RECORD: Bory de Saint-Vincent, Jean Baptiste Georges Marie, ed. 1822-31. Dictionnaire classique d'histoire naturelle. 17 vols. Paris: Rey & Gravier. Volume 5.

REVISION HISTORY: Transcribed by AEL Data 04.2014. RN1

NOTE: This work formed part of the Beagle library. The Beagle Library project has been generously supported by a Singapore Ministry of Education Academic Research Fund Tier 1 grant and Charles Darwin University and the Charles Darwin University Foundation, Northern Territory, Australia.


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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE.

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Liste des lettres initiales adoptées par les auteurs.

MM.

AD. B. Adolphe Brongniart.

A.D.J. Adrien de Jussieu.

A.D..NS. Antoine Desmoulins.

A. R. Achille Richard.

AUD. Audouin.

B. Bory de Saint-Vincent.

C. P. Constant Prévost.

D. Dumas.

D. C..E. De Candolle.

D..H. Deshayes.

DR..S. Drapiez.

E. Edwards.

F. Daudebard de Férussac.

FL..S. Flourens.

G. Guérin.

G. DEL. Gabriel Delafosse.

GEOF. ST.-H. Geoffroy de St.-Hilaire.

G..N. Guillemin.

ISID. B. Isidor Bourdon.

K. Kunth.

LAM..X. Lamouroux.

LAT. Latreille.

LUC. Lucas.

La grande division à laquelle appartient chaque article, est indiquée par l'une des abréviations suivantes, qu'on trouve immédiatement après son titre.

ACAL. Acalèphes.

ANNEL. Annelides.

ARACHN. Arachnides.

BOT. Botanique.

CRUST. Crustacés.

CRYPT. Cryptogamie.

ECHIN. Echinodermes.

FOSS. Fossiles.

GÉOL. Géologie.

INF. Infusoires.

INS. Insectes.

INT. Intestinaux.

MAM. Mammifères.

MIN. Minéralogie.

MOLL. Mollusques.

OIS. Oiseaux.

PHAN. Phanerogamie.

POIS. Poissons.

POLYP. Polypes.

REPT. BAT. Reptiles Batraciens.

— CHEL. — Chéloniens.

— OPH. — Ophidiens.

— SAUR. — Sauriens.

ZOOL. Zoologie.

IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAUGIRARD, N° 36.

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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE,

PAR MESSIEURS

AUDOUIN, Isid. BOURDON, Ad. BRONGNIART, DE CANDOLLE, DAUDEBARD DE FÉRUSSAC, DESHAYES, A. DESMOULINS, DRAPIEZ, DUMAS, EDWARDS, FLOURENS, GEOFFROY DE SAINT-HILAIRE, GUÉRIN, GUILLEMIN, A. DE JUSSIEU, KUNTH, G. DE LAFOSSE, LAMOUROUX, LATREILLE, LUCAS, C. PRÉVOST, A. RICHARD, ET BORY DE SAINT-VINCENT.

Ouvrage dirigé par ce dernier collaborateur, et dans lequel on a ajouté, pour le porter au niveau de la science un grand nombre de mots qui n'avaient pu faire partie de la plupart des Dictionnaires antérieurs.

TOME CINQUIÈME.

CRA-D.

PARIS.

REY ET GRAVIER, LIBRAIRES-ÉDITEURS,
Quai des Augustins, n° 55;

BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS,
Rue de Vaugirard, n° 36.

AVRIL 1824.

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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE.

CRA

CRA. OIS. Syn. vulgaire de Corbeau ou de Corneille. (DR..Z.)

CRAB-CATCHER. OIS. Syn. vulgaire, à la Jamaïque, du Martin-Pêcheur blanc et noir, Alcedo rudis, L. V. MARTIN-PÈCHEUR. (DR..Z.)

CRABE. Cancer, CRUST. Ce nom générique avait, dans la classification de Linné, une acception très-générale, et embrassait tous les Crustacés Décapodes, Stomapodes, Amphipodes, et une portion des Isopodes. V, chacun de ces ordres. Depuis, il a été successivement restreint, et il ne comprend plusaujourd'hui, dans la méthode de Latreille, que les espèces offrant pour caractères: tous les pieds inférieurs et ambulatoires; test large, évasé à sa partie antérieure en forme de segment de cercle; second article des piedsmâchoires extérieurs presque carré, avec une échancrure ou troncature à l'angle externe de son extrémité supérieure pour l'insertion de l'article suivant. Ainsi réduit, ce genre renferme la première division de celui des Cancer de Fabricius, à l'exception du Cancer spinifrons qui constitue le genre Eriphie de Leach. Cet entomologiste anglais, se basant sur des caractères d'une valeur très-secondaire, a établi, aux dépens des Crabes de Latreille, plusieurs petits genres qu'on pourrait tout au plus admettre comme des subdivisions; tels sontceux qu'il nomme: Pilumne, Carcin, Xanthe. V. ces mots. Quant à son genre Crabe proprement dit, il lui assigne pour caractères: antennes extérieures courtes, insérées entre le canthus des yeux et le front, et les intermédiaires dans de petites fossettes creusées au milieu au chaperon; troisième article des pieds-mâchoires extérieurs court, presque carré, échancré vers son extrémité et du côté interne; pinces inégales; carapace large antérieurement, arquée, horizontale ou légèrement inclinée à sa partie frontale, souvent dentée sur les côtés avec son angle latéral très-obtus; partie postérieure de ce test rebordée; orbites ayant une seule fissure au bord postérieur, tant en dessus qu'en dessous; yeux portés sur un pédicule court. Leach décrit deux espèces: le Cancer Pagurus et le Cancer variolosus. Sans nous arrêter davanà cette distinction, jetons de nouveau les yeux sur le genre Crabe de Latreille. Ce genre, de l'ordre des Décapodes, appartient à la famille des Brachyures, section ou tribu des Arqués. Les individus qui le composent ont une carapace plus large que longue et dont le bord antérieur présente tantôt des dents en scie, tantôt de larges crénelures qui se confondent presque avec les rides du test; d'autres fois des crénelures nombreuses et régulières au bord d'un test uni;

TOME V. 1

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souvent enfin des dentelures qui ellesmêmes sont divisées. Il arrive aussi que le bord antérieur est mousse sans dentelure, et qu'il y a une dent seulement à l'angle externe, ou bien qu'il en existe une très-petite au milieu du bord. Cette carapace est plus ou moins rétrécie postérieurement. Desmarest, auquel on doit des observations curieuses sur la carapace des Crustacés, et qui le premier a fait voir que les impressions qu'elle présente étaient en rapport constant avec les organes essentiels qu'elle recouvre, tels que le foie, l'estomac, le cœur, etc.; Desmarest, disons-nous, a trouvé que dans le genre Crabe les régions de la carapace sont plus ou moins senties et quelquefois très-marquées; la stomacale est très grande et forme, avec la génitale, une sorte de trapèze; celle-ci se prolonge en pointe sur le milieu de la première; les régions hépatiques antérieures sont assez grandes et situées sur La même ligne que la région stomacale; les régions branchiales commencent en avant des angles latéraux de la carapace, et sont bien indiquées; enfin la région cordiale, placée aux deux tiers de la ligne moyenne du corps, laisse en arrière un espace pour la région hépatique postérieure. A la partie antérieure de la carapace on remarque les yeux rapprochés, portés sur un pédicule court, et les antennes au nombre de quatre, dont les extérieures petites, sétacées, et les intermédiaires ou internes repliées sur elles-mémes, et cachées le plus souvent dans deux fossettes ordinairement transverses. Les pares antérieures sont très-fortes, et atteignent quelquefois un volume extraordinaire; dans une espèce de Crabe de la Nouvelle-Hollande, elles égalent en grosseur le bras d'un homme; l'abdomen de la femelle est proportionnellement moins large et plus oblong que dans plusieurs autres genres de la famille des Brachyures; celui du mâle est étroit et généralement rétréci d'une manière brusque vers son milieu. Les Crabes, très-communs sur les côtes de l'Océan, paraissent être bien plus abondans dans les régions équatoriales et des tropiques; ils sont carnassiers, se nourrissent indistinctement de toutes sortes d'Animaux marins privés de vie, et chassent ordinairement la nuit; ils sont craintifs, fuient les endroits fréquentés, et se retirent dans les fentes des rochers. Risso a observé dans la mer de Nice que chaque portée était de quatre à six cents individus qui n'atteignent tout leur développement qu'au bout d'une année. Quelques espèces sont assez bonnes à manger: telles sont sur nos côtes les Crabes Tourteau et Menade. La treille rapporte à ce genre plusieurs espèces qu'il classe de la manière suivante:

† Les huit tarses postérieurs peu ou point comprimés, et en forme de cône allongé.

I. Antennes extérieures insérées au-dessus du canthus oculaire, presque sur les bords du test; cavités recevant les intermédiaires, longitudinales.

Le CRABE PAGURE, Cancer Pogurus, L., ou le Tourteau des côtes occidentales de la France, et le Cancer fimbriatus d'Olivi; il a été figuré par Herbst (Canc. tab. 9, fig. 59).

II. Antennes extérieures insérées très-près de la base intérieure des pédicules oculaires; cavités recevant les antennes intermédiaires, transverses.

Le CRABE CORALLIN, Cancer corallinus, Fabr., figuré par Herbst (loc. cit. tab. 5, fig. 4o). Il est originaire des Indes-Orientales.

Le CRABE BRONZE, Cancer œneus, L., Fabr., représenté par Herbst (loc. cit. tab. 3, fig. 39; tab. 10, fig. 58; tab. 21, fig. 190; tab. 53, fig. 1). On le trouve dans les mêmes contrées que le précédent.

Le CRABE VARIOLEUX, Cancer variolosus, Fabr. Il habite l'Océan.

Le CRABE CENDRÉ, Cancer cinereus, Bosc, ou le Cancer rivulosus de Risso. Très-commun sur les côtes de France.

Le CRABE CHAUVE-SOURIS, Cancer

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Vespertilio, Fabr., représenté per Leach (Fasc. 8, tab. 12).

Le CRABE PORESSA, Cancer Poressa d'Olivi et de Risso. De la Méditerranée.

†† Les huit tarses postérieurs fortement comprimés, lancéolés.

Le CRABE MENADE, Cancer Mœnas, L., Fabr., ou le Grancio, Granciol et Grancella. Herbst (lo c. cit. tab. 7, fig. 46 et 47) le représente exactement.

L'espèce désignée par Risso et Olivi, sous le nom d'Arrondi, appartient au genre Atélécycle. V. ce mot.

Desmarest (Hist. Natur. des Crustacés fossiles, p. 90) a rapporté à ce genre six espèces antédiluviennes.

Le CRABE PAGUROÏDE, Cancer Paguroïdes, Desm. (loc. cit. pl. 6, fig. 9, a pince seulement). Il a été observé dans une Pierre de nature argilo-sablonneuse dont on ignore la localité.

Le CRABE A GROSSES PINCES, Cancer macrochelus, Desm. (loc. cit. pl. 7, fig. 1–2), ou le Cancer lapidescens de Rumph (Amboinsche Rariteit, Kamer, lib. 11, chap. 84, pl. 60, fig. 3). Cette espèce est incrustée dans un Calcaire qu'on croit originaire de la Chine.

Le CRABE POINTILLÉ, Cancer punctulatus, Desm. (loc. cit. pl. 7, fig. 3, 4), ou le Crabe pétrifié de Knorr et Walch (Monum. du déluge, T. 1, pl. 16, A, fig, 2, 3). Il vient particulièrement des environs de Vérone, et appartient probablement aux formations calcaires qui se remarquent près de cette ville. On le trouve aussi dans quelques autres points de l'Italie.

Le CRABE QUADRILOBÉ, Cancer quadrilobatus, Desm. (loc. cit. pl. 8, fig. 1, 2). Il a été trouvé assez communément dans le dépôt des Coquilles des environs de Dax.

Le CRABE DE BOSC, Cancer Boscii, Desm. (loc. cit. pl. 8, fig. 3, 4). Bosc a trouvé cette espèce dans une couche de Marne sablonneuse, très-épaisse, située au-dessous de plusieurs bancs de Pierre calcaire grossière de la colline sur laquelle est construite la citadelle de Vérone.

Le CRABE DE LEACH, Cancer Leachii, Desm. (loc. cit. pl. 8, fig. 5. 6). On l'a trouvé principalement dans les Argiles plastiques de l'île Shepey, (à l'embouchure de la Tamise), Cette espèce paraît appartenir au genre Xanthe de Leach.

Sous le nom de Crabe on a aussi décrit les Crustacés suivans:

CRABE D'HÉRACLéE, HÉRACLÉOTIQUE OU OURS. Syn. de Calappe migra ne. V. CALAPPE.

CRABE DES Moluques. V. LIMULE.

CRABE DES PALÉTUVIERS OU CRABE DE VASE. V. UMCAS.

CRABE FLUVIATILE. V. POTAMOPHILE.

CRABE HONTEUX. V. CALAPPE. (AUD.)

CRABIER. MAM. Nom donné à une espèce de Chien du sous-genre Renard, à un Didelphe et à un Raton. V. ces mots. (B.)

CRABIER. OIS On a donné ce nom à quelques petites espèces du genre Héron. V. ce mot. On l'a aussi appliqué à une espèce de Martin-Pêcheur du Sénégal, Alcedo Cancrophaga, Lath., Buff., pl. enlum. 334. V. MARTIN-PÈCHEUR. (DR..Z.)

CRABITES. CRUST. Vieux nom des CrustacéS fossiles. (AUD.)

CRABRAN. OIS. Syn. vulgaire de la Bernache, Anas Erythropus, L. V. CANARD, division des Oies. (DR..z.)

CRABRON. Crabro. INS. Genre de Tordre des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, famille des Fouisseurs, tribu des Crabronites (Règn. Anim. de Cuvier), établi par Fabricius aux dépens du genre Sphex de Linné, et ayant pour caractères, suivant Latreille: antennes insérées près de la bouche, filiformes ou en fuseau, et dentées dans quelques mâles, de douze à treize articles dont le premier long et cylindrique; yeux entiers; mandibules longues, étroites, bifides ou bidentées au bout; palpes courts, presqu'égaux; languette presqu'entière. L'insertion des antennes et la forme des mandibules distinguent les Crabrons des Philanthes,

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des Mellines et de quelques petits genres associés à ces derniers. Ils en diffèrent encore par quelques particularités remarquables de leur organisation. Leur corps est allongé; la tête est grosse et paraît presque carrée; sa partie antérieure située au-dessus du labre présente un reflet brillant, doré ou nacré; les veux sont entiers, c'est-à-dire sans échancrure, comme dans les Guêpes; les palpes sont courts; les maxillaires ont six articles, souvent presqu'égaux, courts, conico-arrondis, et ne présentant guère plus de longueur que les labiaux; ceux-ci n'offrent que six articles; la partie membraneuse et terminale de la lèvrei férieure est échancrée, évasée et festonnée. La première paire de pates est remarquable chez les mâles et dans plusieurs espèces par une dilatation considérable de la jambe qui représente une sorte de coquille très-mince, convexe en dehors, concave en dedans, à l'intérieur de laquelle on croit voir une infinité de petits trous qui ne sont autre chose que des points transparens. C'est à Degéer (T. 11, p. 810 et pl. 28) qu'on doit la description exacte et détaillée de cette organisation curieuse. Au bout de cette jambe difforme est attache le tarse qui n'est pas moins monstrueux qu'elle, quoiqu'il ait le même nombre d'articles que les tarses des autres pates; ces pièces sont tout autrement figurées; elles sont comprimées ou raccourcies, el gagnent en largeur ce que celles des autres pieds ont en longueur. Le premier article de ce tarse singulier est torse ou courbe, et le plus long de tous; les trois qui suivent sont beaucoup plus courts, mais d'égale largeur que le précédent à son extrémité. Le cinquième et dernier article a une figure très-irrégulière, il supporte deux pelotes et deux crochets; l'un des crochets est fort court, mais l'autre est long et comme difforme; ces pates antérieures ont quelqu'analogie avec celles des Dytiques mâles, à cette différence près qu'ici c'est plutôt la jambe qucle esise qui présente un développement monstrueux. Frappé de cette ressemblance, et ayant d'ailleurs observé que cet organe était propre aux mâles, Degéer a supposé avec beaucoup de fondement qu'il leur servait à saisir la femelle et à la retenir pendant la durée de l'accouplement. Les autres pates des Crabrons n'offrent rien de remarquable. Le thorax est convexe, et donne insertion à deux paires d'ailes de moyenne grandeur, dont les antérieures non plissées dans leur longueur, comme chez les Guêpes, offrent, suivant Jurine (Class. des Hyménopt., p. 209) une cellulo radiale, grande, ovale, très-légèrement appendicée, et une cellule cubitale également grande et très-éloignée du bout de l'aile; cette cellule reçoit une seule nervure récurrente; l'abdomen, de forme elliptique, est composé de six ou de sept anneaux, suivant le sexe; les mâles qui en offrent le plus grand nombre se font remarquer par l'appareil co— pulateur dont ils sont armés, et que Degéer a décrit avec soin.

Les Crabrons se nourrissent du suc mielleux des fleurs. On les y rencontre souvent; leurs larves, au contraire, sont carnassières; les femelles pratiquent des trous dans la terre à la manière des Sphex ou des Pompiles. Elles déposent un œuf dans chacun de ces trous, et bouchent leur orifice après y avoir introduit le cadavre de quelques Insectes appartenant ordinairement à l'ordre des Diptères. La larve qui vient à éclore trouve dans cette provision une nourriture toujours suffisante. Walckenaer, dans un travail sur les Abeilles solitaires, a eu occasion d'observer plusieurs espèces de Crabrons qui planaient sans cesse audessus des habitations des Halictes perceurs, et cherchaient à y pénétrer. Peut-être étaient-ce des femelles qui butinaient pour leurs petits. Cegenre paraît nombreux en espèces; Jurine a eu occasion d'examiner vingt-quatre mâles et vingt-sept femelles d'espèces différentes. La plus connue est:

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Le CRABRON CRIBLE OU CRIBLE, Cr. cribrarius de Fabricius, qui peut être considéré comme le type du genre. On le trouve aux environs de Paris. Selon l'observation de Walckenaer, la femelle donne à sa larve la Pyrale chlorane.

Panzer a représenté plusieurs Crabrons sous les noms spécifiques de serripes, lituratus, signatus, varus, vagabundus, dentipes, lapidarius, etc. Jurine (loc. cit., pl. 11) figure une nouvelle espèce sous le nom de Crabra 5-notatus. Cet auteur rapporte au genre Crabron les Pemphredron tibialis, geniculatus et albilabris de Fabricius. (AUD.)

CRABRONITES. Crabronites. INS.Famille de l'ordre des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, établie par Latreille, et convertie (Règn. Anim. de Cuv.) en une tribu de la famille des Fouisseurs, avec ces caractères: premier segment du corselet linéaire et transversal; pieds courts ou de longueur moyenne; labre caché ou peu découvert; mandibules sans échancrure au bord inférieur; abdomen rétréci à sa base, ovalaire ou elliptique dans les uns, allongé, étroit et terminé en massue dans les autres; tête ordinairement fort grosse. Les Insectes de cette tribu sont trèsremarquables par l'habitude qu'ont les femelles de percer des trous dans la terre ou les vieux Arbres pour y déposer leurs œufs, et par le soin qu elles mettent à approvisionner ces trous de cadavres d'autres Insectes, seule nourriture qui convienne à leurs larves.

Latreille avait établi dans la famille des Crabronites les divisions suivantes:

† Antennes insérées près de la bouche ou au-dessous du milieu de la face de la tête (le plus souvent filiformes).

I. Yeux échancrés.
Genre: TRYPOXYLON.
II Yeux entiers.

A. Mandibules très-étroites et seulement dentées au bout.

Genres: GORYTE, CRABRON, STIGME.

B. Mandibules fortes, dentées au côté interne.

Genres: PEMPHREDON, MELLINE, ALYSON.

†† Antennes insérées au milieu de la face de la tête (toujours plus grosses vers le bout).

Genres: PSEN, CERCERIS, PHILANTHE. V. ces mots. (AUD.)

CRACCA. BOT. PHAN. Nom de plusieurs Légumineuses chez les anciens. Il a été imposé par les modernes à une espèce au genre Vesce. V. ce mot (B.)

CRACELOT. INS. Même chose que Kakrelat ou Kacerlat. V. Blatte. (B.)

* CRACHAT DE COUCOU OU DE GRENOUILLE, INS. V. CERCOPE.

* CRACHAT DE LUNE. BOT. CRYPT. L'un des noms vulgaires du Nostoc commun. (B.)

CRA-CRA. OIS. L'un dés noms vulgaires de la Rousserole, Sylvia Turdoïdes, L. V. SYLVIE. On donne ce nom, à Saint-Domingue, au Tacco, Cuculus Vetula, L., V. Coua; et dans l'Amérique méridionale, à un Héron. V. ce mot. (B.)

CRA-CRA. BOT. PHAN. L'un des noms du fruit de l'Arbutus Uva-Ursi dans les Alpes. V. ARBOUSIER. (B.)

CRACTICUS. OIS. V. CASSICAN.

CRADÉAU. POIS. L'un des noms vulgaires de la Sardine sur quelques côtes du nord de la France. (B.)

CRADOS. POIS. Syn. vulgaire de jeune Brème. V. CYPRIN. (b.)

* CRÆPULA. BOT. V. HERPACANTHA.

* CRÆSUS. Crœsus. INS. Genre de l'ordre des Hyménoptères, section des Térébrans, famille des Tenthrédines, établi par Leach aux dépens du genre Némate de Jurine, et qui a pour type son Nematus septentrionatis. V. NÉMATE. (aud.)

CRAHATE. pois. Espèce du genre Labre. V. ce mot. (B.)

CRAIE. Creia. GÉOL. Substance

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regardée comme une variété de Chaux carbonatée, dont elle est en effet presque entièrement composée, mais que des caractères importans particularisent, et qui mérite par le rôle considérable qu'elle joue dans la nature que nous lui consacrions un article particulier. Son analyse a donné selon la pureté des qualités mises en expérience: Chaux carbonatée de 70 à 98, Silice de 8 à 20, Magnésie de 1 à 20, Alumine de 1 à 2. La Craie est d'autant plus blanche qu'elle est moins pénétrée de corps étrangers qui lui donnent ordinairement une couleur jaunâtre, grisâtre ou tirant sur le vert; sa texture est lâche, son aspect mat sans la moindre trace cristalline; son grain est fin, peu cohérent, presque impalpable; sa cassure un peu conchoïde; sa pesanteur spécifique varie entre 2, 31 et 2, 65. La Craie, toujours opaque, est friable dans son état de sécheresse, et happe à la langue; elle est très - employée dans les arts; on en forme des crayons blancs grossiers; elle sert pour nettoyer les Métaux et le Verre, fournit diverses couleurs à la peinture en détrempe; et préparée par pains, après que par des lavages on l'a dégagée de toutes parties hétérogènes, elle donne ce que l'on appelle vulgairement Blanc d'Espagne dans le commerce. La préparation de ce Blanc d'Espagne se fait en concassant la Craie extraite des masses qu'elle forme dans la nature: on la délaye ensuite dans l'eau qui en sépare facilement les molécules; on laisse reposer la Craie ainsi liquéfiée afin que le Sable se précipite; on décante sans remuer le fond, et après, plusieurs manipulations semblables on obtient une pâte dont on forme des pains qui se dessèchent assez promptement, et qui se taillent au couteau.

On confond souvent la Craie avec des substances fort différentes, et l'on en étend généralement le nom à beaucoup de Calcaires différens. Il est probable que le Creta des anciens, qu'on a regardé comme identique, n'était qu'une Argile propre à faire de la poterie; ils distinguaient le Fullonia employé pour le dégraissage des draps, et l'Argentaria avec laquelle on marquait en blanc. Il est au reste facile de ne pas reconnaître la Craie quand on n'en étudie que des échantillons isolés; mais si on l'examine répandue en grandes masses dans la nature, toute incertitude disparaît, et ses caractères géologiques ne permettent plus de la méconnaître: elle avait été jusqu'à ces derniers temps, comme le dit le savant Brougniart (Desc. Géol. des environs de Paris, p. 10), considérée comme une roche de formation récente, peu distincte, et ne jouant dans la structure du globe qu'un rôle secondaire. Il résulte de cette fausse opinion qu'on lui a donné des caractères incertains, tant minéralogiques que géognostiques, et qu'on applique souvent son nom à des Marnes calcaires, blanches et tendres, qui ne sont de la Craie ni minéralogiquement, ni géognostiquement.

La Craie se présente en immenses dépôts formant le sol de provinces entières. Ces dépôts ne présentent aucune assise continue ou régulière appartenant à la masse même, c'est-à-dire qu'on ne voit aucune couche nettement séparée dans leur substance, et qui indique la moindre stratification. Partout ces masses nous ont pâru le résultat d'un immense délayement; et quand des couches siliceuses s'y sont présentées, nous avons expliqué la formation de celles-ci par un mécanisme particulier, dont l'effet est extrêmement moderne comparativement à la formation de la Craie, et agit continuellement ainsi qu'il sera établi tout a l'heure. Cette absence d'assises dans la masse des grands dépôts crayeux distingue principalement ceux-ci du Calcaire compacte des Alpes et du Jura. Les bancs d'Argile, de Sable ou même de Grès, qu'on prétend avoir observés dans leur étendue, et qu'on a regardés comme y indiquant des stratifications, ne nous paraissent pas plus concluans, et nous en révoquons en doute l'existence dans la véritable Craie blanche. Les fentes

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verticales appelées filets ou filières par les carriers, et que présentent les vastes dépôts de Craie, ne sont pas plus importantes; elles sont dues au dessèchement de la masse qui seul y causa les accidens de brisure ou d'inclinaison qu'on y observe. — Les débris de corps organisés fossiles que renferme la Craie peuvent encore la caractériser et la distinguer des autres Calcaires, et surtout de ces Marnes d'aspect assez analogue qu'on serait tenté de confondre avec elle. Ils ne sont pas nombreux, et consistent dans quelques Bélemnites ou Trochus particuliers (Trochus Basterotii, Brongniart), l'Ostrea vesicularis, quelques autres Conchifères, six ou sept Térébratules et quatre ou cinq Echinodermes. «Aucune de ces espèces, dit encore Brongniart, ne se retrouve dans le Calcaire grossier; la formation de la Craie est donc parfaitement distincte de la formation du Calcaire grossier qui l'approche; il ne paraît pas qu'il y ait eu entre ces substances de transition insensible; au contraire on ne reconnaît pas de différences aussi tranchées entre la Craie et le Calcaire compacte qu'elle recouvre, et nous sommes portés à croire que ces deux formations passent insensiblement de l'une à l'autre.» Nous ajouterons aux preuves qu'on trouvera dans les excellens ouvrages de notre illustre géologue, l'appui de nos propres observations sur le plateau de Maëstricht, qui présente un immense banc de Craie avec assises de Silex, et que surmonte le Calcaire grossier dans lequel des débris de corps organisés différens se retrouvent en changeant insensiblement d'espèces, et passant de celles qui paraissent les plus anciennes à de beaucoup plus modernes. Brongniart démontre même que la formation de la Craie dans les environs de Paris a été suivie de cinq formations très - distinctes, et qui indiquent un long espace de temps, avec de grandes révolutions physiques, entre l'époque du dépôt de la Craie et celles où les continens reçurent la forme qu'ils ont aujourd'hui. Il est remarquable que dans les débris de corps organisés que nous avons dit s'être trouvés dans la Craie on n'ait rencontré qu'une Coquille univalve à spire régulière (le Trochus Basterotii), point de Cérites ou de Fuseaux, tandis que ces dernières se rencontrent en si grande profusion quelques mètres au-dessus et dans des couches également calcaires, mais d'une nature différeute. Du reste, aucun gîte métallique d'une importance notable ou de Charbon fossile ne se trouve dans la Craie. Le seul Métal qui s'y rencontre est le Fer à l'état de pyrites globuleuses. On peut aisément reconnaître dans la formation de la Craie trois états assez distincts dans leurs parties éloignées, mais qui se confondent par des nuances insensibles dans leur point de contact. L'inférieure, homogène et blanche, est la Craie dans son plus grand état de pureté. La seconde, appelée vulgairement Tufau, est généralement mêlée de Sable, impure et jaunâtre ou grisâtre; la supérieure, ferrugineuse et pénétrée de grains verts qui la colorent, peut être appelée Chloritée, c'est la Glauconie crayeuse de Brongniart. Telle est du moins la disposition que nous avons observée dans les parties inférieures du bassin de la Meuse, à Folécave en Belgique, non loin de Bruxelles, et dans quelques points des falaises de Normandie que nous avons eu occasion d'examiner.

Une grande partie du nord de la France est de formation crayeuse. Dans le bassin de Paris, fond d'un golfe immense, celte Craie forme des collines entières et des monticules qui durent être des îles ou des écueils dont les côtes antiques étaient hérissées. Les plaines arides de la Champagne Pouilleuse en sont formées; les côtes du Nord et celles de l'Angleterre qui leur correspondent en empruntent cette éblouissante blancheur qui leur valut le nom d'Albion. La Gallicie, partie autrichienne de la Pologne, d'autres vastes pays de l'Europe, des cantons de l'Afrique, et probablement beaucoup d'autres

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régions du globe, sont de formation crayeuse.

En examinant attentivement les grandes formations de Craie que nous avons eu occasion de visiter, et dans lesquelles nous avons cherché à nous rendre raison de la présence des couches siliceuses qu'on y remarque, nous avons acquis la certitude qu'on avait jusqu'ici erré sur l'origine de ces assises singulières, certainement fort modernes en comparaison de ce qui les environne. Nos observations ont été faites particulièrement dans les environs de Maëstricht, où la nature semble appeler le géologue à d'importantes confidences. Dans la partie supérieure de ce grand banc, composé de ce Calcaire grossier que Brongniart a si bien distingué de la Craie, on trouve des blocs de Silex; mais ils y sont dispersés en rayons irréguliers plus ou moins considérables; ils n'observent alors aucun ordre régulier dans leur position respective; et, se présentant comme au hasard ou travaillent les carriers, forcent souvent ceux-ci à se détourner de leur direction afin de suivre la partie homogène exploitée, dans laquelle nul corps dur n'occasione de défaut ou de résistance. Au-dessous de la région des carrières, lorsque le Calcaire plus pur, parvenant au voisinage de la Craie qu'il recouvre, s'apprête à se confondre avec elle, la disposition des Silex commence à se régulariser; mais les couches qui commencent à se manifester ne se rencontrent pas sur tous les points; ce n'est qu'en se rapprochant des régions inférieures qu'elles affectent cette disposition particulière qui frappe d'étonnement observateur attentif. Dans un escarpement que nous nous sommes complus à décrire, et que nous avons soigneusement figure (Voyage souterrain, p. 183, pl. 11), ces assises siliceuses sont d'autant plus rapprochées que, formées dans la Craie ramollie par l'humidité, le poids des parties supérieures du plateau semble les avoir comprimées les unes contre les autres; on dirait un mur immense construit par des géants. C'est au point où la barque de Liège tourne en suivant un coude de la Meuse qui vient baigner l'escarpement à une demi-lieue au-dessus de Maëstricht, qu'on admire la régularité des assises siliceuses, sur l'éblouissante élévation qui se présente aux regards étonnés. Le voyageur a besoin de rappeler toutes les idées qu'il peut avoir du possible pour ne pas s'imaginer qu'il contemple une bâtisse colossale. Cette muraille naturelle s'étend l'espace de quatre ou cinq cents toises. On y creusa des caves et même des granges. Les couches de Silex y sont exactement parallèles, épaisses d'un à trois mètres, et sans que la plus exacte symétrie soit jamais interrompue par quelque bloc amorphe interjeté. La proportion du grand mur de Craie siliceux qui nous occupe, et sa blancheur, rappellent les côtes âpres que l'on nomme falaises de Normandie. Ces lieux si distans présentent encore d'autres rapports; aussi nous semble-t-il que tout indique en eux un système identique de formation, le long duquel on doit reconnaître la côte que baignait l'Océan septentrional quand la Belgique en formait la plage, et que la persévérance batave, à force d'enclaver des polders entre de prodigieuses digues, n'en avait pas conquis sur la mer les alluvions du Rhin et de ses affluens. Faujas de Saint-Fond avait remarqué les couches siliceuses qui nous occupent (Hist. de la Montagne de Saint-Pierre, p. 37); mais il tomba dans une étrange erreur à leur égard; il y entraîna Héricart de Thury, qui répète textuellement d'après lui (Essai potamographique de la Meuse dans le Journal des Mines, n° 70, p. 315) a que l'escarpement taillé à pic dont il est question est composé de couches horizontales d'un Sable fin, blancet un peu crayeux, qui alternent avec des couches également horizontales de Silex noir, mamelonné et comme branchu, qui ont appartenu autrefois à des Madrépores passés à l'état siliceux, et qu'on y trouve

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également du bois et des Coquilles passés au même état.» Ce n'est point du Sable fin un peu crayeux oui forme la partie des escarpemens de Maëstricht ou se voient les assises siliceuses, mais de véritable Craie dans son plus grand état de pureté. Les Silex n'y sont pas dus à des Madrépores, et encore moins à du bois, ou même à des Coquilles. Les Madrépores ne jouent ici aucun rôle. Claire, ingénieur des Mines, a beaucoup mieux observé la nature de la Craie et des Silex de ces lieux, lorsque, dans une Notice géologique sur Maëstricht (Journal des Mines, n° 214, p. 244), il remarque qu'on voit au voisinage des assises moins de débris fossiles que dans le Calcaire grossier supérieur. Si l'on rencontre dans quelques Silex de cette dernière formation des Madrépores et du bois devenu Silex, ce dont nous doutons sans nier la facilité avec laquelle de tels corps passent à cet état, ce n'est qu'accidentellement; quant aux couches dans la Craie, elles sont dues évidemment à l'eau infiltrante qui, dissolvant par des moyens et à l'aide d'agens qui nous demeurent inconnus la matière des Silex abondamment répandue dans l'épaisseur du plateau, la dépose quand elle rencontre les conditions convenables. C'est au mot SILEX que nous démontrerons cette doctrine.

Il paraît donc qu'en général la Craie repose sur des couches d'Argile; qu'elle est d'autant moins pure, que ses bancs sont plus profonds; que les Fossiles qu'on y rencontre sont de nature fort différente de celle des Fossiles qui abondent dans les couches supérieures; que le Silex s'y dépose par bancs ou assises plus régulièrement qu'ailleurs où on n'en trouve que par rognons; qu'on n'a jamais reconnu audessous la moindre trace de terrains d'eau douce; et qu'enfin étant d'une formation fort ancienne, c'était une idée bien bizarre que celle de Patrin qui prétendait trouver l'origined'une grande partie des masses de Craie dans les feux souterrains.

On a donné le nom de CRAIE DE BRIANÇON à une sorte de Talc laminaire dont il sera question au mot TALC.(B.)

CRAITONITE OU CRICHTONITE. MIN. (De Bournon.) Fer oxidulé titané, Haüy. Nouvelle espèce établie par de Bournon, et ainsi dénommée en l'honneur de son ami le docteur Chrichton. Elle paraît être un Titanate de Fer, d'après l'essai d'analyse qu'en a fait Berzélius. Sa forme primitive est, suivant de Bournon, un rhomboïde très-aigu dont l'angle plan au sommet est de dixhuit degrés, et qui se divise dans le sens perpendiculaire à son axe. La couleur de ses cristaux est le noir de Fer, joint à un éclat très-vif; celle de la poussière est le noir foncé. Ce Minéral raye la Chaux fluatée et non le Verre; sa cassure est conchoïde et éclatante; il est sans action sur l'aiguille aimantée; au chalumeau il est infusible et inaltérable, lorsqu'il est seul; il se comporte avec les flux comme l'Oxidule de Fer pur. Les formes sous lesquelles il se présente le plus ordinairement sont des rhomboïdes aigus ou obtus, dont les sommets sont remplacés très - profondément par deux faces perpendiculaires à l'axe; on en connaît aussi une variété lamelliforme. Ce Minéral se trouve dans le département de l'Isère sur le même Felaspath qui sert de gangue aux Cristaux d'Anatase. (G. DEL.)

CRAM. BOT. PHAN. V. CRAN.

CRAMBE. Crambus. INS. Genre de l'ordre des Lépidoptères, famille des Nocturnes, tribu des Tineïtes, établi par Fabricius, et ayant suivant lui pour caractères: quatre palpes; les antérieurs plus courts, plus épais à leur extrémité et tronqués obliquement; les postérieurs avancés, comprimés, connivens; antennes sétacées. La treille, prenant en considération le port des ailes qui tantôt forment un triangle aplati et allongé, et tantôt sont roulées autour du corps à la manière de plusieurs teignes, a dispersé les espèces qui offrent le pre-

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mier de ces deux arrangemens dans les genres Aglosse, Botis, Herminie, et il a restreint le genre Crambus de Fabricius à celles qui présentent pour caractères: palpes inférieurs grands, avancés; ailes roulées autour du corps, et lui donnant une forme presque cylindrique. Ainsi restreint, ce genre comprend plusieurs espèces européennes figurées par Hübner, et dont les plus remarquables sont le CRAMBE DES PRÉS, Crambus pratensis; le CRAMBE DES PINS, Crambus Pineti; le CRAMBE ARGENTÉ, Crambus argenteus. On trouve ces Lépidoptères dans les pâturages secs sur les Plantes. Le CRAMBE INCARNAT, Crambus carneus, et quelques autres espèces pourraient, suivant Latreille, former un sous-genre propre. (AUD.)

CRAMBE. Crambe. BOT. PHAN. Genre de la famille des Crucifères et de la Tétradynamie siliculeuse, L., établi par Tournefort et adopté par tous les botanistes qui l'out suivi. Dans son grand travail sur les Crucifères, le professeur De Candolle (Syst. Veget. Nat. T. 11, p. 650) le caractérise ainsi: calice étalé, égal à sa base; pétales égaux et entiers; filets des étamines très-longs, munis d'une dent située près de leur sommet et latéralement; ovaire ovoïde; style nul ou très-court; stigmate capité; silicule coriace, à deux articulations; chaque article indéhiscent et uniloculaire, l'inférieur stérile et faisant fonction de pédicelle, le supérieur monosperme et globuleux. Le cordon ombilical s'élève de la base de la loge, se recourbe vers son sommet; et suspend une semence sphérique, dont les cotylédons sont épais, presque foliacés, profondément émarsinés et condupliqués, c'est-à-dire pliés longitudinalement de manière à cacher la radicule dans leur plicature. Cette disposition des cotylédons, jointe à la structure du fruit, a fait placet les Crambes, par De Candolle, dans sa seizième tribu qu'il nomme RAPHANÉES ou Orthoplocées Lomentacées.

Ce genre, un des plus naturels entre les Crucifères, et des plus faciles à distinguer et par son port et par les caractères que nous venons d'énoncer, se compose de Plantes herbacées ou sous-frutescentes. Elles ont des feuilles caulinaires, alternes, pétiolées, dentées ou incisées, pinnatifides ou lyrées. Leurs fleurs sont blanches, portées sur des pédicelles droits, filiformes et sans bractées; elles sont très-nombreuses, et forment des grappes allongées disposées en panicules très-lâches.

Treize espèces ont été décrites par De Candolle (loc. cit.); il les a distribuées en trois sections auxquelles il a donné les noms de Sarcocrambe, Leptocrambe et Dendrocrambe. La première de ces sections en contient à elle seule les deux tiers, et c'est elle qui renferme le Crambe maritima, L., dont nous allons donner une description succincte: en général, les Plantes de ce genre habitent la région méditerranéenne depuis les iles Canaries jusqu'en Orient, et principalement en Perse. Le C. maritima fait seul exception à cette spécialité de distribution géographique. On le trouve aussi sur tes côtes, des mers de l'Europe boréale.

Le CRAMBE MARITIME, Crambe maritima, L., a une racine épaisse dont le collet porte plusieurs tiges hautes de près d'un mètre, très-rameuses, lisses, glauques et charnues. Ses feuilles inférieures sont pétiolées, oblongues ou presque arrondies, ondulées, sinuees et dentées; les supérieures sont presque linéaires, aiguës et entières. Cette Plante, connue vulgairement sous le nom de Chou de Mer, est maintenant cultivée dans les jardins de la GrandeBretagne pour des usages comestibles. Goodenough a donné un procédé pour rendre plus tendres et plus agréables ses turions ou premières tiges naissant du collet de la racine. Il consiste à les faire étioler, en les abritant de la lumière solaire au moyeu de vases cylindriques percés au sommet. Ils deviennent alors tendres et charnus; ou les fait cuire à la manière des Asperges, et leur saveur

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est à peu près celle des Choux-Fleurs. (G..N.)

CRAMBION. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Adanson regarde cette Plante corame une espèce de Tithymale. V. EUPHORBE. (B.)

CRAMBITES. Crambites. INS. Famille de l'ordre des Lépidoptères établie par La treille avec ce caractère: quatre palpes apparens. Cette famille, qui comprenait les genres Botys, Aglosse, Gallerie, Crainbe et Alucite, a été réunie (Règn. Anim. de Cuv.) à celle des Nocturnes, et fait partie de la quatrième et de la septième tribu. (AUD.)

CRAMBUS. INS. V. CRAMRE.

CRAMERIA. BOT. PHAN. Pour Krameria. V. ce mot.

CRAMPE, POIS. Syn. vulgaire de Torpille, V. ce mot. (B.)

CRAN ou CRAN DE BRETAGNE. BOT. PHAN. On l'écrit aussi, CRAM. Noms vulgaires du Cochlearia Armoracia, L., Armoracia rustica, Baumg. V. ARMORACIA et COCHLEARIA. (B.)

CRAN ET CRON. MIN. Syn. de Craie et de Falhun. V. ces mots, (B.)

* CRANCHIE. Cranchia. MOLL. Leach a divisé les Céphalopodes Décapodes en deux familles, les Sépiolidées et les Sépiacés; dans les Sépiolidées il propose deux nouveaux genres, Sépiole et Cranchie. Ce dernier genre, qu'il dédie à Cranch, voyageur-naturaliste anglais qui a montré le plus grand zele pour la zoologie, est caractérisé de la manière suivante: nageoires terminales, rapprochées et libres à leur sommet; les pieds ordinaires inégaux; la paire supérieure très-courte; la deuxième et la troisième graduellement plus longues; le cou réuni au sac postérieurement et de chaque côté par des brides épaisses. Les deux espèces qui viennent des mers de l'Afrique occidentale, sont:

Le CRANGHIE RUDE, Cranchia scabra, Leach (Nova Misceli. Zool. T. III, p. 157, et Journ. de Phys., mai 1818, p. 596), figuré dans le même recueil, juin 1818, fig. 6. Le sac est couvert de petits tubercules.

Le CRANCBIE TACHFTÉ, Cranchia maculata, Leach (loc. cit., fig. 3). Celle-ci a le sac lisse, maculé de taches ovales ou rondes. (D..h.)

* CRANDANG. BOT. PHAN. Syn. de Limon à Java. (B.)

CRANE, ZOOL. Ce mot, dans son acception la plus restreinte, signifie seulement la boîte osseuse de lencéphale; mais comme la face est immédiatement continue au Crâne, comme tous les os antérieurs du Crâne font partie de la face, ot comme tous les os de la face, sans exception, s'articulent avec ceux du Crâne, même dans plusieurs genres de Mammifères, par exemple, les intermaxillaires dans l'Aie-Aie, les Cachalots; comme enfin le mot Crâne en zoologie s'entend de la totalité de la charpente osseuse de la tête, c'est dans toute l'extension de ce dernier sens que nous allons en traiter ici.

Le Crâne proprement dit renferme les organes encéphaliques ou cérébraux et l'organe de l'ouïe; la face est le siège des organes de la vue, de l'odorat et du goût; et dans tous les Animaux pourvus de mulles, de l'organe spécial du toucher. Plus les organes des sens sont développés, plus la proportion de la face au Crâne grandit; et plus les organes cérébraux se développent, plus la proportion du Crâne a la fece augmente. Comme le volume des organes cérébraux avait été pris pour mesure de l'intelligence, attendu qu'en général, dans les Mammifères et les Oiseaux, l'amplitude de la capacité du Crâne représente le volume de l'encéphale, on avait pris le rapport que l'aire de la capacité du Crâne offre avec l'aire de la face, pour mesure proportionnelle de l'intelligence des Animaux. C'est Cuvier qui avait proposé cette dernière mesure. En général, le Crâne et la face se balancent ainsi par la réciprocité de leurs développemens; mais ce n'est pas une règle absolue. Ainsi chez

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plusieurs Phoques et Dauphins, le Crâne et le cerveau, proportions gardées, sont presque aussi développés que chez l'Homme, et cependant la face n'y en a pas moins elle-même un très-grand excès de développe-mentp. Nous dirons plus loin pourquoi nous n'admettons pas celle mesure des aires comme généralement et absolument exacte. Nous allons d'abord démontrer la fausseté de celle qui était précédemment employée.

Camper observaut que dans l'Homme, le degré de proéminence du front coïncidait assez ordinairement avec le degré des facultés intellectuelles, et que dans les diverses espèces d'Homme cette proéminence du front diminuait avec l'en semble deleurs facultés, exprima la quantité de cette proéminence par l'angle que la ligne tangente au point le plus saillant du front et aux incisives supérieures, fait a vecune autre ligne qui partage en deux le plan passant par les trous auditifs extérieurs et le bord inférieur de l'ouverture antérieure des narines. Cette mesure ne pouvait qu'exprimer à peu près, dans l'Homme même, la proportion du volume du cerveau; car elle suppose les contours extérieurs du Crâne parallèles à ses contours intérieurs. Or, dans l'Homme, il arrive chez certains individus que ce parallélisme est loin d'exister. Les sinus frontaux creusés dans l'épaisseur du coronal, en se propageant quelquefois outre mesure, causent une saillie des contours extérieurs, derrière laquelle le cerveau se trouve fort reculé. Dans les Animaux l'angle facial devient bien plus infidèle. Par exemple, dans l'Eléphant, chez les Mammifères, et chez les Oiseaux, dans la Chouette et le Hibou, à qui le volume de leur Crâne et la proéminence de leur front faisaient attribuer une certaine supériorité d'intelligence, la table intérieure du Crâne est écartée de l'externe d'une quantité qui équivaut au quart, ou même sur Je front, à la moitié du diamètre total du Crâne. Or, on voit que pour que la ligne faciale représentât le volume du cerveau, il faudrait la conduire du bord de l'intermaxillaire à travers la face, de manière à ce qu'elle fût tangente au point le plus saillant en avant du contour intérieur du Crâne. Mais dans ce trajet une grande partie de la face se trouverait éliminée, et l'on ne pourrait rien conclure du résultat, puisqu'une partie de l'un des termes du rapport serait ainsi retranchée. L'angle facial doit donc être exclu comme mesure proportionnelle de l'intelligence des Animaux. Il ne doit plus servir qu'aux artistes pour mesurer, d'après nos idées sur le beau, le degré de majesté de la figure humaiue, et la mettre en proportion avec la supériorité de nature ou de génie attribuée aux Hommes et aux divinités que la politique et la religion exposent aux adorations et aux respects du peuple.

Si le volume de l'encéphale, ou, ce qui est la même chose, des organes cérébraux, donnait une mesure proportionnelle de l'intelligence, le rapport qu'a proposé Cuvier entre l'aire du Crâne, dans ses contours intérieurs, et l'aire delà face, ne serait pas encore une expression constante de cette mesure. Mais nous avons fait voir (Rech. anat et phys. sur le svst. nerveux, et Mém.spéc. sur ce sujet, Journ. compl. du Dict. des Sc. méaic., 7 septembre 1822) que ce n'était pas le volume hydrostatique de l'encéphale, mais l'étendue des surfaces que développe ce volume qui était la mesure la plus approximative des facultés intellectuelles dans tous les Animaux. Or, comme le nombre et la profondeur des sillons et des replis dont se creuse le cerveau sent tout-à-fait indépendans de l'amplitude du Crâne; et, comme un cerveau plus petit, mais plissé, peut, selon le nombre et la profondeur de scs plis, offrir quatre, nuit ou dix fois plus de surfaces qu'un cerveau double, mais dont les contours forment des courbes régulières, on voit que l'aire du Crâne ne peut point offrir de données pour le calcul qu on se propose. En outre, dans les Poissons comme dans les Reptiles, ja-

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mais l'encéphale ne remplit le Crâne; il n'en occupe pas ordinairement plus de la moitié ou au plus les trois quarts. Dans la Tortue européenne, par exemple (V. les planches de notre Anat. et Physiolog. des syst. nerv.), l'aire de la coupe ventrale de l'encéphale est presqu'un tiers plus petite que l'aire de la cavité cérébrale, et dans les Poissons, soit osseux, soit cartilagineux, 1a disproportion est constamment plus grande encore. L'aire du Crâne ne peu t donc ici servir de mesure au cerveau, ni conséquentment aux facultés intellectuelles. Le rapport de l'aire du Crâne à Taire de la lace ne pourrait donc être appliqué qu'à des Animaux où les contours de l'encéphale ont des courbes régulières, c'est-à-dire où l'encéphale n a point d'anfractuosités et où la périphérie de la cavité cérébrale représente justement le volume de l'encéphale; tel est le cas de la plupart des Rongeurs, des Edentés, etc., chez les Mammifères, et de tous les Oiseaux.

Ce qui constitue l'individualité ou la nature particulière de chaque Animal, c'est le nombre des facultés qu'il possède, le degré de perfection de chacune d'elles, et leur combinaison harmonique sous le rapport du nombre et de la perfection. Chacune de ces données et l'ensemble qui en résulte varient à l'infini, comme on sait, d'une espèce à l'autre. De-là cette diversité de structure et de proporlions réciproques dans les organes des séns et du cerveau, organes dont l'activité en exercice constitue ces facultés. Et comme le développement de ces organes produit nécessairement le degré d'amplitude de la cavité osseuse qui les contient, on voit d'abord quelle doit être la diversité des Crânes parmi les Animaux vertébrés. Or, nonobstant cette diversité dans la configuration des têtes osseuses, et dans la proportion de leurs parties, il est à peu près démontré aniourd'hui que le nombre de leurs élémens ou pièces osseuses primitives est uniforme, et qu'à travers la diversité de formes et de fonctions qui d'une classe à l'autre déguise ces élémens osseux, et même les transporte d'un organe à un autre, chacun de ces élémens conserve invariablement avec les autres les mêmes rapports de situation; et qu'il s'anteanut plutôt que de perdre son rang dans le système pour enpjamber en avant ou en arrière, à droite ou à gauche de sa position ordinale. C'est surtout Geoffroy Saint-Hilaire (Ann. et Mém. du Muséum et Philos, anat. T. I et II) qui a analysé la multitude de toutes ces combinaisons de formes et de nombresauxquelles sont assujettis les os de la tête des Vertébrés dans leur état adulte. Comme nous l'avons déjà dit (art. ANATOMIE, § 1), il reconnut qu'en remontant pour tous les Animaux vertébrés le plus près possible de la formation ae l'être, quel que fut le nombre d'os définitifs dont se compose le Crâne de l'adulte, ce nombre est identique pour tous dans les premiers temps de la vie; que la diminution ultérieure du nombre des os dans les Mammifères et surtout dans les Oiseaux, n'était qu'apparente, et dépendait de la réunion deux à deux, trois à trois ou même davantage, de pièces voisines; que, par l'effet de ces réunions, des os pairs devenaient des os symétriques: tel est, par exemple, le frontal de l'Homme adulte comparé aux frontaux de l'enfant ou bien aux frontaux de la plupart des Mammifères; que ces réunions ne confondaient pas seulement des os situés sur la ligne médiane, comme les frontaux que nous venons de citer, mais confondaient aussi des os collatéraux à droite ou à gauche de cette ligne: tel est, par exemple, le temporal de l'Homme où se trouvent soudés le tympanal, le rocher, la caisse, le mastoïdien, le styloïde, etc. Il en conclut donc que les variations dans le nombre des os définitifs du Crâne chez les diiféreus Vertébrés adultes dépendaient du degré d'ossification propre à chacun d'eux, et que, selon l'extension de ce degré, un plus grand nombre de

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pièces se réunissaient, et qu'àinai un plus petit nombre en restait définitivement isolé.

Voici, d'après les principes précédons. la composition du Crâne dans tous les Animaux vertébrés en procédant d'avant en arrière: 1° le premier sphénoïde formant la partie antérieure du sphénoïde humain résulte de deux paires de pièces latérales, l'une supérieure, savoir les Ingrassiaux ou ailes d'Ingfassias; l'autre inférieure, les Bertinaux ou cornets sphénoïdaux de Berlin. Ces deux paires de pièces latérales flanquent à droite et à eauche une pièce médiane dite entosphénal; les deux frontaux forment l'arc supérieur de la cavité médullaire de cette sorte de vertèbre; 2° le second sphénoïde a pour basa l'hyposphénal flanqué également de deux paires de pièces latérales, l'une eu haut, l'autre en bas. La paire supérieure résulte des ptéréaux ou grandes ailes du sphénoïde; la paire inférieure des ptérigoïdaux ou apophyses ptérigoïdes externes. Les deux pariétaux forment l'arc supérieur de la cavité médullaire de cette autre vertèbre. La cavité du système sanguin de ces deux vertèbres est fermée intérieurement par les deux palatins pour la première, et par les hérisseaux ou apophyses ptérigoïdes internes pour la seconde. L'on voit, d'après l'ordre de connexion de ces parties osseuses rattachées ainsi à deux systèmes de pièces similaires ou de vertèbres, que l'étude de la fece est inséparable de celle du Crâne, puisque plusieurs os de la face sont des dépendances de l'une ou de l'autre de ces deux premières vertèbres crâniennes; 3° l'occipital humain résulte de trois paires de pièces osseuses, étagées l'une sur l'autre, et dont l'inférieure repose sur une pièce unique et médiane dite basilaire ou sous-occipitale. Cette pièce impaire répond à l'entosphénal dela première vertèbre cranienne, à l'hyposphénal de la seconde. C'est donc l'analogue du corps d'une vertèbre. Les deux pièces de la paire inférieure restent écartées l'une de l'autre vers la ligne médiane où leurs bords internes plus ou moins échanorés circonscrivent la moelle allongée, et forment la plus grande partie du trou occipital; ce sont les occipitaux latéraux ou ex-occipitaux. Les pièces de la paire intermédiaire sont au contraire juxta-posées sur la ligne médiane, et complètent supérieurement le trou occipital. Ce sont les occipitaux supérieurs ou sur-occipitaux; enfin les pièces de la paire supérieure ou troisième paire, soudées aussi par leurs bords internes, ont reçu le nom d'interpariétal parce qu'elles se trouvent plus ou moins engagées entre les pariétaux. Or, il y a un rapport constant entre l'étendue en surface de ces os, et le développement de parties encéphaliques déterminées. Ainsi, par exemple, les occipitaux latéraux et les occipitaux supérieurs de la troisième vertebre grandissent les premiers comme les lobes latéraux; les seconds comme le lobe médian du cervelet. Les interpariétaux ou troisième paire d'occipitaux grandissent comme les lobes optiques ou tubercules quadrijumeaux; les pariétaux représentent le développement des deux lobes postérieurs de chaque hémisphère cérébral; voilà pourquoi ils sont plus grands dans l'Homme que dans tout le reste des Vertébrés. Les frontaux paraissent en rapport avec le lobe antérieur des hémisphères cérébraux. Ils le sont aussi avec les lobes olfactifs et les narines. Voilà pourquoi ils sont quelquefois plus développés ailleurs que dans l'Homme, quoique le cerveau soit, alors seulement, plus petit. Mais à mesure que chaque appareil encéphalique diminue, et surtout que l'ensemble de l'encéphale ne se compose plus que des lobes correspondans aux nerfs des sens, des os qui faisaient partie du Crâne dans les Mammifères, par exemple, et dont la face interne était contiguë à une partie encéphalique, cessent aussi à mesure de faire partie delà boîte cérébrale, et deviennent tout-à-fait libres en dehors pour servirà d'autres usages.Tels

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sont, par exemple, dans les Poissons et les Reptiles, le temporal, le mastoïdien, la caisse et le rocher, etc. Alors ces os dont nous n'avons point parlé plus haut parce qu'ils ne font pas partie nécessaire du Crâne, et que, dans les Reptiles et les Poissons, ils deviennent partie intégrante de la face ou des mâchoires, non-seulement ne s'élargissent plus en une même et commune surface, comme dans l'Homme et les Mammifères voisins, mais jouent librement les uns sur les autres par des articulations plus ou moins mobiles: de-là deux ou trois bras de levier ajoutés à la mâchoire inférieure dans les Ophidiens; à cette mâchoire et à l'opercule dans les Poissons. Enfin, pour en revenir à la mesure des facultés intellectuelles par une proportion anatomi-que prise sur les parois du Crâne, nous dirons que plus il y a d'os employés à former ces parois, et plus larges sont les surfaces pour lesquelles chacun de ces os intervient, plus grand paraît être le développement de la masse encéphalique, et surtout l'organe cérébral. contigu à chacune de ces surfaces, ou, ce qui revient au même; la faculté ou le talent dont cet organe est le siége. Nous avons vu chez Geoffroy Saint Hilaire un assez grand nombre de cerveaux d'Animaux moulés en plàtre coulé dans leurs Crênes. Sur ces plàtres sont représentés en couleur les espaces par lesquels les différens os interviennent dans les parois intérieures du Crâne. On ne peut prévoir les résultats de cette méthode d'observation; mais il est évident néanmoins qu'on n'en pourra tirer aucune donnée en rapport avec les accroissemens de surface de chaque partie encéphalique par le plissement de ses circonvolutions. Or, nous avons démontré que c'est à la quantité de ce plissement et à l'excès relatif des surfaces dévelopées par ces plis, que liennent et le nombre et la perfection individuelle de ces facultés (V. notre Anatomic et Physiologie comparative de tous les systèmes nerveux).

Nous avons décrit les pièces constamment intégrantes du Cràne dans les classes de Vertébrés; nous avons vu que les os intercalaires de la deuxième et de la troisième vertèbre céphalique avaient, par rapport au cerveau, des rapports de voisinage variables. Mais malgré ces variations, ils restent constamment dans les mêmes connexions ordinales; voici cet ordre: le mastoïdien s'interpose entre l'occipital latéral en arrière, le temporal et la caisse en avant; en dedans de la caisse est le rocher; en dehors, le tympanal ou cadre du tympan; en avant la portion écailleuse du temporal s'unit au pariétal en haut, et au sphénoïde en bas.

Dans les Reptiles et les Poissons, comme nous le dirons plus bas, le temporal et le mastoïdien ne faisant plus partie des parois de la cavité cérébrale, les deux vertèbres encéphaliques postérieures se touchent sur tous les points de leur contour, excepté à l'endroit de (l'intercalation du rocher. Le repoussement de cet os en dehors du Crâne, disperse sur le côte de la tête, dans les deux dernières classes, toutes les pièces osseuses qui dans les deux autres étaient accumulées au-tour ou dans l'intérieur de l'organe de l'ouïe.

Les os de l'organe de l'ouïe qui, dans l'Homme et la plapart des Mammifères, sont le plus profoundément situés en apparence et le moins susceptibles de dislocation, sont done, comme on va voir, précisément ceux qui en subissent le plus.

Les appendices inférieurs de la première vertèbre encéphalique sont, comme nous avons vu, les palatins. Les appendices inférieurs de la seconde, sont les apophyses ptérigoïdes internes: dans les Mammifères, les seuls palatins ne sont pas continus avec la base de la première vertébre ou le premier sphénoide. Toutes les autres dépendances de cette première vertèbre et de la seconde leur sont soudées. Tout cela forme chez eux, soil le sphénoïdes unique, soit les deux sphénoïdes; et ces dépendances

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ont alors des dimensions d'autant plus courtes que la face est plus petite, par rapport au Crâne. C'est sur ces appendices inférieurs, savoir les palatins et les apophyses ptérigoïdes internes et externes, que la face appuie en bas; en haut, elle repose sur les frontaux, et entre deux, sur l'entosphénal ou le corps même du premier sphénoïde.

La face se divise en autant de régions osseuses qu'elle contient d'organes de sens: 1° sur la ligne médiane, la région nasale; 2° en bas, la palatine; 3° latéralement, l'oculaire.

Comme tous les Animaux vertébrés diffèrent moins entre eux par le nombre ou le développement proportionnel de leurs sens que parle nombre et le développement de leurs organes intellectuels ou cérébraux, et comme, ainsi que nous l'avons vu, chaque organe, soit sensitif, soit intellectuel ou cérébral, est en rapport avec un certain nombre de pièces osseuses qui en dépendent, nous ne trouverons pas dans la combinaison des os de la face les mêmes différences de nombre apparent, que nous avons vues au Crâne.

1°. La cavité osseuse de l'odorat se compose en haut de l'ethmoïde, dont la pièce la plus constante est la lame verticale, de la partie du frontal où s'articulent les os propres du nez, de ces mêmes os; en dehors, des maxillaires et de leurs cornets, et quelquefois de l'intermaxillaire; en bas, de l'intermaxillaire, du maxillaire et du palatin antérieur. L'ethmoïde et ses cornets, et les parties des autres os voisins qui interviennent dans la cavité osseuse de l'odorat, croissent en raison de la prédominance de ce sens; mais c'est surtout suivant l'axe longitudinal de la tête que se fait cet accroissement; de-là la longueur de la face dans les Chiens, les Cochons, les Ruminani, etc.

2°. La cavité palatine ou du goût, formée en haut, par les palatins en arrière, les maxillaires au milieu, et les intermaxiliaires en avant, est limitée en bas par les branches de la mâchoire en avant et en dehors, en arrière par l'hyoïde qui lui - même est réellement une dépendance du Crâne auquel, même dans l'Homme quelquefois, il est articulé par une chaîne de trois osselets dont l'apophyse styloïde, articulée ou soudée au rocher, est le supérieur. Selon que cet organe est plus dominant, la partie inférieure de la face, savoir les maxillaires inférieurs et supérieurs, s'allonge davantage ainsi que les intermaxillaires; la région nasale peut être alors presque avortée. C'est ce qui s'observe pour la partie supérieure de cette région chez les Orangs, les Macaques et les Cynocéphales, parmi les Quadrumanes; les Gallinacées, chez les Oiseaux, etc.

3°. La cavité oculaire varie dans les Mammifères plus que dans les trois autres classes. Tantôt elle est fermée de toutes parts excepté en avant, c'est le cas de l'Homme et des Quadrumanes. Tantôt elle n'a de parois qu'en dedans, c'est le cas du plus grand nombre des Mammifères. Mais ici, à la différence des autres sens, la perfection de l'organe ne répond pas au nombre d'os qui sont en rapport avec lui par leurs surfaces. Tout le monde connaît la construction de l'orbite de l'Homme ouvert en avant, de manière que les bords de cette ouverture sont à peu près dans le même plan, et que les plans des deux orbites ne sont inclinés l'un sur l'autre que de quatre ou cinq degrés: trois os contribuent à ses bords, le frontal, le maxillaire et le jugal. Sept os forment ses parois, le frontal, l'ethmoïde, le lacrymal, le palatin, le maxillaire, le jugalet le sphénoïde; les axes des deux orbites forment un angle d'environ quarante-cinq degrés. Dans les Singes, les orbites, composées et dirigées comme dans l'Homme, ont même l'anglede leursaxes encore plus petit. Mais à partir des Chauve-Souris, en allant par les Carnassiers aux Rongeurs, Pachydermes, jusqu'aux Cétacés chez les Mammifères; chez tous les Oiseaux, Reptiles et Poissons, l'angle que forment les axes des orbites va toujours en s'agrandissant, de sorte

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que, même chez beaucoup de Reptiles et de Poissons, ces deux axes se trouvent sur le prolongement d'une même ligne trantversale. Tels sont entre autres les Caméléons qui peuvent, ainsi que la plupart des Cétacés, voir à la fois deux points opposés de l'espace. Dans la plupart des Mammifères, l'orbite n'est formée que par le frontal, le maxillaire et le jugal; la projection des organes de l'odorat et du goût, en avant des orbites, a entraîné dans ce sens l'ethmoïde, le palatin, la partie dentaire et caverneuse du maxillaire, et le lacrymal, en même temps que, par la diminution des parties encéphaliques correspondantes, le sphénoïde s'est trouvé rentré et reculé. Les seuls osqui alorsappartiennent à l'œil sont donc les trois qui forment les bords de l'orbite dans l'Homme; et même dans les Oiseaux, beaucoup de Reptiles et de Poissons, le maxillaire n'entre plus dans l'orbite par aucune de ses faces ni même de ses bords. Mais alors le lacrymal intervient ordinairement, de sorte que trois os continuent d'encadrer le globe de l'œil.

Mais si dans les Reptiles et les Poissons, les os dont nous venons de parler, s'écartent l'un de l'autre sur la plus grande étendue de leurs bords, pour former des fentes, des trous, des cavités nouvelles, ou bien agrandir d'autres cavités que celles de l'œil, les, os annexés invariablement à cet organe reçoivent des déve-loppemens proportionnés au volume et à l'énergie d action de cet organe, chez la plupart des Animaux de ces deux classes. Déjà, dans les Oiseaux de haut vol surtout, il se développe sur l'arcade orbitaire du frontal un os aplati, très-saillant dans les Falco, et que l'on a nommé, à cause de sa position, os palpébral ou susorbitsire.

Dans la plupart des Reptiles et des Poissons osseux, chaque frontal est divisé en trois parties toujours distinctes, nohimées antérieure, intermédiaire et postérieure d'après leur ordie de position d'avant en arrière. Sur le frontal intermédiaire des Reptiles, se développe, en formant un ressaut, l'os susorbitaire ou palpébral, déjà cité dans les Oiseaux. Cet os manque aux Poissons, mais chez la plupart des Osseux, depuis l'os nasal et le cornet inférieur, jusqu'au frontal postérieur, s'étend au-dessous de l'œil un arc de pièces osseuses dont le nombre est de six dans la Morue (V. Cuvier, Règn. Anim. T. IV, pl. 3, fig. 3). Ces os surnuméraires dans le Crâne, et plusieurs autres dont il sera question ailleurs, et qui existent, soit isolés, soit en différens points du squelette, n'ont évidemment pas d'analogues, et dérogent, il faut le dire, à la loi de l'unité de composition du système osseux.

4°. La cavité auditive éprouve encore plus de variations que celle de l'œil, au point qu'elle finit par s'effacer tout-à-fait, et que ses os se projettent dans un même plan tout en conservant leurs rapports ordinaires. Cette cavité se prolonge de dehors en dedans au travers du cadre du tympan ou tympanal, et de la caisse où se trouvent articulés l'un sur l'autre, dans l'ordre suivant, le marteau, l'enclume, le lenticulaire et l'étrier. Le marteau s'articule sur le tympanal par l'intermédiaire de la membrane au tympan, et l'étrier sur le rocher par l'interniédiairede la membrane de la fenêtre ovale. La cavité de ce sens se termine dans le rocher qui en est la partie nécessaire et fondamentale. C'est à quoi se réduit la cavité auditive dans la plupart des Reptiles, en y comprenant toutefois un ou deux des osselets de l'ouïe dans quelques Reptiles, les Batraciens par exemple. Tous ces osselets subsistent néanmoins à leur place dans les Sauriens et les Oiseaux (Phil. Anat. pl. 1, fig. 7, 10 et 11). Dans beaucoup de Mammifères, le mastoïdien agrandit encore la cavité auditive par la communication de la caisse avec les cellules dont il est creusé; et dans les Oiseaux de proic nocturnes, tout le pourtour du Crâne est véritablement un immense développement des cavités auditives par la

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communication avec le rocher des cellules qui, tout autour du Crâne, écartent les deux tables de ses os. Dans ces mêmes Reptiles, le mastoïdien, le temporal et la caisse n'appartiennent pas plus à la cavité de l'ouïe qu'à celle du cerveau. Projetés en arcades sur les côtés du Crâne en arrière des orbites, ils interceptent des voûtes, des cavités plus ou moins profondes qui servent soit de points fixes aux muscles moteurs de la mâchoire inférieure sur la tête, soit de points mobiles aux muscles qui meuvent la tête sur le cou. Ce dernier cas a lieu chez les Crocodiles; l'autre a lieu chez les Ophidiens ordinaires. Mais chez ceux à mâchoires dilatables, les Pythons, les Boas et les Vipères, le mastoïdien et la caisse deviennent eux-mêmes des bras de levier angulaires, congénères du maxillaire inférieur dabs ses mouvemens. (V., pour les Sauriens, Geoff. St.-Hil. Ann. du Mus. t. 10, pl. 4; la tête du Crocodile, Cuv. Règn. Anim. t. 4, pl. 6, f. 7, 8 et 9; la tête de l'Ophisaure, et pl. 7, fig. 1, 2, 3, 4, 5 et 6; tête du Python et du Serpent à sonnette.)

Dans les Poissons, le rocher luimême n'est plus employé dans l'organe de l'ouïe. Celui-ci est tout entier contenu dans la cavité même du Crâne, ainsi que les appareils membraneux qui dans les trois autres classes occupaient les conduits et les cavités du rocher. Tous ces os creux chez les Mammifères et les osselets même qui étaient contenus dans leur cavité, sont produits au dehors pour servir à de nouvelles fonctions relatives à un autre milieu d'existence. Tous sont mobiles l'un sur l'autre, excepté le rocher. La caisse, centre de mouvement des pièces de l'opercule et des deux mâchoires (Geoff. Phil. Anat. pl. 1, fig. 8), arcboute en arrière l'étrier, en dehors le tympanal, en avant le temporal et le stylhyal (apophyse styloïde). L'étrier, l'enclume, le lenticulaire et le marteau, sous forme écailleuse, constituent le plan mobile connu sous le nom d'opercule. Le tympanal par son extrémité inférieure sert à l'articulation de la partie articulaire du maxillaire inférieur, et le stylhyal en dedans rattache au Crâne l'hyoïde par l'intermédiaire de deux branches osseuses dont nous parlerons au mot Opercule. V. ce mot.

Le maxillaire inférieur, par ses relations et ses fonctions, fait réellement partie de la tête osseuse, et par conséquent du Crâne; mais comme les considérations qui s'y rattachent sont surtout relatives à la digestion, nous en parlerons à part. V. MACHOIRES et MAXILLAIRES. (A.D..NS.)

* CRANE. BOT. CRYPT. (Lycoperdacées.) Sorte de Vesse-de-Loup. Lycoperdon, décrite par Paulet (pl. 200, fig. 1), et qu'il pense être le Champignon désigné par Cœsalpin sous le nom de Cranium; sa couleur et sa grosseur le font ressembler à un Crâne humain. C'est probablement le Lycoperdon giganteum. (AD. B.)

* CRANE DE MER. POLYP. Quelques voyageurs ont donné ce nom à l'Alcyonium Cranium de Müller. (LAM..X.)

CRANGON. Crangon. CRUST. Genre établi par Fabricius, et placé par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans l'ordre des Décapodes, famille des Macroures, section des Salicoques, avec ces caractères: antennes latérales situées au-dessous des mitoyennes, et recouvertes à leur base parune grande écaille annexée à leur pédoncule; antennes mitoyennes ou supérieures à deux filets; les deux pieds antérieurs terminés par une main renflée, à un seul doigt; l'intérieur ou celui qui est immobile, simplement avancé en manière de dent; la seconde paire de pieds filiforme, coudée et repliée sur elle-même dans le repos, terminée par un article bifide, mais à divisions peu distinctes; prolongement antérieur du test, ou le bec très-court. Les Crangons ressemblent aux Alphées par le nombre et la correspondance des pieds en pince, mais ils en diffèrent essentiellement par le doigt inférieur

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on immobile des deux premiers pieds et par ceux de la seconde paire qui sont coudés et filiformes. Ce genre, qu'on pourrait confondre au premier abord avec celui des Palémons, s'en éloigne par les deux filets des antennes mitoyennes, par la petitesse du prolongement antérieur de leur carapace et par la manière dont sc terminent les deux premières paires de pates. Ces Crustacés ont un test incolore OH tirant un peu sur le vert, marqué souvent d'une infinité de points ou de lignes noires. Ces couleurs changent singulièrement lorsqu'on les cuit ou quand on les plonge dans l'esprit de vin. Alors ils se colorent en rouge. On les trouve communémentsur nos côtes dans les endroits sablonneux. Ils ont des mouvemens trés-brusques, nagent ordinairement sur le dos, et frappent souvent l'eau avec leur abdomen qu'ils replient torture le thorax, et distendent ensuite avec beaucoup de force. Les pêcheurs en prennent en grande quantité dans leurs filets, et s'en servent Quelquefois comme d'amorce pour attirer plusieurs Poissons riverains qui s'en nourrissent. On les sert aussi sur nos tables, mais leur chair n'est pas à beaucoup près aussi délicate que celle des Chevrettes. On les confond cependant quelquefois avec celles-ci, et on les nomme indistinctement Crevette de mer, Chevrette, Cardon; mais les Chevrettes proprement dites appartiennent au genre Palémon. V. ce mot.

Les espèces les plus connues sont:

Le CRANGON BORÉAL, Cr. boreas, décrit et représenté par Phipps (Voy. au Nord, pl. 11, fig. 1). Il est le plus grand de ceux que l'on connaît; Herbst (Canc. tan. 39, fig. 2) a copié cette figure.

Le CRANGON VULGAIRE, Cr.vulgaris, Fabr., vulgairement le Cardon, représenté par Roësel (T. 111, tab. 63, fig. 1, 2.). Il est très-commun sur les côtes de l'Océan.

Le CRANGON ÉPINEUX, Cr. spinotus, Leach, sur les côtes méridionales de l'Angleterre.

Risso (Hist. des Crust. de Nice, p. 81) décrit deux espèces nouvelles de Crangon: la première, qu'il nomme Crangon fascié, Cr. fasciatus, et qu'il représente (tab. 3, fig. 5), semble appartenir, suivant Latreille, à un autre genre; la seconde, qu'il tie figure pas, porte le nom de Crangon ponctué de rouge, Cr. rubro - punctarus. L'une et l'autre ont été trouvées dans la mer de Nice sur les bas-fonds sablonneux. (AUD.)

CRANIA. BOT. PHAN. (Théophraste.) Syn. de Cornus mascula. V. CORNOUILLER. (B.)

CRANICHIS. Cranichis. BOT. PHAN. Famille des Orchidées, Gynandrie Monandrie. Swartz, qui a établice genre dans sa Flore des Indes-Occidentales, lui a donné pour caractères: un calice déjeté latéralement; les trois divisions externes et les deux divisions internes à peu près égales entre elles, rapprochées dans leurs parties inférieure et moyenne, un peu écartées supériéurement. quelquefois tout-à-fait écartées; le labelle est supérieur, placé entre les deux folioles internes; il est concave et recouvre les organes sexuels; le gyuostème est dressé, un peu dilaté dans sa partie supérieure qui, porte antérieurement une anthère à deux loges, terminée en pointe à sa partie supérieure. Chaque loge renferme une masse de pollen pulvérulent. Le stigmate est placé au-dessous de l'anthère, à la face antérieure du gynostème; l'ovaire est à peine tordu. Le fruit est une capsule trigone s'ouvrant en trois valves.

Ce genre ne se compose que d'espèces américaines, la plupart originaires de la Jamaïque, d'où Swartz en a rapporté six. Elliot en a trouvé uns en Caroline, à laquelle il donne le nom de Cranichis multiflora. Ce sont en général de petites Plantes à racines fasciculées, à tige simple, quelqucfois dépourvue de feuilles, portant des fleurs assez petites, disposées en épis. Aucune d elles n'est cultivée dans nos serres. (A. R.)

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CRANIE. Crania. MOLL. Le genre Cranie, institué par Bruguière, avait été confondu par Linné parmi les Anomies. Il ne connaissait qu'une Seule espèce qui pût se rapporter au genre de Bruguière, c'est l'Anomia Craniolaris qui est encore, à ce qu'il paraît, la seule espèce vivante connue. Depuis Bruguière, presque tous les conchyliologues ont admis ce genre; Lamarck, Megerle, Ocken, Férussac, Defrance, Blainville, sont de ce nombre; Cuvier n'en fait pas mention, il ne le cite même pas parmi les Anomies. Quoi qu'il en soit, ce genre ne doit plus être placé parmi les Multivalves comme le pensait Bruguière, car il n'a, avec eux, aucuns rapports de forme et de structure, et ces trous dont la valve inférieure paraissait percée pour l'insertion des muscles sur des osselets analogues à ceux des Anomies, sont un fait que l'observation a détruit. Les Cranies n'ont aucune charnière; dépourvues de ligamens et de dents propres à retenir les deux valves, il est fort rare de les trouver ensemble clans les espèces fossiles surtout; il n'y en a que quelques-unes qui soient connues parfaites; la valve inférieure seule des autres, fixée aux différens corps sous-marins, se retrouve plus facilement. Le nombre des espèces connues n'est pas encore considérable; c'est Defrance qui en a fait connaître le plus dans le Dictionnaire des Sciences Naturelles. C'est d'après lui et d'après ce que nous possédons dans notre collection, que nous allons donner les caractères génériques suivans: coquille inéquivalve, suborbiculaire; valve inférieure presque plane, percée du côté interne de trois trous inégaux et obliques; valve supérieure convexe ou conique, semblable' à une petite patelle, munie intérieurement de deux callosités saillantes; point de dents ni de ligament cardinal; Animal inconnu. — On sera toujours embarrassé de placer convenablement les Crames dans l'ordre des rapports, avant de connaître l'Animal qui habite cette singulière Coquille. Les Hipponices de Defrance, également placés sur une base adhérente tantôt par une grande surface, tantôt par un point seulement de leur face inférieure, sembleraient indiquer des rapports entre des genres que l'on a éloignés dans des classes différentes. Pourquoi, avant de connaître les Animaux des uns et des autres, a-t-on placé les uns parmi les Univalvesdans le genre Cabochon, tandis que les autres sont rangés parmi les Bivalves dans cette famille des Rudistes de Lamarck, qui semble être un réceptacle où l'on a jeté des genres dont les caractères sont peu connus? On ne pourra répondre à cette question que lorsque l'on aura quelques connaissances positives des Animaux, les caractères tirés des coquilles étant insuffisans.

CRANIE EN MASQUE, Crania personata, Lamk, (Anim. sans vert. T. VI, 1re part., p. 238); Blainville (Dictionn. des Sc. Nat.); Anomia Craniolaris, L. (p. 334o), figurée dans l'Encyclopédie (pl. 171, fig. 1 et 2) et dans Chemnitz (T. VIII, t. 76, fig. 687). C'est une Coquille orbiculaire que l'on trouve non-seulement dans la mer des Indes, mais aussi dans la Méditerranée sur les Polypiers; sa valve inférieure est plane, adhérente, présentant trois impressions dont la position en forme de triangle, et la forme de celle du milieu, lui donnent assez l'apparence d'un masque de tête de mort; la valve supérieure est convexe, conique, blanchâtre, munie à l'intérieur de deux callosités qui semblent avoir servi à l'insertion des muscles.

CRANIE ÉPAISSE, Crania Parisiensis, Lamk. (loc. cit.); Defrance (Dict. des Sc. Nat.). Elle est très-bien figurée dans les Vélinsdu Mus. d'Hist. Naturelle (n° 47, fig. 7 bis) d'après un bel individu de la collection de Defrance. On la trouve assez fréquemment à Meudon et dans les autres lieux des environs de Paris où l'on exploite de la Craie. On ne counaît que la valve inférieure qui est fixée, soit aux Our-

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sins, soit à des fragraens de Catillus. Cette valve est épaisse, plane, ovale, arrondie, adhérente par sa face inférieure; elle présente en dedans des stries rayonnantes et trois impressions profondes; le bord est élevé, lisse, fort épais.

CRANIE MONNAIE, Cranta Nummulus, Lamk. (loc. cit. n° 2). Cette espèce fossile avait été prise par Linné, mais à tort, pour l'analogue de l'Anomia Craniolaris. Celle Coquille, que l'on nomme vulgairement Monnaie de Bratieubourg, est une espèce distincte dont on ne connaît également qu'une valve qui est probablement l'inférieure, quoiqu'on n'y remarque pas de traces évidentes d'adhérence; elle est suborbiculaire, présentant des stries rayonnantes à l'intérieur, ainsi que trois fossettes obliques; quelques stries concentriques se remarquent vers le bord qui lui-même est lisse; elle est fossile. De Suède.

Deux autres espèces sont connues: la CRANIE antique, Crania antiqua, et la CRANIE striée, Crania striata, pour la connaissance desquelles nous renvoyons à l'ouvrage de Lamarck (Anim. sans vert. T. vi, 1re part., p. 239). (D..H.)

CRANIOIDES. Cranioides. POLYP. Foss. Bertrand Scheuzer a donné ce nom à un Polypier fossile du genre Méandrine, ou bien à la portion supérieure de quelque grand Oursin également fossile. (LAM..x.)

CRANIOLAIRE. Craniolaria. BOT. PHAN. Ce genre, établi par Linné, et placé dans sa Didynamie Angiospermie, appartient à la famille des Bignoniacées. Lamarck (Encycl. 2, p. 212) a réuni aux Martynia le Craniolaria annua, L., en lui donnant le nom de M. spathacea; d'un autre côté, le Craniolaria fruticosa, L. ayant été reconnu par Jussieu comme appartenant aux Gesneria, la plupart aes auteurs, et entre autres Swartz, Willdenow et Persoon, ont cessé de compter le Craniolaria au nombre des genres, et ses deux espèces ont été fondues dans les deux genres précités avec le nom spécifique de Craniolaria. Cependant, ce genre avait été bien distingué par Jussieu (Gener. Plant., p. 140), et dans ces derniers temps, Kunth (Nova Genera et Spec. Plant. Æquin. vol. 111, p. 153) l'a caractérisé de la manière suivante: calice campanulé spathiforme, à cinq dents et fendu latéralement; corolle à tube trèslong, à gorge campanulée, à limbe bilabié; la lèvre supérieure bifide, l'inférieure trifide; le lobe du milieu plus large; quatre étamines didynames avec une cinquième rudimentaire; stigmate bilaraellé; drupe ovoïde, pointue, renfermant une noix ligneuse, dont le sommet a deux petites cornes et qui est quadriloculaire; quatre graines, souvent réduites à une seuie dans chaque loge, ovées, un peu comprimées et non ailées.

La CRANIOLAIRE ANNUELLE, Craniolaria annua, L., unique espèce du genre, est une Plante herbacée, trèsvelue et visqueuse; à feuilles opposées, quinquélobées, à fleurs blanches, panachées vers l'entrée de la corolle et disposées en grappes. Elle croît dans les contrées équatoriales de l'Amérique, et principalement parmles touffes de Graminées dans la république de Colombie, où. selon Humboldt et Bonpland, les habitans, qui donnent à sa racine le nom de Scorzonera, en préparent unè boisson amère qu'ils regardent néanmoins comme rafraîchissante. (G..N.)

CRANIOLARIS. MOLL. Syn. de Cranie en masque. V. Cranie. (D..H.)

CRANION. BOT. CRYPT. Ce nom, chez les anciens, désignait plus particulièrement la Truffe ou de fort gros Lycoperdons, qui devenaient semblables au crâne des enfans. Dans Théophraste, il est appliqué à l'une des quatre grandes divisions que ce botaniste fit des Champignons. V. CRANS, BOT. CRYPT. (B.)

CRANIQUE. BOT. PHAN. Pour Cranichis. V. ce mot. (B.)

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CRANIUM. MOLL Nom vulgaire que l'on donne aux Cranies, surtout aux espèces fossiles. (D..H.)

CRANQUILLIER. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Lonicera Peryclimenum. V. CHÈVREFEUILLE. (B.)

CRANSON. BOT. PHAN. V. COCHLÉARIA.

CRANTZIE. Crantzia. BOT. PHAN. Un grand nombre de genres ont successivement été établis sous ce nom qui rappelle celui du botaniste Crantz connu par plusieurs travaux importans. Mais aucun de ces genres n'a été adopté par les botanistes; en sorte qu'aujourd'hui il n'existe réellement pas un genre qui porte ce nom. Ainsi le Crantzia aculeata de Schreber est le Toddalia aculeata de lamarck. Le Crantzia de Scopoli est le Besleria cristata de Linné. Le genre Crantzia, proposé par Swartz, est le même que le genre Pachysandra établi par le professeur Richard dans la Flore de l'Amérique septentrionale de Michaux. Nuttal, dans ses genres de l'Amérique septentrionale, a proposé un genre Crantzia pour l'Hydrocotyle lineata de Michaux. Mais avant vu et examiné plus d'espèces d'Hydrocotyle qu'aucun autre botaniste, nous pouvons assurer que oe genre ne peut être admis, et que si l'on voulait séparer les espèces nombreuses de ce genre d'après les différences qu'elles offrent, il faudrait établir au moins six ou sept genres. Le Crantzia de Vahl et de Swartz (Prodrom.) est le Tricera lœvigata du même auteur (Flor. Ind.-Occident.). Enfin, dans le second volume de son Syst. Nat., le professeur De Candolle cite un genre Crantzia de Lagasca (Flor. Hispan. incd.), qui se compose de deux espèces: l'une, Crantzia ochroleuca, Lag., est le Brassica anstriaca de Jacquin et l'Erysimum austriacum de De Candolle; l'autre, Crantzia frutescens, Lagasc., est le Brassica arvensis de Linné ou Moricandia arvensis de De Candolle. (A. R.)

CRAOUILLE OU CRAOUILLÈRE. OIS. Même chose qu'AgasseCruellc. V. ce mot. (B.)

CRAPA. POIS. Espèce du genre Serran. V. ce mot. (B.)

CRAPAUD. Bufo. REPT. BATR. Genre de la famille des Anoures de l'ordre des Batraciens, long-temps confondu avec les Grenouilles, par les naturalistes qui avaient adopté sans exception la classification de Linné, et que Cuvier n'a conservé que comme sous-genre dans son Histoire du Règne Animal. Laurenti avait indiqué la séparation des Crapauds d'avec les Grenouilles d'après Bradley, mais les caractères sur lesquels il établissait cette division étaient la plupart faux. Ceux qu'on doit adopter consistent: dans la dimension des pates de derrière qui n'excèdent jamais la longueur du corps; dans la disposition des doigts antérieurs qui sont unis, courts, plats et inégaux; dans la langue qui, plus libre qu'elle ne l'est chez les Grenouilles, n'est fixée qu'aux bords de la mâchoire inférieure; enfin, dans les verrues dont est couverte leur peau rude, et dont deux beaucoup plus grosses, appelées parotides, sont situées sur le cou. Ce dernier caractère est le plus décisif. Les Crapauds ont d'ailleurs un aspect hideux avec des couleurs tristes et mal assorties; leur allure est ignoble, tandis que les Rainettes et les Grenouilles sont ordinairement sveltes et parées de teintes agréables; leurs mœurs sauvages et abjectes semblent justifier l'espèce de réprobation dans laquelle ils vivent abandonnés. On les regarde généralement comme venimeux, et l'on raconte dans les campagnes une foule de fables sur la propriété qu'ils ont de charmer les Hommes et les Animaux par l'effet de leurs regards et de leur souffle. Les misérables faiseurs de dupes qui s'adonnent, chez les villageois, aux pratiques superstitieuses de la magie, les font entrer dans leurs conjurations ou dans leurs remèdes. Le Cra-

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paud joue toujours un rôle important dans les histoires de sorciers, et l'on se rappelle cet infortuné Vannini qui fut brûlé vif par arrêt de parlement parce qu'on avait trouvé chez lui un Crapaud renfermé dans un bocal de verre. — Le Crapaud, tout dégoûtant qu'il est, ne doit pas être aussi malfaisant qu'on le suppose communément; cependant il laisse ou fait suinter de son corps une humeur jaunâtre, fétide et horriblement acre, qui, selon Cuvier, peut être nuisible aux petits Animaux, quand ceux-ci en sont touchés. Lorsqu'on le tourmente, il se gonfle et lance par l'anus une liqueur particulière qui n'est pas de l'urine comme se l'imagine le vulgaire, et qui, si elle arrive dans les yeux, y cause une grande irritation et de vives douleurs. Son haleine passe pour infecte. Il se nourrit de Vers, de Chenilles, de petits Insectes, et même des Abeilles mortes qui sont rejetées des ruches. Linné dit qu'il se délecte de Cotule, d'Actée etde Stachysfétide. Nous avons surpris l'espèce commune mangeant des Fraises. — Les Crapauds sont en général nocturnes; ils habitent les endroits frais et obscurs, les trous des vieux murs, sous les pierres et dans la terre; n'en sortent que lorsque des pluies abondantes viennent en été pénétrer le sol, et paraissent souvent dans ce cas, en si grande quantité, que l'on a cru qu'il en tombait du ciel; c'est surtout dans le fort de l'été que ce phénomène a lieu, et nous avons même observé parfais une si grande quantité de petits Crapauds sautant sur la terre après une ondée, que nous aurions été tentés de croire à la tradition populaire si la raison ne nous en eût démontré l'impossibilité.—Les Crapauds habitent Beaucoup moins les eaux que ne le font les Grenouilles; ils ne semblent même s'en rapprocher que pour y venir déposer leurs œufs. Ils y deviennent souvent la proie des Brochets et même des Anguilles; à terre, ce sont les Serpens, les Hérons, les Cigognes et les Buses, qui leur font une guerre cruelle. Nous en avons trouvé dans des Couleuvres, qui, ayant été avalés tout vifs, n'étaient pas encore morts après être demeurés quelques jours dans l'estomac de leur vorace ennemi. On prétend que les Loups et les Renards ne les dédaignent pas; nous avons de la peine à croire qu'aucun Mammifère s'en puisse nourrir; en effet, il suffit d'avoir vu un Chien mordre un Crapaud, et, la gueule enflammée, l'abandonner avec des cris arrachés par la douleur, pour juger que la matière âcre qui suinte des pustules de l'ignoble proie, est un moyen de défense certain contre tout être dont les lèvres, la langue et le palais sont les parties destinées aux perceptions du goût, l'un des sens les plus délicats.

L'anatomie de ces Animaux, grâce aux recherches de Roësel et de Klœtzke, est assez bien conuue. Les os de la région supérieure de leur tête sont rugueux a leur superficie; à l'exception de la symphise du menton et des intermaxillaires, ceux du crâne et de la face sont totalement soudés chez les adultes. Les osselets de l'ouïe au nombre de deux, savoir le marteau etl'étrier, sont proportionnellement fort grands et cartilagineux; un ou deux Crapauds seulement ont des dents dont la morsure n'est pas venimeuse. Le nombre des vertèbres est, selon les espèces, de sept à huit; leurs apophyses sont fortes et longues, et les transverses fort larges. Le sacrum est robuste, comprimé, terminé par une longue pointe, mais sans coccyx. Il n'y a aucune apparence de côtes; le sternum est large, uni en devant avec les os de la fourchette et les clavicules, il varie de forme dans quelques espèces; l'omoplate est brisée et composée de deux pièces articulées dont la supérieure se rapporte vers l'épine. Les os de l'avanthras sont soudés entre eux de manière à n'en former qu'un seul qui est cependant creusé inférieurement par un sillon peu prononcé. Le nombre des os du carpe est ordinairement de huit sur trois rangs, d'autres fois de six sur deux rangs; ceux du métacarpe

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sont au nombre de quatre avec quatre doigts et un pouce rudimentaire; Je fémur est dépourvu de trochanter. Un os particulier aux Batraciens, Considéré à tort par quelques naturalistes comme l'analogue des os de la jambe, vient ensuite. La rotule, pareille à celle de l'Homme, est placée dans l'épaisseur des tendons. Le tibia et le péroné demeurent séparés dans toute leur longueur. Le tarse se compose de quatre os dont le dernier est fortement crochu, et le métatarse de cinq.—L'appareil musculaire est peu compliqué, mais la fibre qui le compose est très-forte, très-irritable et très-sensible à l'action galvanique.— Quoique les nerfs soient très - distincts et très-gros chez les Crapauds, la cavité du crâne qui en est le point de départ est très-resserrée, et le cerveau y occupe un fort petit espace; ses hémisphères sont lisses, sans convolutions, allongés et étroits; les couches optiques, placées en arrière, sont grandes avec uu ventricule qui communique au ventricule moyen; le cervelet est aplati, triangulaire, appliqué en arrière sur la moelle allongée; il n'existe ni tubercules quadrijumeaux, ni pont de Varole. Le sens de l'odorat ne doit pas être trèsdéveloppé; celui de la vue l'est beaucoup davantage; trois paupières garantissent l'œil qu'huinecte un liquide analogue aux larmes. La membrane du tympan est à fleur de tête en arrière et au-dessous de l'œil, sans qu'il y ait ni conque ni pavillon, en un mot, d'oreille externe; l'appareil de l'ouïe offre du reste plus d'un rapport avec celui des Poissons cartilagineux. Les doigts, dépourvus d'ongles, sont revêtus d'une peau très-fine qui peut faire supposer que le tact y est très-développé. La langue est entièrement charnue, attachée au bord de la mâchoire inférieure, et repliée dans la bouche dont elle peut sortir pour y rentrer à volonté; elle doit être sensible au goût si l'on en juge par la couche glanduleuse qui la revêt. — L'estomac, qui est assez dilaté, se rétrécit graduellement, puis, se recourbant en un petit tuyau étroit dont les parois sont épaisses, aboutit au pylore; la longueur des intestins équivaut à peu près au double de celle du corps; le rectum est cylindrique, et l'anus garni d'un sphincter; cet anus correspond à un cloaque et sert conséquemment au passage du résultat des organes de la digestion et de la génération. Le cœur, fort simple, n'a qu'une seule oreillette plus large que sa base, et affermie par des colonnes charnues; il renferme un seul ventricule conique dont la cavité s'ouvre dans le tronc commun des artères par un orifice unique au-dessous de l'ouverture auriculo-ventriculaire. Par la répartition des artères qui y aboutissent, une partie du sang seulement passe par les poumons; ceux-ci forment deux sacs dont les parois intérieures sont divisées par des feuillets membraneux en cellules polygonales nombreuses où la respiration s'opère suivant un mode particulier, puisqu'il n'y a ni côtes ni diaphragme. L'air y est introduit par la déglutition; la bouche se ferme, la gorge se dilate, il s'y produit uu vide, et l'air extérieur se précipite par les narines; alors le pharynx se ferme et l'air ne trouve a'autre issue que la glotte. L'expiration a lieu par la contraction aes muscles du bas-ventre, de sorte que si l'on ouvre le ventre à un Crapaud, l'action de ses muscles venant a cesser, les poumons se dilatent sans pouvoir plus s'affaisser, et si l'on contraint l'Animal à tenir la bouche ouverte, ne pouvant plus renouveler l'air de ses poumons, il meurt asphyxié. Roësel a parfaitement figuré dans de magnifiques planches (Hist. Nat. Ranar. nost., pl. 19, 21, 23 et 24) l'anatomie de quelques espèces de Crapauds d'Europe, et l'on peut y avoir recours pour l'étudier.

Les Crapauds mâles ont, durant le temps des amours, les pouces des mains armés de pelotes composées de papilles dures qui s'étendent jusque sur la paume; c'est au moyen de ces pelotes qu'ils se cramponnent

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sur le dos des femelles pendant la ponte. Cette opération a lieu au premier printemps; elle varie selon les espèces connues; on en verra le singulier mécanisme quand nous traiterons de chacune d'elles. Les Crapauds passent pour jouir d'une grande longévité; on en cite un qui, s'étant familiarisé avec les habitans d'une maison sous l'escalier de laquelle il se tenait, mourut au bout de trente ans par un accident, et qui, parvenu à une taille monstrueuse, semblait devoir vivre encore fort long-temps. Ils peuvent aussi vivre presque privés d'air et sans manger. On connaît les expériences à l'aide desquelles on a prouvé la certitude de ce fait étrange. Des Crapauds ayant été enveloppés dans des boules de plâtre, et blottis dans le centre, n'y étaient pas morts au bout de dix-huit mois de solitude, d'obscurité et de privations. On eut tort cependant d'en conclure que l'air n'était pas nécessaire à ces Animaux pour exister. Edwards, auquel la science doit tant de découvertes curieuses sur la respiration des Reptiles, Edwards, notre savant ami et collaborateur, a prouvé qu'un peu d'air parvenait au Crapaud à travers les pores du plâtre, et que ces Crapauds y mouraient assez promptement si le plâtre demeurait plongé dans l'eau. Nous avons depuis fait mourir des Crapauds en les enduisant de suif. Cependant, le peu d'air nécessaire à l'existence des Crapauds, n'en est pas moins un fait très-remarquable en histoire naturelle.— Le genre qui nous occupe contient aujourd'hui au moins une trentaine d'espèces dont une dixaine se trouvent en Europe; on le divise de la manière suivante en trois sections:

† Les doigts des pates postérieures totalement libres comme ceux des pates antérieures, ou à peine semi-palmés.

Le CALAMITE ou CRAPAUD DES JONES, Bufo Calamita, Laur., Amph. n. 9; Encycl. Rept., p. 18, pl. 4, f. 6 (copiée de Roësel); Daudin, pl. 28,

f. 1; Bufo terrestris fœtidus, Roës., p. 107, pl. 24; Rana Bufo, β, L.; Gmel., Syst. Nat. XIII, 1, p. 1047.

Si la vivacité ou l'élégance des couleurs pouvait déguiser la laideur ou l'abjection des formes, l'on pourrait dire du Calamite qu'il est le plus beau des Crapauds. L'irts brillant de son œil est du plus bea u vert tendre mélangé de filets noirs; son dos présente la teinte verdoyante du feuillage, et de nombreuses taches vertes se voient encore sur ses flancs, Sur ses cuisses et sur ses bras. On dirait des perles d'émail sur un fond de perles blanches; une raie jaune règne tout le long du dos depuis l'extrémité de la tête jusqu'à l'anus, et comme une large broderie de la même couleur règne également sur les flancs, ces teintes sont relevées de points écarlates, et la même nuance roûge vif forme une tache en manière de sourcil au-dessus de l'œil, ainsi que d'autres taches à l'extrémité de tous les doigts; mais une telle parure couvre un corps raccourci, grossièrement arrondi, que traînent avec peine sur la terre quatre membres épais et grossiers. L'Animal n'a guère que deux pouces de longueur. Il est assez commun dans les parties tempérées de l'Europe et dans les environs de Paris. En quelques cantons de l'Allemagne, il s'introduit jusque dans les maisons. Il habite en général les lieux secs, parmi les Graminées, et se réunit, en petites sociétés, pour passer l'hiver dans une espèce d'engourdissement parmi les rochers et entre les fentes des vieux murs. Il ne s'approche des eaux qu'au temps de la ponte qui a lieu vers le mois de juin, comme dans le Crapaud commun. Le cri du mâle ressemble à celui de la Rainette verte. L'humeur qui transsude de ses pustules répand une odeur forte qu'on a comparée à celle de la poudre à canon.

Nous avons souvent observé dans les environs de Bordeaux une variété un peu plus petite de cet Animal, qui n'a point de mauvaise odeur, et qui, mieux examinée, pourra peut-être

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s'élever au rang d'espèce. Elle est d'une couleur brunâtre fort pâle qui devient quelquefois celle du nankin; aux taches rouges de son corps se mêlent quelques autres taches noirâtres, particulièrement derrière les yeux; la liene dorsale, au lieu d'être jaune, est d'un brun plus foncé que lt reste.

Le RAYON VERT, Bufo variabilis, Gmel., Syst. Nat., p. 1051; Encycl. Rept., p. 12, pl. 6, f. 2 (mauvaise, et d'après Pallas); Daud., pl. 28, f. 2; Bufo Schreberianus, Laur., Amph., n. 7. Cette espèce, plus svelte que la précédente, et dont la forme approche un peu de celle de la Grenouille, se trouve surtout en Allemagne où on la mange. Elle se tient dans les lieux sombres, et la propriété qu'elle a de changer de couleur la rend fort remarquable; selon qu'elle dort ou qu'elle veille, et qu'elle se tient au so leil ou dans l'obscurité, elle est blanchâtre ou brune, et tachetée de jaune ou de vert. Ces teintes s altèrent dans l'esprit de vin où l'Animal devient grisâtre.

L'ACCOUCHEUR, Bufo obtetricans, Laurent., Amph., n. 12; Daudin, pl. 22, fig. 1; Rana Bufo, β, Gmel., Syst. Nat. xiii, 1, p, 1047. Cette petite espèce n'est pas rare dans les environs de Paris où ses mœurs singulières n'ont été cependant observées que fort tard, et c'est au savant Brongniart que l'on en doit la connaissauce. Sa couleur est grisâtre; il est ponctué de noir sur le dos et de blano sur les côtes; l'iris de l'œil est doré; les parotides sont peu saillantes, L'Accoucheur vit à terre et loin des eaux que la femelle ne fréquente pas même au temps de la ponte. A cette époque, le maie débarrasse sa compagne de ses œufs qui sont assez gros et au nombre de soixante environ. Après cette opération, il se les attache sur le dos au moyen de filets de matière glutineuse dont ils sont accompagnés, et chargé de ce précieux fardeau il le porte partout avec lui, présent les plus grandes précautions pour qu'il n arrive aucun accident à une progéniture dont, contre l'ordre habituel de la nature, la mère ne s'occupe plus, laissant au père tous les soins de la famille. Lorsque les yeux des Têtards que renferment ces œufs commencent à devenir apparens dans leur transparence, ce qui a lieu après quelques jours, et qui indique que. les petits ne tarderont pas à éclore, le Crapaud Accoucheur recherche une eau stagnante pour les y abandonner; ici finit son ministère; les Têtards ne tardent pas à éclore et nagent aussitôt, destinés par le mécanisme de leur organisation à reproduire la merveille de leur accouchement sans en avoir reçu de leçons que par le développement d'un instinct irrésistible.

L'Epineux, Bufo spinosus. Bosc a le premier mentionné cette espèce qui n'a pas encore été figurée. Elle se trouve assez communément dans la France tempérée où elle acquiert la plus grande taille parmi les Crapauds. Son diamètre n'a pas moins que uois à cinq pouces; sa couleur est brune, et les tubercules de sa peau rugueuse sont terminés sur les flaues par des pointes hérissées. L'Epineux habite dans la terre, et fuit soigneusement la lumière du jour. Les laboureurs le trouvent assez fréquemment dans le sol d'où la charrue le déloge, et prétendent qu'il n'en sortirait jamais s'il n'y était ainsi forcé. On ne le voit nulle part dans le voisinage des eaux, ce qui fait supposer qu'il dépose ses œufs dans les sources souterraines ou du moins dans les infiltrations qui pénètrent le sol. Ces œufs n'ont jamais été observés, non plus que les Têtards qui en résultent.

Les Bufo Surinamensis Daud., pl. 33, f. 2; — Bengalensis Daud., pl. 25, f. 1; — horridus, Daud., pl. 36; — gutturosus, Daud., pl. 30, f. 2; — lœvis, Daud., pl. 30, fig. 1; — Bufo pustulosus, Laurent., Amph., n. 4; Encycl. Rept., p. 15, pl. 7, f. 1; Rana ventricosa, β, Gmel., Syst. Nat., xiii, 1, p. 1049; — Bufo Agua, Daud.; Bufo Brasiliensis, Laur.,

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Amph., n. 3, espèce presque gigantesque de sept à huit pouces de long; —Bufo viridis, Laur., Amph., n. 8; le V ert., Lac., Quadr. Ov., p. 587; Rana Silibunda, Pall., Gmel., Syst. Nat., xiii, 1, p. 1050; — Bufo gibbosus. Laurent., Amph., n. 6, Lac., Quadr. Ov., pl. xi, reproduite dans l'Encycl., pl. 6, f. 7; Gmel., Sist. Nat., xiii, 1, p. 1047; — Bufo ventricosus, Laurent., Amph., n. 5; — les Rana fusca, ovalis et lineata; enfin le Coureur, Bufo cursor de Lépéchin, sont, avec quelques autres espèces plus ou moins connues, celles qui complètent cette première division.

†† Les doigts des pieds postérieurs palmés; ceux des mains toujours libres.

Le CRAPAUD COMMUN, Bufo vulgaris, Encycl. Rept., p. 16, pl. 6, fig. 1 (mauvaise, ne représentant que trois doigts non palmés aux pieds de derrière); Daud., 24; Rana Bvfo, L., Gmel., S yst. Nat., xiii, 1, p. 1047; Bufo terrestris, dorso tuberculis exasperato, oculis rubris, Roësel, Ran. nost., pl. 20. Ce Crapaud, le type du genre, le plus abject de tous, celui qui se présente le plus souvent sous les pas del'Homme, n'a pas besoin d'être décrit. On sait que sa taille s'étend de deux à cinq pouces. La manière dont il se gonfle quand on le tourmente vient de ce que sa peau n'est point attachée à son corps; elle n'y est fixée que par le bord des mâchoires, les articulations et la ligne dorsale; l'Animal y est comme dans un sac, et lorsqu'il se sent surpris, loin de chercher son salut dans une fuite que sa lourdeur rendrait inutile, il ne semble l'attendre que du mépris qu'il inspire; il s'arrête aussitôt, se boursoufle, et se forme de l'air dont il sait s'environner, comme d'un matelas sur lequel les coups qu'on lui porte viennent s'amortir. Fort commun dans les jardins des environs de Paris, il y lait la chasse aux Cloportes, aux jeunes Limaces, aux Cousins et aux Mouches. Il fait souvent entendre un bruit qui ressemble à la voix de l'Homme irrité ou à l'aboiement du Chien. La durée de sa vie est ordinairement de quinæ ans; il ne produit qu'à quatre. L'époque de ses amours si élégamment décrits par la poète Delille a lieu vers le mois d'avril. L'accouplement se fait ordinairement dans l'eau; il a cependant quelquefois lieu sur terre; dans ce cas, la femelle, après l'acte, se rend dans quelque marais en y portant le mâle sur son dos. Là, celui-ci retire avec ses pieds de derrière des œufs qu'il féconde encore à mesure qu'ils sortent en longs cordons glaireux où nous les voyons disposés alternativement par paires. Ces cordons ont quelquefois jusqu'à quarante pieds d'étendue. Pendant qu'ils sont émis, on voit plusieurs mâles jaloux s'approcher du couple uni, chercher à renverser le mâle qu'a choisi la femelle, et à s'emparer de sa place, S'ils ne peuvent réussir, ils prennent le parti de se grouper autour de l'issue par où sortent les œufe, afin d'y épancher leur liqueur spermatique, et comme la plupart des Crapauds ont les mémos nabitudes et viennent se grouper de la même manière près de toute femelle de Batracien en ponte, de-là peutêtre la variété considérable qu'on observe dans un genre ou los métis doivent être fort communs. De ces œufs sortent de très-petits Têtards tout noirs qui d'abord se fixent par leur bouche contre les Plantes aquatiques, et qui bientôt, munis de branchies externes comme des Poissons, se mettent à nager dans les eauxLeur ventre est souvent doré. On en trouve d'innombrables quantités dans les mares, et même dans les ornières des landes ou, jusqu'aux Hirondelles, des milliers d'ennemis les viennent attaquer. L'évaporation en fait périr un fort giand nombre. Nous en avons compté une foisdix-neuf cents dans un trou de quelques pouces de diamètre et qui fut bientôt desséché parles ar deurs du soleil de mai. Un Canard se délecta du résidu de leurs cadavres. Daudin a dono été induit en er-

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reur quand il a soutenu, contre l'opinion reçue, que le Crapaud commun déposait ses œufs dans les sources souterraines. S'il eût traversé, vers la fin d'avril, l'espace désert qui sépare Bordeaux de Bayonne, il eût vu les Têtards de cette espèce remplir indifféremment toutes les eaux, et jusqu'à celles qui, exposées au plus grand éclat du jour, séjournent dans les traces des roues de charrettes sur les routes détestables des Landes aquitaniques.

Le CENDRÉ, Bufo cinereus, Daud., pl. 25, 1. Ce Crapaud est encore européen. On le confond généralement avec le précédent; mais ses yeux d'un jaune doré sont plus petits; sa tête arrondie est moins large; sa teinte cendrée uniforme, et sa taille de deux pouces tout au plus. Il vit par troupes dans les parties sèches et sablonneuses des pays de montagne. Ses verrues présentent, quelquefois des teintes cuivreuses; il pénètre jusque dans les maisons.

Le BRUN, Bufo fuscus, Laurenti, Amph. n° 10; Encycl. Rept., p. 15, pl. 6, f. 3; Daud., pl. 26, f. 1–2–3; Rana Bombina, γ, Gmel. (Syst. Nat. xiii, 1, p. 1048); Bufo aquaticus allium redolens, maculis fuscis, Roësel, Ran. nostr, pl. 69, pl. 17–19. Cette espèce, plus leste que les autres Crapauds, et qui saute à peu près comme les Grenouilles, habite aussi le voisinage des eaux dans lesquelles on le trouve assez souvent; il est varié de brun et de blanchâtre; on dirait de l'écaille; ses yeux brillans présentent cette particularité que la pupille y est verticale au lieu d'étre horizontale comme dans les autres espèces; les doigts de derrière sont longs et entièrement palmés, ce qui facilite beaucoup la natation. Quand on tourmente cet Animal, il répand une odeur d'ail. Ses œufs sortent en un seul cordon moins long, mais plus épais que dans le Crapaud commun, et disposés prèsque confusément sur plusieurs rangs. Le Têtard qui en naît n'a qu'une ouverture branchiale du côte gauche; il est le plus gros de ceux d'Europe, et devient souvent si considérable à l'instant où les pâtes lui poussent que dans certains cantons on le confond avec les Goujons dans les fritures. Ce Têtard donne dans nos climats une idée assez juste de celui du Rana paradoxa; et lorsqu'il devient totalement Crapaud, on dirait qu'il diminue d'abord. Mous l'avons souvent observé confondu avec les petits Têtards noirs du Crapaud commun, et les figures de Roësel en donnent l'idée la plus exacte. Ce Crapaud coasse à peu près comme la Greuomlle.

Le SONNANT OU PLUVIAL, Bufo Rombinus, Daud., pl. 26, t. 1–3; Crapaud à ventre jaune, Cuv., R. A. T. ii, p. 96; Bufo igneus, Laurenti, Amph., n° 13; Crapaud couleur de feu, Encycl. Rept., pag. 13, pl. 6, f. 5–6; Bufo vulgò igneus dictas, Roës., Ran. nostr., p. 97, pl. 22–23; vulgairement Crapaud d'eau. Cette petite espèce, qui n'a guère plus de deux pouces ae long, n'a presque rien cie la laideur des autres Crapauds; et si ce n'était les pustules verruqueuses de son dos et la teinte noire et terreuse de ses parties supérieures, on dirait, à la longueur de ses pates postérieures, une Grenouille dont la tête plus arrondie aurait seulement sou museau plus obtus; du reste ses yeux, quoique petits, sont ardens; et, contre la règle commune qui veut que les parties des Plantes et des Animaux le moins exposés à la lumière soient le moins richement colorées, c'est le dessous du corps qui, dans l'Animal qui nous occupe, lui mérita le nom de couleur de feu. En effet, la partie inférieure de la tête, le ventre et le dessous des cuisses et des bras, avec la paume de la main et la plante des pieds, sont d'une teinte jaune brillant avec des reflets d'un roux vif, marbrés de taches d'un bleu souvent assez agréable à l'œil. Ce Crapaud se tient presque toujours dans l'eau, où il nage et saute entre les Potamots, les Nénufars et les Conferves. Il ne fuit pas la lumière comme les autres espèces, et semble au contraire sé complaire à la clarté du

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soleil le plus ardent. C'est quand il est échauffé par les rayons vivifians de cet astre, qu'il répand, si l'on Tient à le tourmenter, une odeur d'ail très-sensible. Son eri est sourd, triste, et ressemble un peu à celui de quelques Oiseaux de nuit; il se compose d'un seul son qu'on a comparé assez mal à propos à celui d'une cloche; dans le midi de la France et pendant les nuits d'été, il se mêle souvent à celui des Grenouilles dont il fait une sorte de basse. Le Crapaud sonnant pond des œufs un peu plus gros que ceux de ses congénères, disposés par paquets et non en cordons, et forme conséquemment le passage des Crapauds aux Grenouilles. Les Têtards qui en proviennent sont fauves, et de bonne heure présentent de petites taches bleues sous le ventre; leur queue est fort large dans le sens vertical, et d'abord munie de crêtes ou de quelques dentelures en forme de frange, indiquant encore un passage aux Tritons avec qui le Crapaud dont il est question offre beaucoup de ressemblance à l'instant où les pates commencent à lui pousser. Nous avons fait sur ces Têtards, fort communs dans nos landes, une expérience qui aurait besoin d'être recommencée, à laquelle malheureusement notre départ pour l'armée ne nous permit pas de donner toute la suite nécessaire; cette expérience nous offrit des résultats fort singuliers. Nous n'avons pas ouï dire que les membres coupés des Anoures se puissent reproduire, tandis qu'on sait que les Urodèles ont la propriété, comme les Crustacés, de reproduire leurs pâtes coupées. Ayant retranché la queue des Têtards du Crapaud qui nous occupe, ils mouraient promptement, ainsi qu'il arriva à des Tritons privés de cette partie; mais quand nous coupâmes leurs pates naissantes, elles commençaient à se reproduire à l'instant où nous fûmes forcés d'abandonner nos sujets mutilés. Ayant depuis coupé les pâtes à l'Animal adulte, ceux-ci sont restés estropiés comme l'auraient été pour toujours d'autres Crapauds. Notre Têtard aurait donc une faculté reproductive commune avec celle des Tritons, et qu'il perdrait en devenant définitivement Crapaud. Nous recommandons aux naturalistes de suivre de tels essais demeurés sans résultat définitif.— Le Crapaud sonnant, lorsqu'on le surprend hors de l'eau, essaye d'abord de fuir en sautant; s'il sent l'inutilité de ses efforts, il s'arrête et se recourbe le plus qu'il peut, en rapprochant sa tête de sa partie postérieure, et en creusant son dos pour renfler l'abdomen. Roësel a fort bien figuré cette posture, qui rappelle celle que prennent sur la voie publique les petits bateleurs dans ceux de leurs tours de force où ils marchent sur le ventre.

Les Bufo Chloragaster, Daud., pl. 23, f. 2, de Java;—salsus deSchranck, qui habite les eaux salées des réservoirs du pays de Sallzbourg et d'Autriche, espèce très - réelle encore qu'on l'ait regardée comme une variété du Sonnant; — Ridibunda de Pallas, qu'il ne faut pas confondre avec le Bombinus;— Vespertina, Pall., qui, de même que le précédent, se trouve en Sibérie et dans le bassin de la Caspienne; — Margaritifer, Daud., pl. 33, f. 1;— Rana Typhonia, Gmel., Syst. Nat., xiii, 1, p. 1032., qui n'est pas une Grenouille; — Bufo nasutus de Schneider, qu'on appelle Aquaqua au Brésil;— Musicus, Daud., pl. 33, f. 5; vulgairement le Criard à la Nouvelle-Angleterre; — Rana musica, L., quise trouve aussi à Surinam; — Humoralis, Daud.; Rana marina, L., vulgairement l'Epaule armée à Cayenne, où sa taille n'est pas moindre de huit à neuf pouces; — semi-lunatus, Schneid., ae Surinam; — Cyanophlyctis, Daud., des Indes-Orientales; — et cornutus, Daud., pl. 38, le Cornu, Encycl. Rept., p. 7, f. 3, sont à peu près les principales espèces qui complètent cette division. La dernière surtout est d'uue figure monstrueuse; sa taille est assez grande; sa tête presqu'aussi grosse que son corps; sur les yeux s'élèvent com-

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me deux cornes. On trouve ce Crapaud à Surinam et dans la Garoline.

††† Tous les doigts palmés ou semi-palmés, même ceux des mains.

Les Bufo Panamensis de Daudiu, Arunco de Molina, qui se trouve au Chili, et Spinipes de Schneider, rapporté de la Nouvelle-Hollande, forment cette section, à laquelle on rapporte un Crapaud de Roësel, Bufo Roeselii Daud., qui nous paraît être un double emploi du Crapaud commun. En effet, il n'y a pas de Bufo vulgaris dans Roësel, quoiqu'on indique ce nom comme synonyme de l'espèce douteuse. Aucune figure de Roësel ne représente de Crapaud qui ait les pieds antérieurs palmés ou semi-palmés. Toutes ont les doigts de devant parfaitement libres. On dit que ce Bufo Roeselii est Fort commun dans les mares d'Auteuil près de Paris, qu'on en fait en ce lieu une pèche lort abondante et lucrative durant la nuit; qu'après l'avoir pris on le coupe par la moitié, et qu'on transporte dans les marchés de Paris ses cuisses qui s'y vendent avec celles des Grenouilles pour l'usage de la table. Nous n'avons pas vu pêcher de tels Crapauds; mais nous avons fréquemment vu en plusieurs endroits, non-seulement le Bufo vulgaris et le Bufo fuscus, mais d'autres Batraciens fort ressemblans, qui nous paraissent être des métis de ce dernier Crapaud et des Grenouilles, pris, tués et préparés pour être transportés à Paris, où l'on vend indifféremment les cuisses de toutes sortes de Batraciens; les marchandes qui font cette sorte de trafic ont, à la vérité, des Grenouilles vivantes dans des paniers ou dans des baquets, et les tuent sous les yeux des acheteurs quand ceux-ci l'exigent; mais pour peu qu'on achète des cuisses tout écorchées, exposées sur leur établi, il est probable qu'on achète des cuisses de Crapauds. Comme il n'en résulte aucun inconvénient, et que jamais personne n'en a éprouvé le moindre mal, il est bien clair que le Crapauds ne sont pas vénéneux, et que les odeurs désagréables que répandent plusieurs d'entre eux, proviennent uniquement d'humeurs suintant des pustules de leur peau, et que lorsqu on ôte cette peau que nous avons dit ne point être adhérente, la chair demeure sans odeur ni mauvais goût. Adanson rapporte que les nègres du Sénégal ont si peu d'horreur des Crapauds, que ces Animaux étant toujours froids, à cause de l'évaporation continuelle qui a lieu à leur surface, ils se les appliquent sur le front, pour se rafraîchir, quand ils en rencontrent dans leurs voyages. (B.)

CRAPAUD. Bufo. MOLL. Montfort (Conch. Syst. T. II, p.574) avait séparé sous ce nom générique une coupE naturelle dont les élémens se trouvaient répandus dans le genre Murex de Linné. Lamarck l'adopta en lui donnant et un autre nom et des caractères bien mieux circonscrits. Le nom de Ranelle de Lamarck a prévalu. V. ce mot. (D..H.)

CRAPAUD AILÉ. MOLL. Nom marchand du Strombus lalissimus, L. V. STROMBE. (B.)

CRAPAUD DE MER. POIS. Syn. de Scorpena horrido, L.; et de Lophius Histrio, L. (B.)

* CRAPAUD EPINEUX, REPT. SAUR. Syn. de Tapaye, espèce du genre Agame. V. ce mot. (B.)

CRAPAUD-VOLANT, OIS. Syn. vulgaire d'Engoulevent. V. ce mot. (DR..Z.)

CRAPAUDINE. POIS. Nom donné à l'Anarrhique Loup, dans l'idée où l'on était que les pétrificatious appelées Bufonites étaient les dents fossiles de ce Poisson. (B.)

CRAPAUDINE BOT. PHAN. Nom vulgaire du genre Sidéritis. V. ce mot. (B.)

CRAPAUDINE. MIN. Nom donné par Galitzin au Minéral décrit par le docteur Withering dans les Transactions philosophiques de Londres. et qui se compose de Silice, 63; Alumine, 14; Chaux, 7; Fer oxidé, 16.

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ce Minèral paraît être la base de la Variolite. V. ce mot. (A.R.)

CRAPAUDINES. POIS. FOSS. V. BUFONITES.

CRAPE. CRUST. Pour Crabe. V. ce mot. (B.)

CRAPECHEROT. OIS. Pour Craupecherot V. ce mot. (B.)

CRAQUELINS OU CRAQUELOT. CRUST. Nom vulgaire que donnent les pêcheurs aux Crustacés qui, venant de changer de peau, sont encore mous, et sont employés comme appât. (B.)

CRASPEDARIUM. MOLL. Nom donné par Hill à la Verticelle carrée. V. VERTICELLE. (D..H.)

CRASPÈDE. Craspedum. BOT. PHAN. Loureiro (Fl. Cochinch. 2, p. 441) avait institué ce genre pour une Plante que Poiret (Encycl. meth. Suppl 2, p. 104) a réunie au genre Elœocarpus, et que De Candolle (Prodrom. Syst. Veg. 1, p. 520) rapporte à la famille des Elæocarpées et au genre Dicera de Forster, exprimant toutefois ses doutes sur la justesse de cette réunion. Le Craspedum tectorium, Lour., habite les forêts de la Cochinchine. Ses feuilles sont oblongues, crénées et acuminées; ses fleurs monogynes, réunies en masse et formant une sorte d'épi terminal; sa baie est uniloculaire et polysperme. V. au surplus les mots DICÈRE et ELÆOCARPE. (G..N.)

CRASPÉDIE. Craspedia. BOT. PHAN. Dans le Prodrome de la Flore des fles australes de Forster, les caractères d'un genre de la famille des Synanthérées et de la Syngénésie ségrégée, se trouvent exposés sous le nom de Craspedia, mais sans description des espèces. Willdenow et Persoon n'ont apporté aucune critique, en exposant les caractères de ce genre, et l'ont admis tel que Forster l'a donné. Ce genre a donc été assez mal décrit dans son origine, pour être méconnu, et c'est ce qui nous explique pourquoi Labillardière (Voyage à la recherche de Lapeyrouse, T. 1, p. 186) a décrit la même Plante sous le nouveau nom de Richea, que R. Brown a transporté â un genre de la famille des Epacridées. Le Richea glauca de Labillardière est bien Certainement la même Plante que le Craspedia uniflora de Forster; mais comme ce dernier nom est plus ancien, il a été conservé de préférence au Richea ainsi qu'au Cartodium, sous lequel Solander avait encore désigné le genre en question dans les dessins d'objets d'histoire naturelle rapportés, du second voyage de Cook et conservés dans la bibliothèque de sir Joseph Banks. Voici les caractères génériques, tracés par Labillardière, et dont R. Brown (Observation on the Compositœ, p. 106) a vérifié l'exactitude, en ajoutant quelques remarques que nous exposerons plus bas: involucre général composé de folioles nombreuses, égales et disposées sur un seul rang; capitules ou calicules nombreux, contenant cinq à six fleurs à corolles infundibuliformes, hermaphrodites; réceptacle paléacé; akènes obovés, un peu velus et couronnés par une aigrette plumeuse. R. Brown observe que l'involucre général est formé de bractées qui soustendent les capitules partiels et sont en même nombre qu'eux, et que les paillettes du réceptacle sont analogues à ces bractées. Il est essentiel, ajoute le botaniste anglais, de faire attention à cette structure qui devient surtout importante, si on veut établir une comparaison entre le Craspedia et deux autres genres voisins nommés par l'auteur Calocephalus et Leucophytata. Indépendamment du Craspedia uniflora de Forster, R. Brown dit en avoir encore observé une autre espèce dont il ne donne aucune description. (G…N.)

CRASPÉDOSOME. Craspedosoma. INS. Genre de l'ordre des Myriapodes établi par Leach (Trans. of the Linn. Societ. T. XI) et rangé par Latreille dans la famille des Chilognathes, à côté des Jules et dans le genre Polydème. Ils ressemblent à ces derniers par la forme linéaire de leur corps, par l'habitude de se rouler en spirale et par les segmens comprimés

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sur les côtés inférieurs, avec une saillie en forme de rebord ou d'arête en dessus. Ils en diffèrent par leurs yeux distincts. V. POLYDÈME. (AUD.)

* CRASSANGIS. BOT. PHAN. A. Du Petit-Thouars, dans son Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique, a ainsi nommé une Plante de la section des Epidendres et du genre Angrœcum, auquel il substitue le nouveau nom d'Angorchis; le mot de Crassangis est lui-même formé de la réunion des deux noms générique et spécifique, Angrœcum crassum, de la nomenclature généralement adoptée. Cette Plante, figurée (loc. cil., t. 70 et 71), croît dans l'île de Madagascar où elle fleurit au mois de juillet. Ses feuilles sont rubanées, terminées par deux lobes; ses fleurs grandes et blanchâtres, ayant unlabelle concave, à bords entiers, capuchonné et terminé par un éperon allongé, sont disposées le long d'un axe qui part latéralement de l'aisselle des feuilles. La Plante a une hauteur de trois à quatre décimètres. (G..N.)

CRASSATELLE, Crassatella.MOLL. Ce genre, que Lamarck avait d'abord fait connaître sous le nom de PAPHIE, Paphia, dans la première édition des Animaux sans vertèbres, reçut de lui le nom de Crassatelle, d'abord dans les Annales du Muséum, et ensuite dans la seconde édition des Animaux sans vertèbres; c'est cette seconde dénomination qui a été adoptée par les conchyliologues. Autant ce genre est peu nombreux en espèces vivantes, autant il se trouve abondamment fossile; mais comme le remarque Defrance (Dict. des Sc. Nat.), il ne se rencontre jamaisdansla Craie ou dans les terrains qui sont au-dessous d'elle; on ne le voit que dans les terrains tertiaires et surtout dans ceux des environs de Paris, quoiqu'il y en ait aussi quelques espèces en Angleterre dans l'Argile de Londres, qui remplace, par sa position géologique et la nature des Fossiles qu'elle renferme, nos terrains parisiens. Quelques espèces de ce genre avaient été connues de Chemnitz, de Gmelin, de Bruguière; mais les deux premiers les avaient confondues avec les Vénus, et le dernier avec les Mactres, avec lesquelles elles ont effectivement bien des rapports; mais on n'avait aucune idée de ces belles Crassatelles si rares et si précieuses qui furent rapportées dans ces derniers temps de la Nouvelle-Hollande, et qui se voient dans la magnifique collection du Muséum, espèces d'autant plus intéressantes que l'une d'elles nous offre l'analogue d'une de nos plus communes Coquilles fossiles des environs de Paris. Ce fait ainsi que celui relatif au Cérithe Géant, et quelques autres semblables, font penser que ce pourrait bien être dans ces mers éloignées que l'on devra chercher, non pas tous les analogues de nos espèces fossiles en général, mais peut-être une quantité suffisante pour en tirer des conclusions satisfaisantes qui tendraient à prouver un changement notable de température, quelle qu'en soit la cause première. Quoi qu'il en soit de ces considérations générales, qui, si elles étaient appuyées d'un grand nombre de faits, pourraient bien servir de véritable base à l'histoire de la terre, voici les caractères qui distinguent les Crassatelles des genres voisins: coquille inéquilatérale, suborbiculaire ou transverse; valves non bâillantes; deux dents cardinales subdivergentes, et une fossette à côté; ligament intérieur inséré dans la fossette de chaque valve; dents latérales nulles.

Si nous considérons quelle place doivent occuper les Crassatelles dans la série des genres, nous verrons, d'après les caractères énoncés, qu'elles doivent se rapprocher beaucoup des Mactres dont elles ont le ligament intérieur, et des Erycines dont quelques espèccs se rapprochent assez pour avoir été confondues dans ce dernier genre par quelques conchy-liologues. Cuvier (Règn. Anim. T. 11, p. 474) place les Crassatelles à côté des Cardites et des Vénéricardes, quoique dans ces derniers genres la

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position du ligament et la disposition de la charnière soient bien différentes. Il dit: « Je ne doute guère que ce ne soit encore la place des Crassatelles que l'on a rapprochées tantôt des Mactres, tantôt des Vénus;» et plus bas: « Leurs valves deviennent très-épais. ses arec l'âge, et l'empreinte des bords du manteau donne à croire que, comme les précédentes (les Cardites et les Vénéricardes), elles n'ont pas de tubes extensibles.» Cette maniére d'énoncer avec doute et avec une grande réserve les caractères qui pourraient le mieux servir à placer convenablement ce genre, fait penser que Cuvier avait lui-même peu de données, et que ce n'est que par une analogie éloignée qu'il l'a provisoirement placé comme cinquième genre des Mytilacés. Férussac (Tableaux syst. des Anim. moll. p. 42) établit une famille pourles Crassatelles, en y joignant le geure Crassine. Ces deux genres, s'ils ont entre eux certains rapports, manquent de ceux relatifs à la charnière et à la position du ligament. V. CRASSATELLES.

Le nombre des espèces vivantes connues n'est pas encore considérable. Celui des espèces fossiles le surpasse de beaucoup. Nous nous contenterons de citer les espèces suivantes qui nous ont paru les plus dignes àe fixer l'attention:

CRASSATELLE DE KING, Crassatella Kingicola, Lamk., Ann. du Mus., vol. 6, p. 4o8, et Anim. sans vert. T. v, p. 481, n° 1. Cette Crassatelle rare et précieuse est revêtue d'un epiderme brun qui disparaît vers les crochets; elle est ovale, orbiculaire, épaisse, enflée, d'un blanc jaunâtre, obscurément rayonnéc et oruée à sa surface de stries très-fines et très-serrées, quelquefois irrégulières, présentant plutôt des traces d'accroissement les crochets sont plissés, peu proéminens. Cette Coquille, large de deux pouces neuf lignes, se trouve dans les mers de la Nouvelle-Hollande, à l'íle de King.

CRASSATELLE SILLONNÉE, Crassatella sulcala, Lamk., Ann. du Mus. p. 408 et 409, n° 2; pour la fossile, Anim. sans vert., loc. cit. n° 3. Celle-ci est une des espèces les plus intéressantes, puisqu'elle nous offre l'analogue d'une de nos espèces fossiles que l'on trouve abondamment aux environs de Beauvais, à Bracheux et à Abbecourt. C'est une Coquille ovale, trigone, très-inéquilatérale, un peu enflée, élégamment sillonnée transversalement; le côté antérieur est anguleux, proéminent; les sillons diminuent de grosseur vers les crochets, deviennent des stries trèsfines qui finissent par disparaître au sommet; la lunule et le corselet sont bien marqués et enfoncés. Cette espèce, qui vient des mers de la Nouvelle-Hollande, à la baie des Chiens-Marins, présente plusieurs variétés; la première ne diffère que par le volume; c'est le Fossile de Bracheux. La seconde est moins arrondie, bien plus transverse, mais plus épaisse et plus globuleuse, presque bossue, également fossile de Bracheux et d'Abbecourt; la troisième enfin est plus déprimée et présente des sillons ou des plis plus réguliers, ce qui rend la Coquille plus élégante.

Outre les espèces fossiles figurées par Sowerby dans le Mineral Conchology et celles décrites par Lamarck dans les Annales du Muséum, nous avons eu occasion de recueillir aux environs de Paris plusieurs espèces inconnues dont nous citerons seulement la plus remarquable.

CRASSATELLE SCUTELLAIRE, Crassatellascutellaria, N. Cette grande Coquille ovale, trigone, aplatie, dont le test est très-épais, a le bord antérieur anguleux, subrostré. De la lunule et du bord postérieur partent des sillons qui s'aplatissent sur la surface de laCoquille, et qui y disparaissent vers le milieu; la lunule est très-enfoncée; le corselet l'est aussi, et il est circonscrit par une côte saillante; les crochets sont peu proéminens; la lame cardinale est large; l'impression du ligament est grande, irrégulièrement triangulaire; le bord inféricur des valves est crénelé; elle est longue de

TOME V. 3

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deux pouces trois lignes et large de deux pouces neuf lignes. Nous l'avons découverte à Abbecourt, à deux lieues de Beauvais, dans une localité semblable à celle de Bracheux, mais plus importante; car elle pourra servirà décider l'âge et la vraie position géologique des Fossiles de cette dernière localité. (D..H.)

* CRASSATELLES. MOLL. Férussac, dans ses Tableaux systématiques des Animaux mollusques, p. 42, propose de faire avec les genres Crassatelle et Crassine (Astarté, Sowerby) une famille particulière sous le nom de Crassatelles; il place cette famille parmi les Mytilaoés, comme Cuvier l'avait fait pour le genre Crassatelle seul. Nous ignorons quels sont les motifs qui ont engagé Férussac à ranger les Crassatelles dans un ordre qui en paraît si différent. Cet auteur n'ayant rien publié qui puisse nous éclairer, nous conserverons notre opinion, qui est celle de Lamarck et d'autres conchyliologues, de placer ce genre dans la famille des Mactracées, tout près des Mactres et non loin des Erycines qui commencent à laisser apercevoir des dents latérales qui sontordinairement avortées ou peu marquées dans les Crassatelles. V. CRASSATELLE. Nous nous sommes également demandé pourquoi le même auteur avait placé dans une même famille les Astartés et les Crassatelles, qui n'ont d'autres rapports que l'épaisseur des valves et leur facies qui, quoique particulier à ce genre, a pourtant quelque ressemblance avec celui des Crassatelles. Autrement le genre Astarté ou Crassine de Lamarck a des rapports évidens avec les Vénus: un ligament extérieur, deux dents cardinales, une coquille parfaitement close, sont des caractères qui les placent près de ces dernières. (D..H.)

CRASSINA. BOT.PHAN.(Cœsalpin.) Syn. de Zinnia. V. ce mot. (B.)

* CRASSINE. Crassina. MOLL. Lamarck (Anim. sans vert. T. V, p. 54), par un double emploi, avait sous ce nom formé un genre déjà établi par Sowerby (Mineral Conchol.) sous celui d'Astarté; malgré su postériorité, la dénomination de Crassine avait été adoptée par quelques naturalistes; il est juste pourtant que le nom le plus ancien soit celui qui prévale. V. As TARTÉ. (D..H.)

CRASSOCEPHALUM. BOT. PHAN. Mœnch a proposé d'établir un genre sous ce nom avec le Senecio cernuus de Linné, mais ce genre n'a pas été adopté. V. SENEÇON. (A.R.)

CRASSOPETALON. BOT. PHAN. V. CROSSOPETALON.

CRASSULA. BOT. PHAN. V. CRASSULE.

CRASSULACÉES. Crassulaceœ. BOT. PHAN. Cette famille, que l'on désignait autrefois sous les noms de Sempervivées ou de Joubarbes, appartient à la classe des Dicotylédons à étamines périgynes. Elle se compose de Plantes généralement herbacées ou plus rarement frutescentes, et son nom rappelle une des particularités les plus remarquables de leur organisation, qui consiste à avoir desfeuilles épaisses et charnues, tantôt alternes, tantôt opposées. Les fleurs qui présentent quelquefois un éclat très-vif, offrent différens modes d'inflorescence. Leur calice est profondément divisé; la corolle se compose d'un nombre plus ou moins considérable de pétales, égal à celui des divisions du calice, avec lesquelles ils alternent; quelquefois la corolle est complètement monopétale. Le nombre des étamines est lè même ou plus rarement double de celui des pétales ou des lobes de la corolle monopétale; quand elles sont en nombre double, il arrive quelquefois que la rangée intérieure avorte ou se compose de corpuscules ou appendices de forme variée. Les étamines sont insérées à la base ou à l'onglet de chaque pétale, etl'insertion est toujours périgynique. Au fond de la fleur, on trouve constamment plusieurs pistils distincts et supérieurs, quelquefois légèrement soudés entre eux par leur base. Leur nombre varie de trois à douze et même au-delà. Chacun d'eux se com-

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pose d'un ovaire plus ou moins allongé, à une seule loge, qui contient plusieurs ovules attachés à un trophosperme sutural et placé du côté interne. Le style est un peu oblique et se termine par un stigmate simple et petit; en sorte que chaque pistil ressemble beaucoup à celui des Renonculacées polyspermes. Le fruit se compose d'autant de capsules uniloculaires et polyspermes qu'il y avait de pistils dans chaque fleur. Ces capsules s'ouvrent par la suture longitudinale qui règne sur leur eôté interne; les graines sont attachées aux deux bords rentrans de la suture. Elles se composent d'un embryon plus ou moins recourbé, enveloppant en quelque sorte un endosperme farineux. Cette famille se rapproche des Caryophyllées, dont elle diffère par son insertion périgynique. Elle a aussi de grands rapports avec les Saxifragées, les Nopalées, les Portulacées et les Ficoïdes qui sont également pourvues d'un endosperme farineux; mais elle s'en distingue surtout par la pluralité de ses pistils.

Les genres de cette famille sont peu nombreux. Les principaux sont: Tillæa, L.; Bulliarda, D.C.;Crassula, L., auquel il faut réunir les genres Laro. cbea, Globulæa, Turgosea, etc., établis par Haworth (V. le mot CRASSULE); Cotyledon, D. C.; Kalanchoe, Adans.; Verea, Willd.; Bryophyllum, Lamk.; Sedum, L.; Rhodiola, L.; Sempervivum, L.; Septas, L.

Jussieu rapproche également de cette famille les genres Penthorum de Gronovius et Cephalotus de Labillardière et de R. Brown. (A. R.)

CRASSULE. Crassula. BOT. PHAN. L'un des genres les plus considérables de la famille des Crassulaoées, qui en a tiré sou nom, et qui lui-mème emprunte le sien du latin erassus, épais. Il fait partie de la Pentandrie Pentagynie, L., et se compose de près d'une centaine d'es. pèces, qui croissent pour la plupart dans les contrées chaudes du globe, particulièrement au cap de Bonne Espérance. Les auteurs modernes, et spécialement De Candolle (Plantes grasses) et Haworth (Plantœ succulentœ) ont modifié les caractères du genre Crassula de Linné et de Jussieu. Ainsi le premier en a retiré, pour en former un genre nouveau sous le nom de Larochea, les espèces peu nombreuses qui ont la corolle monopétale, ne laissant parmi les véritables Crassules que celles dont la corolle est formée de cinq pétales. Haworth a beaucoup multiplié le nombre des divisions génériques, et a formé sept genres avec les espèces décrites par les différens auteurs sous le nom de Crassula. De ces genres trois contiennent les espèces à corolle monopétale: ce sont Larochea, Kalosanthes et Vauhanthes; quatre, celles dont la corolle est pentapétale: ils portent les noms de Crassaula, Curtogyne, Turgosea et Globulœa. Nous pensons que dans un genre aussi naturel ces coupes ne doivent être considérées que comme de simples sections, et non comme des genres réellement distincts: aussi ne les envisagerons-nous que comme telles dans le cours de cet article.

On peut distinguer les Crassoles aux caractères suivans: leur calice est à cinq divisions très-profondes: la corolle est formée de cinq pétales, ou est monopétale, régulière, ordinairement infundibuliforme et à cinq lobes; les étamines, au nombre de cinq, sont insérées sous les ovaires ou à la base de la corolle monopétale. On trouve généralement à la base des ovaires cinq écailles glanduleuses qui manquent dans une seule espèce dont Haworth a fait son genre Vauhanthes. Les pistils sont au nombre de cinq; chacun d'eux se compose d'un ovaire unilo-culaire polysperine et d'un style plus ou moins allongé; le fruit est formé de cinq capsules uuiloeulaires et polyspermes.

Les Crassules, ainsi quel'indique leur nom, sont toutes des Plantes grasses; leurs tiges et leurs feuilles sont époisses et charnues; leurs fleurs, qui offrent une inflorescence très-variée, sont

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quelquefois peintes des couleurs les plus vives: aussi en cultive-t-on un grand nombre dans les serres des amateurs. Nous allons mentionner ici les espèces les plus remarquables, en les divisant en sept sections qui correspondront aux sept genres établis par De Candolle et Haworth.

Corolle monopétale.

§I.—LAROCHEA, De Cand., Haworth. Calice à cinq divisions; corolle monopétale, régulière, infundibuliforme; tube court et seulement de la longueur du limbe, qui est à cinq divisions; fleurs en corymbes terminaux, sans involucre.

Ce genre, établi d'abord par De Candolle, adopté par Haworth dans son Synopsis, a été modifié par ce dernier dans sa Révision des Plantes grasses, où il n'y a laissé que deux espèces, Larochea falcala et Larochea perfoliala, et a formé des autres un nouveau genre sous le nom de Kalosanthes.

Le Larochea falcata, De Cand., Plant. grass., t. 105, ou Crassula falcata, Botan. Mag. 2035, est originaire du cap de Bonne-Espérance. C'est un Arbuste légèrement ligneux à sa bàse, portant des feuilles glabres opposées, presque connécs et réfléchies en forme de faux; ses fleurs sont rouges, disposées en coryinbes et portees sur des pédoncules dichotomes.

§II. — KALOSANTHES, Haworth, Revis. succulent. Plants, p. 6. Toutes les espèces de cette section sont originaires du cap de Bonne-Espérance; elles different seulement des Larochea par leur inflorescence en forme de capitules environnés d'un involucre; leur curolle est également infundibuliforme, mais son tube est trois fois plus long que les divisions du limbe. Haworth rapporte à ce genre huit espèces, qui toutes sont des Arbustes peu élevés, dont les feuilles sont imbriquées en croix, vertes, ordinairement allongées et cihées de poils roides sur leurs bords; leurs fleurs sont très - nombreuses, ayant généralement la même forme que celle du Jasmin; leur couleur est blanche ou rouge. On remarque parmi ces espèces:

Le KALOSANTHE ROUGE, Kalosanthes coccinea, Haw., loc. cit. p. 8; c'est le Larochea coccinea, D. C., loc. cit. T. I, ou Crassula coccinea des jardiniers. Ses feuilles sont imbriquées, très - rapprochées les unes contre les autres; ses fleurs, d'une belle teinte pourpre, forment un corymbe dichotome au sommet des ramifications de la tige. Cet Arbuste, dont la tige acquiert de deux à trois pieds d'élévation, est très - fréquemment cultivé dans les jardins.

Le KALOSANTHE ODORANT, Kalosanthes odoratissima, Haw., loc. cit. p. 7, ou Crassula odoratissima, Andrews, Repos. t. 26, a ses fleurs presque roses et répandant une odeur très - forte analogue à celle de la Tubéreuse; ses feuilles sont linéaires, lancéolées, obtuses.

§III. — VAUHANTHES, HAW. Revis. suc. Plants. Cette section, formée d'une seule espèce, se distingue des deux précédentes et de toutes les autres Crassules par l'absence des écailles qui accompagnent l'ovaire; c'est le Crassula dichotoma, L., ou Vauhanthes chlorœflora, Haworth, petite Plante annuelle, glabre etayant toutà-fait le port d'une Chlora. Elle croît au cap de Bonne-Espérance.

†† Corolle polypétale.

§IV. — CRASSULE, Crassula, Haworth, loc. cit. Cette section, la plus nombreuse en espèces, a ses fleurs disposées en cime; leur corolle est formée de cinq pètales, quelquefois légèrement soudés entre eux par leur base; les pistils sont au nombre de cinq, accompagnés d'écailles hypogynes qui ne sont probablement que des étamines difformes et stériles. Ce sont toutes des Arbustes ou des Herbes annuelles qui ont généralement les feuilles opposées en croix. Nous citerons ici:

La CRASSULE TÉTRAGONE, Crassula tetragona, D.C., Pl. gr., t.19. Arbuste de trois pieds d'élévation, ayant la tige

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lisse, droite et roussâtre, portant des feuilles à quatre angles obtus, arquées en dessus, très-rapprochées et disposées sur quatre rangs; ses fleurs, blanches et assez petites, forment des cimes rameuses et terminales. Elle vient du Cap.

La CRASSULE a fleurs blanches, Crassula lactea, Willd., Sp., D.C., Pl. grass. Cette espèce est assez petite; ses tiges sont ordinairement étalées, épaisses et roides; ses feuilles sont rapprochées, opposées et presque connées à leur base qui est rétrécie; les fleurs sont assez grandes, d'un blancpur, et disposées en cimes paniculées. Elle croît au cap de BonneEspérance.

Nous ne possédons en France que trois espèces de ce genre, qui sont: la Crassule rougeâtre, la Crassule de Magnol et la Crassule d'Angers.

La CRASSULE ROUGEATRE, Crassula rubens, L., D.C., Pl.gr., t. 55, est une petite Planteannuelle, très-commune dans les vignes et au pied des haies; ses tiges sont hautes de trois â quatre pouces, un peu velues, rougeâtres; ses feuilles sont alternes, charnues et presque cylindriques; ses fleurs sont rosâtres et sessiles.

La CRASSULE d'Angers, Crassula Andegavensis, D.C., Fl.Fr., Suppl. p. 522.Cette petite espèce ressemble beaucoup par son port au Sedum atratum dont elle diffère par ses caractères. Elle est entièrement glabre; sa tige est grêle, simple à sa base, divisée en trois rameaux dressés; ses feuilles sont opposées dans le bas, alternes dans le haut, ovoïdes, allongées et dressées; ses fleurs très-petites et d'un blanc rougeâtre naissent sur les ramifications de la tige. Elle croît en Anjou et dans d'autres parties de la France.

§V.—Curtogyne, Haw., loc. cit. On distinguece groupe parses ovaires cylindriques, allongés, renflés à leuc sommet quise terminepar un long style; les fleurs sont disposées en cimes; les feuilles sont ondulées, ciliées sur les bords, imbriquées surquatre rangs. Cette section ne comprend que deux espèces, originaires l'une et l'autre du cap de Bonne-Espérauce, et qui forment des Arbustes d'un pied de hauteur. L'une est le Curtogyne undata, Haworth (Revis. p.8); l'autre le Curtogyne undulata, id. Ces deux Plantes sont cultivées dans les serres chaudes.

§VI. — TURGOSEA, Haworth, loc. cit. Cette section comprend les espèces qui ont les fleurs disposées en épis ou en thyrses, accompagnées de bractées; la corolle formée de cinq pétales légèrement mucro-nés un peu au-dessous de leur sommet; les écailles du disque émarginées. Ce sont des Herbes bisannuelles, charnues, velues, ayant les feuilles opposées en croix; les fleurs petites et rosàtres. On y rapporte les espèces suivantes, qui toutes viennent du cap de Bonne - Espérance: Crassula linguæfolia, Haworth; C.tomentosa, Thunb., Cap. prod. 56; C. pertusa, Haworth; C. obovata, Haw.; C. Aloides, Ait. Kew, 394.

§VII.—GLOBULÆA, Haworth, loc. cit. La corolle est formée de cinq pétales dressés portant chacun un globule jaune à leur sommet. Ce caractère est le seul qui distingue cette section des vraies Crassules. Haworth y rapporte six espèces, toutes originaires du cap de Bonne-Espérance. Ce sont les Crassula cultrata, Bot. Mag. 1940; Crass-capitata, Cat. Hort. Dyck.; Crassula obvallaris, Haworth; Crassula canescens, id.; Crassula sulcata, id.

Toutes les espèces de Crassules, à l'exception du petit nombre de celles qui sont indigènes de l'Europe, demandent la serre chaude. Elles doivent être plantées dans une bonne terre franche, mélangée d'un peu de sable, mais sans addition d'aucun engrais. Il ne faut les arroser que très-rarement. La serre dans laquelle en les place doit être bien aérée et non humide. Rien n'est plns facile que la multiplication des Plantes grasses en général, et particulièrement des Crassules, par le moyen des boutures. Il suffit d'en séparer une

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feuille ou un jeune rameau vers le mois de juin, de laisser la plaie se bien sécher pendant une huitaine de jours avant de l'enterrer, et dele placer ensuite dans une couche oùla chaleur soit modérée. Elle ne tardepas à pousser de nouvelles racines, et à former un nouveau sujet. On peut encore les multiplier par le moyen des graines. (A.R.)

CRASSULÉES. BOT. PHAN. Pour Crassulacées. V. ce mot. (B.)

* CRASSUVIA. BOT. PHAN. Commerson avait donné le nom de Crassuvia floripendula à une Crassulacée de l'lle-de-France, que l'on a reconnue depuis être la même Plante que le Kalanchoe pinnata, Lamarck. V. KALANCHOE. (G..N.)

CRAT. POIS. Syn. d'Esturgeon. V. ce mot. (B.)

* CRATÆA OU CRATEIA. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Même chose que Philomédion. V. ce mot. (B.)

CRATÆGONUM OU CRATEOGONON. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Selon Lobel, synonyme de Mélampyre. V. ce mot. Rumph appliqua le second de ces noms, en le latinisant, à l'Oldenlandiaverticillata. (B.)

CRATÆGUS. BOT. PHAN. V. ALISIER.

CRATEIA. BOT. PHAN. V. CRATÆA.

CRATEOGONON. BOT. PHAN. V. CRATÆGONUM.

* CRATÉRANTHÈME. Crateranthemum. POLYP. Le genre formé et fort imparfaitement décritsousce nom par Donati, paraît être uneSertulariée de l'Adriatique. (B.)

CRATÈRE. GÉOL. V. VOLCAN.

* CRATERELLA. BOT. CRYPT. (Champignons.)Persoon avait d'abord séparé sous ce nom les espèces de Théléphores à chapeau contourné en forme d'entonnoir. Telles sont celles qui croissent sur la terre, le Thelephora caryophyllea et le Thelepkora terreotris. Il en a depuis formé une section parmi les Théléphores sous le nom de Phylacteria. V. ce mot et THÉLÉPHORE. (AD.B.)

CRATÉRIE. Crateria. BOT. PHAN. Le genre Chœtocrater de Ruiz et Pavon, auquel Persoon a donné le nom de Crateria, parait être le même que le genre Anavinga de Lamarck. V. ANAVINGA etCASEARIA. (A.R.)

* CRATERIUM. BOT. crypt. (LYcoperdacées.) Ce joligenre, voisin des Trichia, a été établi par Trentepohl dans les Catalecta de Roth, fasc. I, p. 224; il est un des mieux caractérises de ce groupe de Lycoperdacées. Son pérldium est pédicellé, membraneux, et en forme de coupe ou de godet; il est tronqué au sommet, et fermé par un opercule plat; les sporules sont entremêlées de filamens. La forme de ce péridium et de son opercule rappelle celle des capsules de certaines Mousses, telles que les Gymnostomes.

Deux espèces extrêmement petites appartiennent à ce genre; elles croissent sur les bois morts et sur les feuilles pourries; leur couleur est d'un brun marron; l'opercule est blanc; une troisième espèce ne se range qu'avec doute dans ce genre, c'est l Arcyria leucocephala de Persoon; son opercule, au lieu de se détacher complètement du péridium, se détruit irrégulièrement. Ces trois espèces ont été très-bien figurées par Dittmar (Deutschlands Pilze, fasc. 2, n.1718–19). (AD.B.)

CRATÉVIER.Cratœva BOT.PHAN Vulgairement Tapier. Genre de la famille des Capparidées, et placé par Linné, qui l'a établi, dans la Dodécandrie Monogynie. Ses caractères sont: un calice à quatre sépales; quatre pétales plus grands que le calice; étamines en nombre qui varie de huit à vingt-huit; torus allongé ou hémisphérique; baie stipitée, ovée, globuleuse, pulpeuse intérieurement, munie d'une écorce mince. Ce genre dont nous venons d'exposer les caractères d'après De Candolle (Prodromus Systematic unkuarealis regni

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veget. T.I, p. 242) qui le place en tète de la tribu des Capparées, est composé maintenant de douze espèces dont la plupart étaient des Capparis dans différens auteurs. Ainsi les Capparis magna et falcata de Loureiro, le Capparis radiatiflora de la Flore du Pérou, etc., sont à présent rapportés au genre Cratæva. Le genre Othrys de Du Petit-Thouars (Gener. Nov. Madag., n. 44) est composé uniquement du Cratœva obovata, Vahl, espèce conservée par De Candolle. Nous ne ferons qu'indiquer les espèces absolument nouvelles: C. lœta et Adansonii du Sénégal, C. tapioïdes et acuminata de l'Amérique méridionale. En général les Plantes de ce genre sont des Arbrisseaux inermes à feuilles composées de trois folioles.

Le CRATÉVIER TAPIER, Cratœva Tapia, L., est un Arbre élevé dedouze mètres et plus, dont la cime étalée et fort touffue est formée de rameaux nombreux garnis de feuilles ternées et pétiolées, dont les fleurs sont terminales, portées sur de longs pédoncules, et disposées en une panicule lâche et étalée. Cet Arbre croît dans le Brésil et à la Jamaïque. Plumier en a donné une figure sous le nom de Tapia arborea triphylla (Gener. Amer. t.21); mais c'est à tort qu'on lui a ajouté comme synonymes le Cratœva inermis de la Flora Zeylonica, ainsi que le Niirvala de Rhéede, qui se rapportent à l'espèce suivante.

Le CRATÉVIER RELIGIEUX, Cratœva religiousa, croît dans les Indes-Orientalesetdans leslîes de la Société. C'est aussi un Arbre assez élevé qui a les plus grands rapports avec le précédent, mais que son bois plus dur, ses rameaux plus nombreux, ses feuilles lancéolées, elliptiques, amincies aux deux extrémités, distinguent suffisamment. On en trouve une très-belle figure dans Rhéede (Hort. Malab. 3, t. 49) qui lui a conservé le nom malabare de Niirvala. Il est aussi nommé dans le pays Ranabelou et Preto nou par les Brames, et Pee do morto par les Portugais. Les Indous emploient ses diverses parties, son écorce, ses feuilles, et surtout son fruit, en cataplasmes pour résoudre les tumeurs lymphatiques et pour provoquer les urines; mais la grande quantitéd'ingrédiens qu'ils font aussi entrer dans ces topiques nous porte à penser que leurs vertus ne dépendent pas uniquement du Cratœva religiosa. (G..N.)

* CRATIUM. MOLL. Nous trouvons ce mot dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, avec cette explication: α D'Argenville nomme ainsi l'Ostrea frons de Linné.» Nousn'avonsqu'une observation à faire, c'est que Cratium ne se trouve pas dans D'Argenville, et que Linné n'a nommé aucune espèce de son genre Huître, Ostrea frons. (D..H.)

* CRATOCHWILIA. BOT. PHAN. Syn. de Cluytia dans Necker. v. CLUYTIA. (A.D.J.)

CRAUPECHEROT. OIS. Syn. vulgaire de Balbusard. V. AIGLE. (B.)

CRAUROPHYLLON. BOT PHAN. (Thalius.) Syn. de Cucubalus Otites, L. (B.)

CRAVAN OU CRAVANT. OIS. Espéce du genre Canard, du sous-genre oie. V. CANARD. (B.)

CRAVAN. MOLL. L'article du Dictionnaire où nous avons trouvé ce mot, dit seulement que c'est le nom vulgaire des Anatifes en quelques endroits, sans en citer aucun. n nous est impossible de vérifier le fait. (D..II.)

CRAVATE. OIS. Sous ce nom, avec quelqueépithète, on a désigné vulgairement les espèces suivantes d'Oiseaux:

CRAVATE-BLANCHE, Lanius albicollis, Levaill., Ois. d'Afr., pl 115, dont Vieìllot a fait, ainsi que de plusieurs autres espèces, son genre Gonolek. V. PIE-GRIÉCHE.

CRAVATE-DORÉE, l'Oiseau-Mouche Rubis-Topaze, jeune âge. V. COLIBRI.

CRAVATE-FRISÉE (Levaillant), le Philédon Kogo, Merops Cincinnatus, Lath. V. PHILÉDON.

CRAVATE-JAUNE, l'Alauda capen-

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sis, L., Buff., pl. enl. 504, f. 2. V. ALOUETTE.

* CRAVATE-noire, le Trochilus nigricollis, Vieill. De l'Amérique méridionale. V. COLIBRI.

* CRAVATE-verte, le Trochilus gularis, Lath., qui est le Hausse-Col vert dans son premier plumage. V. COLIBRI. (dr..z.)

CRAVE. OIS. Genre qui, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, correspond à notre genre Pyrrhocorax. V. ce mot. (DR..z.)

CRAVICHON. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Prunellier. (B.)

CRAX. OIS. V. Hocco.

CRAYE. MIN Pour Craie. V. ce mot. (B.)

CRÉAC. POIS. L'un des noms de l'esturgeon dans le midi de la France. On appelle à Bordeaux l'Ange, Squalus squatina, L., Créac de Buch, et non de Rusc, comme l'écrit Rondelet. (B.)

CREADION. OIS. Vieillot a établi sous ce nom un genre qu'il a formé aux dépens de quatre espèces de Philédons, des méthodes de Cuvier et de Temminck. L'étymologie grecque de ce nom générique exprime un caractère essentiel, celui des caroncules qui garnissent diverses parties de la tête de ces Oiseaux. V. PHILÉDON. (DR..Z.)

* CRÉAL. POIS. Pour Créac. V. ce mot. (B.)

CRÉAM. BOT. PHAN. Même chose que Codlings. V. ce mot. (B.)

CRÉATION. On ne doit pas s'attendre, dans un ouvrage strictement consacré à l'histoire naturelle, à nous voir traiter ce mol dans le sens où l'emploie communément la métaphysique qui nous est totalement étrangère; mais nous ne saurions l'éliminerd'un Dictionnaire où, tousles êtres existans devant être au moins génériquement indiqués, un mot sur leur origine devient indispensable.

En histoire naturelle comme en philosophie, le mot CRÉature est souvent employé pour exprimer les corps organisés, et la créature est censée le résultat d'une force toutepuissante qui voulut que l'univers fût peuplé. Sans nous permettre d'examiner quelle fut cette force, puisqu'elle semble n'avoir voulu manifester son existence que par les résultats de sa volonté, nous déclarerons qu'elle nous paraît devoir être évidente pour quiconque sonderaattentivement et de bonne foi le vaste ensemble de la Création. Les plus incrédules ne sauraient la méconnaître pour peu qu'ils voulussent prendre la peine d'étudier les lois immuables qu'elle donna à tous les élémensen les contraignant à se féconder les uns les autres, suivantun plan duquel rien ne s'écarte dans la nature. Prétendre saisir l'imposant ensemble de ce vaste plan, limiter les moyens dont la force créatrice se réserva la disposition, oser enfin supposer à cette force d'autres limites que celles qu'elle voulut s'imposer, nous semblerait un acte de témérité, et l'examen de telles questions sortirait du cadre de ce Dictionnaire.

La Création, comme l'entend le vulgaire, ou l'univers évoqué du néant, serait une absurdité, un mystère monstrueux auquel n'ordonnent de croire aucunes traditions même sacrées. Rien ne peut produire quoi que ce soit, et le livre respecté qui forme la base des croyances de l'Europe civilisée s'explique formellement à cet égard, lorsque, consacrant dans son texte indestructible l'éternité de la matière, base de toute Création, il dit expressément: « Au commencement la terre était informe et nue, et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux.» Or nous verrons au mot MATIÈRE que la terre informe et nue, ainsi que l'eau où surnageait l'esprit de Dieu, n'étaient pas le Néant, mais bien un amas informe de molécules antérieures. Il est évident que la Genèse n'entend exprimer, en racontant les merveilles de la première semaine, que le réveil du Seigneur, s'il est permis d'employer cette expression, « réveil, avons - nous dit ailleurs, qui introduisant de nouveaux élémens, tels

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que la lumière, au milieu de l'inertie d'une matière préexistante, qui lui impriment le mouvement, ame du monde, et qui donnant des lois organisatrices à ce que l'absence de ces lois et du mouvement avait tenu dans un état de mort, féconda enfin l'univers.»

Nous ne suivrons pas l'histoire assez connue de cette Création, telle que nous la rapporte un ouvrage au sens duquel l'histoire naturelle prête tout l'appui de ses vérités. Nous nous bornerons surce point à unesimple indication de quelques faits irrécusables.

Sept espaces de temps, appelés ai bitrairement journées, suffisent, dans cette histoire mystérieuse, pour l'exécution du plan magnifiquedont le genre humain complète l'ensemble. La voix du Créateur retentit dans les ténèbres qui couvrent la face de l'abîme, la lumière brille, la matière est émue, le mouvement commence, et le premier jour a lui. Alors successivement le temps est marqué par la révolution des corps célestes lancés dans les vastes orbites qui leur sont tracés. Les mers commencent à mugir dans les bassins que circonsçrit l'aride ou terre; les Plantes parent cette terre qui cesse d'être aride, les Poissons animent les eaux, les Oiseaux du ciel succèdent à ceux-ci, les Bêtes des champs et des forêts naissent à leur tour, l'Homme apparaît le dernier. Eh bien! tel a dû être la marche des choses. Les eaux couvrirent évidemment le globe; tout raisonnement par lequel on voudrait attaquer cette vérité ne saurait tenir contre l'énoncé de cette loi, qui, contraignant les fluides à chercher l'équilibre, commandait dès-lors aux flots de baigner les plaines quand ils se brisaient sur le sommet des monts où nous retrouvons les traces de leur primitif séjour. Des restes d'Animaux marins, premiers témoins de l'antique présence de la mer sur tous les points de notre planète, et auxquels ne font que succéder d'autres Fossiles, sont en même temps la preuve irrécusable que l'Océan, vieux père du monde, comme l'appelaient les anciens, fut aussi le berceau de la vie. Lorsqu'aucun des êtres qui respirent dans l'atmosphère n'y trouvait de patrie, les Crustacés, les Mollusques et les Poissons préparaient lentement leurs demeures; et comme si la Création de tout ce qui embellit l'univers eût été le résultat des conceptions d'une puissance infinie a laquelle cependant ses propres œuvres donnaient chaque fois une expérience nouvelle, la plupart des plus simples créatures de la mer, pénétrables par la lumière, à peine organisées, fragiles et tout au plus susceptibles de percevoir, ne semblent être que des ébauches. Elles ne sauraient encore jouir de ces facultés conséquentes de plus de complication, et qui font de la vie un don si précieux pour les créatures plus parfaites qui les suivirent. Où étaient alors les Végétaux quiombragent nos campagnes, les Oiseaux quiles égaient en chantant le retour de l'aurore, les Reptiles quirampent à la surface de la terre, les Animaux qui broutent l'Herbe, ceux qui dévorent, les Herbivores etces Insectes qui animent l'air ou vivent aux dépens de toutes les autres productions du sol? Ces grandes hordes vivantes ne purent se développer que successivement, et à mesure que l'une d'elles venait fournir aux suivantes les moyens de subsister. Nous avons vu aux mots ANTHROPOLITES et ANIMAUX PERDUS, nous verrons encore ailleurs que l'Homme plus moderne que le reste des Animaux, vivant de Plantes et de chair, ne devait naître qu'à l'époque où les Plantes et la chair, existant déjà, pouvaient fournir à ses besoins. L'Homme est si moderne en comparaison des autres créatures, que tandis que des feuilles et de frêles Insectes sont devenus des monumens ineffaçables de l'existence de races détruites, on ne saurait rencontrer nulle part les indices de ses débris. On dirait que son orgueil, blessé de ne pouvoir retrouver dans les fastes du vieux monde des titres de noblesse

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dans les fragmens de ses premiers pères, a voulu triompher de l'oubli par les monumens de ses mains. Les Pyramides sont peut-étre l'ouvrage d'un peuple aussi avancé que nous dans les sciences naturelles, et qui, étant humilié de ne voir dans aucun site calcaire des témoins qui pussent attester l'antiquité de sa race, voulut survivre par des souvenirs aux grandes révolutions physiques qui pouvaient, d'un moment à l'autre, changer tout un ordre de choses contemporain.

Telle fut la marche de la Création dans la nature autant qu'il nous est donné de l'y reconnaître, telle est celle qu'indiquent aussi les livres sacrés; mais ici se vient présenter une question nouvelle ou du moins à laquelle, seul à peu près, nous nous sommes arrêtés sérieusement autrefois, et qui mérite toute l'attention des naturalistes philosophes. Lorsqu'admettant un plan de Création successif dans l'ensemble de l'univers, on en suit la progression dans le sens que nous venons d'indiquer, doit-on conclure de ce que les traditions demeurent muettes après la naissance de notre espèce, que la force créatrice se soit à jamais arrêtée quand elle eut enfanté l'Homme? Est-il ordonné de croire que rien n'ait pu être créé depuis? Outre que le développement de chaque être éprouve des modifications individuelles qui rendent souvent le même être une créature presque différente du type spécifique, en fait une sorte de Création actuelle, et que les variétés ou Hybrides qui se perpétuent sont encore des Créations de tous les jours; des Créations plus décidées et complètes, d'espèces, de genres et de familles entières de Plantes ou d'Animaux, ne peuvent-elles pas avoir lieu continuellement, et n'est-ce pas restreindre injurieusement la puissance créatrice que de soutenir qu'ayant en quelque sorte brisé ses moules et fatiguée de produire, il ne lui serait plus donné de modifier et d'augmenter son ouvrage? Il est bien certain, par exemple, que les Vers intestinaux qui habitent dans l'Homme ne purent précéder celui-ci dans l'ordre de la Création, et n'ont dû en faire partie qu'après que notre espèce y eut été introduite.

Pour rendre à cet égard nos idées plus faciles à saisir, nous chercherons un point du globe évidemment moderne en comparaison du reste de son étendue, et nous examinerons comment la végétation et la vie ont pu s'y développer en couvrant ce point de Plantes et d'habitans. Nous choisirons comme exemple l'file de Mascareigne, qui, située a cent cinquante lieues du point le plus voisin de Madagascar, d'où l'on pourrait d'abord supposer que lui vinrent des graines et des Animaux, ne contient pas une parcelle de terre ou de pierre quin 'ait été originairement soumise à l'action violente des feux souterrains. Nous avons démontré ailleurs que toute la masse de ce point du globe convulsivement élevé au sein de l'Océan fut originairement incandescente et liquéfiée par le feu; dans l'endroit où nous le trouvons, la mer roulait encore ses vagues, que la moitié du monde avait été exondée. Déjà des torrens dépouillaient d'antiques montagnes en arrachant à leur cime les atterrissemens destinés à augmenter l'Afrique, l'Europe et l'Asie, que Masca-reigne n'était point encore sortie du sein des flots. Tout dans cette île est neuf en comparaison de ce qu'on voit sur l'ancien continent; tout y porte un caractère de jeunesse, une teinte de nouveauté qui rappelle ce que les poëtes ont chanté du monde naissant et qu'on ne retrouve que dans quelques autres îles formées aussi dans les derniers âges. Mascareigne fut d'abord un de ces soupiraux brûlans au milieu des eaux, comme on a vu presque de nos jours s'eu former à Santorin ou dans les Açores. Des éruptions fréquentes en élevèrent la fournaise, au moyen des couches de laves ardentes qui, s'y superposant sans interruption, formèrent enfin une montagne, que des tremblemens de

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terre terribles vinrent lacérer, et sur la surface échauffée de laquelle les eaux pluviales, se réduisant aussitôt en vapeur, n'arrosaient aucan Végétal possible, ne rafraîchissaient aucun vallon. Les Salamandres de la Fable, seules, eussent pu deveair les lótes de ce brûlaut écueil; comment une aimable verdure le vint-elle ombrager? Comment des Animaux attachés au sol choisirent-ils pour patrie un recher nécessairement inhabitable, long-temps encore après son apparition et durant son accroissement? Les vents, les courans, les Oiseaux et les Hommes ont suffi, répondra-t-on, pour couvrir Mascareigne de Végétaux et de créatures vivantes!…1°. Les vents, enlevant d'un seuffle impétueux les graines des Végétaux, les transportent à de grandes distances, au moyen des ailes et des aigrettes dont plusieurs sont munies.

2°. Les courans, asservis à une marche régulière dans la Zône-Torride, entratnent avec eux des fruits qu ils ramassent sur certains rivages, et qu'ils abandonnent sur des rivages opposés.

3°. Les Oiseaux, qui se nonrrissent de baies, en rejettent les semences prêtes à germer.

4°. Les Hommes enfin, qui naviguent depuis tant de siècles, ont pu autrefois shorder à Mascareigne, et y répandre les Animaux que nous y retrouvons.

1°. Les vents emportent effectivement avec eux, et même fort loin, les semences légères d'un certain nombre de Végétaux; mais il est douteux qu'ils les promènent jusqu'àcent cinquante lieues pour les déposer précisément sur un point presque imperceptible en comparaison de l'immense étendue des mers environnantes. Les Végétaux à semences aigrettées et ailées, susceptibles de voyager parles airs, ne sont d'ailleurs pas en grand nombre, surtout dans l'tle qui nous occupe, et dans laquelle, conséquemment, les veats n'ont pa porter que fort pen d'espèces de Plantes, s'ils en ont porté.

2°. Les courans de la mer entratnent à la vérité, parmi les débris qui leur parviennent du rivage, quelques fruits capables de surnager; nous convenons que de temps en temps ces fruits roulés à terre, roulés dans l'eau, abordent sur desrives lointaines. Les Cocos de Praslin, qu'on nomme vulgairement Cocos des Maldives, en fournissent la preuve. Mais ces graines, qui ont si long-temps vogué, germèrent-elles jamais? L'eau salée frappe de mort les germ as de tous les Végétaux ou du moins du plus grand nombre. Les botanistes qui s'étudient à transporter des Plantes dans les navires, savent que lorsque les bourgeons et même les semences en sont touchés par l'onde amère, tout est perdu; les rejetons languissent ets étiolent sans jamais prospérer ni se reproduire. Quels sont d'ailleurs les Végétaux dont les vagues pourraient trouver les graines en bou état au bord de la plage? Ce ne sont que des espèces littorales dont le nombre est tres-restreint; quelques Salicornes, des Soudes, des Statices ou de misérables Crucifères. Ces Plantes sont à peu près inconnues à Mascareigne. Les fruits des Arbres de l'intérieur des terres et des montagnes, qui se rencontreraient au rivage, n'auraient pu y être entraînés que par les pluies ou par accident: avant été alternativement exposés à l'humidité ou aux ardeurs du soleil hors du sein de la terre, ils auraient perdu la faculté de produire. Ces Cocos, venus par mer des Séehelles, enveloppés d'une coque et d'une bourre impénétrable à l'eau, et abordés sur les plages de l'Inde ou de ses archipels, y ont-ils jamais donné des rejetons? et l'Arbre qui donne les fruits errans, connus par tout le monde à cause de leur forme bizarre, s'est-il jamais naturalisé ailleurs qu'à Praslin?

3°. On ue peut disconvenir que certains Oiseaux frugivores sèment à la surface des continens qu'ils habitent et sur l'écorce des Arbres où ils se reposent, les graines de certains Végétaux dont les fruits les nourris-

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sent habituellement, le Gui en est la preuve sur nos Pommiers; mais ces Oiseaux frugivores sont en général sédentaires; ils ne se déplacent jamais dans les régions où la variété des saisons ne les force pas d'en consacrer une aux migrations. Rieu ne les attirant sur un écueil nécessaire-rement stérile, très éloigné de toute câte qu'ils ont pu habiter d'abord, et hors de la portée de leur vol généralement restreint; ils n'y out pas porté le petit nombre de graines dont l'organisation peut supporter la chaleur de l'estomac pendant le très-court espace de temps nécessaire à la digestion. Les Oiseaux à vol soutenu, habitués a se réfugier sur les rochers maritimes, ne se nourrissent que de Poissons et de Vers marins; ils ont été probablement les premiers habi-tans de Mascareigne, mais ils n'ont pu y porter les semences de quelque Plante que ce soit.

4°. Les Hommes enfin, en quelque temps qu'ils eussent abordé dans lîle qui nous sert d'exemple, qu'ils en aient défriché et ensemencé le sol, et qu'ils y aient jeté des Animaux domestiques; les Hommes, disens-nous, n y ont pas planté des Mousses, des Lichens et des Conferves avec tant d'autres Végétaux qu'on ne cultive nulle part et dont on ne retire pas la moindre utilité. Les Hommes qui auraient pu porter des Cerfs, des Chèvres et quelques Insectes qui les suivent partout en dépitd' eux-mêmes, qui ont évidemment introduit des Oliseaux (les Martins) pour faire la guerre à ces Insectes importuns, n'ont pas lâché ces Singes auxquels on fait une guerre active, ces grandes Chau-ve-Souris et ces Tortues de terre dont la délicatesse de la chair causa la destruction; ces Sauriens dont leurs habitations sont remplies; ces Rats musqués qui infectent leurs demeures; cette foule d'Araignées qui en salissent les encoignures ou filent loin d'eux dans les campagnes; enfin ces Papillons nombreux qui ornent les airs de leurs brillantes couleurs. Ils n'ont pas davantage peupléles torrens et mares d'eau douce de Poissons particuliers, des In-sectes, des Écrevisses et des Navi-celles qu'on y trouve. Ils n'ont pas surtout porté avec eux ce Dronte, Oiscau monstrueux, qu'ils furent si étonnés d'y voir et dont ils exterminèrent la race: où l'eussent-ils pris, d'où l'auraient-ils amené? Il n'exista jamais ailleurs; il fut propre au sol, et Création locale d'une nature trop hâtée de produire, il semblait porter dans son ridicule ensemble le cachet d'une certaine inexpérience organisatrice. Il est impossible de supposer que le moindre de ces Animaux ait été porté par l'Homme, par la mer ou par les vents.

D'ailleurs, tous les êtres qu'on voit, non-seulement à Mascareigne et dans les îles les plus voisines, mais encore sur toutes les autres îles de l'univers, ne pourraient y être venus d'autre lieu, quand on parviendrait à démontrer la possibilité du voyage, puisque, outre un certain nombre d'espèces qu'on retrouve dans les climats analogues, chaque archipel présente quelque espèce, quelque genre même qui sont exclusivement propres au pays, qu'on ne revoit nulle part, et qui, par conséquent, n'ont dû être créés que sur les lieux mêmes. Or, comme il ne peut être, douteux que beaucoup de ces îles sont plus nouvelles que lea continens, et que par conséquent tout ce qu'on y voit est plus récent, il faut nécessairement admettre la possibilité de Créations modernes, de Créations actuelles, et même de Créations futures qui ont ou auront lieu, lorsqu'un concours de circonstances déterminantes a ou aura lieu sur quelque point existant ou futur de notre univers.

Cependant partout la Création s'effectue suivant un même plan. Il n'y existe que des aberrations individuelles par lesquelles se constituent des espèces diverses; mais toutes ces espèces doivent rentier nécessairement dans un ordre déjà établi; on n'a trouvé et l'on, ne trouvera nulle

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part de ces monstruosités constantes et transmissibles par la génération, dont la poétique mythologie ou d'ignorans voyageurs peuplaient jadis les régions peu connues. Partout, dès qu'une série d'êtres est établie, il lui en succède une autre que son organisation subordonnait à quelque existence préalable: ainsi l'Arbre n'y précédera point la Mousse ou le Lichen qui doivent préparer le sol destiné à supporter ses racines; l'Oiseau granivore n'y saurait naître avant le Végétal qui doit le nourrir de ses semences; le Mammifère broutant attendra pour paraître que le feuillage assure son existence, et l'Animal sanguinaire ne pourra se développer que lorsque la vie s'exercera dans toute son étendue parmi les séries qui lui doivent servir de proie. Comme si tout n'était qu'essais dans cette succession de légions organisées, c'est dans ces terres nouvelles presque encore vierges, qu'on rencontrera le plus de ces anomalies d'organisation si rares sur les vieilles parties des deux hémisphères; on y verra le Dronte aux pieds palmés avec les formes du Dindon, les Monotrèmes au corps de Loutre avec leur constitution d'Oiseau, et la Mimeuse hétérophille avec le feuillage d'un Saule. — Les naturalistes qui s'occupent phylosophiquement de la science auront remarqué combien, dans les îles isolées et dans la plupart des archipels, sont nombreux les Végétaux polymorphes, c'est-à-dire ceux dont les parties varient non-seulement dans les mêmes espèces, mais encore dans les mêmes individus. Rien n'est plus étrange que les caprices de la végétation dans les îles volcaniques et conséquem-ment moins anciennes que les couti-nens. Un botaniste prudent ne peut trop craindre de faire jusqu à trois ou quatre espèces des Plantes qui lui viennent desséchées de tels pays, on dirait que la nature, en se hâtant d'abord de constituer des types par le perfectionnement des organes les plus importans à l'accomplissement de ses vues propagatrices, semble négliger la forme d'organes accessoires, qu'elle abandonne à l'avenir le soin de régulariser. Au contraire, dans les vieilles parties des vieilles terres, dans ces monts altiers qui ont vu s'écouler tant de siècles et descendre une portion des continens de leurs sommets dépouillés, enfin dans ces lieux où la végétation doit être extrêmement ancienne, les Plantes, contraintes de croître selon une forme à peu près immuable, n'offrent que rarement de ces écarts si frequens dans les pays nouveaux. Nous ne craignons pas d'être démentis en avançant que Mascareigne seule, qui nous servira encore cette fois d'exemple, renferme, dans ses cinquante et quelques lieues de circonférence, plus d'espèces polymorphes que toute la terre ferme de l'ancien monde. Les Plantes variables qui semblent être la manifestation d'une végétation d'essai sont plus fréquentes parmi les Cryptogames et les Aquatiques. C'est aussi parmi les habitans des eaux qu'ou remarque les formes les plus bizarres, en quelque sorte les plus contradictoires, et les métamorphoses les plus singulières. Si l'eau fut le berceau de toute organisation, si c'est dans sa fluidité que la voix du Créateur ordonna le commencement de l'existence lorsque la lumière introduite dans le chaos vint tout vivifier, on entrevoit la raison de celte polymorphie, qu'on nous passe un moment cette expression. Par un rapport naturel entre la faculté organisatrice dont on pourrait supposer l'eau douée et les élémens qu'elle peut réunir pour ses Créations dans les points les plus opposés du globe, on remarquera que les êtres aquatiques sont souvent iden'iques dans les lieux les plus distans de l'univers. Des Algues, des Varecs, des Conferves de nos contrées se retrouvent jusque chez nos Antipodes. Des Mousses et des Lichens sont les mêmes partout; l'Adianthe capillaire existe sur tous les points tempérés de l'ancien continent et deses archipels; et sans ajouter d'exemples surabondans dans la botanique, nous

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citerons, parmi les Animaux, les Infusoires, ces ébauches de l'existence, dont plusieurs végètent peut-être autant qu'ils vivent, et dout la plupart sont les mêmes partout. Voilà donc à bien des latitudes les rudimens des deux règnes qui sont les mêmes ou du moins très - analogues. On serait tenté d'en conclure qu'en chaque lieu la végétation et la vie durent et doivent commencer de la même façon; qu'en raison des élémens d'existence qu'offre chaque lieu, les êtres s'y doivent former selon des lois respectées, et que la température ou d'autres causes modifiant sans cesse, et selon les lois, un petit nombre d'espèces primi-tives, celles-cirenaissent toujours pour passer à d'autres états à mesure que, s'éloignant de la forme des types, les premières modifications adoptent des formes fixes et déterminées sous lesquelles on les voit seperpétuer en espèces constantes; espèces qui, par leurs variétés, peuventà leur tour devenir les souches d'espèces nouvelles. Nous ne suivrons pas ici les nuances par lesquelles les Plantes et les Animaux ont dû passer pour se multiplier sous tant de formes. Ce travail, dont les résultats ne seraient pas moins utiles que celui à l'aide duquel les géologues cherchent à établir l'ordre de formation des couches du globe, cesse d'appartenir à l'histoire dela Création dans le sens où nous avons dû nous en occuper; il rentre dans l'étude méthodique qui consiste aujourd'hui à former un tableau des productions naturelles, dans l'ordre de croissance ou de décroissance qui les élève ou les rabaisse, selon que leurs organes sont plus simples ou plus compliqués.

Quelque révoltante que puisse être pour certaines personnes l'idée de ces Créations continuelles qui se reproduisent par la génération, non-seulement il est impossible pour tout bon esprit de ne la point admettre, mais il sera peut-être bientôt évident qu'il existe des Créations spontauees, c'est-à-dire qui non-sentement peuvent avoir lieu selon que les élémens s'en trouvent réunis, mais qui, ne se perpétuant pas d'elles-mêmes, peuvent avoir lieu toutes les fois que les causes occasionelles s'en renouvellent. C'est dans ce fait, à peu près certain, où les têtes étroites, impérieusement soumises aux vieilles routines croiront voir un argument de ce qu'ils appellent incrédulité; c'est dans ce fait, disons-nous, que l'on reconnaît an contraire un effet merveilleux de cette législation incompréhensible et sublime qui voulut, en imprimant des lois à la matière, prouver que ses ressources étaient inépuisables. En effet, c'est encore ici que le microscope accourant au secours de notre faiblesse, et nous initiant en quelque sorte dans les confidences du Créateur, nous procure de véritables révélations non moins propres que toute autre à pénétrer de respect et d'admiration quiconque les sait comprendre. Ici l'Homme lui-même, associé à la puissance organisatrice, peut devenir créateur à son tour. Qu'il prenne quelques parties d'un corps organisé, qu'il les place en infusion dans l'eau la plus pure où de grossissantes lentilles lui auront démontré qu'il n'existe rien de vivant, et que garantissant son infusion du contact des agens extérieurs, il l'observe attentivement: bientôt des êtres doués de vie se développeront sous ses yeux. Ces êtres seront bien simples, mais ils n'en seront pas moins existans. Il ne tardera pas à s'en présenter de plus compliqués, et diverses espèces se montreront ou successivement ou toutes à la fois. Il en sera d'identiques dans une infinité de productions différentes mises en expérience. Telle substance n'en donnera qu'un petit nombred' espèces, telle autre en produira une infinité. Qu'on mêlo deux ou trois de ces infusions, des espèces propres à chacune y vont disparaître; d'autres, communes, y vont persévérer, et des espèces ternaires vont à leur tour s'y développer. Ce fait est hors de doute; nous l'avons constamment vérifié. Que maintenant on choisisse, pour en faire l'expérience, une Plante propre au Canada, par exemple; qu'a-

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près l'avoir soumise à l'expérience et quand elle a produit des Animalcules, on en mêle l'infusion avec celle d'un Végétal de l'Inde ou de la Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la chose ne manquera pas d'arriver, quelque Infusoire qui ne se trouvait ni dans l'un ni dans l'autre des deux liquides, n'aura-t-on pas opéré une véritable Création, un être que la nature n'avait pas arrêté dans son plan primitif, puisqu'elle avait semblé vouloir rendre impossible par les distances le rapprochement des corps qui viennent y donner lieu, mais qui n'en est pas moins l'ouvrage de ses immuables lois, et qui doit se reproduire toutes les fois que les circonstances seront les mêmes? Certes, un pareil fait n'est pas en faveur de la doctrine qui attribuerait à l'aveugle hasard l'ordre sublime auquel nous concourons par notre existence; il commande au contraire une admiration qui porte au respect pour le législateur souverain; car il est impossible de voir tout ce qui existe irrévocablement soumis à des lois immuables, et de former le projet follement audacieux de se soustraire au frein salutaire de l'ordre établi. La contemplation de cet ordre dans la nature en fait chérir l'image jusque dans l'état social. (B.)

CRÉATURE, V. CRÉATION.

* CRECER, ois. Syn. vulgaire de la Draine, Turdus Viscivorus, L. V. MERLE. (Dr..Z.)

* CRÉCERELLE, OIS. Espèce du genre Faucon, Falco Tinnunculus, L. V. FAUCON. (B.)

* CRECHET. OIS. Syn. vulgaire du Motteux, Motacilla Œanthe, L. V. TRAQUET. (Dr..Z.)

CREIDION. BOT. PHAN. Syn. d'Æthuse selon quelques-uns, et de Ciguë selon d'autres commentateurs. (B.)

* CREIN. BOT. PHAN. (J. Bauhin.) Syn. de Pinus Pumilio en Bourgogne. V. PIN. (B.)

CRÉMAILLÈRE, BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de la Cuscute ordinaire. (B.)

* CREMANIUM. BOT. PHAN. Ce genre de la famille des Mélastomacées vient d'être constitué tout récemment par David Don, dans les Mémoires de la Société Wernérienne d'Edimbourg, aux dépens du genre Melastoma, et a été ainsi caractérisé: calice campanulé, dont le limbe urcéolé, à quatre ou plus rarement à cinq dents, est persistant; quatre ou cinq pétales; anthères courtes, cunéiformes, s'ouvrant au sommet par deux trous; stigmate orbiculé et pelté; baie capsulaire à quatre ou cinq loges. Ce genre a le port du Blakea, et il concorde avec lui par la déhiscence de sesanthères; mais son inflorescence et les formes de son calice ainsi que de son stigmate l'en éloignent beaucoup. Il se compose d'Arbrisseaux du Pérou, rameux, étalés, grimpans ou dressés. Les feuilles sont pétiolées, coriaces, dentées en scie ou rarement entières, à trois ou cinq nervures qui manquent dans quelques espèces.

Onze espèces composent ce genre et ont été partagées en deux sections, selon que les fleurs sout octandres ou décandres. Presque toutes sont nouvelles ou inédites dans les herbiers sous le nom de Melastoma. Le Melastoma vaccinioides (Bonpl. Monogr. p. 15, t. 18)appartient à ce genre. (G..N.)

CREMASTOCHEILE. Cremasiocheilus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, établi par Wilhem Knoch(Neue Bey trage zur Insectenkunde, p. 115), et adopté par Latreille qui le classe (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille des Lamellicornes, tribu des Scarabéïdes. Il a pour caractères: antennes composées de dix articles dont le premier triangulaire, très-grand, recouvre le second, et dont les trois derniers sont réunis en une massue courte et lamellée; chaperon transversal à bord antérieur relevé et arqué; mandibules cornées, membraneuses à leur partie moyenne; mâchoires cornées, se terminant par une dent aiguë en forme de faux, et garnies à leur côté interne de soies roides; palpes maxillaires filiformes, de quatre articles, le premier très-court et le der-

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nier cylindrique, plus long que tous les autres; menton ayant la forme d'un bassin ovale et transversal et recouvrant presque tout le dessous de la tête; corsclet en carré plus large que long, échancré aux angles qui se dilatent et finissent en manière de tubercule; pieds courts avec les crochets des tarses petits. Knoch donne le développement détaillé de tous ces caractères et les représente avec soin (pl. 3, fig. 2–12, et pl. 9, fig. 9); La-treille s'accorde avec lui sur tous les points, à l'exception d'un seul. Il considère comme le menton cette pièce remarquable et caractéristique que Knoch nomme la lèvre inférieure. Sous beaucoup d'autres rapports, les Cremastocheiles ressemblent aux Trichies. On n'en connaît qu'une espèce.

Le CREMASTOCHELLE DU Chataignier, Cremastocheilus Castaneœ, Knoch (loc. cit. pl. 3, fig. 1). Il est originaire de l'Amérique septentrionale. (AUD.)

CRÊME. CHIM. Matière qui se sépare du lait, et surnage ce liquide animal, quand il a reposé sans altération dans un lieu frais. La Crême, quoiqu'épaisse, est plus légère que le lait. Elle est d'un blanc jaunâtre, d'une odeur et d'une saveur douces et agréables. Elle paraît composée de Stéarine, d'Elaïne, d'acide butirique et d'une matière colorante. jaune, tenus en dissolution dans une eau chargée de caséum. L'analyse chimique en a fait obtenir, en outre des acides lactique, acétique et carbonique, du chlorure de Potassium, du phosphate de Chaux, etc. (DR..Z.)

* CRÊME DE CHAUX. MIN. On donne ce nom à la pellicule croûteuse qui se forme au-dessus de la dissolution aqueuse de la Chaux. C'est un véritable carbonate de Chaux produit aux dépens de l'acidc carbonique, dont l'atmosphère est presque toujours chargé. (DR..Z.)

* CRÊME DE TARTRE, MIN. Sur-tai trate de potasse qui sc rassemble en croûte cristalline au-dessus de la dissolution saturée de tartre brut. Ce sel est employé en médecine comme purgatif doux et l'un des moins désagréables. On s'en sert quelquefois dans l'économie domestique comme assaisonnement de certains mets. (DR..Z.)

CREMIS. POIS. Pour Chromis. V. ce mot. (B.)

CREMOCARPE. Cremocarpium. BOT. PHAN. Le fruit des Ombellifères, qui se compose de deux akènes ou coques monospermes et indéhiscentes, réunies par le moyen d'une columelle centrale, offre l'exemple de l'espèce de fruit que Mirbel appelle Crémo-carpe. C'est le Diakène au professeur Richard. V. DIAKÈNE. (A. R.)

* CRÉMOLOBE. Crvmolobus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Crucifères et de la Tétradynamie silicu-leuse de Linné, fondé par De Candolle (Syst. Nat. Veget. T. 11, p. 418) aux dépens des Biscutelles, et caractérisé ainsi: sépales du calice égaux à leur base; pétales entiers; étamines libres sans appendices; silicule pédicellée, à deux écussons, suppor-taut un style persistant, court, épais, à peu près pyramidal; scutelles très-comprimées, comme pendantes de la base du style, orbiculées, adnées par leur colé le plus étroit, entourées d'un rebord membraneux ailé; semence comprimée, solitaire dans chaque loge; embryon dont la radicule est ascendante et les cotylédons accombans. Ce genre, qui présente beaucoup d'affinités avec les Biscutelles, s'en distingue par son style épais, pyramidal, sa silicule pédicellée, à loges pendantes et non adnées dans toute leur longueur, et par son embryon non renversé, c'esl-à-dire que sa radicule est ascendante au lieu a être descendante, comme dans le genre Biscutelle.

Toutes les espèces du genre Cremolobus habitent le Pérou et le Chili. Ce sont des Plantes herbacées ou des sous-Arbrisseaux glabres, à tiges cylindriques unies, à feuilles caulinaires, ovales ou oblongues, dentées eu scie ou entières, à fleurs jaunes, nombreuses, disposées en grappes allongées cl portées sur des péuicelles fili-

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formes el dépourvus de bractées. Les trois espèces dont ce genre se compose ont été figurées sousles noms de Biscutella peruviana, Biscutella suffruticosa et Biscutella chilensis, dans la Dissertation sur les Biscutelles', par De Candolle (Aun. du Mus. 18, t. 4, 5 et 6). (G..N.)

* CREMONIUM. BOT. cbypt. (Mucédinées.) Genre de Champignons Byssoïdes établi par Link (Berl. Mag., 3, p. 15, t. d, f. 20). Ce sont des filamens rameux, réunis et enlacés de manière à représenter en quelque sorte une toile d'Araignée. Ils sont cloisonnés intérieurement, et portent à la partie interne de leurs extrémités de petits globules. Link en a décrit deux espèces qui vivent sur le tronc et les feuilles des Arbres.(A. R.)

* CRÉMONTIE. Cremontia. BOT. PHAN. Le genre que Commerson avait établi sous le nom de Cremontia a été réuni aux Ketmies par Cavanilles. C'est l'Hibiscus liliiflorus, qui croît à l'île de Bourbon. Ketmie. Ce nom de Crémontie venait de celui d'un ancien intendant appelé de Crémon, et dont une excursion au volcan est encore présente au souvenir des habitans du pays, à ce que dit Bory de Saint-Vincent dans la Relation de ses Voyages. (A. R.)

CRENAMON. Crenamum. BOT.PHAN. Ce genre d'Adanson comprend les genies Barkhausie de Mœnch et Helmintie de Jussieu, qui ne peuvent être réunis. V. Barkhausie, CrÉPIDE et HELMINTIE. (A. R.)

CRÉNATULE. Crenatula. MOLL. Ce genre fut créé par Lamarck (Annales du Mus., vol. 3, pag. 25), et adopté par presque tous les conchy-liologues. Les Coquillages que renferme ce genre, présentent des particularités remarquables tant dans leur manière habituelle de vivre que par la disposition du ligament qui en fait un passage bien évident du genre Pinne, compris dans la famille des Mytilacées de Lamarck avec ceux de la suivante, les Malléacées (Perne, Marteau, Avicule, etc.). En effet, ce genre présente un ligament marginal continu, étendu sur le bord, tandis que, dans les Crénatules, on voit le ligament divisé dans des échancrures du bord cardinal, et, par cela même, commencer k se montrer multiple, comme dans les Pernes; il est tout-à-fait divisé par portions bien distinctes non continues et sur un très-large bord. L'Animal des Crénatules n'est point connu; mais vivant dans les Eponges et n'ayant jamais été vu que dans cette circonstance d'habitation, cela donne à penser qu'outre les modifications qui se remarquent sur les Coquilles, il a dû lui-même en éprouver de particulières, en relation au moins avec sa manière de vivre. Les caractères distinctifs de ce genre sont faciles à saisir: une coquille subéquivalve, aplatie, feuilletée, un peu irrégulière; aucune ouverture latérale pour le byssus; charnière latérale, linéaire, marginale, crénelée 5 crénelures sériales, calleuses, creusées en fossettes, et qui reçoivent le ligament. Tels sont ceux exprimés par Lamarck (Anim. sans vert. T. vi, part. 1, p.156), et qui s'aperçoivent à la simple inspection des Coquilles qui nous occupent. Bruguière avait connu une Coquille de ce genre, mais il lavait confondue avec les Moules, comme on le voit par la figure 2 de la 216e planche de l'Encyclopédie. Cuvier(Règn. Anim. T. II, pag. 466) l'a adoptée et l'a placée entre les Arrondes Avicules, Brug.), les Pemesetles Jam anneaux (Pinnes, Lamk.) — Férussac (Tableaux syst. des Anim. moll.) place, dans sa famille des Aviculées, le geure Cré-natule qui, comme Lamarck l'a dit le premier, sert de passage des Pernes et des Inocérames de Sow. (Catillus, Brong.) aux Pinnes; enfin, il a été adopté par Schweiger, Ocken, Blain-ville, etc. Les espèces du genre Créna-tule sont rares et encore peu connues; elles habitent les mers chaudes, et il n'est pas venu à notre connaissance qu'on en ait rencontré à l'état fossile, Parmi les espèces que nous citerons,

TOME V. 4

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nous choisirons de préférence celles qui ont été figurées, la description la mieux faite ne pouvant quelquefois suppléer entièrement une figure même médiocre.

CRÉNATULE AVICULAIRE, Crenatula avicularis, Lamk., Ann. du Mus. T. III pag. 29, t. 2, f. 12; et Anim. sans vert. T. VI, part 1re, pag. 137, n° 1. La figure de Schrœter (3, t. 9, fig. 6)n'est pas faite avec assez d'exactitude pour qu'on puisse la citer comme appartenant précisément à cette espèce. La Crénatule aviculaire est une Coquille rhomboidale arrondie, comprimée, très-mince, presque membraneuse, rouge avec des bandes rayonnantes, blanenes sur la surface. Elle se trouve dans les mers de l'Amérique méridionale.

CRÉNATULE-VERTE, Crenatula viridis, Lamk., Anim. sans vert. T. vi, 1re part., pag. 137, n° 5. Cette espèce singulière mérite d'être citée d'abord comme la plus grande du genre; ensuite par ces appendices linguifor-mes qui prolongenties crochets. C'est une Coquille peu régulière, ovale, oblongue, verdâtre et présentant des appendices terminaux, des crochets obliquement proéminens; elle est longue d'un décimètre environ, en y comprenant l'appendice des crochets. Elle se trouve dans les mers de l'Asie australe.

CRÉNATULE MYTILOÏDE, Crenatula mytiloïdes, Lamk., Ann. du Mus. T. III, pag. 30, pl. 2, fig. 3 et 4; et Anim. sans vert T. VI, prem. part, pae. 138, nQ Celle-ci est petite, violette, ovale, oblongue, aiguë vers les sommets, obscurément rayonnée; elle se reconnaît surtout par des lames voûtées qui garnissent intérieurement les crochets. Elle vient de la mer Rouge. (D..H.)

CRÉNÉE. Crenea. BOT. PHAN. Genre fondé par Aublet (Plantes de la Guiane, pag. 523, tab. 309), et rapporté à la famille des Salicariées et a l'Icosandrie Polygynie, L. Il offre pour caractères: un calice urcéolé à quatre divisions larges, aiguës et égales entre elles; quatre pétales blancs arrondis, attachés entre les divisions du calice; étamines au nombre de quatorze, insérées sur la partie supérieure du calice au-dessous des pétales, déjetées du même côté après l'épanouissement de la lleur; ovaire sphérique surmonté d'un style courbé, et terminé par un stigmate oblong e1 rouge; capsule verte, petite, acurai-née, enveloppée par le calice persistant, à cinq loges renfermant une multitude de graines très-petites.

La CRÉNÉE MARITIME, Crenea mar ritima, sur laquelle Aublet a établi le genre, est une Plante herbacée qui croît dans les eaux saumâtres, sur tes bords de la Crique Fouillée dans l'île de Cayenne. Elle pousse plusieurs tiges hautes environ d'un mètre, qua-drangulaires et garnies de feuilles opposées, lisses, entièies, ovales, obtuses et rétrécies près de leur base. Les fleurs sont portées sur des pédicelles supportés eux-mêmes par des pédoncules axillaires, accompagnés de deux bractées squammiformes. Meyer (Primitiœ Florœ Essequeboensis) a fait connaître une seconde espèce de ce genre, et lui a donné le nom de Crenea repens. (G..N.)

* CRÉNELÉ.Crenatus. BOT. Ce mot adjectif s'emploie pour les organes planes des Végétaux dont le bord ofre des lobes très-courts, arrondis, séparés par des sinus aigus et peu profonds. Ainsi, les feuilles de la Bé-toine, du Tremble, de l'Hydrocotyle vulgaire, sont crénelées. (A. R.)

CRÉNELÉE, POIS. (Bonnaterre.) Espèce du genre Perche. V. ce mot. (B.)

* CRÉNIDENTÉ. POIS. Espèce du genre Spare. V. ce mot. (B.)

CRÉNILABRE. Crenilabrus. pois. Sous-genre deLabres établi par Cuvier. V. LABRE. (B.)

CRÉNIROSTRES. Dénomination particulière aux Oiseaux dont le bec a des échancrures sur les bords tranchans de ses mandibules. (DR..Z.)

CRÉODE. Creodus. BOT. PHAN.

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(Loureiro.) Syn. de Chlorantbe. V. ce mot. (B.)

CRÉOLE, MOLL. Nom marchand de la Venus Dysera, V. VÉNUS, (B.)

CRÉOPHAGES. Creophagi. INS. Famille de l'ordre des Coléoptères, établie par Duméril et correspondant à celle désignée par La treille sous le nom de Carnassiers. V. ce mot. (AUD.)

* CREPANELLA. BOT. PHAN. (Camérarius.) Syn. de Dentelaire. V. ce mot. (B.)

* CREPELIA. BOT. PHAN. (Schrank.) Syn. de Lolium temulentum. V. IVEAIE. (B.)

* CREPIDARIA. BOT. PHAN. Haworth, dans son Synopsis des Plantes grasses, sépare sous ce nom plusieurs espèces d'Euphorbes, dans lesquelles l'involucre rappelle par sa forme celle d'un chausson. Ce genre est le même que le Pedilanthus. V. ce mot.(A.D. J.)

CRÉPIDE. Crepis. BOT. PHAN. Famille des Synanthérées, tribu des Chicoracées de Jussieu, Svngénésie égale. Tournefort et Vaillant confondaient ce genre avec celui des Epervières (Hieracium); il en fut separé par Linné qui, en le constituant, ne sut à son tour éviter la confusion de plusieurs genres dont la distinction a plus tara été généralement admise. Il était en effet fort difficile, à l'époque où vivait Linné, de pouvoir circonscrire avec quelque exactitude ce grou pe de Plantes, quand l'histoire spécifique de chacune d'elles était si embrouillée. Nous allons voir qu'aujourd'hui même nous ne sommes pas encore bien certains de nous entendre sur ce point. Ce fut Mœnch qui, le premier, constitua un genre à part, sous le nom de Bartkhausia, aux dépens de quelques Crepis de Linné. Ce genre a été adopté par De Candolle, dans la seconde édition de la Flore Française; mais plusieurs botanistes ont continué de le regarder comme identique avec le Crepis, malgré ses aigrettes stipitées.Ce caractère, joint à tin ensemble de notes particulières, paraît néanmoins assez bien le distinguer; et si un auteur aussi célèbre que Lamarck s'est abstenu d'en faire un genre particulier, il l'a du moinséloignédes Crépides, en le plaçant (moins heureusement peut-etre) parmi les Picrides. Adanson, Gaertner et Willdenow ont détaché des Crepis un genre que le premier avait nommé Tolpis. Jussieu (Genera Plantarum, p. 169) lui donna des caractères précis; et quoique la dénomination de Drepania au'il proposa, fût postérieure à celle d'Adanson, elle n'en a pas moins été adoptée, contre l'usage, par Desfontaines, De Candolle etd'au-tres botanistes français. V. DRÉPA-NIE. Toutes les espèces Linnéennes ne font pas partie du genre en question; ainsi le Crepis pulchra de Linné appartient aux Prenanthes; le Crepis albïda de Villars est devenu un Picridium; et le Crepis rhagadioluïdes doit être réuni au Zacintha, ou, d'après Mœnch, former un genre particulier. Nous ne parlerous pas ici des autres petits démembremens de ce genre, qui n'ont été admis que par ceux qui les ont proposés, tels que le Wi-belia de la Flore de Wettéravie, le Berinia de Brignoli, les Medicusia et Hostia de Mœnch, etc. Nous croyons aussi que ce n'est pas le lieu de signaler les nombreuses transpositions des espèces de Crepis, parmi les genres Hieracium, Apargia, Andry ala, Picris, Chondrilla, etc.; et réciproquement la réunion de quelques espèces de ces derniers genres avec celles des Crépides; mais il nous semble qu'en adraettantle retranchement du Barclhausia et du Tolpis ou Drepania, on peut assigner au Crepis les caractères suivons: involucre sillonné, composé d'une série simple de folioles, ventru à sa base et ceint d'un calicule composé de folioles courtes et étalées; aigrette sessile formée de poils simples.

Après avoir éliminé des Crépides les espèces qui composent les genres Barckhausie et Drépanie, le nombre de celles qui appartiennent légitimement

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au genre que nous traitons en ce moment, se trouve encore assez considérable. Il s'élève aujourd' hui à plus de soixante; mais il faut convenir que ces espèces sont dans une déplorable confusion, et demandent 1 examen d'un monographe judicieux et riche en matériaux. Comme les Chicoracées forment unctribu très-naturelle, leu rs genres et leurs espèces se nuancent de manière à offrir ae fréquentes ambiguités; et l'on serait tenté d'accuser uniquement la nature d'être la source de nos erreurs. Mais le défaut d'observation, et peut-être aussi un vain amour-propre, ont contribué puissamment à embrouiller notre genre. Sur de mauvaises description?, on a cru reconnaître telle espèce, et telle autre a été méconnue et cousidérée comme nouvelle, parce qu'elle paraissait légèrement s'éloigner d'une autre précédemment décrite. Chacun peut pressentir les fâcheuses conséquences d'un tel procédé d'étude; nous n'insisterons donc pas sur ce sujet; car pour nous borner à un petit nombre d'exemples, croira -t- on qu'une seule espèce, le Crepis taurinensis, Willd., a reçu jusqu'à douze noms différens? Si l'on remarque ensuite que le Crepis virens de Linné est une autre Plante que le C. virens de De Candolle; qu'il y a aussi deux Crepis radicata, plusieurs Crepis tectorum décrits par différens auteurs, on aura quelque idée de l'embarras oii est jeté celui qui veut connaître les Crépides, et on partagera sans doute les doléances que l'intérêt de la science nous a inspirées.

Les cinq espèces de Crépides décrites dans la Flore Française, sont des Plantes herbacées qui se trouvent dans les prés, sur les bords des routes et des champs, et sur les toits de chaume ainsi que sur les vieux murs. Elles ont un involucre pubescent; leurs fleurs d'un beau jaune, disposées en corymbes ou en panicules lâches, font un assez joli effet Le Crepis tectorum est commun en certaines contrées de la France, et notamment à Fontainebleau. Le Crepis virens couvre, sur la fin de l'été, les endroits secs de toute l'Europe· Son extrême abondance l'y fait remarquer; car s'accommodant de toutes sortes de terrains, cette petite Plante vient partout, mais elle préfère pour station le long des murs et des haies. Enfin elle pénètre jusque dans l'intérieur des villes, et figure au premier rang dans la Flore des places publiques de Paris.

Les Crépides, malgré le nombre considérable et l'élégance de leurs espèces, sont peu estimées comme Plantes d'ornement. On n'en cultive que quatre ou cinq, dont deux, les Crepis rigens et filiformis, H. Kew, originaires des Acores et de Madère, exigent l'orangerie.

La CRÉFIDE ROUGE, Crepis rubra, L., est une jolie Plante qui, par ses fleurs d'un beau rose foncé, a pour ainsi dire forcé les amateurs de la distinguer de ses congénères. Elle est originaire d'Italie, et se cultive avec la plus grande facilité dans nos jardins où on la multiplie très-facilement par ses graines. Cette Plante a été rapportée au genre Barckhausia par quelques auteurs, et aux Picrides par Lamarck. (G..N.)

* CREPIDOTUS. BOT. CRYPT. (Champignons.) Nom donné par Nées à une section des Agarics à pédicule excentrique, ou Pleuropus de Persoon, caractérisée par son pédicule tout-à-fait latéral, et son chapeau demi-circulaire; tels sont les Agaricus stipticus, spatàulatus, etc. (AD. B.)

CRÈPIDULE. Crepidula. MOLL. Ce genre, fait par Lamarck aux dépens des Patelles de Linné, s'en distingue en effet d'une manière bien tranchée, ainsi que les Calyptrées et auelques autres qui y étaient confondues. Placées dans la famille des Ca-lyptraciens, les Crépidules sont mises dans l'ordre le plus convenable de leurs rapports, et la connaissance de l'Animal sur lequel Adanson (Voyag. au Sénég., p. 58, pl. a, n° 8, 9, 10) nous a donné quelques détails, ainsi que Beudant (Nouv. Bullet. des

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Sciences, p. 237, n. 4a), doit nous confirmer de plus en plus dans l'opinion de Lamaick sur ces Animaux, touchant l'ordre et la famille ou ils doivent être placés. Marchant sur un disque ventral, l'Animal des Crépidules offre des organes respiratoires qu' Adanson avait indiqués sans qu'on pût trop les reconnaître, mais que les observations de Beudant sur l'Animal vivant, ainsi que celles de Lamarck sur un Animal conservé dans l'Alco-hoi, ont fait connaître exactement; cependant les caractères énoncés par Cuvier diffèrent un peu de ceux donnés par Beudant et par Lamarck, ce qui tiendrait peut-etre à ce que l'Animal observé par le célèbre auteur du Règne Animal était d'une autre espèce. Quoi qu'il en soit des légers changemens qui peuvent se remarquer dans le mode respiratoire, selon les diverses espèces, tous ces Animaux nous offrent les caractères propres à la famille, et tous ceux qui sont nécessaires pour former un genre bien tranché et fait sur de bons caractères. Les voici tels que Lamarck les a donnés: Animal ayant la tête fourchue antérieurement; deux tentacules coniques, portant les yeux à leur base extérieure; bouche simple, sans mâchoires, placée dans la bifurcation de la tête; une branchie en panache, saillante hors de la cavité branchiale, et flottant sur'le côté droit du cou; manteau ue débordant jamais la coquille; pied petit; anus latéral; coquille ovale, oblongue, à dos presque toujours convexe, concave en dessous, ayant la spire fort inclinée sur le bord; ouverture en partie fermée par une lame horizontale. Les espèces, soit vivantes, soit fossiles, qui appartiennent à ce genre, sont peu nombreuses; nous ne mentionnerons que celles qui présentent le plus d'intérêt.

CRÉPIDULE PORCELLANE, Crépidula Porcellana, Lamk., Anim. sans vert. T. VI, part, a, p. 24, n. 2; Patella Porcellana des auteurs. Gualtiéri (Ind., p. 9, tab. 69, f. 9) dit dans sa phrase latine que Petro Michelio l'a nommée Patelle Cré-pidule; d'où il est bien probable qu'on a employé depuis ce nom comme générique de spécifique qu'il était. Adanson a conuu la coquille et l'Animal de la Crépidule Porcellane; il l'a nommé le Sulin (Voyag. au Sé-nég., p. 38, pl. a, fig. 8). Il a donné de l'Animal une description peu satisfaisante, et il ne l'a pas fait représenter dans ses figures. La coquille est bien figurée dans Lister (Conch., tab. 545, fig. 34) et dans Martini (Conch. T. I, tab. 13, fig. 137 et 128). Elle est ovale, oblongue; son sommet est recourbé sur le bord; sa couleur est le plus souvent blanche, parsemée de taches triangulaires, roussâtres ou brunes. D'api ès la figure d'Adanson, elle aurait jusqu'à un pouce et demi de longueur. On la trouve dans les mers de l'Inde et à l'île de Gorée où il paraît qu'elle est assez commune. Elle adhère aux rochers, et s'y fixe avec tant de force, qu'on casse quelquefois la coquille sans avoir détaché l'Animal.

CRÉPIDULE DE GORÉE, Crepidula Goreensis, Patella Goreensis, L., Syst. Nat. p. 3694, n. 10. C'est une espèce qu'Adanson le premier a reconnue; il l'a nommée le Jénac (Voyag. au Sénég., p. 41, tab. a, fig. 10); il donne pour l'Animal de cette espèce des détails assez curieux; les tentacules ont vers Leur extrémité des petits tubercules blancs qui les font paraître chagrinés; le pied et le man·' teau le sont également; du manteau et vers le derrière de la tête, on aperçoit huit filets cylindriques assez longs qui, d'après Cuvier, seraient les branchies sortant hors de la cavité branchiale. Cette espèce, longue de cinq à six lignes, se trouve sur les rochers de l'île de Gorée, mais elle y est rare: elle est blanche, lisse, très-mince, ovale et très-aplatie.

CRÉPIDULE ÉPINEUSE, Crepidula aculeata, Lamk., Anim. sans vert. T. VI, part, 2, p. 25, n. 3; Patella aculeata, L., p. 3693, n. 6, figurée dans Favanne (Conch. pl. 4, f. 3), dans Dacosta (Conch. ta b. 2, fig.2),

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et dans Chemnitz (Conch. T. x, tab. 168, fig. 1624 et 1625). La Crépidule épineuse se reconnaît très-facileinent: elle est ovale, aplatie; son sommet, courbé vers le bord gauche, fait un tour de spire environ; elle est blanche, avec des flammules rous-sâtres, et chargée de petites côtes peu régulières qui portent des épines ou des écailles. Sa longueur est de onze ou douze lignes; elle habite les mers de l'Amérique méridionale où on la trouve rarement.

Jusqu'à présent les environs de Paris n'ont offert aucune Coquille de ce genre; une seule semblait s'y rapporter, mais elle nous a paru devoir appartenir à une autre famille, les Néritacées, ou à quelques autres Co-quilles qui ont avec elle des traits e ressemblance. Elle doit former un genre qui fait le passage des Navi-celles avec les Néritines. Ce sera à l'article TOMOSTOME que nous donnerons l'extrait des observations qui nous sont propres sur ce genre de Coquillage.

Defrance, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, a fait connaître trois espèces de Crépidules fossiles.

CRÉPIDULE DE HAUTEVILLE, Crepidula Altaviliensis, Def., que nous présumons devoir appartenir à notre genre Tomostome: son sommet est subcentral, ce qui est assez étonnant pour une Coquille de ce genre; l'ouverture est petite, opposée au sommet; la coquille est épaisse et aplatie.

CRÉPIDULE BOSSUE, Crepidula gibbosa, Def. (loc. cit.), qui se trouve dans les falunières de la Touraine, et à Leoignan près Bordeaux. Elle est convexe, bossue, profonde; son sommet s'incline vers le bord; elle est toute chargée de petites aspérités irrégulières.

CRÉPIDULE D'ITALIE, Crepidula Itar lica, Def. (loc. cit.), espèce remarquable en ce que, d'après ce savant, elle offre l'exemple a un analogue avec une Coquille actuellement vivante dans la mer de l'Inde, et que l'on nomme vulgairement la Sandale. Elle est encore remarquable en cela qu'elle paraît se fixer dans l'intérieur es Coquilles abandonnées où elle se moule pour ainsi dire tout entière sur les diverses formes que ces corps présentent: aussi elle est irrégulière, lisse, très-mince, tantôt concave, tantôt convexe; son sommet est appuyé sur le bord. On regrette que Defrance n'ait pas donné le nom lin-néen de la Crépidule que l'on nomme vulgairement la Sandale. Il nous est impossible, d'après cette indication, de préciser l'espèce, les marchands donuant ce nom vulgaire à toutes les Coquilles du genre. (D..H.)

CRÉPIDULIER. MOLL. Animal des Crépidules. V. ce mot. (B.)

CRÉPIE, BOT. PHAN. Pour Crépide. V. ce mot. (B.)

* CRÉPINETTE. BOT. PHAN. (Olivier de Serre.) Syn. de Polygonum aviculare, L. V. RENOUÉE. (B.)

CRÉPINIÈRE. BOT. PHAN. Syn. vulgaire de Berberis Cretica, L. V. VINETTIER. (B.)

CREPIS, BOT. PHAN. V. CRÉPIDE.

CRÉPOLE. BOT. PHAN. Syn. de Crépide. V. ce mot. (B.)

CRÉPUSCULAIRES. Crepusculiria. INS. Grande famille de l'ordre des Lépidoptères, instituée par La-treille (Règn. Anim. de Cuv.), et comprenant tous les individus qui ont près de l'origine du bord externe de leurs ailes inférieures une soie roide, écailleuse, en forme d'épine ou de crin qui passe dans un crochet du dessous des ailes supérieures, et les maintient, lorsqu'elles sont en repos, dans une situation horizontale ou inclinée. Ce caractère se retrouve encore dans la famille des Nocturnes; mais les Crépusculaires diffèrent de celles-ci par leurs antennes en massue allongée, soit prismatique, soit en fuseau. Latreille ajoute que les Chenilles ont toujours seize pates; leurs chrysalides ne présentent point ces pointes ou ces angles que l'on voit dans la plupart des chrysa-

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lides des Lépidoptères diurnes, et sont ordinairement renfermées dans une coque, ou cachées, soit dans la terre, soit sous quelques corps. Les Lépidoptères crépusculaires ne volent ordinairement que le matin ou le soir. Pendant le jour ils restent fixés contre différens corps, tels que des murailles, des troncs, des branches ou des feuilles d'Arbres.

Cette famille embrasse le grand genre Sphinx de Linné, quia été subdivisé en plusieurs sous-genres dont les plus importans sont: Castnie, Sphinx proprement dit, Smérinthe, Sésie, Zgene, Glauco pide, V. ces mots. (AUD.)

CHÉQUIER. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Prunellier, (B.)

CRESCENTIE. Crescentia. BOT. PHAN. Vulgairement Calebassier ou Couis. Ce genre de la Didynamie An-giospermie de Linné, fut établi par ce célèbre naturaliste qui le caractérisa ainsi: calice caduca deux divisions égales; corolle presque campanulée, à tube très-court, dont l'entrée est ventrue et courbée, à limbe droit, quinquéfide, divisé en segmens dentés, sinueux et inégaux; quatre étamines didynames, avec une cinquième rudimentaire; anthères bilobées; un style surmonté d'un stigmate capité, ou plutôt bilamellé, d'après Jacquin et Kunth. Le fruit est une baie cucur-bitiforme, uniloculaire, couverte d'une écorce solide, pulpeuse intérieurement et remplie d'un grand nombre de semences nageant au milieu de la pulpe. Dans son Genera Plantarum, p. 127. Jussieu place ce genre à la suite des Solanées. D'un autre côté Kunth (Genera Nov, et Spec. Plant, œquin. T. III, p. 167) le range dans les genres voisins des Bignoniacées, et le place près du nouveau genre Aragoa. Plumier l'avait autrefois désigné sous le nom de Cujète qui a été admis comme spécifique pour l'espèce la plus remarquable et la plus répandue. Les Crescenties sont de petite Arbres à feuilles alternes, le plus souvent réunies en touffes simples, ou quelquefois ternées et pinnées j leurs fleurs sont presque solitaires sur le tronc ou sur les rameaux. On en compte sept espèces, toutes indigènes des contrées équinoxiales de l'Amérique; il y en a trois nouvelles décrites dans le magnifique ouvrage sur les Plantes d'Amérique par Humboldt, Bonpland et Kunth. Nous nous contenterons de donner ici quelques détails sur l'espèce la plus intéressante.

La CRESCENTLE CUJÈTE, Crescentia Cujete, L., dont Persoon a élevé au rang d'espèces les deux variétés déjà indiquées par Plumier et Lamarck sous les noms de C. angustifolia et minima, est un Arbre de médiocre grandeur, très-commun dans les Antilles et dans toute l'Amérique équinoxiale, ayant le tronc tortueux, assez épais et recouvert d'une écorce ridée et grisâtre; ses rameaux forts, longs, très-divisés et étendus horizontalement, sont garnis à chaque nœud de neuf à dix feuilles fasciculées, lancéolées·, rétrécies vers la base et terminées par une longue pointe, entières, glabres et presque sessiles. Les fleurs, d'un blanc pale et d'une odeur désagréable, pendent chacune au moyen nun pédoncule long de trois centimètres. Il leur succède des fruits ovoïdes qui varient de grosseur selon les individus depuis cinq à six centimètres jusqu'à trois décimètres d'épaisseur. Ces fruits, couverts d'une écorce verte, unie et presque ligneuse, sont composés intérieurement d'une chair pulpeuse, succulente, ayant un goût aigrelet que les habitans des lieux ou croît le Cujète regardent comme une panacée contre une foule de maladies différentes, telles que la diarrhée,, l'hydropisie, les contusions, etc., etc., et qu'ils administrent sous forme de syrop; mais c'est l'écorce ligneuse de ces fruits qui augmente leur utilité. On vide leur intérieur en faisant macérer dans l'eau bouillante leur pulpe, afin de les vider, ou en les faisant cuire au four. La pulpe étant évacuée, il ne reste que l'enveloppe crustacée qui sert aux Américains à fabri-

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quer des vases de diverses formes qu'ils enjolivent en les peignant de couleurs váriées, soit avec le Rocou, soit avec l'Indigo, etc. Ces usages étant à peu près les mêmes, et la forme du fruit ayant beaucoup de rapports aveo celle de nos Courges ou Calebasses, c'est de-là que provient le nom de Calebassier, vulgaire chez les créoles. (G..N.)

CRESPIS. BOT. PHAN. Même chose que Crepis, et quelquefois le Laitron également appelé CRESPINULUS. (B.)

CRESSABOUT. BOT. PHAN. Syn. de Cucubale Behen dans les montagnes de l'Auvergne, où l'on mange les feuilles de cette Plante, selon Bosc. (B.)

CRESSE. Cressa. BOT. PHAN. Famille des Convolvulacées, Pentandrie Digynie. Linné a établi ce genre que Tournefort confondait avec son Quamoclit, et lui a donné pour caractères: un calice à cinq divisions profondes; une corolle infundibuliforme un peu plus grande que le calice, à limbe divisé en cinq segmens planes; étamines saillantes; ovaire biloculaire à loges dispermes, surmonté de deux styles et de deux stigmates capités; capsule uniloculaire et monosperme (par avortement), à deux valves qui se séparent par la base à la maturité. Les Plantes de ce genre sont de petites Herbes non lactescentes, couvertes d'un duvet soyeux; leurs feuilles sont éparses et très-entières; les fleurs axilla ires disposées en bouquets serrés aux extrémités des rameaux, et accompagnées de deux petites bractées.

La CRESSB DE CRÉTE, Cressa Cretica, L., seule espèce décrite par Linné, est une Plante fort petite, dont les fleurs sont jaunes, et la tige très-rameuse couchée et étalée par terre. Elle habite toute la région méditerranéenne, depuis la Crète et les autres îles de l'Archipel grec jusque sur les côtes de France et d'Espagne, particulièrement, au rapport de Bory de Saint – Vincent, dans le canton de l'Audalousie appelé Marisma où on la brûle avec les autres Plantes destinées à faire de la Soude; elle a été aussi trouvée par Desfontaines près de Tunis en Afrique.

Retz (Obs. 4, p. a4) a fait connaître une autre espèce fort voisine de la précédente; car elle n'en diffère que par sa corolle un peu soyeuse au sommet et par sa capsule tétrasperme. Or, d'après la description du caractère générique, l'ovaire étant toujours biloculaire et les loges dispermes, ce serait le cas de la Cresse de Crète dont la capsule n'aurait pas été modifiée par des avortemens. Il l'a nommée Cressa Indica, parce qu'elle croît dans les lieux maritimes de l'Inde. De même Kunth (Nova Genera et Species Plant. œquinoct. T. III, p. 119) a donné le nom de Cressa Truxillensis à une nouvelle espèce qui a beaucoup de rapports avec là précédente, et qui croît près de Truxillo au Pérou. C est la même Plante que Rcemer et Schultes (Syst. Veget. 6, p. 207) ont eucore nommée Cressa arenaria d'après Willdenow.(G..N.)

CRESSERELLE. ois. Espèce du genre Faucon, Falco Tinnunculus, Lath., Buff., pl. enl. 401 et 471. V. FAUCON. (DR..Z.)

* CRESSERELLETTE. ois. Espèce du genre Faucon, Falco Tinnunculoïdes. V. FAUCON. (DR..Z.)

CRESSON, BOT. PHAN. Ce nom qui est synonyme de Cardamine (V. ce mot) a été donné à un grand nombre de Végétaux appartenant à des genres et a des familles différentes, mais qui tous sont remarquables par une saveur piquante et plus ou moins agréable. Ainsi on a nommé

CRESSON ALENOIS OU NASITORT, le Lepidium sativum de Linné, ou Tklaspi sativum de Desfontaines.

CRESSON DU BRÉSIL, le Spilanthus oleraceus, L.

CRESSON DE CHIEN, le Veronica Beccabunga, L.

CRESSON D'EAU, le Sisymbrium Nasturtium, L., ou Nasturtium officinale de De Candolle.

CRESSON D'INDE, la Capucine ordinaire, Tropœolum majus, L., appe-

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lée Nasturtium indicum par les anciens botanistes.

CRESSON DE L'ILE -DE - FRANCE. Dans cette île, où le Cresson d'eau est naturalisé, on nomme aussi Cresson le Spilanthus Acme lla, L., qui forme aujourd, ' hui un genre distinct sous le nom d'Acmella. V. ACMELLE.

CBESSON DOBÉ, la Saxifrage do– iée. V. Dorine.

CRESSON DE FONTAINE. C'est le Cresson par excellence, celui dont on fait une très-grande consommation, soit comme aliment, soit comme médicament antiscorbutique, en un mot le Nasturtium officinale, D. C.

CRESSON DE JARDIN. C'est le Thlas-pi sativum, Desf.

CRESSON DU PARA. C'est Le Spiianthus oleracea. V. SPILANTHE.

CRESSON DU PÉROU, la capucine.

CRESSON DES PRÉS. On appelle ainsi vulgairement la Cardamine des prés. V. CARDAMINE.

CRESSON DE RIVIÈRE, LE Sisymbrium sylvestre, L. ou Nasturtium sylvestre, D. C.

CRESSON DE ROCHE, la Saxifrage dorée.

CRESSON DES RUINES OU DES DÉCOMBRES, LE Lepidium ruderale, L.

CRESSON SAUVAGE, l'un des noms du Coronopus Ruellii, D. C.

CRESSON DE SAVANNE. Plusieurs Plantes qui croissent dans les savannes portent ce nom; tels sont le Le-pidium didymum, L., une espèce de Pectis, etc.

CRESSON DE TERRE, l'un des noms vulgaires de l'Herbe de Sainte-Barbe, Barbarea officinalis, (A. R.)

CRÉTACÉ, GÉOL. De la nature de la Craie. V. ce mot. (B.)

* CRÊTE. Crista. ois. Caroncule charnue, ordinairement colorée d'un longe très-vif, et qui décore la tête du Coq domestique. Elle manque dans quelques variétés. On a étendu ce nom à d'autres appendices qui, dans certains Animaux ou dans quelques parties de ceux-ci, rappellent la figure de la Crète du Coq. (B.)

CRETE DE COQ. MOLL. Cette dénomination vulgaire s'applique surtout à l'Ostrea Crista Galli de Linné, et, en général, à toutes les Huî-tresqui ont à peu près la même forme.(D..H.)

CRÊTE DE COQ. BOT. PHAN. On donne vulgairement ce nom au Celosia cristata, aiusi qu'aux Rinanthes, d'où est venu à ces dernières le nom de Cocrétes ou Coexistes. On l'applique à Cayenne aux Héliotropes. (B.)

CRÊTE DE PAON. BOT. PHAN. Nom vulgaire, dans certaines colonies, des Guilandina Bonducella It paniculata, du Cœsalpinia Sapan, de l 'Adenanthera pavonina, de fa Poin-ciane, du Pongam, et autres Arbres dont les fleurs produisent des étamines prolongées nors de la corolle, et imitant la figure de l'aigrette qui couronne la tête du plus beau de nos Oiseaux domestiques. (B.)

CRÉTELLE. Cynosurus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Graminées et de la Triandrie Digynie, L. La structure de ce genre, qui cependant est fort simple, n'a pas encore été exposée d'une manière claire et précise par aucun agrostographe, même parmi les plus modernes, et c'est faute de cette connaissance exacte que l'on a séparé de ce genre quelques espèces pour en former le genre Chrysure ou Lamarckie. En effel nous allons voir tout à l'heure, en comparant les caractères des vraies Crételles ou Cynosures avec ceux des Chrysures précédemment exposés, qu'il n'existe aucune différence réelle. Le type du genre Cynosurus est le Cynosurus cristatus, L., jolie petite Graminée très-commune dans tous nos prés. Son chaume est simple, grêle, haut d'environ deux pieds; il norte des feuilles alternes et étroites. Les fleurs forment au sommet du chaume un épi unilatéral. A chaque dent de l'axe qui est un peu sinueux et comprimé. on trouve quatre épil-lets disposés deux par deux et légèrement pédonculés. Chaque couple se compose donc de deux épillets très-

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rapprochés I'un de I'autre; I'extérieur est comprimé et formé simplement d'écailles minces, distiques, lancéolées, très-aiguës, fortement carenées et denticulées sur leur caréné; ces écailles sont autant de fleurs avortées. L'épillet intérieur est fertile; il contient quatre et plus souvent cinq fleurs dont la supérieure seulement est mâle ou neutre. La lépicène est à deux valves lancéolées très - aiguës, minces, à peu près égales, légèrement carenées sur leur dos; chaque fleur offre une glume formée de deux paillettes presque égales entre elles, un peu carenées; I'extérieure un peu plus longue est obtuse à son sommet qui offre une soie très-courte et roide; la supérieure est légèrement bifide à son sommet; les deux paléoles de la glumelle sont courtes, ovales et poilues; le style est simple à sa base, bifide supérieurement où il porte deux stigmates velus; le fruit est enveloppé dans les écailles florales.

Pour peu que l'on compare ces caractères avec ceux que nous avons précédemment donnés du genre Chrysure, il sera facile de s'assurer qu'ils n'offrent entre eux aucune différence notable. En effet, la prétendue bractée des Crételles est évidemment, ainsi que l'involucre des Chrysures, formée par les écailles florales d'épillets dont les fleurs sont restées stériles par l'absence des organes sexuels. Nous pensons donc que ces deux genres doivent être de nouveau réunis en un senl qui conservera le nom de Cynosurus. (A. R;)

CRÊTE MARINE. BOT. PHAN. Pour Christe et Criste marine. V. ce mot. (B.)

* CRÉTIN. MAM. Variété, par appauvrissement, de quelques espèces du genre Homme. V. ce mot.(B.)

* CRÉTOIS, POIS. Espèce du genre Scare. V. ce mot. (B.)

CREUSET, BOT. CRYPT. (Champignons.) Paulet appelle ainsi une petite espèce du genre Agaric, qui croît dans les caves, et qu'il figure pl. 59 de son Traité des Champignons, V. AGARIC. (A.R.)

* CREUSIE. Creusia. MOLL. Leach, dans sa classification des Cirrhipèdes, a proposé sous ce nom un genre nouveau démembré des Balannes, parce que l'opercule n'a que deux pièces au lieu de quatre; une seule espèce a été indiquée par l'auteur. C'estla CREUSIE ÉPINEUSE, Creusia spinulosa, que Blainville (Dict. des Scienc. nat.) rapporte à la Balanne des Madrépores de Bosc. (D..H.)

CREUSOT. BOT. CRYPT. L'un des noms vulgaires des grandes Pezizes en entonnoir. (B.)

CREUTZBOCK. MAM. Syn. de Guib, espèce du genre Antilope. V. ce mot. (R.)

CREVALE. POIS. Espèce de Gastérostée du sous-genre Centronote. V. GASTÉROSTÉE. (B.)

CRÊVE-CHASSIS. OIS. Syn. vulgaire de Mésange Charbonnière. V. MÉSANGE. (B.)

CREVETTE OU CHEVRETTE. Gammarus. CRUST. Ce genre, établi originairement par Fabricius, et qui correspond à l'ordre des Amphipodes de Latreille, principalement au genre Talitre, a subi depuis sa fondation un grand nombre de changemens importans et a été beaucoup subdivisé. Il ne comprend plus aujourd'hui dans la méthode de Leach et de Latreille que les espèces qui offrent pour caractères: quatre antennes, dont les deux supérieures aussi longues ou plus longues que les deux autres, et dont le pédoncule est de trois articles, avec une petite soie articulée au bout du troisième; les quatre pieds antérieurs semblables dans les deux sexes, et terminés par un seul doigt. Les Crevettes proprement dites ont les antennes insérées entre les yeux, au devant de la tête, composées de trois articles principaux qui en sont la base et d'un quatrième sétacé, multiarticulé et terminal; un petit appendice sétacé, de quelques articles, se re-

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marque à l'extrémité interne de là troisième pièce des antennes supérieures, Il a quatorze pieds; les quatre antérieurs sont terminés par une main large, comprimée, munie d'un crochet robuste, susceptible de mouvemens, et qui correspond au doigt mobile des pinces des autres Crustacés. Les pieds qui suivent finissent insensiblement en un ongle simple et légèrement courbé dans quelques-uns. L'abdomen est pourvu de longs filets bifides et très-mobiles, placés de chaque côté. Il se termine en une queue à laquelle on remarque trois paires d'appendices allongés, bifurqués, ciliés, étendus à peu près dans la direction du corps; celui-ci est oblong, comprimé, arqué et divisé en treize articulations, y compris la tête; les premiers anneaux présentent une pièce latérale mobile articulée avec eux et recouvrant la base des pates; ces pièces singulières correspondent, suivant nous, aux flancs des Insectes et des autres Crustacés. V. THORAX. Les Crevettes sont trèsabondantes dans les eaux douces courantes et dans la mer. L'espèce la mieux connue et qui peut être considérée comme le type du genre, est la suivante:

CREVETTE DES RUISSEAUX, Gammarus Pulex, Fabr., figurée par Roësel (T. III, pl. 62, fig. 1–7); par Geoffroy (Hist, des Ins.), et par Degéer (Mém. sur les Insect. T. VII, pag. 525, pl. 33). Ce dernier observateur, qui nomme cette espèce Squille aquatique, décrit et représente avec soin les différentes parties de son corps; elle est petite et ne dépasse guère un demi-pouce; le corps, qui est allongé et qui diminue peu à peu de grosseur, est aplati et comme comprimé, de sorte qu'il paraît plus haut que large, et c'est la raison pour laquelle la Crevette, quand elle est placée sur le fond de l'eau, s'y trouve toujours couchée sur l'un ou l'autre côté et nage sur ce fond, dans cette position, sans pouvoft prendre une autre attitude; mais quand elle nage au milieu de l'éau ou entre deux eaux, elle tient son corps de champ ou perpendiculairement sur le ventre, et ne paraît se poser sur le dos qu'accidentellement, lorsqu'elle est entraînée par le mouvement du liquide. C'est principalement à l'aide de leur abdomen et de leur queue qu'ils rapprochent alternativement de la face inférieure du corps et redressent ensuite, que ces Crustacés opèrent les changemens de place. Degéer a reconnu qu'ils étaient carnassiers et se nourrissaient d'Insectes, de Poissons et d'autres Animaux privés de vie; il a aussi remarqué qu'ils changeaient de peau à la manière des Ecrevisses. Cette espèce est très-commune aux environs de Paris.

La CREVETTE MARINE, Gammarus marinus, Leach (Trans. of the Linn. Societ. T. XI, p. 359), qui est la même que son Gammarus Pulex (Edinb. Encycl. T. VII, p. 402–432). Elle habite les côtes de l'Angleterre.

La CREVETTE LOCUSTE, Gamm. locusta, Leach (Trans, of the Linn. Societ. T. XI, p. 359), ou le Cancer, Gammarus, de Montagu (Trans, of the Linn. Societ. T. IX, p. 92). Elle a été confondue avec le Gammarus Pulex de Linné; elle est assez rare en France, mais on la trouve communément sur les côtes d'Angleterre. Surriray, naturaliste distingué du Havre, a observé qu'elle était phosphorescente. (AUD.)

CREVETTINES. Gammarinæ. CRUST. Famille établie originairement par Latreille (Gener Crust, et Ins. T. 1, p. 57) qui l'a rangée ensuite (Règn. Anim. de Cuv.) dans l'ordre des Amphipodes et dans la section des Cystibranches, qui appartient à l'ordre des Isopodes. V. ces mots, (AUD.)

CREVICHES. CRUST. L'un des synonymes vulgaires de Crevette. V. ce mot. (B.)

CREX. OIS. Le Râle de Genêt dans Aristote, selon la plupart des ornithologistes, et, selon Savigny, la Demoiselle de Numidie, Ardea Virgo, L.

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Illiger en fait le nom scientifique des Poules-d'eau. (B.)

CRIARD. OIS. Espèce du genre Coucou et synonyme de Pluvier à colliers V. COUCOU et PLUVIER. On a souvent donné ce nom aux Corbeaux, et collectivement aux Oiseaux de rivage. (B.)

CRIARD. REPT. OPH. Espèce du genre Crapaud. V. ce mot. (B.)

* CRIAS. BOT. PHAN. V. CUCULLÉE.

* CRIBLETTE. BOT. CRYPT. (Bridel.) Syn. de Cinclidium. V. ce mot. (B.)

CRIBRAIRE. Cribraria. BOT. CRYPT. (Lycoperdacées.) Schrader a fondé ce genre, et en a décrit et figuré plusieurs espèces avec beaucoup de soin dans ses Nova Plantarum Genera. Il différé des autres genres du même groupe par son péridium membraneux presque globuleux, stipité, qui se détruit dans sa moitié supérieure de manière à n'être plus formé dans cette partie que par un réseau délicat produit par les filamens du péridium; ce péridium est rempli de sporules agglomérées qui s'échappent par les ouvertures du réseau filamenteux.

Les espèces de ce genre sont trèspetites, mais d'une forme très-élégante; elles croissent en groupe souvent assez nombreux sur les bois morts ou sur les feuilles sèches. Persoon a réuni sous le nom de Cribraria les deux genres Dictydium et Cribraria de Schrader. De Candolle n'en fait qu'une section des Trichia; la différence de ces deux genres nous semble trop grande pour qu'on puisse les réunir; mais quant au Dictydium, il diffère en effet très-peu des Cribraria, et doit peut-être leur être réuni. V. DICTYDIUM. (AD. B.)

CRICET. MAM. Syn. de Rat-Taupe. V. ASPALAX et HAMSTER. (B.)

CRICETINS. MAM. Desmarest a proposé d'établir sous ce nom une petite famille de Rongeurs, qui renfermerait les Marmottes et les Hamsters. (B.)

CRICETUS. MAM. V. HAMSTER.

CRICHTONITE. MIN. V. CRAITONITE.

CRICKS OU CRIKS. OIS. On nomme ainsi diverses espèces qui forment une famille ou division dans le genre Perroquet. V. ce mot. (DR..Z.)

* CRICOMPHALOS. MOLL. Klein, dans sa Méthode conchyliologique, donne ce nom générique, qu'il écrit Circomphalos, mais à tort, à toutes les Coquilles bivalves ombiliquées, ditil, qui sont arrondies. Ce genre est placé dans sa famille des Diconchæ ombilicatæ qui renferment toutes les Coquilles bivalves dont la lunule, plus ou moins enfoncée, était nommée par lui ombilic. On sent qu'une division établie sur de tels caractères devait rassembler dans un même cadre les objets les plus disparates, et renfermer des Coquilles de genres fort différens. Il n'est pas étonnant de voir tout cela tomber dans un juste oubli. (D..H.)

* CRICOSTOME. MOLL. Dans sa Méthode couchyliologique, Klein donne ce nom générique à toutes les Coquilles univalves dont le dernier tour, ayant son diamètre plus grand que la spire, offre une ouverture entière, circulaire, sans dents ou striée. Cette division, si l'on ne considère que la forme de la coquille, sans porter aucune attention aux autres caractères, rassemble beaucoup de Coquilles qui ont entre elles une assez grandes ressemblance; aussi, vers ces derniers temps, Blainville, dans le tableau où il a exposé sa méthode conchyliologique d'après les formes, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, a employé ce mot pour réunir sous le même caractère un certain nombre de genres pour en faire une famille. V. CRICOSTOMES. (D..H.)

* CRICOSTOMES. MOLL. Ce mot, emprunté à Klein, et qui se trouve également dans la table alphabétique des mots employés en histoire naturelle, donnée par d'Argenville à la fin de la Zoomorphose, a été employé

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par Blainville dans le Dictionnaire des Sciences naturelles pour une famille qu'il propose de former avec tous les genres qui ont l'ouverture arrondie, le péristome continu, et qui offrent constamment un opercule; ainsi les Paludines, les Valvées, les Cyclostomes, les Scalaires, les Daupninules, les Turbos, etc., en feraient partie. Cette famille, faite avec des Coquilles qui renferment des Animaux différens, ne peut être convenable que dans une méthode basée seulement sur les formes, abstraction faite de tout autre caractère. Aussi, c'est dans ce but que ce savant l'a formée, comme on peut s'en assurer en consultant le tableau systématique à l'article CONCHYLIOLOGIE du Dictionnaire des Sciences naturelles. (D..H.)

* CRICRI. OIS. L'un des noms vulgaires du Proyer. V. BRUANT. (B.)

CRI-CRI. INS. Nom vulgaire du Grillon domestique. (B.)

CRIGNARD ET CRIQUET. OIS. Syn. vulgaires de Sarcelle. V. ce mot.(B.)

CRIGNON OU CRINON. INS. Même chose que Cri-Cri. V. ce mot. (B.)

CRIKS. OIS. V. CRICKS.

CRIMNON. BOT. PHAN. Dioscoride nous apprend que c'était une farine extraite du Maïs mêlé avec un Froment qu'on présume être le Triticum monococcum ou le Spelta. (B.)

CRIN. ZOOL. V. POIL.

CRIN. POIS. Espèce du genre Labre. V. ce mot. (B.)

CRIN DE CHEVAL. BOT. CRYPT. (Lichens.) Nom vulgaire de l'Alectoria jubata. V. ALECTORIE. (B.)

CRIN DE FONTAINE OU DE MER. ANNEL? Noms vulgaires du Dragonneau. V. ce mot. (B.)

CRINCELLE. OIS. Syn. de Crécerelle. V. ce mot et FAUCON. (B.)

CRININGER. OIS. (Temminck.) V. CRINON.

CRINITA. BOT. PHAN. Les deux genres établis sous ce nom par Houttuyn et Mœnch, n'ont été ni l'un ni l'autre adoptés. Le Crinita capensis d'Houttuyn est le Pavetta cafra de la famille des Rubiacées. Les Crinita linearifolia et punctata de Mœnch sont deux espèces du genre Chrysocome. V. ce mot. (A. R.)

CRINODENDRE. Crinodendron. BOT. PHAN. Genre établi par Molina (Hist. nat. du Chili, 179), adopté par Cavanilles (Dissert. 5, p. 300, t. 158, f. 1) et par Jussieu, mais dont on n'a pu encore bien déterminer la place dans la série des ordres naturels. Il appartient à la Monadelphie Décandrie, L. Voici les caractères qui lui ont été assignés: ses fleurs sont incomplètes; son calice est pétaloïde, subcampanulé, formé de six sépales rapprochés et contigus latéralement; les étamines, au nombre de dix, sont monadelphes par la moitié inférieure de leurs filets; la moitié supérieure est libre; les anthères sont ovoïdes et dressées; l'ovaire est supère, ovoïde, terminé par un style simple, subulé, un peu plus long que les étamines. Le fruit est une capsule coriace, trigone, à une seule loge, s'ouvrant avec élasticité par son sommet, et contenant trois graines arrondies, à peu près de la grosseur d'un Pois.

Une seule espèce constitue ce genre; c'est le Crinodendron Patagua (Mol. loc. cit., Cuv. loc. cit.), grand Arbre élégant, toujours orné de son feuillage, et dont le tronca jusqu'à sept pieds de diamètre. Ses feuilles opposées et pétiolées sont lancéolées, dentées en scie, d'un vert clair, dépourvues de stipules; les fleurs, qui exhalent l'odeur du Lis, sont portées sur des pédoncules axillaires et uniflores. Ce bel Arbre croît au Chili où il a été observé par Molina; il y est connu sous le nom vulgaire de Patagua. (A. R.)

* CRINOIDES. Crinoïdea. ÉCHIN. Famille établie par Müller pour les Animaux du genre Encrine de Lamarck. Müller a publié, en 1821, un

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excellent et bel ouvrage sur ces êtres. Il est intitulé Histoire naturelle des Crinoïdes ou Animaux en forme de Lis, avec des observations sur les genres Astérie, Euryale, Comatule et Marsupites (un vol. in-4° avec gravures enluminées). Ce sont des Animaux à colonnes rondes, ovales ou angulaires, composées de nombreuses articulations ayant à leur sommet une série de lames ou de plaques formant un corps qui ressemble à une coupe contenant les viscères. Du bord supérieur de ce corps sortent cinq bras articulés, se divisant en doigts tentacules plus ou moins nombreux qui entourent l'ouverture de la bouene située au centre d'un tégument écaillé qui s'étend sur la cavité abdominale, et qui peut se contracter en forme de cône ou de trompe. Tous les Crinoïdes adhèrent à des corps solides par des appendices radiciformes; ce sont des Animaux fixes ou dépourvus de la faculté locomotive. Les colonnes et les fragmens des colonnes des Crinoïdes, si communs dans les terrains à Fossiles, soit anciens, soit modernes, ont attiré l'attention des naturalistes dès la plus haute antiquité. Les noms qu'on leur a donnés, fondés sur des idées superstitieuses, sur leur ressemblance avec d'autres corps et sur leur usage, variaient beaucoup. On les nommait Grains de rosaire, Larmes de géans, Pierres de fée, Pierres à roue, Torchites, Entrochites, Astéries, Pierres étoilées, etc. Agricole considérait ces corps comme des infiltrations inorganiques, semblables aux Stalactites. D'autres les ont regardés comme des articulations vertébrales de Poisson, comme des Coraux, etc., et quelques-uns, qui ont plus soigneusement observé la colonne et sa terminaison, les ont comparés aux Plantes, d'où le nom de Lis pierreux a été donné aux extrémités supérieures de notre genre Encrinus. Lhuid a été le premier qui les ait considérés comme faisant partie d'un Animal étoilé, et quand cette idée fut accueillie par des observateurs, quand il fut admis qu'ils appartenaient probablement à l'Astérie (l'Euryale Stelléride de Lamarck), et qu'ils pouvaient même exister dans des mers non encore explorées, on commenca des recherches pour tâcher de les découvrir dans un état de vie ou au moins récent. Bientôt parut pour la première fois le Pennatula Encrinus de l'immortel Linné, qu'Ellis décrit comme une Hydre. Mais un plus sévère examen a prouvé qu'il differe si matériellement del'En-crinite, qu'il a fourni à Lamarck le type de son nouveau genre Umbellu-laria. Peu de temps après, on trouva une portion d'Animal qui ressemblait aux colonnes astériales si fréquentes dans les terrains secondaires, offrant les mêmes caractères génériques. Linné a improprement classé cette espèce dans le genre Isis sous le nom d'Isis Asteria, erreur que Lamarck a rectifiée en la plaçant dans son genre Encrinus, sous le nom d'Encrinus caput Medusœ, et nous l'avons reportée dans le genre Pentacrinites, en conservant le nom spécifique adopté par Lamarck.

Quelques espèces, comme le Cyathocrinites rugosus, etc., se trouvent parmi les plus anciennes traces de restes organiques dont la gangue est une Pierre calcaire de transition. D'autres espèces des genres Poterio-crinites et Cyathocrinites se rencontrent dans les premiers terrains secondaires, dans tous ceux qui ont succédé jusqu à ceux de l'époque actuelle, puisque l'on en rencontre une espèce encore vivante dans nos mers, mais très-rarement. L'Apiocrinites rotundus ne se trouve qu'adhérent à un lit de formation oolithique, et l'Apiocrinites ellipticus dans la Craie et dans le Cileaire jurassique. Il paraît aussi que beaucoup d'espèces do Crinoïdes ont éte très-généralement distribuées sur notre globe, tandis que d'autres ne s'observent que dans des localités très-circonscrites.

Le caractère essentiellement distinctif de la famille des Crinoïdes est la colonne formée d'articulations

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nombreuses qui la séparent des Polypes, tandis que les bras et les doigts qui entourent la bouche prouvent son affinité avec les Stelléndes. Les tégumens des Crinoïdes paraissent avoir joui de la faculté de former par sécrétion un nombre de concrétions calcaires qui sont devenues des articulations ou ossicules composant ce qu'on peut appeler le squelette de l' Animal. On ne peut pas, il est vrai, les nommer strictement des os, depuis que cette dénomination est presque limitée par l'usage aux parties constitutives des Animaux à vertèbres, au lieu que les concrétions ossi-culaires des Crinoïdes ont, en plusieurs points (et probablement aussi dans leur composition chimique), une plus grande analogie avec les plaques du test des Oursins et les articulations des Astéries. Quelle que soit la différence, tant pour la disposition que pour l'arrangement, qui existe eutre les ossicules et les os des Animaux à vertèbres, ils sont évidemment destinés aux mêmes usages généraux, à former la charpente solide de tout le corps, à protéger les viscères, et, autant que nous pouvons raisonnablement le croire aujourd'hui, à former les points d'attache d'un système musculaire régulier. Les dépressions et les trous qui se voient dans les ossicules prouvent que le tégument gélatineux qui les recouvrait était doué de l'action musculaire et pouvait produire les effets qui lésultent de cette action. Le mouvement des bras, des doigts et des tentacules ne pouvait avoir lieu que de cette manière. Sur le sommet de la colonne sont placées des séries d'ossicules que leur position et leur usage ont fait nommer le bassin, les épaules, les join tures des plaques costales et intercostales, qui varient de numbre, et qui manquent partiellement dans quelques genres. Ils forment (avec les plaques de la poitrine et de la tète) une sorte de corps sous-globulaire ayant la bouche au centre, et contenant les viscères et l'estomac de l'Animal, d'ou les fluides nourriciers sont portés par un canal alimentaire dans la colonne, aux bras et aux doigts tentaculés. Lorsque ces ossicules sont courts et épais, qu'ils sont liés par des surfaces régulièrement articulées, comme dans les Apiocrinites, ou ankylosées peut-être ensemble, comme dans les Eugcniocrinites, Muller tes nomme des joints. Quand ils prennent une forme plus variée et plus plate, et qu'ils n'adhèrent que par des sutures recouvertes d'un tégument musculaire, il les appelle plaques. La différence de ces modes de structure a mis à même de former quatre divisions dans la famille des Crinoïdes, et comme le nombre de plaques ou joints sur lesquels l'épaule est assise, et aussi le nombre de doigts et l'arrangement des phalanges varient, ils offrent avee la forme de la colonne de bons caractères pour établir des genres et déterminer des espèces. Il est à présumer que les Crinoïdes se nourrissaient d'Animaux moins solides qu'eux-mêmes, probablement d'lnfusoires, de Polypes, de Méduses, etc. Ce qui rend la chose plus certaine, ce sont leurs nombreux doigts teutacules, formant un admirable appareil rétiforme pour saisir les corps les plus petits. Millier pense que les Crinoïdes ne se propageaient que par des œufs, leur structure organique si compliquée ne leur permettant pas de s'accroître par la séparation des paities de l'Animal ou par des bourgeons. Les accidens multipliés auxquels sont exposées les nombreuses parties constituantes des Crinoïdes, font croire qu'ils possédaient la faculté de réparer leurs perles par la reproduction de ces mêmes parties, et l'échantillon du Pentacrinus caput Medusœ, que possède depuis peu John Tobin, semble en donner une preuve évidente.

La manière dont les nombreuses concrétions ossiculaires sont liées ensemble par une substance musculaire gélatineuse rend leur séparation après la mort de l'Animal très-aisée à expliquer; elle démontre également

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pourquoi les échantillons parfaits sont si rares dans l'état fossile.

Les Animaux qui composent cette famille sont classés dans trois grandes sections divisées en neuf genres suivant le tableau ci-joint:

1. CRINOÏDES ARTICULÉS: Apiocrinites, Pentacrinites, Encrinitcs.

2. CRINOÏDES A DEMI-ARTICULÉS: Potériocrinites, Cyathocrinites, Actinocrinites, Rhodocrinites, Platycrinites.

3. CRINOÏDES RÉUNIS: Eugéniocrinites. V. ces différens noms.(LAM..X.)

CRINOLE. Crinum. BOT. PHAN. Genre très-intéressant de la famille des Amaryllidées de R. Brown et de l'Hexandrie Monogynie, qui se compose d'environ vingt à vinqt-cinq espèces. Ce sont des Plantes à racines bulbifères, répandues sous les latitudes les plus chaudes du globe, et qui par l'éclat et la grandeur de leurs flursattirent l'attention des amateurs et sont cultivées avec un grand soin. Ces fleurs sont généralement blanches, disposées en ombelle simple ou en sertule au sommet d'une hampe simple, et enveloppées dans une spathe de plusieurs folioles avant leur épanouissement. Leur calice forme un long tube à sa partie inférieure, et est soudé avec l'ovaire qui est infère. Le limbe est à six divisions égales, étalées ou réfléchies; les étamines au nombre de six ont leurs filets distincts et insérés vers le sommet du tube; l'ovaire est infère, à trois loges polyspermes; le style est simple, terminé pas un stigmate obtus; le fruit est une capsule fréquemment à une seule loge, par suite d'avortement, contenant un très-petit nombre ou même une seule graine; les graines sont grosses, arrondies et bulbiformes.

Nous allons décrire succinctement deux ou trois des espèces les plus remarquables de ce genre, de celles surtout qui figurent le plus fréquemment dans nos jardius.

CRINOLE D'ASIE, Crinum asiaticum, L., Redouté, Liliac., t. 348. Cette espèce est l'une des plus belles Plantes bulbeuses qu'on puisse cultiver dans les jardins. Sa racine se compose d'un grand nombre de fibres cylindriques simples que surmonte un bulbe allongé, peu distinct, ayant cinq à six pouces de diamètre, et un pied et plus de hauteur, et entièrement semblable, mais dans des proportions beaucoup plus grandes, au bulbe du Poireau (Allium Porrum, L.). De la partie supér ieure de ce bulbe naissent un grand nombre de feuilles lancéolées, «blongues, demi-étalées, creusées en gouttière dans leur moitié inférieure, planes supérieurement, longues de deux à trois pieds et larges de deux à trois pouces. De l'aisselle des feuilles extérieures sortent plusieurs hampes simples, un peu comprimées, qui se terminent cha-cune par un grand nombre de belles fleurs blanches.formant un sertule ou ombelle simple. Les filets des étamines qui sont fort longs, étalés, d'une couleur purpurine, portent à leur sommet une anthère allongée et jaune. Cette belle Plante que l'on voit assez fréquemment fleurir dans nos serres, est originaire de l'Inde, Elle présente une particularité fort digne d'être remarquée, et qui s'observe également dans plusieurs autres espèces ainsi que dans les genres Amaryllis et Calostemma. A la place des graines, ou trouve presque constamment dans la capsule des tubercules arrondis, charnus, blanchâtres, de la grosseur d'une petite Noix, et que I'on considère généralement comme des bulbilles solides, analogues à celles qui se développent sur différentes parties, et quelquefois à la place des fleurs dans beaucoup de Liliacées. Mais ces prétendues bulbilles n'avaient point encore été examinées avec soin, et leur structure n'était pas encore bien connue. Une analyse soignée, faite sur deux espèces (Crinum Taïtense et Crinum erubescens nous a démontré que ces corps n'étaient ni des tubercules, ni des bul-billes, ainsi qu'on l'avait cru jusqu'alors. Ce sont de véritables grai-

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nes, mais qui par des circonstances particulières ont pris un développement extraordinaire. Voici ce que nous avons vu: à l'extérieur, cesgraines sont reconvertes d'une pellicule assez épaisse, sèche, cassante, s'enlevant par plaques. Quoiqu'elles soient ordinairement globuleuses, elles offrent une dépression sur un de leurs côtés, dépression qui est le véritable hile ou point d'attache. Toute la masse intérieure se compose d'un corps charnu, blanc, légèrement verdatre à sa circonférence. Vers la partie inférieure de la graine, près do hide, on trouve un petit corps irrégulièrement ovoïde, un peu recourbé, plus renflé à sa partie moyenne qu' à ses deux extrémités qui sont obtuses; ce corps est l'embryon; l'extrémité inférieure est la radicule, qui, au moment de la germination, s'allonge, perce l'endosperme et le tégument propre de la graine, entratnant avec elle au dehors la gemmule qui, comme dans tous les autres embryons monocotylédonés, est renfermée dans le cotylédon. D'après ce court exposé, il est impossible de ne pas reconnaître la structure de la graine dans ces corps considérés jusqn'à présent comme des bourgeons solides ou des bulbilles.

CRINOLE ROUGEATRE, Crinum erubescens, Willd., Red., Liliac., t. 27. Originaire de l'Amérique méridionale, celte belle espèce offre un bulbe allongé, delà grosseur du poing; des feuilles planes ou légèrement canaliculées, lancéolées, très-longues. Du milieu de ces feuilles uait une hampe simple un peu comprimée, d'un pied et plus de hauteur, d'une teinte rouge pourpre très-foncée. Les fleurs forment une ombelle simple; elles sont grandes et légèrement lavées de pourpre à l'extérieur. On la cultive dans les serres.

CRINOLE D'AMÉRIQUE, Crinum americanum, L., Redouté, Liliac., t. 332. Une touffe de racines blanches épaisses soutient des feuilles lancéolées, longues de deux pieds, larges de trois à quatre pouces. La hampe qui est plus courte que les feuilles et un peu plus comprimée, porte une ombelle simple ou sertule de grandes fleurs blanches et presque sessiles; les filets staminaux et le style sont purpurins. Elle est originaire d'Amérique.

CRINOLE DE COMMELIN, Crinum Commelini, Jacq. Schœn., t. 202, Red., Liliac., t. 322. Elle vient aussi de l'Amérique méridionale. Voisine et souvent confondue avec la précédente, cette espèce s'en distingue par son bulbe ovoïde, de la grosseur de celui d'une Tulipe, souvent stolonifère à sa base. Ses feuilles sont très-étroites et presque linéaires, longues d'un pied seulement. Sa hampe plus courte qu'elles, comprimée et de couleur purpurine, porte trois ou quatre fleurs blanches d'abord enveloppées dans une spathe purpurine.

On cultive encore dans les jardins plusieurs autres espèces de ce genre, qui toutes sont remarquables par la beauté, la grandeur et l'édat de leurs fleurs.

Plusieurs Plantes d'abord placées dans le genre Crinum en ont été retirées pour former d'autres genres distincts. Ainsi le Crinum africanum de Linné, qui a l'ovaire libre, les graines terminées par une aile membraneuse, forme le geure Agapanthus de l'Héritier, geure qui appartient à la famille des Hcmérocallidées de Robert Brown. Les Crinum angustifolium, L., et C. obliquum constituent le genre Cyrtanthus. On a rapporté au genre Hœmanthus les Crinum tenellum et Crinum spirale de Kerr. V. AGAPANTHE, HÆMANTHE et CYRTANTHE. (A. R.)

* CRINON. Criniger. OIs. (Temminck.) Genre de l'ordre des Insectivores. Caractères: bec médiocre, même assez court, fort, comprime vers la pointe, un peu élargi à la base qui est garnie de soies longues et roides; mandibule supérieure inclinée et;égèrement échancrée vers la pointe; narines ovoïdes, ouvertes, placées

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près de la base du bec; pieds courts; tarse moins long que le doigt du milieu; le doigt externe uni à l'intermédiaire jusqu' à la seconde articulation, plus allongé que l'interne qui est libre; les trois premières rémiges étayées, les trois suivantes les plus longues.

Ce genre a été établi par Temminck sur l'inspection de cinq espèces qui n'avaient jusqu'alors trouvé place dans aucune méthode; comme elles étaient toutes africaines, ce savant ornithologiste a cru que les Crinons étaient propres aux régions occidentales de l'Afrique; une sixième espèce nous aété envoyéerécemment de Java; conséquemment, on peut regarder les Crinons comme habitans de toutes les parties méridionales de l'ancien continent. Il n'a encore été rien publié sur les mœurs et les habitudes de ces Oiseaux qui probablement ne sesont point montrés dans les parties de l'Afrique qui ont été parcourues, d'une manière si utile pour la science, par l'intrépide Levaillant.

CRINON BARBU, Criniger barbatus, Temm., pl. color. 88. Parties supérieures d'un vert olive foncé avec le bord extérieur des rémiges d'un vert plus pâle; nuque garnie de soies roi-des et assez longues; parties inférieures d'un vert olivâtre clair; plumes du menton et du haut de la gorge, longues, lâches et jaunes, bordées de verdâtre; de semblables plumes, mais plus étroites, recouvrent toute la région des oreilles; rectrices un peu etagées d'un vert brunâtre supérieurement, et jaunâtre inférieurement; bec brun bordé de fauve; iris orangé; pieds bruns. Taille, sept pouces. De la Guinée.

CRINON CENDRÉ, Crinigercineraceus, Temm. Parties supérieures d'un gris cendré, tirant sur le bleuâtre; rémiges et rectrices d'un cendré noirâtre; parties inférieures blanches; joues et flaucs d'un cendré bleuâtre; plumes de la poitrine et du cou bordées de cendré clair; des soies très-fines et très-courtes à la nuque; bec noirâtre; pieds blanchâtres. Taille, sept pouces. D'Afrique.

CRINON OLIVATRE, Criniger otivaceus, Temm. Parties supérieures olivâtres; rectrices brunes; parties inférieures jaunes, avec les flancs verdâtres; menton, gorge et poitrine jaunes; des fines soies à la nuque; bec et pieds cendres. Taille, sept pouces. La femelle a les parties supérieures d'un bun cendré olivâtre; les rémiges frangées d'olivâtre; les rectrices noirâtres; le menton jaune; les parties inférieures cendrées, avec le milieu du ventre jaunâtre; le bec cendré et les pieds jaunâtres. De la côte occidentale d'Afrique.

CRINON POLIOCEPHALE, Criniger Paliocephatus, Temm. Parties supérieures d'un fauve de feuille-morte; lete et joues d'un cendré noirâtre, une bande blanche entre l'oeil et les narines; rémiges et rectrices d'un brun noirâtre; parties inférieures d'uu fauve isabelle; gorge d'un blanc pur; soies de la nuque courtes et trèsfinés; bec noir; pieds jaunâtres. Taille, six pouces six lignes. De la cote de Guinée.

CRINON A QUEUE ROUSSE, Criniger ruficaudus, Temm. Parties supérieures d'un vert d'olive assez sombre, avec les plumes lisérées d'une teinte un peu plus claire; parties inférieures d'un vert jaunâtre; plumes de la gorge lâches et jaunes, bordées de verdàtre; rémiges lisérées de brun; rectrices d'un roux foncé; les soies de la nuque assez longues et roides; bec noirâtre; pieds fauves. Taille, sept pouces. De Sierra-Leone.

CRINON A TÈTE DRUNE, Criniger fuscicapillus, Parties supérieures d'un vert olivâtre; front, sommet de la tète et nuque bruns; celle-ci est garnie dé quelques poils assez longs et minces; rémiges bordées de brun à reflets noirâtres; rectrices d'un roux irisé de brun et d'olivïlre; parties inférieures jaunes avec les flanes verdâtres; menton et gorge d'un blanc qui se nuance de grisâtre vers ie haut de la poitrine; dessous des ailes d'un roux changeant en brun; bec d'un

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brun plombé; pieds fauves. Taille, six pouces six lignes. De Java.(DR..Z.)

CRINON. Crino. INTRST. Ce genre, observé par Chabert et Bruguière, aurait pour caraclères: un corps allongé, cylindrique, grêle, nu, atténué vers ses bouts, et ayant sous l'extrémité antérieure, un ou deux pores, ou une fente transverse; un morceau de crin blanc, d'un à deux pouces de longueur, donnerait une idée complète de la forme, de la grosseur et de la couleur des êtres de ce genre qu'on trouve en quantité dans les artèves, les intestins ainsi qu'à la surface externe de tous les viscères, notamment dans le bas-ventre des Animaux domestiques et même de l'Homme. Les Crinons sont articulés; leur tête paraît fendue; leur queue est plus grosse et l'anus paraît situé vers le milieu. On assure que ces Animaux, dont la multiplication chez l'Homme, cause une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux du scorbut, sortent quelquefois des corps des Animaux en quantité considérable, à travers la peau, par les yèux, les oreilles, les naseaux et l'anus, ce qui cause un grand soulagement. Bruguière dit en avoir vu sortir de la région dorsale d'un enfant; ils ressemblaient à des petits poils gris, et l'on ne distinguait leur animalité qu'au mouvement de quelques-uns d'entre eux. Chabert indique l'huile empyreumatique, comme le remède propre à détruire un tel fléau. Lamarok avait d'abord adopté ce genre; mais Rudolphi prétend que les observations sur lesquelles le genre qui nous occupe fut établi, sont imparfaites, et que les prétendus Crinous ne sont que de jeunes Strongles, de naissantes Filaires, des Hamulaires, ou même des corps inorganisés. Il croit pouvoir assurer qu'il ne s'en trouve point dans l'Homme. Cependant il existe dans les vaisseaux artériels, un Ver dans lequel on reconnaît tout ce que les helminthologues français ont dit de leur Crinon, et nous ne trouvons entre cet Animal et les véritables Vibrions qu'une différence de taille. De nouvelles observations deviennent donc nécessaires pour lever tous les doutes à cet égard. (B.)

CRINON. BOT. PHAN. V. CRINOLE.

CRINULES. Crinuli. BOT. CRYPT. (Hépatiques.) Mirbel désigne sous ce nom les espèces de poils tordus que l'on observe dans la fructification des Marchanties. V. HÉPATIQUES et MAR CHANTIE. (A. R.)

CRINUM. BOT. PHAN. V. CRINOLE.

CRIOCÈRE. Crioseris. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères établi par Geoffroy qui lui assignait pour caractères: antennes cylindriques à articles globuleux; corselet cylindrique. Ce genre très-naturel, adopté par la plupart des entomologistes, et correspondant au genre Lema de Fabricius, appartient à la section des Tétramères et à la famille des Eumolpes. Latreille le distingue de la manière suivante: languette entière, un peu échancrée; mandibules bidentées à leur extrémité; pieds presque de la mêmo grandeur; antennes moniliformes; yeux échancrés. Les Criocères, étudiées dans les parties extérieures de leur corps, donnent lieu à quelques autres observations. La tête est très-distincte; les yeux sont saillans; les antennes, plus courtes que le corps, sont rapprochées à leur insertion et composées de onze articles offrant des dimensions différentes: le premier est renflé, assez gros; les deux ou trois suivans sont courts et plus petits; les autres ont un volume égal et sont cylindriques; la bouche se compose: 1° d'une lèvre supérieure cornée, arrondie et ciliée antérieurement; 2° d'une paire de mandibules assez courtes dont le sommet est échancré ou terminé par deux dents; 3° de deux mâchoires avancées, bifides, supportant des palpes composés de quatre articles dont le premier petit, les deux suivans courts, arrondis, presque coniques, et le dernier ovale; 4° d'une lèvre inférieure très-

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courte, entière, donnant insertion à deux palpes de trois articles, dont le premier petit, le second presque conique, et le dernier ovale; le prothorax est cylindrique et beaucoup plus étroit que les élytres; celles-ci sont dures, très-coriaces, de la longueur de l'abdomen, et recouvrent deux ailes membraneuses; les pates ont une grandeur moyenne, et sont terminées par des tarses de quatre articles, dont les trois premiers larges, garnis de houppes en dessous, et le troisième bilobé, le quatrième mince, arqué et terminé par deux crochets.

Les Criocères sont des Insectes assez petits dont le corps étroit et allongé est orné de couleurs vives. Elles se nourrissent des feuilles de plusieurs Plantes; on les trouve sur les fleurs, dans les jardins et les prés; lorsqu'on les saisit, elles font entendre un bruit assez aigu qui résulte du frottement de l'extrémité supérieure de l'abdomen contre l'extrémité inférieure des élytres. Les espèces propres à ce genre sont très-nombreuses; parmi elles nous n'en citerons qu'une seule, et nous puiserons dans Réaumur des détails curieux sur ses habitudes et son développement.

La CRIOCÈRE DU LIS, Crioceris merdigera ou la Chrysomela merdigera de Linné, et la Criocère rouge du Lis, Crioceris rubra de Geoffroy (Hist. des Ins. T. I, p. 239), décrite et représentée par Réaumur (Mém. sur les Ins. T. III p. 220 et pl. 17). Cette espèce se nourrit des feuilles du Lis. Après que l'accouplement est fini, dit Réaumur, la femelle se promène sur le Lis, elle cherche un endroit à son gré pour y déposer ses œufs, et cet endroit est toujours en dessous de quelque feuille; elle les y arrange les uns auprès des autres, mais avec peu d'art et de régularité. Chaque œuf sort du corps enduit d'une liqueur propre à le coller sur la feuille contre laquelle il est ensuite appliqué. La femelle en dépose environ huit oudix les unsauprès des autres; mais Réaumur ne pense pas que la ponte consiste en un seul de ces tas. Les œufs sont oblongs, allongés; les plus récemment pondus sont rougeâtres, ils brunissent quand la liqueur visqueuse qui les couvre commence à se dessécher. Au bout de quinze jours on voit les petites larves de ces œufs paraitre sur le Lis, sans qu'on ait pu encore retrouver une coque vide. Dès que les petits Vers d'une même nichée sont en état dc marcher, ils s'arrangent les uns à côtédes autres dans un ordre régulier, ayant leur tête sur une même ligne; ils mangent ensemble, et ne mangent que la substance de la feuille du côté sur lequel ils sont placés; à mesure qu'ils croissent, ils s'écartent les uns des nutres, et enfin ils se dispersent sur différens endroits de la feuille, et sur différentes feuilles. Alors la larve attaque tantôt le bout de la feuille, lanlot un de ses bords; assez souvent elle la perce au milieu et la mange dans toute son épaisseur. Dans tous les cas, elle se donne peu de mouvement, ne marche guère, ou au moins ne va en avant que quand la feuille qu'elle a attaquée lui manque. Dans quatorze ou quinze jours, ces larves ont pris tout leuvaccroissement et se disposent à se métamorphoser en nymphe; mais avant de décrire celle-ci, il est essentiel de présenter, d'après Réaumur, une particularité extrêmement remarquable de l'Insecte à l'état de larve. Sur les feuilles de Lis maltraitées, un voit dc petits tas d'une matière humide, de la couleur et de la consistance des feuilles un peu macérées et broyées. Chacun de ces petits tas a une figure assez irrégulière, mais pourtant arrondie et un peu oblougue. Cette matière n'est autre chose qu'nne couverture propre à chaque larve, et qui la cache presque en entier. Si on y regarde de près, on distingue à un des bouts du tas la tête du Ver; elle est toute noire et ordinairement occupée à faire agir contre la feuille du Lis les deux dents dout elle est armée. On peut aussi apercevoir de chaque côté et assez près de la téte trois jambes noires et écailleuses; elles sont terminées par deux pe-

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tits crochets que l'Insecte cramponne dans la substance de la feuille. Pour l'ordinaire, tout le reste du corps est caché; le ventre l'est par la feuille même contre laquelle il est appliqué, et le dessus du corps l'est par la matière dont nous venons de parler. Au reste elle lui est peu-adhérente, et il est aisé de l'emporter par un frottement assez léger. Lorsqu on a mis la larve à nu, on la trouve assez semblable à d'autres larves de différens. Coléoptères. Sa tâte est petite par rapport à la grossour de son corps; le dessus de ce dersiss est arrondi; il se termine par deux mamelons membraneux qui aident aux six jambes écailleuses à le porter en avant;. sa couleur est d'un jaune brunâtre ou verdâtre; on remarque deux plaques noires et luisantes sur le dessus du premier anneau; et de chaque côté on voit une file de points noirs; un de ces points est placé sur chaque anneau sans jambes, et sur le premier et le dernier de ceux qui en ont, ce sont les stigmates ou les ouvertures des organes respiratoires.

La peau de cette larve paraît extrêmement délicate; elle a une transparence qui porte à la juger telle, car cette transparence permet d'apercevoir les mouvemens de la plupart des parties intérieures. La nature a appris à l'Insecte une façon singulière de mettre sa peau tendre à couvert des impressions de l'air extérieur, et de celles des rayons du soleil; elle lui a appris à la couvrir avec ses propres excrémens, et a tout disposé pour qu'il le pût faire aisément. L'ouverture de l'anus des autres Insectes est au bout ou près du bout du dernier anneau, et ordinairement dirigée inférieurement. L'anus de notre larve est un peu plus éloigné du bout postérieur, il est placé à la jonction du penultième anneau avec 1e dernier; mais ce que sa position a de plus remarquable, c'est qu'il est du côté du dos. La disposition du rectum ou de l'intestin qui conduit les excrémens à l'anus et celle des musclcs qui servent à les faire sortir, répondent à la fin que la nature s'est proposée en mettant là celte ouverture. Les excrémens qui sortent du corps des Insectes sont en général poussés en arrière dans la ligne de leur corps; ceux que notre larve fait sortir s'élèvent au-dessus du corps et sontdirigés du côté de la tête. Ils ne sont pourtant pas poussés loin; quand ils sont entièrement hors de l'anus, ils tombent sur la partie du dos qui en est proche; ils y sont retenus par leur viscosité; mais ils n'y sont retenus que faiblement. Sans changer lui-même de place l'Insecte donne à ses anneaux des mouvemens qui, peu à peu, conduisent les excrémens da l'endroit sur lequel ils sont tombés jusqu'à la tête. Pour voir distinctement comment tout cela se passe, il faut mettre l'Insecte à nu, et après l'avoir posé sur une feuille de Lis jeune et fraîche, l'observer avec une loupe. Bientôt il se met à manger, et peu de temps après, on voit son anus se gonfler; il montre des rebords qu'il ne faisait pas paraître auparavant. Enfin l'anus s'entrouvre et le bout d'une petite masse d'excrémens en sort. Ce que l'Insecte jette est une espèce de cylindre dont les deux bouts sont arrondis. Nous avons déjà dit (c'est Réaumur qui parle) que quand ce grain d'excrément sort, il est dirigé vers la tête; cependant, peu après être sorti, il se trouve posé transversalement, ou au moins incliné à la longueur du corps. Les frottemens qu'il essuie et la manière peu régulière dont il est poussé lui donnent cette direction. Il y a des temps où ces grains sont arrangés avec assez d'ordre, où ils sont parallèlement les uns aux autres et perpen diculairement à la longueur du corps; mais ce n'est guère que sur la partie postérieure et quand l'anus en a fourni un grand nombre, dans un temps court, qu'ils sont si bien arrangés.

L'Insecte qui a été mis à nu a besoin de manger pendant environ deux heures pour que son anus puisse fournir a différentes reprises la quan-

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tité de matière nécessaire pour couvrir tout le dessus du corps. Au bout de deux heures cette couverture est complète; mais elle estsi mince qu'elle n'a que l'épaisseur d'un grain d'excrément; peu à peu elle s'épaissit. Le même mécanisme qui a conduit les grains jusqu'auprès de la tête, les force à se presser les uns contre les autres. Pour faire place aux excrémens qui sortent, il faut que les excrémens qui sont aux environs de la partie postérieure soient poussés et portés en avant; ils sont mous, oèdent à la pression, s'aplatissent dans un sens et s'élèvent dans un autre, dans celui qui rend plus épaisse la couche qui couvre le corps. La couverture s'épaissit donc peu à peu, à et un tel point que si on l'enlève dans certains temps de dessus le corps de la larve, on juge que le volume de cette couverture est au moins trois fois plus grand que celui de l'Insecte même et qu'elle est d'un poids qui semble devoir le surcharger; plus la couverture est épaisse, plus la figure est irrégulière et plus aussi la couleur brunit. Nous avons dit que les excrémens dont elle est faite ont la couleur et la consistance de feuilles de Lis broyées et macérées; ils ne sont aussi que cela, ils sont d'un jaune verdâtre; mais leur surface supérieure se dessèche peu à peu, et prend des nuances de plus brunes en plus brunes jusqu'au noir; l'hahit devient lourd et plus roide; l'Insecte s'en défait apparemment alors; ce qui le prouve, c'est qu'on voit quelquefoisdes larves de cette espèce qui sont nues; mais ce n'est pas pour rester long-temps dans cet état. Il est aisé à la larve de se débarrasser d'une trop pesante couverture soit en eutier soit en partie; elle n'a qu'à se placer de manière qu'elle touche et frotte contre quelque partie du Lis, et se tirer ensuite en avant. Un frottement assez médiocre suffit pour arrêter cette masse et la retenir en arrière. Quand l'Insecte conserve longtemps sa couverture, elle déborde quelquefois sa tête; ce qui la déborde et ce qui recouvre les premiers anneaux est souvent noir et sec pendant que le reste est humide et verdâtre. Cette partie sèche, qui va au-delà de la téte, tombe quelquefois par lambeaux.

Parvenues à l'époque de leur métamorphose en nymphes, les larves s'enfoucent en terre et se construisent avec elle des coques fort irrégulières en dehors, mais qui intérieurement sont tapissées d'une sorte d'étoffe blanche, luisante et argentée, qui est produite par le dessèchement d'un liquide écumeux qui sort de la bouche de l'Insecte, dessiccation qui s'opère très-promptement. Deux ou trois jours après la construction de ces coques, la larve se change en une nymphe semblablepour la disposition de ses parties à celles dus autres Coléoptères, et ce n'est que douze jours après que l'on voit paraître l'Insecte parfait, V., pour les autres espèces, Fabricius, Olivier, l'Encycl. Mélh., les ouvrages de Latreille (Gener. Crust. et Ins., et Règn. Anim. de Cuv.), le Catalogue de Dejcan, etc. (AUD.)

CRIOCERIDES. Criocerides. INS. Division établie par Latreille (Gener. Crust. et Ins. T. III, p. 43) dans la famille des Chrysomélines, et comprenant les genres Sagre, Orsodacne, Mégalope, Donacie, Criocèreet quelques autres. Cette division correspond (Règn. Anim. de Cuv.) à la famille des Ëupodes. V. ce mot. (AUD.)

CRIOPE. Criopus. MOLL. Poli, Test, des Deux-Siciles.) Syn. de Criopoderme. (D..H.)

CRIOPODERME. Criopodermon. MOLL Poli, dans son magnifique ouvrage (Test. des Deux-Siciles), a établi ce genre pour l'Animal de l'Anomia Caput Serpcntis de Linné, et non pas pour la Crania, comme cela a été mis, par erreur sans doute, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, puisque le genre Cranie avait été confondu par Linné avec les Anomies, et que c'est Bruguière le premier qui l'a formé dans les planches de l'Encyclopédie; au reste les Criopodermes

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de Poli appartiennent aux Orbicules de Lamarck. V. ORBICULE. (D..H.)

* CRIPART. OIS. Syn. vulgaire du Grimpereau, Cerlhia familiaris, L. V. GRIMPEREAU. (DR..Z.)

CRIQUET. Acrydium. INS. Genre de l'ordre des Orthoplères établi par Geoffroy, et correspondant à la dénomination latine de Gryllus de Fabricius. Duméril le désigne aussi sous le nom français d'Acridie. Il appartient (Règn. Anim. de Cuv.) à la fanitha des Sauteurs, et a pour caractètre, suivant Latreille: antennes filifarmes, insérées entre les yeux à quadque distance de leur bord interce; horache découverte; palpes point comprimés; pates propres à sauter; tarses à trois articles; une pelote entre les crochets.

les Criquets proprement dits s'éloignent des Pneumores par leurs pieds postérieurs plus longs que le corps, et par leur abdomen solide et non vésiculeux; ils different des Truxales par leurs antennes et par leur tête ovoide; les différentes parties de leur corps presentent quelques autres particularités curieuses que nous allons successivement passer en revue.

La tête, très-développée, supporte des antennes assez courtes et composées d'une vingtaine d'articulations; des yeux à réseaux ovales, saillans, situés sur les côtés, et trois petits yeux lisses placés en triangle sur son sommet; la boucbe se compose d'une levre supérieure grande, large, légèrement échancrée à son bord antérieur; de mandibules fortes, tranchantes, irrégulièrement dentées; de mâchoires terminées par trois dents, et supportant à la fois les galettes qui les recouvrent entièrement, et une paire de palpes filiformes composés de cinq articles; enfin d'une lèvre inférieure, large, avancée, bifide à son extrémité, à divisions égales, et donnant insertion à doux palpes filiformes de quatre articles; le prothorax, de même largeur que le corps, présente quelquefois à sa partie supérienre des espèces de oarènes se prolongeant transversalement sur les côtés en de légères impressions qui pargissent être les indices des divisions naturelles de cette partie; la poitrine du mésothorax et du inétathorax, ou plutôt le sternum est large, aplati et très-différent de celui des Sauterelles, chez lesquelles il a l'apparence de deux lames triangulaires foliacées; les élytres sont coriaces, étroites, et aussi longues que les secondes ailes; celles-ci, recouvertes par les premièrs, sont fort amples, réticulées, plées longitudinalement à la manière d'uu éventail, et colorées souvent en bleu ou en rouge très-vif; les pates ont des longueurs inégales; les quatre antérieures sont de grandeur moyenne, mais les postérieures acquièrent des dimensions considérables, et sont propres au saut; l'abdomen est remarquable par l'absence d'une tarière saillante chez la femelle, et par un organe particulier situé de chaque côté tout près de la base, au-dessus des cuisses des pates postérieures, et sur le premier segment nommé médiaire par Latreille. Cet organe, qui se montre à l'extérieur par une ouverture ovalaire assez profonde qui est fermée en partie par une membrane, a été décrit par Degéer, par Olivier, et, dans ces derniers temps (Mém. du Mus. d'Hist. nat. T. VIII, p.122), par Latreille, qui compare directement cet appareil à celui des Cigales, et le considère comme une poche pneumatique formant un véritable instrument acoustique. Quoi qu'il en soit, les sons aigus et interrompus que font entendre les Criquets paraissent être dus essentiellement au frottement alternatif de la face interne des cuisses postérieures contre la surface supérieure des élytres. Degéer (Mém. T. III) a décrit et représenté avec soin les organes générateurs de ces Insectes. Les femelles ne tardent pas à pondre après l'accouplement; leurs œufs sont tantôt déposés contre quelques tiges de Gramen, et alors une matière écumeuse qui se durcit ensuite, les enveloppe et les

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protège; tantôt ils sont enfoncés en terre. Les larves, les nymphes et l'Insecte parfait se nourrissent de diverscs Plantes, ct sont très-communs dans les prairies et dans les champs. Il n'est personne qui ne connaisse les ravages considérables que les Criquets de passage occasionent partout où ils s'arrêtent, et les voyageurs ont souvent parlé de leurs dévastations dans le Levant et en Afrique. Le midi de l'Europe a plus d'une fois éprouvé de semblables dégâts; la France même en fut témoin à plusieurs reprises. D'Ombres-Firmas rapporte, dans une Notice, que la Provence fut ravagée à certaines époques, et surtout pendant les années 1613, 1720 et 1721, par des troupes innombrables de Criquets; leur nombre fut aussi très-grand en 1819. Pendant cinq semaines on enterra chaque jour trente-cinq à quarante quintaux de ces Insectes qui alors étaienti à l'état de larve ou de nymphe.

Dans les contrées où les espèces de Criquets sont grosses et nombreuses, par exemple en Barbarie, les habitans les font rôtir, et les considèrent comme un excellent manger. Ils les conservent dans la saumure après leur avoir arraché les ailes et les élytres.

Ce genre est très-nombreux en espèces; nous citerons le CRIQUET STRIDULE, Acrydium Stridulum, Oliv., ou le Criquet à ailes rouges de Geoffroy (Hist. des Ins. T.I, p. 393, n. 3). Il est figuré par Roësel (Ins. T. II, tab. 21, fig. 1), et par Schœffer(Elem. ins., tab. 15, et Icon. Ins., tab. 27, fig. 10, 11). Il peut être considéré comme le type du genre. On le trouve dans presque toute l'Europe.

Le CRIQUET ÉMIGRANT, Acr. migratorium, Oliv., vulgairement la Sauterelle de passage ou le Criquet de passage de Degéer (Mém. sur les Ins. T. III, p. 466, n. 1, pl. 23, fig. 1), représenté par Roësel. (loc. cit., tab. 24) et par Schæffer (Icon. Ins., tab. 14, fig. 4, 5). On le trouve dans l'Orient, en Barbarie, en Égypte; il vole en troupes innombrables, et dévaste toutes les contrées qu'il parcourt; c'est à cette espèce que se rapportentles dégâts observés en Provence et dans d'autres pays. V. l'Encyclopédie méthodique. (AUD.)

CRISIE. Crisia. POLYP. Genre de l'ordre des Cellariées dans la division des Polypiers flexibles, à Polypes placés dans des cellules non irritables, confondus avec les Cellaires par Lamarck. Voici son caractère: Polypier phytoïde, dichotome ou rameux, a cellules à peine saillantes, alternes, rarement opposées avec leur ouverture sur la même face. Les Crisies, placées par les naturalistes parmi les Cellaires et les Sertulaires, en diffèrent par la forme des cellules, leur situation, et par plusieurs autres caractères tellement tranchés, quel'on peut s'étonner avec raison que des zoologistes célèbres aient réuni dans le même genre des Polypiers aussi disparates que le Cellaria salicornia et le Crisia ciliata ou toute autre espèce. Dans la première, les cellules sont éparses sur toute la surface; dans la seconde, elles sont alternes, trèsrarement opposées à l'ouverture sur la même face, ce qui fait paraître les cellules situées de la même manière, quoique leur position soit différente. Toutes les Crisies présentent des formes analogues entre elles, et qui rendent les Polypiers de ce groupe faciles à distinguer; leur substance est en général calcaire, avec des articulations plus ou moins cornées. La couleur varie peu dans les Crisies desséchées; c'est un blanc plus on moins sale, quelquefois très - pur, d'autres fois tirant sur le jaune ou le violet. La grandeur ordinaire est de quatre à six centimètres; dans quelques espèces, elle est environ d'un dècimètre; nous n'en connaissons pas au - dessus de cette hauteur. Les Cellaires ne sont jamais parasites sur les Hydrophytes, tandis que la plupart des Crisies semblent se plaire exclusivement sur ces Végétaux qu'elles embellissent de leurs petites touffes

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blanches et crétacées; on les trouve à toutes les époques de l'année dans les mers tempérées de l'hémisphère boréal; elles sont rares dans les climats froids ainsi que dans les mers équatoriales; au-delà du tropique du capricorne, elles se représentent de nouveau, mais avec trois cellules sur la même face; très-peu se rapprochent de celles d'Europe; leur existence dans lous les lieux paraît dépendre de celle de la Plante marine sur laquelle elles se fixent. Elles ne sont d'aucun usage ni dans les arts ni dans l'économie domestique. Nous avons remarqué qu'il se trouvait une grande quantité de ces productions animales dans la Mousse de Corse de quelques pharmacies, sans que sa qualité en fût altérée.

CRISIE IVOIRE, Crisia eburnea, Lamx., Hist. Polyp., p. 138, n.224; Ellis Coral., p.54, tab. 21, fig. a, A. Joli petit Polypier remarquable par le blanc nacré de ses articulations séparées les unes des autres par un petit disque noirâtre; il forme des touffes nombreuses sur les Hydrophytes et les Polypiers des mers d'Europe.

CRISIE VELUE, Crisia pilosa, Lamx., p.139, n.246; Cellulariapilosa, Pall. Elench., p. 72, n. 29. Sa tige est droite, dichotome, formée de cellules alternes, obliques, unilatérales, avec l'ouverture garnie d'un ou de deux poils longs et flexibles. Elle est assez commune sur les productions marines de la Méditerranée.

CRISIE FLUSTROÏDE, Crisia flustroïdea, Lamx., p. 141, n. 252; Ellis Corall., p. 119, tab.38, fig. 7, G, N. Frondescente, plane, tronquée aux extrémités, couverte de cellules allongées avec deux petites dents au bord antérieur. Pallas la cite comme une variélé dela Ccllulaire aviculaire, quoiqu'elle en diffère beaucoup par sa ramification, son port, ainsi que par les cellules sur deux rangs au moins dans la Crisie flustroïde. Elle couvre de ses petites houppes des productions marines de tout genre; nous en avons même trouvé sur des Homards auxquels elles donnaient un aspect fort singulier.

CRISIE A TROIS CELLULES, Crsia tricyttara, Lamx., p.142, pl. 3, fig.1, A, B, C, Belle espece à articulations obliques, composees de deux ou trois rangs de cellules oblongues. Elle n'est pas rare sur les Hydrophytes des mers australes qui renferment d'autres espéces analogues à celles-ci, mais inédites et très-différentes de celles d'Europe.

CRISIE ÉLÉGANTE, Crisia elegans, Lamx., Gen. Polyp., p.6, tab. 65, fig. 4, 7. Sa tige se ramifie et se courbe avec grâce, caractère rare parmi les Crisies, en général presque pierreuses et roides; ses articulations sont peu distinctes et composées de cellules lyrées. Elle se trouve au cap de Bonne-Espérance.

Ce genre offre encore la CRISIE CILIÉE Lamx., p.138. Mers d'Europe. —CRISIE RABOTEUSE, Lamx., p.139. Mers d'Europe. — CRISIE ÉPINEUSE Lamx., p.140. Mers du Japon. — CRISIE RAMPANTE, Lamx., p. 140. Mers d'Europe. — CRISIE AVICULAIRE, Lamx., p. 141. Europe.—CRISIE TERNÉE, Lamx., p.142. Mers d'Ecosse. — CRISIE PLUMEUSE, Lamx., p.142. Mers d'Europe.

Les collections renferment encore beaucoup de Crisies non décrites.(LAM..X.)

CRISITE. BOT.PHAN. Pour Chrysitrix. V. ce mot.

CRISOCOME. BOT. PHAN. Pour Chrysocome. V. ce mot.

CRISOGONE. BOT. PHAN. Pour Chrysogone. V. ce mot.

CRISONIUM ET CRISSONIUM. BOT.PHAN. V. CRESSE.

CRISPITE. MIN. (De Lamétherie.) V. TITANE.

* CRISSAN. BOT. PHAN. Nom javanais d'une Cypéracée ou Graminée del'Inde, qui est le Carex Amboinica de Rumph et Schœnus paniculatus de Burman. (B.)

CRISTA. BOT. PHAN. Ce mot, qui en latin signifie crête, a été employé,

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soit seul, soit avec des épithétes, pour désigner diverses Plantes. Le Crista de Cæsalpin était le Melampyrum pratense et le Pedicularis tuberosa. Linné appelle ainsi un Cœsalpinia. Crista Galli encore est un Rhiuanthe et un Sainfoin, etc., etc. (B.)

CRISTAIRE. Cristaria. BOT. PHAN. Genre de la famille des Malvacées et de la Monadelphie Polyandrie, proposé par Cavanilles et adopté par Persoon ct Pursh, qui y ont chacun ajouté une espèce nouvelle. Voici les caractères de ce genre: son calice est simple, à cinq divisions profondes, lancéolées et aiguës sa corolle est formée de cinq pétales onguiculés à leur base; les étamines sont trèsnombreuses et monadelphes; l'ovaire est arrondi, déprimé, multiloculaire, surmonté d'un grand nombre de styles qui correspondent chacun à une loge.

Le fruit se compose d'autant de capsules uniloculaires, réniformes, rapprochées les unes contre les autres latéralement, qu'il y a de styles; chacune d'elles est percée d'un trou sur ses deux côtés et surmontée de deux ailes membraneuses redressées. Ce genre est fort voisin des Sida et des Anoda. Il se compose de trois espèces originaires du Chili et du Pérou. L'une, Cristaria glaucophylla, est fígurée par Cavanilles (Icon., 5, p.11, t.418). Une seconde a été décrite et figurée avec soin par L'Héritier (Stirpes, 1, p.119, t.57).

Sonnerat, dans son Voyage aux Indes, a décrit et figuré (vol. 2, p. 247, t.140) sous le nom de Cristaria Coccinea le Combretum purpureum, Willd. V. COMBRET. (A. R.)

CRISTAL. MIN. Mot tiré du grec Krustallos, dont le sens est Eau congelée; c'était le nom que les anciens donnaient à la variélé incolore de Quartz-Hyalin, qu'ils regardaient comme provenant d'une eau quiavait subi une forte congélation. C'est par l'effet d'unc semblable comparnison que dans les arts on applique aujourd'hui le même nom à cette espèce de Verre blanc, très-pesant, dont on fait des vases, ct que l'on emploie à la garniture des lustres. Anciennemeut le mot de Cristal rappelait l'idée d'un certain corps régulier, savoir d'un prisme hexaèdre terminé par deux pyramides à six faces; dans la suite, le même nom a été appliqué par extension à tous les autres corps naturels, qui se montraient aussi sous desformes géométriques. V. CRISTALLISATION. (G. DEL.)

CRISTALLINE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Mesembryanthemum cristallinum, L. (B.)

CRISTALLISATION ET CRISTALLOGRAPHIE. MIN. Parmi les différens modes d'équilibre auxquels parviennent les molécules homogènes des corps inorganiques pendant l'acte de leur solidification, et qui donnent lieu à ces nombreuses variétés de texture observées dans les individus d'une même espèce minérale, il en est un sur lequel influent particulièrement les forces d'attraction dé pendantes de la forme de ces molécules, et qui réunit à un ensemble de propriétés remarquables l'avantage de pouvoir être défini d'une manière géométrique. Telle est en effet la condition générale à laquelle eet équilibre est assujetti, que les particules similaires dont le solide est l'assemblage sont toutes situées parallèlement les unes aux autres, en même temps qu'elles sont espacées symétriquement entre elles. Leurs faces homologues, leurs axes correspondaus, sont tournés dans le même sens, et leurs centres de gravité sont aligués sur des plans suivant un certain nombre de directions fixes

Cette agrégation régulière des particules intégrantes d'un corps est ce qu'on nomme Cristallisation: elle se manifeste à nos yeux par des caractères qui la distinguent nettement de l'agrégation irrégulière et confuse. Ces caractères sont: une structure laminaire à l'intérieur, dans plusieurs sens à la fois, et à l'extérieur une configuration polyédrique qui est

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toujours en rapport avec la structure interne. D'autres indices non moins sûrs de cet arrangement compassé des molécules d'un corps, se joignent aux caractères précédens, ou même suppléent à leurabsence dans certains cas. Telles sont les actions diverses qu'éprouvent les rayons lumineux dans leur passage à travers les inter stices de ces molécules, suivant les sens différens dans lesquels ils les péBòtrent, actions dont nous étudierons les effets en détail dans un article à port, en même temps que nous montresour leur parfait accord avec les phénomènes importans que nous alloss exposer. (V. RÉFRACTION DOUBLE.)

Tout Cristal, c'est-à-dire tout corps que la Cristallisation a marqué de son empreinte, est susceptible d'ètre divisé mécaniquement ou de se séparer par la percussion en une multitude de la mes planes parallèles entre elles. Ce mode particulier de division ou de cassure, que l'on désigne communément parle nom de clivage, se répète avec plus ou moins de facilité dans un certain nombre de directions, en sorte que si l'on considère isolément ces différens sens de clivage, on peut se figurer le Cristal comme étant dans ehacun d'eux un assemblage de lames planes superposées les unes aux autres, tandis qu au contraire, si l'on a égard à lous les sens de clivage à la fois, on peut se représenler le même Cristal comme une succession de couches ou d'enveloppes polyédriques qui se recouvrent mutuellement depuis le centre jusqu'à la surface. Quant à la forme extérieure, elle est toujours celle d'un polyèdre, soit régulier, soit simplement symétrique, c'est-à-dire terminé par des faces égales et parallèles deux à deux. Quelquefois elle ressemble à celle du solide intérieur, ou de cette espèce de noyau central que détermine l'ensemble des plans de clivage; mais le plus souvcnt elle en diffère, el elle éprouve dans la même espèce, c'està-dire dans une série de Crista ux composés de molécules identiques, des variations assez grandes, sournises tontefois à certaines règles que nous feron s bientôt connaître.

Mais avant de passer à l'examen de ces résultats généraux déduits de l'observation des formes extérieures, considérons le Cristal en lui-inême, ou relativement à. sa structure polyédrique, et pour nous rendre facilement compte de cetto structure, prenons pour exemple le cas le plus simple et le plus ordinaire, celui dans lequel le clivage a lieu dans trois directions seulement. Nous supposons donc le Cristal divisible dans ces trois sens, suivant des plans parfaitement lisses que nous nommerons avec Haüy joints naturels, parce qu'ils passent entre ses lames composantes. Ces joints ne sont pas le produit immédiat de l'opération mécanique que subit le corps. Ils préexistaient dans le Cristal encore intact, et le clivage ne fait réellement que les mettre à découvert. On est donc conduit à se représenter la matière de ce Cristal comme naturellement divisée par trois séries de plans parallèles en petits parallélipipèdes, tous de la même forme, et c'est ce que l'observation directe paraît confirmer. En effet, si uous frappons avec un marteau sur ce Cristal, nous le verrons se partager aussitôt en fragmens réguliers d'une figure constante, qui seront par exemple des rhomboïdes de cent cinq degrés environ, sile Cristal appartient au Spath d'Islande. Ces rhomboïdes, à leur tour, se sépareront en d'autres rhomboïdes plus petits, lesquels se subdiviseront ultérieurement en fragmens toujours semblables, et en poursnivant l'opération de la même manière nous finirons par obtenir des corpuscules rhomboïdaux qui échapperont à nos sens par leur extrême petitesse. Au-delà de ce terme apparent, uniquement relatif à l'imperfection de nos organes, l'analogie nous porte à continuer par la pensée les mêmes divisions successives. Mais il faut bien que ces divisions aicnt des bornes réelles si la matière est physiquement composée d'atômes, comme le suppo-

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sent toutes nos théories. Allons jusqu'à cette limite, et nousaurons, en aerniére analyse, décomposé le Cristal en rhomboïdes élémentaires dont tel était l'assortiment dans le Cristal entier, que leurs faces se trouvaient de niveau dans le sens des plans de clivage, en sorte que nous pourrons nous représenter ce Cristal comme étant un assemblage de rhomboïdes égaux et juxtaposés par leurs faces.

Cette maniére de concevoir la structure des Cristaux comme une agrégation de particules réunies entre elles par des plans, paraît la plus simple et la plus naturelle lorsqu'on ne considère que le résultat sensible de l'espèce d'anatomie que nous venons d'exécuter, et qu'on fait abstraction des données particulières que peut fournir la physique sur la constitution moléculaire des corps. En effet, elle suppose que les choses sont en elles-mêmes telles qu'elles s'offrent à nos observations, et l'on ne peut, par conséquent, lui refuser une sorte de réalité apparente; aussi a-t-elle été admise (au moins hypothétiquement) par Haüy, comme base de ses explications théoriques des phénomènes de la Cristallisation, et comme fondement de toutes ses déterminations cristallographiques, auxquelles elle ne peut d'ailleurs rien ôter de leur certitude, ainsi que nous le prouverons dans le cours de cet article. Mais, à considérer la chose sous le point de vue de la physique, il répugne aux notions que nous avons des effets généraux de l'attraction moléculaire, et de la variété des combinaisons auxquelles elle donne naissance, que la forme polyédrique puisse convenir à la fois aux élémens des corps simples et à cette multitude d'élémens composés de différens ordres qui résultent du concours de leurs affinités mutuelles, et qui ue sont probablement que des aggrégats de parties simples en équilibre autour d'un centre. Il est plus conforme aux lois de la mécanique de se représenter ces élémens comme des corpuscules sphéroï daux, ayant des pôles de diverse force, ou, si l'on veut, des axes différens, qui déterminent les directions de plus grande ou de moindre affinité. Il importe donc de remarquer ici que la division par plans, qui est un des caractères essentiels des Cristaux, n'entraine pas nécessairement l'existence de molécules polyédriques juxtaposées par leurs faces, et que les joints uaturels qu'ils présentent sont moins la conséquence immédiate de la forme des molécules que de la maniére symétrique dont elles sont espacées entre elles, en sorte que l'on concoit que ces joints subsisteraient encore si toutes les molécules, sans changer de place, étaient réduites à leurs centres de gravité. Il résulte en effet de la disposition en quinconce et du parallélisme des élémens d'un Cristal, que sa masse est traversée par des fissures planes dans une infinite de sens, suivant lesquels les élémens se tiennent avec des degrés de force plus ou moins considérables. Vient-on à rompre leur équilibre pan un effort extérieur, ils tendent alors à se séparer en couches régulières dans les directions de la moindre cohérence.

Ce qu'on nomme joint naturel n'est donc rien autre chose qu'un plan mené dans l'une de ces directions, et qui touche à la fois dans des points correspondans toutes les molécules des diverses fil?s ou rangées dont se compose une même laiue. Par conséquent, les petits solides qui résultent de la combinaison des différens joints naturels, et qu'on suppose donner les véritables formes des molécules, ne représentent réellement que des polyèdres circonscrits à ces molécules, mais qui peuvent en tenir lieu comme élément de la structure et comme caractère spécifique, parce qu'ils sont invariablement liés avec elles par leurs dimensions.

L'explicalion précédente de la structure des Cristaux et de leur constitution moléculaire, laisse un plus grand nombre de chances aux proportions variées des combinaisons

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chimiques, et permet d'entrevoir la possibilité d'une relation entre la composition atomistique et la forme cristalline, telle qu'elle paraît résulter des curieuses recherches de Mitscherlich. En effet, que l'on suppose deux sels dont la formule de composition soit la même, ou qui renferment des nombres égaux d'atômes de base et d'acide. Si l'acide est de même nature dans les deux sels, et si les bases qui les différencient sont d'ailleurs chimiquement équivalentes, ou du moins très-voisines par leurs affinités, on concevra sans peine que ces élémens, dont les uns sont identiques, les autres analogues, étant en pareil nombre de part et d'autre, se réunissent entre eux de la même manière, et produisent par leur assortiment des molécules complexes de forme à peu près semblable, dont 1es forces de cohésion soient peu différentes. Dans ce cas les deux sels devront présenter des Cristaux du même genre, qui seront très-rapprochés par les mesures de leurs angles. Des molécules isomorphes de nature diverse pourront même cristalliser ensemble, ou les unes au milieu des autres, comme si elles étaient de la même espèce, et ce mélange pourra avoir lieu en toutes proportions sans qu'il en résulte dans la forme du mixte des variations sensibles.

Ce que nous avons dit de la différence de force avec laquelle les lames d'un Cristal adhèrent les unes aux autres, suivant la direction qu'elles ont dans l'intérieur dela masse, donne lieu à distinguer les clivages, ou les joints naturels sensibles, en divers ordres d'après le degré de netteté ou de facilité avec lequel on peut les obtenir; mais remarquons auparavant que dans un Cristal le même clivage est souvent multiple, ou se répète en plusieurs sens avec une égale netteté. Ce cas est celui des clivages parallèles aux faces du rhomboïde de la Chaux carbonatée, de l'octaèdre du Spath fluor, du cube de la Galène, etc. En général, lorsque le nombre des clivages également nets est suffisant pour qu'il puisse résulter de leur combinaison un polyèdre complet, ce solide est toujours une forme simple, régulière ou symétrique, c'est-à-dire terminée par des faces égales, semblables et semblablement placées par rapport à un point ou à un axe central. Le clivage le plus apparent, soit simple, soit multiple, que présente une substance cristallisée lorsqu'elle est pure et transparente, est son clivage principal ou du premier ordre: tel est celui qui donne les faces du rhomboïde ordinaire de la Chaux carbonatée. Mais ce même rhomboïde laisse quelquefois apercevoir des clivages secondaires parallèles à ses bords supérieurs ou à son axe, et beaucoup moins sensibles que le premier. Lorsque les joints naturels d'un ordre élevé ne se montrent ainsi qu'accidentellement, et le plus souvent sous l'influence d'une substance étrangère régulièrement interposée entre les couches du Cristal, on les désigne par le nom de joints surnuméraires. Si le clivage principal n'a lieu que dans une ou deux directions seulement, auxquels cas il ne peut plus produire par lui-même de forme simple et complète; il se combine alors avec des clivages de différens ordres, et le noyau résultant de leur ensemble est composé d'autant de sortes de faces, distinguées par leurs figures et par leurs positions, qu'il y a d'ordres différens de clivages. Dans ces cas, on observe fréquemment une grande inégalité d'éclat entre les divers joints naturels, dont quelques-uns ne peuvent plus s'obtenir d'une manière continue, et ne se reconnaissent qu'à la coïncidence des reflets qui partent d'une multitude de petites lames parallèles, et que l'on voit briller dans les fractures du Cristal, lorsqu'on le présente à une vive lumière.

Ce qui précède suffit pour donner une idée de l'importance dont peut être la considération de la structure cristalline, relativement à la distinction des espèces minérales. Cette structure est une sorte d'organisation

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constante pour chaque espèce, mais variable d'une espèce à l'autre par des différences que l'on peut apprécier avec une exactitude rigoureuse. La détermination de cette structure est en effet toute géométrique, puisqu'elle se réduit à celle du solide de clivage, ou de cette espèce de noyau polyédrique que l'on peut concevoir inscrit dans chaque Cristal, et qui est donné par la réunion de ses principaux joints naturels. On arrive à la connaissance de ce solide, en partie par l'observation directe des plans qui le terminent, en partie parl'étude delà forme extérieure, qui est le second caractère essentiel du Cristal. A la vérité cette forme est sujette à varier dans les différens Cristaux d'une même espèce; mais cette variation est soumise à des lois qui la restreignent dans de justes limites, de manière qu'à chaque solide de clivage correspond un ensemble de formes qui lui est propre. Toutes ces formes ont avec lui, et conséquemment entre elles, des relations qui permettent de les déduire les uties des autres. Ou peut regarder leur noyau comme une unité à laquelle on les ramène, ou comme une sorte de moyen terme qui sert à les comparer plus aisément.

Venons maintenant aux résultats généraux d'observation qui sont relatifs aux formes extérieures des Cristaux. Sous ce rapport, la Cristallisation peut être considérée de deux manières: ou géométriquement, en ce qui concerne les relations mathématiques des différentes formes entre elles, ou physiquement, en ce qui concerne les causes de leurs variations dans la même espèce. Nous traiterons en premier lieu de la Cristallisation considérée géométriquement, la seule qui intéresse la minéralogie proprement dite. On sait tout ce que cette belle partie de la science doit aux profondes recherches de l'abbé Haüy, que l'on peut regarder, à si juste titre, comme le fondateur de la Cristallographie. Présenter l'histoire de nos connaissances en ce genre, c'est pour ainsi dire faire une analyse complète des travaux de ce savant illustre, dont la vie tout entière a été consacrée au perfectionnement de son ingénieuse théorie, Nous nous bornerons à résumer ici rapidement, et dans l'ordre qui paraît le plus naturel, les résultats de ces importans travaux, en renvoyant le lecteur, pour les développemens nécessaires, an Traité de Cristallographie, publié en 1822, où ces résultats ont été exposés avec tout le soin convenable. Nous parlerons ensuite des différens points de vue sous lesquels ce sujet intéressant a été envisagé par quelques minéralogistes, et principalement par ceux de l'école allemande.

Examinons d'abord quels sont les faits généraux donnés par la simple observation des Cristaux naturels. Le premier consiste dans la diversité des formes sous lesquelles la même substance peut s'offrir. La Chaux carbonatée, par exemple, prend, suivant les circonstances, la forme d'un rhomboïde, celle d'un prisme à six pans, celle d'un dodécaèdre à triangles scalènes, celle d'un autre dodécaèdre à faces pentagonales, etc.Le Fer sulfuré cristallise tantôt en cube, tantôt en octaèdre régulier, souvent en dodécaèdre, dont les faces sont des pentagones, ou en icosaèdre à faces triangulaires. On rencontre quelquefois le même Minéral sous des formes du même genre, mais distinguées entre elles par la mesure de leurs angles. Ainsi la Chaux carbonatée présente un certain nombre de rhomboïdes dont les uns sont aigus et les autres obtus. Ces variations remarquables que subissent les formes des Cristaux originaires d'une même espèce, ne se font point au hasard, ni par nuances insensibles. Il y a constance dans les angles de chacune des formes en particulier, comme il est aisé de le reconnaître sur les individus semblables qui proviennent de diverses localités: et si l'on compare entre elles des formes du même genre, mais dissemblables, on trouve toujours entre leurs angles des différences appréciables et constantes.

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Celle invariabilité dans les inclinaisons des faces des Cristnux est un second fait d'observation, de la plus haule importance en Cristallographie, et qui a été constaté pour la première fois par les travaux de Romé de l'Isle. Il fournit au minéralogiste un caraclère d'une grande précision, et qui a sur tous les autres l'avantage d'être comme un point fixe au milieu des diverses causes qui allèrent suit la composition, soit la symétrie des Cristaux. Mais on sent que, pour en l'aire usage, il est indispensable d'avoir des moyens de mesurer les angles do Cristaux avec beaucoup d'exactitude. On emploie à cet offet des instrumens nommès Goniomètres, et qui sont de deux sortes: les uns prennent l'ouverture de l'angle que l'on cherche en s'appliquant immédiatement sur les faces du Cristal. Les autres en donnent indirectement la valcur, à l'aide de la réflection d'un objet lointain et linéaire sur ce, mêmes faces, lorsqu'elles sont miroitantes. Nous ne dirons rien ici de ta manière d'opérer avec ces instrmnens, dont la description se trouve dans la plupart des traités de minéralogie d'une publication récente. De même, dans l'exposé qui va suivre, nous nous abstiendrons de définir autrement que par leur simple dénomination, les divers solides dont nous aurons à parler, parce qu'ils sont tous décrits et figurés avec toin dans les ouvrages de Cristallographie.

Le principe de la constance des angles dans chacune des formes diverses d'un Minéral, semble annoncer que leurs variations ont été soumises à des règles d'après lesquelles toutes ces formes sont liées outre elles daul la même espèce. Aussi, quelque désparates quesoient au premier abord Ies Cristaux d'une substanco, lorsqu'on les rappiocliel'un de l'autre ou hasard, ou s'aperçoit aisément, en ler cornparant tous ensemble avec attention, qu'ils ne sont en réalité que des modifications les uns des autres, titres, et qu'un peut les ordonner en une série qui rende sensible le passage graduel de l'une des formes regardée comme primitive ou fondamentale à toutes les antres qui, relativement à celle, sont les formes secondaires ou les dérivées, Les modifications qui caractérisent chacun des termes de cette série, consistent dans le remplacement des bords ou des angles de l'un des termes précédens, par des facettes qui d'abord tièi-pelîtes, etn' altérant que faiblement la forme à laquelle elles s'ajoutent, augmentent peu à peu d'étendue aux dépens des faces primordiales, jusqu à ce que celles-cidisparaissent entièbrement, auquel cas on obtient un solide tout nouveau, qui n'a plus rien de commun avec le premier. Dans la succession des formes intermédiaires, composées de deux ordres différent de faces, toutes celles qui se rapprochent de l'une des deux extrèmes, portent plus particulièrement son empreinte: on dit alors que celte forme est dominante dans le Cristal, et l'on comprend sous le nom de mortifications toute les facettes additionnelles qui mènent à l'autre forme par leur extension progressive. On voit d'après cela que l'ensemble des formes etistallines qui se rencontrent dans la même espèce, se partage en formes complètes, sans modifications, et eu formes dominantes avec modifications, offrant, les passages des premiers solides les uns aux autres.

Les facettes qui modifient une forme dominante quelconque, sont assujetties dans leur disposition générale à une loi, à laquelle Italiy a donné le nom de loi de symétrie, et qui consiste en ce que les bonis ouïes angles solides de cette forme qui sont identiques entre eux, reçoivent tous à la fois les mêmes modifications tan lis que les bords ou angles qui diffèrent, ne sont pas semblablement modifiés. De plus, les facelles particulières qui modifient telle arête on tel angle solide, sont eu rapport avec le nombre et la ligure des faces qui concourent à la formation de celte arête ou de cet angle solide. Si ces faces sont égides et semblables, ou

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bien la modification est simple, et alors clic résulte d'une seule facette également inclinée sur chaque face, ou bien elle est multiple et se compose alors de plusieurs facettes également disposées à l'égard des mêmes faces. Au contraire, si ces dernières sont inégales et dissemblables, la modification est simple et différemment inclinée sur chacune d'elles.

La loi que nous venons d'exposer est extrêmement importante, en ce qu'elle permet de circonscrire nettement et pour ainsi dire d'embrasser d'un seul coup-d'œil l'ensemble des variétés de formes, sous lesquelles un Minéral peut s'offrir. Il suffit en effet de connaître une seule des formes simples ou dominantes de la série, pour être en état de reproduire la série tout entière, par une gradation de passages d'un terme à l'autre, et en épuisant toutes les combinaisons possibles de facettes modifiantes, lesquelles combinaisons sont toujours en nombre très-limité, et dépendent du degré de symétrie qui règne entre les parties du type fondamental. On comprend sous le nom de Système de Cristallisation, toutes les formes qui peuvent ainsi se déduire les unes des autres et coexister dans la même espèce minérale. Il y a six principaux systèmes de Cristallisation, que nous distinguerons entre eux par leurs formes fondamentales, c'est-à-dire par celles que l'on emploie comme Bases de la dérivation de toutes les autres, et que l'on choisit ordinairement parmi les plus simples, telles que les prismes ou les octaèdres. Le choix de la forme fondamentale est d'ailleurs parfaitement arbitraire, puisque les rapports de symétrie qui servent à établir la dérivation, sont réciproques entre toutes les formes dominantes, ainsi auon le verra par les développemens dans lesquels nous allons entrer au sujet de chaque système.

I. Système de Cristallisation du cube, ou de l'octaèdre régulier.

La forme fondamentale de ce système ayant tous ses angles identiques ainsi que tous ses bords, la modification qui atteindra l'un des angles ou des bords, devra sc répéter sur tous les nulles. Nous nous bornerons à considérer ici les formes complètes qui résultent de chaque espèce de modification, supposée parvenue à sa limite: l° modification par une face sur lous les angles du cube; forme dérivée: octadèdre régulier. Ce dernier solide, modifié de la même manière, reproduira il le cuba. 2°. Modification par une face sur tous les bords; forme dérivée: dodécaèdre rhomboïdal. 3°. Modification par deux faces sur tous les bords; forme dérivée: hexatétraèdre, ou solide composé de vingtquatre triangles égaux et isosccles, offrant l'aspect d'un cube dont les six faces sont recouvertes de pyramides droites quadrangulaires. 4°. Modification sur les angles par trois faces tournées vers celles du cube; forme dérivée: solide composé de vingt-quatre trapézoïdes égaux et semblables. On n'en connaît qu'un seul dans la nature; c'est celui que l'on nomme plus particulièrement Tranézoèdre, et que reproduit le dodécaèdre rhomboidal par une modification simple sur tous ses bords. 5°. Modification sur les angles par trois faces tournées vers les arêtes du cube; forme dérivée: solide composé de vingt-quatre triangles égaux et isoscèles, offrant l'aspect d'un octaèdre régulier, dont les laces sont surmoulées de pyramides droites triangulaires. On voit que le même solide sc déduirait de l'octaèdre, par une modification double sur tous ses bords. 6°. Modification sur les angles par six faces, disposées deux à deux au-dessus de celles du cube; forme dérivée: solide composé de quarante-huit triangles scalèuos, offrant l'aspectd'un dodécaèdre rbomboidal, dont les faces sont recouvertes de pyramides droites quadrangu1aires.

Telles sont toutes les modifications symétriques, dont le cube est susceptible. Ainsi, les sept formes suivantes, le cube, l'octaèdre régulier, le dodé-

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caèdre rhomboïdal, le trapézoèdre, les deux espèces de solides à vingtquatre triangles isoscèles, et enfin le solide à quarante-huit triangles sca-lènts, sont les seules formes simples qui composent le premier système de Cristallisation. Ce sont du moins celles qui remplissent dans leur dérivation mutuelle toutes les conditions de la loi de symétrie que nous avons exposée plus haut. Il est encore d'autres formes quiont, avec les précédentes, des rapports évidens, et qui se rencoutrent avec plusieurs d'entre elles dans la même espèce, mais qu'on ne peut faire rentrer dans le système du cube, qu'en ajoutant une condition nouvelle à cette loi de symétrie. Ces formes s'obtiennent par la séparation de quelques-unes des premières en deux solides semblables, ayant chacun la moitié du nombre des faces de la forme entière, et se trouvaut l'un à l'égard du l'autre dans une position renversée. C'est ainsi que l'octaèdre originaire du cube peut être considéré comme une réunion de deux tétraèdres réguliers; l'hexatétraèdre, comme un assemblage de deux dodécaèdres à faces pentagonales symétriques, etc. Ces deux nouveaux polyèdres, savoir le tétraèdre régulier et le dodécaèdre à plans pentagones, peuvent être pris pour les types de deux systèmes secondaires, qui out leur existence propre dans la nature, et que nous allons essayer de développer ici eu peu de mots.

A. Système du tétraèdre régulier.

Ce solide fondamental ayant, comme le cube, tous ses bords égaux, et tous ses angles identiques, admet pareillement six espèces de modifications symétriques. La première a lieu par une seule face sur les bords; elle produit un cube. La seconde a lieu par deux faces sur les bords; son résultat est un dodécaèdre à triangles égaux et isoscèles, offrant l'aspect d un tétraèdre dont les faces sont surmontées de pyramides droites, triangulaires. On obtiendrait ce solide par la suppression de la moitié des faces du trapézoèdre. La troisième modification a lieu par une seule face sur les angles; elle reproduit le tétraèdre régulier dans uue position inverse, et par conséquent de sa combinaison avec les faces primitives doit résulter un octaèdre régulier. La quatrième modification a lien sur les angles par trois faces tournées vers celles du tétraèdre; elle conduit en général à un dodécaèdre à faces trapézoïdales, et dans un cas particulier au dodécaèdre à plans rhombes. La cinquième modification a lieu sur les angles par trois faces tournées vers les arêtes; elle rcproduit le dodécaèdre à triangles isoscèles, donné par la seconde modification, mais dans une position inverse; et de la combinaison de ces deux formes semblable résulte le trapézoedre. Enfin, la sixième modification a lieu sur les angles par six facettes disposées deux à deux au-dessus des faces primitives. Son résultat est un solide a vingt-quatre triangles isoscèles, analogue à celui que nous avons nommé plus haut hexatétraèdre. Telles sont les formes simples qui peuvent être dérivées du tétraèdre par des modifications symétriques. Parmi les espèces minérales connues, deux seulement se rapportent à ce système, savoir le Cuivre gris et le Zinc sulfuré.

B. Système du dodécaèdre pentagonal.

Ce solide, qui est la moitié da l'hexatétraèdre, est terminé par douze pentagones semblables, ayant chacun quatre côtés égaux, et un cinquième plus graud que les quatre autres et qu'on peu considérer comme la base du pentagoce. Le dodécaèdre peatagonal régulier, ou celui dans lequel tous les cotés des pentagones sciaient égaux, n'existe point parmi les Cristaux naturels; on n'y connait même qu'un seul dodécaèdre symétrique, quoiqu'on puisse aisément en concevoir uue infinité d'autres differens par la mesure de leurs angles. Ce solide a six graudes arètes dont chacnne sert de base à deux pentagones voisins, et qui sont identiques entre elles; elles sont situées

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deux à deux dans trois plans qui se coupent à angles droits. Les autres arêtes plus petites, au nombre de vingt-quatre, sont pareillement identiques entre elles, mais non avec les précédentes. Il y a deux espèces d'angles solides, savoir: huit angles composés de trois angles plans égaux, et douze autres composés de deux angles plans égaux, et d'un troisième plus ouvert. D'après cette disposition symétrique des parties du dodécaèdre, il est aisé de voir quelles sont les différentes modifications dont il est susceptible. Nous nous bornerons à citer pour exemples celles qui ont été observées dans la nature: 1° modification par une face sur les grandes arêtes; forme dérivée: le cube. 2°. Modification par vne face sur les huit angles de la première espèce; forme dérivée: octaèdre régulier. De la combinaison de cette forme avec la fondamentale résulte l'icosaèdre symétrique, composé de deux espèces de triangles, huit équilatéraux, et douze isoscèles. 3°. Modification sur les mêmes angles par trois faces tournées vers celles du dodécaèdre; forme dérivée: solide à vingt-quatre faces triangulaires isoscèles, portant l'empreinte de l'octaèdre. Ce solide, en se combinant avec les six faces du cube, donne le triacontaèdre, composé de six faces rhombes, et de vingt-quatre trapézoïdes irréguliers. 4°. Modification sur les mêmes angles par trois faces tournées vers les petites arêtes du dodécaèdre; forme dérivée: le trapézoèdre. 5°. Modification par une seule face sur les douze angles solides de la seconde espèce; forme dérivée: solide à douze faces trapézoïdales, qui, dans un cas particulier, devient le dodécaèdre à plans rhombes. Parmi les espèces minérales connues, deux seulement se rapportent au système du dodécaèdre pentagonal, savoir: le Fer sulfuré commun et le Cobalt gris. On voit que les deux systèmes secondaires dont nous venons de parler sont extrêmement rares dans la nature; le nombre des espèces qui rentrent dans le système régulier est beaucoup plus considérable; il s'élève presque jusqu'à trente.

II. Système de Cristallisation du prisme droit à base carrée, ou de l'octaèdre à base carrée.

La première de ces formes a deux espèces d'arêtes, les arêtes longitudinales et les arêtes des bases. Tous ses angles solides sont identiques, mais compris sous des faces de deux figures différentes. D'après cela, elle peut être modifiée: 1° par une simple face sur les arêtes des bases; forme dérivée: octaèdre à base carrée. 2°. Par une seule face sur les arêtes longitudinales; forme dérivée: prisme droit à base carrée, différent du premier par sa position; les sections principales des deux prismes étant à 45° l'une de l'autre. La combinaison des deux prismes donnerait un prisme octogone régulier, si leurs dimensions étaient respectivement égales. 3°. Par une seule face sur les angles; forme dérivée: octaèdre à hase carrée, ayant à l'égard du premier la même position relative que les deux prismes précédens ont l'un avec l'autre. De la combinaison des deux octaèdres peut résulter une pyramide double, régulière, à base octogone. 4°. Par deux faces sur les angles; forme dérivée: double pyramide à huit triangles scalènes, tous égaux entre eux. On connaît à peu près vingt espèçes minérales qui se rapportent au système de Cristallisation du prisme droit à base carrée. De ce nombre sont le Zircon, l'Idocrase, l'Harmotome, la Méionite, etc.

III. Système du prisme droit à base rectangle, ou de l'octaèdre rhomboïdal.

On peut prendre indifféremment pour type du troisième système le prisme ou l'octaèdre droit, à base rectangle ou rhombe; nous adopterons pour forme fondamentale le prisme rectangulaire. Ce prisme a tous ses angles identiques, mais composés de faces inégales; les arêtes

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sont de trois sortes: celles qui ont une même direction sont identiques cotre elles, et diffèrent de toutes les autres. D'après cetle corrélation des parties du prisme, il peut être modifié: 1° par une face sur chacun des quatre bords d'une même espèce. Cette modification, en se combinant avec les deux faces de la forme fondamentale dont les arêtes sont restées intactes, donne un prisme rhomboïdal droit; et comme une modification de cegenre peut avoir lieu sur chaque sorte d'arétes, il en résulte trois prismes rhomboïdaux qui diffèrent par leur position et par la mesure de leurs angles. Si ces modifications, au lieu de se combiner chacune avec deux faces de la forme fondamentale, se combinent deux à deux entreelles, elles produiront trois octaèdres rectangulaires, qui auront entre eux les mêmes positions relativesque les trois prismes rhomboïdaux dont nous venons de parler, c'est-à-dire que leurs axes se couperont mutuellement à angles droits. 2°. Le prisme rectangulaire peut être modifié par une face sur chacun des huit angles solides; le solide dérivé est un octaèdre rhomboïdal composé de huit triangles égaux et scalènes. Telles sont les formes simples auxquelles peuvent se ramener toutes celles qui font partie du troisième système de Cristallisation. Le nombre des espèces minérales qui se rapportent à ce système s'élève.à plus de quarante, parmi lesquelles se trouvent le Soufre, l'Arragonite, la Topaze, le Péridot, le Sulfate de Baryte, etc.

IV. Système du prisme droit à base obliquangle, ou du prisme oblique à base rectangle.

La forme fondamentale de ce système est composée de deux espèces de faces, savoir de quatre rectangles et de deux parallélogrammes obliquangles. Elle peut être considérée de deux manîères, suivant que la position de ces parallélogrammes est horizontale ou verticale. Dans le premier cas, elle se présente comme un prisme droit à base obliquangle, et dans le second cas, comme un prisme oblique rectangulaire. Ces deux espèces de prismes ne faisant réellement qu'un seul et mème solide, leurs systèmes de Cristallisation doivent être parfaitement identiques. Nous les réunirons ici en adoptant pour type unique le prisme droit irrégulier. Les angles solides de ce prisme sont égaux quatre à quatre, et formés chacun de trois faces inégales. Parmi les arêtes, celles qui sont horizontales et parallèles sont identiques; les bords verticaux ne sout égaux que deux à deux. D'après cette corrélation des parties du prisme, nous avons à distinguer trois espèces de modifications: 1° modification simple sur deux arêtes verticales opposées; elle transforme le solide fondamental en un prisme hexaèdre. Si les deux modifications relatives aux deux couples d'arêtes ont lieu simultanément, la forme qui en résulte est un second prisme droit à base obliquangle, de même hauteur que le premier, mais tourné dans un autre sens. 2°. Modification simple sur quatre arêtes horizontales et parallèles; forme dérivée: prisme oblique à base rhombe dans une position renversée. Une modification analogue sur les quatre autres arêtes horizontales donne un second prisme rhomboïdal tourné dans un sens différent. Si les deux modifications ont lieu simultanément, elles produisent un octaèdre droit à base obliquangle située horizontalement. 3°. Modification simple sur les quatre angles solides dont les sommets sont dans un même plan diagonal. En se combinant avec les pans de la forme fondamentale, elle donne naissance à un octaèdre dont la base est verticale. Une semblable modification sur les autres angles solides produit un second octaèdre à base verticale et tourné dans un sens différent. Si les deux modifications se combinant, on obtient encore un octaèdre à base obliquangle horizontale comme dans 1e cas de la seconde modification. Enfin, si les deux modifications sur les arêtes verticales ont

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lieu avec l'une ou l'autre des modifications sur les arêtes horizontales, il en résulte encore deux nouveaux octaèdres à base verticale. Ainsi les prismes droits à base obliquangle, les prismes obliques rhomboïdaux, les octaèdres droits à base de parallélogramme, sont les seules formes simples auxquelles se ramènent toutes celles du quatrième système de Cristallisation. Le nombre des espèces connues qui rentrent dans ce système est de seize au moins; parmi elles se trouvent le Feldspath, le Gypse, l'Epidote, le Pyroxène, l'Amphibole, l'Euclase, le Cuivre carbonaté bleu, etc.

V. Système du rhomboïde.

Ce solide fondamental est susceptible d'un grand nombre de modifications, qui s'identifient tellement dans leurs résultats que l'ensemble des formes simples du système peut se réduire à deux solides secondaires; encore l'un de ces solides peut-il être considéré comme un assemblage de deux solides égaux de la première espèce. Mais toutes les formes du même genre, qui résultent de modifications diverses, sont distinguées entre elles par leurs positions relatives dans les combinaisons. Le rhomboïde fondamental peut être modifié: 1° par une simple face sur les arêtes des sommets; forme dérivée: rhomboïde plus obtus que le générateur; 2° par une face sur les angles des sommets; cette modification produit deux faces horizontales qui deviennent les bases des Cristaux, dans lesquels elles se combinent avec d'autres formes; 3° par une face sur les bords inférieurs; le résultat est six plans verticaux également distans de l'axe, et qui forment avec les deux plans horizontaux da la modification précédente un prisme hexaèdre régulier; 4° par une face sur chacun des six angles latéraux, laquelle peut être tournée, soit vers les faces du rhomboïde, soit vers les arêtes; il en résulte six plans qui, en général, s'inclinent également trois à trois des deux côtés de l'axe, et produisent un rhomboïde; dans un cas particulier, les six plans sont parallèles à l'axe, et donnent naissance, par leur combinaison avec les faces de la seconde modification, à un autre prisme hexaèdre, qui est tourné de trente degrés dans le sens horizontal par rapport au premier.Le rhomboïde dérive peut être semblable au rhomboïde générateur, lorsqu'il se trouve Placé à sou égard en sens contraire; dans ce cas, les deux rhomboïdes, en se combinant, composent un dodécaèdre bipyramidal, formé de deux pyramides hexaèdres régulières, opposées base à base; 5° sur les angles des sommets par trois faces tournées, soit vers les plans, soit vers les arêtes du solide fondamental; forme dérivée: rhomboïde, dont la position varie dans l'un et l'autre cas; 6° par deux faces surlesarêtes des sommets; forme dérivée: dodécaèdre à triangles scalènes égaux, que l'on peut considérer comme la réunion de deux rhomboïdes égaux, disposés de manière que l'un est censé avoir tourné de 60° par rapport à l'autre autour de l'axe commun; 7° par deux faces sur les arêtes latérales; forme dérivée: autre dodécaèdre à triangles scatènes; 8° sur les angles latéraux, par deux faces reposant sur les arêtes des sommets; forme dérivée: dodécaèdre à triangles scalènes; 9° sur les angles des sommets, par six faces disposées deux à deux au-dessus des plans du solide fondamental; forme dérivée: nouveau dodécaèdre à triangles scalènes, qui peut se changer dans un cas en double pyramide droite hexaèdre.—On connaît environ trente espèces minérales, dont les Cristaux se rapportent au système du rhomboïde: parmi ces espèces se trouvent le Carbonate de chaux, l'Emeraude, etc.

VI. Systeme de Cristallisation du prisme quadrangulaire irrégulier ou de l'octaèdre irrégulier.

Nous n'avons pas besoin de développer ce système, dont le type n'offre de parties identiques que colles qui sont opposées l'une à l'autre, et n'ad-

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met par conséquent que des modifications simples, produisant chacune un couple de faces parallèles. En combinant ces modifications trois à trois ou quatre à quatre, on obtient des prismes ou des octaèdres irréguliers. Parmi le très-petit nombre de substances minérales, dont les Cristaux peuvent être rapportés à ce système, nous citerons l'Axinite et le Sulfate de cuivre.

Dans l'énumération rapide que nous venons de faire, des formes simples produites par les différentes sortes de modifications prises isolément, nous avons fait abstraction des variations qu'elles peuvent éprouver dans les mesures de leurs angles, pour ne considérer que le nombre et la disposition de leurs faces; mais nous n'avons ainsi que des types généraux auxquels se ramènent toutes les formes individuelles existantes dans la nature. Chacun de ces types comprend sous lui un certain nombre de variétés de la même espèce de solide; et tous ces polyèdres simples peuvent ensuite se combiner entre eux deux à deux, trois à trois, etc., pour donner naissance à des polyèdres très-composés. De-là ce nombre prodigieux de formes décrites par les minéralogistes, et que la Cristallographie nous apprend à distinguer nettement les unes des autres; car de même que la Cristallisation a prescrit des règles aux modifications qui altèrent complètement la forme d'un Mi néral, de même elle a soumis à des lois les simples changemens qu'une même espèce de forme éprouve dans l'assortiment de ses faces, en établissant des relations entre les angles variables de cette forme, et les dimensions constantes du solide fondamental. Ce sont ces relations mathématiques qui constituent ce qu'Haüy a nommé la Théorie de la structure des Cristaux. Nous allons essayer d'en développer les principes à l'aide du raisonnement seul.

Nous avons vu que les directions de clivage étaient constantes et en nombre déterminé dans tous les Cristaux originaires d'une même substance, quelles que fussent leurs formes extérieures; et que par conséquent ces Cristaux pouvaient être considérés comme composés intérieurement de lames planes, dans chacune de ces directions. Nous avons également remarqué que ces lames, prises par couples dans tous les sens de clivage à la fois, et combinées entre elles, donnaient une suite d'enveloppes polyédriques, superposées l'une à l'autre, et croissant en étendue sans changer de forme, depuis le centre du Cristal jusqu'au terme où elles atteignaient sa surface. Tous les Cristaux qui appartiennent à une même espèce minérale, reuferment done un solide de forme invariable, inscrit dans chacun d'eux, et qu'on peut en extraire à l'aide de la division mécanique. Haüy a donné à ce solide le nom de Noyau ou de forme primitive. Il se rencontre quelquefois comme produit immédiatde la Cristallisation. La forme du noyau, qui est constante dans les Cristaux composés des mêmes molécules, varie en général d'une espèce à l'autre, soit par le nombre et par la figure de ses faces, soit seulement par la mesure de lèurs incideuces mutuelles. Les noyaux de toutes les substances connues se rapportent aux cinq genres suivans: le parallélipipède, l'octaèdre, le tétraèdre régulier, le prisme hexaèdre pareillement régulier et le dodécaèdre rhomboïdal.

La molécule intégrante d'un Cristal est le dernier résultat de sa division mécanique, ou le solide le plus simple auquel on arrive en sous-divisant le noyau parallèlement à ses différentes faces. Si ce noyau est un parallélipipède, il est évident que sa sous-division donne de petits parallélipipèdes semblables à lui-même et réunis parleurs faces. Mais toutes les autres formes primitives, sous-divisées de la même manière, se résolvent en petits solides d'une forme différente. Dans le prisme hexaèdre régulier, les plans diagonaux étant parallèles aux faces latérales, il existe

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trois clivages qui passent par l'axe, et qui décomposent le prisme hexaèdre en six prismes triangulaires équilatéraux, réunis par leurs faces, et représentant les molécules intégrantes. Dans le dodécaèdre rhomboïdal, il y a six clivages qui passent par le centre, et qui sous-divisent le solide en vingt-quatre tétraèdres symétriques, réunis par leurs faces, lesquelles sont des triangles isoscèles tous égaux entre eux. Dans l'octaèdre et le tétraèdre, les clivages qui passent par le centre sont au nombre de quatre, et mènent à des solides partiels de deux formes différentes, savoir: des tétraèdres et des octaèdres. Mais comme on ne peut admettre deux sortes de molécules dans un même Cristal, Haüy choisit dans ce cas, pour représenter la forme élémentaire, le solide le plus simple ou le tétraèdre, et il suppose que les molécules, au licu d'être juxtaposées par leurs faces, comme dans les cas précédens, sont réunies par leurs bords de manière à laisser entre elles des vacuoles de figure octaèdre. C'est en effet la seule manière dont les tétraèdres réguliers puissent être symétriquement agrégés entre eux. On voit, par les details dans lesquels nous venons d'entrer, qu'il n'existe que trois formes de molécules intégrantes, employées par la Cristallisation comme élémens de la structure des corps polyédriques: ces formes sont le tétraèdre, le prisme triangulaire équilatéral et le perallélipipède. On peut même, par une considération ultérieure, les réduire à une seule qui est celle de ce dernier solide; car les prismes triangulaires et les tétraèdres sont toujours assortis de manière qu'étant pris deux à deux, ou six à six, ils composent des parallélipipèdes, en sorte que le Cristal peut être conçu comme un assemblage de ces mêmes parallélipipèdes juxta-posés par leurs faces. Ce sont des molécules du second ordre, qui remplacent les premières avec avantage dans les applications de la théorie. Haüy leur donne le nom de molécules soustractives; on sentira bientôt la raison de cette dénomination.

Ainsi, en dernière analyse, un Cristal quelconque peut être regardé comme un aggrégatde petits parallélipipèdes similaires, disposés parallèlement de manière que si on les suppose rapprochés jusqu'au contact, ils ne laissent aucun vide entre eux. Si l'on considère seulement ceux de ces parallélipipèdes dont les centres sont également espacés sur une même ligne droite, on aura ce qu'on appelle une file ou une rangée de molécules. Plusieurs rangées semblables, juxtaposées par leurs faces, composeront les lames cristallines; et ces lames, superposées entre elles, reproduiront la masse du Cristal. Les petits parallélipipèdes, les rangées linéaires de ces molécules, les lames planes formées de ces rangées, tels sont les divers élémens que nous avons à considérer dans la structure des Cristaux. Remarquons, avant d'aller plus loin, que l'on peut distinguer trois sortes de rangées de molécules. Dans la première, les molécules sont simples et réunies par leurs faces; la ligne qui traverse leurs centres est parallèle à l'un de leurs bords. Dans la seconde, les molécules sont pareillement simples, mais elles se réunissent par une de leurs arêtes, en formant des rentrées et des saillies alternatives; la ligne centrale est alors parallèle à l'une des diagonales de ces molécules. Enfin, dans la troisième espèce de rangée, les molécules sont composées, ou résultent du groupement des molécules simples deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, etc. Ces molécules composées se réunissent de même par leurs arêtes; mais la ligne centrale, passant par une de leurs diagonales, se trouve par cela même inclinée en même temps au côté et á la diagonale des molécules simples. On peut donc concevoir, dans une lame cristalline, des rangées de molécules dont la direction soit variable à l'infini, et inintermédiaire entre celle des bords et des diagonales de chaque malécule simple.

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Il est aisé maintenant de se rendre compte des différences que présentent dans leur structure les formes cristallines d'une même espèce minérale. Toutes ces formes ayant une partie constantequi est leur noyau, il ue s'agit que de déterminer la partie enveloppante qui varie pour chacune d'elles; or cette variation ne peut provenir que des changemens que subissent, dans leur figure et leur étendue, les lames cristallines qui s'élèvent pyramidalement au-dessus des faces du noyau. Ces lames doivent décroître en général par la soustraction régulière d'une ou de plusieurs rangées de molécules, puisqu'elles produisent, par la retraite successive de leurs bords, des faces planes, inclinées à celles du noyau; et ce décroissement uniforme doit avoir lieu tantôt parallèlement aux arêtes du solide primitif, tantôt parallèlement à ses diagonales, ou dans un sens quelconque intermédiaire, puisque les faces du solide secondaire circonscrivent le noyau dans toutes sortes de directions, en le touchant, soit par un de ses bords, soit par un de ses angles. Haüy donne le nom de Décroissemens sur les bords à ceux qui se font par la soustraction de rangées parallèles aux bords; celui de Décroissemens sur les angles à ceux dans lesquels les rangées soustraites sout parallèles aux diagonales; et celui de Décroissemens intermédiaires à ceux dans lesquels la direction de ces rangées est inclinée en même temps au côté et à la diagonale. Les lames successives sur lesquelles le décroissement opère uniformément, sont tantôt simples ou n'ayant que l'épaisseur d'une seule molécule, et tantôt composées de plusieurs lames simples qui sont censées n'en faire qu'une. Dans le premier cas, la quantité qui indique la loidudécroissement ou lenombre de rangées soustraites est toujours un nombre entier; dans le second cas on lui donne la forme d'une fraction dont le numérateur représente le nombre de rangées soustraites dans le sens de la largeur de la lame, el le dénominateur celui des rangées soustraites dans le sens de la hauteur. L'expérience prouve que les lois de décroissement dans les Cristaux naturels sont toujours extrêmement simples ou exprimées par les plus petits nombres, tels que 1, 2, 1/2, etc., et que celles dont l'expression est la plus simple sont en même temps les plus ordinaires. Lorsqu'on connaît la loi d'un décroissement et les dimensions du solide primitif, la face qui en résulte est par-là même déterminée, et le calcul de ses inclinaisons sur les faces du noyau se réduit à la solution d'un problème de trigonométrie.

La manière dont nous venons de concevoir la génération des formes secondaires suppose que la forme primitive est modifiée par une addition de lames empilées sur ses différentes faces. On pourrait imaginer au contraire qu'au lieu de s'accroître elle diminue par la soustraction de plusieurs rangées de molécules dont l'effet serait de tronquer ses arêtes ou ses angles solides, et de les remplacer par de nouveaux plans. Ces plans retrancheraient alors du solide primitif de petites pyramides ou des espèces de coins dont les dimensions seraient en rapport avec les nombres de rangées soustraites à la naissance du décroissement, et l'on déterminerait la position de chaque plan par le calcul des angles du solide retranché. Ce calcul ne présente aucune difficulté. Mais il ne suffit pas souvent de connaître les incidences de ces plans sur les faces du noyau. Il importe encore de calculer les incidences mutuelles des faces secondaires, soit d'un même ordre, soit de différens ordres. C'est à quoi l'on parvient à l'aide de la trigonométrie sphérique, ou de formules algébriques préparées pour cet objet. Haüy a construit des formules de ce genre qui peuvent servir avec avantage dans la solution des principaux problèmes de la Cristallographie. Cependant la multiplicité des cas différens auxquels il applique des formules particulières.

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restreint beaucoup leur degré de généralité. Pour en obtenir une qui convienne à tous les cas à la fois, et donne immédiatement l'angle de deux faces quelconques dont la génération est connue, il faut avoir recours au seul moyen que fournit la géométrie de Descartes, et qui consiste à rapporter les positions de toutes les faces cristallines à trois axes fixes pris dans l'intérieur du noyau. Lame a déjà indiqué ce moyen aux cristallographes dans un des numéros des Annales des Mines (V.T.IV, p. 69); mais il s'est contenté de généraliser la formule ordinaire de l'inclinaison de deux plans, en supposant les axes obliques, et en les dirigeant constamment dans le sens des côtés de la molécule soustractive. Cette formule devient alors d'une complication telle, qu'on peut à peine la développer dans son entier, et elle renferme, sous le signe radical, des lignes trigonométriques dont l'expression est elle-même irrationnelle, ce qui rend la solution presque impossible. Pour avoir une formule simple et praticable, il faut que les axes soient rectangulaires; alors elle n'est plus fonction que de neuf quantités élevées au carré, savoir: trois constantes qui représentent les dimensions du solide primitif parallèlement aux axes, et six variables qui mesurent les effets des décroissemens dans le sens des mêmes axes. On appréciera l'avantage de cette formule si l'on fait attention que plus des deux tiers des substances connues se rapportent à un système de Cristallisation rectangulaire, et qu'ainsi elle est à leur égard d'une application immédiate. Les autres substances, à l'exception d'nn très-petit nombre, peuvent se ramener à un système en partie rectangulaire, tel que celui du prisme rectangle à base oblique dans lequel deux des trois axes sont encore dé terminés par la nature du solide primitif. On fait usage de la formule dans ce cas, après avoir préalablement substitué un noyau hypothétique entièrement rectangulaire au véritable noyau, ce qui revient à opérer ce que les géomètres appellent un changement de coordonnées.

Nous venons de voir en quoi consistent les relations dont nous avons parlé plus haut, entre les inclinaisons variables des faces secondaires et les dimensions constantes du solide primitif; comment ces relations s'établissent au moyen de certaines indéterminées qui représentent l'effet initial des décroissemens sur les côtés du noyau, et ne varient qu'entre des limites très-resserrées, en restant toujours simples et rationnelles; comment enfin ces mêmes relations peuvent s'exprimer de la manière la plus générale par une seule formule analytique. Cette formule fournit la solution de deux problèmes inverses l'un de l'autre. Le premier a pour but de calculer toutes les formes secondaires possibles d'une substance, d'après la forme primitive supposée connue; le second consiste à retrouver les dimensions de cette forme primitive en partant des formes secondaires déterminées par l'expérience. Ce dernier est d'une grande importance en Cristallographie; car, s'il est quelques formes primitives dont les dimensions soient données à priori ou par la seule observation du clivage, il en est d'autres que la division mécanique ne fait connaître qu'imparfaitement, et pour lesquelles il est absolument indispensable d'avoir recours au calcul. V., pour la manière de résoudre ce problème, le Traité de Cristallographie d'Haüy (T. II, p. 340).

Si l'on compare entre elles toutes les formes secondaires du même genre qui proviennent d'une même forme primitive, on trouve qu'elles composent des séries dont tous les termes se déduisent les uns des autres par le même procédé, et sont liés entre eux par une même loi mathématique, en sorte qu'il suffit d'en connaître un seul pour pouvoir les connaître tous. On peut même obtenir directement la relation qui existe entre les formes séparées par un nom-

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bre quelconque de formes intermédiaires; et celle relation fournit un caraclève général pour reconnaitre de suite si une forme donnée se trouve comprise ou non dans une certaine série. Malus est le premier savant qui ait enseigné la génération et le calcul de ces séries, du moins en ce qui concerne les formes rhomboïdales (V. sa Théorie de la double réfraction i Paris, 1810, pages 121 et 258). Haiiy el Weiss en out également tait mention dams leura ouvrages.

Mohs a fondé sur l'existence de semblables séries dans chaque espèce de formes secondaires simples, le principal caractère distinctif des systèmes de Cristallisation. Les formes qu'il regarde comme simples, sont celles que terminent des faces parfailementidentiques, c'est-à-direégales, semblables et semblablement placées. Tels sont les rhomboïdes et les doublcepyramides à quatre, ou six, ou huis triangles isoscèlcs ou scalènes. Les formes compasées résullent de l'assemblage de diftérens ordres de faces, dont chacun appartient à une forme simple particulière: Molis leur donne le nom de combinaisons. L'nnalyse ou le développement des combinaisons est, suivant lui, l'un des points les plus importuns de la Cristallographie. Ce développement se réduit a montrer quelles sont les formes simples qui entrent daus une combinaison, dans quels repports de position ces formes sont l'une á l'égard de l'autre, et quel rang elles occupent dans les séries dont elles font partie. Tous les termes de chaque série procèdent suivant des lois constantes, qui permettent d'en calculer un quelconque, lorsque son rang est connu. Mobs considère d'abord la série de rhomboïdes dont telle est la loi de dérivation, que les faces de chacun d'eux sont tangenies aux arêtes de celui qui précède. Tous ces rhomboïdes ont alors le mème axe, et diffèrent par leurs protections horizontales. Mais sil'on fait varier leurs volumes, de manière qu'ils aient tous 1a même projection, les axes suivrout entre eux la progression géomélrique 1, 2, 4, 8., etc.; et celuide la forme dérivée dont le rang est marqué par le nombre n, sera égal à l'axe de la forme fondamentale multiplié par la puissance n de a. Quand on connaît dans un rhomboïde le rapport de Taxe an cüté de la projection horizontale, ce rhomboïde est parfailement déterminé: or, le côté de la projection horizontale, étantle même pour tous les termes de la séric, doit être regardé comme égal â t'unité; le nombre qui marque le rang d'un terme, fait connaître l'axe de ce terme; donc il en est le véritable sigue cristallographique. La série que nous venons de considérer, se prolonge de part et d'autre de la forme londamentale, vers des limites qa'clle atteint loisque le nombre n devient infini. Ces limites ne sont autre chose que des prismes hexaèdres réguliers, dont l'axe est infiniment grand ou infiniment petit, c'est-à-dire qu'elles donnen L les pans et les bases des formes prismatiques que l'on observe dans le système rhomboédrique. On doit distinguer dans les différens termes d'une même série leur position relative, telle qu'elle est amenée par la dérivation: deux rhomboïdes sont en position parallèle, lorsque leurs faces sont dirigées dans le mème sens; ils sont en position tournée (in verwendeler Stellung), lorsque les faces de l'un sont tournées vers les arêtes de l'autre; alors leurs sections principales s'inclinent sous un angle de Go° 0n de 180°. En général, deux termes d'une série, entre lesquels se trouve un nombre pair de termes, sont l'un á l'égard de l'autre dans cette dernière position - ils sont au contraire en position parallèle, lorsqu'il y n un nombre impair de formes intermédiaires. La position relative de deux rhomboïdes qui font partie d'une même combinaison se détermine d'après celle des arêtes de leur commune intersection. — Les pyramides doubles à six còtés scalènes forment entre elles des séries qui procèdent suivant la même loi que les séries de rhomboïdes aux-

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quelles elles correspondent: on les déduit de ces dernières, en multipliant tous les axes à la fois par un même nombre rationnel, et en menant par les extrémités des nouveaux axes des plans qui passent par les arêtes latérales des rhomboïdes. Ces séries ont pour limites des prismes à douze pans, dont les angles sont alternativement égaux, et dont la coupe transversale est égale à celle de la série des pyramides. — Ces séries de pyramides à leur tour produisent de nouvelles séries de rhomboïdes, que Mohs appelle secondaires (NebenReihen). On les obtient en plaçant des plans sur les bords analogues des pyramides déduites de la série principale. Enfin les pyramides à six côtés isoscèles, forment encore des séries qui suivent la loi générale des formes dérivées des rhomboïdes. Toutes ces séries de formes homogènes, procédant suivant la même loi, composent par leur assemblage œ que Mohs appelle le Système de Cristallisation rhomboédrique. — Il existe deux autres formes fondamentales, dont chacune donne naissance à des séries de formes homogènes, procédant suivant une loi qui leur est propre, et composant par leur ensemble un système particulier. Ces formes sont les doubles pyramides à quatre triangles isoscèles, et les doubles pyramides à quatre triangles scalènes. Les premières produisent seulement des séries de formes pyramidales; les secondes au contraire produisent deux sortes de séries, les unes de pyramides à quatre triangles scalènes, et les autres de prismes rhomboïdaux illimités dans le sens de leur axe, que l'on peut encore considérer comme des pyramides à triangles scalènes, dont une des diagonales de la base est devenue infiniment grande. Deux prismes de ce genre, en se combinant de manière que leurs axes soient perpendiculaires l'un à l'autre, donnent naissance à un octaèdre rectangulaire. Les limites des séries de prismes rhomboïdaux sont de simples couples de faces parallèles, dirigés les uns dans le sens de l'axe de la forme fondamentale, et les autres perpendiculairement à cet axe.

—La dernière forme fondamentale admise par Mohs, est le cube: ici les formes en rapport les unes avec les autres par leurs propriétés, ne sont plus de la même espèce; elles ne composent plus des séries infinies dont les termes ne sc distinguent entre eux que par la mesure de leurs augles; mais elles sont en nombre limité et de nature différente. Quelques-uns des solides dérivés du cube, sont susceptibles de se résoudre en deux formes simples, identiques, et possédant chacune la moitié du nombre des faces de la forme entière. Ces subdivisions régulières d'une même forme, peuvent exister individuellement ou faire partie des combinaisons dans les Cristaux naturels. — On voit par ce qui précède que Mohs n'admet que quatre formes simples comme fondamentales, et par conséquent quatre systèmes de Cristallisation, comprenant l'ensemble des formes qui en dérivent. Le premier système est le rhomboédrique; il est ainsi nommé, parce que les formes qu'il renferme possèdent les propriétés générales du rhomboïde. Le second est le système pyramidal, dont toutes les formes sont en général des pyramides: il dérive de l'octaèdre à base carrée. Le troisième est le système prismatique, qui renferme une grande variété de prismes quadrangulaires: il dérive de l'octaèdre rhomboïdal. Enfin le quatrième système est le tessulaire, dont toutes les formes possèdent les propriétés générales du cube. La dénomination de système de Cristallisation ne s'emploie, pour désigner un ensemble de formes dérivées, que d'une manière générale, et lorsqu'on a seulement égard à l'espèce de la forme fondamentale. Mais si l'on considère particulièrement une forme de dimensions dounécs, comme celle qui est propre à une certaine substance, alors l'ensemble de ses dérivées prend le uom de série de Cristallisation. Une pareille série est déterminée, lorsque

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l'on connaît les mesures de l'un de ses membres, pourvu que ce ne soit pas une limite. — Les combinaisons des formes simples sont soumises à deux lois générales: la première est que la nature ne combine entre elles que des formes qui appartiennent à une même série de Cristallisation; la seconde consiste en ce que la jonction de deux formes se fait dans les positions que leur donne le procédé de leur dérivation. De ces deux lois dépend la symètrie des combinaisons, qui ne doit pas être considérée, suivant Mohs, comme la loi fondamentale de la Cristallisation. Il arrive quelquefois que les combinaisons ne renferment que la moitié du nombre des faces que possèdent les formes simples avant leur réunion: telles sont les combinaisons que Mohs appelle hémi-tessulaires, hémi-rhomboédriques, hémi-pyramidales, hémi-prismatiques et tétarto-prismatiques. Ces deux dernières servent à rendre raison des prismes à base oblique que l'on observe dans la nature. Ce ne sont point des formes simples, mais de véritables combinaisons qui appartiennent au système prismatique. (Mohs, die Charaktere der Klassen, Ordnungen, etc. Dresde, 1821).

Weiss a cherché dans un de ses Mémoires à assigner un caracètre géométrique aux différens systèmes de Cristallisation. Il les partage d'abord en deux grandes divisions, suivant que les formes dont ils se composent sont susceptibles d'être ramenées à trois dimensions perpendiculaires entre elles, ou bien à quatre dimension, dont trois sont dirigées dans un même plan sous des angles de 120°, et la quatrième est perpendiculaire aux trois autres. Il admet ensuite que dans les Cristaux naturels, où ces dimensions sont déterminées et font la fonction d'axes, les faces qui se coordonnent symétriquement à l'entour de ces axes peuvent exister toutes ensemble, ou être rédutes à la moitié de leur nombre, par l'effet de certaines vertus polaires, propres aux différens côtés des mêmes axes.

Ire DIVISION. — Trois axes perpendiculaires entre eux. Il peut arriver trois cas: 1° les trois axes peuvent être égaux entre eux; le système de Cristallisation relatif à ce cas est nommé par Weiss Sphœroedrisches System. Si toutes les faces que détermine l'ensemble des axes existent sur le Cristal, le système a pour type l'octaèdre régulier, et il prend le nom de Homosphœroedrisches System. S'il n'existe que la moitié des faces exigées par la symétrie, c'est alors le système hémisphéroédrique, auquel se rapportent le tétraèdre régulier et le dodécaèdre pentagonal. 2°. Deux axes sont égaux et le troisièmeest différent; forme fondamentale: octaèdre à base carrée. 3°. Aucun des trois axes n'est égal aux autres.

a. Toutes les faces qu'ils déterminent existent sur le Cristal (Zweiund - Zweigliederiges System). Type fondamental: octaèdre rhomboïdal.

b. La moitié d'un certain ordre de faces existe; l'autre moitié a disparu par le prolongement des premières (Zwei - und - Eingliederiges System). Type: prisme oblique rhomboïdal.

c. La suppression de certaines faces a eu lieu dans plusieurs sens, de manière à produire des formes qui paraissent tout-à-fait irrégulières (Einund - Eingliederiges System). Type fondamental: prisme oblique irrégulier.

IIe DIVISION. — Quatre axes, dont un perpendiculaire aux tiois autres. 1°. Toutes les faces existent sur les Cristaux (Sechsgliederiges System). Forme fondamentale: dodécaèdre à triangles isoscèles. 2°. La moitié du nombre des faces a disparu par le prolongement des autres (Drei-und-Dreigliederiges System). Forme fondamentale: rhomboïde. V. la Dissertation de Weiss, qui a pour titre: De Indagando formarum Cristallinarum Charactere, etc. Leipsick, 1809, et son Mémoire intitulé: NatürlicheAbrheilung der Krystallisations Systeme, parmi ceux de l'Académie de Berlin pour l'année 1814.

Leonhard admct des divisions ana-

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logues dans l'ensemble des systèmes de Cristallisation, et pour rendre raison de cette dérogation remarquable à la loi de symétrie, par laquelle certaines formes semblent perdrela moitié de leurs faces, il combine avec cette loi une autre loi de Cristallisation qu'il nomme Loi de polarité, et qui tend à modifier l'action de la première. Elle consiste en ce que certaines parties d'un parallélipipède rectangle, opposées diamétralement l'une à l autre, et par conséquent identiques, se comportent comme si elles étaient différentes, tandis que celles qui sont diagonalement opposées sur une même face se comportent comme identiques, et réciproquement (Handbuch der Oryktognosie, p.41, Heidelberg, 1821).

Dans la description que nous avons donnée plus haut, des différens systèmes de Cristallisation, nous nous sommes bornés, pour établir le caractère général et déterminer l'étendue de chacun d'eux, à la seule considération de la symétrie des modifications admise comme un résultat d'expérience. En cela nous avons suivi la marche qui a été tracée par Brochant, dans son excellent article du Dictionnaire des Sciences naturelles, et qu'ont adoptée plusieurs minéralogistes. Beudant, dans ses cours, et Brooke, dans un ouvrage récent, ont rendu très-clair et très-méthodique un exposé semblable qu'ils ont fait du même sujet en classant avec soin les différentes sortes de modifications, et les représentant par des figures qui indiquent le passage successif d'une forme à une autre. (V. l'ouvrage de Brooke, intitulé: A familiar Introduction to Cristallography, etc. Londres, 1823).

— Jusqu'à présent nous avons considéré la Cristallisation sous un point de vue purement géométrique, nous étant bornés à décrire ses produits, sans examiner les circonstances de leur formation. A la vérité nous avons conçu théoriquement les formes secondaires comme devant leur origine à une addition progressive de lames planes sur les différentes faces d'un noyau primitif; mais ce n'était là qu'une hypothèse propre à faciliter l'expression des lois de leur structure. Il est prouvé par l'expérience que les Cristaux s'accroissent au contraire par une superposition d'enveloppes concentriques, qui, en se succédant l'une à l'autre, augmentent de dimensions sans changer de forme, du moins tant que les forces cristallisantes ne varient pas sensiblement. Il resterait maintenant à envisager la Cristallisation sous le point de vue de la physique, à remonter aux causes qui déterminent un arrangement constant des molécules dans l'intérieur des Cristaux, et à rechercher celles qui font varier leurs formes extérieures dans la même espèce. Mais on n'a à cet égard que des conjectures vagues ou des faits en petit nombre, qui ne permettent pas encore la solution de cette importante question. On peut entrevoir tout au plus la raison des lois symétriques auxquelles les modifications sont assujetties, et apprécier quelques-unes des circonstances qui ont pu influer sur ces modifications. Beudant a fait un grand nombre de recherches sur les substances qui cristallisent dans les laboratoires, et il a reconnu qu'en général les causes qui paraissaient produire des variations de forme dans les Cristaux d'un même Sel pouvaient se réduire à trois, savoir: 1° les mélanges mécaniques qui existent dans la solution, et qui sont entraînés par la Cristallisation du Sel; 2° la nature du liquide dans lequel cette Cristallisation a lieu; 3° les mélanges chimiques de matiêres étrangères qui se combinent avec le Sel en proportions indéfinies. Les mélanges mécaniques rendent en général la forme d'une substance beaucoup plus simple et plus nette qu'elle ne le serait dans le Cristal supposé pur. C'est ainsi que dans la nature, le Carbonate de Chaux mélangé de Sable,.que l'on a appelé Grès de Fontainebleau, cristallise toujours en rhomboïde complet et d'une parfaite régularité. Le changement de nature

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du dissolvant entraîne ordinairement un changement de forme dans les Cristaux: Beudant a trouvé, par exemple, que l'Alun, qui dans l'eau pure cristallise en octaèdres légèrement modifiés sur les bords, donne constamment des Cristaux cubo-octaèdres dans l'Acide nitrique, et des Cristaux cubo-icosaèdres dans l'Acide hydrochlorique. Enfin les mélanges chimiques ont également une grande influence sur la Cristallisation des Sels, et l'on peut conclure par analogie qu'il doit en être de même dans les produits de la nature. Ainsi, le Sulfate de Fer cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, très-approchans d'un rhomboïde, et parfaitement simples, lorsqu'il est mélangé de Sulfate de Cuivre ou de Sulfate de Nickel; mais ces prismes sont modifiés plus ou moins profondément sur deux angles solides opposés, si le mélange a lieu avec le Sulfate de Zinc. Un excès de base ou d'Acide dans la solution produit également des modifications de forme dans les dépôts cristallins. Relativement aux Cristaux naturels, on remarque que les modifications sont toujours en rapport avec les localités d'ou proviennent les Cristaux, c'est-à-dire avec la nature des terrains ou des gangues, dans lesquels ils se rencontrent. Ainsi les Cristaux de Carbonate de Chaux du Derbyshire sont tous des dodécaèdres à à triangles scalènes, plus ou moins modifiés sur leurs angles ou sur leurs hords, tandis qu'au contraire la forme prismatique domine constamment dans les Cristaux du Harlz. On pourrait multiplier les observations de ce genre à l'égard de beaucoup d'autres espèces (V. le Mémoire de Beudant sur les Sels artificiels, Annales des Mines, 1818). (G. DEL.)

CRISTALLITES. min. On a donné ce nom aux Cristaux qui se forment dans le Verre fondu, ou dans toute antre matière terreuse vitrifiée.

CRISTARIE. BOT. PHAN. Pour Cristaire. V. ce mot.

CRISTATELLE. Cristatella. POLYP. Genre de l'ordre des Polypes nus de Cuvier, classé par Lamarckparmiles Polypiers fluviatiles. Ce sont, dit ce dernier au eur, des Polypiers globuliformes, gélatineux, libres, à superficie chargée de tubercules courts, épars, polypifères. Du sommet de chaque tubercule sort un Polype, dont l'extrémité se divise en deux branches rétractiles, arquées, garnies de tentacules disposés en dents de peignes; bouche située au point de réunion des deux branches tentaculaires. Les Animaux que Roësel nous a fait connaître, et dont le genre Cristatelle a été formé, sont des Polypes composés, très-singuliers, et qui semblent à peine appartenir à l'ordre des Polypes à Polypier. Ils nous présentent un très-petit corps globuleux, gélatineux, jaunâtre et muni de quelques tubercules courts et épars. Ces petits corps sont libres, nagent ou se déplacent dans les eaux, et semblent ainsi se mouvoir à l'aide des deux branches tentaculaires de chacun de leurs Polypes. Ces Polypes sont trèsvoisins des Vorticelles, dans la famille desquelles les place Bory de Saint-Vincent, et cependant ne sont plus réellement des Rotifères. En effet, sans posséder un organe uniquement rotatoire á leur bouche, les Cristatelles y en présentent un moyen entre celui des Rotifères et les tentaeulesen rayons des autres Polypes, et surtout des Plumatelles, avec lesquelles on sent qu'elles ont déjàdes rapports. Ce qui appuie cette considération, C'est que si les deux branches pectinées des Cristatelles représentent les deux demi-cercles ciliés des Rotifères, elles ne se bornent point aux mêmes fonetions; car ces parties peuvent se contracter et se mouvoir indépendamment les unes des autres, et n'ont que des mouvemens semi-rotatoires. Le corps globuleux et commun des Cristatelles a une enveloppe mince, submembraneuse et transparente, qui en forme le Polypier, et qui fournit à chaque tubercule de ce corps un tube très-court qui est la cellule de chaque Polype. Cette considération indique

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les rapports des Cristatelles avec les Plumatelles, dout le Polypier tubuleux est bien connu. Elle montre que les Cristatelles, ainsi que la Difflugie, offrent réellement les ébauches ou les plas imparfaits des Polypiers, et en même temps la singulière particularité d'avoir un Polypier libre qui nage avec elles. Les Cristatelles habitent les eaux douces et vives, partout où se trouvent des Conferves et des Ephydaties; leur couleur jaune, leur grosseur égale à celle d'une graine de Chou, les rendent faciles à observer; elles ne sont pas rares en France.(L.A.M..X.)

CRISTAUX ÉPIGÈNES. MIN. V. ÉPIGÉNIES.

CRISTAUX HÉMITROPES. MIN. V. HÉMITROPIES.

CRISTAUX MACLÉS. Syn. de Cristaux Hémitropes. V. ce mot.(G.DEL.)

CRISTELLAIRE. Cristellaria. MOLL. Ce genre, établi par Lamarck (Pl.de l'Encycl. 467, 1816, et Auim. sans vert. T. VII, p. 607), avait déjà été fait par Montfort qui avait proposé un genre presque pour chaque espèce; les plus légères différences suffisant à ce savant pour faire de nouvellescoupes. C'est ainsi que les Soortimes, les Linthuries, les Pénéroples, les Astacoles, les Cancrides et peutétre les Périples doivent faire partie du genre Cristellaire auquel Lamarck les a réunis de fait sans avoir cité Montfort; mais on le voit facilement par les citations qui se rencontrent très-justes pour les figures de Cristellaires de Lamarck et pour celles citées par Montfort pour les différens genres, ces deux auteurs ayant puisé aux mêmes sources, l'ouvrage de Soldani et surtout celui de Fichtel et Moll (Testas. Microscop. cum tabul.). Tous les auteurs qui, avant Lamarck, ont parlé des Polythalames dont il est question, les rapportaient au genre Nautile avec lequel ils n'ont d'autres rapports que d'être cloisonnés comme eux. Les caractères suivans lèveront tous les doutes à cet égard: coquille semi-discoïde, multiloculaire, à tours contigus, simples, s'élargissant progressivement; spire excentrique, sublatérale; cloisons imperforées.

On connaît plusieurs espèces de Cristellaires à l'état frais et marin; mais il paraît que ces petits Coquillages sont rares, car jamais nous n'avons eu occasion d'en observer. Il en est autrement des espèces fossiles qui sont bien connues, soit par les figures de l'Encyclopédie, soit par celles de Soldani ou de Fichtel. Nous allons citer les espèces les mieux caractérisées dans l'un et l'autre état:

CRISTELLAIRE PETITE ÉCAILLE, Cristellaria squammula, Lamk., An. sans vert. T. VII, p.607, n°1, et Encycl., pl.467, fig.1, a, b, c, et fig. 2, a, b, c, la même sous le nom de Cristellaria dilatata. Montfort en a fait son genre Pénérople, Peneroplis (Conchyl. Syst. T.1, pag.258). C'est le Nautilus planatus de Fichtel, Test. Microscop., p.93, tab.16, fig. a à h. Cette petite Coquille, à peine d'une ligne de diamètre, se trouve à l'état frais, d'après Montfort, sur les plages de Livourne. Elle est transparente, irisée, formée d'une série de cloisons marquées à l'extérieur par un renflement ou une côte; elle s'élargit en forme de corne d'abondance à sa base; elle est très-aplatie, et le plus grand nombre des individus présente une flexuosité à la base.

CRISTELLAIRE PAPILLEUSE, Cristellaria papillota, Lamk., Anim. sans vert. T. VII, p. 607; Encycl., pl. 467, fig.3, a, b, c, d, et la même sous les noms de Cristellaria producta, serrata et nudata, fig.3, 4 et 5. — Cristellaria Cassis, Def., Dictionn. des Sc. natur.; le Linthurie casqué, Linthuris cassidatus, Montf., Couch. Syst. T. 1, p.254. — Nautilus Cassis, Fichtel, Test. Microsc., tab. 17, fig. A à J, et tab. 18, fig. A, B, C. Celle-ci se distingue constamment et facilement par des granulations plus ou moins régulières quelquefois suivant la direction des loges qui cachent la spire, ainsi que par une crête le plus souvent régulière ou

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un peu onduleuse sur les bords, qui entoure toute la coquille, à l'exception de l'ouverture qui est étroite et fermée par un diaphragme fendu dans toute la longueur; quelques individus ont deux à trois lignes de longueur. Ils se trouvent fossiles à la Coroncine près de Sienne en Toscane.

Nous pournons citer encore d'autres espèces, mais nous renvoyons aux genres Scortime, Astacole, Cancrid et Périple de Montfort (loc. cit.), à l'ouvrage de Fichtel et Moll (Test. Microse.), à l'Encyclopédie pour quelques espèces bien figurées pl. 467, et enfin à l'ouvrage de Lamarck (Anim. sans vert., loc. cit.). (D..H.)

* CRISTE MARINE BOT. PHAN. Méme chose que Christe marine. V. ce mot et CRITHME. (B.)

* CRITAME. Critamus. BOT. PHAN. Dens son travail sur les Ombellifères, le professeur Hoffmann a fait un genre do Sium cicutœfolium qu'il nomme critamus dauricus. (A.R.)

CRITHME. Critkmum. BOT. FHAN. On appelle ainsi un genre de Plantes de la famille naturelle des Ombelliferes et de la Pentandrie Digynie, qui se reconnaît aux caractères suivans; son involucre et ses involucel les sont composés de plusieurs folioles linéaires; ses pétales sont roulés et égaux entre eux; ses fleurs sont jaunâtres, et ses fruits ellipsoïdes, striés, un peu comprimés.

Le CRITHME COMMTTN OU BACITLE, PERCEPIERRE, etc., Crithmummaritimum, L., est une Plante vivace qui croît en abondance sur les rochers des bords de la mer. Sa tige herbacée, cylindrique, glauque, rameuse, charnue, haute d un pied et plus, porté des feuilles également charnues, engainantes à leur base, décomposées en un très-grand nombre de folioles ovales, lancéolées, aiguës, épaisses, glabres et d'un vert glauque les fleurs sont polygames et d'urn blane jaunâtre, disposées en ombells terminales à l'extrémité des ramifications de la tige; celle du entre, qui est plus grande, se compose de fleurs hermaphrodites et fertiles; toutes les autres ombelles n'ont que des fleurs mâles et stériles par l'absence des styles et des stigmates; l'involucre est régulier, composé de huit à douze folioles lancéolées, aiguës, charnues et réfléchies; chaque ombellule, portée sur un pédoncule strié, cylindrique, long d'un pouce, est environnée par un involucelle de neuf à douze folioles ovales, aiguës, étalées, disposées sur deux rangs; le fruit est ellipsoïde, glabre, comprimé et strié longitudinalement. Toute la Plante est odorante et aromatique; la saveur est légèrement piquante, un peu salée. On la cultive fréquemment dans les jardins sous le nom de Passe-Pierre, et on l'emploie beaucoup comme assaisonnement, après l'avoir fait confire dans le vinaigre. Elle est diurétique. Dans son travail sur les Ombelliftres (In Rœmer et Schultes System. Veget. 6), le professeur Sprengel place la Plante que nous venons de décrire parmi les Ca-chrys. V. Cachayde. (A.R.)

CRITHMUS. BOT. PHAN. (Rumph, Amb. 6, pl. 4g.) Syn. de Sesuvium portulacastrum. V. SÉSUVIE. (B.)

CRITONIE. Criionia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, dont le nom a été substitué par Browne à celui de Dalea d'abord employé par lui. Ce genre a été rapporté a l'Eupatoire par Linné. Gaertner a pensé quele Genre Kuhnia de Linné ils ne différait pas du Critonia. Mais il paraît, d'après les caractères indiqués par Browne lui-mérae, que sa Plante est différente de celle de Linné fils. Au reste, le genre de Browne est encore trop imparfaitement connu pour qu'on puisse rien décider de positif à cet égard. (A. R.)

CROACE. OLS. L'un des noms vulgaires de la Corbine, d'où vient, selon Vieillot, l'étymologie du mot croassement. N'est-il pas plus probable que croassement est la racine du mot Croace? (B.)

* CROASSEMENT. OIS. Qu'il ue

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faut pas confondre avec coassement qui est la voix des Batraciens. Voix ou cris des Oiseaux du genre Corbeau el particulièrement de la Corbine. (B.)

CROC. MAM V. DENT.

CROC ET CROC DE CHIEN. BOT. PHAN. On donne ce nom dans les colonies françaises à diverses Plantes armées de forts aiguillons, telles qu'une Pitonie, un Jujubier, une Ximénie, une Morelle, etc. V. ces mots. On appelle aussi Croc, dans le midi de la France, le Vicia cracca et autres espèces du même genre qui s'accrochent au moyen de vrilles.(B.)

CROCALITE. MIN. Nom donné à une variété de Mésotype en globules radiés, trouvée dans la vallée de Fassa, eu Tyrol. (G. DEL.)

CROCHET DE MATELOT. MOLL Nom vulgaire et marchand du Strum-bus Chiragra, L., espèce du genre Ptérocère. V. ce mot. (B.)

CROCHETS. MAM. V. DENTS.

CROCISE. Crocisa. INS. Genre de l'ordre des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, établi par Jurine (Méth. de Class. des Hyménopt. p. 239) et ayant, suivant lui, pour caractères: une cellule radiale petite, d'une forme ovale-arrondie; trois cellules cubitales, la première grande, la deuxième petite, très-resserrée dans sa partie antérieure et recevaut la première nervure récurreute; la troisième plus grande recevant la seconde nervure et étant bien distante du bout de l'aile; mandibules bideutées; antennes filiformes, composées de douze anneaux dans les femelles, et de treize dans les mâles; le premier anneau conique et allongé. Ce genre, très-voisin de celui des Nomades auquel il ressemble sous plusieurs rapports, a été rangé par Lalreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille des Melliferes, tribu des Apiaires. Ce savant entomologiste avait d'abord désigné sous le nom de Melecte une division correspondant à celle des Cro-cises de Jurine. Plus tard (Gener. Crust. et Ins. T. IV, p. 172) il a divisé son groupe des Melectes en deux sous-genres, et a réuni avec Panzer, sous le nom de Melectes proprement dites, les espèces ayant six articles aux palpes maxillaires, pour conserver la dénomination de Crocise à celles qui ne présentaient que trois articulations à ces parties. Latieille, en adoptant ce dernier genre qui est le même que celui de Thyreus de Panzer, ajoute quelques caractères à ceux de Jurine. Les Crocises ont, suivant lui, les antennes courtes, filiformes, un peu divergentes au troisième article; les trois petits yeux lisses disposés sur une ligne droite et transverse; le labre extérieur incliné ou courbé et en demi-ovale; les mandibules étroites, arquées, pointues, avec une seule dent au côté interne; et les divisions latérales do la languette ou les paraglosses en forme de soie, et presque aussi longues que les palpes labiaux; leur corps offre des espaces presque ras ou peu velus, et d'autres garnis de poils assez épais, et formant çà et là des taches tantôt blanches ou grises, tantôt verdàtres ou bleuàtres sur un fond très-noir; l'écusson est prolongé, aplati, échaucré ou terminé par deux dents; l'abdomen est ovoïdo-conique. A cette description de Latreille on peut ajouter les observations suivantes de Jurine: les mâles ont le dernier segment abdominal terminé par une lame large et un peu échancrée, tandis que celui des femelles paraît triside, c'est-à-dire composé du bout de l'aiguillon et de deux petites palettes latérales couvertes de poils; les taches blanches, dont les jambes des Crooises sont souvent annelées, ont plus d'étendue chez les máles que chez les femelles. Ces Insectes ne paraissent pas recueillir le pollen des ileurs; inais ils déposent leurs œufs dans les nids des autres Apiaires; aussi les voit-on voltiger sans cesse aux environs des murs qui contiennent ces nids et qui sont exposés au soleil. Latreille rapporte à ce genre quelques espèces; parmi elles nous citerons:

La CROCISE PONCTUÉE, C. punctata

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ou la Melecla punctata de Fabrictus; elle est commune piès de Paris.

La CROCISE SCUTELLAIRE, C. scu-tellaris de Panzer (Faun. Insect. Germ. fasc. 32, fig. 7), qui paraît être distincte de la Melecta scutellaris de Fa-bricius; on la trouve aussi aux environs de Paris, mais moins communément que l'espèce précédente. La Crocisa aira de Juriue appartient au genre Melecte de Latreiife. (AUD.)

CROCODILE. Crocodilus. REPT. SAUR. Genre très-remarquable dans la classe des Reptiles, où il forme seul une petite famille naturelle particularisée parla grande slature des espèces qui la composent. La queue des Crocodiles est aplatie par les côtés, revètue, ainsi que le dessus et le dessous du corps, Je-cailles cairées et souvent relevées de crêtes; les pieds de derrière sont palmés ou demi-palmés; cinq doigts se voient devant et quatre postérieurement, dont trois seulement sont armés d'ongles à chaque pied, de sorte que deux devant et un seul derrière en sont dépourvus; la langue est charnue, attachée au plancher de la bouche jusque très-près des bords, et nullement extensible, ce qui porte le vulgaire à croire que ces Animaux en sont privés; des dents aiguës sont disposées sur une seule rangée; une seule verge existe dans le mâle; des plaques plus ou moins saillantes, relevées d'arêtes, couvrent les parties supérieures; les oreilles sont fermées extérieurement par deux lèvres charnues; les narines forment un long canal étroit qui ne communique intérieurement que dans le gosier; les yeux sont munis de trois paupières; deux petites poches qui s'ouvrent sous la gorge, contiennent une substance musquée; on observe la même chose près de l'anus.— L'anatomie des Crocodiliens présente aussi des caractères communs à toutes les espèces, et qui distinguent très-bien leur squelette de celui des autres Sauriens; Faujas en a fait graver un très-beau de l'espèce des Indes (Hist. de la Mont, de Maëstr. pl. XLUV), qu'il croyait appartenir à celle du Nil, et celte excellente figure Jointe à la parfaite description de Cuvier (Aun. du Mus. T. XII, p. 1–26), donnera une idée parfaite de l'ostéologie des Animaux de cette importante famille. Les vertèbres du cou y portent des espèces de fausses côtes qui, se touchant par leurs extrémités, empêchent l'Animal de tourner la tête entièrement de côté; leur sternum se prolonge au-delà des côtes et porte de fausses côtes d'une espèce toute particulière, qui ne s'articulent pas avec les vertèbres, mais ne servent qu'à garantir le bas-ventre. La mâchoire inférieure se prolongeant derrière le crâne, il semble que la supérieure soit mobile, et les anciens, qui l'ont cru, ont établi cette erreur, quoiqu'il soit certain que cette mâchoire supérieure ne remue qu'avec le reste de la têle. Ce sont les seuls Sauriens qui manquent d'os claviculai-res; mais leurs apophyses coracoïdes s'attachent au sternum comme dans toutes les autres. Les poumons ne s'enfoncent pas dans l'abdomen, comme il arrive chez le reste des Reptiles, et des fibres charnues, adhérentes à la partie du péritoine qui recouvre le foie, leur donnent une apparence de diaphragme, ce qui joint, dit Cuvier(Règn. Anim. T. 11, p. 19), à leur cœur divisé en trois loges, et où le sang, qui vient du poumon, ne se mêle pas avec celui du corps aussi complètement que dans lesautres Reptiles, rapproche davantage les Crocodiles des Quadrupèdes à sang chaud. Leur caisse et leurs apophyses ptérigoïdes sont fixées au crâue, comme dans les Tortues. La conformation de leurs mâchoires ne permet pas à ces Animaux de broyer leur nourriture; ils ne peuvent que déchirer leur proie et la briser avant de l'avaler. Leurs yeux sont généralement très-rapprochés l'un de l'autre, et placés obliquement audessus de la tête. Leur cerveau est très-petit; leur œsophage très-ample et susceptible d'une grande dilatation; ils n'ont pas de vessie; le nombre de leurs vertèbres est de soixante, dont sept pour le cou et trente-trois

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pour la queue. Leur peau, fort dure, est défendue par des écailles et des plaques carenées qui, la recouvrant comme une armure, les mettent à l'abrides attaques de tous les autres Animaux. Pour blesser le Crocodile, il faut l'atteindre à quelque joint, comme ces hommes d'armes bardés de fer qu'avant l'invention de la poudre on ne pouvait tuer que lorsqu'on les atteignait au défaut de la cuirasse. De tels avantages défensifs n'existent qu'aux dépens de l'agilité: ausi, presqu'impénétrables comme les anciens paladins, les Crocodiles sont-ils lea plus pesans des Animaux. Leurs armes défensives et offensives et leur craauté les ayant outre leur grande taille, rendus de tout temps fort célèbres, il n'était pas besoin d'exagérer leur force et leur puissance, ni de les comparer à l'Aigle ou au Lion pour nous intéresser à leur histoire; un Saurien, quel qu'il soit, ne peut avoir le moindre rapport de mœurs ou d'instinct avec un Oiseau Mammifère. Cependant les Crocodiliens ont quelques supériorilés sur, le reste de la classe des Reptiles en tête de laquelle ils sont placés; leur force semble leur donner une confiance en eux-mêmes, d'où résulte une démarche grave et qui n'est pas sans majesté; aussi, dans l'antiquité, les Hommes leur portèrent-ils un respect qui dégénéra bientôt en culte, ainsi qu'on le verra dans la suite de cet article. Toutes leurs espèces se tiennent habituellement dans les eaux doucès; mais non-seulement quelques-unes les quittent parfois pour s'avancer assez loin dans la mer, on en voit souvent se promener sur le rivage des grands fleuves ou des marais des pays chauds, et venir y déposer leurs œufs sous l'influeuce d'un soleil ardent. La femelle n'abandonne pas au hasard le sort de sa progéniture. Elle lui construit des espèces de nids, veille sur ses petits et leur prodigue des soins protecteurs d'autant plus tendres, que le mâle cherche, dit-on, à les dévorer.

La plus grande confusion a long-temps régné dans l'histoire des Crocodiliens, et les naturalistes les plus célèbres croyaient encore naguère qu'il n'existait qu'une seule espèce là où nous en connaissons aujourd'hui au moins seize, constituant trois sous-genres, un genre entier et une famille naturelle toute particulière. Telle est l'erreur où nous jette souvent le premier aspect de ces grandes races d'Animaux que carac érisent des formes très-prononcées ou quelques traits frappans communs à tous leurs individus, que, nous bornant à remarquer une étrange physionomie dont l'imagination est fortement émue, nous croyons d'abord voir toujours le même être dans des espèces différentes. Long-temps on a cru à une seule espèce d'Eléphant, à un seul Rhinocéros, à un ou deux Cachalots; aujourd'hui ces groupes extraordinaires par leur taille et leur forme se sont accrus; et depuis que, pour s'occuper des spécialités, on ne s'arrête plus à ce premier coup-d'œil superficiel qui surprit tant de voyageurs et de naturalistes, on n'est pas moins en garde contre la tendance à réunir des espèces différentes sous une même désignation, que contre la tendance contraire qui porte certaines personnes à multiplier sans nécessité les espèces et jusqu'aux genres, « La détermination précise des espèces et de leurs caractères distinctifs fait; dit judicieusement Cuvier (Ann. du Mus. T. x, p. 8), la première base sur laquelle toutes les recherches en histoire naturelle doivent être fondées. Les observations les plus curieuses, les vues les plus nouvelles perdent tout leur mérite quand elles sont dépourvues de cet appui, et, malgré l'aridité d'un tel travail, c'est par-là que doivent commencer tous ceux qui se proposent d'arriver à des résultats solides.» En effet, si l'on eût été plus convaincu en France, vers les deux tiers du siècle dernier, de cette vérité si bien énoncée par le savant professeur dont nous venons de transcrire quelques lignes, l'his-

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toire naturelle eût fait des progrès beaucoup plus rapides, et la fureur d'écrire des pages éloquentes sur des choses mal connues ou qu'on n'entendait pas, n'eût pas égaré beaucoup de personnes capables de bien observer, mais qui malheureusement imaginèrent qu'un style éblouissant peut, dans les sciences exactes, dispenser de ces connaissances positives qu'on a tenté de flétrir du nom de minuties. Il appartenait à celui qui, tout en signalant l'importance des plus petits détails, ne négligea pas l'art de se faire lire, de débrouiller l'histoire confuse des Crocodiles, comme pour mettre habilement en pratique ses excellens préceptes. L'illustre et laborieux Cuvier se procurant un grand nombre de ces Animaux conservés dans les collections de Paris, ou des débris de celles des espèces qu'il ne pouvait trouver entières dans nos musées, et consultant tout ce qui avait été écrit avant lui sur une matière obscure, publia, en 1807, dans les Annales du Muséum d'Histoire naturelle, un Mémoire sur les différentes espèces de Crocodiles vivans, qui fixa toutes les incertitudes, et qui nous paraît un modèle parfait de monographie. Il est aujourd'hui même impossible de rien ajouter à ce grand travail quant au fond; tout y a été examiné, comparé, pesé et discuté; les incertitudes qu'on y signalait se sont peu à peu résolues d'après la marche philosophique qu'indiquait l'auteur; le temps ne pourra que confirmer des observations si bien faites, et ajouter tout au plus quelques espèces inédites à celles que Cuvier sut établir avec une rare sagacité. — Linné, rapportant à un même Animal tout ce qu'on avait écrit sur les Crocodiles, soit du nouveau, soit de l'ancien monde, et même dans l'antiquité, n'en reconnaissait, sous le nom de Lacerta Crocodilus, qu'une espèce unique. Jusqu'à ces derniers temps, le nombre des Crocodiles varia de trois à quatre, suivant les auteurs qui, rapportant tour à tour et comme s'ils ne se fussent pas même donné la peine de les consulter, les figures de Crocodiles qu'ils trouvaient dans les relations de voyages, dans Séba ou dans tout autre ouvrage publié, embrouillèrent leur synonymie d'une manière inextricable. On peut done regarder comme à peu près indifferent pour la science tout ce qui fut écrit ou compilé sur l'histoire des Crocodiles avant Cuvier; on ne doit excepter de cet amas d'erreurs et d'inutilités que les recherches de notre illustre collaborateur, Geoffroy Saint-Hilaire, qui, travaillant dans le même esprit que Cuvier, et ayant fait connaître les espèces du Nil, s'est associé à la gloire d'un travail qui nous servira de guide pour la rédaction de cet article.

Cuvier, après avoir isolé tes Crocodiles des autres Saurions, les divise en trois sous-genres qu'il nomme Caïmans (Alligatores), Crocodiles proprement dits (Crocodili), et Gavials (Longirostres). L'ordre de. ces divsions, que nous suivons ici, a seulement été interverti dans le Règne Animal du même auteur qui a trouvé dans la disposition des plaques que nous appellerons nuchales et cervicales, et que ces Animaux portent sur le cou, des caractères excellens pour distinguer les espèces.

† CAÏMANS, Alligatores. Ils ont la tète moins oblongue que les Crocodiles proprement dits; la longueur et la largeur de cette partie, prise à l'articulation des mâchoires, est leplus souvent comme trois à deux; elle n'a jamais plus du double; la largeur du crâne fait plus du quart de la longueur totale de cette tète; les dents sont inégales; on eu compte au moins dix-neuf, et quelquefois jusqu'à vingt-deux de chaque côté; en bas au moins dix-neuf', et souvent vingt en haut; les premières de la mâchoire inférieure percent à un certain âge la mâchoire supérieure; les quatrièmes, qui sont les plus longues, entrent dans le creux decette mâchoire supérieure, ou elles sont cachées quand la bouche est fermée; elles ne passent point dans les échancrures; les jambes et

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les pieds de derrière sont arrondis et n'ont ni crêtes ni dentelures à leurs bords; les interralles des doigts ne sont remplis qu'è moitié par une membrane courte; les trous du crâne, dans les espèces qui en ont, sont fort petits; l'une des espèces en manque entièrement. — Le nom de Caïman est emprunté du langage créole; il désigne dans les colonies fronçaises, hollandaises, portugaises et espagnoles, tous les Crocodiles indifféremment. Maregraaff le fait dériver de la langue du Congo; ce qui paraît vrai, car on a remarqué à Saint-Domingue que les Nègres qui viennent de cetté partie de l'Afrique donnent d'abord le nom de Caïman aux Crocodiles qu'ils rencontrent, avant d'avoir pu savoir un mot de la langue du pays. Les colons anglais appellent ces mêmes Animaux Alligators. On dit Alligator dérivé d'Alligator, qui, ajoute-t-on, désigne ta Crocodile dans l'Inde. C'est une erreur; Allegater ainsi qu' Alligator sont venus par corruption de l'espagnôl et du portugais el Lagarto, le Lézard. — Tous les Caïmans connus jusqu'à ce jour, et dont la patrio est constatée, sont de l'Amérique.

1. GAÏMAN A MUSEAU DE BROCHET, Alligator (Lucius) rostro depresso parabolico, scutis nuchœ quatuor, Cuv., Ann. Mus.T.x, p. 28, pl. 1, fig. 8 (le squelette de la tête en dessus), fig. 15 (le même ve de profil); el pl. 2, fig. 4 (les plaques nuchales et cervicales); Lacertus maximus, Catesb. Carol. 2, t. 65. Cette espèce, l'une de celles que Gmelin (Syst. Nat. XIII, T. II, part. III, p. 1058) avait confondues sous le nom de Lacerta Alligator, parait être propre a l'Amérique septentrionale et psut être unique dans cette partie du Nouveau-Monde. C'est à elle qu'on doit rapporter tout ce qui a été dit sur les Crocodiles des Carolines, des Florides et de la Louisiane. La figure citée de Catesby, quoique médiocre, lui convient assez bien, tandis que celle de Hernandez (Hist. Nat. Mex. 325) semble être celle d'un vrai Crocodile. L'espèce dont il s'agit a été pour la première fois authentiquement rapportée au Muséum d'Histoire naturelle par notre ancien ami et confrère, leu le voyageur Michaux; elle s'élève assez loin vers le nord, et remonte le Mississipi ou ses afflnens jusque vers le 32e degré de latitude nord, c'est-à-dire hors de la réghm équinoxiale passé laquelle on ne voit plus de Crocodiles dans l'ancien monde. En Amérique il fait cependant quelquefois très-froid en hiver à de telles latitudes.On rapporte que ces Animaux, à la Louisiane, se tiennent dans la boue, s'y enfoncent quand vient la mauvaise saison, et y tombent dans un sommeil léthargique, même avant la gelée. Ce sommeil est si profond, qu'on les peut couper en morceaux sans qu'ils donnent le moindre signe de sensibilité; mais les jours chauds les raniment aussitôt. Catesby dit la même chose de ceux qu'il a observés en Caroline, et qui ont été depuis fort bien étudiés par Bose que nous laisserons parler. « Les œufs du Caïman (c'est ainsi que ce savant nomme le Crocodile qu'il a vu dans ses voyages en Amérique) sont à peine égaux à ceux d'une Poule-d'Inde; ils sont blanchâtres comme ceux, du Crocodile du Nil, mais plus petits, et leur coque est d'une nature parfaitement semblable à celle des œufs d'Oiseaux; ils sont bons à manger, quoique sentant un peu le musc, et les habitans les recherchent. Dès que les petits sont ués ils vont se jeter à l'eau; mais la plus grande partie y devient la proie des Tortues, des Poissons voraces, des Animaux amphibies. et même, dit-on, des vieux Crocodiles. Ceux qui survivent ne se nourrissent la première année que de larves d'lusectes et de très-petits Poissons. J'en ai conservé pendant plusieurs mois une nichée entière composée d'une quinzainê d'individus, et que j'avais prise au filet dans une vuare voisine de mon habitation eu Caroline; j'ai observé qu'ils ne mangeaient jamais que les Insectes vivans, et qu'il fallait même que ces Insectes se missent en mouvement pour les détermi-

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ner à se jeter dessus, ce qu'ils faisaient alors avec une grande voracité, et en se disputant souvent le même objet. Au reste, ils ne cherchaient en aucune manière à me Caire de mal lorsque je les prenais dans le? mains. Au bout de la première année, les Crocodiles ne sont que de petits et faibles Animaux; ce n'est que dans le courant de la seconde qu'ils prennent des dents redoutables, et que leur crâne acquiert une épaisseur suffisante pour les mettre à l'abri des coups. La durée de leur vie est inconnue; mais il y a des faits qui tendent à prouver qu'elle doit s étendre autant et plus même que celle d'un Homme. Ils ne muent pas, et par-là évitent une crise qui est fatale à la plupart des Reptiles. Le nombre des ennemis capables de les détruire est d'ailleurs fort peu nombreux lorsqu'ils ont acquis toute leur force. Ils peuvent rester très-longtemps sans manger. C'est sur le rivage des grands fleuves, au milien des lacs marécageux, qu'ils s'établissent de préférence: ils s'y rencontrent quelquefois en troupes nombreuses; là ils trouvent sécurité d'un côté et abondance de l'autre; ils y vivent de Grenouilles, de Poissons, d'Oiseaux aquatiques, enfin de tous les Animaux qu'ils peuvent attraper. Les Chiens, les Cochons, et même les Bœufs, ne sont pas à l'abri de leur voracité. On rapporte qu'ils les saisissent au museau ou par les jambes quand ils vont boire, et les entraînent dans l'eau afin de les noyer. Je me suis amusé quelquefois en Caroline à les faire sortir ae leurs retraites et accourir vers moi en faisant japer mon Chien de chasse sur les bords des rivières. Je leur lâchais ordinairement mes deux coups de fusil; mais quelquefois je les laissais approcher pour pouvoir leur donner quelques coups de bâton; ce dont ils ne s'effrayaient pas beaucoup. Jamais ils n'ont cherché à m'attaquer; ils se retiraient gravement lorsqu'ils voyaient qu'il n'y avait rien à gagner pour eux autour de moi. Quoique lourds, ils nagent avec facilité; mais leurs mouvemens deviennent encore plus pesans lorsqu'ils sont à terre. Dès que les Nègres de la Caroline en aperçoivent qui sont trop éloignés de leur retraite, ils leur coupent le chemin, se mettent plusieurs à leur poursuite, les tuent à coups de hache, et se régalent de leur queue. J'en ai trouvé souvent morts ainsi mutilés, qui répandaient une odeur d'ammoniaque si infecte, que, quelque désir que j'eusse d'observer la marche de leur décomposition, et de chercher des Insectes que je pouvais espérer de récolter autour d'eux, je n'ai jamais pu en approcher. Les Vautours même, pour qui la chair la plus corrompue est un régal, abandonnent selle-ci dès qu'elle est arrivée à un certain degré d'altération. En Caroline les Crocodiles se font des trous ou des terriers très-profonds, où ils passent l'hiver en entier, et même toute la journée pendant l'été. Ces trous sont non-seulement le plus souvent placés dans les marais qui accompagnent presque toutes les rivières, mais aussi quelquefois sur le bord de mares très-petites situées au milieu des bois. J'ai tenté tous les moyens possibles d'en prendre avec des pièges de plusieurs sortes à l'entrée de ces trous, mais je n'ai jamais pu y réussir.Tous les matins mes pièges étaient détendus, et les Crocodiles étaient sortis sains et saufs. On les prend cependant assez facilement dans ce pays avec des Oiseaux et de petits Quadrupèdes vivans qu'on lie à un gros hameçon attaché à un Arbre par le moyen d'une chaîne de fer. Dans la Floride, ou la population est moins nombreuse et la chaleur plus considérable, les Crocodiles se trouvent en bien plus grande abondance; Bartram, dans la Relation de son voyage sur la rivière Saint-Jean, rapporte en avoir vu les eaux couvertes dans des espaces considérables: ils y gênaient la navigation au point de l'obliger plusieurs fois de l'iuterrompre.» Ce même Bartram ajoute que la femelle dé-

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pose scs œufs par couches avec des lits alternatifs de terre gâchée et en forme de petits tertres de trois à quatre pieds de hauteur. Il assure avoir trouvé des. Crocodiles dans le bassin d'une fontaine thermale dont l'eau vitriolique était à un degré de chaleur fort élevé. Ce qu'il dit des combats que ses compagnons armés soutinrent avec un de ces Animaux qui venait attaquer son camp, peut paraître exagéré à ceux qui ont vu ailleurs les Crocodiles attaquer rarement les Hommes, et qui ont lu ce qu'en rapporte Bosc. Celuici dit encore qu'en été, et surtout au temps des amours, les Crocodiles font entendre des mugissemens presque aussi forts que ceux d'un Bœuf, et qu'on ne peut comparer à aucun autre cri. Outre les caractères communs avec ses congénères, le Caïman à mâchoire de Brochet a son museau aplati, dont les côtés sont presque parallèles et se réunissent en avant par une courbe à peu près parabolique; les bords des orbites sont très-relevés, mais il n'y a point comme dans l'espèce suivante une crête transversale qui les unisse; il y a sur le dos dixhuit rangées transversalés de plaques relevées chacune d'une arête; le nombre des arêtes ou des plaques de chaque rangée est ainsi qu'il suit: une rangée à deux arêtes, deux à quatre, trois à six, six à huit, deux à six; et le reste à quatre, sans compter les impaires qui se trouvent quelquefois sur les côtes; ces arêtes sont assez élevées et à peu près égales; mais sur la queue les arêtes latérales dominent, comme dans tous les Crocodiles proprement dits, jusqu'à ce qu'elles se réunissent. Il y en a dix-neuf rangées transversales jusqu'à la réunion des deux crêtes, et autant après; mais ce dernier nombre est plus sujet à varier que celui des plaques du dos; la couleur du dessus est d'un brun verdâtre très-foncé; le dessous est d'un blanc teint de vert, et les flancs sont rayés assez régulièrement des deux couleurs. La longueur totale comprend sept largeurs et demie de tête. Ces Animaux ne mangent jamais dans l'eau, d'où ils retirent leur proie pour la dévorer à terre après l'avoir noyée. Ils préfèrent la chair du nègre à celle du blanc, évitent les eaux saumâtres, ne se rendent jamais dans la mer par la crainte que leur inspirent les grandes Tortues et les Requins qui les attaquent; enfin ils tiennent toujours leur gueule fermée pendant leur sommeil.

2. Le CAÏMAN A LUNETTES, Alligator (Sclerops) pored trahsversâ inter orbitas, nuchœ fasciis osseis quatuor cataphracœ, Cuv., loc. cit., p. 31, pl. 1, fig. 7 (le squelette de la tête en dessus), fig. 16 (le même vu de profil), et pl. 2 (les plaques nu-chales et cervicales); le Caïman, Encycl. Rept., p. 35, pl. 2, fig. 1 et 2 (d'après Sybile - de - Mérian, Surin., pl. LXIX); Lacerta Crocodilus, L., Amœn. ac. 1, p. 151; Séba, I, pl. cIV, f. 10; Crocodilus Americanus, Laurent., Amph., n. 841; Jacare, Marcgr., Brasil., 242. Cet Animal, connu plus particulièrement sous le nom de Crocodile de la Guiane, et qu'Azzara appelle Yacaré, est évidemment le même que le Jacare de Marcgraaff, et l'un de ceux dont le compilateur Gmelin a entassé divers synonymes sous le nom de Lacerta Alligator. Son museau, quoique large, n'a pas ses bords parallèles; la figure de ce museau est un peu plus triangulaire que dans l'espèce précédente; la surface des os de la tête est très-inégale, et comme cariée et rongée par de petits trous; les bords inférieurs des orbites sont très - relevés; le crâne n'est percé derrière les yeux que de deux trous assez petits; outre quelques écailles répandues derrière l'occiput, la nuque est armée de quatre bandes transversales très - robustes qui se touchent et vont se rendre à la série des bandes du dos. Les deux premières sont chacune de quatre écailles, et, par conséquent, relevées de quatre arêtes dont les moyennes sont quelquefois très-effacées; les deux autres n'en ont plus souvent que deux; les plaques transversales du dos sont au

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nombre de deux rangées à deux arêtes, de quatre à six, de cinq à huit, de deux à six, et de quatre a quatre; mais, avec l'âge, des écailles latérales, peu marquées d'abord, prennent la forme des autres, et il faut ajouter deux au nombre des plaques à arêtes de chaque rangée. Il est au reste rare de trouver deux individus parfaitement semblables à cet égard. La couleur de l'Animal est d'un vert bleu en dessus avec des marbrures irrégulières verdâtres et jaunâtres plus ou moins pâles en dessous. Azzara parle d'une variété rousse plus grande et plus féroce que la variété ordinaire. Correa de Serra a rapporté à Cuvier que les Jacares du Brésil méridional différaient aussi un peu de ceuxdu Brésil septentrional, qui sont les mêmes que les Caïmans de Cayenne. Tous acquièrent une fort grande taille; le Muséum d'IIistoire naturelle en possède un individu de onze pieds; Cuvier en a vu de quatorze. Le Caïman à lunettes est proprement le Crocodile de l'Amérique méridionale; il s'y étend jusque par le trente-deuxième degré sud, c'est-à-dire à la même distance de l'équateur que le précédent remonte dans le Nord. Sa vitesse à la course n'équivaut pas à la moitié de celle de l'Homme, qu'il n'attaque jamais, ou du moins que très-rarement, et dans le cas seulement ou celui-ci menace ses œufs que la femelle défend courageusement; elle en pond jusqu'à soixante et les dépose dans le sable, en prenant la précaution de les cacher sous une légère couche de paille ou de feuilles sèches, qui n'intercepte pas l'influence salutaire de la chaleur du soleil. Ce Crocodile passe la nuit dans l'eau, et le jour étendu sur le sable exposé à l'ardeur du jour; mais à peine aperçoit-il le chasseur ou son chien, qu il se précipite dans les rivières ou dans les marais où il se plaît. On assure qu'en certains-lieux, quand ces marais se dessèchent, ce qui reste de vase fluide dans leurs enfoncemens est tellement rempli de ces Caïmans qu'on ne voit plus que leur dos, leur tête et leur queue, Probablement alors les gros dévorent les petits. Ils évitent l'eau de la mer, et sont très-communs à Cayenne. C'est doue à tort que Séba a prétendu que l'Animal dont il donne une figure que nous rapportons à l'espèce dont il est question lui était venu de Ceylan. Azzara dit que les habitans du Paraguay se servent pour prendre le Yacaré d'une flèche construite de telle sorte qu'étant lancée dans son flanc, elle y laisse le fer dont elle est armée, mais de manière à s'en détacher, et que les deux parties restent néanmoins unies l'une à l'autre à l'aide d'une longue corde. L'Animal blessé se retire dans quelque trou sous Teau, mais son asile est signalé parla partie flottante du trait, et l'on peut aisément l'y atteindre pour achever de lui ôter la vie.

5. Le CAÏMAN A PAUPIÈRES OSSEUSES, Alligator (palpebrosus) palpebris osseis, nuchœ fasciis osseis quatuor cataphractœ, Cuv., loc, cit., p. 35, pl. i, fig. 6 (le squelette de la tête vu par-dessus), fig. 17 (le même vu de profil), et pl. 2, fig. 2 (les plaques nuchales et cervicales). Cuvier pense que celte espèce est celle que Blumenbach avait sous les yeux quand il voulut désigner le Crocodile qu'il appelait Lacerta Crocodilus. La plus grande confusion règne dans l'histoire de cette espèce qui vient de Cayenne, et qu'on a quelquefois regardée comme la femelle de l'espèce précédente. Elle a d'abord un rang de quatre plaques carenées, séparées derrière la nuque que suit un autre rang de six plaques plus petites, isolées, par paires, et après lequel vieuncut cinq paires de plaques plus grandes, étroitement contiguës par leur côté intérieur. Les plaques dorsales commencent par un rang de quatre plus petites; les autres, par six sur chaque rang, forment un carrelage assez régulier, marqué d'arêtes très-vives et continues. Les mœurs de cet Animal sont inconnues, et Cuvier en recommande l'étude aux voyageurs.

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4. Le CAÏMAN HÉRISSÉ, Alligator trigonatus, Schneider, Hist. Amph., II, pl. 1 et 2; Caïman à paupières osseuses, seconde variété, Cuv., loc. cit., pl. 2, fig. 1 (les plaques nuchales et cervicales); Séba, T. I, pl. 105, fig. 3. Cette espèce, encore moins bien connue que la précédente, a été désignée également mal à propos par Séba comme venant de Ceylan. On doit la rechercher en Amérique. Cuvier pense que le Crocodile à large museau de Daudin est le même, et croit que Ion possède au Muséum l'individu provenant de la collection du Stathouder, qui a servi de modèle à la figure de Séba, copiée par Shaw comme convenable au Crocodile ordinaire ou du Nil. Un individu de cette espèce, étiqueté de la main d'Adanson Krokodile noir du Niger, et conservé au Muséum d'Histoire naturelle, fait présumer que l'Hérissé est originaire de l'Afrique occidentale. Ce serait alors le seul Caïman connu jusqu'ici qui ne vînt pas du Nouveau - Monde. C'est aux voyageurs éclairés à lever de tels doutes.

5. Le CAÏMAN DE CUVIER, Alligator Cuvierii, N.; Crocodilus Cuvicrii, Leach., Mis. zool. pl. 102. Cette espèce, dédiée au naturaliste qui tira du chaos l'histoire des Animaux qui nous occupent, est originaire de l'île Daupbine, dépendante de l'Amérique méridionale.

†† Crocodiles proprement ditS, Crocodili. Ils ont la tête oblongue, deux fois plus longue que large, et quelquefois plus large encore; la longueur du crâne fait moins de la longueur totale de cette tête; les dents inégales sont au nombre de quinze à chaque côté en bas, et de dix-neuf en haut. Les premières de la mâchoire inférieure percent à un certain âge les supérieures; les quatrièmes, qui sont les plus longues de toutes, passent dans des échancrures, et ne sont point logées dans des creux de la mâchoire supérieure. Les pieds de derrière ont le plus souvent à leur bord externe une crête dentelée; les intervalles de leurs doigts, au moins des externes, sont entièrement palmés; leur crâne a derrière les yeux deux larges trous ovales que l'on sent au travers de la peau, même dans les individus desséchés. On distingue facilement les vrais Crocodiles des Caïmans, parce que les quatrièmes dents inférieures de ceux-ci sont reçues dans des creux de la mâchoire supérieure, et des Gavials, dont le museau est incomparablement plus mince et plus allongé, et dont les deux premières dents, ainsi que les deux quatrièmes inférieures, passent dans des échancrures de la mâchoire supérieure. — Le nom de Crocodile, employé dès l'antiquité la plus reculée, est, selon Hérodote, de racine ionienne. Les Grecs le donnèrent à l'Animal du Nil que les habilans du pays appelaient Chamsès, d'où les Égyptiens modernes ont tiré le nom actuel de Temsach, parce qu'ils lui trouvèrent des rapports de figure avec le Koslordylos de leurs haies qui était le vrai Stellio des Latins, devenu aujourd'hui un Gecko. — Il n'existe dans aucun genre autant de difficulté pour débrouiller la synonymie des espèces que dans celui-ci. L'habitude où l'on avait été jusqu'à Cuvier de rapporter au Crocodile antiquoment connu, et qui fit long-temps l'une des principales célébrités du Nil, tous les Crocodiles, soit de l'Asie, soit de l'Afrique, et plus tard du Nouveau - Monde, la ressemblance qu'ont entre elles la plupart des espèces de l'ancien continent qui parvenaient dans les premières et informes collections de l'Europe, les figures détestables données de ces Animanx par la plupart des voyageurs, tout a contribué à jeter dans le plus grand désordre un chapitre de la science où il semblait à jamais impossible de rétablir l'ordre, et sur lequel Geoffroy de Saint-Hilaire attira le premier l'attention des savans parles excellens Mémoires qu'il donna sur les Crocodiles du Nil. La connaissance exacte de ceux-ci ue remonte pas au-delà de l'époque où I'il-

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lustre professeur prit part à la gloire des années françaises, quand celles-ci pénétrèrent jusqu'aux frontières de l'Ethiopie. Par les soins des deux savans célèbres que nous venons de citer, nous connaissions déjà parfaitement six espèces de Crocodiles proprement dits. Les belles collections commencées dans notre famille par notre aïeul Journu, augmentées par les soins de l'un de nos oncles, le comte de Tustal, accrues par nos voyages, et qui font aujourd hui la plus belle partie ies richesses naturelles du Muséum de Bordeaux, ont mis Graves, l'un de nos proches parens, en état d'en augmenter le nombre par la description de deux belles espèces parfaitement constatées, et que nous intercalerons à leur place dans l'article que nous consacrons au second sousgenre de Crocodiles.

6. Le CHAMSÉS, Crocodilus Chames, N.; Crocodile vulgaire, Cuv. loc. cit. P. 40, pl. i, fig. 5 (le squelette de la tète vu en dessus); fig. 12 (le même tu de profil), et pl. a, fig. 7 (les plaques nuchales et cervicales); Geoffr., Ann. Mus. T. X, p. 82, pl. 3 (mal à propos numérotée 4), fig. i (parfaite); Lacerta Cro codilus, L., Gmel., Syst. Nat., XIII, t. 1, pars 3, p. 1057; Séba, 1, tab. 104, fig. 12. Tout anciennement célèbre que fût cet Animal, le Crocodile par excellence, on n'en avait que de détestables figures et d'imparfaites descriptions, jusqu'à l'époque où Geoffroy l'examina avec cette sagacité qui le caractérise, et en publia l'histoire comparée avec celle du Crocodile de Saint – Domingue (Crocodilus acutus, Cuv.), et de l'espèce suivante. Empruntons done le texte de Geoffroy même. « Le Crocodile du Nil a été vu par un grand nombre de voyageurs; c'est probablement celui dont Belon a donné la figure; elle rend assez bien le renflement de la partie antérieure du cou; mais elle est d'ailleure vicieuse, surtout à l'égard des pieds lui ne sont ni tétradactyles, ni tout onguiculés. Il paraît encore que c'est un iudividu de cette espèce qui fut disséqué par les premiers anatomistes de l'Académie des sciences. La tête du Crocodile vulgaire est dans la proportiou de 10 à 20, ou, autrement, a deux fois la longueur de sa base. Ses yeux sont plus écartés que dans les autres espèces: l'intervalle qui les sépare est creusé en gouttière, sans offrir la moindre apparence de crête. Son chanfrein en avant est aussi parfaitement plane; les deux dernières rangées de plaques sur le cou sont plus rapprochées l'une de l'autre et les plaques plus larges que longues: celles de la première rangée sont à peu près à une même distance respective. Quant aux rangées d'écailles sur le dos, j'en ai compté dix-sept; puis dix-huit sur le gros tronçon de la queue, et vingt – une sur la seconde portion qui la termine en ne comprenant dans ce nombre que les rangées à une seule crête médiane: ce qui donne cinquante six en tout, ou six de moins que dans le Crocodile de Saint – Domingue. Les plaques du dos sont remarquables par l'égalité de leur volume, leur forme exactement carrée, et les crêtes de chacune, qui sont peu et également élevées. La couleur est d'un verd tirant sur le bronze; c'est le même arrangement que le Crocodile de Saint-Domingue, sauf que le noir est étendu par plaques aans celui-ci, et qu'il est apparent dans l'autre sous la figure de rayures étroites qui partent des crêtes comme d'autant de centres distincts; les écailles sont en outre creusées dans le même sens. Les flancs et le dessus des jambes ne sont que nuancés de noir: le vert y domine davantage que sur le dos; il est l'unique couleur du ventre.» Le Muséum d'Histoire naturelle possède des individus du Crocodile qui nous occupe depuis un et deux pieds jusqu à douze de longueur. Cette espèce acquiert une bien plus grande taille encore: on la retrouve sans doute dans tous les grands fleuves de l'Afrique. Il est du moins certain qu'elle habite le Sénégal, le Zaïre et dans le Jooliba. Elle était autrefois commune jusque dans

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le Delta; aujourd'hui il faut remonter beaucoup le Nil pour la rencontrer: ce qui prouve que ces régions, maintenant beaucoup moins peuplées sans doute qu'elles pourraient l'être, ne l'ont cependant jamais été autant qu'on l'a prétendu, malgré les grands monumens qui sont restés de la magnificence de leurs premiers habitans. En dépit du respect que purent avoir ces hommes superstitieux pour les Crocodiles, il n'est pas croyable qu'ils l'eussent laissé se multiplier au point, qu'aux environs d'Ambos et d'Arsinoë, il y eût du danger à se laver les pieds ou les mains dans la rivière. Quel que fût son respect héraldique pour les Ours qu'elle élevait dans les fossés de sa capitale, l'aristocratique république de Berne n'en faisait pas moins une chasse active aux autres Ours de ses environs. Les Crocodiles et les Ours, comme tous les autres Animaux de proie dangereux ou incommodes pour l'Homme, deviennent nécessairement rares et finissent par disparaître partout où notre espèce établit sa domination. — Nous ne reproduirons pas ici toutes les fables qu'on a débitées sur le Crocodile du Nil, sur sa voracité, sur la guerre que lui faisait l'Ichneumon; on ne s occupe dans ce Dictionnaire que de choses utiles à connaître. Nous proposerons seulement dans les rapports du Crocodile commun du Nil avec l'antiquité, d'adopter, pour le désigner spécifiquement, le nom de Chamsès qui est le véritable; celui de vulgaire ne rend pas une idée assez juste, car les autres espèces sont également vulgaires dans les contrées où on les rencontre, tandis que le Chamsès ne s'y trouve pas; autant qu'il est possible, on doit préférer des noms qui n'impliquent contradiction nulle part, et qui se trouvent consacrés par l'antique usage. Geoffroy, en restituant le nom de Suchus à l'espèce suivante, nous a donné l'idée de cette légère innovation, la seule qu'on puisse se permettre après le beau travail de Cuvier. — Aujourd'hui le Chamsès ne se tient en Egypte que dans les régions supérieures du Nil et dans les parties où il ne s'engourdit jamais comme il le faisait au temps d'Hérodote, parce qu'il faisait moins chaud vers l'embouchure du fleuve fécondateur que vers la contrée où se trouvent maintenant les Crocodiles. Ces Animaux parviennent, d'après le voyageur Hassel-quitz qui a confirmé les traditions anciennes à l'égard de leur taille, aux plus fortes dimensions. On prétend qu'il en existe aujourd'hui même qui ont jusqu'à trente pieds et plus delongueur, ce qui n'est pas une preuve qu'on en ait jamais vu de vingtsix coudées, comme les historiens l'ont avancé. La femelle pond deux ou trois fois par an, mais à des distances très-rapprochées, une vingtaine d'œufs qu'elle enterre dans le sable et qu'elle abandonne à la chaleur équinoxiale qui les fait éclore au bout d'une quinzaine de jours selon les uns, et d'une vingtaine selon les autres. Les Ichneumonsdétruisent beaucoup de ces œufs, dont la grosseur est double de celle des œufs d'Oie, qu'enveloppe une coque blanche et calcaire, et auxquels la mère, bien différente de la femelle des Caïmans, ne prend ancun intérêt. Malgré la forte odeur de musc que répand le Chamsès, les habitans des rivages qu'il fréquente recherchent beaucoup sa chair, ainsi que le faisaient, selon Hérodote, chez les anciens Egyptiens, les habitans d'Eléphantine. On voit par cet exemple que l'idée de manger des Dieux, comme tant d'autres singularités humaines, s'est rencontrée chez plus d'un peuple, et n'est pas une nouveauté dans l'histoire des religions modernes.

7. Le SUCHOS, Crocodilus Suchus, Geoffroy, loc. cit., p. 84, pl. 3, fig. 2, 3 et 4 (le squelette de la tête d'après un individu momifié). V. pl. de ce Dict. « Il existe au moins une Variété de Crocodiles, dit Cuvier, et dont Geoffroy a trouvé la tête embaumée dans les grottes de Thèbes. Elle est un peu plus plate et plus allongée que celle du Crocodile vulgaire. Nous en

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avons au Museum deux individus entiers et deux têtes de même forme. L'un des deux premiers a été donné par Adanson et étiqueté de sa main Krokodile vert du Niger. Outre les différences dans la forme de la tête, ces individus en offrent quelquesunes dans les nuances de leurs couleurs. Ces différences, jointes au témoignage des pêcheurs de la Thébaïde, autorisent la distinction admise par Geoffroy, sinon d'une espèce, au moins d'une race particulière de Crocodile vivant avec l'autre en Egypte.»— « Si je n'avais eu à ma disposition, dit Geoffroy, que le crâne de ma momie, je ne me serais pas permis d'établir cette espèce, dans la crainte que les différences dont j'ai parlé ci-dessus, ou fussent simplement particulières à l'individu qu'on avait embaumé, ou ne tinssent qu'à l'âge sous des points de vue que je n'aurais pas saisis; mais j'ai eu occasion de voir un crâne deux fois plus long, et qui est d'ailleurs parfaitement semblable à celui que j'ai extrait de ma momie, et j'ai aussi trouvé dans nos collections un individu trèsbien préparé qui appartient certainement à la même espèce. Le Suchos tient beaucoup plus du Crocodile de Saint-Domingue que du précédent; il s'en rapproche surtout par sa forme effilée et par les proportions de son crâne. Toutefois, il n'en a pas les bosses au-devant des yeux; son chanfrein n'est ni sillonné ni aplati comme celui de l'autre espèce; mais, sous le rapport de la disposition et de la forme des plaques, le Suchos de la collection au Muséum offre plus de rapports avec l'autre Crocodile du Nil ou Chamsès. Ces plaques sont en même nombre et pourvues de crêtes toutes aussi saillantes les unes que les autres; les plaques du cou sont toutefois différentes en ce qu'elles sont beaucoup plus larges; les couleurs sont à peu près les mêmes que celles des autres Crocodiles, à cette différence près que le noir est distribué par petites taches sur un fond vert clair.» Geoffroy ne croit pas que son Crocodile atteigne audelà de sept pieds de longueur, et pense qu'il doit se trouver, comme le précédent, dans tous les grands fleuves de l'Afrique, mais surtout dans le Niger. Ce n'est point ici le lieu d'examiner si le Suchos de Geoffroy, moins féroce et plus timide que le grand Crocodile ordinaire du Nil, fut celui que les anciens Égyptiens adoraient spécialement sous le nom de Suchus, et si ce nom de Suchus était un nom spécifique ou le nom propre de l'individu adoré, comme Apis ne signifiait pas un Bœuf, mais le Bœuf exposé à l'adoration des fidèles de ce temps. Qu'importe ce qu'ont pu dire à ce sujet Hérodote, Aristote, Diodore, Pline, Ælien, Strabon, Plutarque, Cicéron, Damasius cité par Photius, et, après tous ces anciens, Bochard, Kircher, Paw, Jablonski et Larcher? Les doctes controverses qui résulteraient de la comparaison de leurs écrits n'ont pas, en histoire naturelle, le mérite qu'y acquiert la description exacte de la moindre partie d'un crâne embaumé depuis plusieurs milliers d'années, quand cette description aide à exhumer une espèce inédite à travers la poussière des sépulcres, et que cette espèce a survécu non-seulement à des peuples qui lui adressèrent des vœux, mais encore à la plus grande partie des monumens et des usages par lesquels ces peuples orgueilleux croyaient triompher de l'oubli, et rendre leur mémoire éternelle.

8 CROCODILE A DEUX ARÊTES, Crocodilus (biporcatus) rostro porcis 2 subparallelis, scutis nuchœ 6, squamis dorsi ovalibus, octofariam positis, Cuv., loc. cit., p. 48, pl. 1, fig. 4 (squelette de la tête vu en dessus); fig. 13 (le même vu de profil), et pl. 2, fig. 8 (les plaques nuchales et cervicales); Crocodilus porosus de Schneider; Séb. Mus. T. I, pl. 103, fig. 1, et pl. 104, fig. 12, que le compilateur Gmelin rapporte à son Lacerta Gangetica. Cette espèce est à proprement parler le Crocodile des Indes et des archipels asiatiques. C'est elle qui habite les rivages

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des Séchelles de Ceylan, de Java et de Timor où n'existent cependant pas de grands fleuves. Le Crocodile à deux arêtes s'avance quelquefois dans les flots de la mer, sans cependant s'éloigner jamais du rivage. C'est encore de lui qu'on nous a deux fois apporté de très-jeunes individus vivans à l'Ile-de-France, où Plusieurs habitans nous conjurèrent de les faire mourir, dans l'appréheusion peu fondée qu'on ne tes laissât échapper, et qu'ils ne multipliassent dans le pays. On en possède au Muséum des individus, depuis leur sortie de l'œuf jusqu'à la taille de douze pieds. Il ressemble assez au Chamsès, mais il en diffère parce que ses plaques cervicales sont très-différemment groupées, et que les dorsales, plus petites et plus nombreuses, ont une tout autre forme, et laissent entre elles des espaces triangulaires qui, par l'opposition de leur base, forment des espèces de bandes intermédiaires, de losanges ou de petits carrés joints par leurs angles aigus; des pores qui ne sont sensibles dans le Crocodile ordinaire du Nil que sur le reste des écailles des trèsjeunes individus, se développent au contraire avec l'âge dans celui-ci, et lui donnent un aspect tout particulier. La couleur de ce Crocodile est plus brune que dans les précédens, et des taches encore plus foncées, isolées sur les flancs, se rapprochent en bandes noirâtres sur le dos. Labillardière nous apprend qu'on croit généralement à Java que l'Animal dont il est question ne dévore jamais sa proie sur-le-champ, mais qu'il l'enfouit dans la vase où, après l'avoir laissée trois ou quatre jours se corrompre, il va la rechercher. La même habitude s'observe dans d'autres espèces.

9. CROCODILE A LOSANGE, Crocodilus (rhombifer) rostro convexiore; porcis 2 convergentibus, scutis nuchœ 6, squamis dorsi quadratis sexfariam positis; membrorum squamis crassis, carinatis, Cuv., loc. cit., pag. 65, pl. 1, f. 1–3 (le squelette de la tête vu eu dessus, en dessous et de profil). On ignore la patrie de cette espèce trèsimparfaitement connue, recommandée aux recherches des voyageurs, décrite sur deux individus mutilés, dont aucune figure n'a été gravée, dout les écailles affectent à peu près la même disposition que celle du Chamsès du Nil, et dont enfin le fond de la couleur verdâtre est tout piqueté en dessus de petites taches brunes très-marquées.

10. CROCODILE A CASQUE, Crocodiilus (galeatus) cristd elevatâ bidentatâ in vertice, scutis nuchœ 6, Cuv., loc. cit, p. 51, pl. 1, fig. 9 (le squelette de la tête en dessus); Crocodilus Siamensis de Schneider, Encycl. Rept., pl. 1, fig. 3 (médiocre et donnée comme celle du Crocodile ordinaire); Faujas, Hist. de la Mont. de Saint-Pierre de Maëstricht, pl. 43 (encore donnée pour celle du Crocodile du Nil). Cette espèce dont on doit la connaissance aux missionnaires français qui en firent la description à Siam (V. Mém. de l'Acad. des Sc. avant 1699, T. III, p. 2, p. 255, pl. 64), est à peu près la seule que Cuvier n'ait point vue. Sa figure a été reproduite dans l'Hist. génér. des Voyages et jusque dans le Dictionnaire de Déterville comme celle du Crocodile de l'antiquité. et, dans toutes ces copies, on a soigneusement conservé les deux crêtes dentelées que le dessinateur fit régner jusqu'à l'extrémité de la queue, et omis les palmures des pieds, de derrière, qui sont des fautes grossières que contredit formellement la description. Le Crocodile à casque, remarquable par les deux crêtes triangulaires, osseuses, implantées l'une derrière l'autre sur la ligne moyenne du crâne, est aussi de la grande taille. L'individu décrit avait dix pieds de long. Il n'en existe pas d'individus dans les galeries du Muséum d'Histoire naturelle.

11. CROCODILE A DEUX PLAQUES Crocodilus (bisulcatus) squamis dorsi intermediis quadratis, exterioribus irregularibus subsparsis, scu-

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tis nuchœ 2, Cuv., loc. cit. p. 53, pl. 2, f. 6 (les plaques nuchales et cervicales). Il paraît que cette espèce imparfaitement connue, décrite d'après deux individus en assez mauvais étal, est le Crocodile noir d'Adanson (Senégal, p. 73), dont Gmelin et Gronou ont fait, on ne voit pas pourquoi, un synonyme de leur Lacerta Gangetica qui est le Gavial. On ne connaît pas positivement sa patrie qu'on présume être la côte occidentale d'Afrique. Sa couleur est plus foncée que celle des autres Crocodiles; ses mâchoires sont plus al longées que celles du, Chamsès, mais moins que celles de l'espèce de SaintDomingue à laquelle il ressemble d'ailleurs par la disposition des plaques du dos. Il est surtout caractérisé par les cervicales qui sont au nombre de quatre, dont deux plus petites situées près de la nuque, et deux fort grandes qui semblent isolées au milieu du cou.

12. CROCODILE DE GRAVES, Crocodilus (Gravesii) rostro œquali ad basim plano, scutis nuchœ sex, squamis omnibus tuberculosis, dorsalibus quinque sexfariam dispositis, pedibus cristatis, N. V. pl. de ce Dict.; Crocodilus planirostris, Graves, Ann. gén. des Sc. phys. T. II, p. 348. Nous ignorons précisément quelle est la patrie de cette espèce, mais nous avons des raisons de la croire africaine, et même des côtes du Congo, parce que la peau en avait été anciennement vendue à notre aïeul Journu, avec beaucoup d'autres objets d'histoire naturelle, par un chirurgien de navire qui avait souvent été à la traite des Nègres dans cette contrée. Cette peau, parfaitement restaurée et empaillée, faisait partie de la magnifique collection réunie par notre famille durant trois générations, et donnée depuis la révolution à l'Académie de Bordeaux où elle existe encore. L'excellente description qu'en a faite Graves, notre proche parent, qui fut conservateur de ce trésor lorsque nous fûmes appelé aux armées, doit mériter à ce jeune et modeste naturaliste la dédicace que nous lui faisons d'une espèce remarquable dont nous donnerons la figure. L'épaisseur de son corps et de ses membres lui donne une forme trapue et un aspect de pesanteur qu'on ne retrouve dans aucun autre Saurien. Sa largeur est au moins le cinquième de sa longueur totale, tandis que dans les autres elle n'est jamais que le huitième au plus. Sa tête fait le neuvième de sa longueur totale qui, dans l'individu décrit, est de trois pieds dix pouces et demi. Sa plus grande circonférence par le milieu du corps est de deux pieds trois pouces. La tête ne présente aucune convexité ni saillie de bosses frontales, de sorte que le chanfrein est parfaitement plane. Le crâne est percé de deux fosses ovales, médiocres; tous les os en sont comme rongés et percés de petits trous, ainsi que dans le Caïman à lunettes; il est muni à son bord postérieur de cinq petits tubercules en forme de dents. Sa tête représente un triangle isoscèle allongé; l'extrémité du museau arrondie, et sa surface couverte de gros tubercules obtus, disposés sans ordre régulier; le grand diamètre des yeux qui sont à seize lignes de distance l'un de l'autre est de dix lignes; la mâchoire supérieure est garnie de dix-huit dents pointues de chaque côté, dont la quatrième et la dixième sont les plus fortes; l'une des quatrièmes ayant été cassée, on remarque dans sa cavité une petite dent de la même forme; la mâchoire inférieure a quinze dents de chaque côté; la quatrième est reçue dans une échancrure latérale de la mâchoire supérieure; une autre échancrure prolongée reçoit aussi les neuvième, dixième et onzième dents; cette mâchoire inférieure est remarquable par son épaisseur qui, au premier coup-d'œil, la fait paraître plus large que la supérieure; le cou est encore plus large et plus gros que la tête; derrière l'occiput on voit quatre nuchales tuberculeuses, transverses; à quinze lignes de celles-ci se trouvent six cervicales disposées

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sur deux lignes parfaitement droites, quatre antérieures et deux postérieures, assezpetites, élevées en tubercules pointus, à côtés inégaux, et entremêlées dans leur distance de petits tubercules, tels qu'on les trouve sur le reste du cou; le dos est recouvert de dixhuit rangées de petites plaques carrées dont les unes se terminent en tête de clou, d'autres en pointes un peu recourbées, et quelques autres en lames tranchantes. La première rangée a seulement deux plaques; les onze suivantes en ont chacune six; puis viennent cinq rangées de quatre plaques, et enfin tine dernière de dix; dans les intervalles de ces rangées on observe quelques autres tubercules très-petits; le plastron dorsal composé de toutes ces plaques est large, de quatre pouces, et forme un parallélogramme assez régulier; les flancs sont garnis, ainsi que les côtés du cou, de petites écailles arrondies, portant chacune un tubercule émoussé, et entremêlées d'autres très-petites écailles bosselées; la queue ne présente que vingt-neuf rangées transversales au lieu de trente-cinq qu'on trouve ordinairement dans les autres Crocodiles; elle occupe seule la moitié de la longueur totale de l'Animal; les plaques qui la recouvrent, tant en dessus que latéralement, sont parfaitement semblables en petit à celles du dos; c'est-à-dire carrées et tuberculeuses; les crêtes peu sensibles qui résultent du prolongement de leurs tubercules sont épaisses, obtuses, immobiles et comme osseuses; elles commencent à la sixième rangée, et se réunissent à la dix-septième; la crête terminale n'est pas plus saillante que les autres; les membres, qui sont très-gros, ont leurs plaques supérieures et latérales prolongées en tubercules obtus, en sorte que la superficie de l'Animal paraît hérissée de protubérances; les pieds antérieurs ont cinq doigts; les postérieurs en ont quatre entièrement palmés, dont les trois intérieurs présentent des ongles totalement émoussés; le contour des pates est arrondi, et ne porte aucune apparence de crête semblable à celles de la queue; le dessons est entièrement revêtu de plaques carrées, disposées par bandes transversales, lisses et unies, mais dans lesquelles on observe une certaine disposition à devenir tuberculeuses; sous le cou et la mâchoire inférieure ces petites plaques sont plus épaisses et munies d'un pore; des pores pareils se retrouvent dans les rangées qui avoisinent les cuisses et sous les membres; la couleur des parties supérieures est d'un brun foncé noirâtre, celle des:parties inférieures est d'un jaune sombre. L'individu décrit paraît avoir été fort vieux, à en juger par l'épaisseur des os et la force des tubercules qui ne sont pas le produit d'une disposition particulière de l'èpidorme, mais qui résultent de la substance même des. plaques. Cet Animal s'éloigne par ses formes du sous-genre dont il présente du reste exactement tous les caractères. Il pourrait bien en être une espèce plus terrestre qu'aquatique, si l'on en juge par la petitesse et l'immobilité de ses crêtes, et peut-être Laurenti l'a-t-il ou on vue en mentionnant son Crocodilus terrestris (Amph., n. 86) dont la synonymie, établie comme au hasard, ne convient pas à son Saurien.

13. CROCODILE A MUSEAU EFFILÉ Crocodilus (acutus) 2 squamis dorsi intermedüs quadratis, exterioribus irregùlaribus subsparsis, scutis nuchœ 6, rostro productiore ad basim convexo, Cuv., loc. cit., p. 65, pl. 1, fig. 3 (le squelette de la tête vu pardessus), fig. 14 (lemême vu deprofil), et pl. 2, fig. 5 (les plaques nuchales et cftryicales); Geoffroy, Ann. du Mus. T. X, p. 79, et T. II, pl. 27, fig 1 (parfaite); Séba, Mus. T. I, pl. 104, fig.1–9. Cuvier pense qu'on peut aussi rapporter à cette espèce la figure de la planche cent sixième du même Séba, qui, remplie de défauts essentiels, dont l'un des mpins importans est encore l'augmentation imaginaire du nombre des doigts aux pieds de derrière, a été la source de plus d'une

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erreur. Geoffroy Saint-Hilaire a le premier bien caractérisé et décrit cette espèce, qui est le Crocodile des Antilles et particulièrement de SaintDomiugue où on l'appelle Caïman. Il est extrêmement commun dans toutes les rivières et les mares de cette grande île, où l'on imagina long-temps qu'il était identique avec le Chamsès ou Crocodile du Nil. Plumier en avait déjà, vers la fin du dix-septième siècle, fait l'anatomie, et des communications des manuscrits de ce religieux avaient mis Bloch à portée d'en parler, mais imparfailement. La largeur de la tête à larticulation des mâchoires est deux fois et un quart de sa longueur. La longueur du crâne ne fait qu'un peu plus du cinquième de celle de toute la tête; les mâtes ont cependant toutes ces proportions un peu plus courtes que les femelles, et qui se rapprochen: un peu de celles des femelles du Crocodile ordinaire du Nil, surtout quand ils sont jeunes. Les bords des mâchoires sont plus fortement festonnés en ligne sinueuse que dans les autres espèces. Les plaques nuchales et cervicales sont à peu près pareilles à celles du Chamsès, mais les dorsales sont fort différemment disposées, ne formant proprement que quatre lignes d'arêtes, comme dans le Crocodile à deux plaques. La tête équivaut à un peu plus du septième de la longueur totale. Les écailles inférieures ont chacune un pore. Le dessus du corps est d'un vert foncé, tacheté et marbré de noir, le dessous est d'un vert pâle. Le docteur Descourtils a soigneusement observé les.mœurs du Crocodile de Saint-Domingue; il nous apprend que les mâles sont beaucoup moins nombreux que les femelles; qu'ils se battent entre eux avec acharnement; que l'accouplement se fait dans l'eau sur le côté; que l'intromission dure à peine vingt-cinq secondes; que les mâles sont propres à la génération à dix ans, et les femelles à huit ou neuf; que la fécondité de celle-ci ne dure guère que quatre ou cinq ans; que ces femelles se creusent avec les pates et le museau un trou circulaire dans le sable sur un tertre un peu élevé afin d'y déposer vingthuit œufs humectés d'une liqueur visqueuse rangés par couches séparées d'un peu de terre, et recouverts d'un peu de limon battu; enfin que la ponte a lieu en mars, avril et mai, et que les petits éclosent au bout d'un mois. Ces petits n'ont que neuf à dix pouces au sortir de l'œuf, mais ils croissent jusqu'à plus de vingt ans et atteignent seize pieds au moins de longueur. Lorsqu'ils éclosent, la femelle vient gratter la terre pour les délivrer, les conduit, les défend et les nourrit en leur dégorgeant la pâture pendant trois mois, espace de temps pendant lequel le mâle cherche à les dévorer. Comme les autres Crocodiles, celui de SaintDomingue ne peut manger sous l'eau sans courir risque de s'étouffer, mais il y entraîne ses victimes, les y enfouit durant quelques jours sous la vase, et ne les mange qu'après que la pot réfaction s'y est manifestée. Il préfère aussi la chair du nègre à celle du blanc. Le docteur Descourtils ajoute que ce Crocodile, plus flexible que ses congénères, peut porter l'extrémité de sa queue à sa bouche.

14. CROCODILE DE JOURNU, Crocodilus (Journei) rostro productiore subcylindrico; scutis nuchœ sex; squamis dorsi subrotundis sexfariam dispositis; squamis omnibus eporosis (V.planches de ce Dictionaire) Crocodile intermédiaire, Graves, loc. cit., p. 344. C'est à la mémoire de notre aïeul que nous dédions cotte belle espèce, espèce dont l'acquisition fut faite vers le milieu du siècle dernier, qu'on soupçonnait être originaire de l'Amérique, et qui se voit maintenant dans le Muséum de Bordraux. Ayant perdu la description que nous eu avions rédigée lorsque l'Animal était sous nos yeux, nous donnerons celle que la science do it à Graves; elle n'est pas moins soigneusement faite que celle qu'on a lue au n° 12. La longueur totale de l'individu, parfaitement conservé et préparé par notre aïeul luimêine, est de huit pieds sept pouces neuf lignes, où la tête entre pour plus

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d'un sixième et la queue pour près de la moitié. La longueur ae la tête est plus du double de sa largeur; cette partie est oblongue, ayant son museau beaucoup plus effilé que celui des autres Crocodiles, et se rapprochant déjà par sa forme du museau des espèces qui formeront le sous-genre suivant. Ce museau est convexe et allongé, presque en cylindre dans son tiers inférieur, ce qui donne d'abord au Crocodile de Journu l'aspect d'un Gavial dont la tête serait antérieurement tronquée; le dessus du crâne est revêtu d'une plaque saillante, un peu déprimée, à peu près quadrangulaire et ondulée à son bord postérieur. Les yeux sont placés antérieurement à cette convexité; audessus de chacun d'eux se trouve un sillon large et profond qui se continue vers l'occiput. Les oreilles sont percées dans ce sillon; le museau est parfaitement lisse, nu, arrondi et légèrement élargi à son extrémité; les narines y sont percées dans un enfoncement membraneux situé à un pouce au-dessus de l'extrémité. La mâchoire supérieure porte dix-huit dents pointues, fortes et coniques de chaque côté; les quatrièmes et dixièmes sont une fois plus grandes que les autres; ces dernières ont jusqu'à Quatorze lignes de largeur. La mâchoire inférieure est munie de seize dents de chaque côté; les deux extérieures traversent en entier l'extrémité de la mâchoire supérieure; les quatrièmes, longues de quinze lignes, sont reçues dans une échancrure latérale de la mâchoire supérieure. Les bords des mâchoires sont très-festonnés; les yeux un peu enfoncés, situés à deux pouces l'un de l'autre, avec leurs paupières rudes et écailleuses. Le cou, gros et à peu près cylindrique, supporte immédiatement derrière le crâne cinq nuchales ovales, petites, très-écaillées, disposées sur une ligne transverse. A quatre pouces en arrière sont les cervicales, au nombre de six, disposées en un groupe arrondi, et toutes pourvues d'arêtes; deux sont antérieures, quadran gulaires, à côté convexe; deux latérales plus petites de moitié, à arêtes plus tranchantes, et deux postérieures semblables aux latérales, mais plus petites de moitié. A quatre pouces derrière ces plaques commencent les dorsales distinctement disposées sur six rangs. Celles des deux rangs du milieu sont à peu près carrées, celles des autres rangs se rapprochent d'autant plus de la forme ovale ou arrondie, qu'elles sont plus voisines des flancs, Toutes sont munies d'arêtes longitudinales très-fortes. On compte seiz rangées transversales jusqu'à l'orgine de la queue; la première n'est composée que de cinq plaques. les dix suivantes en ont chacune six; premièrement deux rangs de cinq, ensuite un rang de quatre, et enfin deux de trois. Indépendamment des six rangées longitudinales, on aperçoit de chaque côté, un autre rang écarté de plus de trois pouces des autres et composé seulement de six plaques ovales éloignées les unes des autres. Là queue a dix-huit rangées transversales jusqu'à la réunion des crêtes, et dix-sept après cette réunion. Les arêtes des rangées externes ne se changent en crêtes qu'au septième rang, et celles des plaques intermédiaires cessent d'être sensibles dès le quatrième. La crête caudale est très-forte, formée de lanières distinctes, longues de trois pouces, dirigées en arrière. Les côtés du cou et des flancs sont couverts d'écailles nues, luisantes, ovales ou arrondies, plus grandes sur les flancs, plus petites, comme réticulées sur le cou. Le dessous est garni de rangs transversaux d'écailles carrées, mais plus petites sur le cou et entre les cuisses, et très-grandes sous la queue, et l'on n'y trouve absolument aucune trace de pores. Les écailles des côtés de la queue sont ovales. Les membres sont gros sans être trapus, arrondis dans leurs contours, munis chacun sur le bord extérieur de la dernière articulation d'une crête semblable à la crête caudale, mais plus petite; ils sont revêtus d'écailles irrégulières en dessus,

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parfaitement rhomboïdes et réticulées à la surface inférieure. Les pieds antérieurs ont cinq doigts libres dont les deux extérieurs sont privés d'ongles, et les trois intérieurs munis chacun d'un ongle pointu long de six lignes. Les pieds de derrière sont bien palmés; ils ont trois doigts munis chacun d'un ongle droit très-fort, long de dix-huit lignes, et un quatrième doigt extérieur sans ongle. Le Crocodile de Journu est d'un vert jaunâtre foncé qui, durant la vie, n'a pas dû être sans un certain éclat. Les plaques carenées sont couvertes de points bruns. Les flancs sont jaunâtres, le ventre tout-à-fait jaune et la queue verte marbrée en dessous. On voit, par cette description, combien notre espèce est intéressante; elle forme un passage aux Gavials et se distingue aisément, même au premier coup-d'œil, de toutes les autres.

Les Crocodilus carinatus, oopholis et palmatus de Schneider, appartiennent bien certainement au sous-genre dont nous venons de nous occuper; mais Cuvier déclare n'avoir pu discerner, dans les courtes indications que donne de ces espèces le naturaliste qui les mentionna, des caractères suffisans pour les rapporter plutôt à une espèce qu'à une autre.

Le Crocodilus Pentonix, du même auteur, est sans doute un Animal imaginaire auquel il rapporte, sans raisons suffisantes, le C. terrestris de Laurenti, et qui fut fondé d'après une figure vicieuse de Séba, que nous avons citée en parlant du Crocodile à museau effilé, n° 13.

††† GAVIALS, Longirostres. Ils ont le museau rétréci, cylindrique, extrêmement allongé, un peu renflé au bout; la longueur de leur crâne répond à peine au cinquième de la longueur totale de la tête; les dents sont presque égales; vingt-cinq à vingt-sept de chaque côté en bas; vingt-sept à vingt-huit en haut; les deux premières et les deux quatrièmes de la mâchoire inférieure passent dans les échancrures de la supérieure, et non pas dans des trous; le crâne a de grands trous derrière les yeux, et les pieds de derrière sont dentés et palmés comme ceux des Crocodiles proprement dits; la forme grêle de leur museau les rend, à taille égale d'ailleurs, beaucoup moins redoutables que les Crocodiles des deux autres sous-genres; ils vivent de Pois son, et sont jusqu'ici tous asiatiques. Le nom de Gavial est indien. C'est Lacé pèdequi, le premier, l'a fait passer dans notre langue pour désigner l'espèce devenue depuis le type du sous-genre.

15. GRAND GAVIAL, Crocodilus (Gangeticus) vertice et orbitis transversis, nuchœ scutis 2, Cuv., loc. cit., p. 6o, pl. 1 (le squelette de la tête vu en dessus); fig. 10 (le même vu de profil), et pl. 2, fig. 11 (les nuchales et cervicales, sous le nom de grand Caïman); le Gavial, Lacép., Quadr. ov., p. 235, pl. XV (médiocre), Encycl. Rept., p. 34, pl. 1, fig.4 (copiée de Lacépède.); Crocodile du Gange ou Gavial, Faujas, Hist. de la Montagne de Saint-Pierre, pag. 235, pl. XLVI, et le squelette de la tête, pl. XLVII (ces figures sont excellentes); Crocodilus longirostris de Schneider; Lacerta Gangetica Gmel. (Syst. Nat. XIII, t. 1, pars 3, p. 1057, Syn. Adansonii et Sebœ exclus.); Lacerta Crocodilus, Edw., Trans. t. 49, pl. 19 (mauvaise figure). Cette espèce indienne fut évidemment connue des anciens; car Ælien (lib. XII, cap. 41) s'exprime ainsi: « Le Gange nourrit deux sortes de Crocodiles; les uns sont innocens et les autres cruels.» Or, le Gavial qui fait sa nourriture unique de Poissons et de Reptiles aquatiques, n'attaque jamais les autres Animaux, et encore moins l'Homme. Il n'en parvient pas moins à une taille gigantesque; son museau est presque cylindrique; sa tête s'élargit singulièrement en arrière. On lui compte vingtcinq dents de chaque côté de la mâchoire inférieure, et vingt-huit de chaque côté de la supérieure, en tout cent six; la longueur du bec est à celle du corps comme un est à sept et demi. Cette espèce est trop caractérisée pour que nous nous étendions davantage sur sa description.

TOME V. 8

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16. PETIT GAVIAL, Crocodilus (tenuirostris) vertice et orbitis angustioribus, nuchœ scutis 4, Cuv., loc. cit., p. 61, pl. 1, fig. 1 (le squelette de la tête vu par-dessus); fig. 11 (le même vu de profil), et pl. 2, fig. 12 (les nuchales et les cervicales sous le nom de petit Caïman); petit Crocodile d'Asie et petit Gavial à gueule très-allongée, Fauj., loc. cit., p. 237, pl. XLVIII (figure excellente). On ignore quelle est positivement la patrie de ce Crocodile, dont Cuvier recommande la recherche aux voyageurs naturalistes. On ignore encore à quelle taille il peut parvenir. La longueur de son museau ou plutôt de son bec dans l'individu décrit est à celle du corps comme un est à sept; la nu que est armée derrière le crâne de deux paires d'écussons ovales, que suivent quatre rangées transversales; la première de deux grandes plaques; les deux suivantes de deux grandes et deux petites; la quatrième de deux grandes, dont les dorsales sont la continuation. On n'est pas fixé sur le nombre des dents, qui paraît devoir être le même que dans l'espèce précédente:

Crocodiles fossiles.

Les Crocodiles sont des Animaux antiques sur le globe; ils y précédèrent sans doute la plupart des Mammifères; du moins les ossemens fossiles assez nombreux qui en ont été retrouvés et décrits par les naturalistes viennent de bancs de Marne endurcie, grisâtre et pyriteuse, inférieure à la Craie et conséquemment antérieure à cette Craie, c'est-à-dire de formation très-ancienne. Les côtes de la Manche surtout, soit au Hâvre, soit à Honfleur, soit enfin au Calvados, ont fourni des débris de Crocodiles tellement constatés, qu'on peut déterminer à quels sous-genres appartiennent les espèces dont ces débris attestent l'existence contemporaine de Coquilles dont les analogues vivans ne se retrouvent plus. C'est encore Cuvier qui, portant le flambeau de l'observation dans un chaos dont les écrivains ses prédécesseurs semblaient s'être complus à épaissir les ténèbres, a parfaitement établi dans un Mémoire lumineux sur les ossemens fossiles de Crocodiles (inséré au tome XII des Annales du Muséum, p. 73 à 110), 1° que les bancs marneux des côtes de la Normandie recèlent les ossemens de deux espèces appartenant l'une et l'autre au sous-genre Gavial, mais toutes deux inconnues; 2° que l'une des deux au moins se retrouve en d'autres lieux de là France, particulièrement à Alençon ainsi que dans les environs d'Angers et du Mans; 3° que le squelette découvert au pied des falaises de Whitby, dans le comté d'Yorck en Angleterre, et que Faujas avait regardé comme celuid'un Cachalot, avait appartenu à l'une des deux espèces trouvées à Honfleur; 4° que les débris de Crocodile trouvés dans le Vicentin lui appartinrent encore; 5° que des fragmens trouvés à Altorf, dans les environs de Nuremberg, ont appartenu à un Crocodile diffèrent du Gavial, quoique voisin, qui pouvait bien être identique avec l'une des espèces d'Honfleur, mais qui différait de celle dont il reste le plus de fragmens reconnaissables; 6° que les portions du squelette trouvées à Elston, dans le comté de Nottingham en Angleterre, et décrit par Stukcly, appartinrent à un Crocodile d'espèce indéterminable; 7° que les prétendus Crocodiles trouvés avec des Poissons dans les Schistes pyriteux de Thuringe sont des Reptiles d'un tout autre genre, et probablement des Monitors; 8° enfin que tous ces Quadrupèdes ovipares fossiles se rencontrent dans des couches très-anciennes parmi les secondaires, et bien antérieures même aux couches pierreuses régulières qui recèlent des ossemens de Quadrupèdes de genres inconnus, tels que des Palœotherium et Anoplotherium; ce qui n'empêche pas qu'on ne retrouve aussi avec ces derniers quelques vestiges de Crocodiles entre les couches gyp. seuses des environs de Paris.— Outre les trois espèces de Crocodiles perdus, dont les recherches de Cuvier démontrent l'antique existence en Euro-

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pe, et dont les deux premières appartiennent au sous-genre Gavial, notre collaborateur Lamouroux en a mentionné le premier une quatrième, qu'il se proposait de faire connaître sous le nom de Crocodilus Coadunensis, parce qu'elle avait été découverte dans les environs de Caen; Cuvier a fait à l'égard de cette dernière espèce, après l'avoir examinée attentivement, une communication à l'Institut, communication qui fera partie de l'édition de ses Ossemens fossiles que donne en ce moment l'illustre professeur. Nous y renverrons nos lecteurs.

Le grand Saurien de Maëstricht, dont Faujas a fait graver jusqu'à trois fois, et avec une prédilection toute particulière, la tête pétrifiée, conservée dans les galeries du Muséum, et que ce savant s'obstinait à regarder comme ayant dépendu d'un Crocodile gigantesque, fut un Monitor, et nous en traiterons à l'article consacré à ce genre de Saurions.

Nous avons dû nous étendre sur un genre fort intéressant par son isolement entre les Reptiles, par le rôle qu'y jouent ses gigantesques espèces, par les traditions qui mettent en contact son histoire et celle de l'Homme, et par la nécessité d'indiquer les recherches que doivent faire désormais les voyageurs pour compléter ce que les savantes observations de Cuvier et de Geoffroy nous ont appris de positif sur les Crocodiles. (B.)

CROCODILIENS. REPT. OPH. Famille de Sauriens qui ne se compose que du genre Crocodile. V. ce mot. (B.)

CROCODI LION. Crocodilium. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Cinarocéphales de Jussieu, tribu des Centaurées de Cassini et de la Syngénésie Polygamie frustranée L. Constitué par Vaillant aux dépens des Carduus et Jacea de Tournefort, il avait ensuite été réuni au Centaurea par Linné; mais Jussieu (Genera Plantorum, p. 175) l'en a séparé de nouveau, et se fondant sur la dégénérescence épineuse des écailles de l'involucre, a même distribué les deux genres Crocodilium et Centaurea dans deux sections différentes. Voici les caractères qui servent à le distinguer: calathide radiée; fleurons du centre nombreux et hermaphrodites; ceux de la circonférence disposés sur un seul rang, très-développés et stériles; involucre formé d'ecailles imbriquées, coriaces, prolongées en un appendice suborbiculaire, scarieux et terminé au sommet par une épine; akènes surmontés de deux aigrettes, comme dans le genre Centaurea.

Le type de ce genre est le CROCODILION DE SYRIE, Crocodilium Syriacum, Cass., Centaurea Crocodilium, L., Plante annuelle à tige rameuse, striée et hérissée, à feuilles pinnatifides, terminées par un grand lobe denticulé. Ses fleurs, solitaires au sommet de longs pédoncules, sont d'une fort belle couleur pourprée. Cette Plante est indigène du Levant. Dans la Flore Française, De Candolle, réduisant de nouveau le groupe des Crocodilium au rang de simple section du genre Centaurea, n'en décrit qu'une seule espèce. C'est le CROCODILION DE SALAMANQUE, Centaurea Salmantica, L., très-jolie Plante à fleurs d'un rouge intense, et qui est très-commune dans les contrées les plus méridionales de la France, et notamment dans le département des Bouches-du-Rhône. (G..N.)

Les anciens, notamment Dioscoride et Pline, appelaient Crocodilion une Plante épineuse des bords des eaux, dont les modernes empruntèrent le nom pour désigner le genre qui vient de nous occuper, et qu'Adanson croit être l'Echinops Ritro. (B.)

CROCODILODÉS. BOT. PHAN. Quatre Plantes de la famille des Synanthérées ont ainsi été nommées par Vaillant. Linné les avait rapportées à son genre Atracty lis; mais d'après Gaertner, deux seulement doivent demeurer dans ce genre; une troisième entre dans le genre Circellium, et la quatrième constitue le genre Agriphyllum de Jussicu, ou Apuleia

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de Gaertner. V. AGRIPHYLLE et CIRCÉLE. (A.R.)

CROCODILOIDEA. BOT. PHAN. Section du genre Centaurée, établi par Linné et correspondant au genre Grocodilion de Vaillant. (A.R.)

CROCOTE ou CROCOTTE. MAM. D'où Crocula. Nom scientifique d'une espèce d'Hyène. Ces mots paraissent avoir désigné le même Animal chez les anciens, qui les appliquaient aussi au métis du Loup et du Chien. (B.)

CROCUS, BOT. PHAN. V. SAFRAN.. On a mal á propos étendu ce nom á des Amomes de l'Inde, dont les racines, aromatiques et teignant en jaune, sont employées dans le commerce. V. AMOME. (B)

CROCUTA. MAM. Nom scientifique d'une espèce du genre Hyène. V. ce mot et CROCOTE. (B.)

* CROCYNIA. BOT. CRYPT. (Lichens.) A char a désigné sous ce nom la troisième section du genre Lecidea qui ne renferme que le L. Gossypina; elle diffère beaucoup des autres espèces du même genre par sa croûte filamenteuse et irrégulière. V. LÉCIÉA. (AD.B.)

CROISEAU. OIS. L'un des noms vulgaires du Biset. V. PIGEON. (B.)

CROISETTE. BOT. PHAN. Nom proposé par quelques botanistes français pour désigner le genre Cru-cianella. V. CRUCIANELLE. Ce nom est vulgairement appliqué á plusieurs Rubiacées qui ont leurs feuilles disposées en croix. (B.)

CROISETTE. MIN. (Daubenton.) V. STAUROTIDE.

CROISEURS, OIS. Nom vulgaire des Mouettes parmi les marins français. (B.)

CROISSANT, POIS. Espèces des genres Labre et Tétraodon. V. ces mots. (B.)

CROIX, BOT. PHAN. Ce nom, avec l'addition de auelque épithète, a été donné à des Plantes dont certaines parties présentaient quelque analogie avec la figure d'une croix; ainsi l'on a nommé:

CROIX DE CALATRAVA, l'Amaryllis formosissima, L.

CROIX DE CHEVALIER, le Lychnis Chalcedonica, et à Cayenne le Tribulus cistoïdes.

CROIX DE JÉRUSALEM OU DE MALTE, encore le Lychnis Chalcedonica, qui, outre la forme de ses fleurs, doit son nom á ce qu'il a été rapporté en Europe par les chevaliers croisés.

CROIX DE LORRAINE, le Cactus Spinosissimus.

CROIX DE SAINT-ANDRÉ, le Valantia cruciata et un Ascyron.

CROIX DE SAINT-JACQUES, l'Amaryllis formosissima, etc. (B.)

CROIX ou CRUCIFIX DE MER. MOLL. L'un des noms vulgaires et marchands de l'Ostrea Malleus, L. V. MARTEAU. (B.)

CROKER. POIS. (Garden.) Syn. de PerCa undulata, L. V. SCIÉNE.(B.)

* CRONARTIUM. BOT. CRYPT. (Mucédinées.) Fries a donné ce nom à un genre qu'il a séparé des Erineum dont il diffère par ses filamens simples, cylindriques, non cloisonnés, égaux dans toute leur étendue. Ce genre, qui a pour type l'Erineum asclepidium de Funck, ne paraît pas devoir être séparé des vrais Erineum dont il diffère à peine. (AD. B.)

CRONION.BOT. PHAN. (Dioscoride.) Syn. de Pied-d'Alouette. V. DAUPHI NELLE. (B.)

CROQUE-ABEILLES, OIS. Syn. vulgaire de Mésange charbonnière, Parus major, Lath. V. MÉSANGE. (DR..Z.)

CROSSANDRE. Crossandra. BOT. PHAN. Le docteur Salisbury a proposé d'établir sous ce nom un genre particulier formé du Ruellia infundibulifórmis. V. RUELLIE. (A.R.)

CROSSOPETPE. MIN. Nom donné par Gmelin á l'Harmotome. V. ce mot. (G. DEL.)

CROSSOPHYTON. BOT. PHAN. Syn.de Leontopodium. V. ce mot. (B.)

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CROSSOSTYLE. Crossostylis. BOT, PHAN. Genre de la Polyandrie Monogynie, L., établi par Forster (Nova Genera, 88, t. 44), et que Jussieu, dans son Genera Plantarum, a placé parmi les Plantes incertœ sedis, en indiquant toutefois ses affinités avec les Sa1icariées. Voici ses ca ractères: calice tetra gone à quatre divisions, persistant et inséré au sommet de l'ovaire; corolle périgyne, composée de quatre pétales onguiculés et alternes avec les divisions du calice; étamines au nombre de-vingt ou environ, à filets soudés et formant un anneau urcéolé qui porte aussi de petits filets stériles et alternes avec les étamines; ovaire unique, portant un style persistant et un stigmate à quaire lobes divisés eux-mêmes en trois parties; le fruit est une baie hémisphérique, striée, uniloculaire et contenant un grand nombre de graines très-petites et attachées à un placenta central. On n'a pas encore de description de la Plante sur laquelle ce genre a été fondé. Forster (loc. cit.) la mentionne sous le nom de Crossostylis biflora, et l'a découverte dans les iles de l'océan Pacifique. (G..N.)

CROTALAIRE. Crotalaria. BOT, PHAN. Famille des Légumineuses, et Diadelphie Décandrie, L. Ce genre, connu des botanistes antérieurs à Tournefort, ne fut bien établi que par ce père de la botanique française. Dillen et Linné l'ont ensuite adopté et ont ainsi fixé ses caractères: calice divisé en trois segmens profonds dont l'inférieur est légèrement trifide, ou, ce qui revient au même, partagé, selon Lamarck, en cinq découpures inégales; étendard de la corolle souvent beaucoup plus long que les ailes et la carène; celle-ci est très-recour-bée, obtuse ou arrondie antérieurement, et terminée en pointe; toutes les étamines réunies avec une fissure latérale, monadelphes, quoiqu'on ait placé ce genre dans la Diadelphie pour ne pas l'éloigner de ses voisins naturels; légume enflé, ovale, cylindrique, pédicellé, uniloculaire et ne contenant ju'un petit nombre de semences réniformes. Les Plantes de ce genre sont des Arbres ou des Arbrisseaux à feuilles quelquefois simples, le plus souvent ternées, rarement digitées, munies de stipules distinctes du pétiole; leurs fleurs sont disposées en épis, soit terminaux, soit axillaîres, ou opposés aux feuilles.

Thunberg (Prodr. Fl. capens. prœf. T. II) a séparé de ce genre plusieurs espèces linnéennes, et en a constitué le genre Rafnia que Willdenow a adopté, en y faisant entrer le Crotalaria perfoliata, L., et le Borbonia cordata d'Andrews. Quoique nous admettions avec plusieurs auteurs ce nouveau genre (V. RAFNIE), il est difficile de se ranger à l'avis de Willdenow relativement à la première de ces deux Plantes. Le Crotalaria perfoliata, L., Plante de la Caroline, ne doit pas être intercalé au milieu d'un groupe de Plantes toutes indigènes du cap de Bonne-Espérance, et doit rester un Crotalaria tant qu'on ne sera pas fixé sur la place qu'il occupe, soit dans le genre Sophora, selon Walter, soit parmiles Podalyria, d'après Michaux. Aiton en a aussi fait le type de son genre Baptisia. D'un autre côté, l'é tablissement d'un nouveau genre aux dépens des Crotalaria a encore été proposé par Desvaux; il l'a nommé Neurocarpum et l'a formé avec le Crotalaria Gitianensis, Aubl., et le Crot, elliptica, Poiret. Enfin, Thunberg a encore distingué comme genre particulier le Crotalaria cordifolia, L., et lui a donné le nom d'Hypocalyptus obcordatus; c'est cette Plante que Bergius avait appelée Spartium sophoroides.

La distinction de ces divers genres laisse encore dans celui des Crotalaires un grand nombre d'espèces. On en compte aujourd'hui plus de quatrevingts, répandues dans les contrées voisines des tropiqués, mais elles sont plus fréquen tes dans l'Amérique méridionale, les Indes-Orien tales et le cap de Bonne-Espérance, que dans les autres régions; quelques-unes remontent assez haut dans l'hémisphère boréal,

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puisqu'elles se trouvent en Chine ou dans les Etats-Unis du nord de l'Amérique. Aucune n'étantremarquable par ses usages économiques, il nous suffira d'exposer ici une description abrégée des deux Plantes qui par la beauté de leurs fleurs méritent d'être plus particulièrement distinguées.

La CROTALAIRE A FLEURS PURPURINES, Crotalaria purpurea, Venten., Malm. T. 11, tab. 66, est un Arbrisseau originaire du cap de Bonne-Es-pérance, qui par l'agrément et la belle couleur de ses fleurs se distingue facilement de ses congénères. Il fleurit Vers le milieu du printemps, et ou. le rentre dans l'orangerie à l'approche de l'hiver. Ventenat observe que cette Planle a beaucoup d'affinités avec le Crotalaria cordifalia, L., mais qu'elle s'en distingue essentiellement par son légume renflé; il incline donc a séparer celle-ci, comme l'a fait Thunberg, et à adopter son genre Hypocalyptus.

La CROTALAIRE ARBORESCENTE, Crotalaria arborescent, Lamck., est un Arbrisseau indigène, comme le précédent, du cap de Bonne-Espéran-ce, et que Bory de Saint-Vincent a retrouvé à l'lle-de-France; il ressemble assez au Baguenaudier par ses fleurs jaunes, et au Cytise des Alpes par son feuillage. On le cultive au Jardin des Plantes de Paris ainsi qu'une autre belle espèce, le Crotalaria juncca, L., à laquelle une tige effilée, des feuilles lancéolées et couvertes d'un duvet argenté et de grandes fleurs d'une vive couleur de Soufre, donnent un aspect fort élégant. (G..N.)

CROTALE. Crotalus. REPT. OPH. Vulgairement Serpent à sonnettes. Nom auquel répond à peu près celui qu'ont adopté les naturalistes; ce nom, tiré du grec, signifie dans cette langue une cresselle ou tout autre petit instrument faisant du bruit par percussion. Ce genre appartient à la famille des Venimeux à crochets isolés de Cuvier, et à celle des Hélérodepmes de Duméril. Ses caractères sont: des plaques transversales simples sous le corps et sous la queue, dontl'extrémité est garnie de plusieurs grelots vides, ayant leur substance pareille à celle des écailles, emboîtés lâchement les uns dans les autres et se mouvant en causant un certain bruit qu'on a comparé à celui produit par au parchemin froissé ou deux grosses plumes d'Oiseau frottées l'une contre l'autre. — De tous les Serpens, les Crotales passen t pour être les plus dangereux par leur morsure, dont l'effet n'avait pas besoin d'être exagéré pour être encore des plus terribles. Il est heureux que la nature n'ait pas joint à ce puissant moyen de destruction la grande agilité des Boas; les Crotales seraient devenus alors un véritable fléau dans l'ensemble de la création. Leurs habitudes sont tranquilles et leur démarche est lente; ils ne font usage de leur venin que pour se procurer la nourriture nécessaire, n'attaquant jamais sans y être poussés par le besoin ou par des provocations réitérées. Les Crotales habitent exclusivement l'Amérique, depuis le midi des Etats-Unis jusque vers le milieu du Brésil; les parties les moins peuplées de la Caroline surtout sont la patrie de prédilection de ces Animaux; et c'est là qu'on en rencontre le plus. C'est encore là que notre savant et ancien ami, l'illustre Bosc, dont les recherches ont presque épuisé l'histoire naturelle de ce pays, a parfaitement observé leur histoire; nous ne pouvons mieux faire, ainsi qu'on l'a fait ailleurs, que de citer textuellement ce qu'en a dit ce naturaliste, en ajoutant à cette citation la mention de l'ouvrage utile ou nous l'avons puisée (V, Dict. de Dé-terville, T. vIII, p. 474 et suiv.). « Le nombre des grelots de la queue des Crotales varie non-seulement dans toutes les espèces, mais même dans beaucoup d'individus d'une même espèce. Ce sont des pyramides tronquées a quatre faces, dont deux, opposées, sont beaucoup plus courtes que les autres, et qui s'emboîtent réciproquement, de manière qu'on ne voit que

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le tiers de chacune. Cet emboîtement a lieu par le moyen de trois bourrelets circulaires, répondant à autant de cavités de la pyramide supérieure, de manière que la première pyramide qui tient à la chair, n'a que deux cavités, et que la dernière, celle qui est à l'extrémité, n'en a pas du tout. C'est par le moyen de ces bourrelets de diamètres inégaux, que les grelots se tiennent sans être liés ensemble, et qu'ils peuvent se mouvoir avec bruit dès que l'Animal agite sa queue. Ces pièces, excepté la première, ne tenant point à l'Animal, ne peuvent recevoir de nourriture; aussi ne croissent-elles pas; la dernière, c'est-àdire la première formée, est toujours fermée et plus petite. De l'accroissement des dernières vertèbres de la queue, dépend la grandeur de la dernière pièce des grelots puisque ces pièces se moulent primitivement sur elles. Il est très-probable qu'il s'en produit tous les ans par suite de la mue. J'ai observé un assez grand nombre de Crotales de différentes espèces dans la Caroline, et je crois avoir remarqué que si le nombre des sonnettes varie dans la même espèce de même âge, c'est parce qu'elles sont sujettes à se séparer par accident. Il est très-certain pour moi, d'après mes observations et le dire des habitans du pays, que les Crotales ne perdent et ne renouvellent pas leurs sonnettes chaque année, et qu'on peut toujours, par le moyen du calcul, trouver le nombre de celles qui manquent, puisque toutes croissent dans une proportion régulière. Un individu que je possède dans ma collection, comparé à plusieurs autres plus grands et plus petits, m'a prouvé qu'un Crotale qui a six grelots, dont le dernier est entièrement fermé à sou extrémité, doit avoir fermé à son. C'est cette fermeture du dernier grelot qui annonce l'intégrité du nombre de ceux produits depuis la naissance dé l'Animal. On dit que le bruit de cet sonnettes s'entend à plus de soixante pieds, et cela se peut pour quelques espèces; mais je ne l'ai jamais pu entendre à plus de douze ou quinze pieds, encore était-ce celui d'un individu que j'avais attaché par le cou à un arbre et qui se débattait avec une grande violence. Dans l'état de marche ordinaire, le bruit est si faible, qu'il faut être sur l'Animal et même prêter l'oreille pour l'entendre. — L'odeur des Crotales est très-mauvaise et se sent souvent de fort loin; elle est principalement due à la décomposition des Animaux qu'ils ont mangés, décomposition qui est singulièrement accélérée par le venin dont ces Animaux ont été imprégnés. J'ai remarqué que ceux qui avaient le ventre vide, ne transmettaient qu'une bien plus faible odeur, analogue à celle de la Couleuvre à collier, et qui est fournie par les glandés voisines de l'anus. Lorsqu'ils sont morts, ils se décomposent eux-mêmes très-rapidement, et l'odeur ammoniaco putride que leur corps exhale est si fétide, qu'il faut un grand courage pour en approcher, et qu'il est presque impossible de les remuer sans se trouver mal. —Les Serpens à sonnettes peuvent vivre long-temps; on en cite qui avaient quarante à cinquante sonnettes, c'est-à-dire quarante à cinquante ans, et huit à dix pieds de long; mais on n'a cependant à cet égard que des notions fort confuses. Dans les pays où il y a un hiver, en Caroline, par exemple, ils se terrent pendant les froids. comme les Serpens d'Europe, tandis qu'à Cayenne on les trouve toute l'année en activité. — C'est aux dépens de petits Quadrupèdes, tels que les Lièvres, les Ecureuils, les Rats, etc., d'Oiseaux qui cherchent leur nourriture sur la terre et de divers Reptiles, que vivent les Serpens à sonnettes. Ils se tiennent ordinairement contournés en spirale dans les lieux dégarnis d'herbes et de bois, le long des passages habituels des Animaux sauvages, surtout dans ceux qui conduisent aux abreuvoirs: là ils attendent tranquillement que quelque victime se présente; dès que celle-ci se trouve à leur portée, ils s'élancent sur elle avec la rapidité d'un

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trait, et lui versent leur poison dans les veines. Rarement un Animal surpris par un Serpent à sonnettes cherche-t-il à fuir: il est comme pétrifié de terreur à son aspect, et va même, dit-on, au-devant du triste sort qui l'attend. De ce fait exagéré, découle naturellement l'opinion où l'on est généralement, en Amérique comme en Europe, qu'il suffit qu'un Serpent fixe un Écureuil ou même un Oiseau placés sur un arbre, pour les charmer, c'est-àdire les obliger à descendre et à venir se faire avaler. Lorsqu'on met des Animaux dans une cage où il y a de ces Serpens, ils sont saisis d'une frayeur mortelle, s'éloignent le plus qu'ils peuvent de lui, mais ne perdent point leurs facultés physiques: il est, au reste, rare que dans ce cas les premiers les acceptent pour nourriture; ils se laissent assez ordinairement mourir de faim, lorsqu'ils sont réduits en captivité. — Tous les Animaux, excepté les Cochons qui s'en nourrissent, craignent les Serpens à sonnettes; les Chevaux, et surtout les Chiens, les éventent de loin, et se gardent bien de passer auprès d'eux. Je me suis amusé plusieurs fois à vouloir violenter mon Cheval et mon Chien pour les diriger vers un de ces Serpens; mais ils auraient été plutôt assommés sur la place que de s'en approcher. Ils sont cependant assez souvent leurs victimes, ainsi que j'ai eu occasion de m'en assurer. C'est principalement dans les temps orageux et lorsque l'atmosphère est fort chargé d'électricité, enfin lorsque le temps est lourd et chaud, qu'ils sont le plus dangereux. Mais l'Homme en devient facilement le maître, lorsqu'il peut les apercevoir de loin et prendre ses précautions. D'abord ils ne l'attaquent jamais; en second lieu ils ne sont point craintifs, se laissent approcher, et par conséquent on peut choisir une position avantageuse, et les tuer d'un seul coup de bâton donné sur l'épine du dos. Je les redoutais si peu, que j'ai pris en vie tous ceux que j'ai rencontres et qui n'étaient pas trop gros pour pouvoir être consevés dans l'esprit de vin. Lorsqu'ils sont saisis parla tête, ils ne peuvent, comme les autres Serpens, relever leur queue et l'entortiller autour des bras de l'a gresseur, et par conséquent faire usage de leur force pour se dégager. Ils sont au reste très-vivaces. Tyson en disséqua un qui vécut quelques jours a prés qu'on lui eut arraché la plupart des viscères et que sa peau eut été déchirée; ses poumons, qui étaient composés de petites cellules, et terminés par une grande vessie, demeurèrent enflés jusqu'à ce qu'il fût expiré. J'ai fait des observations analogues sur ceux qui sont tombés entre mes mains. —Quoique les plaies que produit un Serpent à sonnettes soient de plus d'un pouce de large, sa morsure, dit-on, se sent à peine; mais au bout de quelques secondes, une enflure, accompagnée d'élancemens, se développe autour du membre; bientôt elle gagne tout le corps, et souvent au bout de quelques minutes, l'Homme ou l'Animal blessé n'existe déjà plus. Les derniers degrés de l'agonie sont extrêmement douloureux: on éprouve une soif dévorante qui redouble si l'on cherche à l'étancher; la langue sort de la bouche et acquiert un volume énorme; un sang noir coule de toutes les parties du corps, et la gangrène se montre sur la blessure. Malgré la violence de ces symptômes et la rapidité des progrès du mal, on guérit souvent de la morsure des Crotales; mais il faut pour cela que les crochets n'aient point pénétré dans une artère, et pas trop près du cou. Je crois pouvoir déduire d'une observation qui m'est propre, que souvent dans ce cas on meurt asphyxié par suite de l'endure des organes de la respiration; et qu'alors l'opération de la bronchotomie pourrait sauver le malade. —Le poison des Crotales se conserve sur le linge, même après qu'il a été mis à la lessive; et on a des faits qui constatent la mort de personnes dont les plaies avaient été pansées avec linge. Il se conserve sur la dent

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l'Animal après qu'il est mort. On cite qu'un homme fut mordu à travers ses bottes et mournt. Ces bottes furent successivement vendues à deux autres personnes qui moururent également, parce que l'extrémité d'un des crochets à venin était restée engagée dans le cuir.» —On emploie communément contre la morsure des Crotales trois moyens qui consistent dans la succion et la ligature au-dessus de l'endroit mordu si la chose est possible, dans les caustiques et dans les médicamens internes. Ces derniers viennent ordinairement trop tard et sont d'un faible secours dans un cas où les accidens se succèdent avec une telle promptitude, qu'on cite des exemples où des Hommes mordus ont péri en peu de minutes. Les caustiques peuvent produire un meilleur effet d'abord, mais leur emploi est bien douloureux et peut augmenter le mal pour peu que le ravage ait commencé. Les chasseurs se servent de la poudre de leur fusil allumée sur la plaie, après avoir dilaté celle-ci au moyen d'une scarification. La succion paraît ce qu'il y a de plus efficace, mais on trouve rarement quelqu'un qui veuille prodiguer ce secours dans le préjugé ou l'on est que le venin du Crotale est mortel de quelque manière qu'il parvienne dans le corps. C'est une erreur, et il paraît que non-seulement le venin des Serpens n'est dangereux qu'autant que des morsures l'introduisent dans la circulation, mais qu'il en est de même de tous les virus dont l'absorption est le résultat de morsures. Ainsi nous avons vu Vailly, officier de santé en chef de l'un des corps d'armée dont nous faisions partie en Espagne, sucer les plaies faites à une dame par un Chien évidemment enragé, avaler même le résultat de la succion pour rassurer la malade qu'il parvint à guérir d'abord moralement, et n'en pas éprouver le moindre malaise. Vailly poussa le courage jusqu'à prendre de la salive qui découlait des gencives de l'Animal hydrophobe qui mourut peu de jours après, attaché dans la niche où l'héroïque docteur l'avait placé afin d'observer le cours de la cruelle maladie que ce Chien avait communiquée à plusieurs autres Animaux sur lesquels il s'était d'abord jeté. On recommande contre la morsure des Crotales le Prenanthes alba, une espèce d'Hélianthe, la Spirée trifoliée, le Polygala Seneka, avec les Aristolochia serpentaria et anguicida. Palisot-Beauvois ajoute qu'on peut aussi se servir utilement de l'écorce pilée des racines de Tulipier: en général les médicamens purgatifs, sudorifiques, ou appliqués en cataplasme et en fomentation au plus haut degré de chaleur supportable, peuvent soulager, guérir même; mais parmi les personnes blessées qui échappent à la mort, il en est peu qui ne conservent des traces profondes de l'accident qui menaça leur vie. Bosc affirme que des taches jaunes sur la partie intéressée, des enflures, de grandes douleurs et une faiblesse périodique, en perpétuent le pénible souvenir. Les effets de la morsure des Crotales sont fort prompts, avons-nous dit; si l'on s'en rapporte aux expériences faites par plusieurs personnes et insérées dans divers recueils scientifiques, des Chiens y ont succombé en quinze secondes. Cependant l'effet ordinaire se prolonge de dix minutes à trois heures. Un Crotale contraint à se mordre lui-même a succombé en douze minutes. Par l'action du poison, non-seulement ces Serpens s'approprient la possession de leurs victimes, mais encore ils en accélèrent la décomposition, ce qui hâte l'opération digestive dans l'estomac de l'Animal, lequel, de même que les autres Serpens, ne mâche pas sa proie, mais l'avale tout entière.— Les Crotales ne montent pas aux Arbres; ils ne se replient pas avec cette grâce flexible qui sied si bien aux Couleuvres; ils rampent presqu'en ligne droite, et pas assez vite pour atteindre un Homme à la course; dans leur position habituelle et lorsqu'ils se tiennent en embuscade, ils se contournent en spirale. Un assez gros in-

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dividu vivant que nous avons eu occasion d'observer, et qu'on a conservé quelque temps à Bordeaux d'où on le conduisit à Paris, se blotissait habituellement de la sorte, et dressait quelquefois la partie supérieure de son corps jusqu'à la moitié de la longueur en ligne droite, tenant sa tête horizontalement, pour observer avec une sorte de gravité ce qui se passait autour de lui. — On prétend qu'avant la découverte de l'Amérique, les Crotales étaient pour les Sauvages des objets de respect et d'adoration, parce qu'ils détruisent les autres Reptiles. Depuis que la civilisation a pénétré dans cette partie du monde et conquis à la culture le sol que couvrirent si long-temps d'impénétrables forêts, les naturels ont partagé pour les Crotales l'horreur qu'ils inspirent aux Européens; plusieurs hordes en mettent la tête a prix; les colons leur font une guerre active, et le nombre en diminue considérablement. On n'en voit même plus de gros dans les environs des villes et des habitations. Il était autrefois commun d'en rencontrer qui dépassaient six ou huit pieds de longueur; ils ont aujourd'hui rarement le temps d'atteindre à cinq. Les Sauvages mangent leur chair. Dans les contrées où l'hiver se fait ressentir, les Crotales s'engourdissent. On les rencontre alors dans les trous, dans les cavernes et sous les couches épaisses que formant les Sphaignes dans les marais; ils y sont presque toujours réunis en certaine quantité, et même avec des Crapauds qui n'en bat rien à craindre, saisis qu'ils sont du froid qui leur est commun. A Cayenne les Crotales ne s'engourdissant jamais, sont dangereux toûte l'année. Châtea briant rapporte que ces Animaux sont sensibles aux effets de là musique, et qu'il a vu dans lq Haut-Canada, sur les bords de la rivière Génésie, un naturel apaiser la colère de l'un de ces Serpens avec les sons de sa flûte; le Crotale charmé finit même, selon l'auteur d'Attala, par suivre le Sauvage. —Telle est l'indolence habituelle des Crotales quand le besoin ne les presse pas, ou que la grosseur d'un Animal met celui-ci au-dessus du volume qu'ils peuvent avaler, qu'on a vu des voyageurs les heurter involontairement du pied sans en être mordus. Ils attendent, ainsi qu'il a été dit, des provocations réitérées pour s'élancer, blesser et épuiser leur venin dans une occasion dont il ne doit résulter que la mort, inutile pour eux, d'un Animal trop considérable. On dirait que, soigneux de conserver leurs provisions mortelles pour s'assurer quelque repas proportionné à la capacité de leur estomac, les Crotales avertissent, avant de frapper, l'Homme dont la vie ou le trépas sont indifférens à leur appétit. Provoqués par celui qui les rencontre, ils se roulent; et, prêts à s'élancer, ils attendent une nouvelle insulte; pour peu que cette insulte se fasse attendre, ils s'éloignent en rampant doucement presque en ligne droite; l'attaque est-elle réitérée, ils se roulent de nouveau, agitent leurs grelots avec rapidité, retirent leur cou qui s'aplatit ainsi que la tête; bientôt leurs yeux étinoellent, leurs joues se gonflent, les lèvres se contractent, enfin une large gueule s'ouvre et montre les redoutables crochets dans lesquels ces Reptiles placent leur confiance; ils agitent aussi la langue, et semblent observer l'effet que produisent de telles démonstrations de colère. Ce n'est qu'à la dernière Extrémité que le Crotale s'élance pour mordre, mais ce n'est qu'à coup sûr qu'il frappe l'agresseur; jamais il ne hasarde son attaque, et dès qu'il se décide à mordre, il blesse et répand son venin. —Comme les autres grande Serpens, les Crotales sont ovipares; cependant on assure qu'ils n'abandonnent pas leur progéniture éclose. C'est une opinion commune dans quelques-unes des Antilles, qu'ils la dévorent; mais cette erreur tient à la manière dont au contraire ils la protègent. Bcauvois a vu, et d'autres personnes ont vu également, de vieux Crotales surpris,

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s'arrêter tout-à-coup, ouvrir leur bouche le plus possible et y recevoir leurs petits hâtés de s'y réfugier. Ce fait est irrécusable, attesté par un homme tel que Beauvois, mais n'en est pas moins fort extraordinaire; il a donné lieu au préjugé des colons à l'égard de la voracité des Crotales. —Le nombre des espèces de ce genre se monte à huit selon Latreille. Le voyage de Humboldt l'a grossi de deux nouvelles. Ou divise ces espèces en deux séctions selon qu'elles ont la tète garnie en dessus d'écailles semblables à celles qui recouvrent le corps, ou que la tète est couronnée de plaques au lieu d'écailles.

† Tête couverte d'écailles.

Le BOIQUIRA, Crotalus horridus, L., Gmel., Syst. Nat., XIII, 1, pars III, p. 1080; Encycl. Serp., p. 1, pl. 2, f. 3. C'est le Caudisona terrifica, Laur:, Amph., n° 203; le Boicininga de Pison et Marcgraaff, le Teuhtlacot-Zauhqui de Hernandez, enfin l'un des plus redoutables Crotales par l'activité de son venin. Son nom mexicain signifie reine des Serpens, par allusion à sa puissance. Il atteint de quatre à six pieds do longueur; une suite de grandes taches noires en losange, bordées de jaunâtre, règne le long du dos. Le reste des teintes est d'un cendré brunâtre, P. 166, E. 26.

Le CROTALE A QUEUE NOIRE, Crotalus atricaudatus. C'est à Bosc que les naturalistes doivent la cannaissance de cette espèce qui n a pos été observée depuis qu'il l'a décoverte. Nous nous bornerons couséquemment à répéter ce qu'il en rapporte: « Deux taches brunes, dit-il, sevoient à l'extrèmité postérieure du corps; le dos est d'un gris rougeâtre ponctué de brun, avec des fascies de la même teinte, irrégulières, anguleuses ou chevronnées, transversales, et d'autres taches plus claires, latérales; une raie fauve règne le long du dos, la queue est noire.» Cette espèce a de trois à quatre pieds de long. P. 170, E. 26.

Le DURISSUS, Crolalus Durissus, L., Gmel., loc. cit., p. 1081; Encycl. Serp., p. 2, pl. 3, fig. 4, sous le nom de Muet; Caudisona Durissus, Lau rent, Amph. n° 204. Cette espèce, qui habite jusqu'an quarante-cinquième degré de latitude, est la plus répandue dans l'Amérique septentrionale. C'est elle qu'on y appelle par excellence le Serpent à sonnettes et sur laquelle Bosc a principalement observé les mœurs des Crotales. Les plus gros individus qu'il ait vus ne dépassaient pas cinq pieds; l'un d'eux avait dans son estomac un Lièvre tout entier. Ce Serpent a aussi été l'objet des recherches de Catesby, de Kalm et de Beauvois; il se tient souvent près des eaux où il nage avec la plus grande facilité, en distendant sa peau et la gonflant d'air. Sa couleur est d'un gris jaunâtre, avec plus de vingt bandes noires irrégulières et transverses sur le dos. Celte espèce a souvent été confondue avec la première, et le nom de l'une a été donné indifféremment à l'autre. P. 170, 172, E. 21, 30.

Le DRYNAS, Crolalus Drynas, L., Gmel., loc. cit., p. 1081; Encycl. Serp., p. 2, pl. 1, f. 2 (sous le nom de Teuthlaco); Caudisona Drynas, Laurent., Amph., n° 206. Latreille pense avec raison que le synonyme de Séba, rapporté à ce Serpent, convient au Bruyant. Son corps est tout blanc, avec quatre rangées longitudinales de tacbes ovales d'un brun clair, P. 165, E. 30.

Le CAMARD, Crolatus Simus, Latr., Séba, Mus. T. II, tab. 45. Mal à propos regardé comme un Serpent de Oylan, où il n'y a point de Crotales, par ce dernier auteur qui a induit si souvent les naturalistes en erreur par la quantité de fausses indications dont il a trop souvent accompagné le grand nombre d'assez bonnes figures que nous lui devons. Si taille n'atteint que celle du Boiquira, dont les couleurs en losanges noirs qui régnent sur son dos le rapprochent; mais il a le museau tronqué d'une manière fort remarquable avec treize taches noires en forme de chevrons

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bordés de gris sur les flancs; le Ventre est blanc, P. 163, E. 19.

Les CROTALES A LOSANGE, Crotalus rhombifer, P. 242, B. 23, BRUYANT, Crotalus strepitans, Daud., et SANS TACHE, Latr., Caudisona orientalis, Laur., Amph., n° 207, P. 164, E. 28, sont les autres espèces de cette division.

†† Tête couverte de plaques.

Le MILLET, Crotalus miliarias, L., Gmel., loc. cit., p. 1080, Encycl. Serp., p. 1, t.1, f. 1 (d'après Catesby, T. II, tab. 24). Ce Crotale est fort connu dans quelques parties de l'Amérique septentrionale sous le nom de Vipère de la Louisiane, que ses morsures cruelles ont rendu effroyablement célèbre. On le regarde comme le plus dangereux de tous; on prétend que nul être n'a survécu trois heures a l'effet meurtrier de ses crochets, et le Millet est d'autant plus à craindre que, fort petit et n'excédant pas un pied et demi de longueur, il se glisse inaperçu près de ses victimes. D'autres fois il se tient roulé sur les troncs des Arbres abattus au milieu des lieux marécageux, où il guette les Grenouilles dont il fait sa nourriture habituelle. Il ne s'épouvante de la présence d'aucun Animal, et ne se sauve pas à l'aspect de l'Homme souvent exposé à poser sa main au lieu même où se blottit le Millet, ou à s'asseoir dessus. Ses couleurs rappellent, par leur variété et leur disposition, mais en petit, celles dont s'embellit la robe du Boa Devin. On le trouve depuis la Caroline jusque dans les régions désertes qui s'étendent à l'ouest de la Nouvelle-Orléans. P. l32, E. 32. (B.)

* CROTALINE. REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre, V. ce mot.

* CROTALOPHORE. REPT. OPH. (Séba et Gronou.) Syn. de Crotale. V. ce mot. (B.)

CROTON. BOT. PHAN. Ce genre, qui appartient aux Euphorbiacées, est, parmi elles, le plus riche en espèces après L'Euphorbe, et mériterait, peut- être mieux que ce dernier, de servir de type à cette famille. Comme on lui a réuni beaucoup de Plantes peu semblables entre elles, la définition du genre serait confuse et mal déterminée, si on les conservait toutes. I1 devient donc nécessaire d'en écarter un certain nombre d'espèces, et les caractères établis avec plus de rigueur, d'après la masse encore considérable qui reste, sont les suivans: fleurs monoïques, ou très-rarement dioïques; dans les mâles, un calice quinquéparti; cinq pétales avec lesquels alternent cinq petites glandes; des étamines en nombre dénni (ordinairement de dix à vingt), ou plus rarement indéfini, dont les filets libres, infléchis dans le bouton et redfessés après l'expansion de la fleur, s'insèrent à un réceptacle dépourvu ou couvert de poils, et dont les anthères adnées au sommet de ces filets regurdent du côté interne; dans les femrlles, un calice quinquéparti, persistant; pas de pétales; trois styles tantôt bifides, tantôt divisés régulièrement en un plus grand nombre de parties, et des stigmates en rapport avec ces divisions; un ovaire entouré à sa base de cinq glandes ou appendices d'autre consistance, creusé intérieurement de trois loges contenant chacune un ovule, et devenant un fruit capsulaire à trois coques qui s'ouvrent en deux valves.

Ce genre renferme des Arbres, des Arbrisseaux, des sous-Arbrisseaux ou des Herbes. Leurs feuilles, pourvues de stipules, sont alternes, souvent munies inférieurement de deux glandes, entières, dentées ou lobées, couvertes tantôt d'écaillés argentées ou dorées, tantôt de poils en étoiles qu'on doit regarder comme très-caractéristiques; on en retrouve ordinairement de semblables sur les rameaux, les pédoncules, les calices et les capsules. Les fleurs, munies chacune de bractées, sont disposées en épis ou en grappes axillaires ou plus souvent terminales, lâches ou serrées, tantôt courtes et ressemblant à des têtes, tantôt plus ou moins allongées;

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elles sont toutes du même sexe dans le méme épi, ou bien des mâles sont entremélés à des femelles, ou enfin, ce qui est le plus ordinaire, les mâles sont supérieurs, les femelles situées plus bas. On peut diviser les espèces de ce genre, comme l'a fait Kunth dans son bel ouvrage où il en fait connaître un très - grand nombre de nouvelles, en celles dont les feuilles sont revêtues d'écailles et celles dont les feuilles sont couvertes de poils éoilés; dans ces dernières, ces fauilles sont entières, et alors leur coutor présente des différences qui peuvent servir de base à une subdivision nouvelle; ou bien elles sont découpées en lobes assez profonds. La tige, herbacée ou frutescente, fournit encore des caractères utiles.

Le genre Croton, vesserré dans les limites que nous avons assignées, comprend encore près de cent cinquante espèces. Les régions équinoxiales des deux Amériques semblent pres que exclusivement leur patrie, puisque les neuf dixièmes environ en sont originaires. Nous ne pouvons ici entrer dans des détails spécifiques; nous nous contenterons done d'indiqner quelques Crotons remarquables par leurs usages et leurs propriétés. — Toutes les parties du C. Tiglium, et surtout les graines connues communément sous le nom de graines des Moluques ou de Tilly, sontimprégnées de ce principe âcre qui semble un attribut de la famille entière. La médecine, qui les avait autrefois employées, en avait presque entièrement rejeté l'usage plus tard, à cause de quelques expériences malheureuses. Il vient d'être introduit de nouveau en Angleterre, où l'huile de Tiglium est administrée comme purgation dans les cas où il est besoin d'un agent très-énergique à faible dose. Cette énergie paraît due à un principe de nature résineuse qu'on a proposé de nommer Tigline. — L'écorce connue en médecine sous le nom de Cascarille, et souvent employée comme succédanée du Quinquina avec lequel elle fut même confondue dans le principe, appartient à une autre espèce de Croton. — Les C. balsamiferum, origanifolium, niveum et aromaticum, possèdent une propriété analogue, mais moins prononcée; et, dans ces espèces, le principe excitant se borne à des effets faibles et généraux.

Si nous n'avons pas mentionné une autre espèce bien remarquable, le C. tinctorium, L., qui fournit le Tournesol, c'est qu'elle paraît s'éloigner de ce genre et devoir en former un distinct que Necker a nommé Crozophora, V. ce mot, dans lequel plusieurs autres espèces viennent se grouper autour d'elle.

Les espèces dépoutvues de pétales, et dans lesquelles l'ovaire est surmonté de trois styles plumeux, doivent être réunies au Rottlera de Roxburgh. V. ce mot.

Le C. variegatum de Linné ou Codiœum de Rumph paraît aussi devoir former un genre distinct. V. CoDIOEUM. Enfin les C. castanifolium et palustre, dans lesquels dix étamines sont réunies en une colonne qui supporte un rudiment de pistil; les trois styles découpés profondément en un grand nombre de divisions divergentes et simulant un éventail; l'es diverses parties hérissées de poils simples, terminés quelquefois par une glande; ces deux espèces, disonsnous, pourraient peut-être former elles-mêmes un nouveau genre, ainsi que le C. tricuspidatum qui n'a que cinq étamines monadelphes, et une seconde espèce inédite fort voisine.

D'un autre côté, plusieurs genres établis par divers auteurs-doivent se fondre dans le Croton. Tels sont l'Aroton, le Luntia, le Cinogasum, que Necker a établis sur des espèces pres que isolées et qu'il ne paraît pas avoir étudiées. Tel est encore le Tridesmis de Loureiro, qui, d'après un échantillon conservé dans l'Herbier du Muséum d'Histoire naturelle, n'est autre chose qu'une espèce de Croton à styles multipartis.

Il existe de ce genre une monographie assez étendue, celle de Geïseler, mais dont les descriptions sont trop

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souvent incomplètes. La partie botanique du Voyage de Humboldt, rédigée par Kunth, et l'Encyclopédie methodique, sont les ouvrages où l'on trouve le plus de documens pour l'étude de ses espèces.

Le nom dè CROTON, emprunté des anciens, désignait le Ricin. V. ce mot. (A.D.J.)

CROTONOPSIS. BOT. PHAN. Genre de la famille des Euphorbiacées, établi par Michaux dans sa Flore de l'Amérique septentrionale(T. 11, p. 185, t. 46). Il a pour caractères: des fleurs monoïques; dans les mâles, un calice à cinq divisions avec lesquelles alternent cinq pétales; cinq étamïnes dont les filets libres et saillans portent des anthères appliquées en dedans de leur sommet légèrement dilaté: dans les femelles, un calice à cinq divisions, dont les deux qui regardent le côté de la tige avortent en général, et à chacune desquelles est opposée une petite écaille; trois stigmales presque sessiles et légèrement bilobés; un ovaire uniloculaire, renfermant un ovule unique inséré à son sommet. Le fruit est sec et indéhiscent; la tige herbacéc et parsemée de patites écailles furfuracées, qui, répandues en grand nombre sur les feuilles, en argentent la surface inféricure. Les fleurs sont situées aux aisselles des dernières feuilles, et après la chute de celles-ci forment des sortes d'épis. Les calices et les fruits sont couverts de poils en étoile.

On en connaît une seule espèce dont les feuilles alternes varient par leur forme tantôt linéaire, tantôt elliptique; ce qui cu a fait admettre deux par plusieurs auteurs. Ce genre, évidemment voisin du Croton, forme une anomalic dans la famille par I'unité de loge, qui est peut-être le résultat de l'avortement, mais qui néanmoins est confirmée par l'examen de l'ovaire. Au reste, la situation et la structure de la graine sont bien celles d'une Euphorbiacée; car l'embryon à radicule supérieure est enveloppé par un périsperme charnu.(A. D. J.)

CROTOPHAGA. OIS. V. ANI.

CROUPION. Uropygium. OIS. L'extrémité du tronc, composé des deruières vertèbres dorsales et que termine une sorte de coccix ressemblant à un soc de charrue ou bien à un disque comprimé. — Il existe dans la partie charnue du Croupiou deux glandes qui contiennent une substance oléagineuse, plus abondante chez les Oiscaux aquatiques que chez les autres et dont ils se servent pour lustrer leurs plumes, et les soustraire à l'action de l'eau qui ne les mouille plus dès que l'Oiseau les a frottées avec son bec imprimé de cette substance. Les plumes uropygiales répondentaux vertèbres, et les plumes de la queue à l'os caudal ou coccix. Dans les descriptions ornithologiques, le mol Croupion s'éleud à toute la partie inférieure du dos. (B.)

CROUTE. BOT. CRYPT. Paulet, dans sa bizarre nomenclature, appelle Croúte à charbon et Croûte à glandée, diverses Spédries. (B.)

CROYE. BOT. PHAN. Du Diet, de Déterville. Pour Crowée. V. ce mot. (B.)

CROWÉE. Crowea. BOT. PHAN. Genre établi par Smith pour un Arbuste originaire de la Nouvelle-Hollande, qui vient se placer dans la famille des Rutacées et dans la Décandric Monogynie.

La CROWÉE A FEUILLES DE SAULE, Crowea saligna (Andrew. Reposit., natt. 79; Venten., Malm. T. vII), est un petit Arbuste dressé, trésglabre, ayant ses rameaux alternes et triangulaires; ses feuilles également alternes sont sessiles, linéaires, lancéolées, aiguës, très-entières, glabres, luisantes et parsemées de petits points glanduleux et translucides, comme dans les Myrtes et les Millepertuis. A I'aisselle de chacune des feuilles supérieures, on trouve une scule fleur pédonculée, dressée, assez grande, d'une couleur pourpre. Le calice est étalé à cinq divisions profendes, obtuses, plus courtes que la corolle et citiées. La corolle se com-

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pose de cinq pétales étalés, se recouvrant mutuellement dans leur partie inférieure, sessiles, ovales, lancéolés, aigus. Les étamines sont au nombre de dix, beaucoup plus courtes que la corolle, rapprochées en forme de cône au centre de la fleur et offrant une structure extrêmement singulière. De ces dix étamines qui sont, ainsi que les pétales, insérées au contour d'un disque hypogyne épais et lobé, cinq sont plus courtes que les autres et alternent avec elles; les filamens planes, lancéolés, glabres et recourbés dans leur partie externe et inférieure, velus des deux côtés dans leur moitié supérieure, qui est brusquement réfléchie vers son milieu dans les cinq étamines plus longues, tandis qu'ils sont dressés dans les cinq plus courtes. Les anthères sont introrses et appliquées sur la face interne des filets vers le milieu de leur hauteur. Ces anthères sont bilides à leur base, à deux loges s'ouvrant chacune par un sillon longitudinal. Le disque dont nous avons parlé tout à l'heure, est plus large que la base de l'ovaire, au-dessous duquel il est placé, et offre cinq lobes séparés par autant de sinus arrondis, auxquels s'insèrent les pétales. L'ovaire est hémisphérique, très-déprimé à sou centre pour l'inserlion du style. Il présente cinq côtes séparées par autant de sillons longitudinaux. Chacune d'ellescorrespond à une des cinq loges, qui contiennent chacune deux ovules superposés et alternes, et ne sont adhérentes entre elles par leur centre, qu'à leur sommet et à leur base, tandis qu'elles sont séparées par une fente longitudinale dans presque toute leur hauteur: circonstance qui indique qu'ici le pistil se compose de cinq pistils soudés, caractère commun a presque toutes les autres Rutacées. Le style est extrêmement court, épaissi dans sa partie supérieure qui se termine par un stigmate hémisphérique glanduleux, et à cinq côtes arrondies. Ce style est garni et hérissé de poils très-longs et glanduleux à leur base. Le fruit, que nous n'avons pas vu, se compose de cinq capaules soudées entre elles, à une seule loge, contenant chacune une ou deux graines arillées. Ce joli Arbuste, originaire de la Nouvelle-Hollande, est cultivé dans les jardins des amateurs. Pendant l'hiver il doit être placé dans la serre tempérée. Il demande la terre de bruyère. On le multiplie de boutures sur couches tièdes et sous châssis.

Quant au Crowea nereifolia, nonseulement il n'appartient pas au même genre que la Plaute dont nous venons de donner la description, mais encore il doit être placé dans une autre famille, celle des Myrtacées: c'est le Tristania nereifolia. V. TRISTANIE.(A. R.)

* CROZOPHORA. BOT. PHAN. Sous ce nom Necker a fait un genre distinct d'une des espèces les plus remarquables du genre Croton, le C. tinctorium, L., que Scopoli nommait Tournesolia. Sept espèces environ doivent lui être réunies, et l'on peut les caractériser de la manière suivante: fleurs monoïques; dans les mâles, calice quinquéparti; cinq pétales souvent réunis en partie et couverts d'écailles furfuracées; cinq ou, plus souvent, huit à dix étamines, dont les filets inégaux sont soudés entre eux jusqu'à une assez grande hauteur, et dont les anthères, insérées un peu au-dessous du sommet des filets, regardent en dehors: dans les femelles, un calice à dix divisions linéaires, sans pétales; trois styles bifides; un ovaire ordinairement revêtu d'écailles, à trois loges conteuant chacune un ovule; un fruit capsulaire à trois co-ques. — Les espèces de ce genre sont des Arbrisseaux ou plus ordinairement des Herbes à feuilles accompagnées de stipules caduques, sinueuses dans leur contour, souvent molles et plissées. Les fleurs sont disposées, au sommet ou dans l'écartement des rameaux, en grappes dans lesquelles les femelles sont inférieures et portées sur des pédoncules plus longs; les mâles serrés et situés supérieurement. Les diverses parties de la Plante sont

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ordinairement couvertes de poils étoilés. — Il est à remarquer que ces espèces diffèrent aussi des véritables Crotons par leur patrie, puisqu'elles sont toutes originaires de l'Europe, de l'Asie. ou de l'Afrique, presque toujours des diverses régions qui forment le littoral de la Méditerranée.

Dans plusieurs, et surtout dans le C. tinctoria, la Plante est imprégnée d'un principe colorant rougeàtre qui, extrait et combiné avec les Alcalis, est répandu dans le commerce sous le nom de Tournesol. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur ce produit si utile à la chimie (V. TOURNESOL); il suffit de dire qu'il paraît se retrouver dans plusieurs Végétaux de la même famille. (A. D. J.)

CRUCIALIS. BOT. PHAN. (Cœsalpin.) Syn. de Valantia cruciata. (B.)

CRUCIANELLE. Crucianella. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacées et de la Tétrandrie Digynie, L. Ses caractères n'ont encore été donnés que d'une manière incomplète. En effet ce que les auteurs décrivent comme un calice formé de deux ou trois folioles opposées, fortement carenées, n'est qu un véritable involucre embiassant immédiatement la base de chaque fleur. Le calice est adhérent avec l'ovaire comme dans toutes les autres Rubiacées, et son limbe n'est pas marqué. La corolle forme un tube lone et grêle, et se termine par un Limbe à quatre ou à cinq divisions. Le nombre des étamines est égal à celui des lobes de la corolle. L'ovaire est surmonté par un style bifide à son sommet, et dont chaque branche porte un très-petit stigmate. Le fruit se compose de deux coques accolées, non couronnées par le calice, mais enveloppées et cachées par l'involucre qui est persistant. Ce genre renferme une vingtaine d'espèces qui sont des Plantes herbacées annuelles ou vivaces, et quelquefois sous-frutescentes à leur base. Leurs tiges sont anguleuses; leurs feuilles, généralement étroites, opposées ou verticillées; les fleurs sont petites et constituent des épis simples, très-rarement une sorte de corymbe. La plupart des Crucianelles croissent en Europe et dans le voisinage de la Méditerranéo. Ce genre correspond au Rubeola de Tournefort.

En France, on en compte quatre espèces, savoir:

La CRUCIANELLE A FEUILLES ÉTROITES, Crucianella angustifolia, L., Lamk., Ill., t. 61. Sa tige est haute de six à huit pouces, carrée, rude au toucher, tantôt simple, tantôt rameuse, articulée; ses feuilles sont linéaires, étroites, courtes, verticillées par six. Les fleurs sont petites et forment des épis simples au sommet des ramifications de la tige. On la trouve dans les champs après la récolte, dans l'Anjou et tout le midi de la France.

La CRUCIANELLE A FEUILLES LARGES, Crucianella latifolia, L., est annuelle comme la précédente, et croît dans les mêmes localités. Elle s'en distingue par ses feuilles verticillées par quatre seulement et plus larges. Lamarck les avait réunies ainsi que la suivante sous le nom de Crucianella spicata.

La CRUCIANELLE DE MONTPELLIER, Crucianella Monspeliaca, L. Cette espèce présente en quelque sorte réunis les caractères des deux piécédentes, c'est-à-dire que ses feuilles inférieures sont ovales et verticillées par quatre, tandis que les supérieures sont linéaires, lancéolées et verticillées par cinq ou six. Peut-être cette Plante et les deux précédentes ne sont - elles que des variétés d'une même espèce, ainsi que le pense Lamarck. Elle croît dans les provinces méridionales de la France.

La CRUCIANELLE MARITIME, Crucianella maritima, L. Cette espèce se distingue bien facilement de celles qui précèdent. Elle est vivace et d'un blanc verdâtre; sa tige est étalée, trèsrameuse, rude sur ses angles, et porte des feuilles quaternées, ovales, lancéolées, aiguës, rudes au toucher. Elle couvre les rochers des bords de la Méditerranée, en Provence, en Italie, en Espagne, en Egypte, etc. (A. R.)

* CRUCIATA ET CRUCIFERA.

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OIS. (Charlieton). Syn. de Bec-Croisé. (B.)

CRUCIATA. BOT. PHAN. Genre établi par Tournefort, réparti par les botanistes modernes parmi les Gaillets, les Aspérules et les Valanties auxquelles Adanson a conservé ce nom. On l'avait appliqué également à des Plantes fort différentes, mais dont les feuilles sont aussi quaternées. (B.)

CRUCIFÈRES. Cruciferœ. BOT. PHAN. Les Crucifères constituent l'une des familles les plus naturelles du règne végétal. Aussi, tous les genres qui la composent ont-ils été constamment réunis dans une même classe par tous les auteurs systématiques. Ils forment la Tétradynamie ou quinzième classe du système sexuel de Linné. Tournefort les avait tous placés dans la cinquième classe de son système. L'on ne devra donc pas s'étonner de ce que dans cette famille les caractères des genres soient en général peu tranchés et fondés sur des modifications souvent fort légères. Les travaux de Rai, de Crantz, de Gaertner, de Desvaux, de R. Brown, et surtout ceux de De Candolle, ont successivement jeté du jour sur l'histoire des Végétaux intéressans qui composent cette famille dont nous allons exposer les caractères. Le calice est toujours formé de quatre sépales généralement caducs, tantôt dressés, tantôt étalés; deux des sépales qui correspondent aux côtés du fruit, c'est-à-dire aux deux trophospermes, sont quelquefois un peu plus grands, bossus à leur base ou même prolongés en une sorte d'éperon. Les pétales sont au nombre de quatre, opposés deux à deux par leur base, et représentant en quelque sorte une croix; de-là le nom de Crucifères donné aux Végétaux de cette famille. Ces pétales sont rétrécis et plus ou moins longuement onguiculés à leur base; ils alternent avec les sépales du calice; leur lame, dont la figure est très-variable, est tantôt entière, tantôt divisée en deux lobes plus ou moins profonds. Le plus souvent la corolle est parfaitement régulière; dans quelques genres deux des pétales sont plus grands. Le nombre des étamines est de six dans presque toutes les Crucifères: ces étamines sont tétradynames, c'est-à-dire que quatre sont plus grandes que les deux autres. Les quatre grandes sont disposées en deux paires opposées et placées chacune en face d'un des côtés du fruit: les deux petites correspondent chacune à l'une des faces du fruit. Quelquefois les deux étamines qui forment chaque paire, sont soudées ensemble par leurs filets dans une étendue plus ou moins considérable; de même que ceux des deux petites, ils peuvent présenter une ou deux dents sur leurs parties latérales. Les anthères, dont la forme varie beaucoup, sont introrses et à deux loges. Toutes ces parties, savoir le calice, la corolle et les étamines, sont hypogynes, c'est-à-dire insérées à un réceptacle ou torus placé sous l'ovaire. Ce réceptacle présente de deux à qûatre tubercules glanduleux placés soit en dehors des grandes étamines, soit à la base même des petites, qui semblent être implantées dessus. Ces corps glanduleux, qui servent souvent de caractères distinctifs entre les genres, constituent un véritable disque épipodique. L'ovaire est constamment simple, ordinairement comprimé, tantôt allongé, tantôt raccourci, à deux loges séparées par une fausse cloison. Chaque loge contient un ou plusieurs ovules attachés au bord externe de la cloison membraneuse, qui n'est qu'un prolongement des deux trophospermes suturaux. Le style est grêle, quelquefois presque nul. Il semble être prolongement de la fausse cloison, et se termine par un stigmate simple ou bilobé. Le fruit est une silique ou une silicule. Dans le premier cas il est allongé, tantôt comprimé, tantôt cylindrique, quadrangulaire ou conique; dans le second il est court, globuleux ou comprimé. C'est surtout d'après les modifications extrêmement

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nombreuses que présente le fruit dans sa structure, que sont fondés les caractères des genres dans cette famille. Le nombre des graines renfermées dans chaque loge varie beaucoup. Il n'en existe quelquefois qu'une seule, d'autres fois deux ou un très-grand nombre. Elles sont globuleuses ou planes, et membraneuses sur les bords. Toujours elles sont insérées à la base de la cloison par un podosperme plus ou moins long. Leur embryon est immédiatement situé sous le tégument propre de la graine, et présente, dans la position relative de sa radicule et de ses cotylédons, des différences très-sensibles, indiquées par Gaertner, et dont R. Brown et De Candolle ont montré toute l'importance pour la classification des genres. Ces modifications sont au nombre de cinq: 1° la radicule est redressée et correspond à la fente qui sépare les deux cotylédons que l'on dit alors être accombans; 2° la radicule est appliquée sur le dos d'un des cotylédons qui restent planes et sont dits incombans; 3° les deux cotylédons, pliés longitudinalement, reçoivent la radicule dans la gouttière qu'ils forment; de-là le nom de cotylédons condoublés; 4° les cotylédons sont étroits et roulés en spirale, cotylédons spiraux; 5° enfin ils peuvent être repliés deux fois sur eux-mêmes transversalement; on les dit alors bipliés.

Les Crucifères sont toutes des Plautes herbacées annuelles, bisannuelles ou vivaces. On en oompte à peine quelques-unes qui sont sous-frutescentes à leur base. Leur racine est généralement perpendiculaire, tantôt grêle et mince, tantôt épaisse et plus ou moins charnue; leur tige est simple ou euse, et porte des feuilles alternes simples ou plus ou moins profondément divisées. Les fleurs sont pédioelléas et disposées en grappes simples, opposées aux feuilles ou terminales. Quelquefois ces grappes étant très-courtes et les fleurs très-rapprochées, constituent des espèces de corymbes.

Le nombre des Crucifères connues aujourd'hui, est extrêmement considérable et s'est accru très-rapidement, surtout par les recherches des botanistes et des voyageurs russes. Linné n'en décrivit que 234; Willdenow, 413; Persoon, 504. Le professeur De Candolle, dans le second volume de son Systema naturale Vegetabilium, vient d'en faire connaître 970, disposées en 94 genres.

Les Crucifères peuvent être considérées comme une famille presque entièrement européenne. Quelques-unes cependant sont éparses dans les diverses autres contrées du globe; mais leur nombreest loin d'égaler celui des Crucifères européennes. L'analogie qui existe entre les caractères botaniques des Plantes de cette famille, existe également dans leurs propriétés médicales. Toutes les Crucifères sont plus ou moins âcres et antisoorbutiques. Ces propriétés sont dues à la présence d'une huile volatile trèsactive. Lorsque cette huile est en grande quantité, les Crucifères sont très-âcres et irritantes, comme on le remarque également dans les graines des Sinapis, les feuilles de la Passerage, etc. Si à cette huile volatile il se joint des fluides aqueux, sucrés ou mucilagineux, les Crucifères conservent encore en partie leur action stimulante, mais elles peuvent eu même temps servir d'aliment. La culture est surtout très-propre à développer en elles les sucs aqueux, le mucilage et le sucre, et à augmenter leurs propriétés alibiles: aussi cultivons-nous dans nos jardins un grand nombre de Plantes de cette famille, qui nous servent d'alimens, tels sont les Choux, les Navets, les Turueps, les ChouxFleurs, etc.

Jusqu'en ces derniers temps, tous les auteurs systématiques avaient divisé les genres de la famille des Crucifères en deux grandes sections, savoir les Siliqueuses et les Siliculeuses. Les observations de R. Brown et de De Candolle les ont amenés à reconnaître le peu de fixité et de valeur de cette division. En effet il n'est pas toujours facile de déterminer la limits

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précise entre la silique et la silicule, puisque la différence entre ces deux Fruits ne consiste que dans leur longueur plus ou moins grande. En second lieu, il y a des genres fort naturels du reste, qui offrent à la fois dans les diverses espèces qui les composent des siliques et des silicules. Cette division ne pout donc pas être regardée comme la meilleure; c'est dans la structure de l'embryon, et particulièrement dans la position respective des cotylédons et de la radicule, que De Candolle a puisé les bases des divisions qu'il a établies dans la famille des Crucifères. D'après les cinq modifications que peut présenter l'embryon envisagé sous ce point de vue, lauteur du Systema universale établit cinq ordres dans la famille des Crucifères; ces cinq ordres ou divisions primaires sont ensuite partagés en vingt-une tribus ou divisions secondaires, dont les caractères sont surtout déduits de la forme générale du fruit et de la largeur de la cloison. Nous allons indiquer ici les genres qui composent la famille des Crucifères, en suivant la classification du savant professeur de Genève.

ORDRE Ier. — Crucifères pleurorhizées.

Les cotylédons sont planes, accombans, c'est-à-dire que la radicule correspond à la fente qui sépare les deux cotylédons. Les graines sont comprimées.

Ire Tribu. ARABIDÉES.

Silique s'ouvrant longitudinalement; cloison étroite; graines souvent membraneuses sur les bords.

Mathiola, Brown, D. C.; Cheiranthus, Br., D. C.; Nasturtium, Br., D. C.; Leptocarpœa, D. C.; Notoceras, Br., D. C.; Barbarea, Scopoli, D.C.; Stevenia, Adams et Fisch., D.C.; Braya, Sterneb. et Hop., D. C.; Turritis, Dillen, D. C.; Arabis, L., D.C.; Macropodium, Br., D. C.; Cardamine, L., D. C.; Pteroneurum, D. C.; Dentaria, L., D. C.

IIe Tribu. ALYSSINÉES,

Silicule s'ouvrant longitudinalement; cloison large et membraneuse; valves concaves ou planes; graines souvent membraneuses.

Lunaria, L., D.C.; Savigrya, D. C.; Ricotia, L., D.C.: Farsetia, Br., D.C; Berteroa, D.C.; Aubrietia, Adams, D.C.; Vesicaria, Lamk., D. C.; Schiwereckia, Besser et Andr., D.C.; Alyssum, L., D.C.; Meniocus, Desv., D.C.; Clypeola, L.; Peltaria, L., D.C.; Petrocallis, Br., D.C.; Draba, L., D.C.; Erophila, D.C.; Cochlearia, L., D.C.

IIIe Tribu. THLASPIDÉES.

Silicule S'ouvrant longitudinalement; cloison étroite; valves carénées; graines ovoïdes quelquefois membraneuses sur les bords.

Thlaspi, Méd., D.C.; Capsella, Desv., D.C.; Hutchinsia, Br., D. C.; Teesdalia, Br., D.C.; Iberis, L.; Biscutella, L., D.C.; Megacarpœa, D.C.; Cremolobus, D.C.; Menonvillœa, D.C.

IVe Tribu. EUCLIDIÉES.

Silicule indéhiscente; graines au nombre d'une à deux dans chaque loge.

Euclidium, Br., D.C.; Ochthodium, D. C.; Pugionium, Gaert., D.C.

Ve Tribu. ANASTATICÉES.

Silicyle s'ouvrant longitudinalement; valves offrant à leur face interne de petites cloisons, entre chacune desquelles on trouve une seule graine.

Anastatica, L., D.C.; Moarettia D. C.

VIe Tribu. CAKILINÉES.

Silique ou silicule se rompant transversalement en plusieurs pièces articulées, à une ou deux loges contenant chacune une ou deux graines non membraneuses.

Cakile Scopol., D.C.; Rapistrum, Méd., D.C.; Cordylecarpus Desf., D.C.; Chorispora, D.C.

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ORDRE DEUXIÈ. —Crucifères notorhizées.

Les cotylédons sont planes et incombans, c'est-à-dire que la radicule est redressée contre une de leurs faces. Les graines sont ovoïdes et jamais marginées.

VIIe Tribu. SisymbriÉBS.

Silique s'ouvrant longitudinalement; cloison étroite; valves concaves ou carenées; graines ovoïdes ou oblongues.

Malcomia, Br., D. C.; Hesperis, L., D. C.; Sisymbrium, Allion., D. C.; Alliaria, Bieb., D. C.; Erysimum, L., D. C.; Leptaleum, D. C.; Stanleya, Nuttal, D. G.

VIIIe Tribu. CAMÉLINÉES.

Silicule ayant les valves concaves, la cloison large.

Stenopetalum, Br., D. C.; Camelina, Crantz, D. C.; Eudesma, Humb. et Bonpl.; Neslia, Desv., D. C.

IXe Tribu. LÉPIDIKÉES.

Silicule ayant la cloison très-étroite; les valves carenées ou très-convexes; les graines ovoïdes et en petit nombre.

Senebiera, D. C.; Lepidium, L., D. C.; Bivonœa, D. C.; Eunomia, D. C; Æthionema, Br., D. C.

Xe Tribu. ISATIDÉES.

Silicule ordinairement indéhiscente, monosperme et uniloculaire, ayant ses valves carenées; graines ovoïdes oblongues.

Tauscheria, Fischer, D. C.; Isais, L., D. C.; Myagrum, Tournef., D. C.; Sobolewskia, Bieb., D. C.

XIe Tribu. ANCHONIÉES.

Silicule ou silique s'ouvrant transversalement en plusieurs pièces articulées, monospermes.

Goldbachia, D. C.; Anchonium, D. C.; Sterigma, D. C.

ORDRE TROISIÈME. —Crucifères orthoplacées.

Cotylédons incombans et condoublés, c'est-à-dire pliés longitudinalement, et recevant la radicule dans la gouttière qu'ils forment; graines presque toujours globuleuses.

XIIe Tribu. BRASSICÉES.

Silique s'ouvrant longitudinalement; cloison étroite.

Brassica, L., D. C.; Sinapis, L., D.C.; Moricandia, D. C.; Diplotaxis, D. C.; Eruca, Cavan., D. C.

XIIIe Tribu. VELLÉES.

Siliçule à valves concaves, à large cloison.

Vella, L., D. C.; Boleum, Desv., D. C.; Carrichiera, Adams, D. C.; Succowia, Méd., D. C.

XIVe Tribu. PSYCHINÉES.

Silicule ayant les valves carenées; la cloison étroite, les graines comprimées.

Schouwia, D. C.; Psychine, Desf., D. C.

XVe Tribu. ZILLÉES.

Silicule indéhiscente, à une ou deux loges monospermes; graines globuleuses.

Zilla, Forsk., D. C.; Muricaria, Desv., D. C.; Calepina, Adans., D. C.

XVIe Tribu. RAPHANÉES.

Silicule ou silique s'ouvrant transversalement en pièces articulées, monospermes, ou divisées en plusieurs fausses loges monospermes.

Crambe, L., D. C.; Didesmus, Desv., D. C.; Enarthrocarpus, D. C.; Raphanus, L., D. C.

ORDRE QUATRIÈME. — Crucifères spirolobées.

Cotylédons linéaires, incombans, roulés en spirale.

XVIIe Tribu. BUNIADÉES.

Silicule indéhiscente à deux ou quatre loges.

Bunias, L., D. C.

XVIIIe Tribu. Erucariées.

Silicule articulée; article inférieur à deux loges.

Erucaria, Gaert., D. C.

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ORDRE CINQUIÉME. —Crucifère diplécolobées.

Cotylédons linéaires incombans, repliés deux fois transversalement.

XIXe Tribu. HÉLIOPHILÉES.

Silique oblongue; cloison allongée, étroite; valves planes ou légèrement concaves.

Chamira, Thunb., D. C.; Heliophila, L., D. C.

XXe Tribu. SUBULARIÉES.

Silicule ovoïde; cloison large, elliptique; valves convexes; loges polyspermes.

Subularia, L., D. C.

XXIe Tribu. BRACHYCARPÉES.

Silicule didyme; cloison très-étroite; valves fort convexes; loges monospermes.

Brachycarpœa, D. C.

Outre les ouvrages que nous avons mentionnés dans le cours de cet article, on peut consulter avec fruit le second volume des Icones selectœ de M. Benj. Delessert, qui contient la figure de plus de quatre-vingts espèces rares ou nouvelles de la famille des Crucifères. (A. R.)

CRUCIFIX, MOLL. V. CROIX DE MER.

CRUCIFORME. Cruciformis. BOT. PHAN. Qui a la forme d'une croix. Cette expression s'applique surtout à la corolle polypétale régulière formée de quatre pétales opposés deux à deux par leur base et disposés en croix. De-là le nom de Crucifères donné aux Végétaux qui offrent cette conformation.

Tournefort appelait Cruciformes les Plantes composant la cinquième classe de son système, lesquelles présentent une corolle polypétale cruciforme. V. CRUCIFÈRES. (A. R.)

CRUCITE. BOT. PHAN. Pour Cruzite. V. ce mot.

CRUCITE. MIN. (De Laméthrie.) V. MACLE.

CRUDIE. Crudia. BOT. PHAN. Schreber a donné ce nom au genre Apalatoa d'Aublet. V. APALAT. (A.R.).

CRUMEN OU CRUMÈNE. BOT. PHAN. Noms vulgaires du Lycopus europœus, L. V. LYCOPE (B.)

CRUMÉNOPHTHALME. POIS. Espèce de Scombre du sous-genre Caranx. V. SCOMBRE. (B.)

CRUPINE. Crupina. BOT. PHAN. Section du genre Centaurée, de la famille des Carduacées, tribu des Centaurées, établie d'abord par Persoon, adoptée et modifiée par Henri Cassini, qui n'y laisse que la seule Centaurea Crupina, L., qu'il considère comme un genre distinct. Scs caractères consistent dans ses capitules ayant les fleurs du centre en très-petit nombre, flosculeuses et hermaphrodites, tandis que celles de la circonférence sont neutres, plus grandes et irrégulières. Les fruits sont attachés immédiatement par leur base, et non latéralement comme dans toutes les autres Centauriécs, ce qui diminue beaucoup l'importance attachée à ce caractère, le seul qui distingue réellement les Centauriées des Carduacées. L'aigrette est double; l'extérieure plus grande se compose d'écailles imbriquées, minces, très-étroites et plumeuses; l'intérieure est formée de dix autres écailles plus courtes et tronquées.

H. Cassini ne rapporte à celte section qu'une seule espèce, Ceniaurea Crupina, L., jolie petite Plante annuelle qui croît spontanément, dans les provinces méridionales de la France et que nous cultivons dans nos parterres. Sa tige, haute d'un pied et plus, porte des feuilles dont les inférieures sont presque entières, tandis que les supérieures sont profondément pinnatifides, à lobes très-étroits. Les capitules sont groupés au sommet des ramifications de la tige et composés de fleurs purpurines. Persoon et De Candolle rapportaient à ce genre quelques autres espèces, telles que les Ceniaurea Lippii et C. crupinoïdes, Desf., Fl. Atl., p. 293; C. arenaria, Willd.; C. crucifolia, L. (A. R.)

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CRUSTACÉS. Crustacea. Grande classe du règne animal qui comprend tous les Animaux articulés, à pieds articulés et respirant par des branchies. Leur circulation est double; le sang qui a éprouvé l'effet de la respiration se rend dans un grand vaisseau ventral qui le distribue à tout le corps, d'où il revient à un vaisseau ou même à un vrai ventricule situé dans le dos, lequel le renvoie aux branchies. Leurs branchies sont des pyramides composées de lames ou hérissées de filets, de panaches ou de lames simples, et tiennent en général aux bases d'une partie des pieds. Ceux-ci ne sont jamais en nombre moindre de cinq paires, et prennent des formes variées selon le genre de mouvement des Animaux. Il y a presque généralement quatre antennes et au moins six mâchoires; mais jamais il n'existe de lèvre inférieure proprement dite. Tels sont les signes essentiels qui caractérisent cette classe importante; nous les avons extraits textuellement du Règne Animal de Cuvier (T. III, p. 5), et ils nous paraissent suffisans pour distinguer les Crustacés des Arachnides et des Insectes. L'état actuel de la science ne permet guère de détails plus circonstanciés et plus étendus; ils nous jetteraient dans des spécialités qui trouveront leur place dans la définition de chaque ordre, de chaque famille et de chaque genre. Nous ne saurions toutefois nous abstenir de présenter quelques développemens; mais nous ne le ferons qu'avec la plus grande réserve.

Le corps des Crustacés ne saurait être constamment divisé en tête, thorax et abdomen; à cet égard les différences sont énormes, mais peuvent être ramenées à deux types principaux. Tantôt la tête est bien séparée, et les anneaux qui suivent sont aussi distincts les uns des autres, et ne constituent un thorax qu'autant qu'ils supportent chacun une paire de pates; du reste ils sont également développés, et leur diamètre pris transversalement ou dans le sens de la longueur ne dépasse guère celui de l'abdomen; tantôt la tête est confondue avec les anneaux qui suivent, et ceux-ci, au nombre de cinq, sont plus ou moins confondus entre eux et développés outre mesure, de telle sorte que la partie qui suit ou l'abdomen a toujours une dimension moindre. Que la tête se confonde avec le corps ou qu'elle s'en distingue, elle supporte ordinairement des yeux, des antennes et une bouche.

Les yeux sont ordinairement au nombre de deux; quelquefois on en aperçoit quatre, et dans quelques cas rares, ils paraissent manquer. On en distingue de deux genres, les uns lisses et les autres composés; ces derniers ont un caractère assez constant et qui leur est propre; ils sont pédonculés, c'est-à-dire situés à l'extrémité ou dans le trajet d'une tige de même nature que le test, très-mobile à sa base et située quelquefois dans une fossette particulière. Ces yeux lisses sont toujours sessiles, peu saillans, ronds et ovales.

Les antennes sont très-variables quant à leur nombre, leur composition, leur développement et leur forme. Il y en a tantôt quatre, tantôt deux seulement, ou bien elles disparaissent complètement; chaque antenne est formée de deux parties, le pédoncule et le filet; le pédoncule, qui constitue la base proprement dite, est formé d'un petit nombre de pièces inégalement développées et de figures variables; le filet, qui est triple, double ou simple, se compose au contraire d'une multitude de petits anneaux ajoutés à la suite les uns des autres et ne différant entre eux que par leur dimension qui va en diminuant de la base au sommet.

La bouche est de toutes les parties de la tête la plus variable, quant au nombre, à la forme, au développement et aux usages des diverses pièces qui entrent dans sa composition. Savigny (Mém. sur les Anim. sans vert. Irc part., 1er fasc., 2e Mém., p. 39) a le premier fixé l'attention des zoologistes sur cette partie impor-

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tante, en déterminant, avec une sagacité rare et selon une méthode toute nouvelle dans la science, la nature des pièces qui concouraient à la former. Latreille a depuis abordé ce genre d'étude, et après avoir rappelé au met BOUCHE de ce Dictionnaire (V. T. II, p. 429) les travaux de Savigny, il a présenté avec clarté le résultat de ses propres observations. Nous renvoyons à cet article qui donnera une idée exacte de la bouche des Crustacés.

Le thorax offre des caractères trèsdifférens suivant qu'il est distinct de la tète ou confondu avec elle; dans le premier cas il se compose d'une série d'anneaux également développés, et supportant chacun une paire de pates; dans le second cette uniformité dans le développement n'est plus aussi sensible, surtout à la partie supérieure qui ne paraît composée que d'une vaste pièce, laquelle a reçu le nom de test ou de carapace. Quoique nous renvoyons au mot THORAX l'étude du thorax dans les Crustacés, nous présenterons ici quelques considérations nouvelles sur la carapace, qui en est une partie constituante. Nous les emprunterons à Desmarest auquel la science est redevable d'un excellent travail sur les Crustacés fossiles (Hist, naturelle des Crustacés fossiles, savoir les Trilobites, par Alex. Brongniart, et les Crustacés proprement dits, par Desmarest, 1 vol. in-4). Voici comme il s'exprime (pag. 73): « Examinant avec soin les carapaces d'un très-grand nombre de Crabes de divers genres que Fabricius et des entomologistes ont distingués, nous avons reconnu que le hasard ne présidait point à la distribution des parties saillantes de ces carapaces, quelques formes irrégulières ou bizarres qu'elles semblent affecter, et qu'au contraire, dans tous les genres de Crustacés, la disposition de ces inégalités était constante et soumise à quelques lois qui n'étaient jamais contrariées. Réfléchissant d'ailleurs que les Crustacés ont leurs principaux organes intérieurs situés immédiatement sous le test ou la carapace, nous avons été conduits à rechercher s'il existait des rapports marqués entre la place qu'occupent ces viscères et la distribution des inégalités extérieures du test. Nous étions d'autant plus fondés à admettre ces rapports, qu'on sait qu'à une certaine époque de l'année tous les Crustacés, après avoir perdu leur vieille enveloppe solide, se trouvent revêtus d'une peau tendre qui durcit à son tour, et se change, au bout de quelques jours, en une croûte aussi résistante que celle qu'elle remplace; et nous pouvions présumer que dans les premiers momens la nouvelle peau se moulait jusqu'à un certain point sur les organes intérieurs, et que son ossification était ensuite influencée par les mouvemens propres à ces organes, ou par le plus ou le moins de développement de chacun d'eux. Partant de cette idée, nous avons fait en quelque sorte, sur une carapace de Crustacé, l'application du système du docteur Gall sur le crâne humain; et nous nous sommes crus d'autant plus autorisés à faire cette application, que les organes mous qui, chez les Crustacés, peuvent modifier les formes extérieures, sont parfaitement distincts les uns des autres, et ont des fonctions bien reconnues. Il est facile de s'assurer, en effet, que les rapports que nous avons pressentis existent; car, si l'on enlève avec quelques précautions le test d'un Crabe de l'espèce la plus commune sur nos côtes (Cancer Mœnas, L.), on observe derrière le bord interoculaire un estomac membraneux vésiculeux, ayant deux grands lobes en avant et deux petits en arrière, soutenu dans son milieu par un mince osselet transversal en forme d'arc, et ayant en dessus, entre les deux grands lobes et sur la ligne moyenne, deux muscles longitudinaux qui s'attachent d'une part au bord antérieur du test, et de l'autre à l'osselet transversal. Si l'on examine comparativement la carapace que l'on a détachée, on reconnaît sur celle-ci l'indication

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des deux lobes antérieurs de l'estomac avec une ligne enfoncée moyenne, correspondant à l'intervalle qui sépare les deux muscles dont il a été fait mention; derrière l'estomac se voient des corps blanchâtres sinueux en forme d'intestins, et faisant plusieurs circonvolutions: ce sont les organes préparateurs de la génération, les vésicules spermatiques chez les mâles, et les ovaires chez les femelles; ils aboutissent en dessous dans des lieux différens; chez les mâles à la base de la queue à droite et à gauche, et chez les femelles vers le milieu de la seconde pièce sternale de chaque côté: mais en dessus ils occupent la môme place dans les deux sexes; rapprochés de la carapace, ces organes nous ont paru occuper l'espace qui se trouve circonscrit par des lignes enfoncées, et que l'on voit derrière celui qui répond à l'estomac. En arrière encore, dans un enfoncement assez marqué, ou trouve le cœur qui est déprimé en dessus, et qui en remplit toute l'étendue; les battemens font facilement reconnaître cet organe; chaque bord latéral de la cavité où il est placé est solide, trèsrelevé, et fermé par une cloison verticale qui se rend du sternum à la carapace, et qui contribue à donner de la solidité à celle-ci, en étant fixée entre ces deux surfaces, à peu près comme l'est l'ame d'un violon entre ses deux tables. Cette même cloison sert de support à d'autres cloisons transversales, qui sont en nombre égal à celui des séparations des pièces sternales, et dans l'intervalle desquelles sont situés les musclas moteurs des pates. A droite et à gauche des organes préparateurs de là génération et du cœur, sont deux grands espaces où les branchies sont rangées et étendues sur deux tables osseuses obliques qui ferment en dessus toutes les loges où sont fixés les muscles des pates. Ces branchies sont au nombre de cinq de chaque côté, et chacune présente un double rang de petites lames branchiales transverses; leur point d'attache est en dehors, et toutes leurs sommités sont dirigées vers la ligne qui sépare du cœur les organes préparateurs de la génération. Le test présente au-dessus de ces parties, de chaque côté du corps, un espace bombé qui, par son étendue, se rapporte parfaitement avec la place qu'elles occupent en dessous; enfin des deux côtés de l'estomac, et en avant des branchies, se montre le foie qui est très-volumineux; sa consistance est molle, sa couleur est jaunâtre, et sa surface présente une multitude de petites parties vermiculées. Ce foie plonge en dessous des viscères médians que nous avons décrits, et se prolonge fort en arrière jusqu'à la base de la queue, de telle façon qu'on le voit encore de derrière le cœur; il a, dans ce point, le même aspect et la même structure qu'en avant du corps, et il est divisé, en deux lobes qui, d'ailleurs, se touchent assez exactement. Dans la carapace les parties qui recouvrent les endroits où le foie est visible, lorsqu'on l'a enlevé, sont moins bombées que les autres, et sont distinctes à cause même de ce manque de saillie, surtout les antérieures.

» Ayant disséqué dans les mêmes vues plusieurs autres Crustacés d'espèces variées, qu'il est possible de se procurer vivans à Paris, tels que le Crabe Tourteau (Cancer Pagarus), l'Etrille (Portunus puber), l'Araignée de mer (Inachus squinado), nous avons reconnu les mêmes rapports entre la distribution des organes internes et la configuration extérieure du test. Dès-lors pouvant nous étayer de l'analogie, nous avons recherché et nous avons trouvé dans presque la totalité des Crustacés brachyures ou des Cancers de Linné les lignes enfoncées qui séparent les espaces qui répondent aux parties internes dont nous venons d'indiquer les dispositions relatives. Dans quelques-uns néanmoins plusieurs de ces indications manquent presque tout-à-fait comme dans certains Leucosies, par exemple; mais, dans ce cas, la carapace est toute lisse, et aucun autre

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sillon n'indique de divisions qui ne seraient pas correspondantes à celles que nous avons annoncées. Dans quelques autres la surface de la carapace est, au contraire, marquée d'une infinité de lignes enfoncées et de nombreuses aspérités (Cancer variolosus et Cancer incisus); mais les divisions principales se retrouvent toujours dans la même disposition.

» Nous avons cru devoir donner le nom de Régions aux divers espaces de la carapace qui recouvrent les organes intérieurs, et distinguer ces régions par des désignations spéciales qui rappellent le rapport qu'elles ont avec ces mêmes organes; ainsi la région stomacale ou celle qui recouvre l'estomac est médiane ou antérieure; la région génitale est médiane et située immédiatement en arrière de la stomacale; la région cordiale est médiane et placée en arrière de la génitale; les régions hépatiques sont au nombre de trois: deux antérieures situées une de chaque côté de la stomacale et en avant des branchiales, une postérieure médiane qui vient entre la cordiale et le bord postérieur de la carapace; les régions branchiales au nombre de deux, une de chaque côté, sont placées entre les régions cordiale et génitale d'une part, et les bords latéraux de la carapace de l'autre. Ces régions varient en étendue dans les divers genres de Crustacés brachyures, et sont plus ou moins fortement tracées. Ainsi les Leucosies, les Dromies, les Pinnothères et les Corystes les ont pour la plupart à peine distinctes, tandis que les Inachus, les Dorippes et les Mictyris surtout les ont au contraire très-prononcées. Les Crabes proprement dits, les Portunes, les Gonoplaces tiennent à peu près le milieu entre tous, sous ce rapport. La région stomacale est ordinairement très-développée dans la plupart de ces Crustacés, et située sur la même ligne transversale que les régions hépatiques antérieures; mais dans quelques genres, comme les Inachus, les Macropodes et autres Crustacés oxyrhynques, et dans les Dorippes, elle fait saillie en avant et contribue à donner à la forme du corps une figure triangulaire. La région génitale est en général assez distincte et se prolonge presque toujours sur le centre de la stomacale en formant une sorte de pointe qui paraît diviser celle-ci en deux. La région du cœur est constamment apparente et toujours située à la même place, c'està-dire un peu en arrière du centre de la carapace, si ce n'est dans les Dorippes où elle confine au bord postérieur de cette même carapace, en faisant disparaître la région hépatique postérieure. Les régions branchiales, au contraire, varient beaucoup; elles n'ont rien de bien remarquable dans les Crabes et les Portunes, tandis qu'elles sont très-saillantes et bombées dans les Dorippes et les Inachus. Dans le dernier de ces genres, elles sont même tellement renflées qu'elles se touchent en arrière et prennent à leur tour la place de la région hépatique postérieure. Dans les Ocypodes ou Crabes de terre, elles sont planes en dessus, et indiquent sur les côtés une partie de la forme carrée de ces Crustacés. Affectant la même figure dans les Grapses ou Crabes d'eau douce, elles présentent chez ceux-ci, à leur surface, des lignes saillantes obliques, qui paraissent correspondre aux paquets de branchies qui sont audessous. Dans la plupart des espèces dont les angles latéraux de la carapace sont très-marqués, il en part une ligne transverse saillante qui dessine le bord antérieur de ces régions branchiales; c'est surtout ce qu'on remarque dans la plupart des Portunes et dans les Podophthalmes. Les Gécarcins ou Tourlouroux, dont le test est en cœur et largement tronqué en arrière, ont les régions branchiales si bombées en avant, qu'elles envahissent la place des régions hépatiques. Quant aux régions hépatiques recouvrant des organes inertes de leur nature, elles ne forment jamais de saillies très-marquées; elles se distinguent même des autres régions par leur aplatissement. Les deux anté-

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rieures sont le plus ordinairement bien apparentes dans les Crustacés brachyures dont la carapace est carée ou demi-circulaire, tandis qu'elles sont presque effacées chez ceux dont la forme est triangulaire. La postérieure suit à peu près les mêmes lois.

» Après les Crustacés brachyures, les Macroures doivent attirer notre attention, et nous devons y chercher les régions que nous avons reconnues dans les premiers. Si nous prenons l'Ecrevisse (Astacus fluviatilis) pour typede cette famille, nous remarquons que le test de ce Crustacé présente une ligne transversale enfoncée, arauée en arrière, qui se partage en deux portions à peu près égales et qui semble indiquer la séparation d'une tète et d'un corselet; mais lorsque nous enlevons le test, nous reconnaissons que ce qui est en avant de cette ligne recouvre non-seulement les partiés qui appartiennent à la téte, mais encore l'estomac et le foie. L'estomacest situé dans la ligne moyenne, et le foie se trouve place sur les côtés et en arrière de celui-ci; deux forts muscles attachés contre la paroi interne de la carapace servent à mouvoir les mâchoires. La trace de leur insertion est indiquée au-dehors par un espace ovalaire plus finement ponctué et rugueux que ce qui l'environne; sur la seconde partie de la carapace, celle qui est placée derrière le sillon transversal dont nous avons parlé plus haut, se voit en dessus deux lignes enfoncées longitudinales tout-à-fait analogues à celles qu'on observe dans les Crabes à droite et à gauche du cœur, et qui, chez ceux-ci, séparent la région cordiale des branchiales. L'inspection du dessous montre la même disposition, c'est-à-dire le cœur au milieu placé dans une cavité formée par la carapace eu dessus, et par les cloisons qui donnent attache aux muscles des pates de chaque côté, et les branchies sur les parties latérales, dans la portion la plus large du test. Les organes préparateurs de la génération sont situés auprès et en avant du cœur, à peu près comme dans les Crustacés brachyures, mais derrière le foie. En dehors, leur place n'est marquée que par quelques rides. Le foie se montre de nouveau en arrière du cœur, mais se trouve tout-àfait sous le bord postérieur de la carapace.

» Il est donc possible de distinguer dans la carapace de l'Ecrevisse plusieurs régions, savoir, en avant du sillon transversal: 1° une région stomacale fort vaste, avec laquelle les régions hépatiques antérieures sont confondues de manière à ne pouvoir être séparées; en arrière de ce sillon, 2° une région cordiale moyenne avec laquelle se trouve aussi confondue la région génitale; 3° deux régions branchiales situées latéralement. Le Homard (Astacus marinus) présente les mêmes détails. D'autres Crustacés macroures ont cependant les régions hépatiques antérieures et génitales assez bien marquées. Les Galathées ont une région stomacale, une cordiale, deux branchiales, et de plus deux hépatiques tout-àfait lalérales, comme chez les Crabes. Les Scyllares ont la région stomacalé triangulaire et très-large en avant, deux petites hépatiques latérales, une génitale très-bombee et épineuse, une cordiale encore plus relevée, également épineuse, et deux branchiales étroites tout-à-fait latérales. La Langouste (Palinurus quadricornis) a son test plus compliqué; la région génitale y est plus indiquée, et dans quelques especes du même genre, les branchiales forment de chaque côté une saillie très-remarquable. Nous bornerons à ceux que nous venons de rapporter les exemples de Crustacés macroures relativement à la conformation extérieure de leur test. Nous ajouterons seulement que dans les Bernard - l'Ermites ou Pagurus, ce test mou, tout déformé et modifié qu'il est par la coquille dans laquelle il est enfoncé, n'en présente pas moins les régions stomacales et hépatiques séparées des cordiales et des branchiales par le sillon transverse qu'on trouve

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dans les Ecrevisses et les Homards. Ces diverses régions ne sont plus distinctes dans les Crustacés macroures dontle test très-mince et flexible conserve l'apparence cornée, tels que les Palœmons, les Pénées, les Alphées, les Crangons, etc. Quaut aux SquilIes ou Crustacés stomapodes, leur carapace n'offre plus que la région stomacale dans son milieu, avec deux ailes ou appendices libres, un de chaque côté. La position du cœur dans la partie caudale et celle des branchies, changées en sorte de pates, sous cette même partie, ne laisse aucune trace, sur le test proprement dit, des régions destinées à recouvrir les viscères.»

Envisagèe sous ce point de vue, la carapace offre certainement des considérations zoologiques très-curieuses; Desmarest en a tiré un excellent parti pour l'étude des Crustacéa fossiles; et il a pu, à l'aide des observations ingénieuses que nous venons de transcrire textuellement, arriver à une détermination exacte du genre et de l'espèce, lorsque les pates, les parties de la bouche et autres parties caractéristiques manquaient complétement ou étaient tellement détériorées qu'on ne pouvait en faire aucun usage.

Les membres sont, de toutes les parties, celles qui sont le plus sujettes à varier. Leur nombre, leur disposition, leurs fonctions offrent de très-grandes différences suivant qu'on les examine dans chaque ordre. En général on distingue deux sortes de pates, les vraies et les fausses. Les vraies appartiennent au thorax, et sont composées de six pièces ou articles dont le dernier est noramé tarse on ongle. La première paire de pates proprement dites a reçu le nom de pinces, lorsque le pénultième article, développé outre mesure, constitue une sorte de doigt immobile, sur lequel se meut de haut cn bas le dermier article ou le tarse, de manière à constituer une véritable pince. On a nommé aussi pieds-máchoires un certain nombre d'appendices locomotenrs, qui viennent s'ajouter accessoirement aux parties de la bouche. V. ce dernier mot.

Les fausses pates s'observent sous l'abdomeu et à son origine; elles sont terminées par deux lames ou deux filets. Ces appendices sont tantôt des auxiliaires ae l'appareil locomoteur, tantôt des parties accessoires des organes de la respiration; d'autres fois ils réunissent ces deux usages, et dans la plupart des cas, ils servent tous, ou du moins plusieurs d'entre eux, à soutenir les œufs. L'abdomen, qui fait suite au thorax et qui termine le corps, a été désigné improprement sous la nom de queue; il varie singulièrement par sa forme, ses proportions et ses usages; dans tous les cas, il contient l'extrémité du canal intestinal et est pourvu d'appendices particuliers dont nous avons indique les fonctions.Nous ne parcourrons pas les nombreuses modifications qu'iléprouve, et nous renverrons cette étude à chacun des ordres et à chacune des. familles.

Le système nerveux a beaucoup d'analogie avec celui des Arachnides et des Insectes: il se compose d'un, cerveau plus large que long, et dont la face supérieure est quadrilobée. De cette masse encéphalique, partent des. filets nerveux pour les yeux et les antennes, et postérieurement deux cordonsallongés, embrassant l'œsophage, se réunissant au-dessous de lui en un renflement ou ganglion médian, qui fournit des nerfs aux mandibules, aux måchoires, etc., et qui, en arrière, donne naissance à la continuation ou au système médullaire proprement dit.Ce systèrae médullaire se compose de ganglions plus ou moins nombœux, qui sont réunis entre eux au moyen d'une paire longitudinale de nerfs. Les organes des sens, la vue, le toucher, l'ouïe, l'odorat et le goût existent évidemment; mais il n'y a que. les trois premiers pour lesquels on ait déraontré l'existence d'appareil pro-

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pre à remplir ces fonctions; le sens de l'ouïe offre même encore quelques doutes quant à son siège.

Les Crustacés ont une circulation double qui s'effectue à l'aide d'un cœur, sorte de ventricule pulmonaire situé sur le dos, et d'un vaisseau ventral qui peut être considéré comme le ventricule aortique. Le sang qui a respiré se rend dans le vaisseau ventral, qui le distribue à toutes les parties du corps, d'où il revient au vaisseau dorsal qui le renvoie aux branchies. Le cœur varie dans sa forme et dans ses proportions. La respiration est une fonction très-développée, et pour laquelle il existe des organes spéciaux nommés branchies; ce sont des sacs pyramidaux, foliacés ou hérissés de filets et de panaches, dont la position est très-variable, qui, par exemple, sont fixés tantôt à la base des pates ambulatoires, tantôt aux appendices extérieurs de la bouche, d'autres fois à l'extrémité postérieure et inférieure du corps; souvent aussi elles remplacent les pâtes, et servent en même temps á la locomotion et à la respiration.

Les Crustacés sont tous carnassiers; leur système digestif se compose d'une bouche assez compliquée, à laquelle on voit succéder un canal intestinal, généralement droit et court, et auquel on distingue l'œsophage qui a peu de longueur, l'estomac qui offre des différences remarquables dans son développement, et qui, dans le plus grand nombre, est muni d'un appareil crustacé, sur lequel Geoffroy Saint-Hilaire a fixé d'une manière toute spéciale l'attention des anatomistes. A la suite de l'estomac, le canal intestinal se rétrécit et poursuit directement son trajet vers l'anus situé à l'extrémité de l'abdomen. Audessous de l'estomac et du cœur, on observe dans le plus grand nombre des Crustacés le foie, organe souvent très-volumineux dans certains temps de l'année; il sécrète la bile qui est versée ensuite dans l'intestin. Les fonctions génératrices sont analogues à ce qu'on trouve ordinairement ailleurs; les sexes sont séparés, à l'exception peut-être d'un ordre, celui des Entomostracés chez le plus grand nombre desquels on n'a pu encore découvrir de sexes distincts.

Les mâles ont des canaux déférens qui aboutissent à deux verges, lesquelles sortent du thorax derrière la dernière paire de pâtes; les femelles ont deux vulves s'ouvrant, tantôt sur la troisième pièce sternale, et tantôt à la base même des pates qui correspondent à ce segment sternal, et qui, par conséquent, sont la troisième paire.

Les Crustacés sont ovipares ou ovovipares, le développement des œufs étant plus ou moins prompt; tantôt ils sont attachés, immédiatement après la ponte, à des appendices garnissant la face inférieure de l'abdomen, et connus sous le nom de fausses pates, ou bien à des feuillets particuliers, ou bien encore ils se trouvent enveloppés dans une enveloppe membraneuse, sorte de matrice externe adhérant au corps de l'Animal; tantôt ils sont contenus quelque temps dans le corps de la mère, et y éclosent; d'autres fois enfin, et ce fait paraîtra bien extraordinaire, ils semblent se conserver desséchés pendant un grand nombre d'années à la manière de certaines graines, et n'éclore que lorsque les circonstan — ces favorables à leur développement sont réunies.

Les Crustacés, avons - nous dit, sont carnassiers et se nourrissent principalement de matière animale en décomposition; on les rencontre sous toutes les latitudes. On ne possède encore que très-peu de données sur leur distribution géographique. Voici ce qu'en dit accidentellement Latreille (Mémoire sur la, géographie des Insectes, Mémoires du Mus. d'Hist nat.): « Quoique les Animaux de la classe des Crustacés soient exclus de mon sujet, voici néanmoins quelques observations générales à leur égard, et qui comptè-

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tent ce travail: 1° les genres Lithode, Coriste, Galathée, Homole et Phronyme, sont propres aux mers d'Europe; 2° ceux d'Hépate et d'Hippe n'ont encore été trouvés que dans l'océan Américain; 3° du même et des côtes de la Chine et des Moluques viennent les Limules; 4° les genres Dorippe et Leucosie habitent particulièrement la Méditerranée et les mers des Indes-Orientales; 5° celles-ci nous donnent exclusivement les Orithyes, les Matutes, les Ranines, les Albunées, les Thalassines; 6° les autres genres sont communs à toutes les mers; mais les Ocypodes ne se trouvent que dans les pays chauds. Les Grapses les plus grands viennent de l'Amérique méridionale et de la Nouvelle-Hollande.»

Les lieux d'habitation des Crustacés sont très-variés: les uns, et c'est le plus grand nombre, habitent les mers, et vivent à des profondeurs considérables, ou bien sur la plage entre les rochers; les autres se reucoutrent dans les eaux douces; plusieurs sont terrestres et se creusent des terriers assez profonds.

Les auteurs ont long-temps varié sur le rang que devaient occuper les Crustacés dans la série des êtres créés; mais la plupart sont tombés d'accord pour les placer à la suite des Animaux vertébrés; personne ne s'était occupé de signaler leurs points de contact avec cette dernière classe, lorsqu'un celèbre anatomiste, Geoffroy SaintHilaire, entreprit un travail spécialement destiné à faire connaître l'analogie intime qui existe entre le système solide extérieur des Crustacés, des Arachnides et des Insectes, et le squelette des Animaux vertébrés. Ce travail est d'une telle importance, et les résultats qu'il comprend intéressent si vivement les entomologistes, que nous croyons indispensable d'entrer à son égard dans tous les développemens nécessaires à l'intelligence du sujet. Nous les extrairons d'un travail qu'il a présenté à l'Académie des sciences, dans la séance du 26 août 1822. On n'a pas oublié que dès l'anuée 1820 Geoffroy SaintHilaire a commencé la publication de ses recherches sur le système solide des Animaux articulés, en déclarant que les Insectes (c'est-à-dire les Arachnides, les Insectes proprement dits, et plus particulièrement les Crustacés) vivent au-dedans de leur colonne vertébrale comme les Mollusques au sein de leur coquille; véritable squelette pour ces derniers, sorte de squelette contracté. Cette proposition, toute nouvelle et directement opposée aux idées reçues, ne pouvait être admise ou même contestée que lorsque son auteur aurait fait part des motifs sur lesquels était basée sa conviction personnelle; que lorsqu'il aurait fourni les diverses preuves à l'appui de son opinion; adopter plus tôt ses idées ou entrer à leur égard dans une discussion, eût été en même temps prématuré et peu convenable. Le professeur Geoffroy Saint-Hilaire, dont le nom se rattache à un si grand nombre de travaux importans, ne pouvait interpréter autrement cette espèce de réserve que les savans ont eue à son égard, et il paraît en avoir saisi le véritable motif, puisque c'est par de nouvelles observations qu'il interroge aujourd'hui leur silence. Il a compris que pour faire admettre la présence d'une vertèbre dans les Insectes, il fallait, avant tout, l'étudier là ou elle existe pour tout le monde; aussi a-t-il entrepris, sur sa composition, un travail fort curieux qu'il est d'abord indispensable de faire connaître.

Le Carrelet, Pleuronectes rhombeus, dont la vertèbre est composée de matériaux distincts, a présenté à l'auteur des conditions très-favorables, et une manière d'être qui, d'une part, lie ce Poisson aux Animaux des classes élevées, et le fait tenir de l'autre à ceux des séries inférieures. C'est principalement de cette espèce de Poisson qu'il sera ici question.

Geoffroy distingue dans une vertè

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bre deux parties essentielles, le noyau et les branches latérales. Le noyau vertébral, que les anatomistes appellent corps de la vertèbre, et que l'auteur nomme cycléal, n'est pas toujours plein comme on le remarque des le jeune âge chez l'Homme et les autres Mammifères; dans son principe il est tubulaire, c'est-à-dire qu'il constitue une sorte d'anneau qui, se remplissant à l'intérieur par une suite de couches concentriques, s'oblitère de jour en jour, et ne laisse plus enfin, dans certains Poissons seulement, qu'un trou qui le perfore au centre. — Les branches latérales sont supérieurement les lames vertébrales qui, par leur réunion, constituent le canal vertébral, et inférieurement les côtes, qui tantôt réunies forment un véritable canal, et tantôt libres deviennent flottantes par une de leurs extrémités. Le système médullaire, situé au-dessus et le long des corps vertébraux, et le vaisseau aortique placé au-dessous, et dirigé dans le même sens, avaient besoin de protecteurs, et ce sont les branches latérales qui, en haut et en bas, les leur fournissent. Ici Geoffroy SaintHilaire a cru devoir établir des distinctions qui n'avaient pas encore été faites, et créer de nouveaux noms pour des parties dont l'étude avait été en général fort négligée. Supérieurement le système médullaire est recouvert par deux tiges osseuses qu'il, nomme individuellement périal. Chez les Mammifères ou la moelle épinière est d'un certain volume, les périaux qui correspondent aux lames vertébrales s'élendent dans toute leur longueur autour de la tige médullaire, et constituent par leur réunion le canal propre de la vertèbre. Il en est tout autrement si on examine les vertèbres de la région postabdominale des Poissons. La moelle épinière, étant en ce lieu réduite á l'état d'un filet grêle, ce ne sont plus Les périaux dans toute leur longueur, mais seulement une partie d'eux-mêmes qui la cloisonnent; cependant une dimension ne se perd point qu'elle ne donne lieu à l'augmentation dans un sens opposé, et en vertu de cette loi invariable, les périaux des Poissons, au lieu d'etre épais et courts, comme dans les Mammifères, sont grêles, prodigieusement longs, et soudés entre eux dans la plus grande portion de leur étendue. Les périaux ne sont pas les seules pièces qui se montrent à la partie supérieure du cycléal. Lorsqu'il arrive que la moelle épinière occupe uu grand espace, les périaux ne suffisent plus pour l'entourer; alors ils s'écartent, et on distingue de nouvelles pièces au nombre de deux de chaque côté, et portant individuellement le nom d'épiai. Les épiaux sont, s'il est permis de s'exprimer ainsi, des protecteurs auxiliaires pour la moelle épinière toutes les fois que celle-ci est très-développée; ils ont pour usage de la recouvrir et de lui constituer une enveloppe; c'est ce qui a lieu constamment dans le crâne. Si, au contraire, la tige médullaire, très-peu développée, ne réclame pas leur secours, ils sont employés à des usages secondaires assez variés. On les voit, dans ce cas, servir de baguette aux nageoires dorsales, se désunir et se superposer de mauière que l'un, après avoir monté sur l'autre, devient quelquefois extérieur, tandis que le second se maintient au-dedans. Ce changement de place n'a cependant rien de réel, et chacune des pièces conserve l'une à l'égard de l'autre des relations invariables. Voulant exprimer à la fois, d'une part, l'origine et la destination commune de ces pièces, lorsqu'elles appartiennent a un appareil au-dedans duquel s'exécutent les plus importons phénomènes de la vie, et d'autre part, leur variation et leur isolement pour le cas où l'une de ces pièces se sépare et se distingue de sa congénère, Geoffroy ne s'est pas borné aux dénominations simples qui précèdent, il leur a joint une préposition significative qu'on devra ajouter au nom principal, lorsque les pièces seront disposées en série uni-

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que. On remarquera donc alors au-dessus du cycléal, non pas le périal et l'épiai qui, étant doubles et en regard, constituent quatre pièces, mais bien le méta-périal et le cydopérial, auxquels feront suite le proépial et l'en-épial.

Telles sont les parties que Geoffroy Saint - Hilaire a distinguées au-dessus du corps de la vertèbre, et que les anatomistes avaient confondues sous le nom de lames vertébrales: très-visibles dans certains Poissons, elles ne sont pas moins distinctes dans les Mammifères; seulement il faut les étudier dans l'état de fœtus, et avant qu'elles ne se soient confondues en se soudant. Ceci conçu, il devient très-aisé d'acquérir la connaissance des pièces situées au-dessous du cydéal; elles sont en même nombre, et se comportent dans bien des cas de la même manière que les précédentes. Supérieurement, c'était la moelle épinière qui devait être protégée par les appendices de la vertèbre; ici, c'est le système sanguin, auquel viennent s'ajouter quelquefois les organes de la digestion et ceux de la respiration, qui réclament la même assistance, Les deux pièces qui s'observent d'abord et qui s'appuient sur le cydeal, portent chacune le nom de pareal; les paraaux se conduisent exactement comme les périaux. Dans les vertèbres post-abdominales des Poissons, et eu particulier du Carrelet, le paraal de droite est soudé au paraal de gauche et constitue un anneau pour le vaisseau sanguin. A la partie antérieure du corps, au contraire, où il existe un système sanguin très-dé-veloppé, un canal intestinal, etc., ils s'écartent et forment ce qu'on avait désigné sous le nom de côtes, et particulierement sous celui de côtes variebrales; c'est alors que, ne pouvant se réunir par leur sommet, les paraaux sont suivis et aidés par deux Pièces désignées par les anatomistes sous le nom de côtes sternales, et que Geoffroy nomme individuellement cataal. Les cataaux sont aux paraaux, ce que les épiaux étaient supérieure ment aux périaux; ils sont des auxiliaires protecteurs du système sanguin, respiratoire et digestif; ils ont, en outre, cet autre point de ressemblance, que, devenant dans plusieurs circonstances inutiles pour cet usage, ils passent à des fonctions secondaires, font partie des nageoires anales, consslituent des aiguillons extérieurs, etc. Dans ce cas, Geoffroy ajoute les mêmes prépositions employées pour la partie supérieure; ainsi, lorsque les pièces seront rangées en séries, on trouvera au-dessous du cycléal le cycloparaala et le méta-paraal, puis l'encataal et le pro-calaal. Tels sont les rapprochemens curieux et bien dignes d'intérêt, que Geoffroy Saint-Hilaire a d'abord eu pour but d'établir.

Il nous était indispensable de le suivre dans tous ces détails, afin qu'abordant avec lui l'étude de la vertèbre chez les Crustacés, nous nous trouvions avec un égal avantage sur son terrain et plus à portée de saisir sa manière de voir. Quiconque, n'adoptant pas cette route, entreprendrait la comparaison immédiate des Animaux vertébrés et des Crustacés, sous le rapport de leur système solide, ne devrait point se flatter d'avoir saisi les idées fondamentales de l'auteur, et encore moins se permettre de porter à leur égard le moindre jugement.

Les Crustacés vivent au-dedans de leur colonne vertébrale, c'est-à-dire que leur cycléal n'étant pas entièrement plein comme dans les hauts Animaux vertébrés, ou n'étant pas rempli de couches concentriques qui ne laissent au plus qu'un trou à peine perceptible, comme dans les Poissons, se trouve contenir chez eux le cordon nerveux, le vaisseau sanguin, les viscères, les muscles, etc., et constitue par cela même un anneau très-ample, dont le diamètre égale la largeur tout entière de l'Animal.

Ceci admis, les résultats suivans en découleront naturellement: 1° l'épaisseur de cet anneau ou la solidité

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du tube vertébral sera toujours en raison inverse de l'étendue de sa circonférence; 2° le tube vertébral se trouvant rejeté au-dehors sur la limite du derme, en sera immédiatement revêtu; 3° les muscles ne s'opposant pas au contact immédiat, puisqu'ils sont renfermés dans le cycléal, ce tube osseux s'unira et se confondra avec le tube épidermique; 4° les volumes respectifs des deux tubes osseux et épidermique pourront varier graduellement en raison directe ou en raison inverse l'un de l'autre: ainsi que le tissu dermoïque soit plus abondamment nourri que le tissu osseux, et acquière en proportion plus d'épaisseur, on aura les enveloppes solides et de consistance cornée des Colcoptères; qu'au contraire, le tissu osseux prédomine sur l'épidermique, il en résultera le test résistant des Crabes, des Homards, etc.; 5° enfin tous les organes restant concentrés dans le tube vertébral, aucun autre tube ne sera nécessaire au-dehors, et il ne devra plus exister de doubles pièces qui fassent la fourche en dessus et en dessous du cycléal, ou qui, en se réunissant, constituent des cloisons pour enfermer le système médullaire et le système sanguin. — Si donc les autres parties de la vertèbre, qu'on se rappellera avoir été distinguées dans les Poissons en périaux et épiaux situés en haut, et en paraaux et cataaux placés en bas, se retrouvent chez les Crustacés, elles ne seront plus que des dépendances fort peu importantes du cycléal, ne pouvant être appropriées qu'au mouvement progressif. Or, l'observation fait apercevoir dans la classe des Animaux articulés, sur le dehors de chaque tube vertébral, ou de chaque anneau, une double série de pièces que tout le monde sait être des appendices locomoteurs, et que Geoffroy considère comme les analogues de celles qui viennent d'être nommées. La manière de voir de l'illustre auteur de l'Anatomie philosophique, se réduit donc à considérer chaque anneau d'un Animal articulé comme un corps de vertèbre creux, et chaque paire de pates qu'il supporte comme les appendices de ce corps vertébral qui, ici, passent aux usages secondaires de la locomotion, tandis que dans les Animaux élevés, ils se réunissent le plus souvent pour former des anneaux protecteurs du cordon nerveux, du système sanguin, etc. On pouvait cependant opposer à ces résultats un fait plausible: les appendices vertébraux des Poissons et leurs nageoires dorsales ou anales s'élèvent verticalement; an contraire, les pates des Insectes qu'on leur compare, sont étendues horizontalement. Est-ce bien là ce qu'indique le principe des connexions? Geoffroy Saint-Hilaire a prévu cette objection; pour y répondre, il établit qu'il n'est pas inhérent aux Animaux que leur thorax soit transporté en présentent taujours la même surface au sol. Personne n'ignore que les Pleuronectes nagent étant posés sur leurs flancs, d'où il arrive que quelques-unes de leurs nageoires qui, dans d'autres Poissons, sont dirigées verticalement, se trouvent chez eux étendues horizontalement. It se demande alors si ces Insectes ne sont pas, sous le rapport de la station, des Animaux semblables aux Pleuronectes, c'est-à-dire s'ils n'étendent pas de la même manière à droite et à gauche les moyens dont ils disposent pour leur transport; Geoffroy pense donc que les Crustacés (car c'est toujours cette classe qu'il entend donner pour exemple), dans la position où nous les voyons, ne marchent pas, comme il nous semble, sur le ventre, mais sur le côté, convertissant ainsi l'un de leurs flancs en face ventrale, et l'autre en face dorsale; dès-lors on conçoit comment ils rendent horizontales (les portant à droite et à gauche) les parties qui dans les Poissons sont généralement verticales. La queue ne fait pas exception, et il est aisé de voir qu'elle est elle-même horizontale. Observons d'ailleurs que la position du corps, relativement au sol, est très-variable chez les Animaux arti-

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culés; la plupart marchent à le manière des Crabes, des Araignées et des Scarabées, et convertissent, suivant l'expression de Geoffroy, l'un de leurs flancs en face ventrale; mais on en trouve un assez grand nombre qui affectent des positions toutes différentes. Nous nous bornerons à fournir quelques exemples bien connus, sans avoir la prétention de précéder Geoffroy dans l'usage qu'il pourrait en faire à l'appui de sa manière de voir.

Les Amphipodes, qui constituent un ordre dans la classe des Crustacés, sont toujours placés sur le côté; leurs appendices ont par cela même une direction verticale, et si nous avons bien conçu l'opinion de l'auteur, ces Animaux présenteraient l'état normal, puisque le côté sur lequel ils sont couchés, et qui pour lui n'est autre chose que la face ventrale, dans le Pleuronecte, par exemple, repose immédiatement sur le sol. Les Phronimes, les Chevrettes (Gammarus), les Talitres, les Corophies sont dans ce cas. L'Achlysie du Dytique, espèce d'un genre nouveau que nous avons établie dans la classe des Arachnides (Mém. de la Soc. d'Hist. natur. T. I), est, à cause de son organisation singulière, placée sur le flanc, du moins à l'époque où nous l'avons observée.

D'autres Animaux articulés sont toat-à-fait renversés, et convertissent réellement leur dos en face ventrale. Geoffroy Saint-Hilaire ne négligera sans doute pas ces observations, lorsque, dans un Mémoire suivant qu'il annonce, il étudiera la position relative des organes à l'intérieur du corps. Plusieurs Crustacés de l'ordre des Branchiopodes présentent cet entier renversement; les Apus, les Branchipes, etc., nagent presque constamment sur le dos. Tout le monde sait que plusieurs Insectes Hexapodes, le Notonecte en particulier, se trouvent dans le même cas.

Les rapports qui existent entre les Crustacés et les classes voisines, telles que les Annelides, les Arachnides et les Insectes, ont été signalés depuis long temps par les classificateurs. Les ânciens naturalistes plaçaient les Crustacés entre les Poissons et les Mollusques; Linné les réunissait aux Insectes qui comprenaient également les Arachnides, et il les rangeait avec celles-ci dans une division particulière désignée sous le nom d'Aptères. Brisson revint à la classification ancienne; il distingua les Crustacés des Insectes, les plaça à la suite des Poissons; mais il leur associa les Myriapodes et les Arachnides. Dans la Méthode de Fabricius, les Crustacés firent de nouveau partie des Insectes, et ils constituèrent le quatrième ordre sous le nom d'Agonata. La treille (Précis des caractères généraux des Insectes) établit trois ordres: le premier sous le nom de Crustacés, le second sous celui d'Eutomostracés, et le troisième sous celui de Myriapodes. Plus tard, Cuvier, se fondant sur des caractères anatomiques, effectua un changement motivé; il transporta d'abord (Tableau élémentaire de l'hist. nat. des Anim.) les Crustacés à la tête de la classe des Insectes, et peu de temps après (Leçons d'Anatomie comparée), il établit d'une manière distincte et nullement arbitraire la classe des Crustacés.

Si nous jetons maintenant un coupd'œil sur les divisions qui ont été établies dans les Crustacés constituant une classe ou simplement un ordre, nous verrons qu'à mesure que la science a marché, elles ont augmenté dans une proportion considérable. Linné partageait les Crustacés en trois genres: les Crabes, Cancer, qu'il subdivisait en Brachyures (queue courte) et en Macroures (queue longue), les Cloportes, Oniscus, et les Monocles, Monoculus. Fabricius, profitant des observations de Daldorff, a divisé (Entom. Syst. Suppl.) les Crustacés en trois ordres: 1° les Polygonata, composés des genres Oniscus et Monoculus de Linné; 2° les Kleistagnata, comprenant les Crabes Brachyures du même auteur et une portion des Limules de Müller; 3° les Exochnata, embrassant la division des Crabes Macroures de Linné. Cu

TOME V. 10

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vier (Tableau élément. de l'hist. des Anim.) établit des coupes qui renferment les grands genres Monoculus, Cancer el Oniscus, L.

Lamarck (Syst. des Anim. sans vert.) divise la classe des Crustacés en deux ordres: les Pédiocles (yeux pédicules) el les Sessilocles (yeux sessiles). Latreille (Gener. Crust. et Ins. et Consider. génér.) partage cette classe en deux ordres: le premier porte le nom d'Entomostracés et le second est désigné sous celui de Malacostracés; dans cet arrangement, les Oniscus étaient réunis aux Arachnides. Quelques années plus tard (en 1817, Règn. Anim. de Cuv.), le même savant a publié une nouvelle méthode dans laquelle, prenant pour bases de ses divisions la situation et la forme des branchies, la manière dont la tête s'articule avec le tronc et les organes masticateurs, il divise la classe des Crustacés en cinq ordres: 1° les DÉCAPODES, Decapoda (dix pieds); 2° les STOMAPODES, Stomapoda (bouchepieds); 3° les AMPHIPODES, Amphipoda (pieds dirigés en tout sens); 4° les ISOPODES, Isopoda (pieds égaux): 5° les BRANCHIOPODES, Branchiopoda (pieds-branchies). Nous ne devons entrer ici dans aucun détail sur ces ordres qui seront traités respectivement à leur place alphabétique.

Leach a fait connaître (Trans. of the Linn. Societ. T. XI) une classification complète de l'ordre des Crustacés, dans laquelle il établit un grand nombre de genres nouveaux et plusieurs divisions. Nous nous bornerons à présenter les caractères des principales divisions.

Classe: CRUSTACÉS. — Sous-classe première: Malacostracés, Malocostraca. Bouche composée de mandibules, de plusieurs mâchoires, et recouverte par des pieds-mâchoires, tenant lieu de lèvre inférieure ou la représentant; mandibules souvent palpigères; dix à quatorze pates uniquement propres à la locomotion ou à la préhension, ayant souvent les organes respiratoires annexés à leur base; corps tantôt recouvert par un test calcaire plus ou moins solide sous lequel la tête est confondue, tantôt divisé en anneaux avec la tête distincte; point de métamorphose.

Légion 1re. Podophtalmes, Podophtalma (Pédiocles, Lamk.). Des yeux composés, placés au bout d'un pédoucule mobile; point d'yeux simples; mandibules pourvues d'un palpe; pieds-mâchoires ayant tous Un palpe adhérent à leur base. Cette division comprend les Décapodes et les Stomapodes de Latreille.

Légion 2°. Edriophthalmes, Edriophthalma (Sessilocles, Lamk.). Des yeux sessiles ordinairement composés, mais quelquefois situés sur les côtés de la tête; les mandibules souvent munies d'un palpe; tête prèsque toujours distincte du corps. La légion des Edriophthalmes embrasse les Amphipodes, les Isopodes et les Branchiopodes de l'entomologiste français. V. tous ces mots.

Crustacés fossiles.

Depuis que la connaissance des corps organisés fossiles a été reconnue indispensable pour l'étude de la géologie, on s'est occupé avec soin de les recueillir et de les décrire; Les Animaux vertébrés et les Coquilles ont principalement fixé l'attention des Zoologistes et des géologues. Les uns étaient trop remarquables et les autres trop nombreux pour ne pas être d'abord observés: à cet égard il suffit de rappeler les travaux de Cuvier et Lamarck; mais il restait une lacune à remplir. Quelques Animaux articulés avaient accidentellement été observés. Gesner, Aldrovande, Scheuchzer, Bajer, Séba, Sachs, Linné, Mercatus, Rumbh, Knorr, Walch, Schlotheim, Wahlenberg, etc., en avaient signalé ou fait connaître un plus ou moins grand nombre; le besoin de la science exigeait qu'on réunît tous ces faits et qu'on en ajoutât de nouveaux. Ce travail important a été entrepris dans un ouvrage ayant pour titre: Histoire naturelle des Crustacés fossiles sous les rapports zoologiques et géologiques, savoir: les Trilobites, par Alexandre Brongniart, et les Crusta-

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cés proprement dits, par AnselmeGaëtan Desmarest (un vol. in-4° avec fig. Paris, 1822. Levrault). Nous renvoyons à l'article TRILOBITES l'étude des Animaux fossiles qu'on désigne sous ce nom, et nous jetterons ici un coup-d'œil général sur les Crustacés proprement dits, en empruntant à l'excellent ouvrage de Desmarest tout ce que nous allons en dire. «Le nombre des vrais Crustacés fossiles que nous avons pu examiner, dit cet observateur exact, est de trente-quatre. Ils ont été trouvés dans divers terrains, et leur mode de pétrification n'est pas toujours le même; les uns ont gardé leur propre test, et les autres n'offrent que des empreintes extérieures ou des moules intérieurs; quelques-uns sont pétrifiés en matière calcaire, et d'autres sont changés en fer sulfuré. Les plus anciennement enfouis sont ceux des bancs de la pierre calcaire argileuse de Pappenheim, qu'on est fondé à considérer comme dépendante de la formation du calcaire du Jura; c'est là que l'on trouve la seule espèce assez différente de celles qui vivent maintenant, pou' être considérée comme appartenant à un genre distinct; c'est là aussi que l'on rencontre le Limule gui constitue un genre étranger aux rivages européens. Les Argiles bleues inférieures à la Craie, auxquelles les Anglais donnent le nom de Blue-Lias, et qui composent une partie du pied des falaises de Normandie, entre le Hâvre et Dives; les écueils connus sous le nom de Vaches-Noires, et une partie des rochers du Calvados, renferment, avec des ossemens de Crocodiles, des débris de Crustacés, et notamment ceux d'une espèce à longues pates et à grande queue, qui paraît être une Langouste, ainsi que ceux de deux autres en trop mauvais état pour être décrites, mais dont une se rapporte, à n'en pas douter, au genre Scyllare. — La formation de Saint-Pierre de Maestricht contient, avec des Coquilles bien reconnues pour appartenir au dépôt crayeux, des pinces de Crustacés isolées, qui ont été figurées par Faujas comme étant celles d'un Pagure, et Mantell vient de trouver, dans la Craie d'Angleterre, les débris de plusieurs Crustacés Macroures et Brachyures.— L'Argile plastique, dont est composée l'île de Shepey à l'embouchure de la Tamise, contient assez fréquemment les carapaces d'un Crabe déterminable et des fragmens de Crustacés Macroures.— La formation du calcaire de sédiment supérieur, ou terrain tertiaire (désigné, pour les environs de Paris, sous le nom de Calcaire grossier), nous a fourni quelques Crustacés, et dans ce nombre nous placons ceux de Dax et de Vérone, et celui que nous avons trouvé nous-mêmes dans les bancs de Marne calcaire de Montmartre, qui forment la ligne de démarcation entre les dernières couches du calcaire marin et la formation gypseuse d'eau douce. Les terrains calcaréo-trappéens du Vicentin, que Brongniart regarde comme de formation contemporaine à celle du calcaire de sédimant supérieur, nous ont offert des Crustacés fort voisins de deux espèces qui vivent sur nos côtes, le Crabe commun (Cancer Mœnas) et la Langouste (Palinurus quadricornis).— Enfin, si aux Crustacés proprement dits on joint les Asellotes et les Entomostracés, on aura retrouvé deux représentans fossiles de ces familles dans les terrains les plus récemment déposés. Les couches marines de Marnes verdâtres, supérieures au Gypse à Montmartre, nous ont offert, dans un de leurs feuillets, au-dessus d'un banc de Coquilles bivalves qu'on a rapportées au genre Cythérée, et au miliau de nombreux Spirorbes, un Crustacé peu déterminable, il est vrai, à cause de sa petitesse, mais qu'on ne peut cependant éloigner des Sphéromes ou des Idotées. Enfin, le terrain d'eau douce de la vallée de l'Allier, en Bourgogne, a présenté des bancs épais, tout pétris de petites Coquilles bivalves, que nous avons cru devoir rapporter, à cause de leurs formes générales et de leur minceur, au genre Cypris.—Un assez grand nom-

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bre de Fossiles particulièrement rapprochés des Ocypodes ou des Crustaeés voisins de ceux-ci, nous sont rapportés des Philippines et des autres lles de l'archipel Indien. Ils sont incrustés dans un calcaire grisâtre d'aspect marneux, assez dur, et qui n'est pas susceptible de se délayer ou de faire pâte avec l'eau. — Le test de ces Crabes est ordinairement conservé; mais sa nature a été modifiée; il est bien plus solide que celui des espèces qui vivent maintenant, et renferme beaucoup moins de matière animate. Quelques voyageurs assurent que ces débris se rencontrent sur les bords de la mer, et paraissent croire qu'ils appartiennent à des Crabes dont les espèces vivent actuellement, et s'empâtent ainsi dans I'Argile, comme le font quelques petits Poissons sur les côtes de l'lslande, de la Rochelle-, de Scapezzano, dans la Marche d'Ancône, etc. Cette assertion paraît avoir peu de probabilité, car il est très-remarquable que ces Crustacés ainsi encroûtés soient apportés des contrées lointaines où on les trouve en si grand nombre, et que les espèces vivantes, qu'on dit être les leurs, soient encore tout-à-fait inconnues. Néanmoins si cetle analogie était démontrée, on ne pourrait pas pour cela les retirer de la série des Crustacés fossiles dont il s'agit; car elles ont acquis toutes les conditions des corps pétrifiés, c'est-à-dire qu'elles sont maintenant soustraites aux causes qui opèrent la décomposition des êtres organisés après leur mort. Ce serait un ordre de Fossiles nouveaux, celui des Fossiles contemporains de notre création, et dont quelques naturalistes nient encore l'existence.

» Telle est la disposition géologique des Crustacés sur la surface du globe. Leur série commence où celle des Trilobites finit, et elle s'étend jusqu'aux dépots les plus récens.»

Desmarest adopte, pour le classement des Crustacés fossiles, la méthode de Latreille (Règn. Anim. de Cuv.), et voilà le résultat du nombre d'espèces qui lui étaient connues à l'époque de la publication de son ouvrage. Dans l'ordre des Décapodes, se trouve la famille des Brachyures, qui renferme vingt-quatre espèces distribuées dans douze genres de la maniè suivante: Portune, deux espèces; Podophthalme, une; Crabe, cinq; Grapse, une; Gonoplacc, cinq; Gélasime, une; Gérarcin, une; Atélécycle, une; Leucosie, trois; Inachus, une; Dorippe, une; Ranine, une.

La seconde famille du méme ordre, celle des Macroures, comprend six espèces partagées en cinq genres; savoir: Pagure, une; Langouste, deux; Palémon, une; Eryon, une; Scyllare, une. Les deux ordres des Stomapodes et des Amphipodes n'ont encore fourni aucune espèce fossile; dans celui des Isopodes, on ne connaît que deux espèces rapportées avec doute au genre Sphérome. L'ordre des Branchiopodes n'a encore offert que deux especes, dont l'une appartient au genre Limule et l'autre au genre Cypris. V., pour les détails, chacun de ces mots.

Desmarest, depuis la publication de son travail, a eu occasion d'observer quelques espèces nouvelles; il les fera successiverment connaître dans l'ouvrage périodique connu sous le titre d'Annales des Sciences naturelles. (AUD.)

CRUSTACITES. CRUST. On a quelquefois donné ce nom aux Crustacés fossiles. (B.)

CRUST A-OLLE. BOT. PHAN. (Rumph.) Nom donné à plusieurs Plantes de l'lnde fort diffèrentes, entre autres à une Gratiole ainsi qu'à une Oldenlandie dont Forster a fait son genre Dentella. (B.)

CRUSTODERMES. POIS. Blainville a donné ce nom mérité par l'en, veloppe dure qui les recouvre, aux Poissons qui, dans le système de Linné composaient l'ordre des Branchiostèges. V. ce mot. (B.)

CRUSTOLLE. BOT. PHAN. Des auteurs français ont donné ce nom,

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tiré de Crusta - Ollœ, au genre dédié à la mémoire de Ruellius. Ce changement de nom n'est pas heureux, paisqu 'aucune des Plantes de Ruraph, désignées sous le nom radical, ne fait partie du genre Ruellia; il n'est pas juste, puisqu'il relègue dans la langue latine le nom d'un botaniste qui rendit plus d'un service à la science, V. RUELLIE. (B.)

CRUZEIRO, BOT. PHAN. On ne sait à quel genre rapporter la Plante du Brésil désignée sous ce nom, et dont on dit que l'écorce est encore plus amère que celle du Quina. (B.)

CRUZETA. BOT. PHAN. (Jacquin.) Syn. de Mussœnda spinosa à la Martinique. (B.)

CRUZITE. Cruzita. BOT. PHAN. Et non Crucita. Genre fondé par Loefling et Linné, placé dans la Tétrandrie Digynie et rapporté par Jussieu à la famille des Atriplicées. Ses caractères sont: calice ou périanthe persistant, divisé profondément en quatre parties, et muni à sa base de trois bractées particulières; quatre étamines dont les filets sont tres-courts et portent de petites anthères; ovaire supérieur ovale, obtus, comprimé et surmonté d'un style très-court, divisé en deux branches portant chacune un stigmate. Le fruit est une caryopse recouverte par le périanthe, caduque ainsi que celui-ci. — Une seule Plante constitue ce genre: elle a une tige droite, ferme et hauted'un mètre et demi; ses feuilles sont, de même que ses rameaux, opposées, lancéolées et très-entières. Les fleurs, extrêmement petites comme celles des autres genres de la famille, sont portées sur des épis paniculés. Elle a Pour patrie la république de Colombie, et particulièrement les environs de Cumana. C'est donc par erreur d'origine que Linné, en décrivant cette Plante, lui donna le nom de Cruzita hispanica. Rœmer et Schultes n'ont pas détruit l'idée fausse qu'entraîne un nom spécifique contradictoire avec les faits en lui substituant celui. d'hispano - americana, voulant sans doute concilier ainsi la dénomination linnéenne avec celle de C. americana, proposée par Lamarck et la seule que l'on doive admettre, puisqu'il est constant que la Plante dont il s'agit ne croît pas spontanément en Espagne, et que sa véritable patrie ne peut plus être regardée comme dépendante de cet empire.(G..N.)

CRYEROZES. ZOOL. Hermann, professeur à Strasbourg, proposait de substituer ce mot qui signifie froid, effrayant, livide, à celui de Reptiles. Ce changement sans utilité et même sans justesse, car il est des Reptiles fort élégans, n'a pas été adopté. (B.)

CRYMOPHYLE. OIS. (Vieillot.) V. PHALAROPE.

CRYOLITHE. MIN. On a donné ce nom, qui signifie Pierre de glace, à l'Alumine fluatée alcaline. V. ALUMINE. (B.)

CRYPHIE. Cryphia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Labiées et de la Didynamie Gymnospermie, L., fondé par R. Brown qui lui assigne les caractères suivans: calice fermé, à deux lèvres entières et égales, et muni de deux bractées; corolle renfermée dans le calice; la lèvre supérieure en forme de casque et trèscourte, l'inférieure ayant le lobe du milieu plus grand; anthères mutiques. Ce genre, intermédiaire entre le Chilodia du même auteur et le Prostanthera de Labillardière, se compose de deux espèces trouvées par R. Brown sur les côtes méridionales de la Nouvelle-Hollande. Ce sont deux petites Plantes frutescentes, pleines de glandes qui sécrètent une huile volatile d'une odeur pénétrante. Leurs feuilles sont entières et petites comme celles du Serpolet, d ou le nom de C. serpyllifolia, donné à la principale espèce; car pour la C. microphylla de l'aveu même de l'auteur, elle pourrait mieux n'être considérée que comme une variété de la précédente. Leurs fleurs sont soli-

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taires et portées sur des pédoncules axillaires. (G..N.)

CRYPHIOSPERME. Crypkiospermum. BOT. PHAN. Dans sa Flore d'Oware et de Benin, Palisot de Beauvois a décrit et figuré, sous le nom de Cryphiospermum repens, une Plante de la famille des Synanthérées qu'il rapportait aux Chicoracées, et que plus tard l'illustre R. Brown a reconnue être le Cœsulia radicans de Willdenow., qui appartient à la section des Corymbifières et à la tribu des Hélianthées de Cassini. Ce dernier ayant fait de la Plante de Willdenow un genre distinct sous le nom d'Enydra, nous renvoyons à ce mot, (A. R.)

* CRYPHYQN. Cryphyum. BOT. CRYPT. (Mousses.) Palisot de Beauvois proposait d'appeler ainsi le genre Calymperes de Swartz. V. CALYMPÉRIS. (A. R.)

CRYPSANTHA. BOT. CRYPT. (Beauvois.) Syn. d'Hedwigie. V. ce mot. (B.)

CRYPSIDE. Crypsis. BOT. PHAN. Genre de la famille des Graminées et de la Triandrie Digynie, L., établi sur quelques Plantes confondues autrefois parmi les Phleum et les Anthoxanthum, et ainsi caractérisé dans Aiton (Hort. Kew. 2e édit., 1, p. 68), et dans Kunth (Synopsis Plant. orbis novi, 1, p. 207): calice (lépicène, Rich.) à deux valves linéaires, uniflore; corolle (glume, R., paillettes, Palis. Beauv.) bivalve et mutieque; deux écailles hypogynes; une à trois étamines; deux styles; stigmates plumeux; caryopse libre. Les fleurs sont en épis simples, disposées sur un axe formant un capitule rond ou allongé et comme involucrées par la gaîne des feuilles supérieures. Palisot-Beauvois (Agrostograph. Nov. p. 22) a distrait des Crypsis quelques espèces qu'on y avait rapportées, et èn a formé le nouveau genre Heleochloa. Celui-ci n'est considéré par la plupart des auteurs que comme une section du premier, et, en effet, les différences tirées de la structure des paillettes (glume, Rich.), fosquelles sont entières et courtes dans le premier genre, bifides et enveloppant le fruit dans le second, ainsi que celles fournies par les ovaires munis, dans les Crypsis, d'un bec épais et émarginé, et simplement aigus dans les Helochloa, paraissent trop légères pour eu autoriser la distinction.

Panzer (Ideen, p. 24 et 26, t. 8; a néanmoins admis ces deux genres, en réformant toutefois leurs caractères. V. HELEOCHLOA. Le genre Crypsis a reçu deux synonymeS qu'il est utile de mentionner, savoir: le Pallasia de Scopoli et l'Antitragus de Gaertner (de Fruct. 2, p. 7, t. 80). Si à l'exemple de Kunth (loc. cit.) et de Rœmer et Schultes, l'on admet la réunion des Hcleochloa aux Crypsis, on comptera dans ce dernier genre une dixaine d'espèces dont deux, Crypsis aculeata et C. alopccuroïdes, sont indigènes d'Europe. La première croît sur le littoral de la Méditerranée dans les terrains sablonneux. La structure des gaînes supérieures de ses feuilles lui donne un aspect tellement particulier, qu'on ne peut la comparer à aucune autre Graminée. C'est sans doute ce qui a causé l'étrange méprise de Linné, lorsqu'il l'a nommée Schœnus aculeatus. La synonymie si embrouillée des espèces de ce genre, transportées au gré des auteurs dans plus de six genres différons, prouve la nécessité d'une revue de ces Graminées. Trois espèces nouvelles ont été rapportées de l'Amérique méridionale par Humboldt et Bonpland, et décrites sous les noms de Cripsis macrura, C. phleoidcs et C. stricta, dans leur bel ouvrage rédigé par C. Kunth (Nov. Gener, et Spec. Plant. Æquin. 1, p. (141). (G..N.)

CRYPSIRINA. OIS. Et non Crypsirnaa. V. TEMIA. (B.)

CRYPTANDRE. Cryptandra. BOT. PHAN. Genre établi par Smith (Trans. Soc. Linn.. v. 4, p. 217), appartenant à la Pcntandrie Monogynie, L., et rapporté avec doute à la famille des

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Ràodoracées de Jussieu. Ses caractères sont: calice à cinq divisions trèsprofondes ressemblant à des bractées; corolle tubuleuse, soyeuse extérieurement, à limbe partagé en cinq segmens entre lesquels se trouvent cinq écailles en forme de cornets; cinqétamines insérées immédiatement audessons de ces écailles; stigmate trifide; capsule supérieure à trois valves qui, par leur introflexion, constituent trois loges, chacune renfermant une semence solitaire et comprimée. A l'espèce (Crypt, qustralis) sur laquelle Smith établit ce genre, cet auteur en a depuis ajouté deux autres (in Rées Cyclopœd.), l'une qu'il a pommée Cryptandra erlcifolia, et l'autro C. amars; elles sont indigènes de la Nouvetle-Hollande, aux environs du port Jackson. Rudge les a figurées toutes deux dans le dixième volume des Transactions de la Société Linnéenne de Londres, table 18, p. 294. Il serait à désirer qu'il eût pu faire connaître l'organisation du fruit de ces Plantes comme celle de leurs fleurs, qui y est très-bien dessinée. C'est d'après les descriptions insérées dans ce Mémoire que nous avons exposé les caractères génériques précédens. (G..N.)

* CRYPTANGIS. BOT. PHAN. Nom proposé par Du Petit-Thouars (Hist. des Orchidées des fles australes d'Afrique) pour une Orchidée de la section des Epidendres et du genre Angorchis du même botaniste, ou Angræcum des auteurs. Elle est figurée (loc.cit., t. 50) sous lenom d'Angrœcum inapertum. C'est une petite Plante haute de quinze lignes à peu près, indigène des îles de France et de Mascareigne, à feuilles rapprochées, lancéolées, aiguës, et à petites fleurs blanches pédonculées. (G..N.)

CRYPTE. Cryplus. INS. Genre de l'ordre des Hyménoptères, établi par Jurine (Classif. des Hymén., p. 49), et fondé antérieurement par Latreille, sous le nom d'Hylotome. V. ce mot. Fabricius avait déjà employé le nom de Crypte, pour désigner un autre genre de l'ordre des Hyménoptères. Celui-ci, fondé aux dépens des Ichneumons, est rangé par Latreille (Règn. Anim. de Cuvier) dans la famille des Pupivores, tribu des Ichneumonides. Les caractères du genre Crypte dont il est ici question, sont loin d'être constans et ne peuvent souvent être applicables qu'à l'un des sexes; il est donc difficile de savoir exactement ce qui le constitue; Latreille pense que d'après la forme générale des espèces dont il se compose, Fabricius a voulu séparer en un groupe parti culier celles qui ayant l'abdomen porté sur un filet très-distinct, ovale, ou presque cylindrique, voûté, sont pourvues en outre d'une tarière saillante, ordinairement courte ou peu allongée. On a établi quelques divisions fondées sur la pouleur blanche de l'écusson, ou l'existence d'une bande de même couleur aux antennes; elles comprennent un assez grand nombre d'espèces.

Le CRYPTE ARMATEUR, Crypt. armatorius. Il se trouve en France et en Allemagne.

Le CRYPTE BORDÉ, Crypt, marginatorius. Originaire d'Europe.

Le CRYPTE DISSIPATEUR, Crypt. profligator. Fabricius rapporte à celte espèce l'Ichneumon, n. 46, de Geoffroy (Hist. des Ins. T. II, p. 341).

Gravenhorst (Monogr. Ichneumonum pedestrium) a fait connaître plusieurs femelles qui sont aptères. Ce sont les Cryptes Hémiptère, Pulicaire, agile et Coureur.

Le CRYPTE DES OEUFS, Crypt. ovulorum, vit à l'état de larve dans l'intérieur des œufs de certains Lépidoptères.

Le CRYPTE DES PUCERONS, Crypt. Aphidium, se nourrit pendant son premier âge aux dépens du corps a'un Puceron. Dans plusieurs espèces, les larves se filent des coques soyeuses, entourées d'une enveloppe commune (Crytus globatus), ou dépourvues de cette enveloppe (Cryptus glomeratus), mais adossées cependant les unes aux autres.

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Les larves du Crypte alvéolaire, Crypt. alvearius, sont remarquables par l'habitude qu'elles ont de construire leur coque sur un même plan, de manière que lorsque celles-ci sont vides, elles représentent en petit les alvéoles d'un gâteau d'Abeilles.(AUD.)

* CRYPTE. Crypta. BOT. PHAN. Le professeur Nuttal, dans ses genres de l'Amérique du Nord, propose d'établir un genre distinct pour le Peplis americana de Pursh, auquel il donne le nom de Crypta, et qu'il caractérise de la manière suivante: son calice est composé de deux sépales; sa corolle de deux ou trois pétales rapprochés; l'ovaire est surmonté de deux ou trois stigmates très-petits, sessiles; le fruit est une capsule à deux ou trois loges, s'ouvrant en autant de valves. Chaque loge contient quatre ou cinq graines presque cylindriques et striées. (A. R.)

* CRYPTERPIS. BOT. PHAN. C'est ainsi que Du Petit-Thouars désigne une Orchidée des îles de France et de Mascareigne, appartenant à la section des Helléborines et à son genre Erporchis, qui est le même que le Goodiera de Brown. Sous le nom de Goodiera occulta (Erporchis Crypterpis), est figurée (Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique, t. 28) une Plante qui paraît être la même que celle appelée Goodiera bracteata dans le texte du premier tableau. Ses fleurs sont petites et purpurines, ses feuilles ovales longues d'un décimètre. Cette Plante a environ un demimètre de hauteur. La planche 30 de l'ouvrage cité plus haut représente, sous le nom de Crypterpis, cette Plante en entier, mais diminuée au moins des deux tiers. (G..N.)

* CRYPTES. GÉOL. On donne ce nom, qui est à peu près synonyme de cavernes, à des galeries souterraines plus ou moins étendues, dont la plupart paraissent avoir été creusées de main d'Homme. Sous ce point de vue les Cryptes sortiraient au domaine de la science à laquelle nous avons consacré ce Dictionnaire; mais quel-ques-unes, ayant facilité aux géologues un accès instructif dans les entrailles de notre planète, méritent de leur part quelque attention. Les Cryptes diffèrent des galeries de mines, en ce qu'elles sont ordinairement horizontales, ayant été creusées sur les pentes de quelque escarpement. Les côtes du Nil en sont criblées en plusieurs endroits, particulièrement dans les environs de l'antique Thèbes aux cent portes, et, ces cavités, silencieux asiles des trépassés, furent consacrées aux sépultures d'un peuple superstitieux qui croyait mettre ses dépouillés mortelles à l'abri de la destruction en les confiant embaumées au sein des roches calcaires du rivage: vain espoir! la religion et les mœurs ont changé sur cette terre classique de la superstition et des premières sciences. Le Bédouin barbare, le Musulman grossier, ont profané le sanctuaire lugubre de la mort, et des ossemens que la sentence des sages avait comme confiés aux siècles pour se relever vivans au jour suprême de la résurrection, servent aujourd'hui à chauffer les fours d'une population renouvelée, ou d'appât à la curiosité des voyageurs européens qui, sur les traces des Geoffroy Saint- Hilaire et des Caillaud, vont interroger l'histoire de la première Egypte au fond de ses sépultures violées.— L'Italie aussi a ses Cryptes qui furent consacrées aux cendres des décédés. C'est une opinion établie dans les environs de Rome, où l'on en cite de célèbres, que les dépouilles de saints martyrs y furent déposées par les premiers chrétiens. On a beaucoup exagéré l'étendue et la majesté ténébreuse de ces derniers asiles des victimes d'un paganisme intolérant. Les Cryptes de Maëstricht l'emportent de beaucoup en importance sur toutes celles qui nous sont connues. Nous les avons décrites soigneusement dans un ouvrage particulier, où nous renverrons le lecteur. Il suffira de dire ici que ces vastes galeries souterraines, dont les premiers ouvriers

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existèrent avant l'invasion des Romains dans les Gaules, sont tous les jours augmentées par les travaux des générations qui se succèdent, et fournissent sans cesse de nouveaux matériaux à l'étude de l'histoire naturelle. C'est leur exploitation qui nous a fait connaître ces débris fossiles dont Faujas de Saint-Fond a fait le sujet d'un grand ouvrage, où malheureusement ne règne point assez de méthode; on y a trouve particulièrement des squelettes de gigantesques Sauriens, mal à propos regardés comme ceux de grands Crocodiles. Leurs parois nous initient aux procédés qu'emploie la nature dans la formation lente et continuelle des couches siliceuses de la Craie. Les fouilles qui s'y continuent ont appelé l'attention des savans sur ces cavités singulières qu'on nomme orgues géologiques. V. ce mot, CRAIE, SILEX et MONITOR. Ces Cryptes, immenses ouvrages de plusieurs milliers de siècles, sont les seuls objets qui frappent les yeux et l'esprit du vulgaire dans les environs de Maëstricht, et l'on en a raconté de telles merveilles que Buffon, induit en erreur en les comparant poétiquement au labyrinthe de Crète, prétend qu'abandonnées pendant un long espace de temps, il ne serait pas aisé de reconnaître si ces excavations ont été le produit de la nature, ou faites de main d'Homme. On connaît, ajoute ce grand écrivain, des carrières qui sont d'une étendue très-considérable; celle de Maëstricht, par exemple, où l'on dit que cinquante mille personnes peuvent se réfugier, et qui est soutenue par plus de mille piliers qui ont vingt ou vingt-cinq pieds de hauteur. L'épaisseur de la terre au-dessus est de plus de vingt-cinq brasses; il y a dans plusieurs endroits de cette carrière del'eau, et de petits étangs où l'on peut abreuver le bétail. (Preuvés de la théorie de la terre, art. XVII.) Les Cryptes de Maëstricht peuvent contenir plus de cinquante mille personnes; plus de mille piliers s'y pourraient compter; les dimensions de ces piliers sont beaucoup plus imposantes que ne le dit Buffon; mais on ne trouve nulle part dans ces souterrains des étangs où se puisse abreuver le bétail; et si ce n'est en un seul point, où quelques gouttes filtrantes entretiennent quatre ou cinq pintes d'eau médiocre dans un petit réservoir en forme de cuvette, les carrières dont il est question sont remarquables par l'absence de toute humidité, ce qui contribue à la conservation des moindres traits dont les curieux charbonnent les parois, et à rendre la température parfaitement égale. Cette température, observée à longues années de distance par Van-Swinden, par Faujas et par nous, dons des saisons différentes, est constamment de 8° au thermomètre de Réaumur.— On cite encore des Cryptes fort étendues dans quelques parties des montagnes de Hongrie.;— L'Espagne en offre aussi d'importantes. On prétend qu'elles existent surtout dans les provinces vascongades, et qu'elles y sont d'une immense étendue; on attribue l'origine de celles-ci aux travaux des chrétiens qui cherchaient vers le centre de la terre cette précieuse liberté dont les Maures les dépouillaient à sa surface. On en a découvert récemment d'immenses dans l'Amérique septentrionale, œuvres de peuples inconnus, qui les consacrèrent, comme dans l'ancien Monde, aux cadavres de leurs pères. Ces Cryptes du nouveau continent recèlent encore des squelettes gigantesques environnés de squelettes de nains. On ne saurait trop recommander aux voyageurs d'examiner leurs parois sur lesquelles il pourront découvrir des Fossiles précieux, et surtout les débris humains qu'ils renferment. (B.)

CRYPTIQUE. Crypticus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Hétéromères, établi par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) aux dépens des Pédines dont il formait originairement une division; il appartient à la famille des Mélasomes, et offre pour caractères: labre transversal, entièrement à découvert, et

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non reçu dans une échancrure du chaperon; palpes maxillaires terminés par un fort article en forme de hache; antennes presque de la même grosseur, formées, en majeure partie, d'articles en cône renversé, avec le dernier ovoïde ou presque globuleux, Les Cryptiques sont des Insectes ailés qui, outre la différence résultant de la réception du labre daps une échancrure du chaperon, s'éloignant des Pédines par les articles de leurs ontennes qui sont plus allongés; par leurs palpes maxillaires plus saillans et terminés plus directement en forme de hache; enfin per leurs jambes a antérieures étroites. —Ce genre a pour type le CRYPTQUE GLABRE, Crypt. glaber, ou le Ténébrion noir lisse de Geoffroy (Hist, des Ins., T. I, p. 351), qui est le même que le Blaps glabra de Fabricius. On le trouve dans les endroits secs et sablonneux aux environs de Paris; il en existe plusieurs autres espèces originaires de l'Espagne et du cap de Bonne-Espérance. Le général Dejean (Catalog, des Coléoptères, p. 66) en mentionne six, dont quelques-unes sont nouvelles.(AUD.)

CRYPTOBRANCHES, POIS. C'està-dire à branchies cachées. Ordre établi par Duméril parmi la classe des Poissons osseux, qui correspond à celui des Chismopnes, parmi les Cartilagineux. Ses caractères consistent dans les branchies sans opercules, mais à membrane. Cet ordre ne renferme que les deux genres Styléphore et Mormyre, V. ces mots. (B.)

CRYPTOCARPE. Cryptocarpus. BOT. PHAN. Famille des Chénopodées, Tétrandrie Monogynie., L. Ce genre, établi par C. Kunth (in Humboldt et Bonpl. Nov, Genera ét Spec. Pl. œquin., v. 2, p. 187), offre les caractéres suivans: périanthe campanulé à quatre ou cinq divisions courtes; quatre étamines saillantes, à anthères didymes; style simple; akène lisse reafermé dans le caliœ persistant. II se compose de Plantes her bacées, à feuilles alternes très-entières, à fleurs pédicellées ou presque sessiles, disposées en épis dichotomes ou en panicules terminales et axillaires.

Les deux espèces oonnues sont figurées(loc. cit. tab. 123 et 124) sous les noms de Cryptocarpus globosus et C. pyriformis. Willdenow, abué per quelques ressemblances extérieures de la première avec les Plantes du genre Boerrkaavia, l'avait placée dans celui-ci, et l'avait nommée B. rhomboïdea. Cette erreur a été reproduite par Link (Jahrb. der Gewœchskunde, 1. 3, p. 66). Ces Plantes croissent en Amérique, mais elles se trouvent en des contrées fort éloignées, puisque la première est de la Havanc, et l'autre du pied des Andes au Pérou. (G..N.)

CRYPTOCARPHE. Cryptocarpha. BOT. PHAN. H. Cassini, voulant rectifier les caractères assignés par lui au genre Acicarpha de la famille des Calycérées, a reproduit ce genre sous le nom At Cryptocarpha. V. ACICARPHA. (A. R.)

CRYPTOCARYE. Cryptocarya. BOT. PHAN. Genre de la famille des Laurinées et de la Dodécandrie Monogynie, L., fondé par R. Brown (Prodr. Fl. Nov. - Holl., p. 402) et caractérise de la manière suivante: fleurs hermaphrodites; périanthe à six divisions égales à limbecaduc; douze étamines disposées sur deux rangs, dont trois stériles, intérieures, opposées aux découpures intérieures du perianthe; anthères biloculaires; six glandules alternes avec les filets intérieurs; fruit renfermé dans le tube du périanthe, qui s'est accru pendant la maturation, s'est fermé et convertien une sorte de baie. Ce genre, voisin du Cassyta, L., et de l'Endiandra, R. Brown, se distinguedu premiers, outre la diversié de son port et de son inflorescence, par la singulière structure de son tube floral fructifère, et du second également par œ caractère et par l'hermaphroditisme de neuf de ses étamines, tandis que dans l'Eœdiandra, neuf au contraire sont stériles. Les trois espèces que R. Brown a déouvertes au port Jackson et sur

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le littoral iniratropical de la Nouvelle-Hollande, portent les noms de Crypioearya glaucescens, C. triplinervis et C. oboveta. Ce sont des Arbres qui ont tout-à-fait le port et l'inflorescence du Cannellier, mais qui en diffèrent génériquement et par leurs anthères biloeulaires et par leur fruit que recouvre le tube du périan the. G. Kunth (Nova Genera et Spec. Plant, œquimoct, T.II, p. 167) a décrit une nouvelle espèce sous Je nom de Cryptocary a dubia, rapportée par Humboldt et Bonpland des environs de Santa-Fé de Bogota: mais il ajoute qu'elle constituera probablement un genre distinct. (G..N.)

* CRYPTOCÉPHALE. MAM. V., ACÉPHALE,

CRYPTOCEPHALUS. INS V. GRIBOURI.

CRYPTOCÈRE. Cryptocerus. INS. Genre de l'ordre des Hyménoptères établi par Latreille qui leplace(Règn. Anim. de Cuv.) dans la section des Porte-Aiguillons, femille des Hétérodynes, tribu des Formicaires, et lai assigne pour caractères; des individus neutres, aptères, pourvus d'un aiguillon; pédicule de l'abdomen formé de deux nœuds; téte grande, aplatie, avec une rainure de chaque côté pour loger une partie des antennes dans tous les individus. Ce genre, qui correspond a la neuvième famille ou à celle des Chaperonnées de l'Hist. nat. des Fourmis, avait été établi par Latreille (Hist. gén. des Ins.) sous le nom de Céphalote auquel a succédé celui de Cryptocère adopté depuis par Fabricius. Il se rapporte, suivant Latreille, au genre Manique de Jurine (Classif. des Hymén. p. 276) d'après la disposition des nervures des ailes; ces ailes ont une cellule radiale, grande et appendiculée, et deux cellules cubitales dont la seconde atteint le bout de l'aile; mais ce qui distingue le genre dont il est question de tous les autres, c'est la rainure particulière qu'on observe de chaque côté de la téte et qui est des tinée à recevoir les antennes; cellesci sont coudées et plus grosses vers le bout; les mandibules sont triangulaires et dentées; on observe des palpes maxillaires courts, filiformes et de cinq articles; la tête est grande, aplatie, presque carrée; les deux premiers anneaux de l'abdomen sont petits, noueux, le troisième fort grand renferme ceux qui suivent. Les Cryplocères appartiennent tous à l'Amérique méridionale; on ne possède aucun renseignement sur leurs mœurs. Fabricius en décrit cinq espèces dont la plus connue et celle qui peut être considérée comme type du genre, est le CRYPTOCÈRE TRES-NOIR TRÈS-NOIR, Crypt. atratus, Latr., Fabr., ou la Formica quadridens de Degéer, décrit et figuré par Latreille (Hist. nat. des Fourmis, p. 272, pl. 12, fig. 74 A, B.) (AUD.)

CRYPTODIBRANCHES, MOLL. BLAINVILLE, DANS SA CLASSIFICATION DES MOLLUSQUES, APPELLE AINSI LA CLASSE DES CÉPHALOPODES. V. ce mot. (D..H.)

CRYPTOGAMIE. Cryptogamia BOT. Linné a désigné sous œ nom qui signifie noces cachées, la vingt-quatrième classe de son système sexuel, dans laquelle il a placé tous les Végétaux qui ne lui ont pas présenté des organes distincts pour les deux sexes, ou dans lesquels du moins ces organes revêtent des formes très-diffé-rentes de celles des étamines et des pistils des autres Végétaux; depuis, ce nom a été assez généralement adopté pour désigner ce vaste groupe de Végétaux aussi singuliers par leur mode de végétation que par la structure de leurs organes reproductifs. Quelques auteurs cependant ne vou-lant pas même admettre dans ces êtres un mode de fécondation insolite et caché, et pensant que leurs germes ou corpuscules reproducteurs se développent sans fécondation, leurontdonné le nom d'AGAMES. V. ce mot. D'autres, comme Palisot de Beau vois, changeantlenom, mais eonservant l'idée de Linné, ont imposé à cette classe le nom d'ÆTHÈOGAMIE(noœs inusitées);

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Jussieu, fondant ses premières divisions sur la structure de l'embryon et admettant l'absence des cotylédons dans tous ces Végétaux, leur a donné le nom d'Acotylédons, que De Candolle et R. Brown ont limité à une partie seulement de ces Plantes. Ceuxci admettent l'absence des cotylédous seulement dans celles qui ne sont composées que de tissu cellulaire, et rangent les autres parmi les Monocotylédones, sous le nom de Monocotylédones Cryptogames. Enfin, Richard, pensant que ces Végétaux sont dépourvus de toute espèce de fécondation et qu'il ne peut exister de véritable embryon sans une fécondation préalable, leur a donné le nom de Végétaux inembryonés. La diversité des opinions à l'égard de ces êtres singuliers suffit pour faire sentir la difficulté de leur étude et la différence qui existe entre eux et les autres Végétaux. Quelques naturalistes n'apercevant que ces différences, sans sentir les points de rapprochement, ont été jusqu'à proposer d'en former un règne à part entre les Animaux et les Végétaux. Sans admettre ces idées que repousse l'analogie d'organisation intérieure, nous pensons que ces Végétaux présentent un ensemble de caractères assez important pour en former dans le règne végétal une grande division tout-à-fait séparée des Plantes phanérogames, et beaucoup plus différente de ces dernières qu'aucune des familles qui les composent ne le sont entre elles. Ainsi, il existe certainement plus d'analogie entre la dernière famille des Plantes dicotylédones et la première des Plantes monocotylédones, entre les deux extrémités de la chaîne des Végétaux phanérogames, qu'entre une Plante quelconque de ces derniers et le Végétal cryptogame le plus parfait. La grande différence qui existe entre l'organisation de ces deux séries de Végétaux, a fait adopter, pour la Cryptogamie, une terminologie entièrement différente de celle employée pour les Plantes phanérogames; les modifications nombreuses que présentent les diverses familles de Cryptogames ont même fait souvent employer dans chaque famille des termes particuliers; ces termes en outre ont beaucoup varié suivant les auteurs. Nous ne pourrons donc faire connaître que ceux qui s'appliquent à la Cryptogamie en général, et quisont le plus communément employés; les autres seront expliqués à leur ordre alphabétique, ou en traitant de la famille à laquelle on les a spécialement appliqués.

Le nombre des organes des Plantes cryptogames est en général moins considérable que celui des Plantes phanérogames; mais leurs formes variant beaucoup plus d'une famille à l'autre, ils ont souvent reçu des noms différens dans chaque famille; et l'un des objets les plus importans de recherches sera de fixer les rapports de ces organes dans les divers ordres de la Cryptogamie. Presque tous les Végétaux cryptogames présentent, comme les Plantes phanérogames, deux systèmes d'organes. Les uns sont les organes de la reproduction: dans quelques familles telles que celle des Urédinées, la Plante entière est limitée à ces organes. Les autres sont des organes végétatifs ou destinés à produire, à supporter et à protéger les premiers: ils varient extrêmement depuis les Fougères, les Lycopodes, etc., où l'on trouve les mêmes organes de la végétation que dans les Plantes les plus parfaites, jusqu'aux Hypoxylées, aux Cbaodinées, ou aux Urédinées où ils sont bornés à un simple conceptacle ligneux, ou à une masse muqueuse, ou bien enfin dans lesquels ils paraissent manquer entièrement.

Les organes reproducteurs consistent en séminules diversement situées et enveloppées, et en organes fécondans, qu'on n'a observés d'une manière satisfaisante que dans un petit nombre de familles. Les séminules, ou sporules (sporuli, seminula, gongyla), sont de petits corps arrondis dont la ténuité n'a pas permis de bien étudier la structure, et qui présentent probablement des modifications

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importantes suivant les diverses familles. Dans les Cryptogames celluleuses (Champignons, Lichens, Algues, etc.), ces séminules ne paraissent formées que d'une masse homogène celluleuse, ou quelquefois presque fluide à l'intérieur, dépourvue de toute espèce de tégument propre. Il n'est pas encore certain si les séminules des Cryptogames plus parfaites (Mousses, Fougères, Lycopodes, etc.), présentent un épisperme ou tégument propre, et par conséquent si dans la germination il n'y a qu'extension de toutes les parties de la graine, ou s'il y a rupture de ce tégument pour laisser développer la partie interne ou l'embryon de ces séminules. Le premier cas est évident pour les Cryptogames celluleuses; leurs séminules, placées dans des circonstances propres à leur développement, s'étendent et s'allongent dans diverses directions, sans percer aucune enveloppe: ce sont, pour ainsi dire, des embryons nus, dépourvus de tout tégument.

Ces séminules sont en général réunies plusieurs dans une même capsule (theca, sporidium). Lorsque leur nombre est peu considérable, il est en général fixe dans une même espèce, quelquefois même dans toutes les espèces d'un genre. Ainsi toutes les Pezizes paraissent présenter huit sporules dans une même capsule; le Geoglossum viscosum en a trois, l'Erysiphe biocellata, deux; elles sont plus nombreuses dans les capsules des Urédinées, dans celles des Mucors, et elles paraîtraient au contraire réduites à une seule dans celles de la plupart des Mucédinées et des Lycoperdacées. En effet, si on donne le nom de sporules ou de séminules aux points opaques renfermés dans les capsules des vrais Champignons à membrane fructifère, dans celles des Fucoïdées, dans les tubes des Conferves, on ne doit pas désigner par le même nom les grains qui composent la poussière des Lycoperdacées ou des Mucédinees et celle des Lichens; les premiers se développent toujours dans I'intérieur d'une enveloppe membraneuse, dans laquelle ils sont libres comme un embryon dans la graine, et non adhérens aux parois comme une graine dans sa capsule; les secondes, au contraire, sont fixées à des filamens, et sont évidemment analogues aux capsules (thecœ, sporidium, sporangia) des Champignons hyménothèques, si ce n'est qu'elles ne contiennent qu'une seule sporule au lieu d'en renfermer plusieurs. Le caractère des sporules est donc de se développer librement, nageant au milieu du fluide qui remplit les capsules; celui des capsules est d'être insérées par un de ses points aux filamens ou à la substance charnue ou ligneuse, enfin aux organes végétatifs du Végétal cryptogame. Cette distinction est trèsimportante pour ne pas confondre les divers organes de ces Plantes; les sporules different des graines par ce caractère essentiel qu'à aucune époque elles n'adhèrent aux parois de la capsule sur lesquelles on n'observe pas de placentas; aussi ne voit-on sur ces sporules aucune trace de points d'insertion. Si on ouvre une capsule de Plante cryptogame long-temps avant la maturation des séminules, on ne la trouve remplie que par un fluide mucilagineux; ainsi nous regardons comme du même ordre, c'est-à-dire comme enveloppant immédiatement de vraies sporules qui se sont développées librement dans leur intérieur, les capsules des Fougères, des Lycoperdacées, des Marsiléacées, dos Charagnes, les grains arrondis des Prêles qui sont probablement des capsules monospermes; l'urne des Mousses, la capsule des Hépatiques, les capsules composant les apothécies des Lichens, figurées à tort par Acharius comme des grains pulvérulens et qui paraissent plus analogues aux capsules des vrais Champignons, les capsules qui couvrent la membrane de ces Champignons, celles qui remplissent le péridium des Hypoxylées, celles qui composent entièrement les Urédinées, enfin la poussière des Ly-

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coperdacdes et des Mucédinées, et les capsules des Fucoïdées. Malgré leur analogie, on a donné à ces organes des noms différens suivant les familles, dénominations que nous indiquerons en traitant chacune de ces familles.

Nous croyons cependant qu'il est avantageux de limiter le nombre de ces noms, afin qu'on sente mieux les rapports de structure des Plantes de familles différentes. Dans les Cryptogames vasculaires et dans les Mousses et les Hépatiques, on désigne généralement cette enveloppe immédiate des sporules par le nom de Capsule, (Capsula.) Parmiles Cryptogames celluleuses, aphylles, nous pensons qu'on devrait donner le nom de Thèque (Theca) aux capsules membraneuses oblongues, fixées par une de leurs extrémités et renfermant plusieurs sporules, comme on l'observe dans les Champignons et les Hypoxylons, et celui de Sporidies ou mieux de Sporanges (Sporidia, Sporangia), aux capsules opaques de formes variables, libres ou renfermées dans des conceptacles, souvent cloisonnés et renfermant plusieurs sporules: telles sont celles des Urédinées et des Fucacées. On réserverait le nom de Spores (Spora) aux sporules fixées à des filamens et probablement enveloppées dans un tégument membraneux confondu avec elles, et qui par conséquent seraient des capsules monospermes: telles sont celles des Lycoperdacées, des Urédinées, des Lichens, des Ulvacées. Au contraire, les tégumens des Fougères, les involucres des Marsiléacées, les disques et les cornets membraneux des Prêles, la coiffe des Mousses, le péridium des Lycoperdacées et des Hypoxylées, la volva des Champignons, les conceptacles des Fuéoïdées, ne sont que de vrais involucres dépendans des organes de la végétation.

Les organes de la fructification des Plantes cryptogames dans le sens le plus général se réduisent donc à des capsules uniloculaires ou très-rarement multiloculaires, renfermant une ou plus souvent plusieurs sporules, tantôt isolées sur quelque partie des organes de la végétation (Mousses, Hépatiques, Charagnes), tantôt réunies plusieurs sur une même membrane (Champignons, Lichens), ou enveloppées dans un involucre commun (Marsiléacées, Equisétacées, Hypoxyles, Lycoperdacées, Fucacées). Nous ne pourrions pas donner plus de détails sur la structure de ces organes, sans entrer dans des spécialités sur chaque famille, qui ne peuvent être de notre sujet en ce moment.

Quant aux organes fécondateurs, il existe encore plus de doute à leur égard que sur aucun point de la structure des Plantes cryptogames; quelques auteurs, comme nous l'avons dit, ont entièrement rejeté leur existence; d'autres ont voulu en trouver dans toutes les Cryptogames, et les ont pour ainsi dire créés, lorsqu'ils n'ont pas pu les découvrir. Une seule famille de Cryptogames nous en paraît évidemment pourvue, ce sont les Marsiléacées; leur organisation annonçait l'existence de ces organes, et des expériences directes ont prouvé leur présence dans le Salvinia. V. MARSILEACÉES et SALVINIE. Dans les Characées, les Equisétacées, les Mousses et les Hépatiques, leur existence est encore très-douteuse, quoique les observations d'Hedwig et de quelques autres auteurs puissent faire présumer leur existence. Ou n'a rien observé dans les autres familles, qui puisse représenter des organes mâles, et la fécondation, si elle existe dans ces Plantes, est un mystère qui probablement ne pourra pas de long-temps être dévoilé. Les Conjugées de Vaucher (Zygnema d'Agardh) présentent seules des phénomènes qui paraissent indiquer une sorte de fécondation. V. ARTHRODIÉES.

Nous discuterons, en traitant chaque famille, la probabilité de chacune des théories qu'on a formées sur leur mode de reproduction sexuelle.

Les organes de la végétation varient encore plus dans leur forme et leur structure; ils manquent comple-

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tement dans un grand nombre d'Urédinées qui ne sont formées que par une réunion de sporidies libres. Dans d'autres ils ne forment qu'une petite base filamenteuse qui supporte ces sporidies; dans les familles formées aux dépens des Conferves de Linné, les Arthrodiées, les Chaodinées, les Confervées, les Céramiaires, dans plusieurs Ulvacces, dans les Mucédinées, ils se présentent sous la forme de filamens tubuleux, continus ou articulés, simples ou rameux, qui supportent ou renferment les organes reproducteurs; dans les Ulvacées et dans plusieurs Champignons, ce ne sont que des membranes diversement repliées. Dans d'autres Champignons, au contraire, ils présentent une réunion d'organes assez différens; on distingue un pédicule qui supporte une expansion charnue de forme variable dont la surface est couverte de thèques; dans les Lycoperdacées, ils sont formés d'un pédicule terminé par un péridium, sorte d'involucre charnu ou filamenteux qui renferme les spores. Enfin dans les Fucacées et dans les Lichens, on distingue une véritable fronde, ou d'expansion membraneuse ou foliacée, qui porte dans certains points les organes de la fructification. On arrive ainsi aux Hépatiques et aux Mousses qui, quoique dépourvues de vrais vaisseaux, présentent cependant une tige distincte et des expansions vertes tout-à-fait semblables à des feuilles; les autres familles de Cryptogames n'offrent, sous le rapport de leur végétation, prcsqu'aucune différence avec les Plantes phanérogames, et surtout avec les Monocotylédones, parmi les quelles De Candolle et R. Brown les avaient placées; elles sont, Comme elles, pourvues de vaisseaux, de feuilles et de tiges quelquefois arborescentes.

Les divers caractères réunis de la végétation et de la fructification permettent de diviser la Cryptogamie en trois classes et en vingt familles bien distinctes que nous allons simplement énumérer. Nous renverrons aux articles spéciaux de chacune de ces familles pour les caractères détaillés de chacune d'elles, et pour l'énumération des genres que nous pensons devoir y être rapportés.

Ire Classe. — Végétaux cryptogames dépourvus de vaisseaux et d'appendices foliacés; aucune trace d'organes sexuels; sporules contenues dans des capsules indéhiscentes ou se rompant irrégulièrement, dépourvues de toute espèce de tégument propre.

ARTHRODIÉES, Bory;

CHAODINÉES, BORY;

CONFERVÉES, BORY;

CÉRAMIAIRES, Bory;

ULVACÉES, Agardh;

FUCACÉES, Fucaceæ et Florideœ, Agardh; URÉDINÉES;

MUCÉDINÉES;

LYCOPERDACÉES;

CHAMPIGNONS;

HYPOXYLONS;

LICHENS.

Iie CLASSE. — Végétaux cryptogames dépourvus de vaisseaux, mais garnis de frondes ou appendices foliacés; organes sexuels douteux; sporules renfermées en grand nombre dans des capsules régulièrement dÉhiscentes, pourvues d'un tégument propre.

HÉPATIQUES;

MOUSSES.

IIIe CLASSE.—vÉgÉtaux cryptogames pourvus de vaisseaux et de frondes foliacées; organes sexuels existant d'une manière certaine dans quelques-uns d'entre eux; sporules contenues dans des capsules polyspermes et déhiscentes, ou monospermes et indéhiscentes.

EquisÉTacÉEs;

FOUGÈRES;

LYCOPODIACÉES;

MARHILÉACÉES;

CHARACÉES. V. tous ces mots.(AD.B.)

* CRYPTOGRAMMA. BOT. CRYPT. (Fougères.) R. Brown, dans l'Appendice au voyage de Franklin au Pôle arctique, décrit sous ce nom un nouveau genre de Fougères, caractérisé par ses capsules pédicellées, disposées en groupes linéaires ou ovales, le long des nervures secondaires et

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obliques des pinnules, et recouvertes par un tégument commun formé par le bord de la fronde qui se replie jusqu'au milieu de la pinnule. Le type de ce genre est le Cryplogramma acrostichoïdes, petite Fougère à frondes bipinnatifides, dont les pinnules des feuilles stériles sont ovales et crénelées; les groupes des capsules sont linéaires et finissent par couvrir toute la surface inférieure des pinnules. Cette espèce croît dans l'Amérique boréale entre le 56° et le 6o° de latitude. Le célèbre botaniste qui a fondé ce genre, pense que le Pteris crispa de Linné doit se ranger dans ce même genre, quoique cette Fougère diffère de l'espèce précédente par ses groupes de capsules presque ronds.(AD.B.)

* CRYPTOGYNIA. BOT. CRYPT. V. CERATOPTERIS.

* CRYPTOLOBE. Cryptolobus. BOT. PHAN. Le professeur Sprengel a proposé d'établir sous ce nom un genre nouveau pour le Glycyne subterranea. V. GLYCYNE. (A.R.)

CRYPTONIX. Cryptonix. OIS. (Temminck.) Genre de l'ordre des Gallinacés. Caractères: bec gros, fort, comprimé; les deux mandibules égales en longueur; la supérieure droite, un peu courbée à la pointe; narines longitudinales placées vers le milieu de chaque côté du bec et recouvertes par une membrane nue; trois doigts en avant réunis à leur base par une petite membrane; un derriere, dépourvu d'ongles et ne posant point à terre; tarse long; ailes courtes; la première rémige très-courte, les quatrième, cinquième et sixième les plus longues. Ce genre ne renferme, à proprement parler, qu'une seule espèce dont on a pendant long-temps séparé le mâle d'avec la femelle, faute de les avoir bien observés, et placé isolément chacun d'eux dans des genres différons. Du reste, le Cryptonix est encore fort peu connu, et il ne nous est même rien parvenu de certain relativement à ses mœurs et à ses habitudes.

CRYPTONIX COURONNÉ, Columba cristata, Gmel., Rouboul de Malacca, Sonnerat; Lipanix cristala, Vieill. Parties supérieures d'un vert foncé; six brins noirs et roides, s'élevant en panache sur le front; sommet de la tête blanc, garni de longues plumes d'un rouge mordoré, formant une huppe assez roide qui s'incline sur l'occiput; joues et cou noirs; tectrices alaires d'un brun plus ou moins clair, varié de roussâtre et de noir; parties inférieures d'un violet noirâtre; bec grisâtre, fauve en dessous; iris jaune; pieds fauves. Taille, dix pouces. Des îles de la Sonde. La femelle a les parties supérieures vertes, la tête d'un vert brun, le tour des yeux et les tempes rougeâtres; les rémiges et les rectrices d'un brun noirâtre; les tectrices alaires variées de brun, de rouge et de noir; les parties inférieures d'un brun noirâtre; le bec et les pieds rouges. Perdix viridis, Lath; Tetrao viridis, Gmel.

Vieillot décrit d'après Latham une deuxième espèce, sous le nom de ROUBOUL DE GUZURAT, Perdix Cambaiensis, Lath. Elle n'a que cinq pouces et demi de longueur; le bec robuste, court; le plumage d'un roux jaunâtre rayé transversalement de roux foncé. Cette espèce n'existe, diton, qu'au Muséum britannique.(DR..Z.)

* CRYPTOPÉTALE. Cyptopetalum. BOT. PHAN.Genre établi par Henri Cassini pour une petite Plante annuelle originaire dû Pérou, et qu'il nomme Cryptopetalon ciliare. Sa tige est rameuse, diffuse, garnie de deux rangées do poils opposés; ses feuilles sont sessiles, connées, linéaires, lan céolées, bordées de très-longs cils, charnues et glanduleuses à leur face inférieure; les capitules sont solitaires au sommet des ramifications de la tige, radiés et formés de fleurs jaunes. Les fleurons du disque sont réguliers, hermaphrodites et fertiles. Les demifleurons de la circonférence sont courts et femelles. L'involucre est cylindrique et formé de cinq écailles. Le réceptacle est garni de soies; les fruits

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sont hérissés et portent une aigrette squammense.

Ce genre fait partie de la famille des Synanthérées. Cassini le place dans sa section des Hélianthées auprès du genre Kleinia. (A. R.)

* CRYPTOPETRA. ÉCHIN. MERCATI DONNE CE NOM À DES OURSINS FOSSILES APPARTENANT AUX SPATANGUES DE LAMARCK, V. SPATANGUE. (B.)

CRYPTOPHAGE. Cryntophagus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, établi par Paykull d'après Herbst, et qui correspond, suivant Latreille, au genre Ips. Le nom de Cryptophagus a cependant été adopté par Schonherr (Syn. Ins., 1, 2, p. 96) qui en mentionne trente-trois espèces dont deux douteuses. V. IPS. (AUD.)

CRYPTOPHTHALME. Cryptophthalmus. CRUST. Genre de l'ordre des Décapodes, section des Salicoques, établi par Rafinesque, et ayant pour caractères: antennes antérieures de trois filets; pieds antérieurs chiliformes, ceux de la seconde paire moins gros, didactyles, formés de onze articles, les autres simples; écailles des antennes extérieures dentelées; yeux cachés sous deux prolongemens de la carapace. Ce genre, sur lequel il serait bon d'avoir de nouveaux détails, afin de fixer définitivement la place qu'il occupe, ne contient encore qu'une espèce, le CRYPTOPHTHALME ROUGE, Cryptophthalmus ruber, Raf. Il est glabre, rougeâtre; sa carapace est entière; son rostre consiste en une simple épine; les mains des pates sont déprimées et hérissées latéralement; la plus grande est à trois angles en dessous; l'extrémité de la queue est quadridentée et ciliée. Cette espèce n'a encore été trouvée que dans les mers de Sicile. (AUD.)

* CRYPTOPHYLIS. BOT. PHAN. Nom proposé par Du Petit-Thouars (Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour une Orchidée de la section des Epidendres, et de son genre Phyllorchis ou Bulbophyllum des auteurs. Cette Plante, figurée (loc. cit. t. 92 et 93) sous les noms de Bulbophyllum occultum et Phyllorchis Cryptophylis, est remarquable par les énormes bractées qui sont imbriquées sur l'épi et par les bourgeons bulbiformes qui naissent sur sa souche, et dont sortent les feuilles qui sont binées, ovales et terminées par deux lobes arrondis. Elle a de petites fleurs d'un rouge obscur, et elle croît dans les îles Maurice et de Mascareigne, (G..N.)

* CRYPTOPLAX. MOLL. Tel est le nom que Blainville (Supp. à l'Encycl. d'Edimbourg) a donné à un genre fort curieux qui a beaucoup de rapports avec les Oscabrions, et que Lamarck a nommé Oscabrelle. Comme ce nom a été généralement adopté, nous y renvoyons. V. OSCABRELLE.(D..H.)

CRYPTOPODES. Cryptopoda. CRUST. Section établie par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille des Brachyures, ordre des Décapodes, et ayant, suivant lui, pour caractères test demi-circulaire, en voûte, avec les angles postérieurs dilatés de chaque côté, et recouvrant les quatre dernières paires de pieds dans leur contraction. Cette division comprend les deux genres Migrane ou Calappe, et Æthre. V. CALAPPE.(AUD.)

* CRYPTOPS. Cryptops. INS. Genre de L'ordre des Myriapodes et de la famille des Chilopodes de Latreille (Règn. Anim. de Cuv.), établi par Leach (Mélanges de zoologie, T. III, p. 42) et qui ne diffère des Scolopendres proprement dites, que par l'oblitération des yeux, un corps plus étroit et par l'absence des dentelures au bord supérieur de la seconde lèvre. Leach ne cite que deux espèces de Cryptops: il nomme la première hortensis, et en donne une figure; la seconde est dédiée à Savigny, sous le nom de Savignii. L'une et l'autre ont été trouvées en Angleterre dans des jardins. (AUD.)

* CRYPTORHYNQUE. Cryptorhyn-

TOME V. 11

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chus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, famille des Rhinchophores de Latreille (Règn. Anim. de Cuv.), et qui est réuni maintenant aux Rhynchænes dont il ne différait que sous le rapport du nombre d'articles aux antennes. Il avait pour caractères: antennes de onze articles insérées près du milieu de la trompe; massue plus ou moins ovale, et formée brusquement de trois articles; trompe appliquée contre la poitrine. Le Rhynchœnus Pericarpius, Fabr., en était le type. V. RHYNCHÆNE. (AUD.)

CRYPTOSPERME. Cryptospermum. BOT. PHAN. Persoon, dans son Synopsis Plantarum (1, pag. 122), établit sous ce nom un genre distinct pòur l'Opercularia paleata, décrit et figuré par Thomas Young, dans le troisième volume des Actes de la Société Linnéenne de Londres. V. OPERCU LAIRE. (A. R.)

* CRYPTOSPORIUM. BOT. CRYPT. (Urédinées.) Ce petit genre, décrit par Kunze (Myc. hefte. I, p. J), se rapproche beaucoup des genres Fusidium et Fusarium de Link; mais il diffère de l'un et de l'autre, en ce qu'il se développe sous l'épiderme des Plantes qu'il ne déchire même pas et qu'il est dépourvu de toute base distincte. Kunze le caractérise ainsi: sporidies fusiformes, réunies en groupes sous l'épiderme qu'elles ne déchirent pas. La seule espèce qu'il ait décrite porte le nom de C. atrum; elle croît sur les feuilles et les tiges de Graminées.(AD. B.)

* CRYPTOSTEMME. Cryptostemma. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, tribu des Arctotidées, établi par Robert Brown dans la seconde édition du Jardin de Kew pour les Arctolis calendulacea et Arctotis hypochondriaca, qui diffèrent du genre Arctotis par leur réceptacle creusé d'alvéoles, leur aigrette paléacée, cachée par les poils lanugineux qui couvrent le fruit. L'involucre est formé d'écailles imbriquées; les fleurons du centre sont réguliers et hermaphrodites; les demi-fleurons sont neutres et beaucoup plus grands. Ces deux espèces croissent en Afrique.(A.R.)

* CRYPTOSTOME. Cryptostoma. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, établi par Dejean (Catalog, des Coléopt., p. 34) aux dépens des Taupins. Ce nouveau genre, encore inédit et dont nous ignorons les caractères, ne renferme qu'une seule espèce, l'Elater spinicornis de Fabricius; elle est originaire de Cayenne. (AUD.)

* CRYPTOSTOME. Cryptostoma. MOLL. Ce genre, que Blainville a établi pour des Animaux mollusques d'une forme très-singulière, et qui ont les rapports les plus évidens avec les Sigarets, doit venir se ranger près d'eux dans les méthodes de classification. C'est dans le Dictionnaire des Sciences naturelles que nous avons pris connaissance des observations qui concernent ce nouveau genre; et c'est à l'article MOLLUSQUE de l'Encyclopédie d'Edimbourg qu'il a été décrit pour la première fois. Il est caractérisé par un Animal linguiforme aplati, un peu plus convexe postérieurement qu'antérieurement, ayant la bouche cachée sous le rebord antérieur du manteau, et se reconnaît surtout par la grandeur du pied qui est énorme proportionnellement au reste du corps dont il a quatre à cinq fois les dimensions; les yeux sont placés à la base et à la partie externe des tentacules. A la partie postérieure et la plus élevée de l'Animal, on remarque une coquille qui est intérieure, et qui, comme dans les Sîgarets, est destinée à protéger les organes de la respiration. Blainville, aux articles cites ci-dessus, donne sur la structure de l'Animal des détails très-étendus auxquels nous renvoyons, n'ayant pas eu nous-mêmes occasion de voir les Animaux dont il s'agit. Il nous suffira d'ajouter que la coquille ressemble tellement à celle des Sigarets, que l'on serait porté à la placer avec eux si on ne connaissait pas l'Animal qui les porte. Il n'y a encore que deux

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espèces de Cryptostomes de connues; ce sont les suivantes:

CRYPTOSTOME DE LEACH, Cryp-tostoma Leachi, Blainv. (Encycl. d'Edimbourg et Dict, des Sciences natur.) Cette espèce est ovale, oblongue, plus allongée que la suivante; les tentacules sont petits, plus coniques, plus étroits et plus distans; les appendices de leur base sont aussi plus petits; la partie antérieure du corps plus longue que la postérieure.

CRYPTOSTOME RACCOURCI, Cryptostoma breviculum, Blainv. (loc. cit.) Celui-ci est large, plus arrondi; la partie antérieure presque égale à la postérieure; les tentacules sont grands, larges et déprimés; les appendices de leur base y sont proportionnés, et conséquentment plus grands que dans la première espèce; quoique la coquille du Cryptostome raccourci ne soitpointconnue, Blainville pense qu'elle doit présenter des différences au moins dans le volume.(D..H.)

* CRYPTOSTOME. Cryptostomum. BOT. PHAN. Schreber appelle ainsi et sans fondement le genre Moaiabea d'Aublet. V. MONTABÉE.(A. R.)

CRYPTOSTYLE ou CRYPTOSTYLIDE. Cryptostylis. BOT. PHAN. Famille des Orchidées et Gynandrie Diandrie, L. Ce genre, que Labillardière a confondu avec le Malaxis, en est très-distinct, selon R. Brown qui l'a constitué (Prodrom. Flor.Nov.-Hol., p. 317) et 1ui a assigné les caractères suivans: périanthe à cinq folioles linéaires et étalées; labelle postérieur entier, sessile, large, recouvrant une colonne (gynoslème, Rich.) très-courte, dont la base est concave; anthère parallèle au stigmate stipitée de chaque côté de la colonne. Trois espèces, que R. Brown a nommées Cryptostylis longifoLia, C. ovata et C. erecta, habitent la NouvelleHollande. La première a été décrite et figurée par Labillardière (Nov.-Holl., 2, p. 62, t. 212) sous le nom de Malaxis subulata. Les bulbes de ces Orchidées sont fosciculées; leurs feuilles radicales sont planes, pétiolées et en petit nombre; leurs fleurs, terminales au sommet d'une hampe vaginale, sont disposées en épi, inodores et d'une couleur sale et roussâtre. (G..N.)

CRYPTURUS. OIS. V. TINAMOU.

CRYSOMITERES. OIS. Syn. grec de Chardonneret. V. GROS-BEC. (B.)

* CRYSOPHTHALME. BOT. CRYPT. Espèce du genre Borrera. V. ce mot. (B)

* CRYSTALINE. BOT. PHAN. Syn. de Glaciale, espèce du genre Mésembryanthème. (B.)

CRYSTANE. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Syn. de Chélidoine. V. ce mot. (B.)

CRYTALION. BOT. PHAN. (Diosco-ride.) Syn. de Plantago Psylium. (B.)

CRYTOPS. INS. Pour Cryptops. V. ce mot. (AUD.)

CTEISION. Cteisium. BOT. CRYPT. (Fougères.) Le genre nommé ainsi par Michaux est le même que le Lygodium de Swartz. V. LYGODIE.(A.R.)

CTÉNE. Ctenus, ARACHN. Genre de l'ordre des Pulmonaires, famille des Fileuses, section des Citigrades, établi par Walckenaer (Tableau des Arancïdes, p. 18, pl. 3, fig. 22), et ayant pour caractères: huit veux inégaux entre eux, occupant le devant et les côtés du corselet, placés sur trois lignes transverses s'allongeant de plus en plus, et disposés de manière à former an groupe de quatre au centre, et de deux de chaque côté et en avant; lèvre carrée, plus haute que large, rétrcie à sa base; mâchoires d moites, écartées, plus hautes que larges, coupées obliquement et légèremeut échancrées à leur côté interne; pates allongées, étendues latéralement; cuisses renflées; la première paire plus longue que la seconde, et la seconde plus que la troisième. Ce genre parait très-naturel; mais il a besoin d'une révision, les caractères que Walckenaer lui assigne ayant été pris sur une seule espèce exotique envoyée de Cayenne à la Société d'Hist. Nat. de Paris; mais qui man-

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quait de la quatrième paire de pates et de l'abdomen. Une seconde espèce des environs de Paris, figurée par Oudinot dans un dessin inédit, parait aussi, à cause de la disposition de ses yeux, appartenir au genre Ctène; enfin on y rapporterait une troisième espèce représentée dans Albin (pl. 34, fig. 167). (AUD.)

* CTENION. Ctenium. BOT. PHAN. Panzer A décrit, sous le nom de Ctenium Carolinianum, le Chloris monostachya de Michaux, qui forme le genre Campulosus de Desvaux. V. CHLORIDE et CAMPULOSE. (A.R.)

* CTÉNITE. MOLL. Les anciens oryetographes désignaient ainsi les Coquilles fossiles du genre Peigne. ce mot. (D..H.)

CTÉNODE. Ctenodes, INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramôres, fondé par Olivier (Hist. Nat. des Coléopt. T. VI, n. 95 bis, p. 779) qui lui assigne pour caractères: antennes pectinées, plus longues que le corselet; lèvre supérieure coriace, légèrement échancree; mandibules cornées, comprimées, arquées, intérieurement ciliées; mâchoires cornées, bifides; division extérieure plus grande, velue à l'extrémité, l'intérieure aiguë, ciliée; lèvre inférieure grande, bifide, à divisions distantes, arrondies; quatre palpes courts, filiformes, les antérieurs quadriarticulés avec le premier article très-court, les suivans coniques, le dernier ovale oblong; les palpes postérieurs triarticulés avec le premier article très-court; le second conique, le dernier ovale oblong. Olivier avait placé ce nouveau genre qui tire son nom de la forme de ses antennes en peigne, à côté des Hispes; mais Latreille pense qu'il appartient à la famille des Longicornes, et qu'il fait le passage des Priones aux Capricornes ou aux Lamies. Olivier en décrit et représente (loc. cit.) une seule espèce.

Le CTÉNODE A DIX TACHES, Cten. decemmaculata. Il est originaire de l'Amérique méridionale. Latreille a reçu de Mac Leay une autre espèce trouvée au Brésil, et qui parait voisine de la précédente. (AUD.)

* CTÉNOIDE. MOLL. Sous ce nom Klein (Ostracod. p. 134) avait séparé des Peignes de Linné une cou pe naturelle qui répond assez bien au genre Lime de Bruguière. adopté par Lamarck et presque tous les conchyliologues. V. LIME. (D..H.)

CTÉNOPHORE. Ctenophora. INS Genre de l'ordre des Diptères, établi par Meigen aux dépens des Tipule de Linné et rangé par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille de: Némocères, tribu des Tipulaires. Ses caractères sont: point d'yeux lisses; palpes allongés, courbés, de cinq articles, dont le dernier noueux ou paraissant divisé en plusieurs petits articles; ailes réticulées, écartées; antennes filiformes, en peigne dans les mâles, en scie dan: les femelles. Ce genre, que Latreille (loc. cit.) réunit aux Tipules proprement dites, peut en être distingue sous plusieurs rapports. Il se compose d'especes très-grandes et dont le corps est bariolé de jaune et de noir. Les larves de ces Insectes se trouvent dans le terreau des Arbres pourris; elles ont le corps formé de douze anneaux, allongé, cylindrique, arme à sa partie antérieure d'une tête écailleuse comme les Chenilles; elles diffèrent beaucoup de celles-ci par la position des stigmates, dont les plus apparens sont au nombre de deux et se trouvent situés sur l'anneau terminal. Leur circonférence est hérissée de petits tentacules; les nymphes sont nues, immobiles, et présentent sur le corselet deux appendices qui sont des organes respiratoires correspondant à ceux qu'on observe sur le thorax des larves de Cousins; le bord des anneaux de l'abdomen est garni de petites épines. Les espèces propres à ce genre sont peu nombreuses, mais assez bien connues. Parmi celles qu'on trouve en France, nous citerons:

CTÉNOPHORE PECTlNICORNE, Ctenoph. pectinicomis, Meig. Elle a été représentée par Schæffer (Icon.

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Insect., tab. 106, fig. 5 et 6) et décrite par Degéer (Mem. Ins. T. Iv, p. 4oo et pi. 25, fig. 3). Latreille y rapporte, ou au moins regarde comme en étant très-voisine la Tipule variée de brun, de jaune et de noir, de Geoffroy (Hist, des Ins. T. 11, pl. 19, fig. 1). Ellen'est pas rare aux environs de Paris.

CTÉMPHORE BLONDINE, Cten. flaveolata, Meig. (Dipt., part. 1, tab. 4, fig. 18, in-4°), représentée par Réauinur (Mem. Ins. T.v, tab. 1, fig. 14–16).

CTÉNOPHORE NOIRCIE, Ctenoph. atrata, Meig., ou la Tipula ichneumonea de Degéer (loc. cit., pl. 19, fig. 10). V., pour les autres espèces, Meigen (Descript. syst. des Dipt. d'Europe, in-8°). (AUD.)

* CTÉNOSTOME. Ctenostoma. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, établi par Klug [Nova Acta Acad. Cœs. Leop.-Carol, natur. Curios. T. x, pars 2) et adopté par Latreille, qui le place dans la section des Cicindelètes et lui assigne pour caractères: troisième article des (deµx tarses antérieurs des mâles dilaté près de son origine, en devant et obliquement, en manière de lobe ovoïde, ou formant un demi-cœur. Les Cténostomes ont le corps étroit et allougé, avec le corselet en forme de nœud globuleux, et l'abdomen ovoïde, allongé, rétréci en devant; les antennes sont setacées, longues et menues; les six palpes sont très-saillans, les quatre extérieurs fort allongés, avec le dernier article un peu plus gros, presque ovoïde; les labiaux un peu plus longs que les maxillaires externes, avec les deux premiers articles fort courts; l'onglet des mâchoires est nul ou très-petit, et se confond avec ta cils internes; il n'existe point d'ailes. Les Cténostomes different des Tricondyles et des Colliures par le Pénultième article de leurs palpes labiaux qui est long et presque cylindrique; ils se rapprochent sous ce rapport des Thérates dont ils s'éloignent cependant par la présence d'u-ue dent au milieu du bord supérieur du menton dans sou échancrure, et par des palpes maxillaires internes très-distincts des deux articles, recouvrant comme de coutume l'extrémité supérieure des mâchoires. Ces divers caractères appartiennent également aux genres Mauticore, Mégacé-phale et Cicindèle; mais les Cténosto. mes en sont suffisamment distingués par la forme particulière de leurs tarses et quelques autres signes qui ont été indiqués. Fischer (Genera Ins. Syst. exposita, p. 98) a établi, sous le nom de Caris, un genre qui paraît correspondre au genre Ctenostoma de Klug. Les parties sur lesquelles Fischer base ses caractères sont représentées au trait; en les comparant à celles figurées par Klug, on aperçoit des différences telles qu'il est permis de douter que l'espèce de Fischer soit identique avec celle décrite par Klug. Quoi qu'il en soit, les caractères que celui-ci assigne à son nouveau genre sont très-développés et paraissent avoir été observés avec scrupule. On les trouvera consignés en entier dans un journal français (Annales des Sc. nat. T. 1, 1824). Klug décrit une seule espèce, la Ctenostoma Formicarum ou le Collyris formicaria, Fabr. (Syst. Eleuth. T. I, p. 226, n° 3). Fischer assigne à cette espèce le nom de Caris trinotata, et au-dessus de la figure qu'il en donne (loc. cit., tab. 1), il change le nom spécifique, soit avec intention, soit par oubli, en celui de fasciata. La treille et Dejeau (Hist. nat. des Coléopt., 1re livr., p. 35, tab. 2, fig. 1) représentent le mâle de cette espèce sous le nom de Ctenostoma formicaria. Cette espèce est originaire de Para au Brésil; on l'a trouvée à Rio-Jaueiro. (AUD.)

* CUA OU KUA. BOT. PHAN. Syn. malabare de Zédoaire, Amomum Zedoaria, L. (B.)

* CUBA ET CUBÆA. BOT. PHAN. Le genre Tachigalea d'Aublet a été nommé à tort Cuba et Cubœa par Scopoli et Schreber. Le nom d'Aublet doit être conservé. V. TACHIGALI.(A.R.)

CUBÆA. BOT. PHAN. V. CUBA

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* CUBALOS. OIS. (Stibbs.) Petit Oiseau du pays de Gambie, rapporté au Loxia Melanocephala, L. V. GROS-BEC. (B.)

CUBÈBE. Cubeba. BOT. PHAN. On appelle ainsi les fruits d;une espèce de Poivrier (Piper Cubeba) originaire de l'Inde, et qu'on connaît dans les pharmacies sous les noms de Poivre à queue, Piper caudatum. Ces fruits sont globuleux, pisiformes, à surface brunâtre et ridée; leur saveur est âcre, aromatique et poivrée. Pendant long-temps on en a fait peu usage en médecine; mais depuis un petit nombre d'années ils ont été mis fort en vogue par les médecins anglais, dans le traitement des blennorr hagies urétrales récentes et inflammatoires. Administrée à la dose d'un gros et demi, dose que l'on répète trois fois dans la journée, la poudre de Cubèbe fait cesser immédiatement tous les accidens qui accompagnent cette maladie.

Analysés par le célèbre Vauquelin, les fruits de Cubèbe ont donné pour résultats: 1° une huile volatile presque concrète; 2° une résine presque semblable à celle du baume de Copahu; 3° une petite quantité d'une autre résine colorée; 4° une matière gommeuse colorée; 5° un principe extractif analogue à celui que l'on trouve dans les Plantes légumineuses; 6° quelques substances salines, (A. R.)

CUBÉE. BOT. PHAN. V. CUBA.

CUBICITE. MIN. Nom donné par Werner à l'Analcime ou à la Zèolithe cubique, à cause de la forme de ses cristaux. V. ANAXCLME. (G. DEL.)

CUBLA. OIS. Espèce du genre Pie-Grièclie, Lanius Cubla, Lath., Levail., Ois. d'Afrique, pl. 73. V. PIE-GRIÈCHE. (DR..Z.)

CUBOSPERME. Cubospermum. BOT. PHAN. Le genre décrit sous ce nom par Loureiro (Flore de la Cochinchine), est une espèce de Jussiœa, V. JUSSIÉE. (A.R.)

* CUBRICUNCHA. POIS. (Lachênaye-Desbois.) Syn., dans l'Inde, de Pleuronectes Argus (B.)

CUCAMELÉ. BOT. CRYPT. Même chose que Coulemelle. V. ce mot. (B.)

CUC-CHAOC. BOT. PHAN. Syn. cochinchinois d'Arum Dracuntium. V. GOUET (B.)

* CUCHARILLAS. BOT. PHAN. C'est-à-dire Petites cuillers. Nom vulgaire, chez les habitans de Loxa et a'Ayavaca au Pérou, de l'Oreocallis grandiflora, R. Br., ou Embothrium grandiflorum de Lamck., Humb. et Bonpland, Arbrisseau de la famille des Protéacées. (G..N.)

CUCI. BOT. PHAN. (Pline.) Syn. de Doum. Cucifera et Cuciophora désignent le même Arbre dans quelques auteurs anciens, V. CUCIFÉRE, La racine de ces mots est arabe. (B.)

CUCIFÈRE. Cucifera. BOT. PHAN. On trouve dans Théophraste la description détaillée d'un Palmier d'Egypte, qu'il nomme Cucifera. Ce Palmier est connu des Arabes sous le nom de Doum. Gaertner l'a placé dans le genre Hyphœne, sous le nom d'Hyphœne crinita. Mais cet Arbre n'avait encore été que fort imparfaitement observé, lorsque Delile a donné une description trèsdétaillée de ses fleurs et de ses fruits dans le grand ouvrage d'Egypte (Botanique, pl. 1, 2). Il lui a conservé le nom de Cucifera, le premier qu'il a porté et sous lequel on en trouve làdescription dans Théophraste.

Le DOUM, Cucifera thebaïca (Delile, loc. cit.), ct oît dans les plaines sablonneuses auprès des antiques monumens de Philæ, de Thèbes et de Denderah. Son tronc, qui s'élève à une hauteur de vingt-cinq à trente pieds, offre à sa base, qui est simple, une circonféience de trois pieds environ. Sa surface est marquée d'anneaux superposés, mais faiblement marqués. Peu au-dessus du sol, il se partage en deux branches à peu près égales, qui chacune se bifurquent en deux autres rameaux souvent divisés de nouveau. Les rameaux sont couronnés de fais-

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ceaux de feuilles palmées, longues de six à sept pieds, portées sur des pétioles de trois à quatre pieds de longueur, demi-cylindriques, creusés en gouttière, engainant à leur base et garnis d'épines sur leurs bords; la lame de la feuille est plissée en éventail, et les folioles qui la composent sont soudées dans la moitié inférieure de leur hauteur. Les fleurs sont dioïques, disposées en grappes rameuses renfermées dans des spathes qui naissent à l'aisselle des feuilles. Les fleura mâles ont un calice à six divisions, dont trois extérieures étroites sont redressées contre un pédicelle qui porte les trois intérieures plus larges et étalées. Les étamines sont au nombre de six. Le calice des fleurs femelles est plus grand que celui des fleurs mâles, et ses six divisions sont presque égales. L'ovaire est libre, placé au centre du calice, à trois lobes et à trois loges dont une seule est généralement fertile, tandis que les deux autres avortent. Le fruit est une drupe sèche, tantôt simple, quelquefois bilobée ou même à trois lobes trèsmarqués. Son écorce est fine, d'un brun clair, recouvrant un tissu fibreux, abreuvé d'un suc pulpeux, douceâtre et un peu aromatique: intérieurement ce tissu fibreux recouvre un noyau osseux qui contient une amande de forme conique, ou irrégulièrement ovoïde. Il se compose d'un endosperme corné, creux à son centre, renfermant un petit embryon placé dans une cavité creusée vers le sommet. Ces fruits ne sont d'aucun usage. Le bois du Doum est plus dur que celui du Dattier. On s en sert pour former des planches et des solives. Le Palmier-Doum a de l'affinité avec le genre Chamœrops, dit Delile, dont les feuilles ont presque la même forme; mais l'embryon placé au côté de la graine dans le Chamærops, et au sommet dans le Doum, établit entre ces deux genres une distinction importante et facile à saisir. (A. R.)

CUC-TANGO. BOT. PHAN. Syn. cochinchinois du Buphlhalmum ocraceum de Loureiro. (B.)

CUCUBALE. Cucubalus, BOT. PHAN. Vulgairement Carnillet. Ce genre, de la famille des Caryophyllées et de la Décaudrie Trigynie, L., était autrefois composé d'un grand nombre d'espèces qui, n'étant unies entre elles que par des caractères absolument semblables à ceux du genre Silène, ont été rapportées à ce dernier. Comparons, en effet, les Cucubales de Linné avec ses Silènes, et nous n'y trouverons ni diversité d'organisation dans les organes floraux (car est-ce un caractère bien important que la gorge de la corolle nue ou munie d'écailles peu apparentes?), ni changement bien notable dans le facies. Gaertner (de Fruct., 1, p. 376, t. 77) a le premier restreint le genre Cucubale au seul Cucubalus bacciferus, L., et son opinion a été adoptée par Smith et De Candolle. Voici les caractères assignés à ce genre: calice campanulé, nu et à cinq dents; cinq pétales onguiculés, à limbe bifide; fruit uniloculaire, charnu, et par conséquent indéhiscent. Cette consistance au fruit, si extraordinaire dans les Caryophyllées, est la seule différence qui sépare ce genre des Silènes. Elle n'a pas paru suffisante à Roth (Fl. Germ., 1, p. 192) pour en autoriser la distinction. D'un autre côté, Gmelin (Act. Petrop., 1759, vol. 14, p. 225, t. 17) avait déjà pressenti la distinction de cette Plante comme genre particulier, et lui avait donné le nom de Lychnanthos, qui n'a pas été conservé à cause de son impropriété, et parce que celui de Cucubalus restait sans emploi. Il est remarquable qu'aucune nouvelle espèce n'ait été ajoutée à celle qui fait le type du genre quand tous les jours nous voyons les genres voisins se grossir prodigieusement. Dans l'énumération la plus complète et la plus récente que nous possédions (D. C., Prodrom. System, univ., 1, p. 367) on ne compte toujours que le Cucubale porte-baie, Cucubalus bacciferus, Plante herbacée que l'on trouve çà et là dans les haies de l'Europe, dont les feuilles sont ovales, les calices cam-

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panulés, les pétales écartés. et les rameaux divanqués. Müller l'a figurée (Icones, t. 112). (G..N.)

* GUCUFA OU CUCUPHA. OIS. Syn. arabe d'Upupà Epops. V. HUPPE. (B.)

CUCUJE. Cucujus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, établi par Fabricius, et rangé par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille des Platysomes. Ses caractères sont: corps oblong, de la même largeur partout, allongé et dépruné; tête triangulaire ou en cœur; yeux arrondis; antennes de la même grosseur, plus courtes que le corps, composées de onze articles presque en forme de toupie; labre extérieur avancé entre les mandibules, arrondi; mandibules fortes, saillantes, dentelées; mâchoires et languette bifides; palpes courts, presque filiformes; corselet presque carré ou en forme de cône tronqué et ordinairement sillonné; pieds courts avec les cuisses presque en massue; articles des tarses entiers. Les Cucujes s'éloignent des Parandres par l'avancement du labre entre les mandibules, la languette bifide, le corps aplati et par des tarses beaucoup plus courts; ils se distinguent des Ulcïotes et des Brontes par la petitesse des antennes qui ont la forme de chapelet. Ces Insectes, dont on ne connaît qu'un petit nombre d'espèces, vivent dans les Végétaux desséchés ou sous les écorces des Arbres morts. Parmi les espèces curopéenues, nous remarquerons:

Le CUCUJE DÉPRIMÉ, Cuc. depressus, Fabr., figuré par Olivier (Ins., Culéopt. T. IV, n° 74 bis pl. 1, fig. 2). On le trouve en Allemagne et en Suède où il est très-rare.

Le CUCUJE BIMACULÉ, Cuc. bimaculatus, Oliv. (loc. cit., pl. 1, fig. 4), ou le Cucujus monilis de Fabricius, se trouve en Allemagne et aux environs de Paris.

Dejean (Catal. des Coléopt., p. 103) mentionne onze espèces, dont une est originairc de Saint-Domingue et l'autre de Cayenne. (AUD.)

CUCUJIPES. Cucujipes. INS. Famille de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, fondée par Latreille (Considér. génér., p. 152), et ayant, suivant lui, pour caractères distinctifs: corps oblong et très-aplati; tête non globuleuse; palpes filiformes ou plus gros au bout; antennes de la même grosseur (toujours de onze articles). Cette famille comprenait les genres Parandre, Cucuje et Uleïote; elle correspond (Règn. Anim. de Cuv.) à celle des Platysomes. V. ce mot. (AUD.)

CUCUJUS. INS. Nom vulgaire sous lequel Nuremberg, MarcgraafF et Herrera ont désigné des Coléoptères phosphorescens de l'Amérique méridionale, et qui paraissent être des Taupins. Geoffroy (Hist. des Ins.) s'est servi du mot Cucujus pour l'appliquer au genre Buprestis de Linné; mais cette dénomination n'a pas prévalu, et le nom de Cucujus, en français Cucuje, a été employé par Fabricius pour désigner un genre très-différent. V. CUCUJE. (AUD.)

* CUCULINES. INS. V. APIAIRES.

CUCULLAIRE. Cucullaria. BOT. PHAN. Schreber, qui s'est très-légèrement arrogé le droit de changer les noms des genres fondés par Aublet, appelle ainsi le Vochysia de cet auteur. V. VOCHY. Ce nom a aussi été donné spécifiquement par divers botanistes au Valantia cruciata ainsi qu'à une Fumeterre dont Rafinesque a fait son genre Cucullaria, autrefois établi par B. Jussieu (Act. Paris., 1743). (A.R.)

CUCULLAN. Cucullanus. INTEST. Genre de l'ordre des Nématoïdes établi par Millier, dont les caractères sont: corps cylindrique, élastique, atténué en arrière; bouche orbiculaire; capuchon strié; organe génital mâle double. Il renfermè un petitnombre de Vers qui se rencontrent dans le canal intestinal de quelques Poissons. Les Cucullans sont tres-petits; ils se reconnaissent facilement à une espèce d'ampoule striée qui commence

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l'intestin, el que Müller a comparée à un capuchon, parce qu'ils sont très-atténués en arrière. Il n'est pas aussi facile de bien distinguer les espèces entre elles; plusieurs nous paraissent avoir des rapports tels, qu'on sera probablement forcé de les réunir. La pean des Cucullans est striée traniversalement comme celle des Ascarides. Sa ténuité ne permet pas d'en dislinguer l'organisation. La tête est arrondie, souvent distincte du corps par une dépression large, peu profonde; la bouche est grande, circulaire, quelquefois garnie de papilles; le corps, d'abord égal ou plus gros que la tête, s'atténue vers son extrémité postérieure que l'on nomme la queue; elle est droite dans la femelle, presque toujours infléchie dans le mâle, et assez souvent garnie sur les côtés de prolongemens membraneux que l'on nomme ailes. L'intérieur de la tête est muni d'une sorte d'ampoule ou de capuchon qui se continue avec la bouche en avant, et qui, en arrière, donne naissance à l'intestin. Ce capuchon est globuleux ou ovalaire et coloré; les stries longitudinales qui le parcourent sont de la même couleur, mais plus foncées, et tranchent agréablement sur le fond de cet organe singulier. Il est augmenté en arrière par un prolongement transversal uni se partageant sur les côtés en deux appendices assez longs, dirigés en arrière. On les a regardés comme des crochets. Rudolphi pense avec plus de vraisemblance que ce pourraient être des vaisseaux. Le ca puchon est susceptible de se contracter; Rudolphi l'a vu resserré au point de ressembler à une tache au centre de la tête. C'est sans doute au moyen de ce capuchon que les Cucullans se fixent avec tant de force aux villosités des intestins; ils s'en servent comme d'une ventouse. En naissant de ce capuchon, l'intestin est très-étroit et libre dans un espace égal à peu près à deux fois la longueur de la tête, et dans lequel il exécute des mouvemens très-marqués; il est bientôt environné par les organes génitaux; il grossit un peu, fait quelques flexuosités, et se termine à l'anus voisin du bout de la queue. L'intestin est pres que toujours de couleur de sang. Dans le mâle les vaisseaux spermatiques entourent l'intestin; les verges au nombre de deux sortent près du bout de la queue (du côté de sa concavité) d'un petit tubercule en forme de gaîne. On ne peut quelquefois distinguer qu'une verge; dans quelques espèces, elles sont aplaties; les ovaires des femelles très-longs et trèsgrands entourent l'intestin. La petitesse des Cucullans ne permet pas d'avoir des notions précises sur la structure de leurs organes génitaux internes. L'analogie porte à croire qu'ils sont disposés comme la plupart ne ceux des autres Nématoïdes, c'està-dire que les ovaires sont doubles et le conduit séminifère unique. Dans les espèces vivipares, les ovaires (pendant la vie de l'Animal) éprouvent un mouvement d'oscillation très-remarquable, et l'on peut voir même les petits s'agiter dans leurs enveloppes. La vulve est placée en arrière du milieu du corps. Elle ressemble à un tubercule bilobé, très-saillant dans les femelles fécondées, peu apparent dans celles qui n'ont ni petits ni œufs dans leurs ovaires. Quelques espèces sont ovipares et d'autres vivipares. Les petits Cucullans sont transparens; leur capuchon n'est point visible; ils ont la queue très-aiguë, et tiennent fortement par cette partie aux membranes de l'œuf. Les œufs sont grands et marqués d'une tache obscure.

Le genre Cucullan est, jusqu'à présent, composé de dix-sept espèces. Les huit dernières sont douteuses; en voici la nomenclature d'après Rudolphi: le Cucullan élégant, hab. les intestins de l'Anguille, du Turbot, etc.— Cue. tronqué, hab. l'intestin du Silure. —Cuc. ailé, l'intestin du Turbot. —Cuc. globuleux, l'intestin de la Truite saumonée. —Cuc. TêteNoire, l'intest. du petit Maquereau et de la Bonite. —Cuc. favéolé, l'intest. des Gades, du Mole, du Congre.—

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Cuc. accourci, l'intest, du Perea cirivsa. —Cuc. Nain, l'intestin du Moineau de mer, du Picaud. —Cuc. Hétérochrome, l'intest. du Picaud. — Cuc. de la Tortue orbiculaire. —Cuc, de la Vipère commune. —Cuc. de l'Esturgeon. —Cuc. de la Plie. — Cue. de la Sole. —Cuc de la Perche de Norwège. —Cuc. de la Mendole. —Cue. de la Tanche. (LAM..X.)

* CUCULLANGIS. BOT. PHAN. Dans la nouvelle nomenclature de Du Petit-Thouars (Hist, des Orchidées des fies australes d'Afrique), c'est le nom proposé pour l'Angrœcum cucullatum, Orchidée de la section des Epidendres et caractérisée par sa fleur ouverte, ayant un labelle en capuchon. Cette Plante, que Du PetitThouars place dans son groupe des Angorchis, croît sur les troncs d'Arbres aux îles de France et de Mascareigne. Ses feuilles sont rapprochées, rubanées et bilobées, et ses fleurs ont une couleur blanchâtre. Elle est figurée dans l'ouvrage de Du PetitThouars ci-dessus mentionné, t. 48.(G..N.)

CUCULLARIA. BOT. CRYPT. (Champignons.) Nom donné par Fries à une section du genre Leontia. V. ce mot. (AD. B.)

* CUCULLATA. BOT. PHAN. (Daléchamp.) Syn. de Pinguicula vulgaris, V. PlNGUICULE. (B.)

CUCULLE. INS. Dénomination française que Geoffroy (Hist, des Ins. T. I, p. 356) appliquait à un genre de Coléoptères qu'il avait créé sous le nom de Notoxus. Les entomologistes l'ont traduit par celui de Notoxe. V. ce mot. (AUD.)

CUCULLÉE. Cucullœa. MOLL. Les Cucullées, les Pétoncles et les Nucules ont été séparées du genre Arche de Linné, dans lequel on les avait long-temps rangées. Cette utile réforme que nous devons à Lamarck (Anim. sans vert., première édit., pag. 116) ne permettra phis de confusion dans des objets qui, quoique présentant des rapports, ont pourtant entre eux des différences assez grandes; il faut dire cependant que les Cucullées sont parmi ces genres celles qui présentent le moins de caractères tranchés. Eu effet, elles ne diffèrent des Arches que par des dents latérales transverses en plus ou moins grand nombre sur les angles antérieurs et postérieurs de la charnière. Du reste, la disposition des crochets et du ligament, ainsi que la forme générale, tendraient à les confondre dans ce dernier genre. Plusieurs conchyliologues, et nous sommes de ce nombre, admettent le genre Cucullée avec cette restriction qu'il est nécessaire de connaître l'Animal, ou du moins d'avoir sur lui quelques notions qui puissent faire connaître quelques différences organiques entre lui et celui des Arches que Poli a si bien décrit et figuré. Voici au reste les caractères qu'on peut lui donner, n'en connaissant que les coquilles: coquille équivalve, inéquilatérale, trapéiiforme, ventrue, à crochets écartés, séparés par la facette du ligament; impression musculaire antérieure formant une saillie à bord anguleux ou auriculé; charnière linéaire, droite, munie de petites dents transverses, et ayant à ses extrémités deux à cinq côtes qui lui sont parallèles; ligament tout-à-fait extérieur.

Les Coquilles qui appartiennent à ce genre sont généralement très-renflées, grosses et épaisses, surtout dans les espèces fossiles; le côté antérieur est séparé du reste par une sorte d'angle obtus qui coupe la Coquille, ce qui rend le corselet fort large; les impressions musculaires qui, dans la plupart des autres Conchifères. sont enfoncées, ici présentent des élévations, des saillies plus ou moins considérables, surtout pour l'impression antérieure qui prend quelquefois la forme d'une languette auriculiforme. Ce genre se compose d'un très-petit nombre d'espèces; une seule vivante ou à l'état frais, quelques autres fossiles, généralement dans des terrains anciens. Ménard de la Groye nous a dit en avoir trouvé des moules et des impressions dans un calcaire

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colitique des environs da Mans. Basterot en a trouvé également, mais aussi peu reconnaissables que les premières, à Sauces, près Rethel, dans le sable vert. Celles des environs de Paris paraissent même devoir appartenir aux plus anciens dépôts qui se sont formés sur la Craie, comme quelques observations qui nous sont propres tendraient à nous le faire penser.

CUCULLÉE AURICULIFÈRE, Cucullœa auriculifera, Lamk. (Anim. sans vert. T. vi, part. 1re, p. 34, n° 1). Ce fut d'abord dans la première édition des Animaux sans vertèbres que Lamarck, pour cette espèce et la suivante, proposa le genre Cucullée auquel elles servirent de type. Linné (pag. 3311) la nomma Area cucullata, ainsi que Chemnitz (Conch. 7, tab. 53, fig. 526 et 527). Bruguière (Diet encyd. n° 11) lui donna le nom d'Arca concamera. Elle est très-bien figurée dans l'Encycl. (pl. 304, fig. 1. A, B, c). Elle se distingue facilement comme espèce par les attaches musculaires, par les stries fines qui se croisent sur sa surface, par sa couleur fauve cannelle en dehors, et violâtre en dedans, surtout vers le côté antérieur, ainsi que par sa charnière qui ne présente qu'une ou deux côtes transverses. Cette Coquille, nommée vulgairement le Coqueluchon, vient de la mer des Indes où elle est fort rare. Elle acquiert quelquefois jusqu'à trois pouces huit lignes de largeur.

CUCULLÉE CRASSATINE, Cucullœa Crassatina, Lamk. (loc. cit. et Ann. du Mus. T. VI, pag. 338), figurée dans Knorr (pag. 11, t. 25, fig. 12). Celle-ci présente quelquefois plus de longueur que la précédente et atteint jusqu'à quatre pouces de large; elle se distingue en outre par les impressions musculaires qui, quoique saillantes à l'intérieur, ne présentent point un appendice auriforme; les côtés de la charnière plus larges sont munis de quatre à cinq côtes transverses. Ce qui est surtout remarquable dans cette espèce, c'est que, par la disposition des stries, on pourrait en faire deux; car l'une des valves a les stries transverses très-fortes, tandis que sur l'autre ce sont les longitudinales qui sont le mieux marquées. Il faut avoir eu souvent occasion de les voir encore réunies par le sable qu'elles renferment, pour s'en faire une plus juste idée. On la trouve fossile aux environs de Beauvais, à Bracheux et à Abbecourt, où elle est très-commune, mais aussi très-friable. (D..H.)

* CUCULLIFORME. BOT. PHAN. C'est-à-dire roulé en cornet. Tels sont les pétales de diverses Plantes, ceux de l'A quilegia vulgaris, par exemple.(B.)

CUCULUS. OIS. V. COUCOU.

* CUCUMIS. MOLL. Klein (Ostracod. p. 78) sépara sous cette dénomination générique, des Volutes do Linné, des Coquilles qui appartiennent presque toutes au genre Marginelle de Lamarck. V. ce mot. (D..H.)

CUCUMIS. BOT. PHAN. V. CONCOMBRE.

* CUCUP-GUACU. POIS. Syn. bré silien de Bodianus guttatus, espèce du genre Bodian. (B.)

CUCURBITA. BOT. PHAN. V. COURGE.

CUCURBITACÉES. Cucurbitaceœ. BOT. PHAN. Famille naturelle de Plantes dont les Courges, les Melons et les Concombres nous offrent des modèles, et que l'illustre Jussieu avait placée dans sa quinzième classe, c'est-à-dire parmi les Plantes Diclines. En effet, toutes les Cucurbitacées ont des fleurs unisexuées. généralement monoïques. La classe des Diclines ayant été justement supprimée, la famille des Cucurbitacées vient prendre rang parmi les familles polypétales à ovaire infère. Nous allons exposer les caractères propres à distinguer ce groupe intéressant.

Les Cucurbitacées sont toutes des Plantes herbacées, en général annuelles, très-rarement vivaces. Leur racine est grêle dans les espèces annuelles, fréquemment épaisse, char-

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nue et tubériforme dans celles qui sont vivaces. Les tiges sont ou étalées sur le sol, ou volubiles au moyen des vrilles nombreuses qu'elles présentent. Ces tiges sont tantôt cylindriques, tantôt anguleuses, fréquemment creuses intérieurement. Leur surface externe, ainsi que celle de toutes les autres parties herbacées de ces Végétaux, est souvent hérissée de poils très-rudes. Les feuilles sont alternes, pétiolées, plus ou moins profondément lobées. Les vrilles naissent un peu sur la partie latérale des pétioles. Elles sont simples ou rameuses. Les fleurs sont presque constamment unisexuées et monoïques; très-rarement elles sont hermaphrodites. Elles offrent un calice et une corolle; le premier est tubuleux à sa base et adhérent avec l'ovaire infère, dans les fleurs femelles ou hermaphrodites; cette partie inférieure et tubuleuse manque dans les fleurs mâles. En général les deux enveloppes florales sont tellement soudées et confondues entre elles par leur partie inférieure, qu'un grand nombre d'auteurs les considèrent comme un périanthe simple. Nous examinerons cette opinion après avoir fini de tracer le caractère général des Cucurbitacées. Le limbe du calice est à cinq divisions plus ou moins profondes et qui, fréquemment, paraissent naître de la face externe de la corolle. Celleci est formée de cinq pétales, rarement distincts les uns des autres, le plus souvent soudés entre eux, de manière à constituer une corolle monopétale, à cinq lobes plus ou moins profonds. Dans les fleurs mâles, l'ovaire et le tube du calice qui adhèrent avec lui manquent totalement. Les étamines sont au nombre de cinq; leurs filets sont réunis et soudés, tantôt en une colonne simple et centrale, ou en trois faisceaux inégaux, dont deux sont formés chacun de deux filets réunis, le troisième étant simple, c'est-à-dire qu'elles sont monadelphes ou polyadelphes. Les anthères ont une organisation extrêmement singulière et la même dans tous les genres de la famille, à l'exception du Gronovia. Elles sont linéaires, à une seule loge s'ouvrant par toute la longueur d'un sillon longitudinal. Chaque anthère, placée au sommet d'un des filamens qui s'élargit vers sa partie supérieure, est recourbée trois fois sur elle-même, de manière à représenter irrégulièrement une S placée horizontalement et dont les branches seraient très-rapprochées les unes des autres; et comme dans le plus grand nombre des genres, les étamines sont disposées en trois faisceaux ainsi que nous l'avons expliqué précédemment, les anthères sont également réunies, savoir: quatre deux à deux, la cinquième restant simple. Le centre de la fleur est occupé par un disque ou bourrelet concave et glanduleux qui semble être le vestige de l'organe sexuel femelle avorté. Dans les fleurs femelles, on trouve sur le sommet de l'ovaire un rebord circulaire, saillant et glanduleux qui forme un véritable disque épigyne. Le style est ordinairement simple, épais et charnu, quelquefois un peu trilobé à son sommet qui se termine par trois stigmates épais, glanduleux, souvent bilobés. La structure de l'ovaire est encore aujourd'hui un sujet de contestation parmi les botanistes. Nous reviendrons sur ce point lorsque nous aurons fini l'énumération des caractères généraux de cette famille. Il est toujours à une seule loge; dans deux genres seulement il ne contient qu'un seul ovule attaché immédiatement au sommet (Sicyos et Gronovia). Dans tous les autres genres de la famille, il renferme un nombre plus ou moins considérable d'ovules attachés horizontalement à trois trophospermes pariétaux très-épais, triangulaires, contigus les uns aux autres par leurs côtés et remplissant totalement la cavité de l'ovaire. Le fruit varie beaucoup dans sa grosseur, sa forme, et même ses caractères intérieurs. En général, il est charnu intérieurement, et reste en cet état jusqu'à parfaite maturité; d'autres fois il se des-

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sèche après avoir été manifestement charnu. La partie externe du péricarpe est assez souvent épaisse, dure et presque ligneuse. Coupé en travers, le fruit des Cucurbitacées présente, dans le plus grand nombre de cas, une cavité irrégulière aux parois de laquelle sont attachées les graines, au milieu d'un tissu cellulaire et filamenteux très-épais. Dans la Bryone, où le fruit est très-petit en comparaison des graines, dont le nombre varie de trois à six, on n'aperçoit pas cette cavité; tout l'intérieur du péricarpe paraît en quelque sorte rempli par les graines. Dans l'espèce de Cour ge connue sous le nom de Pastèque ou Melon d'eau (Cucurbita Citrullus, L.), l'intérieur du fruit, au lieu d'offrir une cavité interne, est plein et charnu, et les graines sont placées chacune dans autant de petites cavités, dans le voisinage des parois du péricarpe. Ce fruit reste constamment indéhiscent. Cependant dans le genre Ecballium de Richard, les graines à l'époque de leur maturité ne restent pas dans le péricarpe. Au moment où, par une cause quelconque, on détache le fruit du pédoncule qui le supportait, celles-ci sont lancées avec force et rapidité, par l'ouverture qui se forme à sa base.

Les graines, ainsi que nous venons de le voir, sont placées au milieu d'un tissu cellulaire filamenteux, quelquefois abreuvé d'une très-grande quantité de sucs aqueux. Elles sont en général ovoïdes et très-comprimées, entiéres ou échancrées à leur sommet, planes sur leurs bords ou relevées d'un petit bourrelet saillant. Chaque graine est entièrement recouverte par ce tissu, et y adhère par tous les points de sa surface externe. Son tégument propre est assez épais, coriace, fréquemment composé de deux feuillets superposés. L'embryon, dépourvu d'endosperme, a la même direction que la graine, c'est-à-dire que sa radicule qui est courte et conique, est tournée vers le hile. Ses deux cotylédons sont assez épais et charnus. La gemmule est extrêmement petite et à peine développée.

Tels sont les caractères généraux que présentent les genres qui constituent la famille des Cucurbitacées. Quelques points de leur organisation nous paraissent.dignes d'être brièvement discutés, étant encore l'objet d'opinions diverses entre les botanistes.

1°. Du périanthe. Nous avons dit que les Cucurbitacées étaient pourvues d'un périanthe double, c'est-à-dire d'un calice et d'une corolle. Cependant un grand nombre d'auteurs les considèrent comme monopérianthées. Cette opinion nous paraît peu exacte. Ces Plantes ont réellement un calice et une corolle, mais ces deux organes sont confluens et soudés par leur base. Cependant cette soudure n'est jamais telle qu'on ne puisse facilement les distinguer l'un de l'autre, et les lobes qui constituent le limbe du calice sont distincts de l'enveloppe florale intérieure qui forme la corolle. Il est d'ailleurs un genre de cette famille qui en présente l'organisation réduite à son état de simplicité, et qui établit en quelque sorte le passage entre les Cucurbitacées et les autres familles naturelles qui l'avoisinent; nous voulons parler du Gronovia. Dans ce genre, le calice et la corolle sont complètement distincts l'un de l'autre. Le premier, adhérent par son tube avec l'ovaire infère, offre un limbe campanulé à cinq divisions grandes et aiguës. La corolle se compose de cinq pétales très-petits, allongés, spathulés, alternes avec les lobes du calice, et insérés, ainsi que les étamines, à la base des incisions calicinales. Les étamines sont libres et distinctes, et non soudées entre elles comme dans les autres genres de Cucurbitacées On trouve également au fond de la fleur, sur le sommet de l'ovaire, un disque concave, environnant la base du style, etc. Il résulte de-là, nonseulement que le périanthe est double, mais encore que la corolle est composée de cinq pétales, mais encore que

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dans le plus grand nombre des cas, la même cause qui tend à souder ensemble la corolle et lé calice, réunit également les cinq pétales entre eux. Cette structure de la corolle est également confirmée par l'anatomie et par l'étude des rapports qui existent entre les Cucurbitacées et les autres familles qui sont polypétales.

2°. De l'ovaire. L'ovaire est constamment uniloculaire dans les Cucurbitacées et offre trois trophospermes pariétaux, très-épais et triangulaires, qui sont contigus entre eux par leurs deux bords libres; ces bords libres se recourbent à leur base, c'està-dire du côté externe ou pariétal, rentrent en quelque sorte dans l'intérieur des trophospermes, et c'est à la convexité de la saillie qu'ils forment que sont attachés les ovules. Entre les faces latérales par lesquelles ces trois corps triangulaires sont contigus, il s épanche une substance aqueuse et légèrement charnue, qui, sur la coupe transversale d'un ovaire, se montre sous l'apparence de trois lignes divergentes, bifurquées à leur extrémité externe, et portant les graines en cet endroit. Cet ovaire est donc réellement uniloculaire, à trois trophospermes longitudinaux attachés à sa paroi interne. Cependant les anciens botanistes ont décrit l'ovaire des Cucurbitacées comme à trois ou même à un plus grand nombre de loges, prenant pour des cloisons les trois lignes que nous venons de décrire et dont nous avons fait connaître le mode de formation. Auguste Saint-Hilaire considère autrement ces trois ligues. Pour lui, ce sont trois branches ou trois lames d'un trophosperme axillaire, pendant du sommet de la cavité unique de l'ovaire à la manière d'un lustre et portant les graines à chacune des deux branches de leur extrémité externe. Mais cette ingénieuse opinion ne nous paraît pas plus fondée que celle qui attribue plusieurs loges aux Cucurbitacées. Dans l'une et dans l'autre on a méconnu la véritable nature des trois lignes qu'on aperçoit sur la coupe transversale de l'ovaire, et qu'on a prises tantôt pour des cloisons, tantôt pour des trophospermes, tandis que dans la réalité elles résultent du rapprochement des bords latéraux des trophospermes, le plus souvent soudés par l'intermède d'une substance charnue d'abord fluide.

Le nombre des genres composant cette famille est peu considérable. On peut les diviser en deux sections suivant que le fruit contient une seule ou plusieurs graines.

Ire SECTION.— Fruits monospermes:

Sicyos, L.; Gronovia, L., Sechium.

IIe SECTION.— Fruits polyspermes:

Solena, Loureiro; Bryonia, L.; Elaterium, Jacq.; Muricia, Loureiro; Melothria, L.; Anguria, Plum.; Momordica, L.; Ecballium, Rich.; Luffa, Cavan.; Cucumis, L.; Cucurbita, L., auquel il faut joindre le Pepo de Richard; Trichosanthes, L.; Ceratosanthes, Burm.; Myrianthus, Beauvois.

Plusieurs autres genres avaient d'abord été rapportés aux Cucurbitacées; mais ils en ont été successivement retirés pour former des ordres naturels distincts. Ainsi les Passiflora, Tacsonia, etc., constituent la nouvelle famille des PASSIFLORÉES, dans laquelle doit entrer le genre Carica ou, Papayer. Les genres Fevillea et Zanonia forment un petit groupe qu'Auguste Saint-Hilaire a nommé NANDHIROBÉES et qui établit en quelque sorte la transition entre la famille des Passiflorées et celle des Myrtacées.

L'illustre auteur du Genera Plantarum, Jussieu, avait placé, ainsi que Bous l'avons dit précédemment, les Cucurbitacées dans sa quinzième et dernière classe, c'est-à-dire celle des Diclines. Mais les observations des botanistes modernes ont prouvé que cette classe, composée d'élemens hétérogènes, devait être supprimée, et que les familles qui y avaient été réunies

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devaient rentrer dans les autres classes de la méthode. Les Cucurbitacées se rapprochent d'un grand nombre d'autres familles par quelques points de leur organisation; mais elles n'ont avec aucune des rapports tellement marqués que l'on puisse bien rigoureusement déterminer leur place clans la série naturelle. Ainsi elles ont par la forme de leur périanthe, par leur ovaire infère, quelque analogie avec les Campanulacées. Mais, ainsi que l'a fort bien établi Auguste Saint-Hilaire, c'est parmi les familles de Plantes à corolles poly pétales qu'il faut chercher les rapports de ce groupe. Or, parmi ces familles, les Onagraires sont sans contredit celles qui offrent le plus d'affinités avec les Cucurbitacées. Par le genre Gronovia et par plusieurs autres, la famille qui nous occupe a quelque analogie avec les Ribesiées; dans l'une et dans l'autre l'ovaiie est infère, uniloculaire, et les trophospermes pariétaux. Quant aux Passiflorées, il est facile de sentir les points de contact qu'elles présentent avec la famille des Courges dont elles diffèrent par leur ovaire libre et pédicelié, la forme de leurs enveloppes florales, leurs graines arillées et munies d'un endosperme.(A. R.)

* CUCURBITAINS. INTEST. Vieux syn. de Tœnia. V. ce mot. (LAM..X.)

* CUCURBITES. ÉCHIN. Mercati a donné ce nom au Clypeaster altus, Lamk. La figure qu'il a fait graver, p. 233 de son ouvrage, se rapproche du Clypeaster marginatus du professeur du Jardin du Roi. (LAM., X.)

CUCURI. POIS. L'un des syn. vulgaires du Pantouflier. V. SQUALE. (B.)

CUCURUCU. REPT. OPH. Selon Marcgraaff et Pison, c'est un grand Serpent très-venimeux du Brésil, dont la chair est cependant bonne à manger.

On ne sait à quel genre rapporter le Cucurucu. (B.)

* CUDO OU CURUTAPALA. BOT. (Rhéede.) Nom malabare d'une espèce du genre Amsonie. V. ce mot. (B.)

* CUDOR. OIS. (Levaill, Ois. d'Afr., pl. 107, f. 2.) Syn. de Turdus aurigaster, Vieill., espèce du genre Merle. V. ce mot. (B.)

CUDRANG. Cudranus. BOT. PHAN. C'est ainsi qu'on nomme, au rapport de Rumph, dans les îles Moluques, deux petits Arbres épineux, dont les feuilles sont semblables à celles du Citronnier, et dont les fruits, de la grosseur d'une Fraise, offrent six loges contenant une ou plusieurs graines allongées et aiguës. Ces Végétaux, dont on ne connaît pas la fleur, paraissent avoir des rapports avec les Limonia. V. LIMONIE. (A. R.)

CUDU-PARITI. BOT. PHAN. (Rhéede.) Syn. malabare de Gossypium arboreum. V. COTONNIER. (B.)

CUEILLER. OIS. (Belon.) Syn. de Platalea leucoradia, L. V. SPATULE. (B.)

CUELLARIE. Cuellaria. BOT. PHAN. Ce genre, fondé par Ruiz et Pavon, doit être réuni, selon C. Kunth, au Clethra. Le Clethra fagifolia, une des deux espèces qu'a publiées ce savant botaniste (Nova Genera et Species Pl. arquin. T. III, p. 289), est en effet sisemblableau Cuellariaobovata de la Flore du Pérou, qu'il est difficile de ne pas admettre la fusion des deux genres, V. CLÉTHRE. (G..N.)

CUENTAS. BOT. PHAN. On trouve quelquefois sous ce nom, dans le commerce, des graines rondes comme des pois, dures et noires, qui servent à faire des chapelets dont les grains sont appelés Cuentas, c'est - à - dire comptes, en espagnol. Ces graines sont celles du Balisier, Canna indica. On mêle quelquefois avec elles les graines du Coix, pour distinguer les pater des ave. (B.)

CU-EO. BOT. PHAN. Ce nom désigne à la Cochinchine diverses espèces du genre Commeline. Le Cu-Eo-Rai est le Commelina tuberosa, dont on mange les tubercules; le Cu-Eo-Chun, le C.medica de Loureiro, dont les racines sont employées comme médicament. (B.)

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CUEPI. BOT. PHAN. (Gmelin.) Pour Couepi. V. ce mot.

CUETLACHTLI. MAM. (Hernandez.) Syn. de Loup du Mexique. V. CHIEN. (B.)

CUGUACU-APARA ET CUGUA-CU-ETE. (Marcgraaff.) Syn. de Cerf au Mexique. (B.)

CUGUACUARANA. MAM. (Marcgraaff.) Syn. de Couguar. V. CHIEN.(B.)

* CUICHUNCHULLI. BOT. PHAN. (Joseph de Jussieu.) Nom de pays de l'Ionidium parviflorum, Vent. (B.)

CUILLER ET CUILLER-A-POT. MOLL. Nom vulgaire de quelques espèces du genre Cérithe. Les marchands nomment grande Cuiller-à-Pot le Cerithium palustre de Lamarck et de Bruguière, et petite Cuiller-à-Pot le Cerithium sulcatum des mêmes auteurs.(D..H.)

CUILLER D'ÉBÈNE. MOLL. Nom marchand d'une Coquille fort rare et des plus précieuses du genre Cérithe, que Bruguière et Lamarck ont nommée Cerithium ebenicum. (D..H.)

* CUILLER D'IVOIRE. MOLL. Tel est le nom vulgaire d'une grande espèce de Pholade, Pholas Dactylus de Linné. V. PHOLADE. (D..H.)

CUILLER DES ARBRES. BOT. CRYPT. (Champignons.) Paulet (2, p. 110, t. 22, f. 1, 2, 3) décrit et figure sous ce nom plusieurs espèces d'Agaric, presque sessiles et dont le chapeau a la forme d'une cuiller. Ces Champignons, qui croissent sur le Chêne et l'Hippocastane, paraissent se rapporter à l'Agaricus dimidiatus de Schæffer. (A.R.)

* CUILLERON. INS. On a désigné sous ce nom une portion de L'aile existant généralement chez les Diptères et qu'on retrouve aussi dans certains Coléoptères. V. AILERONS. (AUD.)

CUIR. MAM. V. DERME.

* CUIR DES ARBRES. BOT. CRYPT. (Champignons.) Nom vulgaire du Racodium Xylostroma de Persoon, Champignon filamenteux formant une sorte de feutre blanchâtre ou de pellicule analogue à une peau mince ou à du cuir. Il porte encore les noms de Peau de gant et d'Amadou blanc. V. RACODIE. (A.R.)

CUIR DE MONTAGNE ET CUIR FOSSILE. MIN. L'un des synonymes vulgaires d'Asbeste. V. ce mot. (B.)

CUIRANIS. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Espèce d'Hellébore selon Adanson. (B.)

CUIRASSÉ. POIS. Syn. d'Armé, espèce de Cotte du sous-genre Aspidophore; Silure, du sous - genre Cataphracte; et Centrisque. V. ce mot, SILURE et COTTE. (B.)

* CUIRASSÉE. REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre décrite par Pallas sous le nom de Coluber scutatus.(B.)

CUIRASSIER. POIS. V. LORICAIRE.

CUIRIRI OU SUIRIRI. OIS. L'un des noms de pays du Bentavéo. V. ce mot. (B.)

CUISSE. ZOOL. On a désigné sous ce nom la partie du corps d'un grand nombre d'Animaux, ordinairement très-développée, qui s'articule d'une part avec la hanche et de l'autre avec la jambe. Le nom de Cuisse n'a pas toujours une acception aussi précise chez les Insectes, et les auteurs varient beaucoup sur l'application qu'ils en font dans la classe des Crustacés et dans celle des Arachnides. Nous relèverons ces discordances dans notre Anatomie comparée des Animaux articulés dont la partie du système solide est fort avancée. (AUD.)

CUISSE. MOLL. Nom marchand des espèces du genre Perne. V. ce mot.(B.)

CUISSE-MADAME. BOT. PHAN. Une variété de Poire. (B.)

* CUISSE DE NYMPHE. BOT. PHAN. Une variété de Rose. (B.)

CUIT. OIS. Espèce du genre Rollier, L. V. ROLLIER. (DR..Z.)

CUIVRE. Cuprum. MIN. Kupfer, Wern. Genre composé de quatorze

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espèces minérales, dans lesquelles le Métal existe ou libre ou combiné avec l'Oxigène, le Soufre, le Sélénium et les Acides. Ces espèces ont un caractère commun, qui consiste en ce que le corps qui leur appartiennent, étant amenés par le grillage ou par l'action des Acides à un certain état d'Oxidation, communiquent tous à l'Ammoniaque une teinte d'azur très-sensible. Nous allons les décrire successivement, en commençant par celle qui offre le Métal sans combinaison.

CUIVRE NATIF, Gediegen Kupfer, Werner. Substance métallique, trèsductile, d'une couleur rouge jaunâtre, pesant spécifiquement 8, 584; d'une dureté inférieure à celle de l'Acier, mais plus grande que celle de l'Or et de l'Argent; ayant un éclat supérieur à celui de l'Etaiu et du Plomb. C'est le plus sonore de tous les Métaux. Il développe par le frottement une odeur stiptique et nauséabonde; tous les Acides le dissolvent: il est attaqué par l'humidité de l'air, qui le couvre d'une rouille verte, appelée communément Vert-de-Gris. Ses formes cristallines appartiennent au système régulier: ce sont le cube, l'octaèdre, le cubo-octaèdre, le cubododécaèdre, etc. Les variétés de formes indéterminables le présentent à l'état de ramifications qui s'étendent dans différens sens, ou qui forment des espèces de réseaux engagés entre les feuillets des pierres. On le rencontre aussi en lames, en filamens ou en grains, et en concrétions mamelonnées ou botryoïdes. — Le Cuivre natif accompagne ordinairement les autres mines du même Métal, dans les terrains d'ancienne formation. Il fait partie des filons, ou se répand sous forme de veines dans la roebe environnante. Le pays où il abonde le plus, savoir la Sibérie, le présente engagé dans des Micaschistes, des Gneiss, etc.; et sa gangue immédiate est souvent un calcaire lamellaire. Les substances minérales qui lui sont ordinairement associées sont le Fer oxidé, le Quartz, la Chaux carbonatée, da Chaux fluatée et la Baryte sulfatée. On le trouve avec la Préhnite dans la roche amygdalaire d'oberstein, et avec la Mésotype dans les Wackes de Féroë. Il est enveloppé de matières argileuses à Dognatzka, à Saint-Bel et à Chessy, aux environs de Lyon. On a cité des masses de Cuivre natif, remarquables par leur volume: telle est celle qui a été trouvée à peu de distance de Bahia, au Brésil; elle pesait, dit-on, 2616 livres.

Le Cuivre est un Métal qui, par ses propriétés, est d'une grande utilité dans les arts. Il fournit la matière d'un grand nombre d'ustensiles de cuisine, que l'on étame intérieurement pour prévenir les funestes effets de l'oxidation. On l'emploie à la confection des pièces d'artillerie et au doublage des vaisseaux; au moyen de la gravure, il sert à multiplier les copies des chefsd'œuvre de la peinture; par son alliage avec l'Etain, il donne le Bronze ou l'Airain, dont on fait des mortiers, des statues, et autres monumens destinés à passer à la postérité. Les surfaces de ces ouvrages se couvrent, à la longue, d'un enduit verdâtre qu'on nomme Patine, et qui protège le Métal intérieur contre les injures du temps. On allie le Cuivre à l'Or et à l'Argent dans les monnaies et les pièces d'orfévrerie. L'union du Zinc avec le Cuivre diminue beaucoup la tendance de ce dernier Métal à se convertir en vert-de-gris. Cet alliage porte le nom de Cuivre-Jaune ou de Laiton, lorsqu'on l'obtient par la cémentation duCuivre avec la Calamine: mais si l'on unit directement les deux Métaux par la fusion, l'alliage est appelé Similar, Tombac, ou Or de Manheim. Dans les arts, on donne le nom de Cuivre de rosette au Cuivre rouge fondu. Le Laiton a moins de ductilité que le Cuivre de rosette; mais on le fond plus aisément dans des moules, et il se prête mieux à l'action de la lime et du poli. Tout le monde sait que le Laiton fournit la matière des pièces d'horlogerie, des machines de physique, des instrumens destinés aux opérations astronomiques et géodésiques.

TOME V. 12

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CUIVRE SULFURÉ ou CUIVRE VITREUX, Kupferglas, W. Combinaison d'un atome de Cuivre avec un atome de Soufre. En poids, il est formé, sur 100 parties, de 79, 73 de Cuivre, et 20, 27 de Soufre. Sa texture est ordinairement compacte; et lorsqu'il est cristallisé, ses joints naturels ne se reconnaissent que par un chatoyement à une vive lumière. Sa forme primitive est un prisme hexaèdre régulier, dans lequel le rapport entre la perpendiculaire menéedu centre de la base sur un des côtés, et la hauteur, est à peu près eelui de 1 à 2. Sa pesanteur spécifique est de 5, 3; il est tendre, cassant, s'égrène sous le marteau, et ne se prête point à la division mécanique. La couleur de la masse est un gris sombre ou bleuâtre, tirant sur l'éclat métallique du Fer. Celle de la poussière est noirâtre; au chalumeau, il se fond en bouillonnant et donne un bouton métallique. Traité avec le Borax, il le colore en vert bleuâtre; il est souveut mélangé d'une certaine.quantité de Fer, qui rend le bouton attirable à l'Aünant. — Toutes ses variétés de formes présentent le prisme hexaèdre plus ou moins modifié sur les arêtes de la base; un décroissement par une rangée sur ces mêmes bords, donne la variété dodécaèdre, lorsqu'il atteint, sa limite. Les faces de cette variété, combinées avec les bases de la forme primitive, constituent la trapézienne. Si l'on ajoute les pans du prisme hexaèdre, on obtient l'uni-annulaire; en remplaçant les facettes obliques de cette dernière, par d'autres faces plus inclinées, résultant d'un décroissement par trois rangées, on aura la variété dite ternoannulaire. Ces deux ordres de faces, pris ensemble, produiront l'uniternaire. Enfin, les bords longitudinaux peuvent être remplacés, et les arêtes horizontales modifiées par trois décroissemens successifs d'une, deux et trois rangées; on a dans ce cas la variété doublante, la plus composée de celles qui ont étédécrites par Haüy. —Les variétés indéterminables sont: le Cuivre sulfuré laminiforme, le compacte et le pseudomorphique spiciforme, qui porte le nom vulgaire d'Argent en épis, et que l'on trouve en petites masses ovales et aplaties, dont la surface présente des espèces d'écailles imbriquées comme celles des cônes de Pin. Aussi quelques naturalistes ont-ils attribué l'origine de cette variété à ces productions végétales; d'autres, au contraire, ont pensé qu'elle pouvait provenir des épis d'une espèce de Graminée. Le Cuivre sulfuré ordinaire est quelquefois accompagné de masses pyriteuses, à texture compacte, présentant, dans leur cassure, des teintes assez vives de violet, de bleu et de verdâtre. Haüy donne à cette variété, qui paraît être le résultat d'une décomposition, le nom de Cuivre sulfuré hépatique. — Le Cuivre sulfuré est un des Minerais les plus riches en Métal; il en contient quatre-vingts parties sur cent. Il forme en divers pays des filons très-puissans qui traversent les terrains primitifs, tels que ceux de Gneiss et de Micaschiste. Dans le comté de Cornouailles, il est associé au Cuivre oxidulé et au Cuivre pyriteux; et ses filons accompagnent ceux d'Etain. En Sibérie, ou il abonde le plus, on ne le rencontre qu'avec la Malachite soyeuse, au milieu de matières argileuses pénétrées d'Oxide rouge de Cuivre. La variété spiciforme a été trouvée dans un filon à Frankenberg, en Hesse, où elle a aussi pour gangue une Argile. — Le Sulfure de Cuivre se présente fréquemment daus la nature à l'état de mélange ou de combinaison chimique avec d'autres Sulfures, et quelquefois avec un Arséniure ou un Antimoniure. Parmi ces composés, il en est quelques-uns qui pourront former par la suite de nouvelles espèces, et qui sont déjà considérés comme tels par plusieurs minéralogistes. Nous ne ferons que les indiquer ici.

CUIVRE SULFURÉ ARGENTIFÈRE, Silber-Kupferglanz, Hausmann et Stromeyer, Annales de Phys. de Gilbert, Leipsick, 1816; Argent et Cuivre sulfarés, de Bournon, Catalogue min.,

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p. 212, Paris, 1817. Des mines dc Culivan en Sibérie.

CUIVRE SULFURÉ PLUMBO-BISMUTHI. FÈRE, Nadelerz, W.; Bismuth sulfuré plombo-cuprifère, Haüy. V. BISMUTH. CUIVRE SULFURÉ MÈLÉ DE SULFURES D'ANTIMOINE ET DE PLOMB. V. BourNONITE et ANTIMOINE SULFURÉ.

CUIVRE PYRITEUX, Kupferkies, W. Sulfure de Cuivre et de Fer au minimum, Berzélius; Pyrite cuivreuse, double Sulfure jaune de Cuivre et de Fer, Bournon. Minéral d'un jaune de laiton foncé, tirant quelquefois sur la couleur de l'Or allié au Cuivre; non malléable, cédant aisément à l'action de la lime. Pes. spécif., 4, 315. Fusible au chalumeau en un globule noir qui par un feu prolongé finit par offrir le brillant métallique du Cuivre. Les minéralogistes ne sont point d'accord sur la distinction à établir entre cette espèce et la suivante qui est le Cuivre gris. Berzelius et Haüy regardent comme probable, d'après le rapport des analyses et des formes des deux substances, que le Cuivre gris n'est autre chose qu'un Cuivre pyriteux mélangé d'un Arséniure ou d'un Ântimoniure. Si cette opinion est fondée, ces substances doivent avoir le même système de cristallisation, savoir celui du tétraèdre régulier, qui appartient sans aucun doute au Cuivre gris. Haüy a effectivement admis cette forme comme primitive à l'égard des cristaux de Cuivre pyriteux, soit parce que leur forme dominante est en général un octaèdre qui paraît se rapprocher beaucoup du régulier, soit parce que de véritables cristaux de Cuivre gris se présentent fréquemment sous le masque dc la Pyrite cuivreuse, à cause de la tendance qu'a cette Pyrite à s'incorporer avec eux et à se mouler sur leur surface. Mais Mohs, ayant mesuré les angles des cristaux octaèdres de Cuivre pyriteux, a trouvé qu'ils différaient sensiblement de ceux de l'octaèdre régulier, et ne pouvaient appartenir qu'a un octaèdre à base carrée qu'il adopte pour forme fondamentale, et dont il fait le caractère distinctif de l'espèce. L'incidence d'une face de l'une des pyramides sur la face adjacente de la seconde est, selon lui, de 108° 40′. Cet octaèdre répond à la variété décrite par Haüy sous le nom d'Epointé symétrique. Souvent il est transposé, c'est-à-dire qu'une de ses moitiés est censée avoir tourné sur l'autre d'un sixième de circonférence. Les formesdu Cuivre pyriteux paraissent souvent n'avoir été qu'ébauchées, et les sommets pyramidaux qu'elles présentent tendent encore à favoriser l'illusion d'après laquelle on rapporte ces formes au système du tétraèdre. Le Minéral se rencontre plus ordinairement à l'état de concrétions mamelonnées, ou en masses assez considérables dont la cassure est terne. Il est susceptible d'une altération à la faveur de laquelle sa surface prend un aspect irisé; et commé ses couleurs ont de l'analogie avec celles qui ornent la queue du Paon ou la gorge des Pigeons, on a donné à cette modification le nom vulgaire de Pyrite à gorge de Pigeon ou à queue de Paon. Lorsque cette altération a eu lieu à un degré plus marqué, et qu'elle a pénétré a l'intérieur de la masse, elle produit alors la variété nommée Cuivre hépatique ou panaché, dont la cassure présente différentes teintes de jaune rougeâtre, de bleu et de violet. Elle est souvent fragile et quelquefois se détache par feuillets; c'est le Bunt-Kupfererz des minéralogistes allemands. Elle offre des différences dans sa composition, lorsqu'on la compare à celle des variétés d'un jaune pur. Au reste, lorsque l'on parcourt les analyses qui ont été faites de ces dernières, on trouve des variations qui semblent indiquer que les deux Sulfures simples peuvent se combiner en différentes proportions, ce qui donnera probablement lieu à la distinction de plusieurs espèces dans le Cuivre pyriteux. Bournon en a déjà séparé les variétés d'un jaune pâle et d'un grain fin et compacte (V. Catal., p. 232). — Le Cuivre pyriteux n'est pas le plus riche des Minerais de Cuivre, mais il est le plus commun et l'un de ceux qu'on

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exploite le plus ordinairement. Il forme des amas considérables ou des filons très-multipliés dans les terrains primitifs ou intermédiaires, et principalement dans le Gneiss, le Micaschiste, le Schiste talqueux, etc. C'est dans le Micaschiste que se rencontre la variété hépatique près de Témeswar dans le Bannat, et à Roraas en Norwège. Les Minéraux auxquels le Cuivre pyriteux adhère le plus fréquemment sont le Quartz, la Chaux carbonatée, la Baryte sulfatée, le Fer spathique, etc.

CUIVRE GRIS, Fahlerz, W. Ainsi nommé à cause de sa couleur la plus ordinaire, qui est le gris métallique. Substance qui paraît formée des principes de l'espèce précédente, mélangés de quelque autre principe variable auquel on attribue sa couleur. Ses cristaux ont pour forme primitive le tétraèdre régulier. Sa cassure est raboteuse et peu éclatante. Elle est facile à briser; sa pesanteur spécifique est de 4, 86. La couleur de la poussière est noirâtre, avec une légère teinte de rouge; celle de la surface ressemble à celle de l'Acier poli; mais elle se ternit à l'air. Le Cuivre gris se réduit au feu du chalumeau en un bouton métallique qui contient du Cuivre. Relativement aux différences de composition chimique, on distingue deux variétés principales: 1° le Cuivre gris arsénifère (Kupferfahlerz, W.), couleur d'un gris d'Acier clair. Des mines de Jonas et de Jungen-Hohen Birke, près de Freyberg. V. les analyses de Klaproth, Beyt. T. II, p. 257. On peut le considérer comme un Cuivre pyriteux mêlé d'Arséniure de Cuivre à différens degrés de saturation, Berzélius, Syst. Min., p. 244. Un fragment, exposé à la simple flamme d'une bougie, répand des vapeurs sans le fondre. 2°. Le Cuivre gris antimonifère (Bleyfahlerz, W.), couleur tirant sur le noir de Fer; Cuivre pyriteux mêlé d'Antimoniure de Plomb, Berz., ibid. Un fragment, exposé à la flamme d'une bougie, répand des vapeurs et se fond en un globule métallique.

Parmi les variétés dans lesquelles le Cuivre pyriteux se mêle en proportions variables à d'autres Sulfures, on distingue la mine de couleur grise (Graugültigerz, W.), qui résulte du mélange avec le Sulfure d'Antimoine, et la mine de couleur noirâtre (Schwarzgültigerz et Schwarzerz, W.), qui contient en outre du Sulfure d'Argent. On a trouvé, à Guadalcanal en Espagne, le Cuivre gris mélangé de Platine et accompagné d'Argent rouge arsénifère (Vauquelin, Journ. de Phys., nov. 1806). — Parmi les diverses formes de Cuivre gris qui out été décrites par Haüy, nous citerons la primitive, la dodécaèdre ou cette même forme primitive dont chaque face porte une pyramide triangulaire très-obtuse, l'épointée passant à l'octaèdre régulier, la cubotétraèdre, l'encadrèe dans laquelle les faces primitives se combinent avec celles de la variété dodécaèdre, et enfin la triforme qui est composée de l'octaèdre régulier, du dodécaèdre rhomboïdal et du trapézoèdre. — Le Cuivre gris ne s'est encore offert que sous des formes cristallines ou à l'état massif et compacte. C'est de tous les Minerais de Cuivre le plus communément exploité, et celui dont l'exploitation présente le plus d'avantages, à raison de l'Argent qu'il peut contenir. Il forme des filons très-puissans dans le sol primitif, et principalement dans les terrains de Gneiss, dans les Schistes micacés et talqueux. Il en existe en France, à Sainte-Marie-aux-Mines, dans l'Alsace et à Baygorry dans les Pyrénées occidentales; dans cette dernière localité, il a pour gangue une Chaux carbonatée ferrifère. Le Cuivre pyriteux accompagne très-souvent le Cuivre gris, dont les cristaux en sont quelquefois entièrement recouverts.

CUIVRE OXIDULÉ, Cuivre vitreux et Cuivre rouge, Rothkupfererz, W. Oxide de Cuivre au minimum, renfermant sur cent parties 11, 22 d'Oxigène, d'après l'analyse de Chenevix. Formes originaires de l'octaèdre régulier. Les joints parallèles aux faces

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de l'octaèdre sont assez sensibles. La couleur de la poussière et celle de la masse vue par transparence est rouge; quelques cristaux présentent à la surface le gris métallique. Pesanteur spécifique, 5, 4. Ce Minerai est facile à pulvériser; il est soluble avec effervescence dans l'Acide nitrique. Ses formes les plus ordinaires sont l'octaèdre, le cubo-octaèdre, le dodécaèdre, le cubo-dodécaèdre, l'octaèdre émarginé et le cube. Ses cristaux sont sujets à se décomposer à la surface, qui souvent est recouverte de Malachite. — Les variétés de formes indéterminables sont: 1° le Cuivre oxidulé capillaire, Haarformiges Rothkupfererz, W., couleur d'un rouge vif jointe à un éclat soyeux; 2° le Lamellaire; 3° le Drusillaire; 4° le Massif, trouvé en Pensylvanie; 5° le Terreux, Ziegterz, W., appelé communément Cuivre tuilé; il est toujours pénétré de Fer, et ses fragmens, chauffés à la flamme d'une bougie, agissent sur l'aiguille aimantée. — Le Cuivre oxidulé n'existe point en masses considérables dans la nature, et u'est l'objet d'aucune exploitation. Il accompagne souvent le Cuivre natif et le Cuivre carbonate; les Minéraux qui lui sont ordinairement associés sont l'Oxide de Fer et le Quartz. La variété en filamens soyeux, que l'on trouve à Rheinbreitbach, pays de Nassau, a pour gangue un Quartz hyalin. Les cristaux isolés, recouverts de Malachites, viennent de Nicolewski, en Sibérie, et de la mine de Chessy, près de Lyon.

CUIVRE SÉLÉNIÉ, Séléniure de Cuivre, Berzélius. Composé d'un atome de Sélénium et d'un atome de Cuivre; ou en poids de 61, 47 de Cuivre et de 38, 53 de Sélénium; couleur analogie à celle de l'Argent natif; tendre et susceptible de poli; traité au chalumeau, il répand une forte odeur de Raves; il est disséminé dans les fissures d'une Chaux carbonatée laminaire de Skrickerum, en Smolande, sous la forme de taches noires qui prennent un poli métallique lorsqu'on les frotte avec la lime, et qui paraissent être de la Serpentine pénétrée de séléniure de Cuivre.

CUIVRE SÉLÉNIÉ ARGENTAL., HAÜY; Eukaïrite, Bevzélius. Séléniure de Cuivre et d'Argent, formé d'un atome de biséléniure d'Argent et de deux atomes de séléniure de Cuivre; couleur d'un gris de plomb; mou et se laissant entamer par le couteau; cassure grenue; soluble dans l'acide nitrique chauffé et mêlé d'eau froide, en donnant un précipité blanc; odeur de Raves par l'action du chalumeau, et réduction en grain métallique gris, non malléable; se trouve à Skrickerum, en Smolande, dans le calcaire lamellaire, avec l'espèce décrite précÉdemment.

CUIVRE HYDRATÉ. V. CUIVRE HYDRO-SILICEUX.

CUIVRE HYDRO - SILICEUX, Haüy, Kiesel-Kupfer, Leonhard; et Kiesel-Malachit Eisenschüssiges Kupfergrün, W.; Cuivre scoriacé. Minéral d'un vert bleuâtre qui se présente en globules composés de petites lames satinées ou en masses compactes, plus ou moins fragiles, à cassure imparfaitement conchoïde et résineuse. Ce serait un hydro - silicate de Cuivre, d'après l'analyse de John, qui l'a trouvé formé sur 100 parties de 49, 63 d'Oxide de Cuivre, 28, 37 Silice et 17, 3 d'Eau. Sa pesanteur spécifique est de 2, 7. Mis dans l'Acide nitrique à froid, il perd sa couleur et devient blanc et translucide. Haüy a rapporté à cette espèce des Cristaux d'un vert obscur qu'on a trouvés en Sibérie, près d'Ekaterinbourg, dans un Oxide de Fer, et auxquels il assigne pour forme primitive un prisme droit rhomboïdal de 103° 20. Mais Beudant pense que ces Cristaux appartiennent à une autre espèce dont nous allons bientôt parler. Il ne reste plus alors de caractère bien tranché entre le Cuivre hydro-siliceux et l'espèce qui va suivre. Les variétés amorphes de Cuivre hydro-siliceux viennent les unes des monts Ourals en Sibérie et les autres du Chili. Il en existe aussi en Espagne, au cap de Gate, dons le Feldspath por-

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phyrique altéré, qui renferme des Cristaux d'Amphibole.

CUIVRE DIOPTASE, vulgairement Dioptase, Achirite; Kupfersmaragd, W. Cette substance ne se rencontre dans les collections que sous la forme d'un dodécaèdre analogue à celui de la Chaux carbonatée prismée, ayant pour forme primitive un rhomboïde obtus de 123° 58′. Les joints naturels parallèles aux faces de ce rhomboïde sont très - sensibles. La couleur des Cristaux est le vert pur; ils rayent difficilement le verre; ils sont insolubles et conservent leur couleur dans l'Acide nitrique chauffé. D'après l'analyse de Lowitz, ils sont formés de 55 d'Oxide de Cuivre, 33 de Silice et 12 d'Eau. Cette analyse se rapproche de celle que nous avons donnée plus haut pour le Cuivre hydro - siliceux, qui peut-être appartient à l'espèce de la Dioptase, ainsi que l'ont pensé plusieurs minéralogistes. Les Cristaux de cette dernière substance sont extrêmement rares; ils ont été rapportés de la Bucharie par un négociant nommé Achir Mahmed, ce qui lui a fait donner le nom d'Achirite.

CUIVRE MURIATEÉ, Haüy, Atacamite; salzkupfer, W. Combinaison d'un atome de sous-muriate de Cuivre et de quatre atomes d'Eau; ou en poids, de 71, 45 d'Oxide de Cuivre, 12, 36 d'Acide muriatique et 16, 20 d'Eau, Ces proportions calculées s'accordent très - sensiblement avec les analyses que Proust et Klaproth ont faites de la variété du Chili. Ce Minéral, que l'on trouve en masses compactes ou aciculaires d'un vert d'émeraude, et sous forme arénacée (Sable vert du Pérou), a pour caractères distinctifs les propriétés suivantes: il colore en vert et en bleu la flamme sur laquelle on projette sa poussière; il est soluble sans effervescence dans l'Acide nitrique. Il ne donne point d'odeur arsénicale par l'action du feu. On observe dans le Sable cuivreux du Pérou des octaèdres cunéiformes; mais leur petitesse ne permet pas d'en mesurer les angles. Le Cuivre muriaté existe à l'état compacte au Pérou; il y est associé à l'Argent sulfuré et au Cuivre muriaté. Les masses aciculaires viennent de Rimolinos dans le Chili, où elles ont pour gangue une Argile ferrugineuse. On trouve au Vésuve des concrétions formées de Cuivre muriaté, qui s'est sublimé dans les fissures des laves.

CUIVRE CARBONATÉ. Haüy réunit sous ce nom les deux substances, l'une de couleur bleue, et l'autre de couleur verte, auxquelles Werner a appliqué les dénominations de Kup ferlasur et de Malachit. Dans son Tableau comparatif il les avait séparées en deux espèces, caractérisées chacune par sa couleur, jointe à la propriété de se dissoudre avec effervescence dans l'Acide nitrique. Il a cru pouvoir les rapprocher, dans la seconde édition de son Traité, d'après des raisons qu'il ne regardait pas luimême comme entièrement décisives, et que l'état actuel de nos connaissances est loin de confirmer, comme on le verra par la description suivante:

1. Cuivre carbonaté vert, Hydrocarbonate de Cuivre, Berzélius. Combinaison d'un atome de Carbonate simple et d'un atome d'Eau; contenant en poids 71, 8 d'Oxide de Cuivre, 20 d'Acide carbonique et 8, 2 d'Eau, conformément à l'analyse de Klaproth. Il est susceptible d'une altération qui le fait passer à l'état de Carbonate simple sans Eau. La forme primitive de ses Cristaux est, suivant de Bournon, un prisme rhomboïdal droit d'environ 103°, le même que celui qui a été considéré par Haüy comme appartenant au Cuivre hydrosiliceux. Sa pesanteur spécifique est de 3, 5; il est fusible au feu du chalumeau. Ses principales variétés sont le Cuivre carbonate vert aciculaire radié, en aiguilles terminées par des sommets à plusieurs faces; le fibreuxradié (Faseriger Malachit) en aiguilles soyeuses, disposées ordinairement sous la forme d'étoiles; le concrétionné mamelonné (Dichter Malachit) en mamelons composés de

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couches concentriques de différentes nuances de vert: c'est la variété connue plus particulièrement sous le nom de Malachite; enfin le terreux (Kupfergrün), vulgairement appelé Vert de montagne. Le Cuivre carbonaté vert est fréquemment associé au Cuivre carbonaté bleu dans les mines de Chessy, du Bannat, de Sibérie, etc. La mine de Goumechefsky, en Sibérie, est célèbre par ses Malachites. On les trouve en masses assez considérables qui présentent ordinairement des cavités comme toutes les concrétions en stalactites: on choisit celles qui n'ont pas ce défaut, et on en fait des tables, des revêtemens de cheminée, des tabatières et autres meubles d'un grand prix.

2. Cuivre carbonaté bleu, Cuivre azuré et Azurite, Kupferlasur, W. Combinaison d'un atome d'hydrate de Cuivre et de deux atomes de bicarbonate de Cuivre (Berzélius); en poids il est formé de 69, 13 d'Oxide de Cuivre, de 25, 60 d'Acide carbonique et de 5, 27 d'Eau. Klaproth a trouvé directement par l'analyse de celui de Sibérie 70 d'Oxide de Cuivre, 24 d'Acide carbonique et 6 d'Eau. Cette substance est d'un bleu d'azur passant au bleu indigo. Sa pesanteur spécifique varie de 3, 5 à 3, 7. La forme primitive de ses Cristaux est un prisme rhomboïdal oblique dans lequel deux pans font entre eux un angle de 97° 46′, et la base s'incline sur leur arête commune de 97° 7′. Haüy a décrit sept variétés de formes secondaires qui présentent toutes ce prisme légèrement modifié, soit sur les angles, soit sur les arêtes, et principalement sur celles des bases (V. Traité de Minér. T. III, p. 493).— Ses variétés de formes indéterminables sont le Cuivre carbonaté bleu lamelliforme; l'aciculaire-radié, composé de Cristaux réunis en masse arrondie et qui se terminent à l'intérieur en aiguilles convergentes; le concrétionné en mamelons striés du centre à la circonférence; le compacte globuliforme et le terreux, vulgairement Azur ou Bleu de montagne (Erdige Kupferlasur, W.) Quelquefois le Cuivre carbonaté bleu s'altère à la surface, et passe à la couleur verte en devenant terreux et friable.— Le Cuivre carbonaté tapisse de ses Cristaux les parois des filons qui renferment d'autres Minerais de Cuivre, et il a souvent pour gangue un Fer oxidé brun. On le rencontre aussi en masses sphéroïdales disséminées dans un Psammite quartzeux analogue à celui des houillères. C'est ainsi qu'il se présente à Chessy, près de Lyon, au milieu d'un Grès ancien reposant sur le sol primitif, et renfermant à quelques endroits une terre argileuse, rougeâtre ou blanchâtre, dans laquelle se trouvent les plus beaux groupes de Cristaux, avec le Cuivre oxidulé cristallisé et le Cuivre carbonaté vert fibreux.

CUIVRE PHOSPHATÉ, PhosphorKupfer, W., Minéral d'une couleur verte à l'intérieur, et souvent noirâtre à la surface, et résultant de la combinaison d'un atome de sousphosphate d'alumine avec un certain nombre d'atomes d'eau. Quelquefois il perd cette eau, et alors sa couleur passe au noir; sa forme primitive est un octaèdre rectangulaire dont les angles sont, d'après Haüy, de 109° 28′, 112° 12′ et 98° 12′. Sa pesanteur spécifique est de 4, 07, suivant Hersart; il raye la Chaux carbonatée; il est soluble sans effervescence dans l'acide nitrique, et fusible à la flamme d'une bougie, en donnant un globule d'un gris métallique. On le rencontre sous la forme de l'octaèdre primitif et sous celle de prismes rhomboïdaux, dont les pans forment une courbure dans le sens latéral. On connaît aussi du Cuivre phosphaté à l'état mamelonné-fibreux et compacte. Ce Minéral a été trouvé aux environs de Rheinbreitbach dans le duché de Berg. Il a pour gangue un Quartz-hyalin blanc ou grisâtre, souvent coloré en jaune brunâtre par l'Oxide de Fer. Les Cristaux de la variété primitive ont été découverts à Schemnitz en Hongrie où ils ont aussi un Quartz pour gangue immédiate.

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CUIVRE ARSÈNIATÉ, Haüy. Il est impossible, dans l'état actuel de la science, do prononcer d'une manière définitive sur la nature des substances qui ont été provisoirement réunies et décrites sous ce nom; mais la variation qui paraît se manifester soit dans leur composition chimique, soit dans les caractères tirés de la pesanteur spécifique et de la forme, rend très-probable l'opinion émise par quelques savans, que ces substances doivent être séparées en plusieurs espèces, dont le nombre est au moins de trois, et peut même aller jusqu'à cinq, suivant Bournon qui le premier a publié un travail intéressant sur cette matière. Nous nous contenterons d'indiquer ici ces divisions et les principaux caractères qu'on a cru pouvoir leur assigner.

1. Cuivre arséniaté octaèdre obtus (Haüy), Linsenerz, W. et Leonh. Cristaux en octaèdres rectangulaires, dans lesquels les faces des deux pyramides sont respectivement inclinées sous des angles de 65 et de 50 degrés environ. Haüy a présumé que cet octaèdre pouvait être la forme primitive, non-seulement de ces Cristaux, mais encore de toutes les espèces qu'on a distinguées dans le Cuivre arséniaté. On observe des joints naturels, parallèlement à ses faces. Pesanteur spécifique des Cristaux, 2, 8. Ceux-ci rayent le Carbonate de Chaux et non le Spath-Fluor. Leur couleur varie entre le bleu céleste et le vert d'herbe. Ils donnent au feu du chalumeau des vapeurs arsénicales, ainsi que les espèces suivantes, et se réduisent en un grain métallique blanc et cassant, lorsqu'on les traite avec le Carbonate de soude. Ils sont composés, d'après l'analyse de Chenevix, de 49 p. d'Oxide de cuivre, 14 d'Acide arsénique, et 35 d'Eau sur 100 parties.

2. Cuivre arséniaté octaèdre aigu (Haüy), Olivenerz, W. Forme dérivée, suivant Bournon, d'un prisme droit rhoinboïdal de 96 degrés, modifié sur les angles aigus de ses bases par des faces qui se rencontrent sous l'angle de 112 degrés. La couleur est le vert brunâtre plus ou moins foncé. Pes. specif., 4, 2. Ce Minéral raye la Chaux fluatée, et non le verre. On le trouve aussi en Cristaux aciculaires ou capillaires, d'un jaune métallique. Il est composé, d'après Chenevix, de 60 d'Oxide de Cuivre, et 39, 7 d'Acide arsénique. Perte, 0, 3.

3. Cuivre arséniaté mamelonné fibreux ou aciculaire, Wood-Copper, W.; Cuivre arséniaté, hématitiforme, Bournon. Pesanteur spécifique, 4, 2. Analyse par Chenevix: Oxide de Cuivre, 50; Acide arsénique, 29; Eau, 21. Dureté à peine suffisante pour rayer la Chaux carbonatée.

4. Cuivre arséniaté hexagonal lamelliforme (Haüy), Kupferglimmer, W. Cristaux hexaèdres dont les pans sont alternativement inclinés en sens contraire. Forme primitive, suivant Bournon, prisme hexaèdre régulier; suivant Léonhard, prisme oblique rhomboïdal. Pesant. spécif., 2, 5. Couleur d'un beau vert d'émeraude. Analyse par Chenevix: Oxide de Cuivre, 58; Acide arsénique, 21; Eau, 21.

5. Cuivre arséniaté prismatique triangulaire; Cuivre arsén. en prisme trièdre de Bournon. Suivant ce minéralogiste, la forme primitive de cette espèce serait le prisme triangulaire équilatéral. Pesanteur spécif., 4, 28. Couleur, le vert bleuâtre, qui, par l'action de l'air, passe au vert noirâtre. Analyse par Chenevix: Oxide de Cuivre, 54; Acide arsénique, 30; Eau, 16. Le Cuivre arséniaté se rencontre, dans la nature, dans des terrains granitiques dont le granit s'est altéré par la conversion d'une partie du Feldspath en Kaolin. On le trouve principalement dans le comté de Cornouailles, en Angleterre; à Altenkirken, dans la principauté de Nassau, et aux environs de Limoges, en France.

CUIVRE SULFATÉ, Vitriol bleu, Couperose bleue; Kupfer-Vitriol, W. Combinaison d'un atome de bisulfure de Cuivre et d'un atome d'Eau. En poids elle contient: Oxide noir de

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Cuivre, 31, 80; Acide sulfurique, 32, 14; Eau, 36, 06, conformément à l'analyse de Proust. Substance d'un bleu céleste, translucide lorsqu'elle est pure; à cassure conchoïde et à saveur stiptique. La forme primitive de ses Cristaux est un parallélipipède obliquangle, dont les angles dièdres sont de 124° 2′, 128° 27′ et 109° 32′. Elle est plus ou moins modifiée sur ses arêtes, et ses angles opposés, de manière que les formes secondaires portent toujours l'empreinte visible de ce type irrégulier. Le Cuivre sulfaté est soluble dans l'eau; exposé au feu, il se fond très-vite, et devient d'un blanc bleuâtre. Si l'on plonge dans une solution de ce Sel un morceau de Fer poli, la surface du Fer se couvre bientôt d'un dépôt cuivreux. On trouve le Cuivre sulfaté, sous la forme de concrétions, à Saint-Bel, près de Lyon, et il est presque toujours a l'état de dissolution dans les eaux voisines des mines de Cuivre.

CUIVRE HÉPATIQUE. V. CUIVRE PYRITEUX.

CUIVRE SCORLACÉ. V. CUIVRE HYDRO-SILICEUX.

CUIVRE VITREUX. V. CUIVRE OXIDULÉ.

CUIVRE VITRIOLÉ. V. CUIVRE SULFATÉ. (G. DEL.)

CUJA. MAM. Molina seul a mentionné jasqu'ici cet Animal du Chili, que sur la légère description qu'il en fait on ne peut classer. Nous rapporterons cè qu'il en dit pour que l'on puisse le reconnaître, si quelque naturalisté a occasion de le rencontrer. Il ressemble au Furet pour la grandeur, la forme du corps et la manière de vivre; ses yeux sont noirs; son museau est moyen, lelevé à l'extrémité comme le grouin d'un Cochon; le poil tout noir est touffu, mais fort doux; la queue bien fournie est aussi longue que le corps. Il vit de Souris. La femelle produit deux fois l'an, et fait quatre ou cinq petits à chaque portée. (B.)

* CUJA-RADJA. BOT. PHAN. (Rumph, Herb. Amb. T. II, p. 257, t. 85.) Même chose qu'Amiri. V. ce mot. (B.)

CUJAVILLUS ET CUJAVUS. BOT. PHAN. Rumph, Amb., 1, pl. 40 et 47.) Syn. de Psidium pumilum et de Psidium pyriferum, L. V., GOYAVIER. (B.)

CUJELIER. OIS. (Buffon.) Syn. vulgaire de Farlouse, Alauda mosellana, Gmel. V. PIPIT (DR..Z.)

CUJÈTE. Cujeta. BOT. PHAN. (Plumier.) Espèce du genre Crescentic. V. ce mot. (B.)

CULANG-TSUTSJU. BOT. PHAN. Syn. de Fraugipanier à Ternate. (B.)

CUL-BLANC. OIS. L'un des noms vulgaires du Motteux ordinaire, Motacilla Ænanthe. On a étendu à plusieurs autres Oiseaux ce nom grossier qui devrait être proscrit de la science, ainsi que tous ceux qui commencent par la même syllabe, et que nous ne rapporterons pas dans ce Dictionnaire, par respect pour le bon langage. (B.)

CULCASIA. BOT. PHAN. (PalisotBeauvois.) Tiré de Culcas. Syn. arabe de Caladium. V. ce mot. (B.)

CULCITIUM. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Corymbifères de Jussieu, section des Jacobées de Kunth, Syngénésie égale, L., établi par Humboldt et Bonpland (Plant. œquin. II, p. 1); et ainsi caractérisé: involucre composé de plusieurs folioles égales réunies par leur base, dépourvu de calicule; réceptacle garni de poils; tous, les fleurons tubuleux et hermaphrodites; anthères nues à leur base; aigrette poilue et sessile. Ce genre a, selon Kunth, une grande affinité avec le Cacalia, et devra peut-être lui être réuni; il ne s'en distingue en effet que par le port et l'absence du calicule. Les Culcitium sont des Plantes herbacées, laineuses, à tige simple, uniflore, quelquefois, mais rarement, rameuse et pluriflore. Leurs feuilles sont alternes et entières; leurs fleurs, de couleur jaune, sont le plus souvent penchées.

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Outre les deux espèces sur lesquelles le genre a été fondé, et qui ont été décrites et figurées par Humboldt et Bonpland (loc. cit.. p. 1 et 4, t. 66 et 67) sous les noms de Culcitium rufescens et C. canescens, C. Kunth en a publié trois autres qu'il a nommées C. ledifolium, C. reflexum et C. nivale. Ces deux dernieres sont figurées (Nov. Gen. et Spec. PL œquin. T. IV, t. 362 et 363). La tige du C. reflexum, couverte de feuilles courtes, larges et réfléchies, lui imprime une ressemblance avec certains Gnaphalium; aussi Lamarck et Willdenow l'avaient-ils antérieurement placé dans ce genre en le nommant Gnaphalium uniflorum. Toutes ces espèces sont indigènes des Andes du Pérou et principalement des hautes chaînes qui a voisinent Quito. (G..N.)

CUL-DE-LAMPE, MOLL. Toutes les Coquilles turbinées qui ont une spire arrondie et un peu courte, sont dites en forme de Cul-de-lampe. C'est surtout parmi les espèces du genre Sabot, Turbo, que l'on a trouvé le plus souvent à faire l'application de cette dénomination vulgaire, (D..H.)

CULEX. INS. V. COUSIN.

* CULEX OU CULIX. BOT. PHAN, (Pline.) C'est, selon certains commentateurs, le Plantago Psyllium, selon d'autres le Conyza pulicaria. (B.)

CULHAMIE. Culhamia. BOT. PHAN. Vahl a le premier reconnu que L'Arbre décrit par Forskalh sous le nom de Culhamia n'était que le Sterculia platanifolia de Linné. V. STERCULIE. (A.R.)

CULICOIDE. Culicoides. INS Genre de l'ordre des Diptères, établi par Latreille et ayant, suivant lui, pour caractères: áiles en toit; un bec conique plus long que la tète; antennes de quatorze articles, velues, le second et les, six suivans cylindricoovoïdes, les six suivans ou cinq venant après plus allongés, presque cylindriques, le dernier plus grand, cylindrico-ovoïde. Ce genre appartient (Règn. Anim. de Cuv.) à la famille des Némocères et est réuni aux Psychodes, dont il ne diffère que par la bouche formant un bec plus long et par les antennes plus allongées, garnies de poils, mais point disposées en verticilles. On ne connaît encore qu'une espèce propre à ce genre, la CULICOÏDE PONCTUÉE, Culicoides punctata, Latr.; on la trouve en France, elle s'applique souvent contre les vitres des fenêtres. Meigen (Descript. syst. des Dipt. d'Europe, T. I, p. 68) rapporte cette espèce au genre Cératopogon, et ne la distingue pas du Culex pulicaris de Fabricius et de Linné. V. CÉTATOPOGON. (AUD.)

* CULI-HAN. BOT. PHAN. Cet Arbre de l'Inde, que l'on avait regardé comme une variété de Laurus Cassia, paraît être une espèce du même genre, mais très-distincte selon les régions de l'Inde où elle croît. On l'a nommée Culilaban, Culilawan, Culitlawan et Cœlitlawam. (B.)

CULITAM ARA. BOT. PHAN. (Rhéede.) Syn. malabare de Sagittaire à feuilles obtuses. (B.)

* CULIT-API. BOT. PHAN. (Ramph.) Nom malais d'une Rubiacée indéterminée dont l'écorce a une saveur âcre et brûlante, et s'emploie comme médicament. (B.)

CULIT-BAVANG. MOLL Syn. malais de la Tonne pelure d'Oignon. V. DOLIUM (B.)

* CULIVO-DUDI. BOT. PHAN. Nom indou de la Cucurbitacée nommée Cœipa-Schora à la côte de Malabar. (B.)

CULLE. MOLL Syn. de Solen en quelques parties des côtes de la Méditerranée. (B.)

CUL-LUISANT ou CU-LUISANT. INS. Nom vulgaire du Lampyre femelle. V. ce mot. (AUD.)

CULLUMIE. Cullumia. BOT. PHAN. Genre établi par R. Brown (Hort. Kewens., éd. 2), qui fait partie des Synantherées Corymbifères, section des Arctotidées de Cassini. Brown

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réunit les Berckheya ciliaris, setosa et squarrosa de Willdenow, et lui assigne les caractères suivans: l'involucre est formé d'écailles imbriquées, soudées ensemble par leur base, souvent surmontées d'un appendice foliacé. Le réceptacle est plane, profondément alvéolé, portant des écaillés subulées; les demi-fleurons de la circonférence sont neutres; les fleurons du disque sont égaux, réguliers et hermaphrodites; les fruits sont dépourvus d'aigrette et enchâssés en partie dans les alvéoles du réceptacle. Ce genre a beaucoup d'analogie avec l'Aretotheca; mais il en diffère surtout par son involucre dont les folioles sont soudées. (A.R.)

CULOTTE DE SUISSE, moll. nom vulgaire et marchand du Murex Campus, L. V. ROCHER. On appelle aussi Culotte de Suisse blanche le Voluta Turbinella. V. VOLUTE. (B.)

CULOTTE DE SUISSE, OIS. Variété de Coq que l'on appelle aussi Coq d'Hambourg, (DR..Z.)

CULOTTE DE SUISSE. BOT. PHAN. Une variété de Poire. Ce nom a aussi été donné à la Passionnaire commune, Passiflora cœruiea, L.(B.)

CULPEU. MAM. Cet Animal du Chili, mentionné par Molina, paraît être le Chien de ces contrées. (B.)

* CULTRIDENDRIS, BOT. PHAN. Nom proposé par Du Petit-Thouars (Hist. des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour une Orchidée de la section des Epidendres et qui répond au Dendrobium cultriforme de Swartz. Cette Plante ne possède qu'une seule feuille radicale; et ses fleurs, de couleur blanchâtre, sont disposées en une panicule simple. Elle croît dans l'Ile-de-France où elle fleurit au mois de septembre. Du Petit-Thouars l'a figurée tab. 86 de son ouvrage(G..N.)

CULTRIROSTRES, OIS. C'est-à- dire Bec-en-Couteau. Nom donne par Cuvier à une famille d'Échassiers qui comprend les genres Grue, Héron et Cigogne. V. ces mots. (B.)

CUMAN, ROMAN OU RUMAN. BOT. PHAN. Syn. arabe du Grenadier. V. ce mot. (B.)

CUMARCENA. BOT. PHAN. V. COUMAROUNA.

CUMBULU. BOT. PHAN. Rhéede a décrit et figuré sous ce nom un grand Arbre de la côte du Malabar, que Burmann fils avait à tort rapporté au Bignonia Catalpa, mais qui, selon Jussieu, a des rapports avec le Bonlia, le Cyrtandra et le Cordia, sans probablement appartenir à aucun de ces trois genres. (A.R.)

CUMÈTE. BOT. PHAN. Espèce du genre Eugenia. V. ce mot. (B.)

CUMIN. Cuminum. BOT. PHAN. Famille des Ombellifères, Pentandrie Digynie, L. Ce genre, que Tournefort confondait avec le Fœniculum, en fut séparé par Linné, et adopté par Jussieu, ainsi que par tous les auteurs modernes. Notre collaborateur A. Richard (Bot. médic., p. 467) le place à la fin de la première section, qu'il établit sous le nom de Pimpinellées, dans la vaste famille des Ombellifères. C. Sprengel, auquel on doit aussi une nouvelle distribution des genres de cette famille, place le Cumin dans la tribu des Amminées. Ce genre est ainsi caractérisée: involucre et involucelles composés d'un petit nombre de folioles; pétales presqu'égaux, infléchis et légèrement échrancrés; akènes ellipsoïdes, striés. Üne seule Plante, indigène de l'Égypte et de l'Ethiopie, compose ce genre. Ses usages thérapeutiques et économiques nous engagent à en donner une description abrégée.

Le Cumin officinal, Cuminum Cyminum, L., est une Plante annuelle dont la tige, haute de trois décimètres et plus, est rameuse, dichotome, glahrè inférieurement, et légèrement velue à sa partie supérieure. Ses feuilles sont biternées et composées de folioles glabres, ovales,

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lancéolées, découpées en lanières presaue capillaires. Ses fleurs, tantôt blanches, tautôt purpurines, sont disposées en ombelles terminales à rayons peu nombreux. On cultive cette Ombellifère assez abondamment en Europe et surtout en Allemagne à cause de ses fruits qui sont quelquefois velus, mais le plus souvent glabres. Ces fruits, improprement appelés graines, ont une saveur aromatique très-agréable aux peuples du Nord quiles mélangent dans leur pain. On dit aussi que les Hollandais en parfument quelques-uns de leurs fromages. Leurs propriétés médicales sont absolument analogues à celles de l'Anis, du Fenouil et d'autres Ombellifères très-odorantes, c'est-à-dire que le Cumin est un stimulant assez énergique; elles y sont seulement plus exaltées; car l'huile volatile, qui est le principe actif de ces propriétés, y est aussi abondante et beaucoup plus pénétrante que dans ces Plantes aromatiques. C'est surtout la médecine vétérinaire qui en fait un grand usage, en l'associant, sous forme de poudre ou d'électuaire, à d'autres médicamens toniques.(G..N.)

On appel le vulgairement dans quelques provinces Cumin bâtard le LagoeciaCuminoïdes Cumin coi nu l'Hypecoum procumbens, Cumin des prés le Carum Carvi, Cumin noir le Nigella sativa, Cumin indien le Myrtus Cumini, L., qui appartient aujourd'hui au genre Calyptranthes. On a quelquefois étendu le nom de Cumin jusqu'à l'Anis. (B.)

CUMINOIDES. BOT. PHAN. Le genre Lagœcia de Linné était appelé Cuminoïdes par Touruefort. V. LAGOECIE. (A. R.)

CUMRAH. MAM. V. KUMARAH.

* CUMUDI. BOT. PHAN. Syn. indou de Villarsia, le Tsjeroea citambel des Malabares, selon Rhéede. (B.)

CUMUNA. BOT. PHAN. (Pline.) Le Chou vert. (B.)

CUNDANGS-CASSI. BOT. PHAN. Syn. javanais d''Illecebrum lanatum, L. (B)

* CUNÉIFORME. Cuneiformis. BOT. PHAN. QUI A LA FIGURE D'UN COIN. CETTE ÉPITHÈTE S'APPLIQUE À TOUS LES ORGANES DES VÉGÉTAUX QUI VONT EN S'ÉLARGISSANT DANS LEUR PARTIE SUPÉRIEURE, LAQUELLE EST TRONQUÉE: AINSI LES FEUILLES DE L'Hydrocotyle triloba, de la Saxifrage trilobée, les folioles de l'Adianthum capillus Veneris, etc., sont Cunéiformes. (A. R.)

CUNÉIROSTRE. OIS. Terme employé pour désigner les Oiseaux dont le bec approche de la forme d'un coin. (B.)

CUNEUS. MOLL. Genre établi par Megerle, et qui, ayant été formé précédemment sous le nom de Cythérée et de Mérétrix, doit être renvoyé à ces articles. (D..H.)

CU-NHANG. BOT. PHAN. Syn. cocbinchinois de Solena heterophylla, Lour., dont ou emploie les racines et les graines comme médicament. (B.)

CUNICULDS. MAM. V. LAPIN.

CUNILE. Cunila. BOT. PHAN. Vulgairement ConièLe. Genre de la famille des Labiées et placé, par les auteurs qui ont suivi le système sexuel, dans la Didynamie Gymnospermie. Linné lui a donné les caractères suivans: calice cylindrique marqué de dix stries, à cinq dents, et velu à l'entrée du tube; corolle bilabiée; la lèvre supérieure droite, plane et écbancrée; l'inférieure trilobée; deux étamines stériles (ce qui devrait faire placer ce genre dans la Diandrie avec les Sauges et autres labiées à deux étamines fertiles). Ce genre n'offre qu'une très-légère difféRence, dans la forme de sa corolle, d'avec celui des Ziziphora, L. Aussi Lamarck, ainsi aue d'autres botanistes, les ont-ils réunis. Le Ziziphora clinopodioïdes Lamk. (Illust., I, P. 63), est le Cunila capieata de Linné. Les espèces de ces deux genres, encore très-peu nombreuses, sont de petites Plantes herbacées, à fleurs en corymbes ou verticillées,

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axillaires et terminales. Celles qui constituent le Cunila de Linné (Cunila Mariana et C. capitata) habitent les contrées septentrionales de l'Amérique et de l'ancien continent. Les Ziziphores qui croissent en Orient et dans l'Europe australe ne doivent-elles pas, vu la diversité de leurs habitations, de laquelle résulte ordinairement une différence dans l'organisation, continuer de former un genre particulier? (G..N.)

CUNING. POIS. Espèce du genre Spare. V. ce mot. (B.)

* CUNNINGHAMIE. Cunninghamia. BOT. PHAN. Ce nom avait d'abord été donné par Schreber au genre Manalia d'Aublet; mais le changement arbitraire opéré par le botanistre allemand doit être considéré comme non avenu, et le genre Manalia conservera son nom. Le professeur Richard a proposé le nom primitif de Cunninghamia pour un genre de la famille des Conifères, que Salisbury avait sommé Belis, nom qui se confond trop avec celui de Belis donné à un genre de la famille des Corymbifères. Nous allons donc exposer les caractères du genre Cunninghamia de Richard, qui ne compte que l'espèce suivante:

La CUNNINGHAMIE DE LA CHINE, Cunninghamia Sinenis, Richard, Conif., t. 18, f. 3, est le Pinus lanceolata de Lambert (Pin., t. 34) et le Belis jaculifolia, Salisb. (Trans. Lin., 8). C'est un grand Arbre originaire de la Chine, ayant ses rameaux cylindriques, striés, chargés de feuilles très-rapprochées, sessiles, lancéolées, étroites, très-aiguës, entières, ou légèrement denticulées sur leurs bords, roides et coriaces, d'un vert clair, et glauques à lÿjr face inférieure. Les fleurs sont monoïques; les chatons mâles sont ovoïdes, formés d'écailles minces, denticulées et imbriquées; chaque écaille qui est onguiculée à sa base y porte sur le côté externe trois anthères oblongues, pendantes, attachées seulement par leur sommet, contiguës latéralement (V. l'Allas du Dictionnaire classique, cinquième livraison, où nous avons fait représenter ce genre singulier); chacune de ces anthères nous a paru uniloculaire. Les chatons femelles sont ovoïdes, arrondis, composés d'écailles imbriquées et aiguës, portant à leur face interne une très-petite écaille à laquelle sont attachées trois fleurs renversées. Le chaton fructifère est ovoïde, un peu aigu à son sommet, assez analogue pour la forme et la grosseur au fruit du Sagus. Il est formé d'écailles imbriquées aiguës, finement denticulées, portant chacune au-dessous de la petite écaille dont nous avons parlé précédemment trois fruits. Quelques-unes cependant sont stériles. Les fruits offrent la structure suivante: ils sont ovoïdes, très-comprimés, minces et membraneux sur leurs bords, attachés par leur base à la partie supérieure de l'onglet qui termine l'écaille; le péricarpe, qui n'est autre que le calice, recouvre immédiatement la graine sur laquelle il est intimement appliqué; il est membraneux latéralement, légèrement ombiliqué dans son sommet qui est renversé; la graine offre exactement la même forme que le péricarpe auquel elle n'adhère que par sa base; son épispetme ou tégument propre est membraneux, mince, adhérent à l'amande par sou sommet. L'endosperme est charnu, et contient dans son centre un embryon cylindrique renversé, c'est-à-dire ayant la radicule opposée au hile et adhérente avec l'endosperme; les cotylédons sont au nombre de deux seulement. Cet Arbre commence à se répandre dans les jardins des amateurs. On le rentre dans la serre tempérée pendant l'hiver; mais il est probable que, si l'on parvient à le multiplier davantage, il finira par s'acclimater en pleine terre. (A. R.)

CUNOLITES. POLYP. FOSS. V. CYCLOLITE et HYSTÉROLITHE. Le nom de Cunolite a été plus particulièrement donné au Cyclolites elliptica de Lamarck. (LAM..X.)

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CUNONE. BOT. PHAN. Pour Cunonie. V. ce mot.. (B.)

CUNONIACÉES. Cunoniaceœ. BOT. PHAN. Jussieu a placé à la suite des Saxifragées plusieurs genres qui s'en distinguent surtout par leur port, leur tige arborescente, leurs feuilles opposées: tels sont Weinmannia et Cunonia. Robert Brown (General Remarcks) a fait de ces genres, auxquels il en a joint quelques autres, une petite famille qu'il a nommée CUNONIACÉES. Nous allons en exposer les caractères, après quoi il sera plus facile de juger des rapports intimes qui unissent ces genres aux véritables Saxifragées, et ne permettent pas peut-être de les en séparer. Les Cunoniacées sont des Arbres ou des Arbustes portant des feuilles opposées avec des stipules intermédiaires ou des feuilles verticillées, le plus souvent simples, quelquefois composées. Leurs fleurs offrent divers modes d'inflorescence; elles sont quelquefois solitaires et axillaires; quelquefois réunies en capitules pédonculés, ou enfin elles forment des grappes ou panicules rameuses. Le calice est monosépale à quatre ou cinq lobes profonds. La corolle se compose de cinq pétales insérés à la hase du calice en dehors des étamines. Dans quelques genres la corolle manque entièrement; les étamines sont généralement nombreuses, attachées au pourtour de l'ovaire sur un disque périgyne qui manque dans plusieurs genres. Le pistil est libre et se compose de deux ovaires accolés et soudés à leur base par leur côté interne, termines chacun par un style assez long au sommet duquel est un très-petit stigmate. Chacun de ces ovaires est à une seule loge et contient un nombre assez considerable d'ovules attachés à un trophosperme placé sur le côté interne qui forme la cloison.

Le fruit est une capsule biloculaire s'ouvrant en général par une fente longitudinale ou restant close. Les graines se composent d'un embryon axile dressé au milieu d'un endosperme charnu.

R. Brown rapporte à cette famille les genres Cunonia, L., Lamk., Illust., t. 371; Weinmannia, L.; Ceratopetalum, Smith; Callicoma, Brown; Codia, Forst.; Itea, L., et Bauera, Brown.

Ceux qui compareront avec attention les caractères des Cunoniacées avec ceux des vraies Saxifragées, n'y trouveront aucune différence bien sensible dans l'organisation, et qui justifie l'établissement de cette famille. Il nous paraît beaucoup plus rationnel de n'envisager les Cunoniacées que comme une simple section des Saxifragées ainsi que Kunth l'a fait récemment dans le sixième volume des Nova Genera, qu'il publie avec le célèbre Humboldt. (A. R.)

CUNONIE. Cunonia. BOT. PHAN. Un Arbrisseau originaire du cap de Bonne-Espérance, Cunonia Capensis, L., Lamk., Illust., t 371, forme ce genre qui est devenu le type de la famille douteuse des Cunoniacées. Ses rameaux sont ornés de feuillies opposées, pétiolées, imparipinnées, composées de deux à trois paires de folioles, lancéolées, terminées en pointe à leurs deux extrémités, dentées en scie latéralement, glabres des deux côtés. On trouve une stipule de chaque côté de la tige entre les feuilles. Les fleurs sont petites et forment des grappes allongées, cylindriques, dressées, plus courtes que les feuilles. Le calice est monosépale, à cinq divisions très-profondes et persistantes; la corolle se compose de cinq pétales égaux, dressés. Les étamines sont an nombre de dix, plus longues que la corolle, insérées ainsi que les pétales à la base du calice. L'ovaire est profondément bilobé, chaque lobe se termine à son sommet par un long style. Le fruit est une capsule bilobée à deux loges polyspermes.(A. R.)

CUNTO. Même chose que CœliApocaro. V. ce mot. (B.)

CUNTUR. OIS. Ce nom, qu'on trouve dans les anciens voyageurs, désignait chez les Péruviens le Vau-

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lour sur lequel on a débité tant de fables, et dont le nom de Condor, adopté par les ornithologistes, n'est que la corruption. V. VAUTOUR. (B.)

CUPAMENI. BOT. PHAN. Rhéede nomme ainsi une espèce d'Acalypha, et Adanson, dans ses familles naturelles, adopta ce nom pour désigner le genre. (A. D. J.)

CUPANIE. Cupania. BOT. PHAN. Famille des Sapindacées, Octandrie Monogynie. Plumier (Genera, 49, t. 19) établit ce genre et Linné l'adopta en lui assignant des caractères qui, quoique assez étendus mais manquant d'exactitude, n'étaient pas suffisans pour fixer d'une manière certaine les idées sur la place qu'il doit occuper dans la série des ordres naturels. Voilà pourquoi l'illustre auteur du Genera Plantarum, A.-L. Jussieu, le plaça à la suite des Sspindacées en exposant les caractères donnés par Linné, lesquels, du propre aveu de celui-ci, devaient être vérifiés sur le vivant. Jacquin, en effet, qui examina la Plante dans sa patrie, ne reconnut pas le genre décrit par Linné et en constitua le Trigonis. Dans l'Enchiridion de Persoon, les genres Cupania, Trigonis, Molinœa, Jussieu, et Toulicia, Aubl., sont indiqués comme n'en formant plus qu'un seul. Cependant le professeur De Candolle, dans le Prodrome qu'il publie en ce moment, ouvrage rédigé selon les principes de la méthode naturelle, sépare le Toulicia et adopte la réunion des Trigonis, Jacq.; Molinœa, Jussieu; et Guioa, Cavanilles. Il en constitue le genre Cupania qu'il place dans la tribu des Sapindées, et auquel il assigne les caractères suivans: calice à quatre sépales; cinq pétales intérieurement glabres et en forme de cornets; huit étamines; style trifide; capsule à trois valves septifères sur leur milieu, à trois loges contenant chacune une ou deux graines droites et munies d'un arille.

Le genre Cupania ainsi défini se compose d'Arbres à feuilles pinnées sans impaire, à fleurs souvent mâles par avortement. De Candolle (Prodr. Regn. Veget. 1, p. 613) partage ce genre en trois sections. La première à laquelle il donne le nom de Trigonis, et qui est caractérisée par ses pétales roulés en cornets au sommet, renferme huit espèces, toutes américaines, parmi lesquelles on remarque la Plante décrite par Jacquin sous le nom de Trigonis lomentosa, ainsi que trois nouvelles espèces publiées par Kunth (in Humboldt et Bonpl. Nova Genera et Spec. Plant, œquin. 6, p. 125, 126 et 127). La seconde section, constituée avec le Molinœa, Juss. et Lamk., comprend quatre espèces, toutes indigènes des Indes-Orientales et des îles de France et de Bourbon. Elle est caractérisée par ses pétales planiuscules un peu plus grands que le calice, et ses filets courts et velus.

La troisième section (douteuse) a des pétales obtusément dentés au sommet, insérés sur un disque hypogyne à cinq divisions ou à cinq tubercules. Elle porte le nom d'Odontaria et ne contient qu'une seule espèce, C. dentata (Flore du Mexique inédite).

La quatrième section, formée du genre Guioa, a aussi reçu ce dernier nom. De Candolle incline à penser qu'elle doit continuer d'être considérée comme genre distinct: des pétales planes, plus petits que le calice, des filets glabres, une capsule à troisappendices eu forme d'ailes, ou peutêtre à trois carpelles distincts, caractérisent suffisamment cette section. Elle ne renferme qu'une seule espèce, C. lentiscifolia, Pers., ou Guioa lentiscifolia, Cavan. (Icones, 4, p. 49, t. 373), Arbre qui croît à Babao, dans les îles des Amis. (G..N.)

CUPARI. BOT. PHAN. V. FAUFEL.

CUPA-VEELA. BOT. PHAN. (Rhéede, Mal. T. IX, pl. 35.) Syn. de Vinca parviflora, L. (B.)

CUPÈS. Cupes. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, établi par Fabricius et adop-

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té par Latreille qui Je classe (Règn. Anim.) dans la famille des Serricornes, tribu des Lime-Bois, et lui assigne pour caractères propres: palpes égaux terminés par un aiticle tronqué; antennes cylindriques. A l'aide de ces signes, on peut distinguer facilement ce genre de celui des Lymexylons et de celui des Atractocères, auxquels il ressemble par une tête entièrement dégagée et séparée du corselet, par la forme linéaire de leur corps, par leur sternum antérieur, ne faisant pas saillie, par leurs mandibules courtes, épaisses, échancrées ou terminées par deux dentelures, par leur mâchoire offrant deux petits lobes dont l'extérieur est allongé; enfin, par une languette bifide et des pieds courts. On ne connaît qu'une espèce propre à ce genre:

Le CUPÈS A TÊTE JAUNE, Cupes capitata de Fabricius. Il a été figuré par Coquebert (Illustr. Icon. Insect., fasc 3, tab. 50, fig. 1) et rapporté par Bosc de la Caroline du Sud; on ne sait rien sur ses mœurs. (AUD.)

CUPHÉE. Cuphea. BOT. PHAN. Genre de Plantes de la famille des Salicariées et de la Dodécandrie Mono gynie, L., qui se compose de vingt-cinq à trente espèces dont plus de la moitié ont été découvertes par Humboldt et Bonpland, et viennent d'être récemment décrites d'une manière si exacte par Kunth (in Humb. Nova Gener. et Spec., 6). Toutes ces espèces, qui sont des Arbustes ou des Herbes généralement très-visqueuses, sont originaires des contrées chaudes de l'Amérique. Leurs feuilles sont opposées, plus rarement verticillées par trois ou par quatre, toujours trèsentières et dépourvues de stipules. Les fleurs sont solitaires, portées sur des pédoncules extraaxillaires, alternes, accompagnés de bractées et se réunissant pour former des épis ou des grappes terminales. Elles sont ordinairement penchées, en, général violettes, mais jamais blanches. Leur calice est tubuleux, présentant supérieurement à sa partie postérieure une gibbosité ou une sorte d'éperon obtus; son limbe est à douze, rarement à six dents peu profondes; il est coloré et pétaloïde. La corolle est irrégulière, et se compose de six pétales inégaux insérés entre les dents du calice. Les étamines, au nombre d'onze à douze, rarement moins nombreuses, sont inégales, dressées, attachées à la gorge du calice; leurs anthères sont biloculaires, s'ouvrant par leur côté interne. L'ovaire est sessile, libre, accompagné à sa base d'une glande placée du côté de l'éperon; coupé transversalement, il offre une, très-rarement deux loges, contenant de trois à un nombre très-considérable d'ovales dressés, attachés à un trophosperme central. Quand l'ovaire est uniloculaire, ce qui est plus général, le trophosperme se continue supérieurement avec la base du style par le moyen de deux prolongemens filiformes. Le style est simple, terminé par un stigmate également simple ou légèrement bilobé. Le fruit est membraneux, à une et très-rarement à deux loges renfermant une ou plusieurs graines lenticulaires. Ce fruit est enveloppé dansle calice qui persiste; il reste indéhiscent ou s'ouvre seulement d'un côté. Les graines, qui ne sont jamais membraneuses et en forme d'ailes latéralement, se composent d'un tégument mince et coriace, recouvrant immédiatement un embryon dressé dont la radicule est inférieure, les deux cotylédons arrondis et foliacés.

B. Brown a réuni à ce genre le Parsonia de Browne, qui n'en diffère que par ses étamines, au nombre de six, au lieu de onze à douze. Le genre Cuphea est extrêmement voisin du genre Salicaire, dont il ne diffère que par son calice gibbeux et éperonné à sa base, et par son disque latéral et non circulaire.

Parmi le grand nombre d'espèces qui forment ce genre, nous mentionnerons les suivantes qui ont été figurées, soit dans les Icones de Cavanilles, soit dans les Nova Genera de Humboldt et Kunth.

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CUPHÉE VISQUEUSE, Cuphea piscosissima, Jacq. Vind. 2, t. 177, Lamk., Ill., t. 407. On cultive communément cette espèce dans les jardins de botanique. Elle est originaire du Brésil. Sa tige, qui est droite et très-visqueuse, s'élève à plus d'un pied et porte des feuilles opposées, ovales, oblongues, très-entières, d'environ un pouce de longueur, rétrécies à leur base en une sorte de pétiole. Les fleurs sont rougeâtres, solitaires et pédonculées. Le calice, qui est rétréci vers son orifice, offre six dents. La capsule est oblongue et uniloculaire.

CUPHÉE EN ÉPI, Cuphea spicata, Cavan., Icon. rar., 4, t. 381. Sa tige est herbacée, dressée; ses rameaux sont rudes; ses feuilles oblongues, glabres, un peu rudes sur leurs bords, terminées en pointe à leurs deux extrémités; leurs grappes sont allongées, terminales ou axillaires, composées de fleurs opposées, dont les calices sont velus, les pétales inégaux et l'ovaire polysperme. Elle croît au Pérou et sur les bords du fleuve de la Magdeleine où elle a été observée par Humboldt et Bonpland.

Parmi les nombreuses espèces décrites par Humboldt et Kunth, nous ferons remarquer les deux suivantes:

CUPHÉE VERTICILLÉE, Cuphea verticillata, Kunth (in Humb. Nov. Gen., 6, p. 207, t. 552). Elle vient dans les lieux les plus chauds du Pérou. Sa tige herbacée est rameuse; ses rameaux et ses calices sont velus et visqueux; ses feuilles sont verticillées par trois ou quatre, oblongues, aiguës à leur sommet, arrondies à leur base, rudes et visqueuses à leur face supérieure, velues inférieurement; les fleurs sont extraaxillaires, solitaires ou géminées, alternes; les pétales sont inégaux.

CUPHEE A PETITES FLEURS, Cuphea micropetala, Kunth (loc. cit., p. 209, t. 551). Cette espèce se distingue des précédentes par sa lige frutescente, très-rameuse, ayant ses jeunes rameaux et ses calices un peu rudes; ses feuilles oblongues, lancéolées, roides et scabres, terminées en pointe à leurs deux extrémités; les fleurs sont alternes, tournées d'un seul côté, quelquefois opposées; leurs pétales sont fort petits et leur ovaire est à deux loges polyspermes. (A.R.)

CUPIDONE. Catanance. BOT. PHAN. Famille des Synanthérées, Chicoracées de Jussieu, Syngénésie égale, L. Ce genre, constitué par Tournefort et Linné, présente les caractères suivans; involucre composé d'écailles nombreuses imbriquées, scarieuses, luisantes, qui augmentent en grandeur de la circonférence au centre, et dont les intérieures entremêlées avec les demifleurons sont insérées sur le réceptacle; akènes couronnés par une aigrette sessile formée de cinq écailles élargies à la base et acérées au sommet; réceptacle garni de paillettes. Les espèces qui composent ce genre sont en très-petit nombre; car, en retranchant le C. grœca de Linné, qui appartient au genre Scorzonera, il n'y en a guère que trois décrites par les auteurs. Ces Plantes sont indigènes de nos régions australes, soit des contrées d'Europe et d'Afrique baignées par la Méditerranée, soit des îles de l'Archipel.

La CUPIDONE BLEUE, Catanance cœrulea, L., qui croît abondamment dans les lieux stériles de nos départemens méridionaux et jusqu'à la latitude de Lyon, est remarquable par ses belles et grandes fleurs d'une couleur azurée et solitaire, au sommet de longs pédoncules.

Le professeur Desfontaines a décrit et figuré une nouvelle espèce sous le nom de Catanance cœspitosa (Flora atlantica, II, p. 238, tab 217). Cette belle Plante croît en gazon épais sur le mont Atlas, et contribue, par ses longues racines tortueuses, à fixer les sables mobiles de ces contrées. (G..N.)

* CUPRESSINÉES. Cupressineœ. BOT. PHAN. Nous avons appelé ainsi la seconde section de la famille des Conifères, qui comprend les genres Juniperus, Thuya, Callitris, Cupres-

TOME V. 13

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sus et Taxodium. Elle est surtout caractérisée par ses cônes ou galbules globuleuses dont les fleurs sont dressées. V. CONIFÈRES. (A. R.)

CUPRESSUS. BOT. PHAN. V. CYPRÈS.

* CUPULAIRE. Cupularis. BOT. PHAN. En forme de coupe ou de cupule. Cette expression s'emploie pour les calices, les corolles, etc., qui sont planes ou simplement un peu concaves, comme le calice de l'Oranger et du Citronnier par exemple. (A. R.)

CUPULE. Cupula. BOT. PHAN. Assemblage de bractées ou de petites folioles unies par leur base, environnant une ou plusieurs fleurs femelles qu'elles recouvrent en partie ou en totalité, et qu'elles accompagnent jusqu'à leur état de fruit parfait. Cet organe, qui n'e qu'une modification de l'involucre, ne se rencontre jamais que dans des Végétaux à fleurs unisexuées ayant l'ovaire infère. La Cupule présente trois modifications principales; ainsi elle est squammacée ou écailleuse, c'est-à-dire formée de petites écailles imbriquées, comme dans les diverses espèces de Chêne; elle est foliacée ou formée de petites feuilles plus ou moins libres et distinctes, comme dans le Noisetier; enfin elle peut être péricarpoïde, c'est-à-dire composée d'une seule pièce, recouvrant entièrement les fruits et s'ouvrant quelquefois d'une manière plus ou moins régulière, pour les laisser s'échapper à l'époque de leur maturité. Le Châtaignier et le Hêtre nous offrent des exemples de cette sorte de Cupule.

Ce que quelques botanistes considèrent comme une Cupule dans le Pin, le Sapin et en général dans tous les Conifères, est bien plus certainement un véritable calice. V. ce que nous en avons dit au root CONIFÉRÉES.(A. R.)

CUPULE DE GLAND. BOT. CRYPT. (Champignons.) Paule nomme ainsi une espèce de Pezize figurée par Vaillant (Botanicon Parisiense, t. 11, f. 1, 2, 3), et que Linné appelle Peziza Cupularis. Bulliard, Persoon et De Candolle pensent que l'espèce figurée par Vaillant est différente de celle de Linné; ils la nomment Peziza crenata. V. PEZIZE. (A. R.)

* CUPULÉE (FLEUR). BOT. PHAN. Se dit des fleurs qui sont accompagnées d'une cupule, comme les fleurs femelles du Noisetier, du Hêtre, etc.(A. R.)

* CUPULIFÈRES. Cupuliferœ. BOT. PHAN. On donne communément ce nom aux Végétaux munis d'une cupule. (A. R.)

CUPULIFÉRÉES. Cupuliferœ. BOT. PHAN. Famille naturellede Plantes qui appartient aux Dicotylédones monopérianthées inférovariées, et qui a'été établie par le professeur Richard avec une partie des genres réunis aux Amentacées. Les Cupuliférées, dont le Chêne, le Noisetier, etc., peuvent être considérés comme les types, se composent d'Arbres quelquefois trèsélevés, répandus presque également dans toutes les contrées du globe. Leurs feuilles sont simples, alternes, munies chacune à leur base de deux stipules caduques. Leurs fleurs sont constamment unisexuées et presque toujours monoïques; les fleurs mâles forment des chatons longs et grêles, composés d'écailles d'abord imbriquées, puis écartées les unes des autres. Chaque fleur offre une écaille simple, trilobée ou caliciforme, sur la face supérieure de laquelle sont attachées de six à un très-grand nombre d'étamines, sans aucun vestige de pistil. Les fleurs femelles sont généralement placées à l'aisselle desfeuilles; elles sont tantôt solitaires, tantôt réunies plusieurs ensemble, de manière à former une sorte de capitule ou de chaton. Toujours elles sont renfermées dans une cupule qui les recouvre presque en totalité; quelquefois chaque cupule ne contient au'une seule fleur, comme dans le Chêne, le Noisetier; d'autres fois la même cupule est commune à plusieurs fleurs, comme dans le Châtaignier, le Charme et le Hêtre. Chaque fleur, étudiée

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isolement, offre l'organisation suivante: son ovaire est constamment infère et adhérent avec le calice; son limbe est peu saillant et forme un petit rebord irrégulièrement denticulé; du sommet de l'ovaire naît un style court qui se termine ordinairement par deux stigmates subulés, rarement par trois qui sont planes, comme dans le Chêne par exemple. L'ovaire offre deux ou trois loges, très - rarement un nombre plus grand, comme dans le Châtaignier commun, par exemple, qui en a de quatre à sept. Il est important de remarquer que le nombre des stigmates correspond exactement au nombre des loges du fruit, et que dans les espèces de Châtaignier qui ont six ou sept loges, on trouve un égal nombre de stigmates. Chaque loge contient un ou deux ovules seulement; dans le premier cas, ces ovules sont suspendus, c'est-à-dire attachés au sommet de la loge, mais latéralement; dans le second cas, les ovules sont attachés vers le milieu ou même vers la base de la cloison. Le fruit est constamment un gland, c'està-dire un fruit à péricarpe, sec, indéhiscent, provenant d'un ovaire infère, marqué d'un petit ombilic à son sommet, le plus souvent à une seule loge et à une seule graine, par suite d'avortement, quelquefois cependant à deux loges et à deux graines. Ces glands sont enveloppés en tout ou en portie dans une cupule dont la nature varie. Ainsi cette cupule peut ne contenir qu'une seule fleur ou en envelopper plusieurs. Elle peut être formée de petites écailles imbriquées et soudées ensemble dans leur partie inférieure, comme dans le Chêne; elle peut être composée de folioles plus ou moins longues, comme dans le Noisetier, le Charme; enfin elle peut être analogue à une sorte de péricarpe hérissé de pointes roides et s'ouvrir en plusieurs pièces régulières ou irrégulières, comme dans le Hêtre et le Châtaignier. Les graines, dans tous les genres qui forment cette famille, sont constamment d'une grosseur proportionnelle au volume général du fruit.

Elles se composent d'un tégument propre, d'une couleur brune extérieurement, pulvérulent ou même soyeux. L'embryon est immédiatement placé sous le tégument propre. Il est renversé, ainsi que là graine, et formé de deux cotylédons extrêmement gros et épais, fréquemment soudés entre eux par leur face interne. La radicule est courte et conique.

La famille des Cupuliférées se compose des genres: Chêne, Quercus; Coudrier, Corylus; Charme, Carpinus; Châtaignier, Castanea; et Hêtre, Fagus. Ces genres faisaient partie du groupe des Amentacées, ainsi que nous l'avons dit précédemment. Elle se rapproche des Conifères, qui s'en distinguent surtout parleur endosperme; et leur ovaire, constamment à une seule loge et à un seul ovule. Elle a aussi beaucoup de rapports avec les autres familles qui ont été formées aux dépens des Amentacées, mais elle en diffère par des caractères particuliers. Ainsi elle s'éloigne des Ulmacées, des Salicinées et des Myricées par son ovaire constamment infère, tandis qu'il est supère dans ces trois familles. On la distingue des Bétulacées par la structure de ses fruits qui sont simples, environnés d'une cupule; tandis que dans cette dernière famille, les fruits sont minces, réunis à l'aisselle d'écailles épaisses persistantes qui constituent de véritables cônes. (A. R.)

* CUPULITE. Cupulita. ACAL. Genre de l'ordre des Acalèphes libres, établi par Quoy et Gaimard (Voyage autour du Monde, p. 85, pl. 14 et 15), et caractérisé ainsi qu'il suit: Animaux mous, transparens, réunis deux à deux par leur base et entre eux par les côtés, à la file les uns des autres, formant des chaînes flottantes, dont une des extrémités est terminée par une queue rougeâtre, rétractile, probablement formée par les ovaires; chaque Animal ayant la forme d'une petite outre, à une seule ouverture communiquant à un canal très-évasé au dedans.

Les auteurs de ce genre ont adopté

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le nom de Cupulite, parce que ces Animaux, pris isolément, ont quelques rapports de forme avec la cupule d'un Gland. Chacun d'eux est uni par sa base à un de ses congénères et par les côtés à un autre, de manière à former une chaîne plus ou moins longue, dans le genre de celles des Biphores. De même qu'eux, ils n'adhèrent que faiblement les uns aux autres et peuvent vivre séparés. C'est du moins ce qui eut lieu pour un grand individu qui fut trouvé désuni. Cependant il existe une difficulté à cet égard; si les Cupulites peuvent se séparer impunément, à quoi sert cette espèce de queue rouge qu'on voit à l'une des extrémités de la réunion et qui semble être un chapelet d'ovaires? Elle est contractile et imprime des mouvemens à la masse entière. Appartient-elle à tous, ou seulement à quelques-uns? et en cas de désagrégation complète, que devient-elle? Voilà des questions que de nouvelles observations pourront seules résoudre. Quoi qu il en soit, chaque Animal, pris séparément, est arrondi sur les côtés, aplati à son fond, et présente à l'autre extrémité un petit col renflé, terminé par une ouverture étroite et arrondie; c'est la bouche, qui s'élargit aussitôt des deux côtés pour former une ample cavité, dans laquelle on ne voit aucune trace de viscères. Les bords de cette cavité servent à la progression de l'individu; et lorsqu'il y en a plusieurs réunis, elle agit de concert àvec l'espece de queue générale pour les mouvemens de la masse. (AUD.)

CURAGE. BOT. PHAN. Syn. vulgaire du Polygonum hydropiper. V. RENOUÉE. (B.)

CURAGUA. BOT. PHAN. Molina, dans son Histoire du Chili, mentionne sous ce nom une petite espèce de Maïs qui serait très-remarquable en ce qu'elle aurait ses feuilles dentées. (B.)

CURANGUE. Curanga. BOT. PHAN. Genre établi par A.-L. Jussieu (Ann, du Muséum., V. 9, p. 319) sur une Plante rapportée de Java par Commerson et qui ressemble parfaitement au Serratula amara de Rumph (Herb. Amboin., v. 5, p. 459, t. 170). Linné l'avait citée comme synonyme de son Scutellaria indica, nonobstant ses deux étamines et son fruit capsulaire rempli de graines très-menues, qui l'éloignent de la famille des Labiées. Ce genre semble donc absolument distinct et offre les on factères suivans qui résultent de oeux donnés par Rumph pour la fleur et de l'examen du fruit par Jussieu: calice â quatre divisions, dont deux extérieures beaucoup plus grandes; corolle plus courte que le calice, monopétale, hypogyne, à deux lèvres, dont la supérieure est trilobée, et l'inférieure à un seul lobe beaucoup plus large; deux étamines attachées sous la lèvre supérieure; ovaire libre, surmonté d'un style persistant, et se changeant en une capsule pointue et recouverte par les divisions agrandies du calice, a deux valves et à deux loges pleiues de petites graines séparées par une cloison parallèle aux valves, qui porte vers son milieu deux placentas légèrement saillans. D'après ces caractères, le professeur Jussieu assigne à ce genre une place parmi les Scrophularinées, non loin des Pœderota et des Gratiola; il a fait dériver le nom de Curanga de celui de Daun Cucu rang qui désigne en malais l'unique espèce dont le genre sa compose. Vahl, qui l'avait adopté dans son Enumeratio Plantarum, p. 100, avait mal orthographié ce mot en l'écrivant Caranga. Une seconde erreur typographique s'est glissée dans ou ouvrage important. Rœmer et Sehultes (Syst. Veget., 1, p. 138) ont à tort écrit Curania, et déjà quelques botanistes ont copié cette nouvelle faute.

Le Curanga amara croît à Java et dans les autres îles de l'archipel Indien. Sa tige est herbacée, 'traçante; ses feuilles sont simples et opposées; ses fleurs sont peu nombreuses et portées sur des pédoncules axillaires. Le nom spécifique de cette Plante indique des propriétés toniques, vérifiées par l'emploi qu'en font les ha-

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bitans d'Amboine pour guérir les fièvres tierces. C'est, dans cette île, un remède aussi populaire que l'Erythrée petite Centaurée et le Trèfle d'eau, en Europe. (G..N.)

* CURANIA. BOT. PHAN. (Rœmer et Schultes.) V. CURANGA.

* CURARE. Célèbre poison végétal, en grand usage parmi les habitans de l'Orénoque pour empoisonner leurs flèches, et provenant d'une Liane qui appartient probablement à un genre voisin du Strychnos. Les jeunes rameaux de cette Plante sont presque cylindriques, velus, marqués entre les pétioles d'un rang de poils plus roides, terminés par une pointe filiforme, alternes par l'avortement d'un autre rameau opposé; les feuilles sont opposées, ovales-oblongues, très-aiguës, très-entières, marquées de trois nervures qui s'anastomosent diversement entre elles, membraneuses, presque glabres, bordées de cils, d'un vert tendre, plus pâles en dessous; les fleurs et les fruits encore inconnus. D'après ces caractères, le Curare ne peut être une espèce du genre Phyllanthus, parce que les feuilles, dans celui-ci, sont alternes et pourvues de deux stipules, tandis que dans le Curare les feuilles sont opposées et sans traces de stipules. L'idée de Willdenow, que le Curare appartient au genre Coriaria dont les baies seules sont vénéneuses, est tout aussi peu admissible. Les feuilles de la Coriaire sont un peu charnues et quelquefois alternes; dans le Curare elles sont membraneuses et constamment opposées entre elles. Les pétioles, dans la Coriaire, sont sensiblement articulés avec les rameaux, et tombent facilement dans les échantillons desséchés; le Curare, au contraire, n'offre point d'articulation. Les petites gemmules dont Jussieu fait mention à l'occasion de la Coriaire ne se rencontrent point dans le Curare. Enfin les jeunes rameaux sont anguleux dans la Coriaire, cylindriques dans le Curare. Ils ont, dans celui-ci, une tendance à se prolonger en vrille comme dans le Rouhamon d' Aublet. C'est à ce dernier genre que nous rapporterons le Curare, carles véritables Strychnos paraissent appartenir exclusivement aux Indes-Orientales. Dans le Curare on trouve un rang de petits poils entre chaque paire de pétioles, et ce caractère, observé depuis long-temps dans les Strychnées qui sont connues par leurs propriétés délétères, est d'un grand poids dans le rapprochement que nous croyons être en droit de faire entre des Plantes si vénéneuses.

C'est à Humboldt que nous devons la première et seule connaissance du Curare; c'est de lui que nous empruntons les renseignemens suivans relatifs à la préparation de cette substance, et à son action sur l'économie animale (Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent; par Al. de Humboldt et A. Bonpland, T. II p. 547–556). « Lorsque nous arrivâmes à l'Esmeralda, dit Humboldt, la plupart des Indiens revenaient d'une excursion qu'ils avaient faite à l'est, au-delà du Rio-Padamo, pour recueillir les Jouvias ou fruits du Bertholletia, et la Liane qui donne le Curare. Ce retour était célébré par une fête qu'on appelle dans la mission la fiesta de las Jouvias, et qui ressemble à nos fêtes des moissons et des vendanges…. On donne à la Liane (Bejuco) dont on se sert à l'Esmeralda pour la préparation du poison, le même nom que dans les forêts de Javita. C'est le Bejuco de Mavacure, que l'on recueille abondamment à l'est de la mission, sur la rive gauche de l'Orénoque, au-delà du Rio-Amaguaca, dans les terrains montueux et granitiques de Guanaya et de Yumariquin….. On emploie indifféremment le Mavacure frais ou desséché depuis plusieurs semaines. Le suc de la Liane, récemment cueilli, n'est pas regardé comme vénéneux; peut-être n'agit-il d'une manière sensible que lorsqu'il est fortement concentré. C'est l'écorce et une partie de l'aubier qui renferment ce terrible poison. On racle avec un

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couteau des branches de Mavacure de quatre à cinq lignes de diamètre; l'écorce enlevée est écrasée et réduite en filamens très-minces sur une pierre à broyer de la farine de Manioc. Le suc vénéneux étant jaune, toute cette masse filandreuse prend la même couleur. On la jette dans un entonnoir de neuf pouces de haut et de quatre pouces d'ouverture. Cet entonnoir est, de tous les ustensiles du laboratoire indien, celui que le maître du poison (c'est le titre que l'on donne au vieux Indien qui est chargé de la préparation du Curare), amo del Curare, nous vantait le plus…. C'était une feuille de Bananier roulée en cornet sur elle-même, et placée dans un autre cornet plus fort de feuilles de Palmier. Tout cet appareil était soutenu par un échafaudage léger de pétioles et de rachis de Palmier. On commence à faire une infusion à froid en versant de l'eau sur la matière filandreuse, qui est l'écorce broyée du Mavacure. Une eau jaunâtre filtre pendant plusieurs heures goutte par goutte à travers l'embudo ou entonnoir de feuillage. Cette eau filtrée est la liqueur vénéneuse, mais elle n'acquiert de la force que lorsqu'elle est concentrée par évaporation, à la manière des mélasses, dans un grand vase d'argile. L'Indien nous engageait de temps en temps à goûter le liquide. On juge d'après le goût plus ou moins amer si la concentration par le feu a été poussée assez loin. Il n'y a aucun danger à cette opération, le Curare n'étant délétère que lorsqu'il entre immédiatement en contact avec le sang, Aussi les vapeurs qui se dégagent de la chaudière ne sont-elles pas nuisibles, quoi qu'en aient dit les missionnaires de l'Orénoque.

» Le suc le plus concentré du Mavacure n'est pas assez épais pour s'attacher aux flèches. Ce n'est donc que pour donner du corps au poison que l'on verse dans l'infusion concentrée un autre suc végétal extrêmement gluant et tiré d'un Arbre à larges feuilles, appelé Kiracaguero. Comme cet Arbre croît à un très-grand éloignement de l'Esmeralda, et qu'à cette époque il était tout aussidépourvu de fleurs et de fruits que le Bejuco de Mavacure, je ne suis pas en état de le déterminer botaniquement….. Au moment où le suc gluant de l'Arbre Kiracaguero est versé dans la liqueur vénéneuse bien concentrée et tenue en ébullition, celle-ci se noircit et se coagule en une masse de la consistance du goudron ou d'un sirop épais. C'est cette masse qui est le Curare du commerce…. On vend le Curare dans des fruits de Crescentia; mais comme sa préparation est entre les mains d'un petit nombre de familles, et que la quantité de poison qui est attachée à chaque flèche est infiniment petite, le Curare de première qualité, celui de l'Esmeralda et de Mandavaca, se vend à un prix extrêmement élevé. J'en ai vu payer deux onces cinq à six francs. Desséchée, cette substance ressemble à de l'Opium, mais elle attire fortement l'humidité lorsqu'elle est exposée à l'air. Son goût est d'une amertume très-agréable, et nous en avons souvent avalé de petites portions, Bonpland et moi. Le danger est nul si l'on est bien sûr que l'on ne saigne pas des lèvres ou des gencives….. Les Indiens regardent le Curare, pris intérieurement, comme un excellent stomachique. Le même poison préparé par les Indiens Piraous et Salivas, quoique assez célèbre, n'est pas aussi recherché que celui de l'Esmeralda. Les procédés de la fabrication paraissent partout à peu près les mêmes, mais il n'y a aucune preuve que les différens poisons vendus sous le même nom à l'Orénoque et à l'Amazone soient identiques et tirés des mêmes Plantes, A l'Orénoque, on distingue le Curare de Raiz (de racine) du Curare de Bejuco (de Lianes ou d'écorces de branches). Je n'ai vu préparer que le second: le premier est faible et beaucoup moins recherché…..

» Je n'entrerai ici dans aucun détail sur les propriétés physiologiques

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de ces poisons du Nouveau-Monde (le Woorara, le Curare, le Ticuna), qui tuent avec la même promptitude que les Strychnées de l'Asie (la Noix vomique, l'Upas-Tieuté et la Fève de Saint-Ignace), mais sans provoquer des vomissemens lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac, et sans annoncer l'approche de la mort par l'excitation violente de la moelle épinière…. Sur les rives de l'Orénoque, on ne mange guère de Poule qui n'ait été tuée parla piqûre d'une flècheempoisonuée. Les missionnaires prétendent que la chair des Animaux n'est bonne qu'autant que l'on emploie ce moyen. Des grands Oiseaux, par exemple un Guan (Pava de monte) ou un Hocco (Alector) piqué à la cuisse, meurent en deux à trois minutes; il en faut souvent plus de dix à douze pour faire périr un Cochon ou un Pécari. Bonpland trouvait que le même poison, acheté dans différens villages, présentait de grandes différences……….. J'ai mis en contact le Curare le plus actif avec les nerfs cruraux d'une Grenouille sans apercevoir aucun changement sensible, en mesurant le degré d'irritabilité des organes au moyen d'un arc formé par des métaux hétérogènes. Mais les expériences galvaniques ont à peine réussi sur les Oiseaux, quelques minutes après que je les avais tués par une flèche empoisonnée. Ces observations offrent de l'intérêt, si l'on se rappelle que la solution de l'Upas-Tieuté, versé sur le nerf sciatique ou insinué dans le tissu du nerf, ne produit aucun effet sensible sur l'irritabilité des organes par le contact immédiat avec la substance médullaire. Dans le Curare, comme dans la plupart des autres Strychnées, le danger ne résulte que de l'action du poison sur le système vasculaire…. C'est une opinion très-générale dans les missions qu'il n'y a pas de guérison possible si le Curare est frais, bien concentré, et qu'il ait séjourné long-temps dans la plaie, de sorte qu'il soit entré abondamment dans la circulation. De tous les spécifiques qu'on emploie sur les bords de l'Orénoque, et, selon Leschenault, dans l'archipel de l'Inde, le plus célèbre est le muriate de Soude. On frotte la plaie avec ce sel, et on le prend intérieurement. Je n'ai eu par moimême aucune preuve directe et suffisamment convaincante de l'action de ce spécifique, et les expériences de Delile et Magendie prouvent plutôt contre l'utilité de son emploi. Sur les bords de l'Amazone, on donne parmi les antidotes la préférence au sucre, et comme le muriate de Soude est une substance à peu près inconnue aux Indiens des forêts, il est probable que le miel d'Abeilles et ce sucre farineux que transsudent les Bananes séchées au soleil, ont été anciennement employés dans toute la GuianeC'est en vaiu qu'on a tenté l'Ammoniaque et l'eau de Luce contre le Curare….. On peut impunément blesser des Animaux avec des flèches empoisonnées lorsque la plaie est bien ouverte, et que l'on retire la pointe enduite de poison immédiatement après la blessure. En appliquant dans ce cas le Sel ou le Sucre, on est tenté de les prendre pour d'excellens spécifiques. Les Indiens qui ont été blessés à la guerre par des armes trempées dans du Curare nous ont décrit les symptômes de l'empoisonnement comme entièrement semblables à ceux que l'on observe dans la morsure aes Serpens. L'individu blessé sent des congestions vers la tête; des vertiges le forcent de s'asseoir par terre; il a des nausées; il vomit à plusieurs reprises; et, tourmenté par une soif dévorante, il éprouve un engourdissement dans les parties voisines de la plaie. (K.)

CURASSO. OIS. L'un des noms vulgaires du Hocco. V. ce mot. (B.)

CURATARI. BOT. PHAN. Pour Couratari. V. ce mot. (B.)

CURATELLE. Curatella. BOT. PHAN. Linné a établi sous ce nom un genre de Plantes dicotylédones polypétales, d'abord placé par Jussieu dons la famille des Maguoliacées, mais

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qui entre dans la nouvelle famille des Dilléniacées de De Candolle. Ses caractères sont: un calice persistant, composé de quatre à cinq sépales arrondis. Les étamines sont fort nombreuses et hypogynes. Les pistils sont au nombre de deux; les ovaires sont arrondis, soudés ensemble par leur côté interne et inférieur. Chaque ovaire est surmonté d'un style filiforme que termine un stigmate petit et capitulé. Le fruit se compose de deux capsules uniloculaires, contenant chacune une ou deux graines ovoïdes lisses; elles s'ouvrent en deux valves par leur côté interne.

Ce genre ne so compose que de deux espèces, Curatella americana, L., Aubl. Guian. 1, p. 579, t. 232, et Curatella alata, Ventenat, Choix de Pl., p. 49, t. 49, qui probablement n'est pas du même genre que la première. Ces deux espèces sont originaires des forêts de la Guiane; ce sont des Arbustes à feuilles alternes, à pétioles ailés, et à fleurs disposées en grappes ou en panicules. La CURATELLE D'AMÉRIQUE, Curatella americana, L., est un Arbrisseau de sept à huit pieds d'élévation; son tronc est tortueux; ses feuilles alternes courtement pétiolées, ovales, sinueuses sur les bords, extrêmement rudes des deux côtés. Aussi dans le pays s'en sert-on pour polir les vases de Métal. Les Cayennois le désignent sous le nom d'Acajou bâtard. (A. R.)

CURCAS. BOT. PHAN. C'est le nom spécifique du Médicinier cathartique, Jatropha de Linné. Comme cette espèce, ainsi que plusieurs autres, offre deux enveloppes, dont l'une intérieure pétaloïde, quelques auteurs ont proposé d'en faire un genre distinct, auquel Adanson donne le nom de Curcas, qui se trouve ainsi synonyme de Custiglionia de Ruiz et Pavon. Celui de Jatropha serait alors réservé aux espèces dépourvues de corolle. (A. D. J.)

CURCULIGINE. BOT. PHAN. Même chose que Curculigo. V. ce mot.

CURCULIGO. BOT. PHAN Ce genre a été établi par Gaertner (de Fruct., vol. 1, p. 63) sur une Plante que Rumph avait figurée dans l'Herbier d'Amboine, vol. 5, t. 54, fig. 1. R. Brown (Prodrom. Nov.-Holl, p. 289), en décrivant une espèce de la Nouvelle-Hollande, a ainsi exposé ses caractères génériques: périanthe supère dont le tube est soudé avec le style et persistant; le limbe à six divisions planes et caduques; six étamines; ovaire triloculaire à loges polyspermes, surmonté d'un seul style et de trois stigmates adnés aux angles du style ou rarement séparés. Le fruit est une sorte de baie oblongue, couronnée par le tube du périanthe, et renfermant des graines distinctes de la pulpe, remarquables par leur ombilic latéral et en forme de petit bec. C'est ce véritable ombilic que Gaertner appelle Processus corneus lateralis, et qui, en raison de sa ressemblance avec une mandibule de Charanson (Curvulio), a servi d'étymologie au nom générique. Ce genre, voisin de l'Hypoxis et non du Gethyllis, ainsi que semblerait l'indiquer la synonymie d'une espèce de ce dernier, a été placé par l'illustre botaniste anglais dans un groupe qui tient le milieu entre les Amaryllidées et les Asphodélées; il appartient d'ailleurs à l'Hexandrie Monogynie, L. Malgré les observations de Robert Brown (loc. cit., p. 290), qui établissent positivement que les genres Curculigo et Campynema, Labill., sont essentiellement districts, Sprengel les a crus identiques. Les espèces de ce genre, au nombre de cinq, sont toutes indigènes du Bengale et des autres grandes contrées du continent de l'Inde Le Curculigo orchioïdes, Gaert., Orchis Amboinica, Rumph, a été figuré de nouveau dans la belle Flore de Coromandel, tab. 15, par Roxburg. On cultive cette Plante en Angleterre, ou du moins elle est mentionnée dans l'Hortus kewensis, ainsi que les Curculigo brevifolia; C. latifolia, C. recurvata et C. plicata: mais quelques auteurs ont rapporté cette dernière au genre

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Gethyllis. L'espèce de la NouvelleHollande décrite par R. Brown est le C. ensifolia. (G..N.)

CURCULIO. INS. V. CHARANSON.

CURCUMA. BOT. PHAN. Famille des Cannées de Jussieu ou des Scitaminées de Brown, Monaudrie Monogynie. Ce genre, établi par Linné, offre les caractères suivans: périanthe double, l'extérieur à trois divisions courtes; l'intérieur campanulé, trifide; labelle trilobé; anthère double, portant deux espèces d'éperons; filet de l'etamine pétaloïde et trilobé; stigmate crochu. Les fleurs sont disposées en épi très-dense sur une sorte de hampe qui s'élève de la racine. Celle-ci est charnue et tubéreuse. Deux espèces indigènes des Indes-Orientales composaient originairement ce genre; et, parce que leurs racines ont une forme générale fort différente, Linné avait nommé ces Plantes C. longa et C. rotunda; mais, selon Roscoë (Trans. Linn. Soc., vol. VIII, p. 351), cette dernière doit être rapportée augenre Kœmpferia; et comme il existait déjà un K. rotunda, L., le nom de à. ovata lui a été substitué. Le déplacement de cette Plante nous explique les différences du caractère générique donné par Linné; car Roscoë et Dryander pensent qu'il a été établi sur le Curcuma rotunda, Quant aux vrais Curcuma, leur nombre s'est accru depuis quelques années de toutes les espèces nouvelles décrites par Roxburg dans la Flore de Coromandel. Roscoë n'en avait mentionné que trois espèces, savoir, les C. longa, C. Zedoaria et C. montaria. Celle-ci est une Plante de l'Inde, figurée dans Roxburg (Fl. Coromandel., vol 2, tab. 151). Les autres espèces de Roxburg sont toutes indigènes du continent de l'Inde. Nous allons décrire brièvement la première, vu son emploi dans la thérapeutique, les arts chimiques et la teinture.

Le CURCUMA LONG, Curcuma longa, a des feuilles lancéolées, longues de plus de trois décimètres, glabres, à nervures latérales, obliques et engaînantes à la base. Du milieu de ces feuilles naît un épi court, gros, sessile et imbriqué d'écailles qui soutiennent chacune deux fleurs environnées à leur base de spathes. Rhéede (Hort. Malabar., 2, t. 10) et Jacquin (Hist., vol. 3, t. 4) ont figuré cette Plante. Sa racine a une saveur âcre, un peu amère; son odeur est pénétrante; en un mot elle est très-analogue aux autres racines des Plantes de la même famille, telles que le Gingembre, la Zédonire, le Galanga, et jouit comme elles, mais à un plus faible degré, de propriétés stimulantes. Mais considérée comme substance tinctoriale, cette racine devient très-précieuse. Le principe colorant qu'elle contient est le jaune orangé le plus éclatant qu'on connaisse, mais qui malheureusement n'a point de fixité. Cependant on l'emploie quelquefois pour dorer les jaunes de gaude, et donner plus de feu à l'écarlate. Comme ce principe est soluble dans les corps gras, les pharmaciens en font usage pour colorer leurs huiles, pommades et cérats. Elle sert aussi à préparer le papier de Curcuma, réactif extrêmement sensible, et qui décèle la présence des alcalis par la nuance rouge qu'il prend à l'instant même. Pelletier et Vogel ont fait l'analyse de cette racine connue dans le commerce sous le nom de Terra Merita (Journal de Pharmacie, T. I, p. 289). Ils y ont trouvé, en outre de la matière colorante qu'ils regardeut comme d'une nature particulière et présentant quelque analogie avec les Résines: 1° une substance ligneuse, 2° de la fécule amilacée, 3° une matière brune extractive, 4° une petite quantité de Gomme, 5° une huile volatile très-âcre., et 6° un peu d'Hydrochlorate de Chaux

Le professeur De Candolle, dans son Essai sur les propriétés des Plantes, fait remarquer que la plupart des Plantes exotiques, riches en matière colorante jaune, ont été nommées improprement Safran par les voyageurs, et Curcuma par les Arabes, de même que les uns et les autres ont confondu sous les noms de Gingem-

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bre et de Galanga les Cannées âcres et amères, ce qui a fort embrouillé la nomenclature de cette famille. (G..N.)

CURCURITO. BOT. PHAN. Espèce de Palmier qui croît sur les bords de l'Orénoque, et dont le genre n'est pas encore suffisamment déterminé, (A. R.)

CUREDENT D'ESPAGNE. BOT. PHAN. Nom vulgaire du Daucus Visnaga, L. V. VISNAGE. (B.)

* CURÉMA. POIS. (Marcgraaff.) Poisson des eaux douces du Brésil dont la chair est très-bonne, qui n'a pas de dent, el qu'on présume être un Saumon du sous-genre Curimate. (B.)

CURE-OREILLE. INS. et BOT. CRYPT. L'un des noms vulgaires des Forficules, étendu à une espèce de Champignon du genre Hydne, Hydnum auriscalpium. (B.)

CURET. BOT. On donne ce nom dans quelques provinces de la France aux Laîches, aux Prêles ainsi qu'aux Charagnes dont on se sert pour nettoyer ou récurer les casseroles à cause de leur rudesse. (B.)

CURIACACA. OIS. (Hernandez.) Syn. de Matuiti des rivages. V. ce mot. (B.)

CURIMATE. POIS. Sous-genre formé par Cuvier parmi les Saumons. V. SAUMON (B.)

CURINIL. BOT. PHAN. L'Arbrisseau décrit et figuré sous ce nom dans Rhéede paraît être une Plante de la famille des Apocinées, dont il est impossible de déterminer le genre. C'est un Arbrisseau à tige flexible et presque grimpante, dont les feuilles sont simples et opposées; les pédoncules axillaires et multiflores; les fleurs ont cinq pétales, cinq étamines et un ovaire libre, qui devient un fruit oblong; contenant une seule noix.(A. R.)

* CURITIS. BOT. PHAN. Les anciens désignaient une Verveine sous ce nom, suivant Ruel. (B.)

CURLU. OIS. L'un des noms vulgaires du Courli. V. ce mot. (B.)

CURMA. BOT. PHAN. V. CHUMAR.

CURMASI. BOT. PHAN. Syn. de Cerisier Laurier-Cerise. V. CERISIER. (A. R.)

* CURRADA PALA. BOT. PHAN. (L'Ecluse.) Syn. de Nerium antidyssentericum, L. V. WRIGHTIA. (B.)

* CURRECOU. OIS. Dampier paraît avoir désigné le Hocco sous ce nom dans la Relation de ses Voyages. (B.)

CURRUCA. OIS. Ce nom, que Gesner pense désigner une Fauvette, dans le nid de laquelle le Coucou dépose ses œufs de préférence, a été après lui appliqué par divers ornithologistes à des espèces nombreuses et de genre fort différent. Il est maintenant à peu près banni de la nomenclature scientifique. (B.)

CURRUS. POIS. L'un des noms anciens du Picarel, Sparus Smaris. V. PICAREL. (B.)

CURSORES. OIS. V. COUREURS.

CURSORIPÈDES. OIS. On désigne quelquefois sous ce nom les Oiseaux dont le pied façonné pour la course n'est, comme celui de l'Autruche, composé que de doigts antérieurs au nombre de deux ou de trois. Ils sont peu nombreux. (B.)

CURSORIUS. OIS. (Latham.) V. COURE-VITE.

CURTISIE. Curtisia. BOT. PHAN. Deux genres ont été établis presque à la même époque sous le nom de Curtisia, l'un par Schreber dans son Genera Plantarum publié en 1790; l'autre par Aiton dans la première édition du Jardin de Kew, et adopte par Lamarck dans le premier volume des Illustrations des genres. Le premier de ces genres fut adopté par Gmelin (Systema Vegetab.) en 1791. Le second le fut par Willdenow (Species Plant.) et par Persoon. Le genre fondé par Schreber fut reconnu pour une espèce de Zanthoxylum, auquel on donna le nom de Zanthoxylum simplicifolium; en sorte qu'il ne resta plus que le genre Curtisia établi par Aiton et par Lamarck. Ce genre avait été créé pour un Arbre originaire du cap de Bonne-Espérance, que Bur-

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mann avait décrit et figuré dans ses Decades Plant. Afric., p. 235, t. 82, sous le nom de Sideroxylon. Nous allons faire voir tout à l'heure combien on avait mal décrit ce genre et combien sa structure était imparfaitement connue: aussi avait-il été impossible d'assigner rigoureusement la place de ce genre dans la série des ordres naturels. La description abrégée que nous allons en donner, a été faite sur les échantillons authentiques de l' Herbier même de Burmann, qui fait partie des magnifiques collections du baron Benjamin Delessert.

La Curtisia faginea, Lamk., Ill. gen. 1, p. 295, t. 71, ou Sideroxylon, Burm., Dec. Plant. Afr., p. 235, t. 82, est un grand Arbre originaire du Cap. Ses rameaux sont opposés, ainsi que ses feuilles qui sont simples, pétiolées, coriaces, dentées, glabres en dessus, légèrement pubescentes en dessous, surtout cans les feuilles qui garnissent les jeunes rameaux. Les fleurs sont extrêmement petites, disposées en panicule rameuse et terminale, dont les ramifications sont tomenteuses. Le calice est turbiné à sa base qui adhère avec l'ovaire infère; son limbe est à quatre segmens semiovales, aigus, pubescens en dehors, ainsi que le tube qui est strié longitudinalement. Les pétales, au nombre de quatrè, sont ovales, aigus, sessiles, un peu plus longs que les segmens du calice; les quatre étamines, alternant avec les pétales et un peu plus courts qu'eux, out leurs filets subulés et glabres, leurs anthères introrses, globuleuses, didymes, à deux loges, s'ouvrant par un sillon longitudinal; le style est court, glabre et se termine par un très-petit stigmate quadrilobé; le sommet de l'ovaire, qui en est la seule partie saillante au fond de la fleur, est hérissé de poils laineux. Coupé en travers, cet ovaire offre quatre loges, contenant chacune un seul ovule attaché à son sommet. Le fruit est une drupe ou mieux un nuculaine ovoïde allongé, strié longitudinalement, offrant, vers son sommet, un petit rebord formé par les quatre dents du limbe calicinal; il contient dans son intérieur un seul noyau osseux, à quatre loges monospermes. La différence essentielle et de la plus haute importance, qui existe entre notre description et celle de tous les auteurs, c'est que tous, d'après Lamarck, décrivent le calice comme inférieur, et par conséquent l'ovaire libre, tandis que réellement il est infère. Il nous devient dès-lors assez facile d'assigner la place de ce genre dans la série des ordres naturels. Il nous paraît avoir la plus grande affinité avec le genre Cornus, et vient se placer dans le groupe que nous avons désigné sous le nom d'Hédéracées (V. Botanique médicale, 2e partie, p.449). En effet, le caractère essentiel de cette petite famille, qui nous semble former le passage entre les Caprifoliacées et les Araliacées, consiste dans son ovaire infère, à plusieurs loges uniovulées, dans sa corolle polypétale, et dans son fruit charnu, contenant un ou plusieurs noyaux. Or, ces caractères existent tous dans le genre Curtisia qui, par conséquent, doit être placé dans la famille des Hédéracées auprès du genre Cornus. (A. R.)

* CURTOGYNE. Curtogyne. BOT. PHAN. Le doéteur Haworth, dans son ouvrage intitulé: Révision des Plantes grasses, etc., forme un genre distinct dés Crassula undata et Crassula undulata, auquel il donne le nom de Curtogyne. Nous pensons que ce genre doit être simplement considéré comme une section du genre Crassule. V. ce mot. (A. R.)

CURTOPOGON. BOT. PHAN. (Palisot-Beauvois.) V. ARISTIDE.

* CURTURADA. OIS. Syn. brésilien de Tetrao guianensis, L., espèce du genre Perdrix. V. ce mot. (B.)

CURUA OU CURUBA. BOT. PHAN. (Marcgraaff.) Syn. brésilien de Trichosanthes anguina. V. TRICHOSANTHE. (B.)

CURUCAU. OIS. Nom générique des Echassiers au Paraguay. (DR..Z.)

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* CURUIRI. BOT. PHAN. (Marcgraaff.) Arbrisseau du Brésil indéterminé, qui ressemble au Groseilleir et donne des fruits bons à manger. (B.)

CURURU. BOT. ET REPT. (Plumier et Pison.) Syn. de Paulliuie. V. ce mot. C'est aussi le nom de pays du Pipa, (B.)

* CURURURYYRA. REPT. OPH. Enorme Serpent des rivières du brésil, teint de belles couleurs, qui dévore les plus grands ANIMAUX, et qui paraît appartenir au genre boa. (B.)

* CURVAINGIS. BOT. PHAN. C'est ainsi que Du Petit-Thouars (Hist. des Orchidées des îles australes d'Afrique) désigne l'Angrœcum recurvum, Plante qu'il place dans le groupe des Angorchis, et qu'il caractérise par l'éperon du la belle plus long que le pédoncule et coudé. Elle fleurit au mois de février dans les îles de France et de Mascareigne, où Du Petit— Thouars l'a découverte. Ses feuilles sont rapprochées, rubanées et bilobées. Du Petit-Thouars l'a figurée (loc. cit., t. 56). (G..N.)

CURVIROSTRE. Curvirostra. OIS. On a quelquefois employé ce nom pour désigner les Oiseaux dont le bec est courbé à la pointe. Il a été donné par quelques-uns comme générique au Bec-Çroisé, et comme spécifique au meme Animal par Linné. V. LOXIÀ. (B.)

* CURVOPHYLIS. BOT. PHAN. Nom proposé par Du Petit-Thouars (Hist, des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour le Cymbidium ou Bulbophyllum incuroum. Cette Orchidée, que ce savant place dans le groupe des Phyllorchis, croît à l'Ile-de-France où elle fleurit au mois d'avril; ses fleurs sont pétaloïdes et jaunâtres, et elle n'a qu'une seule feuille ovale et bilobéc au sommet et naissant d'un tubercule radical. Du Petit-Thouars en a donné une figure dans l'ouvrage cité plus haut, table 94. (G..N.)

* CUSARDUS. OIS. (Gesner.) Syn. de Cochevis, espèce du genre Alouette. V. ce mot. (B.)

CUSCO. OIS. Syn. de Hocco. V. ce mot. (B.)

CUSCUS. MAM. V. Cusos.

CUSCUTE. Cuscute, BOT. PHAN. Genre de Plantes de la famille des Convolvulacées et de la Peptandrie Digynie. L., qui se compose d'environ vingt-quàtre ou vingt-cinq espèces, répandues dans presque toutes les contrées de l'ancien et du nouveau continent. Ce sont toutes de petites Plantes d'un aspect très-singulier; elles sont grêles, dépourvues de feuilles, et s'enlacent autour des herbes voisines aux dépens desquelles elles vivent et s'accroissent, et qu'elles ne tardent point à faire périr. Leurs caractères sont: un calice monosépale à cinq, très-rarement à quatre lobes profonds; Une corolle monopétale Subcampanulée ou globuleuse, à cinq lobes étalés, garnie intérieurement et vers sa base de cinq appendices découpés en forme de feuilles d'Acanthe, et recourbés sur le pistil; lés étamines, an nombre de cinq, sont insérées à la base de chacune des incisions qui partagent le limbe de la corolle; leurs filets sont dressés à peu près dé fa longueur des divisions de la corolle; les anthères sont introrses, à deux loges; l'ovaire est globuleux, déprimé, légèrement stipité à sa base; il est à deux loges qui contiennent chacune deux ovules ascendans; supérieurement il est bilobé et se termine par deux styles, qui se changent bien tôt en deux stigmates cylindriques. Le fruit est une capsule globuleuse ou déprimée, à deux loges et à deux graines, et qui s'ouvre par une scissure circulaire et transversale. Cette capsule ou pyxide est enveloppée dans les enveloppes florales qui sont persistantes. Les graines sont globuleuses, à surface tuberculée; elles contiennent dans l'intérieur d'un endosperme charnu un embryon roule plusieure fois sur lui-même en spirale. Cet embryon présente un caractère fort remarquable. Son extrémité cotylédonaire est parfaitement indivise, en sorte que l'embryon est monocotylédoné et non acotylédoné, comme on le dit généralement. A l'époque de la

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germination, celte extrémité supérieure s'allonge en un filet gréle qui forme la gemmule. Les fleurs, dans toutes les espèces, sont petites, blanchâtres, formant des espèces de petits fascicules à laisselle d'une très-petite écaille qui lient lieu de feuille.

La CUSCUTE COMMUNE, Cuscuta europœa L., est commune dans les prés secs, taps les bois taillis, dans les prairies artificielles, et surtout dans celles de Luzerne. Elle vit en parasite sur ces Végétaux, qu'elle Huit par étouffer et faire périr. Ses tiges sont grêles, filiformes, tout-à-fait dépourvues de feuilles; elles sont volubiles de droite à gauche; les fleurs sont blanches, réunies au nombre de douze à quinze à l'aisselle d'une écaille fort petite. Le premier développement de cette Plante parasite est fort remarquable: ses graines germent sur la terre; leur radicule s'y enfonce; leur gemmule, sous la forme d'un petit filament, s'élève; et aussitôt qu'elle a rencontré une autre Plante, elle s, enroule autour d'elle, s'y cramponne au moyen de petits suçoirs. Dès-lors elle ne lire plus aucune nourriture de la terre, elle vit entièrement aux dépens de la Plante sur laquelle elle est implantée, et bientôt sa tige se sépare de sa racine et ne conserve aucune communication avec le sol.

La CUSCUTE DU THYM, Cuscuta Epithymum (Smith), que Linné ne considérait que comme une simple variété de la précédente, avait été distinguée par les anciens. Dioscoride et Pline L'ont mentionnée sous le nom d'Epithymum. Elle est plus petite que la première, et s'en distingue surtout par ses fleurs entièrement sessiles, tandis que dans la Cuscute commune elles sont légèrement pédonculées, et par ses corolles à quatre divisions seulement. Elle vient sur le Thym, le Serpolet, la Biuyère, le Chanvre, etc. Elle est ainsi que la précédente fort dangereuse pour les champs de Luzerne, de Chanvre, de Lin, etc., lorsque ses Plantes viennent à les attaquer. En effet, elles s'y répandent avec une effrayante rapidité, et font périr tons les pieds qu'elles attaquent. Le seul moyen de s'opposer aux progrès du mal, c'est de faucher ras de terre les places infestées, on d'arracher les plans lorsqu'ils sont annuels. Par ce procédé simple, on s'oppose à la multiplication de la Plante par le moyen de ses graines.

Un grand nombre d'espèces de Cuscute croissent dans l'Amérique méridionale. Outre la Cuscuta americana décrite par Linné, Ruiz et Pavon en ont fait connaître deux espèces, Cuscuta corymbosa et Cuscuta odorata. Dans leur magnifique ouvrage (Nova Genera et Species Am.), Humboldt, Bonpland et Kunth ont fait connaître sept espèces nouvelles, savoir: Cuscuta floribunda, C.fœlida C. grandiflora, C. graveolens, C. obtusijlora, C. Popayensis, et C. umbellata; enfin R. Brown, dans son Prodrome, a décrit deux nouvelles espèces observées par lui à la Nouvelle-Hollande, ce sont les Cuscuta australis et C. carinata, (A.R.)

* CUSICUSIS. MAM. (Gumila.) L'un des noms de pays du Simia trivirgata. V. SAPAJOU. (B.)

CUSOS ou CUSCUS. MAM. On a désigné sous ces noms de petits Animaux des Moluques dont on n'a donné que de très-vagues descriptions, et qui paraissent être des Phalangers. Ils ont la taille de jeunes Lapins, vivent sur les Arbres où ils se nourrissent de fruits; leur poil est épais, crépu, rude, grisâtre, et leur odeur est désagréable. (B.)

CUSPAIRE. BOT. PHAN. Pour Cusparie. V. ce mot. (A.R.)

CUSPARIE. Cusparia. BOT. PHAN. C'est ainsi qu'on appelle, selon Humboldt, l'Arbre qui fournit l'écorce d'Angusture vraie, et que cet illustre voyageur nomme Cusparia febrifuga. Willdenow avait mentionné cet Arbre sous le nom de Bonplandia trifoliata, et le professeur Richard en a donné une description et une figure extrêmement exactes et détaillées dans les Mémoires de l'Institut (Scienc. phys.,

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année 1811, p. 82, t. 10), sous lo nom de Bonplandia angostora; mais comme Cavanilles avait antérieurement donné le nom de Bonplandia à un genre de la famille des Polémoniacées, Humboldt lui a depuis substitué le nom de Cusparia, qui rappelle celui que l'Arbre à l'Angusture porte dans le pays ou il croit. Le nom de Cusparia a été adopté par De Candolle dans un Mémoire qu'il a récemment publié dans les Mémoires du Muséum de Paris (vol. 9, p. 142), où il établit, sous le nom de Cuspariées, une tribu dans la famille des Rutacées, afin d'y ranger les cinq genres Cusparia, Ticorea, Galipea, Raputia et Monniera. Plus récemment encore, Augusie de Saint-Hilaire (Mém. Mus., vol. 10), dans son Mémoire sur le Gynobase, a fait voir que le genre Cusparia de Humboldt ne différait eu aucune manière du Galipea d'Aublet. Nous renvoyons donc au mot Galipea pour donner les caractères de ce genre. V. GALIPÉE. (A. R.)

* CUSPARIÉES. BOT. PHAN. De Candolle, ainsi que nous l'avons dit plus haut, a nommé ainsi une section de la famille des Rutacées, dans laquelle il placait les genres Ticorea, Cusparia, Galipea, Raputia et Monniera. Voici les caractères donnés à cette tribu par le savant auteur du Systema Vegetabilium. Les Cuspariées out toutes des pétales au nombre decinq, ordinairement soudés par leurs bords, de manière à représenter une corolle pseudo monopétale; quelquefois ils sont simplement agglutinés, et peuvent être facilement séparés sans déchirure. Le nombre des étamines est fort variable; quelques-unes d'entre elles sont stériles et difformes; mais deux au moins sont fertiles. L'ovaire est généralement environné par un rebord glanduleux et saillant qui ne donne attache ni aux pétales, ni aux étamines. L'ovaire est formé de cinq coques réunies à leur centre et terminées par un seul style qui parait provenir de cinq styles soudés ensemble. Cet ovaire, coupé en travers, présente cinq loges contenant chacune un ovule. Le fruit se compose de cinq coques monospermes, s'ouvrant par leur côté interne, et dont l'endocarpe osseux reste adhérent avec la graine. Cellesci sont dépourvues d'endosperme.

Les Cuspariées sont des Arbres, des Arbrisseaux ou plus rarement des Plantes herbacées dont les feuilles alternes ou opposées dépourvues de stipules et pétiolées sont composées de trois folioles: elles sont souvent glanduleuses. Les fleurs forment le plus souvent des grappes.

Dans son Mémoire sur le Gynobase (Mém. Mus., vol. x), Auguste SaintHilaire a savamment disserté sur ce groupe de Plantes, qu'il est impossible de séparer des autres Rutacées. Nous renvoyons à ce mot pour exposer les caractères distinctifs de cette tribu. De Candolle, dans le premier volume du Prodromus systematis, etc., profitant des observations d'Auguste Saint-Hilaire, indique les genres suivans comme formant les Cuspariées: Monniera. L.; Ticorea, Auhlet; Galipea, Aublet; Erythrochiton, Nées et Martius; Diglottis, Nées et Martius. V. RUTACÉES. (A. H.)

CUSPIDIE. Cuspidia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie frustranée, L., établi aux dépens des Gorteria par Gaertner (de Fructib. T. II, p. 454) qui le caractérise ainsi: involucre ventru, composé d'écailles aiguës et piquantes, les inférieures plus courtes et étalées, les supérieures aciculaires et diessées; réceptacle alvéolé et couvert de paillettes; fleurons du disque hermaphrodites; demi-fleurons de la circonférence femelles et fertiles; akènes lisses surmontés d'aigrettes élégamment plumeuses, un peu plus courtes que le corps du fruit. Dans ce genre, l'involucre dont les folioles sont hérisséesd aiguillons courts et coniques, à peu près comme les fruits de certaines Luzernes; l'involucre, cisonsnous, tombespontanément à la maturité. Après avoir donné comme type du

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genre le Gorteria vernua de Thunberg et Linné fils, dont l'organisation du fruit est figurée sous le noin d'Aspidelis araneosa (que l'on ne doit pas conserver, puisque celui de Cuspidia accompagne la description), Gaertner indique avee doute comme congénère le Gorteria spinosa; mais cette dernière Plante appartient au genre Bervkkeya de Willdenow. H. Cassini a fait anasi entrer dans ce genre le Gorteria echinata d'Aitou ou Agriphyllum echinalum de Desfontaines, sous la uouvelle dénomination de Cuspidia castrela. (G..N.)

CÚSSAMBIUM. BOT. PHAN. (Rumph.) Syn. de Pistachia oleosa de Loureiro. V. PISTACHIER. (B.)

CUSSAREA. BOT. PHAN (Gmelin.) Pour Coussarea. V. COUSSARÉE.

CUSSO BOT. PHAN Nom vulgaire du genre Hagenia. V. HAGÉNIE. (A. R.)

* CUSSON. POIS. (De Laroche.) Syn. de Squalus Acanthias aux îles Balèares. V. SQUALE. (B.)

CUSSON OU COSSON. INS. Nom vulgaire du Charanson du Blé dans certains départeinens de la France. V. CALANDRE. (AUD.)

CUSSONIE. Cussonia. BOT. PHAN. Famille des Araliacées et Peniandrie Digynie, L. Ce genre, établi par Linné fils, fut d'abord rapporté aux Ombelliferes; mais son affanité avec le Panax a paru telle au professeur de Jussieu, qu'il l'a regardé comme à peine distinct de ce dernier genre, et qu'il a proposé de lui réunir, dans le eas où d serait conservé toutes les especes frutescentes de Panax, ainsi que le Panax undulata d'Aublet, l'Unjala de Rhéede (quoiqu'il soit décrit comme monosperme), et l'Aralia umbellifera, Lamk. Voici, au reste, les caractères qu'on lui a assignes: caliee dont les bords sont distans du réceptacle, à cinq dents et persistant; cinq pétales trigones, aigus et sessiles; cinq étamines et deux styles, d'abord dressés, puis écartés, à stigmates simples; fruit presqu'arrondi, à deux coques, à deux leges, couronné par un rabord. Les Cussonies sont des Arbustes à feuilles digitées, à fleurs disposées en épis ou eu ombelles, à rayons peu nombreux et sans collerette. Le nombre de lems espèces est encore réduit à deux seulement, savoir: la Cussonie à tleurs en thyrses, Cussonia thyrsiflora, L. f., et la C. à fleurs en épi, C. spicata, L. f. Toutes les deux habitent le cap de Bonne-Espérance. On cultive la première dans les serres chaudes d'Europe, mais elle n'y fleurit pas. (G..N.)

CUSSU ET CUSSURU-ARU. MAM. Chez les Malais à Amboine, probablement la même chose que Cusos (V. ce mot), ou parfaitement synonyme de Phalanger. (B.)

CUSSU ET CUSSU-CUSSU. BOT. PHAN. Ces noms désignent à Ternate le Saccharum spicatum de Loureiro et le Panicum colonum de Linné. (B.)

CUSSUTA. BOT. PHAN. (Rumph.) Pour Cassytha. V. CASSYTHE. (B.)

* CUSTINIE. Custinia. BOT. PHAN. Necker appelle ainsi le Tontelea d'Aublet, ou Tonsella de Schreber. V. TONTELÉE. (A. R.)

* CUSTIGLIONIA. BOT. PHAN. (Ruiz et Pavon.) V. CUECAS. (B.)

* CUTERÈBRE. Cuterebra. INS. Genre de l'ordre des Diptères fondé par Clarck (the Bots of Horses, 2° édition), et rangé par Latreille dans la famille des Athéricères avec les caractères qui suivent: soie des antennes plumeuse; une trompe, sans palpes apparens, reçue dans une cavité triangulaire, étroite, prolongée jusque près de la fossette située sous le front; dernier article des antennes le plus grand de tous, presqu'ovoide; articles des tarses et pelotes du dernier proportionnellement plus larges que dans les autres espèces de la même tribu. Les Cuterèbres diffèrent des Céphalémyies et des Œstres par une cavité buccale apparente, par l'écartement des ailes dont les deux nervures longitudinales qui viennent immédiatement après celles du bord

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extérieur sont fermées par une autre nervure transverse près du limbe postérieur; ils diffèrent encore par des cuillerons toujours grands, recouvrant les balanciers, et par un corps très-velu; leurs larves, dépourvues de crochets écailleux à la bouche, vivent sous la peau de divers Quadrupèdes herbivores. La plupart de ces caractères leur sont communs avec les Céphénémyies; mais ils s'en éloignent par la soie des antennes plumeuse, par une trompe sans palpes apparens, et par tous les autres signes que nous avons précédemment mentionnés, et qui sont propres au genre Cuterèbre. Les espèces qui appartiennent à ce genre sont peu nombreuses, et ont été observées dans l'Amérique septentrionale. Les mieux connues sont:

La CUTERÈBRE JOUFLUE, Cuter. buccata, ou l'Œstrus buccatus de Fabricius et d'Olivier. Bosc l'a recueillie à la Caroline; sa larve vit sous la peau d'une espèce de Lièvre du pays.

La CUTERÈBRE EPHIPPIE, C. Ephippium de Latreille et Leach. Cette belle espèce, qui ressemble à un gros Taon, est originaire de Cayenne.

La CUTERÈBRE DU LIÈVRE, Cuter. Cuniculi de Clark (loc. cit., t.2, f.26). Elle a la grosseur du Bourdon terrestre de notre pays. On rencontre sa larve sous la peau du dos des Lièvres des Lapins.

Clark fait connaître deux autres espèces. (AUD.)

CUTICULE. Cuticula. BOT. PHAN. L'épiderme est quelquefois désigné sous ce nom. V. ÉPIDERME. (A. R.)

* CUTSCHULA. BOT. PHAN. Selon Rauwolf, c'est l'un des noms orientaux de la Noix vomique. (B.)

CUTTERA. BOT. PHAN. Genre proposé par Rafinesque aux dépens des Gentianes, et qui doit renfermer, selon cet auteur, les Gentiana saponaria et ochroleuca. (B.)

CUVE DE VÉNUS. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires des Dipsacus vulgaris et fullonum. V. CARDÈRE. (B.)

CUVIÈRE. Cuviera. BOT. PHAN Genre de la famille des Rubiacées et de la Pentandrie Monogynie, L., institué par De Candolle (Annales du Muséum, vol. 9, p.216) en l'honneur de l'illustre auteur de l'Anatomie comparée. Ses caractères sont les suivans: calice dont le tube très-court est adhérent à l'ovaire; le limbe fort long au contraire est à cinq divisions étalées et foliacées; corolle campanulée, à cinq segmens profonds, trèsaigus, et terminés en pointe épineuse à leur sommet; cinq étamines incluses; ovaire non ombiliqué supérieurement, mais surmonté d'un style filiforme, et d'un grand stigmate en forme d'éteignoir pelté ou plutôt d'une cloche renversée et soutenue au centre par un pivot; péricarpe à cinq loges, chacune de celles-ci monosperme. L'auteur de ce genre le place entre le V anguiera et le Nonatelia dans la tribu qu'il établit sous le nom de Guettardacées. Ses caractères sont tellement tranchés qu'on ne peut le confondre avec aucun autre genre, soit de la même tribu, tels que les Psathura, Guettarda, Erythalis, Laugeria, etc., soit de la famille entière des Rubiacées; sa corolle, formée de pétales épineux, est peut-être le premier exemple qu'on ait observé d'une pareille dégénérescence dans ces organes. La forme si particulière de son stigmate, et le nombre quinaire de toutes les parties du système floral sont encore des signes distinctifs très-faciles à saisir au premier coup-d'œil. Le nom de Cuviera a été Proposé par De Candolle, malgré l'existence antérieure d'un genre de même nom, établi par Koeler dans la famille des Graminées, mais qui ne differe en aucune manière de l'Elymus. V. ce mot.

On ne connaît encore qu'une seule espèce de ce genre; c'est un Arbuste indigène de Sierra-Léona, rapporté par Smeathman, et que De Candolle a nommé Cuviera acutiflora; il en a donné une figure (loc. cit., pl. 15), et l'a accompagnée d'une description de laquelle il résulte que cet Arbuste

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a des branches divariquées et dures, des feuilles portées sur de courts pétioles, ovales, oblongues, acuminées et coriaces, et des fleurs nombreuses, disposées en panicules terminales. (G..N.)

CUVIÉRIE. Cuviera. ACAL. Péron et Lesueur ont donné ce nom à un petit groupe de Méduses qu'ils considéraient comme un genre particulier. Lamarck l'a réuni avec raison aux Equorées. Les noms d'hommes étant d'ailleurs fort déplacés comme génériques en zoologie, où l'on peut tout au plus les admettre comme spécifiques, il n'est guère possible d'adopter ici ce nom de Cuviera déjà consacré en botanique. V. CUVIÈRE.(LAM..X.)

* CUY. MAM. Même chose que Coq. V.ce mot. (B.)

CYAME. Cyamus. CRUST. Genre établi par Latreille et classé par lui (Regn. Anim. de Cuv.) dans l'ordre des Isopodes, section des Cystibranches; il comprend les genres Panope et Larunda de Leach, et a pour caractères: quatre antennes dont les deux supérieures plus longues, de quatre articles, le dernier simple ou sans divisions; deux yeux lisses, outre les yeux composés; corps ovale formé de segmens transversaux, dont le second et le troisième n'ayant que des pieds rudimentaires; cinq paires de pieds à crochets, courts ou de longueur moyenne et robustes. Les Cyames ont quelque analogie avec les Leptomères, les Protons et les Chevrolles; mais ils diffèrent essentiellement de ces trois genres par la forme de leur corps, par la longueur moyenne de leurs pates, par le dernier article des antennes supérieures simple, enfin par la présence de deux yeux lisses sur le sommet de la tête, indépendamment des yeux composés. Ce genre se compose de deux espèces dont une est inédite. L'espèce connue, et qui a été rangée par Linné dans le genre Oniscus, par Degéer dans celui des Squilles, et par Fabricius avec les Pycuogonons, porte le nom de Cyame de la Baleine, Cyamus Ceti de Latreille; elle est la même que le Panope Ceti de Leach (Edinb. Encycl. T. VII, p.404) qui la désigne aussi (Trans. of the Linn. Societ. T. XI, p.364) sous le nom de Larunda Ceti. Un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels op distingue Pallas (Spic. Zool., fasc. 9, t. 4, f. 14) et Müller (Zool. Dan., t. 119, f. 13–17), en ont donné d'assez bonnes figures; mais, parmi les entomologistes qui ont le mieux fait connaître ce singulier Crustacé, on doit surtout distinguer Savigny (Mém. sur les Anim. sans vert., première partie, prem. fasc., p.54), Latreille (ses divers ouvrages) et Treviranus (Verm. schrift. Anat. und Phys. inhalts, 7e Mém., p. 1, f. I). Nous emprunterons de ces savans observateurs ce que nous allons en dire.

Le corps des Cyames est large, orbiculaire, déprimé, solide et coriace; on peut le diviser en tête, en thorax et en abdomen; la tête est petite, allongée, en forme de cône tronqué; elle supporte des yeux composés, peu saillans, placés sur les côtés de la tête, et en outre deux petits yeux lisses qui occupent son sommet et sont situés sur une ligne transversale. Entre la paire d'yeux composés on remarque quatre antennes placées les unes au-dessus des autres, et pouvant par cela même être distinguées en supéricures et eu inférieures; celles-ci sont très-petites et formées de quatre articles; les autres présentent un nombre égal de divisions, et ont la longueur de la tête et du premier segment du thorax réunis; en dessous et en arrière des antennes on observe la bouche composée de parties très-petites, mais dans laquelle Savigny a distingué un labre assez grand, émarginé, deux mandibules à sommet bifide et dont les divisions sont denticulées; on voit ensuite trois pièces en forme de lèvres disposées sur trois plans ou qui se. succèdent graduellement. Savigny et Latreille les ont observées avec soin; ce dernier entomologiste la décrit de

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la manière suivante: la première pièce ou la supérieure, celle qui est immédiatement en arrière des mandibules, forme une espèce de feuillet presque demi-circulaire, et composé de trois parties, une intermédiaire presque triangulaire, profondément bifide à son sommet, et s'élargissant sur les côtés de sa base, pour servir de support aux deux autres pièces qui, sous la figure d'un demi-croissant formé par chacune d'elles, constituent par leur réunion un ceintre au-dessus de la précédente. Saviguy représente cette pièce (loc. cit., pl v, f. 1, E), et la considère comme une langue. La pièce qui vient ensuite ou l'intermédiaire ressemble sous plusieurs rapports à la précédente, et peut être également divisée cn trois parties (loc. cit., pl. v, f. 1, U). La pièce simple ou celle du milieu présente à son extrémité deux languettes pointues, ayant chacune près du côté extérieur de la saillie qu'elles forment un petit corps conique de deux articles, et semblable à un palpe. Les deux languettes, soudées entre elles sur la ligne moyenne du corps, et laissant encore unc trace de leur division première, sont articulées à l'extrémité d'une espèce de support qui se.divise à sa base en deux branches, lesquelles, en se contournant de dedans en dehors et d'arrière en avant, se prolongent jusqu'au-dessous des deux pièces latérales. Celles-ci ont, indépendamment d'une articulation qui se soude avec la partie moyenne du support et avec ses branches, une autre pièce en forme de lame, supportant près de son extrémité dorsale un petit appendice semblable à un palpe. Latreille a cru distinguer à cetappendice deux articulations qui ne sout pas indiquées dans la figure de Savigny. Ce dernier observateur admet que les pièces latérales représentent la première paire de mâchoires des Crustacés, et que la pièce moyenne est l'analogue de la seconde paire. Enfin la troisième et dernière partie de la bouche du Cyame est forméc de deux petits pieds ou palpes terminés par un onglet, et composés de six articles dont le premier, très-grand et soudé à celui du côté opposé, constitue une sorte de base en carré transversal, évasé en angle au milieu du bord antérieur, et simule la lèvre proprement dite. Savigny représente cette partie (loc. cit., pl. v, f. 1, B), et reconnaît en elle la première paire de mâchoires auxiliaires ou de pieds-mâchoires des Crustacés. En arrière de la tête on remarque une paire d'appendices qui, à proprement parler, est intermédiaire à la tête et au thorax; elle s'articule à un segment rudimentaire qui n'est pas visible en dessus, et qu'on pourrait considérer comme l'ébauche du premier anneau du thorax. Ces deux pieds sont eux-mêmes plus courts et plus grêles que les suivans, de six articles dont le premier, ou la hanche, est cylindrique et proportionnellement plus long que ne l'est le même article aux pieds qui sont placés en arrière; l'avant-dernier article est plus grand, en forme de main, avec un sinus et une dent obtuse en dessous; le dernier consiste, ainsi que dans les autres pieds, en une griffe très-dure, crochue et trèspointue; celle paire de pieds correspond aux seconds pieds-mâchoires. Le thorax est composé de six anneaux séparés par de profondes incisions; les côtés prolongés de ces anneaux donnent naissance latéralement à six membres articulés que la variété de leur forme et du nombre de leurs articles a fait distinguer en pates proprement dites et en pates fausses. Fabricius a même considéré comme des palpes la paire de pates antérieures que nous venons de décrire. La première paire de pieds, celle qui tient au segment antérieur du thorax, est courte, mais robuste, comprimée et large; on compte six articles inégaux dont le radical, ou la hanche, est gros, arrondi, presque en forme de rotule, et dont le pénultième, plus grand et ovoïde, compose avec le dernier une serre terminée par une griffe mobile ou

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monodactyle. Deux dents assez fort s se remarquent daus une échancrure de l'avant-dernier article; le second et le troisième anucau du thorax supportent, au lieu de pates, des appendices grêles dont un très-long et l'autre fort court, cachés à la partie inférieure du corps; à leur base sont, dans les deux sexes, les vésicules branchiales, et, dans la femelle, des écailles valvulaires disposées par paires, et destinées à recouvrir les œufs. Le troisième, le quatrième et le cinquième segment du thorax donnent insertion à de véritables pates assez se semblables à la première paire. L'ab domen consiste en une sorte de petit tabercule ou mamelon qui porte l'anus. Selon Treviranus, le canal intestinal des Cyames va droit de la bouche à l'anus en s'élargissant au milieu. Le cerveau se compose de quatre masses dont deux supérieures et deux inférieures; il donne des nerfs aux yeuf, aux antennes, à la bouche; le cordon nerveux qui en part est composé de sept ganglions fort distincts; on be voit ni trachées, ni trous respiratoires; les pates de la troisiême et de la quatrième paires si singulières par leur forme, et les plaques ventrales chez la femelle, ont, sinvant lui, pour fonctions, de servir à la respiration. Les ovaires ont une forme irrégulière, les organes mâles se composent de deux tubes ou appendices, se rendant à la verge qui est accompagnèe de deux petits organes copalateurs, et se trouve située entre la dernière paire de pates.

Le Cyame de la Baleine, connu vulgairement sous le nom de Pou de Baleine, se trouve sur le corps des Baleines, il s'y accroche à l'aide de ses pates; on en trouve aussi, mais plus rarement, sur le corps des Scombres et des Maquereaux. (AUD.)

CYAME. Cyamus. BOT. PHAN. Salisbury, et à son exemple Smith et Nuttal, appellent ainsi le genre Nelumblum. V. NELUMBO. (A. R.)

CYAMÉE. MIN. Pline paraît désigner sous ce nom la Piarre - d'Aigle, (Œtite, dont Calllmus était le noyan. La Pierre désignée par D'Argenville sous le nom de Cyamite paraît être la même chose. (B.)

CYAMOS. BOT. PHAN Ce mot grec, qui désigne la Fève proscrite par Pythagore, désignait aussi une Plante d'Egypte appelée également Ciborium à cause de la forme d'une coupe à laquelle on comparait son fruit, et qui renfermait des espèces de Fèves. On pense généralement que le Cyamos d'Egypte ou Ciborium est le Nelumbo. V. ce mot. (B.)

CYAMUS. BOT. PHAN et CRUST. V. CYAME.

CYANEA. ACAL. et BOT. PHAN. V. CYANÉE.

CYANÉE. Cyanea. acal. Genre établi par Péron et Lesueur dans la famille des Méduses, adopté et classé par Lamarck dans ses Radiaires Médusaires, et parmi les Acalèphes libres par Cuvier. Il offre pour caractères: un corps orbiculaire transparent ayant en dessous un pédoncule à son centre; quatre bras plus ou moins distincts et plus ou moins chevelus; une ou plusieurs cavités aériennes et centrales; quatre estomacs et quatre bouches au moins ou disque inférieur. Lamarck a réuni les Chrysaores de Péron aux Cyanées. Cuvier a ajouté á cc genre les Callirhoés, les Obélies, les Océanies et les Évagores. Nous avons cru devoir suivre la méthode de Lamarck, quoique les caractères qui séparent les Chrysaores des Cyanées nous paraissent bien tranchés. En effet, dans les premières, les bras sont parfaitement distincts et non chevelus; ils sont à peine distincts et comme chevelus dans les dernières. Elles ontun groupe de vésicules aériennes au centre de l'ombrelle; ces vésicules sont remplacées par une grande cavité dans les Chrysaores. Telles sont les différences qui avaient engagé Péron à faire deux genres distincts de ces deux groupes. Lamarck a cru devoir les réunir parce qu'il n'a pas trouvé

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ces caractères assez essentiels ni assez constans pour constituer deux genres; n'ayant observé qu'un trèspetit nombre d'espèces, nous avons dû suivre l'opinion du célèbre professeur du Jardin du Roi. — Les Cyanées présentent un assez grand nombre d'espèces, presque toutes originaires des mers tempérées; elles sont rares dans les mers polaires. Les auteurs n'en indiquent aucune des mers équatoriales. La plus grande partie de celles que l'on connaît se trouvent dans les mers d'Europe; leur grandeur est moyenne et ne parvient jamais à trois décimètres de largeur.

CYANÉE DE LAMARCK, Cyanea Lamarcki, Lamk. Anim. sans vert., 2, p.518, n.1. — Dicquemare a décrit et figuré cette espèce sous le nom d'Ortie de mer dans le Journal de Physique du mois de décembre 1784, p. 451. Elle est commune sur les côtes qui bordent la Manche. Son ombrelle est aplatie avec le bord garni de seize échancrures dont huit superficielles; elle a de plus huit faisceaux de tentacules; huit auricules marginales; des vésicules aériennes au centre de l'ombrelle, avec un orbiculc intérieur à seize pointes; du plus beau bleu d'outre-mer.

CYANÉE DE LESUEUR, Cyanea Lesueuri, Lamk. 2, p. 519, n. 7. Son ombrelle est entièrement rousse avec un cercle blanc au centre; trentedeux lignes blanches et très-étroites forment seize angles aigus à sommet dirigé vers l'anneau central. Habite les côtes du Calvados et de la SeineInférieure.

CYANÉE POINTILLÉE, Cyanea punctulata, Lamk. 2, p. 520, n. 10.— Chrysaora Spilhœmigona et Chrys. Spilogona, Péron et Lesueur, Ann. 14, p. 565, n. 115 et 114. Lamarck a réuni ces deux espèces de Péron, malgré les différences qu'elles présentent. Dans la première, la moitié plus petite que la seconde, l'on observe trente-deux lignes rousses formant au pourtour de l'ombrelle seize angles aigus, à sommet brun trèsfoncé. Dans la C. Spilogone, la moitié plus grande, les lignes sont remplacées par seize grandes taches fauves, triangulaires, situées au pourtour de l'ombrelle. L'âge plus ou moins avancé de ces Animaux peut-il produire ces différences? Nqus le croyons. Ils habitent la Manche.

CYANÉE DE LA MÉDITERRANÉE, Cyanea mediterranea, Lamk. 2, p. 520, n. 12. — Pulmo marinus, Belon, Aquat. lib. 2, p. 438. —Son ombrelle est hémisphérique, glabre, blanche, marquée de stries fauves, rayonnantes, avec quatre bras disposés en forme de croix ou d'étoile, d'une belle couleur de vermillon. Habite la Méditerranée.

A ces espèces, Lamarck ajoute la Cyanée britannique; d'Angleterre.— Cyan. lusitanique; du Portugal.— Cyan. Aspilonate, Chrys. Aspilonata, Pér. et Les.; de la Manche. — Cyan. Cyclonate, Chrys. Cyclonata, Pér. et Les.; même lieu. — Cyan. dela Baltique, Medusa capillata, L.; de la mer Baltique.—Cyan. Boréale, Med. capillata, Baster; de la mer du Nord. —Cyan. Arctique, Med. capillata, Fabr.; des mers du Groënland. — Cyan. Pleurophorc, Chrys. Pleurophora, Pér. et Les.; des côtes du Hâvre. — Cyan. Pentastome, Chrys. Pentastoma, Pér. et Les.; de la Nouvelle-Hollande. — Cyan. hexastoma; de la terre de Diémen.—Cyan. Ileptamène; des mers du Nord.—Cyan. Macrogène; d'Angleterre. Ces trois dernières sont regardées comme douteuses par Péron et Lesueur, ainsi que par Lamarck lui-mème qui réunit, ainsi que nous l'avons déjà dit, le genre Chrysaore aux Cyanèes. Les trois espèces douteuses appartiendraient aux Chrysaores. (LAM..X.)

CYANÉE. Cyanœa. BOT. PHAN. De Candolle appelle ainsi la première section qu'il a établie dans le genre Nymphœa (Syst. Veget. 2, p. 48). Cette section, qui comprend les Nymphœa scutifolia, N. cærulea, N. madagascariensis, N. stellata, et N.

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pulchella, a pour caractères des anthères prolongées à leur sommet, des fleurs bleues, des feuilles peltées, entières ou sinueuses. V. NÉNUPHAR. (A. R.)

Reneaulme avait, sous le même nom, établi, aux dépens des Gentianes, un genre qui n'a pAs été adopté, et dont le type était le Gentiana Pneumonanthe; Adanson avait aussi formé le même genre sous le nom de Ciminalis. V. ce mot et GENTLANE. (B.)

CYANÉE. MIN. Syn. de Lazulite et de Pierre d'Arménie. V. LAZULITE et CUIVRE CARBONATÉ BLEU. (B.)

CYANELLE. Cyanella. BOT. PHAN. Genre de Plantes monocotylédones de la famille des Asphodélées, qui offre les caractères suivans: un calice pétaloïde à six divisions profondes et mégales; six étamines rapprochées, conniventes et monadelphes par leurs filets; ces étamines sont un peu déclinées ainsi que les fleurs; leurs anthères sont disposées de la manière suivante: trois supérieures sont recourbées, rapprochées les unes contre les autres latéralement, égales et semblables entre elles; deux placées sur les côtés sont semblables aux précédentes; enfin la troisième est plus large et pendante; toutes sont nitrorses, allongées, obtuses, à deux loges s'ouvrant à leur sommet par un petit trou commun pour les deux loges dans les cinq anthères supérieures, tandis que l'inférieure offre une petite ouverture pour chacune de ses deux loges; l'ovaire est globuleux, à trois côtes arrondies, trèsobtuses, déprimé à son centre, pour l'insertion du style qui est un peu plus long que les étamines, décliné et recourbé en S, terminé par un très-petit stigmate à trois divisions aiguës; le fruit est une capsule globuleuse déprimée à son centre, à trois côtes arrondies, obtuses, à trois loges contenant de six à dix graines chacune, et s'ouvrant en trois valves à l'époque de sa maturité.

Les caractères de ce genre n'avaient point encore été donnés d'une manière complète et exacte; en èffet aucun auteur n'a fait mention de la soudure des étamines par leurs filets, ni de la. manière dont les anthères s'ouvrent par le moyen d'un trou qui se pratique à leur sommet.

On ne connaît que quatre espèces de ce genre qui toutes sont originaires du cap de Bonne - Espérance. Leur racine est surmontée d'un bulbe arrondi, d'où naissent des feuilles radicales étroites, et une hampe simple qui se termine par des fleurs d'un aspect agréable disposées en épis ou en grappes; les fleurs qui sont en général munies de petites bractées sur les pédoncules qui les supportent, sont plus ou moins penchées. Nous citerons ici l'espèce la plus connue.

CYANELLE DU CAP, Cyanella capensis, L., Lamk., III. 239. Son bulbe, que mangent les Hottentots après l'avoir fait griller, est arrondi, déprimé; ses feuilles étroites, linéaires, lancéolées, aiguës, d'un vert clair; la hampe se termine par une grappe ou panicule de fleurs violacées portées sur des pédoncules presque horizontaux; leurs étamines sont monadelphes par toute la longueur de leurs filets.

Les autres espèces de ce genre sont les Cyanella alba, Thunb., et Cyanella lutea, Thunb., Cyanella orchidiflora, Jacq. On les cultive toutes quatre dans nos serres. (A. R.)

GYANITE. MIN. V. DISTHÉNE.

CYANOPSIDE. Cyanopsis. BOT. PHAN. La Centaurea pubigera de Persoon est devenue pour H. Cassini le type de ce genre; il nous a semblé trop peu distinct pour devoir demeurer séparé des autres Centaurées. V. ce mot. (A. R.)

* CYANORCHIS. BOT. PHAN. Dénomination employée par Du PetitThouars (Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour un genre d'Orchidées de la section des Helléborines. Ce genre ne se compose que d'une seule espèce, l'Epidendrum

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tetragonum des auteurs ou le Tetragocyanis de Du Petit-Thouars; Plante indigène des îles de France et de Mascareigne, ayant une tige carrée, haute de six à sept décimètres, portant des feuilles ovales aiguës, très-grandes, et des fleurs pourprées disposées en épi le long d'un axe latéral. Elle fleurit dans sa patrie au mois d'avril. Du Petit-Thouars en a fait graver une figure (loc. cit. t. 34) qui donne une idée exacte de l'espèce. (G..N.)

CYANUS. BOT. PHAN. V. BLUET.

CYATHA ET CYATHE. BOT. CRYPT. V. NIDULAIRE.

CYATHEA.BOT.CRYPT.(Fougéres.) Ce genre, fondé par Smith dans sa Révision des genres de la famille des Fougères, est l'un des mieux caraclérisés de Cette famille. Ila cependant subi depuis plusieurs subdivisions; si on adopte ces nouveaux genres, formés aux dépens du genre Cyathea de Smith, on devra un jour les réunir en un petit groupe particulier dans cette belle famille. Les Cyathées de Smith étaient caractérisées par leurs capsules semblables à celles de toutes les Polypodiacées, insérées sur une partie saillante de la fronde, et enveloppées de toutes parts par un tégument sphérique, nuissant de la base du réceptacle qui les supporte. La plupart des espèces qui composaient ce genre, sont remarquables par leur tige arborescente; mais elles varient assez par la forme de leurs frondes plus ou moins divisées. L'illustre auteurdu Prodromede la Flore dela Nouvelle-Hollande a introduit plusieurs divisions nouvelles dans ce genre. Les caractères déduits de la fructification s'accordent assez bien avec ceux que fournit le port des différentes espèces qu'on y range; ces genres sont fondés particulièrement sur la position des groupes de capsules, par rapport aux nervures, et sur le mode de déhiscence du tégument qui les enveloppe. Ces caractères ont donné lieu aux trois genres Cyathea, Alsophila et Hemitelia de Brown. Le premier se reconnaît à ses groupes de capsules insérés à l'angle de division des nervures, et entourés par un tégument quise divise transversalement comme une sorte d'opercule. Les espèces qui appartiennent à ce genre, et par conséquent les véritables Cyathea, sont les C. arborea (Polypodium arboreum, L.), C. dealbata, C. medullaris et C, affinis.

Gaudichaud a rapporté des îles de la mer du Sud une nouvelle espèce voisine des Cyathea, qui devra former un genre de plus dans cette division des Fougères si l'on adopte les genres précédons proposés par R. Brown. Le genre Sphœropteris de Bernhardi, et probablement le Dennstaedtia du même auteur, se rapportent aux Cyathées; mais la description du dernier est trop imparfaite pour qu'on puisse l'affirmer. Toutes les espèces qui composent le genre Cyathea et les autres genres formés à ses dépens, sont remarquables par leur tige arborescentre, simple, droite, marquée d'impressions très-régulières, formées par la chute des feuilles, et surmontée d'un chapiteau de larges feuilles, profondément découpées, qui réunissent au port majestueux des Palmiers l'élégance des formes des autres Fougères; aussi ces Plantes, qui sont particulières aux parties humides des régions équinoxiales, sont-eiles, d'après tous les voyageurs, un des principaux ornemens de ces pays. Leurs trones et ceux de quelques autres Fougères arborescentes, sont les seuls, parmi ceux des Plantes vivantes que nous connaissons, dont l'organisation soit comparable à celles de quelquesunes de ces tiges si nombreuses dans les formations houillères, et dont l'écorce présente des impressions d'une régularité admirable, qu'on ne retrouve dans aucune tige de Plantes Dicotylé lones, ni même parmi les Monocotylédones phanérogames. On doit remarquer cependant à cet égard que les espèces fossiles paraissent toutes différer beaucoup, du moins spécifiquement, des espèces vivantes dont nous avons eu occasion de voir les trones dans les collections. (AD.B.)

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* CYATHIFORME. Cyathiformis. BOT. Qui a la forme d'un gobelet; par exemple, la corolle du Symphytum tuberosum, etc. Plusieurs làchens et des Champignons sont Cyathiformes. (A.R.)

* CYATHOCRINITE. Cyathocrinites. ÉCHIN. Genre de la famille des Crinoïdes ou Enerines, établi par Müller dans son Histoire de ces Animaux, appartenant à la division des Inarticulés. Il offre pour caractères: un Animal Crinoïde avec une colonne cylindrique ou pentagonale, composée de nombreuses articulations ayant des bras qui partent irrégulièrement des côtés. Au sommet, adhère un bassin composé de cinq pièces, sur lequel sont placées à la suite les utres des autres cinq plaques costales et cinq bosses, avec une écaille intermédiaire. De chaque bosse part un bras armé do deux mains; ce genre est composé de quatre espèces: le Cyathoer. plane, Müll., Hist. Crinoïd. p.85, pl. 2. — Le Cyath. tuberculeux, Müll. p. 88, pl. 3.—Le Cyath. rugueux, Müll., p. 89, pl. 4; et le Cyath. à cinq angles, Müll., p. 92, pl.5. Tous ces Fossiles se trouvent en Angleterre. (LAM..X)

CYATHODE. Cyathodes. BOT. PHAN. Genre de la famille des Epacridées de R. Brown et de la Pentandrie Monogynie, L., établi par Labillardière (Nov.-Holl., 1, p. 57) sur deux Plantes qui présentent entre elles assez de differences dans leurs organes reprodueteurs pour qu'on ne doive pas les considérer comme absolument congénères. Cétait d'ailleurs l'avis de Labillardière lui-même, qui, malgré la différence de leurs fruits, ne les a réunis que pour ne pas multiplier les genres plus qu'il n'est convenable. Cette considération n'a pas arrêté l'auteur du Prodrome de la Flore de la Nouvelle-Hollande; il sépare de ce genre les Plantes de Labillardière et assigne au Cyathode les caractères suivans: calice soutenu par plusieurs bractées écailleuses et imbriquées; corolle infundibuliforme, dont le tube, à peine plus long que le calice, est intérieurement glanduleux, le limbe étalé, un peu ou nullement barbu; cinq étamines, dont les anthères seulement sont saillantes; ovaire à cinq ou dix loges, se changeant en une drupe pulpeuse ou une sorte de baie polysperme; le disque hypogyne cyathiforme et à cinq dents, qui entoure l'ovaire, a servi d'étymologie au nom du genre. Dans l'Encyclopédie méthodique, Poiret a francisé ou plutôt traduit ce nom par celui d'Urcéolaire, que l'on ne saurait adopter, puisque c'est déjà la dénomination d'un genre de Lichens, ainsi que d'un genre de la Diandrie Monogynie proposé par Molina dans la Flore du Chili.

R. Brown (Prodr. Nov.-Holl., p. 539) a décrit six espèces de Cyathodes distribuées en deux sections, d'après la villosité ou la nudité de l'intérieur des lobes de la corolle. La première en contient trois, dont une est le Cyathodes glauca, décrit et figuré par Labillardière (loc. cit., 1, p. 57, t. 81); dans la seconde section, Brown fait entrer deux Plantes que Labillardière avait décrites et figurées (loc. cit. T. 1, p. 48 et 49, t. 68 et 69) sous les noms de Styphelia abietina et Styphelia oxycedrus. Le Styphelia acerosa de Banks et Solander, que Gaertner avait transporté dans le genre Ardisia, est une Plante trèsvoisine de cette dernière, et qui, comme elle, doit faire partie du même genre et de la même section. A celle-ci R. Brown réunit encore trois espèces trouvées dans l'Herbier de Banks, et indigènes des îles de la mer du Sud, mais dont il ne donne point de description. Enfin le Cyathodes disticha de Lahillardière, Plante sur la place de laquelle son auteur était fort incertain, est devenu le type du genre Decaspora de R. Brown. V. DÉCASPORE. Toutes les espèces du genre Cyathode sont particulières à la terre de Diémen, dans la Nouvelle-Hollande. Ce sont des Arbustes ou des Arbrisseaux dressés et rameux, à feuilles striées en dessous, à fleurs axillai

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res dressées ou légèrement penchées.(G..N.)

CYATHOPHORUM. BOT. CRYPT. (Mousses.) Palisot de Beauvois avait nommé ainsi le genre que Smith désigna, à peu près a la même époque, sous le nom de HOOKERIA. V. ce mot.(AD. B.)

CYATHULE. Cyathula. BOT. PHAN. Le genre décrit sous ce nom par Loureiro, est pou distinct de l'Achyranthes. V. ce motet COMÈTES. (A. R.)

CYATHUS. BOT. CRYPT. V. NIDULAIRE.

CYBÈLE. BOT. PHAN. (Salisbury.) Genre formé aux dépens des Embothrium, et correspondant au Sténocarpe de Brown. V. ces mots. (B.)

CYBELION. BOT. PHAN. (DIOSCORIDE.) SYN. DE VIOLETTE ODORANTE. (B.)

* CYCADÉES. Cycadeœ. BOT. PHAN. Entraîné par quelques ressemblances extérieures dans le port et l'enroulement des feuilles, le savant auteur du Genera Plantarum avait placé, dans son immortel ouvrage, les genres Cycas et Zamia parmi les Plantes acotylédonées, dans la famille des Fougères. Mais les observations de Du Petit-Thouars et celles du professeur L.-C. Richard, en faisant connaître la structure du fruit et de l'embryon dans ces deux genres, ont fait voir combien ils s'éloignaient des Plantes acotylédonées ou cryptogames auxquelles on les avait associées. En effet, ces Végétaux, qui par leur port rappellent absolument les Palmiers, offrent, dans la structure de leurs fleurs et de leurs fruits, les rapports les plus intimes avec les Plantes dicotylédones, et en particulier avec les Conifères. Aussi le professeur Richard en a-til formé une famille sous le nom de Cycadées, famille qu'il place immédiatement à côté des Conifères. Nousallons d'abord en assignerles caractères, après quoi il nous sera facile d'en faire sentir l'analogie avec cette dernière famille et par conséquent de bien déterminer la place que ce groupe doit occuper dans la série des ordresnaturels.

Les Cycadées, qui ne se composent que des genres Cycas et Zamia, sont des Végétaux exotiques ayant le port des Palmiers. Leur trone cylindrique est quelquefois très-court et à peine marqué; d'autres fois il s'élève à trente ou quarante pieds ou même audelà, en conservant à peu prés un diamètre égal et sans présenter de ramifications, si ce n'est quelquefois tout-àlait à son sommet. Un bouquet de feuilles étalées en tous sons couronne la tige et ses ramifications; ces feuilles sont très-grandes, pinnées, et avant leur développement les pinnules ou folioles quiles composent, sont roulées sur elles-mêmes, à peu près comme dans les Fougères, circonstance qui n'a pas peu contribué au rapprochement qui a été établi entre les Cycadées et les Fougères. Les fleurs sont constamment dioiques et naissent au milieu des feuilles qui terminent la lige. Les fleurs màles constituent des espèces dechatons eu forme de cônes, nyant quelquefois deux pieds et plus de longueur, composés d'écailles spathulées, renflées à leur sommet qui en est la seule partie visible à l'extérieur, recouvertes à leur face inférieure d'un très-grand nombre d'é-tamines qui doivent être considérées comme formant chacune une fleur mâle. Chaque étamine ne consiste qu'en une anthère plus ou moins globuleuse ou ovoïde, à une seule loge s'ouvrant par un sillon longitudinal; ces anthères sont solitaires ou réunies base à base, par deux, par trois ou même par quatre. L'inflorescence des fleurs femelles varie dans les deux genres Cycas et Zamia; dans le premier, un long spadice comprimé, spathuliforme, aigu, denté sur ses deux côtés, porte vers le milieu de chacun d'eux quatre ou cinq fleurs femelles, logées chacune dans une petite fossette longitudinale, au-dessus de laquelle elles sont saillantes. Le Zamia, au contraire, a ses fleurs femelles disposées comme ses fleurs mâles en une sorte de cône ou de chaton ovoïde, composé d'écailles peltées, très-épaisses à leur sommet, se

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terminant par un pédicule qui s'insère au milieu de leur face inférieure; à celle-ci sont attachées deux fleurs femelles renversées. Ces fleurs offrent la même structure dans ces deux genres; elles sont plus ou moins globuleuses: leur calice, qui détermine leur forme, est immédiatement appliqué sur l'ovaire; il est globuleux, percé d'une très-petite ouverture à son sommet, se prolongeant en un tube court. L'ovaire est semi-infère, c'est-à-dire que sa moitié supérieure seulement est saillante et libre dans l'intérieur du calice, tandis que sa moitié inférieure est intimement adhérente avec les parois de ce dernier: supérieurement cet ovaire se termine par un petit mamelon allongé que l'on doit considérer à la fois comme le style et le stigmate. Le fruit se compose du calice qui est nécessairement persistant, s'épaissit, devient même légèrement osseux à sa partie interne et recouvre le véritable fruit. Celui-ci est uniloculaire, monosperme et indéhiscent. Son péricarpe est mince, adhère intimement avec le tégument propre de la graine dont il ne peut être séparé. Celleci contient une amande qui se compose d'un gros endosperme charnu, devenant dur et corné par la dessiccation, formant toute la masse de l'anande et renfermant à sa partie supèrieure un embryon renversé, axillaire, allongé, placé dans une cavité qui occupe les deux tiers de la longueur de l'endosperme. L'embryon est allongé; son extrémité cotylédonaire, qui est inférieure, est partagée en deux lobes ou cotylédons inégaux, plus ou moins intimement soudés ensemble, mais toujours distincts à leur base où ils sont séparés l'un de l'autre par une fente longitudinale qui traverse toute la masse de l'embryon. Dans cette fente, représentant la base des deux cotylédons, on trouve la gemmule formée de petites feuilles coniques, emboîtées les unes dans les autres, La radiculeest à peine distincte de la base du corps cotylédonaire; elle se termine par une sorte de petite bandelette mince, roulée et tordue sur elle-même, plus ou moins intimement adhérente avec l'enveloppe ou tégument propre de la graine.

Si nous comparons l'organisation des fleurs dans les Cycadées avec celle des Conifères, il nous sera bien facile de démontrer l'extreème analogie qui existe entre ces deux groupes. Dans l'un cl dans l'autre, les fleurs mâles forment généralement des espèces de cônes ou de chatons. Chaque anthère peut être considérée comme une fleur mâle, et ces anthères, le plus souvent uniloculaires, sont attachées à la face inférieure des écailles qui forment les chatons. Dans les Cycadées comme dans les Conifères, les fleurs femelles sont tantôt dressées, tantôt renversées, quelquefois solitaires, quelquefois géminées. Toujours leur ovaire est semi-infère; leur calice immédiatement appliqué sur le pistil, qu'il recouvre en totalité et qu'il accompagne jusqu'à son état de fruit parfait. Celui-ci contient une seule graine dont le tégument est peu distinct de la paroi interne du péricarpe. Cette graine se compose d'un embryon renfermé dans l'intérieur d'un gros endosperme charnu. Certes il serait difficile de trouver deux familles qui offrissent plus d'analogie dans l'organisation de leurs fleurs. Il est vrai que le portest différent, que tandis que les Conifères ont un habitus si particulier, les Cycadées nous rappellent tout-à-faitles Palmiers, et que leur tige offre à peu près la même organisation que dans ces derniers. Mais dans une classification fondée sur la structure de l'embryon, l'organisation de la tige doit-elle avoir plus de valeur que celle de toutes les parties de la fleur et du fruit? Nous ne le pensons pas, et nous croyons qu'il est bien plus rationnel de placer les Cycadées immédiatement à côté des Conifères que de les rapprocher des Palmiers.

Après avoir parlé des caractères qui rapprochent les Cycadées des Conifères, il devient indispensable d'indiquer ceux qui les en distinguent. Ces

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caractères consistent: 1° dans le port, qui, comme nous venons de le dire, est tout-à-fait différent; 2° dans la structure de l'embryon, dont les deux cotylédons sont inégaux et soudés dans les Cycadées, tandis qu'ils sont égaux, distincts et fréquemment au nombre de plus de deux dans les Conifères. (A. R.)

CYCAS. Cycas. BOT. PHAN. Genre qui, avec le Zamia, constitue la famille des Cycadées, et qui offre pour caractères: des fleurs dioïques; les mâles formant une sorte de cône ovoïde allongé, composé d'écailles comprimées, dont la face inférieure est couverte d'anthères globuleuses sessiles, constituant autant de fleurs mâles; fleurs femelles consistent en de longs spadices comprimés, aigus, subspathulés, portant sur leurs bords quelques fleurs à demienfoncées dans de petites fossettes longitudinales; ces fleurs sont globuleuses; leur calice est percé d'une petite ouverture à son sommet. Les fruits sont des espèces de drupes globuleuses. Le tronc est simple, écailleux, couronné par un bouquet de feuilles terminales très-grandes, pinnées et semblables à celles du Dattier.

Ce genre se compose de sept à huit espèces qui croissent sous les tropiques, particulièrement dans l'Inde. On voit assez fréquemment dans nos serres les Cycas circinalis et Cycas revoluta de Thunberg. V. CYCADÉES. (A. R.)

CYCHRAME. INS. Kugelan a désigné sous ce nom une division dans le genre Nitidule. Ce sont des Strongylus pour Herbst, et des Byturus pour Latreille. V. BYTURE. (AUD.)

CYCHRE. Cychrus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, établi par Paykull et Fabricius. Il appartient (Règn. Anim. de Cuv.) à la famille des Carnassiers, tribu des Carabiques. Ses caractères sont, suivant Latreille: jambes antérieures sans échancrure à leur bord interne; élytres soudées, enveloppent la majeure partie de l'abdomen; labre profondément échancré; mandibules longues, étroites, avancées, ayant sous leur extrémité deux dents: le dernier article des palpes labiaux et des maxillaires extérieurs fort grand, très-comprimé, concave et presque en forme de cuiller: languette très-petite, divisée en trois pièces, dont la mitoyenne en forme de tubercule, presque triangulaire, soyeuse au bout, et dont les deux latérales membraneuses, étroites, en languette; échancrure du menton sans dentelures. Les Cychres ont été rangées par Latreille et Dejean (Hist. nat. et Icon. des Coléopt., 1re livrais., p.87) parmi les Abdominaux, division établie dans la tribu des Carabiques. Ils se rapprochent beaucoup des genres Carabe, Calosome, Pambore et Scaphinote; mais on trouve des caractères distincts dans les organes de la bouche. Il en est d'autres plus apprens, et qui sont fournis par différentes parties de leur corps, telles que la tête et le prothorax qui sont fort étroits; les élytres se dilatent sur les côtés, et se prolongent inférieurement pour embrasser le ventre. Les Cychres sont particulièrement originaires des contrées froides: on les trouve dans les forêts, sous les mousses, aux pieds des troncs d'Arbres et sous les pierres. On peut considérer comme type du genre:

Le CYCHRE MUSELIER, Cychrus rostratus, Fabr., figuré par Clairville (Entom. Helvet. T. 11, pl. 19). On le trouve quelquefois sous les pierres aux environs de Paris, dans la forêt de Bondy près du Raincy. Il est moins rare en Allemagne; on le rencontre aussi en Russie dans les régions du Caucase.

Le CYCHRE D'ITALIE, Cyc. Italicus de Bonelli, confondu par quelques auteurs avec l'espèce précédente. Knoch (Neue Beytrage zur Insectenkunde, p. 187 et pl. 8) a décrit et représenté sous les noms d'unicolor, d'elevatus et de Stenostomus des espèces propres à l'Amérique du nord. Les deux premières étaient connues

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de Fabricius: la troisième parait nouvelle. Fischer (Enlomogr. de la Russie, T. 1, P 79) décrit sous le nom de Cychrus marginatus une espèce raie qui se trouve sous les pierres ou entre les mousses, dans l'île d'Ounalaschka. (AUD.)

CYCLADE. Çyclas, MOLL Lionéet les conchyliologues qui le précédèrent confondirent ce genre, les uns avec les Tellines, les auties avec les Vénusj; et dons certains auteurs, daus Linné lui-même, on voit des espèces du même genre parmi les Tellines et les Vénus tout à la fois. C'est à Bruguièrc que nous en devons la séparation bien nette, quoique deputs on y ait trouvé les élémen, d'un antre genre que Bruguiète établit dans les Planches de l'Encyclopedic, qui fui admis por Lamarck en 1801, et ensuite par Dra-parnaud, Schwciguer, Ocken, Cavier, etc. Quoique ce genre fût trèbien connu, Megerle le proposa de nouveau, en 1811, sous le nom de Comca, qui n'a pas été admis par les conchyliogues français; mais on sentit, et Megerle le sentit le premier, quelcgeore Cyclade Bruguière renfermait des Coquilles qui ne présentaient pas toutes les mêmes caractères: Megerle los separa done sous le nom générique de Corbicule, Lamarck sous celui de Cyrène (V. ces mots), et Férussac propose pour le genre de ces deux auteurs, un sous-genre nommé Cyano-CyrIas. Blainville s'en servit dans le Dictionnaire des Scien œs naturelles, comme it'un moyeu facilo pour distinguer des Coquilrlages qui peuvent se confondre dans leurs caractères par les passages des espèces; Férussac sentit que la dirisiou de Lamnrck était prélérable à la sienne; car, après la publication du travail de Blainville, il admit, dans ses Tableaux systématiques en 1821, les genres Cyrène et Çyclade, tels que Lamarck les avait faits dans son grand ouvrage sur les Animaux sans vertèbres (T. v, pag. 556). Le plus grand nombre des concluyliologues, depuis Bruguière, avaient bien senti la nécessité de faire une coupe: aussi presque lous l'admirent dès quelle leur fut présentée; et on en verra d'autant mieux la solidité qu'on en examinent avec plus de soin et comparativement les caractères distinctifs. Voici ceux que Lamarck a donnés aux Cyclades: coquille ovale- bombée, transverse, éqnivalve, à crochets protubérans; dents cardinales très-petites, quel queteis presque uulles; tantôt deux sur chaque volve, dont une pliée en deux; tantôt une seule pliée ou lobée sur une valve, et deux sur l'autre; dents latérales allongées transverselement, comprimées, lamelliformes; liuanicnt extérieur. Il faut ajouter que l'Animal que nons avons eu souvent occasion d obser ver vivant, fait saillir d'un côté deux tubes ou siphons, et de l'autre un pied mince allonge et linguiforme. D'Argenville, dans sa Zoomorphose (pl. 8, fig. 9 et 10), a fait figurer l'Animal d'une Cyclade. Sans savoir précisément à quelle espèce la flgure peut se rapporter, il est pourtant probable qu'elle appartient a ce genre de Coquilles; il serait peutêtre possible de la retrouver et avantageux pour en préciser l'espèce, puisque cest dans la Marne qu'elle a été pêchée. On a été long-temps sans connaître de Cyclades à l'état fossile. Lamarck, le premier, dans les Annales du Muséum en a décrit une seule espèce. La ténuité, la délicatesse de ces Coquillages donnaient assez de motifs pour penser qu'ils avaient été détruits; il faut ajouter qu'à cette époque, quoique peu reculée, on ne connaissait encore les terrains d'eau douce que d'une manière superficielle et imparfaite. Depuis, les travaux âe Brongniart sur les terrains tertiaires des environs de Paris out particulièrement fixes l'attention et du géologue et du conchy liologue: l'un y a trouvé une nouvelle source de méditations sur les alternances et sur les mélanges que présentent leurs couches; l'antre un trésor encore sécond en espèces intéressantes. C'est ainsi que les ter-

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rains d'eau douce des environs d'Epernay nous donneront l'occasion de faire connaître une espècé encore inconnue que nous y avons recueillie il y a peu de temps.

Les Cyclades habitent toutes les eaux douces des deux continens. Elles sont généralement petites, diaphanes, recouvertes d'un epiderme vert ou brun; jamais leurs crochets ne sont écorchés. Les eaux douces de France en offrent quelques espèces que nous décrirons de préférence.

CYCLADE des rivières, Cyclas rivicola, Lamk., Anim. sans vert. T. v, pag. 558, n° 1. C'est peut-être le Cyclas cornea de Draparnaud (Hist. des Moll., p. 128, pl. 10, fig. 1, 2, 3). La figure qu'en donne Draparnaud la représente très-épaisseavec trois dents bien distinctes à la charnière, tandis que l'espèce dont il est question n'en offre quedeux, et quoique plus épaisse que les autres espèces, elle ne l'est pourtant pas autant que dans la figure citée. Ce sont ces différences qui font penser que ce pourrait bien ne pas être la même: c'est la Cyclas rivicola de Leach, figurée dans Lister (Conchyl. tab. 159, fig. 14) et dans l'Encyclopédie (pl. 302, fig. 5, A, B, C). Cette Coquille est subglobuleuse, assez solide, élégamment striée, subdiaphane, d'une couleur cornée, verdâtre ou brunâtre; elle présente aussi le plus souvent deux ou trois zônes plus pâles. Elle a vingt millimètres de largeur.

CYCLADE CORNÉE, Cyclas cornea, Lamarck, Anim. sans vert., loc. cit. n° 2; Tellina cornea, L., Syst. Nat., p.1120; Cyclas rivalis, Draparnaud, Hist, des Moll., pag. 129, pl. 10, f. 4, 5. Elle se distingue par ses stries qui sont très-fines, par sa couleur d'un corné peu foncé; elle est également subglobuleuse, mais toujours plus mince que la première; elle ne présente vers son milieu qu'une seule zône pâle, et son bord est jaunâtre; elle est plus petite que la précédente: la moitié de la largeur a dix à douze millimètres.

Elle présente deux variétés que Lamarck a fait connaître; la première est plus globuleuse, la seconde plus transverse; et ce qui les rend toutes deux remarquables, c'est qu'elles viennent l'une et l'autre de l'Amérique septentrionale.

CYCLADE CAXICULÉE, Cyclas cali-culata, Drap., Hist. des Moll., pag. 130, pl. 10, fig. 14 et 15; Lamarck, Anim. sans vert., loc. cit. n° 5; elle est d'une forme rhomboîdale, orbiculaire, déprimée, très-mince, transparente, d'un blanc sale, ou jaune verdâtre peu foncé; ce qui la distingue le mieux, sont ses crochets proéminens et tuberculeux, ainsi que les stries très-fines qui se voient à sa surface. Elle est large de huit millimètres. On la trouve dans les mares aux environs de Paris et de Fontainebleau.

CYCLADE LISSE, Cyclas lœvigata, N. Cette petite espèce fossile a la forme de la Cyclade des fontaines, et n'est pourtant pas son analogue; elle est inéquilatérale, déprimée, trèsmince, très-fragile, subquadrangulaire; les crochets sont petits, peu proéminens; les dents cardinales sont à peine visibles à une forte loupe; les dents latérales sont bien marquées, l'antérieure est la plus grande et la plus forte; les plus grands individus n'ont pas plus de cinq millimètres de largeur. Nous l'avons trouvée assez rarement dans les Marnes calcaires qui accompagnent les Lignites à la montagne de Bernon près d'Epernay.(D..H)

CYCLAME. Cyclamen. BOT. PHAN. Vulgairement Pain de Pourceau. Genre de la famille des Primulacées et de la Pentandrie Monogynie, L., établi par Tournefort, et qu'adoptèrent Linné et Jussieu avec les caractères suivans: calice à cinq divisions; corolle presque rotacée, dont le tube est très-court et le limbe à cinq lobes tellement réfléchis, qu'ils sont rejetés en arrière; cinq étamines à anthères conniventes; capsule charnue, globuleuse et à cinq valves. Ce genre se compose de Plantes dont les fleurs sont penchées et solitaires aux som-

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mets de hamps quelquefois nombreuses. Cette disposition des fleurs, jointe à la l'éfleïion des lobes de In corolle, en fait un genre très-distinct. Parmi les espèces dont Je nombre s'élève à une dixaine environ, nous mentionnes ons ici les plus remarquables par leur élégance et par des qualités actives qui leur ont raluvutre-fois une granderéputation.

Le Cyclamb u'I'.uhope, Cyclamen europœum, L., croît duns les bois et cube les pierres brisées des pays montagneux île l'Europe. Ses racines soul du tubercules gros, arrondis, chaînas, noirâtres et garnis de fibres menues. Plusieurs hampes, d'abord cou-tournées en spirales, grêles, nues et hautes d'un centimètre, s'élèvent de ces racines et supportent chacune une Unie lleur ordinairement ioîc, dont le fond de la corolle est tourné vers la terre, tandis que les lobes repliés regardent le ciel. Des feuilles arrondies, cordiformes, vertes et tachées de blanc en dessus, rougeâtres en dessous et looguemeut pétîolées, achèvent de donner à celle Hante l'aspect le plus agréable. L'âcreté des racines du Cyclamen décèle des propriétés médicales extrêmement actives: aussi sont-elles fortement purgatives, errliincs et vermifuges. Elles provoquent aussi le iluï menstruel; mais leur emploi, comme celui do beaucoup d'nutres substauccs dites emmena gogues, ne peutêtre que dan-Serein, surtout s'il est confié à des personnes ignorantes ou dirigée s dans de coupables desseins. Aujourd'hui ue l'on connaît une foule de meilleurs purgatifs, cette racine est relé-Enéc dans les vieilles pharmacies avec l'ongueni d'Arthanita, dont elle formait le principal ingrédient, et qui fut autrefois fort estimé comme topique purgatif ou vomitif.

Le ClCLAME DE PERSE, Cyclamen Penicum, H. K., est une espèce cultivée par les amalcms de Hautes d'agrément, à cause de la beauté de ws fleurs, dont les pétales sont ordinairement d'un blanc lacté, leints en rose vers leur extrémité, et d'une forme allongée qui augmente leur élégance. Ces (leurs sont portées sur da longs pétioles qui s'élèvent du milieu de plusieurs feuilles radicales oblon-gues, ovales elcrenelées. Celle Plante est la seule qui exige l'orangerie.

Ne nous proposant pas de décrire ici d'autres cspeces intéressantes de ce genre, nous indiquerons seulement pour leur culture uue situation à l'abri du froid et de l'humidité (quoiqu'elles soient originaires de climats assez tempérés), une terre légère, sablonneuse el pas trop substantielle, de peur qu'elle ne retienne l'eau. Comme la multiplication par graines est toujours un moyen très-long, il est plus convenable de couper les tubercules de manière à laisser un oeillet à chaque segment, el de les planter à peu près ae même que la Pomme de terre. (D..N.)

CYCLAMINOS. bot, than. (Dios-coride.) Syn. de Cyclame et de Tamus communis, plutôt que de Üryone. Ou a cru aussi y reconnaître la Dou-ce-Amère, le Cucubalus bacciferus, el jusqu'au Convaliaria bifolia. (B.)

* CYCLASTHE. Cycianthius. BOT. PHAN. Ce genre de Plantes monocoly-lédonéesdout Poiteau vieutdc publier la description et la ligure dans le neuvième volume îles Mémoires du Muséum, p. 34, pl.a, est un des plus singuliers que l'on connaisse, et otfic une organisation qui n'a point d'analogue dans lu règne végétal. Pions allons exposer les caractères de ce genre qui se compose de deui espèces originaires des forêts de la Guïane française et de la Martinique, tels qu'ils ont été présentés par Poite.iu, après quoi nous émettrons notre opinion relativement à, cc genre. Les fleurs foi ment un s (indice ovoïde allongé porté sur un pédoncule ou hampe simple, environne d'une spa the de plusieurs folioles Ce spadice sc compose de fleurs mâles et de Heurs femelles disposées circulairement. Si l'on se figure, dît l'auteur de ce genre, deux rubans crcux, roulés en cercle ou en spirale autour d'un cylindre, l'un

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plein d'élamines el l'aolre plein d'uvules, on aura une idée assez exacte de ces fleors et de leur disposition; et si on supposait ces rubans coupés d'espace eu espace par des cloisons transversales, qui en fissent autant de fleurs distinctes, toute