, dans quelques individus, et rouge dans d'autres; mais ces couleurs sont cachées par la teinte plombée du bout de ces plumes. Le reste de la tête et le cou en dessus ont une teinte plombée, plus claire au menton, et plus sombre du bec à l'oreille. La gorge et le devant du cou sont d'un brun mêlé de jaune et de vert; le reste du dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes sont d'un jaune foncé. Un brun noirâtre, lavé de vert et de jaune, s'étend sur le dos, le croupion et les grandes couvertures des ailes, qui ont un liséré blanchâtre; les autres, de même que les pennes, sont d'un brun pur. La queue est d'un brun noirâtre, et terminée de blanc sale. Le bec et le tarse sont noirs.

N.° CXCIX.

LE NEINEI1.

J'AI VU plusieurs de ces oiseaux au printemps, et je crois qu'ils sont de passage. Le mâle ne diffère pas de la femelle; on les voit, seuls ou appariés, dans l'intérieur et à la lisière des grands bois; ils s'y placent au quart le plus élevé des arbres, mais ils ne montent jamais à la cime; ils y passent plusieurs heures de la journée, immobiles et peu cachés, jetant fréquemment, d'un son de voix aigre, haut et précipité, un cri qui exprime le nom que je leur ai

1 Bécarde à ventre jaune, Buffon, tom. 11, pag. 92. — Lanius sulphuratus Linn. syst. nat. gen. 44, sp. 19. — Latham, syst. ornith. gen. 4, sp. 43. J'ai donné l'histoire complète de cet oiseau dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XXXIX, pag. 369. Il est très-commun à la Guiane, où il porte le nom de tictivie, qu'il prononce d'une voix criarde et aiguë, en trainant sur la dernière syllabe. (S.)

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donné, car ils n'en ont point dans le pays. Je ne les ai jamais vus attaquer d'autres oiseaux, ni chasser aux insectes, et je crois qu'ils ne mangent que ceux qu'ils trouvent sur les arbres ou qu'ils rencontrent dans leur vol.

Formes. La troisième des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont à peu près égales. Le bec est beaucoup plus large qu'épais; ses bords sont saillans en. dehors, comme les plats-bords d'une embarcation. Les ouvertures des narines sont recouvertes, à leur base, de poils, desquels quatre retombent au coin de la bouche. Le corps est fort épais, la tête grande et aplatie en dessus.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces 11 douzièmes; de la queue, 3 un tiers; du vol, 14 trois quarts, du bec, 14 lignes et demie; du tarse, 10 et demie.

Couleurs. Comme dans l'espèce suivante, excepté que le neinei n'a pas de bordures rouges aux ailes, que les pennes intermédiaires de sa queue sont noirâtres, et qu'une nuance plus verte est mêlée aux couleurs de ses parties supérieures. Le tarse est noirâtre, l'iris d'un rouge bai, la bouche d'un blanc luisant et le bec noir.

N°. CC.

LE BIENTEVEO OU PUITAGA1.

LE premier nom est celui que les Espagnols de la rivière de la Plata donnent à cette espèce; le second est du langage

1 Bentaveo ou cuiriri, Buffon, plane. enlum., n.° 212. Le nom bentaveo est celui que porte cet oiseau à Buenos-Ayres, d'où M. Commerson l'a rapporté; au Brésil, suivant Marcgrave, il s'appèle pitanga-guacu. — Lanius pitanga Linn. syst. nat. gen. 44, sp. 15. — Latham, syst, ornith. gen. 4, sp. 42. M. d'Azara reprend, avec toute raison, Guenau de Montbeillard d'avoir rangé cette espèce avec les geais, sous la dénomination de garlou, ou geai à ventre jaune de Cayenne (Hist. nat. de Buffon, t. V, pag. 164), et encore de l'avoir confondu avec le bonjour commandeur. (S.)

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guarani, et l'un et l'autre ont rapport au cri que l'oiseau répète souvent et sans s'arrêter, d'une voix claire et élevée. Il est assez commun; il se perche au haut des arbres ou sur quelques buissons; d'où il saisit les insectes. Il n'est ni farouche, ni de passage, et il ne vit pas en société avec ses semblables. Quoique dans l'état de liberté, il assaille les oiseaux qui s'approchent de son nid, il vit tranquille et de bon accord, en cage, avec les autres petits oiseaux qu'on lui associe; il y refuse les graines et les fruits qu'on lui présente, et il y chante, pendant toute l'année, comme en liberté. Il est lent dans ses mouvemens; il marche de mauvaise grâce, par sauts droits et obliques; il fait craquer son bec comme les effraies, et lorsqu'on le tient à la main, il crie d'une manière désagréable. Un de ces oiseaux que j'élevais dans ma maison, passait les journées presque entières sans changer de place, et seulement pour prendre les petits morceaux de viande crue avec lesquels je le nourrissais. Avant de les avaler, il les frappait de revers et à coups redoublés sur la terre, ou contre le bâton sur lequel il se tenait perché, comme s'il les eût crus pleins de vie et qu'il eût voulu les tuer, ainsi qu'il le faisait quand je lui donnais des sauterelles, des chenilles, etc.; mais il ne se sert pas de ses pieds pour les dépecer.

Les bienteveos s'approchent des animaux morts pour s'emparer des débris et des petits morceaux de chair que laissent les iribus, les caracaras, etc. Il n'y a point de différences entre le mále et la femelle. Ils nichent au haut

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des arbres touffus, dans le mois de novembre; et l'on m'a dit que leur ponte ne consistait qu'en deux œufs.

Formes. Le corps est plus ramassé, l'envergure plus courte, et la tête plus grande et plus aplatie en dessus que dans la plupart des autres espèces. Les troisième, quatrième et cinquième des 19 pennes de l'aile sont les plus longues, et les 12 de la queue sont égales, à l'exception de l'extérieure, qui est un peu plus courte. Le tarse est couvert d'écailles, et le bec aussi large qu'épais, volumineux, droit, avec une échancrure et un petit crochet à son bout, et des poils à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces 5 douzièmes; de la queue, 3 et demi; du vol, 14; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 14; du bec, 13, de l'œil, 3.

Couleurs. Une pièce noire couvre les côtés de la tête et les oreilles; au-dessus est une autre tache blanche qui commence au front, passe au-dessus de l'œil et se termine à l'occiput. Le dessus de la tête est noir, mais au milieu est une petite couronne jaune. La gorge et une portion du cou en devant sont blanches, et les autres parties inférieures d'un jaune pur. Depuis l'occiput tout le dessus de l'oiseau est d'un brun pur; mais les couvertures supérieures des ailes, ainsi que les pennes et celles de la queue, ont une bordure fauve. Les écailles du tarse sont noires, et leurs interstices blanchâtres. Le bec est noir et l'iris jaune.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX PEPOAZAS.

PEPOAZA signifie aile traversée; et les Guaranis appliquent cette dénomination à tout oiseau dont les ailes sont traversées par une bande d'une autre couleur que le fond; cependant ils désignent généralement par ce nom la première espèce d'oiseaux de cette famille. Il est facile de la confondre avec la précédente, parce que les espèces qui les composent ont les mêmes attributs. Néanmoins, en y regardant de près, on remarque quelques caractères qui les distinguent. Les pepoazas n'ont pas le naturel triste et querelleur; leur vol est plus rapide, bas, horizontal, et si aisé, qu'ils semblent n'en faire qu'un jeu; ils ne poursuivent point au vol les insectes, c'est à terre qu'ils les prennent; ils vont moins dans les campagnes, et, pour l'ordinaire, ils se posent sur les buissons; ils marchent avec légèreté, ce qui ne les empêche pas de se percher sur les grands arbres, et de préférence sur ceux qui sont morts. On ne les voit point pénétrer dans les bois, ni parcourir les halliers; ils sont sédentaires et rares. Les plumes de leur tête ne se hérissent point, de même que celles qui couvrent le corps en dessus; elles sont décomposées, soyeuses et douces au toucher; leur aile est beaucoup plus longue et ferme; et quand ils veulent se poser, ils semblent s'amuser en battant des ailes et en déployant toute la vigueur de leurs muscles. Ils ont, en outre, la queue, la jambe, le tarse et les doigts plus longs, le bec plus étroit et plus fort que les suiriris.

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N.° CCI.

LE PEPOAZA PROPREMENT DIT. 1

C'EST LE plus commun de toute cette famille, et néanmoins il est rare jusqu'à la rivière de la Plata. Il est solitaire, et ce n'est qu'à l'époque des amours que le mâle et la femelle vont de compagnie, à quelque distance l'un de l'autre; il n'y a point de différences entr'eux. L'on dit qu'ils font leur nid sur les arbres ou les buissons, et que leur ponte est de deux œufs. Le 5 janvier, je vis un de ces nids sur un rocher, dont la saillie le mettait à l'abri de la pluie. Je ne pus le prendre.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième plus longue, et les deux premières échancrées sur leur plus grand côté; les couvertures inférieures longues et nombreuses: 12 pennes égales à la queue, leurs tiges inclinées en dehors et leurs barbes extérieures se prolongeant à mesure qu'elles approchent de l'extrémité des pennes. Le bec plus large qu'épais, droit, fort, légèrement crochu à sa pointe, un peu renflé et garni de grandes moustaches.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 16 et demi; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15 et demie; du bec, 8.

Couleurs. Des narines part un trait blanc qui se termine au-dessus de l'angle antérieur de l'œil; un autre noirâtre, prenant naissance au coin de la bouche, traverse l'œil; au-dessous un troisième finit à l'oreille, et se partage sous l'angle antérieur de l'œil, embrassant entre ces

1 Je ne crois pas que cet oiseau ait été décrit avant M. d'Azara. (S.)

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deux branches une petite tache noirâtre; enfin une quatrième ligne noirâtre descend de chaque côté de la gorge qui est blanche, ainsi qu'une partie du cou en devant. Les parties supérieures, le reste du devant du cou, le haut de la poitrine et les petites couvertures supérieures de l'aile, sont cendrées; celles de dessous sont blanches, de même que le bas de la poitrine, le ventre et les huitième et dixième pennes de l'aile, dont les tiges sont noires, tandis que celles des huit premières sont brunes. Ces mêmes huit premières pennes ont à leur base une tache blanche, qui a quatre lignes et demie sur la première, et s'étend progressivement sur les suivantes, jusqu'à occuper presque entièrement la huitième; les autres sont noires, et celles des parties internes de l'aile ont leur extrémité blanche; les couvertures supérieures de la partie externe sont noires, et celles des autres parties noirâtres et terminées de cendré, aussi bien que la queue, dont la penne extérieure de chaque côté est bordée en dehors de blanc; elles sont, du reste, noires comme les autres pennes. Le tarse et le bec sont noirs, et l'iris est orangé.

N.° CCII

LE PEPOAZA COURONNÉ. 1

CETTE espèce a les mêmes formes et les mêmes habitudes que la précédente; mais elle est plus rare au Para-

1 M. d'Azara soupçonne que c'est le même moqueur que le cencontlatolli du Mexique, décrit par Fernandez (Hist. nov. hisp. pag. 20, cap. 30). Mais cet oiseau du Mexique ne paraît pas différer du moqueur proprement dit, auquel Buffon l'a en effet réuni, et que plusieurs traits de dissemblance distinguent du pepoaza couronné. Ce dernier me paraît done une espèce nouvelle. (S.)

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guay; elle se trouve aussi au midi de la rivière de la Plata. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle.

Formes. Les deuxième et troisième des 19 pennes des ailes, sont égales, et les quatre premières fort étroites et un peu faibles. La queue comme celle du pepoaza proprement dit, et le bec plus droit et plus pointu.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de la queue, 3 cinq douzièmes; du vol, 15; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Le front et les côtés de la tête sont blancs, a l'exception d'un trait noirâtre qui, commençant derrière l'œil, se termine à la nuque. Le dessus de la tête est noir; la gorge, le devant du cou, le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes, sont blancs, avec quelques taches noirâtres sur celles de la partie externe de l'aile; les premières pennes, aussi en dessous, sont également noirâtres, et les autres mi-parties de cette teinte et de blanc. Le dessus du cou et du corps, et les petites couvertures supérieures des ailes, sont d'un cendre foncé, ou presque d'un brun clair; les couvertures supérieures, et les pennes de la queue, noirâtres, avec du blanc sur leurs barbes extérieures et un petit liséré blanchâtre à leur extrémité; les grandes couvertures des parties internes de l'aile, noires et bordées de blanc; celles des parties externes, aussi bien que les pennes, noirâtres, et traversées par une bande blanche qui paraît aussi sous l'aile; les autres couvertures des parties intérieures, bordées et terminées de blanchâtre; le bec et le tarse, noirs.

III. a. 26

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N.° CCIII.

LE PEPOAZA DOMINICAIN. 1

JE ne l'ai rencontré qu'une seule fois au nord du 27e degré; mais j'ai vu plusieurs paires de cette espèce, depuis cette latitude jusqu'a la rivière de la Plata; je n'ai point aperçu de différence entre le mâle et la femelle. Leurs formes et leurs habitudes sont les mêmes que dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces trois quarts; de la queue, 3 et demi; du vol, 13 un quart; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 14; du bec, 5.

Couleurs. Les ailes et la queue sont noires; mais les six premières pennes de l'aile ont du brun à leur pointe et au-dessus une petite tache blanche. Tout le reste de l'oiseau est blanc, à l'exception des couvertures inférieures de la partie extérieure de l'aile, lesquelles sont noires, de même que le dessous des pennes des ailes et de la queue; de plus, la couleur blanche, qui s'obscurcit sur la tête, y forme une sorte de capuchon, commençant au bec et finissant en pointe sur le dos. Le bec et le tarse sont noirs.

1 C'est, selon M. d'Azara, la variété du guirarou, que Guenau de Montbeillard a cru reconnaître pour un cotinga (Buffon, Hist. nat., tom. VIII, pag. 221), et que d'autres ornithologistes ont rangée parmi les pie-grièches. Quelle que soit la place que cet oiseau occupe dans un arrangement méthodique, je ne pense pas que l'on puisse le regarder comme de la même espèce que le pepoaza dominicain; car indépendamment de plusieurs différences dans les couleurs du plumage, la variété du guirarou a le bec et les pieds rouges, au lieu que ceux du pepoaza dominicain sont noirs. (S.)

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N.° CCIV.

L'IRUPERO. 1

JE conserve à cet oiseau le nom que lui donnent les Guaranis, quoique ce nom ne soit pas généralement connu, car plusieurs appèlent cet oiseau pepoaza. Ses habitudes sont les mêmes que dans la première espèce; le mâle ne diffère pas de la femelle; ils ne sont pas rares au Paraguay, et je crois qu'ils se trouvent à la rivière de la Plata.

Formes. La troisième des 19 pennes de l'aile est la plus longue, et les 2 premières sont si échancrées à cinq lignes de leur extrémité, qu'elles se réduisent presqu'à la tige; les 12 de la queue sont égales. Le bec, plus large qu'épais, est droit, fort gros, avec un petit crochet à sa pointe et du poil à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 5 un quart; du vol, 12; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 12; du bec, 7.

Couleurs. Un beau blanc colore tout cet oiseau, à l'exception du bout de la queue, des couvertures supérieures de la partie externe de l'aile, de ses 4 premières pennes, de l'extrémité des 4 suivantes, de l'iris, du bec et du tarse, lesquels sont noirs.

N.° CCV.

LE PEPOAZA A VENTRE ROUGEATRE. 2

J'AI rencontré, en mai et juillet, quelques paires d'oiseaux de cette espèce, aux environs de Sainte-Lucie, à

1 Espèce nouvelle. (S.)

2 Espèce nouvelle. (S.)

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vingt lieues de Monte-Video. Le mâle ne m'a pas paru différer de la femelle. Ils marchaient avec agilité el légèreté dans les campagnes qui, dans cette contrée, sont très-nues; ils faisaient à terre la chasse aux insectes. Quelquefois ils sautaient sur de petites mottes de terre, car il ne s'y trouve ni arbres, ni buissons. Leur vol est court et lent.

Formes. La deuxième et la troisième des 18 pennes de l'aile sont les plus longues, et les 2 premières sont échancrées; les 12 de la queue augmentent un peu en longueur, à mesure qu'elles deviennent plus extérieures., et toutes s'élargissent vers leur extrémité. Les plumes du corps sont décomposées, et celles qui couvrent l'oreille sont longues et bien fournies.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi; de la queue, 3 et demi; du vol, 18 trois quarts; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 20; du bec, 9.

Couleurs. La gorge, le devant et les côtés du cou ont une teinte plombée claire; cette même teinte, mais plus rembrunie, s'étend sur les parties supérieures; le sommet de la tête est noirâtre. Le dessous du corps et les couvertures inférieures de l'aile, ont la couleur rougeâtre du tabac d'Espagne; et les pennes, aussi en dessous, ont la même couleur, mais moins vive, avec leur extrémilé blanchâtre, à l'exception de celles de la partie externe de l'aile, lesquelles sont d'un noirâtre luisant; en dessus, ces pennes ont les mêmes nuances, mais moins fortes et moins pures; les couvertures supérieures sont faiblement bordées de blanchâtre, sur un fond de brun de plomb. La queue est noirâtre, et terminée par du brun roussâtre; la penne extérieure est bordée de blanc en dehors. Le bec et le tarse sont noirs.

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N.° CCVI.

LE PEPOAZA A TÊTE NOIRE. 1

J'ACHETAI en mars un oiseau de cette espèce au Paraguay, et je n'en ai pas vu d'autres.

Formes. 18 pennes aux ailes, les première et quatrième plus longues. L'oiseau était en mue, et n'avait à la queue que 10 pennes égales. Bec très-gros, droit, un peu crochu à sa pointe; l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 et demi; du vol, 12 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 11; du bec, 9.

Couleurs. Un très-beau noir couvre toute la tête, la queue, les 15 premières pennes de l'aile et leurs couvertures supérieures; mais ces pennes ont, sur leur côté inférieur, une pièce blanche qui, depuis leur naissance, s'êtend en s'élargissant jusqu'aux deux tiers de leur longueur; les autres pennes, ainsi que le reste du plumage, sont presque blanches; il ja sur la poitrine une nuance plombée. Le tarse est d'un gris de plomb et le bec bleu de ciel.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX DISTINGUÉS.

LA dénomination de distingués m'a paru convenir aux oiseaux de cette famille, parce qu'ils le sont en effet. Leur rareté ne m'a pas permis d'en observer un assez grand nombre. Je dirai done seulement que ces oiseaux ont des formes bien proportionnées, les ailes et les jambes un peu plus longues, la queue plus courte et étroite, le bec plus renflé et plus creux en dedans que les suiriris, desquels ils différent encore en ce qu'ils n'ont point de moustaches, et que, pour l'ordinaire, leur plumage est mieux fourni. Ils ont, en outre, la langue plus large et plus courte, la tête plus grosse, plus aplatie en dessus, et couverte de plumes pressées les unes sur les autres, enfin l'œil plus grand. J'ignore quelles sont leurs habitudes naturelles.

N.° CCVII.

LE DISTINGUÉ A TÊTE NOIRE. 1

J'AI VU six paires de ces oiseaux, qui ne m'ont présenté aucune différence entre le mâle et la femelle; j'en ai trouvé

1 Bécarde, ou pie-grièche grise de Cayenne. Buffon, Hist. nat. des oiseaux, tom. II, pag. 91. — Lanjus Cayanus Linn. syst. nat. gen. 44, sp. 20. — Latham, syst. ornith gen. 4, sp. 47.
Les jeunes oiseaux de cette espèce, d'après les observations de M. d'Azara, différent des adultes, par quelques différences dans les teintes du plumage et leur distribution. (S.)

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aussi quelques-uns de solitaires. Ils arrivent au Paraguay en septembre, et ils en partent dans les mois de décembre ou de janvier. Leur vol est élevé, rapide et prolongé; ils ne sont ni farouches, ni remuans, et ils se tiennent longtemps à la même place. Ils ne sortent point des grands bois, et ils se perchent toujours au plus haut des arbres les plus élevés, où ils ne cherchent pas à se cacher.

Formes. 18 pennes fortes et roides aux ailes, la deuxième plus longue; mais entre la première et la seconde, l'on en voit une autre qui dépasse à peine de 9 lignes les couvertures, manque de barbes en dehors, et en a seulement de fort courtes en dedans. Les 12 pennes de la queue sont égales et leurs couvertures très-longues. Le bec droit, crochu à sa pointe, et renflé. Les couvertures des narines sont recouvertes par des poils.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 14 et demi; de la jambe, 19 lignes; du tarse, 15; du bec, II; épais de 6, large de 7.

Couleurs. Si l'on conçoit une ligne droite, tirée de l'angle saillant de l'aile, entre les quinzième et seizième pennes, toute la partie qui est en dehors de cette ligne est noire, de même que la queue et la tète. Le reste des parties supérieures est d'un blanc lavé faiblement de bleu, et toutes les inférieures sont plus blanches que la neige. Le tarse est d'une teinte plombée, l'iris brun et le bec noir, avec du rouge de sang à sa base; la même couleur couvre aussi la peau nue qui entoure les yeux.

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N.° CCVIII.

LE DISTINGUÉ ROUX,

A COURONNE ARDOISÉE. l

J'AI acheté, en octobre, un oiseau de cette espèce; je n'en ai pas vu d'autre au Paraguay; il m'a paru de la même famille que le précédent.

Formes. La troisièrne des 19 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont à peu près égales. Le bec, plus large qu'épais, est droit, un peu crochu à sa pointe et renflé. Quelques poils entourent les ouvertures des narines. La tète est assez grosse et aplatie en dessus; l'œil est grand.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un quart; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 11; de la jambe, 15 lignes; du bec, 8.

Couleurs. Toute la tête a la couleur de l'ardoise; et le dessus du cou et du corps, les couvertures supérieures des parties internes de l'aile, et le côté supérieur des pennes, ont une couleur rousse, qui est plus vive sur la queue. Les couvertures extérieures de l'aile et le côlé interne des pennes, sont d'un brun noirâtre, et toutes les parties inférieures d'un roux clair. Le tarse a la teinte du plomb, l'iris est noir, ainsi que le demi-bec supérieur; l'autre est d'un bleu violet.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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N.° CCIX.

LE DISTINGUÉ ROUX, A TÊTE NOIRE.

AU mois de décembre, l'on me vendit au Paraguay un distingué de cette espèce, le seul que j'aie vu.

Formes, Les ailes sont composées de 19 pennes, desquelles les troisième et quatrième sont les plus longues, et la deuxième est beaucoup plus courte que toutes les autres; les 12 de la queue sont étagées, et l'extérieure a 5 lignes de moins en longueur. Le bec est renflé, droit, crochu à sa pointe, mais sans poils à sa base. La tête est aplatie en dessus et un peu grosse; ses plumes sont longuettes et peu serrées. L'œil est grand et l'iris imperceptible.

Dimensions. Les mêmes, à très-peu près, que le précédent.

Couleurs. La tête a ses côtés d'un brun foncé et sa partie supérieure d'un noir profond. La nuque et le croupion sont roux, et le dessus du cou et du dos d'un brun roussâtre; mais en soulevant les plumes du haut du dos, on voit qu'elles sont à moitié d'un beau blanc. Les couvertures supérieures des ailes sont d'un brun noirâtre; quelques-unes placées sans ordre, prés du bord interne de l'aile, sont rousses et les pennes noirâtres, à l'exception des quatorzième, quinzième et seizième qui sont teintes en roux; les deuxième, troisième, quatrième, cinquième, douzième et treizième, ont, sur leur côté inférieur, une tache blanche, à peine apparente, au delà des couvertures; sur les autres pennes, cette tache est rousse, aussi bien que le côté intérieur de la penne extérieure de la queue, et toute la seconde; les autres sont noirâtres.

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La gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre, sont colorés d'un mélange de brun, de roux et de blanchâtre. Le bas-ventre est rougeâtre, de même que les couvertures inférieures des ailes, le tarse de couleur de plomb, et le bec noir en dessus, bleu de ciel en dessous.

Je présume que cet individu quittait la livrée du premier âge, pour prendre celle de l'oiscau parfait; et peut-être appartient-il à l'espèce précédente.

N.° CCX.

LE DISTINGUÉ VERT,

A COURONNE NOIRE. l

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, acheté en juin, au Paraguay. Noseda en a tué un autre, au mois de décembre, dans l'intérieur d'un bois, où il le vit donner la chasse aux insectes volans.

Formes. La tête un peu grande, aplatie en dessus, est couverte de plumes longues et étroites. Des 19 pennes de l'aile, la troisième est la plus longue; les 12 de la queue se terminant en pointe, sont étagées; l'extérieure est de quatre lignes moins longue et les couvertures sont courtes. Le bec, médiocrement gros, est droit, crochu à sa pointe, et dénué de poils à sa base. L'œil est assez grand et l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un douzième; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8 trois quarts; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du bec, 5 et demie, épais de 2 et demie, large de 3.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Couleurs. Il a le dessus de la tête d'un noir de jais; le front blanc; les côtés et le derrière de la tête d'un mélange agréable de blanc et de bleu; le dessus du cou et du corps, les couvertures supérieures de l'aile, les bords des plumes et la queue d'un vert foncé; les pennes de l'aile, brunes; la gorge, le devant du cou et les couvertures inférieures de l'aile, d'un beau jaune; le dessous du corps, d'un blanc faiblement lavé de roux; le tarse couleur de plomb; le bord de la paupière d'un jaune vif, enfin le bec noir à la pointe de sa pièce supérieure, et bleu de ciel sur le reste.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BATARAS.

CESSONS de porter nos regards vers la cime des arbres élevés et touffus, domicile de choix pour les oiseaux de la famille précédente, et jetons les yeux sur les halliers les plus épais et les plus fourrés, où ne pénètrent jamais directement les rayons du soleil, ni les eaux de la pluie. Nous trouverons dans ces lieux cachés une famille d'oiseaux, connus des Guaranis sous le nom de bataras, quoique cette dénomination s'applique plus généralement à la seconde espèce. On ne les rencontre point dans les buissons desséchés ou isolés; et ils ne sortent jamais de leurs retraites, si ce n'est pour quelques instans, et le soir ou le matin; alors même ils ne se posent que sur des branches basses, de sorte qu'à peine ils s'élèvent de quelques pieds au-dessus du sol. Ils n'entrent point non plus dans les grands bois, et ils évitent également les campagnes et les lieux découverts. Ils ne se réunissent que par paires, et les vers qu'ils saisissent sur les buissons ou sur la terre, composent uniquement leur subsistance. Ce sont des oiseaux sédentaires; ils volent peu, et seulement pour passer d'un buisson à un autre. Plusieurs espèces de cette famille ont un même cri, extraordinaire, fort, et elles ne le font entendre que dans la saison des amours, en sorte que l'on ne peut distinguer les espèces par le cri: c'est un fredon, ou une répétition fréquente de la même syllabe ta, du même ton que le fournier, mais beaucoup plus fort,

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puisqu'il s'entend à un demi-mille de distance; les bataras agitent en même tems leurs ailes.

J'ai vu toutes les espèces de cette famille au Paraguay, et je n'en ai rencontré aucune à la rivière de la Plata; ce qui peut venir de ce que, dans cette dernière contrée, il y a peu de halliers, ou que je ne les ai pas parcourus avec autant de soin que ceux du Paraguay. Du reste, ces oiseaux ont tous, sur le dos et la poitrine, une quantité extraordinaire de plumes longues, douces et décomposées, de sorte que l'on rencontre sur ces deux parties un amas renflé de plumes faibles et sans tiges. Celles de la tête ont 6 à 9 lignes de long, et les bataras les relèvent en forme de huppe, lorsqu'ils sont affectés ou qu'ils font entendre leur cri. Leur queue est faible et fortement étagée. Ils ont l'envergure très-courte; les pennes de l'aile concaves et peu vigoureuses; le pied très-robuste, luisant, rude et couvert d'écailles; le bec droit et fortement crochu à sa pointe, comprimé sur les côtés, très-fort, solide, assez long et dénué de poils à sa base; la langue ferme, peu grosse, à bords amincis, et divisée en deux parties à son extrémité, où elle devient transparente; les ouvertures des narines en long et peu éloignées des plumes du front. Du reste, ces oiseaux ne sont point farouches, et ils se tiennent communément dans les broussailles des cantons cultivés et dans les enclos.

Pour témoigner sa reconnaissance, et faire honneur à Sonnini de Manoncour, Buffon s'exprime ainsi: «Ces derniers (les fourmiliers) me paraissent former un nouveau genre, qui est entièrement dû aux recherches de M. Sonnini de Manoncour, que j'ai déjà cité plusieurs fois, parce qu'il a fait une étude approfondie sur les oiseaux étrangers, dont il a donné au cabinet du roi plus

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de cent soixante espèces. Il a bien voulu me communis quer aussi toutcs les observations qu'il a faites dans ses voyages au Sénégal et en Amérique; c'est de ces mêmes observations que j'ai tiré l'histoire et la description de plusieurs oiseaux, et en particulier des fourmiliers» (tom. VIII, pag. 122 et suiv.). C'est ainsi qu'écrit mon auteur, et moi je le lis avec une grande pitié, en voyant qu'il ne dit pas la vérité, et qu'il ne rapporte que des notices fausses et par oui-dire. Ce Sonnini de Manoncour donne à cette famille d'oiseaux le nom de fourmiliers, parce qu'ils mangent et détruisent, dit-il, une grande quantité de fourmis dont il détruit les tacurus, ou les immenses habitations. Mais il est bon de savoir que ces oiseaux ne mangent pas une seule fourmi, et que l'on peut même ajouter qu'il n'y a presque pas de ces insectes dans les cantons où ils se tiennent. Il assure que ses fourmiliers ne se perchent point, ou très-peu, qu'ils courent à terre, comme les perdrix, et que c'est pour cela qu'on les a nommés à Cayenne petites perdrix. Eh bien! tout cela est faux; les bataras ne savent pas marcher; leur démarche est lente, contrainte et ne se fait que par sauts, comme celle des oiseaux de halliers; ils ne descendent sur la terre que pour prendre les chenilles et les insectes qu'ils y découvrent; ils restent toujours perchés, et leur plumage renflé est tout-à-fait opposé à celui de tout oiseau qui vole ou qui marche beaucoup. Si par hasard on les nomme à Cayenne pctites perdrix, ce n'est assurément pas parce qu'ils avancent et courent à terrce comme les perdrix; c'est peut-être parce que les petits garçons ont coutume, à Cayenne ainsi qu'au Paraguay, d'appeler perdrix tout oiseau dont le plumage est comme peint. Manoncour fait vivre ces oiseaux en bandes ou troupes,

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tandis qu'ils demeurent seuls ou par paires; il dit que leur langue est garnie de petits filets cartilagineux et charnus vers sa pointe, tandis qu'elle est conformée de la manière que je viens de décrire; il leur donne une queue et des ailes si courtes, qu'elles sont peu propres à les soutenir et à les diriger dans un vol élevé et continu en plein air; cependant il faut observer que si les bataras de ce voyageur ont la queue courte, c'est qu'il la leur aura coupée avec des ciseaux, ou qu'après l'avoir arrachée, il en aura substitué une autre. S'il a remarqué que l'ongle du doigt postérieur des fourmiliers est plus long et plus arqué que les antérieurs, c'est une observation ridicule aux yeux de quiconque a vu les pieds de quelques oiseaux, car c'est un caractere presque général. Il assure que ces fourmiliers fuient les lieux habités, qu'ils se tiennent dans les bois épais et éloignés, et qu'à l'exception des espèces principals, qui se réduisent à un petit nombre, il est rare de trouver, dans aucune des autres, deux individus qui se ressemblent parfaitement, ce qu'il attribue à la facilité que les petites espèces ont de se mêler et de produire ensemble. Tout cela est faux: les bataras se tiennent communément dans les enclos et dans les buissons qui avoisinent les maisons champêtres, comme dans ceux qui en sont éloignés, et jamais ils ne pénètrent dans les grands bois; ils forment de véritables espèces, dont les couleurs, les formes et les dimensions sont constantes et bien distinctes. Sonnini écrit que les fourmiliers font entendre un cri qui varie dans les différentes espèces, mais qui, dans plusieurs, a quelque chose de fort extraordinaire; ces oiseaux n'ont d'autre cri que celui dont j'ai parlé. Il décrit un seul nid pour toutes les espèces; et l'on peut juger de la confiance qu'il mérite. Il affirme que la chair de la plupart

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de cesoiseaux n'est pas bonne à manger, qu'elle a un goût huileux et désagréable, et que le mélange digéré des fourmis et des autres insectes qu'ils avalent, exhale une odeur infecte lorsqu'on les ouvre; mais si de pareils résultats étaient la suite de l'habitude de se nourrir d'insectes, ils ne seraient pas particuliers aux bataras, puisque tous les oiseaux de l'Amérique, généralement parlant, se nourrissent plutôt d'insectes que d'autres choses. Je n'ai jamais ouvert de bataras, ni eu envie d'en manger; cependant je ne crois pas ce que dit Sonnini de Manoncour, et j'en appèle à la postérité et au jugement des personnes qui ont la facilité de voir le cabinet d'histoire naturelle de Paris; je les engage à y examiner principalement le grand béfroi, le coraya et les autres fourmiliers, le caica, l'arada et l'autour de Cayenne; j'espère qu'elles reconnaîtront l'empreinte des ciseaux dont on s'est servi pour écourter la queue de ces oiseaux, les coups de pinceau avec lesquels on a déguisé leur plumage, et les traces de la main qui a subslitué une queue étrangère à la place de celle que l'on a arrachée 1

1 Voltaire, qui avait jeté du ridicule sur le système de Buffon, à l'occasion des bancs de coquillages marins, que l'on découvre dans le sein des plus hautes montagnes, tout en convenant que l'éloquent naturaliste l'avait repris un peu vertement, ne voulait pas, disait-il, se brouiller pour des coquilles. Je ne sais si des plumes seraient un sujet plus grave de brouillerie; et certes je ne suis pas plus disposé à me làcher que le poëte de Ferney, quoique M. d'Azara, qui n'est pas plus Voltaire, que je ne suis Buffon, se permette non-sculement de m'attaquer, mais de m'outrager. J'ai trop de respect pour le public, je me respecte trop moi-même pour répondre sur le même ton et me servir des mêmes armes; elles me sont étrangères, tandis que leur usage paraît être familier à M. d'Azara, qui les emploie à tout propos dans ses éter Melies diatribes contre Buffon, composant en très - grande partie de prétendues discussions d'ornithologie, discussions que j'ai omises dans ma traduction, parce qu'elles portent toujours à faux, et qu'elles n'apprennent rien, si ce n'est la mauvaise humeur du voyageur espagnol envers le naturaliste français. Mais ce que j'ai pu et dû faire, quand il est question d'autrui, me devient interdit dès qu'il s'agit de ma propre cause. Aussi n'ai-je pas changé ni retranché une seule syllabe, dans cet article des bataras.
Il était tout simple que je partageasse les traits lancés contre celui dont j'ai partagé les travaux, et ils ne me sont point épargnés. Si, d'un côté, M. d'Azara pousse la discrétion, en plusieurs endroits de son ouvrage, jusqu'à ne pas avouer que ses observations viennent à l'appui des miennes, il cherche, de l'autre, à me punir sévèrement de l'estime dont Buffon m'honorait, et de certains articles du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, dans lesquels j'ai démontré que le moment où l'auteur espagnol se déchaîne avec le plus de virulence contre l'écrivain français, est presque toujours celui où ses méprises sont les plus fortes et les plus complètes.
Et c'est précisément ce qui lui arrive encore à mon égard. Jamais ce Sonnini de Manoncour, comme le dit avec tant de grâce M. d'Azara, n'a eu plus décidément raison qu'à l'instant où des injures lui sont adressées avec tant de véhémence, du Paraguay, de l'Espagne, de je ne sais quel pays. La postérité dont M. d'Azara invoque le témoignage, la postérité, si jamais il en est une pour lui et pour moi, attachera, de même que nos contemporains, la valeur et l'épithète convenables à la critique indécente dont il me rend l'objet, et il rougira peut-être de l'avoir publiée, lorsque j'aurai démontré que le fondement sur lequel elle repose, n'a aucune réalité ni existence; en effet, M. d'Azara s'est étrangement trompé sur la nature des oiseaux qui en sont le prétexte; et pour tout dire, en un mot, ses bataras ne sont point mes fourmiliers. Si la passion admettait la faculté de raisonner, la plus légère attention, les réflexions les plus simples et les plus superficielles auraient fait apercevoir à l'observateur du Paraguay, que des oiseaux aussi différens, et par leurs formes extérieures, et par leurs habitudes naturelles, ne pouvaient ètre compris dans le même genre. Si l'on compare ce que M. d'Azara rapporte au sujet des bataras, avec ce que j'ai dit des fourmiliers dans l'Histoire naturelle de Buffon, l'on se convaincra que des traits de dissemblance, aussi nombreux que tranchés, séparent évidemment ces oiseaux les uns des autres. Il est vrai que M d'Azara affirme, avec autant de décence que de politesse, que j'en ai également imposé, lorsque j'ai parlé des mœurs, des habitudes et de la conformation des fourmiliers. Cependant il n'est aucun habitant de la Guiane française, aucun mulâtre ou nègre chasseur, qui ne sache que le béfroi, par exemple, et je cite cette espèce comme la plus rcmarquable, n'approche point des habitations et ne quitte point les grands bois, qu'il fait retentir de sons semblables à ceux d'une cloche d'alarme. Quant à l'imputation que me fait M. d'Azara, d'avoir défiguré les dépouilles des fourmiliers, elle n'est que ridicule, pour ne rien dire de plus. C'est en 1774 que j'ai remis, au cabinet du roi, une nombreuse collection d'oiseaux de notre Guiane, parmi lesquels se trouvaient, pour la première fois, plusieurs espèces de fourmiliers. Depuis cette époque, de très fréquens envois d'oiseaux de la même contrée de l'Amérique, sont arrivés au cabinet du roi, et les fourmiliers qui en faisaient partie, ressemblaient en tous points à ceux que j'avais apportés. Dire que l'on s'est entendu à Cayenne, pour couper ou arracher la queue de ces oiseaux, et pour colorer leur plumage à coups de pinceau, serait une supposition aussi absurde, que de me soup çonner d'avoir pris la même peine, afin que les fourmiliers que j'observais en 1774, ne ressemblassent pas aux bataras dont M. d'Azara devait parler trente ans après.
Au reste, ces attaques, plus qu'indiscrètes, de M. d'Azara, ne m'ont point empêché, dans le cours de cet ouvrage, de lui rendre toute la justice qui lui est due, et de le représenter, sinon comme doué de beaucoup d'instruction en histoire naturelle, et d'habileté dans l'art de comparer et de discuter, du moins comme un trèsbon observateur. (S.)

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III. a. 27

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N.° CCXI.

LE GRAND BATARA.1

IL est assez commun, et l'on m'a assuré qu'il produit deux petits, mâle et femelle, dont le plumage est semblable à celui de leurs père et mère. Quelqu'un m'apporta un mâle de cette espèce, qu'il me dit avoir surpris sur ses œufs, qui sont blancs et marbrés de violet obscur, avec des diamètres de 12 lignes et demie et de 9; le nid était dans un buisson, à trois pieds au-dessus du sol, et il était composé au dehors de beaucoup de petites branches épineuses. La même personne m'ajouta qu'elle fut poursuivie de très-près par la femelle, jusqu'à une assez grande distance du nid.

Formes. Les 19 pennes de l'aile sont concaves et faibles; la première est assez courte, et les cinquième, sixième et septième sont les plus longues; des 12 de la queue, l'extérieure est de 11 lignes plus courte que les six du milieu; la deuxième a 6 lignes de plus que la première, et la troisième, 4 de plus que la seconde. Les mandibules du bec

1 M. d'Azara reproche à Buffon de ne s'être pas aperçu que j'avais coupé deux pouces de la queue du grand béfroi; parce que si ceite queue eêt été plus longue, et qu'ensuite les couleurs du plumage, les tormes et les habitudes eussent été tout autres, ce grand béfroi se fût trouvé le même que le grand batara. Mais comme les choses sont précisément comme Buffon les a dites, il résulte que ces deux oiseaux sont fort différens l'un de l'autre. Après la brièveté de la queue des fourmiliers, l'attribut le plus remarquable qui les éloigne des bataras, c'est la longueur excessive des plumes du dos de ces derniers, et la huppe qui surmonte leur tête, les fourmiliers n'ayant rien de semblable. Voyez au surplus ma note de la page 416. (S.)

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ne s'ajustent pas bien l'une dans l'autre, si ce n'est à leur base et à leur pointe, et la supérieure fait le crochet. L'œil est assez grand; les plumes de dessus la tête sont longues et pointues, et celles du haut du dos, faibles, fournies et excessivement longues.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un sixième; de la queue, 3 un sixième; du vol, 11; de la jambe, 22 lignes; du tarse, 17; du bec, 10 et demie.

Couleurs. Dublanc couvre toutes les parties inférieures; tout le dessus est d'un noir profond; mais les couvertures supérieures et les pennes des ailes ont une bordure blanche; les deux pennes extérieures de la queue, cinq bandes transversales de la même couleur; les trois suivantes, quelques points blancs, et les autres, du noir par-tout. Les jambes sont marbrées de noir et de blanc. Le tarse a une couleur plombée claire, le bec est noir, avec du bleu de ciel à sa base, et l'iris d'un rouge pur.

La femelle est à peine plus petite que le mâle. Une couleur de tabac d'Espagne, moins vive sur le croupion, la couvre en dessus, et du blanc en dessous; il y a un peu de brun mêlé sur la poitrine et les côtés, et les couvertures inférieures de la queue ont la couleur de tabac d'Espagne. Le bec est entièrement bleu de ciel.

N°. CCXII.

LE BATARA RAYÉ.1

IL est plus commun que le précédent, dont il a les habitudes et le cri. Il place son nid sur les petites branches horizontales des buissons épais, et il le construit, en de-

1 C'est avec toute raison que M. d'Azara reprend Buffon d'avoir donné la pie-grièche rayèe de Cayenne(lanius cayanensis striatus) comme une variété de la pie-grièche grise de France; j'ai rectifié moi-même cette méprise dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom XXXIX, pag. 260. Mais M. d'Azara se trompe à son tour, lorsqu'il confond le batara de cet article avec la pie grièche rayée de Cayenne: ces deux oiseaux différent également par les formes et par les couleurs. Au reste, cette opinion de M. d'Azara est une nouvelle preuve de ce que j'ai avancé précédemment, c'est-à-dire, que ses bataras ne sont point mes fourmiliers, lesquels n'ont aucune ressemblance avec les pies-grièches. (S.)

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hors, de filamens fortement attachés à deux rameaux qui forment la fourche à l'extrémité d'une branche menue; l'intérieur est tapissé de crins et de tiges de plantes aussi déliées; la largeur et la profondeur de ce nid sont de 2 pouces et demi, et sa longueur de 4. Le mâle et la femelle partagent l'incubation; leurs œufs sont blancs, rayés de rougeâtre et plus pointus à un des bouts. L'un de ces œufs est plus alongé que l'autre, et leurs diamètres sont de 11 trois quarts et 8 lignes, et de 10 et demie et 8.

Formes. Une huppe, longue de 8 lignes, s'élève sur la tête. Les ailes ont 19 pennes concaves et faibles, dont la quatrième et la cinquième sont les plus grandes; il y en a 12 à la queue; le bec a la même forme que celui de l'espèce précédente. Les pennes intermédiaires de la queue sont de 7 lignes et demie plus longues que l'extérieure, laquelle est de 5 lignes plus courte que la suivante, et la troisième plus courte d'une ligne que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 9; de la huppe, 8 lignes; de la jambe 18; du tarse, 15; du doigt du milieu, 7 deux tiers; du bec, 8, large et épais de 2 deux tiers.

Couleurs. Cet oiseau a la huppe d'un beau noir; la base du bec marbrée de noir et de blanc, ainsi que le dessous

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et les côtés de la tête et le haut du cou; le dessus du cou, le dos et les couvertures supérieures des ailes rayés transversalement de blanc et de noir; les pennes des ailes noires tachetées de bleu; la queue noire, avec des bandes blanches transversales et interrompues; le devant du cou et la poitrine rayés de noir, sur un fond blanchâtre; le ventre et les couvertures inférieures des ailes, de couleur blanche; le dessous des pennes de l'aile taché de blanc, sur un fond noirâtre luisant; le tarse d'un plombé clair; le bec noirâtre à sa base, et bleu céleste dans le reste; enfin l'iris d'un jaune paille très-brillant.

La femelle a les mêmes dimensions et la même huppe; mais les côtés et le derrière de sa tête sont d'un brun mêlé de blanchâtre et de roux, avec des raies noires; le dessus de la tête et du corps est de couleur de tabac d'Espagne, et tout le dessous de roux blanchâtre.

N.° CCXIII.

E BATARA NOIR ET PLOMBÉ.1

QUOIQUE celui-ci ait les mêmes formes, les mêmes habitudes et le même cri que les deux précédens, il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle.

1 L'auteur compare ce batara au fourmilier huppé (turdus cirrhatus); et il remarque lui-même plusieurs dissemblances entre eux. Néanmoins, fidèle au système qu'il s'est formé, de prononcer l'identité des oiseaux dont il a commencé la comparaison, il signale comme des erreurs tout ce que Bffon a rapporté, d'après moi, au sujet du fourmilier huppé, et qui ne se trouve pas conforme à ce que M. d'Azara connaìt de son batara noir et plombé. Je regarde ce dernier comme une espèce nouvellement décrite. (S.)

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Formes. Huppe moins longue que celle du précédent: 12 pennes à la queue; l'extérieure de 6 lignes plus courte que les deux intermédiaires, la deuxième de 4 lignes plus longue que la première, les autres étagées, et toutes faibles; celles des ailes, comme dans le batara rayé.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 2 et demi; du vol, 7 onze douzièmes; de la jambe, 15 lignes 3 du tarse, 12; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 7.

Couleurs. Le dessus de la tête noir; les côtés, le dessus du cou et du corps, d'un plombé noirâtre, avec une tache presque noire au haut du dos. Les couvertures supérieures des ailes et de la queue noires, et terminées agréablement de blanc; les pennes des ailes noires et bordées finement de blanc; les pennes de la queue, aussi noires, avec une petite tache blanche vers l'extrémité de chacune, à l'exception des deux du milieu; l'extérieure, de chaque côté, a une seconde tache blanche en dehors; le devant du cou et la poitrine plombés, et le reste des parties inférieures blanc lavé d'une teinte plombée; les grandes couvertures inférieures de l'aile blanches, avec quelques taches noirâtres sur celles du milieu. Le tarse plombé. Le bec noir en dessus, et bleu céleste sur le reste.

N.° CCXIV.

LE BATARA MORDORÉ.1

J'AI cru long-tems que cet oiseau était de la même espèce que le précédent, fondé sur ce qu'il a à peu près les mêmes dimensions, les mêmes formes, les mêmes habi-

1 Ce n'est point le petit béfroi (tardus lineatus), comme le Pense M. d'Azara, quoiqu'il remarque que la description de ce béfroi ne s'accorde point avec celle qu'il donne du batara mordoré, lequel me paraît une espèce nouvelle. (S.)

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tudes et le même cri, comme me l'a assuré Noseda. Mais il m'a certifié que ce sont des oiseaux d'espèces différentes qu'il a observées plusicurs fois réunies par paires.

Couleurs. Le dessus de la tête est mordoré, et le dessus du cou et du corps d'un brun plombé faiblement teinté de couleur d'or; c'est aussi la nuance des couvertures supérieures des ailes, et du liseré des pennes, excepté la deuxième et la troisième rangées de ces couvertures, qui sont plus noirâtres, et dont la pointe est blanche. Les pennes de la queue sont noirâtres, et ont leurs extrémités blanches, à l'exception des deux du milieu; il y a une autre petite tache blanche sur le côté extérieur de la première penne. Des points plombés et blanchâtres occupent les côtés de la tête. La gorge est de couleur de perle. Le devant du cou est mordoré, et le dessous du corps d'un roux mêlé d'or. Si on soulève les plumes du haut du dos, l'on aperçoit une grande tache blanche entourée de noirâtre.

N.° CCXV.

LE BATARA ROUX.1

SES formes et ses habitudes sont les mêmes que dans les espèces précédentes, et je ne connais point de différence extérieure entre le mâle et la femelle. Je trouvai, à

1 C'est encore une espèce nouvelle; car elle s'éloigne trop du colma de Buffon (turdus colma), pour être confondue avec celle de ce fourmilier, quelque peine que prenne M. d'Azara pour les rapprocher. (S.)

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la fin d'octobre, un de leurs nids construit comme celui du batara rayé; il contenait deux œufs blancs, légèrement piquetés de rouge. Je les laissai éclore; et j'observai que les petits, dont le plumage ne différait pas de celui des père et mère, volèrent hors du nid le quinzième jour de leur naissance.

Formes. Au sommet de la tête sont des plumes un peu longues, que l'oiseau relève à volonté. Les 12 peunes de la queue sont faibles et étagées; l'extérieure a 8 lignes de moins que les quatre du milieu. Le reste comme dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 2 et demi; du vol, 7 cinq sixièmes; de la jambe, 17 lignes un tiers; du tarse, 14; du doigt du milieu et du bec, 7.

Couleurs. Une teinte de brun blanchâtre commence aux narines et couvre les côtés et le dessous de la tête. Des raies transversales, blanches et noires, occupent le devant et les côtés du cou, aussi bien qu'une partie de la poitrine, dont le reste est blanchâtre, comme le ventre. Le dessous de l'aile est d'un blanc roussâtre. Les plames du dessus de la tête ont une couleur de tabac d'Espagne foncée. Le derrière du cou, les couvertures supérieures et les trois dernières pennes de l'aile, aussi bien que la bordure de toutes les pennes, sont mordorés. Le dos est d'un brun mêlé de bleu. Les pennes intermédiaires de la queue sont noirâtres, et les autres noires, avec de petits traits blancs sur leur plus large côté, et une tache de la même couleur à leur extrémité. Le tarse a une teinte plombée; le bec est noir en dessus el d'un bleu clair en dessous.

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Quelques individus ont les teintes du plumage un peu plus claires que les autres.1

N.° CCXVI.

LE BATARA A GORGE NOIRE.2

JE n'ai point entendu son cri; mais j'ai observé que les trois seuls individus de cette espèce que j'aie rencontrés, avaient les mêmes formes et les mêmes habitudes que les précédens; et comme ils ne m'ont point offert de différence entr'eux, j'en conclus que le mâle et la femelle se ressemblent.

1 Ces individus à nuances moins foncées, sont très-probablement les femelles de l'espèce; car les couleurs moins prononcées sont, dans les oiseaux, comme dans les autres animaux, l'apanage du sexe le plus faible. Alors la remarque de M. d'Azara, sur la parfaite ressemblance entre le mâle et la femelle de l'espèce du batara roux, cesserait de subsister. (S.)

2 L'auteur rapporte cet oiseau au merle à cravate de Cayenne, ou palikour de Buffon, tom. VI, pag. 90; et tom. VIII, pag. 239 (turdus formicivorus Linn. et Lath.). Mais, comme les teintes du plumage de ce fourmilier ne sont point les mêmes que celles du batara à gorge noire, il suppose que le premier a été ajusté et peint par Buffon ou par moi, tout exprès sans doute, pour qu'il ne ressemblât plus au batara dont M. d'Azara devait parler. Buffon n'a jamais été tenté de s'amuser à peindre des plumes, et je ne me suis pas plus avisé que lui d'une aussi sotte et aussi inutile supercherie; d'où il résulte, 1.° que le batara à gorge noire de M. d'Azara n'est point le palikour, ou fourmilier proprement dit; 2.° qu'aucun des bataras de ce même auteur ne se rapporte aux espèces de fourmilicrs décrites par Buffon ou par moi, ainsi que je l'ai déjà avancé et prouvé au commencement du chapitre des bataras. (S.)

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Formes. 18 pennes faibles el concaves aux ailes; les cinquième et sixième sont les plus longues. Les 12 pennes de la queue, également faibles et concaves, sont étagées; l'extérieure a 14 lignes de moins que les autres.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2 un quart; du vol, 6; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 11; du bec, 6 et demie.

Couleurs. Un trait blanc, qui prend de la narine, passe au-dessus de l'œil, entoure la paupière supérieure, descend sur le côté du cou, sans toucher l'oreille, et va se joindre sur la poitrine à celui du côté opposé. La gorge et le devant du cou sont d'un noir velouté; le dessous du corps est d'un roux faible, et les couvertures inférieures des ailes sont blanches. Les supérieures sont noires, avec une jolie tache blanche à leurs extrémités. Toutes les parties supérieures sont d'un roux foncé, les pennes de l'aile bordées de blanc et celles de la queue terminées par cette même couleur. Le tarse a la couleur du plomb, et le bec est noir.

N.° CCXVII.

BATARA ROUGE.1

QUELQUE soin que l'on prenne pour ranger les oiseaux en familles distinctes, il se rencontre toujours quelques espèces indécises, parce que les caractères s'affaiblissent insensiblement, sans laisser de séparation entre les familles. Quoique l'oiseau de cet article ait les habitudes des bataras, et vive au milieu d'eux, sa queue n'est point étagée, son envergure est plus grande, et son aile plus forte; sa jambe,

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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son tarse et ses doigts sont plus courts, et son bec est moins crochu à sa pointe et moins comprimé sur ses côtés. Je ne sais, d'après cela, si cet oiseau ne scrait pas mieux placé parmi les troupiales des bois. J'ai tué six individus de cette espèce, dans les halliers du Paraguay, où ils avaient toutes les allures des bataras. Il m'a semblé avoir entendu le cri d'un de ces oiseaux; c'était une espèce de frédon aigu et assez long.

Formes. 18 pennes aux ailes, fortes, roides, et la troisième plus longue. Les 12 de la queue, égales, excepté l'extérieure qui a 2 lignes de moins. Bec droit, avec un petit crochet à sa pointe, fort, et presque point comprimé sur les côtés; narines arrondies, recouvertes par quelques poils qui vont jusqu'à l'angle de la bouche, Les plumes du sommet de la tête, longuettes. L'œil un peu grand, enfin l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 3; du vol, 10; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du bec, 6 et demie, large et épais de 3.

Couleurs. Tout le plumage est de couleur de tabac d'Espagne, à l'exception du dessous du corps, dont la teinte est un blanc jaunâtre, et des couvertures extérieures du dessus de l'aile, ainsi que le grand côté des pennes, qui sont noirâtres. Le tarse a la couleur du plomb; le bec est noirâtre en dessus et à la pointe, le reste est d'un blanc sale.

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N.° CCXIX.

LE BATARA A AMYGDALES NUES. 1

J'AI VU assez d'oiseaux de cette espèce au Paraguay; ils ressemblent aux bataras par les ailes, la queue et la nature du plumage sur le corps; mais ils s'en éloignent beaucoup par le bec sans crochet, par les plumes de la tête et par d'autres attributs. Je ne place done ici cette espèce que provisoirement.

Cet oiseau ne sort jamais des lieux inondés et des environs des eaux stagnantes. Quoiqu'il se laisse apercevoir dès le grand matin, sur les plantes aquatiques, il y reste pour l'ordinaire fort caché; il est solitaire, et le plus souvent le mâle se tient à vingt ou trente pas de sa femelle, qui lui ressemble parfaitement. Il n'est point defiant, il est peu actif, et son vol est court et bas.

Formes. La tête est plate en dessus et fort comprimée sur les côtés; à l'extrémité des deux branches de la mandibule inférieure du bec, est une place nue et jaune trèsremarquable, d'où j'ai formé le nom de l'oiseau. Il y a 18 pennes concaves et faibles aux ailes, les quatrième et cinquième sont les plus longues. Les 12 pennes de la queue sont étagées comme celles des bataras, l'extérieure étant plus courte de 24 ligues que les intermédiaires. Le tarse

1 Le casque noir, ou merle à tête noire du cap de Bonne-Espérance. Buffon, tom. VI, pag. 85. — Merula atricapilla capitis bonœ spei Brisson, ornith. append, gen. 22, sp. 66. — Turdus atricapillus Linn. syst. nat. gen. 107, sp. 18. — Latham, syst. ornith. gen. 32, sp. 96. Brisson est le premier qui, en faisant connaìtre cet oiseau, ait dit qu'il était du cap de Bonne-Espérance; c'est une erreur: cette espèce appartient à l'Amérique. (S.)

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est excessivement robuste. Le bec est entouré de beaucoup de plumes, sa courbure est insensible; il est trèspointu, quoiqu'ayant un petit rebord, depuis son milieu jusqu'à sa pointe; ces côtés sont légèrement comprimés, et sa base se termine en pointe. Les narines sont longues, la langue n'est ni grosse, ni longue, ni fort large; sa pointe se partage en deux.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 3 et demi; du vol, 9; de la jambe, 25 lignes; du bec, 11.

Couleurs. Le dessous du cou et du corps est d'un roux mêlé de jaune paille; il y a quelques lignes noirâtres sur les flancs. Les couvertures inférieures des ailes sont noirâtres, avec une tache blanche et quelques points noirs. Du noir velouté couvre la tête; le dessus du cou et le haut du dos, sont d'un noirâtre lavé de roux. Le reste dn dessus du corps est roux. Les couvertures supérieures de l'aile sont noirâtres et les pennes brunes; mais les extérieures ont une tache blanche, fort apparente, près de leur origine. La queue est d'un brun noirâtre, et ses pennes, à l'exception des deux du milieu, sont terminées de blanc. Le tarse est d'une teinte plombée, le bec noir, et l'iris d'un très-bel orangé.

J'ai observé, au mois de février, deux individus qui différaient, en ce qu'ils avaient les côtés du corps comme le dessous; les couvertures supérieures de l'aile bordées de roux; une espèce de sourcil blanc et l'iris imperceptible. Je présume que c'étaient des jeunes.

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N.° CCXX.

L'ANNUMBI ROUGE. 1

JE ne sais s'il existe ailleurs qu'au Paraguay, où les Guaranis lui donnent cette dénomination, pour le distinguer d'un autre oiseau qu'ils appèlent simplement annumbi. Il habite les mêmes lieux que les bataras, dont il s'approche par son genre de vie dans les halliers épais, par la forme de ses ailes et de sa queue, par son vol court, par son habitude d'être seul ou par paires, et de ne point se montrer dans les campagnes, enfin par son cri, quoique plus aigu, particulièrement dans la femelle. Il se donne aussi peu de mouvement; il n'est ni inquiet, ni farouche. Cependant il diffère assez des bataras, en ce que le mâle et la femelle se tiennent communément plus rapprochés l'un de l'autre; en ce qu'ils ont la tête aplatie en dessus, comprimée et rétrécie sur les côtés, et les plumes qui la couvrent très-serrées; le bec un beu courbé dans toute sa longueur, pointu, fort, très-comprimé sur les côtés; la langue étroite, longue et usée à sa pointe.

L'annumbi rouge place son nid sur quelques petites branches épineuses, flexibles et de la grosseur du doigt; le poids des matières qui y sont employées le fait abaisser et le rend vertical vers sa pointe. C'est un amas de petits rameaux épineux, étendus sur la branche qui sert de support; ils sont assez grands et assez gros pour que leur emploi paraisse au-dessus des forces d'un aussi faible ouvrier. Le tout est toujours balancé par les vents; et on l'aperçoit de fort loin, non-seulement parce qu'il est extraordinai-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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rement grand, mais aussi parce que l'oiseau l'établit de préférence sur les chemins et les sentiers, de sorte qu'un homme à cheval le touche presque avec sa tête. Dans son contour, il y a des entrées ou des trous, et, dans chacun, quelques débris de végétaux qui, en apparence, servent de lit pour les œufs et les petits; mais ceux-ci sont dans un endroit plus caché, et il faut chercher quelque temps pour trouver, à travers des rameaux entrelacés, le vrai nid où reposent les fruits des amours des annumbis rouges. Quelques-uns croient que ces oiseaux pratiquent à leur nid plusieurs ouvertures et des apparences de nids pour tromper les curieux et mettre à l'abri leur progéniture; mais je ne doute pas que ces oiseaux ne travaillent un nid si volumineux, pour que leurs petits s'y promènent. En effet, dès qu'ils ont leurs premières plumes, ils ne cessent de sautiller en avant, en arrière et de côté, ainsi que je l'ai observé dans un assez grand nombre de ces oiseaux que je nourrissais chez moi avec de la viande crue. Or, cet exercice exige un nid spacieux, avec différentes ouvertures simulées, dans lesquelles les petits puissent se cacher lorsque leurs père et mère les avertissent du danger. La pon te est de quatre œufs blancs, un peu plus pointus à un bout qu'à l'autre, et dont les diamètres sont de 10 lignes un tiers et de 8 lignes; les petits sont semblables à leurs père et mère. Ceux-ci travaillent en commun à la construction du nid, et quand l'un des deux couve, l'autre reste à l'entrée.

Formes. La tête et le haut du cou sont recouverts de plumes rudes, parce que leurs tiges dépassent les barbes. Le cou paraît fort gros, à cause de ses plumes nombreuses et peu couchées. Les 19 pennes des ailes sont faibles et concaves; les deuxième, troisièrne et quatrième d'égale longueur. Les 12 pennes de la queue sont très-fournies

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de barbes, coupées carrément à leur extrémité, et étagées; l'extérieure est de 24 lignes plus courte que les intermédiaires. Le bec a une très-légère courbure, plus apparente à sa pointe.

Dimensions, Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 3 un tiers; du vol, 9; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 6; du bec, 7 et demie, large et épais de 2 et demie.

Couleurs. Une belle couleur de carmin est répandue sur la tête, les ailes et la queue; mais les pennes des ailes ont du noirâtre vers leur pointe. Les côtés de la tête et du cou, le dessus du cou et du corps et les couvertures inférieures de la queue, sont d'un brun roux. Le dessous du cou et du corps est blanchâtre, et les ailes ont une teinte moins vive qu'en dessus. Le tarse est d'un bleu argenté, l'iris d'un beau jaune, et le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessus.

N°. CCXXI.

LE FOURNIER.1

JE place ici cet oiseau et le suivant, parce que j'ignore à quelle familie ils appartiennent. Leurs habitudes com-

1 Forunier Buffon, tom. 11, pag. 167. —Tardus fulous Commerson: manuscrits. — Merops rufus Linn. syst. nat. gen. 63, sp. 20. — Latham, syst. ornith. gen. 27, sp. 22. Cet oiseau, qua Commerson a vu à Buenos-Ayres, n'était connu que par la description de ses formes et de ses couleurs; c'est à M. d'Azara qu'est due la connaissance de ses habitudes intéressantes, de son his toire. Les auteurs systématiques s'accordent pour ranger le four nier parmi les guêpiers; mais Guenau de Montbeillard s'est contenté, avec plus de raison, de le placer entre les promerops et les guêpiers, comme faisant la nuance entre ces deux familles. (S.)

III. a. 20

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Munes sont de n'être ni voyageurs, ni inquiets, ni farouches; de s'approcher des habitations champêtres et des bourgs, comme s'ils se plaisaient dans la société des hommes; de placer en évidence leur grand nid, qu'ils construisent, de préférence, prés des maisons, quelquefois même dans leur intérieur et sur les palissades des cours. Tous deux se tiennent dans les buissons, mais sans que cela les empêche de se montrer dans les lieux découverts. Ils ne pénètrent point dans les grands bois, et ils ne se montrent point sur les terrains élevés. On les trouve toujours par paires, et ils ne vont jamais en familles ni en troupes. Leur vol ne se prolonge pas beaucoup, parce que leurs ailes, un peu courtes, ne sont pas très-fortes. Ils ont la tête aplatie en dessus, rétrécie et comprimée sur les côtés, et garnie de plumes serrées; le bec un peu eourbé sur toute sa longueur, pointu, robuste et fort comprimé sur ses côtés, enfin la langue étroite et usée à son bout.

L'oiseau de cet article porte, à la rivière de la Plata, le nom de hornero (fournier), et au Tucuman, celui de casero (ménagère); ils font tous deux allusion à la forme extérieure du nid, qui ressemble à celle d'un four. On l'appèle au Paraguay, je ne sais pourquoi, alonzo garcia. J'ai nourri chez moi un oiseau adulte de cette espèce, pendant plus d'un mois; il était libre, et quoique, faute d'autre nourriture, il mangeât du maïs pilé, il préférait toujours la viande crue. Si le morceau était trop gros pour être avalé, il le pressait contre terre avec son pied, et le tirait avec son bec. Lorsqu'il voulait marcher, il s'appuyait vivement sur un pied, et levait l'autre en même tems avec la même promptitude; et après l'avoir tenue un peu en l'air, il le posait en avant, et loin, pour lever l'autre. Apres avoir répété plusieurs fois ce manége, il se

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nreitait à courir avec rapidité, il s'arrêtait ensuite tout à coup, et il reprenait sa marche lente et grave. Il s'avançait ainsi alternativement, à pas majestueux et précipités, d'un air libre et dégagé, la tête haute et le cou élevé. Quand cet oiseau chante, il avance le corps, alonge le cou et bat des ailes. Son ramage, qui est commun aux deux sexes, et qui se fait entendre pendant toute l'année, est d'un ton élevé, et consiste dans la répétition fréquente de la syllabe chi, d'abord par intervalles, ensuite prononcé assez vivement pour ne plus former qu'un fredon ou une cadence qui s'entend à un demi-mille. Le fournier que j'avais dans ma maison, cbassait les grives et les habias, lorsqu'ils approchaient de sa viande.

Le fournier bâtit son nid dans un endroit apparent, sur une grosse branche dégarnie de feuilles, sur les fenêtres des maisons, sur les croix, les palissades ou sur les poteaux de plusieurs pieds de haut. Ce nid hémisphérique a la forme d'un four à cuire du pain; il est construit en terre, et quelquefois deux jours suffisent à sa construction. Le mâle et la femelle y travaillent de concert, et ils apportent chacun une boulette d'argile, grosse comme une petite noix, qu'ils arrangent et vont chercher alternativement. En dehors, ce nid a 6 pouces et demi de diamètre et un pouce d'épaisseur. L'ouverture, pratiquée sur le côté, est du double plus haute que large. L'intérieur est partagé en deux parties, par une cloison qui commence au bord de l'entrée, et va se terminer circulairement à la paroi intérieure, en laissant une ouverture pour pénétrer dans une espèce de chambre, où sont déposés, sur une couche d'herbes, quatre œufs uu peu pointus à un bout, piquetés de roux sur un fond blanc, et dont les diamètres ont 10 et 9 lignes. Les hirondelles brunes, les chopis

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les perruches et d'autres oiseaux, se servent des vieux nids de fourniers pour y faire leur nichée; mais les maitres de ces nids en chassent les usurpateurs, quand ils en ont besoin, parce qu'ils ne se donnent pas la peine de faire, chaque année, de nouveaux nids, et les pluies ne les détruisent qu'au bout d'un certain tems. Les jeunes oiseaux sont semblables aux adultes.

Formes. Les troisième, quatrième et cinquième des 19 pennes de l'aile, sont les plus longues; les 12 de la queue sont fortes, étagées et coupées carrément; l'extérieure a 4 lignes et demie de moins que la cinquième, laquelle est de 2 lignes plus longue que la sixième de chaque côté, c'est-à-dire que les deux du milieu. Le bec est aussi épais que large, aminci et affilé.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un sixième; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 10 et demi; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15 et demie; du doigt du milieu et du bec, 9.

Couleurs. Les côtés et le dessus de la tête, la partie supérieure du cou, du corps et les ailes, sont d'un roux brun, plus foncé sur la tête; une teinte plus claire de la même couleur marque le sourcil, et la partie extérieure de l'aile tire sur le châtain; une bande de roux faible traverse l'aile au-dessous des couvertures. La queue a la couleur dutabac d'Espagne. La gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre, sont d'un beau blanc, et les côtés du corps, d'un roux brun. Le tarse est noirâtre, et le bec brun en dessous et à la pointe, blanchâtre dans le reste.

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N.° CCXXIT.

L'ANNUMBI.1

LES Guaranis appèlent cet oiseau annumbi et guiraannumbi, dénominations qui sont les mêmes, parce que le mot guira veut dire unoiseau. Celui-ci n'est point rare, sans être fort commun. Son vol est court, bas et horizontal; il se nourrit d'insectes, et peut-être de pelites graines; il se tient dans les halliers épais, fréquente aussi les campagnes découvertes, et niche dans les endroits les moins caches. S'il y a quelque arbre dépouillé de ses feuilles, ou un opuntia isolé dans la campagne, il le choisit pour y établir son nid. On voit souvent, sur le même arbre, deux et jusqu'à six de ces nids, quelquefois appuyés l'un contre l'autre. Ils se trouvent aussi sur les poteaux des clôtures, sur les treillages et les berceaux des maisons de campagne, et sur les bois qui entourent les cours, près de la porte la moins fréquentée.

Le mâle et la femelle de celte espèce ne se quittent jamais, et lorsque l'un couve, l'autre se tient à portée. Si l'un des deux enlève une paille pour la construction du

1 M. d'Azara soupçonne que cet oiseau est le même que le guira-annumbi du Brésil, décrit par Marcgrave (Hist. nat. bras. pag. 193), et par Pison (Hist. nat. bras., pag. 93). Mais il est bien certain que le guira-annumbi de ces deux auteurs est le houtou ou momot de Buffon (tom. XII, pag. 103), quine ressemble, ni par les formes, ni par les dimensions, ni par les couleurs, ni enfin par les habitudes à l'annumbi de cet article. Le rapprochement entre ces deux oiseaux ne peut donc avoir lieu, et je regarde l'annumbi comme une espèce également nouvelle et interessante. (S.)

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nid, ou donne à manger aux petits, l'autre l'accompagne, quoiqu'il n'ait rien à porter. Leur nid ne semble pas être leur ouvrage, tant il est grand. Il a deux pieds de hauteur, et un pied et demi de diamètre. Il est travaillé avec des rameaux épineux, et d'une grosseur qui paraît audessus des forces de pareils ouvriers. Une couverture assez grande est au haut de ce nid, et au fond, sur une couche de feuilles et de bourre, sont quatre œufs blancs, un peu plus pointus à un bout qu'à l'autre, et dont les diamètres sont de II et 8 lignes. Le cri de l'annumbi ressemble beaucoup à celui d'un oiseau que l'on appèle triguero en Arragon. Il n'existe point de différences entre le mâle et la femelle.

Formes. Les ailes ont 19 pennes assez, fermes, mais pas très-fortes, de même que les dix de la queue, lesquelles sont terminées en pointe et étagées, l'extérieure étant de 15 lignes plus courte que celles du milieu. Le bec, aussi épais que large, est robuste, fortement comprimé sur les côtés, et faiblement courbé dans toute sa longueur. Les ouvertures des narines sont longues.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 3 un quart; du vol, 10; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 9; du bec, 8.

Couleurs. Le front est rouge, et cette couleur s'affaiblit en avançant sur la tête, au point de ne plus être qu'un brun clair à la nuque; chaque plume de la tête, celles du front exceptées, ont du noirâtre sur leur milieu. Le desaus du cou et du corps, les deux pennes du milieu de la queue, les couvertures supérieures et les premières, aussi bien que les dernières pennes de l'aile, sont d'un brun clair; mais les plumes du haut du dos sont tachées de noirâtre, les grandes couvertures de l'aile un peu lavèes

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de rouge, et les autres pennes d'un rouge plus faible que celui du front. Celles de la queue, les intermédiaires exceptées, sont noirâtres, avec une bordure brune et une tache blanche à leur extrémité. Les côtés de la tête sont presque blancs; on y remarque un trait brun qui prend derrière l'œil. La gorge, blanche, est entourée par une ligne variée de noir et de blanc, qui aboutit aux coins de la bouche. La teinte du dessous du cou et du corps est uu mélange de brun et de blanchâtre. Les ailes en dessous sont argentées, avec une légère nuance de rouge. L'iris est roussâtre, le bec d'un. brun rougeâtre et le tarse olivâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CALANDRIAS.1

LES Espagnols du Paraguay donnent le nora de calandrias aux oiseaux de cette familie, qui ne se compose que de deux espèces. Elles se ressemblent, par la couleur olive de l'iris, par la physionomie et les formes, enfin par le bec très-robuste, comprimé sur les côtés et entouré à sa base de quelques poils. Ces oiseaux ont les pennes de la queue bien fournies de barbcs, inégales, longues, un peu étalées quand l'oiseau vole, relevées dans l'état de repos et alors les pointes des ailes tombent au-dessous; les pennes de l'aile un peu concaves et assez peu fermes, la première fort courte, et les quatrième et cinquième les plus grandes; les jambes et les pieds assez longs et robustes enfin les ongles courts. Ce sont des oiseaux sédentaires, peu farouches et qui se tiennent toujours par paires. Ils font la chasse aux insectes dans les halliers fourrés, qui font leur demeure ordinaire; ils n'entrent jamais dans les bois, et ils ne se montrent point dans les campagnes dépourvues de buissons. On les voit approcher des maisons et des enclos, les parcourir sans défiance et avec beaucoup de familiarité, sauter sur les piles de bois et en vi-

1 Je laisse le mot espagnol calandrias, qui signifie calandres, afin d'éviter une méprise inévitable, si j'eusse adopté cette dernière version, qui est cependant la vraie. En effet, les oiseaux de cette famille, que M. d'Azara nomme les calandres, sont bien éloignés de notre calandre ou grosse alouette (alauda calandra). (S.)

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siter toutes les parties. Leurs mouvemens sont graves et lents; leur vol est bas et court, quoiqu'ils paraissent pouvoir le prolonger et l'élever.

N.° CCXXIII.

LE CALANDRIA PROPREMENT DIT.1

C'EST sous le nom de calandria que cetoiseau est connu au Paraguay et à la rivière de la Plata, et les Espagnols de ces contrées le lui ont donné sans doute à cause du proverbe chanter comme une calandre, ce qui équivaut

1 Je ne rapporte point la longue discussion dans laquelle M. d'Azara s'est engagé au sujet de cet oiseau, parce qu'elle porte sur une fausse supposition. Il pense, avec toute espèce de raison, que le calandria proprement dit est un moqueur; mais il se trompe lorsqu'il prend ce même oiseau pour le moqueur proprement dit (turdus orpheus) décrit par Guenau de Montbeillard (Hist. nat. de Buffon, tom. v, pag. 451). M. d'Azara part de cette méprise pour dire que Buffon, ou Guenau de Montbeillard, n'a pas connu le moqueur, qu'il en donne une histoire erronnée, qu'enfin cette espèce ne doit pas se trouver, comme il le dit, à la Caroline, à la Jamaïque, à la Nouvelle-Espagne, etc. et qu'elle ne se nourrit pas de fruits et d'insectes. Tout ce qui se lit dans l'Histoire naturelle, à l'occasion du moqueur, est exact, et a été pleinement confirmé par un observateur très-distingué, M. Vieillot; ainsi, dès que ces faits incontestables ne peuvent plus convenir à uu autre oiseau, il faut cesser de vouloir les lui attribuer, même par des rapprochemens forcés. Le calandria de M. d'Azara n'est donc point le moqueur de Buffon, et autant qu'il est possible d'en juger par une description très-incomplète, donnée par l'abbé Molina, je regarde cet oiseau comme de la même espèce que le thema de cet auteur. (Turdus fusco -cinereus, subtùs pallido - cinereus, remigibus rutricibusque apice albis... turdus thema. Hist. nat. du Chili, pag. 231). «La voix du thema, dit Molina, est éclatante, mélodieuse, et ses accens sont si variés, que l'on croit entendre un très-grand nombre d'oiseaux dont les voix s'accordent… Il aime à se rapprocher de l'homme; cependant on ne peut le conserver en esclavage… Il a un goût particulier pour le suif» Ces habitudes sont bien celles du calandria. (S.)

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à chanter fort agréablement. Mais on ne doit pas conclure de là que le calandria ait quelque rapport avec la calandre d'Europe, dont il s'éloigne beaucoup; il serait donc convenable de l'appeler autrement.

Cette espèce est assez commune; l'on voit souvent le mâle et la femelle entrer dans les galeries et les cuisines des habitations champêtres, lorsqu'il n'y a personne, et y manger la viande et le fromage qu'on y fait sécher. Au tems de la ponte, ils écartent tous les oiseaux de leur nid qu'ils ne cherchent pas à cacher, et qu'ils placent ordinairement sur un opuntia ou sur un buisson; à l'extérieur ce nid est composé d'une couche épaisse d'herbes ordinaires et sèches, et à l'intérieur de filamens de racines. La ponte est de deux à trois œufs piquetés de brun, sur un fond d'un blanc verdâtre mêlé de bleu.

Le calandria est un oiseau silencieux, qui ne chante que dans la saison des amours. Alors le mâle se perche au haut des palmiers, des arbres et des pieux des palissades, d'où il s'élève presque verticalement d'environ six palmes; il commence ensuile à chanter, puis il se laisse tomber doucement, les ailes ouvertes, et il continue sa chanson à la même place d'où il était parti. Il répète ce jeu pendant long-tems, en mettant quelque intervalle entre ses sauts; de sorte que jamais il ne s'élève sans chanter, et qu'il descend toujours, à peu près sur la même ligne et en soutenant son corps sur un plan horizontal. Quand il continue son chant, à la place où il tombe, il ne fait aucun mou-

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vement, ni du corps, ni des ailes, et il se tait lorsqu'il passe d'un lieu à un autre. Son chant est très-mélodieux; peu d'oiseaux en font entendre qui lui soit comparable; cependant je n'ose le mettre au-dessus du chant du rossi-gnol, dont les modulations ont tant de charmes et de variété. On dit que le calandria ne peut supporter l'esclavage, et qu'il y meurt bientôt. Je crois néanmoins qn'avec la moitié des soins que coûte un rossignol, les calandrias pourraient vivre en cage; et l'on m'a même assuré que quelques personnes en avaient nourris et avaient joui de leurs sons harmonieux.

Formes. Les ailes ont 19 pennes, et la queue 12 étagées; l'extérieure a 12 lignes de moins que les autres. Le bec est comprimé sur les côtés, un peu courbé, robuste et garni de quelques longs poils.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces; de la queue, 4 et demi; du vol, 13 et demi; de la jambe, 23 lignes; du tarse, 18 et demie; du bec, S.

Couleurs. Toutes les parties inférieures sont blanchâtres; il y a un peu de roux sur les côtés de la poitrine. Un trait noirâtre va, du bec à l'occiput, sur les côtés de la tête, qui sont blancs. Le dessus de la tête et du cou est brun, et le dos, ainsi que le croupion, d'un brun roussâtre. Les couvertures supérieures et les pennes de l'aile sont noirâtres; les grandes ont leur extrémité blanche et les autres l'ont brune; un liséré blanc occupe la moitié de la longueur des pennes extérieures; il est brun roussâtre sur les intérieures. Toutes les pennes de la queue sont brunes, mais les quatre premières ont une grande tache blanche à leur pointe, et la cinquième une tache aussi grande de brun clair. Le bec et le tarse sont noirs; l'iris est de couleur d'olive, et le bord des paupières noirâtre.

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Les jeunes oiseaux de cette espèce ont des points noirâtres sur le milieu des plumes du cou, et quelques taches de la même teinte sur les couvertures inférieures de la partie extérieure de l'aile.

N.° CCXXIV.

LE CALENDRIA A TROIS QUEUES.1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, parce qu'il paraît avoir trois queues lorsqu'il vole; cette apparence vient de ce que les quatre pennes extérieures de chaque côté de la queue sont très-blanches et que les autres sont noirâtres. Quoiqu'il ait plusieurs points de conformité avec le calendria proprement dit, il en diffère néanmoins, en ce qu'il est, sans comparaison, plus rare et plus farouche; qu'on le voit souvent seul et qu'il ne poursuit point les autres oiseaux; que son chant n'a point d'agrément, enfin en ce qu'il a l'envergure plus étendue et qu'il vole plus fréquemment.

1 Guenau de Montbeillard (Hist. nat. de Buffon, tom. v, pag. 451), et les ornithologistes qui l'ont suivi, ont décrit plusieurs moqueurs, comme des variétés de la même espèce. Les observations de M. d'Azara prouvent que ces prétendues variétés forment des espèces distinctes. Tel est le calandria à trois queues, représenté dans les planches enluminées de l'histoire naturelle, n.°558, fig. 1, avec la dénomination de merle cendré de S. -Domingue, sous laquelle Brisson l'a désigné le premier (ornithol. tom. II, pag. 284. —Turdus Dominicus Linn, et Lath.). On l'a regardé généralement comme une variété dans la race du moqueur; mais il ne diffère point du calandria à trois queues, dont l'extérieur et les habitudes n'étant point les mêmes que dans le moqueur, constituent une espèce particulière, mal connue avant M. d'Azara. (S.)

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Formes. Des 12 pennes de la queue, les deux intermédiaires sont de 2 lignes plus courtes que les autres, lesquelles sont étagées. Le reste comme dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un douzième; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 11 et demi; de la jambe, 20 lignes; du tarse, 15 et demie.

Couleurs. J'ai déjà indiqué les couleurs de la queue. Les joues sont noirâtres; un trait blanchâtre qui prend naissance aux narines, forme une espèce de sourcil; les côtés de la tête et toutes les parties inférieures sont blancs. La tête et le cou en dessus, aussi bien que le haut du dos, sont d'un brun plombé, et le reste des parties supérieures, jusqu'à la queue, est doré. Les ailes ont leurs dix premières pennes noirâtres, les six qui suivent, de même que leurs couvertures supérieures, d'un très-beau blanc, et les trois dernières brunes. Le tarse est noirâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX QUEUES RARES.

CETTE dénomination m'a paru la meilleure pour designer les oiseaux de cette famille, parce que, bien qu'il ne manque pas d'oiseaux à queue extraordinaire, ils n'ont pas les caractères de ceux-ci, c'est-à-dire, l'habitude de se nourrir uniquement d'insectes, le naturel tranquille et peu farouche et la voix sans agrément. Les queues rares ont, en outre, le corps un peu court et ramassé; la tête assez grande, aplatie en dessus, et couverte de plumes qui se rejètent un peu en dehors, comme pour onibrager l'œil qui est grand; le bec plus large qu'épais, droit, robuste, faiblement crochu à sa pointe, et d'une substance moyenne entre celles de l'os et de la corne; les ouvertures des narines arrondies et un peu éloignées des plumes; de longs poils noirs aux angles de la bouche; la langue large, courte et ne se terminant pas en pointe; le tarse un peu fort; les ailes fermes et vigoureuses, quoique la première penne soit assez courte. Ces oiseaux volent avec légèreté et sans secousses; ils ne s'élèvent ni ne s'éloignent pas beaucoup. Les campagnes voisines des eaux sont les lieux qu'ils préfèrent; ils n'entrent point dans les bois, et ils ne se perchent que sur les joncs et les plantes aquatiques, jamais sur les arbres et les buissons. Ils se jètent sur les insectes qui passent près d'eux; mais, pour l'ordinaire, ils les prennent à terre. Lorsqu'ils sont effrayés ou blessés, et lorsqu'ils veulent dormir, ils se cachent si bien sous les plantes, qu'il est impossible de les en faire sortir. Je ne me

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souviens pas d'avoir vu deux mâles plus près l'un de l'autre, que de deux cents pas; mais j'ai rencontré quelquefois des femelles en petites troupes.

N.° CCXXV.

LE PETIT COQ.1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, à cause de la forme de sa queue. Je ne l'ai rencontré qu'entre le 26e et demi et le 27e degré et demi de latitude, où il arrive, selon Noseda, en septembre, et il en repart en mars. Cependant quelques individus de cette espèce restent dans le pays, ou peut-être mon ami a-t-il été induit en erreur, car j'ai vu trois femelles au plus fort de l'hiver. Le mâle monte quelquefois, presque verticalement, dans les airs, en battant vivement des ailes et relevant beaucoup sa queue; il paraît alors plutôt un papillon qu'un oiseau. Quand il est à trente ou trente - six pieds de hauteur, il se laisse tomber obliquement pour se poser sur quelque plante.

Le petit coq n'est ni farouche, ni inquiet; et quoique deux mâles se trouvent rarement plus rapprochés que de six cents pieds, il est assez ordinaire de rencontrer deux et jusqu'à six femelles presqu'ensemble; cela vient de ce que leur nombre est au moins double de celui des mâles.

Formes, La première des 19 pennes de l'aile est fort courte; elle se rétrécit dans son milieu, sa plus grande largeur étant vers son extrémité, qui se termine en pointe

1 Cette espèce et la suivante sont vraiment extraordinaires; l'on n'avait pas d'idée de pareils oiseaux; aucun voyageur, aucun naturaliste n'en avait parlé, et c'est entièrement à M. d'Azara que la connaissance en est due. (S.)

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très-aiguë; la troisième et la quatrième sont les plus longues, et toutes sont fermes et fortes. Les 12 de la queue, bien fournies de barbes, ont, à l'exception des deux intermédiaires, la fornie d'une pelle, c'est-à-dire qu'elles s'élargissent beaucoup à leur extrémité; toutes ont leurs plans verticaux; les deux in termédiaires sont pressées par les côtés des autres dont la longueur est à peu près la même, et qui ont 12 lignes de moins que les deux du milieu. C'est un attribut particulier à cette espèce, de tenir toujours la queue verticale comme celle du coq; les barbes des pennes sont très-fortes et fournies; celles du haut sont longues, et les autres diminuent graduellement de longueur, jusqu'à finir à la fois.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un tiers; du vol, 8 trois quarts; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10 et demie; du doigt du milieu, 6; du bec, 5 trois quarts.

Couleurs. Le mâle a le front marbré de blanc et de noir; les côtés de la tête et les parties inférieures, de couleur blanche, avec les extrémités des pennes noirâtres, ainsi que l'extérieur des jambes; le dessus de la tête et du cou, la queue et ses couvertures supérieures, un demicollier au bas du devant du cou, d'un noir profond; le dos et le croupion cendrés; les plumes scapulaires, le pli et les petites couvertures du dessus de l'aile, d'un beau blanc; les grandes couvertures et les pennes, noirâtres, avec une bordure blanche; le tarse noir; l'iris brun, enfin le bec olivâtre et sa pointe noirâtre.

La femelle, qui a des dimensions plus petites que le mâle, a le blanc des côtés de la tête et le dessous du corps moins pur. Les plumes du dessus de sa tête et de son cou, sont d'un brun noirâtre, avec une bordure d'une teinte

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plus claire. Le dessus du corps est d'un brun roussâtre. Toutes les couvertures supérieures et les pennes de l'aile sont noirâtres et bordées finement de blanchâtre. Les pennes de la queue, sans en excepter les deux du milieu, ne diffèrent point des pennes extérieures de la queue du mâle; mais elles se plient en deux parties, elles forment en dessus un angle obtus ou un enfoncement, et l'oiseau ne les relève jamais au-dessus du croupion. Quelques femelles sont en dessous d'un blanc moins sale; elles ont aussi la gorge brune, et les autres teintes moins vives.

N.° CCXXVI.

LE GUIRAYETAPA.1

CE mot de la langue des Guaranis signifie oiseau coupeur ou en ciseaux; et ces peuples du Paraguay l'appliquent non-seulement à l'espèce de cet article, mais encore à tous les oiseaux à longue queue. Il m'a paru que cette cspèce est composée de huit à dix fois plus de femlles que de mâles; car j'ai vu quelquefois des bandes de trente femelles sans un seul mâle. Le guirayetapa est sédentaire, et il a les mêmes formes et les mêmes habitudes que le petit coq. La principale différence qui fait distinguer les sexes, consistc dans la forme et la disposition des pennes de la queue; et comme j'ai vu deux individus qui avaient du mâle la partie droite de la queue, et la gauche de la femelle, je

1 M. d'Azara nomme cet oiseau le brun et blanc; mais cett dénomination pouvant convenir et ayant même été appliquée, par l'auteur, à des espèces d'un autre genre, j'ai mieux aimé laisser à celle-ci le nom qu'elle porte au Paraguay. C'est, du reste, une espèce nouvelle. Voyez ma. note à l'article précédent. (S.)

III. a. 29

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suis tenté de sonpçonner qu'il existe aussi des hermaphrodites parmi les oiseaux.

Formes. 19 pennes aux ailes, la première est assez courte et la troisième la plus longue; les couvertures supérieures se terminent en pointe: 12 à la queue; l'extérieure, d'un côté, dans le mâle, se joint en dessous des autres, à l'extérieure de l'autre côlé; toutes deux sont ébarbées, sur 17 lignes de longueur, près de leur base; leurs barbes, sur le reste de leur partie supérieure (car il n'y en a point à l'inférieure), sont longues de 18 lignes; le plan de ces deux pennes est vertical; la seconde est de 5 pouces et demi plus courte et de 4 et demi plus longue que les deux intermediates; les autres sont étagées, et toutes sont pointues à leur extrémité, fortes, roides et presque sans barbes à leur naissance. L'oreille couverte de plumes longuettes.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces et demi; de la queue, 7 et demi; du vol, 9; de la jambe, 16 lignes et demie; du tarse, 12; du doigt du milieu et du bec, 7 un tiers.

Couleurs du mâle. Les plumes qui environnent les oreilles sont noires, et celles du tour de l'œil, de la base de la pièce supérieure du bec, de la gorge, d'une partie du devant du cou et de tout le reste des parties inférieures, sont blanches; mais un demi-collier de plumes noires et bordées de brun clair occupe le bas du cou et une partie de la poitrine. Sur la tête et le cou, les plumes sont noirâtres, avec une bordure de brun clair, et celles du dos et du croupion ont une bordure brune sur un fond plombé. Les ailes ont leurs pennes brunes, avec un liséré blanc; les grandes couvertures supérieures, noires et bordées de blanc; les autres, marbrées de blanc et de cendré. Les

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pennes de la queue sont blanchâtres et terminées de brun; en dessus, le milieu de chaque penne est noirâtre, à l'exception de l'extérieure, de chaque côté, qui est entièrement noire. Le tarse est noirâtre, l'iris brun, et le bec de couleur de paille sèche.

La femelle, dont les dimensions sont beaucoup plus petites que celles du mâle, a la tête blanchâtre, ainsi que le devant du cou jusqu'au demi - collier qui est d'un roux sale; le dessous du corps blanc, avec un peu de rouge sur les flancs; le dos, le croupion et les petites couvertures supérieures des ailes, d'un brun roussâtre; les grandes couvertures d'une nuance plus foncée et bordées de rouge; les pennes de la queue et des ailes finement bordées de brun, sur un fond noirâtre, et le reste comme dans le mâle.

Les individus hermaphrodites ont moins de roux que les femelles, et moins de blanc que les mâles; de sorte que les teintes de leur plumage tiennent le milieu entre celles des femelles et des mâles.

N.° CCXXVII.

LA QUEUE EN AIGUILLE.1

J'AI observé un oiseau de cette espèce, seul et perché sur le haut d'un buisson, au bord des eaux. Noseda m'a

1 Cet oiseau a beaucoup de ressemblance avec le tarier à queue piquante de mon édition des OEuvres de Buffon, tom LI, pag. 312. —Motacilla spinicauda Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 136. —Sylvia spinicauda Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 74. Des navigateurs ont observé ce tarier à la terre de feu, et il peut se trouver également dans des latitudes plus élevées. Cependant, comme la description que fait M. d'Azara de l'oiseau auquel il donne le nom de queue en aiguille, ne se rapporte pas parfaitement à celle que nous avons du tarier à queue piquante, je ne puis assurer que ces deux oiseaux sont de la même espèce. (S.)

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dit avoir vu quelques paires de ces oiseaux qui ne différaient point entr'eux, montraient les mêmes habitudes que les précédens, et avaient, à la queue près, les mêmes formes.

Formes. Les 19 pennes des ailes sont concaves et assez fortes, la troisième est la plus longue; la queue en a 10, desquelles l'extérieure est de 4 lignes plus courte que la suivante, et celle-ci de 3 lignes moins longue que les deux du milieu; les autres sont étagées. Je n'en ai jamais vu de emblables: elles sont toutes très-droites, très-pointues et elles manquent de barbes à l'extérieur; les barbes du côté opposé sont transparentes, et si courtes, que la queue, dans l'état de repos, n'a que 2 lignes de large dans toute sa longueur. Les plumes du sommet de la tête sont longuettes. Le bec, plus large qu'épais est presque droit, avec un petit crochet à sa pointe, sans êtré comprimé sur les côtés. Les ouvertures des narines sont un peu recouvertes par les plumes du front. Il y a des poils noirs aus angles de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un quart; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 5; de la jambe, 10 lignes; du tarse, 8; du doigt du milieu, 4 et demie; du bec, 4.

Couleurs. Une ligne noire prend à l'angle de la bouche, traverse l'œil et se termine au-dessus de l'oreille; un autre trait plus large, blanc et parallèle au premier, prend naissance à la base du bec supérieur, et se prolonge sur les côtés de la tête jusqu'à l'occiput. Les plumes du sommet

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de la tête sont noirâtres, avec quelques petites raics bruncs sur leurs bords; celles du cou en dessus et du dos ont du noirâtre dans leur milieu et du blanc roussâtre sur leurs bords; cette dernière teinte occupe seule les plumes du croupion. Les ailes sont d'un brun noirâtre, ainsi que les pennes de la queue, qui ont uu liséré blanc et étroit à leur côté extérieur. Un blanc doré, mêlé de roux, couvre la gorge, le cou et le dessous du corps, de même que les couvertures inférieures des ailes. Le tarse et le bec sont noirs, et l'iris est brun.

N.° CCXXVIII.

LE BEC ARGENTÉ.1

C'EST le nom que porte cet oiseau à la rivière de la Plata, parce que si on le regarde à quelque distance, son bec paraît blanc etcomme d'argent. Il se trouve dans toutes ces contrées, et il est sédentaire, sans être commun. Les lieux qu'il fréquente et ses habitudes le rapprochent beau-

1 Le texte espagnol porte bec d'argent; mais comme cette dénomination a été donnée à une espèce bien connue de tangaras, je l'ai changée en celle de bec argenté. Ce n'est pas que M. d'Azara ne prétende que l'oiseau de cet article ne soit le même que le bec d'argent (Buffon, tom. IX, pag. 337. — Tanagra jacapa); et pour appuyer sa prétention, il ne manque pas de dire que j'ai induit Buffon en erreur sur les caractères de ce tangara, particulièrement au sujet des plaques d'argent des côtés de son bec; et le naturaliste espagnol assure que j'ai pris les paupières de l'oiseau pour cette plaque, ce qui serait en effet une erreur un peu forte. Mais le tangara bec d'argent est si connu, que je ne me donnerai pas la peine de réfuter l'imputation de M. d'Azara. L'on sait, en outre, que ce tangara mâle a la tête, la gorge et l'estomac pourprés, le dessus du corps noir teinté de pourpre et la queue des tangaras, attributs qui ne cadrent point avec ceux du bec argenté, lequel ne ressemble en rien au bec d'argent.
M. d'Azara a mieux rencontré, ce me semble, dans le second rapprochement qu'il fait du bec argenté, avec le clignot on traquet à lunettes que Commerson a observé vers Monte-Video. (Buffon, tom. IX, pag. 337.—Motacilla perspicillata Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 103. —Sylvia perspicillata Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 54.) (S.)

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coup des espèces précédentes, mais la forme de sa queue l'en éloigne. Le mâle est solitaire, et je ne l'ai vu avec les femelles que dans la saison des amours; mais j'ai rencontré quelquefois jusqu'à six femelles réunies.

Formes, 19 pennes roides aux ailes; quatrième et cinquième plus longues: 12 à la queue, bien fournies de barbes; l'extérieure un peu plus courte que les autres. Bec plus large qu'épais, fort, droit et crochu à son bout. Quelques longs poils soyeux ombragent les narines; il y en a aussi quelques-uns aux angles de la bouche, qui est fendue jusqu'au-dessous de l'angle antérieur de l'œil. Le corps est un peu plus long et la tête plus petite et plus arrondie que dans les espèces précédeutes.

Dimensions. Longueur totale, 5 poucescinq sixièmes; de la queue, 2; du vol, 10; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 14; du doigt du milieu, 6 et demie; du bec, 6 deus tiers.

Coideurs. Le plumage du mâle est d'un noir profond, à l'exception des cinq premières pennes de l'aile, qui sont blanches et terminées de noirâtre, et des cinq suivantes, également blanches, mais dont le noir s'étend toujours plus, de sorte que la onzième n'a plus qu'un petit point blanc vers son extrémité. Le tarse est noir et le bec brun à sa pointe, a dans le reste une couleur de paille luisante qui,

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de loin, semble blanche. La paupière est bordée d'uue double ligne de couleur de paille, paraissant, à une certaine distance, comme si l'oiseau avait une paire de lunettes blanches sur les yeux.

Quoique la femelle ait ces mêmes attributs, ils sont moins apparens, parce que les teintes de son plumage les font moins ressortir. En effet, elle a la gorge blanche; la partie antérieure du cou tachetée en long de noirâtre, de rougeâtre clair et de blanc sale; toutes les parties inférieures roussâtres; un trait blanchâtre, presque imperceptible; au-dessus de l'œil; les côtés de la tête variés de brun et de blanchâtre; le dessus de la tête, du cou et du corps, brun noirâtre, varié de brun plus clair; les couvertures des ailes de cette même teinte, et terminées, les petites de brun foncé, les grandes de roussâtre; les pennes rougeâtres, avec leurs extrémités noirâtres, â l'exception des dernières qui sont presque noires, aussi bien que celles de la queue, desquelles néanmoins l'extérieure de chaque côté a du blanc en dehors.

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CARATÈRES COMMUNS

AUX QUEUES AIGUËS.

LES caractères qui conviennent à cette famille, sont d'avoir la tête un peu petite, rétrécie en devant, et couverte de plumes très-serrées; l'œil petit; le bec effilé, fort, pointu, comprimé sur les côtés, plus épais que large, luisant et presque droit; le pied et les doigts robustes; la queue excessivement longue, faible et composée de pennes aiguës et fortement étagées; l'aile faible, courte, concave et peu propre à un vol soutenu. S'il est permis de juger par analogie, je croirais que les espèces que je n'ai pu observer, ont les mêmes habitudes que celles qui me sont bien connues, c'est-à-dire qu'elles sont sédentaires et solitaires; que le mâle est accompagné de sa femelle; qu'ils ne fréquentent que les buissons, sans pénétrer dans les bois, ni se montrer dans les lieux découverts; qu'ils sautillent sans cesse, qu'enfin ils se nourrissent d'insectes.

N.° CCXXIX.

LA GORGE TRICOLOR.1

JE n'ai vu qu'une seule paire de cette espèce; le mâle ne m'a pas paru différer de la femelle. Ils sautillaient sur les petites branches d'un yuqueri ou aromo2, au milieu

1 Je ne connais pas d'espèce à laquelle on puisse rapporter cet oiseau. (S.)

2 C'est l'acacia farnèse (mimosa farnesiana). (S.)

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de broussailles élevées; ils m'ont semblé peu vifs dans leurs mouvemens et peu défians.

Formes, 19 pennes un peu faibles et concaves aux ailes; les troisième et quatrième plus longues. A la queue, 12 pennes extrêmement étroites, faibles et terminées en pointe; la première est de 3 pouces et demi plus courte que les deux intermédiaires, lesquelles dépassent la cinquième de 3 lignes; celle-ci en a 9 de plus que la quatrième, qui en a 8 de plus que la troisième, plus longue de 7 que la seconde, plus courte que l'extérieure de 13. Bec fort comprimé sur les côtés, droit et un peu crochu à sa pointe. L'envergure est plus petite que la longueur totale, et celle-ci n'atteint pas au double de la longueur de la queue.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces trois quarts; de la queue, 4 et demi; du vol, 7 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 7; du bec, 5.

Couleurs. De petites plumes, brunes et noirâtres dans leur milieu, couvrent le front. Le dessus de la tête a la couleur du carmin, mais le milieu de chaque plume est rnarqué par un trait longitudinal et noirâtre. Une bande blanche commence aux narines et entoure à peu prés les yeux. Les plumes des côtés et du derrière de la tête, aussi bien que celles de la partie postérieure du cou, sont brunes, avec une légere teinte de noirâtre sur leur milieu; celles du haut du dos sont d'un brun clair, mais elles ont un trait noir le long de leur tige. Les grandes couvertures supérieures et toutes celles de la partie intérieure des ailes, ont les mêmes teintes que les plumes du haut du dos, et toutes les autres sont d'un rouge de carmin. Le dos et le croupion sont d'un brun roussâtre. La queue est brune, avec une bordure rousse près de l'origine des pennes. La

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gorge est d'un jaune pur; au-dessous est une tache d'un noir velouté, accompagné de chaque côté par une autre tache blanche; toutes trois ne dépassent pas le bas de la gorge; cependant elles font beaucoup d'effet. Le devant du cou est roux, de même que les côtés du corps, dont le dessous est blanc, ainsi que les couyertures inférieures de l'aile. Le tarse est d'un bleu rougeâtre, le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous.

N.° CCXXX.

LE PLI DE L'AILE, JAUNE.1

ON le trouve dans les terrains inondés, et aussi dans les campagnes couvertes de grandes herbes et de buissons, dans lesquels il se cache; cependant il se montre quelquefois au haut des branches. C'est uu oiseau sédentaire; il se tient seul ou par paires, et je ne l'ai vu qu'au Paraguay.

Formes. Des 18 pennes des ailes, les troisiènie, quatrième et cinquième sont les plus longues; les 12 de la queue sont pointues et fort usées à leur extrémité, surtout les deux du milieu, qui n'ont que la tige à leur bout et dépassent la penne extérieure de 26 lignes; les autres sont étagées. Le bec a une légère courbure.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces cinq douzièmes; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 7 un quart; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu,. 8 et demie; du bec, 6.

Couleurs. Les plumes de toutes les parties supérieures sont noirâtres dans leur milieu et d'un brun verdâtre sur leurs bords; le vert est plus apparent aux ailes. Les pennes

1 Je crois cette espèce nouvelle. (S.)

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de la queue ont leurs barbes décomposées, leur milieu noirâstre et un liséré brun; les côtés de la tête ont cette dernière couleur. Le pli de l'aile est d'un jaune pur. La gorge, le devant du cou et la poitrine, sont blanchâtres, et le ventre est d'un brun roux. Les couvertures inférieures des ailes et le tarse sont d'un gris de perle. Le bec est noir à sa base et jaune sur le reste.

N.° CCXXXI.

LE ROUX ET BLANC.1

PLUSIEURS individus, entièrement semblables entr'eux, me sont tombés entre les mains au Paraguay.

Formes. La quatrième des 18 pennes de l'aile est plus lougue que les autres. La queue en a 12 régulièrement étagées et garnies de barbes jusqu'au bout; les deux du milieu dépassent l'extérieure de 21 lignes. Le bec est très-droit et comprimé sur les côtés.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 3; du vol, 7 un quart; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du doigt du milieu, 7; du bec, 6 un quart.

Couleurs. Cet oiseau a la tête entière, et le dessus du cou, de couleur brune; le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes, d'un brun roussâtre; les pennes d'un brun noirâtre, avec une large tache, rouge de carmin, qui occupe le tiers de la largeur des pennes vers leur origine, et ne s'étend pas sur les quatre premières; les quatre pennes du milieu de la queue d'un brun foncé et les autres d'un rouge de carmin; la gorge jaune; le dessous du cou et du corps blanc sale; les côtés du corps

1 Espèce nouvelle. (S.)

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et les couvertures inférieures des ailes, d'un brun roussâtre; le tarse noirâtre, enfin le bec noir en dessus et bleu de ciel en dessous.

N.° CCXXXII.

LE DOS TACHETÉ. 1

LES naturels du Paraguay m'ont vendu huit oiseaux de cette espèce, qui ne différaient point entr'eux.

Formes. Les troisième et quatrième des 19 pennes de l'aile sont les plus longues. La queue en a 12 étagées, dont l'extérieure est plus courte de 10 lignes que les quatre du milieu; toutes, à l'exception des deux extérieures de chaque côté, sont dégarnies de barbes à deux lignes de leur extrémité. Le bec est presque droit, l'œil petit et un peu oblique. Les plumes de la partie postérieure du cou et du haut du dos sont longues et pointues.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un sixième; du vol, 7; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 11; du doigt du milieu, 7 et demie; du bec, 7.

Couleurs. Toutes les parties inférieures, le derrière de la tête, le dos et le croupion, sont d'un roux faible. Une bande de la même couleur, qui prend naissance aux narines, passe au-dessus des yeux et des oreilles et se termine à la nuque. A l'angle antérieur de l'œil est une tache noirâtre qui couvre la paupière inférieure et l'oreille. Les plumes du dessus de la tête sont variées de blanc sale, de roux et de noirâtre. Les plumes du dessus du cou et du haut du dos ont leur tige blanche, les barbes intérieures noires et les extérieures d'un plombe clair. Les petites couver-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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tures supérieures des parties internes de l'aile sont d'un brun roussâtre; les grandes des mêmes parties d'un rouge de carmin à leur origine et à leur bout, et noires sur leur milieu; les autres brunes. La moitié inférieure des pennes des parties internes de l'aile est d'un brun noirâtre, l'autre moitié d'un rouge de carmin, qui s'étend sur le milieu des pennes de la partie extérieure, dont le reste est brun foncé, de même que les deux premières pennes et les tiges de toutes. L'extérieure de chaque côté de la queue, aussi bien que l'extrémité des autres pennes, est d'un roux sombre, le reste noir, le tarse d'une teinte plombée, le bec noirâtre et l'œil noir.

N.° CCXXXIII.

L'INONDÉ.1

IL n'est pas fort rare au Paraguay, dans les lieux inondés; je crois aussi l'avoir vu aux environs de la rivière de la Plata. Le mâle accompagne sa femelle, qui n'en diffère point à l'extérieur; ils sautillent sur les buissons et sur les plantes aquatiques, mais ils s'y tiennent toujours cachés. Ils volent peu et bas. Ils ne sont point farouches, ni vifs, ni voyageurs; leur chant d'amour consiste en une espèce de fredon monotone, peu agréable et qu'ils répètent souvent.

Formes. 18 pennes concaves aux ailes, la quatrième plus longue. Les 12 de la queue ont cela de singulier, qu'à l'exception des trois premières de chaque côté, leurs barbes finissent tout à coup, comme si on les avait coupées à deux lignes du bout des pennes; les 2 du milieu

1 Espèce nouvelle. (S.)

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ont 18 lignes de plus que l'extérieure, laquelle en a 6 do moins que la suivante; les autres sont étagées. Le bec est presque droit et très-comprimé sur ses côtes. L'œil est petit et placé un peu obliquement.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 2 et demi; du vol, 7 et demi; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 9 et demie; du bec, 7.

Couleurs. Les parties supérieures ont une teinte de roussâtre clair; mais le dessus de la tête, les ailes et la queue, sont de couleur de tabac d'Espagne, et le bout des pennes des ailes est noirâtre. Il y a une petite tache noirâtre entre le bec et l'angle antérieur de l'œil. Du blanc sale couvre les côtés de la tête et le dessous du cou et du corps; la gorge est d'un jaune pur, et les couvertures inférieures des ailes et de la queue sont d'un roux très-clair. Le tarse a sune teinte mêlée de bleu et de blanc, l'iris est noirâtre, et le bec noir en dessus et bleu de ciel en dessous.

N.° CCXXXIV.

LE VENTRE ROUX.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce; je l'avais tué dans un buisson voisin d'un étang.

Formes. Les troisième, quatrième et cinquième des 18 pennes de l'aile sont les plus longues. Des 12 de la queue, l'extérieure a 9 lignes de moins que les intermédiates,

1 Espèce nouvelle. On remarquera, comme moi, que la dénomination que M. d'Azara donne à cette espèce, n'exprime point un attribut caractéristique, puisque ce n'est pas seulement le ventre qui est roux, cette couleur occupant toutes les parties inférieures. (S.)

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lesquelles sont les plus pointues, bien que toutes le soient. Le bec est droit et pyramidal.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 6 trois quarts; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 11 et demie; du bec, 5.

Couleurs. Un petit trait blanchâtre va de la narine à l'occiput, en faisant presque le tour de l'œil. Toutes les parties inférieures sont d'un roussâtre clair, excepté les couvertures de dessous l'aile, qui sont blanchâtres. Le front est blanc et pointillé presque insensiblement de noirâtre. Les côtés de la tête ont une nuance formée de brun, de noirâtre et de bleu. Les plumes de la partie postérieure du cou et du haut du dos sont noirâtres dans leur milieu et d'un brun verdâtre sur leurs bords; le dos et le croupion d'un mordoré clair; les petites couvertures supérieures des ailes, d'une teinte plombée, et les grandes, aussi bien que les pennes des ailes et de la queue, noirâtres et bordées de brun clair. Le tarse est olivâtre et le bec noir en dessus et noirâtre en dessous.

N.° CCXXXV.

LE COLLIER NOIR.1

J'AI acheté, des naturels du Paraguay, deux oiseaux de cette espèce; ce sont les seuls que j'aie vus.

Formes. 18 pennes faibles et concaves aux ailes; les cinquième et sixième plus longues; 10 pennes à la queue, mais il en manquait probablement deux; l'extérieure de

1 La description de cette espèce s'accorde en plusieurs points avec celle que J. F. Miller a donnée (on various subjects, tab. 30, fig. 1) d'un figuier de l'Amérique méridionale, décrit daus mon édition des OEuvres de Buffon, tom, LII, pag. 103, sous la dénomination de figuier à gorge noire.Motacilla gularis Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 171.—Sylvia gularis Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 160; et je crois, avec toute vraisemblance, que ce figuier est le même oiseau que le collier noir. (S.)

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16 lignes plus courte que les quatre du milieu; les autres en tuyaux d'orgucs inégalement disposés. Bec un peu courbé sur toute sa longueur et comprimé sur les côtés. L'iris point apparent.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces cinq sixièmes; de la queue, 2 deux tiers; du vol, 6; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 7; du bec, 5.

Couleurs. Un trait blanc sale prend à la narine et passe au-dessus de l'œil et de l'oreille. Au-dessous de ce trait, les côtés de la tête sont d'un noir velouté. La gorge est d'un gris blanchâtre; une bandelette noire forme un demi-collier. Le devant du cou, le dessous et les côtés du corps, de même que les couvertures inférieures de l'aile ont la teinte du tabac d'Espagne. Le reste du plumage est d'un brun noirâtre. Le tarse est noirâtre, le bec noir en dessus et à sa pointe, d'un bleu de ciel vif sur le reste.

N.° CCXXXVI.

LE CHICLI. 1

JE donne à cet oiseau le nom de chicli, parce qu'il prononce ces deux syllabes clairement et d'un ton élevé et aigu, que l'on entend de fort loin; il le répète souvent et de sorte que les intervalles ne durent pas plus que les cris. Je ne doute pas que la femelle ne soit silencieuse et qu'elle

1 Espèce nouvelle, (S.)

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ne diffère point du mâle. Ces oiseaux sont solitaires et assez peu communs; on les trouve entre les caraguatas ou aloës et dans les halliers fourrés; ils y sont dans un mouvement continuel, et ils ne se montrent jamais, ni à la cime des broussailles, ni dans les bois, ni dans les campagnes. Leur vol ne consiste que dans le passage d'un buisson à un autre; quoiqu'ils ne soient pas défians, il est difficile de les découvrir dans leurs retraites; et lorsqu'on entend leur cri, on les juge quelquefois au haut d'un arbre ou d'un buisson, tandis qu'ils sont au pied d'un arbuste ou d'un aloës.

Formes. Aux ailes, 19 pennes faibles et concaves, la quatrième la plus longue. A la queue, 12 pennes pointues, faibles et étagées, l'extérieure plus courte de 24 lignes. Bec très-comprimé sur les côtés, droit, avec un petit crochet à la pointe.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 3; du vol, 7; de la jambe, 13 lignes, du tarse, 10; du bec, 5.

Couleurs. Le chicli a le front brun; le dessus de la tête, la queue, le pli et les couvertures supérieures de l'aile, d'un rouge de carmin, un peu obscur sur les ailes et la queue; les parties supérieures, d'un brun roussâtre; la gorge, couverte de plumes noires et terminées de blanc; le devant du cou, d'un brun blanchâtre, de même que les côtés de la tête; la poitrine et le ventre blanchâtres; les côtés du corps, d'un brun fauve clair; les couvertures inférieures des ailes, d'un roux clair et agréable; le tarse d'un verdâtre plombé; le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous, enfin l'iris d'un gris rougeâtre.

III. a. 30

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N.° CCXXXVIIs.

LE COGOGO.1

Nous avons rencontré, Noseda et moi, un assez grand nombre d'oiseaux de cette espèce aux environs du bourg de Sant-Ignacio-Guazu, au Paraguay, et nous avons observé que les femelles se tenaient à une petite distance des mâles et qu'elles n'en différaient point. Le chant particulier au mâle n'est ni brillant, ni varié, et il le répète très-souvent. Ces oiseaux se tiennent sur les buissons, les bruyères, les piles de bois; ils n'entrent point dans les forêts, et ils ne se montrent pas à la cime des buissons, ni dans aucun autre endroit apparent. Aussitôt qu'ils se sont posés; ils commencent à courir dans l'intérieur et à la partie la plus basse des grandes plantes ou des buissons, et ils préfèrent ceux qui sont desséchés et qui ont à leur pied plutôt des débris de branches et d'herbes, que de la verdure. Il est très-difficile de les tuer, tant à cause de leur état continuel d'inquiétude, que par le soin qu'ils prennent à se cacher en changeant de place. Ils ont, pour l'ordinaire, le vol fort court; cependant ils le prolongent quelquefois pour gagner des buissons éloignés, et il est alors d'une rapidité étonnaute, si on la compare à leurs ailes. Leur nourriture se compose d'insectes. Je leur ai donné le nom de cogogo, parce que l'on m'a assuré qu'il est, hors de la saison des amours, l'expression de leur cri, grave et aussi fort que celui d'un grand oiseau; mais je ne réponds point de la vérité de cette assertion.

1 Espèce nouvelle, si toutefois c'est une espèce; ce que so entière conformité avecle chicline me permet guère de croire. (S.)

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Le cogogo de diffère du chicli que par son cri, ses habitudes et par les pennes de ses ailes, qui sont très-faibles, concaves et dont la première est assez courte, et les troi-sième, quatrième et cinquième égales. Du reste, la ressemblance est parfaite entre ces deux oiseaux.

N.° CCXXXVIII.

LE TACHETÉ.1

J'AI vu en décembre une paire de ces oiseaux au Paraguay, dans l'intérieur d'un hallier très-épais.

Formes. La quatrème des 18 pennes des ailes est la plus courte; des 12 de la queue, l'extérieure est de 5 lignes plus courte que la seconde, et celle-ci moins longue aussi de 5 lignes que les deux intermédiates; les autres sont étagées. Le bec est droit et extrêmement comprimé sur les côtés. L'iris est peu apparent.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces deux tiers; de la queue, 3; du vol, 9; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 12; du doigt du milieu, 8; du bec, 7.

Couleurs. La gorge est blanchâtre. Le front, les côtés de la tête, le devant du cou et le dessous du corps, sont couverts de plumes brunes dont le milieu est blanc, ce qui forme sur ses parties des taches longues et blanches. Les couvertures inférieures des ailes sont d'un roussâtre clair, aussi bien que le bord inférieur des pennes. Un trait roussâtre va de l'angle antérieur de l'œil à l'occiput et renferme la paupière supérieure, ainsi que les cils de l'inférieure. Toutes les parties supérieures sont d'un brun un peu foncé, à l'exception de la queue, qui est d'un

1 Espèce nouvelle. (S.)

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rouge de carmin. Le tarse est vert et le bec noirâtre en dessus et sur ses bords, blanchâtre sur le reste.

N°. CCXXXIX.

LA QUEUE SANGUINE.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, que j'achetai, au mois d'août, des naturels du Paraguay, et je le place ici, sans assurer qu'il ne serait pas mieux ailleurs.

Formes. La première des 19 pennes de l'aile est assez courte, et la quatrième est la plus longue. Des 10 de la queue, l'extérieure a 18 lignes, la deuxième 9, la troisième 3 et la première une de moins que les deux du milieu. Le bec est droit, fort et assez comprimé sur les côtés. Il y a beaucoup de plumes douces et décomposées sur le dos.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, 2 un quart; du vol, 6; de la jambe, 14 lignes, du tarse, 10; du doigt du milieu, 7; du bec, 4 et demie.

Couleurs. Toutes les parties supérieures sont mordorées; la queue est d'un roux sanguin; les côtés de la tête et toutes les parties inférieures sont d'un brun qui s'éclaircit, à mesure qu'il approche de la queue. Le tarse est d'un vert plombé, le bec noirâtre et l'iris peu apparent.

1 Rouge-queue de la Guiane (Buffon, tom. IX, pag. 271.— Motacilla Guianensis Linn. syst. nat. gen. 114, sp. 161. — Sylvia Guianensis Latham, syst. ornith. gen. 43, sp. 20). Cet oiseau se trouve aussi à la Guiane. (S.)

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N.° CCXL.

LA QUEUE ROUSSE.1

IL ne m'est arrive' qu'une seule fois de voir un individu de cette espèce, que j'achetai en mai des naturels du Paraguay; et je le place ici, sans être certain qu'il ne serait pas mieux rangé dans d'autres familles.

Formes. La quatrième des 19 pennes de l'aile est la plus longue. La queue en a 12 étagées, desquelles l'extérieure a 12 lignes de moins que les quatre intermédiares. Le bec est très-comprimé sur les côtés, un peu courbé, pointu et fort.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 un quart; du vol, à peu près 7; de la jambe, 13 lignes; du tarse, 10; du bec, 6.

Couleurs. Une couleur rousse couvre toutes les parties inférieures; elle blanchit à mesure qu'elle approche du ventre. Un roux pur colore les couvertures inférieures des ailes et de la queue, ainsi que les pennes de la queue, à l'exception des quatre du milieu, lesquelles sont d'un brun noirâtre. Tout le dessus de l'oiseau est d'un brun roussâtre. Le tarse est olivâtre, et le bec noirâtre en dessus et d'un bleu de ciel eu dessous.

1 Cet oiseau a beaucoup de rapports avec la fauvette à queue rousse de Cayenne (Buffon, tom. IX, pag. 236.—Motacilla ruficauda Linn., et sylvia ruficauda Latham); cependant il en diffère à plusieurs égards; en sorte que le rapprochement que M. d'Azara fait de ces deux oiseaux me paraît encore moins londé qu'à lui-même. Je regarde donc la queue rousse comme una espèce nouvelle. (S.)

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CARACTERES COMMUNS

AUX PICS-GRIMPEREAUX.

LES habitans du Paraguay rangent, avec les ypecus ou les charpentiers (pics), les oiseaux que j'appèle trepadores (pics-grimpercaux); ils confondent deux familles distinctes, parce que les oiseaux qui les composent habitent également les forêts, qu'ils grimpent contre les arbres, qu'ils se nourrissent de vers qu'ils tirent de l'écorce, qu'ils pondent dans les mêmes trous d'arbres, qu'ils s'appuient avec leur queue, que leurs ongles ont la même forme et la même force, qu'ils ne marchent point à terre, qu'enfin ils ont la même manière de voler. Cependant il existe plusieurs dissemblances entr'eux. Les pics-grimpe-reaux ont l'envergure plus courte; la tête plus petite, plus alongée, plus étroite et couverte de plumes plus serrées; le bec plutôt osseux que de corne, beaucoup moins gros et plus comprimé sur les côtés; la langue conformée comme la plupart des oiseaux, plus courte, très-pointue et incapable d'être poussée hors du bec; les yeux saus place nue autour d'eux; les pennes de la queue moins roides, moins pointues et plus concaves; trois doigts en avant, l'extérieur et celui du milieu égaux en tout, et tellement joints l'un à l'autre, qu'ils semblent n'avoir qu'un métatarse commun. Ces oiseaux vont seuls ou par paires, et jamais en familles; ils commencent à grimper contre les arbres à trois pieds du sol, au lieu que les pics n'y grimpent qu'à dix ou douze pieds. Ils ue tirent pas les vers de

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l'écorce avec leur langue comme les pics; mais ils y introduisent leur long bec effilé, courbé et très-comprimé, jusqu'à ce qu'ils les saisissent; mais si les vers ou les insectes sont trop cachés, ils frappent de leur bec contre l'arbre, de la même manière que les pics; et ils s'en servent aussi quelquefois, comme d'un lévier, pour soulever l'écorce.

N.° CCXLI.

LE GRAND PIC-GRIMPEREAU.1

CELUI-CI n'est point commun; il grimpe de préférence contre les arbres de la lisière des grands bois et contre les arbrisseaux élevés et peu branchus.

Formes. Aux ailes, 19 pennes concaves, desquelles les troisième, quatrième et cinquième sont les plus longues; il y en a 12 à la queue, l'extérieure est de 12 lignes plus courte. Le bec est beaucoup plus épais que large, un peu courbé sur toute sa longueur, et étroit à sa base superieure. La langue est étroite, très-déliée et semblable à celle du toucan vers son extrémité. L'œil est un peu saillant.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces et demi; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 18; de la jambe, 25

1 L'on reconnaît, à la description de cette espèce, le grand pic-grimpereau de Cayenne, décrit par Buffon, tom. XIII, pag. 123.—Graculus Cayennensis Linn. syst. nat. gen. 53, sp. 11.— Graculus scandens Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 47. Cependant l'on remarque entre ces deux oiseaux quelques différences de couleurs, qui ne sont pas des erreurs de Buffon, comme le pense M. d'Azara, mais qui existant réellemen; dans la nature, constituent deux variétés dans la même espèce. (S).

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Lignes; du tarse, 17; des doigts extérieur et du milieu; 13 et demie; du bec, 24.

Couleurs. Tout le plumage a la couleur dutabac d'Espagne très-rouge, moins vive et mêlée d'un peu de jaune sur les parties inférieures. Mais chaque plume du devant du cou et du haut de la poitrine a une ligne noirâtre et longue; les autres en ont une blanchâtre, et l'on remarque quelques traits noirâtres en travers, sur le ventre, l'estomac et les couvertures du dessous des ailles. Le tarse est vert dans quelques individus et bleu dans d'autres; le bec d'un bleu très-faible et l'iris couleur de feu.

N.° CCXLII.

LE PIC-GRIMPEREAU COMMUN.1

CETTE espèce est cent fois plus nombreuse que la précédente; et elle se trouve dans les mêmes lieux, mais moins découverts; elle n'est point farouche; et l'on m'a assuré que sa ponte est de trois ou quatre œufs dans les trous des troncs d'arbres.

Formes. Les pennes des ailes comme celles de l'espèce précédente; les 12 de la queue sont en tuyaux d'orgues; l'extérieure a 7 lignes de moins, et les quatre du milieu manquent de barbes vers leur bout. Le bec est un peu courbé; dans toute sa longueur, et si comprimé qu'à son

1 Ce que j'ai dit dans ma note de l'article précédent s'applique à ce pic-grimpereau, qui se rapproche beaucoup, sans néanmoins être tout-à-fait le même, du petit pic-grimpereau de Cayenne, Buffon, tom. XIII, pag. 113.— Oriolus picus Linn. syst. nat. gen. 52, sp. 22.—Oriolus picus Latham, syst. ornith. gen. 15, sp. 47. (S.)

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milieu, il n'a pas plus d'une demi-ligne de large, quoiqu'il en ait 2 un quart de hauteur.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; quelques individus sont un peu plus petits; de la queue, 5; du vol, 11 un quart; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 10; des doigts extérieur et du milieu, 7; du bec, 15.

Couleurs. Une couleur de tabac d'Espagne couvre toutes les parties supérieures; mais les couvertures extérieures du dessus de l'aile, ainsi que les extrémités des pennes, sont brunes. Un trait blanc, qui commence un peu derrière la narine, forme une espèce de sourcil et se termine au delà de l'oreille. Sous ce trait est une bandelette noirâtre qui, prenant naissance aux narines, couvre et dépasse les oreilles. Les plumes du dessus et du derrière de la tête, et des côtés du cou, sont blanchâtres dans leur milieu et noirâtres sur leurs bords. La gorge et la pièce inférieure du bec sont blanches, et les plumes de la partie antérieure du cou et du dessous du corps blanchâtres et faiblement bordées de brun clair. Les ailes sont de couleur de tabac d'Espagne, à l'exception du pli qui est blanchâtre. Le tarse est d'un plombé clair, et le bec supérieur, brun rougeâtre en dessus.

N.° CCXLIII.

LE PIC-GRIMPEREAU A BEC COURT.1

J'AI acheté au Paraguay deux pics-grimpereaux de cette espèce.

1 Je ne sais si les légères différences que M. d'Azara a fait remarquer entre cet oiseau et le précédent, suffisent pour constituer deux espèces distinctes; et mon doute est d'autant plus fondé, que des deux seuls pics - grimpereaux à bec court, observés par ce voyageur, l'un avait un pouce de longueur totale de moins que l'autre; d'où l'on peut conclure que les dimensious de ces oiseaux sont sujettes à varier. Il ne serait donc pas étonnant que leurs becs ne fussent pas de la même grandeur. Quant aux teintes plus ou moins fortes des couleurs qui, du reste, ont la même distribution, l'on sait qu'un caractère aussi faible n'a jamais indiqué une distinction d'espèces. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 7 pouces et demi; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 10 cinq sixièmes. J'avais acheté précédemment un individu qui était d'un pouce moins long.

Les formes et les couleurs sont, à très-peu prés, les mêmes que celles de l'espèce précédente. La principale différence consiste en ce que l'oiseau de cet article a le bec moins long de 5 lignes que l'autre, quoique de la même grosseur, de la même matière et de la même forme; la bouche blanchâtre, au lieu qu'elle est jaune dans le précédent; la langue moins étroite et moins pointue; la queue moins forte et concave, enfin les teintes du plumage plus claires.

N° CCXLIV.

LE PIC-GRIMPEREAU PALE ET ROUGE.1

JE n'ai vu qu'un seul de ces pics-grimpereaux; des naturels du Paraguay me l'ont vendu au mois d'août.

Formes. 20 pennes aux ailes; les troisième et quatrième plus longues que les autres. Les 12 de la queue, concaves et étagées, à tiges roides et dégarnies de barbes sur trois

1 Il serapproche beaucoup du guit-guit cannelle de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIII, pag. 130. — Certhia cinnamomea Linn. syst. nat, gen. 65, sp. 47. —Latham, syst. ornith. gen. 29, sp. 56.—Cinnamon, Veillot, Hist. nat. des grimpereaux, planche 62, et Nouveau Dictionnaire d'Hisloire naturelle, article cinnamon. M. Latham qui, le premier, a décrit cet oiseau, dit que l'on ne connaît pas sa patrie. Si, comme je le pense, il est de la même espèce que le pic -grimpereau pâie et rouge, l'on aura acquis la connaissance d'un nouveau fait, celle du pays natal de cette espèce. (S.)

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lignes de leur extrémité; l'extérieure plus courte de 12 lignes; les doigts extérieur et intermédiaire, joints et comme soudés l'un contre l'autre à leur base; le bec plus large qu'épais, un peu comprimé sur son dernier tiers, et presque droit.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 8 et demi; de la jambe; 10 lignes et demie; du tarse, 9; du bec, 6 et demie.

Couleurs. Un gris pâle est répandu sur toutq la tête, le cou et le dessous du corps. Le reste du plumage est d'un rouge de tabac d'Espagne; il y a une grande tacha noirâtre qui occupe le grand côté des deux premières pennes de l'aile, la dernière moitié de la troisième, un peu moins des quatrième et cinquième, et n'est plus que de 6 lignes de large sur les autres pennes. Le tarse est de couleur plombée, le bec noirâtre en dessus, ainsi qu'à son bout, et bleu de ciel sur le reste.

N.° CCXLV.

LE PIC-GRIMPEREAU ROUX ET BRUN.1

DE deux oiseaux de cette espèce que j'achetai au Paraguay, j'en gardai un vivant dans ma maison, où il était

1 Je ne crois pas que cet oiseau ait été décrit. Au reste, la plupart de ces pics-grimpereaux donnés par M. d'Azara, comme des espèces distinctes, ont entr'eux des rapports si nombreux, qu'ils ne sont à mes yeux que des variétés d'âge ou de sexe dans la même espèce.(S.)

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en liberté. Il ne savait ni marcher, ni sauter; il grimpait le long des montans des chaises, en s'appuyant et faisant effort de sa queue, sans s'aider de ses ailes, dont, à la vérité, une était cassée.

Formes. Des 19 pennes de l'aile, la première est assez courte, et la quatrième la plus longue. Des 12 de la queue, l'extérieure a 14 lignes, la deuxième 10, la troisième 6, la quatrième 4 et demie, la cinquième 4 de moins que les deux du milieu, lesquelles sont concaves et très-pointues. Le bec est presque droit, et très-comprimé sur ses côtés. L'iris n'est pas apparent.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces et demi; de la queue, 2 cinq douzièmes; du vol, 7; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 10; du bec, 6.

Couleurs. Cet oiseau a, au-dessus de l'œil, une bande très-blanche en forme de sourcils; le dessus de la tête d'un brun mêlé de roux, avec de petites tachcs noires sur le front; le dessus du cou et du corps, brun légèrement teinté de roux; les couvertures supérieures de l'aile, couleur de tabac d'Espagne, à l'exception des plus extérieures qui sont noirâtres; le côté supérieur des pennes d'un brun roussâtre; celles de la queue, comme les couvertures du dessus de l'aile, excepté les deux intermédiaires, qui ne sont de cette couleur que vers leur extrémité, le reste étant d'un brun noirâtre; les côtés de la tête, la gorge et la partie antérieure du cou, presque blancs; les orcilles couvertes par une tache noirâtre; le dessous du corps d'un brun très-faible et presque blanchâtrc; le tarse d'un vert

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plombé, enfin le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous.

N.° CCXLVI.

LE PIC-GRIMPEREAU

A AILES ET QUEUE ROUGES.1

J'AI rencontré cet oiseau au Paraguay, dans un grand bois. Il était sur un petit tronc d'arbre, occupé à manger un très-gros ver; mais comme je ne l'ai pas vu grimper, je ne suis pas sûr qu'il appartienne à la familie des pics-grimpereaux.

Formes. 18 pennes aux ailes, concaves et faibles, desquelles la quatrième et la cinquième sont les plus longues. Il y en a 12 à la queue, assez fortes et très-pointues, quoique non usées à leur extrémite; l'extérieure est plus courte de 16 lignes que les deux du milieu; les autres sont étagées et toutes un peu concaves. Le doigt extérieur et celui du milieu sont joints à leur base. Le bec est très-comprimé et courbé sur toute sa longueur.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 2 un sixième; du vol, 6 et demi; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9.

Couleurs. Une bandelette blanchâtre qui prend aux narines, passe au-dessus des yeux. Toutes les parties supérieures sont d'un brun très-légèrement doré. La queue et les petites couvertures supérieures des parties internes de l'aile sont d'un rouge de carmin, les grandes des mêmes parties, bordées seulement de cette couleur, et le reste de ces couvertures d'un brun noirâtre; les pennes

1 Espèce nouvelle. (S.)

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sont brunes, avec une faible teinte mordorée sur leurs bords. Aux côtés de la tête, il y a de petites taches longues de blanc pâle et de brun. Toutes les parties inférieures sont colorées par un mélange de brun, de blanchâtre et de doré. Le tarse est d'un vert pâle, et le bec, noir en dessus, est blanc en dessous.

N.° CCXLVII.

LE PIC-GRIMPEREAU DORÉ.1

JE n'ai vu, au Paraguay, que deux individus de cette espèce, dans les grands bois, où ils sautaient de branche en branche, en tout sens, pour prendre des vers; mais ils ne grimpaient point. Ils avaient aussi les doigts séparés. Ils n'appartiennent donc point à la familie des pics-grimpereaux, et je ne les y place que faute de connaître le genre auquel ils appartiennent.

Formes. Les ailes ont 19 pennes passablement fortes et roides; les quatrième et les cinquième sont les plus longues. Il y en a 12 à la queue, un peu faibles, pointues et étagées; l'extérienre de 5 lignes plus courte. Le doigt du milieu est séparé des autres, et le bec très-comprimé sur les côtés et droit, avec un petit crochet à sa pointe.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 2 un douzième; du vol, 9; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 9; du bec, 7.

Couleurs. Une jolie bandelette dorée surmonte l'œil et s'étend jusqu'à l'occiput. Derrière l'œil une autre petite bande noirâtre et parallèle à la première, passé au-dessus de l'oreille. Le reste des côtés de la tete, la gorge, le de-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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vant du cou, le dessous du corps, les ailes et la queue, ont une faible couleur d'or. Le dessus de la tête et du corps est mordoré; il y a de petits points noirâtres sur la tête. Le tarse est d'un vert jaunâtre, l'iris brun et le bec noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous.

FIN DU TROISIÉME VOLUME.


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Citation: John van Wyhe, editor. 2002-. The Complete Work of Charles Darwin Online. (http://darwin-online.org.uk/)

File last updated 11 March, 2014