RECORD: Azara, Félix d'. 1809. Voyages dans l'Amérique Méridionale depuis 1781 jusqu'en 1801. Contenant la description géographique, politique et civile du Paraguay et de la rivière de La Plata; l'histoire de la découverte et de la conquête de ces contrées; des détails nombreux sur leur histoire naturelle, et sur les peuples sauvages qui les habitent; le récit des moyens employés par les Jésuites pour assujétir et civiliser les indigènes, etc. Publiés d'après les manuscrits de l'auteur, avec une notice sur sa vie et ses écrits, par C. A. Walckenaer; enrichis de notes par G. Cuvier, suivis de l'histoire naturelle des Oiseaux du Paraguay et de La Plata par le même auteur, traduite, d'après l'original espagnol, et augmentée d'un grand nombre de notes par M. Sonnini. Accompagnés d'un Atlas de vingt-cinq planches. 4 vols. Paris: Dentu.

REVISION HISTORY: Transcribed (single key) by AEL Data 01.2014. RN1

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VOYAGES

DANS

L'AMÉERIQUE MÉRIDIONALE,

PAR DON FÉLIX DE AZARA,

COMMISSAIRE ET COMMANDANT DES LIMITES ESPAGNOLES DANS LE PARAGUAY

DEPUIS 1781 JUSQU'EN 1801;

Contenant la description géographique, politique et-civile du Paraguay et de la rivière de La Plata; l'histoire de la découverte et de la conquête de ces contrées; des détails nombreux sur leur histoire naturelle, et sur les peuples sauvages qui les habitent; le récit des moyens employés par les Jésuites pour assujétir et civiliser les indigènes, etc.

PUBLIÉS D'APRÈS LES MANUSCRITS DE L'AUTEUR,

AVEC UNE NOTICE SUR SA VIE ET SES ÉCRITS,

PAR C. A. WALCKENAER;

ENRICHIS DE NOTES PAR G. CUVIER,

SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE LA CLASSE DES SCIENCES PHYSIQUES DE L'INSTITUT, etc.

Suivis de l'histoire naturelle des Oiseaux du Paraguay et de La Plata, par le mêne auteur, traduite, d'après l'original espagnol, et augmentée d'un grand nombre de notes, par M. SONNINI;

ACCOMPAGNÉS D'UN ATLAS DE VINGT-CINQ PLANCHES.

TOME QUATRIÈME.

PARIS,

DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,

RUE DU PONT-DE-LODI, n.° 3.

1809.

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VOYAGES

DANS

L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.

CARACTÈRES COMMUNS

AUX CHARPENTIERS.

QUOIQUE les Guaranis donnent à ces oiseaux le nom d'ypecus, les Espagnols les nomment charpentiers, parce qu'ils charpentent les troncs d'arbres et qu'ils vivent de ce travail. Ils se tiennent dans les bois, et quoiqu'ils puissent se percher comme les autres oiseaux, ils ne le font cependant pas pour l'ordinaire; ils se cramponnent aux troncs des arbres et les parcourent de bas en haut, et jamais du haut en bas, en tenant toujours le corps verticalement, et jamais en travers. Pour cet exercice, la nature leur a donné des jambes et des pieds courts et robustes; des doigts vigoureux; des ongles très-crochus, forts, pointus et plus épais que larges; deux doigts en devant, joints par une phalange commune, et deux autres derrière; le croupion gros et musculeux; les pennes de la queue concaves, avec leurs tiges comme usées à l'extrémité, très-fortes et élastiques, et leurs barbes décomposées, aussi roides que du crin, et formant au bout de chaque penne la figure d'un fer de lance; de sorte que les charpentiers s'accrochent aux arbres avec leurs pieds et s'appuient avec leur queue.

IV. a. 1

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Les yeux de ces oiseaux sont entourés d'un espace déé de plumes. Ils ont les épaules étroites et le cou gros et court; leur vol est rapide et sinueux; leurs mouvemens sont prompts, et leur instinct, ainsi que leur physionomie, sont farouches. Leur bec est gros à sa base, droit, très-solide, et de substance semblable à la corne; sa moitié supérieure se termine en une lame verticale, comme celle d'un petit ciseau; il a, de plus, trois arêtes affilées, l'une à la base et les deux autres sur les côtés. C'est avec ce bec qu'ils frappent les troncs d'arbres à coups redoublés, qu'on entend de loin, et qu'on ne peut compter, tant ils sont précipités. Quand ils reconnaissent qu'un ver est logé sous l'écorce, el s'ils ne trouvent point de trou pour le tirer en dehors, ils frappent plus fort et moins vîte, de même que lorsqu'ils veulent creuser les trous où ils nichent; ils mettent quelquefois tant de persévérance à ce travail, qu'ils parviennent à percer les troncs les plus gros, jusqu'au centre de l'arbre. Un malheureux Indien du Paraguay a été trouvé mort, suspendu par la main qu'il avait fourrée dans un de ces trous de charpentiers pour en prendre les petits, et qu'ayant glissé, il n'avait pu retirer.

Les charpentiers se nourrissent de vers, qu'ils prennent facilement sous l'écorce des arbres, en introduisant, dans les fentes et les trous, leur langue, qu'ils peuvent faire sortir de leur bouche d'un pouce ou deux. Elle est arrondie comme un petit ver de terre, l'intérieur est un cartilage élastique, et elle se termine en pointe triangulaire, dont les arêtes ou les côtés ont de petites languettes. Cette conformation de la langue la rend très-propre à s'insinuer dans les plus petites ouvertures, et à saisir les vers qui ne peuvent s'échapper lorsque l'oiseau les retire avec sa langue. Tous les charpentiers sentent mauvais; ce que j'at-

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tribue au genre de leur nourriture. Ils ne voyagent point, et ils ne savent pas marcher; aussi ne se posent-ils jamais à terre. Si quelqu'un les observe, ils se placent à la partie opposée de l'arbre, et ils montrent seulement la tête. Quand ils paraissent gais et qu'ils orient, ils mettent une aile derrière l'autre. Les espèces qui portent une huppe, la tiennent un peu en arrière; elle a la figure d'une flamme; les plumes qui la composent sont droites, soyeuses, étroites, et elles ne peuvent ni se relever, ni s'abaisser.

Les caractères généraux des formes et des proportions dans cette famille, sont nombreux, non équivoques, et si constans, que je n'y connais d'autre exception que la forme de la queue du charpentier nain. Cependant il existe de grandes différences dans les habitudes des charpentiers; quelques-uns vivent en families, d'autres solitaires, et d'autres par paires. L'on peut dire que le charpentier nain ne se sert pas de sa queue pour s'appuyer. Les charpentiers à ventre rouge, dominicain et des champs, se perchent assez souvent comme la plupart des oiseaux; et quoique ces deux derniers s'attachent aux arbres, ils les parcourent rarement en y grimpant. Le charpentier dominicain mange des fruits et des guêpes; et le charpentier des champs ne se nourrit que des insectes qu'il trouve dans les prés, où il marche très-bien.

N.° CCXLVIII.

LE CHARPENTIER NOIR.1

ON le trouve réuni en families dans les grands bois; il préfère de grimper contre les arbres les plus gros.

1 Ouantou, ou pic noir huppé de Cayenne, Buffon, tom. XIII; pag. 176, et pl. enlum. n.° 717. — Picus lineatus Linn. syst. nat. gen. 59, sp. 4. — Latham, syst. ornith. gen. 22, sp. 5. C'est l'ipecu (ipecous) des naturels du Brésil, le corta pao des Portugais et l'ouantou des naturels de la Guiane. Je n'assurerais pas de méme que ce fût le tlauhquechultotoll des Mexicains, comme Buffon a paru le croire; car Fernandez, qui a parlé de cet oiseau, dit qu'il a presque tout le cou rouge, toutes les parties inférieures cendrées et les ailes, aussi bien que le dos, noires et traversées par des lignes blanches (Hist. nov. Hisp. pag. 51, cap. 191). Ce ne sont pas les couleurs de l'ouantou, ou charpentier noir. Quant à la description que Marcgrave donne de l'ipecu (Hist. nat. brasil. lib. 5, cap. 10, pag. 207), elle se rapporte exactement à celle de l'ouantou. Je fais cette remarque, parce que M. d'Azara reproche à Buffon de n'avoir pas rapporté cette description de Marcgrave.
Plusieurs ouantous, ou charpentiers noirs que j'ai observés à la Guiane, avaient le bec entier de couleur de corne, l'iris jaune, les pieds et les ongles gris. (S.)

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Formes. Des 21 pennes de l'aile; la première est très étroite, et la quatrième la plus longue. Il y en a 12 à la queue, desquelles l'extérieure a 40 lignes et la seconde 12 de moins que les deux du milieu; les autres sont étagées. Les deux doigts de devant sont joints l'un à l'autre jusqu'à la première articulation. Une huppe s'élève sur la suture coronale.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 5; du vol, 22 trois quarts; de la jambe, 23 lignes; du tarse, 16; du bec, 17; de la huppe, 20.

Couleurs. Un trait jaune qui prend naissance aux narines, passe au-dessous des yeux, devient blanc, descend sur les côtés du cou jusqu'aux ailes, et s'étend plus ou moins pour former la bordure extérieure des petites plumes scapulaires. La gorge est blanche. Des lignes noires et blanchâtres couvrent le dessous du corps et les jambes.

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Les couvertures inférieures des ailes sont d'un blanc jaunâtre, aussi bien que le liséré de la moitié des pennes. La huppe est d'une belle écarlate, de même que tout le dessus et le derrière de la tête. Le reste du plumage est d'un noir profond. Le tarse est bleuâtre, l'iris blanc et le bec noir en dessus et à la pointe; et blanchâtre dans le reste.

J'ai tué, en novembre, un oiseau de cette espèce, qui m'a paru, ou un jeune; ou une femelle. Il différait principalement en ce qu'il était moins grand, et qu'il avait du noir depuis le bec jusqu'au milieu de la tête.

N.° CCXLIX.

LE CHARPENTIER A DOS BLANC.1

IL a beaucoup de rapports avec le précédent, dont il ne se distingue que par les différences suivantes.

Il a 13 pouces de longueur totale; la gorge noire; du rouge à la mâchoire inférieure; la moitié supérieure de l'oreille noire et l'autre moitié blanche; le dos blanc; l'iris jaune, enfin le bec d'un blanc de corne. Ces différences m'ont paru suffisantes pour former une espèce distincte; car, au sujet des charpentiers, une seule dissemblance a plus de poids que quatre traits de ressemblance.

1 Je ce partage point le sentiment de M. d'Azara, qui rapproche cet oiseau du pic noir à huppe rouge du nord de l'Amérique (Buffon, tom. XIII, pag. 73. — Picus pileatus Linn. et Lath.), parce que les descriptions de ces deux oiseaux sont loin de s'accorder. J'aime mieux regarder le charpentier à dos blanc comme une simple variété dans l'espèce du charpentier noir, avec d'autant plus de raison que M. d'Azara n'a tué, au Paraguay, qu'un seul de ces charpentiers à dos blanc. (S.)

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N.° CCL.

LE CHARPENTIER

A HUPPE ET COU ROUGES.1

LES habitudes sont les mêmes que celles des espèces précédentes; on le trouve, dans les grands bois du Paraguay, réuni en familles.

Formes. Les quatrième et cinquième des 20 pennes de la queue sont les plus longues; des 10 de la queue l'extérieure est plus courte de 24 lignes. Les plumes du cou sont décomposées et étroites. Une huppe sur la tête.

Dimensions. Longueur totale, 12 cinq sixièmes, et quelquefois 14 pouces un sixième; de la queue, cinq sixièmes; du vol, 21; de la jambe, 26 lignes; du tarse, 18; du bec, 20; de la huppe, 14.

Couleurs. La base de la mandibule supérieure du bec est d'un noir velouté, qui se prolonge jusqu'aux oreilles. Une bandelette blanche commençant aux narines, occupe l'angle de la bouche, la mâchoire inférieure et se termine en pointe derrière l'oreille. Le reste de la tête et le cou entier sont d'une êcarlate vive, qui a l'éclat du verre. Le

1 Pic à cou rouge, Buffon, Hist. nat. tom. XIII, pag. 80. — Picus rubricollis Linn. syst. nat. gen. 59, sp. 23. — Latham, syst. ornitk. gen. 22, sp. 23. Cette espèce, qui se trouve aussi à la Guiane, offre quelques variétés dans les couleurs du plumage des différens individus. J'en ai vu qui avaient la poitrine d'un fauve pur. Il n'est done pas étonnant que M. d'Azara ait trouvé de légères différences, entre sa description du charpentier à huppe et cou rouges, et celle que Buffon a donnée du pic à cou rouge; et ces dissemblances de peu d'importance ne sont pas autant d'erreurs de Buffon, ainsi que M. d'Azara cherche à le faire croire. (S.)

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haut du dos, les couvertures supérieures des ailes et la queue sont noirs, et le reste du dessus du corps est d'un blanc roussâtre. De grandes taches rousses paraissent sur le côté inférieur des pennes des ailes; qui sont noirâtres. Le dessous du corps est rayé transversalement par des lignes noires et d'un jaune pâle. Les ailes en dessous sont d'un roux blanchâtre, avec le bout des pennes noirâtre, et quelques bandes transversales de la même couleur. Le tour nu des yeux est noir, l'iris jaune, et le bec d'un blanc de corne.

N.° CCLI.

LE CHARPENTIER

A HUPPE COULEUR DE PAILLE.1

J'AI tué deux individus de cette espèce, et j'en ai vu deux autres dans les grands bois du Paraguay; ils étaient seuls.

Formes. Une huppe. Les pennes des ailes comme dans les espèces précédentes; 10 à la queue, l'extérieure plus courte de 9 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces; de la queue, 5; du vol, 17 et demi; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 14; du bec, 12; de la huppe, 18.

Couleurs. Toute la tête et la nuque sont d'un blanc pâle, ou couleur de paille; cependant il y a, le long de la mâ-

1 Suivant la remarque, fort juste, de M. d'Azara, Buffon a confondu cet oiseau, très-bien indiqué par Gesner (avis quœdam America. avi. pag. 802), et décrit par Brisson (picus varius Americanus cristatus, ornith. tom. IV, pag. 34), avec le grand pic rayé de Cayenne (Hist. nat. tom. XIII, pag. 44). (S.)

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choire inférieure, une petite bande qui était noirâtre sur un des 2 individus et rouge sur l'autre. Le derrière du cou, le dos et les couvertures inférieures des ailes, sont couleur de paille. Toutes les parties inférieures, la queue et les ailes noirâtres, avec des piquetures et des lignes fauves sur ces dernières. Le tour de l'œ est noir, et le bee bleu de ciel.

N.° CCLII.

LE CHARPENTIER D'UN VERT FONCÉ.1

JE l'ai toujours vu au Paraguay, seul ou par paires, dans les bosquets clairs; il y cherche les vers sur les arbres peu élevés et sur de petites branches. Du reste, il grimpe comme les autres.

Formes. Une huppe; 21 pennes aux ailes, les quatrième et cinquième plus longues; 12 étagées à la queue, l'extérieure plus courte de 12 lignes; les 6 du milieu ont leurs tiges fort concaves, et toutes se terminent en fer de lance. L'iris point apparent.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces un sixième; de la queue, 3 onze douzièmes; du vol, 17 et demi; de

1 M. d'Azara rapproche cet oiseau du grand pic rayé de Cayenne (Buffon, Hist. nat. tom. XIII, pag. 44, et planche enl. n.° 719. — Picus melanochloros Linn. et Lath.); mais il s'aperçoit bientôt que les descriptions de ces deux oiseaux ne sont point d'accord. Le même auteur me paraît avoir rencontré plus juste, en assimilant son charpentier d'un vert foncé au petit pic rayé de Cayenne, Buffon, tom. XIII, pag. 46. — Picus cayannensis striatus Brisson, syst. ornith. tom. IV, pag. 69. — Picus Cayannensis Linn. syst. nat. gen. 59, sp. 28. — Latham, syst. ornith. gen. 22, sp. 43. (S.)

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la jambe, 21 lignes; du tarse et du bec, 14; de la huppe, 7.

Couleurs. Une tache couleur de paille couvre l'œil et s'étend jusqu'à l'occiput; il y en a une autre au-dessous, à la mâchoire inférieure; mais dans quelques individus, elle est marbrée de noir et de brun. La moitié du dessus de la tête est noire et le reste rouge. Des raies transversals, noires et d'un vert jaunâtre, couvrent toutes les parties supérieures. Les inférieures sont colorées en vert jaunâtre, avec de jolies taches alongées et noirâtres. Les trois pennes extérieures de chaque côté de la queue sont comme celles des ailes; les autres sont noires. Le tarse est d'un blanc mêlé de bleu et le bec noir.

N.° CCLIII.

LE CHARPENTIER DES CHAMPS.1

QUOIQUE cette dénomination paraisse ne pouvoir s'accorder avec l'idée d'un charpentier, aucune autre ne peut cependant mieux caractériser l'espèce dont il s'agit. En effet, on ne voit jamais les oiseaux qui la composent pé-

1 Le pic aux ailes dorées, Buffon, Hist. nat. tom. XIII, pag. 59. — The gold winged-pecker, Catesby, Carol. tom. I, pag. 18. — Picus Canadensis striatus, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 72. — Picus auratus Linn. syst. nat. gen. 59, sp. 9.—Latham, syst. ornith. gen. 22, sp. 52. Cette esèce, qui est répandue dans tout le nord de l'Amérique, paraît avoir éprouvé quelque altération dans les couleurs, en passant au midi de ce même continent En. effet, la description qu'en donne M. d'Azara ne se rapporte pas exactement à celle de Catesby, qui en a parlé le premier. Des voyageurs assurent que si les insectes viennent à manquer à ce charpentier, il se nourrit de baies et de graines. (S.)

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nétrer dans les bois, ni grimper contre les arbres, ni rechercher les vers qui sont sous l'écorce; ils saisissent les petites proies dont ils se nourrissent, dans les campagnes découvertes qu'ils parcourent à pas précipités; c'est par cette raison qu'ils ont les jambes plus longues que les autres. Ils frappent avec force de leur bec sur le gazon, où ils connaissent que se réfugient les vers de terre et d'autres insectes; un seul coup ou deux suffisent: quand les fourmilières sont humides, ils y enfoncent aussi leur bec pour prendre les fourmis ou leurs larves. Ils ne laissent pas, pour cela, de se poser sur les arbres, leurs troncs et les branches et sur les pierres, s'y tenant tantôt horizontalement, tantôt verticalement, tantôt accrochés pour grimper, tantôt à la manière des autres oiseaux. Ils ne sentent pas aussi mauvais que les autres charpentiers, et soit qu'ils volent, soit qu'ils courent à terre, ils jètent fréquemment un cri fort. Ils se tiennent par paires ou en familles, et ce sont les plus communs de tous. Leur ponte, m'a-t-on dit, est de deux à quatre œufs d'un blanc trèsluisant, un peu plus gros à un des bouts, et ayant pour diamètres 14 lignes et 10 un tiers. Ils nichent au fond des trous qu'ils creusent dans les murs abandonnés et faits en terre ou en briques crues, ou sur les bords escarpés des ruisseaux; ces trous ont plus de deux palmes de profondeur, et les œufs y sont déposés sans aucune matière molle. Les petits qui naissent au commencement de septembre ne diffèrent presque pas de leurs père et mère, qu'ils suivent pendant quelque tems.

Formes. Les quatrième, cinquième et sixième des 21 pennes de l'aile sont égales; des 10 de la queue, l'extérieure est plus courte de 15 lignes. Les orbites des yeux ne sont point dégarnies de plumes.

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Dimensions. Longueur totale, 11 pouces deux tiers; de la queue, 4 cinq douzièmes; du vol, 19; de la jambe, 27 lignes; du tarse, 183 du bec, 16.

Couleurs. Une tache blanche va depuis les narines jusqu'au delà des yeux; une autre, d'un jaune pur, couvre les oreilles et s'étend jusque devant le cou. La gorge est noire dans la femelle et marbrée de blanc dans le mâle. Le reste des parties inférieures est blanchâtre et rayé en travers de noirâtre. Sur la tête, les plumes sont noires, longues et étroites; l'oiseau les relève un peu à volonté. Le dessus du cou et les couvertures supérieures des ailes et de la queue sont rayés de blanc sale sur un fond noirâtre. Les pennes des ailes diffèrent peu de leurs couvertures, mais leurs tiges sont d'un jaune brillant. Le dos et le croupion sont blancs, les ailes jaunes en dessous, et les pennes de la queue noirâtres; mais le côté extérieur de la première penne, dans la femelle, et des trois extérieures dans le mâle, est rayé de blanchâtre en dessus et jaune en dessous; il en est de même des deux côtés des pennes intermédiaires. Le tarse est d'un bleu verdâtre, et l'iris d'un noir rougeâtre.

N.° CCLIV.

LE CHARPENTIER BLANC ET NOIR.1

LES couleurs de son plumage lui font ordinairement donner la dénomination de charpentier dominicain. Je ne l'ai vu qu'au Paraguay; il vit en families, il est fort criard, et sa voix rauque et désagréable s'entend de fort loin. Il n'y a point de différences entre le mâle et la fe-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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melle. Ils n'entrent jamais dans les bois; ils ne tirent point les vers du tronc des arbres; ils se tiennent dans les cantons plantés de palmiers, dans les plantations et dans les lieux où il y a peu d'arbres. Ils ne vont poiut à terre, et ils se posent horizontalement sur les toits et les arbres; cependant ils s'accrochent aussi au trone des arbres et aux murailles; mais on les voit très-rarement grimper. Leur nourriture la plus ordinaire se compose de larves de guêpes, d'oranges douces, de raisins et d'autres fruits.

Formes. 20 pennes aux ailes, les troisième et quatrième plus longnes; 10 à la queue, l'extérieure de 15 lignes plus courte. Les plumes de l'occiput sont étroites, soyeuses, peu serrées et longues de 8 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces sept douzièmes; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 16; de la jambe, 12 lignes; du tarse et du bec, 14.

Couleurs. Un trait noir va de l'angle postérieur de l'œil à la nuque. Le dessus du cou, la moitié du dos et les ailes sont noirs; le derrière de la tête, le tour des yeux et le ventre jaunes, et les pennes de la queue noires, avec des bandes brunes. Le reste du plumage est d'un beau blanc. Le tarse vert, l'iris blanc et le bec d'un brun plus clair en dessous qu'en dessus.

N.° CCLV.

LE CHARPENTIER à VENTRE ROUGE.1

J'AI vu une troupe de cinq oiseaux de cette espèce, et une autre de 7, dans les grands bois du Paraguay. Ils se rappelaient sans cesse, et quoiqu'ils grimpassent, ils se

1 Espèce nouvelle. (S.)

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perchaient quelquefois comme les autres oiseaux. Ils diffèrent, par cette habitude, des quatre premières espèces de cette famille, de même que par leur bec, moins épais et très-légèrement courbé. Il n'y a aucune différence entre le mâle et la femelle.

Formes. Les deuxième et troisième des 20 pennes de l'aile sont les plus longues; 8 à la queue, mais je crois qu'il en manquait deux à l'individu qui a servi à ma description; les quatre du milieu ont la forme de celles des charpentiers, et les autres sont comme dans le plus grand nombre des oiseaux.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un quart; de la queue, 2 un sixième; du vol, 13 trois quarts; de la jambe, 16 lignes; du tarse et du bec, 11.

Couleurs. Une bandelette noire, qui va de la narine à la nuque, renferme l'œil dont les paupières sont nues et jaunes. Le front et le haut de la gorge sont d'un jaune pur tirant sur l'orangé. Les plumes du sommet de la tête sont soyeuses, longuettes, un peu hérissées et d'un rouge très-vif. Une bande blanche s'étend de la nuque au dos; de chaque côté, ainsi que sur les scapulaires et les petites couvertures supérieures des ailes, règne du bleu turquin. Le dos et les couvertures supérieures de la queue sont d'un blanc lavé de jaune. Derrière l'oreille on remarque une petite tache blanchâtre qui se prolonge sur les côtés du cou; sa partie antérieure est d'un brun jaunâtre. La poitrine et le ventre sont d'un rouge de carmin; il y a des festons noirs et blancs sur le bas-ventre. Les grandes couvertures et les pennes des ailes, de même que celles de la queue, sont noires; les couvertures inférieures des premières sont nuancées de noirâtre et de blanc pâle, et les pennes ont des taches blanches. Le tarse est vert et l'iris brun.

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N.° CCLVI.

LE CHARPENTIER VERT DORÉ.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, que j'ai acheté des naturels du Paraguay.

Formes. La première des 19 pennes de l'aile est très courte; les quatrième, cinquième et sixième sont égales. La queue en a 10, desquelles les 4 intermédiaires ont 6 lignes de plus que l'extérieure. Les plumes du sommet de la tête et de l'occiput sont soyeuses et longuettes.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 3; du vol, 14 um quart; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 11; du bec, 10.

Couleurs. Il a le dessus et le derrière de la tête d'un rouge vif; une ligne dorée qui, prenant aux narines, passe sous les yeux et les oreilles, et descend en s'élargissant jusqu'à la moitié des côtés du cou; du vert doré dans l'espace compris entre cette ligne et le rouge de la tête et sur toutes les parties supérieures; la queue noirâtre; la gorge dorée; des barres inégales, dorées et noirâtres, sur les parties inférieures; le tarse vert et le bec noirâtre.

N.° CCLVII.

LE CHARPENTIER DORÉ ET BRUN.

J'AI rencontré un seul charpentier de cette espèce, grimpant contre le tronc d'un gros arbre, au milieu d'une grande forèt au Paraguay. Je soupçonne qu'il est de l'espèce précédente. Cependant je le décris ici, parce qu'il

1 Espèce nouvelle. (S.)

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faut être scrupuleux dans la réduction des espèces de charpentiers.1

N.° CCLVIII.

LE CHARPENTIER BRUN ET DORÉ.2

IL est fort commun dans les grands bois du Paraguay, où je l'ai toujours vu seul.

Formes. 20 pennes aux ailes, les troisième et quatrième plus longues; 10 à la queue, l'extérieure plus courte de 4 lignes que les quatre intermédiaires.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces 7 douzièmes; de la queue, 2; du vol, 11; de la jambe, 12 lignes et demie; du tarse, 9; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Une teinte brune, mêlée d'un peu d'or, couvre la tête. Cependant quelques individus ont sur cette partie de petits points rouges, et d'autres des plumes soyeuses, un peu plus longues, très-serrées et d'un rouge de carmin; ces différences proviennent de l'âge ou du sexe. Le dessus du cou et du corps, les couvertures supérieures des ailes et presque tout le côté supérieur de leurs pennes, sont d'un brun doré; il y a sur chacune des moyennes et des petites couvertures, un point blanchâtre; près de leur extrémité, et sur les barbes inférieures des

1 Comparaison faite de la description de cet oiseau avec celle du charpentier vert doré, il me paraît hors de donte que ces oiseaux sont de la même espèce. (S.)

2 Le petit pic olive de Saint-Domingue, Buffon, Hist. nat. t. XIII, p. 41.—Picus Dominicensis minor, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 75.—Picus passerinus Linn. syst. nat. gen. 59, sp. 6.—Latham, syst. ornith. gen. 22, sp. 40. Cet oiseau n'est pas commun à Saint-Domingue; il l'est davantage à la Guiane. (S.)

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pennes, d'assez grandes taches blanchâtres. La queue est brune et barrée faiblement de doré. Toutes les parties inférieures sont mordorées; avec des traits blanchâtres sur le ventre, les côtés du corps et les couvertures du dessous de l'aile. Le tarse est d'une couleur plombée, l'iris d'un rouge noirâtre, le tour de l'œil brun foncé, et le bec brun en dessus et bleu de ciel en dessous.

N.° CCLIX.

LE CHARPENTIER TACHETÉ.1

UN individu que j'ai acheté au Paraguay, est le seul que j'y ai vu.

Formes. Les troisième et quatrième des 19 pennes de l'aile sont les plus longues; la queue, de même que dans l'espèce précédente; sur la tête, des plumes longuettes et soyeuses.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 1 trois quarts; du vol; 10 et demi; de la jambe; 13 lignes; du bec, 8.

Couleurs. Il a le sommet de la tête rouge et le reste blanc jaunâtre, avec une bordure noire à chaque plume; au-dessus de l'œil un trait blanc qui tourne derrière l'oreille qu'il enferme, ainsi que l'œil, et se termine aux narines; le dessus du cou et du corps rayé en travers de noirâtre et de blanc sale; les ailes brunes et agréablement tachetées de blanchâtre; de longues taches blanches et noirâtrès à la partie antérieure du cou, et de semblables taches, mais noirâtres et d'un jaune pâle sous le corps; les couvertures inférieures des ailes couleur de paille, avec

1 Espèce nouvelle. (S.)

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des laches rares de noirâtre; le tarse et le demi-bec supérieur de cette dernière nuance; le demi-bec inférieur blanchâtre; enfin le tour des yeux noir.

N.° CCLX.

LE CHARPENTIER NAIN.1

ON le trouve seul ou par paires. Il grimpe contre le tronc des petits arbres, et quelquefois il saute d'une branche à l'autre, en les saisissant fortement avec ses doigts et tenant son corps en travers. Il n'a pas la facilité de s'appuyer de sa queue, dont la forme n'est pas celle des charpentiers; ou, si cela lui arrive, ce n'est que pour un instant. Du reste, il a tous les attributs des oiseaux de cette famille, et l'on dit qu'il fait aussi des trous dans les arbres pour y nicher; si cela est, ce ne peut être que dans les arbres pourris. On assure encore que sa ponte n'est que de deux œufs. L'on me vendit deux petits au commencement de février, et l'on m'assura qu'ils avaient été pris dans un trou d'arbre. Cette espèce n'est pas rare au Paraguay, et quoiqu'elle fréquente les halliers fourrés, on la trouve plus communément dans les grands bois.

Formes. 18 pennes aux ailes, les troisième et quatrième plus longues; 10 à la queue, l'extérieure de 14 lignes plus courte que la quatrième, qui est d'une ligne plus longue que les deux intermédiaires; toutes faibles et diffèrentes

1Le très-petit pic de Cayenne, Buffon, Hist. nat. tom. XIII, pag. 57, et pl. enlum. n.° 786, fig. 1. — Picus Cayanensis minor, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 33. — Yunx minutissimus Linn. syst nat. gen. 58, sp. 2. — Picus minutissimus Latham, gen. 22, sp. 55. (S.)

IV. a. 2

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de celles de la plupart des charpentiers. Iris peu apparent.

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces deux tiers; de la queue, 1 un sixième; du vol, 5 onze douzièmes; de la jambe, 9 lignes; du tarse, 7; du bec, à peu près 5.

Couleurs. Des raies transversales, noires et blanches, larges d'une demi-ligne, occupent toutes les parties inférieures, à l'exception des couvertures du dessous de l'aile, lesquelles sont blanchâtres. Les côtés et le derrière de la tête sont piquetés de blanc et de noir. Il y a deux petites taches blanches entre la narine et l'angle de la bouche. La gorge est presque noire dans quelques individus, et pointillée de noir et de rouge dans d'autres. Toutes les parties supérieures, la queue exceptée, sont brunes. La penne extérieure de chaque côté de la queue a une bande blanche oblique, qui laisse du noir surles bords et à l'extrémité; une même bande est plus étroite sur la deuxième penne; les deux suivantes sont noires, aussi bien que la moitié inférieure des intermédiaires, dont l'autre moitié est blanche. Le tarse a la teinte du plomb; le bec est noir, avec du jaune à la base de la mandibule inférieure; le tour des yeux est noirâtre.

N.° CCLXI.

LE CHACURU.1

C'EST le nom que les Guaranis donnent à cet oiseau à cause de son cri. Quelques-uns l'appèlent ipecu ou char-

1 Cet oiseau n'est un pic ou charpentier, et il doit être rapporté au genre des tamatias. Buffon l'a décrit sous cette dénomination brasilienne (tom. XIII, pag. 139, et pl. enlum. n.° 746 fig. 1). — Tamatia brasiliensis, Marcgrave. Hist. nat. Bras. pag. 96. — Tamatia guacu, Pison Hist. nat. Bras. pag. 96. — Bucco tamatia Linn. syst. nat. gen 56, sp. 2. — Latham, syst. ornith. gen. 19, sp. 1.
Cette espèce est sujette à varier dans les couleurs du plumage des différens individus qui la composent; et il n'est point étonnant que M. d'Azara ait remarqué quelques dissemblances entre l'oiseau qui a servi à sa description, et celui que Buffon avait sous les yeux. Le trait blanc des côtés de la tête, par exemple, n'est point un attribut constant; plusieurs tamatias en sont privés. Buffon a peint les habitudes naturelles des tamatias, telles qu'elles sont réellement, telles que je les ai observées moi même à la Guiane, telles enfin qu'on les connaît dans cette contrée; il parait que l'observateur espagnol, qui critique à ce sujet le naturaliste français, n'a pas été à portée de bien examiner les tamatias ou chacurus. (S.)

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pentier, quoiqu'il ne soit pas précisément de cette famille. Outre qu'il diffère des charpentiers, par presque tous les détails de conformation, je l'ai toujours vu solitaire, tranquille, sans défiance, et perché sur les petites branches médiocrement élevées, comme la plupart des oiseaux. Il vole peu; son naturel est triste, stupide et paresseux. Il n'entre point dans les bois, ni dans les plaines; mais il fréquente les lieux un peu couverts, comme les plantations. Cette espèce est si rare, que je n'ai pu m'en procurer que six individus au Paraguay. Je ne connais pas d'oiseau qui puisse être comparé à celui-ci, par la grosseur de la tête, la grandeur et la forme du bec, et la structure de la queue faible, courte, même ridicule et laide.

Formes. Aux traits de conformation extérieure, déjà désignés, il faut ajouter: 21 pennes peu roides aux ailes, la première est la plus courte, et la quatrième la plus grande; 12 à la queue, la première de 5 lignes plus courte

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que la sixième, la deuxième de 3 lignes plus longue que la première, les deux intermédiaires de 1 ligne plus courte que la suivante, et les autres étagées; pliée, cette queue forme un faisceau dont la largeur n'excède pas 5 lignes; le bec aussi large qu'épais, extraordinairement fort, droit, avec un grand crochet à sa pointe et très-comprimé sur les côtés; les ouvertures des narines très-petites et recouvertes par des soies grosses et fortes qui s'étendent jusqu'aux angles de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 2 et demi; du vol, 11 un quart; de la jambe, 16 lignes et demie; du tarse, 10 et demie; du bec, 15, épais et large de 6.

Couleurs. La gorge, le devant du cou, le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes, sont blanchâtres; il y a des lignes noiràtres et transversales sur les côtés du corps, une espèce de cravate blanche sur la nuque, et une bandelette de la même couleur qui, commençant aux narines, va entourer l'œil et presque toute l'oreille. Les côtés de la tête sont d'un noir profond, et le dessus est rayé transversalement de noirâtre sur un fond roux, de même que la partie postérieure du cou, le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes, à l'exception des couvertures extérieures qui sont noirâtres comme les pennes et celles de la queue, mais ces dernières sont rayées de roux. Le tarse est verdâtre, et le bec noir à sa pointe, de couleur de chair sur le reste.

Quelques individus ont la gorge blanche; le devant du cou fauve; le dessous du corps blanchâtre, avec les tiges et les bords des plumes noirâtres sur la poitrine seulement; les plumes du côté du corps blanchâtres; celles du dessus de la tête noirâtres et bordées de roux; celles

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des parties supérieures, nuancées de noirâtre et de roux et bordées de blanc; des taches triangulaires blanchâtres et rousses sur les 24 pennes des ailes; l'iris d'un jaune doré, enfin le bec rouge en dessous et noir en dessus. Je présume que ces différences ne dépendent que de l'âge ou du sexe.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX PIRIRIGUAS ET AUX ANNOS.

CE sont trois espèces d'oiseaux que leur conformation et leurs habitudes rapprochent. Ils sont sédentaires; ils vivent en families et en bandes de huit à trente individus; ils se tiennent dans les plantations, dans les bosquets et à la lisière des forêts, sans y pénétrer ni rechercher les grands arbres; ils sautillent, se réfugient et dorment sur les buissons les plus élevés et les plus fourrés. Leur queue est longue et formée de huit pennes inégales, un peu plus larges vers leurs bouts, presque dégarnies de barbes à leur origine et toujours un peu étalées en éventail. Les ailes ont 19 pennes faibles, desquelles la première est très courte et la quatrième la plus longue. La tête est un peu petite, et les plumes qui la couvrent, ainsi que celles d'une partie du cou, sont très-étroites, luisantes et rudes. L'œil est arrondi et entouré d'un large espace dénué de plumes, qui s'étend jusqu'au bec; les eils supérieurs sont gros, durs, longs et noirs. Les pieds ont deux doigts en arrière. Le cou est un peu court. Le vol de ces oiseaux est bas, droit, horizontal et de peu de durée; dans le vol, leurs ailes forment, avec leur corps, une véritable croix, parce qu'ils les étendent beaucoup et les élèvent un peu plus que le corps.

Le piririgua et l'anno ne sont point farouches, et ils cherchent leur nourriture, de côté et d'autre, sans néanmoins se poser à terre, dans les plantations, les enclos et

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Les bosquets; ils tournent aussi autour des bœufs dans les pâturages, mais ils ne se posent jamais sur ces animaux.

L'anno-guazu, au contraire, est si défiant, qu'il ne se montre jamais dans les lieux découverts; il se tient toujours dans les cantons et les halliers les plus fourrés et les plus sombres, où il se nourrit d'insectes et de vers. Le piririgua et l'anno, qui sont vingt fois plus communs, mangent les grillons, les sauterelles, les petits lézards et les petites couleuvres. Quoique ces trois oiseaux se tiennent en bandes, près l'un de l'autre, l'anno et le piririgua se serrent tellement les uns contre les autres, sur quelques branches, pour se mettre à l'abri du vent, lorsqu'il fait froid, que l'on peut en tuer un grand nombre d'un seul coup de fusil. Ces deux espèces sont si amies, que leurs troupes se mêlent fréquemment, et qu'elles travaillent de concert comme si elles étaient de la même famille. Ce n'est pas tout: ces mêmes bandes, composées d'espèces différentes, travaillent souvent ensemble à la construction d'un grand nid, où toutes les femelles déposent leurs œufs, les couvent jusqu'à ce qu'ils soient éclos, nourrissent et élèvent les petits, comme s'ils étaient de la même espèce. J'ai vu plusieurs de ces nids dans lesquels étaient des œufs des deux espèces. Cependant il arrive plus ordinairement que chaque troupe de piririguas et d'annos fait un nid assez spacieux pour contenir les œufs de toutes les femelles de la bande. On dit la même chose de l'anno-guazu, mais je ne l'ai pas yu.1

1 L'auteur contredit Buffon au sujet de l'histoire naturelle des deux espèces d'anis (annos d'Azara); mais ces oiseaux sont si communs et si connus dans nos colonies, qu'il n'y a personne qui ne sache que Buffon les a bien décrits, par rapport à leurs habitudes. (S.)

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N.° CCLXI.

LE PIRIRIGUA.1

ON l'appèle au Paraguay piririgua et piririta, et ces deux noms expriment son cri le plus ordinaire, qu'il répète, soit au vol; soit en repos. Il prononce aussi quelquefois les syllabes piriririri, comme s'il riait, et d'autres fois guaogua, du ton de quelqu'un qui pleure. Il est fort rare à Buenos-Ayres, où il porte; m'a-t-on dit, le nom de cocholote; mais il est très-commun au Paraguay, et l'on assure qu'il existe aussi au Tucuman, et que les Portugais du Brésil le nomment feitizeira. C'est un oiseau sédentaire; on l'élève facilement en cage, avec de petits morceaux de viande crue. Un homme, très-digne de foi, m'a assuré qu'ayant pris une nichée de piririguas, il laissa vivre les petits en toute liberté dans sa maison, où ils se plaisaient tellement, qu'ils se promenaient et volaient dans le jardin, parcouraient la maison, et entraient par-tout sans la moindre crainte, comme les animaux domestiques les plus familiers. Quand ils eurent un an d'âge, ils construisirent tous ensemble un nid dans une grande caisse, ils y firent leur ponte et y élevèrent une nouvelle famille.

Le piririgua préfère les plantations voisines des habitations; il entremême dans les lieux habités. Il place son

1 Le guira-cantara, Buffon, Hist. nat. tom. XII, pag. 71. — guira acangatara, Marcgrave, Hist. nat. Bras. pag. 216. — Cuculus cristatus Brasiliensis, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 144. — Cuculus guira Linn. syst. nat. gen. 57, sp. 32. — Latham, syst. ornith. gen. 20, sp. 40. (S.)

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nid sur des buissons hauts et épais; il le compose de rameaux, et il en garnit l'intérieur de feuilles sèches; la forme de ce nid est assez aplatie. Les œufs sont exactement en ellipse alongée, aussi gros à un bout qu'à l'autre, et de 19 et 14 lignes de diamètres. Leur couleur est un vert bleuâtre, avec des veines blanches qui s'effacent par un léger frottement, et ne laissent que la belle couleur du fond. Si quelque caracara, ou quelqu'autre oiseau, passe près du nid, même sans aucun dessein d'y causer du dommage, le piririgua l'attaque avec acharnement et le met en fuite.

Formes. Les plumes de l'occiput, longues de 15 lignes, forment une huppe qui n'est jamais couchée, et que l'oiseau relève un peu, sur-tout quand il est en colère. Le bec est aussi épais que large, très-comprimé sur les côtés et médiocrement courbé. Le tarse est pre qu'entièrement couvert d'écailles.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, 7 trois quarts; du vol, 18 et demi; de la jambe, 27 lignes; du tarse, 19; du bec, 11 et demie. La penne extérieure de chaque côté de la queue est de 17 lignes plus courte que les intermédiaires.

Couleurs. Les plumes de dessus la tête ont leurs tiges noirâtres el leurs bords dorés; celles des côtés sont d'uu blanc jaunâtre; celles de l'occiput sont noires dans leur milieu et blanchâtres sur leurs bords, et celles de la partie postérieure du cou et du haut du dos ont du blanc le long de leurs tiges, du blanchâtre en liséré et du brun foncé sur le reste. Le dos et toutes les parties inférieures sont blancs, et les couvertures du dessus des ailes sont noirâtres et bordées ds blanchâtre. Les pennes et les couvertures de la partie extérieure de l'aile sont brunes, et le reste des ailes

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est noirâtre. La queue est blanche à son origine, sur la longueur de trois pouces; le reste des deux pennes intermédiaires est brun, et sur les autres pennes noir, avec une tache blanche d'un pouce à l'extrémité. Le tarse est d'un vert noirâtre, le bec orangé, l'iris d'un orangé vif et le tour de l'œil d'ua jaune bleuâtre.

N.° CCLXIII.

L'ANNO.1

JE ne crois pas que cette espèce se trouve au delà du 28e degré de latitude australe; mais elle est très-commune au Paraguay, où elle porte plus particulièrement le nom d'anno, d'après son crique les uns entendent anno, et qui exprime, à mon sens, les voyelles oooi ou aaai. Cet oiseau bâtit son nid avec de petites lianes flexibles, et il le tapisse en dedans avec des feuilles de différens arbres, et principalement d'orangers; il le place de même que le piririgua, et quelquefois ce nid contient jusqu'à vingt et trente œufs, semblables à ceux de l'espèce précédente, mais dont les diamètres ont 16 et demie et 12 lignes; ils

1 L'ani des savannes, Buffon, tom. XII, pag. 89, et pl. enl. n.° 102, fig. 2, sous la dénomination de petit bout de petun.Ani brasiliensibus, Marcgrave, Hist. nat. Bras. pag. 193. — Crotophagus, Brisson, ornith, tom. IV, pag. 177. — Crotophagus ani Linn. syst. nat. gen. 49, sp. 1. — Latham, syst. ornith. gen. 11, sp. 1. Ces oiseaux exhalent une mauvaise odeur, et leur attitude est fort maussade; car posés à terre ou sur une branche, ils retirent leur cou et serrent la tête contre leur corps. Ils nichent toute l'année, et ils subissent plusieurs mues. Cette espèce est commune à la Guiane, à Saint-Domingue et dans d'autres parties du midi de l'Amérique. (S.)

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sont recouverts d'une couche blanche, que l'on enlève aisément avec un couteau, et sous laquelle est un très beau vert bleuâtre. Les petits garçons s'amusent à tracer des dessins sur ces œufs. Au reste, l'anno ne voyage point et n'est point querelleur.

Formes. Les plumes de la tête et du cou en dessus sont étroites, serrées et rudes, parce que leurs tiges sont dégarnies de barbes à leur pointe. Le bec est beaucoup plus épais que large; sa mandibule inférieure est droite, et la supérieure si courbée, que son arête forme un demi-cercle tranchant; son bout est très-pointu el dirigé en bas; sa base est plus relevée que la tête, les plumes qui l'entourent sont aussi rudes que des poils, et elles ne sont ni couchées, ni garnies de barbes. L'œil est grand, triste, recouvert par un os en saillie et environné d'un espace nu.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 6 deux tiers; du vol, 15 un quart; de la jambe, 26 lignes et demie; du tarse, 19; du bec, 14. La penne extérieure de chaque côté de la queue a 2 lignes de moins que les deux du milieu.

Couleurs. Sur la tête et le cou les plumes ont une bordure brune qui change suivant les différens aspects. Celles du haut du dos, les couvertures supérieures et les pennes des ailes sont bordées de noir à reflets violets. Tout le reste de l'oiseau est d'un noir profond, de sorte qu'à une certaine distance, il paraît tout entier de celte couleur.

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N.° CCLXIV.

L'ANNO-GUAZU.1

ANNO-GUAZU signifie grand anno, et on appèle ainsi l'oiseau de cet article, parce qu'il est plus grand que le précédent. Il en diffère en ce qu'il est beaucoup plus rare et plus farouche; car il se cache, fuit et se place avec tant de précaution; qu'il n'est pas aisé de le voir ni de le tirer, même quand on l'entend crier à quinze ou vingt pas. Je ne l'ai point vu au delà du 27e degré de latitude meridionale.

Les anno-guazus vivent en families de huit à dix, toujours dans les cantons converts de grands buissons, fourrés et bien feuillés; et comme ces halliers sont plus com-

1 L'ani des paletuviers, Buffon, Hist. nat. tom. XII, pag. 93. — Crotophagus major Brisson, ornith. tom. IV, pag. 180. — Crotophagus major Linn. syst. nat. gen. 49, sp. 3.— Latham, syst. ornith. gen. 11, sp. 2.
Les anis sont très-connus à Cayenne, à Saint-Domingue et dans d'autres colonies de l'Amérique; tout ce que Buffon en a dit est de la plus exacte vérité. Si les observations que M. d'Azara a faites au Paraguay, ne s'accordent point avec la relation de Buffon, il faut en conclure que ces oiseaux n'one pas les mème habitudes dans cette contrée, qu'à la Guiane et ailleurs. Cette conséquence me paraît plus naturelle, et sur-tout plus décente que les démentis formels adressés par M. d'Azara au chevalier Lefèvre-Deshayes, personnage estimable à tous égards, qui a fourni à Buffon des remarques fort intéressantes et fort justes au sujet des anis. Cependant le voyageur espagnol trouve la lettre de M. Deshayes trop longue, remplie de faussetés, de mensonges et devant étre rejetée. Avec un ton pareil de critique, l'Histoire naturelle ressemblerait bientòt à une arène de gladiateurs, pour ne rien dire de plus. (S.)

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muns aux environs des eaux, on pourrait penser que ces oiseaux recherchent leur voisinage; mais ce serait une erreur, car ils vivent dans les cantons les plus secs, pourvu qu'ils soient couverts. Leur cri est une espèce de murmure qui ne paraît pas être produit par un oiseau; ni par un seul; mais c'est comme si plusieurs s'appelaient et se répondaient d'un ton bas. L'on dit que leur nid est construit de même que celui de l'anno, et que toutes les femelles de la même bande pondent et couvent ensemble. Les œufs ont un tartre blanc qui s'enlève aisément avec un couteau, et laisse voir la couleur verte de la coquille; leur forme est un sphéroïde parfait, et leurs diamètres ont 20 et 15 lignes.

Formes. Les plumes de la tête et de la moitié du cou sont serrées, étroites, pointues et rudes. Le bec est un pen courbé, fort et finissant en pointe; l'arête de sa mandibule supérieure est d'une hauteur égale sur 9 lignes de sa longueur, depuis son insertion dans la tête; il s'abaisse ensuite tout à coup pour laisser aux huit dernières lignes, vers son bout, la même forme que dans le piririgua; on remarque quelques petites dents sur le bord de la pièce supérieure. L'œil est surmonté par la saillie de l'os de l'oi bite.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces; de la queue, 9 et demi; du vol, 14; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 22; du bec, 19 et demie. La penne extérieure de chaque côté de la queue est de 28 lignes plus courte que les 2 du milieu.

Couleurs. La tête et la moitié du cou sont noires; les plumes du reste du cou et du haut du dos, ainsi que les petites couvertures supérieures des ailes, sont d'un bleu noirâtre, avec une bordure à reflets dorés. Le dos, le crou-

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pion et le reste des ailes, sont d'un bleu très-foncé, et la queue est d'un violet noirâtre. Le dessous du corps est presque noir, mais les bords des plumes ont des reflets de vert doré. A quelque distance, l'oiseau paraît tout noir. L'iris a deux nuances de vert bien distinctes.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX COUCOUS.

J'APPÈLE ainsi une famille d'oiseaux qui me paraît appartenir à celle du coucou d'Espagne. Ils se tiennent dans les grands bois et les halliers, vont presque toujours par paires, volent bas et horizoutalement, et ne se posent point à terre. Je ne crois pas qu'ils aient d'autre nourriture que les insectes qui vivent sur les arbres. Quoiqu'ils restent assez, long-tems en repos, ils ne laissent pas que d'être vifs et alertes pour sauter d'une branche à l'autre, mais sans descendre sur les plus basses. Ils ont la tête un peu grosse, le cou un peu court, les pennes des ailes faibles, et la première très-courte; 12 pennes longues et inégales à la queue; les jambes et les pieds forts et vigoureux; deux doigts en arrière; le bec pointu; robuste et un peu courbé sur toute sa longueur; les ouvertures des narines parallèles aux bords du bec et près d'eux. Le chochi est très-farouche; et les plumes qui couvrent sa tête; son cou, son dos et son croupion, longuettes et terminées en pointe, ont leurs barbes unies et bien arrangées. Le naturel des autres espèces, au contraire, n'est point sauvage, et ils ont les plumes décomposées, très-douces, longues, un peu serrées, et dont les barbes se détachent facilement. Tous ont moins de chair que le volume de leur corps ne le fait croire.

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N.° CCLXV.

LE TINGAZU.1

CET oiseau est très-connu sous le nom de tingazu, bien que quelques Guaranis lui donnent celui de guirapayé, qui signifie oiseau sorcier. Je ne l'ai vu qu'au Paraguay, où il n'est pas commun. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle. Il se montre à la lisière des bois, mais jamais ou ne le rencontre dans les lieux découverts, ni sur la terre, ni sur la moitié inférieure des arbres; il saute avec agilité de branche en branche, et il y cherche les vers dont il se nourrit. Il vole de la même manière que les annis et les piririguas, et il se tient seul ou par paires. Sa ponte est; dit-on, de deux œufs. L'on

1 Je ne déciderai pas si le coucou cornu, ou l'atingacu du Brésil, de l'Histoire naturelle de Buffon (tom. XII, pag. 75. — Atingacu camucu, Marcgrave, Hist. nat. Bras.Cuculus cornutus Linn. et Lath.), est le mème que le coucou piaye, comme le pense, avec beaucoup de probabilité, M. d'Azara. Nous ne connaissons le premier que par une description imparfaite de Marcgrave, qui ne suffit pas pour établir un jugement certain à son sujet. Mais le tingazu me paraît, comme à M. d'Azara, de la même espèce que le coucou piaye, Buffon, tm. XII, pag. 81. — Cuculus Coyanus, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 122. — Cuculuc Cayanus Latham, syst. ornith. gen. 20, sp. 45. — Taparara par les Galibis, peuple de la Guiane. M. d'Azara ne veut pas que le mot piaye signifie à la Guiane, ministre du diable; cependant c'est un fait incontestable. Il n'est pas surprenant que le langage des Guianais ne ressemble pas à celui des Guaranis, puisqu'il diffère chez les diverses peuplades de la même contrée. L'auteur espagnol n'est pas mieux fondé à reprendre comme des erreurs quelques traits de l'histoire naturelle du coucou-pieye, qui sont exacts. (S.)

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prétend aussi que sa chair purge, et quelques-uns lui attribuent des effets magiques.

Formes. Tout le plumage, à l'exception des ailes et de la queue, est long, très-doux, décomposé et un peu renflé. 19 pennes aux ailes, les cinquième et sixième plus longues; 10 à la queue, concaves en dessous et étagées; l'extérieure est de 6 pouces trois quarts plus courte que les deux du milieu. Le bec, un peu plus large qu'épais, fort et légèrement courbé dans toute sa longueur, mais plus dans son dernier tiers.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces et demi; de la queue, 12 et demi; du vol, 17; de la jambe, 31 lignes; du tarse, 22; du bec, 13.

Couleurs. Toutes les parties supérieures et le cou sont de couleur de tabac d'Espagne, plus vive aux ailes, terminées de brun, plus sombre à la queue dont le bout est blanc, faible sur le devant du cou. La poitrine, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes, sont d'un plombé clair et les jambes d'un plombé foncé. Les plumes du ventre, aussi bien que les pennes des ailes et de la queue en dessous, ont une teinte de roux, avec leur extrémité brune. Le tarse est noirâtre et le bec d'un vert bleuâtre; l'iris, les paupières et un cercle nu autour des yeux sont d'un rouge de corail.

N.° CCLXVI.

LE CHOCHI.1

CET oiseau est généralement connu au Paraguay, sous le nom de chochi, qu'il s'est donné lui-même par son

1 Le coucou brun, varié de roux, Buffon, Hist. nat. tom, XII, pag. 77, et pl. enlum. n.° 812, sous la dénomination de coucou tacheé de Cayenne. — Coucou tacheté de Cayenne, Brisson, ornith. tom. IV, pag. 127. — Cuculus nœvius Linn. syst. nat. gen. 57, sp. 9. — Latham, syst. ornith. gen. 20, sp. 42, Buffon, ou plutôt Guenau de Montbeillard, car c'est ce dernier qui a écrit l'histoire naturelle des coucous, a rapporté à cette espèce comme simple variété, un oiseau que l'on nomme à Cayenne, oiseau des barrières, parce qu'on le voit souvent perché sur les palissades des plantations. J'ai fait connaître le premier en France, cet oiseau des barrières, qui est bien connu à Cayenne, et qui est devenu commun dans les cabinets d'Histoire naturelle. Cependant M. d'Azara élève des dontes sur l'existence de cet oiseau; ce qui prouve et le ton d'urbanité qui règne dans ses discussions, et le peu d'attention qu'il apporte dans sa critique, puisque Guenau de Montbeillard dit positivement que je lui ai donné cette variété; il serait difficile de donner ce qui n'existe pas. Au reste, je crois que l'oiseau des barrières, dont les habitudes diffèrent de celles du coucou brun, varié de roux, ou du chochi, est aussi d'une espèce distincte. (S.)

IV. a. 3

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cri, qu'à l'époque des amours il répète souvent dans la journée, et même pendant la nuit, d'un son de voix clair, sifflant, triste, et assez fort pour être entendu à un mille de distance. Le reste de l'année, il est presque silencieux, et je ne crois pas que la femelle ait un cri, car je n'ai jamais ouï qu'elle répondît à celui du mâle. Les chochis sont solitaires; ils changent peu de canton, et ils ne se rapprochent jamais l'un de l'autre de plus d'une demi-lieue. Ils sont farouches, et ils se cachent dans les endroits des bois et des halliers les plus touffus, de sorte qu'il est très-difficile de les tuer, même quand leur cri indique où ils sont. Lorsqu'ils sont perchés; ils tendent et relèvent le bec, la tête et le cou, et ils semblent être toujours en craintes et en inquiétudes.

Formes. La tête est surmontée par une huppe obtuse

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et longue de 9 lignes. Les plumes du cou, du haut du dos et du croupion sont alongées, celles qui couvrent l'oreille, longues et décomposées, celles du dos étroites, pointues et si longues qu'elles descendent jusqu'à 10 lignes du bout de la queue. 19 pennes aux ailes, les quatrième et cinquième plus longues. L'aile bâtarde, ou le fouet de l'aile, se dirige indiffèremment sur l'aile même ou en dehors. Des 10 de la queue, l'extérieure a 21 lignes, la suivante 12, et la troisième 4 de moins que les quatre intermédiares. Le doigt extérieur est fort peu uni à l'intérieur par une membrane. Le bec, presqu'aussi épais que large, est très-comprimé sur les côtés, courbé sur toute sa longueur, et garni de quelques poils au-dessus de l'angle de la bouche. De longs cils bordent la paupière supérieure.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces; de la queue, 5 trois quarts; du vol, 12 et demi; de la jambe, 20 lignes et demie; du tarse, 15; du bec, 8.

Couleurs. Les plumes de la huppe sont noirâtres au milieu et de couleur de tabac d'Espagne sur les bords. Celles du cou et du haut du dos, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, d'un brun foncé à leur centre, sont bordées d'un brun plus clair, et quelquefois roussâtre. Le dos et le croupion sont variés de couleur de paille et de noirâtre. Un trait blanc de plumes courtes forme un arc audessus des yeux. Les parties inférieures sont blanches, mais les couvertures de la queue sont teintées de roux, et les pennes des ailes sont traversées par trois bandes, dont la première est blanche, la deuxième noirâtre et la troisième brune; en dessus ces mêmes pennes sont brunes et finement bordées de blanchâtre. Le fouet de l'aile est noir; les deux pennes du milieu de la queue et les deux extérieures de chaque côté sont blanches à leur

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extrémité, et toutes sont d'un brun noirâtre et bordées à l'extérieur d'une teinte moins foncée; il y a encore une tâche noire et oblique sur le plan inférieur de la penne extérieure. Le tarse est d'un bleu argenté, l'iris couleur de bois de pin, le tour de l'œil d'un bleu mêlé de jaune, et le bec noirâtre à sa base, blanchâtre sur le reste.

N.° CCLXVII.

LE COUCOU PROPREMENT DIT.1

J'APPÈLE ainsi cet oiseau, parce qu'il répète coucou d'un ton bas, quatre à six fois de suite. Le mâle et la femelle se tiennent ensemble sur les orangers, les arbres et les arbustes des plantations, sans pénétrer dans les bois, ni se poser à terre. Ils se nourrissent des vers qu'ils trouvent sur les branches, et qu'ils attrapent avec la même facilité que le tingazu, auquel ils ressemblent encore par leur naturel peu farouche, leurs mouvemens, leur vol, la douceur de leur plumage et les formes; mais je ne les ai vus au Paraguay que pendant l'été. Leur nid ressemble, selon Noseda, à celui des pigeons, et la femelle y dépose trois œufs d'un blanc verdâtre. Ces oiseaux remuent continuellement la queue.

1 Le petit vieillard, Buffon, tom. XII, pag. 63. — Cuculus minor Linn. syst. nat. gen. 57, sp. 25.—Cuculus seniculus Latham, syst. ornith. gen. 20, sp. 38. Par les créoles de Cayenne, coucou des paletuviers, parce qu'il se plaît sur ces arbres, et qu'il y trouve plus abondamment qu'ailleurs les chenilles et les insectes dont il se nourrit. C'est à tort que Guenau de Montbeillard n'a fait de cet oiseau qu'une simple variété du vieillard, on oiseau de pluie (cuculus pluvialis Linn. et Latham); il forme une espèce distincte et séparée. (S.)

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Formes. La troisième des 18 pennes de l'aile est la plus longue. Des 10 de la queue, celles du milieu ont 2 lignes,, les quatrièmes 4, les troisièmes 8, et les secondes 14 de moins que celles qui les avoisinent. Le bec est très-comprimé, courbé depuis sa naissance et plus vers sa pointe. L'œil est grand et la paupière une.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces et demi; de la queue, 4 cinq sixièmes; du vol, 12 un quart; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 14; du bec, 10.

Couleurs. Les 4 pennes intermédiaires de la queue sont brunes et les autres noires; toutes sont terminées de blanc. Le dessus de la tête est noirâtre et le reste des parties supérieures brun; les inférieures sont d'un blanc roussâtre. Un trait d'une teinte un peu plus foncée que celle de la tête, commence à la narine, passe au-dessus de l'œil et couvre l'oreille. Le tarse est de couleur de plomb, le bec noir, l'œil grand et l'iris brun.

N.° CCLXVIII.

LE COUCOU CENDRÉ.1

EN allant, au mois d'octobre, au bourg de Sant-Ignacio, où mon ami Noseda est curé, je tuai avec lui quelques paires d'oiseaux de cette espèce, qu'il n'avait jamais, vue. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle. Leurs habitudes sont les mêmes que dans l'espèce précédente.

1 Je ne pense pas que ce soit une espèce distincte; ce coucou me paraît une variété du précédent ou du cendrillard (cuculus dominicus); l'on sait en effet que les teintes du plumage de ces deux espèces, et particulièrement de celle du cendrillard, sont sujettes à varier. (S.)

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Formes. 20 pennes à la queue, les troisième et quatrième plus longues que les autres; 10 également larges à la queue, l'extérieure a 3 lignes de moins. Le bec est aussi large qu'épais, un peu courbé dans toute sa longueur et comprimé sur les côtés. Le plumage est aussi doux que celui du tingazu.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de la queue, 3 cinq sixièmes; du vol, 12; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 12; du bec, 8 et demie.

Couleurs. Il a la gorge et le devant du cou d'un blanc plombé, qui s'éclaircit en avançant sous le corps, jusqu'à n'être plus qu'un blanc presque pur sous le ventre; le basventre, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes, d'un blanc légèrement teinté de roux; les côtés de la tête et toutes les parties supérieures d'un cendré brun; le bout de la queue blanc et au-dessus une bande noire; le tarse d'un brun verdâtre, enfin le bec noir.

N.° CCLXIX.

LE CHIRIRI.1

CE nom exprime le cri de ce coucou. Je ne l'ai jamais rencontré dans mes courses, mais je l'ai acheté assez souvent des naturels du Paraguay, toujours en été. Le mâle ne diffère point de la femelle, ni le jeune des adultes.

1 Je crois reconnaître cet oiseau dans le coucou pointillé de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIV, pag. 123. M. Latham l'a décrit le premier, sous la dénomination de punctated cuckow (concou pointillé), et comme venant de Cavenne (general synopsis of birds, tom. II, pag. 541, n.° 39), — Cuculus punctulatus Linn. syst. nat. gen. 37, sp. 30. — Latham, syst. ornith. gen. 20, sp. 43. (S.)

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Leur ponte, m'a-t-on dit, consiste en quatre œufs. J'ai élevé chez moi quelques jeunes prêts à voler, que je nourrissais à la brochette avec de la viande hachée, et lorsque je n'enfonçais pas assez avant les petits morceaux dans leur gosier, ils les rejetaient et me becquetaient les doigts, comme pour me punir de ma négligence. Jamais ils n'ont voulu de pain, et quoiqu'ils eussent faim, ils ne prenaient point la viande de ma main, même lorsqu'ils furent adultes; mais ils me la demandaient la bouche fort ouverte, et en prononçant sans cesse leur nom chiriri. Pour leur donner à manger, il fallait le faire d'un seul coup et avec promptitude; car si on leur laissait le tems, ils poussaient les morceaux avec la langue et les rejetaient. Ils n'aimaient point non plus le maïs ni les mouches. Ils prenaient beaucoup de plaisir à se baigner tous les jours; mais si je ne les plongeais pas moi-même dans l'eau, ils ne cherchaient pas à y entrer, et jamais ils ne buvaient. Ils étaient fort doux et gais; et si quelque oiseau entrait dans mon habitation, où les chiriris vivaient en toute liberté, ils allaient sur-le-champ vers lui, se blotissaient et montraient beaucoup d'envie de jouer; mais comme l'étranger ne répondait pas à leurs agaceries, ils le frappaient à coups de bec. Ils passaient la plus grande partie du jour entre deux livres inclinés, et ils y dormaient. Ils couraient en sautant sur les tables et les chaises, quelquefois à terre; ils se rendaient très-incommodes par leur cri, qu'ils ne cessaient de faire entendre, en renflant leur gosier. On les voyait souvent se tourner de côté et d'autre, et lorsqu'ils étaient effrayés, ils faisaient craqueter leur bec. Ces oiseaux, pour l'ordinaire, ont la queue un peu étalée, et la fausse aile, ou aile bâtarde, très-souvent poussée en avant; ils l'avancent vers la tête, jusqu'à lui faire presque

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toucher l'oreille, sans que pour cela l'on aperçoive de mouvement dans l'aile, ou dans quelque autre partie. Leur attitude ordinaire est de se tenir un peu courbé et le cou un peu retiré; les pennes de la queue tombent les premières dans la mue. Ils ne sont point laids, et peu d'oiseaux les égalent en vîtesse et en gaieté. L'on dit qu'ils na quittent jamais les cantons aquatiques.

Formes Sur la tête les plumes sont étroites et longuettes, et l'oiseau les relève et les abaisse sans cesse, de sorte qu'elles forment par intervalles une huppe assez longue. Les plumes du dos et du croupion sont étroites et longues. Des 20 pennes des ailes, la quatrième et la cinquième sont les plus longues; les 10 de la queue sont faibles et pointues; l'extérieure de chaque côté est de 24 lignes plus courte que les quatre du milieu, auxquelles les autres sont égales; une des couvertures latérales se prolonge jusqu'à 12 lignes du bout de la queue. Le bec est courbé sur toute sa longueur et très-comprimé sur ses côtés. De petits cils garnissent la paupière supérieure.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces un quart; de la queue, 4 et demi; du vol, 11 et demi; de la jambe, 19 lignes et demie; du tarse, 15; du bec, 6.

Couleurs. Un trait blanchâtre va de la narine à l'occiput, en passant au-dessus de l'œil; un autre s'étend parallèlement depuis l'œil à l'oreille, et il y en a deux autres au-dessus du second. La gorge et le devant du cou sont fauves; mais chaque plume a, vers sa pointe, une raie noirâtre. Le bas-ventre est roux et le reste du dessous du corps d'un brun blanchâtre. Les plumes du sommet de la tête sont noires, avec une jolie tache ronde et rousse à leur extrémité. Celles du derrière de la tête et du cou, aussi bien quo du haut du dos, sont d'un noirâtre plus foncé au

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milieu; le dos et le croupion sont rayés transversalement de noirâtre sur un fond roux. Une belle tache ronde et de couleur cannelle termine les plumes scapulaires, les couvertures supérieures et les pennes des ailes; une ligne noire la surmonte, et le reste de ces plumes est brun foncé. On remarque sous les ailes une large bande blanchâtre et parallèle aux couvertures. Le fouet de l'aile esl noir et tacheté de roux. Les trois pennes latérales et les deux du milieu de la queue sont tachetées irrégulièrement de roux et de noirâtre; cetie dernière couleur règne sur les autres pennes. Le tarse est d'un blanc mêlé de bleu, l'iris d'un vert faible et le bec noir, excepté sur ses bords et sur la moitié de sa pièce inférieure, lesquels sont blancs.

N.° CCLXX.

LE SURUCUA.1

C'EST le nom que les Guaranis donnent à cette espèce. Je ne l'ai vue qu'au Paraguay, et je la place dans cette

1 Le couroucou à ventre rouge, Buffon, tom. XI, pag. 400, et pl. enlum. n.° 452. — Cuiricui brasiliensibus Marcgrave. Hist. nat. Bras. pag. 211. — Trogon curuicui Linn. syst. nat. gen. 55, sp. 2.—Latham, syst. ornith. gen. 18, sp. 1.—A S.-Domingue, caleçon rouge, dame anglaise, demoiselle anglaise, pie de montagne. Le plumage de cet oiseau jeune diffère beaucoup de celui du plus avancé en âge, celui du mâle de celui de la famelle, enfin celui de l'oiseau en mue, de celui de l'oiseau dans l'état ordinaire; d'où il résulte des variétés qui se communiquent aux descriptions; de là les différences que M. d'Azara relève avec aigreur comme de véritables erreurs, entre son surucua et le couroucou à ventre rouge de Buffon; cependant la seule méprise dans laquelle le naturaliste français soit tombé, c'est d'avoir décrit un jeune mâle de cette espèce pour une femelle. M. le chevalier Lefebyre Deshayes, «excellent observateur, dit Buffon, qui nous a envoyé un dessin colorié de cet oiseau avec de bonnes observations», n'est qu'un imposteur, s'il faut en croire M. d'Azara. Néaumoins les notes de cet homme estimable sont conformes à celles que mon savant ami, M. Vieillot, a données sur le couroucou de cet article, dans sa belle Histoire des oiseaux de l'Amérique. (S.)

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famille à cause de ses rapports avec les coucous; cependant elle en diffère par le bec, les pieds, la queue, etc. Ses plumes sont longues, extrêmement décomposées et fort légèrement implantées dans les chairs; leur éclat et leur émail surpassent ceux du plumage des fameux oiseaux-mouches.

Les surucuas ne sont pas communs, et ils ne quittent pas les plus grands bois; ils se tiennent communément à la hauteur moyenne des arbres, sans descendre sur les branches basses, ni à terre. Ils restent assez long-tems tranquilles à guetter les insectes qui passent à leur portée, et qu'ils saisissent avec adresse. On ne les voit jamais ni en families, ni en troupes, et ils se tiennent seuls ou par paires. Leur vol, qui est rapide et par ondulations verticales, ne se prolonge pas. Ces oiseaux sont si peu farouches, qu'on peut les approcher tant que l'on veut; j'en ai vu tuer un avec un bâton. Ils ne voyagent point; ils ne se font guère entendre que dans la saison des amours, et leur cri ne consiste que dans la répétition fréquente des syllabes pio, d'un son de voix fort, sonore et mélancolique; le mâle et la femelle se répondent1. Ils pratiquent leur nid sur les arbres, en creusant par le bas les nids de fourmis, jusqu'à ce qu'ils aient fait une cavité assez grande, dans laquelle la femelle dépose, au mois de sep-

1 On peut comparer ce cri triste et plaintif au vagissement d'un enfant abandonné. (S.)

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tembre, deux œufs selon les uns, et quatre selon d'autres.1 J'ai vu le mâle accroché à un arbre comme les charpentiers, occupé à creuser le nid avec son bec, tandis que la femelle restait tranquille sur un arbre voisin; les yeux tournés vers le mâle et paraissant l'encourager.

Ces fourmilières forment sur les arbres des bosses de deux ou de plusieurs pieds de diamètre, dont l'intérieur est partagé en tout sens par de larges galeries. Les fourmis qui les construisent portent le nom de cupiy.

Formes. 19 pennes aux ailes; la première plus courte, les troisième, quatrième et cinquième plus longues; toutes concaves, et leurs barbes extérieures très-étroites dans la partie latérale de l'aile; 12 pennes à la queue; la première a 24 lignes de moins que les deux du milieu, la deuxième en a 15 de plus que la première, et la troisième 5 de moins que les autres. La queue entière forme un carré long, ses couvertures supérieures sont assez longues, et les plus grosses et les plus nombreuses que j'aie vues. Le tarse est couvert de plumes presque jusqu'à sa moitié. Les deux doigts de devant sont joints dans la moitié de leur longueur. Le bec est un peu courbé, et ses bords sont dentelés comme une scie. Des poils très-longs, roides et noirs, garnissent l'angle de la bouche, les ouvertures des narines et la paupière supérieure. L'œil est grand.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces un quart; de la queue, 5 deux tiers; du vol, 14 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 8; du bec, 8, épais de 5 lignes, large de 7. Largeur de la queue, 2 pouces.

Couleurs. Toute la tête et le cou sont d'un noir changeant en bleu et en violet; la poitrine et le ventre de

1 Tous ont raison: la ponte est de deux à quatre œufs blancs, et de la grosseur des œufs de pigeon. (S.)

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couleur écarlate; les côtés du corps etles couvertures inférieures des ailes, d'une teinte plombée; les supérieures et le dos, d'un très-beau vert quand on les regarde tournés vers le jour, et de couleur d'or quand on les voit opposés à la lumiére. De même, le croupion est d'un bleu éclatant en conjonction, et doré en opposition. Un assemblage de jolies piquetures, blanches et noires, couvre les grandes couvertures supérieures des ailes; leurs pennes sont noirâtres, avec une bordure blanche à celles des parties extérieures; mais en dessous elles ont une grande bande blanche près de leur naissance. Les deux pennes du milieu de la queue sont bleues et terminées de noir; les deux suivantes n'ont de bleu qu'à leur côté le plus étroit; les quatrième et cinquième ont une tache blanche à leur bout, et la première a la moitié de son côté extérieur également blanche; tout le reste de la queue est noir. Le tarse est noirâtre et comme saupoudré de blanc, le bec blanchâtre, l'iris d'un roux très-foncé et le bord de la paupière du plus bel orangé.

La femelle à toute la tête, le cou, le dos, le croupion, les petites couvertures supérieures des ailes, d'un noirâtre plombé; la poitrine cendrée; le ventre écarlate; les grandes couvertures supérieures, et un peu des barbes supérieures des parties intérieures de l'aile, très-agréablement rayées en travers de blanc sur un fond noir; la queue noirâtre et terminée de noir, à l'exception des trois, pennes latérales, dont la pointe, ainsi que presque tout le côté intérieur, sont blancs; les pennes noires eth paupière blanche.

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DES PERROQUETS EN GÉNÉRAL.

Je vais traiter des perroquets en général, sans distinction de families. Leurs espèces sont assez communes dans ces pays; et comme la plupart sont nombreuses en individus, on pourrait soupçonner qu'elles produisent plusieurs fois l'année. Cependant je ne puis l'assurer; et je crois plutôt, comme c'est l'opinion générale, qu'elles ne font qu'une ponte par an, et que le grand nombre des individus provient de ce qu'on leur fait peu la guerre, et qu'ils vivent long-tems. Un guacamayo rouge1 a vécu quarante quatre ans dans une maison du Paraguay. On assure que toutes les espèces pondent dans des trous d'arbres, sans y arranger aucune matière, à l'exception de la jeune veuve, n.° CCLXXXII, qui construit son nid avec une quantité extraordinaire de petites branches. Cette espèce, et le nendey, sont les seules que j'aie vu boire dans l'état de liberté; les autres ne boivent qu'en domesticité. J'ai mangé de presque toutes, et je les ai trouvées fort bonnes, surtout les jeunes individus; les vieux ont communément la chair coriace. Les naturels du Paraguay mangent aussi les guacamayos, mais ils conviennent que ces oiseaux sont fort durs. Toutes les espèces s'apprivoisent plus ou moins, même quand les individus sont pris adultes; mais les Indiens se soucient peu de les élever, et encore moins de

1 C'est l'ara rouge. On a des preuves que des perroquets ont vécu jusqu'a près de cent aus. (S.)

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leur apprendre à parler; ils les laissent ordinairement en toute liberté dans les carbets, et ils se contentent de leur couper les ailes, afin qu'ils ne s'échappent pas. Ces oiseaux en domesticité vivent de tout, quoiqu'en l'état de liberté ils se nourrissent seulement de graines, de fruits et des bourgeons des arbres. Ils sont sédentaires et aiment la compagnie de leurs semblables.

La forme du bec des perroquets est bien connue; et comme ses deux pièces sont mobiles, ils perdent de leurs alimens autant qu'ils en mangent. Leur langue est grosse, arrondie et revêtue d'une peau dure. Ils ont les jambes courtes, le tarse peu long, robuste, arrondi et couvert de petites écailles; deux doigts devant et deux derrière. Ils lie sautent point, et ils marchent avec lenteur et balancement; ils portent leurs talons en dehors. Ils se servent souvent de leur bec pour monter et descendre, et de leurs pieds pour tenir les alimens et les porter à leur bec. Dans le vol, leurs ailes ne sont pas bien étendues, et ils les battent fréquemment, mais, à ce qui m'a paru, non pas toutes deux à la fois, seulement l'une après l'autre, comme par un mouvement tremblotant. Dans les plus petites esèces, le vol est très-rapide, et, dans les grandes, il est assez vif. Soit qu'ils volent, soit qu'ils demeurent en repos, ils sont si criards, qu'ils deviennent inconunodes, particulièrement au coucher du soleil, lorsqu'ils se disposent à dormir; ils passent constamment les nuits dans les bois des îles formées par les fleuvcs et les rivières, ou dans d'autres lieux bien fourrés et presque toujours d'un accès difficile. Avant le lever du soleil, ils recommencent leurs insupportables criailleries, ensuite chaque troupe so dirige vers les cantons où elles ont coutume de passer la journée.

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Les perroquets réunis en troupes sont plus farouches, parce qu'il y en a toujours un qui fait sentinelle, et qui avertit ses compagnons du danger. Lorsqu'ils dirigent leur vol vers un canton planté d'orangers ou ensemencé, d'où on a coutume de les éloigner, ils arrivent sans jeter aucun cri, et ils gardent le même silence en mangeant. Mais, pour l'ordinaire, ils ne sont pas défians; et les naturels de ces contrées les prennent d'une manière, qui peut-être paraîtra peu croyable. Ils attachent un ou deux morceaux de bois a un arbre dont les fruits plaisent aux perroquets; ils mettent un bâton ou deux en travers, depuis ces bois jusqu'à l'arbre, et ils forment, avec des feuilles de palmier, une cabane assez, grande pour qu'un chasseur puisse s'y cacher. Celui-ci a un perroquet privé qui, par ses cris, appèle ceux des forêts, qui ne manquent pas d'arriver à la voix du prisonnier. Alors le chasseur, sans perdre de tems, leur passe au cou un nœud coulant attaché au bout d'une longue baguette, qu'il fait mouvoir depuis sa cabane; et s'il a quatre ou six de ces baguettes, il prend autant de perroquets, parce qu'il ne les retire pas sans que chacune d'elles n'ait saisi un oiseau, et que ces oiseaux ne cherchent pas à s'échapper avant d'être serrés par le lacet. Les mêmes Indiens font aussi la chasse aux perroquets avec des flèches; et lorsqu'ils veulent les avoir vivans, ils mettent à la pointe de leurs flèches un bouton, afin de les étourdir sans les tuer.

Si je n'examinais que les formes, je ne ferais que deux familles de mes perroquets; l'une, qui comprendrait eeux dont la queue est longue, pointue et en étages très-sensibles, mais égaux; et l'autre, qui serait formée des espèces à queue carrée et égale, et d'une largeur régulière. Cependant, je subdiviserais la première famille, cu

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séparant les trois espèces qui portent le nom de guacamayos, et me déterminant par la grandeur et par les habitudes naturelles; d'où il résulterait trois familles.

Buffon pensait que l'on ne trouve point de perroquets au delà du 25e degré; mais il a été mal informé; car la plupart des espèces que je décris dépassent cette latitude, et quelques-unes vont plus loin, vers le sud, que le 36e degré. Cet auteur rapporte ensuite, d'après Dutertre et Labat, que la chair des perroquets contracte l'odeur et la couleur des fruits et des graines dont ils se nourrissent, et que la graine de coton les enivre au point qu'on peut les prendre avec la main; mais tout cela est faux.1

1 Quoique de pareils effets ne soient point extraordinaires dans l'économie animale, je dois faire observer que Buffon ne présente point ceux-ci comme des faits positifs; il se contente de les rapporter avec cette formule qui annonce le doute: Quelques auteurs ont prétendu, etc. Je passe d'autres critiques qui ne sont guère mieux fondées. (S.)

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX GUACAMAYOS.

GUACAMAYOS est le nom que les Espagnols donnent à ces oiseaux; les Guaranis les appèlent guaha et araraca. Toutes ces dénominations proviennent de leur cri aigre, fort, incommode et désagréable. On les apprivoise facilement, même lorsqu'on les à pris adultes; mais on en fait peu de cas, parce qu'ils n'apprennent point à parler, qu'ils crient d'une manière insupportable, qu'ils cassent les bâtons des chaises et arrachent les clous des meubles avec leur bec très-robuste. Ils ont les ailes fortes, roides et assez pointues; la queue composée de 12 pennes trèsdroites; démesurément longues, également étagées, et dont la largeur diminue par gradations, jusqu'à se terminer en pointe aiguë. Ce sont les plus grands de tons les perroquets et ceux qui ont le dos plus large. Je n'en ai jamais vu que six à huit ensemble; ils vont communément par paires. Ils s'agitent et crient quand ils aperçoivent quelqu'un. Ils ne vont jamais à terre; Noseda en rencontra un, et il le prit, parce qu'il ne put s'enlever; en effet, ses ailes excessivement longues et ses jambes très-courtes durent l'en empêcher; c'est pour cela que, pour prendre leur volée, les guacamayos s'élancent de dessus les arbres, et qu'ils ne sautent point comme la plupart des oiseaux. Ils ne s'abattent point dans les plantations d'orangers, de goïaviers, etc. et ils ne se nourrissent que des fruits des palmiers et des autres arbres des forêts dans lesquelles ils

IV. a 4

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font leur demeure habituelle; ils se tiennent plus volontiers près des bords. Ils se perchent sur le quart le plus élevé des arbres les plus hauts, et néanmoins ils se montrent rarement à leur cime. Leur vol est horizontal, médiocrement élevé. Buffon les a fait connaître sous le nom d'aras.

N.° CCLXXI.

LE GUACAMAYO ROUGE.1

IL n'est point commun, et je ne crois pas qu'il passe le 28e degré de latitude australe. Sa ponte est de deux œufs d'un blanc luisant, plus pointus à un bout qu'à l'autre, et dont les diamètres sont de 24 et de 16 lignes. Les petits, qui ressemblent d'abord aux adultes, ne crient point pour exprimer le besoin, et ils prennent leur nourriture en frappant de leur bec le tronc des arbres. Les père et mère re perdent pas de vue leur nid, et ils montrent beaucoup d'inquiétude lorsque quelqu'un en approche; ils couvent et ils donnent tour à tour à manger à leurs petits. Il n'y a pas de différence entre le mâle et la femelle; et le fait suivant prouve combien ils s'affectionnent l'un et l'autre. Au mois d'Avril 1788, Manuel Palomares alia chasser à une lieue de distance de la ville; il tua un guacamayo, qu'il attacha sur la croupe de son cheval. Un

1 L'ara rouge, Buffon, tom. II, pag. 250. — Psittacus macao Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 1. — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 1. Il n'est pas étonnant que M. d'Azara ait remarqué des différences entre sa description et celle de Buffon. Il y a long-tems que l'on a observé que les guacamayos ou aras rouges diffèrent entroux, non-seulement dans la distribution des couleurs, mais encore en grandeur. (S.)

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autre oiseau de la même espèce suivit Palomares jusqu'à sa maison, située au centre de l capitale du Paraguay, et arrivé dans la cour, il se jeta sur l'oiseau mort. (.n le vit le lendemain et plusieurs jours de suite sur le mur; enfin les domestiques le trouvèrent à terre, à côté de son compagnon; il se laissa prendre, et il resta privé dans la maison. Dans une autre maison de la ville, on nourrissait un guacamayo qui avait quarante-quatre ans, et qui ne pouvait plus manger sur la fin que du maïs bouilli. M'étant arrivé de tuer un de ces oiseaux, et de le poser le ventre en l'air, je lui donnai des coups sur la poitrine, avec la main, et je remarquai qu'il rendait les mêmes cris que s'il eût été vivant.

Formes. 23 pennes aux ailes, la deuxième, la troisième et la quatrième presque égales. La queue en a 12 pointues et également étagées; l'extérieure a 13 pouces et demi de moins que les deux intermédiaires. De petites écailles noires couvrent le tarse. En dedans de la mandibule supérieure du bec, il y a une proéminence contre laquelle l'oiseau appuie les noyaux durs de quelques fruits, pour les briser en les pressant avec le bout de la mandibule inférieure. Le bec, à sa naissance, est entouré d'une membrane blanchâtre, large d'une ligne à la base de la pièce supérieure, et qui, passant au-dessus de l'œil, occupe les côtés de la tête, dénués de plumes et sillonnés par quelques rides, avec des lignes de petites plumes rouges.

Dimensions. Longueur totale, 33 pouces et demi; de la queue, 19 et demi; du vol, 45; de la jambe, 48 lignes; du tarse, 20; du bec, 36.

Couleurs. Le dessus et les côtés du corps, les couvertures supérieures et inférieures des ailes, toute la tête et le cou, sont d'un rouge très-vif; à l'exception des devu rangs

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des couvertures du dessus de l'aile, les plus proches des grandes, lesquelles sont verles, et des grandes qui sont bleues, de même que la barbe supérieure des pennes dont le dessous est d'un rouge foncé, ainsi que les grandes couvertures inférieures des ailes et le dessous de la queue; elle est bleue de ciel en dessus; mais les deux premiers tiers des deux pennes du milieu et la moitié de la penne suivante sont d'un rouge de sang. Un beau bleu de ciel colore le dos, le croupion et le bas-ventre. Le bec est blanchâtre en dessus; il est noir à sa pointe, à l'angle de la bouche et à sa piece inférieure; la langue est noire. L'iris est couleur de paille.

N.° CCLXII.

LE CANINDÉ.1

LES Guaranis, des cantons où se trouve ce guacamayo l'appèlent canindé. Il ne passe pas les 24 degrés et demi, et on ne le voit pas à cinquante lieues aux environs de la capitale du Paraguay, où l'espèce précédente est assez commune. Il a les mêmes formes et les mêmes habitudes; mais, comme il est plus petit, il n'a pas autant de force dans le bec. On ne remarque pas de différence entre le mâle et la femelle.

Dimensions. Longueur totale, 26 pouces et demi; de la queue, 14 et demi; de la jambe, 44 lignes; du tarse, 18.

1 L'ara bleu, Buffon, Hist. nat. tom. II, pag. 167, et pl. enl. n.° 36, sous la dénomination d'ara bleu et jaune du Brésil.Psittacus ararauna Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 3 — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 4. Les couleurs du plumage et la taille varient dans cette espèce; comme dans la précédente; (S.)

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Couleurs. Un large demi-collier bleu turquin occupe le haut de la partie antérieure du cou. Le reste du devant du cou, le dessous et les côtés du corps, aussi bien que les couvertures inférieures des ailes, sont de la plus belle couleur d'or; les ailes et la queue en dessous sont d'un jaune mat. Le dessus de la tête est vert, et le bas-ventre, de même que le reste du plumage, est d'un très-beau bleu de ciel. Le bec est noir; la membrane de sa base, qui s'étend derrière les yeux, beaucoup plus que dans l'espèce précédente et sur les côtés et le dessous de la tête, a une teinte de couleur de rose mêlée de blanc. Près de l'angle de la bouche commencent trois raies horizontales de plumes noires, et d'autres verticales sur tout l'espace dénué de plumes. L'iris est d'un vert céladon.

N.° CCLXXIII.

LE GUACAMAYO BLEU.1

J'AI rencontré plusieurs paires de cette espèce entre le 27e et le 29e degrés de latitude, et jamais plus au nord; mais on m'assure que ces oiseaux se trouvent jusqu'aux 33 degrés et demi, et qu'ils nichent, non-seulement dans les trous d'arbres, mais aussi, et même plus souvent, dans ceux qu'ils creusent sur les bords perpendiculaires des rivières de Parana et d'Uruguay. Ils ont les formes, les habitudes, le cri et, à très-peu près, les mêmes formes que les précédens.

1 Il ne faut pas confondre cette espèce avec l'ara bleu. C'est peut-être l'ara indiqué par Latham, sous la dénomination de perroquet couleur d'hyacinthe (psittacus hyacinthinus Lath. syst. ornith. gen. 5, sp. 5. Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXIII, pag. 295. (S.)

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Formes. 22 pennes aux ailes, les deuxième et troisième sont les plus grandes. La membrane da bec couleur de paille, et large de deux lignes à la base de la mandibule supérieure, diminue de largeur jusqu'à l'angle de la bouche, d'où s'étend une seconde membrane étroite, d'un blanc jaunâtre, qui embrasse la mandibule inférieure et s'élargit près de l'œil; une autre peau nue, jaune et séparée de la première, entoure l'œil, et c'est une des différences qui séparent cet oiseau des autres guacamayos, de même que la largeur du bout du demi-bec inférieur.

Dimensions. Longueur totale, 26 pouces; de la queue, 13 et demi; du vol, 39; de la jambe, 42 lignes; du tarse, 20; du bec, 30. La femelle est un peu plus petite.

Couleurs. Un bleu faible colore la tête, et un bleu de ciel est répandu sur toutes les autres parties; mais, en opposition à la lumière, ce bleu se change en vert de mer; en dessous, les ailes et la queue sont de couleur d'acier bruni. Le bec et le tarse sont uoirs, aussi bien que la langue, dont les bords sont d'un jaune paille. Le bord de la paupière a la nuance de la fleur du romarin.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX MARACANAS.

L'ON donne le nom de maracanas aux deux premières espèces de cette famille de perroquets, et je l'applique à toutes. Si on faisait attention à la conformation du bec, des pieds, des ailes et de la queue de ces oiseaux, on ne serait pas fondé à les séparer des guacamayos. Mais j'ai jugé cette division nécessaire, parce que les maracanas sont beaucoup plus petits, plus communs et plus sociables; que la plupart apprennent à parler; qu'ils ont les ailes plus longues à proportion, le vol plus rapide, et la queue plus courte, quoique de la même forme, qu'enfin ils ne se nourrissent que de fruits et de graines.

N.° CCLXXIV.

LE MARACANA FARDÉ.1

ON le distingue ordinairement par la seule dénomination de maracana, et j'y ajoute l'épithète de fardé, à

1 Cette espèce est l'ara militaire (voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXIII, pag. 309, en note). Psittacus militaris Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 2. — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 3. — Hist. nat des Perroquets, par Levaillant, pl. 5. M. d'Azara emploie plusieurs pages pour s'efforcer de prouver, 1.° que son maracana fardé est l'ara vert de Buffon; 2.° que Buffon a mal à propos séparé, comme espèces distinctes, l'ara vert et la perriche-ara. Et pour établir ces deux points, il use de ses moyens ordinaires, c'est-à-dire, qu'il relève comme des erreurs tout ce qui, dans la description donnée par Buffon, ne s'accorde pas avec ce qu'il a vu. La vérité est que l'ara vert (psittacus severus) et la perriche-ara (psittacus maka-vouanna) forment des espèces séparées, et que l'ara militaire, dont Buffon n'a pas eu connaissance, est le même oiseau que le maracana fardé. (S.)

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cause de la peau nue des côtés de sa tête. Il n'est pas commun, et il vit en petites troupes au Paraguay et jusqu'à la rivière de la Plata. Il se perche sur les grands arbres et sur les petits buissons. Son cri ne diffère pas beaucoup de celui des guacamayos; mais il est plus fort, et il a quelque rapport avec le nom de l'oiseau.

Les maracanas ressemblent encore aux deux premières espèces de guacamayos, par la peau nue de leurs joues. J'en ai vu quelques-uns élevés en domesticité, qui etaient si privés et si caressans, qu'aucun perroquet ne pouvait leur être comparé; mais je ne les ai point entendu parler; peut-être ne le leur avait-on pas appris.

Formes. Des 20 pennes de l'aile, la troisième est la plus longue; 12 à la queue, comme dans les guacamayos, l'extérieure est plus courte de 26 lignes. Le tarse a de petites écailles couleur de paille.

Dimensions. Longueur totale, 17pouces; de la queue, 8 un sixième; du vol, 24 un sixième; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 13; du bec, 15. Il y a quelques individus plus petits; je crois que ce sont les femelles.

Couleurs. La membrane du bec d'un jaune de paille, et large de 1 ligne à la base de la mandibule supérieure, communique en s'élargissant, par l'angle de la bouche, à la peau nue du tour de l'œil, où elle prend une belle couleur jaune, avec quelques petits poils noirs entre les narines et les angles de la bouche. Il y a trois taches rouges;

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la première sur le front entre les deux narines; elle s'étend de 6 lignes sur la tête; la deuxième sur le dos, où les plumes sont vertes et bordées de rouge; mais lorsque les ailes sont bien pliées, elles couvrent cette seconde tache; la troisième, dont la teinte n'est pas si vive, entre les jambes. Le reste du dessus et des côtés de la tête est d'un bleu noirâtre. Les couvertures supérieures et les pennes des parties extérieures de l'aile, et presque la dernière moitié de la queue sont bleues; l'autre moitié de la queue est d'un vert rougeâtre. En dessous, les pennes des ailes et de la queue ont leur extrémité brune, et le reste d'une faible couleur d'or. Un vert foncé, plus clair sur les parties inférieures; couvre tout le reste du plumage. L'iris est orangé.

N.° CCLXXV.

LE MARACANA VERT.1

Je ne l'ai pas vu plus au midi que le 25e degré; mais il est extremêment commun plus au nord. Je l'ai toujours rencontré en bandes très-nombreuses, qui me fatiguaient beaucoup par leurs cris aigus et perçans. Ce sont des oiseaux sédentaires, qui font leur demeure habituelle dans les bois et les plantations.

L'on me donna un maracana de cette espèce, qui

1 La perriche-pavouane, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 357. — Psittaca Guianensis Brisson, ornith. tom. IV, pag. 331. — Psittacus Guianensis Linn. sys. nat. gen. 45, sp. 70. — Lath. syst. ornith. gen. 5, sp. 41. — Perriche-ara pavouane, Levaillant, Hist. nat. des perroquets, pag. 35, et planches 14 et 15. Cette espèce est fort commune à la Guiane, où elle fait de grands dégats dans les plantations de café. (S.)

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parlait très-distinctement; mais il ne se laissait pas toucher, ni gratter, ni caresser. Il était libre dans ma maison, où se trouvait également une veuve n.° CCLXXXII; celle-ci le provoquait, suivant son habitude, par des caresses et toutes sortes de coquetteries; elle le rendit amoureux au point d'en devenir fou, sans que la veuve, franche coquette, consentît à répondre à ses pressans désirs. Enfin ce pauvre oiseau raourut consumé d'un amour non satisfait.

Formes. Des 22 pennes des ailes la deuxième est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, et l'extérieure est de 36 lignes plus courte. Le tour de l'œil est nu.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces trois quarts; de la queue, 6; du vol, 19 et demi; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 10; du bec, 11.

Couleurs. Tout le plumage est d'un vert foncé, à l'exception de quelques plumes d'un rouge d'écarlate, rangées sans ordre sur les côtés du cou et du croupion, sur les épaules et le ventre. Il y a aussi du rouge sur le pli de l'aile, et le dessous des ailes et de la queue a une couleur jaune. Le tarse est d'un brun noirâtre, le bec olivâtre, avec du bruu foncé à sa pointe, l'iris couleur de feu et la paupière blanchâtre, ainsi que le contour de l'œil.

J'ai vu des individus qui n'avaient point de plumes rouges et dont le tour de l'œil était noirâtre; d'autres dont les plumes du pli de l'aile étaient vertes et les couvertures moyennes du dessous de l'œil, d'un rouge d'écarlatel d'autres enfin qui avaient les grandes couvertures inférieures de la partie externe de l'aile, d'un jaune pur, les tiges des pennes, bleues en dessus, le tour de l'œil couleur de rose faible et tout le reste vert. Je ne doute pas que le rouge ne se prenne et n'augmente avec l'âge, que les femelles n'en aient moius que les mâles, et que les indivi-

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dus dont je viens de parler ne soient des femelles ou des jeunes.1

N.° CCLXXVI.

LE MARACANA

A TÊTE ET PLI DE L'AILE ROUGES.2

J'AI observé un oiseau privé de cette espèce vers le 30e degré et demi de latitude sur les frontières du Brésil. Peu de tems après j'en vis deux semblables, et depuis quelques autres paires, que je pris pour des maracanas verts, dont ils ont les formes et les dimensions. Cependant je me suis déterminé à les considérer comme d'une espèce diffèrente du maracana vert, non-seulement à cause de quelques dissemblances dans les couleurs, mais encore parce que le maracana privé, dont je viens de parler, était très-familier et silencieux. C'est cet individu qui a servi de sujet à ma description; mais sa queue était arrachée, et on lui avait coupé les premières pennes de l'aile. Il a un enfoncement à la base du bec.

Dimensions. Longueur, jusqu'à la queue, 6 pouces et demi; de la jambe, 24 lignes; du tarse et du bec, 11.

Couleurs. Il a le front jusqu'à la moitié de la tête, le bord de l'aile, le fouet de l'aile et les couvertures supérieures d'un rouge vif; une tache de la même couleur sur les épaules et une jarretière d'un rouge teinté d'orangé à l'articulation

1 Les taches rouges des côtés du cou sont l'attribute de l'oiseau adulte; les jeunes n'en ont point, et elles ne commencement à paraitre qu'à l'âge de deux ou trois ans. (S.)

2 Ce n'est, à mon sens, qu'une variété de l'espèce du maracana vert, dont les couleurs changent par l'effet de l'âge ou du sexe. (S.)

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du tarse; le reste du corps et des couvertures supérieures des ailes, aussi bien que les inférieures, d'un vert mêlé d'un peu de noirâtre; les pennes mi-parties de vert et de violet en dessus et d'un vert de mer en dessous; le ventre jaune; le tarse gris de perle; l'iris d'un jaune pur, enfin le tour de l'œil d'un blanc bleuâtre.

N.° CCLXXVII.

LE PATAGON.1

JE ne l'ai jamais vu au Paraguay; mais je l'ai observé quatre fois différentes à Buenos-Ayres. On m'a assuré qu'il se trouve depuis le parallèle de 32 degrés, jusqu'à la côté des Patagons. Il se nourrit de graines de chardon, de maïs, etc. Il vit en familles, et il niche et passe la nuit dans des trous qu'il pratique à la partie antérieure des fours à briques abandonnés.

Formes. La troisième des 21 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées comme celles des guacamayos. La membrane du bec est très-étroite, et elle ne communique pas à l'œil, qui n'a qu'un très-petit espace nu dans son contour.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces un quart; de la queue, 8 trois quarts; du vol, 26 trois quarts; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 13; du bec, 12.

Couleurs. Une teinte jaune un peu verdâtre couvre le dos, le croupion, l'estomac, le ventre et les jambes; mais une grande tache rouge occupe le milieu du ventre, et une légère teinte de la même couleur se remarque sur les plumes des jambes. Les pennes des ailes sont d'un bleu

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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foncé, de même que les couvertures supérieures de la partie externe; les autres sont d'un jaune verdâtre, ainsi que les couvertures inférieures, à l'exception des grandes, qui sont d'un noirâtre brillant, comme le dessous des pennes des ailes et de la queue. En dessus la queue est d'un vert foncé, et bleue vers sa pointe. Le front est d'un violet obscur; le dessus et les côtés de la tête sont d'un vert brun, le dessus du cou et les plumes scapulaires d'un brun verdâtre, le devant du cou et le haut de la poitrine bruns. Le tarse est olivâtre, le bec noirâtre et le tour de l'œil blanchâtre.

Les individus que je regarde comme des femelles, ne diffèrent qu'en ce que leur queue est un peu moins longue.

N.° CCLXXVIII.

LE MARACANA A TÊTE BLEUE.1

L'INDIVIDU que je décris est le seul que j'aie vu; il avait été pris sous le 24e degré de latitude.

Formes. Tête un peu aplatie en dessus. Peau nue du tour de l'œil ne communiquant pas avec la membrane du bec. 12 pennes pointues et également étagées à la queue; l'extérieure de 33 lignes plus courte que les deux du milieu.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces un quart; de la queue, 5 trois quarts; du bec, 12 lignes.

Couleurs. Tout le plumage est d'un vert plus clair en dessous qu'en dessus, à l'exception du haut de la tête, qui est d'un bleu faible, et des pennes de la queue, les deux intermédiaires exceptées, dont le côté intérieur et l'extré-

Espèce nouvelle. (S.)

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mité sont incarnats. Le tarse est olivâtre, le bec pâle avec sa pointe noirâtre, la langue noire; l'iris rouge et le tour de l'œil presque blanc.

N.° CCLXXIX.

LE NENDAY.1

CETTE espèce est très-connue sous le nom de nenday, et l'une des plus communes; je ne crois pas qu'elle dépasse le 28e degré. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle, ni entre le jeune et l'adulte. Ces oiseaux nichent dans des trous d'arbres; ils causent d'assez grands dom, ages dans les champs de grains et de maïs; ils se rassemblent en troupes très-nombreuses; et tandis qu'ils sont à terre, occupés à manger et boire, l'un d'eux reste en sentinelle pour veiller à leur sûreté et les avertir du danger. Leurs cris aigus, perçans et continuels, les rendent fort incommodes. Ils se tiennent ordinairement dans les plantations et à la lisière des bois.

Formes. 22 pennes aux ailes, la deuxième plus longue; la queue comme dans les espèces précédentes.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces un tiers; de la queue, 6 un tiers; du vol, 20 et demi; de la jambe, 11 et demie; du tarse, 9; du bec, 10.

1 Cette espèce est nouvelle, et M. d'Azara se trompe en la donnant comme la même que celle du caïca (Buffon, tom. XI, pag. 354. — Psittacus caïca Latham). Il est vrai que, pour rendre ce rapprochement plus plausible, cet auteur donne à entendre que le caï décrit par Buffon est un nenday, auquel on a peint le cou et coupe la moitié de la queue. Avec de pareilles suppositions, il n'est point d'oiseaux que l'on ne puisse comparer et réunir dans une même espèce. (S.)

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Couleurs. Toute la tête est d'un noir qui se change sur la suture coronale en rouge noirâtre. La queue, noirâtre en dessous, est en dessus mi-partie de vert jaunâtre et de bleu. Les pennes de l'aile ont leur extrémité noirâtre, et leurs barbes supérieures d'un vert qui se change en bleu vers leur bout et sur leurs couvertures supérieures de la partie externe; en dessous les ailes sont d'un brun luisant, à l'exception des moyennes et des petites couvertures qui sont d'un vert jaunâtre comme tout le corps. Le devant du cou est d'un bleu faible et les plumes du bas de la jambe sont teintes en écarlate. Le tarse est olivâtre, et le bec, le tour de l'œil et l'iris sont noirs. Au bourg d'Yaguaron du Paraguay, on vit, en 1787, dans une bande de nendays, deux individus, dont un fut pris vivant et présenté au gouverneur don Pedro-Melo de Portugal, qui l'emporta en Espagne. J'ai examiné cet oiseau, et j'ai reconnu qu'il avait l'écarlate aux jambes, ainsi que toutes les formes, les dimensions et le cri du nenday; il en différait par le rouge à la place du noir qui colore la tête des autres; par le jaune pur du reste de son plumage, par l'olivâtre clair du bec, du tour des yeux, du tarse et des doigts; enfin par ses yeux rouges, comme ceux des albinos; en sorte que je ne doute pas que cet individu ne soit d'une espèce particulière.1

1 Si c'est une espèce, elle est nouvelle; mais je pense que ce n'est qu'une variété accidentelle. (S)

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N°. CCLXXX.

LE MARAGANA A FRONT ORANGÉ.1

LES Espagnols donnent le nom de cotorra et de cotorrita à cette espèce et aux suivantes, que les Guaranis appèlent tuis. Le maracana à front jaune n'est pas fort rare au Paraguay, et jusqu'au 28e degré de latitude. Il vit en troupes, quelquefois nombreuses, dans les plantations, et ses habitudes ne diffèrent point de celles du nenday. On n'élève point ces deux oiseaux en domesticité; je n'en sais pas la raison.

Formes. 16 pennes aux ailes, les deux premières presque égales. La queue comme dans les espèces précédentes. L'œil un peu grand.

Dimensions. Longueur totale; 11 pouces; de la queue, 5 sept douzièmes; du vol, 17 un quart; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 7.

Couleurs. Il a les parties inférieures d'un jaune verdâtre, plus faible à la queue et aux ailes, et auquel se mêle une teinte de jaune paille sur le devant et les côtés du cou, ainsi qu'aux côtés de la tête; toutes les parties supérieures d'un vert tendre; du bleu à l'extrémité des pennes extérieures et de leurs couvertures; sur le front une tache orangée, qui laisse, entr'elle et l'œil, un espace bleu large de 2 lignes; le tarse noirâtre; le bec noir; l'iris rougeâtre; enfin la paupière noirâtre et entourée d'une ligne dénuée de plumes et orangée.

1 La perriche couronnée d'or, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 378. — Psittaca brasiliensis Brisson, ornith. tom. IV, pag. 337. — Psittacus aureus Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 87. — Psittacus brasiliensis Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. LXIII. — A la Guiane française, perruche des savannes. (S.)

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N.° CCLXXXI.

LE CHIRIPEPÉ.1

C'EST le nom que l'on donne assez généralement à cette espèce, à cause de son cri; d'autres l'appèlent aribaya. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle; ils vivent en troupes ou en families, et je ne crois pas qu'ils se trouvent au delà du 27e degré de latitude. Leur vol est d'une rapidité extraordinaire, et leur ponte se compose, dit-on, de trois œufs, que les femelles déposent dans des trous d'arbres. Je ne sais s'ils apprennent à parler; mais je n'ai pas vu qu'on en élevât dans les maisons. Cependant j'en ai nourri un jeune pendant un mois; il périt par accident; je n'ai pas connu d'oiseau plus caressant.

Formes. Des 19 pennes de l'aile, la deuxième et la troisième sont les plus longues. La tête est un peu petite, l'œil grand et entouré d'une peau nue.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces trois quarts; de la queue, 4 et demi; du vol; 14 trois quarts; de la jambe, 18 lignes: du tarse, 8.

Couleurs. Le devant du cou, l'oreille et le bas-ventre sont de couleur carmelite. Il y a deux taches rouges sur le bas de la poitrine et sur le ventre. La queue est presque rouge en dessous et d'un rouge mêlé de jaune en dessus. Sur le front est un bandeau étroit, couleur de chocolat. Le reste du plumage est d'un vert foncé, à l'exception de la partie extérieure de l'aile, qui est bleue de ciel, et du dessous des pennes qui est brun. Le tarse et le bec sont noirâtres; l'iris est roux, le bord de la paupière brun et le tour de l'œil blanchâtre.

1 Espèce nouvelle. (S.)

IV. a. 5

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N.° CCLXXXII.

LA JEUNE VEUVE.1

A Buenos-Ayres on appèle cotorra cet oiseau, que quelques-uns nomment au Paraguay jeune veuve, à cause de l'espèce de coiffe dont son front et son con sont enveloppés. C'est presque le seul maracana qui fasse sa ponte en état de domesticité; il n'est point délicat; on lui apprend facilement à parler, et il prononce les mots très distinctement. Je n'ai point vu d'oiseau aussi coquet; des qu'une jeune veuve arrive dans quelque maison, si elle n'y rencontre pas un compagnon de son espèce, elle en cherche un autre, et elle s'efforce de le rendre amoureux. Pour y parvenir, elle met en œuvre toutes sortes de caresses et d'agaceries; elle le baise, le gratte, le provoque sans cesse par ses cris, ses soupirs et ses mouvemens, jusqu'à ce qu'au bout de 15 jours l'oiseau prenne le flux de sang et périsse. La jeune veuve ne paraît point attristée d'une mort dont elle est la cause; car elle ne condescend jamais aux désirs violens de celui qu'elle a enflammé d'amour. Mais si le mâle et la femelle de cette espèce sont nourris ensemble, leurs amours ne sont pas aussi inutiles; ils se cochent, et quelquefois la femelle dépose des œufs qu'elle ne couve point.

Ces oiseaux se réunissent en troupes assez nombreuses au Paraguay et jusqu'aux pampas de Buenos-Ayres. Ils ne font pas leur nid dans des trous, mais ils le construisent sur les arbres, avec une grande quantité de rameaux épineux. C'est un globe hérissé de piquans, de trois pieds

1 Espèce nouvelle. (S.)

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et demi de diamètre extérieur; son entrée est sur le côté; et l'intérieur est garni d'herbes vertes. La ponte est de trois à quatre œufs; les jeunes ne diffèrent point de leurs père et mère, qui sont semblables en tous points. Toute la bande niche sur des arbres rapprochés les uns des autres, et quelquefois sur le même arbre, de manière que les nids se touchent; on assure même qu'un seul nid sert à la ponte de plusieurs femelles. Ils cherchent les lieux inondés pour boire, de même que les nendays. Ils fréquentent les plantations et les campagnes; ils marchent mieux que tous les autres, et ils s'aident souvent de leur bec. Ils deviennent très-familiers; ils aiment les caresses; ils ne sont point délicats, et ils sont plus propres que tout autre perroquet à plaire à leurs maîtres.

Formes. L'œil est plus petit que dans les autres espèces; aussi l'oiseau regarde obliquement en penchant la tête. 22 pennes aux ailes, les trois premières plus longues. La tête est arrondie et le bec très-crochu.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces; de la queue, 4 deux tiers; du vol, 16; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 9 et demie; du bec, 8.

Couleurs. Les plumes du front et de la partie antérieure du cou, sont d'un gris de perle et bordées d'une teinte plus claire; il en est de même des plumes de la poitrine, sur lesquelles du vert est mêlé au gris. Les jambes, le ventre, le dos et le croupion sont d'un vert jaunâtre. La partie postérieure du cou, le dessus de la tête, le dos et les couvertures supérieures des ailes sont d'un vert qui prend une teinte brune sur le haut du dos. Le côté inférieur et l'extrémité des quatre pennes latérales de la queue sont jaunes, et les quatre du milieu sont d'un vert bleuâtre en dessus. Les pennes et les couvertures supérieures de la partie ex-

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terne de l'aile sont d'un bleu tirant sur le violet, et les couvertures inférieures d'un vert jaunâtre, excepté les grandes qui sont d'un violet luisant, aussi bien que les pennes en dessous. Le bec est noirâtre et le tarse olivâtre.

Des témoins, dignes de foi, m'ont assuré qu'il existait des individus à plumage entièrement jaune et à yeux rougeâtres; je les regarde comme des albinos.

N.° CCLXXXIII.

LE MARACANA AUX AILES JAUNES.1

J'AI entendu quelques personnes l'appeler tui-chiriri; mais, dans le vrai, il n'a point de nom. C'est une espèce rare au Paraguay. On ne remarque point de différence entre le mâle et la femelle; ils se réunissent en petites troupes de six à huit. Ils nichent dans des trous d'arbres, leur ponte est de trois œufs, et les jeunes ressemblent aux adultes. J'ai nourri trois de ces jeunes à peine emplumés, avec du maïs maché qu'ils prenaient à ma bouche, comme les pigeonneaux. L'un périt par accident; un autre, dont je n'avais pas coupé les ailes; s'échappa, et le troisième vécut un an et demi, après avoir appris à parler très-distinctement; mais il fut toujours étourdi, violent, hardi et farouche; il ne se laissait toucher par personne, pas même par sa maîtresse. Des que quelqu'un l'approchait, il le menaçait de son bec, et, s'il le pouvait, il

1 La perriche à ailes variées, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 362, et planche. enl. n.° 359, sous la dénomination de petite perruche verte de Cayenne.—Psittaca Cayennensis Brisson, ornith. tom. IV, pag. 334. — Psittacus virescens Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 77. — Latham, syst. ornith. gen 5, sp. 51. — A Cayenne, perruche commune. (S.)

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mordait cruellement non-seulement la main, mais aussi tout ce qu'on lui présentait; et s'il ne trouvait pas à satisfaire sa colère, il mordait de rage son bâton ou sa cage. Je n'ai point vu de perroquet aussi emporté, aussi colère, aussi désagréable; il ne laissait pas néanmoins d'avoir, envers les autres espèces, la même coquetterie que la jeune veuve, et il fit mourir de même un perroquet d'amour et du flux de sang. Son cri est plus bref, plus aigu et plus perçant que celui des deux espèces précédentes et de l'espèce suivante.

Formes. 23 pennes aux ailes, la première plus longue; à la queue, 12 pennes aiguës et également étagées; l'extérieure a 12 lignes de moins que les autres. Le bec est très-comprimé sur les côtés.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 deux tiers; du vol, 12 et demi; de la jambe, 18 lignes; du bec, 8.

Couleurs. Tout le plumage est d'un vert plus mélangé de jaune sur les parties inférieures, à l'exception des grandes couvertures supérieures de la partie extérieure et du fouet de l'aile, dont la couleur est bleuâtre, et des mêmes couvertures du milieu de l'aile, qui sont d'un jaune pur.

Un autre individu, que je crois un mâle, avait le fouet de l'aile tout jaune.

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N.° CCLXXXIV.

LE MARACANA A TÊTE ROUGE.1

J'AI vu quelques bandes de maracanas de cette espèce; et quelques individus privés, qui m'ont paru extrêmement stupides et apathiques; à peine changeaient-ils de place, et c'était toujours avec beaucoup de lenteur. Ils ne parlent point; ou ne les entend que rarement crier, et ils ne montrent de gaieté envers personne.

Formes. Les deuxième et troisième des 21 pennes de l'aile sont les plus longues. L'iris n'est point apparent. Les plumes des oreilles sont rudes.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 2 sept douzièmes; du vol, 16 et demi; de la jambe, 21 lignes; du tarse, 8 et demie.

Couleurs. Une bandelette rouge, large de deux lignes, entoure l'œil et remonte en s'élargissant pour couvrir le dessus de la tête. Les côtés de la tête, le dessus du cou, le dos, le croupion et les couvertures supérieures des parties internes de l'aile, sont d'un vert foncé, de même que la queue jusqu'aux trois quarts de sa longueur. Le dernier quart est violet, aussi bien que le bord des ailes, leurs couvertures du milieu et le côté supérieur des pennes, entre la cinquième et la douzième inclusivement; les au-

1 L'espèce avec laquelle ce maracana paraît avoir le plus de rapports, c'est la perriche à bandeau noir de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXIV, pag. 78. — Levaillant, Hist. nat. des perroquets, pl. 16, pag. 40. Cependant je remarque quelques dissemblances dans les descriptions, qui me font douter de l'exactitude de ce rapprochement. Du reste, la perriche à bandeau rouge se trouve à la Guiane française. (S.)

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tres sont vertes, et toutes de couleur d'aigue-marine en dessous; c'est aussi la couleur des grandes couvertures inférieures. Les autres, de même que le reste du plumage, sont d'un vert plus mêlé de jaune que celui du dessus du corps, excepté la queue bleuâtre en dessous. Le tarse est d'un vert noirâtre, et le bec noirâtre avec sa pointe blanchâtre.

Les femelles ont les petites plumes de la base du bec d'un vert rougeâtre; le côté supérieur des septième, huitième, neuvième et dixième pennes de l'aile, d'un beau bleu, jusque vers leur bout qui est vert; le bord de l'aile et les couvertures supérieures de sa partie externe, de couleur bleue; du vert sur la tête; la queue mi-partie de vert et de bleu; le bec blanchâtre, avec une tache noirâtre vers sa pointe.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX PERROQUETS.

LES Espagnols les nomment loros ou loritos, et les Guaranis paracaus. On les distingue, au premier coup d'œil, des guacamayos et des maracanas, par leur queue plus courte, à pennes égales et non pointues. Quoiqu'ils s'élèvent fort haut, dans leur vol, lorsqu'ils entreprennent un long trajet, ils n'ont pas la rapidité des maracanas, mais ils volent plus vîte que les guacamayos; cependant ils étendent beaucoup moins les ailes que les oiseaux de ces deux families. Si l'on ne fait pas attention à la queue, leur grandeur est moyenne, entre celle des guacamayos et des maracanas; et ils diffèrent de tous en ce qu'ils préfèrent les fruits et les fleurs pour leur nourriture.

N.° CCLXXXV.

LE PERROQUET A TÊTE JAUNE.1

SON nom, dans la langue des Guaranis, est paracauquereu. J'ai déjà dit que paracau est la dénomination générique de la famille, et l'épithète quereu ou creu exprime le cri de l'oiseau, que les Espagnols entendent bien différemment, car ils le prononcent loro; nom qu'ils don-

1 L'amazone à tête jaune, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 292. — Psittacus amazonicus brasiliensis Brisson, ornith. tom. IV, pag. 272. — Psittacus ochrocephalus Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 112. — Psittacus amazonicus Latham, gen. 5, sp. 114. (S.)

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nent, avec celui de lorito, au perroquet de cet article; mais comme l'espèce suivante a aussi le même cri, il peut y avoir confusion, ce qui m'a engagé à employer une désignation caractéristique.

Les perroquets à tête jaune sont très-communs; ils vivent en sociétés nombreuses, qui ne se sépareut jamais entièrement, et ils crient sans cesse; néanmoins, lorsqu'ils s'abattent dans les plantations, pour manger les oranges, ils gardent le silence, afin que personne ne vienne les inquiéter. Cette espèce et la suivante sont les seules qui causent des dégats dans les cantons plantés d'orangers. Leur ponte consiste en trois œufs blancs. On trouve ces oiseaux dans tous les bois, jusqu'à la rivière de la Plata, et ce sont ceux que l'on élève le plus fréquemment en domesticité, parce qu'ils mangent de tout, qu'ils ne sont pas délicats, qu'ils connaissent leur maître, lui font des caresses, l'appèlent et le cherchent; mais ils montrent de la jalousie, s'ils le voient flatter un autre perroquet, un chien, un chat ou même quelque personne. Ils sont méchans envers ceux qu'ils n'ont pas habitude de voir, et ils les mordent; ils aiment à entendre parler, et ils articulent les mots très-distinctement, quand on les leur a enseignés.

Formes. 22 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 presque égales à la queue; un enfoncement à la base du bec supérieur. J'ai vu trois individus qui avaient en devant un troisième doigt comme postiche, dont ils ne se servaient pas.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 5 trois quarts; du vol, 26; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 14; du bec, 16.

Couleurs. Le front est bleu de ciel; le tour de l'œil et

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le sommet de la tête sont jaunes; cette couleur s'étend suivant l'âge ou le sexe, les femelles en ayant moins que les mâles et les jeunes moins que les adultes. Les plumes des parties inférieures, les couvertures du dessous des ailes et celles du dessus de la queue, sont d'un vert jaunâtre et bordées finement de noirâtre; mais dans les mâles les plumes du ventre ont un peu de bleu et celles du bas de la jambe sont jaunes. Sur les parties supérieures, elles sont vertes, avec un liséré noirâtre. Les cinq premières pennes de l'aile ont leur côté supérieur vert jusqu'à sa moitié, et le reste d'un bleu de ciel mêlé de violet; il en est de même pour les cinq suivantes, mais le bleu violâtre ne paraît qu'a l'extrémité, ainsi qu'aux cinq ou six suivantes, lesquelles ont un peu de jaune au-dessus de ce bleu et à leur naissance, et le reste rouge; les autres pennes et les couvertures supérieures de la partie externe de l'aile sont jaunes, avec un peu de violet sur les couvertures; le bord de l'aile est orangé et quelquefois rouge. Les quatre pennes extérieures de chaque côté de la queue ont leur extrémité d'un jaune verdâtre, ensuite un peu de vert, puis du rouge; les autres sont vertes et terminées de jaune verdâtre. Le tarse est d'un noir mêlé de brun, le bec noirâtre et l'iris orangé.

Un individu, tué par Noseda, paraissait doré lorsqu'on le regardait contre le jour. Un autre, qu'il tua le 10 mai 1798, et qui était albinos, présentait l'ensemble d'un perroquet couleur de paille, sans qu'il perdît la distribution des couleurs de son espèce, à l'exception du vert qui avait dégénéré en jaune. L'œil avail deux iris, l'extéricur orangé et l'intérieur vert. Le bec et sa membrane, la bouche, la langue, le tarse, les doigts et les ongles étaient blancs, de même que les pennes des ailes; mais les cinq

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du milieu, et toutes celles de la queue, avaient des taches rouges et jaunes. Les couvertures supérieures, le haut du dos et les plumes scapulaires avaient une teinte de blanc jaunâtre. Un jaune vif colorait les couvertures inférieures et le reste du plumage était couleur de paille.

Les naturels des contrées septentrionales du Paraguay apportent quelquefois des perroquets de cette espèce entièrement jaunes, à l'exception du bleu sur la tête et du rouge qui caractérisent l'espèce. Ils diseut qu'ils achetent ces oiseaux d'autres indigènes qui sont plus au nord, et qui, après avoir arraché les plumes aux endroits qu'ils veulent, frottent la chair avec la couleur rouge de l'urucu1, ce qui fait pousser des plumes jaunes. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ignore le procédé qu'emploient les Indiens, et que ces perroquets, dont le plumage est dénaturé, sont silencieux, tristes, et si délicats, qu'ils exigent beaucoup de soin pour les conserver. On les reconnaît en ce quo toutes les plumes ne sont pas jaunes, et qu'elles sont mêlées avec d'autres qui ont conservé leur couleur naturelle; quelques-uns ont aussi, d'un côté ou de l'antre, des plumes tortillées.

Buffon appèle ces perroquets à plumage altéré, perroquets tapirés2; mais il se trnmpe quand il dit que les Indiens changent les couleurs vertes et jaunes en orangé ou en couleur de rose très-vif.

1 Le rocou (bixa orellana). (S.)

2 Tapiré est un mot de la langue des Galibis, naturels de la Guiane. Il signifie rouge et quelquefois jaune; ces peuples l'appliquent aux perroquets, dont ils changent le plumage, par un petit art dont ils font un secret. Il passe pour constant, à la Guiane, que l'opération de tapirer se fait en frottant la peau, dépouillée de plumes, avec du sang d'une grenouille rayée de jaune. Au Paraguay, c'est le rocou qui est employé; et peut-être cette différence dans les substances dont on fait usage, occasionne-t-elle la différence dans les couleurs des nouvelles plumes, et explique-t-elle pourquoi M. d'Azara n'est pas d'accord avec Buffon, avec moi et avec tous les voyageurs à la Guiane, au sujet des teintes des plumes qui repoussent après l'opération du tapirage. Quoi qu'il en soit, cette opération a lieu, comme on l'a vu, au Paraguay comme à la Guiane; c'est donc à tort que des ornithologistes modernes l'ont revoquée en doute. (S.)

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N.° CCLXXXVI.

LE PERROQUET A COU ROUGE.1

JE ne l'ai pas rencontré plus au midi que le 25e degré, et au Paraguay, il n'habite que le, déserts; c'est en quoi il diffère du précédent, aussi bien que par son naturel triste et silencieux, lorsqu'on l'élève en domesticité. On m'a assuré qu'il n'apprenait point à parler. Il a, du reste, les mêmes formes, les mêmes habitudes et le même cri que le perroquet à tête jaune; cependant ces deux espèces ne se réunissent jamais, et celle-ci me paraît plus sauvage; on ne remarque point de différence entre le mâle et la femelle, et ils forment des bandes nombreuses.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 4 un sixième; du vol, 25 et demi; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 14; du bec, 15.

Couleurs. Le front est écarlate, et les plumes de la tête sont vertes et bordées de noirâtre. La nuque, le derrière et les côtés du cou sont couverts de plumes vertes à leur

1 Le tarabé, ou amazone â tête rouge, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 297. — Psittacus brasiliensis erythrocephalus Brisson, ornith. tom. VI, pag. 240. — Psittacus tarabe Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 123. — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 124. (S.)

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naissance, bordées de noirâtre et couleur de rouille sur le reste. Toutes les autres parties supérieures sont d'un vert jaunâtre; mais il y a du bleu de ciel sur la dernière moitié des pennes extérieures de l'aile, et du rouge sur les quatre pennes du milieu, de même que sur les trois ou quatre latérales de la queue. Le devant du cou est rouge, ainsi que le dessous du corps; mais les plumes de cette dernière partie ont à leur extrémité un mélange de vert, de jaune et de bleu. Les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes sont d'un vert foncé et le dessous des pennes d'un vert bleuâtre. Le bas-ventre est presque jaune, le tarse d'un brun noirâtre, l'iris d'un orangé vif, le bec rouge jusqu'à la moitié de sa longueur et de couleur de corne blanche sur le reste.

N.° CCLXXXVII.

LE SIY.1

CETTE espèce est commune au Paraguay et elle y forme des bandes peu nombreuses. Les siys ne recherchent point les oranges, mais ils font de grands dégats dans les champs de maïs. Leur cri aigu est l'expression de leur nom. Le mâle ne diffère pas de la femelle. On n'en élève point, parce que, dit-on, ils n'apprennent pas à parler, et qu'ils sont tristes et silencieux.

Formes. La troisième des 21 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont égales.

1 Le papegai à tête et gorge bleues, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 341. — Psittacus Guianensis cyanocephalos Brisson, ornith. tom. IV, pag. 247. — Psittacus menstruus Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 29. — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 95. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 11 pouces un sixième; de la queue, 3 et demi; du vol, 22 et demi; de la jambe, 26 lignes; du tarse, 10; du bec, 12.

Couleurs. Ce perroquet a les couvertures supérieures de la queue rouges; le devant du cou d'un bleu d'émail; les plumes de la tête bordées de la même couleur sur un fond vert; le reste du plumage d'un vert plus tendre sur les ailes et la queue; le côté supérieur des deux pennes de chaque côté de la queue, d'un bleu léger; le dessous des pennes et les couvertures de l'aile, d'un vert rougeâtre, et terminé de vert; le tarse brun; le bec noirâtre à sa base et couleur de paille sur le reste; enfin l'iris noirâtre, comme le bord de la paupière, sur laquelle on remarque un petit espace nu de couleur de paille.

N.° CCLXXXVIII.

LE PERROQUET NAIN.1

C'EST le plus petit des perroquets. Quelques-uns l'appèlent mbeimbi, viudita et tui chiriri. Il se rapproche des trois espèces précédentes, par sa queue courte et presque égale, mais dont les pennes se terminent en pointe. Cette espèce n'est point rare, et elle forme des troupes de huit à vingt individus qui se nourrissent des graiues qu'ils amas-

1 L'auteur fait plusieurs rapprochemens de cet oiseau, avec différentes espèces de perruches et de perriches; ils ne peuvent être admis pous les premières, qui sont des oiseaux de l'ancien continent; et le seul qui soit fondé, à l'égard des secondes, c'est celui de l'été ou toui-été de Marcgrave. Hist. nat. Bras. pag. 206. — Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 394. — Psittacus passerinus Linn. syst. nat. gen. 45, sp. 47. — Latham, syst. ornith. gen. 5, sp. 156. (S.)

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sent à terre. Lorsqu'on les prend jeunes, ils se familiarisent aisément; ils connaissent leur maître, le caressent et cherchent à s'en faire flatter et gratter. Quelquefois ils se privent également, quoique vieux; mais alors, pour l'ordinaire, on ne peut guère les garder plus d'un mois; et comme ce sont des adultes que l'on envoie communément à Buenos-Ayres, il y en arrive peu. L'on m'a assuré qu'une paire de ces oiseaux avait fait sa ponte dans une maison; mais les œufs ne purent éclore, parce que la femelle fut tuée.

Le cri des perroquets nains est vif, aigu et perçant; ils le répètent souvent, mais ils ne parlent point. Leur vol est très-rapide, et, pendant l'hiver, ils pénètrent dans les places et les cours. Si l'on place un de ces oiseaux vivant sur un arbre, tous ceux qui sont aux environs viennent autour de lui, et le chasseur les prend, sans avoir besoin de se cacher, avec un lacet attaché au bout d'une grande gaule, qu'il leur passe au cou. Ils font leur ponte dans les nids de fourniers abandonnés, et ils produisent quatre petits, qui ne diffèrent point de leurs père et mère.

Formes. 22 pennes aux ailes, la première plus longue; 12 à la queue, pointues, fortes et légèrement étagées; iris point apparent.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; de la queue, 1 deux tiers; du vol, 10; de la jambe, 12 lignes; du tarse, 5 et demie; du bec, 6 environ.

Couleurs. Un vert jaunâtre couvre tout le plumage de la femelle. Dans le mâle, les premières pennes des ailes sont vertes, et les autres, avec leurs couvertures supérieures, d'un bleu de ciel brillant, de même que le dos. Le tarse est verdâtre et le bec d'un blanc bleuâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX BECS-FLEURS.

C'EST le nom (picaflores) que les Espagnols donnent, avec celui de tente en el ayre, aux oiseaux de cette famille; les Guaranis les appèlent mainumbi. Ils formcnt plusieurs espèces, qui ont pour caraetères communs, les jambes, les pieds et les doigts noirs et très-courts; les plumes arrondies, et celles du ventre douces au toucher, blanches et cotonneuses; les ailes d'un violet foncé; et transparentes, à cause de la finesse de leurs barbes; la première penne de l'aile la plus longue, et inclinée en dedans, comme les cinq ou six qui la suivent; celles de la partie interne de l'aile fort courtes; les pennes de la queue toujours un peu étalées, bien garnies de barbes, et beaucoup plus fortes que celles des ailes et que celles de tout autre oiseau; le croupion plus musculeux que celui des charpentiers; l'œil petit et tout noir; la tête petite, un peu alongée, rétrécie en devant; le bec en forme d'aiguille aplatie à la base, tout noir; ou mi-partie de noir et de rouge; enfin la langue très-déliée, que l'oiseau alonge comme celle des charpentiers, sans ouvrir la bouche, pour l'introduire dans le calice des fleurs; dont il tire, comme les abeilles, le miel ou la poussière qu'elles renferment, sans les flétrir, ni les toucher avec les pieds, les ailes ou le bec. Du reste, les becs-fleurs sont sédentaires, du moins au Paraguay, à Monte-Video et à Buenos-Ayres; d'où l'on peut conclure que ces oiseaux sont répandus jusqu'au 35e degré, et qu'ils

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craignent peu le froid. Mais comme ou peut dire qu'aux environs de la rivière de la Plata, il n'y a ni bosquets, ni fleurs pendant l'hiver, je soupçonne qu'ils ont d'autres moyens de se nourrir. En effet, je les ai vu visiter les toiles d'araignées, et il m'a semblé qu'ils mangeaient ces insectes. Le P. M. Fr. Isidore-Guerra, homme très-digne de foi, qui a nourri plusieurs becs-fleurs, m'a certifié qu'il les avait vu manger des araignées; il a observé aussi que lorsque leur jabot est rempli, cette membrane acquiert de la transparence; qu'avant de dégorger la nourriture à leurs petits, ils attendent qu'elle soit digérée, et que leur ponte ne se compose que de deux œufs blancs.

Ce sont les plus petits de tous les oiseaux; car bien qu'il y en ait de longueur égale, ou plus petite, il n'en existe point qui ait moins de diamètre à proportion et le bec aussi long. Ce sont aussi les plus élégamment vêtus, et leur livrée est en grande partie la même dans toutes les espèces; c'est-à-dire, qu'elles ont les ailes d'un gros bleu; les couvertures supérieures et inférieures des ailes, les côtés du corps et de la tête, le dessus de la tête, du cou et du corps, d'un vert tendre, regardé vers la lumière, et doré si on le tient contre le jour; de sorte que les espèces se distinguent par le plus ou le moins de vivacité dans ces couleurs, par celles des autres parties et par les formes et les dimensions. Ils se ressemblent encore par les traits suivans: la couleur de leur queue n'est point changeante; ils sont les plus vifs, les plus actifs, les plus prompts de tous les oiseaux; ils ne savent ni marcher, ni se poser à terre, enfin la rapidité de leur vol est si grande, qu'on ne peut les suivre de l'œil. Cependant leur envergure est très-petite; mais la vitesse de leur vol dépend de la longueur de leur bec et de la vigueur des muscles de

IV. a. 6

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leurs ailes. La force dans le croupion et dans les pennes de la queue, donne à ces oiseaux la facilité de tourner en l'air en étalant ces mêmes pennes, et de s'arrêter tout à coup au milieu du vol le plus rapide, comme suspendus et immobiles devant une fleur, battant des ailes avec une vîtesse inexprimable, plongeant la langue dans le calice, et tenant le corps verticalement, comme s'il était naturellement suspendu par le bec. Ces battemens d'ailes si vifs et la grande élasticité des pennes, produisent un bourdonnement sourd, qui se fait entendre lorsqu'ils volent.

Ils passent la nuit et la plus forte chaleur du jour perchés sur quelque branche; le reste du tems ils volent de fleurs en fleurs, qu'ils sucent l'une après l'autre, sans les visiter toutes, parce qu'emportés par leur impatience naturelle, ils courent à d'autres arbres. Si quelqu'un se place près d'un arbre en fleur, sa présence n'empêche pas ces oiseaux d'en approcher pour extraire le suc des fleurs; et comme ils se tiennent presque immobiles devant elles, on peut aisémentles tirer avec un fusil chargé de grains de sable. Ils se laissent également approcher, quand ils sont posés; mais si on les a manqués, et quelquefois au bruit même de la batterie du fusil, ils s'enfuient avec une vîtesse incroyable et évitent le coup. Pour l'ordinaire, ils ne font entendre de cri, que quand ils quittent une fleur pour en chercher une autre; ce cri se compose des syllabes tere, prononcées d'un son de voix plus ou moins aigu, mais toujours faible. Ce sont des oiseaux solitaires; et s'il y en a un sur un arbre, d'autres n'en approchent pas. Ils se battent entr'eux avec acharnement, et ils disparaissent sans que l'on puisse voir l'issue du combat. Ils ne montrent pas moins de courage pour attaquer les autres oiseaux qui viennent près de leurs nids; quelquefois ils les assail-

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lent sans motif, les mettent en fuite et les poursuivent.

Si l'on considère les traits de conformation communs aux becs-fleurs, l'on sentira la difficulté presque insurmontable de distinguer les espèces de cette famille et leurs différences, s'il en existe. Pour parvenir à cette connaissance, il conviendrait d'examiner les nids, qui présentent sûrement des dissemblances, quoique composés des mêmes matériaux. Je ne me suis point occupé de ces observations, que je crois importantes; aussi ai-je peur d'avoir multiplié les espèces.

Quelques personnes out nourri des becs-fleurs. Don Pedro Melo de Portugal, gouverneur du Paraguay, en conserva un chez lui, déjà adulte, pendant 4 mois; il y volait en toute liberté, et il connaissait fort bien son maître, auquel il donnait des baisers, et autour duquel il voltigeait pour demander à manger. Alors don Melo prenait un vase de sirop très-clair, et il le penchait un peu, afin que le bec-fleurs pût y plonger la langue; il lui donnait aussi, de tems en tems, quelques fleurs. Avec ces précautions, ce charmant oiseau vécut aussi bien que dans les campagnes, jusqu'à ce qu'il pérît par la négligence des domestiques, pendant l'absence de son maître.

Buffon croit que ces oiseaux ne vivent que sous la zone torride, et que si quelques-uns passent les tropiques, c'est seulement pendant l'été, et pour y revenir avec le soleil. Cela n'est point ainsi; en effet, tous ces oiseaux sont sédentaires; et l'on en voit un petit nombre, durant toute l'année, à Buenos-Ayres. Loin de les représenter comme solitaires, le même auteur dit qu'ils se tiennent par paires, à l'époque des amours; mais je n'en ai jamais vu deux ensemble.

L'on a lu, dans le discours préliminaire de cet ou-

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vrage, combien il était pénible de reconnaître, dans les livres des naturalistes, les oiseaux, ceux même qui n'exigent que très-peu de tems pour leur description. Que pourra-t-on espérer à l'égard des becs-fleurs, si difficiles à distinguer, faute de caractères suffisans? Je suis presqu'assuré que mes becs-fleurs sont du nombre de ceux que Buffon a décrits; cependant je ne me flatte pas d'en avoir reconnu un seul.

N.° CCLXXXIX.

LE BEC-FLEURS AUX TEMPES BLANCHES.1

IL me paraît que c'est le plus commun de tous au Paraguay. Il n'y a pas de différence entre le mâle et la femelle. Leur nid est un cône dont le diamètre est de 18 lignes, et l'axe de 24; mesuré de sa furface extérieure, laquelle est composée de petites feuilles sèches et de brins d'écorce mince, attachés avec des filamens qui paraissent de la laine; en dedans, c'est une espèce de coton. Ces oiseaux l'attachent communément par la pointe, au-dessous de l'extrémité d'un petit rameau vertical, ou à demi détaché de ceux dont on couvre les cabanes champêtres, ou tenant à quelque arbre. La ponte est de deux œufs blancs; la femelle dépose le premier, quand elle a fait la moitié, ou un peu plus de son nid; elle continue à apporter des matériaux et à couver son œuf, en même tems qu'elle

1 Je ne vois point d'espèce à laquelle on puisse rapporter exactement cet oiseau; et M. d'Azara, qui en fait inutilement la comparaison avec plusieurs colibris et oiseaux - mouches décrits par Buffon, partage mon embarras. Il faut donc ranger le bec - fleurs aux tempes blanches, au nombre des oiseaux dont le voyageur espagnol a donné, le premier, la connaissance. (S.)

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augmente son nid, dans lequel elle se tient un certain temps. Elle le quitte ensuite pour aller chercher d'autres matières, de sorte qu'elle ne revient jamais sans en rapporter quelqu'une, et le nid n'est entièrement achevé, que quand les œufs sont éclos. Le mâle n'aide point sa compagne dans ce travail; mais il s'approche d'elle de tems en tems, pour voir si elle couve ou si elle est à l'ouvrage.

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces cinq douzièmes; de la queue, 1 un douzième; du vol, 4 un tiers; du bec, 8 lignes et demie.

Couleurs. Une bandelette blanchâtre, large d'une ligne, va de l'angle postérieur de l'œil, jusqu'au côté de l'occiput; au-dessous, on en voit une autre qui est noirâtre. La gorge, le devant du cou et la poitrine sont blanchâtres, et le ventre est blanc, comme dans toutes les espèces. Les côtés du corps, les couvertures inférieures et supérieures des ailes, le dessus de la tête, du cou et du corps, sont verts en conjonction et dorés en opposition. Il y a 15 pennes aux ailes et 10 à la queue; l'extérieure de ces dernières est un peu plus longue que les autres, et toutes sont d'un bleu presque noir; mais les deux latérales ont une tache blanchâtre à leur extrémité, et la troisième n'a que très-peu de cette couleur. Le bec est rouge jusqu'à la moitié de sa longueur et noir dans le reste.

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N.° CCXC.

LE BEC-FLEURS A POITRINE CANNELLE.1

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces trois quarts; de la queue, 1 un quart; du vol, 5 un sixième; du bec, 9 lignes.

Couleurs. Le bec est droit, cependant presque insensiblement courbé vers sa pointe. Il a sa mandibule supérieure et la dernière moitié de l'inférieure, de couleur noire, le reste rouge. Les ailes ont 16 pennes; la queue en a 6 égales et pointues; la troisième est néanmoins un peu plus longue, et toutes ont une teinte d'or bruni, sans mélange de vert; les trois latérales ont une petite tache jaune à leur extrémité. Les côtés de la tête sont d'un brun clair, la gorge et la poitrine couleur de cannelle, et les autres parties comme dans toutes les espèces. En soufflant sur le cou, on s'aperçoit qu'il n'y a de plumes que sur le côtés, et qu'elles recouvrent le devant et le derrière du cou, qui sont nus.

N.° CCXCI.

LE BEC-FLEURS

A QUEUE COULEUR DE TOPAZE.2

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces; du vol, 5; de la queue, 14 lignes et demie; du bec, 9 et demie.

1 M'd'Azara prévient que la description de cet oiseau a été faite lorsqu'il commençait à s'occuper d'ornithologie; et il soupçonne que c'est la même espèce que la suivante. (S.)

2 Ce que j'ai dit dans ma note de l'article CLXXXIX, s'applique à celui-ci. (S.)

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Couleurs. Il a le bec couleur de chair et noir à sa pointe; le dessus de la tête, du cou et du corps, les couvertures supérieures et inférieures des ailes, le devant du cou, la poitrine et les côtés du corps, comme dans toutes les espèces ', avec un peu de brun mêlé aux parties inférieures. La gorge a la couleur de la cannelle et la queue celle de la topaze; ses couvertures inférieures sont dorées. Les ailes sont composées de 16 pennes, et quelquefois de 15, lesquelles diminuent de longueur jusqu'à la dixième; les antres sont égales, à l'exception de la dernière qui est plus courte. Des 10 pennes de la queue, l'extérieure de chaque côté et les deux du milieu sont un peu plus courtes. Le cou est entièrement couvert de plumes.

N.° CCXCII.

LE BEC-FLEURS

A QUEUE BLEUE ET FOURCHUE.2

Formes. Bec droit, un peu aplati et un peu plus fort que dans l'espèce précédente. 14 pennes aux ailes; de la huitième à la neuvième, il y a un intervalle de trois lignes, et les autres, lorsqu'on étend l'aile, forme l'éventail. Les 10 pennes de la queue sont très-fournies de barbes et étagées; l'extérieure de chaque côté est plus longue de trois lignes, en sorte qu'en étalant la queue, elle présente un enfoncement remarquable.

1 Ceci ne doit s'entendre que des espèces décrites par M. d'Azara. L'on en connaît plusieurs qui n'ont pas la même uniformité dans les couleurs du plumage et dans leur distribution. (S.)

2Voyez ma note à l'article CCLXXXIX. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 3 pouces cinq douzièmes; du vol, 4 et demi; de la queue, 13 lignes et demie; du bec, 8.

Couleurs. Il a le dessus de la tête, du cou et du corps, les couvertures supérieures et inférieures des ailes et le devant du cou, comme le précédent, mais d'une couleur moins vive; le front d'un brun noirâtre, qui paraît mêlé d'or, regardé contre le jour; l'oreille noirâtre; la gorge, le dessous du cou et du corps marbrés de brun et de blanchâtre; la queue bleue; le tiers du demi-bec supérieur et tout l'inférieur, incarnats; le reste noir.

Un individu qui me paraît être la femelle de l'espèce, avait les teintes plus faibles, et les couvertures du dessous de la queue, d'un brun mêlé de blanchâtre.

N°. CCXCIII.

LE PLUS BEAU DES BECS-FLEURS.1

Formes. Bec droit; l6 pennes aux ailes sans intervalle; queue semblable à celle de l'espèce précédente, et les plumes des oreilles moins longues.

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces et demi; du vol, 4 et demi; de la queue, 13 lignes et demie; du bec, 7 deux tiers.

Couleurs. Il a le bec incarnat, avec du noir à sa pointe; le dessus de la tête, du cou et du corps, les couvertures supérieures des ailes et le ventre, comme dans tous, mais

1 C'est vraisemblablement, comme le soupçonne M. d'Azara lui-même, le saphir-émeraude Buffon, tom. XI, pag. 36. — Trochilus bicolor Linn. syst. nat. gen. 66, sp. 51. — Latham, syst. ornith. gen. 30, sp. 43. (S.)

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d'une teinte plus brillante; la gorge, le devant du dou et la queue, d'un bleu foncé et uniforme; le dessous de la queue et les côtés du corps de la même couleur que le dos, mais beaucoup plus éclatante; la poitrine et les couvertures inférieures de la queue, moins brillantes; enfin un point blanc derrière l'œil.

N.° CCXCIV.

LE BEC-FLEURS

CENDRÉ OBSCUR EN DESSOUS.1

Dimensions. Longueur totale, 3 pouces et demi; du vol, 4 et demi; de la queue, 13 lignes; du bec, 9.

Couleurs. Les couleurs communes à tous les becs-fleurs couvrent la tête, le dessus du cou et du corps, les couvertures des ailes, le ventre et les côtés du corps de celui-ci. Toutes les parties inférieures, le ventre excepté, sont d'un cendre obscur; les 15 pennes de l'aile sont violettes. Des 10 de la queue, à peu près étagées, les deux latérales ont une tache blanche à leur extrémité, et les quatre intermédiaires une tache bleue; le reste de la queue est d'un bleu uniforme. Le bec est tout noir, avec un peu de rougeâtre à sa base.

N.° CCXCV.

LE BEC-FLEURS

A BANDE NOIRE LE LONG DU CORPS.2

Formes. Bec très-légèrement courbé et un peu gros pour un bec-fleurs; 16 pennes aux ailes, sans intervalle;

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

2 Espèce nouvelle. (S.)

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les dix de la queue très-fournies de barbes et presque égales.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces un tiers; de la queue, 1 un quart; du vol, 6; du bec, 10 lignes.

Couleurs. Les plumes de la tête sont noirâtres, mais si largement bordées de roux, qu'elles paraissent de cette couleur. Le dessus du cou, le dos, le croupion, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes, sont comme dans les autres espèces; mais on remarque que les plumes des parties supérieures sont bordées de roux. Il y a, derrière l'œil, un point blanchâtre, peu apparent. Une bande d'un noir velouté s'étend depuis le dessous du bec jusqu'à la queue, et du blanc l'accompagne de chaque côté. Les deux plumes du milieu de la queue ont la couleur du dos; les autres ont leur extrémité blanche, audessus une tache de bleu foncé, et le reste d'un très-beau violet rougeâtre.

J'ai vu des individus un peu plus grands, qui n'avaient ni le point blanc derrière les yeux, ni la bordure rousse des plumes. J'attribue ces légères différences au sexe, et peut-être à la vieillesse des plumes; car les oiseaux de cette espèce, décrits les premiers, avaient été pris en février, et les autres en octobre et novembre, époque de leurs amours, lorsque les plumes ont tout l'éclat de leurs couleurs, sans les bordures qui indiquent l'approche de la mue.

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N.° CCXCVI.

LE BEC-FLEURS BLEU EN DESSOUS.1

J'AI acheté, en décembre, deux de ces becs-fleurs, qui se ressemblaient en tout. J'ai été tenté de les réunir à l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces deux cinquièmes; de la queue, 1 un tiers; du vol, 6; du bec, 11 lignes; il est légèrement courbé.

Couleurs. Le devant du cou, un peu des côtés de la tête et la poitrine, sont d'un bleu turquin presque noir et brillant, de chaque côté duquel règne un bleu d'émail. Le ventre est blanc. La tête et le bec comme dans le précédent. Les plumes n'ont point de bordure rousse. Plus des trois quarts de la queue sont violets, l'extrémité est noire.

N.° CCXCVII.

LE BEC-FLEURS BLANC EN DESSOUS.2

Formes. Bec un peu courbé; 15 pennes aux ailes, avec un intervalle entre la neuvième et la dixième. Les 10 de la queue étagées, et l'extérieure de 2 lignes plus longue.

1 C'est, je pense, la variété du colibri plastron noir (Buffon, tom. XI, pag. 82. — Trochilus mango), que M. Latham a décrite dans le cabinet de M. Davies à Londres. (Supplement to the general synopsis of birds, pag. 155, n.° 18, var. b.). Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIII, pag. 289, n.° 3. (S.)

2 M. d'Azara observe fort bien que, par les dimensions et les couleurs, cet oiseau ressemble à l'oiseau-mouche à larges tuyaux, Buffon, Hist, nat. tom. XI, pag. 48. — Trochilus campylopterus Linn. syst. nat. gen. 66, sp. 49. — Trochilus latipennis Latham, syst. ornith. gen. 30, sp. 33. Mais les tiges ou tuyaux des pennes de l'aile ne sont pas aussi gros et aussi courbés dans le bec-fleurs blanc en dessous, que dans l'oiseau-mouche à larges tuyaux, quoique cette forme des pennes soit un des caractères communs aux becs-fleurs, établis par M. d'Azara. Cependant tout porte à croire que ces deux oiseaux sont de la même espèce, ou du moins des variétés de la même espèce. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 4 pouces cinq sixièmes; de la queue, 1 un tiers; du vol, 5 et demi; du bec, 14 lignes.

Couleurs. Le devant du cou et la poitrine sont d'un brun clair; mais une bandelette blanche descend en long sur la poitrine; le ventre est blanc, et l'on remarque des réflets dorés sur les côtés du corps. La tête est mordorée en dessus et brune sur les côtés. Le dessus du cou, le dos, le croupion et les couvertures des ailes, sont d'un vert bleuâtre en conjonction, et d'un vert doré en opposition; il en est à peu près de même pour la queue, dont les deux pennes latérales sont terminées de blanc. Le bec est tout noir.

N.° CCXCVIII.

LE BEC-FLEURS PEINT.1

Formes. 16 pennes aux ailes sans intervalle; 10 étagées à la queue, l'extérieure de 3 lignes plus longue.

1 L'auteur rapproche cette espèce du plastron blanc (Buffon, tom. XI, pag. 84. — Trochilus margaritaceus Linn. et Lath.); mais un excellent observateur, et sans contredit le meilleur ornithologiste de France, M. Vieillot, a reconnu que le plastron blanc n'est point une espèce particulière de colibri, et qu'il n'est que le jeune hausse-col vert de Buffon, trochilus pectoralis de Lath. La comparaison que fait aussi M. d'Azara de son bec - fleurs peint avec le colibri piqueté, est plus juste, sans être néanmoins entièrement exacte. Zitzilt ou colibri piqueté, Buffon, Hist. nat. tom. XI, pag. 68. — Trochilus punctulatus Linn. syst. nat. gen. 66, sp. 33. — Latham, syst. ornith. gen. 30, sp. 15. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 4 pouces et demi; de la queue, 1 un sixième; du vol, 7 cinq douzièmes; du bec, 7 lignes et demie.

Couleurs. Il a la gorge, le devant du cou, la poitrine, le ventre et les couvertures inférieures de la queue d'un noirâtre mêlé de bleu, avec un liséré blanchâtre à chaque plume; les côtés du corps et du cou, les couvertures inférieures et supérieures des ailes, le bas du cou, le dos, le croupion et la queue, de même que dans le bec-fleurs du n.° CCXCV; mais à la naissance de l'aile commence un trait de blanc roussâtre qui descend sur le côté du corps jusqu'à la queue. La tête est d'un roux noirâtre, et son milieu est marqué par une tache ronde et blanche. Le haut du cou est marbré de blanc et de brun roussâtre. Derrière l'œil est un point blanc, et le reste de la tête a presque la même teinte que le dos.

N.° CCXCIX.

LE BEC-FLEURS A QUEUE EN CISEAUX.1

Formes. Bec un peu courbé; 10 pennes à la queue, très-pointues; les latérales fort étroites, les deux du milieu de 9 lignes plus courtes que l'extérieure, et les autres également étagées; 16 pennes à la queue sans intervalle.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un tiers; de la queue, 1 trois quarts; du bec, 13 lignes.

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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Couleurs. Les plumes de la gorge et du haut de la partie antérieure du cou sont d'un très-beau blanc, et chacune est marquée d'un petit point noir. Le reste du devant du cou et la poitrine sont d'un bleu d'émail à reflets éclatans. La queue, de même que ses couvertures inférieures, présente, du vert de mer en opposition et du bleu en conjonction. Le dessus de la tête est brun, et ses côtés, le dessus du cou, le dos, le croupion, le ventre et les ailes comme dans toutes les espèces. Le bec est noir.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX HIRONDELLES.

LES Guaranis donnent à ma première espèce d'hirondelles, le nom de mbiyui, qui exprime son cri; et de la vient qu'ils ont fait l'application de ce même nom à toutes les espèces. Je les appèle hirondelles, parce que cette dénomination fait naître une idée claire des oiseaux de cette famille. En effet, ils ressemblent aux hirondelles de mon pays, par leur parure modeste; la rapidité de leur vol; la manière de boire et d'attraper les insectes; leur large bouche; leur bec peu courbé, plus large du double qu'épais; la forme circulaire de leurs narines, percées verticalement, rapprochées l'une de l'autre et des plumes de la tête; leur tête aplatie; leur cou gros et court; leurs cuisses fort courtes; leurs tarses épais; leur queue composée de 12 pennes et échancrée; l'envergure étendue; les pennes de l'aile fermes; étagées et dont les premières ont leurs extrémités recourbées en arrière; enfin par l'habitude dans quelques espèces de disparaître pendant l'hiver, quoique la plus grande partie soit sédentaire.

Buffon reprend Aristote el Pline, pour avoir assuré que les hirondelles, dans les climats éloignés de ceux qui leur conviennent, se cachent pendant l'hiver au fond des cavernes des rochers, où l'on en trouve un grand nombre qui sont endormies, sans qu'il leur reste une seule plume.

Le même auteur attaque aussi l'opinion de plusieurs personnes, qui affirment qu'au nord les hirondelles pas-

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sent l'hiver sous les eaux des mares et des étangs, d'où elles sortent au premier printems. Mais l'une et l'autre de ces opinions sont si évidemment fausses, et si contraires aux lois de la nature, que se serait perdre son tems que de prendre la peine de les réfuter.1

Buffon dit encore, d'après Bajon et d'autres, qu'il est ordinaire, en Amérique, de trouver de grandes différences dans les couleurs du plumage des hirondelles, suivant le sexe ou l'âge, et qu'il s'est fondé sur cette observation pour réduire le nombre des espèces. Mais j'ai remarqué, au contraire, que les couleurs de ces oiseaux forment des caractères constans; et que si elles varient quelquefois par le sexe ou l'âge, ce n'est pas une raison pour les rejeter comme un caractère inutile, ni pour réduire les espèces à volonté. Du peu d'attention que les naturalistes font aux teintes du plumage et à leur distribution, de la difficulté d'en donner la description, et de la négligence dans l'observation des dimensions et des formes, naissent la confusion et le grand désordre de l'ornithologie.

N.° CCC.

L'HIRONDELLE DOMESTIQUE.2

ELLE habite le Paraguay et la rivière de la Plata. Elle fait son nid dans les églises et les maisons, et elle se pose

1 Je rapporte ce passage, qui pourrait paraître inutile si, dans ce derniers tems, quelque écrivains n'avaient cherché à reproduire, comme une vérité, la fable de l'immersion des hirondelles pendant l'hiver. (S.)

2 L'hirondelle de Cayenne, Buffon, Hist. nat. tom. XII, pag. 443, et planch. enlum. n.° 545, fig. 2. — Hirundo vulgaris
Barrère, Franc. équinox. pag. 134. — Hirundo Cayanensis Brisson, ornith. tom. II, pag. 495. — Hirundo chalybea Linn. syst. nat. gen. 117, sp. 37. — Latham, syst. ornith. gen. 46, sp. 21. Guenau de Montbeillard présente cette espèce comme une simple variété dans celle de l'hirondelle bleue de la Louisiane, tom. XII, pag. 441. — Hirundo purpurea Latham. Mais ce rapprochement m'a toujours paru hasardé. Le même naturaliste donne aussi comme une seconde variété de l'hirondelle bleue de la Louisiane, troix individus rapportés de l'Amérique méridionale par M. Commerson, et dont la gorge est d'un gris brun et le dessous du corps blanc. Il faudrait plus de renseignmens que nous n'en avons, pour décider si ces individus appartiennent à une espèce particulière. Je me contente, en attendant de plus amples informations, de les regarder comme une variété de l'hirondelle de Cayenne, et c'est à cette variété que je rapporte l'hirondelle domestique de M. d'Azara. (S.)

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fréquemment sur les croix des girouettes, sur le faîte des toits et sur les barrières des enclos. Pendant l'été, elles dorment dans l'intérieur des orangers et des autres arbres touffus; mais pour peu que le froid se fasse sentir, elles passent la nuit dans des trous ou sous les tuiles. Quoique cette espèce représente celle qui est commune dans ma patrie, cependant elle en diffère par le cri, qui consiste à répéter plusieurs fois les syllabes mbiyui. Du reste, elle est moins active; elle se perche beaucoup plus souvent; elle est plus grosse, comparaison faite avec sa longueur; enfin elle attaque tous les autres oiseaux qui approchent de son nid, et elle les poursuit avec acharnement, jusqu'à ce qu'elle les ait forcés à s'éloigner. Cette hirondelle niche sur les cabanes et les maisons des champs; mais dans les villes et les bourgs, elle choisit de préférence les églises et les grands édifices, et elle y établit son nid sur les poutres, les murailles, mais toujours de manière à ce qu'il soit peu

III. a. 7

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apparent. Quelquefois aussi ce nid est sous les tuiles; et quoique je ne l'aie jamais vu, l'on m'a assuré que les matériaux dont il est composé, sont de la terre au dehors et un peu de paille au dedans.

Le mâle et la femelle, qui ne diffèrent point entr'eux, partagent l'incubation et le soin de donner à manger à leurs petits et de leur apporter fréquemment des insectes. La ponte est de trois ou quatre œufs; les petits sont semblables à leurs père et mère, qui les conduisent pendant quelque tems et les ramènent au nid pour y dormir. Ce sont des oiseaux de passage. On sait qu'ils passent l'hiver au 20e degré de latitude; leur absence et leur retour ne sont pas aussi réglés qu'en Europe; c'est le plus ou le moins de durée du froid qui en fixent l'époque; de sorte que si l'hiver est doux, à peine sont-ils deux mois hors du Paraguay; dans le cas contraire, ils s'absentent pendant quatre mois. Je ne crois pas qu'il y ait d'oiseaux plus matineux; en effet, je les ai entendu chanter, dans les beaux jours, une heure et demie avant le lever du soleil, quoique la nuit fût encore obscure; cependant je pense qu'à raison de leur grande élévation, ils pouvaient apercevoir quelque lueur de crépuscule.

Formes. 18 pennes aux ailes, la première plus longue, les extérieures terminées en pointe et les autres un peu recourbées à leur extrémité. Des 12 pennes étagées de la queue, les latérales ont 9 lignes, et quelquefois 6 seulement, de plus que les deux intermédiaires. Bec un peu courbé. Tarse arrondi, avec un peu de duvet sur sa partie antérieure.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces trois quarts; il y a des individus beaucoup plus petits; de la queue, 3 un sixième; du vol, 15; de la jambe, 16 lignes; du tarse,

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8 et demie; du doigt da milieu, 8; du bec 5 et demie.

Couleurs. Le dessus de la tête, du cou et du corps, ainsi que les petites couvertures supérieures des ailes, sont colorés en bleu turquin, brillant et à reflets, mais qui paraît noir lorsqu'on le regarde à quelque distance. Les pennes des ailes, leurs grandes couvertures supérieures et la queue sont presque noires. Une petite bande d'un noir velouté va de la narine à l'œil, dont l'iris et le bord des paupières sont noirs. Les côtés de la tête sont noirâtres; les ailes en dessous d'un brun foncé, avec du blanc sur le bor extérieur de quelques pennes, et une tache de la même couleur à l'extrémité des autres. La gorge, le devant du cou et les côtés du corps, sont d'un blanchâtre mêlé de brun, et la poitrine et le ventre blancs. Le tarse est d'un brun rougeâtre derrière et d'un noir violet en devant. Le bec est noir.

N.° CCCI.

L'HIRONDELLE BRUNE.1

CETTE hirondelle a le corps plus rétréci que la précédente; son vol est plus léger et plus élevé, et elle est plus active; car elle se pose moins souvent, jamais sur les toits et les girouettes, et toujours sur les arbres secs ou peu feuillés; elle n'entre que très-rarement dans les villes et dans les villages. On la voit pour l'ordinaire seule ou par paires; mais quand l'hiver approche, époque de son départ du Paraguay, elle forme des bandes, quelquefois de cent individus. Ses voyages sont plus longs et son retour plus tardif. Je l'ai vu attaquer un chuy du n.° CXXXIII et

1 Espèce nouvelle. (S.)

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un perroquet nain du n.° CCLXXXVIII, qui lui disputaient un nid de fournier, et les forcer de fuir. Je l'ai vu aussi assaillir un fournier propriétaire d'un nid; mais cette fois elle fut vaincue. De ces faits, je conclus que cette hirondelle niche dans des trous. Elle est beaucoup plus rare et plus farouche que celle de l'article précédent.

Formes. Le tarse, les ailes et la queue, de même que dans l'hirondelle domestique; mais l'échancrure de la queue est seulement de 5 lignes et demie. Le bec un peu courbé depuis sa moitié à son bout, plus pointu et plus comprimé que celui de l'espèce précédente. Iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 et demi; du vol, 15; de la jambe, 14 lignes; du tarse, 8; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Elle a les côtés de la tête et toutes les parties supérieures, sans exception, de couleur brune; la gorge et une petite partie du devant du cou blanches; un demicollier brun; au milieu de la poitrine, une tache marbrée de brun et de blanc, qui manque, je crois, aux femelles; les côtés du corps, les jambes, les pennes des ailes, leurs couvertures inférieures et la queue brunes; du blanc à l'extrémité de ces couvertures les plus proches du bord de l'aile et des plus grandes; le reste des parties inférieures blanc; enfin le bec et le tarse noirs.

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N.° CCCII.

L'HIRONDELLE A VENTRE ROUGEATRE.1

JE n'ai vu qu'un petit nombre de ces hirondelles, au mois de décembre, dans les campagnes, entre les 28e et 29e degrés de latitude; quelques-unes se posèrent sur un chemin plat et les autres sur des barrières. Un jour trèsfroid de septembre, j'en tuai quelques-unes d'une petite bande; qui s'était réfugiée dans une cabane champêtre, sous le 27e degré.

Formes. 18 pennes aux ailes; les latérales des 12 de la queue sont très-aiguës.

Couleurs. Cet oiseau a le front, la gorge et le devant du cou d'un roux vif; les couvertures inférieures de la queue et des ailes d'un roux faible; la poitrine et le ventre d'un blanc lavé de roussâtre; une bandelette noire qui, depuis la naissance de l'aile, s'avance sur le devant du cou, comme pour former un demi-collier; une tache noire entre le bec et l'œil; le reste de la tête et le dessus du cou et du corps d'un bleu turquin; la queue, les ailes et leurs couvertures supérieures d'un brun foncé; une tache blanche sur le côté de toutes les pennes del'aile, à l'exception des deux intermédiaires.

1 L'hirondelle bleue et rousse de mon édition ds OEuvres de Buffon, tom. LV, pag. 212. Je suis le seul, avant M. d'Azara, qui ait décrit cette espèce, que j'ai observée à la Guiane française. (S.)

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N.° CCCIII.

L'HIRONDELLE

A COUVERTURES DE LA QUEUE NOIRES.1

LA troupe d'hirondelles dont j'ai parlé dans l'article précédent, était composée d'hirondelles à ventre rougeâtre et d'hirondelles à couvertures de la queue noires; ce qui m'avait fait soupçonner que c'étaient les mâles et les femelles de la même espèce. Mais, outre que la différence de grandeur et de couleurs est facile à remarquer, j'ai vu depuis, plus vers le midi, plusieurs paires d'hirondelles décrites dans cet article, qui entraient dans des trous creusés à l'ouverture des terriers des viscaques; et je ne doute pas qu'elles ne forment une espèce distincte.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces onze treizièmes; les autres dimensions sont en proportion de la longueur.

Couleurs. Un bleu turquin couvre le dessus et les côtés de la tête, le dessus du cou et du corps. Les ailes et la queue sont semblables à celles de l'espèce précédente; mais il n'y a point de taches blanches à la queue. L'espèce de demi-collier est brun. La gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre sont blancs et les couvertures inférieures de la queue noires. En dessous les ailes et la queue sont brunes.

1 Cette espèce est nouvelle, si toutefois elle doit être séparée de l'espèce précédente. (S.)

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N.° CCCIV.

L'HIRONDELLE A CROUPION BLANC.1

QUOIQUE ordinairement cette hirondelle n'entre pas dans les lieux habités, elle n'est cependant pas farouche, et elle vole très-près de la terre dans les campagnes. Elle se plaît à accompagner les voyageurs en se plaçant sous le vent, et elle saisit les mouches et les papillons qu'ils font enlever. Ce n'est presque toujours seule ou par paires qu'on la rencontre; elle forme pourtant quelquefois de petites bandes de dix à douze. Elle se repose quelque tems sur les bois secs et sur les arbres, et elle niche en octobre et novembre dans les trous des poteaux et des palmiers. Le nid n'est construit qu'avec des feuilles et beaucoup de crins. L'entrée de ce nid est si étroite, qu'il est impossible d'en retirer les petits. A la rivière de la Plata, où il n'y a point d'arbres, j'ai observé que ces hirondelles faisaient leur ponte, comme l'espèce précédente, dans des trous qu'elles creusaient sans doute elles-mêmes. Elles sont sédentaires, assez communes et gazouillent beaucoup au printems.

Les formes, à très-peu près comme dans les espèces précédentes.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces un quart; de la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 10 trois quarts; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 7.

Couleurs. A la narine commence un trait blanc, qui va au-dessus de l'œil jusqu'à sa moitié;. toutes les parties

1 Cette espèce ne doit pas être confondue avec l'hirondelle au croupion blanc d'Europe, ou l'hirondelle des fenêtres (hirundo urbica); je ne connais point d'espèce à laquelle on puisse la rapporter avec exactitude. (S.)

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inférieures et le croupion sont blancs. Les côtés et le dessus de la tête, le dessus du cou et le dos sont d'un bleu turquin changeant en violet. Les pennes des ailes et de la queue, ainsi que leurs couvertures supérieures, sont noires.

N.° CCCV.

L'HIRONDELLE A CROUPION ROUX.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce, que j'achetai au Paraguay.

Toutes les formes et les dimensions sont les mêmes que dans l'espèce précédente. Elle a le front d'un brun roussâtre qui s'étend au-dessus de l'œil; le dessus de la tête bleu turquin; la gorge et les côtés de la tête d'un rouge vineux; une tache de bleu turquin au-devant du cou; le derrière de la tête et les couvertures inférieures des ailes d'un brun clair et mêlé de roussâtre; le dessus du cou et

1 Cette hirondelle me paraît être la même que celle dont Guenau de Montbeillard fait mention, comme variété de l'hirondelle à croupion roux et queue carrée, Hist. nat. de Buffon, tom XII, pag. 475 (hirundo Americana). Commerson a vu cette hirondelle sur les bords de la Plata. Gmelin et Latham ont suivi l'opinion de Guenau de Montbeillard, en présentant aussi cette hirondelle comme une variété de celle à croupion roux et queue carrée; mais la queue fourchue de la première n'est-elle pas un attribut suffisant pour ne pas la confondre avec la seconde, dont la queue est carrée? Quoi qu'il en soit, la seconde hirondelle rapportée par Commerson, de la rivière de la Plata, et qui ne diffère que très-peu de l'hirondelle à croupion roux, décrite par M. d'Azara, est désignée dans le syst. ornith, de Latham, par cette phrase: Hirundo fusco nigricans, subtùs albida, gulâ, urupygio crissoque rufis. gen. 46, sp. 29, var. b. (S.)

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Le haut du dos couverts de plumes bordées de brun blanchâtre sur un fond bleu turquin; le bas du dos et le croupion d'un roux vif: les couvertures supérieures de la queue brunes, avec un liséré blanchâtre; les ailes et la queue d'un brun noirâtre; les plumes de la poitrine et du ventre d'un blanc sale et bordées de blanc pur, enfin le bas-ventre noir.

N°. CCCVI.

L'HIRONDELLE A VENTRE JAUNATRE.1

CETTE espèce est fort rare; je n'ai vu au Paraguay que six individus, et j'ai observé qu'ils avaient les mêmes attributs que l'hirondelle du n.° CCCIV, les mêmes formes et les mêmes dimensions. La gorge est d'un roux clair. Le devant du cou, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes sont d'un brun clair; la poitrine et le ventre d'un blanc lavé de jaune. Le bas-ventre est d'un blanc pur. Les côtés et le dessus de la tête, le derrière du cou, le dos et les couvertures supérieures des ailes sont d'un brun plus clair sur le croupion, et les pennes des ailes et de la queue d'un brun noirâtre.

J'achetai au Paraguay, dans le mois d'octobre, une hirondelle, qui différait de celle que je viens de décrire, en ce qu'elle avait la gorge et le devant du cou d'une couleur rousse, qui remonte sur les côtés de la tête, par derrière les yeux; la poitrine et le ventre blancs, très-faiblement lavé de couleur de paille; les côtés du corps d'un brun roussâtre; le dessus et les côtés de la tête d'un brun noirâtre, ainsi que le derrière du cou, le dos, les couvertures

1 Je ne connais point d'espèce d'hirondelle à laquelle on puisse rapporter celle-ci avec exactitude. (S.)

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supérieures et les dernières pennes de l'aile, mais avec des bordures rousses; les plumes da croupion d'un brun pur et terminées de roux clair; les pennes des ailes et de la queue noirâtres. Il me semble que cet oiseau est de la même espèce que le premier; cependant il ne serait point étonnant que ce fût une espèce distincte.

N.° CCCVII.

LE PETIT MARTINET.1

JE l'ai très-souvent observé dans les bois du Paraguay; il y vole toujours au-dessus des plus grands arbres; et si, dans les campagnes, il s'approche quelquefois jusqu'à trente ou quarante pieds au-dessus de la terre, il remonte bientôt à son élévation accoutumée; de sorte que je n'ai jamais pu le tirer. C'est un oiseau sédentaire et très-farouche; il ne se pose ni sur les arbres, ni à terre; il boit comme les hirondelles, et il attrappe quelquefois en passant les araignées qui sont sur les arbres. C'est le seul qui se rapproche du martinet de mon pays. Quelques-uns le nomment mbiyui-mbopi, c'est-à-dire hirondelle chauve-

1 Cet oiseau appartient à l'espèce que Buffon a nommée hirondelle brune acutipenne de la Louisiane, Hist. nat. tom. XII, pag. 447, et planche enlum. n.° 726, fig. 2, sous la dénomination d'hirondelle à queue pointue de la Louisiane. — Hirundo gutture ex albido, fusco maculato. Linn. syst. nat. gen. 117, sp. 10, var. b. — Latham, syst. ornith. gen. 46, sp. 30, var. b. Tous les individus de cette espèce n'one pas le plumage tel qu'il est décrit dans l'Histoire Naturelle; plusieurs sont d'un brun noirâtre, plus foncé sur la tête, le dos et les couvertures supérieures des ailes, et mêlé sur le reste d'une teinte grisàtre, qui domine sur la gorge. C'est à ces individus, formant peut-être une variété constante, qu'il faut rapporter le petit martinet de M. d'Azara. (S.)

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souris, parce qu'il a quelque ressemblance avec la chauvesouris, par sa couleur et par son vol incertain et plus rapide qu'en toute autre espèce. Il exécute dans son vol tous les mouvemens qui lui plaisent, tantôt en battant des ailes avec précipitation, tantôt en les étendant tout-à-fait, tantôt en s'élevant dans les airs, tantôt enfin en suivant toutes les directions qui lui conviennent, soit en ligne droite, soit en ligne oblique. Il passe avec beaucoup d'adresse entre les branches sèches, et il est si essentiellement destiné au vol, qu'il ne s'arrête ni ne se repose pas un instant dans la journée. C'est de Noseda que je tiens tous les détails relatifs à ce martinet.

«J'ai suivi, dit-il, plusieurs de ces oiseaux, et je n'ai jamais pu en tirer un seul, non-seulement à cause de la rapidité de leur vol, mais encore de leur naturel rusé, qui les fait tenir toujours hors de la portée du fusil; cependant ils sont très-communs dans le district que j'habite. Fatigué de tant de peines inutiles, je chargeai un Indien d'examiner si, par hasard, ces martinets ne se percheraient pas sur les arbres pendant la grande chaleur du jour, ou de reconnaître les endroits dans lesquels ils passent la nuit. Cet Indien passa une semaine entière dans les bois; et il remarqua que ces oiseaux ne s'arrêtaient jamais pendant le jour, et qu'ils s'élevaient souvent hors de la portée de la vue. Mais il découvrit un arbre d'une grosseur extraordinaire et très-touffu, qui avait un trou, d'où il vit sortir, de grand matin, plusieurs martinets. Il examina ce trou; et ayant observé qu'il en sortait du vent, il comprit qu'il devait y avoir une seconde ouverture, et il la découvrit en effet peu au-dessus du sol. Je me plaçai dans un lieu d'où je pouvais apercevoir ces oiseaux entrer dans leur

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domicile. Ils y arrivaient, au coucher du soleil, par petites troupes (j'en comptai soixante-deux), mais avec tant de rapidité, qu'à peine pouvait-on les distinguer. Mais on entendait les petits coups qu'ils donnaient de leurs ailes contre les bords du trou dans lequel ils se précipitaient, et dont l'ouverture n'était pas assez large pour qu'ils pussent y entrer les ailes étendues, quoique l'intérieur le fùt assez, pour qu'ils y passassent deux de front. Avant d'y pénétrer, ils volaient trois ou quatre fois autour et à une assez grande distance de l'arbre. Quand la nuit fut venue, je bouchai les deux ouvertures, et j'entendis que les oiseaux volaient dans l'intérieur du trou.

Le lendemain matin (3 décembre) je fis couper l'arbre; et ayant passé la main dans l'ouverture inférieure, je pris quarante martinets; les autres s'échappèrent. J'examinai l'intérieur de la cavité, et je reconnus qu'elle n'était propre qu'à des oiseaux grimpeurs, comme les charpentiers. Je mis en cage quelques-uns de ces martinets, et je laissai les autres en liberté dans ma maison. J'observai qu'ils ne pouvaient se tenir à terre, et que leurs ongles crochus, très-forts et aigus, leur donnaient la facilité de grimper.

Ils ont le tarse court, robuste et arrondi; les griffes fortes; le croupion musculeux; les tiges des pennes de la queue épaisses et se terminant en pointe aiguë et dégarnie de barbes, comme celles des charpentiers; 17 pennes aux ailes, et la deuxième la plus longue; une place nue et noire au-dessus et au-dessous de la partie externe de l'aile; les dix pennes de la queue presque égales, et les couvertures supérieures presque aussi longues que les pennes; les tarses sans écailles, enfin l'œil

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grand. Quand ceux que je nourrissais avaient le bec eu l'air, ils saisissaient avec promptitude ce qui se présentait, et ils ne le lâchaient que par force. Leurs ailes sont très-longues, fermes, étroites et pointues; leurs pennes, sur-tout les extérieures, ont de larges barbes et des tiges très-robustes; dans l'état de repos elles se croisent sur l'extrémité de la queue.

Le petit martinet a le corps maigre et léger; la tête, le bec, toute la physionomie des hirondelles, et le cri qu'il fait entendre en volant, semblable au bruil répété d'une très-petite castagnette. Il jète aussi, lorsqu'on le prend, le même cri que l'hirondelle domestique, quoique plus bas; on voit accourir à ce cri les autres martinets, mais néanmoins toujours hors de la portée du fusil. Ces oiseaux vivent en familles; de sorte que les soixante-deux que je vis entrer dans l'intérieur d'un arbre, étaient partagés en sept ou huit petites troupes. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle, entre le jeune et l'adulte.

Dimensions. Longueur totale, 4 pouces sept douzièmes, de la queue, 1 cinq douzièmes; du vol, 11 un tiers; de la jambe, 10 lignes; du tarse, 6; du bec, un peu plus de 6.

Couleurs. Tout le plumage est d'une teinte noirâtre, beaucoup plus foncée sur la tête et mêlée de rouge brun sur les couvertures inférieures de la queue. Il y a un peu de blanc sous la mâchoire inférieure. Le tarse est violet et l'œil tout noir».

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX IBIYAUS.1

LE mot guarani ibiyau signifie nous mangeons la terre; et il exprime le cri d'une des espèces de la famille d'oiseaux à laquelle ce nom est appliqué dans le Paraguay. Ces oiseaux ont de grands rapports avec les hirondelles, par leur tête aplatie, leur cou et leurs pieds courts, leur bec faible, ainsi que par le genre de leur nourriture, leur manière de se la procurer, et par d'autres attributs. Mais les ibiyaus diffèrent principalement des hirondelles en ce qu'ils sont plus grands, nocturnes, solitaires ou moins sociables, en ce qu'ils se posent à terre, en ce qu'ils ont des moustaches, les ongles dentelés, etc. Leur bouche est difforme, par son ampleur, et aussi large, et même plus large que la tête. Ils ont, en outre, le bec petit et courbé; la langue étroite et singulière; des moustaches longues et dures; les ouvertures des narines en tuyaux; les yeux très-grands et à travers lesquels paraît la couleur de la bouche ouverte; le cou court et comme renflé par la grande quantité de plumes qui le couvrent; les cuisses courtes; les pieds arrondis, robustes et revêtus de quelques plumes au haut de la partie antérieure; les trois doigts du devant unis près de leur insertion par une membrane; le doigt postérieur placé de côté; un rebord denté comme une scie, le long du côté interne de l'ongle du doigt du milieu; très-peu de

1 Crapauds-volans ou engoulevens. (S.)

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chair en comparaison de leur volume; l'envergure et la queue longues, enfin l'aile un peu étroite et en carré long.

La trop grande lumière les offusque; et, pendant le jour, ils ne s'enlèvent que quand on est très-près d'eux, pour voler quelques instans, bas et horizontalement, et se laisser tomber tout à coup, les ailes pliées comme une balle; il n'est pas aisé de les découvrir, parce que les teintes de leur plumage diffèrent peu de celles du terrain sur lequel ils tombent, et restent comme collés, sans se tenir sur leurs pieds. Ce n'est qu'à la lueur des crépuscules et au clair de la lune qu'ils cherchent leur subsistance, en volant avec beaucoup d'aisance et bas, mais en changeant fréquemment de direction pour attraper les insectes. Quelques espèces ne se posent qu'à terre, d'autres ne se perchent que sur les arbres, et quelques autres se reposent de ces deux manières. La première espèce s'accroche aux arbres, le corps vertical, de même que les charpentiers; les autres, au contraire, ne peuvent se tenir qu'appuyées sur le tarse. Les unes fréquentent les champs, d'autres les bois, et quelques-unes se trouvent dans les uns et les autres. Celles-ci ne paraissent au Paraguay qu'au milieu de l'hiver, celles-là n'y viennent qu'au printems, et quelques-unes y sont sédentaires, et se cachent dans l'intérieur des bois pendant les plus grands froids. On dit qu'aucune ne fait de nid, et qu'elles déposent leurs œufs sur la terre nue; cependant il est certain que la première espèce fait sa ponte sur les arbres. Elles ont toutes tant de ressemblance entr'elles, qu'il suffit d'en voir un individu pour ne pas se tromper sur la famille à laquelle il appartient; mais, par la même raison, il est extrêmement difficile de distinguer les espèces. En effet, les habitudes ne sont pas aisées à observer

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dans des oiseaux nocturnes. Les dimensions deviennent une grande ressource en plusieurs occasions; mais il faut les mesurer scrupuleusement, et les couleurs de leur plumage sont fort ordinaires, fort embrouillées, et tellement confuses qu'on ne peut les exprimer qu'avec beaucoup de paroles. En un mot, l'examen des ibiyaus est un travail rempli de difficultés, et si fastidieux, que j'ai jeté quelquefois ces oiseaux pour m'éviter l'embarras de les décrire et de les comparer.

N.° CCCVIII.

L'URUTAU.1

C'EST le nom que les Guaranis donnent à une espèce d'ibiyaus, qui est, parmi eux, en grande réputation par les contes qu'ils débitent à son sujet. Elle est assez rare; elle se trouve au Paraguay, et même je l'ai vue au 33e degré. Les oiseaux de cette espèce ne se tiennent que dans les grands bois, et ils se perchent toujours sur des arbres élevés et secs; ils s'accrochent, à la manière des char-

1 L'auteur rapporte l'urutau à quatre espèces d'engoulevens, décrites par Buffon, ou plutôt par Guenau de Montbeillard (Hist. nat. tom. XII). Mais comine il n'est pas possible que cet oiseau soit à la fois de quatre espèces différentes, je crois rencontrer juste en me déterminant à le rapprocher du grand engoulevent de Cayenne, avec lequel en effet il a plus de rapports. Hist. nat. de Buffon, tom. XII, pag 256 et planche enlum. n.° 325, sous la dénomination de grand crapaud volant de Cayenne. Il est vrai que M. d'Azara me reprend d'avoir vu les habitudes de cet engoulevent de la Guiane, un peu différemment que celles de l'urutau du Paraguay; mais outre que ces différences ne sont pas fort importantes, et ne valaient guère la peine d'ètre relevées, elles ne doivent pas ètre qualifiées d'erreurs. (S.)

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pentiers, à l'extrémité d'une branche cassée, le corps vertical et appuyé sur la queue, de sorte que la moitié de leur corps dépasse le tronc ou la branche; et comme leur plumage est de la même couleur que l'écorce, et qu'ils restent long-tems dans la même position, il est très-difficile de les découvrir. Quand on y parvient, les chasseurs du pays leur passent au cou un lacet attaché au bout d'une gaule. Ils ne se posent point à terre; et si on les y met, ils étendent les ailes, et appuient les pennes des ailes et le croupion contre la terre, conservant une position verticale, sans se tenir sur leurs pieds, ni en faire usage.

Les urutaus ne restent au Paraguay que depuis le mois d'octobre jusqu'au mois de février inclusivement. Ils sont sédentaires. Leur cri est bruyant, long et mélancolique; ils le font entendre, par intervalles, pendant toute la nuit, ce qui fait croire aux gens sans expérience que le jour va paraître. La femelle répond au cri du mâle. Ceux qui font la chasse à ces oiseaux cherchent à les approcher, en se dirigeant par leur cri, au point du jour, afin de les découvrir et de les prendre, au moment où le soleil est le plus élevé sur l'horizon. J'ai examiné plusieurs individus, et je n'ai point reconnu de dissemblance entr'eux. A la fin de décembre, j'en achetai un qui avait été pris adulte, et je le lachai dans ma maison. Je le nourris avec de petites boulettes de viande crue et hachée; mais au mois de mars, le froid le rendit triste; il refusa de manger pendant une semaine entière; ce qui me détermina à le plonger dans l'eau-de-vie, pour l'envoyer au cabinet du roi, à Madrid. Cet oiseau passait la journée immobile, les yeux fermés et le corps droit, sur le bâton d'une chaise; mais le soir et le matin il volait en tout sens. Il ne criait jamais, si ce n'est lorsque je le prenais à la main; alors il

IV. a. 8

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prononçait gua d'une voix forte et désagréable. Quand quelqu'un s'approchait de lui, comme pour le prendre, il ouvrait entièrement la bouche et les yeux, dont la pupille se rétrécissait tout à coup, puis s'agrandissait de nouveau peu à peu.

Il passe pour constant que les urutaus ne font point de nid, qu'ils collent leurs œufs aux aibres avec une espèce de gomme, et que les petits, au moment de leur naissance, ou leurs père et mère, cassent la moitié de la coquille des œufs, laissant la moitié inférieure collée à l'arbre, comme une espèce de console propre à soutenir les petits. Mais, d'après les observations de Noseda, il est certain que ces oiseaux pondent deux œufs bruns et tachetés dans un petit creux d'arbre sec, mais sans apparence de nid; de sorte que la mère, accrochée dans une position verticale, sur l'ouverture du creux, peut les toucher et les couver avec sa poitrine.

Formes. 21 pennes aux ailes, la troisième la plus longue; 10 égales à la queue. Le tarse n'a point d'écailles, et l'ongle du doigt du milieu n'a point de dents. Au-dessus de l'œil sont de petites plumes courtes et droites qui forment des espèces de petites cornes, lorsque les plumes de la tête sont couchées. L'œil est si transparent, qu'il semble que l'on aperçoit la rétine, et l'iris est si sensible à la lumière, que la pupile se contracte et se dilate avec une extrème promptitude.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 6 trois quarts; du vol, 31 un quart; de la jambe, 18 lignes; du tarse, environ 7; du doigt du milieu, 10, et de l'ongle, 5.

Couleurs. La gorge est roussâtre. Le devant du cou, la poitrine et les côtés du corps, présentent un ensemble de

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brun roussâtre; mais quelques plumes de ces parties sont noires à leur extrémité, et toutes ont la tige de cette couleur. Le ventre est d'un brun blanchâtre. Les ailes en dessous sont d'un brun foncé et tacheté de blanc. Une teinte noirâtre couvre la tête, dont les côtés, aussi bien que le derrière du cou et le haut du dos, ont les barbes des plumes d'un brun mêlé de roux et leurs tiges noires. Des lignes rousses, peu apparentes, traversent le fond brun du dos. Une grande bande de brun foncé s'étend depuis l'angle saillant de l'aile jusqu'aux dernières pennes; les couvertures supérieures qu'elles ne traversent pas sont noirâtres. Les pennes des ailes et de la queue sont brunes et rayées de brun blanchâtre. Le bord de la partie extérieure est presque blanc, le tarse d'un blanc rougeâtre et l'iris d'un jaune pur.

N.° CCCIX.

L'IBIYAU A QUEUE EN CISEAUX.1

J'AI vu quelques individus de cette espèce, toujours seuls, au milieu de l'hiver, et jamais au printems ni en été; ils ne se tiennent que dans les îles de la rivière du Paraguay, et ils volent sans cesse au-dessus des eaux et de leurs rives. Quand ils changent de direction, ils étalent leur queue comme une paire de ciseaux.

Formes. La deuxième des 22 pennes de l'aile est la plus longue. Des 10 de la queue, l'extérieure a 24 lignes de plus que la deuxième, celle-ci 5 de plus que la troisième, et cette dernière 2 de plus que la quatrième, et 11 de moins que les 2 du milieu. La tête ne paraît pas aussi large que

1 Espèce nouvelle. (S.)

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dans les espèces suivantes. Le tarse presque entièrement couvert de plumes en devant.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces et demi; de la queue, 6 trois quarts; du vol, 19 trois quarts; de la jambe; 18 lignes; du tarse, 11; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Il a le dessus de la tête et du corps, ainsi que le cou entier, noirâtres et tachetés de noir; un trait roux qui va d'un œil à l'autre, en passant par l'occiput; les 2 pennes du milieu de la queue barrées de noirâtre, sur un fond varié de la même teinte et de brun; le reste de la queue noirâtre, avec des bandes transversales d'un roux mêlé de blanc jusqu'à la moitié, et blanchâtres avec des points noirâtres sur l'autre moitié; les couvertures supérieures de l'aile variées de roux clair et de blanc roussâtre sur un fond noirâtre, qui est aussi celui des pennes traversées par des bandes interrompues de roux blanchâtre; les côtés de la tête marbrés de blanchâtre et de noirâtre; la gorge d'une nuance plus obscure; la poitrine, les côtés du corps et les couvertures inférieures des ailes, rayés de roux blanchâtre et de noirâtre; le ventre roux clair; enfin le reste comme dans les espèces suivantes.

N.° CCCX.

L'IBIYAU.1

JE donne à cette espèce le nom d'ibiyau, parce que je crois qu'il exprime son cri. Je l'ai vue en toute saison. Au printems, les ibiyaus suivent de préférence les chemins et s'y posent souvent; en hiver, ils se retirent dans

1 Cette espèce n'est point le grand ibiyau de Guenau de Montbeillard (Hist. nat. de Buffon, tom. XII, pag. 255), comme le croit M. d'Azara. C'est l'engoulevent à col blanc de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIV, pag. 353. — Caprimulgus albicollis Linn. syst. nat. gen. 118, sp. 8. — Latham, syst. ornith. gen. 47, sp. 7. (S.)

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Les bois et les lieux abrités. Ils vont seuls ou par paires, et ils volent moins haut et moins long-tems que les autres espèces; aussi leur envergure est-elle plus courte. On dit, et je le crois, qu'ils pondent sur le sol. Quand iis sont à terre, ils relèvent un peu la queue, et abaissent au-dessous le bout de leurs ailes.

Formes. 21 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 10 à la queue, la latérale de 10 lignes plus courte que les 2 intermédiaires, lesquelles sont de 2 lignes plus longues que la deuxième, et les autres égales.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces un sixième; de la queue, 6 et demi; du vol, 19 et demi; de la jambe, 22 lignes; du tarse, 16.

Couleurs. Le dessus et le derrière de la tête sont bruns; mais au sommet de la tête, il y a quelques plumes noires dans leur milieu et bordées de roux. Le dessus du cou, le dos et le croupion sont d'un brun roussâtre, avec des raies noirâtres peu apparentes. Les plumes du haut du dos sont variées de roux faible, de noir et de petits points noirs et roux. Les couvertures supérieures des ailes sont d'un roux faible à leurs extrémités, rayées de noirâtre sur leur côté extérieur, et pointillées de roux et de noirâtre sur le reste. Cette dernière nuance est celle des pennes, dont les intérieures ont des bandes roussâtres et les extérieures une seule bande blanche, large de 8 lignes. La queue a sa première penne presque noire; la seconde blanche, avec un peu de noirâtre sur ses barbes extérieures, vers sa pointe; la troisième entièrement blanche, et les autres

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pointillées de roux et de noirâtre. Les côtés de la tête et la mâchoire inférieure sont roux. La gorge est blanche, et le dessous du cou et du corps, de même que les couvertures inférieures des ailes, sont d'un roux léger, rayé transversalement de noirâtre. Il y a quelques plumes noires derrière l'oreille. Le tarse est olivâtre.

Des individus plus petits, que je regarde comme des femelles, ne diffèrent presque point par les teintes de leur plumage.

N.° CCCXI.

L'IBIYAU ROUX.1

CETTE espèce est beaucoup moins nombreuse que la précédente. Je ne l'ai jamais vu sortir des bois.

Formes. Comme celles de l'ibiyau.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces un quart; de la queue, 6 un douzième; du vol, 18 trois quarts.

Couleurs. Tout le fond du plumage est roux. Il y a des lignes transversales, étroites et noirâtres, sous le corps; une rangée de plumes noires dans leur milieu sur la tête; une tache d'un noir velouté sur chaque plume du haut du dos; des points noirâtres en forme de bandelettes sur la queue et un peu de blanc à son extrémité; des bandes yousses sur le fond noirâtre des pennes des ailes.

1 L'engoulevent roux de Cayenne, Buffon, Hist. nat. tom. XII, pag. 268, et pl. enlum. n.° 735, sous la dénomination de crapaud-volant, ou tête-chèvre de Cayenne. — Caprimulgus rufus Linn. syst. nat. gen. 118, sp. 9. — Latham, syst. ornith. gen. 47, sp. 9. (S.)

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N.° CCCXII.

LE NACUNDA.1

LES Guaranis appèlent nacunda toute personne qui a la bouche très-grande; et c'est par cette raison qu'ils appliquent la même dénomination à l'oiseau de cet article. C'est l'espèce la plus nombreuse; on ne la voit jamais dans les bois, ni perchée sur les arbres. Elle habite les campagnes; il paraît même qu'elle préfère les lieux humides. Elle fait la chasse aux insectes à une plus grande lumière que les autres espèces, avec un vol plus élevé et sans se poser dans les chemins. On la trouve ordinairement par paires, et quelquefois en familles et en bandes de plus de cent. Elle ne passe point l'hiver au Paraguay; et l'on dit que sa ponte consiste en deux œufs déposés sur la terre, sans aucune apparence de nid.

Formes. 23 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues; 12 égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces et demi; de la queue, 4 et demi; du vol, 27 et demi; de la jambe; 21 lignes; du tarse, 14.

Couleurs. Les quatre premières pennes de l'aile sont d'un noirâtre foncé sur quatre pouces de longueur vers leur extrémité, la cinquième n'a qu'un pouce de cette teinte et la sixième seulement une petite tache. Ces pennes, ainsi que la septième, ont une bande blanche qui les traverse; le reste des pennes, leurs couvertures supérieures, le dessus et les côtés de la tête, la partie postérieure du cou, le dos et le croupion sont piquetés de roux et de noir.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Une bande étroite et blanche, en fer à cheval, va d'un angle à l'autre de la bouche, sous la mâchoire inférieure. Des lignes blanchâtres et d'autres brunes couvrent les grandes couvertures des ailes; les moyennes sont blanches, ainsi que toutes les parties inférieures; mais il y a quelques piquetures rousses au devant du cou et quelques lignes brunes à la poitrine. Le tarse est olivâtre, et la queue, brune, a des barres transversales d'une nuance plus foncée.

N.° CCCXIII.

L'IBIYAU JASPÉ.1

IL a les mêmes habitudes que le précédent.

Formes. La deuxième des 22 pennes de l'aile est la plus longue; des 10 de la queue, les trois latérales de chaque côté sont égales, et de 4 lignes plus longues que les deux du milieu, lesquelles en ont 7 de plus que la suivante.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 5 trois quarts; du vol, 20 et demi.

Couleurs. Il a le dessus de la tête noir tacheté de roux et d'un peu de blanc; les côtés de la tête variés de blanc et de brun; les plumes du dessus du cou et du haut du dos noirâtres et bordées de blanc sale; les scapulaires noires et variées de blanc et de roux; le dos et le croupion bruns et

1 M. d'Azara passe en revue six espèces d'engoulevens, décrites par Guenau de Montbeillard, auxquelles il compare sou ibiyan jaspé, sans décider à laquelle de ces espèces il appartient. Je le crois plus rapproché du mont-voyau que de tont autre. Le montvoyau de la Guiane, Buffon, Hist. nat. tom. XII, pag. 267, et pl. enlum. n.8733. — Caprimulgus Guianensis Linn. syst. nat. gen. 118, sp. 10. — Latham, syst. ornith. gen. 47, sp. 8. (S.)

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piquetés de blanchâtre; les 3 premières pennes des ailes brunes, les autres noirâtres, avec des lignes rares, interrompues et blanchâtres; du reste, les 5 premières sont remarquables par une grande tache blanche. Les couvertures supérieures des ailes sont noirâtres et rayées de blanchâtre, les petites presque noires et terminées de blanc, et les moyennes variées de blanc et de noir. Les 3 pennes latérales de la queue sont brunes et rayées de blanchâtre avec une tache très-blanche vers leur extrémité; les autres sont rayées de noirâtre et piquetées de brun. La gorge est blanche, le devant du cou noirâtre et tacheté de blanc roussâtre, enfin des raies transversales, blanches et noirâtres couvrent le reste des parties inférieures.

Le plumage varie, dans cette espèce, soit par la différence de l'âge, soit par celle du sexe.

N.° CCCXIV.

L'IBIYAU

AUX AILES ET QUEUE BLANCHES.1

JE n'ai vu qu'un petit nombre d'individus de cette espèce, depuis septembre jusqu'en novembre; d'où je conclus que ce sont des oiseaux de passage. Ils suivent les chemins, sur lesquels ils se posent fréquemment; ils vo-

1 Autant que l'on en peut juger par la description fort embrouillée de cet oiseau, il est de la même espèce que l'engoulevent varié de Cayenne, de l'Hist. nat. de Buffon, tom. XII, pag. 261, et pl. enlum. n.° 760, sous la dénomination de crapaud-volant de Cayenne. — Caprimulgns Cayennensis Lin. syst. nat. gen. 118, sp. 13. — Caprimulgus Cayanus Latham, syst. ornith. gen. 47, sp. 12. (S.)

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lent bas, et ils passent les jours dans les campagnes; cependant Noseda dit qu'ils entrent aussi dans les bois. Ils vont seuls; et l'on assure que leur cri sonore ne manque pas d'agrément; on l'exprime par les syllables chuyguigyigui.

Formes. Des 21 pennes des ailes, la deuxième et la troisième sont les plus longues; les 10 de la queue sont égales.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces trois quarts; de la queue, 3 trois quarts; du vol, 17 et demi; de la jambe, 16 lignes; du tarse, 10 et demie.

Couleurs. Trois bandelettes noirâtres presque imperceptiblement pointillées de roux, se dirigent en longueur au - dessus de la tête; entr'elles est du blanchâtre très-faiblement pointillé de brun. Les oreilles sont presque blanches, et une rangée de plumes blanchâtres dans leur milieu, rousses et piquetées de brun sur leurs bords, va de l'une à l'autre. Les plumes du dessus du cou ont les mêmes nuances, excepté que leur milieu n'est pas blanc. Il en est aussi de même des scapulaires et des plumes du dessous du corps; mais elles sont variées par des taches et des points blancs et d'un noir velouté, ainsi que les couvertures supérieures des parties internes de l'aile et les dernières pennes, lesquelles cependant ont moins de noir et une tache longue, irrégulière et presque blanche, sur leur milieu; celles des parties extérieures sont blanches, bordées et terminées de blanc; un trait qui va de la première penne à l'extrémité de la neuvième, sépare le noir qui couvre les autres pennes. Les deux intermédiaires de la queue et les bords des autres sont d'un blanc mêlé de jaune et piqueté de brun; la penne latérale entière et le reste des autres pennes sont blancs. Les plumes de la gorge et de

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la partie antérieure du cou ont, dans leur milieu, une tache alongée, irrégulière et blanche, et des lignes rousses et noirâtres sur le reste. Le haut de la poitrine est rayé transversalement de noirâtre sur un fond blanc roussâtre, et le bas a cette dernière nuance. Toutes les autres parties inférieures sont blanches, à l'exception des premières pennes, noirâtres depuis leur milieu jusqu'à leur bout. Le tarse est d'un brun rougeâtre.

N.° CCCXV.

L'IBIYAU A QUEUE SINGULIÈRE.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce.

Formes. La deuxième des 20 pennes des ailes est la plus longue. Des 10 de la queue, la troisième dépasse la première de 4 lignes et de 10 la quatrième et la cinquième; de sorte que la queue a une forte échancrure en carré. Le tarse est presque entièrement couvert de plumes en devant.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces deux tiers; de la queue, 3 deux tiers; du vol, 15 trois quarts; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 8 et demie.

Couleurs. De la base du bec une bande presque noire et tacheté d'un noir pur, va se terminer à l'occiput; le reste du dessus de la tête est blanchâtre, avec une multitude de piquetures et quelques lignes longitudinales noirâtres. Un trait roussâtre et varié de noirâtre passe derrière l'oreille et descend sur le haut de la gorge, où se voit un croissant de couleur blanche. Un brun foncé couvre le dessus du cou et du corps; il y a quelques taches noires

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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sur les scapulaires. Les pennes courtes de la queue et leurs couvertures supérieures ont à peu près les mêmes teintes que le dos, avec quelques raies transversales brunes; les pennes longues sont rayées de noirâtre et de blanc. Les couvertures supérieures des ailes ont une grande tache fauve à leur extrémité, une autre noire le long de la tige, et le reste blanchâtre et piqueté de bleu; les pennes extérieures ont des barres de roux vif sur un fond noirâtre. Le devant du cou, le dessous et les côtés du corps sont d'un roux clair, rayé transversalement de noirâtre.

N.° CCCXVI.

L'ANONYME.1

JE n'ai pu trouver de dénomination propre à caractériser cette espèce, que j'ai vue au mois d'octobre.

Formes. 21 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues; 10 étagées à la queue, l'extérieure de 4 lignes plus courte.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces trois quarts; de la queue, 3 deux tiers; du vol, 15 et demi; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 9.

Couleurs. Les plumes de la tête et les scapulaires ont leur milieu d'un noir velouté et le reste brun; celles de la partie postérieure du cou paraissent brunes, quoique, dans le réel, elles aient une multitude de points blancs et noirâtres et leurs tiges presque noires. Les ailes sont variées de noir, de roux et de blanc. La queue a les mêmes teintes que le dessus de la tête et du cou, en outre, des bandes de

1 Espèce nouvelle. (S.)

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brun foncé. La gorge est d'un blanc roussâtre, avec quelques points noirâtres. Le devant du cou, la poitrine, le ventre et le dos sont rayés de noirâtre et de blanc sale. Le dessous des ailes est rayé de brun foncé et de roux clair.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX PIGEONS.

SOUS cette dénomination, je comprends tous les pigeons et les tourterelles du Paraguay. Ces oiseaux se ressemblent en effet par la bonne qualité de leur chair; les formes; le tarse gros, arrondi et rouge; les doigts séparés; le vol; la ponte de deux œufs dans un nid plat et construit avec de petites branches sur les arbres et non dans des trous; le cri ou le roucoulement plaintif; la manière de manger, de boire, de marcher, de se nourrir; l'instinct social et sédentaire; la rapidité du vol, etc. etc.; de sorte que si j'avais voulu séparer les tourterelles des pigeons, je n'aurais pu me diriger que par la différence de grandeur. Cependant les Guaranis les divisent en trois familles; les picazu, les yeruti et les picui; ce qui se rapporte à nos ramiers, à nos pigeons et à nos tourterelles. Ils comptent dans leur première division mes trois premières espèces; dans la seconde, les trois suivantes, et les autres dans la troisième.

N.° CCCXVII.

LE PICAZURO.1

PICAZU est le nom que les Guaranis donnent à tout grand pigeon, et particulièrement à l'espèce de cet article:

1 C'est un ramier, assez différent de celui d'Europe pour ètre considéré comme une espèce, ou du moins comme une race distincte. (S.)

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la dernière syllabe ro signifie amer, parce que la chair de cet oiseau contracte de l'amertume quand il se nourrit de certains fruits. Les Espagnols le connaissent communément sous la dénomination de paloma et de paloma-torcaz (pigeon et ramier). C'est le plus grand et le plus commun de tous. Il vit par paires et en bandes très-nombreuses, qui se séparent avec une entière indifférence. Ces oiseaux sont sédentaires, farouches, et ils se perchent à la cime des arbres, qu'ils choisissent, pour l'ordinaire, desséchés ou peu feuillés. Ils n'entrent point dans les bois; ils fréquentent les plantages et les campagnes; et ils mangent le maïs nouvellement levé, d'autres graines, des fruits et même des morceaux de la chair crue du bétail que l'on tue dans les campagnes. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle.

Formes. 20 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième plus longues; la queue en a 12 étagées, dontl'extérieure est de 8 lignes plus courte. Les yeux sont entourés d'un petit espace dénué de plumes et grenu, qui communique à l'angle de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces et demi; de la queue, 4 deux tiers; du vol, 26; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 18; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Il a toute la tête, la gorge et le devant du cou d'un rouge vineux; les plumes du haut et les côtés du cou arrondies et noirâtres, avec une tache blanche en fer à cheval vers l'extrémité de chacune; celles du dessus du cou brunes et bordées de noirâtre, avec des taches en fer à cheval, larges et d'un rouge vineux mêlé de blanc; le dos et le croupion d'un bleu plombé et vif; le haut du dos et les ailes bruns, aussi bien que la queue, dont l'extrémité est noirâtre; le dessous du corps bleuâtre; les

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couvertures inférieures des ailes et de la queue d'un bleu plombé clair; le tarse d'un rouge violet; l'iris d'un bel orangé; le tour de l'œil rouge sanguin; enfin le bec bleu et comme saupoudré de blanc.

La femelle, un peu plus petite que le mâle, a les teintes des couleurs moins vives.

N.° CCCXVIII.

LE PIGEON AUX AILES TACHETÉES.1

JE ne l'ai rencontré qu'entre le 27e et le 28e degrés de latitude. J'ai lieu de croire qu'il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle.

Formes. La deuxième des 20 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, l'extérieure est de 4 lignes plus courte que les quatre du milieu, et à peu près de la longueur des couvertures inférieures. La peau nue dont l'œil est entouré, ne communique point avec la membrane du bec.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces; de la queue, 4 un sixième; du vol, 25 un quart; de la jambe, 26 lignes et demie; du tarse, 18.

Couleurs. Toute la tête, le cou entier, le dessous et les côtés du corps, les couvertures inférieures des ailes, le dos et le croupion ont une teinte de plomb, comme le ramier. Toutes les couvertures supérieures des ailes ont une petite tache blanche vers leur extrémité et le reste brun; les petites couvertures ont, de plus, un liséré blanc

1 Il doit, comme le précédent, être rapporté au ramier, dont il diffère néanmoins assez pour constituer une race, et peut-être une espèce distincte et séparée. (S.)

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sur leur bord extérieur. Les plumes du cou n'oint point de reflets; le tarse est d'un rouge violet foncé, l'iris d'un beau blanc et le bout du bec noirâtre. Le reste comme dans l'espèce précédente.

N.° CCCXIX.

LE PIGEON SAUYAGE.1

C'EST la dénomination que Noseda donne à cette espèce, qu'il a décrite en ces termes:

«Je tuai un de ces pigeons dans une prairie de mon habitation, au mois d'octobre. Il se tient dans les bois, où il se pose sur les arbres les plus hauts. Il est trèssauvage. Il n'est pas aussi commun que les autres, et on ne le voit qu'en petites troupes. Pendant les grandes chaleurs des jours d'été, il se perche sur les arbres peu élevés à la lisière des bois.

Formes. 22 pennes aux ailes, la première plus longue; 12 étagées à la queue, l'extérieure plus courte. L'iris est double.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces; de la queue, 4; du vol, 21 un tiers; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 14; du bec, 8.

Couleurs. Un rouge tirant sur le violet colore la moititié antérieure de la tête, le cou entier, la gorge et les petites couvertures supérieures des ailes. La partie postérieure de la tête est d'un roux foncé, brillant de reflets d'or pur, de vert et de cramoisi, qui s'étendent

1 Je soupçonne que cette espèce est la mème que le pigeon aux ailes noires, indiqué par l'abbé Molina, dans son Histoire naturella du Chili.—Columba melanoptera Latham. (S.)

IV. a 9

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jusque vers les angles de la bouche. Les ailes et la queue sont noirâtres, mais les pennes de la queue sont terminées de blanc. Le reste du plumage est d'un bleu roussâtre, dont la nuance est plus claire sur le ventre. Le bec est très-noir, le plus petit des deux iris cendré et le plus grand de la couleur des grains de grenade».

N.° CCCXX.

LE PIGEON BRUN

A COUVERTURES INFÉRIEURES DES AILES ROUGES.1

Ce pigeon ne quitte pas les bois, et il s'y perche toujours sur les branches basses des arbres et sur les buissons touffus. Il vole fort bas, comme s'il voulait se tenir caché; il eherehe à terre sa nourriture. On le trouve seul ou par paires, rarement en petites troupes. Il est cependant très-commun, et les enfans lui font la ehasse avec fruit, en tendant des piéges dans les sentiers et y mettant du maïs pour appât. Les Guaranis l'appèlent plus particulièrement yeruti, quoiqu'ils donnent aussi ce nom aux deux espèces suivantes. Celle-ci est sédentaire, et elle est répandue jusqu'aux environs de la rivière de la Plata; elle a le corps moins gros que les espèces qui suivent.

Formes. 21 pennes aux ailes; la quatrième plus grande, et la première, qui a peu de longueur, n'a presque point

1 Il y a toute apparence que M. d'Azara a rencontré juste, en rapportant ce pigeon à l'espèce indiquée par Sloane (columba minor ventre candido Jamaïc. pag. 303); et par Brown (columba media ventre candido, Hist. nat. Jamaïc. pag. 469).— Buffon, tom. IV, pag. 359. — Columba Jamaïcensis Latham, syst. ornith. (S.)

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de barbes vers son extrémité. Des 12 pennes de la queue, l'extérieure est de 6 lignes plus courte et les autres sont presque égales. Une peau nue autour des yeux, laquelle s'étend jusqu'à l'angle de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces et demi; de la queue, 4; du vol, 17 et demi; de la jambe, 26 lignes; du tarse, 17; du bec, 8.

Couleurs. Il a le dessus de la tête et du cou d'un brun violet, changeant en bleu, en couleur d'or et en violet; le reste des parties supérieures brun; les petites plumes de la base du demi-bec supérieur, les côtés de la tête, le devant du cou et la poitrine d'un blanchâtre mêlé de violet; la gorge et le ventre blancs; la queue d'un brun bleuâtre, avec du blanc à son extrémité et du noirâtre au-dessus; le dessous des ailes rouge de carmin; le tarse rouge; le bec bleu noirâtre; l'iris orangé et la peau nue des côtés de la tête, d'un violet mêlé d'un peu de rouge sanguin.

N.° CCCXXI.

LE PIGEON ROUGE ET JAUNE.1

CETTE espèce doit être rare au Paraguay; car je n'y ai vu qu'un seul individu; il me fut vendu par un petit garçon; il était mort et les pennes de ses ailes étaient arrachées.

Formes. 14 pennes étagées à la queue, l'extérieure a 3 lignes de moins que les autres. L'articulation du tarse est

1 Le pigeon violet de la Martinique, Brisson, tom. 1, pag. 129. — Columba Martinica Linn. syst. nat. gen. 104, sp. 24. — Latham, syst. ornith. gen. 40, sp. 27. Buffon (tom. IV, pag. 353) ne l'a considéré que comme une très-légère variété de notre pigeon commun. (S.)

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nue. Le bec est plus pointu et plus comprimé sur les côtés que dans toute autre espèce, et les plumes s'avancent audelà des ouvertures des narines. L'espace nu qui entoure l'œil, s'étend par une ligne étroite jusqu'à l'angle de la bouche.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi; de la queue, 3 un sixième; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 26, du bec, 6.

Couleurs. Le front est d'un roux mêlé de violet. La tête el le dessus du cou sont d'un violet vineux, vif et brillant sans reflets. L'oreille est d'un blanc roussâtre, ainsi que la gorge. Un blanc mêlé de rouge vineux colore la partie antérieure du cou et le haut de la poitrine, dont le bas, aussi bien que le ventre, est d'un blanc teinté de jaune pâle. La queue en dessous et les couvertures inférieures des ailes ont la couleur du tabac d'Espagne. Tout le dessus du corps et de la queue est d'un roux un peu foucé et mêlé de rouge vineux; c'est aussi la nuance des couvertures supérieures de l'aile. Le tarse est rouge, le bec d'un rouge noirâtre en dessus et rouge en dessous, l'iris blanc et le tour de l'œil rouge sanguin.

N.° CCCXXII.

LE PIGEON BRUN TACHETÉ.1

IL est très-commun au Paraguay et à Buenos-Ayres. Ses habitudes ne diffèrent de celles du picazuro qu'en ce

1 C'est à tort que M. d'Azara présume que l'hoilotl, pigeon du Mexique décrit par Fernandez (Hist. avi nov. Hisp. cap. 56, pag. 26), et rapporté par Buffon au biset d'Europe (tom. IV, pag. 353), est le même que le pigeon brun tacheté. En effet, quels que soient les rapports extérieurs entre ces deux oiseaux, la différence dans leurs habitudes naturelles ne permet pas de les réunir en une seule et même espèce. Fernandez dit positivement que son hoilotl vit dans les contrées les plus froides et les plus couvertes de forêts, et qu'il est très-farouche; le pigeon brun tacheté a des habitudes tout-à-fait opposées. Au reste, la plupart des pigeons de l'Amérique méridionale sont encore trop peu connus pour que l'on puisse prononcer avec certitude sur leur identité ou leur réunion. (S.)

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qu'il est plus disposé à se familiariser. On voit quelquefois des troupes de cinquante pigeons de cette espèce; cependant ils se tiennent communément par paires ou par families. Ils se perchent au haut des arbres, mais jamais à la cime, et ils préfèrent ceux qui sont le moins touffus. Ils n'entrent point dans les bois et ne cherchent point à se cacher; ils trouvent leur nourriture dans les campagnes et les plantages, et ils se laissent approcher de très-près. Leur corps a plus de longueur que de grosseur.

Formes. La deuxième des 21 pennes des ailes est la plus longue. Les 14 de la queue sont étagées, et l'extérieure est de 8 lignes plus courte que les autres. La peau grenue du tour de l'œil va jusqu'au bec.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces trois quarts; de la queue, 3; du vol, 15 et demi; de la jambe, 19 lignes; du tarse, 12; du bec, 7.

Couleurs. Le dessus de la tête, du corps et des ailes sont de couleur brune; il y a des taches de bleu turquin et émaillé sur les premières et dernières pennes et couvertures. Des reflets d'or brillant sur les côtés du cou en conjonction, et d'autres d'un rouge violet en opposition. Deux traits bleu turquin, qui prennent naissance derrière l'œil, se prolongent au-dessus de l'oreille. La gorge est blanche,

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le devant du cou d'un brun violet, et le reste du dessous du corps d'un blanc roussâtre, lavé de violet. Les côtés du corps, ainsi que les ailes en dessous, ont une faible teinte plombée. La penne latérale de la queue a son côté extérieur blanc et toutes les autres pennes, les deux du milieu exceptées, ont leur extrémité blanche, avec un peu de noir au-dessus; le reste de ces pennes est brun, de même que les intermédiaires. Le tarse est d'un rouge sanguin foncé et le tour de l'œil bleu.

La femelle est un peu plus petite, et les teintes de son plumage sont plus faibles. L'oiseau adulte présente aussi quelques différences peu considérables.

N.° CCCXXIII.

LE PIGEON ROUGEATRE.1

JE n'ai vu ce pigeon qu'au Paraguay, où les Guaranis le connaissent sous le nom de picuipita (tourterelle rouge). On le voit par paires et rarement en petites troupes de quatre ou six. Il se perche à la moitié de la hauteur des arbres et des buissons, et jamais à leur cime. Il ne voyage point et il s'approche des habitations champêtres; il entre même dans les cours pour chercher sa nourriture; mais il ne s'éloigne pas beaucoup des bois. Cette espèce se méle ordinairement à la précédente; mais lorsqu'elles prennent leur volée, elles se séparent. J'achetai, au mois de juillet, un nid que l'on m'assura appartenir au pigeon rougeâtre;

1 Le pigeon de la Martinique, Brisson, ornith. tom. I, pag. 103. Buffon l'a présenté comme une simple variété de notre pigeon (tom. IV, pag. 354). Latham est aussi de cette opinion, qui ne me paraît pas plus fondée qu'à M. d'Azara. (S.)

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il contenait deux œufs blancs, d'égale grosseur et formant un sphéroïde parfait, dont les axes avaient 10 un quart et 8 lignes.

Formes. La troisième des 21 pennes de l'aile est la plus longue; 12 étagées à la queue; l'extérieure étant plus courte de 5 lignes. Avec quelqu'attention, l'on remarque sur les côtés du tarse une rangée de petites plumes informes. Le tour de l'œil est nu et ne communique point avec le bec.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces; de la queue, 2 deux tiers; du vol, 11; de la jambe, 14 lignes et demie; du tarse, 9; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Ce pigeon a le dessus de la tête de couleur de plomb; du blanc entre l'œil et le bec; la gorge, le devant du cou, le dessous et les côtés du corps, d'un roux foncé; les couvertures inférieures des ailes noires, à l'exception des grandes dont les bords seulement sont noirs et le reste brun foncé, de même que les pennes en dessus et les couvertures supérieures de la partie externe de l'aile; la queue noire et terminée de roux, excepté les deux pennes du milieu qui ont la couleur du tabac d'Espagne, nuancée de rouge vineux; tout le reste du plumage de ce même rouge vineux, avec quelques taches noires sur les couvertures supérieures des ailes; le tarse d'un rouge violet obscur; le bec d'un bleu sombre; l'iris rougeâtre; enfin la paupière bleue.

La femelle a les mêmes couleurs, mais plus faibles.

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N.° CCCXXIV

LE PICUI.1

Les Guaranis donnent plus particulièrement à ce pigeon le nom de picui, quoiqu'ils l'appliquent aussi au précédent. Les Espagnols du Paraguay l'appèlent petite tourterelle, parce qu'ils croient à tort que c'est la tourterelle d Europe. Cet oiseau est très-commun au Paraguay et dans les contrées arrosées par la rivière de la Plata; quoique ses habitudes le rapprochent de l'espèce précédente, il est cent fois plus nombreux et moins farouche; on le voit fréquemment dans les cours des habitations, où l'on peut le tuer avec un bâton. Le picui diffère également du pigeon rougeâtre, en ce qu'il est un peu plus gros, en ce que ses ailes sont moins longues, qu'il préfère les lieux moins sombres et qu'il s'éloigne davantage des forêts. On le rencontre ordinairement par paires, quelquefois eu familles et même en bandes de vingt-cinq individus. Son nid aplati et composé de petites branches, sans matières molles à l'intérieur, est placé sur les buissons et les arbres de moyenne hauteur; la ponte est de deux œufs blancs, dont l'un, presque sphérique, a 9 lignes et demie de grand diamètre, et l'autre est un peu plus alongé.

Formes. Les deuxième et troisième des 20 pennes de l'aile sont les plus longues; des 12 de la queue, l'extérieure a 4 lignes de moins que les autres. Un espace nu entoure l'œil et s'étend jusqu'à l'angle de la bouche.

1 C'est peut-être le pigeon de Carthagène (columba fusca) que le voyageur-naturaliste Jacquin a décrit d'une manière trop succincte dans son Voyage, pag. 33, n.° 27. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 7 pouces un tiers; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 11; de la jambe, 14 lignes et demie; du tarse, 9; du bec, 5 et demie.

Couleurs. Les parties inférieures sont d'un blanchâtre un peu mêlé de brun sur le devant du cou et les côtés du corps, avec une légère teinte vineuse à la poitrine. Un noir velouté colore les couvertures du dessous de l'aile. Le front et les côtés de la tête sont blanchâtres; le dessus de la tête, du cou et du corps, aussi bien que les couvertures supérieures des ailes, sont d'un brun pur; mais il y a, sur les mêmes couvertures, une rangée de petites taches d'un bleu d'émail, du noir sur quelques-unes et un trait blanc sur d'autres; les pennes sont d'un brun noirâtre; l'extérieure de chaque côté de la queue est blanche; les deuxième, troisième et quatrième ont du blanc vers leur extrémité et le reste brun, comme les autres pennes. Le tarse est d'un rouge violet et obscur, le bec d'un bleu foncé et le tour de l'œil bleuâtre.

N.° CCCXXV.

LE PIGEON NAIN.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce; je l'avais acheté au Paraguay en novembre, et il me parut adulte.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un quart; de la queue, 1 onze douzièmes; du vol, 9; de la jambe, 12 lignes et demie; du bec, 4 et demie.

1 Je ne pense pas que les différences indiquées par M. d'Azara, entre ce pigeon et le picui, soient assez remarquables pour autoriser à ranger ces oiseaux en deux espèces distinctes; ils ne me paraissent que des variétés d'âge ou de sexe dans la même espèce. (S.)

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Couleurs. En comparant ce pigeon avec le picui, j'ai observé que les couleurs du plumage étaient les mêmes, à quelques exceptions près: il a moins de blanc sous le corps; du rouge aux couvertures inférieures de l'aile; une tache blanche sur les pennes extérieures et sur les couvertures correspondantes; le grand côté des mêmes pennes rouge, ainsi que la moitié supérieure des couvertures de la partie externe de l'aile; un peu de blanc vers l'extrémité des deux pennes latérales de la queue; du noirâtre au bout des autres; le reste de la queue d'une nuance plombée, enfin le tarse d'un rouge lavé de blanchâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX YNAMBUS.

YNAMBU est le nom que les Guaranis donnent à une famille d'oiseaux que les Espagnols appèlent perdrix, s'ils sont gros, et cailles, s'ils sont petits. Dans le vrai ces oiseaux ressemblent aux perdrix, par le nombre considerable de leurs œufs, la ponte sur la terre recouverte seulement de quelques brins d'herbe, l'habitude de ne boire ni de voyager, d'être pulvérisateurs et de ne jamais se percher; le naturel titimide et triste; le vol pesant, court et bruyant; la rapidité de la course; la bonté de la chair, l'estomac charnu et la grosseur du corps. Cependant il y a entr'eux beaucoup plus de différences que de ressemblances: les ynambus ne vont point en compagnies, et on ne les voit que rarement réunis par paires; de sorte que les petits, même nouvellement éclos, courent de côté et d'autre, sans que personne les ait vu rassemblés. Ces oiseaux se nourrissent plutôt de chenilles que de graines, et ils préférent les terres incultes aux campagnes cultivées. Aucune espèce n'a de peau nue autour des yeux. Ils ont la tête plus petite; le cou plus long et délié; la langue et le bec différens de ceux des gallinacés; la langue semblable à celle de la cygogne, et le bec plus droit et long, moins gros, moins fort et moins pointu; les ouvertures des narines alongées et plus avancées sur le bec. Ils n'ont pas de queue; leur doigt postérieur est plus court et leur chair est plus savoureuse. Leur ponte est de moitié moins nombreuse que celle des perdrix.

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Les ynambus diffèrent également des eailles en ce qu'ils sont sédentaires; qu'ils ne prennent pas autant de graisse; qu'ils font entendre leur cri pendant toute l'année, soir et matin, et quelques-uns durant la journée entière. Ils out néanmoins plusieurs traits de conformité avec les callies, tels que le peu de défiance, le naturel peu sociable, la timidité, la tristesse et l'indolence qui les font rester tranquilles presque tout le jour à la même place. En résumé, les ynambus forment une famille distincte et séparée. Du reste, ces oiseaux ont tous le croupion sans queue, large, arrondi et incliné vers le bas; l'envergure courte; les pennes des ailes fortes, étroites, pointues, concaves, et la première plus courte que les autres; le bec sans échancrure et obtus à sa pointe, ni fort, ni volumineux et aplati en dessus; les mandibules égales et la supérieure droite jusque vers son extrémité, où elle se recourbe faiblement; la langue très-courte, triangulaire et presque enfoncée dans la gorge; l'œil recouvert par de petites plumes qui forment une petite houppe; le cou un peu long et très-mince à la nuque; l'estomac gros; le tarse arrondi, robuste et sans plumes à son articulation; les doigts un peu courts, entièrement séparés, charnus et la séparation de leurs phalanges peu apparente; la démarche vive et agile; la course rapide, enfin le vol bas, horizontal et droit. Le manque de queue les empêche de se tourner avec facilité en volant; ils ne prennent leur essor que quand ils y sont forcés, et ils sont bientôt fatigués. Leur naturel est stupide, et si peureux, qu'ils s'effraient de tout, et qu'ils ne savent résister à aucune attaque. Ils ne boivent point, et ils composent leur principale subsistance d'insectes; ils mangent aussi des fruits et des graines, qu'ils cherchent au commencement et à la fin du jour,

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même au clair de la lune. On ne remarque point de dissemblances entre le mâle et la femelle.

Quelques espèces habitent les bois, d'autres les campagnes. Les chasseurs et les oiseaux de proie détruisent un grand nombre des derniers ynambus; mais ils ne peuvent guère nuire aux premiers, qui ne quittent pas les cantons des forêts les plus fourrés et ne se posent jamais sur les arbres. On distingue les ynambus des bois, de ceux des campagnes, par divers attributs: ils volent moins, et seulement quand on les inquiète; encore vont-ils à peine à quarante pas; mais ils sont plus défians; leur chair n'est pas aussi blanche, mais elle a plus de suc et de goût, à l'exception de la chair du tataupa, laquelle, quoique blanche et succulente, est néanmoins insipide. Ils ont le doigt postérieur plus court, et n'appuyant pas sur le sol; les plumes des cuisses arrondies, et les couvertures supérieures du croupion dirigées en arrière, bien fournies de barbes, et remarquables par leurs bordures, qui font le trait le plus saillant du plumage; les écailles du tarse plus grandes; le bec un peu plus faible et moins pointu; les ouvertures des narines placées à la moitié du bec. Les ynambus des champs ont de petits cils qui manquent à ceux des bois; le fond du plumage des seconds est obscur et bleuâtre; celui des premiers a des teintes fauves, rouges ou brunes.

J'observerai ici que, dans les pampas ou plaines de Buenos-Ayres, au delà du 37e degré de latitude, il existe une autre espèce d'ynambu, que l'on appèle perdrix à aigrette, à cause d'une huppe ou aigrette qui orne sa tête. On dit que cet oiseau peut à peine voler, qu'il court beaucoup, et qu'il se cache, lorsqu'on l'inquiète, dans les terriers des viscaques et des tatous. Il doit être fort grand,

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à en juger par la grosscur de ses œufs, dont les deux bouts sont égaux, la longueur de 24 lignes et la grosseur de 19 et demie. Leur couleur est un vert gai très-brillant.

Fernandez1 parle d'oiseaux du Mexique, appelés colins; mais ses descriptions sont si confuses, qu'il n'est guère possible de les reconnaître d'une manière précise.

2 Buffon décrit les ynambus qu'à la Guiane on nomme tinamous; et il dit que ce qu'il rapporte au sujet de l'histoire de ces oiseaux lui a été communiqué par Sonnini de Manoncour, qui lui a donné aussi les individus sur lesquels il a fait ses descriptions. Mais je ne crois pas ce qu'il avance sur l'habitude de tous les oiseaux de l'Amérique, et même des ynambus, de se percher sur les arbres; car jamais ces derniers ne se posent sur les branches hautes ou basses, le jour ou la nuit, etc. etc.3

1 Buffon, tom. IV, pag. 288.

2 Tom. VIII, pag. 281.

3 M. d'Azara accumule les démentis les plus durs au sujet de mon histoire naturelle des tinamous; et il prévient que c'est à lui seul qu'on doit s'en rapporter. On jugera de ses droits à une confiance exclusive, par sa dénégation d'un fait si connu à Cayenne, qu'il n'est pas un seul nègre qui n'en sache à cet égard plus que lui; je veux dire la précaution que les ynambus et les oiseaux aquatiques et palmipèdes prennent de se percher sur les arbres, même les plus élevés, pour se mettre à l'abri de la voracité des animaux carnassiers et des serpens. Il est possible que cet acte de prévoyance ne soit pas si nécessaire au Paraguay qu'à la Guiane; et je me garderai bien d'imiter M. d'Azara, en soutenant qu'il nous trompe, lorsqu'il nous dit que les habitudes des ynambus du Paraguay ne sont pas celles des tinamous de la Guiane. Il n'est pas bien certain d'ailleurs que les ynambus et les tinamous soient de la même famille; et cette circonstance serait bien propre à augmenter en M. d'Azara les regrets, j'ai presque dit la confusion, d'avoir violé, envers Buffon, envers plusieurs observateurs estimables et envers moi-même, toutes les règles de l'honnêteté et de la décence. (S.)

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N.° CCCXXVI.

L'YNAMBU-GUAZU.1

C'EST le nom que les Guaranis donnent à cette espèce; il signifie grand ynambu, que les Espagnols rendent par grande perdrix. Cet ynambu se trouve dans toutes ces contrées; et quand il est effrayé ou affecté, il relève les plumes de sa tête en forme de huppe. On ne le trouve que dans les pâturages gras et fournis d'herbes hautes; il se tient caché dans l'herbe, et il ne s'envole que lorsqu'on est prêt à lui marcher sur le corps ou qu'on lui jète des pierres. Il va ordinairement, au clair de la lune et des crépuscules, dans les blés et les maïs nouvellement semés; il ramasse les grains qui ne sont pas recouverts de terre, il retire même ceux qui sont enterrés. Son cri, que l'on entend de fort loin, est un sifflement triste et un peu tremblant, qui ne paraît pas destiné à se rappeler entr'eux, puisqu'on les entend des heures entières, sans qu'ils changent de place.2

1 Autant que l'on en peut juger par les descriptions incomplètes de Fernandez, l'ynambu-guazu est le même oiseau dont cet auteur a fait mention sous le nom mexicain quauhtzonecolin (Hist. avi. nov. Hisp. cap. 39) — Zonecolin, Buffon, tom. IV, pag. 292. — Coturnix Mexicana cristata Brisson, ornith. gen. 6, sp. 21. — Tetrao cristatus Linn. syst. nat. gen, 103, sp. 18. — Perdix cristata Latham, syst. ornith. gen. 57, sp. 30. (S.)

2 Les oiseaux dans l'état de liberté ne chantent que pour se faire entendre de leurs semblables, qui répondent par les mêmes expressions, ou du moins par celles qui sont propres aux individus de chaque sexe interlocuteur. Qui n'a pas été témoin, dans nos bois et nos vergers, de ces conversations légères entre des hôtes plus légers encore, entretiens composés des mêmes phrases, des mêmes sons, et prolongés, durant des heures entières, dans le calme et le repos? Ce sont pour l'ordinaire des chants d'amour, des expressions d'une tendresse réciproque, dont l'uniformité et la monotonie ne causent ni fatigue, ni ennui, tristes affections qui ne se mêlent jamais aux accens répétés de l'amour. (S.)

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Quelques personnes élèvent des ynambus-guazus; mais ils sont toujours farouches, et ils s'échappent aussitôt qu'ils le peuvent. Leur ponte se compose de sept œufs colorés en violet très-brillant, d'une égale grosseur aux deux bouts; et dont les diamètres ont 27 et 20 lignes. Je trouvai, un jour, dans le même nid, un troisième œuf qui appartenait à l'espèce précédente; ce qui me fit soupconner que l'ynambu-guazu s'était emparé du nid d'un oiseau de cette autre espèce. Il prend soin de cacher le sien dans quelque touffe de paille ou d'herbe; et l'on m'a assuré qu'au moment de leur naissance, les petites courent chacun de leur côté. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne les rencontre jamais réunis en familles ou en troupes, et qu'ils ne sont pas plus rapprochés l'un de l'autre que de quarante pas. La chair des oiseaux de cette espèce passe pour être un peu meilleure que celle de l'espèce suivante, et la chair de toutes deux est moins bonne que celle de la perdrix d'Espagne. A Monte-Video on les chasse avec des chiens qui les font lever, les suivent et les prennent à la seconde ou à la troisième remise. On les tue aussi facilement à coups de fusil; mais il est nécèssaire d'avoir un chien qui les fasse lever. Noseda en a pris plusieurs aux piéges, et il les a nourris en cage; ils buvaient comme les poules, bien que je ne croie pas qu'ils boivent

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l'état de sauvages. Ces oiseaux captifs étaient sans cesse occupés à se béqueter mutuellement le dos, jusqu'à ne pas y laisser une plume; mais ils ne se piquaient pas la peau, et ils ne paraissaient pas souffrir de ce manége; du reste leur naturel est en tout indifférence et stupidité.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces et demi; elle n'est que de 14 en quelques individus; les dernières plumes dépassent le croupion de 2 un tiers; du vol, 26 et demi; du bec, 18 lignes et demie; de la jambe, 56; du tarse, 36.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête sont noires et bordées faiblement de roux clair. Une tache noirâtre couvre l'oreille et un trait de la même teinte part de l'angle de la bouche. Le reste de la tête et le cou entier sont d'un roux clair. Les plumes du dessus du corps et les couvertures supérieures des ailes sont étroites, arrondies, avec une double bordure roussâtre; les pennes, ainsi que les couvertures de la partie externe de l'aile, ont quelques taches noirâtres sur un fond rougeâtre, et cette dernière nuance est celle des ailes en dessous. Les plumes du ventre et des jambes ont des raies transversales noirâtres sur un brun lavé de blanc. Le dessous du corps est d'un brun mêlé de roussâtre, le bec d'un brun bleuâtre et le tarse d'un blanc pâle.

A la fin de décembre j'achetai un jeune oiseau de cette espèce, qui avait 6 pouces et demi de longueur totale; plusieurs lignes noires sur le sommet et les côtés de la tête; le dessus du corps d'un brun foncé et tacheté de blanc; le dessous d'un brun clair; tout le plumage tellement embrouillé et hérissé, qu'au toucher il ressemblait à la peau des quadrupèdes, enfin pour toutes pennes aux ailes, celles de la partie extérieure, qui étaient rouges.

Je lâchai ce jeune oiseau dans ma maison; et il com-

IV. a. 10

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mença aussitôt à me suivre, en criant, sans jamais s'éloigner de moi. Je lui présentai du maïs pillé et de petits morceaux de pain et de viande crue; il mangeait de tout, et il aimait mieux prendre sa nourriture dans ma main, que de l'amasser à terre. Il dormait derrière un coffre près de mon lit, et s'il m'entendait faire le moindre mouvement pendant la nuit, il semblait répondre par un petit cri. Quand il avait envie de manger, il me béquetait les jambes, et il en faisait autant à tous ceux qui entraient dans ma chambre, de sorte qu'il ne paraissait pas me préférer. Au bout d'un mois et demi, il mourut de convulsions, après avoir pris les deux tiers de son accroissement et les couleurs de l'oiseau adulte. J'attribuai sa mort à la grande quantité de viande qu'il mangeait, et qu'il préférait à toutes les autres nourritures.

N.° CCCXXVIII.

L'YNAMBUI.1

Les Guaranis appèlent cet oiseau ynambui et ynambumi; ces deux mots signifient petit ynambu. Les Espagnols lui donnent la dénomination de petite perdrix et quelques-uns celle de caille, à cause de la conformité de couleurs et d'autres attributs. L'ynambui fait entendre fréquemment, pendant toute l'année, son cri long, cadencé, mélancolique, point agréable et assez, fort pour

1 Des trois colins du Mexique, que M. d'Azara rapproche de son ynambui, le coyalcozque de Fernandez me paraît offrir plus de traits d'identité. Le coyolcos, Buffon, tom. IV, pag. 294. — Coturnix Mexicana Brisson, ornith gen. 6, sp. 18. — Tetrao coyolcos Linn. syst. nat. gen. 103, sp. 51. — Perdix coyolcos Latham, syst. ornith. gen. 47, sp. 24. (S.)

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etre entendu de loin. Sa ponte est de six à huit œufs violets et semblables à ceux de l'espèce précédente; leur teinte est seulement plus sombre, et ils ont de diamètrès 13 et 18 lignes. Il ne quitte pas les campagnes, ne boit pas, même en domesticité, et sa chair est médiocre. Si on élève de jeunes oiseaux de cette espèce, ils ne connaissent point leur maître, et ils s'échappent aussitôt qu'ils en trouvent l'occasion.

Ces oiseaux ne se cachent pas autant que ceux du numéro précédent, et ils évitent difficilement la serre de l'oiseau de rapine. Personne ne leur fait la chasse ni ne les mange au Paraguay; mais comme il y a moins de plaines, ils sont aussi moins nombreux qu'à Monte-Video et à Buenos-Ayres; où j'en ai vu donner jusqu'à six pour un demi-réal, quoiqu'à présent ils y valent davantage; parce qu'ayant été détruits aux environs de ces deux villes, on les y apporte de loin. La manière de les prendre est une preuve de leur naturel stupide. La voici: le chasseur a une gaule de six à neufs pieds de long, au bout de laquelle est ajusté un lacet en nœud coulant, fait avec une plume d'autruche, afin qu'il se tienne ouvert. Muni de cet instrument et d'un sac, le chasseur entre dans les campagnes, et quand il rencontre un ynambui, il en approche en faisant quelques circuits avec son cheval; l'oiseau se tapit, et reçoit sans bouger le lacet au cou. La quantité innombrable d'ynambuis que l'on mange à Buenos-Ayres, se prend de cette manière. On en tue quelquefois à coups de fusil ou d'épée; et on peut même les saisir à la main.

Formes. La première des 20 pennes de l'aile est trèscourte, et les quatrième et les cinquième sont les plug longues.

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Dimensions. Longueur totole, 10 pouces un quart; les dernières plumes dépassent le croupion de 1 trois quarts; du vol, 17 et demi; de la jambe, 32 lignes; du tarse, 20 et demie; du bec, 8.

Couleurs. Les plumes du sommet de la tête sont presque noires et bordées de roussâtre; celles des côtés et du derrière de la tête, d'un roux blanchâtre pointillé de noirâtre. Le dessus du cou et du corps est couvert de plumes noires, rayées transversalement de roux et bordées de blanc roussâtre. Les ailes sont rousses et rayées en travers de noirâtre. La gorge est blanchâtre et la partie antérieure du cou, d'un brun mêlé de blanc et de roux, avec une tache noirâtre sur le milieu de chaque plume. Le dessous du corps est roux, le tarse d'un brun pâle, l'iris d'un roux vif et le bec brun en dessus et blanchâtre en dessous.

N.° CCCXXVIII.

L'YNAMBU-CARAPÉ.1

CE nom équivant à ynambu nain; et c'est celui que les Guaranis des Missions donnent à l'ynambu de cet article: d'autres l'appèlent ynambu-yarii, c'est-à-dire, grandpère de l'ynambu. Il est très-rare aux Missions; et il le paraît encore plus qu'il ne l'est en effet, parce qu'il se cache dans les herbes, et qu'il n'en sort que quand on marche pour ainsi dire sur lui; alors à peine vole-t-il l'espace de vingt pas, et il se cache ensuite; de sorte qu'on ne peut trouver sa remise, ni le faire enlever de nouveau. Si l'on parvient, avec beaucoup de peine, à le faire envoler encore, on peut compter qu'il ne se moutrera plus,

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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quoiqu'on lui marche sur le corps et qu'on l'écrase. Il ne s'éloigne pas ordinairement de plus de deux palmes de l'endroit où il s'est posé, et il se laisse prendre à la main. Il se tient constamment dans les campagnes et les pâturages bien fournis d'herbes, et il ne pénètre jamais dans les bois. C'est un oiseau solitaire, qui fait entendre, dans les mois d'octobre et de novembre, un cri perçant qu'exprime la syllable pi. Noseda prit un de ces ynambus adulte, et il lui offrit d'abord du maïs concassé, qu'il mangea dans la main, comme l'oiseau le plus familier et quoique mon ami le retînt de l'autre main. Cependant j'eus moi-même deux de ces oiseaux adultes; ils refusèrent le maïs et le pain; ils ne prenaient d'autre nourriture que les araignées qu'ils rencontraient dans la maison; aussi moururent-ils le troisième jour. Ces deux ynambus, aussi bien que les quatre de Noseda, n'offraient aucune différence entr'eux; en sorte que l'on peut présumer que les sexes n'apportent point de changement, ni dans la taille, ni dans les couleurs du plumage. Leur démarche est aisée; mais elle n'est pas aussi vîte que celle des précédens, auxquels ils ressemblent par les formes et les habitudes; en sorte que ceux qui ne connaissent pas cette espèce, les prennent pour des jeunes oiseaux de l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; les dernières plumes dépassent le croupion de 1; du vol, 9 et demi; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 9; du bec, 6.

Couleurs. Les parties inférieures sont presque blanches; mais il y a des taches longues et roussâtres devant le cou, et des lignes transversales noirâtres et d'un blanc lavé de roux varient les côtés du corps. Le front, les côtés et le derrière de la tête ont de petites taches noirâtres sur un fond d'un roux clair. Les plumes du sommet de la tête sont

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noirâtres, avec quelques points et une bordure presqu'imperceptible de blanc sale. Celles du dessus du cou et du croupion sont variées de roux, de blanc et de noir; on voit aussi des taches blanches sur le cou. Les pennes et les couvertures extérieures de l'aile sont rayées transversalement de noir et de roussâtre, avec des taches blanches. Le tarse est d'un olivâtre clair, et le bec comme dans l'espèce précédente.

N.° CCCXXIX.

LE TATAUPA.1

CET oiseau porte chez les Guaranis le nom de tataupa, qui signifie ynambu de cheminée, peut-être parce qu'il s'approche ordinairement des habitations champêtres et voisines des cantons les plus couverts. Il se tient dans les bosquets et les forêts, et même dans les plantages où il se trouve des buissons touffus, ou de grandes herbes dans lesquelles il peut se cacher. Il niche de la même manière que les précédens; mais sa ponte n'est que de quatre œufs d'un bleu foncé et brillant, plus pointus à un bout qu'à l'autre, et dont les axes sont de 18 et de 12 lignes un quart. On dit que quand quelqu'un passe auprès du nid la mère en sort, les ailes traînantes et par diffèrentes attitudes cherchant à engager à la suivre et à s'éloigner des objets de son affection. La chair de ces oiseaux est blanche, mais insipide. Les sexes n'offrent point de dissemblances extérieures, et ils vivent isolés. On élève quelquefois des petits dans les maisons; j'en ai eu chez, moi plusieurs qui étaient adultes; ils se tenaient presque toujours cachés; et

1 Espèce nouvelle. (S.)

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ils ne sortaient pas de leur cachette, même pour manger, tant qu'ils voyaient du monde. Leur eri est plus fort et plus sonore que dans toutes les autres espèces; ce n'est pas seulement un sifflement; et je ne puis mieux l'exprimer qu'en disant qu'il commence par pi, d'un ton élevé et répété précipitamment, pendant plusieurs secondes, jusqu'à ne plus étre qu'une espèce de fredon, suivi de chororo répété deux ou trois fois de suite. Noseda mit en cage, dans les mois d'octobre et de novembre, trois tataupas adultes; ils faisaient entendre leur ramage, et en septembre de l'année suivante ils laissèrent tomber trois œufs, sans arranger de nid et sans chercher à les couver: il est vrai qu'ils n'avaient point de matériaux à leur portée. J'ai vu un de ces œufs qui n'avait point de jaune, et dont les bouts étaient aussi gros l'un que l'autre, les diamètres de 8 et demie et de 6 lignes, et la couleur d'un blanc mêlé de violet; je l'ai regardé comme ceux que l'on croit être pondus par les coqs de nos basse-cours.

Quand le tataupa se couche, il appuie la poitrine sur le tarse, baisse le devant du corps et la tête, étale les dernières plumes du corps et les soulève en demi-cercle, de sorte quel'on voit son ventre par derrière, sans apercevoir son corps. Dans cette attitude; les plumes qui-sont dans les autres oiseaux les couvertures inférieures de la queue, font un effet agréable par leur forme concave, leur pointe dirigée en haut et leurs couleurs.

1 L'on a beaucoup discuté sur les prétendus œufs de coq; l'on a même chierché è prouver, par des raisonnemens tirés de la chimie, qu'ils pouvaient exister. It est bien certain, aux yeux de quiconque a su observer sa basse-cour, que les poules scules pondent des œufs, et que les coqs ne sont pas plus propres è pondre que les quadrupèdes mâles à mettre bas des petits:(S.)

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Formes. 22 pennes aux ailes, la sixième plus longue. Les ouvertures des narines placées un peu plus en arrière que dans l'espèce suivante, et un peu plus en devant que dans la précédente.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces un quart; quelques individus ont un pouce de moins; les pennes du derrière du corps dépassent le croupion de 1 trois quarts; du vol, 16; de la jambe, 31 lignes; du tarse, 19; du bec, 10.

Couleurs. Les parties inférieures sont cendrées, à l'exception du devant du cou, qui est d'une teinte plombée, de même que les côtés et le derrière de la tête, dont le dessus est d'un brun noirètre. Le dessus du cou, du corps et des ailes est d'un roux noirâtre; en dessous les ailes ont la couleur de l'acier poli; mais les couvertures, tant supérieures qu'inférieures, les plus proches du bord de l'aile, ont une teiute plombée. Les plumes des côtés du corps sont d'un brun plombé, celles des cuisses noires et variées de blanc, celles des jambes d'un brun roussâtre et nuancé de blanc mêlé de roux, enfin celles du croupion rayées de roux clair et de noir. Le tarse est d'un rouge lustré et quelquefois violet, le bec, de même que l'iris, d'un rouge de corail.

N.° CCCXXX.

L'YNAMBU BLEUATRE.1

QUELQUES Guaranis l'appèlent ynambu-apequia, c'est-à-dire, ynambu sans éclat. J'ai eu seize individus de cette espèce, tous vers le 24e degré, et j'ai reconnu qu'ils

1 Espèce nouvelle. (S.)

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avaient les mêmes habitudes que le tataupa. J'en ai vu un autre que l'on élevait, depuis son premier âge; dans une maison où il vivait en toute liberté; mais il ne connaissaitpas même son maître.

Formes. Des 22 pennes de l'aile la quatrième est la plus longue.

Dimensions. Longueur totale, II pouces trois quarts; quelques-uns ont un pouce de moins; les plumes du croupion le dépassent de 2; du vol, 20; de la jambe, 39 lignes; du tarse; 26; du bec, 10.

Couleurs. Il a la tête d'une teinte plombée; plus claire sur les cêtés; les parties inférieures d'un rougeâtre pâle; les pennes des cuisses et des jambes, noires au milieu, avec trois lignes parallèles à leurs bords, l'une rousse, la deuxième noire et celle qui forme la bordure d'un roux pâle; les couvertures supérieures et inférieures des ailes noirâtres, à I'exception des grandes, qui sont de couleur d'acier bruni, de même que les pennes; les parties supérieures; regardées au grand jour, d'un roux plus foncé que dans le tataupa, et à un jour moins fort, bleuâtres, avec du roux sur le croupion; le tarse couleur de feuille morte; l'iris orangé et le bec comme dans l'espèce précédente.

N.° CCCXXXI.

L'YNAMBU RAYÉ.

IL ne sort pas des grandes forêts, où il vit sol, et sa ponte est de quatre œufs d'un violet lustré. J'ai vu huit

1 Ce n'est point le tinamou varié (Buffon, tom. VIII, pag. 294. — Tinamus variegatus Latham), comme le pense M. d'Azara. Il est vrai que pour appuyer ce rapprochement, cet auteur emploie sa logique ordinaire, c'est-à-dire, qu'il signale comme autant d'erreurs les traits de description et d'habitudes naturelles désignés par Buffon, et qui ne s'accordent pas avec ce qu'il a observé de son ynambu rayé. Mais ce que l'illustre auteur de l'Histoire Naturelle a rapporté du tinamou varié étant exact, il en résulte que cet oiseau est fortdifférent de l'ynambu varié et celui-ci me parait une espèce nouvelle. (S.)

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individus de cette espèce au 24e degré de latitude; leurs habitudes sont les mêmes que dans l'espèce précédente.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces trois quarts; les individus que je crois femelles ont un pouce de moins. Les dernières plumes du croupion le dépassent de 2; du vol, 21 deux tiers; de la jambe, 40 lignes; du tarse, 27; du bec, 12.

Couleurs. Le dessus de la tête est d'un brun bleuâtre, et le reste, aussi bien que le cou entier et le dessus du corps, est rayé en travers de noirâtre et de roussâtre. Le dessous du corps est d'un blanc jaunâtre; les plumes des cuisses et des jambes sont bordées de blanc roussâtre et festonnées sur le reste de la même teinte et de noir. Les couvertures supérieures de l'aile sont rayées comme le dessus du corps, mais leurs raies sont combinées avec des piquetures irrégulières; les grandes ont une couleur marron, de même que les pennes. Le tarse a la couleur de feuille morte, le bec un noir bleuâtre et l'iris un roux vif.

N.° CCCXXXII.

LE MOCOICOGOÉ.1

C'EST ainsi, et mbatucaaigua, que les Guaranis nomment cet ynambu; il prononce ces mots lentement et en

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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séparant chaque syllabe, d'un ton très-triste. J'ai entendu ce cri plusieurs fois, au coucherdu soleil, dans les forêts touffues, qui font sa demeure habituelle; il ne se perche pas sur les arbres, et il ne court point pendant le jour. Il vit solitaire. Sa chair a une teiute un peu plus bleuâtre que celle des autres espèces, et, à mon goût, elle est la meilleure. J'ai eu un individu de cette espèce qui, après n'avoir rien mangé pendant deux jours, pesait quarantehuit onces. Les habitudes de ces oiseaux sont les mêmes que dans les deux ynambus préeédens, mais ils n'ont pas la même manière de se caeher. On assure que la ponte consiste en deux œufsviolets, selon les uns; d'un bleu verdâtre selon les autres, et que les petits suivent tout de suite leurs père et mère.

Formes. 25 pennes au plus aux ailes; les tarses ont de telles aspérités par derrière, qu'ils peuvent rompre un lien.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces; les dernières plumes du croupion le dépassent de 4; de la jambe, 54 lignes; du tarse, 36; du bec, 15 et demie; diamètre de l'œil, 5.

Couleurs. Les côtés de la tête sont pointillés de noirâtre et de roux clair; un trait roux commence au-dessus de l'œil et descend jusqu'aux deux tiers des côtés du cou; sous ce trait, il y en a un second parallèle d'une nuance plus foncée. Le reste de ces deux tiers du cou, le dessus et le derrière de la tête sont piquetés comme les côtés, et le dernier tiers est d'un plombé verdâtre, plus sombre en dessous. Le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes ont la même nuance, mais plus claire, et traversée par un grand nombre de raies presque noires; il y a aussi un peu plus de jaune mêlé à la couleur verdâtre

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des couvertures, à l'exception de celles de la partie externe de l'aile, qui sont presque noires comme toutes les pennes, dont la moitié du côté extérieur est varié de lignes tremblantes et de points roux. En dessous les ailes sont d'un blanc argentin; la poitrine et le ventre d'un blanc plombé, rayé et pointillé de brun très-faible; les côtés du corps et les plumes des jambes rayés également de noirâtre et de blanc sale, et les plumes du bas-ventre agréablement variées de jaune clair et de brun. Le tarse a une teinte plombée peu foncée, l'iris est d'un brun roussâtre et le bee comme celui de l'ynambu rayé.

Des individus ont des dimensions et des couleurs plus faibles; je crois que ce sont les femelles de l'espèce.

N.° CCCXXXIII.

LE CHORORO.1

JE ne l'ai jamais vu; el c'est Noseda qui m'en a donné la description. Il pense que c'est un ynambu des bois; cependant cet oiseau s'éloigne assez de cette division, en ce qu'il a une queue; le doigt postérieur et tous les ongles plus longs; la démarche lente, avec la queue relevée; la jambe et l'envergure plus courtes; une arête saillante derrière le tarse; le bec semblable à celui des gallinacés, enfin les narines et la langue conformées tout autrement; ensorte que le chororo me paraît d'une famille séparée des ynambus.

C'est, selon Noseda, une perdrix des bois, qu'il a rencontrée dans une forêt épaisse et humide, sous le 26e degré de latitude. Il est difficile de l'approcher et de la

1 Espèce nouvelle. (S.)

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tuer; et l'on ne peut y parvenir qu'au coucher du soleil, lorsque l'oiseau marche avec grâce et la queue élevée, dans les sentiers qu'il quitte dès qu'il entend du bruit. C'est un oiseau solitaire.

Formes. La cinquième des 20 pennes de l'aile, plus longue que les autres; les 12 de la queue égales, excepté l'extérieure plus courte de 4 lignes. Le tarse comprimé sur les côtés, avec une arête peu saillante sur sa partie postérieure; le bec presque droit;la langue en forme de lancette et un peu velue à sa pointe.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un sixiéme; de la queue, 2 et demi; du vol, 12; de lajambe, 23 lignes; da tarse, 20; du doigt du milieu et de son ongle, 4; des deux doigts latéraux, 6; de celui de derrière 4, et de son ongle, davautage; du bec 9, épais et large de 4.

Couleurs. Il a la tête de couleur de café mal grillé; toutes les autres parties supérieures d'une nuance plombée et verdâtre, à l'exception du bout de la queue, lequel est blanc, avec une bande noire au-dessus, et des pennes de l'aile qui sont noirâtres; sur l'œil un trait blanc qui s'étend jusqu'aux côtés de l'occiput; les plumes de toutes les parties inférieures bordées de noir, avec une tache triangulaire de la même couleur dans leur milieu, sur un fond blanc; les couvertures inférieures des ailes blanches et bordées de noir; le tarse d'uu blanc roussâtre; le bec blanchâtre, enfin l'iris noirâtre.

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N.° CCCXXXIV.

L'URU.

LE cri de cet oiseau qui prononce uru, de quatre à vingt et jusqu'a cinquante fois de suiteet sans interruption; lui a fait donner ce nom par les Guaranis. Pour l'ordinaire, le mâle et la femellese font entendre en même tems et confondent leur voix. Ils ne quittent point les forêts les plus grandes et les plus épaisses, et ils ne se perchent pas sur les arbres; ils marchent et courent comme les perdrix, et ils ne prennent leur volée que quand on les presse. Ils sont si brusques et si étourdis, qu'ils se tuent quelquefois contre les arbres, en se sauvant au moindre bruit. Ils diffèrent principalement des ynambus par la longueur du doigt de derrière; la forme; la longueur et la force des ongles; la membrane qui unit une partie des doigts; les

1 C'est très-probablement l'ococolin de Fernandez (Hist, avi; nov. Hisp. cap. 85); l'ococolin, ou perdrix de montagne du Mexique, de Buffon, tom. IV, pag. 296.—Tetraonœvius Linn. syst. nat. gen. 103, sp. 43.—Perdix nœvia Latham, syst. ornith. gen. 57, sp. 19. Mais ce n'est pas, comme le présume M. d'Azara, le tocro, ou perdrix de la Guiane (Buffon, tom. VIII, pag. 298.— Perdix Guianensis Latham). Il existe des différences trop tranchées entre ces deux oiseaux, pour que l'on puisse se permettre de les rapprocher l'un de l'autre; et l'uru est une espèce nouvelle. Ainsi se trouve confirmé ce que j'ai avancé dans ma note de la page 142; c'est que les ynambus décrits par M.d'Azara ne se rapportent à aucune des espèces de tinamons ou de perdrix de 1'Histoire Naturelle de Buffon, et qu'il n'est possible de les comparer qu'aux colins de Fernandez, oiseaux du Mexique que Buffon et moi n'avons jamais vus. Voilà done des critiques, ou, pour parler plus exactement, des outrages prodigués en pure perte. (S.)

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plumes dont 1'articulation du tarse est couverte; un cercle nu autour des yeux; la conformation et la forceda bec; la langue; la grosseur de la tête et du cou; le plumage plus épais et plus renflé;la première penne de l'aile moins courte; le tarse et les doigts moins charnus et le naturel moins stupide. On assure que, bien que ces oiseaux se tiennent ordinairement par paires, ils se réunissent quelquefois en troupes; et que toutes les femelles pondent, couvent et nourrissent leurs petits, comme les annosf dans le même nid qu'elles placent à terre sur une couche de feuilles. Les œufs sont d'un bleu violet; les petits suivent leurs père et mère, aussitôt qu'ils sont éclos; et si quelqu'un les approche, ils se mettent à crier d'une manière extraordinaire. Quand on surprend les urns dans un bois, ils s'envolent un moment avec bruit et en criant gri-gri-gri, jusqu'à ce qu'ils se remettent à terre et prennent leur course. Quoiqu'ils aient la poitrine aussi charnue que celle des ynambus, ils sont d'une autre famille.

Formes. 21 pennes aux ailes, concaves, étroites; fortes; la cinquième et la sixième plus longues. Les 12 de la queue sont étroites, bien fournies de barbes et étagées; l'extéricure a 6 lignes de moins que les quatre du milieu. Le tarse a des écailles comme la poule. Les trois doigts de devant sont joints ensemble par une membrane jusqu'à la première articulation; celui de derrière pose sur le terrain. Le bec, presque aussi épais que large, est très-fort; sa pièce supérieure est presque aussi crochue que celle des perroquets, et l'inférieure, presque droite en dessous, suit par ses bords la courbure de la supérieure, et elle a deux échancrures vers sa pointe de chaque côté; l'ensemble de ce bec est volumineux, un peu comprimé sur les côtés et semblable à celui des gallinacés. Uue membrane mince

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garnit les ouvertures des nariues. La langue n'est pas fort grande. La peau nue du tour des yeux s'étend jusqu'au bec, et il y a quelques petits poils sur la paupière. Les plumes du sommet de la tête sont pointues, un peu étroites, longues de 15 lignes, et elle forme une huppe toujours plus ou moinsrelevée.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces et demi; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 18 et demi; de la jambe, 37 lignes; du tarse, 25; du doigt du milieu, 17, et de l'ongle 5; du bec, 8; de l'œil, 4. La femelle est un peu plus petite que le mêle.

Couleurs. Les plumes qui couvrent la tête sont d'un roux noirâtre. A la base du bec supérieur prend naissance une bandelette de roux clair, qui s'étend sur les côtés de l'occiput. Une teinte de plomb couvre les parties inférieures. Le derrière de la tête est d'un roux clair; la nuque brune et tachetée de blanc; le derrière du cou brun et varié depetites taches d'un noir velouté et de lignes transversales d'un blanc roussâtre; il en est de même du haut du dos, des plumes scapulaires et des dernières pennes de l'aile, mais les taches noires sont beaucoup plus grandes et les lignes d'un roux vif. Le dos et le croupion sont bruns et rayés faiblement de noirâtre, avec quelques taches noires sur le croupion; les petites et les moyennes couvertures supérieures des ailes rayées de noir et de blanc roussâtre; les grandes, aussi bien queles pennes, noirâtres, avec des taches blanches sur leur côté extérieur; celles de la queue presque noires et rayées de roussâtre. Le tarse est de couleur de plomb lustré; lebec noir et le tour des yeux rouge.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX YACUS.

LES Guaranis appèlent yacus trois espèces d'oiseaux qu'ils distinguent par des épithètes. Je range aussi dans cette famille le mitu. Ces quatre oiseaux ne sont point rares; leur vol est bas, horizontal et de peu de durée; ils habitent. les forêts les plus grandes et les plus fourrées; ils se perchent sur les branches inclinées des arbres, et ils marchent avec tant de légéreté qu'un homme ne peut les atteindre. Ils passent la journée cachés sur les arbres touffus; mais le matin et le soir ils sont en mouvement, et ils se montrent à la lisière des bois, sans néanmoins entrer dans les campagnes, ni dans d'autres lieux découverts. Ils sont aussi disposés à la domesticité que les poules, et ils se nourrissent des mêmes substances; mais quoiqu'ils avalent des grains de maïs, ils ne les digèrent pas, et ilsles rendent tout entiers avec les exerémens. Dans l'état de liberté, ces oiseaux composent leur subsistance de fleurs, de bourgeons et de fruits. Si le maître de la maison où on les nourrit a l'air de ne pas faire attention à eux, ils lui becquètent les jambes, pour qu'il les prenne et les gratte; mais ils n'aiment pas à être renfermés, et ils courent sur les toits du voisinage. On pourrait les réduire en domesticité avec avantage, car leur chair est excellente à manger.

Tous font entendre fréquemment la syllabe pi, d'un on aigu, mais bas, saus ouvrir le bec et comme par

III. a. 11

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les narines. Leurs jambes sont longues et grosses; les trois doigts du devant sont joints par une membrane, jusqu'à la première articulation. Leur tête est petite, excepté celle du mitu, qui est assez grosse. Leur bec est fort, gros et semblable à celui des gallinacés;l'œil est grand; les pennes des ailes sont concaves et courtes, la première est très-courte; le fouet de l'aile est trè-grand; il s'étend facilement en dehors. La queue est longue, bien fournie de barbes, et composée de 12 pennes larges et conpées carrément à leur extrémité; l'oiseau la porte un peu baissée et ouverte; presqu'à chaque pas elle fait un petit mouvement en s'élargissant horizontalement. Lorsqu'ils boivent, ils plongent leur bec dans l'eau, remuent quelquefois la mandibule inférieure, remplissent d'eau la gorge et une partie du jabot, et pour l'avaler, ils lèvent la tête. On dit que tous construisent leur nid avec de petites branches, et qu'ils le placent sur un arbre touffu. Leur attitude, pour dormir, est d'appuyer la poitrine sur leurs jambes pliées. Quoiqu'il ne soit pas rare de les rencontrer pas paires, il est plus ordinaire de les voir réunis en familles; ils ont tant d'affection les uns pour les autres, que souvent on en tue sur le même arbre jusqu'à sept à huit de suite. Les Espagnols les connaissent sous la dénomination de pabos de monte (dindons de montagne), parce qu'ils ont le port, la physionomie, l'aile, la queue, le pied, le bec, la docilité et la douceur du dindon. Cependant ils en diffèrent par la taille et le cri, et en ce qu'ils n'ont pas la faculté de faire la roue, ni les ergots, ni la caroncule au front, ni la tête dénuée de plumes, ni enfin le bouquet de poils à la poitrine. D'autres les appèlent faisans. Dans l'Histoire naturelle de Buffon, ils sont nommés hoccos; dénomination que les Guaranis appliquent aux hérons.

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Buffon suppose que ce sont des oiseaux des pays chauds du nouveau continent; mais ils se tronvent aussi dans les contrées tempérées; et ma première espèce est répandue jusqu'aux environs de la rivière de la Plata.

N.° CCCXXXV.

L'YACUHU.

IL est bien connu, au Paraguay, sous ce nom, qui signifie yacu-noir Cependant il n'est pas réellement noir; mais il le paraît à quelque distance. Il n'est pas rare au Paraguay, et on le trouve jusque vers la rivière de la Plata, où on lui donne le nom de pabo di monte (dindon de montagne). Il se tient plus ordinairement dans le voisinage des rivières et des lacs, parce que les arbres y sont plus notnbreux, et peut-être parce qu'il ne peut se passer de boire. Son cri consiste dans la répétition de la syllabe yac, d'un son de voix élevé et aigu, quelquefois aussi dans l'expression de son nom yacu. On ne connaît point de différence entre le mâle et la femelle. Leur ponte a lieu, dit-on, en octobre, et elle est quelquefois de huit œufs. C'est l'espèce la plus commune.

1 Cet oiseau n'est ni l'yacon (Buffon, tom. IV, pag. 153. — Penelope cristata Lath), ni le marail (Buffon, tom. IV, pag. 153. — Penelope marail), auxquels M. d'Azara le compare. En effet, outre les différences dans les conleurs du plumage et de la peau nue qui entoure les yeux, l'yacuhu n'a point la huppe dont la tête de l'yacou et du marail est ornée. On doit done regarder cet yacuhu comme une espèce nouvelle, mais voisine de celle de l'yacou de la Guiane: peut-être même n'est-ce qu'une variété ou race constante de la même espèce, produite par la différence da climat. (S.)

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Formes. La septième des 25 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées; et la latérale est de trois pouces plus courte que les autres. Le bec des gallinacés. L'œil est entouré d'un cercle noir, qui a communication avec le bec. Une membrane rouge s'élend depuis la mandibule inférieure du bec; jusqu'à deux pouces audessous; elle pend comme celle du dindon; mais lorsque 1'oiseau est effrayé; il la retire entièrement. A la base du bec sont de petites plumes fort courtes; droites et noires.

Dimensions. Longueur totale; 28 pouces; de la queue, II; du vol, 33 et demi; de la jambe, 60 lignes; du tarse, 41; du bec, 12.

Couleurs. Le front; le dessus de la tête et le premier tiers du cou sont noirs; le reste du cou, le haut du dos et les couvertures supérieures des ailes noirâtres; avec un peu de blanc sur le bord des plumes. Une bandelette noire, qui commence à côté du demi-bec inférieur, va couvrir l'oreille. La poitrine est de couleur carmelite et ses plumes sont bordées de blanc. Le dos, le ventre et les jambes sont de couleur marron et les pennes des ailes et de la queue noirâtres. Le tarse a une teinte tannée; le bec est noir et l'iris rougeâtre.

N.° CCCXXXVI.

L'YACU-CARAGUATA.

CE nom est celui par lequel les Guaranis désignent communément l'yacu de cet article, à cause de son cri fort et

1 Cet oiseau n'est point, comme le soupçonne M. d'Azara, le chachalacamelt de Fernandez (Hist. nov. Hisp. pag. 23, cap. 41); chacamel de Buffon, tom. IV, pag. 158; crax vociferans de Latham, leqnel ne m'a jamais paru différer de l'oisean présenté mal à propos par Buffon et d'autres ornithologistes comme une espèce d'aigle, sous la dénomination de petit aigle d'Amérique. 'Voyez l'article du rancanca dans mon édition des O Euvres de Buffon, tom. XXXVIII, pag. 63 et suivantes. l'yacu - caraguata a bien aussi quelques traits de conformité avec le marail; mais il en diffère en tant d'autres points, qu'il n'est pas possible de les réunir en une seule ot même espèce. Cet yacu est done encore une espèce nouvelle. (S.)

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désagréable, formé de la répétition, plusieurs fois de suite et sans repos, des syllabes caraguata. Cet oiseau se tient dans les bois, de même que le précédent, duquel il a les habitudes et les formes. Cependant ces deux espèces ne se réunissent jamais. Il n'y a point de différence entre le mâle et la femelle; ils n'ont point la membrane pendante sous le cou. Leur chair passe pour être meilleure que celle de l'yacuhu.

Formes. La cinquième des 23 pennes de l'aile est la plus longue. Des 12 de la queue, la latérale a deux pouces de moins que les deux intermédiaires. Les plumes du sommet de la tête sont un peu longues, étroites et serrées. Le cou est délié, l'œil entouré d'une peau qui s'étend jusqu'au bec.

Dimensions. Longueur totale, 22 pouces; de la queue, 9 et demi; du vol, 27 et demi; de la jambe, 48 lignes; du tarse, 23; du bec, 10. Les individus que je crois les femelles de l'espèce ont des dimensions un peu plus petites.

Couleurs. La queue est presque noire; mais la penne extérieure de chaque côlé est rougeâtre, de même que les jambes et les couvertures inférieures des ailes et de la queue. Le front et les pennes des ailes sont noirâtres; le reste de

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la têle et la moitié du cou d'une teinte plombée; le bas de la partie autérieure ducou et le dessous du corps, d'un brun mêlé de blauchêtre; le reste du dessus du cou, les épaules et les couvertures supérieures des ailes d'un brun noirâtre et teinté de verdâtre; le dos et le croupion châtains, enfin le bec et le tarse blanchâtres. L'iris est brun et le tour de l'œil rouge sanguin.

N.° CCCXXXVII.

L'YACU-APETI.

YACU-APETI; en langage des Guaranis, veut dire yacu à taches blanches; et ils appolent ainsi l'ois au de cet article, à cause des taches qu'il a sur les couvertures supérieures de ses ailes. Noseda et d'autres lui donnent le nom d'yacu para (yacu peint), et les Portugais celui d'yacutinga. Il a les ailes plus fermes, les jambes plus courtes et le bec plus long que les deux yacus précédens. Il est aussi plus stupide et plus disposé à la familiarité; aussi en a-t-on détruit l'espèce dans les cantons habités et je ne l'ai rencontré que dans les foréts désertes, vers le 24e degré et demi de latitude. Les yacus-apeti vont par paires on en petites troupes, et leurs habitudes sont les mêmes que dans les espèces précédentes. Je ne leur connais point d'autre cri que le pi commun à tous, commeje 1'ai dit au commencement de ce chapitre.

1 Il paraît que cet oisean est le même que le guan ou quan peint par M. Edwards, planche 13, ainsi que le présume M. d'Azara. Si cette conjecture est fondée, et je crois qu'elle l'est, il en résulte que ce guan a été mal à propos confondu avec l'yacou, par Buffon, par les autres ornithologistes et par moi-même. (S.)

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Formes. La sixième des 24 pennes des ailes plus longue; 12 étagées à la queue, l'extérieure de 18 lignes plus courte. Le tarse couvert de plumes sur un pouce de sa partie supérieure. Le bec presque aussi épais que large et conformé comme celui des gallinacés. L'œil fort grand et la paupière nue, de même que le tour de l'œil, dont la peau s'étend jusqu'au bec. Une très-jolie membrane pend sous le cou, comme dans le dindon, et l'on y distingue quelques petites plumes semblables à des poils. Le dessus de la tête garni de plumes, larges de 3 lignes à leur base, longues de 21 et se terminant en pointe. Ces plumes sont presque toujours couchées, et l'oiseau ne les relève que rarement en forme de huppe. Les plumes du cou couvertes et arrondies.

Dimensions. Longueur totale, 28 pouces et demi; de la queue, 11; du vol, 59; de la jambe, 57 lignes; du tarse, 27; du bec, 15. Un mâle, vingt-huit heures apràs sa mort, pesait 51 onces.

Couleurs. Le front est noir. Les longues plumes du sommet de la tête ont du noir à leur origine et sur leurs tiges; le reste est blanc, aussi bien que la nuque et la moitié du derrière du cou. Les gran des couvertures supérieures du milieu de l'aile ont leur côté extérieur blanc, et leur extrémité, de même que leur côté inférieur, noirs. Les autres couvertures sont, les unes blanches, avec leur extrémité et leur tige noires, les autres noires et bordées de blanc, ainsi que les plumes des jambes et de la partie antérieure du cou. Tout le reste du plumage est noir; le tarse blanc sale derrière, noirâtre sur les côtés, et rouge en devant; le bec noir depuis sa pointe jusqu'aux narines, bleu émaillé dans le reste; l'iris d'un roux vif; la paupière bleue de ciel et bordée de blanc; le tour de l'œil blanc; la

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membrane de la gorge, partagée verticalemenl en deux couleurs, l'une rouge de sang près du cou, et l'autre bleue d'émoil à la partie extérieure.

La femelle est d'un ponce moins grande, et elle a moins de blanc sur le cou et les couvertures supérieures des ailes, comme sous le corps.

N.° CCCXXXVIII.

LE MITU.

INDÉPENDAMMENT du petit cri pi, commun à tons les yacus, celui-ci prononce aussi le nom mitu, qu'on lui donne généralement. La beauté de sa huppe le fait plus rechercher que les précédens, pour être nourri dans les maisons. Il diffère desautres oiseaux de la même famille, non-seulement par cette huppe, mais encore par sa tête plus grande, son cou entiàrement dégarni de plumes, ses pieds,

1 Cet article appartient à deux espèces d'oiseaux bien distinctes, que M. d'Azara confond. Le mitu màle qu'il décrit est évidemment le hocco de la Guiane française, dont j'ai donné la description et l'histoire dans mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XLII, pag. 267. — hocco proprement dit, Histoire naturelle de Buffon, tom. IV, pag. 128.— Crax Guianensis Brisson, ornith. gen. 7, sp. 12.— Crax alector Linn. syst. nat. gen. 100, sp. I. — Latham, syst. ornith. gen. 53, sp. I. Mais cette n'etfre aucune différence entre les individus qui la composent: c'est un fait incentestable. Le mitu, que M. d'Azara donne comme la femelle de cette espèce, est réellement d'une espè différente; et je lui trouve de grands rapports de ressemblance avec le hocco du Brésil de Brisson (crax mitu Linn. syst. nat. gen. 100, sp. I, var. b. — Latham, syst. ornith. gen. 53, sp. I var. b. (S.)

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son bec et son corps plus gros; il en diffêre encore, ainsi que je l'ai observé, par son habitude de ne se réunir que par paires, et jamais en troupes, et de passer plus de tems à terre. Le meilleur moyen de faire la chasse aux mitus, c'est de parcourir les bois, le soir et le matin, jusqu'à ce qu'on entende crier ces oiseaux; on avance alors droit et vîte vers eux, pour les faire voler sur quelque arbre où il est facile de les tirer; sans cette précaution, ils courent et se perdent sans qu'on puisse les découvrir.

Formes. Sur la tête s'élève un panache de plumes en carré long, étroites, longues de près de deux pouces et frisées ou recoquillées en avant. Ce panache ne s'abaisse jamais. 25 pennes aux ailes, la septième plus longue; 12 à la queue, étagées, et l'extérieure plus courte de 3 pouces et demi. L'articulation du tarse couverte de plumes. Bec des gallinacés. Autour des yeux une peau nue qui s'étend jusqu'au bec.

Dimensions. Longueur totale, 32 pouces; de la queue, 13; du vol, 40 et demi; de la jambe, 75 lignes; du tarse, 55; du bec, 21; de l'œil, 6.

Couleurs. Le dessous et les côtés du corps sont d'un roux clair, et la tête et le cou d'un noir velouté; mais le bas du cou est rayé transversalement de roux blanchâtre, aussi bien que le haut du dos et les ailes sur le même fond noir. Des bandes noires et d'autres plus étroites d'un blanc

1 Il est possible que, dans les environs des lieux habités du Paraguay, les mitus, continuellement exposés aux armes des chasseurs, soient devenus rares, inquiets et farouches; mais, dans les vastes solitudes de la Guiane, où l'homme ne pent guère les atteindre, ces oiseaux forment des bandes considérables, au milieu desquelles le voyageur porte sans peine la destruction, parce que la crainteet la défiance n'y règnent pas. (S.)

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roussâtre et pointillé de noirâtre, s'étendent sur les pennes et les couvertures supérieures de la queue, dont l'extrémité est blanche. Le dos est rayé de brun et de roux clair. Le tarse est rouge, le bec noir, de même que l'œil, et la peau nue dont il est entouré.

Cette description appartient à la femelle, qui est plus jolie que le mâle. Celui-ci, dont les formes et les dimensions sont les mêmes, est entièrement d'uu noir profond, à l'exception du ventre et du bout de la queue de couleur blanche, et des jambes variées de noir et de blanc. Le tarse et les doigts sont noirâtres. Le bec est noir depuis les narines à la pointe et d'un jaune pur et brillant sur le reste, le tour de l'œil varié de jaune et de noir.

N.° CCCXXXIX.

LE NANDU, CHURI OU AUTRUCHE.1

LES deux premiers noms sont guaranis, et le troisième (avestruz) espagnol. Les Portugais appèlent ema ce même oiseau. Comme le Paraguay est bien plus anciennement

1 C'est l'oiseau dont on trouve la description dans l'Histoire Naturelle de Buffon, tom. VI, pag. 290. Guenau de Montbeillard lui a mal à propos appliqué le nom de touyou ou touyouyou, qui appartient à un autre oiseau des mêmes contrées, mais d'un genre entièrement opposé. Brisson était tombé dans la même erreur, avant Guenau de Montbeillard L'autruche de Magellan, de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. XL, pag. 291. — Struthio rhea Linn. syst. nat. gen. 95, sp. 3. — Rhea Americana Lath. syst. ornith. gen. 63, sp. 1. J'ai donné une histoire complète de cet oiseau dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle, article de l'autruche de Magellan. Il est étonnant que M. d'Azara range cette autruche avec des oiseaux gallinacés. (S.)

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peuplé que les bords de la rivière de la Plata, le nandu y est rare, tandis qu'il est plus commun dans les plaines da Monte-Video et des Missions et dans les pampas de Buenos-Ayres; il est répandu, suivant ce qu'on m'assure, jusqu'au détroit de Magellan. Il ne pénàtre jamais dans les bois, et il reste toujours dans les campagnes découvertes, soit par paires, soit par troupes qui excèdent quelquefois trente individus. Dans les contrées où on ne fait pas lachasse à ces oiseaux, ils s'approchent des habitations champêlres, et ils ne se dérangent pas à la vue des gens à pied. Mais dans les pays où l'on a coutume de les poursuivre, ilsfuient de loin, et ils sont toujours en défiance; s'ils s'aperçoivent qu'on cherche à lessurprendre, ils se mettent à courir de très-loin et avec tant de vîtesse, qu'il n'y a que d'excellens chevaux, montés par de bons cavaliers, qui puissent les atteindre. Ils ne peuvent point voler; et, pour les prendre, les chasseurs leur lancent au cou une espèce de collet, formé de troispierres grosses comme le poing, et attachées par des cordes à un centre commun. Quand les nandus se trouvent arrêtés dans leur course, par ce collet si pesant, on ne doit les approcherqu'avec précaution; car, quoiqu'ils ne donnent pas de coups de bec, ils détachent des ruades capables de briser une pierre. Lorsqu'ils courent de toute leur force, ils étendent les ailes en arrière, ce qui est sans doute l'effet du vent; et pour tourner et faire de fréquens crochets, ils ouvrent une aile, et le vent les aide à exécuter très-rapidement ces voltes, qui mettent le chasseur en défaut. S'ils sont tranquilles, leur démarche est grave et majestueuse; ils tiennent latête et le cou élevés, et leur dos arrondi. Pour paître, ils baissent le cou et la tête el ils coupent 1'herbe dont ils se nourrissent.

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Les jeunes nandus que l'on nourrit dans les maisons, deviennent familiers dès le premier jour; ils entrent dans tous les appartemens, se promènent dans les rues et vont dans les campagnes, quelquefois jusqu'à une lieue de distance, et retournent à leur logis. Ils sont pleins de curiosité, et ils s'arrêtent aux fenêtres et aux portes pour regarder ce qui se passe dans l'intérieur. On leur donne du grain, du pain et d'autres nourritures; ils avalent aussi les pièces de monnaie, les morceaux de métal; et quelquefois les petites pierres qu'ils rencontrent. La chair de ces oiseaux jeunes est tendre et de bon goût; mais on ne fait point de cas de celle des adultes. Je crois qu'ils ne boivent jamais; cependant ce sont d'excellens nageurs, et ils traversent les rivières et les lagunes, même sans être poursuivis. Cette espèce diminue à mesure que la population augmente; en effet, quoiqu'il soit difficile de tuer les nandus à coups de fusil, ou de les atteindreà cheval, et impossible de les prendre aux piéges, toutle monde ramasse leurs œufs et tue les petits sans aucun but d'utilité.

Le mois de juillet est l'époque des amours des nandus; on entend alors les mâles pousser des mugissemens assez semblables à ceux d'une vache. On commence à trouver les premiers œufs à la fin d'août et les premiers petits en novembre. Les œufs ont leur surface très-lisse et de couleur blanche mêlée de jaune; les deux bouts sont également gros et leurs diamètres ont 5 pouces un quart et 3 trois quarts. Les habitans des campagnes amassent tous les œufs qu'ils rencontrent, pour les manger ou pour les vendre; ils sont fort bons, et on les emploie prineipalement pour faire des biscuits. Le nid ne consiste qu'en un creux large, mais peu profond, fait naturellement dans la terre; quelquefois les nandus le façonnent, y laissent

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les pailles qui s'y trouvent, et quelquefois ils en apportent un peu plus. Ils ne cherchent point à cacher ces nids, de sorte que l'on aperçoit de loin les œufs et l'oiseau. Personne ne sait le nombre des œufs de chaque ponte. Cependant je vis dans le bourg de Saint-Ignace, une femelle nandu qui vivait en domesticité, et privée de mâle, pondre dix-sept œufs, à trois jours d'intervalle l'un de I'autre, et les laisser tomber en différens endroits. On voit quelquefois soixante-dix à quatre-vingts œufs dans un seul nid; et c'est sans doute le produit de la ponte de plusieurs femelles. On dit, en effet, que toutes les femelles du même canton déposent leurs œufs dans le même nid, et qu'un. seul mâle se charge de les couver. Il est certain, d'après mes propres observations, qu'un seul individu fait éclore les œufs, conduit et protége lespetits, sans l'aide d'aucun autre. L'on assure aussi, et je le crois également, que si quelqu'un vient à toucher les œufs, l'oiseau les abandonne; et s'il s'apercoit qu'on le regarde pendant l'incubation, il les prend en horreur et les brise à coups de pied. C'est une opinion générale quele mâle sépare avec soin quelques œufs, qu'il casse quand les petits écloseiit, afinqu'ils trouvent, à leur naissance, de la pâture dans la multitude de mouches qui s'y rassemblent.

Les mêmes habitans dépouillent le cou entier et un peu

1 Ces faits, que j'avais regardés comme fort hasardés, ont déjà été racontés, il y a plus de ceut cinquante ans, par Nieremberg, jésuite de Madrid, dans son Histoire Naturelle, pag. 217, cap. 32. L'abbé Molina, qui a écrit aussi sur le nandu(His. nat. du Chili, pag. 242), dit que le cri de rappel de cet oiseau est us sifflement semblable à celui de l'homme.
L'on a vu en France une femelle nandu vivante, près de Rouen, chez M. de Lanoraye; et elle y a fait sa ponte. (S.)

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de la poitrine des nandus, assouplissent la peau, la consent à l'cndroit le plus large, et en font une bourse qui peut contenir beaucoup d'argent, et qu'ils nomment chuspa. Quoique les pennes des ailes soient inutiles pour le vol, parce qu'elles ont les barbes désunies et la tige extrêmement faible et déliée, on les euvoie en Espagne, où l'on en fait des houssoirs, des panaches et différentes parures pour les dames; les blanches sont les plus estimées, parce qu'on peut les teindre et les friser comme l'on veut. Leurs tuyaux sont très-longs; quoique déliés, ils ne peuvent servir pour écrire; mais on les teint en incarnat et en bleu; on les coupe dans leur longueur en petites bandelettes, et on en fait de jolies rennes et de jolis fouets.

Toute la dissemblance entre le mâle et la femelle consiste en ce que celle-ci est un peu plus petite et qu'elle a moins de noir a l'origine du cou; mais pour les distinguer, il est nécessaire de les voir ensemble.

Formes. La jambe est fort grosse en devant. Le tarse est très-robuste et revêtu de grandes écailles. Le bec est court, très-fort, aplati par dessus; sa pièce supérieure dépasse un peu l'inférieure; sa pointe est légérement aiguë, et, en la regardant de près, on y remarque une autre petite pointe fine de chaqne côté. Les ouvertures des narines sont placées sur les côtés et au milieu de la longueur du bec. La langue est grosse, courte et formant une demiellipse alougée. L'œil est arrondi et reconvert par un os saillant. Un croupion conique et pointu termine le corps qui est fort gros. Il n'y a point de queue. Les plumes du corps sont longues, faibles et décomposées; celles de la tête serrées et rudes comme des erins. Le fouet de l'aile se termine en un éperon de 6 lignes de longueur, et qui ne sort point à l'oiseau.

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Dimensions. Longueur totale, 57 pouces et demi; distance du bout du bec à la clavicule, 27; de l'extrémité de l'ongle au haut des épaules, 40 et demi. Longueur du doigt du milieu, l'ongle compris, 5 et demi; de l'extérieur et de l'intérieur, 3 un quart; du tarse, 14 et demi; de la jambe, 14; du bec, 5, mesuré depuis l'angle de la bouche; et mesuré en dessus, à peine 2 et demi; de l'œil et de l'oreille, 1.

Couleurs. Les plumes du corps sont blanches; à l'exception de celles du dos qui ont la couleur du plomb; celles du dessus et du derrière de la tête sont noirâtres. A la nuque commence une bande noire qui, en descendant sur la partie postérieure du cou, s'élargit jusqu'à entourer le cou entier à son insertion dans le corps. Le reste du cou et de la tête est blanchâtre. Les épaules et les plumes scapulaires sont cendrées, ou couleur d'habit de franciscain. Les ailes ont à peu près la même teinte, mais leurs pennes ont du blanc vers leur origine et du noirâtre dans leur milieu; en dessous les ailes ont quelques pennes entièrement blanches, mais les autres n'ont cette couleur que jusqu'au tiers de leur longueur, le reste est noirâtre.

N.° CCCXL.

LE SARIA.1

C'EST un autre oiseau singulier, que les Portugais appèlent cariama, et les Guaranis saria. L'une et l'autre dénominations ont rapport à son cri aigu, assez semblable à celui d'un jeune dindon, mais si fort qu'on l'entend à

1 Cet oiseau paraît très-rapproché du cariama, Buffon, tom. IV, pag. 26. — Brisson, ornith. tom. IV, pag. 516. — Palamedea cristata. Linn. syst. nat. gen. 81, sp. 1. — Latham, syst. ornith. gen. 65, sp. 2. Il y a plusieurs disconvenances de descriptions, que M. d'Azara ne manque pas d'attribuer à de graves erreurs de Buffon. Cependant ce naturaliste, qui n'avait pas vu le cariama, ne l'a décrit que d'après ce qu'en ont rapporté Marcgrave et Pison, qui avaient observé cet oiseau dans son pays natal. (S.)

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un mille de distance. On assure que sa chair est délicate; ce qui engage quelques Espngnols àlui donner le nom de faisan. Il est rare au Paraguay, et il ne se trouve poiut vers la rivièrede la Plata; mais je suis sûr d'avoir entendu son cri au 51e degré de latitude.

Le saria ressemble aux oiseaux de rivage par ses jambes, ses pieds, ses ongles, et même par l'ensemble de sa conformation. Il a le bec des gallinacés, le port et le cou du nandu, la paupière nue et l'œil très-grand. Néanmoins on ne peut le rapprocher de ces oiseaux, parce qu'il ne se tient pas près des eaux, ni même dans les lieux bas, et qu'il fréquente la lisière des forêts claires, séches et élevées, et de préférence les collines pierreuses. Sa nourriture se compose de lézards et d'insectes, et je suis persuadé qu'il ne boit jamais et qn'il ne mange point de grains. On le rencontre réuni par paires ouen petites troupes. Il fuit l'homme de très-loin; et l'on m'a assurè qu'il ne vole qu'à la dernière extrémité et seulement pour monter sur quelque arbre voisin. On ne distingue point à l'extérieur le mále d'avec la femelle. Ils ont tous deux assez de chair en proportion de leur volume. Leur cou est gros et assez long pour prendre à terre leur nourriture; ils le tiennent droit et vertical, avec la tête toujours levée et le regard fier et dédaigneux. Leur démarche ordinaire est grave et mesurée; quand ils soupçonnent quelque sujet de crainte, ils examinent avec attention autour d'eux,

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avant de se décider à demeurer ou à prendre laur course; c'est leur seule défense; et ils n'inquiètent jamais aucun autre oiseau.

Les jeunes sarias que l'on nourrit en domesticité, mangent quelquefois de petits morceaux de viande, mais ils refusent le maïs. Ils parcourent le bourg ou le village où ils sont élevés, sortent même dans les campagnes et reviennent à leur demeure. J'ai vu un saria femelle qu'un coq de basse-cour suivait et fêtait constamment; mais il ne la cocha point, quoique la saria l'y engageât en se blotissant. On chercha un mâle de son espèce, quila couvrit, et elle déposa deux œufs sur le sol, sans faire de nid, au pied d'un oranger.

N'ayant pu me procurer un individu complet, ma description ne pourra done pas l'être.

Formes. Les plumes du dessous et des côtés du corps sont cotonneuses et fori longues;sur le corps elles sont de même nature, quoique plus courtes. Celles du cou et de la poitrine sont longues de trois pouces, leurs tiges trésfaibles et leurs barbes désunies et lâches. Depuis lesnarines jusque près de l'angle antérieur de l'œil, règne une rangée de plumes en éventail, longues de deux pouces, fermes, et à barbes courtes et désunies; en se joign*****mt presque l'une à l'autre, ces deux rangées de plumes forment constamment une espèce de toupet très-étalé et bizarre, qui ombrage le bec. La jambe est couverte jusqu'à sa moitié de plumes courtes; l'autre moitié est nue. Le tarse est revêtu d'écailles, aussi bien que les doigts courts et trèsgros. L'ongle du doigt du milieu est noir, presque droitpeu pointu, fort, et muni à son côté intérieur d'un rebord tranchant; le doigt interne a l'ongle courbé, noir, plus épais que large et passablement pointu; l'externe est

IV. a 12

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un peu plus courbé et pointu que l'interne; il en est de même du doigt postérieur, qui est placé si haut, qu'il ne peut toucher au sol. La première phalange des trois doigts de devantest jointe par une membrane. La queue a 12 pennes bien fournies de barbes; l'aile, pliée, aboutit à peu près à la moitié de la queue. La tête est un peu grande, le cou long et gros, le bec robuste et de la forme de ceux des gallinaces. Les cils de la paupière supérieure sont noirs, durs, penchés en arrière et presque longs d'un pouce; ceux de la paupière inférieure sont rares et courts. Le tour de l'œil est nu.

Dimensions. Longueur totale, 3o pouces; de la queue, II de la jambe, 9; du tarse, 8 et demi; du doigt du milieu, 26 lignes, et de l'ongle, 8; du bec, 15, et, si on le mesure jusqu'à l'angle de la bouche, 36; de l'œil, 6.

Couleurs. La queue a ses deux pennes du milieu brunes, et les autres ont une bande large et noire dans leur milieu et une autre blanche à leur extrémité. Les pennes des ailes sont noires, avec des lignes transversales blanches et piquetées de noirâtre. Les plumes du corps et du dessusde la tête sont blanches et celles du cou entier, de la poitrine et de la gorge, d'un brun blanchâtre. Il y a une ligne blanche au-dessus de l'œil. La partie nue de la jambe et le tarse sont orangés et les ongles noirs, aussi bien que les cils. Le tour de l'œil est bleuâtre, l'iris jaune, le demi-bec inférieur orangé et le supérieur noirâtre. Quelques individus ont le bec entier d'un rouge de corail; je crois que ce sont les femelles.

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N.° CCCXLI.

LE CHAJA.1

IL jète assez souvent un cri très-fort, aigu et clair, nonseulement pendant le jour, mais encore dans la nuit, pour peu qu'il entende quelque bruit; le cri du mâle est chaja, celui de la femelle chajali; ils se répondent alternativement. On les voit tantôt seuls, tantôtpar paires, tantôt en troupes nombreuses. Il n'y a pas de différence entre l'un et l'autre; ils ne fréquentent que les marécages; et si quelquefois on les rencontre sur les bords des rivières, c'est dans les endroits où l'eau est basse et peu courante. Ils ne nagent point, quoiqu'ils entrent dans l'eau comme les hérons; mais ce n'est pas pour manger les poissons, les grenouilles, etc.; car ils ne se nourrissent, ainsi que je l'ai observé, que des feuilles des plantes aquatiques et de quelques autres plantes. J'ai vu des chajas élevés, dès leur premier âge, dans des habitations champêtres; ils étaient aussi accoutumés à la domesticité que les poules. On

1 J'étais tenté de rapprocher cet oiseau du Kamichi(Buffon, tom. XIV, pag. 40. — Palamedea cornuta), comme l'a fait M. d'Azara. Mais plusieurs disconvenances entre ces deux oiseaux s'opposent à leur réunion. Je mets au premier rang la corne pointue, de trois ou quatre pouces de longueur, qui surmonte la tête du kamichi, et qui manque à celle du chaja. Il faut done regarder ce dernier comme une espèce distincte de celle du kamichi, oiseau bien connu, ei que Buffon a bien décrit. Ainsi l'on ne devra pas s'arrêterà la proscription prononcée par M. d'Azara, qui vent que l'on jète au feu la description et la figure que Buffon a données du kamichi, et cela parce qu'elles ne se rapportent pasà la description du chaja. (S.)

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m'assura qu'ils mangeaient de petits morceaux de viande crue; mais je les vis béqueter l'herbe.

Le chaja se trouve au Paraguay et sur les deux rives de la rivière de la Plata. Il se perche à la cime des plus grands arbres; à terre, sa démarche est grave; il tient le corps horizontal, les jambes fort ouvertes, la tête et le cou en ligne verticale et le bec un peu baissé. Sa ponte, qui a lieu au commencement d'août, produit deux petits; quoique revêtus d'un simple duvet, ils suivent leurs père et mère. Les uns disent que ces oiseaux font un nid spacieux, avec de petites branches, sur les buissons entourés d'eau, et d'autres qu'ils le placent dans les jones au milieu des eaux. Lorsqu'ils volent, leur ensemble paraît gros et arrondi. Ils ont le cou long; la têteun peu petite et semblable à celle de la poule, aussi bien que le bec; les ailes très-longues et larges comme celles de l'yribu; et ils s'élèvent quelquefois dans les airs, de même que ce vautour, en faisant de longs circuits, jusqu'à ce qu'on les perde de vue. Ils ont une sorte de diadème qui les rapproche en quelque sorte de mon aigle du N.° VII; et les éperons de leurs ailes leur donnent de la ressemblance avec le terutero et l'aguapeazo. Ces armes et ces ornemens, joints à l'air fier, au volume du corps et à la voix formidable du chaja, lui donnent l'apparence d'un oiseau guerrier; il est néanmoins doux et paisible.La membrane de ses doigts et ses jambes sont encore des rapports avec les oiseaux de rivage, et le duvet qui le couvre le rapproche du cygne. Mais il a plusieurs attributs qui lui sont particuliers: ses ongles, dont je parlerai bientôt; le duvet cotonneux qui couvre toute sa tête et une grande partie de son cou, à l'erception d'une bande sur laquelle la peau est nue; la peau du corps séparée de la chair par un intervalle d'une

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ligne et demie rempli par une infinité de petites cellules qui contiennent du vent; le tarse et les doigts participant à cette même disposition de la chair et de la peau, en sorte qu'ils paraissentdémesurément gros, et qu'en les pressant du doigt, la peau prête et s'enfonce pour revenirsur; ellemême dès que la compression cesse.

Formes. Sur le milieu de l'occiput sont quelques plumes décomposées, étroites, longues de 2 pouces et demi, et dont la direction tendrait à passer entre l'œil et la narine, de sorte qu'elles forment une sorte de diadème immobile. Toute la tête et le haut du cou, sur 2 pouces de longueur, sont revêtus de plumes courtes et cotonneuses. Vingt-huit pennes aux ailes, les troisième, quatrième et cinquième les plus longues; à la queue, 14 pennes fortes, bien fournies de barbes et étagées; l'extérieure est plus courte de 12 lignes. De grandes écailles hexagones et symétriquement arrangées couvrent le tarse et 2 pouces et demi de la jambe. Le doigt du milieu est joint au doigt extérieur par une membrane jusqu'à la première articulation. Tous les ongles sont aigus et creusés en gouttière, à bords tranchans, avecune autre arête arnincie sur leur milieu; l'ongle du doigt de derrière est droit, celui du milieua une légère courbure, et les autres sont un peu crochus. Il n'y a point de membrane aux ouvertures des narines. Le bec est robuste, de la forme du bec des gallinacés, et garni à sa base deplumes très-courtes. La peau nue dont les yeux sont entourés s'étend; jusqu'au bec. L'os du fouet de l'aile se termine en alêné, et sur le bord de la partie extérieure de cette aile sont deux éperons pointus, très-forts, osseux, un peu recourbés en haut et dont la surface a trois plans distincts.

Dimensions. Longueur totale; 31 pouces; de la queue,

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9; du vol,73; de la jambe,7 et demi; du tarse, 5 et demi, du doigt du milieu, 53 lignes, et de l'ongle 13; du bec, 17.

Couleurs. Les plumes courtes et cotonneuses de la tête et du haut du cou ont une teinte plombée claire. Deux colliers, larges de 9 lignes, entourent le cou au-dessous de cette teinte; le supérieur, qui est sans plumes, est d'un blanc rougeâtre, et les plumes courtes et cotonneuses du second sont noires. Le reste du cou, le dos, le croupion et toutes les parties inférieures sont d'un plombé blanchâtre; la queue, les pennes des ailes et leurs grandes couvertures supérieures noirâtres, aussi bien que les plumes scapulaires; les autres couvertures brunes, noirâtres, blanches ou de couleur de plomb; celles de dessous blanches; le haut de la jambe et le tarse couleur de rose; les ongles noirs. Le bec est noirâtre, le tour de l'œil rouge sanguin, et l'iris brun roussâtre.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CIGOGNES OU TUYUYUS.

LA première de ces dénominations est castillane, la seconde est du langage des Guaranis; cette dernière signifie terre jaune, et elle a rapport à la demeure ordinaire des oiseaux de ce chapitre. Leurs caractères communs sont de n'avoir pas de cri; d'être très-grands; devoler à de grandes distances, le cou élevé, le bec et les pieds trèstendus; d'être charnus à proportion de leur volume; de ne jamais arrondir le cou en le pliant; d'avoir la langue plate, en triangle équilatéral, courte et bizarre; les cuisses et le cou très-longs; letarse sec, comprimé, robuste, revêtu d'écailles hexagones et nu comme une partie de la jambe; les ongles gros, semblables à ceux de l'homme, et surpassant à peine le bout du doigt; les ailes longues et vigoureuses; la queue courte; le bec très-long et fort, à bords garnis d'aspérités et ne se joignant bien qu'à leur bout. Du reste aucune différence extérieure ne distingue les sexes. Leurs mouvemens sont lents, leurs pas grands et posés; ils avalent entiersles animaux dont ils se nourrissent, et leur ponte se compose de deux œufs dans un nid travaillé avec de petites branches et placé sur les arbres. Ce sont des oiseaux sédentaires; on les voit toujours en assez grand nombre dans les cantons où se trouvent les couleuvres, les serpens, les anguilles, les grenouilles, etc. dont ils composent leur subsistance, et qu'ils guettent dans les terrains argileux ethumides.

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N.° CCCXLII.

LE BAGUARI.

LES Espagnols donnent plus particulièrement à cette espèce le nom de cigogne, parce qu'ils croient que c'est la même qu'en Europe; mais c'est une erreur. Quelques Guaranis l'appèlent baguari, d'autres mbaguari, enfin. quelques autres tuyuyu-guazu. Quoique cet oiseau cherche sa proie dans les lieux humides, sur les rivières et les lacs, il entre peu dans l'eau, et on le voit aussi sur les terrains secs; il diffère en ce point des espèces suivantes, aussibien que par son cou bien garni de plumes. Il n'est ni défiant, ni farouche; il est communément seul ou par paires; néanmoins j'ai vu, au mois de janvier, une troupe de cinquante-trois individus réunis dans une lagune sous le 25e degré.

Le baguari se trouve au Paraguay et au midi de la rivière de la Plata. Il s'élève quelquefois à une très-grande hauteur. L'on m'assure qu'il se perche sur les arbres, cependant je l'ai toujours vu à terre. Il niche vers la fin de 1'année, et ses petits sont d'un brun noirâtre, avec le ventre blanc, livrée qu'ils conservent jusqu'à leur première mue; ils paraissent è cette époque comme marbrés, parce que les plumes qui remplacent successivement les pre-

1 Le maguari, Buffon, tom. XIII, pag. 401. — Maguari brasiliensibus Marcgrave. Hist. nat. brasil. pag. 204. — Ciconia Americana Brisson, ornith. tom. v, pag. 369.— Ardea maguari Linn. syst. nat. gen. 34, sp. 22. — Latham, syst. ormith. gen. 39, sp. 10. Ce grand oiseau se montre quelquefois en Europe, et mème en France. (S.)

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mières sont blanches. Ces jeunes oiseaux, élevés dans les maisons, deviennent très-familiers; ils s'envolent dans les campagnes et les marécages; mais ils ne manquent pas de revenir à l'heure à laquelle on a coutume de leur donner leur repas, qui consiste en morceaux de viande.

Formes. Les troisième et quatrième des 36 pennes de l'aile sont les plus longues. La queue est partagée horizontalement en deux parties: la supérieure a 12 pennes, desquelies la latérale est plus courte de 12 lignes que la portion inférieure, les deux intermédiaires ont 33 lignes de moins que la latérale, et les autres sont également étagées; il y aaussi 12 pennes à la deuxième portion de la queue; elles sont étagées, et l'extérieure est d'un pouce et demi plus courte. Plus de la moitié de la jambe est dénuée de plumes. Le doigt du milieu est joint au doigt intérieur par une membrane jusqu'à la première articulation; l'extérieur n'est uni que très-peu à l'intermédiaire. Le bec est long, beaucoup plus épais que large, pointu, droit, avec un enfoncement à sa base et un rebord vers le bout de la mandibule inférieure. Les ouvertures des narines sont trèsétroites et placées derrière une longue rainure. Les plumes de la tête sont peu fournies de barbes, mais longues, moins cependant que celles du bas du cou; rapport que les baguaris ont avec les hérons. Une large plaque, dénuée de plumes et très-grenue, entoure les yeux et s'étend, par un passage étroit, jusqu'au bec et l'angle de la bouche. Au haut de la gorge on voitune autre peau nue, mais lisse et traversée dans son milieu par une rangée étroite de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 43 pouces; de la queue, 9; du vol, 78 et demi; du cou, le bec et la tête compris, 29 et demi; de la jambe, près de 12; du tarse, 9 trois

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quarts; du doigt du milieu; 45 lignes; du bec, 7 pouces cinq sixièmes.

Couleurs. Tout le plumage est blanc, à l'exception des pennes, des grandes couvertures supérieures et du fouet de l'aile, des plumes scapulaires et de la queue supérieure, dont la couleur est noire. La jambe et le tarse sont d'un rouge sanguin et les ongles noirs. Le bec est bleu de ciel à sa base et noirâtre dans le reste, l'iris blanc d'ivoire et la peau du tour de l'œil rouge comme celle du bec.

N.° CCCXLIII.

LE COLLIER ROUGE.1

QUELQUES-UNS l'appèlent aiaiai. Il est rare au Paraguay, et je ne l'ai pas vu au delà du 32e degré de latitude méridionale. Il vit seul ou par paires; mais jamais il ne se réunit en troupes. C'est un des oiseaux les plus farouches; et quoiqu'il ne s'élève pas autant etne fasse pas de grands circuits dans les airs, comme le précédent et le suivant, son vol est lent, mais soutenu et de longue durée. Il passe la nuit perché sur les arbres; cependant je ne l'aijamais vu se poser ailleurs que dans les amas d'eaux stagnantes et dans les terres inondées; il y entre plus avant que le baguari et il va de préférence dans les plus grands lacs. No-

1 Le jabiru, Buffon, tom. XIII, pag. 408. — Jabiru brasiliensibus Marcgr. Hist. nat.Bras. pag. 200. — Ciconia Guianensis Brisson, ornith. tom. v, pag. 373. — Mycteria Americana Linn. syst. nat. gen. 82, sp. 1. — Latham, syst. ornith. gen. 46, sp. 1. — A la Guiane française, touyouyou. Dans cette contrée, le collier rouge, ou le touyouyou, n'est point aussi farouche qu'au Paraguay; on l'approche aisément, sur-tout quand il est encore jeune. (S.)

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seda m'a donné la note suivante au sujel du nid de celtfe espèce.

«Je trouvai un nid de collier rouge dans un petit bois au bord d'un étang, sur un arbre élevé, ébranché et sec. Ce nid spacieux était soutenu sur deux bouls de branches faisant la fourche; et il était formé de rameaux assez, longs et gros, entrelacés avec soin. On dit que la ponte n'est que de deux œufs, et que les petits sont quelque tems avant de prendre le collier rouge des adultes. On assure aussi que ces petits sont défendus avec courage par leurs père et mère, qu'ils claquètent du bec et que le même nid sert pendant plusieurs annèes».

Formes. La tête et plus de 6 pouces du cou sont couverts d'une peau nue, avec quelques petites plumes courtes comme des soies el blanches sur l'occiput et la nuque. La peau du cou est si flasque, qu'elle p nd comme le fanon des vaches, et qu'elle pourrait contenir plusieurs autres cous. 32 pennes aux ailes, lestroisième, quatrième et cinquième sont les plus longues. La queue a 12 pennes égales et bien garnies de barbes. La jambe et le tarse sont robusles, et les doigts latéraux unis à celui du milieu par une membrane. Le bec est étroit à sa base et légèrement courbé en arc vers le haut. On ne voit point de membrane aux ouvertures des narines, et elles sont recouvertes par une saillie du bec. L'iris est imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 52 pouces trois quarts; de la pointe du bec jusqu'à la base ducou, 32 un sixième; de la queue, 8 deux tiers; du vol, 94; de la jambe, 14; desquels 7 et demi sont nus; du tarse, 7 et demi; du doigt du milieu, 4 un quart; du bec, 12 un sixième, mesuré jusqu'à l'angle de la bouche, épais de 2 trois quarts, large

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de I onze douzièmes; des narines, I un tiers; de l'œil, 6 lignes.

Couleurs. Tout le plumage est blanc, sans reflets. La peau nue de la tête et des 6 pouces ducou est d'un noir de jais; il, y a une petite tache rouge près de l'occiput. Au bas du cou, la peau nueforme un collier d'un rouge vif, large de 4 pouces, parsemé de quelques petites plumes ou soies semblables à celles qui sont plus haut sur le noir; et toute cette peau nue du cou est luisante et très-agréable. La portion inférieure de la jambe, le tarse et le bec sont noirs.

La femelle n'a que 49 pouces de longueur totale, et elle manque de la tache rouge du derrière de la tête.

Buffon donne à cet oiseau le nom de jabiru2, qui n'est poiut connu au Paraguay; je crois que c'est yabiru, c'est à-dire, en guarani, une chose enflée par le vent, ce quipeut bien avoir rapport au cou de 1'oiseau.

N.° CCCXLIV.

LE CANGUI.3

QUELQUES Guaranis appliquent à cette espèce l'epithète de floxo (paresseux), à cause de la lenteur de sa démarche. On ne trouve communément qu'un seul individu,

1 Dans l'oiseau mort, ce collier, d'un rouge vif, devient livide en se desséchant. (S.)

2 Ce n'est point Buffon qui a donné au collier rouge le nom de jabiru; il l'a pris dans Maregrave, et il est de la langue du Brésil. (S.)

3 C'est très-vraisemblablement le nandapoa, Buffon, tom. XIII, pag. 415. — Jabiru guacu brasiliensibus, nhadu-apoa brasiliensibus Marcgr. Hist. nat. Bras, pag.201. — Ciconia brasiliensis Brisson, ornith. tom. v, pag. 371.Mycteria Americana Linn. syst. nat, gen. 74, sp. I. — Latham, syst. ornith. gen. 59, sp. II. (S.)

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quelquefois deux ensemble; cependant j'en ai rencontré jusqu'à soixante et plus réunis en troupes. Ces oiseaux ne sont ni défians, ni farouches, et ils se laissent plus facilement approcher que les précédens. Ils habitent le Paraguay et les environs de la rivière de la Plata. Ils s'élèvent souvent à une très-grande hauteur dans les airs, et ils se perchent sur les arbres. Ils fréquentent plus volontiers les eaux stagnanles que les rivières, et sur-toutles terrains argileux et inondés; ils y enfoncent leur bec un peu ouvert pour saisir, sans les voir, les anguilles qui s'y trouvent.

Formes. 27 pennes aux ailes; 12 égales et bien fournies de barbes à la queue. De cinq individus que j'ai tués, deux avaient la tête et quatre pouces du cou dégarnis de plumes et laids, parce que l'on ne voyait point de peau sur la tête, dont l'os semblait être à nu, et que la peau du cou était remplie defoliations degoûtantes. Les trois autres avaient quelques plumes courtes et d'un blanc sali par l'argile, sur les côtés de la tête et le haut du cou; j'attribue cette différence au jeune âge, car, dans tout le reste, ces trois individus ressemblaient aux autres. Le bas de la jambe et le tarse sont revêtus d'écailles. Le doigt du milieu est joint aux deux latéraux par une membrane couleur de paille, jusqu'à la première articulation. Le bec est plus fort, aussi dur qu'un os, droit sur 5 pouces et demi de sa longueur et le reste légèrement courbé, comme celui du curucau,, avec sa pointe obtuse.

Dimensions. Longueur totale, 33 pouces; de la queue, 5 et demi; du vol, 64; du bout du bec à l'origine du

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cou, 19; de la jambe, 9 et demi; du tarse, 7 un qua et; du doigt du milieu, 4; du bec,7 et demi.

Couleurs. Les ailes et la queue sont noires; le reste du plumage est blanc. Quand l'oiseau marche, sa queue est cachée par ses ailes; de sorte qu'à quelque distance, il paraît presque tout blanc. Le bas de la jambe et le tarse sont noirs. Le bec a sa base noire, son bout olive et le reste marbré d'olive et de noirâtre.

N.° CCCXLV.

LA SPATULE.1

QUOIQUE, dans le vrai, cet oiseau n'ait point de nom propre, quelques Guaranis l'appèlent guirapita (oiseau rouge), et quelques autres guirali (oiseau blanc). Je le désigne par la dénomination qui a le plus de rapport à la figure de son bec. Il n'est point rare au Paraguay, et il est répandu jusqu'aux pampas de Buenos-Ayres. On le voit seul, quelquefois par couples et quelquefois en troupes nombreuses. L'on ne distingue point à l'extérieur le mâle de la femelle. Ils sont assez, farouches, et ils se perehent sur les arbres. Je les ai assez, souvent rencontrés dans les lagunes, enfoncés dans 1'eau jusqu'au genou, balançant leur bec entièrement plongé dans l'eau, sans doute pour attraper de petits poissons, dont ils font, je crois, leur

1 La spatule d'Amérique, Buffon, tom. XIV, pag. 202. Nota: Que l'auteur de l'Histoire naturelle n'a point séparé cette spatule de l'espèce propre à l'ancien continent (platea leucorodios); on ne peut guère douter néanmoins que ce ne soient des espèces distinctes. — Platea rosea Brisson, ornith. tom. v, pag. 356. — Platea ajaja Linn. syst. nat. gen. 73, sp. 2. — Latham, syst. nat. gen. 73, sp. 2. — Latham, syst. ornith gen. 64, sp. 2. (S)

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principale subsistance: en effet, la forme et la faiblesse de leur bec ne me paraissent pas propres à saisir d'autres proies. Leur démarche et leurs mouvemens sont les mêmes que ceux des cicognes; et il n'est pas rare de les voir réunis aux canguis dans les eaux stagnantes: mais leur vol est plus rapide, plus soutenu, moins élevé et avec moins de tournoiemens. Quoiqu'ils portent le cou tendu en volant, il est moins alongé que celui des cigognes; il en est de même des jambes et des pieds; mais les doigts sont plus tendus. Du reste, les spatules ressemblent aux cigognes, par les écailles du tarse, la langue et l'habitude de ne point plonger leur cou dans l'eau, ni de le courber en rond. Si on les compare aux hérons, on reconnaît qu'elles ontles ailes et les doigts plus longs, les jambes et le tarse aussi longs, proportion gardée, le cou et laqueue plus courts, plus de chair, enfin d'autres dissemblances qui les distinguent des oiseaux desquels on serait tenté de les rapprocher.

Formes. La tête est désagreable à la vue, sans plumes, aplatie en dessus, avecles côtés verticaux. Au bas du cou, en devant, est une touffe de plumes un peu plus longues que les autres, étroites et décomposées. 29 pennes aux ailes, la seconde plus longue; 12 égales à la queue. La partie inférieure des jambes dénué de plumes; les doigts antérieurs unis par une membrane jusqu'à la moitié de leur longueur; les ongles aigus et faiblement courbés; le bec a la forme d'une longue spatule; les ouvertures des narines alongées, étroites et placées devant une rainure parallèle aux bords du bec qui est terminé par un onglet, comme celui des oies; il est plat dans toute sa longueur et aussi large à sa base que la tête; la mandibule inférieure est semblable à la supérieure, quoiqu'un peu plus courte;

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toutes deux sont minces et d'une substance flexible; une peau ridée les entoure à leur insertion dans la tête. Le gosier est assez large pour recevoir des grenouilles, des anguilles et d'autres poissons.

Dimensions. Longueur totale, 28 pouces; de la queue, 4; du vol, 49; de la jambe,72 lignes; du tarse, 3o: du doigt du milieu, 35; du bec, 5 pouces deux tiers, mesuré jusqu'à l'angle de la bouche;des narines, 9 lignes.

Couleurs. La spatule a la tête jaune en dessus et orangée sur les côtés; l'occiput et les oreilles noirs; le cou, le haut du dos et la poitrine blancs, mais en soulevant lesplumes on s'aperçoit qu'elles sont teintées de couleur de rose près de leur naissance; lebouquet de plumes du bas du cou d'une faible couleur de rose, de même que le reste du plumage, à 1'exception de la queue d'un jaune pâle, de ses couvertures et des petites du dessus de l'aile, qui sontd'un rouge vif, comme les tiges des pennes des ailes.

Dans les oiseaux jeunes cette teinte rouge et la couleur de rose sont si faibles, qu'à peine sont-elles apparentes; l'on remarque aussi un peu de brun au bout des premières pennes de l'aile.

Le bas de la jambe etle tarse sont d'un noirâtre nuancé de couleur de rose et les ongles noirs. L'iris est rouge. Le bec et sa membrane sont d'un vert jaunâtre, qui blanchit lorsque l'oiseau est effrayé.

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N.° CCCLXVI.

LE FLAMMANT.1

SES habitudes se rapprochent plus de celles de la spatule que de tout autre oiseau. Il ne se trouve point au Paraguay, et je ne l'ai vu que dans les lagunes de la rivière de la Plata et des pampas de Buenos-Ayres; j'y ai rencontré quelquefois des bandes de plusieurs centaines d'individus qui m'ont paru très-farouches. Je n'ai point remarqué de différence entre le mâle et la femelle.

Formes. La deuxième penne de l'aile est la plus grande; 16 à la queue, comme dans les hérons. La partie nue dela jambe et le tarse sont revêtus d'écailles. Les trois doigts antérieurs sont à demi-palmés. Le bec est droit jusqu'à sa moitié; après quoi sa mandibule supérieure fléchit tout d'un coup par une forte courbure et forme un angle de 55 degrés; quoiqu'elle se termine en une pointe un peu recourbée; elle a très-peu d'épaisseur; mais l'inférieure en a beaucoup, et sa cavité est remplie par la langue. Cette même mandibule supérieure est aplatie en dessus sur sa courbure; elle a en dedans un filet très-apparent; et sur ses bords des filets parallèles en travers, qui forment des espèces de dents comme au bec des oies. Les ouvertures des narines sont étroites, et l'oiseau les bouche à volonté par la membrane de leur bord supérieur.

Dimensions. Longueur totale, 38 pouces; de la queue,

1 Le flammant, ou le phénicoptère, Buffon, tom. XVI, pag. 192. Phœnicopterus ruber Linn. syst. nat. gen.79, sp. 1 — Latham, syst, ornith. gen. 87, sp. 1. (S)

IV. a. 13

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5 et demi; da vol, 62 de la jambe, 10; du tarse, 10; du doigt du milieu, 34 lignes; du bec, 48.

Couleurs. Les 27 premières pennes des ailes sont noires et les autres couleur de feu, aussi bien que toutes les couvertures supérieures et les petites couvertures inférieures. Le reste du plumage est d'un blanc lavé de rouge; il, y a des taches longues et rouges sur les pennes scapulaires. Le tarse est d'une teinte de plomb claire; son articulation est rouge, de même que la membrane des doigts. Le bec est d'un blanc mêlé de rose; à l'endroit de sa forte courbure, il est noir.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX HÉRONS.

QUOIQUE les Guaranis donnent généralement à ces oiseaux le nom de hocos, je préfàre celui de hérons, sous lequel les Espagnols les connaissent. Les espèces de cette famille sont nombreuses; la plus grande a 45 pouces et la plus petite 13. Tous ces oiseaux sont peu charuus en comparaison de leur volume, et ils ont la poitrine et les épaules très-étroites, attributs qui indiquent des êtres faibles, timides; défians et qui fuient de loin. Leur cou est trèslong et aminci; quoiqu'il paraisse plus gros, quand ils renflent les plumes rares, mais bienfournies de barbes, qui le revêtent; celles des côtés s'inclinent un peu vers le bout. Les hérons lèvent promptement le cou pour regarder de tous côtés; et ils lui font prendre une double courbure. Ils le retirent, au contraire, et le racourcissent extrêmement lorsqu'ils sont épouvantés et quand ils le veulent; la trachée-artere n'occupe alors, sur le devant du cou; que les deux extrémités parce qu'elle passe sur la partie postérieure, ainsi que cela arrive à tous les oiseaux qui courbent leur cou.

Les hérons se tiennent long-tems posés et immobiles sur les arbres et les bois, le cou retiré, les épaules comme bossues et le corps comprimé par les ailes dont les anglessont très-rapprochés et élevés, les pennes extérieures étant presqueverticales. Les petites espèces se réunissent communément en troupes; quelques autres vont en families et

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d'autres par couples. Tous volent en battant des ailes, par des mouveraens lents et réglés et sans les étendre entièrement, et ils retirent tellement leur cou qu'ils semblent n'en point avoir. Quoiqu'ils ne courent pas ordinairement, ils marchent cependant mieux que les cigognes. Ils ont les jambes et les doigts plus alongés; le doigt du milieu et l'extérieur joints par une membrane jusqu'à la première articulation; le doigt de derrière et l'extèrieur sortant du côté du talon et paraissant tourne sur le même axe; l'ongle postérieur moins courbé que les autres; ceux-ci presque droits; enfin, le long du bord interne de l'ongle du milieu, une rangée de petites dents comme un peigne, et cette dentelure donne à ces oiseaux la facilité de s'attacher aux plantes des lacs et des rivières, où ils font leur demeure habituelle; ils, entrent jusqu'au genou, sans nager, pour saisir les crapauds, les grenouilles, les limaçons, les poissons, les couleuvres, les anguilles et les sangsues. Dans l'état de domesticité les hérons font la chasse aux rats avec beaucoup d'adresse, et ils les avaient tout entiers. Ils mangent aussi de la viande crue, qu'ils trempent dans 1'eau avant que de 1'avaler.

Je ne connais point de différence entre le mâle et la femelle; ils sont les derniers à pondre; et l'on m'assure qu'ils font leur nid avec de petites branches sur les arbres, et qu'ils ne produisentque deux petits. La tête n'est ni plus épaisse, ni plus large que la base du bec, et les plumes dont elle est revêtue en dessus sont longues, étroites et serrées; cependant l'oiseau les hérisse à volonté, sans que 1'on puisse dire qu'elles forment une huppe. Le tour de l'œil est uu, et il communique par un espace étroit au bec et à l'angle de la bouche. La langue est longue, étroite, peu pointue et élastique; la bouche très-grande, le gosier

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très-large etle bec très-robuste, droit, et diminuant également jusqu'à son bout; ses bords sont tranchans, et une rainure qui commence à l'angle antérieur de l'œil, va en ligne droite jusque près de l'extrémité du bec; c'est dans cette rainure que sont les ouvertures des narines, qu'une membrane ferme et découvre à la volonté du héron. Le haut de la gorge est nu, excepté une rangée longitudinale de plumes dans son milieu. La queue est courte, un peu faible et convexe en dessus.

N.° CCCXLVII.

LE HÉRON DE COULEUR DE PLOMB.1

LE mêle ne diffère point de la femelle, et on les rencontre ensemble ou séparés. Ce sont les plus grands hérons, les plus farouches, les plus rares, et on ne les trouve que dans les rivières et les lagunes du Paraguay. Leur cri, qu'ils ne font entendre que rarement au vol, exprime gaaa d'un son de voix désagréable. Deux petits, que j'achetai en novembre, ressemblaient aux adultes, quoiqu'ils ne pussent pas encore voler. Celui qui me les vendit m'assura les avoir pris dans un nid construct avec de petites branches et placé sur un arbre.

Formes. Les plumes du haut de l'occiput sont étroites, longues de 5 pouces et décomposées. Celles des côtés du cou, très-longues, concaves, à barbes hérissées, recouvrent une longue bande de peau nue qui règne sous le corps, depuis le bas du cou en devant jusqu'au ventre. Celles du

1 Cette espèce, qui n'est point le héron commun (ardea major), sinsi que M. d'Azara parait le présumer, n'avait point encore été décrite. (S.)

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haut du dos sont faibles, soyeuses, décomposées; elles descendent presque jusqu'à l'extrémité de la queue, et la dépassent même dans les individus que je regarde comme les mâles. Des plumes semblables naissent du dernier tiers de la partie antérieure du cou; elles sont longues de 9 pouces, et toutes peuvent servir d'ornemens pour le luxe et de parure pour les femmes. 28 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 égales à la queue. La moitié de la jambe et le tour de l'œil saus plumes.

Dimensions. Longueur totale, 45 pouces; de la queue, 7 un quart; du vol, 69; de la jambe, 10 et demi; du tarse, 8; du doigt du milieu, 52 lignes; du bec,72.

Couleurs. Le dessus de la tête est d'un bleu presque noir. La gorge, le derrière de la tête et le cou entier sont blancs, mais les plumes des deux tiers supérieurs du devant du cou ont une tache d'un bleu foncé vers l'extrémité de leur côté interne; de sorte que le plumage, sur cette partie, paraît assez agréablement varié. Le dos, le croupion, les couvertures supérieures des ailes et la queue, à l'exception de son extrémité qui est noirâtre, sont d'un blanchâtre plombé ou d'un cendré bleuâtre, plus clair ou presque blanc sur les grandes couvertures du dessus de l'aile; celles de la partie externe, ainsi que les pennes de cette même partie, ont une nuance plombée et noirâtre; elle est plus claire sur les autres et sous la queue. Le bord de l'aile, les plumes des jambes et les couvertures inférieures de la queue sont blanches; les longues plumes du bas du cou d'un bleu presque noir; le bas de la jambe et le tarse d'un violet noirâtre. L'iris est d'un jaune pur, le tour de l'œil bleuâtre, le bec d'un rouge violet à sa base et d'un jaune pâle sur le reste.

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N.° CCCXLVIII.

LE GRAND HÉRON BLANC A MANTEAU.1

JE n'ai vu que deux individus de cette espèce, l'un au 28e degré de latitude, l'autre au sud de Buenos-Ayres; elle me paraît fort rare.

Formes. D'une épaule à l'autre règne un rang de plumes à tige très-droite et ferme, à barbes soyeuses et décomposées, qui tombent le long du dos et dépassent la queue de 7 pouces et demi; et comme ces plumes ne touchent à la peau qu'à leur naissance, le vent joue entr'elles, et même les souille, en les faisant toucher à la boue. La poitrine et le ventre sont entièrement dénués de plumes dans leur milieu; mais cet espace nu est caché par les longues plumes des côtés du corps. Celles du dessus de la tête sont étroites, faibles et fort longues, de même que celles du devant du cou. 28 pennes aux ailes, ladeuxième et la troisième les plus longues; 12 égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 35 pouces 5 de la queue, 5 et demi; du vol, 52; de la jambe,7 et demi; du tarse, 5 un tiers; du doigt du milieu, 44 lignes; du bec, 49.

Couleurs. La peau de ce héron est noirâtre, et tout le plumage plus blanc que la neige. La partie nue de la jambe

1 La grande aigrette, Buffon, tom. XIV, pag. 101, et pl. enl. N.° 925. — Ardea egretta Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 34. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 63. La ponte de cette espèce est de tois ou quatre œufs, dans un nid formé de petites bûchettes grossièrement arrangées. Ces oiseaux, très. communs à la Guiane, ne s'éloignent jamais du voisinage de la mer, se réunissent en troupes, ont le naturel social et s'apprivoisent aisément. (S.)

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et le tarse sont noirs; le tour de l'œil est jaune, le bec doré et l'iris blanc d'ivoire.

Les femelles n'ont pas les plumes de la tête et du devant du cou plus longues que les autres. Je crois aussi qu'elles ont 3 pouces de moins de longueur totale.

N.° CCCXLIX.

LE PETIT HÉRON BLANC A MANTEAU.1

JE n'ai jamais vu cette espèce au Paraguay; mais j'ai rencontré trois individus à Buenos-Ayres.

Formes. Les plumes du sommet et du derrière de la tête sont faibles, décomposées, soyeuses et longues d'environ 4 pouces; l'oiseau les élève et les abaisse à volonté, de même que les autres hérons. Le devant du cou est garni de plumes semblables et de 5 pouces de long. Il y en a d'autres de même nature sur les épaules; elles sont droites et retombent naturellement sur les côtés du corps; elles aboutissent à l'extrémité de la queue. Un individu, que je crois une femelle, avait un pouce de moins de longueur totale, et les plumes de la tête, du devant du cou et des épaules, beaucoup plus courtes et moins nombreuses. Le doigt du milieu est joint au doigt extérieur jusqu'à la première articulation; l'intérieur est entièrement séparé.

1 L'aigrette, Buffon, tom. XIV, pag. 95, pl. enlum. N.° 901. — Ardea garzetta Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 13. — Lath. syst. ornith gen. 69, sp. 64. M. d'Azara se trompe lorsqu'il dit que cette espèce, également répandue en Turquie, en Asie, en Afrique eten Amérique, n'a point subi de changemens par l'influence des climats; il y a quelques disparités entre l'igrette d'Amérique et celle de l'ancien continent; elles sont, à la vérité, peu nombreuses et peu saillantes. (S.)

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Le bec est droit. Des 24 pennes des ailes, la deuxième et la troisième sont les plus longues; 12 à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces; du doigt du milieu, 27 lignes; du bec, 36.

Couleurs. Semblables à celles du précédent. Les doigts sont jaunes; le bec est noir.

N.° CCCL.

LE GRAND HÉRON BLANC.1

JE n'ai eu que deux individus de cette espèce au Paraguay. Tout leur plumage était blanc. Ils avaient 35 et 37 pouces un quart de longueur totale; la queue, longue de 5 un tiers, l'envergure de 55, la jambe de 9 un sixième, et le bec de 4 et demi; de grandes écailles sur la partie nue de la jambe et sur le tarse; le bec d'un jaune doré, avec sa pointe noire; le tour de l'œil d'un jaune verdâtre; l'iris jaune pâle; la tête fort petite, aplatie en dessus et couverte, ainsi que le bas du cou, de plumes serrées et courtes.

1 Il n'est pas étonnant qu'en prononçant l'identité de cet oiseau et du héron blanc (Buffon, tom. XIV, pag. 83. — Ardea alba), M. d'Azara se soit aperçu de quelques disparités, qu'il rejète, à son ordinaire, sur des erreurs dans la description de Buffon. En effet, le héron blanc est une espèce particulière à l'ancien continent, qui ne se trouve point dans le nouveau. L'espèce décrite dans cet article avait déjà été indiquée par l'abbé Molina, dans son Histoire Naturelle du Chili, pag. 214; mais Buffon n'en avait pas connaissance. C'est le héron blanc de lait de mon éditions des OEuvres de Buffon, t. LVII, pag. 210.—Ardea galactea Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 48. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 68. (S.)

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N.° CCCLI.

LE HÉRON ELANC MOYEN.1

JE l'ai vu quelquefois seul, et quelquefois par couples, dans les lagunes; et quoiqu'il ne soit pas des plus farouches de cette famille, il ne laisse pas d'être défiant et de fuir de loin.

Sa longueur totale est de 22 pouces; de la queue, 3 et demi; du vol, 36; de la jambe, 5 un quart; du tarse, 4; du bec, 3. Il a 24 pennes aux ailes, et la troisième plus longue; 12 égales à la queue; la partie nue de la jambe et le tarse noirs en devant, et jaunes sur le reste; le bec jaune à la base de sa pièce supérieure, noire du reste, blanc sur la pièce inférieure, dont les bords sont noirs; le tour de l'œil et l'iris jaunes, enfin tout le plumage très-blanc.

N.° CCCLII.

LE PETIT HÉRON BLANC.2

J'AI vu souvent les oiseaux de cette espèce réunis en troupes nombreuses sur les arbres qui, de loin, parais-

1 Ce héron est la garzette blanche de Buffon, tom. XIV, pag. 92. — Ardea candida minor Brisson, tom. V. — Ardea equinoctialis Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 25, var. b. — Lath. syst. ornith. gen. 69, sp. 70, var. b. Ces deux derniers ornithologistes ne considèrent, comme l'on voit, cet oiseau que comme une simple variété du crabier blanc à bec rouge (ardea equinoctialis); mais c'est une erreur. Au reste, la garzette blanche se trouve en Amérique, comme dans les contrées méridionales de l'ancien continent. (S.)

2 Je ne pense pas que ce héron soit d'une espèce distincte de celle du héron blanc moyen ou garzette blanche. (S.)

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saient tout blancs. Quoique leurs formes et leurs couleurs soient les mêmes que dans l'espèce précédente, ils en diffèrent néanmoins par le bec, plus long à proportion et légèrement courbé vers sa pointe, ainsi que par la taille plus grande.

Longueur totale, 19 pouces trois quarts; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 31 trois quarts; de la jambe, 4 cinq sixièmes; du tarse, 3 et demi; du bec, 33. La peau est noire, et les couleurs sont semblables à celles de l'oiseau précédent.

N.° CCCLIII.

LE HÉRON MARBRÉ.1

LES hérons de cette espèce que je n'ai vus qu'au Paraguay, se tiennent seuls ou par couples, et quelquefois en petites troupes de 4. Leur ponte a lieu en novembre, et leur nid est fait avec de petites bûchettes et placé sur un arbre; les jeunes ne diffèrent point des adultes. De même que ceux de l'espèce suivante, ces oiseaux s'éloignent de tous les hérons, non-seulement parce qu'ils fréquentent de préférence les petits amas d'eau, mais encore parce qu'ils ne sont ni défians, ni farouches, et qu'ils se perchent au plus haut des arbres, quelquefois au milieu, comme pour se cacher.

Formes. La tête et le tiers de la-partie postérieure du

1 Ce héron, que M. d'Azara tente vainement de rapprocher du butor étoilé (Buffon, tom XIV, pag. 175. — Ardea virescens) et de l'onoré de Cayenne (Buffon, tom. XIV, pag. 180. — Ardea tigrina), ne rue paraît pas avoir été décrit avant l'observateur espagnol. (S.)

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cou sont revêtus de jolies plumes longues et étroites. 27 pennes aux ailes, la quatrième plus longue; 12 presque égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 32 pouces; de la queue, 5; du vol, 48; de la jambe, 6 et demi; du tarse, 4 et demi; du bec, 48 lignes.

Couleurs. Les épaules et les couvertures supérieures des ailes sont agréablement marbrées de roux clair et de brun noirâtre; de sorte que, quoique les taches rousses soient grandes, c'est l'autre couleur qui domine. Les pennes extérieures de l'aile et leurs couvertures supérieures sont noires, piquetées et terminées de blanc roussâtre; les autres pennes sont également noires, avec des raies interrompues de roussâtre et du blanc à leur extrémité. Des raies rousses et noirâtres couvrent la tête et le derrière du cou; sa partie antérieure est marbrée de blanc, de roussâtre et de noirâtre. Le dos, la queue, le dessous du corps et les couvertures supérieures des ailes sont noirs et rayés de blanc; il y a un peu de roux sur la poitrine. En dessous les pennes des ailes ont des bandelettes blanches sur un fond noirâtre. Le bec est noirâtre en dessus et sur les bords, jaune foncé sur le reste; le tour de l'œil d'une couleur de paille brillante, l'iris doré, et la portion nue de la jambe, aussi bien que le tarse, d'un jaune verdâtre foncé.

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N.° CCCLIV.

LE HÉRON D'UN BRUN BLEUATRE.1

A l'exception des petits de cette espèce, que je n'ai pas vus, ce que j'ai dit de la précédente doit lui être commun.

Formes. Les plumes de la tête et du cou comme celles du héron, mais plus longue de plus de trois pouces; celles du dessous du corps et du cou fort longues et décomposes.

Dimensions. Longueur totale, 31 pouces; de la queue, 5; du vol, 45; de la jambe, 6; du tarse, 4 un quart; du bec, 48 lignes, épais de 15, large de 21.

Couleurs. Il a la tête et le cou de couleur de tabac d'Espagne; le bas du cou, les épaules et les couvertures supérieures des ailes d'un noirâtre mêlé de bleu, avec des piquetures de roussâtre pâle, qui ne couvrent pas le milieu des plumes; les pennes extérieures de l'aile et leurs couvertures supérieures d'une teinte plombée et noirâtre, avec leurs extrémités blanches, de même que le dos et la queue, avec des bordures très-fines et quelques piquetures blanches sur le dos; le devant du cou marbré de rouge, de blanc, de brun et de noirâtre; les couvertures inférieures des ailes et les côtés du corps rayés en travers de blanc sur un fond de couleur de plomb, qui est celui du dessous du corps; la portion nue de la jambe et le tarse noirâtres; le bec brun foncé en dessus et le long des bords

1 L'onoré rayé, Buffon, tom. XIV, pag. 181, et planche enlum. N.° 860. — Ardea lineata Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 56. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 25. (S.)

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de la mandibule inférieure; le reste, aussi bien que la mandibule supérieure et que le tour de l'œil jaunes, enfin l'iris couleur d'or et noirâtre.

N.° CCCLV.

LE HÉRON BRUN TACHETÉ.1

JE n'ai jarnais vu cette espèce dans les lagunes; mais j'ai acheté, au Paraguay, cinq individus semblables entre eux, dans les mois de mai, d'octobre et de novembre. Ils se distinguent du plus grand nombre des hérons, en ce qu'ils ont la tête plus grosse et couverte de plumes courtes, le cou et l'envergure plus longs et le tarse un peu plus court.

Formes. 26 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues; 12 égales à la queue. Le bec plus gros à sa base que dans la plupart des espèces de hérons, plus épais que large, et faiblement courbé depuis la moitié de sa longueur.

Dimensions. Longueur totale, 23 pouces, de la queue, 4 et demi; de la jambe, 5 un sixième; du tarse, 3 et demi.

Couleurs. Le haut de la gorge est blanchâtre et ses plumes ont une bordure brune. La tête et le cou entiers, le dessous du corps, les jambes, les couvertures inférieures des ailes, les plumes scapulaires et le dos ont de longues taches brunes et blanches. Le ventre est blanc. Les petites couvertures supérieures des ailes ont une longue tache triangulaire et blanchâtre sur un fond brun; une

1 Le bihoreau de la Jamaïque de mon édition des OEuvrss de Buffon, tom. LVII, pag. 319, en note. — Ardea Jamaïcensis Linn. syst. nat. gen. 84, sp, 29. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 14. (S.)

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tache de la même forme, mais plus grande et blanche, couvre en partie les grandes couvertures; les pennes ont leur côté supérieur roux violet, l'inférieur violet brun et leur extrémité blanche; il en est de même des pennes de la queue; mais les deux extérieures de chaque côté ont seules du blanc à leur bout. La partie nue de la jambe et le tarse sont d'un vert bleuâtre. La mandibule supérieure du bec est noire, à l'exception de ses bords, qui sont verts comme la mandibule inférieure. L'iris est d'un orangé vif.

N.° CCCLVI.

LA FLUTE DU SOLEIL.1

LES Guarauis donnent à ce héron la dénomination de curahi-remimbi, qui signifie flûte du soleil; et cette dénomination a rapport au sifflement doux et mélancolique, qu'il répète assez souvent, et que les habitans des campagnes prennent pour l'annonce des changemens de tems. Les oiseaux de cette espèce sont assez communs; et on les trouve tantôt seuls, tantôt réunis par paires ou en families. Le mâle ne paraît pas différer de la femelle. Ils se perchent et passent la nuit sur les arbres. Lorsqu'ils volent, ils battent plus souvent des ailes que les autres hérons, et ils les étendent davantage, ainsi que le cou, qu'ils tien-

1 Si l'abbé Molina eût donné une description moins imparfaite de son héron à tête bleue (Hist. nat. du Chili, pag. 214), on pourrait prononcer avec plus de certitude que ce héron n'est autre que la flûte du soleil. Cependant je ne doute pas de l'identité de ces deux oiseaux. C'est le troisième crabier du Chili de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LVII, pag. 265. — Ardea cyanocephala Linn. syst. nat. gen. 84, sp. 44. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 45. (S.)

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nent plus courbé en arc. On les rencontre plutôt dans les plaines sèches ou humides, que dans les lacs et les rivières. Leur ponte a lieu en janvier; leur nid, placé sur un arbre, est aplati et fait de petites bûchettes; et les œufs, au nombre de deux, sont plus pointus à un bout qu'a l'autre; leurs diamètres ont 22 et 16 lignes, et ils ont de grandes taches de couleur de paille sèche, sur un fond bleu de ciel.

Formes. Les plumes du bas du cou sont longues et décomposées, les moyennes et les petites couvertures supérieures des ailes, longues et étroites. De l'occiput naissent 12 plumes d'inégale grandeur, larges d'une ligne et à barbes serrées; les deux plus grandes ont 4 pouces de long, et toutes sont arquées ou concaves en dessus; elles forment une espèce de panache flottant et immobile, presque parallèle au cou, sans toucher à la nuque, et que 1'on ne distingue que de très-près. Au-dessous de ce panache, il y a sur la nuque un bouquet de plumes plus étroites et plus courtes, mais longues, faibles, très-remarquables et tombantes. Les troisième et quatrième des 27 pennes de l'aile sont les plus longues; les 12 de la queue sont égales. Les jambes sont plus courtes que dans les autres espèces; ainsi que la tête et le bec à très-peu près en ligne droite, mais le cou et l'envergure sont un peu plus longs.

Dimensions. Longueur totale, 21 pouces; de la queue, 4; du vol, 38; de la jambe, 4 deux tiers; du tarse, 3 et demi; du bec, 31 lignes.

Couleurs. Il a la gorge d'un blanc jaunâtre, qui descend par une bande étroite, le long de la partie antérieure du cou; le dessous et les côtés du corps, les couvertures inférieures des ailes, le dos et la queue, du même blanc mêlé

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de jaune; à l'angle de la bouche, du bleu foncé qui; s'etendant dessous et derrière l'œil, va couvrir le haut et le derrière de la tête; du roux sur les côtés de la tête et sur le haut du cou; le reste du cou varié de brun; de blanchâtre et de jaunâtre; les épaules et les ailes d'une teinte plombée et claire, avec des taches et des lignes blanches sur les couvertures supérieures; le panache de couleur de plomb jusque vers son extrémité, qui est blanchâtre; la partie nue des jambes et le tarse noirs; l'iris blanc; le tour de l'œil bleu et comme saupoudré de blanc; enfin le bec bleu à sa base, rougeâtre sur les deux tiers de sa longueur et noir darfs le reste.

N.° CCCLVII.

LE TAYAZU-GUIRA.1

LES Guaranis connaissent généralement ce héron sous le nom de tayazu-guira, qui veut dire oiseau cochon; en effet son cri a quelque ressemblance au grognement du cochon. Le vulgaire croit que quand cet oiseau vole au-dessus d'une maison, c'est un présage de la mort pro-

1 Je ne partage point l'opinion de M. d'Azara au sujet de cet oiseau, qu'il rapproche avec beaucoup d'efforts du bihoreau (Buffon, tom XIV, pag. 185. Ardea nycticorax). De nombreuses disparités, dont M. d'Azara fait lui-même l'énumération, s'opposent à ce rapprochement. Mais je trouve une conformité complète entre le tayazu-guira et le bihoreau de la nouvelle Caledonie, que l'ornithologiste anglais, M. Latham, soupçonne, avec peu de vraisemblance ce me semble, être le même que notre bihoreau mêle. Voyez mon édition des OEuvres de Buffon, tom LVII, pag. 318, en note. — Ardea caledonica Linn. syst. nat. gen. 84, sp 30. — Latham, syst. ornith. gen. 60, sp. 15. (S.)

IV. a. 14

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chaine de quelqu'un de ses habitans. Je ne connais point d'oiseau plus farouche, ni plus difficile à approcher; il fuit dès qu'il aperçoit un homme, fût-ce même à un mille de distance. Je ne l'ai vu qu'au Paraguay, et toujours en petites troupes, dans les lagunes et les terrains inondés.

Formes. Sur la tête sont trois plumes, longues de 4 pouces un sixième, très-étroites, faibles et flottantes au gré du vent. Le dessus du cou est nu, mais les plumes des côtés le recouvrent. 26 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 égales à la queue. Le bec presque droit, plus épais que large et très-gros, caractère qui éloigne cet oiseau du plus grand nombre des hérons. La tête est grande et le cou gros.

Dimensions. Longueur totale, 21 pouces un tiers; de la queue, 4 un tiers; du vol, 59; de la jambe, 5; du tarse, 5 un quart; du bec, 8 lignes.

Couleurs. Le front est blanc, et cette couleur s'étend au-dessus de 1'œil en forme de sourcil. Un bleu presque noir couvre le dessus et le derrière de la tête. L'aigrette, les côtés de la tête, la gorge, le cou, les couvertures inférieures des ailes, la poitrine et le ventre sont blancs. Le haut du dos et les plumes scapulaires ont des reflets verts et d'un violet foncé sur un fond noir. Une teinte plombée, fort claire, est répandue sur le dos, la queue et le dessus des ailes. La partie nue des jambes et le tarse sont d'un blanc lavé de jaune; le bec est noir, le tour de l'œil d'un jaune verdâtre et l'iris d'un rouge de carmin.

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N.° CCCLVII.

LE HÉRON

A COU DE COULEUR DE PLOMB.1

JE l'ai toujours rencontré seul, sur les bords des rivières et des lacs. Son naturel est très-farouche. II n'y a point de dissemblance entre le mâle et la femelle. Un de ces oiseaux, que je donnai vivant à une dame, fut nourri avec de petits morceaux de viande crue, qu'il trempait dans l'eau avant de les manger; on l'avait mis dans une espèce de grenier où il se rendait fort utile, en faisant avec beaucoup d'adresse la chasse aux rats; il les avalait entiers en commençant par la tête.

Formes. Il a sur la tête, l'occiput et le dessus du corps, des plumes fort longues, faibles et pointues; 26 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues, et 12 à la queue, de grandeur égale.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces un quart; de la queue, 2 un quart; du vol, 22 et demi; de la jambe, 36 lignes; du tarse, 25; du bec, 25 et demie.

Couleurs. La gorge et le devant du cou sont agréablement variés de blanc, de noirâtre et de roux. La poitrine, la partie postérieure du cou, les côtés du corps, les jambes et le plan inférieur des pennes des ailes, d'une teinte plombée, mélangée de blanc. Les plumes du ventre ont

1 Je ne crois pas, comme M. d'Azara, que ce héron soit le crabier gris à tête et queue vertes de Buffon, tome XIV, pag. 127. — Ardea virescens; je vois trop de disparités entr'eux, et le héron à col de couleur de plomb me paraît une espèce nouvellement décrite. (S.)

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la même nuance et une bordure de blanc roussâtre. Chacune des couvertures inférieures de la queue porte une tache noirâtre. Les longues plumes de la tête sont d'un bleu presque noir; celles du dos et du croupion bleues, avec leurs tiges blanches. Les pennes de la queue sont bleues, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, qui ont une jolie bordure blanche, à l'exception des extérieures, dont le bleu est très-foncé et l'extrémité blanche; il en est de même des pennes. Le tarse est vert en devant, noir derrière; le bec noir en dessus et sur les bords de la mandibule inférieure, jaune sur le reste; c'est aussi la couleur du tour et de l'iris de l'œil.

N.° CCCLIX.

LE HÉRON A COU BRUN.1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce; je l'avais acheté vivant, en avril, au Paraguay. II ne voulut jamais manger de viande, ni de pain mouillé, quoiqu'il parût avoir faim et chercher de la nourriture. Il monrut le troisième jour, peut-être à la suite de quelque coup qu'il reçut lorsqu'on le prit.

Formes. 24 pennes aux ailes, les deuxième, troisième et quatrième les plus longues; 12 égales à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 2 un sixième; du vol, 21; du bec, 21 lignes.

Couleurs. Les parties inférieures sont variées de longues taches blanches, noirâtres et rousses, à l'exception des plumes du ventre et de la partie externe de la jambe, qui sont blanches. Les pennes des ailes et de la queue en

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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'dessous sont d'un blanc mêlé d'une teinte de plomb; les couvertures iuférieures de l'aile sont blanches et variées de brun bleuâtre. Le dessus de la tête est d'un noirâtre lavé de bleu et varié de fauve. La partie postérieure du cou, le dos et le croupion sont bruns. La queue, les pennes des ailes et les couvertures extérieures sont bleues, avec des reflets violets; mais les pennes inférieures sont bordées et terminées de blanc; les autres couvertures, aussi bien que les plumes scapulaires, ont à leur extrémité une tache triangulaire blanche, une bordure roussâtre et le reste noirâtre. Le bec, l'iris, le tour de l'œil et le tarse, comme dans l'espéce précédente.

N.° CCCLX.

LE HÉRON ROUGE ET NOIR.1

Les naturels du Paraguay, qui naviguent sur la rivière de ce nom, in'ont apporté quatre oiseaux vivans de cette espèce, qu'ils avaient pris à la main, quoiqu'adultes, et qu'ils disent être privés de la faculté de voler.

Formes. 23 pennes faibles aux ailes, la deuxiéme la plus longue; 12 presque égales à la queue; 6 lignes de la jambe dégarnies de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, I et demi; du vol, 11 et demi; de la jambe, 51 lignes; du tarse et du bec, 20.

1 M. d'Azara regarde ce héron comme de la mème esèce que le blongios, Buffon, tom. VIV, page. 127. — Arden minuta Linn. syst. nat gen. 84, sp. 26. — Latham, syst. ornith. gen. 69, sp. 27. Cependant des disparités assez nombreuses semblent s'opposer à ce rapprochement. D'ailleurs blongios vole très-bien, et le héron rouge et noir est privé de cette faculté (S.)

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Couleurs. Le dessus de la tête, les plumes scapulaires le dos, le croupion et la queue sont noirs. Les côtes de la tête et la partie postérieure du cou, les couvertures supérieures de l'aile, sont du même rouge que le tabac d'Espagne, excepté les couvertures extérieures qui sont noires, et terminées de la même nuance de rouge; les pennes sont d'un noirâtre tres-foncé. La gorge etle ventre sont blancs, le devant du cou, la poitrine et les côtés du corps d'un roux clair légèrement nuancé de blanc; mais il y a au bas de la partie antérieure du cou des marbrures de noirâtre et de couleur de tabac d'Espagne. En dessous les pennes des ailes ont une teinte de plomb et leurs couvertures du blanc sale. Le tarse est jaune, de même que l'iris et le bec dont la base est noirâtre.

N.° CCCLXI.

LE HÉRON VARIÉ.1

Les mêmes naturels du Paraguay, qui m'ont donné l'espèce précédente, m'ont apporté aussi quelques individus vivans de celle-ci, que j'ai nourris pendant plusieurs mois avec de la viande crue et du maïs. Ces oiseaux ressemblaient aux hérons rouges et noirs, par les formes et les dimensions, les 8 pennes à la queue, le cou et l'envergure plus courts à proportion que dans les autres espèces, enfin par la privation de la faculté de voler. A Buenos-Ayres on me donna un de ces oiseaux pris à la main.

Formes. 23 pennes aux ailes, la deuxiéme plus longue;

1 Les mêmes motifs qui m'ont déterminé à ne pas adopter l'identité de l'espèce précédente et du blongios. me fonts considérer celle-ci comme nouvellement décrite. (S).

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las 8 queue sont pointues, et la latérale a 7 lignes de moins que les deux intermédiaires. La jambe est entiérement garnie de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, I cinqsixièmes; du vol, 16 et demi; de la jambe, 32 lignes; du tarse, 20; du bee, 22.

Couleurs. Le devant du cou a de longues taehes blanches et d'un roux blanchâtre, avec des raies obscures. Les plumes de la poitrine, des côtés du corps et des jambes à Textérieur, ont la même teinte jaune et leurs tiges d'une nuance plus foncée. Le ventre est blanc. Une bande noire parcourt la longueur de la tête, dont les côtés, ainsi que ceux du cou, sont d'un brun roussâtre très-clair. Les plumes de la partie postérieure du cou, du dos, les scapulaires et les pennes de la queue sont noires dans leur milieu, bordées extérieurement de blanc et d'un roux clair sur le reste; il en est de même des couvertures supérieures des ailes, à l'exception des extérieures qui ont la couleur du tabac d'Espagne, ainsi que l'extrémité des pennes, noires dans le reste; les couvertures inférieures sont blanches et variées dans leur milieu d'une teinte de brun roussâtre. Le tarse est vert en devant et jaune derrière; le bec orangé, avec du noirâtre à sa base et l'iris jaune citron.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX MANDURRIAS OU CURUCAUS.1

LES Guaranis donnent à la première espèce de cette famille le nom de curucau, à cause de son cri; et ils appliquent la même dénomination à la seconde espéce, parce qu'elle se rapproche beaucoup de la première par sa taille et sa conformation, quoique son cri soit différent; et comme le cri de ces deux espéces n'est pas aigu, et que les Espagnols lui trouvent quelque ressemblance avec le son sec produit par le mandurria (maillet de calfat), ils les appèlent de ce nom. Je réunis ici quatre espèces qui se ressemblent par leur port, leur démarche grave et mesurée, sans courir, niarrondir leur cou, leurs mouvemens lents et majestueux, leur naturel peu farouche et sédentaire, enfin la parfaite ressemblance entre le mâle et la femelle. Tous ces oiseaux ont le bec droit jusqu'à la moitié de sa longueur, insensiblement courbé dans le reste, arrondi à sa pointe, presque rond quand on le voit de profil, cannelé en long, assez fort et très-long; la langue triangulaire, courte etsemblable à celle de la cigogne; le cou, le tarse et la jambe alongés; le bas de la jambe et le lour de l'œil sans plumes; le doigt du milieu joint par une membrane au doigt extérieur jusqu'à la premiére articulation et beaucoup moins avec l'intérieur.

1 Ce sont les courlis. (S)

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N°. CCCLXII.

LE MANDURRIA OU CURUCAU

PROPREMENT DIT.1

C'EST l'espèce qui a donné son nom à toute la famille; il lui est venu de son cri, qui consiste en deux syllables, que l'oiseau répète quand il est posé à terre, mais plus souvent au vol, et que les uns entendent comme crucau ou curucau, de même que les sons secs produits parlemailletdes calfats, et les autres comme totac, d'où vient que l'oiseau est également connu sous cette dénomination. Les Portugais du Brésil se servent de celle de masarico. Au reste ce cri, si diversement rendu, s'entend à un mille de distance.

Cet oiseau est assez commun au Paraguay, jusqu'à la rivière de la Plata. On le trouve par couples, par families et par bandes de cinquante. Quoiqu'on le rencontre quelquefois dans les lieux humides, il n'entre pas dans les terrains inondés, ni dans les eaux; et il préfére les terres séchcs, où il se nourrit de vers de terre, de sauterelles et d'aufres insectes. Ils'approche communément des animaux morts, abandonnés dans les campagnes, particuliérement pendant les chaleurs, sans doute parce que la corruption attire les vers et une multitude de scarabés qui viennent y déposer leurs œufs.

Tous les oiseaux de cette espece qui vivent dans le même canton, à une ou deux lieues de distance, se ras-

1 Le grand courlis de Cayenne, Buffon, tom XV, pag. 75, et pl enlun. N.° 796, sous la dénomination de courlis à cou blane de CayenneTantale albicollis Linn. syst. nat. gen. 85, sp. 10. — Latham, syst. ornith. gen. 70, sp. 6. (S.)

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semblent pour passer les nuits sur les mêmes arbres; et ils choisissent les plus élevés et les plus secs à la lisiére des bois; de sorte que si de pareils arbres sont rares dans le canton, les curucaus se posent sur le même, en aussi grand nombre qu'ils le peuvent. Le matin, chaque paire ou chaque famille se rend sur le terrain où elle a coutume de chercher sa nourriture. Leur nid se compose d'une grande quantité de bûchettes; il est profond et placé sur le trone d'un arbre sec et brisé. J'ai vu dans une petite cour d'une habitation un oiseau adulte, de cette espèce, qui y était depuis six mois, et qui avait été élevé dans une autre maison; il vivait paisiblement avec les poules et les oies; il mangeait les débris de la cuisine, et il ne cher-chait point à s'échapper. Lorsque les curucaus veulent se percher, ou se poser à terre, ils volent assez. haut; mais, pour l'ordinaire, leur vol est bas, droit, horizontal et assez étendu; ils tendent le cou; et leurs battemens d'ailes sont reguliers.

Formes. Des 25 pennes de l'aile la troisième est la plus longue; la queue en a 12 égales, excepté l'extérieure qui est plus courte. Le bec est aussi épais que large, fort et rayé de chaque côté dans sa longueur, par une cannelure dans laquelle sont les ouvertures étroites des narines. Là prend naissance une membrane large et ridée qui entoure l'œil, approche de l'angle de la bouche et couvre le haut de la gorge.

Dimensions. Longueur totale, 26 pouces; de la queue, 7 et demi; du vol, 48; de la jambe, 60 lignes, desquelles 18 sont nues; du tarse, 41; du bec, 62, large et épais de 12.

Couleurs. La membrane de la tête est noire. Une couleur de tabac d'Espagac couvre le dessus de la têle; et ses

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côtés sont blancs, de même que le cou entier, au bas duquel est une tache de coulcur de tabac d'Espagne, dont la teinte est trés-faible en dessus. Les plumes scapulaires, celles du haut du dos et les petites couvertures supérieures des ailes ont une bordure étroite de blanchâtre sur un fond de couleur de plomb. Le dos, la queue, les pennes de l'aile, ses couvertures supérieures de la partie externe, ainsi que toutes les inférieures, sont noires; les autres couvertures supérieures sont blanches. La poitrine a la couleur du plomb. Le ventre est noir, le tarse rouge, aussi bien que l'iris et le bec noir jusqu'aux deux tiers de sa longueur, d'un vert faible sur le reste.

N°. CCCLXIII.

LE CURUCAU DE COULEUR DE PLOMB.1

ON le distingue du précédent par l'épithéte de plombé, et aussi d'argileux à cause de sa couleur. Son cri est plus fort et plus aigu, on l'entend plus fréquemment, et il consiste dans la syllabe ta, répétée rapidement six ou huit fois de suite. Quoique cet oiseau ait plusieurs trails de ressemblance avec le précédent, tels que la conformation, le vol, la démarche, etc. etc. II en diffère néanmoins par les attributs suivans: il a l'iris d'un rouge plus vif; la membrane nue du tour de l'œil beaucoup moins grande; le haut de la gorge entiérement dénué de plumes; celles du devant du cou beaucoup plus renflées et arrondies; celles du derriére de la tête et de la nuque beaucoup plus courtes; le tarse plus court et plus rouge; le corps plus robusle et le cou plus gros. Du reste, ce curucan est qua-

1 Espèce nouvelle. (S.)

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rante fois plus rare que l'autre, du moins au Paraguay, et on le trouve plus au midi de la rivière de la Plata. Le mâle et la femelle sont presque toujours réunis, et rarement ils forment des troupes un peu grandes. Ils n'entrent point dans les grandes rivières ni dans les eaux; mais ils fréquentent, plus que l'espèce précédente, les terrains argileux; ils viennent aussi chercher leur pâture sur la chair morte des animaux.

Formes. 27 pennes aux ailes; les deuxième, troisième et quatriéme plus longues; celles de la queue presque égales. Les plumes de l'occiput et de la nuque fort étroites, pointues et longues de trois pouces et demi; l'oiseau les reléve et les abaisse lorsqu'il est affecté. Les genouillères ont 18 lignes. La peau nue de l'angle de la bouche communique à l'œil.

Dimensions. Longueur totale, 26 pouces et demi; de la queue, 6; du vol, 45; de la jambe, 66 lignes; du tarse, 43; du bec, 64.

Couleurs. Une bande blanche, large de 4 lignes, couvre le front et s'étend au-dessus de l'œil jusqu'à sa moitié. La queue, les pennes des ailes et les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile sont noirâtres, et celles du milieu grises. Tout le reste du plumage a la teinte du plomb, excepté les plumes de l'occiput et de la nuque dont le milieu est blanchâtre. L'iris est orangé, la paupiére noirâtre et le bec comme dans l'espéce précedénte.

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N.° CCCLXIV.

LE CURUCAU A COU VARIÉ.1

QUOIQUE cet oiseau ne porte point de nom propre au Paraguay, les Guaranis l'appèlent communément caruay, parce qu'ils lui trouvent quelque ressemblance avec un oiseau qu'ils appèlent carau, à cause de son chant; mais cet oiseau étant d'un tout autre genre, je n'ai pu admettre une dénomination erronée. Les curucaus à cou varié paraissent bien distincts des deux espèces prècédentes en ce qu'ils sont moins farouches, qu'ils volent plus souvent et plus long-tems, et qu'ils ont le cou un peu plus long et délié, le bec moins fort, moins de chair à proportion, le cou moins baissé, quoique non courbé lorsqu'ils marchent, enfin l'habitude de se tenir constamment dans les terrains argileux. Je les ai toujours vus au Paraguay et dans les plaines de Buenos-Ayres, en troupes de vingt à soixante, et ils m'ont paru les mêmes que les oiseaux que j'ai apercus plusieurs fois aprés le coucher du soleil, voler à une très-grande hauteur en ligne de bataille, droite et courbe, et en criant chihi d'une voix rauque.

1 De toutes les espèces de courlis, connues jusqu'à présent, le gouarona est celle dont le curucau à cou varié est le plus rapproché, comme le remarque bien M. d'Azara. Cependant, en comparant avec attention les descriptions de ces deux oiseaux, il est facile de remarquer plusieurs disconvenances qui pourraient faire douter de leur idemité. Maregrave est le premier qui a décrit le gouarona, sous la dénomination de guarona brasiliensibus, Hist. nat. Bras. pag. 204. —Le gouarona, Buffon, tom. xv, pag. 68. — Numenius Americanus fuscus, Brisson, ornith. tom. V, pag. 330. — Scolopax guarona. Linn. syst. nat. gen. 86, sp. 1. — Numenius guarona Latham, syst. ornith. gen. 71, sp. 8. (S.)

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Formes. Les plumes de la tête et du cou sont coton neuses et tres-serrées. La troisiéme des 25 penues de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont égales. La moitié de la jambe est nue.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces et demi; de la queue, 5 un quart; du vol, 50 un tiers; de la jambe, 51 lignes; du tarse, 56; du bec, 44.

Couleurs. L'aile entiérc, le dessus du corps et de la queue sont noirâtres, avec des reflets violets et verts. Le dessus et les côtés du corps d'un violet noiràtre, et les plumes de la tête et du cou bordées de blanc sur un fond de brun foncé. Le tarse est lisse et noirâtre et le bec couleur de plomb.

N.° CCCLXV.

LE CURUCAU RASÉ.1

JE l'ai rencontré au Paraguay, tantôt seul, tantôt par couples et quelquefois en petites troupes de six individus. Je l'ai vu entrer un peu dans l'eau.

Formes. Les ailes et la queue comme dans l'espèce précédente. Le tarse est revêtu de petites écailles, légèrement concaves dans leur milieu. La langue est étroite et pointue. Si l'on conçoit un plan perpendiculaire à l'axe

1 M. d'Azara soupçonne que c'est l'acacalotl de Fernandez, Hist. nov. Hisp. pag. xv, cap. 9; l'acalot de Buffon, tom. xv, pag. 70; le tantalus Mexicanus de Linn, gen. 35, sp. 18; et de Lath. syst. ornith. gen. 70, sp. 4. Mais ce rapprochement ne peut, ce me semble, avoir lieu, puisque l'acalot a les parties supérieures variées de pourpre, de vert et de noirâtre; du brun varié derouge sur les inférieures; le cou brun et varié de blanc, de vert et de roussâtre; la queue verte; l'iris couleur de sang et les pieds noiràtres. Ce curucau est done une nouvelle espèce de courlis. (S.)

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du bec prolongé, et que l'on tire une ligne de l'angle postérieur d'un œil à l'autre, tout ce qui est en devant manque de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces et demi; de la queue, 4 un quart; du vol, 32; de la jambe, 49 lignes; du tarse, 31; du bec, 45; de la langue, 6.

Couleurs. Tout le plumage est noir, avec des reflets violets sur le corps, et d'autres d'un vert foncé sur les ailes et la queue. La partie nue de la tête et le tarse sont rougeâtres; le bec est de couleur olive claire et l'iris brun.

N.° CCCLXVI.

LE CARAU.1

IL est assez commun au Paraguay. On l'entend d'une. demi-lieue, et il prononce son nom d'une voix claire, forte et percante, non-seulement pendant le jour, mais encore la nuit, pour peu que quelque bruit le frappe. C'est une espéce particuliére qui ressemble aux ypacahas par la forme du bec, des pieds, de la queue et du fouet de l'aile; par le mouvernent vif de sa queue lorsqu'il est effrayé, sa démarche aisée et légère, son instinct tranquille et non inquiet, son habitude de vivre sédentaire, seul ou par couples, enfin par sa chair d'assez. bon goût. Mais plusieurs disparités l'eloignent des ypacahas; ceux-ci ne preunent leur voiée qu'à la derniére extrémité et pour

1 Ce que j'ai dit du rapprochement de l'espèce précédente et de l'acalot, s'applique à celui que M. d'Azara fait du carau et du courliri ou courlan (Buffon, tom. XIV, pag. 194. — Ardea scolopacea). Ce dernier me parait au moins aussi forcé que le premier. (S.)

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peu de tems, au lieu que le carau s'envole spontanément, se soutient en l'air assez, long-tems et agile les ailes plutôt pour s'elever que pour se rapproeher de la terre. Cet oiseau n'est pas non plus si vif, ni si prompt dans sa démarche que les hérons; il ne se cache pas comme eux, et sa queue n'est pas convexe en dessus, Il se pose, comme les hérons, au haut des arbres, et il se nourrit, comme eux, des produits des terrains argileux; p*****ais il en différe beaucoup par l'étendue de ses ailes, la force de sa queue et de son bec; par son cou et ses jambes plus courts; par ses doigts plus longs et séparés, enfin par la forme du doigt postérieur dont les articulations différent des autres. Ajoutez, que le carau est moins farouche, qu'il fréquente de préférence les terrains argileux, qu'il n'entre pas dans l'eau et qu'il n'arrondit pas son cou revêtu de plumes différentes. Il a aussi plus de chair à proportion, les épaules plus larges, et il ne mange ni serpens ni poissons. Je ne connais point de dissemblance entre le mâle et la femelle. On m'a assuré qu'ils cachent soigneusement leur nid dans les eaux stagnantes, que leur ponte est de deux œufs, et que les petits suivent leur mère aussitôt aprés leur naissance. J'ai acheté, au mois de juin, un de ces petits qui avait 5 pouces et demi de long, et qui n'était couvert que d'un duvet noirâtre, avec un peu de blanc à la gorge. Lâché dans ma maison, il ne montrait point de défiance, et il criait sans cesse jusqu'à ce qu'on lui donnât de petits morceaux de viande crue, qu'il mangeait avec avidité. Je désirais de l'èlever; mais une nuit il s'engagea dans un fil, et le matin je le trouvai étranglé.

Formes. Des 2.5 pennes de l'aile, la troisième est la plus longue; il y en a 12 presque égales et bien fournies de barbes à la queue. Tous les doigts sont séparés. Le bec est

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droit jusqu'aux deux tiers de sa longueur, ensuite faiblement courbé. Les ouvertures des narines sont étroites et sans membrane. Le langue de substance élastique est étroite et courte. L'œil est triste.

Dimenisions. Longueur totale, 26 pouces; de la queue, 6; du vol, 44; de la jambe, 78 lignes, 30 sont nues; du tarse, 64; du bec, 54.

Couleurs. Le dessus de la tête, les épaules, les couvertures supérieures des ailes, le dessous et les côtés du corps sont d'un brun noirâtre; mais il y a des mouchetures blanches sur le ventre et l'intérieur des jambes. Les côtés et le derriére du cou sont couverls de plumes courtes, blanches à leurs bords et brunes dans leur milieu; les couvertures inférieures des ailes ont les mêmes couleurs. Le dos, le croupion, les pennes des ailes et de la queue sont d'un brun pourpré. Les plumes des côtés de la tête, de la gorge et de la moitié du devant du cou sont blanches et bordées de brun; elles deviennent brunes au bas du cou. La partie nue de la jambe et le tarse ont une teinte plombée noirâtre. Le bec est jaune, avec du noirâtre à sa base et à son bout; l'iris d'un brun roussâtre.

IV. a. 15

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX YPACAHAS.

LA premiére espèce; qui est commune, prononce par son cri les syllabes ypacaha d'une voix forte; d'où vient que les Guaranis lui donnent ce nom, qu'ils appliquent aussi aux autres oiseaux de cette famille. Les Espagnols les appèlent poulettes, parce que, quand les ypacahas sont inquiets, ils lévent le cou comme les poules. Tous sont remarquables par l'élégance de leurs formes, la grâce et l'agilité de leurs mouvemens, la gaieté et l'enjouement de leur naturel et leur joli plumage, quoique ses couleurs n'aient ni éclat ni reflets. Leurs attributs communs sont de fuir de loin; de marcher avec agilité, la tête haute et le pied levè à la maniére des bons chevaux; de courir avec une extrême rapidité; de n'être point voyageurs; de se tenir cachés pendant le jour, et de chercher leur nourriture le soir et le matin sur les bords des eaux stagnantes et des lagunes ou croissent des plantes, sans entrer trop avant dans l'eau; ni nager; ni se laisser voir sur les rives sablonneuses ou unies; de se fourrer dans les endroits les plus embarrassés, dans les joncs, les broussailles et les bois qui bordent les eaux; de ne jamais se réunir en familles ni en troupes; de ne point se percher sur les arbres, si ce n'est quand ils sont poursuivis par quelque quadrupède carnassier. Je n'ai jamais vu leur nid, ni trouvé personne qui m'en donnât des notions, d'où je conclus que ces oiseaux le cachent avec soin. Leur poute est vraisemblable-

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ment peu nombreuse, car aucune espèce n'abonde en individus.

Leurs caractères extérieurs consistent à avoir le fouet de l'aile terminé par une pointe de corne; la tête un peu petite; le cou mince, ni court, ni long et couvert, aussi bien que la tête, de plumes courtes et serrées; la queue courte, que l'oiseau relève abaisse alternativement; les cuisses assez longues; une partie de la jambe dénuée de plumes; le tarse robuste; les doigts très-longs et entièrement séparés; le bec droit, faiblement courbé vers son bout, robuste et assez semblable au bec des gallinacés, quoique beaucoup plus long et coinprimé sur ses côtés; les ouvertures des narines sans membrane, enfin les pennes de l'aile faibles, courtes et concaves. Jamais ces oiseaux ne prennent leur volée, à moins qu'ils n'y soient forcés, et alors ils se soutiennent à peine en l'air l'espace d'une vingtaine de pas. ils mettent leur sûreté dans la vîtesse de leur course et dans la nature impraticable de leurs demeures. Les plus grandes espèces de cette famille pourraient facilement être réduites en domesticité; et ce serait une acquisition utile, car ces oiseaux mangent de tout, et leur chair est bonne.

N.° CCCLXVII.

L'YPACAHA PROPREMENT DIT.1

C'EST particulièrement cette espéce que les Guaranis désignent par le nom d'ypacaha, parce qu'il est l'expression de son cri trés-fort et trés-clair, que l'on entend

1 Les rapports que M. d'Azara reconnaît entre cet oiseau et la grande poule d'eau de Cayenne (Buffon, tom. XV, pag. 283. — Gallinula Cayennensis), ne me paraissent pas assez complets pour être fondé à regarder ces deux oiseaux comme des individus de la même espèce. Il est vrai de dire néanmoins que c'est de cette grande poule d'eau que l'ypacaha se rapproche le plus. (S.)

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à un mille de distance; et ce cri est quelquefois interrompu par des sifflemens sonores. Les Espagnols l'appèlent poulette, parce que e'est la plus grande espèce de la famille, et qu'elle ressemble plus à la poule qu'à tout autre oiseau. Elle est assez. commune, sans néanmoins être nombreuse, au Paraguay; et j'ai anssi entendu son cri dans la petite rivière de Buenos-Ayres.

Don Antonio Cruz. Fernandez, médecin du Paraguay, avait lâché dans une cour un jeune yapacaha, qui mangea sur le champ des citrouilles, du pain, de la viande, de tout; mais il préférait les vers. Quand cet oiseau fut adulte, il se battait avec les poules et les coqs; lorsqu'ils attendaient de pied ferme leur adversaire, celui-ci, incomparablement plus léger, baissait la tête, et s'élançant entre les jambes du coq, il le renversait, et sans perdre un moment, il lui donnait des coups de bec sur le ventre et le croupion, avant que le coq pût se relever. Il savait quand les poules allaient pondre, il les suivait, se blottissait près d'elles, et dés qu'elles avaient déposé un œuf, il le prenait avec son bec, l'emportait loin du nid, le perçait avec précaution, et en buvait le jaune et le blanc, sans en rien perdre, de sorte que l'on ne pouvait pas avoir un œuf à la maison. On le voyait s'impatienter si les poules tardaient à pondre, il les chassait du nid à coups de bec et les poursuivait avec acharnement. Il faisait le même manége dans les maisons voisines où il allait, en passant sur les toits; et les plaintes continuelles des voisins forcèrent son maître à le tuer. Cet oiseau ne se laissait pas

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toucher; mais il entrait dans tous les appartemens, et s'il y trouvait un dé à coudre, des ciseaux ou quelque bijou, il les emportait et les cachait dans les herbes, et quelquefois dans la terre. Il attrapait aussi, avec beaucoup d'adresse, les rats et les souris, les tuait et les avalait entiers.

Formes. Les plumes du corps sont un peu longues et à barbes désunies. Dans l'état de repos, les pennes des ailes ont leurs extrémités plus basses que la queue, composée de 12 pennes, et l'oiseau la soutient presque aussi élevée que celle des poules. La tête et le cou sont revêtues de plumes courtes et serrées. Le bec est fort et légérement courbé vers sa pointe; il y a dans l'intérieur de la piéce supérieure une rangée de petits tubercules.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces; de la queue, 3 un tiers; du vol, 26; de la jambe, 62 lignes, 15 sont nues; du tarse, 46; du bec, 36.

Couleurs. La gorge est d'un blanchâtre qui, en s'étendant sur le devant du cou et une partie de la poitrine, s'obscurcit et y prend la teinte du plomb. Le reste de la poitrine est rouge. Le ventre et les jambes sont d'un cendré obscur; le croupion et une partie du dos, la queue et ses couvertures noirs; le dessus et les côtés de la tête de couleur de plomb; les deux tiers supéricurs du cou d'une teinte rousse, qu'accompagne de chaque côté une ligne qui descend depuis l'oreille jusqu'à la naissance de l'aile; le bas de la partie supérieure du con, le haut du dos, ainsi que toutes les couvertures du dessus de l'aile, d'un brun verdâtre; les 15 premiéres pennes de l'aile rouges et terminées de brun verdâtre, mais roussâtres en dessous; enfin les couvertures inférieures rayées transversalement de noirâtre et de rouge. Quelques individus ont du rouge au fouet de l'aile et du brun marron sur les couvertures

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extérieures. Le tarse est rouge, l'iris, aussi bien que le bord de la paupiére, d'un rouge vif, le bec orangé, et vert près de son bout.

N°. CCCLXVIII.

LE CHIRICOTE.1

CET oiseau prononce trés-distinctement le nom que lui donnent les Guaranis et les Espagnols du Paraguay; il y est assez commun, et j'ai entendu son cri dans les environs de Buenos-Ayres. Il a des rapports nombreux avec l'oiseau du numéro précédent, et je l'ai cru long-tems de la même espèce. Cependant je me suis convaincu qu'il forme une espéce séparée, non-seulement par l'opinion généralement adoptée, mais encore par la différence du cri, de la taille et des habitudes, le chiricote pénétrant plus avant dans les bois, se perchant pour passer la nuit et quelquefois pendant le jour, sur les arbres peu élevés et touffus. Ajoutez que je pris, en un seul jour, seize chiricotes, et pas un ypacaha; enfin que Noseda nourrit en cage pendant plusieurs mois trois chiricotes, avec de la viande et du maïs, et que ces oiseaux prononçaieut fréquemment leur nom, et jamais celui d'ypacaha.

Formes. 22 pennes aux ailes, la premiére et la cinquiéme les plus longues; 12 égales à la queue. Le bec et la bouche comme dans l'ypacaha.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces et demi; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 25; de la jambe, 50 lignes; du tarse, 38; du bec, 24.

Couleurs. Il a la gorge d'un gris de perle clair; le dessus

1 Espèce nouvelle. (S.)

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les côtés de la tête et le cou entier de couleur plombée; la poitrine, du même rouge que dans l'ypacaha; la jambe, le bas du dos, le croupion, la queue et les plumes qui couvrent les cuisses, entièrement noirs; le haut du dos et les couvertures supérieures des ailes d'un vert noirâtre; les pennes rouges et les couvertures inférieures barrées en travers de roux et de noirâtre; la partie nue de la jambe et le tarse couleur de sang, enfin le bec d'un vert tendre., avec du jaune à sa base qui est ridée.

N.° CCCLXIX.

LE CHIRICOTE DE COULEUR PLOMBÉE.1

JEn'ai vu que deux individus de cette espèce; ils avaient les mêmes formes et les mêmes dimensions que le chiricote, et ils n'en différaient que par la teinte plombée claire du dessous du corps, le brun roussâtre du haut du cou et le vert du bec plus tendre.

N.° CCCLXX.

L'YPECAHA VARIÉ.2

DON Pablo Maillos m'a donné, vivanl, le seul individu de cette espéce que j'aie vu; il l'avait acheté à Buenos-

1 Les dissemblances entre cet oiseau et le chiricote, ne me paraissent ni assez nombreuses, ni assez importantes pour constimer deux espèces distinetes et séparées; et l'oiseau de cet article n'est, à mon avis, qu'une variété dans l'espèce du chiricote. (S.)

2 Le râle tacheté de Cayenne, Buffon, tom. XV, pag. 255, et pl. enlum. N.° 775. — Rallus variegatus Linn. syst. nat. gen. 93, sp. 26. — Latham, syst. ornith. gen. 78, sp. 20 Cette espèce se trouve aussi, mais rarement, à la Guiane. (S)

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Ayres. Je lâchai cet oiseau dans ma maison; mais il mourut bientôt de faim, ayant constamment refusé le pain et la viande crue.

Formes. 21 pennes aux ailes, la deuxiéme et la troisième égales. Les jambes nues en partie. La membrane de la base du bec convexe et fort large.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces un quart; de la queue, 2; du vol, 17 un quart; de la jambe, 55 lignes, du doigt du milieu, 19; du bec, 21 et demie.

Couleurs. Il a le dessus, les côtés et le derriére de la tête piquétés de blanc sur un fond noir; le cou entier et la poitrine noirs et marbiés de blanc; le ventre et les côtés du corps rayés en travers de noir et de blanc; les couvertures inférieures de la queue blanches; celles du dessous de l'aile noirâtres et fouettées de blanc; le dos, les plumes scapulaires et les couvertures supérieures de la queue, d'un noir velouté, avec du blanc sur les bords des plumes et dn brun à leur extrémité; les couvertures supérieures des ailes brunes, avec quelques petites taches blanches sur quelques-unes; les pennes des ailes noirâtres, et celles de la queue brunes; le tarse rouge, enfin le bec d'un vert très-faible.

N.° CCCLXXI.

L'YPECAHA NOIRATRE.1

J'AI pris, au Paraguay, trois individus de cette espéce, et un près de la rive septentrionale de la rivière de la Plata.

1 Espèce nouvelle. (S.)

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Formes. Les quatriéme et cinquiéme des 22 pennes de l'aile sont les plus longues.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces; de la queue, 2; du vol, 15; de la jambe, 55 lignes; du tarse, 24; du bec, 22.

Couleurs. La gorge est blanchâtre; le devaut du cou, la poitrine, les flancs, le front et les côtés de la tête et du con sont d'un plombé noirâtre; le ventre, les jambes, la queue et ses couvertures supérieures noires; les ailes noirâtres; le dessus de la tête et du cou, le dos et le croupion d'un brun verdâtre; la partie nue de la jambe et le tarse rouges. Le bec est d'un vert tendre et l'iris d'un rouge vif.

N.° CCCLXXII.

L'YPECAHA BRUN.1

TROIS individus de cette espéce que j'ai observés, ne présentaient aucune différence entr'eux.

Formes. 22 pennes aux ailes, les troisiéme et quatriéme plus longues; des 12 de la queue l'extérieure est de 8 lignes plus courte. Le bec est fort long en comparaison des autres espèces; la membrane de sa base est ridée.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces trois quarts; de la queue, 2 cinq douziémes; du vol, 16 et demi; de

1 Je ne partage point I'opinion de M. d'Azara au sujet de l'identité de l'ypecaha brun et du râle à long bec (Buffon, tom. XV, pag. 251. — Rallus longirostris). En effet, ces deux oiseaux ne sont gnére rapprochés que par la longueur du bec, et les couteurs de leur plumage ne se ressemblent point L'ypecaha burn est done une nouvelle esèce de râle à long bec. (S.)

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la jambe, 55 lignes, 6 sont dégarnies de plumes; du tarse, 22 et demie; du bec, 55 et demie.

Couleurs. Le dessus et les côtés de la tête sont d'un brun noirâtre; l'occiput et la partie postérieure du cou d'un brun clair; le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes d'un brun pur; les pennes des ailes et de la queue noirâtres. Un mélange de brun et de blanchâtre couvre la gorge. Le devant du cou, la poitrine et les flancs sont d'un brun bleuâtre; mais une bandelette blanchâtre régne depuis le bas du cou jusqu'au bas du ventre. Les couvertures inférieures de la queue sont noirâtres, terminées et bordées de brun roussâtre, de même que les plumes des jambes, le bas et les côtés du croupion. La partie nue des jambes et le tarse sont noirs par derrière et d'un rouge de corail sur le devant et les côtés. L'iris est rouge.

N.° CCCLXXIII.

L'YPECAHA A FACE NOIRE.1

JE n'aivu que deux oiseaux de cette espèce au Paraguay.

Formes. Des 20 pennes de l'aile, la deuxiéme et la troisiéme sont les plus longues. Les trois doigts de devant ont sur leurs côtés une cspèce de rebord, comme un vestige de nâgeoire. Le bec est un peu plus large qu'épais.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces; dela queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 14 et demi; de la jambe, 50 lignes; du tarse, 19; du bec, 15.

1 Le râle de Virginie, Buffon, tom. XV, pag. 256. — Rallus Carolinus Linn. syst. nat. gen. 93, sp. 9. — Gallinula grisea Latham, syst. ornith. gen. 80, sp. 17. (S.)

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Couleurs. Le front jusqu'aux yeux est d'un noir velouté qui s'étend par un trait sur la tête, dont le reste, ainsi que le cou entier et la gorge sont de couleur de plomb. Le dos et le croupion sont d'un brun faiblement teinté de roussâtre; les couvertures supérieures des ailes d'un mélange de roux et de brun, à l'exception des grandes de la partie externe, qui sont d'un brun noirâtre, aussi bien que les pennes et la queue. Il y a un peu de blanc sur le bord extérieur de la premiére penne. La poitrine et le ventre sont d'un blanc roussâtre. Les pennes des ailes en dessous sont de couleur d'acier bruni, de même que les grandes couvertures inférieures; les autres blanchâtres et tachetées de blanc. En dessous la queue est brune, le tarse brun verdâtre, le bec d'un joli vert tendre et l'iris d'un rouge trés-vif.

N.° CCCLXXIV.

L'YPECAHA BRUN

ET DE COULEUR DE PLOMB.1

L'INDIVIDU qui a servi à cette description est le seul que j'aie vu; je l'avais achcté dans la ville de Curuguati au Paraguay.

1 Quels que soient les traits de conformité que M. d'Azara remarque très-bien entre cet oiseau et le râle d'eau (Buffon, tom. XV, pag. 237. — Rallus aquaticus), je ne puis admettre leur identité J'aperçois trop de disconvenances pour adopter cette réunion. Ainsi l'ypecaha de cet article est une esèce assez voisine de notre râle d'eau, mais néanmoins distinete et nouvelle. (S.)

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Formes. 19 pennes faibles et concaves aux ailes, la troisième la plus longue.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, l demi; du vol, 12 et demi; de la jambe, 29 ligues; de la genouillère, 6; du tarse, 19; du bec, 12.

Couleurs. Il a la gorge blanche; le devant du cou, les côtés de la tête, la poitrine et le ventre, d'une teinte plombée et blanchâtre; les couvertures inférieures de la queue d'un brun foncé, et rayées transversalement de Llanc; celles du dessous des ailes d'un noirâtre luisant et finement bordées de blanc; les pennes aussi en dessous de couleur d'acier bruni; les plumes des parties supérieures, les couvertures de dessus l'aile et la queue presque noires, avec de larges bordures de brun roussâtre; le bord de l'aile presque tout blanc; les pennes des ailes noirâtres en dessus; le tarse d'un brun rougeâtre; le bec d'un vert léger et l'iris rouge de carmin.

N.° CCCLXXV.

L'YPACAHA BLANC ET BRUN ROUSSATRE.1

J'AI acheté au Paraguay six ypacahas de cette espèce; deux ètaient vivans et semblaient être sains; cependant ils moururent le quatrième jour sans avoir mange ni cherché à manger. Ils avaient les mêmes habitudes que les deux précédens, excepté qu'ils ne tenaient pas la queue relevée et qu'ils ne la remuaient pas verticalement.

Formes. 20 pennes faibles, poiutues et concaves aux ailes, la troisième plus longue.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces et demi; de

1 Espèce nouvelle. (S.)

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la queue, 1 cinq sixièmes; du vol, 9; de la jambe, 22 lignes; du tarse, 15; du bec, 8 et demie; de la genouillère, 6.

Couleurs. Les côtés de la tête et du cou ont la couleur du tabac d'Espagne; cette couleur est moins vive sur la tête et le cou. Le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes sont châtains, et les pennes des ailes et de la queue d'un brun un peu roussâtre. Le devant du cou, la poitrine et le ventre sont très-blancs, et les flancs, de même que les jambes, rayés agréablement en travers de blanc et de noir. Les couvertures inférieures des côtés de la queue sont d'un beau blanc et celles du milieu noires, celles du dessous des ailes brunes et terminées de blanc; les pennes en dessous sont brunes. Le tarse est rouge, l'iris d'un beau rouge de feu et le bec noirâtre en dessus et d'un vert mêle de jaune en dessous.

N.° CCCLXXVI.

L'YPACAHA NOIRATRE.1

JE n'ai pu me procurer, au Paraguay, que deux individus de cette espèce, qui se ressemblaient en tout.

Formes. Aux ailes, 19 pennes faibles et concaves, la troisième et la quatrième plus longues.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces cinq sixièmes; de la queue, 1 demi; du vol, 9 et demi; de la jambe, 22 lignes, dont 4 nues; du tarse, 16; du bec, 8 et demie

1 Variété de la grande poule d'cau de Cayenne de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIX, pag. 194. — Fulica ruficollis Linn. syst. ornith. gen 80, sp. 4. (S.)

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Couleurs. La gorge est blanchâtre. A l'angle de la bouche commence une large bande de couleur de tabac d'Espagne qui, passant au-dessous de l'œil et couvranll'oreille, se prolonge sur les côtés du cou et de la poitrine; les couvertures inférieures de la queue sont de la même couleur; la poitrine, les flancs et les jambes noirâtres et rayées transversalement de blanc; les couvertures inférieures des ailes; variées de blanc et de brun. Les pennes en dessous ont une teinte argentine. Les paupières, le reste des côtés de la tête et toutes les parties supérieures sont d'un brun noirâtre et la partie nue des jambes, aussi bien que le tarse, d'un blanc pâle. Le bec est noirâtre, avec du vert à sa base.

N°. CCCLXXVII.

L'YPECAHA A SOURCILS BLANCS.1

DE trois individus de cette espèce que j'ai vus au Paraguay, deux étaient jeunes.

Formes. 19 pennes aux ailes, la troisième et la quatrième plus longues.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces; de la queue, 1 et demi; du vol, 8 et demi; de la jambe, 19 lignes; du tarse, 12; du bec, 7 et demie.

Couleurs. Une bandelette blanche, qui prend naissance au bec, s'étend au-dessus de l'œil en forme de sourcil; une autre bandelette noire est au-dessous de la première et se termine à l'angle antérieur de l'œil; plus bas il y en a

1 Le petit râle de Cayenne, Buffon, tom. XV, pag. 259, et pl. enlum. n. ° 847. — Rallus minutus Linn. syst. nat. gen. 93, sp. 29. — Latham, syst. ornith. gen. 78, sp. 23. (S.)

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une troisiéme qui entoure la paupière inférieure. Les côtés et le devant du cou sontd'un roux jaunâtre clair; la gorge, la poitrine, le ventre et la partie interne des jambes, de couleur blanche; leur extérieur, les flancs et les couvertures inférieures de la queue rayés transversalement de blanc et de noirâtre; les couvertures du dessus de l'aile blanches, avec un peu de brun sur les petites; la tête et le haut de la partie postérieure du cou, d'un brun foncé; le reste du dessus du cou, le dos, le croupion et les plumes scapulaires noires, avec de longues taches blanches au milieu des plumes et du roux a leur extrémité. On remarque une tache de roux vif entre les scapulaires et le dos. Les pennes des ailes, ainsi que leurs couvertures les plus extérieures, sont brunes, et les autres couvertures rousses; quelques petites taches blanches sont semées sur leur milieu. L'oiseau qui a servi à cette description avait eu la queue arrachée; il n'en restait qu'un peu dont le fond noirâtre était piqueté de blanc. La partie nue de la jambe et le tarse sont jaunes. Le bec est noir.

N.° CCCLXXVIII.

L'YPACAIIA VARIÉ EN DESSUS.1

C'EST à Noseda que je dois la description de cette espèce que je n'ai pas vue.

2 Cet ypacaha se rapproche beaucoup de la marouette, Buffon, tom. XV, pag. 241. — Rallus porzana Linn. syst. nat. gen 93, sp. 3. — Gallinula maculata Latham, syst. ornith. gen. 80, sp. 20. L'on trouve à Cayenne, à Cayenne, à la Louisiane, des râles qui ne paraissent pas différer de la marouette de l'ancien continent; et l'ypacaha varié en dessus est du nombre de ces râles. (S.)

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Formes. Les quatrième et cinquième des 25 pennes des ailes sont les plus longues; 8 étagées à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces un douzième; de la queue, 1 un quart; du vol, 9 trois quarts; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 11; du bec, 7.

Couleurs. La moitié de la tête est d'un roux vif, qui s'étend sur le devant du cou, la poitrine et le ventre; mais la teinte de la poitrine tire sur le blanchâtre. L'autre moitié de la tête, le dessus du cou, du corps et des ailes sont variés de noirâtre et de blanc sur un fond brun mêlé de roux. Les petites couvertures inférieures des ailes sont, d'un blanc roussâtre et les grandes noirâtres. La queue est brune, le tarse rouge de corail, l'iris rouge et le bec noirâtre à sa pointe, noir en dessus et vert jaunâtre en dessous.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX YAHANAS.

TOUT ce que j'ai dit des caractères communs aux ypacahas, doit s'appliquer aux yahanas, en observant néanmoins que ceux-ci ont les ailes un peu plus fortes et plus étendues, les doigts plus longs, le bec plus court, plus gros et plus rapproché de celui des gallinacés; le front chauve, enfin le plumage plus court et plus pressé. Du reste, les yahanas ne marchent pas autant que les ypacahas; ils volent avec moins de répugnance; ils entrent un peu dans les eaux stagnantes, et même ils les traversent à la nage, mais avec moins d'aisance que les oiseaux nageurs.

Buffon, 1 d'après Maregrave, donne le nom de jacana à mes aguapeazos, qui forment une autre famille; car les vrais yahanas (c'est ainsi que ce mot doit s'écrire) sont ceux que Buffon appéle poules d'eau.2

N.° CCCLXXIX.

L'YAHANA PROPREMENT DIT.3

LES Guaranis appliquent à cette espéce le nom d'yahana plus particulièrement qu'aux autres. Son cri est kakaka;

1 Tome XV, page 288.

2 Tome XV, pages 263 et suivantes.

3 La poule d'eau, race moyenne, Buffon, tom. XV, pag. 263. — Fulica chloropus Linn. syst. nat. gen. 91, sp. 4. — Gallinula chloropus Latham, syst. ornith. gen. 80, sp. 13. Cette espèce se trouve dans le nouveau comme dans l'ancion continent. (S).

IV. a l6

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prononcé d'une voix sonore. Elle est assez, rare au Paraguay jusqu'au 29e degré. Les oiseaux de cette espèce se tiennent seuls ou par couples, et rarement en petites troupes de trois ou quatre. Je ne connais point de différence entre le mâle et la femelle. Ils fréquentent les eaux stagnantes, et n'entrent point dans celles qui sont courantes. Ils se cachent avec soin dans les jones, et ils n'en sortent que pour chercher leur nourriture dans les endroits peu couverts d'eau; ils marchent alors avec grâce et légéreté, et quelquefois ils se mettent à la nage. Ils affectionnent tellement la lagune où ils ont pris naissance, quel'on a beau les en chasser, ils y reviennent toujours. On assure que leur ponte a lieu au milieu des jones, et qu'elle n'est que de deux œufs; les petits suivent, dès leur naissance, leurs père et mère, et ne les quittent que l'année suivante pour s'apparier.

Formes. Les ailes ont 22 pennes concaves, un peu faibles, et dont la 2e et la 3e sont les pluslongues; 14 étagées à la queue, l'extérieure a 12 lignes de moins que les autres. De grandes écailles couvrent le tarse et la partie nue de la jambe. Tous les doigts sont entiérement séparés, et le postérieur est extrément comprimé. Il y a des tubercules charnus en dedans de la mandibule supérieure. Le bec est droit jusqu'à son dernier tiers, où il se courbe faiblement jusqu'à son bout; une membrane qui envelope la base du bec supérieur et l'angle de la bouche, s'étend jusque vers la pointe de la mandibule supérieure; elle est lisse, luisante et adhérente au bec comme à la tête. Les ouvertures des narines, placées à 7 lignes et demie de

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la pointe du bec, sont longues, étroites et sans membrane intérieure. Des plumes courtes et serrées couvrent la tête qui est petite, et le cou qui est aminci vers la nuque.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces un douxiéme; de la queue, 3 un sixiéme; du vol, 21 trois quarts; de la jambe, 45 lignes; du tarse, 31; du doigt du milieu, 33.

Couleurs. Toute la tête et la moitié du cou sont noirs; le reste du cou, le haut du dos, la poitrine, les flancs et le ventre de couleur plombée, mais les plumes du ventre ont un peu de blanc à leur extrémité. Les ailes en dessous sont brunes; la queue est noire, ainsi que ses couvertures inférieures, à l'exception des extérieures qui sont blanches. Les ailes en dessus, le dos et le croupion sont noirâtres; il y a du blanc au bord de l'aile. La partie nue de la jambe est rouge, la tarse vert, l'iris brun et le bec d'un vert jaunâtre vers sa pointe et d'un rouge de sang sur le reste.

Les individus que je regarde comme les femelles de l'espéce, ont 1 pouce et demi de moins en longueur totale, quelques taches longues et blanches sur les flancs, une ligne étroite de blanc sur les bords des petites couvertures inférieures des ailes, etc.

N.° CCCLXXX.

L'YAHANA VERT ET BLEU DE CIEL.1

JE n'ai vu que trois individus de cette belle espèce dans les lagunes du Paraguay.

1 La poule sultane, Buffon, tom. XV, pag. 321. — Fuelica Martinicensis Linn. syst. nat. gen. 97, sp. 7. — Gallinula Martinica Latham, syst. ornith. gen. 78, sp. 9. Cette espèce est irès-commune sur les bords des savannes noyées de la Guiane; son cri est doux, son naturel très-disposé à la domesticité et sa chair savoureuse. (S.)

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Formes. 22 peunes un peu concaves aux ailes, la deuxiéme plus longue; 10 étagées et légèrement terminées en pointe à la queue; l'extérieure a 15 lignes de moins que les autres. De grandes écailles aplaties couvrent le devant du tarse. La partie chauve du devant de la tête de cette espèce et des espèces suivantes, différe de celle de l'yahana proprement dit, en ce qu'elle est moins membraneuse et qu'elle n'est qu'une continuation de la peau qui recouvre la base du bec; elle forme un demi-cercle. Le reste comme dans le numéro précédent.

Dimensions. 11 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 19 et demi; de la jambe, 44 lignes; du tarse, 30; du bec, 13.

Couleurs. Il a la tête noire; l'occiput, la nuque, les côtés du cou et du corps d'un bleu violet, plus brillant lorsqu'on le regarde contre le jour; la gorge, le devant du cou et une partie de la poitrine noirâtres en conjonction et violets en opposition; le bas de la poitrine, leventre et les couvertures inférieures de la queue d'un beau blanc; les couvertures supérieures et inférieures des ailes, depuis le bord de l'aile jusqu'à leur moitié, d'un très-beau bleu; les autres couvertures supérieures, le dessus du cou et du corps, le côté supérieur des pennes des ailes et de la queue, d'un vert vif en opposition et d'un vert brun en conjonction; les grandes couvertures inférieures des ailes et les pennes en dessous de couleur d'acier bruni; les barbes très-étroites de la première penne en dessus blanches; la partie nue de la jambe et le tarse d'un vert jaunâtre; la

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membrane du bec bleue, enfin le bec rouge sur les deux tiers de sa longueur et d'un vert clair sur le reste.

N.° CCCLXXXI.

L'YAHANA BLANC ET BLEU DE CIEL.1

JE n'ai vu que le sujet qui a servi à ma description; je l'avais acheté au Paraguay.

Formes. Les deuxième et troisiéme des 21 pennes de l'aile sont les plus longues; 10 étagées à la queue, l'extérieure plus courte de 8 lignes. Le tarse revêtu d'écailles. La partie nue de la tête forme un demi-cercle de 5 lignes de diamêtre. Le bec comme dans les précédens.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces sept douziémes; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 16; de la jambe, 54 lignes; du tarse, 22; du bec, 15.

Couleurs. La gorge, le devant du cou, la poitrine, le ventre et les couvertures inférieures des ailes sont blancs, avec une teinte faible d'indigo sur la poitrine et les couvertures. Les côtés de la tête, du cou et du corps, ont une couleur claire d'indigo. Le dessus de la tête et du cou, les épaules, les dernières pennes des ailes, avec leurs couvertures supérieures, sont d'un brun verdâtre, et les autres couvertures et le bord supérieur des autres pennes d'un bleu de ciel; en dessous, les pennes ont une nuance d'argent. Le dos, le croupion et la queue sont noirs; mais les

1 Cette espèce a plus de rapport à la poule sultane verte de Buffon (tom XV, pag. 317, qu'à tout autre oiseau de ce genre; et c'est probablement par erreur que Brisson a indiqué cette poule sultane comme naturelle aux Indes orientales (ornith. tom. v, pag. 529). — Fulica viridis Linn. syst. nat. gen. 91, sp. 8. Gallinula viridis Latham, syst, ornith, gen. 78, sp 12. (S.)

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pennes de la queue sont bordées de bleu de ciel, et les quatre pennes extérieures de chaque côté ont un peu de blanc à leur extrémité, de même que les couvertures supérieures. La partie nue de la jambe, le tarse et I'iris sont orangés; le bec et la plaque du front verts.

N.° CCCLXXXII.

L'YAHANA BLANC ET BRUN ROUSSATRE.1

J'AI acheté, au Paraguay, un individu de cette espèce, au mois de mars; et quoiqu'au premier aspect, il m'eût paru de la même espèce que le précédent, j'ai cru devoir le décrire séparément, à cause de quelques dissemblances dans les dimensions et dans les couleurs.

Formes. De même que celles du précédent.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces un quart; de la queue, 2 un sixième; du vol, 17 trois quarts; de la jambe, 39 lignes; du tarse, 27.

Couleurs. Il a la gorge et le dessous du corps blancs; les côtés de la tête et le devant du cou d'un brun roussâtre très-clair; la même teinte, mais plus foncée sur les flancs et le côté inférieur des jambes; les ailes en dessous de couleur d'argent noirâtre, avec un peu de blanc au bout des couvertures; le dessus de la tête et la moitié du

1 Si cet oiseau n'est pas une variété d'àge on de sexe dans l'espèce précédente, ce qui me parait très-probable, il faudra le rapprocher de l'acintli de Buffon, tom. XV, pag. 324, avec lequel, suivant la remarque fort juste de M. d'Azara, il a des traits nombreux de conformité. — Quachillon et yacacintli, Fernandez, Hist. nov. Hisp. pag. 20, cap. 26. — Fulica purpurea Linn. syst. nat. gen. 92, sp. 10. — Gallinula purpurea Latham, syst. ornith. gen. 72, sp. 11. (S.)

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derriére du cou, d'un brun foncé et mélangé de roussâtre; le reste du dessus du cou et les couvertures supérieures des ailes d'un brun noirâtre, qui prend une nuance verte lorsqu'on le regarde contre le jour; les pennes des ailes noirâtres en conjonction et d'un vert bleuâtre en opposition; le dos et la queue d'un brun noirâtre; la genouillère et le tarse de couleur de paille, faiblement teintée de vert; le bec noirâtre jusqu'à sa moitié et vert sur le reste.

N.° CCCLXXXIII.

L'YAHANA

A DESSOUS DU COU BLEU DE CIEL.1

ME trouvant, le 11 octobre, à quarante-cinq lieues au midi de l'ile de 1'Ascension, je pris à la main un yahana de cette espèce qui, ne pouvant plus voler, se jeta dans mon embarcation; le vent était au nord-ouest et violent.

Formes. Aux ailes 20 pennes assez fermes, la deuxième et la troisième les plus longues. La queue, la plaque frontale et le bec, comme dans les espèces précédentes. Le tarse gros.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces et demi; de la queue, 5; du vol, 21 un quart; de la jambe, 48 lignes; du tarse, 32; du bec, 20.

Couleurs. La gorge, le bas du cou en devant et le dessous du corps sont blancs. La partie anlérieure du cou et un peu de ses côtés, d'un très-beau bleu de ciel brillant et rnarbré de brun fort clair. Le même bleu se remarque sur la poitrine, avec quelques plumes brunes qui descendent sur les flancs. Les plumes des cuisses sont noirâtres,

1 Cette espèce ne me parait pas avoir été décrite. (S.)

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de même que celles des jambes; mais ces dernières ont des marbrurcs blanchâtres qui marquent aussi les côtés du croupion. Les ailes ont les couvertures inférieures les plus voisines de leur bord, de couleur d'aigue - marine; les autres, de même que les pennes en dessous, d'un noirâtre lustré, avec du blanc aux extrémités des pennes; les couvertures supérieures de la partie externe d'un bleu d'aigue-marine peu vif, de même que les pennes en dessus; les autres couvertures d'un vert jaunâtre, ainsi que le dessus du cou et la queue. Les côtés de la tête sont d'un brun clair et roussâtre, et le dessus, aussi bien que l'occiput, d'un brun plus foncé. Le dos est d'un brun verdâtre, le tarse d'un jaune sombre et le bec vert noirâtre, avec un peu de pourpre foncé dans son milieu.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX AGUAPEAZOS.

QUOIQUE ces oiseaux aient plusieurs traits de conformilé avec les deux families précédentes, tels que le bec; la tête, le cou; la queue, les doigts séparés et l'habitude de fréquenter les lagunes et les eaux stagnantes, ils me paraissent former une famille distinete. En effet, indépendamment de leurs éperons aux ailes, de leur membrane déehiquetée sur le devant de la tête, du peu de longueur de leur corps, de la largeur de leurs épaules, de leur croupion plus pointu, de leurs jambes plus longues, enfin de leurs doigts et de leurs ongles très-éloignés les uns des autres, ils diffèrent encore des oiseaux des deux dernières families, en ce qu'ils ne se cachent jamais; qu'ils marchent plus pendant le jour que le soir et le matin; qu'ils ont les ailes beaucoup plus étendues; qu'ils volent mieux et plus souvent, mais droit et horizontalement; qu'ils ne nageut jamais; qu'ils s'enfoncent dans l'eau jusqu'au'genou, et qu'ils marchent avec légéreté sur les nenuphars et les autres plantes aquatiques à feuilles larges, que les Guaranis appèlent aguapé; e'est de là-qu'ils ont donné aux oiseaux de ce chapitre le nom d'aguapeazo, e'est-à-dire, vers d'aguapé.

Du reste, les aguapeazos sont beaucoup plus nombreux et plus féconds que les ypacahas et les yahanas, lesquels se répandent au midi de la rivière de la Plata, tandis que les aguapeazos ne vont pas jusqu'au 5oe degré, qu'ils

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eourent avec beaucoup moins de légéreté, quoiqu'ils marchent avec aisance, saus tenir la queue élevée quand ils sont effrayés.

N.° CCCLXXXIV.

L'AGUAPEAZO PROPREMENT DIT.1

PLUS commun que le suivant, il porte plus particulièrement le nom de la famille. C'est un oiseau trés-vif et agile; il ne voyage point, et son plumage est assez agréable. L'on ne remarque point de différence entre le mâle et la femelle. Ils ne sont ni querelleurs, ni très-farouches. Leurs ailes pliées aboutissent exactement à l'extrémité de la queue. Ils ne construisent point de nid, et ils déposent leurs œufs, sans chercher à les cacher, sur les feuilles vertes d'une plante aquatique, que je crois être le nombril de Venus,2 ou quelqu'autre plante analogue qui végéte dans les lagunes où l'eau est basse; la ponte est de quatre œufs un peu plus pointus à un bout qu'à l'autre, de couleur de paille, marbrés ou plutôt veinés de noir, et dont les diamètres sont de 14 et de 10 lignes. On assure que les petits, à l'instant de leur naissance, suivent leurs père et mère. Ces oiseaux se tiennent par couples, et quelquefois en petites troupes jusqu'à dix individus.

1 Le thegel mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LIX, pag. 224. — Thegel, Molina, Hist. nat. du Chili, pag. 239. — Parra Chilensis Linn. syst. nat. gen. 13, sp. 9. — Latham, syst. ornith. gen. 78, sp. 11. L'abbé Molina dit que e'est un bon gibier, qui ne le cède en rien aux bécasses. (S.)

2 Le nombril de Vénus aquatique, ou écuelle d'eau (hydrocotyle vulgaris). (S.)

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Formes. 23 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues; 10 à la queue, singulieres et terminées en pointe; l'extérieure est plus courte de 7 lignes, et les couvertures en dessus comme en dessous sont aussi longues que les pennes. Les ongles sont droits, faibles, flexibles, pointus et très-élastiques, sur-tout l'ongle postérieur, qui est courbé dans un sens opposé à celui qu'affectent les ongles de la plupart des oiseaux. Au pli de l'aile, il y a un éperon osseux, très-pointu, fort, conique, long de 5 lignes, large de 3 à la base et jaune; mais le fouet de l'aile ne se termine point en alêne. Le bec est couvert sur presque la moitié de sa longueur, par une membrane qui s'étend près de l'angle antérieur de l'œil et remonte sur la tête où elle forme deux déchiquetures arrondies et non adhérentes; cette même membrane descend circulairement sous le bec, qui est droit, et un peu renflé à son bout. Les ouvertures des narines sont elliptiques et sans membrane. Des tubercules charnus garnissent le dedans de la demi-piéce supérieure du bec. L'œil est petit, l'iris imperceptible, et tout le plumage, à l'exception des ailes et de la queue, à barbes désunies.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces trois quarts; de la queue, 1 et demi; du vol, 18; de la jambe, 39 lignes; du tarse, 41; du doigt du milieu, 27 et de l'ongle, 11; du doigt postérieur, 11 et de l'ongle, 24; du bec, 15

Couleurs. La tête, le cou entier, la poitrine, le ventre, les grandes couvertures supérieures de la partie extérieure des ailes et le fouet sont noirs; le haut du dos et les autres couvertures supérieures, rouges de carmin; les flancs, le dos et la queue d'un rouge encore plus vif; les 18 premières pennes des ailes d'un beau jaune nuancé de vert, avec du noirâtre vers leur extrémité; les autres

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pennes, comme les couvertures inférieures, roussâtres, à l'exception des couvertures de la partie externe de l'aile, qui sont noirâtres et terminées de blanc. La partie nue des jambes et le tarse ont la teinte du plomb. Le bec est jaune, et la membrane qui le couvre en grande partie est rouge de sang. L'intérieur de la bouche est jaune.

N.° CCCLXXXV.

L'AGUAPEAZO BLANC EN DESSOUS.1

A l'erception de quelques différences dans les dimensions et dans les couleurs, cette espéce est semblable à la précédente. Elle n'est pas de moitié aussi nombreuse et elle est un peu plus faible.

Formes. Les éperons des ailes sont beaucoup plus petits que ceux de l'aguapeazo proprement dit; la membrane de la tête est aussi moins grande.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un sixieme; de la queue, 1 un tiers; du vol, 15 un quart.

Couleurs. Un trait blanc, qui prend naissance au bec, forme une espèce de sourcil et aboutit au bas de l'occiput. Derrière l'œil commence la couleur noire qui s'étend sur la nuque et sur la moitié du dessus du cou. Le reste des côtés de la tête, la gorge, le dessous du cou et du corps sont presque blancs. Un brun luisant couvre le dessus de la tête, la moitié inférieure du dessus du cou et le haut du

1 Le jacana varié, Buffon, tom. XV, pag. 300, et pl. enlum. N.° 846.— Le chirurgien varié, Brisson, ornith. tom. v, pag. 129. — Parra variabilis Linn. syst. nat. gen. 92, sp. 4. — Latham, yst. ornith. gen. 78, sp. 5. (S.)

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dos. Les couvertures supérieures des ailes sont brunes et terminées de rougeâtre. L'iris est jaune, et le reste comme dans l'espèce précédente.

N.° CCCLXXXVI.

LE TERUTERO OU TETEU.1

Le premier de ces noms est celui qu'on donne à cette espèce à Buenos-Ayres, et le second est en usage au Paraguay. Tous deux sont bien appliqués, parce qu'ils expriment les cris que ces aguapeazos répètent fréquemment, d'un son de voix fort, aigu et assez. incommode; ils les font également entendre pendant la nuit, s'ils entendent dubruit; aussi dit-on qu'ils sont les ennemis des contrebandiers; ils le sont encore des voyageurs et des chasseurs, qu'ils accompagnent et qu'ils importunent de leurs clameurs continuelles etqu'ils troublent dans leur chasse. Ces oiseaux sont très-communs, et on les trouve indifféremment au Paraguay et dans les pampas de Buenos-Ayres; par - tout ils sont sédentaires et ils se plaisent par-tout. Ils n'entrent ni dans les eaux, ni dans les bois, et ils ne se posent qu'à terre. Ils se tiennent communément par couples; et si quelquefois ils se réunissent en petites troupes, ce n'est que pour peu de tems. Leur vol n'est ni rapide, ni élevé, quoique parfois prolonge; ils font des espèces de courbettes en l'air, jusqu'à s'y tenir de côté, ou le ventre en haut. Ils marchent à pas courts et fréquens, la tête et le

1 Le vanneau armé de Cayenne, Buffon, tom. XV, pag. 105, et pl. enl. N.° 836.— Para Cayanensis Linn. syst. nat. gen. 92, sp. 7. — Tringa Cayanensis Latham, syst. ornith. gen. 73, sp. 5. (S.)

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cou immobiles; mais ils ne sont pas de moitié aussi vîtes que les perdrix. Leur nourriture se compose de vers de terre, de sauterelles et d'autres insectes qu'ils saisissent en abaissant beaucoup le devant du corps et élevant le derrière. Ils ne sont point farouches, et ils volent ordinairement autour des hommes; comme s'ils voulaient les assaillir à coups de bec; ils font la même chose lorsqu'ils voient un caracara, ou tout autre oiseau ou quadrupède approcher de leur nid.

La ponte des teruteros a lieu en octobre et en décembre. La femelle dépose ses œufs à terre sur quelques brins d'herbes, et quelquefois sur le sol même; il y en a quatre au plus, et deux au moins, de couleur d'olive claire, marbrés de noir, pointus à un bout, longs de 20 lignes et gros de 14 et demie. Aussitôt après leur naissance les petits suivent leurs père et mère; quand quelqu'un passe près de ceux-ci, ils se blottissent, ils crient de toute leur force, au point qu'on peut les entendre à la distance d'un mille; ils étendent les ailes, les laissent traîner, se mettent à courir et à voltiger, afin d'éloigner l'objet de leur crainte; en sorte que, par leur manége, on peut juger que I'on approche de leurs œufs ou de leurs petits. S'ils s'aperçoivent que l'on cherche à s'emparer de leur progéniture, furieux, ils assaillent le ravisseur jusqu'à toucher son chapeau.

La chair de ces oiseaux est savourense. On en élevè dans les habitations; ils y deviennent très-familiers, et ils entrent dans les chambres et dans la cuisine pour y prendre les insectes et les petits morceaux de viande. Ils vivent en paix avec les poules; ils les craignent même beaucoup. Leur vol se fait par des battemens d'ailes mesurés, et lorsqu'ils sont effrayés, ils lèvent et baissent la tête vertica-

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lement. Da reste, je considère les teruteros comme formant une espèce particuliére et isolée.

Formes. 26 ou 27 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues; à la queue, 12 égales. Le doigt du milieu jojnt au doigt extérieur par une membrane jusqu'à la première articulation, et un peu avec le doigt intérieur. Le bec un peu plus épais que large, assez fort, avec un leger renflement à son bout. Un éperon osseux, de figure conique, large à sa base, aigu et long de 5 lignes et demie, sort près du pli de l'aile. Sur le derrière de la tète naissent six grandes plumes fermes, étroites comme des soies, à peine apparentes à quinze pas, et formant une huppe immobile de 3 pouces de longueur. La tête parait grande, et elle est aplatie eu dessus.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces; de la queue, 4; du vol, 29 et demi; de la jambe, 47 lignes; du tarse, 29; du doigt du milieu, 16; du bec, 15, épais de 6 et large de 4.

Couleurs. Le tour du bec, d'un angle des mâchoires à l'autre, en passant par le front, est noir sur une largeur de 9 lignes; cette couleur s'éteud aussi par un filet étroit sous le bec, où elle s'élargit en descendant sur le tiers inférieur du devant du cou jusqu'à l'origine des ailes, et elle se termine ensuite en s'arrondissant à l'estomac; sur le front et le devant du cou, le noir est bordé à l'extérieur par du blanc. Le reste du dessous du corps, les jambes, les couvertures inférieures des ailes et les supérieures de la queue sont de couleur blanche. Le reste du cou, le dos, le croupion et les couvertures supérieures de la partie interne de l'aile sont bruns; mais les plumes scapulaires ont des reflets dorés en conjonction et violets en opposition. Les couvertures supérieures du milieu de l'aile sont

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brunes, avec des reflets très-vifs de violet, de vert et de bleu; mais celles qui approchent de la partie externe de l'aile sont très-blanches; cette partie externe est entièrement noire, comme la dernière moitié de la queue; l'autre moitié est blanche, de même que l'extrémité des pennes. La genouillère est d'un rouge sanguin et obscur, qui devient plus que foncé en descendant le long du tarse, jusqu'à n'être plus qu'une teinte plombée au métatarse et sur les doigts. La huppe est noire, l'iris rouge de carmin, aussi bien que le bord de la paupiére, le bec rouge jusqu'à sa moitié et noir sur le reste.

L'oiseau jeune a 6 pouces et demi de longueur totale; du blanc à la gorge et jusqu'à la moitié du devant du cou; les côtés et le derrière de la tête, jusqu'à la moitié de la partie postérieure du cou, d'un brun mêlé de blanchâtre; à l'occiput un petit cercle noir, rudiment de la huppe; le dessus de la tête, du bas du cou et du corps, noirâtres et variés confusément de roux, à l'exception des plumes scapulaires et des couvertures supérieures des ailes, sur lesquelles le roux forme des raies. L'on sent en touchant le pli de l'aile que l'éperon commence à pousser. Le reste du plumage comme dans les oiseaux adultes, excepté que les teintes sont plus faibles.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX BÉCASSINES.

LES Espagnols les appèlent becasinas, les Guaranis yacaberes, et quelques-uns à Monte-Video, aguateros, parce qu'ils s'imaginent que ces oiseaux annoncent la pluie, quand, le soir et le matin, quelquefois même au milieu de la nuit, ils s'élevènt presque verticalement à une très-grande hauteur dans les airs, d'où ils se laissent tomber, les ailes pliées et la tête basse, en criant bere bere plusieurs fois de suite; avant de toucher la terre, ils s'enlèvent de nouveau, et ils répètent ce manège pendant quelque tems. J'ignore si la seconde espèce de bécassines a la même habitude et si elle jète le même cri kaka lorsqu'elle est effrayée.

Les bécassines fréquentent les bords fangeux des lagunes, et elles s'y cachent avec soin entre les touffes d'herbes; elles ne se montrent jamais dans les lieux découverts, et elles n'entrent pas dans les bois. Ce sont des oiseaux deminocturnes et sédentaires; on les rencontre seuls ou par couples, rarement en petites bandes de quatre. Leur naturel est assez farouche, quoiqu'ils ne s'envolent guère que quand on est très-près d'eux. Leur bec est plus long, à proportion, que celui des mbatuitis (pluviers) et des chorlitos (barges et chevaliers); il se termine par un petit renflement. Ils ont les côtés de la tête verticaux et un enfoncement au sominet; les jambes et l'envergure un peu plus courtes que dans les mbatuitis et les chorlitos; le vol

IV. a. 17

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moins décidé et plus entrecoupé de crochets; la dèmarche moins légère, moins vive, et le corps plus horizontal, quoique le cou soit élevè; le plumage plus obscur, enfin les doigts entièrement séparés. Leur nourriture se compose sans doute de vers et d'insectes aquatiques. J'ai nourri, pendant plusieurs jours, une bécassine de la première espèce, avec de petits morceaux de viande crue.

N.° CCCLXXXVII.

LA BÉCASSINE,

PREMIÉRE ESPÈCE.1

Formes. 24 pennes aux ailes et 14 étagées à la queue; l'extérieure est de 10 lignes plus courte. Tarse comprimé sur les côtés et à peine recouvert d'écailles en devant. Bec droit, faible, à mandibules d'égale grosseur à peu prés; la supérieure terminée par un bouton lisse, et marquée dans sa longueur par une gottière qui, commençant à 9 lignes du bout du bec, se termine à sa base. La plaque nue du front grande et profonde. De chaque côté de la mandibule inférieure on distingue une petite rainure alongée; il y en a une autre qui commence aux narines et va jusqu'à l'extrémité du bec.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces un sixieme;

1 Cette espéce n'est point la bécasse des savannes (Buffon, tom. XIV, page. 249. — Scolopuxpaludosa), à laquelle M.d'Azara la rapporte; mais on la reconnait aisément pour être la m7ecirc;me que la petite bécasse d'Amérique de mon édition des OEuvres de Buffon, tom LVII, pag. 393. — Pennant. aret. zool. tom. 11, page. 470. B. — Scolopax minor Linn. syst. nat. gen. 86, sp. 34. — Latham, syst. ornith. gen. 72, sp. 2. (S.)

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de la queue, 2; du vol, 15; de la jambe, 31 lignes; de la genouillère, 6; du tarse, 19; du bec, 30.

Couleurs. Trois traits blanchâtres suivent la longueur de la tête; celui du milieu la partage en deux portions égales et les deux autres passent au-dessus des yeux; l'espace entr'eux est noir. Une ligne de la même couleur, qui commence sous l'œil, s'étend jusqu'à la nuque; il y en a une autre semblable, mais plus petite, qui traverse l'oreille sans la dépasser. Le reste des côtés de la tête est blanchâtre et le devant du cou marbré de la même teinte et de brun. La poitrine et le ventre sont blancs, mais les côtés du corps, les couvertures inférieures des ailes et de la queue et les jambes sont variés de brun et de roussâtre; elles sont blanches dans quelques individus. On remarque sur l'occiput des veines brunes et rougeâtres et le derrière du cou est varié de noirâtre et de blanchâtre. Des raies rousses et noirâtres traversent les couvertures supérieures des ailes. Le dos est marbré de brun et de blanc. La queue est noire et terminée par du blanc, du noir et du rouge de tabac d'Espagne; les 3 pennes latérales sont entièrement couvertes de bandes blanches et noires. Les plumes scapulaires sont longues, noires et bordées de blanc roussâtre; celles du haut du dos, larges et pointues, ont du noir dans leur milieu et du blanc roussâtre sur leur bord. Les pennes des ailes sont noirâtres, ainsi que leurs couvertures dont l'extrémité est blanche. La genouillère et le tarse sont d'un vert flétri. Le bec est noiràtre.

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N.° CCCLXXXVIII.

LA BÉCASSINE,

DEUXIÉME ESPÈCE.1

CETTE bécassine me paraît constituer une espèce diffèrente de la première; cependant je ne puis l'assurer.

Formes. Les ailes composées de 25 pennes diminuant successivement de longueur; 16 à la queue, l'extérieure large de 2 lignes et de 4 plus courte que les deux du milieu, les autres s'élargissent à mesure qu'elles approchent des intermédiaires, qui sont les plus larges. Tarse peu comprimé. Des rainures perpendiculaires, qui paraissent faites avec un couteau, sillonnent le bec vers son extrémité. Le reste comme dans la première espèce.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces trois quarts; de la queue, 1 un sixième; du vol, 15; de la jambe, 29 lignes et demie; du tarse, 17 et demie; du bec, 29 et demie.

Couleurs. Les 2 pennes du milieu de la queue sont noires 3 les trois ou quatre suivantes n'ont que leur moitié supèrieure de cette couleur, l'autre moitié a la teinte du tabac d'Espagne et un trait irrégulier et noirâtre vers l'extrémité, qui est blanchâtre; des bandeleltes blanches et noirâtres couvrent les autres pennes. Le reste est comme dans l'espèce précédente.

1 La bécassine des savannes de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LVIII, pag. 13 et 14. — Scolopax Cayennensis Linn. syst. nat. gen. 86, sp. Latham, syst. ornith. gen. 72, sp. 5. —A Cayenne., pied de bœuf. Buffon l'avait confondue avec la bécassine commune (Scolopax gallinago), dont elle diffère par plus de grosseur et par quelques nuances dans les couleurs. (S.)

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX PETITS OISEAUX DE RIVAGES.

JE désigne, sous la dénomination d'oiseaux de rivages, neuf ou dix oiseaux que les Guaranis appélent mbatuitis et les Espagnols chorlitos, sans faire de différence entre ces espèces, en sorte qu'ils attribuent à toutes ce qui n'appartient qu'à une ou deux d'entr'elles. Je n'en suis point étonné; car la plupart se rapprochent tellement par leur taille, leurs couleurs, leurs formes et leurs habitudes, qu'à moins d'y regarder de bien près, on ne peut reconnaître en quoi elles diffèrent. Ce sont les oiseaux qui m'ont donné plus de peine à distinguer et plus d'ennui à d'écrire. Outre que les teintes de leur plumage ont assez. de ressemblance, il est très-difficile de les indiquer autrement qn'en employant beaucoup de mots et de peines. En outre, aucune de ces espèces ne porte de nom propre, et ce n'est pas un petit travail que deleur en donner de convenables. Toutes ces difficultés in'ont fait regarder ces oiseaux avec dégoût; souvent je n'ai pas voulu tuer ceux que je rencontrais, ni acheter ceux qu'on me présentait; d'où il résulte que mes descriptions n'ont pas la même clarté que dans mes autres chapilres.

Les caractères communs aux petits oiseaux de rivages, sont d'avoir une partie de la jambe dégarnie de plumes; le tarse maigre, lisse, avec des écailles douces au toucher et presqu'insensibles sur sa partie antérieure; les ongles noirs, courts, presque droits et faibles; le cou un peu long

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et miuce particulièrement à la nuque; les plumes de la tête et du cou étroites, serrées et courtes; le bec aminci, long, ne finissant-pas en pointe, d'une substance molle, un peu flexible, et propre à saisir les insectes dans les terrains humides et fangeux; le haut de la gorge presque nu; les ouvertures des narines longues, étroites, sans membrane et placées au devant d'une rainure; la langue trèspointue, mince, aussi large que la bouche à sa base, mais très-étroite dans le reste de sa longueur; les ailes pointues, étroites, longues et vigoureuses, la première penne la plus grande; les plumes scapulaires et dù haut du dos étroites, pointues et longues; celles de la queue courtes, pointues et étroites; les couvertures inférieures de la queue aussi longues que les pennes; les ailes en repos, couvrant la queue entière; l'œil triste; le vol incertain et rapide;. enfin la démarche aisée, dégagée et à pas courts et fréquens. Lorsqu'ils sont effrayés, ils lèvent et baissent verticalement la tête; ils ne se perchent point sur les arbres, ni sur les arbrisseaux, et ils n'entrent pas dans les bios; ils n'avancent pas dans l'eau, ne nagent point et se contentent de courir sur les rivages et les prairies. Leur chair est ordinairement tendre et de bon goût.

Quoique les caractères dont je viens de faire l'énumération, soient communs aux neuf ou dix oiseaux suivans, je séparerai néanmoins ces oiscaux en deux familles, les mbatuituis et les chorlitos; et je commencerai leur chapitre par le détail des attributs qui les distinguent l'une de l'autre.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX MBATUITUIS.

JE les ai séparés des bécassines et des chorlitos, parce qu'ils ont l'œil plus grand; le bec plus court, fort, gros, pointu, cylindrique et un peu renflé vers son bout; la tête un peu plus grande et arrondie; le front élevé perpendiculairement au-dessus du bec; lecou plus court; le doigt du milieu joint au doigt extérieur par une membrane jusqu'à la première articulation et presqu'entièrement séparé de l'intérieur; le talon sans doigt postérieur; la queue, l'envergure et les jambes plus longues et les doigts plus courts que les bécassines; ces mêmes parties plus longues que les chorlitos, mais les pieds et les doigts égaux en proportion.

Buffon1 les appéle pluviers.

N.° CCCLXXXIX.

LE MBATUITUI A POITRINE RAYÉE.2

IL ne paraît au Paraguay que pendant l'été; il n'est pas très-commun; son naturel est social, et il fréquente

1 Tom. XV, pag. 114.

2 Ce pluvier est celui que Brisson a décrit sous la dénomination de pluvier doré de Saint-Domingue (ornith. tom. v, pag. 47), et que Buffon n'a point distingué du pluvier doré de l'ancien continent (tom. XV, pag. 127). Cependent il existe entre ces deux oiseaux quelques différences, légères à la vérité, mais suffisantes, ce me semble, pour ne pas les confondre, avec d'autant plus de raison que, dans ce genre, les espèces ne sont pas toujours distinguées par des détails de couleurs bien tranchées. Au reste, le pluvier de cet article se trouve aussi à la Guiane. (S.)

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les prairies et les lieux fangeux et humides. Je n'ai point observé de dissemblances entre le mâle et la femelle. J'avais lâché dans ma maison trois ou quatre de ces oiseaux; mais ils y périrent au bout de quelques jours, faute de nourriture, ayant refusé constamment de manger de la viande et du pain. Ils se montraient plus farouches que l'espèce suivante, et ils se tenaient constamment cachés derrière les coffres. Quelquefois pressés par le besoin, ils faisaient entendre le cri pi, d'un son de voix fort; perçant et désagréable, que ne jète pas le mbatuitui de l'article suivant, auquel celui-ci ressemble en tout le reste.

Formes. Des 25 pennes de l'aile la première est la plus longue; 12 presque égales à la queue. Le tarse couvert de petites écailles hexagones et concaves. Le bec droit, faiblement courbé vers son extrémité et assez fort.

Dimensions. Longueur totale; 9 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 22; de la jambe, 35 lignes; du tarse, 22; du doigt du milieu, 13; du bec, 10 et demie.

Couleurs. Les plumes du front et du tour du bec sont blanches. Au-dessus de l'œil est un trait de la même couleur qui dépasse l'oreille. Une plaque noirâtre traverse l'œil et couvre l'oreille. Le dessus de la tête est piqueté de blanc sale et le derrière de jaune, sur un fond noir. Tout le cou est varié de brun et de blanc. La poitrine et le venire sont blancs et quelques raies brunes traversent les flancs. Les pennes des ailes et la queue ont en dessous la

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couleur de l'argent; mais le bout des pennes de la queue est blanc, avec de petits points noirâtres. Les couvertures inférieures des ailes sont d'un blanc opaque; le haut du dos, les plumes scapulaires et les couvertures supérieures des ailes, tachés de blanc sur un fond noirâtre; le dos et le croupion également noirâtres, mais variés de taches jaunes; les pennes des ailes en dessus, leurs grandes couvertures et la queue brunes, avec du blanc à 1'extrémité de la queue et des couvertures; la partie nue de la jambe et le tarse de couleur de plomb. Le bec est noir.

N.° CCCXC.

LE MBATUITUI A POITRINE MARBRÉE.1

ON le trouve au Paraguay et dans les environs de la rivière de la Plata. J'ai élevè chez moi un oiseau de cette espèce; il y vécut pendant un mois, sans prendre d'autre nourriture que du maïs pilé qu'abandonnaient les autres oiseaux; mais lui ayant donné depuis de petits morceaux de viande crue, il laissa le maïs et il prit une nouvelle vigueur. Sa démarche se faisait à petits pas courts, fréquens et très-vîtes; à la fin de chaque petite course, il s'arrêtait tout à coup, de sorte qu'il passait le même espace de tems à courir qu'à rester immobile. Il m'a paru que ce mbatuitui marchait phis que le précédent; mais tous deux, lorsqu'ils voulaient avancer, mettaient en mouvement la tête et le cou, comme s'ils eussent été tout d'une pièce avec le corps. Celui-ci était stupide, triste et peureux; il courait à la lumière comme au grand jour; jamais il ne

1 C'est une race très-rapprochée de la précédente, qui l'est elle-mème beaucoup du pluvier doré. (S.)

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se couchait, même pour dormir; et quand il prenait un petit morceau de viande, il courait un peu, puis il s'arrêtait, le secouait, et recommencait plusieurs fois le même manége, jusqu'à ce qu'il avalât sa proie.

Formes. Les écailles du tarse sont plus minces et moins concaves que dans l'espèce précédente, à laquelle toutes les autres formes se rapportent.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces un quart; de la queue, 2 cinq douzièmes; du vol, 21; du bec, 11 lignes; de 1 œil, 4 et demie; de la jambe, 30; du tarse, 21.

Couleurs. Les côtés de la tête et le haut de la gorge sont variés de noirâtre et de blanc sale. L'oreille est brune et le front très-blanc; cette couleur s'étend au-dessus de l'œil, en forme de large sourcil et jusqu'aux côtés du cou. Le noir du dessus de la tête est moins varié de blanchâtre que dans l'espèce précédente, et il s'avance da Vantage sur le front. Le devant et les côtés du cou, la poitrine et le ventre sont marbrés de blanc et de noirâtre. La queue est rayée transversalement de blanchâtre sur un fond brun, le tarse de couleur de plomb; et le reste comme dans le mbatuitui à poitrine rayée.

N.° CCCXCI.

LE MBATUITUI ARMÉ.1

Ce mbatuitui doit être rare au Paraguay, car je n'y ai vu que le sujet qui a servi à ma description; je l'avais acheté au mois de novembre.

Le pluvier armé de Cayenne, Buffon, tom: XV, pag. 161, et pl. enlum. N.° 833. — Charadrius spinosus Linn. syst. nat. gen. 88, sp. 12, var. g. — Charadrius Cayanus Latham, syst. ornith. gen. 74, sp. 25. (S.)

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Fomes. Aux ailes 26 pennes au plus, la première plus longue que les autres; 12 égales et coupées carrément à la queue. Les doigts presqu'entièrement séparés. A l'angle de l'aile est un piquant osseux, d'un brun blanchâtre, trèsaigu, un peu courbé, conique, long de 3 lignes et demie et large d'une à sa base, de sorte qu'il a la forme d'une alêne.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un tiers; de la queue, 2 un quart; du vol, 17 trois quarts; de la jambe, 29 lignes; du tarse, 25; du bec, 10 un tiers.

Couleurs. Le front est d'un noir velouté qui, s'étendant sur les côtés de la tête, l'occiput et le derrière du cou, va former en devant une espèce de hausse-col large de r pouce. La gorge et le haut de la partie antérieure du cou sont de couleur blanche, de même que le dessus de la tête, dont le milieu est brun clair. Toutes les autres parties inférieures sont blanches, à l'exception de la dernière moitié des pennes extérieures de l'aile, qui sont noirâtres, et noires en dessus, aussi bien que les plumes scapulaires et l'extrémité de la queue. Le bas de la jambe et le tarse sont rouges. Le bec est noir, avec un peu d'orangé à la base de la mandibule inférieure; cette dernière couleur est celle du bord des paupières.

N.° CCCXCII.

LE MBATUITUI A COLLIER NOIR.1

JE ne connais point de différence entre le mâle et la femelle de cette espèce. On les voit seuls ou en familles,

1 Espèce tiès-rapprochée du pluvier à collier (Buffon, tom. XV, pag. 142, et pl. enlum. N.° 920. — Charadrius hiaticula Linn. syst. nat. gen. 88, sp. 1. —Latham, syst. ornith. gen. 74, sp. 8), si ce n'est pas la même, ainsi que le présume M. d'Azara. (S.)

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courant sur les bords des rivières et des lagunes, dans les piés et les terres unies, même sèches. Ils sont sédentaires. Ils dorment vraisemblablement peu la nuit; car je les ai rencontrés quelquefois, et je les ai entendu chanter en volant autour de moi.

Formes. Des 25 pennes de l'aile la première est la plus longue; 12 étagées à la queue; l'extérieure est de 5 lignes plus courte. Le doigt extérieur joint à celui du milieu jusqu'à la première articulation. Le bec droit et l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 5 pouces trois quarts; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 11 trois quarts; de la jambe, 17 lignes; du tarse, 13; du bec, 6 un quart.

Couleurs. L'espace compris entre le bec et l'angle antérieur de l'œil est noir; le front est blanc, et cette couleur entoure l'œil et surmonte l'oreille. Derrière le front est une bande très-noire de 4 lignes de large, accompagnée d'un petit trait rougeâtre. Le reste du dessus de la tête, le dessus du cou et du corps, ainsi que les petites couvertures supérieures de l'aile, sont d'un brun comme saupoudré de roux; les grandes couvertures et les pennes d'un brun noirâtre, avec un peu de blanc à leur extrémité; les 2 pennes extérieures de chaque côté de la queue blanches et les autres d'nn brun noirâtre et terminées de blanc. L'oreille est noire, de même qu'un large demicollier au bas de la partie antérieure du cou. Une bande rousse descend depuis l'œil, sur les côtés du con, jusqu'au demi-collier. L'angle de la bouche, la gorge, le devant du

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cou, la poitrine et les couvertures inférieures des ailes sont d'un très-beau blanc et les pennes argentées en dessous. Le bas de la jambe et le tarse sont blanchâtres. Le bec droit.

N.° CCCXCIII.

LE MBATUITUI A LONGUES JAMBES.1

CETTE espèce est rare, et aucune n'a les jambes aussi longues en proportion de sa petite corpulence. Les oiseaux qui la composent sont tantôt seuls, tantôt en petites troupes; ils sont sédentaires, et ils fréquentent les amas d'eaux pures, dans lesquelles ils entrent jusqu'au genou. Ils ont le bec et les doigts extrêmement longs; le bec faible; l'envergure un peu plus courte que dans les espèces précédentes et l'iris d'un rouge de carmin. Ces attributs les éloignent des autres mbatuituis, auxquels ils ressemblent en tout le reste. Ils sont médiocrement farouches et ils marchent d'un air fier et à grands pas. Leur cri, qui se fait rarement entendre, exprime la syllable gaa d'un son de voix désagréable; ce cri et les couleurs de leur plumage les font appeler par quelques-uns gaviotta (petite mouette). Ils volent assez rapidement et en alongeant leurs jambes, qui dépassent de beaucoup la queue.

Formes. 27 pennes aux ailes, diminuant successivement de longueur; 12 égales à la queue. Le tarse en devant à des écailles presque imperceptibles. Les doigts

1 C'est l'échasse du Mexique, décrite par Fernandez (Hist. avi. nov. Hisp. pag. 19, cap. 22), sous la dénomination de comaltecalt. Buffon ne l'a point séparée de l'échasse commune (tom. XV, pag. 177).— Himantopus Mexicanus, Brisson, ornith. tom. v, pag. 36. — Latham, syst. ornith. gen. 74, sp. 3, var. b. (S.)

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comme le précédent. Le bec droit, cylindrique et ni gros, ni fort.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces trois quarts; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 27; de la jambe, 56 lignes, et, si on les alonge, elles dépassent les ailes de 6 pouces, en y comprenant le tarse, qui a 52 lignes; du bec, 27 et demie.

Couleurs. Le dessus de la tête est blanc; et cette couleur communique, par l'angle de la bouche, à la gorge, au devant du cou, au-dessous du corps, ensuite au croupion et au dos. La queue est noire, ainsi que les côtés et le derrière de la têteet le dessus du cou, au bas duquel est un demi-collier blanc et les ailes. Quelques individus ont du noirâtre au lieu de noir, et la queue d'un blanc moins pur, ce que j'attribue à la différence de l'âge. Le bas de la jambe et le tarse sont rouges. Le bec est noir.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CHORLITOS.

EN parlant des mbatuiluis en général, j'ai indiqué en, quoi ils diffèrent des chorlitos. Il ne me reste plus qu'à désigner ce qui les distingue des bécassines; ce sont leur habitude dene point se cacher, d'être moins nocturnes et de marcher plus vîte; leurs ailes et leurs jambes plus longues; leurs doigts moins séparés; leur doigt postérieur plus court; le bec moins droit, moins long, un peu plus pointu et sans renflement à son extrémité.

N.° CCCXCIV.

LE CHORLITO A CROUPION BLANC.1

CET oiseau est sédentaire au Paraguay et rare; il se tient seul sur les bords unis des lagunes.

1 Il est très - difficile de distinguer avec exactitude les espèces de cette famille, se ressemblant presque toutes par la distribution et les nuances de leurs couleurs, et sujettes à varier aux différentes époques de leur vie, ainsi que par la diversité du sexe. C'est pour les nomenclateurs les plus exercés un écueil qui leur est rarement pennis de franchir, un sujet sur lequel ils ont peine à s'entendre. Je ne me flatterai pas d'être plus heureux; et ce n'est qu'avec réserve que je présenterai mes conjectures sur la vraie nature d'oiseaux de genres si confus. Je regarde comme très probable que le choilito à croupion blanc est l'yacatoptil du Mexique, décrit par Fernandez (Hist, avi non. Hisp. p. 29, cap. 69), que Buffon et les autres ornithologistes out rapproché du chevalier aux pieds rouges (tringa gambetta), quoique Fernandez ait dit positivement que son yacatoptil a les jambes et les pieds jaunes, cruribus luteis; et ce caractère est suffisant pour en faire une espèce distincte. (S.)

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Formes. La première des 27 pennes de l'aile est la plus longue; des 12 de la queue; les 2 intermédiaires et la latérale sont égales et un peu plus longues que les autres. La moitié de la jambe est nue, le tarse sec, le doigt du milieu joint au doigt extérieur par une membrane jusqu'à la première articulation et un peu avec l'intérieur; le bec droit, quoiqu'un peu creusé dans son milieu.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces deux tiers; de la queue, 3 un douzième; du vol, 23 un quart; de la jambe, 40 lignes; du tarse, 32; du bec, 26.

Couleurs. Le croupion est blanc, de même que le dessous et uue grande partie des côtés du corps, la gorge, un trait autour de l'œil et une petite tache devant son angle antéricur. Le reste de la tête et le cou sont bruns et veinés de blanchâtre; les plumes scapulaires, les ailes et la queue brunes et bordées de piquetures noirâtres et blanches; les ailes et la queue en dessous blanches et variées de brun; les flancs rayés transversalement de noirâtre sur un fond balnc; la partie nue de la jambe et le tarse jaunes.

N.° CCCXCV.

LE CHORLITO A FRONT ROUX.1

J'AI tenté vainement de nourrir chez moi des individus de cette espèce; ils ont constamment refusé de manger

1 Aucune espèce connue de barges et de chevaliers ne me parait exactement la mème que ce chorlito. (S.)

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de la viande et du maïs pilé. Je crois ces oiseaux de passage; et ils tiennent le corps plus horizontalement que les autres chorlitos.

Formes. Les ailes ont 26 pennes diminuant successivement de longueur; des 12 de la queue, la latérale et les 2 du milieu sont un peu plus courtes que les autres. Le tarse est lisse, l'iris imperceptible, le bec droit et faible, et la mandibule supérieure plus longue d'une ligne que l'inférieure. La tête est plus grande, proportion gardée, le cou plus gros et le corps plus charnu que dans les autres espèces.

Dimensions. Longueur totale, trois pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 23 cinq sixièmes; de la jambe, 36 lignes; du tarse, 27 et demie; du bec, 33.

Couleurs. Le tour du bec est roux. La paupière et une petite tache au-dessus, le croupion, le dessous du corps et les grandes couvertures inférieures de la partie interne de l'aile sont de couleur blanche. Le reste de la tête, le cou entier et le dos sont bruns, avec une bordure noirâtre à chaque plume. La queue est presque noire et terminée de cendré. Les couvertures supérieures des ailes ont leur tige noirâtre et leurs barbes brunes, avec du blanc à l'extrémité des grandes les plus extérieures; les pennes sont brunes, avec leur tige très-blanche; en dessous elles ont une teinte argentée. La partie nue de la jambe, le tarse et le bec sont noirâtres.

IV. a. 18

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N.° CCCXCVI.

LE CHORLITO BRUN

ET PIQUETÉ DE BLANC.1

JE l'ai toujours vu chercher sa nourriture, à toute heure de la journée, dans les lagunes du Paraguay et en trer dans l'eau jusqu'au genou. Un de ces oiseaux auquel j'avais cassé une aile, se mit à nager, et j'eus beaucoup de peine à le prendre. Quelques autres, que j'avais lâchés vivans dans ma maison, moururent bientôt de faim, quoique je leur offrisse de la viande et du maïs.

Formes. La première des 26 pennes de 1'aile est la plus longue et les 12 de la queue sont étagées; les 2 extérieures de chaque côté ont 5 lignes de moins que les 2 du milieu, qui se terminent en pointe. Le bec est droit, assez fort, un peu enfoncé à sa base supérieure et aminci à sa pointe; 5 l'iris imperceptible et le cou délié.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces un quart; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 22 et demi; de la jambe, 38 lignes; du tarse, 31; du bec, 26.

Couleurs. Un petit trait blanc parcourt 1'espace noirâtre entre le bec et l'œil. La même couleur blanche occupe la paupière inférieure, le dessous du corps et les couvertures supérieures de la queue, dont les plus grandes ont quelques raies brunes. Les plumes des côtés de la tête et

1 Celui-ci se rapproche beaucoup du chevalier aux pieds jaunes de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LVIII, pag. 94. — Scolopax flavipes Linn. syst. nat. gen. 86, sp. 31. — Latham, syst. ornith. gen. 72, sp. 29. Cependant leurs descriptions ne s'accordent pas parfaitement. (S.)

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du devant du cou ont une tache longue et étroite de brun sur un fond blanc. Le dos, toutes les couvertures supérieures des ailes et les dernières pennes sont d'un brun foncé et piquetées sur leurs bords, de blanc et d'un peu de noirâtre; les pennes extérieures noirâtres; les petites couvertures inférieures blanches et traversées dans leur milieu par une bandelette brune; les grandes, de couleur d'argent avec des bandes noirâtres peu apparentes. La queue est barrée de blanc et de brun. Quelques individus ont les flancs rayés de brun. Le bas de la jambe et le tarse sont jaunes; le bec est d'un vert noirâtre sur le premier tiers et noir sur le reste.

N.° CCCXCVII.

LE CHORLITO CHAMPÉTRE.1

JE crois qu'il est de passage et qu'il arrive au Paraguay, dans le mois de septembre, en troupes de dix à, vingt. Quand il prend sa volée, il jète un cri qu'expriment les syllabes bibi. Je l'ai rencontré dans les plaines découvertes, sèches ou humides, et jamais sur les bords des rivières et des lagunes. J'ai nourri un chorlito champêtre avec de petits morceaux de viande crue; jamais il ne se couchait, il dormait sur un pied; il marchait lestement au jour ou à la lumière, et jamais il ne se cachait.

1 Le chevalier varié (Buffon, tom. XIV, pag. 305. — Totanns cinereus, Brisson, ornith. tom. XV, pag. 203. — Tringa litorea Linn syst. nat. gen. 87, sp. 18, var. b. — Latham, syst. ornith. gen. 73, sp. 15, est l'espèce à laquelle le chorlito champêtre a le plus de rapport; il en diffère néanmoins assez pour être considéré comme une variété ou une race distinete, pent-être même comme une espèce séparée. (S.)

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Formes. La première des 28 pennes de l'aile est la plus longue; la queue en a 12 étagées, dont l'extérieure de chaque côté a 4 lignes de moins que les autres. Le bec est droit jusqu'à plus de sa moitié, et faiblement courbé sur le reste; ses deux mandibules se terminent en forme de petite cuiller. L'iris est imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces trois quarts; de la queue, 2 trois quarts; du vol, 25 et demi; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 24; du bec, 22.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête, du cou et du corps, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, sont d'un brun noirâtre et bordées de blanchâtre. Des bandes brunes et blanchâtres traversent la queue. L'on remarque un trait blanc au-dessus de l'œil. La gorge est blanche; les plumes du devant et des côtés du cou sont d'un blanc luisant, et sur le milieu de chacune est une jolie petite tache noirâtre en forme de fer de flèche. Le reste, jusqu'à la queue, est mélangé de blanchâtre et de brun. Des taches et des traits de brun foncé varient agréablement le fond de roux faible des couvertures inférieures des ailes, à l'exception des plus grandes, qui sont rayées en travers d'une légère teinte de noirâtre sur un fond argentin. La paupière est blanchâtre, le tarse plombé, de même que la partie nue des jambes, et le bec presque noir.

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N°. CCCXCVIII.

LE CHORLITO

A BORDURES DE BLANC ROUSSATRE.1

CET oiseau et celui du numéro suivant sont, généralement parlant, plus maigres que les précédens, et ils ont le bec plus court, proportion gardée. Ce que j'ai dit du chorlito champêtre s'applique à celui-ci.

Formes. 20 pennes ou plus aux ailes; la première est la plus longue; à la queue, 12 étagées, desquelles l'extérieure est plus courte de 3 lignes. Le tarse n'est point maigre, et ses écailles paraissent à peine. Le doigt du milieu joint par une membrane au doigt extérieur jusqu'à la première articulation, et séparé de l'intérieur le bec est droit jusque vers son bout, qui fait un peu le crochet.

Dimensions. Longueur totale, 11 pouces un sixième; de la queue, 3; du vol, 20 cinq sixièmes; de la jambe 31 lignes; du tarse, 24 et demie; du bec, 14.

Couleurs. Les plumes du dessus de la tête et du corps, aussi bien que les petites couvertures supérieures de la partie interne de l'aile, sont noirâtres et bordées de blanc roussâtre; celles des côtés de la tête et du dessous du corps sont presque blanches, de même que celles du devant et des côtés du cou, dont le milieu est presque noir. La partie extérieure de l'aile est noirâtre, avec des bandes blanches transversales, excepté sur les deuxième, troisième et quatrième pennes; à compter de la cinquième, inclusivement, toutes les autres sont terminées de blanc.

1 Cette esèce me paraît nouvelle. (S.)

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Les grandes couvertures supérieures, les plus rapprochées du corps, out leur milieu brun, leurs bords roussâtres, et des raies noires et transversales. La queue se termine par du noir, que surmonte une tache blanche; du reste, les deux pennes intermédiaires sont roussâtres, avec un peu de blanc sur leurs bords, et des lignes noires et interrompues en travers. Les couvertures inférieures des ailes sont agréablement variées de blanc et de noirâtre. Le bas de la jambe et le tarse sont couleur de paille, ainsi que le demi-bec inférieur; le supérieur est noir.

N.° CCCXCIX.

LE GRAND CHORLITO BRUN.1

J'AI acheté en octobre, au Paraguay, un oiseau vivant de cette espèce; mais il ne voulut manger ni pain, ni maïs, ni viande crue, et il mourut au bout de trois jours.

Formes. 2.5 pennes aux ailes, la première la plus longue. Des 12 pennes de la queue, les 2 extérieures de chaque côté ont 2 lignes et demie de moins que les 2 du milieu. Le tarse est sec et revêtu sur le devant d'écailles un peu rudes. Les doigts, comme dans le numéro 396, de même que le bec; mais la langue est plus déliée, dure et longue.

Dimensions. Longueur totale, 10 pouces; de la queue, 2 un quart; du vol, 18; de la jambe, 33 lignes et demie; du tarse, 26; du bec, 17.

Couleurs. Le devant du cou est varié de brun et de blanc. Les autres parties inférieures, aussi bien que les

1 Je ne connais point d'espèce à laqulle cet oiseau puisso ètro exactement rapporté. (S.)

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couvertures supérieures de la queue, sont blanches. Deux traits, l'un blanc et l'autre noir, vont de l'angle antérieur de l'œil au bec. Le dessus de la tête et du cou, le dos et les ailes sont bruns; il y a quelques points blanchâtres sur les couvertures supérieures. La queue comme dans le n.° CCCXCVI. Un jaune vif couvre la partie nue de la jambe et le tarse.

N.° CCCC.

LE PETIT CHORLITO BRUN.1

JE l'aivu courir quelquefois seul, quelquefois par couples, sur les bords des eaux du Paraguay. Je n'ai pu réussir à l'élever.

Formes. La première des 24 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont d'égale longueur. Le tarse est lisse et sans écailles. Une membrane joint le doigt du milieu au doigt externe jusqu'à la première articulation; l'interne est séparé. Le bec est étroit et l'iris imperceptible.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart; de la queue, 2 un sixième, du vol, 14 trois quarts; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 17; du bec, 15.

Couleurs. Un trait blanc va de la narine au-dessus de l'angle antérieur de l'œil. C'est la même couleur au bord de la paupière et sur les parties inférieures. Les plumes des côtés de la tête et du devant du cou sont brunes dans leur milieu et blanches sur leurs bords. Les couvertures inférieures des ailes sont assez régulièrement rayées de blanc et de noirâtre; mais les plus extérieures sont en-

1 Je crois espèce nouvelle. (S.)

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tièrement de cette dernière teinte, et celles du bord de l'aile ont des raies blanches. Les plumes du dessus de la tête et du dos, les couvertures supérieures des ailes et les pennes les plus rapprochées du corps, ont quelques piquetures blanches sur un fond brun; les pennes extérieures sont brunes, comme celles du milieu de la queue, et les autres à bandes blanches et noirâtres. Le bas de la jambe el le tarse sont jaunes. Le bec noirâtre en-dessus et d'un vert pâle sur le reste.

N.° CCCCI.

LE CHORLITO A DOS NOIR.2

J'ai acheté au Paraguay le seul individu de cette espèce que j'ai vu.

Formes. 24 pennes aux ailes, la première plus longue; les 2 extérieures de chaque côté plus courtes de 5 lignes que les 2 du milieu terminées en pointe. Le doigt du milieu séparé des 2 autres. Le bec droit, excepté vers sa pointe, où il prend une légère courbure; son extrémité a la forme d'une petite cuiller.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de Ja queue, 2 un quart; du vol, 16; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 15 et demie; du bec, 13 et demie.

Couleurs. Il a un trait blanc peu saillaut, qui du bec passe au-dessus de l'œil et se prolonge jusque sur l'occiput; le dessous du corps et les couvertures inférieures des ailes, blanches, à l'erception des petites, qui sont reinées de brun; les plumes du devant et des côtés du cou noirâtres dans leur milieu et blanchâtres sur leurs

1 Cette espèce m'était inconnue.(S.)

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bords; le dessus de la tête noirâtre, avec quelques taches rondes de roux faible; les plumes du derrière de la tête et du cou noirâtre et bordées de blanc sale; les scapnlaires et les couvertures supérieures des ailes, noirâtres, avec un liséré roussâtre; le dos et le croupion noirs, avec un peu de roux clair au bout des plumes, de même que les couvertures supérieures de la queue, excepté les extérieures, qui sont blanches et tachées de noirâtre; les pennes de la queue d'un brun clair et bordées de blanchâtre; celles des ailes, ainsi que les grandes couvertures supérieures, brunes, avec du blanc à la pointe des couvertures; le bas de la jambe et le tarse d'un jaune verdâtre; enfin, le bec noirâtre.

N.° CCCCII.

LE CHORLITO AUX PIEDS ROUGES.1

L'INDIVIDU qui a servi à ma description, et que j'ai acheté au Paraguay en novembre, est le seul que j'ai observé.

Formes. 25 pennes aux ailes, la première plus longue; 12 étagées à la queue, l'extérieure de 3 lignes plus courte. Les doigts séparés. Le bec très-droit, pointu, fort pour un chorlito, comprimé sur les côtés; sa mandibule supérieure beaucoup plus grosse. L'œil assez. petit.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de

1 Cet oiseau a de grands rapports de conformité avec le chevalier blanc, blanc, Buffon, tom. XIV, pag. 309. — Totanus candidus Brisson, ornith. tom. v, page. 207. — Scolopax candida Linn. syst. nat. gen. 86. sp. 18. — Latham, syst. ornith. gen. 72, sp. 18. (S.)

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la queue, 2 un sixiéme, du vol, 7 trois quarts; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 13 et demie; du bec, dix un tiers.

Couleurs. Du blanchâtre au front; des plumes brunes et bordées de blanchâtre sur la tête; le tiers supérieur du dessus du cou à plumes noirâtres et bordées de blanc; du noirâtre sur le reste du cou et sur les plumes scapulaires, excepté les extérieures, qui sont très-blanches; de blanc sur le dos, les couvertures supérieures de la queue et les extérieures des ailes, le dessous et les côtés du corps, les ailes en dessous et un peu sur le croupion. Cette même couleur blanche s'étend au milieu du devant du cou en angle aigu formé par les plumes noirâtres et variées de blanc qui couvrent la moitié supérieure de cette partie. Les grandes couvertures supérieures des ailes les plus rapprochées du corps, sont terminées de blanc, les autres noirâtres avec leurs tiges noires, et les extérieures noirâtres, aussi bien que les pennes, dont les tiges sont blanches; les pennes du milieu ont du blanc à leur extrémité, et l'on remarque une petite tache sur les extérieures, à l'exception des 5 premiéres. La queue a du blanc à sa base et à son extrémité, et du noirâtre dans son milieu. Le bas de la jambe et le tarse sont orangés1. Le bec est noir.

1 Le titre de cet article annonce que les pieds de ce chorlito sont rouges; la description les indique comme orangés, ce qui n'est pas tout-à fait la même chose. Si cet oiseau est le chevalier blanc (Scolopax Candida), il faut s'en tenir à la dernière indication, sa jambe et ses pieds étant réellement orangés; mais Edwards (t. III, n.° 139)a donné la même couleur au bec; et si ce n'est pas une méprise du peintre, cette dissemblance devra être ajoutée à quelques autres qui s'opposent déjà au rapprochement exact du chorlito de cet article et du chevalier blanc. (S.)

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N°.CCCCIII.

LE CHORLITO

A GORGE D'UN BLANC ROUSSATRE.1

JE n'ai pu observer que deux individus de cette espèce, que j'avais achetés an Paraguay dans le mois de novembre.

Formes. La premiére des 24 pennes de l'aile est la plus longue; les 12 de la queue sont étagées, un peu pointues, et l'extéricure a 4 lignes de moins. Tous les doigts sont séparés. Le bec a la même forme que celui de l'espèce suivante.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces deux tiers; de la queue, 2 un sixième; du vol, 16 trois quarts; de la jambe, 25 lignes; du tarse, 16 et demie; du bec, 9.

Couleurs. Le front, le menton, les côtés de la tête, le devant du cou, et les petites couvertures inférieures des ailes, ont une teinte de blanc roussâtre, ainsi que le derrière de la tête et la nuque, sur lesquelles il y a des raies longitudinales et noirâtres. La poitrine, le ventre, les flancs, les grandes couvertures inférieures des ailes et plus de la moitié des pennes en dessous, sont de couleur blanche; les autres pennes et les couvertures extérieures, brunes, avec un liséré blanc et pointillé de brun. Les plumes scapulaires, celles qui couvrent le dessus de la tête et du cou, le dos et le croupion, les couvertures supérieures des ailes, ont une bordure de blanc roussâtre et le foud noirâtre; c'est aussi celui des pennes des ailes,

1 Quoique cet oiseau se rapproche de quelques barges et de quelques chevaliers connus, je n'en vois point dont la description puisse lui être adaptée assez d'exactitude. (S.)

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lesquelles ont une double bordure, l'une noire et 1'extérieure blanche; elles ont toutes un point blanc vers leur extrémité. Le bas de la jambe et le tarse sont jaunes. Le bec est noir.

N.° CCCCIV.

LE CHORLITO A COU BRUN.1

LES chorlitos de cette espèce me paraissent des plus communs au Paraguay; ils ne sont pas farouches; ils vivent en troupes de vingt environ; et quoiqu'ils courent sur les bords des eaux, ils semblent se plaire davantage dans les terres et les prés humides.

Formes. 25 pennes aux ailes, la première la plus longue; 12 à la queue, l'extérieure a 2 lignes de moins que les du milieu, qui sont très-pointues; la troisième et la quatrième sont égales et de 3 lignes plus courtes que la première, et les autres sont étagées. Tous les doigts sont séparés. Le bec est presque droit, faible, et il se termine en petite cuiller.

Dimensions. Longueur totale, 6 pouces trois quarts; de la queue, 2; du vol, 14; de la jambe, 19 lignes et demie; du tarse, 15 du bec, 11.

Couleurs. Un trait blanchâtre qui prend naissancea à la narine, passe au-dessus de l'œil, et une petite tache noirâtre et peu apparente est devant l'angle antérieur de l'œil. Le dessus et les côtés de la tête, la partie postérieure du cou sont bruns; l'on remarque à peine quelques points noirâtres sur le dos. Le menton, la poitrine,

1 Il est impossible de rapporter, avec précision, ce chorlito à une espèce connue. (S.)

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le ventre, les flancs, les petites couvertures inférieures des ailes et les supérieures de la queue, sont de couleur blanche. Il y a des veines brunes sur les petites couvertures du dessus de l'aile. Les plumes du devant du cou ont leur milieu noirâtre et leurs bords blanchâtres; celles du dos, aussi bien que les pennes et les couvertures supérieures de l'aile, et les pennes de la queue, sont brunes et terminées de blanchâtre. Le bas de la jambe et le tarse sont d'un brun foncé. Le bec est noir.

N.° CCCCV.

LE CHORLITO

A DEMI-COLLIERS BLANC ET NOIRATRE.1

JE n'ai vu cet oiseau qu'une seule fois au Paraguay; il m'a paru s'éloigner beaucoup des précédens et former une espèce à part.

Formes. L'aile, plus étroite que dans les espèces précédentes, est composée de 24 pennes, dont la première et la deuxiéme sont les plus longues; les 12 de la queue sont faibles, étroites et étagées, l'extérieure est de 10 lignes plus courte que les 2 intermédiaires, lesquelles sont remarquables par la grande faiblesse de leur tige et par

1 La perdrix de mer à collien Buffon, tom. XIV, pg. 350. — Glareola torquata Brisson, tom. v, pag. 145. — Linn. syst. nat. gen. 90, sp. 1, var. b.— Latham, syst. ornith. gen. 73, sp. 1, var. b. Quoique l'on ait donné à cet oisean la dénomination de perdrix de mer, il se montre très-fréquemment dans l;intérieur des terres de l'Europe. Je présume que celui d;Amérique constitue une race particulière et distinete, qui n'était pas connue avant M. d'Azara. (S.)

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leur extrémité très-pointue. Une membrane joint à peine le doigt du milieu et l'extérieur; le doigt interne est séparé. Le bec est presque droit jusqu'aux deux tiers de sa longueur, et plus courbé dans le reste que celui des autres espèces, particulièrement à son bout, qui forme presque le crochet.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces un quart, de la queue, 2; du vol, 13 trois quarts; de la jambe, 27 lignes; du tarse, 19 et demie; du bec, 18.

Couleurs. Un trait blanchâtre s'étend en long sur la tête; dont le dessus est presque noir, et le côté brun, de même que le cou entier. Au-dessus de l'angle postérieur de l'œil commence un autre trait blanc qui se termine sur l'occiput, et une petite ligne très-courte de la même couleur est près des narines; le sourcil est aussi blanc. De la naissance d'une aile à 1'autre s'étend en devant un demi-collier noirâtre, au bas duquel on en voitun autre étroit du plus beau blanc, qui laisse un intervalle sur le devant du cou, et se dirige sur le milieu du dos, où il prend une teinte rousse. La poitrine, le ventre et les couvertures inférieures des ailes sont blanches, avec un peu de brun sur les grandes couvertures. Quelques-unes des plumes scapulaires sont blanches, les autres noirâtres; les petites couvertures des ailes variées de brun et de roux, et les grandes noirâtres, avec des taches rondes et blanches; les mêmes taches, mais d'un blanc moins pur, sont semées sur les pennes, et des raies fines de noirâtre foncé traversent le fond brun clair des plumes du dos et des pennes de la queue. Le bas de la jambe, le tarse et le bec, à l'exception de la pointe, qui est olivâtre, sout verts. L'œil est tout noir.

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N.° CCCCVI.

LE CHORLITO

A TETE ET COU NOIRATRES.1

A la fin de novembre j'achetai, à Buenos-Ayres, uu individu de cette espèce, tout mutilè et manquant dE plusieurs pennes aux ailes et à la queue. Je n'en ai point vu d'autre, et je le regarde comme une espèce bien distincte des autres.

Formes. Les 4 premières pennes des ailes sont presque égales, caractere qui éloigne cet oiseau des chorlitos; les autres pennes ne sont pas concaves ni assez fortes pour un chorlito; l'aile est très-étroite, le cou un peu court et gros, le tarse doux au toucher, et le bec presque droit jusqu'aux trois quarts de sa longueur, ensuite fortement courbé; ses 2 mandibules forment, à leur extrémité, une sorte de petite euiller plus large que la moitié du bec, et la supérieure dépasse d'une ligne Pinférieure.

Dimensions. A très-peu près égales à celles de l'espèce précédente.

Couleurs. Un trait blanc partage la tête à son sommet en deux parties égales. Le reste de la tête, le cou entier, les plumes scapulaires et les épaules sont noirâtres; quelques taches blanches sont répandues sur quelques-unes des scapulaires, et une bandelette de la même couleur s'avance depuis ces mêmes plumes jusque sur les côtés du

1 Cet oiseau appartient de près, ce me semble, au bécasseau, et n'en est qu'une varété. Le bécasseau, Buffon, tom. XIV, pag. 329. — Tringa ochropus Linn. syst. nat gen. 87, sp. 13. — Latham, syst. ornith. gen. 73, sp. 26. (S.)

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bas du cou. Les ailes ont leurs couvertures supérieures noirâtres, les petites bordées de blanc roussâtre; les moyennes rayées d'une teinte plus obscure, et les grandes traversées par des bandes interrompues du même blanc roussâtre; les couvertures extérieures et les pennes parsemées de taches rondes et blanches sur un fond brun. Des lignes de brun roussâtre traversent les plumes du dos et du croupion. La poitrine et le ventre sont blancs. Le bas des jambes et les pieds sont verts, de même que le demi-bec inférieur; le supérieur est d'un brun rougeâtre et son bout vert.

N°. CCCCVII.

LE CHORLITO A TARSE COMPRIMÉ.1

JE l'ai acheté au Paraguay, dans le mois de décembre; c'est le seul que j'aie vu. Je le regarde comme une espèce bien distincte et éloignée des autres, non-seulement par la conformation de son bec, mais aussi par ses jambes, très-différentes de celles des chorlitos, desquels néanmoins il est rapproché par les autres caractères.

Formes. La première des 25 pennes de l'aile est la plus longue; les 2 du milieu de la queue ont une ligne et demie de moins que les 10 autres, et elles sont très-pointues. Le tarse est le plus comprimé que j'aie vu; il n'a pas une demi-ligne d'épaisseur, et il en a 2 de largeur. Le doigt du milieu est joint au doigt extérieur par une membrane jusqu'à la première articulation, et peu avec l'extérieur; cette membrane accompagne les bords des doigts dans toute leur longueur, de sorte que l'on ne

1 Espèce nouvelle. (S.)

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peut douter que l'oiseau ne soit à demi-nageur. Le bec est faible, droit, et diminuant si sensibleruent de grosseur depuis sa base, qu'il est très-mince à son bout. L'œil est un peu petit.

Couleurs. Il a devant l'angle antérieur de l'œil une ligne noire verticale et une autre brune qui va de l'angle postérieur à l'occiput; le front, le sourcil, les côtés de la tête, le devant du cou, la poitrine, le ventre et le croupion blancs; le dessus de la tête, du cou, et les plumes scapulaires d'un brun clair; les plumes du dos et les pennes des ailes, noirâtrès et terminées de blanc; les 2 pennes intermédiaires de la queue d'un brun clair, avec du blanc à leur extrémité, et les autres brunes, avec du blanc sur leur côté intérieur; les petites couvertures inférieures de l'aile, blanches, avec une bande brune sur celles qui sont les plus près du bord de l'aile; les grandes couvertures, aussi bien que les pennes en dessous, de couleur d'argent et terminées de blanc; le bas de la jambe et le tarse d'un jaune obscur; enfin, le bee noir.

N.° CCCCVIII.

LE COUPEUR D'EAU1

LES Guaranis l'appèlent hati-guazu, parce qu'on le voit souvent sur la plage avec les hatis (hirondelles de mer). Les Espagnols lui donnent le nom de rayador

1 Le bec-en-ciseaux, Buffon, tom. XIV, Pag. 262, et pl. enlum. n.° 357 — Brisson, ornith. tom. VI, pag 223. — Rhyncops nigra Linn. syst. nat. gen. 78, sp 1.— Latham, syst. ornith. gen. 92, sp. 1. M.d'Azara remarque, avec raison, que Buffon a fait une méprise en disant que la mandibule inférir ure du bec c***** oiseau, creusée en gouttière et relevée de deux bords tranchans, reçoit celle d'en hant qui est taillée en lame. C'est en effet tout le contraire dans la nature; et cetre erreur de Buffon a été copiée dans plusieurs ouvrages d'ornithologie, (S.)

IV. a. 19.

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(rompeur), à cause de sa singulière habitude de fendre l'eau, soir et matin, avec la pièce inférieure de son bec, qu'il tient plongée, en même temps que la supérieure est hors de l'eau et sa bouche fort ouverte; mais il la ferme quand quelque petit poisson vient frapper la mandibule inférieure. Il fait la même chose lorsqu'il vole à fleur d'eau, en battant mollement des ailes. La forme de son bec ne lui permet pas de saisir une proie à terre, ni d'une autre manière que celle que je viens de décrire, et qui ne peut manquer d'être fort incommode; en effet, l'oiseau ayant le cou peu alongé, il est forcé de voler la tête baissée vers les eaux, et de battre des ailes sans en toucher la surface; il est clair qu'il ne peut prendre que les poissons qui se rencontrent à la superficie de l'eau et dans la direction de son bec, qui varie si peu, qu'on peut la regarder comme une ligne droite. Cette pêche exige deux circonstances: I° que tout le jeu du bec soit dans la mandibule supérieure; 2° que l'inférieure ait la forme d'une lame d'épée qui ne touche point à la superficie de l'eau. Le coupeur d'eau est un oiseau disgracié que la nature, en lui donnant un bec fort extraordinaire, a condamné à ne se nourrir que d'un seul aliment, et à ne le prendre que d'une seule manière et avec beaucoup de peine. On le trouve tantôt seul, tantôt par couples, tantôt en petites troupes. Il ne se pose que sur les bords des rivières et des lagunes, et il y marche de mauvaise grâce. Il entre un peu dans l'eau; mais je ne l'ai jamais vu nager. Il soutient son corps horizontalement; son cri

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prononce gaa d'une voix désagréable. Je ne connais point de différence entre le mâle et la femelle. On dit qu'ils se reproduisent de la même façon que les hirondelles de mer. Il me semble avoir vu de ces oiseaux sur les rivages de la mer à Buenos-Ayres.

Formes. 18 pennes aux ailes; la première la plus longue; 12 à la queue, l'extérieure de 9 lignes plus longue. Le bas de la jambe degarnie de plumes. Le tarse comprimé et fort. Les doigts joints comme ceux des hatis, le postérieur très-petit. La mandibule supérieure du bec est un peu courbée et de la forme d'une faulx un peu aigueë à son extrémité; l'inférieure la dépasse de 6 lignes et demie; elle est presque droite et n'a pas plus de grosseur qu'une lancette; elle a 2 tranchans, l'un en dessus, l'autre en dessous, et elle se termine par un autre tranchant vertical, comme si elle était tronquée; on remarque un rebord à son extrémité, sur le tranchant inférieur; quoique la mandibule supérieure soit assez grosse à sa base, elle s'amincit vers la moitié de sa longueur, et dans le reste, elle est conformée comme l'inférieure; celle-ci enchasse son tranchant entre les bords de la mandibule supérieure, qui sont tellement rapprochés qu'à peine ils peuvent recevoir une petite partie de ce tranchant. La langue est pointue, courte et peu large. Les ouvertures des narines n'ont point de membrane qui les ferme.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces; de la queue, 4 un tiers; du vol, 44; de jambe, 27 lignes; du tarse, 17 et demie, du doigt du milieu et de l'extérieur, 9 un tiers, de la mandibule supérieure du bec, 28.

Couleurs. Il a le front blanc; cette couleur s'étend, en passant sous l'œil, jusqu'à la naissance de l'aile, et couvre le devant du cou, le dessous et les côtés du corps,

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la queue et le dessous des ailes. Le dessus de la tête, du cou et du corps sont d'un noirâtre foncé, et les premières pennes ont du blanc à leur bout. Les côtés du croupion sont blancs, de même que les pennes de la queue à l'extérieur; elles sont noirâtrès sur leurs barbes intérieures. Le bas de la jambe et le tarse sont rouges dans la plupart des individus, et d'un jaune pâle dans quelques autres. Le bec est rouge près de la tête et noir dans le reste. L'iris est d'un brun noirâtre.

Quelques individus ont du noir au lieu de noirâtre, du blanchâtre au lieu de blanc, et du noirâtre sous le corps et sous les ailes, dont les pennes ne sont pas terminées de blanc. D'autres ont les parties supérieures, depuis le front jusqu'à la queue, d'un brun noirâtre, et toutes les Couvertures supérieures des ailes bordées de blanc. J'ai vu uu coupeur d'eau semblable à ces derniers, excepté qu'il avait du blanc sur la nuque et la partie postérieure du cou. Tous avaient une taille un peu plus petite, et je présume qu'ils n'étaient point adultes.

J'achetai, en octobre, un individu fort mutile; il avait 17 pouces de longueur totale; le dessus, les côtés, le derrière de la tête et une partie du dessus du cou, bruns et tachetés de blanchâtre; le dessus de l'oreille noirâtre; le devant du cou, la poitrine, le venire, les couvertures inférieures, les ailes et les épaules, de couleur blanche; les plumes scapulaires, le dos et la queue d'un brun clair, avec une bordure blanchâtre aux scapulaires et aux pennes de la queue; enfin, les 5 premières pennes de l'aile noirâtres, et les autres, ainsi que les couvertures supérieures, brunes et terminées de blanchâtre. Cet oiseau m'a aussi paru ètre jeune.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX MOUETTES.

JE connais trois espèces de cette famille: les deux premières ne quittent pas la mer, et particulièrement les côtes et les ports, qu'elles purgent des immondices et des poissons morts, car je ne crois pas qu'elles en prennent de vivans. Ces oiseaux se réunissent en grand nombre sur la plage, principalemcnt si les flots y ont araené le cadavre d'une baleine. On les voit en quantité innombrable auprès des tueries de Monte-Yideo et de Buenos-Ayres, et même sur les places de ces villes, où ils ramassent les débris des boucheries; ils se posent quelquefois sur les toits. Ils quittent aussi la mer pour s'enfoncer jusqu'à cent lieucs dans les terres, attirés par les animaux morts et par les masses de viande qu'on laisse perdre dans les camps et les savanes. Je les ai vus aussi dans les plantages, se poser sur les figuiers pour en manger les fruits, et suivre les canots pour profiter des morceaux de pain et de viande que l'on jète. Ce sont des oiseaux très-voraces; ils sont toujours à s'épier mutuellement; et si l'un d'eux saisit quelque morceau, les autres l'entourent et l'etourdissent de leurs cris jusqu'à ce qu'il ait laché sa proie; cependant je n'ai jamais observé qu'ils se donnassent des coups de bec, ni qu'ils s'attaquassent ou se querellassent entr'eux ou avec d'autres oiseaux.

La troisieme espèce est plus rare; je l'ai rencontrée dans les plaines du Paraguay, cherchant les insectes et

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peut-être les grenouilles et les crapauds, ainsi qu'à Monte-Video, où je l'ai vu manger de la chair morte.

Toutes les mouettes marchent à pas fréquens, mais peu vîtes, sans remuer le cou ni la tête. Ce sont de bons nageurs, leur plumage étant serré et épais. Ils ont la tête assez grande; le cou un peu gros; le vol étendu et assez rapide; les ailes pointues, et les 2 premières pennes les plus longues; les 5 doigts antérieurs totalement joints par une membrane; la queue composée de 12 pennes égales; le bec assez long, fort, droit jusqu'à sa moitié, ensuite recourbé et comprimé sur ses côtés; les ouvertures des narines alongées et sans membrane qui les recouvre; enfin, la bouche si grande, que ses angles aboutissent au-dessous de l'angle antérieur de l'œil, et quc l'oiseau peut avaler des morceaux entiers; et s'ils sont trop gros, il les laisse sans les secouer ni les deehirer avec leurs pieds. Personne, au Paraguay, ne mange les mouettes.

N.° CCCCIX.

LA GRANDE MOUETTE.1

SON cri désagréable consiste dans l'expression vive et; aiguë de la syllabe gaa, quand elle est affectée; elle a

1 Le goĕland à manteau noir, Buffon, tom. XVI, pag. 187, et pl. enlum. sous la dénomination de noir-manteau. — Brisson, ornith. tom V, pag. 158. — Larus marinus Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 6.— Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 6.
M. D'Azara regarde, 1.° comme la femelle de l'espéce, le goeland à manteau gris de Buffon, tom XVI, pag. 189. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 160. Larus glaucus Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 17. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 7. 2.° Comme l'oiseau dans sa premièe année, le gëland brun de Buffon, t. XVI. pag. 193. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 165. — Larus catharractes Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 11. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 12. 3. ° Comme cette même mouette, aussi dans sa première année le goëland varié, on le grisard de Buffon, tom. XVI, pag. 200, et pl. enluminée n.° 266. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 167. — Larus nœvius Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 5. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 6. var. g. Nota: que e'est aussi l'opinion de M. Latham. 4.° Comme la grande mouette adulte, le goëland à manteau gris brun, on bourguemestre de Buffon, tom. XVI, pag. 208. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 162; et c'est le sentiment de Gmelin, de Latham et de quelques autres ornithologistes. 5.° Enfin, comme la même mouette dans sa première année, le goëland a. manteau gris et blanc de Buffon, tom. XVI, pag. 213. Brisson ornith. tom. VI, pag. 171. C'est encore ce qu'a dit l'habile ornithologiste anglais, M. Latham; en sorte que la réduction qu'il a faite dans les espèces de goëlands préseniées par Brisson et Buffon, se trouve pleinement confirmée par les observations de M. d'Azara. (S.)

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auxssi d'autres cris dont Pun peut s'exprimer par queu. Elle avale un gros rat entier si elle le trouve mort. Cette mouette ne se trouve point au Paraguay; mais elle est extremêment commune à la rivière de la Plata, où j'ai observé ses habitudes. Son plumage n'est dans l'etat parfait qu'à la troisième année. Je décrirai d'abord l'oiseau adulte, puis celui de deux ans, enfin le jeune du premier âge.

Formes. Le bas de la jambe est dégarni de plumes sur un pouce de longueur. Le bec est droit jusqu'à plus de sa moitié, fortement courbé dans le reste, aigu et très-robuste.

Dimensions. Longueur totale, 25 pouces; de la queue, 6; du vol, 56; de la jambe, 4 trois quarts; du tarse, trois un quart; du doigt du milieu, 26 lignes; du bec,

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27, mesuré jusqu'à son insertion dans la tête, et 38 jusqu'à l'angle de la bouche.

Couleurs. L'oiseau adulte a le cou entier, toutes les parties inférieures, la queue et le croupion d'un beau blanc; les épaules, le dos et les ailes noires, avec du blanc à l'extrémité des pennes les plus rapprochées du corps; les pennes extérieures noirâtres en dessous, avec une tache blanche d'un pouce au bout de la première.

A la seconde année, les dimensions sont à peu près les mêmes. Le bec est noirâtre, les pieds sont d'un blanc pâle, et les plumes blanches ont leur extrémité noirâtre. Du reste, le noir du dessus du corps et des ailes est beaucoup plus clair, et les plumes sont bordées d'une teinte encore moins foncée.

A la première année l'oiseau a 22 pouces de longueur totale, et les autres dimensions à proportion; le menton presque blanc; la gorge, le devant du cou, la poitrine et le ventre variés de blanc et de brun; le bas-ventre rayé en travers de blanc sur un fond noirâtre, les petites couvertures inférieures des ailes brunes, et les autres, de même que les pennes en dessous, de couleur d'argent bruni; les plumes dela tête, du dessus du cou et du corps, et les couvertures supérieures des ailes, brunes et bordées de blanc; les pennes des ailes et de la queue noirâtres, avec du blanc à l'extrémité des pennes de la queue et à celles des ailes les plus rapprochées du corps; le bec noir; enfin, les pieds d'une teinte pâale.

Je dois prevenir qu'indépendamment de ces trois livrées, le plumage des mouettes offre encore quelques différences dans le passage de l'une à l'autre, parce que ces changemens ne se font que successivement. Ainsi, l'on ne doit pas être étonné de quelques dissemblances,

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telles que plus ou moins de noir ou de blanc. Au Paraguay, l'on donne à ces oiseaux adultes le nom de gaviotas dominicas (mouettes dominicaines), et aux autres celui de gaviotas cocineras (mouettes cuisiniéres), et de gaviotas franciscanas (mouettes de saint François); toutes ces dénominations ont rapport aux couleurs du plumage. Le vulgaire pense que ce sont des espèces différentes; c'est une erreur deja prouvée par la conformité des dimensions, des formes, des habitudes et du cri, mais démontrée par l'expérience du père M. Fr. Isidro Guerra, qui a élevé des mouettes au sortir du nid, et qui a vu leurs couleurs changer à chaque année, de la maniere que j'ai indiquée.

N.° CCCCX.

LA MOUETTE CENDRÉE.1

JE ne l'ai jamais vue au Paraguay; mais il est certain qu'elle y parut, une année, en très-grand nombre. Elle

1 La mouette tachetée ou le kutgeghe, Buffon, tom. XVI, page 218, et pl. enl. n.° 387, sous la dénomination de mouette cendrée tachetée. — Goëland cendré tacheté, Brisson, tom. VI, pag. 185; et goëland cendré, ibid. pag. 187. — Larus canus Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 3. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 9.
M. d'Azara retrove la mouette cendrée encore jeune, dans la grande mouette cendrée, ou mouette à pieds bleus, Buffon, tom. XVI, pag. 224. et. pl. enl. n. ° 997.— Brisson, ornith. tom. VI, pag. 182. — Larus argentatus Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 18. — Lat. syst. ornith. gen. 94, sp. 6, var. b Ce dernier ornithologiste la donne comme une varieté du goëland à manteau noir.
Le même auteur comprend encore dans cette espèce, 1. ° la mouette rieuse, Buffon, tom. XVI, pag. 232, et pl. enl. n°. 940. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 192 et 196.— Larus articilla Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 8. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 4. 2.° La mouette d'hiver, Buffon, tom. XVI, pag. 238. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 189. — Larus hybernus Linn. syst. nat. gen. 76, sp. 13. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 9, var. b. C'est, selon M. d'Azara, la mouette cendrée dans le jeune âge. 3. ° La petite mouette grise, Buffon, tom. XVI, pag. 240 — Brisson, ornith. gen. 107, sp. 7. — Gmelin la présente comme une variété de la petite mouette cendrée, et Latham comme une variété du labbe (lams crepidatus.) (S.)

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est estrêmerhent commune vers l'embouchure de la rivière de la Plata; elle arrive le matin, par milliers, sur la place de Buenos-Ayres et de Monte-Video. C'est un oiseau criard et assez incommode par ses cris.

Formes. Les plumes de la tête s'avancent sur la mandibule supérieure du bec jusqu'aux ouvertures des narines, et forment un angle aigu et net. Le bec est comprimé sur les côtés, trés-fort; pointu, droit jusqu'au delà des narines et courbé sur le reste.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces trois quarts; de la queue, 4 et demi; du vol, 39; de la jambe, 39 lignes; du tarse, 24; du doigt du milieu, 15; du bec, 16 et demie.

Couleurs. La tête entiére et un peu de la partie antérieure du cou sont cendrés; le blanc domine sur le front. La même teinte cendrée est repandue sur le dos, le croupion et les ailes, à l'exception des pennes extérieures, dont une bonne partie de leur côté extérieur est blanc et le reste noir, et des deux premières., dont l'extremité est noire avec une tache blanche au-dessus. Le reste du plumage est d'un beau blanc. Le bas de la jambe et le tarse sont rouges, de même que le bec. L'iris est d'un blanc d'ivoire.

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Les individus qui me paraissent les femelles de l'espèce, ont beaucoup de blanc mêlé au cendré de la tête, et ils n'en ont point aux deux premières pennes de l'aile. J'ai vu d'autres individus qui peut - être n'étaient pas adultes, et qui différaient des autres en ce que la tête entière et une partie du devant du cou étaient brunes. D'autres enfin avaient du noir sur ces mêmes parties.

N.° CCCCXI.

LA MOUETTE BLANCHE.1

DANS l'hiver de 1790, je rencontrai un assez grand nombre d'oiseaux de cette espèce au Paraguay, non pas dans les rivières ou les lagunes, ni dans les campagnes bien fournies de grandes herbes, mais dans les prairies humides et couvertes de gramen. Ils formaient des troupes de 10 à 12, et jamais je ne pus les approcher assez pour les tirer. Il n'en est pas de même dans les plaines de Monte-Video, où je vis, pendant l'hiver, plusieurs de ces mouettes autour de la chair morte des animaux que l'on tue en quantité près des habitations.

Formes. Le bec est un peu comprimé sur les côtés, et un peu plus large vers son bout que celui des autres espèces.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue,

1 La petite mouette cendrée, Buffon, tom. XVI, pag. 217, et pl. enl. n. ° 969, sous la dénomination de petit goëland. — Brisson, ornith. tom XVI, Vpag, 178. — Larus cinerascens Linn. syst. ornith. gen. 76, sp. 4. — Latham, syst. ornith. gen. 94, sp. 2, var b. C'est, selon ce dernier ornithologiste, une varété de la mouette rieuse. (S.)

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5 trois quarts; du vol, 35 et demi; de la jambe, 42 lignes, desquelles 9 sont nues; du tarse, 24; du bec, 15.

Couleurs. Une petite tache noirâtre est au-dessus de l'œil. Tout le corps est blanc. Les ailes sont d'un cendré blanchâtre; mais les 2 premières pennes sont noires avec une tache blanche vers leur extrémité, et les tiges également blanches; les 3 pennes suivantes ont leur grand côté noirâtre, et leur petit côté blanc, de même que les autres pennes, qui sont terminées par un peu de blanc. Quelques individus ont quelques-unes des couvertures de l'aile mordorées. 6 pouces environ de l'extrémité de la queue sont noirâtrès. Le tarse est rouge, ainsi que le bas de la jambe et le bec, dont le bout est noir. L'iris est brun.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX HATIS.

QUELQUES-UNS nomment ces oiseaux gaviolillas (petites mouettes), à cause de leurs couleurs et de leur manière de voler; mais les Guaranis les connaissent sous le nom de hatis qui a rapport à leur cri. Ces oiseaux volent avec rapidité et sans se lasser, faisant des zig-zags et agitant les ailes de mouvemens réguliers, au-dessus des grandes rivières, des lagunes et des eaux claires. Ils ne se posent que sur les bords des eaux, où ils marchent long-temps, le corps horizontal, et la tête et le cou immobiles. Ils ont la queue fourchue, les ailes extremêment longues, étroites dans leurs parties internes, pliées en croix et dépassant la queue; les jambes courtes et nues en bas; les pieds assez robustes, un peu comprimés sur les côtés, lisses et luisans; les 3 doigts antérieurs courts et entièrement joints par une membrane; l'œil grand; le bec droit, pointu, très-fort, beaucoup plus épais que large, avec les mandibules d'égale longueur et à bords tranchans; enfin, les ouvertures des narines longues et sans membrane.

Je crois les hatis sédentaires; on les voit seuls, ou par couples ou en troupes. Je ne connais point de différence entre le mâle et la femelle. Les petits poissons forment le fond de leur subsistance; ils les prennent en se laissant tornber comme une balle, de 20 ou 30 pieds de haut, et ils sortent bientôt de l'eau avec leur proie dans le bec; ils

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l'avalent entière en volant. Ils voltigent aussi à la manière des ybiyaus et des hirondelles, à la surface des eaux, principalement le soir, pour saisir les insectes au vol, Ce qui paraît étonnant dans un oiseau aquatique, dont la bouche est étroite et le bec très-pesant. Noseda m'a dit que ces oiseaux font leur ponte depuis le mois d'août jusqu'en décembre, que les femelles déposent deux ou trois œufs dans un petit creux en terre, sans aucune apparence de nid, et que l'on trouve plusieurs de ces creux réunis dans un petit espace.

Toutes les espèces ont beaucoup de traits de conformité entr'elles, et je les ai toutes décrites au Paraguay. Buffon en a donné l'histoire sous le nom d'hirondelles de men

N.° CCCCXII.

LE HATIS

A DERRIÈRE DE LA TÊTE NOIRE.1

Formes. La première des 29 pennes de l'aile est la plus longue; 12 à la queue, formant un enfoncement de 8 lignes. Le tarse sans écailles. Le bec gros et très-fort paraît avoir son jeu principal dans la mâchoire supérieure.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 3 deux tiers; du vol, 33; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 15; du doigt du milieu, 9 et demie; du bec, 28 et demie, de l'œil, 5.

1 Cette espèce me paraît très - rappochée de la grande hirondelle de mer Cayenne, Buffon, tom. XVI pag. 100, et pl. enl. n.° 988. Sterna Cayennensis Linn. syst. ornith. gen. 93, sp. 2. (S.)

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Couleurs. A l'angle antérieur de l'œil est une petite tache très-noire qui entoure presque l'œil; l'espace entre elle et le bec est blanc. Une autre petite tache noire, large de 4 lignes, qui prend naissance à l'angle postérieur de l'œil, couvre l'oreille et se termine au côté de l'occiput, dont la couleur est noirâtre. Le dessus de la tête, du cou et du corps, les petites couvertures supérieures de la partie interne de l'aile, sont d'un blanc très-mêlé de bleu, et les grandes d'un blanc qui commence à l'angle de l'aile; les pennes extérieures et leurs couvertures, ainsi que les autres pennes, d'un blanc faiblement lavé de bleuâtre. Les 4 pennes extérieures de chaque côté de la queue sont brunes, et les autres du même blanc bleuâtre que le dos. La gorge, les côtés de la tête, le dessous du cou et du corps, ainsi que les couvertures inférieures des ailes, sont d'un beau blanc, et cette couleur remonte en pointe vers la nuque. Le bas des jambes et les pieds sont d'un jaune verdâtre. Le bec est jaune.

N.° CCCCXIII.

LE HATIS A TÊTE NOIRE.1

L'INDIVIDU qui a servi à ma description est le seul que j'ai vu au Paraguay; je l'ai acheté au mois de novembre.

Une baude blanche et trèg-étroite ceint le front; cette couleur s'étend vers l'œil, passe sous l'oreille et se termine à la nuque. Toute la tête est très-noire. Les cou-

1 Le peerre-garin, ou la grande hirondelle de nos cô, Buffon, tom. XVI, pag. 75, et pl. enlum. n.° 987. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 203. — Sterna hirundo Linn. syst. nat. gen. 77, sp. 2. — Latham, syst. ornith. gen. 93, sp. 15. (S.)

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vertures supérieures de la partie externe des ailes sont blanches, à l'exception des grandes et du fouet de l'aile, lesquels sont noirs. Les autres couleurs du plumage, aussi bien que les dimensions et les formes, sont les mêmes que dans l'espèce précédente, ce qui me fait soupçonner que c'est la même espèce, et que les disparity proviennent de la différence du sexe ou de l'âge; le temps nous apprendra la vérité de cette conjecture.

N.° CCCCXIV.

LE HATIS A BEC COURT.1

J'AI acheté ua oiseau de cette espèce au Paraguay, dans le mois de novembre. Je le crois adulte; c'est le seul que j'ai vu.

Ses formes et ses dimensions sont les mêmes que dans l'espèce précédente; de laquelle il ne diffère qu'en ce qu'il a le bec beaucoup plus court, et n'excédant pas 21 lignes; les plumes du dessus et du derrière de la tête terminées de roux blanchàtre; les couvertures supérieures de la partie extérieure de l'aile, noires, avec du blauc sale à leur extrémité; la nuque, le dessus du cou et du corps, la queue et les couvertures supérieures de l'aile, comme dans le première espèce, mais avec une teinte légère de roux à leurs extrémités.

1 Si cet oiseau n'est pas une variété de l'espèce précédente, produite par le jeune âge, c'est une espèce nouvelle. (S.)

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N.° CCCCXV.

LE HATIS A SOURCIL BLANC.1

Formes. La première des 22 pennes de l'aile est la plus longue; 10 à la queue; l'extérieure de 10 lignes et demie plus courle que la seconde, laquelle est de 8 lignes plus longue que les deux du milieu; les autres forment un enfoncement.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 20 un quart; de la jambe, 15 lignes; du tarse, 8 et demi; du doigt du milieu, 6; du bec, 16 un tiers.

Couleurs. De la base du bec part une bandelette blanche qui surmonte l'œil en forme de sourcil; et une autre variée de blanc et de noir, suit la première en dessous, depuis la narine jusqu'à l'œil qu'elle entoure. Le dessus de la tête est comme marbrée de noir et de blanc; l'occiput est noir. Le dessus du cou et du dos, les ailes et la queue sont d'un blanc bleuâtre, lustré et agréable, à l'exception des 4 premières pennes de l'aile et de leurs cou-

1 Ce n'est point la petite hirondelle de mer (Buffon, tom. XVI, pag. 84. — Sterna minuta), comme le soupçonne M. d'Azara, tout en reconnaissant un assez grand nombre de dissemblances entre ces deux oiseaux. Le hatis à sourcil blanc me parait avoir plus de similitude et beaucoup moins de disconvenances avec une espèce d'hirondelle de mer que Buffon n'a pas connue, et que j'ai décrite dans mon édition des OEuvres de ce grand naturaliste, tom. LX, pag. 121, sous la dénomination d'hirondelle de mer à dos et ailes blenâtres.Sterna Africana Linn, syst, nat. gen, 77, sp. 12. — Latham, syst. ornith. gen. 93, sp. 5. (S.)

IV. a. 20

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vertures supérieures, lesquelles sont noirâtrès. Les côtés de la tête sous l'œil, le dessous du cou, du corps et des ailes sont d'un très-beau blanc.

N.° CCCCXVI.

LE HATIS TACHETE.1

JE n'ai vu qu'un seul oiseau de cette espèce que j'avais acheté vivant, en avril, au Paraguay; il criait beaucoup.

Formes. 27 ou 28 pennes aux ailes; 12 à la queue, l'extérieure plus longue de 4 lignes et demie que la 2e, laquelle a 4 lignes de plus que les 2 du milieu; les autres sont étagées.

Dimensions. Elles sont exactement les mêmes que dans l'espèce précédente, à l'exception du bec, qui est long de 8 lignes et demie.

Couleurs. On remarque sur les côtés de la tête les deux mêmes traits que dans l'espèce précédente. Il y a quelques taches noirâtrès sur le fond roussâtre clair du dessus de la tête; les plumes de l'occiput sont noires et bordées finement de blanc. La nuque est d'un blanc opaque et les côtés de la tête d'un beau blanc, ainsi que le devant du cou. Le dessus du cou et les moyennes couvertures supérieures de la partie interne des ailes, sont roussâtrès, avec de petites taches noires qui font un effet agréable. Le dos, le croupion, la queue, les pennes

1 It me parait n'être qu'une simple variété d'àge ou de sexe, dans l'espèce du hatis à sourcil blanc. (S.)

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des ailes et leurs couverlures supérieures sont d'un blanc bleuâtre. Tout le reste du plumage est blanc, avec un peu de roux à la naissance des ailes et sur la poitrine. Le bec est noirâtre en dessus et à son bout, olivâtre sur le reste.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX MARTIN-PÊCHEURS.

LES martin-pêcheurs se trouvent non-seulement au Paraguay, mais encore à la rivière de la Plata, sur les bords des eaux courantes et stagnantes. On les rencontre seuls, et rarement par couples; ils se posent de préférence sur des branches sèches ou peu garnies de feuilles, particulièrement si elles s'avancent au-dessus de l'eau. Ainsi perchés, ils épient au passage les petits poissons sur lesquels ils se laissent tomber comme une balle, la tête en bas, et ils se relevènt à l'instant, soit qu'ils aient manqué leur coup, soit avec leur proie, qu'ils avalent toute entière en volant ou posés sur quelque arbre. Ils ne se trompent pas communément sur la profondeur à laquelle ils doivent réduire leur chute dans l'eau, et jamais ils ne poursuivent le poisson qu'ils ont manqué. Les grandes et les moyennes espèces se laissent tomber d'une plus grande hauteur, même de 60 pieds, et ils se soutiennent fréquemment en l'air pendant quelque temps, en battant des ailes sans changer de place, pour attendre que le poisson paraisse à leur portée; ils ne le perdent pas de vue; leur corps immobile a sa partie postérieure inclinée vers le bas, et cette position prouve la force de leurs ailes, qu'ils agitent dans un autre sens que la plupart des oiseaux et à la manière des bec-fleurs.

Ces oiseaux ont une forte odeur de coquillages; jamais

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ils ne se posent à terre, et ils ne savent ni marcher ni sauter, quoiqu'ils puissent prendre leur essor depuis le sol. Ils ne sont pas communs; les couleurs de leur plumage les rendent jolis et leurs formes singuliers. Ils ont le corps étoffé; la tête alongée, grande et couverte de plumes longuettes et étroites qui forment sur le derrière de la tête une espèce de huppe immobile, dans une direction contraire à celle du bec; les plumes des oreilles, longues; l'iris imperceptible; la paupière inférieure blanche, ainsi que la gorge, cette couleur communiquant à la nuque et y formant un large collier; les ailes courtes, mais vigoureuses; le vol rapide, très-bas, long et horizontal, mais qu'ils élevènt facilement pour fondre sur leur proie; les jambes courtes et placées un peu en arriere; le bas de la jambe dégarni de plumes; le tarse arrondi, sans écailles, robuste et très-court; les trois doigts antérieurs joints l'un à l'autre de maniere qu'ils ne servent guère plus que s'il n'y avait qu'un seul doigt plus gros, et ce caractère éloigne les martin-pâcheurs des oiseaux aquatiques, dont les jambes sont ordinairement longues et les doigts distincts, quoiqu'unis par une membrane; les ongles aigus, courbés et comprimés; le dessous du pied très-lisse; le bec très-long, très-droit, pesant, comprimé sur les côtés, avec ses mandibules également fortes et longues, gros à son insertion dans la tête et très-propre à pénétrer; les bords du bec amincis; la langue petite, déliée, très-étroite, en carré long à sa base et triangulaire dans le reste; les ouvertures des narines recouvertes par une membrane transparente; enfin, le gosier très-large. Ces oiseaux vomissent quelquefois les arêtes des poissons. On dit qu'ils font leur ponte dans les trous des bords escarpés des rivières. Aucune

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espèce de martin-pêcheurs n'a de nom particulier, et j'ai été obligé de leur donner ceux qui m'ont paru les plus convenables.

N°. CCCCXVII.

LE MARTIN-PÊCHEUR BLEU DE CIEL.1

CETTE espèce fait sa ponte en octobre et novembre, dans les trous des bords escarpés des rivières et des ruisseaux; on m'a dit qu'elle consistait en deux œufs. Les petits sont revêtus de plumes, et ils ne différaient des père et mère qu'en ce qu'ils avaient du rouge faible mêlé au bleu de ciel du devant de leur cou.

Formes. La troisième des 25 pennes des ailes est la plus longue. Le doigt du milieu collé au doigt extérieur sur 7 lignes de leur longueur, et avec l'intérieur sur 4. Les ouvertures des narines très-étroites et couvertes par une membrane qui se ferme quand l'oiseau plonge. Le bec un peu plus épais que large, et si fort; que l'on pourrait s'en servir comme d'un poiguard.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces un quart; de la queue, 4 deux tiers; du vol, 26 cinq sixiémes; de la jambe, 24 lignes; du tarse, 8 et demie; du doigt du milieu, 12; de l'œil, 6; du bec, 33.

Couleurs. Il y a une tache très-blanche entre l'œil et la narine. La gorge et un peu du devant du cou sont de la même couleur, qui s'étend sur la nuque, comme dans toutes les espèces. Le sommet et les côlés de la tête, le reste du cou, le dos, le croupion, les couvertures supérieures des ailes et la moilié du côté extérieur des pennes

1 Ce martin pêcheur n'avait pas encore été décrit. (S.)

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les plus rapprochées du corps, aussi bien que de celles de la queue, sont d'un beau bleu de ciel; mais chaque plume a un trait noir longitudinal, et chaque couverlure supérieure des ailes une petite tache de la même couleur sur son milieu. Le reste des pennes des ailes est marqué, à ses barbes supérieures, de quelques taches blanches sur un fond noir, et de raies noires et interrompues sur le fond presque blanc des barbes inférieures; l'extrémité de toutes les pennes est blanche, à l'exception des extérieures, quil'ont noire. Les petites couvertures inférieures de la partie externe de l'aile et toutes les autres, la poitrine, les flancs et le ventre ont une couleur de tabac d'Espagne, très-rouge et vive, qu'un peu de blanc sépare du bleu de ciel de la partie antérieure du cou. Les grandes couvertures inférieures de la paitie extérieure des ailes sont blanches, et le bas de la jambe, ainsi que le tarse, d'un brun clair mêlé de verdâtre.

N.° CCCCXVIII.

LE MARTIN-PÊCHEUR

D'UN BLEU DE CIEL OBSCUR.1

J'AI vu cinq individus de cette espèce qui ne m'ont point présenté de différences entr'eux, el quim'ont paru plus robustes que le précédent.

Formes. La deuxième des 26 pennes de l'aile est la plus longue; le reste comme dans celui qui précède.

1 J'ai peine à croine ce martin - pêcheur soit d'une espèce distincte et séparée du précédent; et je le regarde comme une simple variété occasionée par la différence du sexe ou de l'âge, dans l'espèce du martin-pêcheur bleu de ciel. (S.)

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Dimensions. Longueur totale, 16 pouces et demi; de la queue, 4 un tiers, du vol, 25 et demi.

Couleurs. Elles ne diffèrent de celles du martinpêcheur du n° CCCCXVII, qu'en ce que le bleu de ciel est plus foncé, le bas-ventre blanc et le croupion rayé, sur ses côtés, de blanc et de bleu de ciel.

N.° CCCCXIX.

LE MARTIN-PÊCHEUR MORDORE.1

J'AI observé aussi cinq de ces martin-pêcheurs; ils se ressemblaient en tout, et j'ai acheté au mois de novembre trois petits emplumés, quoiqu'ils ne volassent pas encore. Je dois observer que e'est au Paraguay que j'ai vu toutes les espèces de cette famille, décrites dans cet ouvrage.

Formes. 25 peunes aux ailes, la deuxième et la troisienie sont les plus longues; la queue en a 12.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces un quart; de la queue, 5 un douziéme; du vol, 19 cinq sixièmes; de la jambe, 18 lignes; du tarse, 7; du doigt du milieu, 8; du bec, 27.

Couleurs. Il a une ligne blanche au-dessus de l'œil; la paupière inférieure, la gorge et le denii-collier sur la nuque, la poitrine, le ventre, les couvertures inférieures des ailes et une grande partie des pennes en dessous, de la même couleur blanche; les flancs variés de taches longues et noires sur un fond blanc; la tête, la partie postérieure et les côtés du cou, depuis le collier blanc, le dos, le croupion, le côté supérieur des pennes des ailes et leurs couvertures, mordorés en opposition et d'un noi-

1 Espèce nouvelle.(S.)

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râtre mêlé d'aigue-marine en conjonction, avec quelqucs taches et points blancs sur les couvertures; le grand côté des pennes frangé en festons de blanc et de noirâtre; la queue noirâtre et tachée de blanc sur les 4 pennes extérieures de chaque côté le bec noir.

N.° CCCCXX.

LE MARTIN-PÉCHEUR A COL ROUGE.1

JE n'ai vu que deux fois cet oiseau; et quoique je le donne comme une espèce distinete du précédent, il me reste cependant quelque doute à cet égard.

Longueur totale; ll pouces deux tiers; de la queue, 3; du vol, 17 sept douzièmes. Toutes les autres dimensions sont les mêmes que dans le numéro qui précède. Il en est de même des couleurs, dont les différences se reduisentàavoir le devant du cou d'une couleur très-vive de tabac d'Espagne, et quelques points blancs, presque imperceptibles, sur les couvcrtures supérieures des ailes seulement. Il y a 25 pennes aux ailes; la troisième est la plus longue; la penne latérale de la queue est de 5 lignes et demie plus courte que les autres.

1 Je ne partage pas les doutes de M. d'Azara, au sujet de l'identité de ce martin-pêcheur, et de celui qui est décrit dans l'article précédent Ils me paraissent ne former qu'une seule et mème espèce. (S.)

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N.° CCCCXXI.

LE MARTIN-PÊCHEUR D'UN VERT SOMBRE.1

J'AI pu observer un assez grand nombre de ces martin-pêcheurs, et le 4 de mars, j'ai acheté cinq petits qui commençaient à voler.

Formes. La troisième des 22 pennes de l'aile est la plus longue; des 10 dela queue, l'extérieure est de 9 lignes plus courte que les 2 du milieu; les autres sont étagées.

Dimensions. Longueur totale, 7 pouces onze dou zièmes; de la queue, 2 et demi; du vol, 10 un quart; de la jambe, 11 lignes; du tarse, 5; du bec, 17.

Couleurs. Un petit trait blanchâtre et peu apparent, va de la narine à l'angle antérieur de l'œil. La gorge est d'un blanc qui forme le collier sur la nuque. Le dessus, les côtés et le derrière de la tête, le dessus du cou et du corps, ainsi que les couvertures supérieures des ailes, sont d'un vert très-sombre, avec de petits points blancs et rares sur les couvertures. Des rangées de taches arrondies et blanches sont semées sur le fond noirâtre des pennes des ailes et de la queue, mais seulement sur le côté interne de ces dernières, et les trois latérales ont de plus une bande blanche qui s'étend jusque vers leur extrémité. Le devant du cou a une teinte très-vive de tabac

1 Le martin-pêchur avec lequel celui-ci a le plus de rapport, est le martin-pêcheur de l'Amazone, de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LVI, pag. 275. — Alcedo Amazona Latham, syst. ornith. gen 24, sp. 31. Cependant ces deux oiseaux offrent, dans leurs descriptions, quelques dissemblances qui me paraissent plutôt des variétés produites par le sexe ou l'àge, que des caractères d'espèces distinctes et séparées. (S.)

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d'Espagne, laquelle forme une pointe sous les mâchoires. Les flancs et les jambes sont marbrées de blanc et de vert très-sombre; la poitrine et le ventre blancs; les couvertures inférieures de la queue blanches, avec une tache noire et ovale au milieu de chacune; les pennes des ailes et de la queue en dessous, de la même couleur qu'eu dessus, et les couvertures de la queue blanchâtres, avec une bandelette noirâtre sur leur milieu. Le tarse et le bec sont noirs.

Des cinq oiseaux jeunes dont j'ai parlé, deux différaient des autres en ce que le trait des côtés de la tête était roussâtre, que la gorge et le devant du cou étaient d'un roux lavé de blanc, et qu'un peu au-dessous du milieu de la partie antérieure du cou, se trouvait une espèce de demi-collier d'un vert obseur, veiné de roux blanchâtre. Les trois autres ressemblaient en tout aux adultes.

N.° CCCCXXII.

LE MARTIN-PÊCHEUR DE MER,

AUX AILES LONGUES.1

J'AJ vu un grand nombre de ces oiseaux par couples et en troupes de vingt environ, pres de l'lle de l'Ascension; ils volaient ordinairfrnent à une hauteur moyenne, et quelquefois on les perdait de vue.

Formes. La nuque est presque dégarnie de plumes. L'aile est étroite et composée de 52 pennes, desquelles

1 Cet oiseau n'est certainement pas un martin - pêcheur; il paraît être une hirondelle de mer. (S.)

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la première est la plus longue. Les 12 pennes de la queue font la fourche, la latérale ayant 6 pouces de plus que les deux du milieu, et les autres étant étagées. Le tarse est entièrement couvert de plumes. Les doigts sont joints par une membrane qui ne va pas jusqu'à leurs bouts, et qui forme des sinuosités entre le doigt. Le bec est enfoncé à sa base, droit sur les deux tiers de sa longueur, ensuite fortement courbé et crochu. Une rainure règne sur le bec, depuis l'ouverture des narines jusqu'à l'endroit où il se recourbe. L'angle de la bouche se trouve sous l'angle postérienr de l'œil; et lorsqu'elle s'ouvre, on découvre un très-large gosier, dont la grande dilatation dépend de celle de la peau de la gorge et du devant du cou, qui est nue et se termine en pointe. La langue est très-courte et en forme de flèche.

Dimensions. Longueur totale, 30 pouces; de la queue, 12 un tiers; du vol, 67 et demi; de la jambe, 30 lignes; du tarse, 15; du doigt du milieu, 22; du bec, 38.

Couleurs. Il a le dessus et les côtés de la tête, le des. sus du cou, les épaules et les plus petites plumes scapulaires de couleur brune; les grandes scapulaires, le dos, le croupion, la queue, les grandes couvertures supérieures et les pennes des ailes, d'un noir à reflets pourprés; les autres couvertures supérieures d'un brun clair, avec une bordure blanchâtre et un petit trait noirâtre et longitudinal; la gorge et le devant du cou blanchâtres; les côtés du cou bruns; sur le haut de la poitrine une bande de brun foncé, qui va de l'origine d'une aile à l'autre; une plaque blanche qui règne sur une bonne partie de la poitrine, l'estomac et presque tout le ventre; le reste des parties inférieures très-noir; les doigts blancs; l'œil noir; enfin, le bec d'un blanc bleuâtre.

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CARACTÉRES COMMUNS

AUX ZARAMAGULLONS.1

LES Espagnols du Paraguay donnent aux oiseaux de cette famille, la dénomination de zaramagullones, et les Guaranis celle de viguas. Les deux espèces que je connais se ressemblent par leur cou fort long, aminci et couvert, ainsi que la tête, de petites plumes courtes et serrées, au lieu que celles du corps sont décomposées. Ces oiseaux ont toujours la queue assez. élargie en éventail; elle est composée de 12 pennes très-longues et très-fortes, bien fournies de barbes, larges, fermes et droites, caractère qui sépare ces oiseaux de toutes les espèces aquatiques. Ils ont l'aile forte et la troisième penne la plus longue; la jambe entièrement couverte de plumes; les doigts diminuant successivement de longueur depuis l'externe jusqu'au postérieur, qui est, à proprement parler, un doigt latéral; ces 4 doigts totalement unis par une membrane; le bec très-robuste, et son jeu principal à la mandibule supérieure qui, dans la première espèce, est crochu à son bout; la tête aplatie en dessus; enfin, les jambes placées un peu en arrière.

Les zaramagullons tiennent le corps droit et le cou

1 En espagnol, le mot zarammagullons désigne les oiseaux que nous nommons harles; mas il n'est point question des harles dans ce chapitre; ce qui m'a décidé à laisser la fausse application que les Espagnols du Paraguay font aux nigauds et aux anhingas. (S.)

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élevé; leur regard est fier, et leur naturel farouche et defiant. Leur vol est droit et rapide; et quoiqu'ils s'élévent quelquefois dans les airs, ils rasent ordinairement la surface des eaux, près desquelles ils se posent sur les plages unies, et plus souvent sur les grosses et vieilles racines, les pierres et les arbres. Ils fréquentent les rivières et les grandes lagunes d'eaux limpides; ils y nagent en ne laissant paraître que leur tête et la moitié de leur cou, qu'ils submergent bien vîte des qu'ils sont effrayés. Leur nourriture se compose de poissons qu'ils poursuivent long-temps sous l'eau avec beaucoup de légéreté. Leurs narines sont couvertes d'une sorte de valvule qu'ils ouvrent et ferment à volonté. Je ne crois pas qu'ils aient de cri. Quand on cherche à les prendre, ils donnent de violens coups de bec. On assure que leur ponte consiste en deux œufs que les femelles déposent dans un nid construit avec de petites buchettes.

Je crois que Buffon donne à la première espèce le nom de nigaud, et à la deuxieme celui d'anhinga. Il se fonde, pour les placer dans un genre différent, sur la dissemblance de la forme du bec et de la longueur du cou. Mais comme ces disparités sont de moindre importance que les traits de conformité, j'ai pensé que ces oiseaux devaient être réunis dans la même famille.

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N.° CCCCXXIII.

LE ZARAMAGULLON NOIR.1

LES oiseaux de cette espèce ne sont pas rares au Paraguay ni à la rivière de la Plata; quoique, pour l'ordinaire, on les rencontre seuls ou par couples, on en voit quelquefois des troupes de cent. Don Antonio Crux Fernandez, lieutenant du premier médecin du roi au Paraguay, m'a raconté que visitant Donna Petrona Roa, qui était attaquée de l'asthme, il la trouva subitement guérie; étonné d'un changement aussi inopiné, il pria cette dame de lui dire comment cette cure s'était opérée; elle lui répondit qu'ayant ouvert un zaramagullon noir, elle se l'était appliqué sur la poitrine, et qu'elle avait été tout de suite délivrée de son mal. La chair de ces oiseaux a une forte odeur de coquillages, et personne n'en mange.

Fomies. Les ailes ont 29 pennes; la queue en a 12 en éventail, l'extérieure de 32 lignes plus courte. La jambe revêtue de plumes jusqu'un pen au-dessous de l'articulation. Le tarse si comprimé, que sa largeur en devant est de 2 lignes sur une épaisseur de 8. Les doigts très-aplatis en dessus, comme s'ils avaient éprouvé une forte Compression; l'ongle du doigt du milieu dentelé comme celui des hérons. Le bec droit jusqu'à 6 lignes de son

Il existe plusieurs variétés, et, selon quelques ornithologistes, plusieurs espèces dans le geure du cormoran; le zaramagullon noir en fait partie, quoique je ne puisse assigner à quelle espèce ou varété il appartient positivement Eu effet, il a des attributes du cormoran proprement dit (pelecanus carbo), et d'autres du petit cormoran ou nigaud (pelecanus graculus). (S.)

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extrémité, ou il forme un crochet. Les plumes des épaules et les couvertures supérieures des ailes terminées en pointe. La tête aplatie en dessus, comprimée sur les côtés et assez grosse. La peau nue des paupières communique aux angles de la bouche et au menton. Les plumes de la tête s'avancent beaucoup sur le bec, et l'angle de la bouche dépasse l'œil. La langue a la forme du fer d'une pêle.

Dimensions. Longueur totale, 29 pouces; de la queue, 7; du vol, 42; dela jambe, 51 lignes; du tarse, 30; du doigt extérieur, 36; du bec, 24.

Couleurs. Tout le plumage est d'un noir profond, à quelques exceptions près. La teinte des plumes scapulaires et les couvertures supérieures des ailes est moins foncée, et leurs bords sont noirs, aussi bien que leurs tiges. Une petite bordure de plumes blanches règne à la base de la mandibule inférieure du bec, et Derrière l'angle de la bouche; il y a des points de la même couleur sur les côtés de la tête. On remarque derrière l'oreille quelques plumes longues de 18 lignes, blanches, faibles, à barbes courtes et déliées, qui flottent au gré du vent, et qui naissent au milieu d'autres plumes noires, très-courtes et serrées. On en voit d'autres comme semées sur la moitié des côtés du cou. La base du bec est noire en dessus et jaune en dessous; le reste du bec est brun; l'iris a la couleur de l'émeraude.

Quelques individus ont le plumage noirâtre et des veines blanches et noirâtres sur la gorge, le devant du cou et la poitrine. Sur d'autres, la teinte noirâtre est plus claire sous le corps; et quoique tous aient les mêmes formes et les mêmes dimensions, les deux derniers n'ont pas les plumes blanches flottantes, ni les points blancs

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du premier; d'où je présume que ce premier oiseau est un mâle adulte, et que les autres sont des femelles ou peut-être des jeunes.

N.° CCCCXXIV.

LE ZARAMAGULLON TACHETÉ.1

CELUI-CI est très-rare; je l'ai vu quelquefois sur les bords de la rivière du Paraguay, mêlé à des oiseaux de l'espèce précédente, et il m'a paru plus farouche. Un bateau naviguait sur cette rivière, devant Numbucu; quand un de ces zaramagullons, perché au haut d'un arbre, s'y laissa tomber et s'y cacha. Dix jours après la barque arriva à l'Assomption, et l'oiseau sortit vivant du milieu du chargement; on le prit et on me le donna. J'achetai, en décembre, deux jeunes oiseaux de cette espèce, qui avaient été pris dans un nid fait de bûchettes sur un arbre. Ils étaient entièrement revêtus d'un duvet blanc et très-épais, à l'exception d'un collier d'un blanc bleuâtre sur la nuque et le derrière de la tête. Ils avaient toute la tête dégarnie de plumes et d'une couleur de rose pâle, et le tour de l'œil noir; cette couleur s'etendait, par une tache longue, jusqu'à l'oreille. Il ne leur.

1 L'anhinga, Buffon, tom. XVI, pag. 253. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 476. — Maregrave, Hist. nat. Bras. pag. 218. — Plotus anhinga Linn. syst. nat. gen. 73, sp. 1. — Latham, syst, orn. g. 101, sp. l. Les anhingas présentent souvent des différences dans les couleurs de leur plumage; mais elles n'excèdent pas celles que l'âge ou le sexe peuvent produire. Levaillant a observé un caractère singulier, qui est commun à tous les oiseaux de ce genre; c'est, dit-il, d'avoir les pennes de la queue striées profondément et comme gaufrées. (S.)

IV. a. 21

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poussait d'autres plumes que les plus grandes scapulaires, les couvertures supérieures des ailes et les pennes des ailes et de la queue; toutes étaient noires, et il y avait du blanc à l'extrémité de la queue. L'iris était imperceptible et le bec noir, avec quelques taches vertes sur le milieu de sa pièce supérieure. Ces jeunes oiseaux tenaient toujours le cou contourné en cercle parfait, comme un cor de chasse; ils moururent au bout de huit jours, sans qu'ils eussent cherché à manger le pain et la viande crue que je leur offrais.

Formes. La tête fort petite, longue, aplatie en dessus et assez semblable à celle de la couleuvre; les plumes dont elle est couverte sont très-courtes, épaisses et serrées. Les ailes ont 26 pennes, desquelles la deuxième et la troisième sont les plus longues. La queue comme dans l'espèce précédente, et le tarse comme celui du canard; ses écailles sont petites. Les doigts ne different pas de ceux du zamaragullon noir. Le bec très-droit, très-comprimé par les côtés, aigu à son extrémité, avec de fortes rainures sur les bords vers son bout; la peau nue qui entoure sa base s'étend jusqu'à l'œil qu'elle renferme. La langue courte, est toute enveloppée par la membrane de la bouche. La nature du plumage est la même que dans l'espèce précédente. Le cou, sur les 10 premiers pouces de sa longueur, mesurés de la pointe du bec, est très-mince; au tact et même à la vue, on remarque un espace nud le long des vertèbres; le cou augmente ensuite en circonférence, et il est très-gros à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 34 pouces; de la queue, 10; du vol, 43; de la jambe, 43 lignes; tu tarse, 26; du doigt du milieu, 30; du bec, 38.

Couleurs. Il a l'iris d'une belle couleur d'or; la tête

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et le dessus du cou bruns; la gorge et la moitié du devant du cou d'un brun blanchâtre; ses côtés et sa partie inférieure d'un brun clair mêlé de roussâtre; la poitrine, le ventre, le dos, le croupion et les pennes des ailes d'un noir profond; un peu de rougeâtre au haut de la poitrine; les couvertures supérieures des ailes blanches sur la moitié de leur côté extérieur, et noires sur le reste, avec une jolie goutte blanche presqu'à l'extrémité des petites; les plumes scapulaires noires, avec une raie blanche sur leur milieu, à l'exception des 4 plus grandes, sur lesquelles il n'y a qu'un point blanc vers leur bout; les épaules variées de noir et de brun; la queue noire et terminée de blanc; le tarse jaune en dedans et noirâtre eu dehors, aussi bien que par derrière; enfin, le bec d'un vert bleuâtre sur la mandibule supérieure et la dernière moitié de l'inférieure, et d'un violet foncé sur le reste.

Un individu différait en quelques points de celui que je viens de décrire: il avait l'iris orangé; du blanchâtre à la gorge et sur la moitié du devant du cou, et des veines noires et roussâtres sur la moitié inférieure; le dessous et les côtés du corps noirâtres; enfin, les plumes des épaules presque noires, avec une petite tache blanche et arrondie sur chacune.

N.° CCCCXXV.

LE CYGNE A TÊTE NOIRE.1

LES cygnes à tête noire ne se trouvent point au Paraguay; mais ils sont très-communs aux environs de la ri-

1 Le cygne à noire de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXI, pag. 106. — Anas nigricollis et anas melanocephala Linn. syst. nat. gen 67, sp. 48 et 49. — Anas nigricollis Lath, syst. ornith gen. 97, sp. 3. Cette espèce de cygne, dont plusieurs navigateurs ont fait mention, avait été décrite plus récemment par l'abbé Molina, dans son Histoire naturelle du Chili. (S.)

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vière de la Plata et dans les grandes lagunes des pampas de Buenos-Ayres où, dit-on, ils demeurent toute l'année. Ils vivent en troupes nombreuses, et l'on envoie souvent de leurs peaux en Espagne. Ces oiseaux sont farouches; cependant je m'eu suis procuré plusieurs qui se ressemblaient en tous points.

Formes. 28 pennes ou plus aux ailes; les deuxieme, troisième et quatrième sont d'égale longueur; mais elles sont si minces, que le tuyau des plus grosses n'a pas plus de 2 lignes de diamêtre. Les 18 pennes de la queue sont comme celles des canards. Le tarse est comprimé sur les côtés, et les 3 doigts antérieurs sont enveloppés par une membrane. Les ouvertures des narines sont ovales et sans membrane intérieure.

Dimensions. Longueur totale, 38 pouces et demi; de la queue, 5 deux tiers; du vol, 62 trois quarts; de la jambe, 6 et demi; du tarse, 4; du doigt du milieu, 48 lignes; du bec, 34.

Couleurs. Le blanc des paupières s'étend, par une bande étroite, jusqu'au-dessus de l'occiput. Le reste de la tête et la moitié supérieure du cou entier sont noirs. Le reste du plumage est blanc, de même que le tarse. Le bec est rouge de sang jusqu'à sa moitié, et noirâtre sur le reste.

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N.° CCCCXXVI.

L'OIE BLANCHE.1

JE n'ai vu, au Paraguay, que deux oiseaux de cette espèce, et une petite troupe vers le 28e degré de latitude; mais ils sont très-communs, et ils s'assemblent en bandes très-nombreuses dans les lagunes aux environs de la rivière de la Plata. Leur cri est semblable à celui de l'oie commune. Ils sont très farouches, quoiqu'on ne leur fasse pas la chasse; car leur chair n'est point estimée, et leurs plumes sont trop menues pour écrire, quoiqu'un peu plus longues et plus grosses que celles du cygne à tête noire. Ce sont des oiseaux sédentaires, et l'on ne remarque aucune différence entre le mâle et la femelle.

Formes. 30 pennes aux ailes, les 3 premières égales; 16 à la queue, semblables à celles des canards. Le bas de la jambe nu, Les trois doigts antérieurs joints par une membrane. Point de verrues à la base du bec.

Dimensions. Longueur totale, 35 pouces trois quarts, de la queue, 5; du vol, 56 et demi; de la jambe, 6 un quart: du tarse, 4; du doigt du milieu, 48 lignes; du bec, 27.

Couleurs. Tout le plumage d'un beau blanc, à l'exception d'une tache de 3 à 4 pouces sur l'extrémité des pennes extérieures de l'aile. Une couleur de rose tendre couvre le bas de la jambe, le tarse et le bec.

1 Cette oie me paraît la même que l'oie hyperborée de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXI, pag. 217. — Oie de neie, Brisson, ornith. tom. VI, pag. 269. — Anas hyperborea Linn. syst. nat. gen. 67, sp. 54. — Latham, syst. ornith. gen. 97, sp. 14. (S.)

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX CANARDS.

PRESQUE tous les Guaranis donnent à ces oiseaux le nom de ypé (tache de l'eau); quelques-uns les appèlent guarimbé; les Espagnols, patos, et les Porlugais du Brésil, marecas. Quoique j'aie décrit séparément le cygne et l'oie, pour me conformer à l'opinion vulgaire, je ne laisse pas de les regarder comme de la même famille que les canards. J'ai observé plusieurs espèces de ces derniers; il y en a quelques-unes qui sont particulieres au Paraguay, quelques aulres à la rivière de la Plata, d'autres enfin qui sont communes aux deux pays. Tout le monde connaît les habitudes de ces oiseaux, leur genre de nourriture et la forme de leur bec, qui est large, volumineux et terminé par un onglet; ses bords sont garnis intérieurement de cannelures qui font l'office de dents. La langue est très-charnue, longue, et presque aussi large que le bec; mais elle se rêtrecit tout à coup vers son extrémité. La queue est courte, et l'on sait quelle est sa forme. Les jambes sont placées un peu en arrièrc engagées dans l'abdomen, ce qui rend la démarche des canards pesante et balancée, quoiqu'ils nagent avec aisance et légéreté. Les ailes sont fortes, et la forme des pieds, le bon goût de la chair et les habitudes sont si généralement connues, que je crois pouvoir me dispenser d'en parler.

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N.° CCCCXXVII.

LE GRAND CANARD,

OU LE CANARD ROYAL.1

LES Guaranis l'appèlent communément ypeguazu (grand canard), et les Espagnols, pato real ó grande (grand canard ou canard royal), parce que c'est l'espèce la plus grande du Paraguay et des provinces voisines. On le voit ordinairement seul ou par paires, quelquefois cependant en troupes de vingt ou trente. Il ne voyage point; sa nourriture se compose non-seulement des productions des riviéres et des amas d'eaux stagnantes, mais encore, suivant l'opinion générale, des racines de manioc, de maïs et de blé, qu'il coupe la nuit au clair de la lune. Il se pose à terre et il se perche sur les grands arbres où il passe la nuit. Il est farouche, particulièrement quand il est sur l'eau ou sur la terre; mais on peut le surprendre au point du jour, lorsqu'il est occupé à prendre sa nourriture.

La ponte de cette espèce commence dès le mois de septembre, et elle consiste quelquefois en dix œufs et quelquefois en quatorze. La femelle les dépose dans un creux ou sur une enfourchure un peu élevée d'un gros arbre, sans autre préparatif qu'une couche de plumes que la mere s'arrache ou fait tomber de sa poitrine. Quelques-uns disent que la mère appèle à terre ses petits aussitôt qu'ils sont nes; qu'ils descendent le long

1 Le canard musqué, Buffon, tom. XVII, pag. 297. — Anas moschata Linn. syst. nat. gen, 61, sp. 26. — Lath., syst. ornith. gen. 27, sp. 17. (S.)

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du trone de l'arbre pour peu qu'il soit incliné, et qu'ils sautent à bas si l'arbre est droit. D'autres pensent, avec plus de vraisemblance, que la mère prend ses petits l'un après l'autre dans son bec et les porte sur Peau. La voix de ces oiseaux est basse et gutturale; on ne les entend que de très-près, et leur cri se réduit à la syllabe ha, du même ton que les individus domestiques de la même espèce.

Formes. Les plumes du dessus de la tête, de l'occiput et de la nuque, sont longues et étroites; l'oiseau les relève à volonté. 26 pennes aux ailes, la troisième la plus longue. Des 18 pennes de la queue, l'extérieure est de 3 pouces plus courte que les deux du milieu. La jambe est un peu dégarnie de plumes à sa partie inférieure, et l'œil entouré d'une peau noire qui s'étend jusqu'a l'angle de la bouche, et couvre aussi la base de la mandibule supérieure jusqu'aux ouvertures des narines, dont la forme est élyptique, et dans l'intérieur desquelles il n'y a pas de membrane; entre ces ouvertures règne une grande verrue molle et noire; derrière elle est un groupe d'autres verrues de couleur rouge, qui occupent un espace de 9 lignes jusqu'aux plumes du front, et se prolongent, sur une ligne étroite et non interrompue, jusqu'au-dessus de l'œil; à la suite de ces dernières verrues et derrière elles; on en voit quelques petites, séparées et rouges.

Dimensions. Longuqur totale, 34 pouces; dela queue, 7 et demi; du vol, 56; de la jambe, 65 lignes; du tarse, 36; du doigt du milieu, 39; des narines, 6. Distance de l'extrémité du bec à l'angle antérieur de l'œil, 41.

Couleurs. Tout le plumage est noir avec des reflets verts et violets. Quelques individus ont de petits points blancs sur le derrière de la tête; et dans tous les cou-

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vertures supérieures et inférieures, ainsi que le fouet de l'aile, sont d'une belle couleur blanche, à l'exception des grandes couvertures de la partie extérieure. Le tarse est noir; l'iris jaune et le bec noir, avec une bande transversale de bleu de ciel devant les narines, et une tache de la même couleur à son extrémité, derrière laquelle il en est une autre rouge.

Cette description appartient au mâle adulte. La femelle n'en diffère qu'en ce qu'elle a seulement 26 pouces et demi de longueur totale, la peau nue des côtés de la tête moins étendue, la base du bec plus courte; et qu'elle manque des verrues qui distinguent le mâle.

En mars, lorsque ces canards ont 6 ou 7 mois, les mâles ont 27 pouces de longueur totale, et ils n'ont ni peau nue autour du bec, ni verrues. La gorge est piquetée de brun et de roux clair. Les côtés de la tête sont noirâtrès, ainsi que la partie supérieure du devant du cou, sur 2 pouces de longueur, et le dessous de la queue. Les pennes des ailes, aussi en dessous, ont une couleur d'argent bruni, et les couvertures sont noirâtrès et bordées de blanc. Tout le reste du plumage est noir avec des reflets. A un an d'âge, les couvertures inférieures et quelques-unes des supérieures sont déjà blanches; le tour de l'œil se dégarnit de plumes, et l'on remarque déjà des verrues éparses sur la face; la taille est de 30 pouces.

Noseda regarde cette espèce comme différente de la seule que l'on èléve en domesticité au Paraguay avec beaucoup de facilité, parce qu'elle mange de tout, qu'elle n'est point délicate, et qu'elle n'exige pas plus d'eau qu'il ne lui en faut pour boire. Il fonde son opinion sur ce que l'espèce sauvage tient le corps plus droit et plus èlevè, et sur ce qu'elle a les jambes plus longues, moins

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grosses et placés en arrière; les membranes des doigts plus flexibles, luisantes et entières; l'ensemble moins arrondi et moins épais; le dessous du corps aplati; le cou plus délié et plus flexible; la peau de la face moins épaisse, et ses verrues moins nombreuses et plus petites; la tête moins grosse; enfin, le plumage plus serré, mieux rangé et lustré.

Noseda ajoute que les petits canards sauvages que des poules ont fait éclore, forment, dans la basse-cour, des bandes à part; qu'ils sont plus farouches; qu'ils s'envolent dès qu'ils sont adultes, et qu'ils conservent les couleurs de leur plumage sans aucune variété; tandis que celles des canards domestiques varient tellement, qu'il n'en est aucun qui ressemble parfaitement à un autre; ils ont d'ailleurs la peau de la face colorée en rouge. Mais je suis d'un sentiment contraire, et je ne doute pas que ces différences ne soient l'effet de l'esclavage. Un examen attentif suffit pour s'en convaincre. En effet, ce sont les mêmes dimensions, les mêmes formes, les mêmes proportions, et l'on reconnaît aisément que les dissemblances ne peuvent contrebalancer tant de rapports de conformité. De plus, tous ces oiseaux ont le même cri, et l'on a vu souvent un canard sauvage mâle couvrir des canes domestiques. Les femelles sont, à la vérité, très complaisantes, et elles se prêtent également aux désirs des coqs et des dindons. Noseda, qui s'en était aperçu, donna les œufs de ces canes à couver à une poule; mais ils n'étaient point fècondés.

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N°. CCCCXXVIII.

LE CANARD A CRÊTE.1

JE ne l'ai pas vu à Buenos-Ayres, et il est beaucoup moins nombreux et beaucoup plus farouche au Paraguay. Voici ce que m'écrivit Noseda au retour d'un voyage.

« J'ai rencontré un grand nombre de canards huppés; mais beaucoup plus de femelles que de mâles. Les femelles vont en troupes de trente à quarante, dans le voisinage des terrains inondés, quelquefois mêlées à des bandes d'oies, mais sans aucun mâle de leur espèce. Les mâles forment des vols de cinq à six; quelquefois on les trouve isolés, et d'autres fois en compagnie d'oiseaux d'autres espèces, mais jamais avec les femelles. Cette circonstance, aussi bien que la grande différence de grandeur entre les deux sexes, a fait soupçonner à bien des gens que e'etaient deux espèces distinetes, et l'on a voulu en vain me le persuader ».

Formes. Toutes les plumes du dessus ct du derrière de la tête, de même que celles dc la nuque, sont courtes, semblables à des écailles un peu crêpées ou frisées.

1 L'ipecati apoa brasilieusibus, pata (anser) lusitanis, Maregr. Hist. nat. Bras. lib. 5, pag. 218. — Oie bronzée, Buffon, tom. XVII, pag. 114, et pl. enl. n.° 937, sous la dénomination d'oie de la côté de Coromandel. Anser melanotus Linn.syst. nat. gen. 67, sp. 51. — Latham, syst. ornith. gen. 97, sp. 18. Cette espèce aquatique est une de celles que la nature a rendues communes aux deux continens: on effet, on la trouve aussi dans l'Inde, où elle porte le nom de nuckdah. (S.)

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27 pennes aux ailes, la deuxième la plus longue; la queue en a 14 un peu pointues. Le bas de la jambe est nu sur 10 lignes de longueur. A l'angle saillant de l'aile, on voit un bouton obtus, sans plumes et couvert d'une peau blanche. La Crête commence à la naissance du bec, se termine 22 lignes plus en avant, et forme à peu pres un demi-cercle haut de 17 lignes et épais de 2; au toucher elle paraît être de cuir fort épais et un peu flexible. Les ouvertures des narines sont ovales et sans membrane intèrieure.

Dimensions. Longueur totale, 29 pouces; de la queue, 5 un quart; du vol, 50; de la jambe, 66 lignes; du tarse, 39; du doigt du milieu, 34; du bouton de l'aile, 5; du bec, en avant de la crête, 9.

Couleurs. Le dessus de la tête, l'occiput et la nuque, sont d'un noirâtre à reflets violets en conjonction et verts en opposition; il y a aussi quelques plumes blanches. La gorge est de cette dernière couleur. Les côtés de la tête et plus de la moitié du cou entier sont d'un blanc varié de quelques taches d'un violet noirâtre; il y a aussi une teinte jaune derrière l'oreille. Le reste du cou, la poitrine et le ventre sont blancs. Les flancs, ainsi que les jambes, sont noirs, et les côtés du croupion jaunes. La queue et les ailes en dessous sont noires, avec du blanc sur les bords de quelques couvertures. Le dos et le croupion sont noirs, avec des reflets verts, violets et dorés. Une teinte plombée couvre la partie nue de la jambe et le tarse. La crete, le bee etl'œil sont noirs.

La seule femelle de cette espèce que j'ai pu observer avait 20 pouces et demi de longueur totale; elle n'avait ni la crête, ni les plumes frisées, ni la teinte jaune aux oreilles et sur les côtés du croupion; son cou entier était

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varié de blanc et de noirâtre pourpre, et le dos était raryé de blanc; du reste, les couleurs de son plumage avaient moins de vivacité que sur le mâle.

N.° CCCCXXIX.

LE CANARD A QUEUE POINTUE.1

J'AI vu quatre canards de cette espèce à Buenos-Ayres; ils ne m'ont offert aucune différence entr'eux, et ils avaient un pouce de moins en longueur que celui que je déeris.

Formes. 25 pennes aux ailes; la deuxiéme la plus longue. La queue en a 16 pointues à leur extrémité; les deux du milieu le sont plus que les autres, et elles ont 15 lignes de plus que celle qui les avoisine de chaque côté; celle-ci est plus longue de 25 lignes que la latérale, et toutes les autres sont étagées. Les couvertures de la queue se terminent en pointe.

Dimensions. Longueur totale, 22 pouces; de la queue 5 et demi; du vol, 31 deux tiers; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 22 et demie; du bec, 21.

Couleurs. Une teinte de tabac d'Espagne, Iégérement variée de noirâtre, couvre la tête; ses côtés, ainsi que la nuque etle cou, sur un pouce de longueur, sont pointillés de noirâtre sur un fond blanchâtre. Les plumes du reste du dessus du cou, du dos et du croupion, sont brunes et bordées d'une nuance moins sombre. La partie extérieure

1 Ce canard, qui a quelqu'affinité arec le canard siffleur anas penelope), en diffère trop néanmoins pour être confondu dans la même espèce; et il me parait eu constituer une nouvelte. (S.)

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de l'aile et toutes les couvertures supérieures des autres parties, sont d'un brun un peu plus clair que celui du dos; mais il y a une bande blanche sur les grandes couvertures du milieu de l'aile; les pennes ont d'abord du noir velouté et à reflets, ensuite une bande blanche plus large que celle des couvertures; les dernières pennes, blanchâtres vers leur origine, sout ensuite brunes sur le côté extérieur et noirâtres sur l'intérieur. Les pennes de la queue sont bordées de blanchâtre sur uu fond brun. La gorge est d'un blanc sale. Les plumes du reste du devant du cou, de la poitrine, des flancs et du ventre, sont noirâtres et bordées de blanc mêlé de brun. Les pennes des ailes et de la queue en dessous ont une teinte argentée, aussi bien que les grandes couvertures inférieures des ailes, les autres sont brunes; mais l'extrémité des pennes, qui est blanche en dessus, est roussâtre en dessous. Le tarse est d'un brun verdâtre et le bec noirâtre en dessus et jaune en dessous.

N.° CCCCXXX.

LE CANARD NOIRATRE A AILES BLANCHES.1

ON le trouve au Paraguay et à Buenos-Ayres. Formes. 24 pennes aux ailes, la deuxiéme la plus longue. 14 pennes pointues à la queue. Bec beaucoup plus gros à sa base que dans les autres canards. Tête aussi plus grande à proportion, sans longues plumes à l'occiput, ni verrues à la face.

Dimensions. Longueur totale, 20 pouces et demi; de la queue, 2 un quart; du vol, 32; de la jambe, 43 lignes; Uu tarse, 23; du bec, 28.

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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Couleurs. La tête et le cou entier sont d'un noir profond, avec des reflets d'un violet noirâtre. Les plumes scapulaires et les épaules sont également noires; mais en les regardant avec attention, on y remarque une infinité de points bleus. Le dos est noirâtre et le croupion brun. Les couvertures supérieures de la queue sont presque noires; la queue, les couvertures supérieures et les dernieres pennes des ailes, noirâtres; les autres pennes blanches et terminées de blanc; les petites couvertures inférieures blanchâtres et marbrées de noirâtre; les autres couverlures, de même que les pennes aussi en dessous, blanches et terminées de noirâtre. Des lignes blanches et noires parcourent en travers les côtés du corps, le ventre et les jambes. Le bas-ventre est blanc et le reste des parties inférieures pointillé de noirâtre et de blanc sale. Le tarse est d'un jaune très-faible; quelques individus l'ont orangé. L'iris est d'un orangé très-vif et le bec d'un rouge tirant sur le violet, avec du noir à sa pointe.

La femelle a un pouce de moins de longueur totale et la tête plus petite; les côtés de la tête d'un brun blanchâtre et le reste brun, de même que le cou enlier; le dessus du corps d'un brun foncé; les flancs d'un brun roussâtre; la poitrine et le ventre blanchâtres; le bec d'une teinte plombée; les jambes d'un jaune sombre et le reste comme dans le mâle.

Noseda m'a envoyé la description suivante d'un jeune canard de cette espèce: Il était avec ses père et mère, «et je les tuai tous trois d'un coup de fusil. J'avais ren contré auparavant quelques oiseaux de cette espèce, et je m'étais peu soucié de les tirer, pensant qu'ils étaient de quelqu'autre espèce bien connue; mais je soupçon nai que j'étais dans l'erreur, lorsque je vis ces oiseaux

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voler et qu'ils avaient tous les ailes blanches. On les appèle comraunément alas claras (ailes blanches), et en guarani peposaca. Ce jeune oiseau avait la tête d'un brun foncé; les plumes de la partie postérieure du cou bordées de roussâtre, sur un fond brun; le dos et le croupion noirâtres; la queue brune, en dessous blan châtre; la gorge blanchâtre; le devant du cou d'un roux clair; la poitrine et le ventre blanchâtres et faible ment variés de brun; le bas-veutre blanc; les flancs d'un brun roussâtre. Les grandes couvertures supé rieures, le fouet et les trois dernières pennes de l'aile, d'un noir profond; les autres couvertures noirâtres; les grandes de dessous très-blanches et les autres d'un brun mêlé de blanc, avec une bordure de cette dernière cout leur; les pennes blanches et termiuées de noir; enfin le bee; le tarse et les doigts, d'un bleu plombé».

N.° CCCCXXXI.

LE CANARD SPATULE.1

JE n'ai vu qu'un canard de cette espèce à Buenos-Ayres. Noseda en a tue deux au Paraguay, dans le mois

1 L'yacapatlahoac, Fernandez, Hist. avi. nov. Hisp. pag. 42, cap. 136. — Le souchet du Mexique, Brisson, ornith. tom. VI, pag. 337. — Anas Mexicana Linn. syst. nat. gen. 67, sp. 81. — Latham, syst. ornith. gen. 97, sp. 61. Ce souchet à été confondu par Buffon, avec le souchet ou le rouge d'Europe (anas clypeata). Je les ai regardés aussi comme de la même espèce; mais l'article du canard spatule de M. d'Azara m'ayant engagé à un examen plus attentif, j'ai reconnu, 1.° que ce canard ne diffère pas du souchet du Mexique; 2.° que des dissemblances nombreuses et tranchées ne permettent pas de Le réunir dans la même espèce, avec le souchet de notre continent. (S.)

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de juillet; ils étaient tous semblables les uns aux autres.

Formes. La troisième des 23 pennes de l'aile est la plus longue, et l'aile dans son ensemble étroite et terminée en pointe; aussi l'oiseau l'agite-t-il moins vivement que les autres canards. Les 16 pennes de la queue sont étagées; l'extérieure est de 24 lignes plus courte: 8 lignes du bas de la jambe sont dégarnies de plumes. L'œil est petit. La forme du bec, quoique rapprochée de celle des canards, est extraordinaire: la mandibule supérieure, large de 8 lignes à sa base, s'èlargit jusqu'à en avoir 14 à son extrémité, qui se termine en demi-cercle auquel l'onglet est attaché, en sorte qu'elle présente la figure d'une spatule; une rainure suit les bords, et leurs dentelures, longues de 2 lignes, sont plus grandes que celles des autres espèces, serrées et flexibles comme les dents d'un peigne; quoique la mandibule inférieure soit plus ètroite que la supérieure, elle s'y joint exactement; toute la surface du bec est lisse, douce et molle. Les ouvertures des narines sont ovales et sans membrane intérieure.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces; de la queue, 3 et demi; du vol, 28 et demi; de la jambe, 36 lignes; du tarse et du bec, 22.

Couleurs. Il a la tête et le haut du cou blanchâtres et comme saupoudrés de petites taches rondes et noires; le reste du cou, les flancs et les jambes d'un roux un peu rougeâtre et tacheté de noir; la poitrine et le ventre variés de noir et de rouge violet; le bas-ventre noir; le dos rayé finement de brun clair, sur sur fond noirâtre; la queue, blanchâtre en dessous, de même qu'en dessus, en observant que la penne latérale seule l'est entièrement, et que cette teinte diminue par gradation sur les autres pennes, de sorte qu'elle ne forme plus qu'une bordure aux deux du

IV. a. 22

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milieu, le reste étant noirâtre; les couvertures supérieures des ailes d'un bleu de ciel clair et vif, mélangé d'une teinte plombée, à l'exception des grandes qui sont blanches au milieu de l'aile et noirâtres avec une bordure bleue de ciel plombée sur l'extérieur; le fouet et les pennes extérieures de l'aile noirâtrès, celles du milieu d'un vert tendre et changeant, les plus proches du corps, aussi bien que les plumes scapulaires, d'un noir profond, avec un trait blanc sur le milieu de chacune; les pennes en dessous et les grandes couvertures inférieures les plus proches du corps, d'une couleur d'argent bruni; les autres couvertures blanches; une tache blanche de chaque côté du croupion; le tarse d'un orangé clair; l'iris blanc, enfin le bec trèsnoir.

Les individus que je regarde comme les femelles de l'espèce, sont un peu plus petits et les couleurs de leur plumage n'ont pas tant d'éclat.

N.° CCCCXXXII.

LE CANARD A PETIT BEC.1

J'ai observe quatre individus de cette espèce à Buenos-Ayres; ils ne différaient point entr'eux.

Formes. 25 pennes aux ailes, la deuxiéme plus longue; 14 un peu pointues à la queue. Le front assez, élevé. Les

1 Ce canard me paraît être le même que celui dont Jacquinfait mention dans son Voyage en Amérique (t. 1, pag. 3, tab. 1), sous la dénomination de viudita (petite veuve), que lui donnent les Espagnols de Carthagène. Buffon ne l'a point connu. C'est le viudita de mon édition des OEuvres de Buffon, tom. LXII, pag. 136. — Anas viduata Latham, syst. omith, gen. 97, sp. 65. (S.)

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plumes du sommet de la tête et de la nuque un peu plus longues que les autres. Le bec petit.

Dimensions. Longueur totale, 20 pouces; de la queue, 3 et demi; du vol, 33 trois quarts; de la jambe, 40 lignes; du tarse, 21; du bec, 15.

Couleurs. La face jusqu'à l'œil est blanche. Le reste de la tête et le haut du cou sont d'un noirâtre dont la teinte est plus claire sur les côtés de la tête; mais au-dessus de l'angle postérieur de l'œil commence une bandelette large de 6 lignes, qui se prolonge sur le noirâtre des côtés du cou et qui paraît un émail bleu violet en conjonction, et d'un vert tendre en opposition. Des raies blanches et noirâtres traversent les plumes du reste du cou, de la poitrine et du ventre. Les flancs sont d'un roux jaunâtre clair et les ailes en dessous de couleur d'argent; mais les couvertures inférieures sont variées de lignes et de petites taches brunes. Les plumes des épaules et les scapulaires sont noires et bordées de blanc. Le dos est noirâtre, avec une bordure blanchâtre et peu apparente à chaque plume. Le croupion est blanc. Les ailes en dessus ont leur partie extérienre, ainsi que les couvertures de la partie intermédiaire, d'un brun foncé; les autres couvertures de cette dernière portion de l'aile, blanches, avec du noir velouté à l'extrémité des grandes et sur les pennes de cette même partie; du brun noirâtre sur la partie interne, avec du blanc sur les tiges et les bords des pennes. La queue est d'un noir velouté, le tarse d'un vert noirâtre, et le bec d'un bleu de ciel clair en dessus, noir en dessous et à son extrémité.

Les individus qui me paraissent être les femelles de l'espèec, ne diffèrent qu'en ce qu'ils ont la base du bec plus courte.

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N°. CCCCXXXIII.

LE CANARD A BEC ROUGE ET PLOMBE.1

J'AI tué deux canards de cette espèce, dans une lagune des pampas de Buenos-Ayres; ils étaient semblables en tout, et ce sont les seuls que j'aie rencontrés.

Formes. La deuxième penne de l'aile est la plus longue. Il y en a 16 à la queue; elles se terminent en pointe très-aigue, sur-tout les deux du milieu; les autres sont également étagées, la latérale étant plus courte de 3 lignes.

Dimensions. Longueur totale, 19 pouces trois quarts; de la queue, 4 et demi; du vol, 29 un quart; de la jambe, 37 lignes; du tarse, 21; du bec, 18.

Couleurs. Les côtés de la tête au-dessous de l'œil et la gorge sont de couleur blanche; le reste de la tête est noirâtre. La nuque est brune et le dessus du cou a des taches noires sur un fond roux. Les épaules, les plumes scapulaires et les couvertures supérieures de la queue sont presque noires et bordées de roux. Le dos, toutes les couvertures supérieures des ailes et leurs pennes extérieures sont noirâtres; les pennes intérieures et celles du milieu, comme les plumes scapulaires, d'un vert d'émail, avec une tache couleur de tabac d'Espagne, longue de 9 lignes à leur extrémité et au-dessus une bande d'un noir velouté et large de 3 lignes; du reste, les grandes couvertures supérieures de ces mêmes pennes ont à leur bout une bande rougeâtre de la même largeur. Des taches arrondies d'un noir luisant sont parsemées sur le fond roux vineux de toutes les parties inférieures. Les couvertures du dessous

1 Cette espèce me paraît nouvelle. (S.)

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de la queue sont rousses et d'une teinte plus foncée sur leur milieu; les pennes sont blanchâtres et bordées de roussâtre en dessus comme en dessous. Le tarse a la couleur du plomb un peu noirâtre; elle est moins sombre sur le bec, dont les côtés sont d'uu rouge orangé.

N.° CCCCXXXIV.

LE CANARD AUX AILES BLEUES.1

JE n'ai rencontré cette espèce qu'à la riviere de la Plata et à Buenos-Ayres.

Formes. 24 pennes aux ailes, la deuxième la plus longue; 12 à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces et demi; de la queue, 3 un quart; du vol, 25; de la jambe, 33 lignes; du tarse, 18;du bec, 20.

Couleurs. Il a une bande étroite et noirâtre qui, commençant à la base du bec, se prolonge sur la tête en s'élargissant; le reste de la tête, le cou entier, la poitrine et le ventre rouges; les couvertures inférieures de la queue noirâtres; les petites couvertures inférieures de l'aile bleues de ciel, les moyennes brunes et terminées de roux et les grandes blanches; les couvertures supérieures d'un beau bleu de ciel, avec du blanc et un peu de roux à l'extrémité de celles du milieu; toute la portion extérieure de l'aile noirâtre, avec un liseré bleu de ciel autour des cou-

1 Le succé de mon édition des OEurves de Buffon, tom. LXII, pag. 75. — Anas Jacquini Linn. syst. nat. gen. 67, sp. 108. — Latham, syst. ornith. gen. 97, sp. 80. Jacquin (Voyages, t. 1, pag. 5, n.° 3) a observé le premier, ce canard à S. Domingue, où il porte, selon ce voyageur, le nom de succé. (S.)

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vertures supérieures; les pennes du milieu d'un vert tendre et à reflets; le dos et le croupion noirâtres; les grandes plumes scapulaires blauches dans leur milieu et noirâtrea sur le reste, les petites rougeâtres et rayées transversalement de noirâtre; le tarse jaune, enfin le bec noir.

La femelle est d'uu pouce moins grande et les teintes de son plumage sont un peu différentes. Elle a la tête d'un brun plus foncé en dessus que sur les côtés; le haut du cou, sur un pouce de longueur, également brun; le reste du cou, le dos, le croupion et la queue noirâtres, avec une bordure d'une nuance plus claire aux plumes et aux pennes; le vert tendre de l'aile peu apparent, enfin le dessous du corps varié de blanchâtre et de brun rous-sâtre.

Dans un autre individu mâle, dont la longueur totale était de 15 pouces deux tiers, on ne voyait pas de trait blanc sur la tête et toutes les couvertures inférieures des ailes étaient brunes. Depuis j'ai observé une paire de ces mêmes canards. Le mâle avait une longueur de 18 pouces et demi; toute la tête et le haut du cou tachés de noirâtre, sur un fond melangé de brun, de blanchâtre et de roussâtre; le reste du cou et les côtés du corps d'un roussâtre clair, avec des taches noires et arrondies; le dessous du corps d'un rougeâtre obscur, avec de petites taches noirâtres; les couvertures inférieures de la queue noires; la queue argentée en dessous et noirâtre en dessus, avec un liseré blanchâtre autour des pennes, enfin les bordures des couvertures supérieures de la queue et des plumes des épaules, roussâtrès. Dans la femelle, la tête et le haut du. cou étaient comme dans le mâle.

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N.° CCCCXXXV.

LE CANARD A FACE BLANCHE.1

JE ne l'ai pas vu à la rivière de la Plata; mais il est presque aussi nombreux au Paraguay, que toutes les autres espèces ensemble, et ily reste pendant toute l'année. Il forme des troupes, quelquefois de deux cents individus, qui se tiennent si près les uns des autres, que Noseda en tua seize d'un coup de fusil et vingt d'un autre. Ces canards volent beaucoup; on les entend passer à toute heure de la nuit, en ligne de bataille, quelquefois courbée en demi-lune; leur cri est un sifflement bi-bi. Il n'y a presque point de différence entre le mâle et la femelle; et ils s'éloignent des autres canards par l'envergure, la jambe et le tarse moins longs, le corps moins arrondi et que l'oiseau tient plus droit, et par le cou plus long, moins gros et moins fléchi en rond.

Formes. 27 pennes aux ailes; la deuxième et la troisième les plus longues, avec une échancrure vers leur extrémite. 14 pennes à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 18 pouces; de la queue,

1 Le canard à face blanche, Buffon, tom. VII, pag. 366. — Anas viduata Linn. syst. nat. gen. 67, sp. 38. — Latham, syst. ornith. gen. 97, sp. 65, var b. On voit, par cette synonymie, que Gmelin, dans son édition du Systema Naturœ, a confondu cette espèce avec le viudita de Jacquin (tom. LXII, pag. 136 de mon édition des OEuvres de Buffon), et que M. Latham le présente comme une simple variété de ce viudita. Mais ce sont des espèces distinctes, et le viudita est le même oiseau que le canard du numero CCCCXXXII. (S.)

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2 et demi; du vol, 33; de la jambe, 48 lignes, 9 sont dégarnies de plumes; du tarse, 30.

Couleurs. Si l'on conçoit un plan vertical qui passe à deux lignes de l'angle postérieur de l'œil, tout ce qui se trouve en avant est d'un blanc plus pur sur les côtés de la tête qu'en dessus. Derrière cette ligne, tout est noir jusqu'au milieu du cou; mais le blanc de la gorge s'avance un peu sur le devant du cou dans le mâle, et il est séparé en deux dans la femelle, par le noir qui descend en pointe du haut du cou. Le reste du cou est d'un beau rouge briqueté. Une bande large et noire se prolonge sous le corps, depuis le bas du cou jusqu'à la queue; et les flancs sont agréablement rayés en travers de blanc et de noir. Les jambes, la queue, le dos, le croupion, les pennes des ailes, toutes les couvertures inférieures de l'aile et les grandes du dessus sont noires. Les plumes scapulaires sont noirâtres et bordées de blanc pâle. Les couvertures supérieures de la partie interne de l'aile, depuis son bord jusqu'au milieu des plumes, sont rougeâtres et sur le reste d'un brun faible; les extérieures sont noires. Le tarse est bleu de ciel, ainsi que le tour de l'œil, et le bec noir, avec une petite bande bleue de ciel derrière l'onglet.

N.° CCCCXXXVI.

LE CANARD ROUGE ET NOIR.1

JE n'ai vu que deux canards de cette espèce au Paraguay, mais j'en ai observé huit à Buenos-Ayres. Noseda m'a dit que le cri de cet oiseau est un sifflement bi-bi-bi comme le précédent, mais plus rauque; qu'il n'y a point

1 Cette espèce me parait nouvelle. (S.)

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de différence entre le mâle et la femelle, et que vers le 26e degré il est aussi commun que le canard à face blanche, duquel il se rapproche par les formes et les proportions.

Formes. 27 pennes aux ailes, la première la plus longue; 16 à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 17 pouces; de la queue, 2 un tiers; du vol, 31 trois quarts; de la jambe, 46 lignes, desquelles 10 sont nues; du tarse, 29; du bec, 22.

Couleurs. Sur le fond roux foncé du dessus de la tête, se prolonge une bandelette noire et assez large, qui descend jusqu'au milieu du eou. Un collier blanchâtre coupe cette bandelette en deux parties égales et entoure le cou entier, mais il est beaucoup plus large en devant. Le reste ducou est d'un roux jaunâtre. Les plumes des épaules et les scapulaires sont presque noires et finement doublées de roux; les couvertures de la queue d'un blanc teinté de jaune paille; le dos, la queue et les ailes noires, avec un lisere d'un rougeâtre obscur autour des petites couvertures supérieures du milieu de l'aile. La poitrine et le ventre sont roux, le bas de la jambe et le tarse de couleur de plomb. Le bec a ses bords, ainsi que sa mandibule inférieure, bleus de ciel, et le reste de sa pièce supérieure d'un bleu foncé.

N.° CCCCXXXVII.

L'IPECUTIRI.1

Jpeutirt est le nom que les Guaranis donnent à cette espèce, à cause de son cri aigu tiri ou cutiri. Ces canards

1 Je ne connais point d'espèce de canards à laquelle on puisse rapporter exactement l'ipecutiri. (S.)

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me paraissent incomparablement plus nombreux au Paraguay qu'à la rivière de la Plata. On les rencontre ordinairement par couples, quelquefois en troupes de vingt, et on les voit assez, souvent se mêlér dans les lagunes avec d'autres espèces. Ils ne sont point farouches, ne voyagent point, et ils font leur nid dans les joncs au mois d'août; leurs œufs, dont j'ignore le nombre, sont blancs, plus pointus à un bout qu'à l'autre, longs de 25 lignes et gros de 16. La mue, dans cette espèce, a lieu au commencement de mai.

Formes. La deuxième des 26 pennes de l'aile est la plus longue; la queue en a 14. Quatre lignes du bas de la jambe sont dégarnies de plumes.

Dimensions. Longueur totale, 16 pouces trois quarts; de la queue, 3 et demi; du vol, 26; de la jambe, 34 lignes; du tarse, 21; du bec, 18.

Couleurs. Le devant de la tête jusqu'à l'œil inclusivement est d'un brun roussâtre; le reste des côtés de la tête, la gorge et le devant du cou sont blanchâtrs; le derrière de la tête et la nuque sont noirs. Le reste du cou est rougeâtre et le dessous du corps d'un brun mêlé de roux, avec quelques taches noires sur les flancs. Les plumes des épaules, les scapulaires, les couvertures supérieures des ailes et les dernières pennes sont d'un brun clair; le dos, la queue et les petites couvertures supérieures de l'aile d'uu noird'émail; la partie extérieure de l'aile et les pennes intermédiaires, avec leurs grandes couvertures supérieures, d'une belle couleur changeante en vert et en bleu d'émail, leur extremité blanche et surmontée d'un trait noir velouté, au-dessus duquel est une tache de bleu violet; en dessous les pennes conservent le blanc qu'elles ont en dessus; etle reste est noirâtre; ainsi que les couvertures,

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excepté les intermeédiaires qui sont blanches. Le tarse est rouge et le bec d'un rougeâtre obscur.

La femelle est un peu plus petite que le mâle; les teintes de son plumage sont plus affaiblies, son bec est couleur de plomb, et elle a une tache blanche au-dessus de l'angle antérieur de l'œil et une autre à l'angle de la bouche.

N.° CCCCXXXVIII.

LE CANARD A TÊTE NOIRE.1

J'AI acheté une paire de canards de cette espèce à Buenos-Ayres.

Formes. 24 pennes aux ailes, la deuxième la plus longue.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces trois quarts; de la queue, 2; du vol, 23 et demi; de la jambe, 33 lignes, 3 sont nues; du tarse, 17; du bec, 18.

Couleurs. Ce canard a la tête et le haut du cou d'un noir qui s'étend sur le derrière du cou et sur le corps, en prenant une teinte moins foncée; cependant, eny regardant de près, on remarque, qu'a l'exception de la tête et de la portion extérieure de l'aile, les parties supérieures sont finement piquetées de roussâtre. L'extrémité des pennes intermédiaires de l'aile et de leurs grandes couvertures supérieures est blanche. Le reste du devant du cou et ses côtés, les flancs et le croupion sont pointillés de roux clair et de noirâtre. Les couvertures inférieures de la queue sont rougeâtres et le reste des parties inférienres est comme marbré d'argent et de noirâtre. Le bord et tout le dessous de l'aile a la couleur de l'argent. Le tarse

1 Espèce nouvelle. (S.)

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est d'un noirâtre pâle et le bec d'un vert sombre, avec un peu de rouge sur les côtés de sa base.

La femelle est un peu plus petite et ses couleurs sont les mêmes; les taches de son bec sont orangées.

N.° CCCCXXXIX.

LE CANARD A BEC JAUNE ET NOIR1

JE n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce; je l'avais acheté en décembre à Buenos-Ayres.

Formes. 25 pennes aux ailes, la deuxième la plus longue; 12 à la queue. Le bec enfonce à sa base.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces; de la queue, 2 cinq sixièmes; du vol, 24 trois quarts; de la jambe, 32 lignes; du tarse, 18; du bec, 15 et demie.

Couleurs. Des raies noirâtres et d'un blanc sale couvrent toute la tête et le haut du cou. Les plumes du Derrière du cou, celles des épaules et les scapulaires, sont noirâtres et bordées de brun très-clair; le dos, le croupion et la queue sont de couleur brune, aussi bieu que l'aile, aux exceptions suivantes près: Une bande d'une faible couleur de tabac d'Espagne et large de 3 lignes couvre l'extrémité des couvertures supérieures du milieu de l'aile; une autre bande un peu plus large et d'une teinte plus faible est au bout des pennes de cette même partie, lesquelles sont d'un noir velouté sur le reste; mais les deux plus internes ont leur côté extérieur doré en opposition et vert tendre en conjonction; les petites couvertures inférieures sont noirâtres, les grandes argentées, avec du blanc à leur extrémité, et les autres blanches et

1 Espèce nouvelle. (S.)

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tachetées de noirâtre. Le reste du cou est parsemé de laches noires sur un fond blanchâtre. La poitrine et le ventre sont presque blancs, avec des raies noirâtres et intei rompues. Le bas-ventre et les jambes sont bruns. Le tarse est d'un plombé clair, le bec noir à sa base et à son extrémité, et d'un jaune pur sur le reste de sa longueur.

N.° CCCCXL.

LE CANARD A BEC TRICOLOR.1

J'AI observé plusieurs de ces canards au Paraguay, et il me semble qu'ils se trouvent aussi à Buenos-Ayres. Leurs habitudes sont les mêmes que celles de l'ipecutiri. La femelle ne diffère du mâle que par sa taille plus petite. Quelques-uns de ces canards nichent dans les trous des murailles de l'église d'Areco.

Formes. Des 24 pennes de l'aile la deuxième est la plus longue; il y en a 14 à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces et demi; de la queue, 2 et demi; du vol, 22 trois quarts; de la jambe, 30 lignes; du tarse et du bec, 17.

Couleurs. Tout le dessus de la tête est noir, l'occiput brun et le reste de la tête blanc roussâtre. Les plumes du dessus du cou et du dos ont un liseré et un ou deux traits en travers, d'un blanc lavé de roux, sur un fond noirâtre. Les scapulaires et les dernières pennes des ailes sont d'uti brun noirâtre, avec une bande blanche et longitudinale sur les pennes. Les couvertures supérieures de la partie externe de l'aile sont d'un plombé noirâtre; mais les grandes du milieu ont leur extremité blanche, ce qui

1 Cette espèce me parait nouvelle. (S.)

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forme sur l'aile une zone large de 3 lignes; une autre zone un peu plus large couvre le bout des pennes correspondantes, lesquelles ont en outre une bande de noir velouté au-dessus de la première, et du vert à reflets bleus, violets et dorés sur le reste de leur longueur. Des lignes noires et blanches traversent le croupion, la queue, le ventre et les jambes. Le devaut du cou et la poitrine ont des taches noires, sur un fond blanc roussâtre. Les petites couvevtures inférieures des ailes sont noirâtres, les autres blanches et les pennes d'une couleur d'argent bruni, avec du blanc à l'extremité de celles du milieu de l'aile. Le tarse est d'une teinte de plomb claire, l'iris roux etle bec bleu de ciel, avec du noir à sa base et sur son onglet et une tache orangée près de la narine.

N.° CCCCXLI.

LE CANARD A COLLIER NOIR.1

Formes. 23 pennes aux ailes, la troisième plus longue; 12 à la queue.

Dimensions. Longueur totale, 14 pouces; de la queue, 2 deux tiers; du vol, 25; de la jambe, 30 lignes; du tarse et du bec, 18.

Couleurs. Les plumes du front, des côtés de la tête et quelques-unes du devant du cou, sont blanchâtres, avec un peu de brun sur leur milieu. Le dessus de la tête est noir, et cette couleur forme un collier au bas de la nuque; un trait blanc descend du côté de l'occiput jusqu'au collier. Le reste du derrière du cou et les dernières pennes

1 Ce canard ne peut se rapporter, avec précision, à aucune des espèces connues. (S.)

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de l'aile sont de couleur brune, et le dos, le croupion, la queue, les couvertures des ailes d'un noir profond; mais il y a sur les couvertures supérieures du milieu de l'aile une grande tache blanche en ellipse, et leur extrémité est noire, de même que les pennes extérieures; celles du milieu sont d'un vert luisant en opposition et bleues en conjonction, les plumes scapulaires rougeâtres, le devant du cou depuis le collier et la poitrine tachés de noir, sur un fond rouge de brique. Le ventre est d'un blanc sale, rayé finement en travers dc noirâtre, etle bas-ventre noir. Il y a de chaque côté du croupion une grande tache blanche, séparée par un trait noir d'une autre tache qui est derrière. Le tarse est d'un blanc mêlé de couleur de rose et le bec d'un bleu de plomb.

N.° CCCCXLII.

LE CANARD A SOURCIL BLANC.1

JE n'ai pu observer que deux oiseaux de cette espèce au Paraguay; leurs habitudes sont les mêmes que celles de l'ypecutiri.

Formes. 25 pennes aux ailes, la première et la deuxième sont les plus longues; la queue en a 12. La jambe est très-peu dégarnie de plumes à sa partie inférieure.

Dimensions. Longueur totale, 13 pouces un quart; de la queue, 2 un quart; du vol, 22; de la jambe, 27 lignes; du tarse, 16 et demie, du bec, 17 et demie.

Couleurs. Une sorte de sourcil blanc s'étend jusqu'à la nuque. La paupière inférieure et la gorge sont blanches. Le reste de la tête est brun. Le devant du cou, la

1 Je regarde cette espèce comme nouvellement décrite. (S.)

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poitrine et le ventre sont blancs et traversés par des bandelettes brunes; les couvertures inférieures de la queue n'ont du brun qu'à leur extrémité; celles des ailes, de même que les pennes aussi en dessus, ont la couleur de l'acier bruni. Le dessus du cou, les plumes scapulaires et les 3 ou 4 dernières pennes de l'aile, sont brunes. La queue est noirâtre et terminé de roux faible. La partie extérieure de l'aile est d'un brun noirâtre, comme le grand côté des autres pennes, dont l'autre côté est d'un vert vif avec une bordure violette. Toutes les couvertures supérieures de la partie interne de l'aile sont noires, et celles de la partie moyenne ont une grande tache ovale et blanche sur un fond noir. Le tarse est d'un blanc mêlé de couleur rose, l'iris brun et le bec noirâtre, avec un peu de bleu foncé à son bout.

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CARACTÈRES COMMUNS

AUX MACAS.1

LES Guaranis désignent, sous la dénomination de macas, les oiseaux de cette famille. Quoique je les aie décrits tous au Paraguay, je ne doute pas qu'ils n'existent aussi à la rivière de la Plata. Leur aile est étroite; et dans l'état de repos, elle est cachée par les plumes scapulaires et par celles des côtés du corps. Au lieu de queue, ces oiseaux n'ont qu'un pinceau de petites plumes, dont les barbes ressemblent à des soies. Ils ont la tête assez. petite, alongée et assez semblable à celle d'une couleuvre; le bec droit, pointu, fort, ses mandibules égales en force et en longueur, et ses bords tranchans; les ouvertures des narines sans membrane intérieure; le cou long et délié; les plumes de la tête et du cou courtes, pressées, serrées et décomposées; le corps aplati et revêtu de plumes courtes, épaisses et impénétrables à l'hurnidité; les jambes entièrement engagées dans l'abdomen, et placées si fort en arrière, que le tarse naît de l'extrémité du corps et qu'il se jète en dehors sur un plan horizontal; et ce tarse est bien plus une rame et un gouvernail, qu'un instrument propre à la marche; il est, du reste, très-comprimé, et ses écailles forment devant et derrière une rangée de dents comme une scie. La membrane ou nageoire des doigts est divisée par lobes. Les

1 Ce sont les grèbes et les castagneux. (S.)

IV. a. 23

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ongles sont larges, aplatis, et paraissent des écailles enveloppées par la membrane. Le doigt extérieur est égal ou plus grand que celui du milieu.

Nou-seulement les macas ne peuvent marcher, mais je ne crois pas même qu'ils puissent prendre leur volée quand ils sont à terre. L'on m'en apporta un que l'on avait pris à la main sur le sol où il se trouvait par hasard. J'ai observé dans plusieurs individus vivans, que tout ce qu'ils pouvaient faire, c'ètait de dresser, avec beaucoup de peine, leur corps verticalement, et d'avancer, ses pieds jetés en dehors, par petits pas courts et précipités; mais ils retombaient bientôt sans avoir parcouru plus d'un pied et demi de terrain. Ils plongent pour éviter les dangers, et ils vont sortir de l'eau fort loin de l'endroit où ils y sont entrès; ils ne font point usage de leurs ailes pour fuir, même quand on les tire et qu'on les blesse. Cependant, comme ils fréquentent les rivières et les lagunes au milieu des terres, il est nécessaire qu'ils sachent s'élever au vol depuis la surface de l'eau, qui est leur unique élément; ils y plongent et y poursuivent les petits poissons avec beaucoup d'adresse; ils nagent tres-bien en agitant les pieds, comme des rames; sur un plan horizontal; ils tiennent leur corps plus hors de l'eau que les canards, et leurs mouvemens sont plus prompts et plus vifs. Lorsqu'on les prend, ils donnent de violens coups de bec.

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N.° CCCCXLIII.

LE MACAS CORNU1

JE n'ai vu que deux individus vivans de cette espèce; je les lâchai dans ma cour, et j'observai qu'ils remuaient avec vivacité leur tête et leur cou, et que leur corps semblait être paralysé sur la terre. Leur attitude était comme celle des grenouilles, les tarses places en dehors. Je leur donnai de la viande crue; et quoiqu'ils la prissent avec toutes les marques de la faim, ils la rejetaient à l'instant, comme si cette nourriture leur eût causé du dégoût. Le lendemain ils commencèrent à languir, et le soir ils moururent. Quand ils étaient tranquilles et appuyés sur le terrain, ils formaient une S avec leur cou, dont le milieu touchait au dos, et le bout du bee un peu penché ne dépassait presque pas la base du cou.

Formes. Sur le derrière de la tête il y a une touffe épaisse de plumes un peu couchée en arrière, et que l'oiseau relevè presque verticalement lorsqu'il est en colère; quelquefois aussi il la sépare en deux parties qui forment le V, ou deux petites cornes, et il hérisse en même temps les plumes de sa tête. 30 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième les plus longues. La position naturelle du pinceau de plumes qui tient lieu de la queue, est d'être

1 Le grèbe cornu, Buffon, tom XV, pag. 365. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 45. — Colymbus cornutus Brisson Lin. geu. 75, sp. 7, var. b. Nota: Que Gmelin fait de oiseau une variété dans l'espèce du grèbe huppé (colymbus cristatus). — Podiceps cristatus Latham, syst. ornith. gen. 84, sp. 1 Fernandez a décrit au Mexique le grèbe cornu, sous la dénomination d'acitli seu aqueus lepus (Hist. avi. nov. IIisp. pag. 41, cap. 130. (S.)

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èlevée de 45 degrés au-dessus du croupion. Le genou est nu. Le doigt de derrière est bien plus latéral que l'interne, qui est enveloppé dans la membrane; les autres doigts diffèrent de ceux des canards, en ce que leur membrane est coupée par lobes à l'entour de chaque doigt, comme la feuille du figuier. Le bec est très-droit, robuste, et la bouche démesurément grande.

Dimensions. Longueur totale, 22 pouces et demi; du pinceau de plumes du croupion, 2 un quart; du vol, 15 et demi; de la jambe, 63 lignes; du tarse, 33; du doigt extérieur, 36; du doigt du milieu, 33; de l'interne, 28; et du postérieur, 8; du bec, 35.

Couleurs. Un bleu lustré et presque noir couvre le dessus de la tête et du cou; cette couleur forme, au bas de la gorge, un collier étroit. Les côtés de la tête et la gorge sont d'un bleu argenté; le devant et les côtés du cou d'un rougeâtre qui commence à prendre une teinte blanche un peu au-dessus de la poitrine, et devient d'un blanc lustré sous le corps. Les flancs sont d'un roussâtre teinté de brun. Les ailes sont blanches, à l'exception des grandes couvertures supérieures, qui sont noirâtres, de même que le dos et le croupion; il; y a aussi du brun à l'extrémité des pennes extérieures. La queue est presque noire en dessus et rougeâtre en dessous; l'iris rouge et le bec noir, avec du blanc sale à sa pointe.

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N. ° CCCCXLIV.

LE MACAS A BEC CROCHU.1

JE n'ai vu qu'un seul oiseau de cette espèce, que j'ai aeheté en janvier.

Formes. 27 pennes aux ailes. Bee long, épais, large et droit jusqu'aux trois quarts de sa longueur, où il jprend une assez. forte courbure. La paupière est nue, ainsi qu'un peu de la peau en dessous, et une bandelette étroite qui s'étend jusqu'au bec.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces cinq sixièmes; de la queue, 1 un quart; du vol, ZI; de la jambe, 41 lignes; du tarse, 21; du bec, 10.

Couleurs. Le dessus dela tête, du cou et du corps est noirâtre. Les ailes sont brunes. Une tache de noir velouté s'étend depuis l'angle antérieur de l'œil jusqu'au bec, et elle descend sur le haut de la gorge. Les côtés de la tête sont d'un brun blanchâtre, de même que les côtés et le devant du cou sur la moitié de sa longueur. Le reste des parties inférieures a une teinte d'argent bruni. Le tarse est d'un plombé noirâtre; le bord de la paupière très-blanc, et le bec bleuâtre et ceint, dans son milieu, par un petit anneau d'un noir velouté, large de trois lignes.

1 Le grèbe de la Louisiane, Buffon, tom. XV, page. 373.— Colymbus Ludovicianus Lin. syst. nat. gen. 75, sp. 22. —Podiceps Ludovicianus Latham syst. ornith. gen. 84, sp. 13. (S.)

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N.° CCCCXLV.

LE PETIT MACAS.1

CETTE espèce est la moins rare de toutes. J'ai observe plusieurs individus qui n'offraient aucune différence enir'eux; l'un de ces oiseaux avait été pris à la main hors de l'eau, pres d'un ruisseau; mais il périt dès le lendemain.

Formes. 28 pennes aux ailes, les 4 premières sont presque égales. Bee droit, pointu et robuste.

Dimensions. Longueur totale, 8 pouces; de la queue, 1 et demi; du vol, 14; de la jambe, 27 lignes; du tarse, 9 et demie; du bec, 8 et demie.

Couleurs. Il a le dessus de la tête et du cou, aussi bien que le haut de la gorge, d'un noir peu foncé; les côtés et le devant da cou, comme les côtés de la tête, d'un cendré noirâtre; le dessous du corps varié de blanc et de brun; les ailes d'un beau blanc en dessous; toutes les parties supérieures noirâtres; le tarse et le bec noirs; enfin, l'iris jaune.

Un autre individu un peu plus grand avait le cou entier, les épaules et une bonne partie des flancs noirâtres; le dos et les couvertures supérieures de l'aile bruns; les ailes blanchâtres en dessous, avec un peu de brun au

1 Le castagneux de Saint - Domingue, Buffon, tom XV, pag. 384. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 64 — Colymbus Dominicensis Linn. syst. nat. gen. 75, sp. 10. — Colymbus Dominicus Latham, syst. ornith. gen. 84, sp. 10. Cette espèce se trouve aussi à la Guiane. (S.)

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bout des pennes les plus rapprochées du corps; le dessous du corps varié de blanc sale et de noirâtre; enfin, le reste de même que dans le premier.

N.° CCCCXLVI.

LE MACAS A DOIGTIER.1

LA description de cet oiseau est une des premières que j'ai faites dans un temps ou j'ètais fort ignorant; depuis je n'ai pu en rencontrer un autre. Je l'ai nommé à doigtier par rapport à la membrane singulière de ses doigts. Don Juan Machain vit, au mois d'août, un macas de cette espèce nager dans une lagune près de la rivière du Paraguay, vers le 25e degré de latitude; il le tua pour un canard. Don Machain s'approcha avec son canot pour prendre sa chasse, et il fut étonné d'entendre crier; il chercha et il découvrit sous des plautes, un petit macas récemment éclos.

Le macas à doigtier a la tête, le bec, le con et les écailles de la membrane des pieds, comme dans les autres espèces; mais cette membrane est circulaire, et la queue n'est pas conformée de même que dans les espèces précédentes.

Formes On m'a donné cet oiseau sans queue; mais il avait à chaque côté du'coccix 3 plumes longues de 10 lignes. 20 pennes aux ailes, la deuxième et la troisième plus longues. La tête est petite; les plumes de l'occiput sont un peu plus longues que les autres, el celles de la

1 Le grèbe-foulque, Buffon, tom. XV, pag. 385, et pl. enlum. n.° 893.

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tête et du cou sont très-courtes et serrées. Le bec est droit jusqu'à sa moitié, et presque insensiblement courbé sur le reste.

Dimensions. Longueur totale, 9 pouces et demi, du vol, 27; de la jambe, 22 lignes; du tarse, 12; du bec, l5.

Couleurs. Le dessus de la tête est noir; les joues et la panpière inférieure sont blanches, aussi bien qu'un trait qui, formant le sourcil, s'étend jusque derrière la tête; il y a un autre trait noir qui prend à l'angle postérieur de l'œil et se prolonge jusqu'à l'occiput, dont la couleur est noire, ainsi que la moitié du derrière du cou. Une tache de roux clair est à l'angle de la bouche; au-dessous deux bandelettes, l'une blanche et l'autre noire, descendent sur la moitié des côtés du cou. Le haut du devant du cou est blanc, le reste, de même que la poitrine, d'un brun blanchâtre, et le ventre blanc. Les couvertures inférieures de la queue, les jambes, les flancs, le reste du dessus du cou, le dos et le croupion sont d'un brun verdâtre comme les ailes, à l'erception des pennes extérieures et de leurs couvertures, lesquelles sont noirâtres. Les plumes qui restaient de la queue étaient noires et terminées de blanc. Le tarse noir a une bande jaune paille qui règne sur la moitié de son côté extérieur. Le beec est noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous, et rouge le long de ses bords.

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N.° CCCCXLVII.

LA FOULQUE.1

NE connaissant pas le nom de cet oiseau, je lui ai appliqué celui de foulque, parce qu'il ressemble à la foulque d'Espagne. J'ai eu trois individus vivaus de cette espèce au Paraguay; je les ai lâchés dans ma cour, où ils ont paru tranquilles, stupides et paresseux. Jamais ils ne faisaient usage de leurs ailes, même quand on les tourmentait, et ils paraissaient privés de la faculté de voler. Je leur donnais du pain mouillé et de petits morceaux de viande crue; mais ils refusèrent toute nourriture, et ils périrent le troisième jour de leur captivité. J'ai observé un autre individu à Buenos-Ayres dans le mois de juillet. Il ressemblait aux yahanas par la queue, la forme du bec, quoique plus gros et court à proportion, l'iris, l'ensemble de la conformation, quoique plus gros, et le piquant du fouet de l'aile; mais il en différait beaucoup par sa stupidité et la lenteur de ses mouvemens. II avait la poitrine aplatie, moins cependant que les macas et les canards; le plumage plus serré; le tarse plus comprimé que les yahanas; enfin, la membrane des doigts et les ailes plus étendues.

Formes. Il parait plus gros qu'il ne l'est en effet, à cause de ses plumes décornposées, douces au toucher, longues, et si serrées, que l'on ne peut voir la peau

1 La foulque on morelle, Buffon, tom. XV, pag. 327, et pl. enl. n° 197. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 23. — Fulica atra Linn syst. nat. gen 91, sp. 2. — Latham, syst. ornith. gen. 83, sp. 1. (S.)

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sans les arracher; son cou est aussi plus gros. Les 26 pennes de l'aile sont faibles, et la deuxième est la plus longue. La queue est composée de 12 pennes pointues et de la forme de celles des canards; elles sont entièrement cachées par leurs couvertures. Le bas de la jambe est nu et le tarse très-comprimé. Les membranes des doigts sont circulaires et écailleuses; celle du doigt extérieur, qui l'enveloppe entièrement, a de petits festons; les deux autres doigts sont engagés dans deux membranes, et tous sont totalement séparés; celui de derrière n'a de membrane que sur son côté interne. L'œil est assez, grand. La base du bec s'avance sur le front, presqu'en demi-cercle; elle est aplatie et un peu molle; le bec lui-même est plus épais que large, comprimé sur les côtés, robuste et droit jusqu'au dernier tiers, où il se courbe faiblement. Les ouvertures des narines sont étroites et sans membrane intérieure.

Dimensions. Longueur totale, 12 pouces deux tiers; de la queue, 1 sept douzièmes; du vol, 23; de la jambe, 43 lignes; du tarse, 28; du doigt du milieu, 31 et demie; du bec, 18; des narines, 4.

Couleurs. La tête entiere et la moitié du cou sont d'un noir profond; le reste du plumage est d'une teinte moins foncée, particulièrement aux parties inférieures. Les couvertures inférieures de la queue, l'extrémité des pennes de l'aile les plus rapprochées du corps, les bords de la première penne et le piquant de l'aile sont blancs; les pennes de l'aile en dessous, ainsi que les grandes couvertures inférieures, ont la couleur de l'argent, et les autres couvertures, de même que l'aile en dessus, sont noirâtres. La partie nue de la jambe est d'un vert jaunâtre; le tarse d'un vert pâle en devant et noirátre sur le reste;

[page] 363

l'iris rouge de sang, et le bec d'un blane verdâtre à sa base, d'une teinte plus foncée et faiblement lavé de rouge sur le reste.

N.° CCCCXLVIII et dernier.

LA FOULQUE A JARRETIERES ROUGES.1

J'AI rencontré trois paires de cette espèce, au milieu d'un jour de septembre, dans une petite rivière du Paraguay. Je remarquai que ces oiseaux nageaient avec aisance, mais avec moins d'agilité que les canards; à mon. approche, quelques-uns montèrent sur le rivage pour se cacher dans les plantes; ils marchaient assez bien et d'assez, bonne grâce; mais aucun ne plongea, même après les avoir tires. J'en luai deux que je coinparai à l'espèce précédente, et j'y trouvai les différences que je vais décrire, et qui me paraissent suffire pour constituer une espèce distincte et séparée.

Formes. Les 14 pennes de la queue ne se terminent pas en pointe. Le bas de la jambe est nu. Le tarse n'est pas très-comprimé ni la base du bec circulaire à son insertion dans la tête.

Dimensions. Longueur totale, 15 pouces et demi; de la queue, 1 trois quarts; du vol, 25; de la jambe, 58 lignes; du tarse, 34; le bec, 19 et demie.

1 La macroule, on grande foulque, Buffon, tom. XV, pag. 336. — Brisson, ornith. tom. VI, pag. 28. — Fulica aterrima. Linn. syst. nat. gen. 91, sp. 3. — Latham, syst. ornith. gen. 84, sp. 2 (S.)

[page] 364

Couleurs. Les pennes des ailes les plus rapprochées da Corps, n'ont point de blanc à leur extrémité. Le bas de la jambe est d'un orangé vif; le bec d'un jaune verdâtre, avec une tache couleur de sang sur la mandibule supérieure, et le reste comme dans l'espèce précédente.

FIN.

[page 365]

TABLE

ALPHABÉTIQUE.

Les lettres a et b indiquent le premier et le second tome; le chiffre arabe la page.

A.

ACABIRAY, ou Vautour aura, a. 23.

Acahé, espèce nouvelle, a. 152.

Acahe-hu, voyez Pie bleue.

Acintli, voyez Yahana blanc et bleu roussâtre.

Agripenne, ou Ortolan de riz. Voy. Chipiu à tête jaune.

Aguapeazos. Caracteres qui leur sont communs, b, 249.

Aguapeazo proprement dit, ou Thegel. b, 250.

blanc en dessous, ou Jacana varié. b, 252.

Aigles. CaractèRes qui leur sont communs. a, 39.

Aigle brun, espèce nouvelle. a, 44

Aigle couronné, ou Calquin, a, 41.

Aigle noirâtre et blanc, espèce nouvelle. a, 43.

Aigle à queue blanche, présumé ètre le Tharu. a, 47.

Aigrettes (grande et petite). Voy. Hérons (grandetpetit), blancs à manteau.

Aile singulière, espèce nouvelle. a, 359.

Alouettes. CaractèRes qui leur sont communs. a, 314

Alouette brune, espèce noutelie. a, 318.

Alouette à dos rouge oit Alouette noire, à dos fauve. a, 321.

Amazone à tête jaune. Voyez Perroquet à tête jaune.

Amazone à tête rouge. Voyez Perroquet à cou rouge.

Ani des Paletuviers. Voyez Anno Guazu.

— des Savannes. Voy. Anno.

Annos. Caractèees qui leur sont communs. b, 22.

— ou Ani des Savannes. b, 26.

Guazu, ou Ani des Paletuviers. b, 28.

Annunbi, espèce nouvelle. a, 437

Annumbi rouge, espèce nouvelle, a. 431.

Anonyme, espèce nouvelle. b, 124.

Ara bleu. Voy. Guyacamayo canindé.

Ara militaire. Voy. Maracana fardé.

Ara rouge. Voy. Guyacamayo rouge.

Araguira, ou friquet huppé. a, 298.

Autruche de Magellan. Voy, Nandu.

[page] 366

B.

Baguari, ou Maguari. b, 184.

Balanceur, espèce nouvelle. a, 304.

Basacaraguay, ou Troglodyte de Buenos-Ay res. a, 323.

Bataras. CaractèRes qui leur sont communs. a, 412.

Batara à amygdales nues, ou Casque noir, ou Merle à. tête noire du cap de Bonne-Fspérance. a. 429

Batara à gorge noire, a, 426.

Batara (le grand), espèce nouvelle. a, 419

Batara mordoré, espèce nouvelle. a, 423.

Batara noir et plombé, espèce nouvelle. a, 422

Batara rayé, espèce nouvelle. a, 420.

Batara rouge, espèce nouvelle. a, 427.

Batara roux, espèce nouvelle. a, 424.

Bécarde. Voy. Distingué à tête noire.

— à ventre jaune. Voy. Neinei.

Bécasseau, Voy. Chorlito à tête et cou noirâtres.

Becassines. CaractèRes qui leur sont communs. b, 257.

première espèce, ou Petite Bécasse d'Amérique. b, 258.

— deuxième espèce, ou Bécassine des Savannes. b, 259.

Bec argenté, espèce nouvelle. a, 453.

— en ciseaux. Voy. Coupeur d'eau.

rond. Voy. Gros-Bec bleu.

rond à ventre roux. Voyez Gros-Bec brun et roux.

Beque - Fleurs. Caractères qui leur sont communs. b, 80.

à bande noire le long du corps, espèce nouvelle. 6, 89.

bleu en dessous, ou Oiseau monche à larges tuy aux. b, 91.

bleu en dessous; variéte du Colibri plastron noir. b. 91.

cendré obscur en dessous, espèce nouvelle. b, 89.

paint, ou Colibri piqueté. b, 92.

le plus beau, ou le Saphirémeraude. b, 88.

a poitrine canelle, espèce nouvelle. b, 86.

à queue bleue et fourchue, espèce nouvelle. b, 87.

à queue en ciseaux, espèce nouvelle. b, 93.

à queue couleur de topaze, espèce nouvelle. b, 86.

aux tempes blanches, espèce nouvelle. b, 84

Becs-en-poinçon. Caractères qui leur sont communs. a, 246.

Bec-en-poinçon bleu, espèce iucertaine. a, 255.

Bec-en-poinçon bleu et blanc, ou Coiffe noire, a, 251.

Bec-en-poinçon bleu et blanc bleuâtre, espèce incertaine. a, 254.

Bec-en-poinçon bleu et blanc, espèce nouvelle. a, 257.

Bec-en-poinçon bleu et roux, espèce incertaine. a, 250

Bec-en poinçon jaune, à barbe noire, ou Tangara à gorge noire, a, 247.

Bec-en-poinçon noir et bleu de ciel, ou Pitpit bleu. a, 249.

Bec-en-poinçon couleur de plomb, ou Manakin cendré. a, 258.

Bec-en-poinçon, à poitrine dorée. a, 256.

Bec-en-poinçon, à queue en pelle, espèce nouvelle. a, 259.

Bienteveo, ou Puitaga. a, 295.

Bihoreau de la Jamaïque. Voy.

Heron brun tacheté.

de la nouvelle Calédonie. Voyez Tayazu-Guira.

[page] 367

Blanche-raie. Voyez Troupiale à gorge ensunglantée, première espèce.

Bonana. Voyez Saihobi.

Bouveret. Voyez Gros bec changeantgeant.

Bouv. euil à bec blanc, de la Guyanne. Voyez Gros-bec noir et roux.

Bouvr il bleu d'Amérique. Voyez Gros-bec bleu.

Busard du Brdésil. Voyez Caracara.

Buserai, ou Busard roux de Cayenne. Voy Buse des Savannes noyées, à tête blanche.

Buses des champs. CaractÈres qui leur sont communs. a, 84.

Buse des champs, à ailes longues; espèce nouvelle. a, 86.

Buse des champs, brune, ou Soubuse des marais. a, 90.

Buse des champs, cendrée, ou Epervier cendré de Cayenne. a, 88.

Buses mixtes. Caractères qui leur sont communs. a, 60.

Buse mixte, brune, espèce nouvelle. a, 65.

Buse mixte, couleur de plomb; espèce nouvelle. a, 67.

Buse mixte, noirâtre et rousse; de l'espèce du grant; épervier de Cayenne, a, 63.

Buse mixte, noire; espèce nouvelle. a, 64

Buse mixte. peinte; variété de celle à longues taches. a, 63.

Buse mixte à longues taches; espèce nouvelle. a, 60.

Buses des Savannes nayées. Caractères qui leur sont communs. a, 49.

Buse des Savannes noyées, d'un rougeâtre foncé, ou Buson. a, 54.

Buse des Savannes noyées, rousse; espèce nouvelle. a, 50.

Buse des Savannes noyées, taches longues; espèce rapprochée du Mansfeni des Antilles, a, 5 51.

Buse des Savannes noyées, è tête blanche, ou Buserai. a, 53.

Buse sociable; espèce nouvelle. a, 57.

Buson. Voy. Buse des Savannes noyées, d'un rougeâtre foncé.

C.

Cabure, espèce nouvelle. a, 129.

Calandrias. Caractères qui leur sont communs. a, 440.

Calandria proprement dit, espèce nouvelle. a, 441

Calandria à trois queues, espèce nouvelle. a, 444.

Calquin. Voy. Aigle couronné.

Canards. Caractères qui leur sont communs. b, 326.

Canard aux ailes bleues, ou Succé. b, 341.

à bec jaune et noir, espèce nouvelle. b, 348.

à petit bec, ou Vindita. b, 338.

à bec rouge et plombé, espèce nouvelle. b, 340.

à bec tricolor, espèce nouvelle. b, 349.

à collier noir, espèce nouvelle. b, 350.

à crête, ou Oie bronzée. b, 331.

à face blanche, b. 343.

—(Le grand), on Canard royal, ou Canard musqué. b, 327.

noirâtre à ailes blanches, espèce nouvelle. b, 334.

à queue pointue, espèce nouvelle. b. 333.

[page] 368

Canard rouge et noir, espèce nouvelle. b, 344.

à sourcil blanc, espècenouvelle. b, 351

spatule, ou Souchet du Mexique. b, 336.

à tête noire, espèce nouvelle. b, 347.

Cangui, ou Nandapoa. b, 188.

Capita, ou Rouge-cap. a, 300.

Caracaras. Caractères qui leur sont communs. a, 30.

ou Busard du Brésil. a, 32.

Cardinal dominic. huppé, de la Louisiane. V. Huppé rouge.

Carouge de Cayenne. Voyel Yapu noir et jaune, et Troupiale noir, à couvertures des ailes jaunes.

Carouge de Saint-Domingue. Voyez Guirahuro, et Dragon.

Carouge de l'ile St.-Thomas Voyez Troupiale noir, à couvert des ailes jaunes.

Casque noir. Voyez Batara à amygdales nues.

Cassique huppé de Cayenne. Voyez Yapu proprement dit.

Castagneux, de St - Domingue. Voyez Magas (petit).

Chacuru, ou Tamatia. b, 18.

Chaja esèce nouvelle. b, 179.

Chardonneret jaune. Voy. Gafarron.

charpentiers. Caractères quileur sont communs. b, 1.

Charpentier blanc et noir, esp. nouv. b. 11.

burn et doré, ou Petit Pic olive de S.-Domingue. b, 15.

des Champs, ou Pic aux ailes dorées. b, 9.

à dos blanc. b, 5.

doré et brun, espèce nouvelle. b, 14.

à huppe et cou rouges, ou Pic à cou rouge. b, 6.

Nain, ou trés-petit Pic de Cayenne. b, 17.

noir, ou Ouantou, ou Picnoir huppé de Cayenne. b, 3.

tacheté, esèce nouvelle. b. 16.

à ventre rouge, espèce nouvelle. b, 12.

vert doré, espèce nouvelle. b. 14.

d'un vert foné, ou petit Pic rayé de Cayenne. b, 8.

Chat-Oiseau Voy. Grive rousse et noirâtre..

Chevalier blanc. Voy. Chorlito aux pieds rouges.

Chevalier varié. Voy. Chorlito champêtre.

Chevêche (grande) de S. -Damingue. Voyez Suinda.

Cheveche-lapin. Voyez Urucurea.

Chicli, espèce nouvelle. a, 464.

Chiichit, alouette d'une espèce nouvelle. a, 317.

Chimachima, espèce nouvelle. a 37.

Chimango, espèce nouv. a, 35

Chingolo, espèce nouvelle. a, 294.

Chipius. Caractères qui leur sont communs. a, 286.

Chipiu brun et roux, espèce nouvelle. a, 311.

Chipiu noir et blanc, espèce nouvelle. a, 312.

Chipiu noiret rougeâtre, espèce incertaine. a, 309.

Chipiu proprement dit, ou Verdier. a, 289.

Chipiu à tête jaune, ou Agripenne, ou Ortolan de riz. a, 287.

Chipiu à tête rayée, espèce nouvelle. a, 286.

Chiricote espèce nouvelle. b, 230.

de couleurplombée; idem. b, 231.

Chiriri ou Coucou pointilld. b, 38.

Chochi, ou Coucou brun, varié de roux. b, 33.

[page] 369

Choliba, variéte du Scops, ou Petit-Duc. a, 126.

Chopi, espèce de Troupiale. a, 171.

Chorlitos. Caractères qui leur sont communs. b, 271.

à bordures de blanc ronssâtre, espèce nouv. b, 277.

brun et piqueté de blanc, espèce nouv. b, 274.

champêtre, ou Chevalier varié. b, 275.

à cou brun, espèce nouvelle. b, 284.

é croupion blanc, ou Yacatoptil du Mexique. b, 271.

à demi-coliers blanc et noirâtre, ou Perdrix de mer à colier. b, 285.

à dos noir, espèce nouvelle. b, 280.

à. front roux, espèce nouvelle. b, 272.

(Grand), brun, espèce nouvelle. b, 278

à gorge d'un blanc roussâtre, espèce nouvelle. b. 283.

(Petit), brun, espèce nouvelle. b, 279.

aux pieds rouges, ou Chevalier blanc. b, 281.

à tarse comprimé> espèce nouvelle. b. 289.

à tête et cou noirâtres, ou Bécasseau. b. 287.

Chororo, espèce nouvelle. b. 156.

Chouette à collier. Voy. Nacurutu sans aigrettes.

Churi, ou Autruche de Magellan. Voyez Nandu.

Churrinche, ou Rubin, ou Gobe-Mouche hitppé, de la rivière des Amuzones. a, 364.

Chuy, ou Guinegat, ou Moineau-paille des oiseleurs. a, 290.

Cigognes, ou Tuyuyus. Caractères tères qui leur sont communs. b, 183.

Cogogo, espèce nouv. a, 466.

Colibri piqueté. Voy. Bec-fleurs peint.

Colibri plastron noir. Voy. Becfleurs bleu en dessous.

Collier-noir, ou Figuier à gorge noire, a, 463.

Collier-rouge, ou Jabiru. b, 186.

Colon, espèce nouvelle. a, 369.

Conttre - Maîtres Caractères qui leur sont communs. a, 329.

Coutre-Maître bleuâtre, ou Figuier gris de fer. a, 339.

Contre-Maître brun verdâtre, couronné d'or, espèce incertaine. a, 338.

Conttre - Maîtres verdâtre, à tête ardoisée, ou Figuier livids. a, 339.

Conttre - Maîtres courouné, ou Demi-fin, mangeur de vers, a, 334.

Conttre - Maîtres proprement dit a, 332.

Conttre - Maîtres verdâtre, ou Figuier olive. a, 341.

Conttre - Maîtres vert, à poitrine d' or ou Fauvette à poitrine jaune, de la Louisiane. a, 336.

Coq (petit), espèce nouvelle. a, 447.

Cormorans. Voy. Zaramagullons.

Correndera, alouette d'une espèce nouvelle. a, 314.

Coucous. Caractères qui leur sont communs. b, 31.

Coucou brun, varié de roux. Voyez Chochi.

Coucou cendré. b, 37.

Coitcou-piaye. Voyez Tingazu.

Coucou pointillé. Voy. Chiriri.

Coucou propremcnt dit, ou le Petit Vieillard. b, 36.

Coupeur d'eau, ou Bec-en-Ciseaux. b, 289.

Courlis (grand) de Cayenne. Voyez Mandurria propremcnt dit.

Couroucou à ventre rouge. Voy. Surucua.

Coyolcos. Voyez Ynambni.

IV. a. 24

[page] 370

Crabier du Chili. Voyez Flûte du Soleil.

Crapauds volans. Voy. Ibiyaus.

—(grand) de Cayenne. Voy. Urutau.

Cresserelle, ou Malfini. a, 107.

Cureu. Voy. Troupiale noir et varié.

Curucaus. Voy. Mandurrias.

Cygne à tête noire, b. 323.

D

Demi-fin, mangeur de vers. Voyez Contra - Maître couronné.

Denté, espèce voisine du Phytotovie du Chili, ou Coupeur de plantes. a, 226.

Distingués Caractères qui leur sont communs. a, 406.

Distingué roux,à couronne ardoisée, espèce nouvelle. a, 408.

Distingué roux, à tête noire, a, 409.

Distingué à tête noire, ou Bécarde, Ou Pie-Grièche de Cayenne, a, 406.

Distingué vert, à couronne noire, espèce nouvelle. a, 410.

Dominicain, ou Gillit, ou Gobe-Mouche-Pie de Cayenne. a, 362.

Dos taeheté, espèce nouvelle. a, 460.

Dragon, espèce qui se rapproche lu Guirahuro et riu Carouge de Saint-Domingue. a, 180.

E.

Effraie, ou Fresaie. a, 122.

Emberize à cinq couleurs. Voy. Habbia des lieux aquatifjues.

Emérillons. CaractèRes qui leur sont communs. a, io3.

Emérillon brun et bleuâtre; variété dans l'espèce. a, 106.

Emérillon de couleur de plomb, ou Hobreau orangé a, 103.

Engoulevens. voyez. Ibiyaus.

à col blanc. Voyez Ibiyau.

(grand) de Cayenne. Voy. Urutau.

roux. Voyez Ibiyau roux.

Eperviers. Caractères qui leur sont communs. a, 69.

Epervier bleuâtre, ou à ventre roux, de Cayenne, a, 77.

Epervier brun, moucheté; variéte du Faucon commun. a, 74.

Epervier brun à sourcils blancs, ou Faucon à croupion blanc. a, 75.

Epervier cendré, de Cayenne. Voy. Buse des champs, cendrée.

Epervier noir et blanc, espèce nouvelle. a, 79.

Epervier pattu, espèce ambiguë tenant de l'Aigle et du Vautour. a, 70.

Epervier proprenient dit. a, 78.

Epervier rayé; variété de l'Autour d'Europe. a, 80.

Etourncau des terres Magellaniques. Voyez Troupiale à gorge ensanglantée, première espèce.

F.

Faucons. Caractères qui leur sont communs. a, 92.

Faucon blanc. espèce nouvelle. a, 96.

Faucon d'un bleu terreux, ou Hobreau, coudeur de plomb. a, 97

[page] 371

Faucon commun. Voy. Epervier brun moucheté.

Faucon à croupion blanc. Voy. Epervier brun, à sourcils blancs.

Faucon noirâtre et blanc, ou Faucon rieur. a, 94.

Faucon proprement dit, ou Faucon gentil. a, 95.

Faucon à queue en ciseaux, ou Milan d'espèce nouvelle. a, 99.

Fauvette à poitrine jaune, de La Louisiane. Voyez Contre Maître vert, à poitrine d'or.

Figuier à gorge noire. Voyez Collier noir.

Figuier gris de fer. Voy. Contre-Maître bleuâtre.

Figuier Livide. Voyez Contre-Maître brun verdâtre, à tête ardoisée.

Figuier olive. Voyez Contre-Maître verdâtre.

Figuier à ventre jaune, du Sénégal. Voy. Tachuris à poitrine jaune.

Flammant, ou Phénicoptére. b, 193.

Flute du Soleil, ou Héran à tête bleue, ou Crabier du. Chili, b. 207.

Forestiers. Caractères qui leur sont communs. a, 261.

Forestier doré et noirâtre, espèce nouvelle. a, 266.

Forestier rouge et noirâtre, espèce inconnue. a, 265.

Forestier à tête dorée, espèce nouvelle. a, 262.

Forestier à tête écarlate, ou Mésange grise, couronnée d'écarlate. a, 263.

Forestier vert à tête rousse, espèce nouvelle. a, 264.

Foulque, ou Morelle. b, 361.

à jarretières rouges, ou Macroule, ou grande Foulque. b, 363.

Fournier. a, 443.

Fresaie. Voyez Effraie.

Friquet huppé. Voy. Araguira.

G.

Gabier, espèce nouvelle. a, 330.

Gafarron, ou Chardonneret jaune. a, 292.

Garzette blanche. Voy. Héron blanc moyen.

Gillit. Voyez Dominicain.

Gobe-Mouches. Voy. Yiperu.

huppé, de la rivière des Amazones Voyez Churrinche.

Olivâtre de New Yorek. Voy. Suiriri commun.

Pie de Cayenne. Voy. Dominicain.

Goëland à manteau noir. Voy. Mouette (grande).

petit). Voy. Mouette blanche.

Gorge tricolor, espèce nouv. a, 456.

Gouarona. Voyez Mandurria à cou varié.

Grèbe cornu. Voyez Magas cornu.

Foulque. Voyez Magas à doigtier.

de la Louisiane. Voy. Magas à bec crochu.

Grivert, ou Rolle de Cayenne. Voy. Habin à sourcils blancs.

Grives. Caractères qui leur sont communs. a, 207.

Grive blanche et noirâtre, espèce nouvelle. a, 210.

Grive rousse et noirâtre, on Chat-Oiseau. a, 208.

Gros-Bec. Caractères qui leur sont communs. a, 268.

Gros-Bec, à bec olivâtre, espèce nouvelle. a, 274.

Gros-Bec bleu, ou Bec rond,

[page] 372

ou Bouvreuil bleu d'Amirique. a, 270.

Gros-Bec bleu de ciel, espèce nouvelle. a, 269.

Gros-Bec brun et roux, ou. Becrond à ventre roux. a, 273.

Gros.Bec changeant, ou Bouveret. a, 278.

Gros-Bec à collier, espèce nouvelle. a, 277.

Gros-Bec de couleurs d'or et de plomb, espèce nouvelle. a, 271.

Gros-Bec à joues blanches, espèce nouvelle. a, 275.

Gros-Bec noir et blanc, ou Gros-Bec rayé. a, 280.

Gros-Bec noir et roux, ou Bouvreuil à bec blanc, de la Guyanne a, 272.

Guacamayos. Caractères qui leurs sont communs. b, 49.

Guacamayo bleu, présumé le perroquet couleur d'hyacinthe. b, 53.

canindé, ou Ara bleu, b, 52.

rouge, ou Ara rouge. b, 50.

Guan, ou Quan. Voy. Yacu-Apeti.

Guinegat. Voyez Chuy.

Guirahuro, espèce indéterminée, assimilée au Carouge de St.-Domingue. a, 178.

Guirayetapa., espèce nouvelle. a, 449.

H.

Habias. Caractères qui leur sont communs. a, 212.

Habia à ailes tachetées, espèce nouvelle. a, 220.

Habia à bec orangé, espèce nouvelle. a, 216.

Habia à gorge noire, espèce nouvelle. a, 216.

Habia jaune, espèce nouvelle.a, 221.

Habia des lieux aquatiques, ou Emberize à cinq couleurs. a, 224.

Habia ponceau, espèce nouv. a, 222.

Habia robuste, présumé une variété du précédent. a, 217.

Habia rougeâtre. a, 218.

Habia à sourcils blancs, de l'espèce du Grivert, ou Rolle de Cayenne a, 213.

Habia vert, espèce de Bruant. a, 223.

Hatis. Caractères qui leur sont communs. b. 301.

à bec court, esp. nouv. b, 304.

à derrière de la tête noire, ou Grande Hirondelle de mer de Cayenne. b, 302.

à sourcil blanc, Ou Hirondelle de mer à dos et ailes bleuâtres, b, 305.

tacheté, variété du précédent. b. 306.

à tête noire, ou Pierre-Garin, ou Grande Hirondelle de nos côtes. b, 303.

Hérons. Caractères qui leur sont communs. b, 195.

Héron blanc moyen, ou Garzette blanche, b, 202.

brun bleuâtre, ou Onorérayé. b, 205

burn tacheté, ou Bihoreau de la Jamaïque. b. 306.

Couleur de plomb, espèce nouvelle. b, 197.

à cou brun, espèce nouv. b, 212.

à cou couleur de plomb, espèce nouvelle. b, 211.

— (grand) blanc, ou Heron b lane de lait. b, 201.

—(grand) blanc à manteau, ou grande aigrette, b, 199.

marbré, esp. nouv. b. 203.

— (petit) blanc. b, 202.

— (petit) blanc à manteau ou Aigrette. b, 200.

[page] 373

Rouge et noir, esp. nouv. b, 213.

à tête bleue. Voyez Flûte du soleil.

varié, espèce nouvelle. b, 214.

Hirondelles. Caractères qui leur sout communs. b, 95.

Hirondelle brune, esp. nouv. b, 99.

à couvertures de la queue noires, esp. nouv. b, 102.

à croupion blanc, espèce nouvelle. b, 103.

à croupion roux, esp. nouv. b, 104.

domestique, ou Hirondelle de Cayenne. b, 96.

à queue pointue de la Louisiane. Voy. petit Martinet.

à ventre jaunâtre, espèce nouvelle. b, 105.

à ventre rougeâtre, ou bleue et rousse. b, 101.

de mer de Cayenne. Voyez Hatis à derrière de la tête noire.

— (grande) de nos côtes. Voy. Hatis à tête noire.

de mer à dos et ailes bleuâtres. Voyez Hatis à sourcils blancs, et Hatis tacheté.

Hobreau couleur de plomb Voy. Faucon d'un bleu terreux.

Hobreau orangé. Voyez Emérillon couleur de plomb.

Hocco noir, ou Hocco de la Guyanne française. V. Mitu.

Hoeisana. Voyez Pie bleue.

Huppés. Caractères qui leur sont communs. a, 282.

Huppé jaune, esp. nouv. a, 284.

Huppé rouge, ou Cardinal dominicain huppé, de la Louisiane. a, 283.

I.

Ibiyaus, ou Crapauds volans, ou Engoulevens. Caractères qui leur sont communs. b, 110.

— ou Engoulevent à col blanc. b, 116.

aux ailes et queue blanches, esp. nouv. b, 121.

jaspé, ou Mont-Voyau de la Guyanne. b, 120.

à queue en ciseaux, espèce nouvelle. b, 115.

à queue singulière, espèce nouvelle. b, 123.

roux, ou Engoulevent roux, ou crapaud volant, ou Tête-Chèvre de Cayenne. b, 118.

Indayé, espèce nouvelle. a, 81.

Inondé, esp. nouv. a, 401.

Ipecutiri, esp. nouv. b, 345.

Iribus. Caractères qui leur sont communs. a, 15.

Iribu, ou Urubu, vautour du Brésil. a, 20.

Iribu-Acabiray. V. Acabiray.

Iriburubicha, ou Roi des Vautours, ou Roi des Couroumous. a, 17.

Irupero, esp. nouv. a. 403.

J.

Jabiru. Voy. Collier-Rouge.

Jacana varié. Voy. Aguapeazos blanc en dessous.

Jacarini. Voy. Sauteur.

Jacurutu des Brasiliens. Voyez Nacurutu.

K.

Kutgeghef. Voy. Mouette cendree.

[page] 374

L.

Lindos. Caractères qui leur sont communs. a, 228. Voy. Saihobi.

Lindo (beau), esp. nouv. a, 237.

Lindo bleu, à tête blanche, esp. nouv. a, 232.

Lindo bleu, doré et noir, ou l'Onglet. a, 233.

Lindo bleu et doré, ou Teité. a, 241.

Lindo bleu et doré, à tête d'un bleu de ciel, ou Passe-Vert à tête bleue. a, 239.

Lindo brun, à huppe jaune, esp. nouv. 244.

Lindo brun et roux, à ailes et queues noires, esp. nouv. a, 23.

Lindo précieux, ou Passe-Vert. 235.

Lindo vert, à front roux, ou Verderou. a, 238.

M.

Macagua, espèce ambiguë non encore décrite. a, 55.

Macroule. Voy. Foulque à jarretières rouges.

Magas. Caractères qui leur sont communs. b, 353.

à bec crochu, ou Grèbe de la Louisiane. b, 357.

cornu, ou Grèbe cornu. b, 355.

à doigtier, ou Grèbe-Foulque. b, 359.

— (petit), ou Castagneux de St.-Domingue. b, 358.

Malfini. Voy. Cresserelle.

Manakin cendré. Voy. Bec-enpoinçon, couleur de plomb.

Mandurrias ou Curucaus. Caractères qui leur sont communs. b, 216.

à cou varié, ou Gouarona, b, 221

couleur de plomb, espèce nouvelle. b, 219.

— proprement dit, ou grand Courlis de Cayenne, b, 217.

rasé, esp. nouv. b, 222.

Manimbé, esp nouv. a, 308.

Maracanas. Caractères qui leur sont communs. b, 55.

aux ailes jaunes, ou Perriche à ailes variées, b, 68.

Chiripepé, esp. nouv. b, 65.

fardé, ou Ara militaire. b, 55.

à front orangé, ou Perriche courounée d'or. b, 64.

jeune veuve, esp. nouv. b, 66.

à tête bleue, esp. nouv. b, 61

à tête et pli de l'aile rouges, variété du Vert, b, 59.

à tête rouge, ou Perriche à bandeau rouge. b, 70.

vert, ou Perriche pavouane. b, 57.

Marouette. Voy. Ypacaha varié en-dessus.

Martin - Pêcheurs. Caractères qui leur sont communs. b, 308.

aux ailes longues, espèce nouvelle. b, 315

bleu de ciel, esp. nouv. b, 310.

bleu de ciel obscur, variété du précédent. b, 311.

à col rouge, esp. nouv. b, 313.

mordoré, esp. nouv. b, 312.

d'un vert sombre, ou de l'amazone. b, 314.

Martinet (petit), ou Hirondelle à queue pointue, de la Louisiane. b, 106.

[page] 375

Mbatuituis, ou Pluviers. Caractères qui leur sont communs. b, 263.

armé, ou Pluvier armé de Cayenne. b, 266.

à Collier noir, espèce rapprochée du Pluvier à collier. b, 267.

à longues jambes ou Echasse du Mexique. b, 269.

à poitrine marbrée, espèce très - rapprochée du Pluvier doré de Saint-Domingue. b, 265.

à poitrine rayée, ou Pluvier doré de Saint-Domingue. b, 263.

Merle à tête noire, du cap de Bonne-Espérance Voy. Batara à amygdales nues.

Mésange grise, couronnée d'écarlate. Voyez Forestier à tête écarlate.

Mineuse, alouette d'une espèce nouvelle. a, 319.

Mitu, ou Hocco noir. b, 168.

Mocoiocogoé, esp. nouv. b, 154.

Moincau-paille. Voy. Chuy.

Mont-Voyau de la Guyanne. Voyez Ibiyau jaspé.

Morelle. Voyez Foulque.

Moucherolles. Voyez Yiperu.

Mouettes. Caractères qui leur sont communs. b, 293.

blanche, ou petit Goëland. b, 299.

cendrée, ou Kutgeghef. b, 297.

— (grande), ou Goëland à manteau noir. b, 294.

Moustache, espèce de Gobe-Mouche singulière et nouvelle. a, 358.

N.

Nacunda, esp. nouv. b, 119.

Nacurutu, ou Jacurutu des Brasiliens. a, 113.

Nacurutu sans aigrettes, ou Chouette à collier. a, 115.

Macurutu tacheté, variété du Hibou d'Europe. a, 118.

Nandapoa. Voy. Cangui.

Nandu, Churi, ou Autruche de Magellan. b, 170.

Neinei, ou Bécarde à ventre jaune.a, 394.

Nenday, esp. nouv. b, 62.

O.

Oie blanche, ou Oie hyperborée. b, 325.

Oie brouzée. Voyez Canard à crète.

Oiseau-mouche, à larges tuyaux. Voy. Bec-fleurs blanc en dessous.

oiseau silencieux. Voy. Troupiale des bois à hausse-col.

Oiseaux (petits) des rivages. Caractères qui leur sont communs. b, 261. Voy. Mbatuituis et Chorlitos.

Oiseaux de proie diurnes. Caractères qui leur sont communs. a, 27.

Oiseaux de proie nocturnes. Caractères qui leur sont communs. a, 111.

Onglet. Voy. Lindo bleu, doré et noir.

Onoré rayé. Voyez Héron brun bleuâtre.

Oreille blanche, esp. nouv. a, 306.

Ortolan de riz. Voy. Chipiu à tête jaune.

Ouantou. Voyez Charpentier noir.

[page] 376

P.

Papegai à tête et gorge bleues. Voyez Siy.

Passe-Vert. Voyez Lindo précieux.

Passe-Vert à tête bleue. Voyez Lindo bleu et doré, à tête d'un bleu de ciel.

Patagon, esp. nouv. b, 60.

Pepoazas. Caractères qui leur sont communs. a, 398.

Pepoaza couronné, esp. nouv. a, 400.

Pepoaza dominic.; n'est point une variété du Quirarou. a, 402.

Pepoaza proprement dit, esp. nouv. a, 399.

Pepoaza à tête noire, espèce nouvelle. a, 405.

Pepoaza à ventre rougeâtre, espèce nouvelle. a, 403.

Perdrix de mer à collier. Voyez Chorlito à demi-colliers blanc et noirâtre.

Perriche à ailes variées. Voyez Maracana aux ailes jaunes.

Perriche à bandeau rouge. Voy. Maracana à tête rouge.

Perriche couronnée d'or. Voyez Maracana à front orangé.

Perriche pavouane. Voy. Maracana vert.

Perroquets (des) en général. b, 45.

— Caractères qui leur sont communs. b, 72.

à cou rouge, ou Tarabé, ou Amazone à tête rouge. b, 76.

couleur d'hyacinthe. Voyez Guacamayo bleu.

nain, esp. nouv. b, 78.

à tête jaune, ou Amazone à tête jaune, b, 72.

Phénicoptère. Voy. Flammant.

Phytotome du Chili, ou Coupeur de plantes. Voy. Denté.

Pic aux ailes dorées. Voyez Charpentier des champs.

Pic à cou rouge. Voyez Charpentier à huppe et cou rouges,

Pic noir huppé de Cayenne. Voy. Charpentier noir.

Pic (petit) olive, de Saint-Domingue. Voyez Charpentier brun et doré.

Pic (petit) rayé, de Cayenne. Voy. Charpentier d'un vert foncé.

Pic (très-petit), de Cayenne. Voyez Charpentier nain.

Pics-Grimpereaux. Caractères qui leur sont communs. a, 470.

à ailes et queue rouges, esp. nouv. a, 477.

à bec court. a, 473.

commun. a, 472.

doré, esp. nouv. a, 478.

— (le grand) ou grand Pic-Grimpereau de Cayenne. a, 471.

pâle et rouge, ou Cinnamon. a, 474.

roux et brun, esp. nouv. a, 475.

Picazuro, esp. nouv. de ramier. b, 126.

Picui, esp. nouv. de pigeons. b, 136.

Pierre Garin. Voy. Hatis à tête noire.

Pies. Caractères qui leur sont communs. a, 149. Voyez Acahé.

Pie bleue, présumée la même que l'Hocisana. a, 154.

Pie bleue de ciel, variété de la précédente. a, 155.

Pie à gorge ensanglantée, esp. nouv. 156

Pie-Grièche de Cayenne. Voy. Distingué à tête noire.

Pigeons. Caractères qui leur sont communs. b, 126.

aux ailes tachetées, espèce nouvelle. b, 128.

brun, à couvertures infé-

[page] 377

rieures des ailes rouges, esp. nouv. b, 130.

brun tacheté, esp. nouv. b, l32.

nain, esp. nouv. b, 136.

rougeâtre, ou Pigeon de la Martinique. b, 134.

rouge et jaune, ou Pigeon violet de la Martinique, b, 131.

sauvage, esp. nouv. b, 129.

Piririquas. Caractères qui leur sont communs. b, 22.

Piririqua, ou Guira-Cantara. b, 24.

Pitpit bleu. Voy. Bec-en-poinçon noir et bleu de ciel.

Pli de l'aile jaune, esp. nouv. a, 458.

Pluviers. Voy. Mbatuituis.

Poule d'eau, race moyenne. Voyez Yahana proprement dit.

Poule (petite) sultane. Voyez Yahana vert et bleu de ciel.

Poule sultane verte. Voy. Yahana blanc et bleu de ciel.

Puitaga. Voyez Bienteveo.

Q.

Queues aiguës. Caractères qui leur sont communs. a, 456.

Queue rousse, esp. nouv. 469.

Queue sanguine, ou Rouge queue de la Guyanne. a, 468.

Queues rares. Caractères qui leur sont communs. a, 446.

Queue en aiguille, esp. nouv. a, 451.

R.

Râle (petit) de Cayenne. Voy. Ypacaha à sourcils blancs.

tacheté de Cayenne. Voyez Ypacaha varié.

de Virginie. Voy. Ypacaha à face noire.

Roi, esp. nouv. de Tachuris. a, 345

Roi des Couroumous, ou des Vautours. Voy. Iriburubicha.

Rouge-Cap. Voyez Capita.

Rouge Queue de la Guyanne. Voy. Queue sanguine à l'article des Queues aiguës.

Roux et blanc, esp. nouv. a, 459.

Rubin. Voy. Churrinche.

S.

Saihobi, ou Bonana, espèce de Pinson d'Amérique. a, 219. Voyez Lindos.

Saphir-Emeraude. Voyez le plus beau des Becs-fleurs.

Saria, esp. nouv. b, 175.

Sauteur, ou Jacarini. a, 301.

Siffleur, Gobe-Mouche d'une esp nouv. a, 382.

Siy, ou Papegai à tête et gorge bleues. b, 77.

Soubuse des marais. Voy. Buse des champs, brune.

Souchet du Mexique. Voyez Canard spatule.

Spatule, dite d'Amérique. b, 190.

Succé. Voyez Canard aux ailes bleues.

Suinda, de l'esp. de la Chouette, ou grande Chevêche de Saint-Domingue. a, 120

Suiriris. Caractères qui leur sont communs a, 361.

Suiriri brun et blanc, espèce nouvelle. a, 383.

IV. a. 25

[page] 378

Suiriri brun et plombé, ou Tyran de Cayenne. 374.

Suiriri brun et rouge, variété du Tyran de Cayenne. a, 387.

Suiriri commun, ou Gobe-Mouche olivâtre de New-Yorck. a, 367.

Suiriri (grand) brun et jaune, variété du petit Tyran de Cayenne. a, 386.

Suiriri-Guazu, espèce rapprochée du Moucherolle de Virginie, à huppe verte. a, 392.

Suiriri noir, à bec bleu de ciel, esp. nouv a, 370.

Suiriri noirâtre et jaune, esp. nouv. a, 372

Suiriri (petit) brun et jaune, variété du petit Tyran de Cayenne. a, 384.

Suiriri petits - ciseaux, espèce douteuse. a, 380.

Suiriri pointillé, esp. nouv. a, 373.

Suiriri proprement dit, ou Titiri de Cayenne, a, 390.

Suiriri rouge, ou Tangara du Mississipi. a, 378.

Suiriri rouge obscur, esp. nouv. a, 379.

Suiriri tacheté, esp. nouv. a, 371.

Suiriri tacheté en dessous, espèce approchant du Caudec. a, 376.

Suiriri tacheté, sans rouge, espèce nouvelle. a, 375.

Suiriri tout tacheté, esp. voisine du Caudec. a, 388.

Suiriri à tête et croupion roux, esp nouv. a, 366.

Surucua, ou Couroucou à ventre rouge. b, 41.

Syacou. Voy. Bec-en-poinçon, vert et blanc, à tête bleue de ciel.

T.

Tacheté, esp. nouv. a, 467.

Tachuris. Caractères qui leur sont communs. a, 344.

Tachuris brun et roux, espèce nouvelle. a, 348.

Tachuris brun, à ventre gris de perle, esp. de Gobe-Mouche. a, 356.

Tachuris couronné de roux, esp. nouv. a, 349.

Tachuris (grand) noirâtre, espèce nouvelle. a, 353.

Tachuris mordoré, à poitrine d'or, esp. nouv. a, 351.

Tachuris (petit) noirâtre, esp. nouv. a, 352.

Tachuris à poitrine jaune, ou Figuier à ventre jaune, du Sénégal. a, 350.

Tachuris à tête couleur de plomb, esp. nouv a, 353.

Tachuris, ressemblant au précédent, esp. nouv. a, 355.

Tachuris à tête et cou de couleur de plomb, esp. nouv. a, 347.

Tachuris à ventre jaune, espèce nouv. a, 355.

Tamatia. Voy. Chacuru.

Tangara. Voy. Troupiale des bois, noir, à taches blanches par les ailes.

Tangara à gorge noire. Voyez Bec-en-poinçon, jaune, à barbe noire.

Tangara du Mississipi. Voyez Suiriri rouge.

Tarabé. Voyez Perroquet à cou rouge.

Tataupa, espèce nouvelle. b, 150.

Tayazu - Guira, ou Biboreau de la nouvelle Calédonie. b, 209.

Teité. Voyez Lindo bleu et doré.

Terutero, ou Teteu, ou Vanncau armé de Cayenne. b, 253

Tête blanche, espèce nouvelle. a, 363.

[page] 379

Tête-Chèvre de Cayenne. Voy. Ibiyau roux.

Tharu. Voyez Aigle à queue blanche.

Thegel. Voy. Aguapeazos proprement dit.

Tingazu, ou Coucou piaye. b, 32.

Titiri de Cayenne. Voy. Suiriri proprement dit.

Toco. Voy. Toucan proprement dit.

Toucans. Caractères qui leur sont eommuns. a, 134.

Toucan à gorge jaune. Voyez Tucai.

Toucan proprement dit, ou Toco. a, 141.

Toupet ordinaire, espèce incertaine. a, 342.

Tout- Voix, ou Troglodyte de la Louisiane. a, 327.

Troglodytes Caraetères qui leur sont communs a, 323.

Troglodytes de Buenos-Ayres. Voyez Basacaraguay.

Troglodyte de la Louisiane. Voyez Tout-Voix.

Troupiales. Caractères qui leur sont communs. a, 166. Voy. Chopi, Dragon, Guirahuro.

Troupiale brun rougeâtre, espèce nouvelle. a, 177.

Troupiale à calotte rousse, espèce nouvelle. a, 191.

Troupiale commun, ou Troupiale bruantin. a, 169.

Troupiale (le grand) ou Troupiale noir. a, 167.

Troupiale à gorge ensanglantée, première espèce, ou

Etourneau des terres Magellaniques, ou Blanche-raie. a, 185.

deuxième espèce variété du précédent. a, 187.

troisième espèce, ou Troupiale de Cayenne. a, 188.

Troupiale noir, à couvertures des ailes jaunes, de l'espèce du Carouge de Cayenne et de l'île de St.-Thomas. a, 184.

Troupiale noir, à couvertures des ailes rousses, ou Alcochichi, ou Commandeur des colons du Mexique. a, 193.

Troupiale noir, à tête rouge, espèce nouvelle. a, 192.

Troupiale noir et varié, ou Cureu. a, 190.

Troupiale à tête jaune. a, 182.

Troupiales des bois. Caractères qui leur sont communs. a, 199

Troupiale des bois à hausse-col, ou oiseau silencieux. a, 204.

Troupiale des bois, noir et couronné, esp. nouvelle. a, 202.

Troupiale des bois, noir à tache blanche sur les ailes, espèce de Tangara. a, 200.

Tucai, ou Toucan à gorge jaune. a, 143.

Tutu, esp. nouv. a, 145.

Tuyuyus- Voy. Cigognes.

Tyran de Cayenne. Voy. Suiriris brun et plombé, brun et jaune, brun et rouge.

U.

Uru, espèce nouv. b, 158.

Urubu, Voyez Iribu.

Urucurea, ou Chevêche-Lapin. a, 123.

Urutau, ou grand Engoulevent, ou grand Crapaud volant de Cayenne. b, 112.

V.

Vautours d'Amérique. Voyez Iribus.

Vantour aura. Voy. Acabiray.

Vautour du Brésil. Vay. Iribu.

Ventre roux, espèce nouvelle. a, 462.

[page] 380

Verdier. Voyez Chipiu proprement dit.

Vieillard (le petit). Voyez Coucou proprement dit.

Vindita. Voyez Canard à petit bec.

Y.

Yacatoptil du Mexique. Voyez Chorlitos à croupion blanc.

Yacuhu, esp. nouv.

Yacus. Caractères qui leur sout communs. b, 161.

Apeti, ou Guan, ou Quan. b, 166.

Caraguata, esp. nouv. b, 164.

Yahanas. Caractères qui leur sont communs. b, 241.

blanc et bleu de ciel, ou poule sultane verte. b, 245.

blanc et brun roussâtre, ou Acintli. b, 246.

à dessous du cou bleu de ciel, espèce nouvelle b, 247.

proprement dit, ou Poule d'eau, race moyenne. b, 241.

vert et bleu de ciel, ou petite poule sultane. b 243.

Yapus. Caractères qui leur sont communs. a, 159.

Yapu noir, espèce douteuse. a, 163

Yapu noir et jaune, ou Carouge de Cayenne, a, 164.

Yapu proprement dit, ou Cassique huppé de Cayenne. a, 160.

Yiperu, espèce qui se rapproche des Gobe-Mouches ou des Moucherolles a, 196.

Ynambui, ou Coyolcos, espèce nouvelle. b, 146.

Ynambus. Caractères qui leur sont communs. b, 139.

bleuâtre, espèce nouvelle. b, 152.

Carapé, espèce nouvelle. b, 148.

Guazu, ou Zonecolin. b, 143.

rayé, esp. nouvelle. b, 153.

Ypacahas. Caractères qui leur sont communs. b, 226.

blanc et brun roussâtre, esp. nouv. b, 236.

brun, esp, nouv. b, 233.

brun et couleur de plomb, esp. nouv. b, 235.

à face noire, ou Râle de Virginie. b, 234.

noirâtre, espèce nouvelle. b, 232.

noirâtre, variété de la grande Poule d'eau de Cayenne. b, 237.

proprement dit, esp. nouv. b, 227.

à sourcils blancs, ou petit Râle de Cayenne. b, 238.

varié, ou Râle tacheté de Cayenne. b, 231.

varié en dessus, ou Marouette. b, 239.

Z.

Zaramagullons. Caractères qui leur sont communs. b, 317.

noir, esp. nouv. b, 319.

tacheté, ou l'Anhiga. b, 321.

Zonecolin. Voyez Inambu-Guazu.

Fin de la Table alphabétique.

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Citation: John van Wyhe, editor. 2002-. The Complete Work of Charles Darwin Online. (http://darwin-online.org.uk/)

File last updated 11 March, 2014