RECORD: Bory de Saint-Vincent, Jean Baptiste Georges Marie, ed. 1822-31. Dictionnaire classique d'histoire naturelle. 17 vols. Paris: Rey & Gravier. Volume 7.

REVISION HISTORY: OCRed by AEL Data 04.2014. RN1

NOTE: This work formed part of the Beagle library. The Beagle Library project has been generously supported by a Singapore Ministry of Education Academic Research Fund Tier 1 grant and Charles Darwin University and the Charles Darwin University Foundation, Northern Territory, Australia.


[page break]

Liste des lettres initiales adoptées par les auteurs.

MM.

AD. B. Adolphe Brongniart.

A. D. J. Adrieu de Jussieu.

A. D.NS. Antoine Desmoulins.

A. F. Apollinaire Fée.

A. R. Achille Richard.

AUD. Audouin.

B. Bory de Saint-Vincent.

C. P. Constant Prévost.

D. Dumas.

D. C..E. De Candolle.

D..H. Deshayes.

DR..Z. Drapiez.

E. Edwards.

MM.

F. D'Audebard de Férussac.

FL..S. Flourens.

G. Guérin.

G. DEL. Gabriel Delafosse.

GEOF. ST.-H. Geoffroy de St.-Hilaire.

G..N. Guillemin.

ISID. B. Isidore Bourdon.

IS. G. ST.-H. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

K. Ėunth.

LAM..X. Lamouroux

LAT. Latreille.

La grande division à laquelle appartient chaque article, est indiquée par l'une des abréviations suivantes, qu'on trouve immédiatement après son titre.

ACAL. Acalèphes.

ANNEL. Annelides.

ARACHN. Arachnides.

BOT. CRYPT. Botanique. Cryptogamie.

BOT. PHAN. Botanique. Phanérogamie.

CRUST. Crustacés.

ECHIN. Echinodermes.

FOSS. Fossiles.

GÉOL. Géologie.

INF. Infusoires.

INS. Insectes.

INT. Intestinaux.

MAM. Mammifères.

MIN. Minéralogie.

MOLL. Mollusques.

OIS. Oiseaux.

POIS. Poissons.

POLYP. Polypes.

REPT. BAT. Reptiles Batraciens.

— CHEL. — Chéloniens.

— OPH. — Ophidiens.

— SAUR. — Sauriens.

ZOOL. Zoologie.

IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAUGIRARD, N° 36.

[page break]

DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE,

PAR MESSIEURS

AUDOUIN, Isid. BOURDON, Ad. BRONGNIART, DE CANDOLLE, D'AUDEBARD DE FÉRUSSAC, DESHAYES, A. DESMOULINS, DRAPIEZ, DUMAS, EDWARDS, A. FÉE, FLOURENS, GEOFFROY DE SAINT-HILAIRE, Isid. GEOFFROY DE SAINT-HILAIRE, GUÉRIN, GUILLEMIN, A. DE JUSSIEU, KUNTH, G. DE LAFOSSE, LAMOUROUX, LATREILLE, C. PRÉVOST, A. RICHARD, et BORY DE SAINT-VINCENT.

Ouvrage dirigé par ce dernier collaborateur, et dans lequel on a ajouté, pour le porter an niveau de la science, un grand nombre de mots qui n'avaient pu faire partie de la plupart des Dictionnaires antérieurs.

TOME SEPTIÈME.

FOUR-G.

PARIS.

REY ET GRAVIER, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

Quai des Augustins, n° 55;

BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

Rue de Vaugirard, n° 36.

FÉVRIER 1825.

[page break]

[page] 1

DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE.

F.

FOU

FOURAHA OU FOURAA. BOT. PHAN. Syn. de Calophyllum Calaba à Madagascar, où, comme à l'lle-de-France, on retire de cet Arbre une Résine ou Baume vert qui passe pour vulnéraire. Flacourt écrit Fooraha. (B.)

FOUR ARDENT. MOLL. V. BOUCHE D'ARGENT et TURBOT. (B.)

FOURBISSON, FOURBUISSON. OIS. Syn. vulgaires de Troglodyte d'Europe. V. SYLVIE. (DR..Z.)

* FOURCHE, POIS. Espèce du genre Cichle. V. ce mot. (B.)

FOURCHU, OIS. Nom vulgaire du. Pilet. V. CANARD. (DR..Z.)

FOURDINIER. BOT. PHAN. Le Prunus spinosa, L., en quelques cantons de la France où son fruit est appelé FOURDRAINE. (B.)

FOURMEIROU. OIS. Syn. vulgaire de Rouge-Queue. V. SYLVIE. (DR..Z.)

FOURMI. Formica. INS. Les auteurs anciens appliquaient ce nom générique à un groupe d'Insectes (V. FORMICAIRES) qui depuis a été subdivisé par Latreille en plusieurs sous-genres. Celui des Fourmis proprement dites, dont il va être question, appartient (Règn. Anim. de Cuv.) à l'ordie des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, famille des Hétérogynes, et peut être caractérisé de la manière suivante: femelles et ouvrières privées d'aiguillon; antennes insérées près du milieu de la face antérieure de lá tête; mandibules fortes, triangulaires et dentées; pédicule de l'abdomen formé par un seul anneau représentant une écaille verticale et comprimée. Ce dernier caractère et l'absence d'un aiguillon rapprochent les Fourmis des Polyergues; mais elles s'en éloignent par l'insertion des antennes et par l'épaisseur des mandibules. Elles avoisinent aussi les Ponères, les Myrmices, les Attes et les Cryptocères qui faisaient partie du grand genre Formica de Linné, mais la seule particularité d'un aiguillon dans ces divers groupes, est un caractère facile pour les en distinguer. Les Fourmis ont encore beaucoup d'analogie par la forme des palpes et de la lèvre inférieure avec les Tiphies, les Mutiles et les Doryles, mais le pédicule de l'abdomen et les antennes offrent une composition toute différente, et très-facile à saisir. Les Fourmis elles-mêmes présentent trois sortes d'individus: les mâles, les femelles et les ouvrières ou neutres; ils vivent en société et ont dans chacun de ces états

TOME VII. 1

[page] 2

une organisation extérieure qui leur est propre. La treille les a étudiées sous ce rapport avec beaucoup de soin (Hist. nat. des Fourmis, 1 vol. in-8°). La tête, armée de ses mandibules, est presque triangulaire ou ovale; son extrémité postérieure est plus large que le corselet dans les ouvrières, de même largeur environ dans les femelles, et sensiblement plus étroite et plus convexe dans les mâles; elle supporte des yeux lisses et des yeux à facettes. Ces derniers sont petits, presque ronds, peu saillans et insérés vers le milieu des côtés de la tête chez les femelles et chez les ouvrières; ceux des mâles ont plus de grosseur et font une plus forte saillie. Les yeux lisses, au nombre de trois, sont disposés en triangle sur le sommet de la tête, et très-apparens dans les mâles et dans les femelles; les neutres en sont généralement privées. Les antennes sont brisées, filiformes, composées de douze articles chez les femelles et les neutres, et de treize chez les mâles. Le premier article est presque cylindrique, très-long et inséré vers le milieu du front à l'extrémité d'un sillon. Le thoraxdes femelles est ovoïde, de la largeur de la tête, un peu comprimé latéralement; celui des mâles est plus petit et convexe. Dans les unes et dans les autres, il supporte deux paires d'ailes. Le thorax des neutres ou des ouvrières est très-différent. D'abord il ne donne plus attache à des ailes, et sa composition est ensuite très-singulière. Il présente des étranglemens, et la partie désignée par Audouin sous le nom de tergum est restée tout-à-fait rudimentaire. — Les ailes, au nombre de quatre, sent inégales entre elles; les antérieures, plus longues que les postérieures, excèdent la longueur de l'abdomen, et lorsqu'elles sont croisées sur lui, elles le recouvrent en entier et le dépassent de beaucoup à son sommet. Jurine leur a distingué une cellule radiale, grande, allongée et rétrécie, en arrière de laquelle existent deux grandes cellules cubitales dont la seconde atteint presque le bout de l'aile. Les nervures récurrentes manquent complètement. Ces ailes, qui sont propres aux mâles et aux femelles et qui leur servent pour voler, tombent chez ces dernières immédiatement après leur fécondation. — Le thorax donne attache inférieurementaux pates; celles des ouvrières et des femelles sont plus ou moins fortes, comprimées et terminées par un assez long tarse de cinq articles cylindriques dont le dernier conique, terminé par deux petits crochets avec une sorte d'empâtement au milieu. Les pates du mâle ont plus de minceur et sont plus longues. — L'abdomen des mâles est de sept anneaux; on n'en compte que six à celui des femelles et des ouvrières. Il est de forme ovalaire, et son premier anneau, très-comprimé et rétréci, représente une sorte d'écaille lenticu-laire. Cette partie du corps contient différens viscères et entre autres les organes de la génération, et deux appareils de sécrétion qui éjaculent une liqueur particulière connue sous le nom d'Acide formique. Cet Acide, d'après Fourcroy (Mémoire sur la nature chimique des Fourmis, Ann. du Mus., 5e cahier), est formé des Acides acétique et malique dans un état de concentration considérable.

Les Fourmis se réunissent en sociétés uniquement composées d'individus de la même espèce, ou ayant de plus des individus neutres d'une et quelquefois de deux autres espèces. Les premières de ces réunions portent le nom de simples et les secondes celui de sociétés mixtes. Nous entrerons dans de plus grands détails, en parlant des espèces, sur ces deux sortes de réunions.

Les Fourmis se nourrissent indifféremment de matières animales et végétales, telles que de fruits, d'Insectes ou de leurs larves, de cadavres de Quadrupèdes ou d'Oiseaux, de pain, de sucre, etc. Les neutres vont à la recherche des provisions, et s'instruisent par le toucher et l'odorat du succès de leurs découvertes; elles donnent la becquée aux larves

[page] 3

et les transportent à la superficie extérieure de leur habitation, pour leur procurer de la chaleur, les redescendent plus bas aux approches de la nuit ou du mauvais temps, les défendent contre les attaques de leurs ennemis, et veillent avec le plus grand soin à leur conservation, particulièrement lorsqu'ou dérange leurs nids. Elles ont la même attention pour les nymphes, dont les unes sont renfermées dans des coques et les autres à nu; elles déchirent l'enveloppe des premières lorsque le temps de leur dernière métamorphose est venu. Les Fourmis sont très-friandes d'une liqueur sucrée que les Pucerons et les Gallinsecteslaissent transsuder. Quelques espèces font, au fond de leur nid, des amas de ces Insectes et de leurs œufs, et s'en disputent ensuite la possession. Il y a même des Fourmis qui se construisent des galeries en terre, depuis leur habitation jusqu'à l'extrémité des branches des Arbres chargés de ces Insectes. Quatre ou cinq espèces possèdent des Pucerons. « Une fourmilière, dit Hubert, est plus ou moins riche, selon qu'elle a plus ou moins de Pucerons. C'est leur bétail; ce sont leurs Vaches et leurs Chèvres. ff L'habitation des Fourmis varie beaucoup, et il est facile de concevoir qu'il devait y avoir de la diversité dans les plans d'exécution, puisque chaque espèce, étant réunie en société, a dû chercher à se garantir des intempéries des saisons en se formant une habitation en rapport avec son instinct et son genre d'industrie. Ainsi le plus grand nombre des espèces, s'établissent dans la terre; les unes n'emploient à la bâtisse de leur édifice queles molécules de terre qu'elles ont été obligées de préparer en creusart leurs galeries; les autres élèvent au-dessus du terrain qu'elles ont excavé des espèces de dômes avec des fragmens de matières végétales et autres qu'elles vont chercher aux environs. D'autres espèces choisissent le tronc des vieux Arbres; elles pratiquent dans l'intérieur des cavités et des galeries en tous sens et forment de vrais labyrinthes. D'autres, enfin, placent leur habitation sous une grosse pierre ou sous une racine d'Arbre; mais, malgré la diversité de genre d'habitations, il est aisé de voir que toutes ces espèces s'accordent pour ne jeter les fondemens de leur colonie que dans un lieu exposé à la douce influence du soleil, à l'abri des inondations et dans un terrain susceptible d'être creusé facilement, mais pas assez mouvant pour que les galeries qu'elles y pratiquent soicnt sujettes à s'ébouler. Quand les Fourmis ont ainsi choisi un endroit, et qu'elles y ont établi leur ville, elles pratiquent aux environs plusieurs grandes routes qui partent toutes de la cité et vont dans les divers lieux ou elles ont besoin de se rendre pour aller chercher leur nourriture.

Les Fourmis sont susceptibles de colère: lorsqu'un Animal étranger, un Insecte, ou même des Fourmis d'une espèce différente s'introduisent dans leur habitation, aussitôt l'alarme est répandue, et après quelques momens de tumulte causé parce qu'elles s'avertissent les unes les autres du danger où elles croient que se trouve la république, elles se décident à en venir aux mains avec l'imprudent étranger qui se sauve rarement; s'il en échappe, ce n'est que couvert de blessures faites par les fortes mandibules des neutres. Lorsque le danger n'est pas grand, toutes les Fourmis ne prennent point part à l'affaire, elles n'y envoient alors qu'un détachement assez fort pour chasser ou faire périr l'ennemi. Quoique les Fourmis soient, comme on le voit, trèi-jalouses de leurs droits, elles sont cependant susceptibles d'exercer l'hospitalité à l'égard de quelques Animaux. Latreille a trouvé dans les nids de la Fourmi fauve de jeunes Cloportes qui y restaient sans recevoir le moindre outrage; et près de celui de la Fourmi noir-cenarée, la larve d'un Hanneton ou d'une Cétoine. Ce naturaliste dit que lorsque les travailletont éprouvé quelque accident, d'autres viennent leur porter des secours.

1*

[page] 4

Le fait suivant semblerait prouver que la commisération est un sentiment naturel à ces Animaux. « Si l'on passe, dit-il, à plusieurs reprises le doigt sur la route que suivent les Fourmis, on divise le courant des émanations qui leur servent de guide. On leur oppose un'obstacle qui les arrête sur-le-champ, les oblige à rebrousser chemin ou à se détourner; ce n'est qu'à la longue qu'elles franchissent la barrière. Le sens de l'odorat se manifestant d'une manière aussi sensible, je voulais profiter de cette remarque pour en découvrir le siége. On a soupconné depuis long-temps qu'il résidait dans les antennes. Je les arrachai à plusieurs Fourmis fauves auprès du nid desquelles je me trouvais. Je vis aussitôt ces petits Animaux, que j'avais ainsi mutilés, tomber dans un état d'ivresse ou une espèce de folie. Ils erraient Çà et là, et ne reconnaissaient plus leur chemin. Ils m'occupaient; mais je n'étais pas le seul. Quelques autres Fourmis s'approchèient de ces pauvres affligés, portèrent leur langue sur leurs blessures, et y laissèrent tomber une goutte de liqueur. Cet acte de sensibilité se renouvela plusieurs fois, et je l'observai avec une loupe. ff

Quoique l'histoire des Fourmis d'Europe présente encore de grandes lacunes, on peut la regarder comme très-avancée en comparaison de celle des exotiques. Si nous puisons dans les récits crédules de la plupart des voyageurs, nous ne ferons que répéter des erreurs grossières, ou, si les faits sont vrais, ils ne s'appliqueront pas aux Fourmis, car on sait que pour des hommes qui ne surent jamais distinguer une Fourmi d'un autre Insecte, tout petit Animal est désigné par eux sous ce nom. Mademoiselle Mérian prétend qu'une espèce de ce genre voyage en troupes et que lorsque ces Insectes veulentfranchir un intervalle, entre plusieurs Arbres, par exemple, ils se forment un pont, en s'accrochant l'un à l'autre, sur lequel tout le corps d'armée passe; cette armée va, une fois par an, de maison en maison, y tue tous les Insectes, tous les petits Quadrupèdes rongeurs et incommodes qu'elle rencontre dans sa visite. Ce que nous disons des voyageurs ne doit pas s'appliquer à tous; il en est d'instruits qui ont donné des détails fort curieux sur plusieurs Insectes et dont les observations sont dignes de foi. Ainsi le capitaine Stedman dit qu'il n'a pas eu la moindre connaissance des faits énoncés par mademoiselle Métian, quoiqu'il ait parcouru les mêmes lieux qu'elle; il a observé que les Fourmis nommécs par les habitans Fourmis de feu étaient si nombreuses que souvent, par leur épaisseur, leurs fourmilières obstruaient, en quelque sorte, le passage. Il dit que leur morsure cause une douleur si vive, qu'il a vu toute une compagnie de soldats être saisie d'un tel tressaillement, qu'on eût dit qu'ils venaient d'être échaudés par de l'eau bouillante. Nous pourrions rapporter beaucoup d'observations de ce genre, mais l'étendue de cet article ne nous le permet pas.

Les mâles et les femelles des Fourmis ne se trouvent, sous leur dernière forme, que passagèrement dans la fourmilière; les mâles naissent les premiers, et quittent presque aussitôt leur berceau, quoique les Fourmis nourricières fassent tous leurs efforts pour les retenir. Quelques-uns sont d'abord obligés de rentrer, mais la garde est bieutôt forcée par le grand nombre de ceux qui veulent émigrer, et les euvirons de l'habitation sont couverts d'un nombre immense de Fourmis qui s'envolent au bout de quelques heures. Quand les femelles sont sorties avec eux, ils s'accouplent soit à terre, soit dans l'air; les femelles retombent et se débarrassent bientôt de leurs ailes qui sont devenues inutiles, puisque Je vœu de la nature est rempli. Cette opération, que Hubert leur a vu faire, est fort curieuse, et nous allons rapporter ce qu'il a observé. Il avait pris des Fourmis femelles fécondées et les avait placées dans un pot rempli de terre humide et couvert d'une cloche en ver-

[page] 5

re; une heure après, toutes avaient perdu leurs ailes, qui étaient dispersées çà et là, et elles s'étaient cachées sous la terre. Comme il voulait être témoin de la manière dont elles opèrent, il en prit, les mit dans un poudrier sans terre et les observa avec assiduité pendant cinq heures consécutives. Mais, à son grand étonnement, il ne leur vit rien faire qui pût annoncer la perte de leurs ailes; il ne concevait pas ce qui pouvait retarder une opération qui avait été si tôt faite par les premières, mais il pensa bientôt que c'était peut-être parce que les femelles n'étaient pas dans des circonstances semblables à l'état de nature; il prit de la terre humide, en mit une légère couche sur une table, la recouvrit d'une cloche en verre et introduisit dessous une Fourmi fécondée; aussitôt qu'elle se sentit sur la terre, elle étendit ses ailes avec effort, en les faisant venir en avant de sa tête; elle les croisa dans tous les sens, les renversa d'un côté, puis de l'autre, et fit des contorsions si singulières que ses quatre ailes tombèrent à la fois en sa présence; après cette expédition, elle se reposa, brossa son corselet avec ses pates, et se promena sur la terre où elle parut chercher un gîte. Elle ne semblait pas s'apercevoir qu'elle fût enfermée dans une étroite enceinte; elle mangea du miel qu'il lui avait donné, et se cacha enfin sous quelques morceaux de terre qui formaient une petite grotte naturelle. Les femelles qui sont restées aux environs de la fourmilière sont saisies parles neutres quis' empressent de les faire entrer dans l'habitation; là, elles sont gardées avec assiduité; on ne leur permet plus de sortir, on les nourrit avec soin, et elles sont conduites dans les parties de la fourmilière ou la température paraîtle mieux leur convenir. Ces femelles s'accoutument peu à peu à leur esclavage: leur ventre grossit, et une seule sentinelle, remplacée sans cesse par d'autres, surveille leur conduite: la plupart du temps montée sur son abdomen et les jambes postérieures posées par terre, elle semble destinée à relever les œufs aussitôt qu'ils sont pondus. Lorsque la maternité de la femelle est bien reconnue, on commence à lui rendre des hommages pareils a ceux que les Abeilles prodiguent à leur reine: une douzaine de Fourmis la suivent partout; elle est sans cesse l'objet de leurs soins et de leurs caresses; toutes s'empressent autour d'elle, lui offrent de la nourriture et la conduisent par ses mandibules dans les passages difficiles ou montueux; elles vont même jusqu à la porter. Plusieurs femelles peuvent vivre dans le même nid; elles n'éprouvent point de rivalités; chacune d'elles a sa cour; elles se rencontrent sans se faire de mal, mais elles n'ont aucun pouvoir. Les œufs, aussitôt après avoir été pondus, sont recueillis avec soin et réunis autour d'elle.

Les femelles qui ne sont point rentrées dans leurs foyers, cherchent un cîte dès qu'elles ont perdu leurs ailes; il serait bien difficile de les suivre alors dans les tours et détours qu'elles font dans les gazons et dans les champs. Hubert s'est assuré par quelques essais que ces femelles, qui n'étaient appelées à aucuns travaux dans les fourmilières natales, animées par l'amour maternel et le besoin de faire usage de toutes leurs facultés, devenaient laborieuses et soignaient leurs petits aussi bien que les ouvrières. Il est certain que ces femelles errantes établissent de nouvelles colonies, et l'apparition de fourmilières dans des endroits où il n'en existait pas, le prouve; car il est difficile de concevoir que l'instinct ramène toujours à la même habitation des individus que l'amour a entraînés au loin; l'immeusité de population qui devrait résulter de cette unité de société, est une des raisons concluantes en faveur de ce sentiment; d'ailleurs, Hubert s'est assuré de la vérité de ces faits par plusieurs expériences qui ne laissent plus de doute à cet égard. Les femelles vierges ne rejettent point leurs ailes; elles n'inspirent aucun intérèt aux neutres, et celles-ci ne commencent à s'en occuper que quand elles

[page] 6

sont fécondées. Hubert a vu des femelles vierges et pourvues de leurs ailes, occupées à ouvrir des coques de nymphes ae Fourmis ouvrières qu'il avait placées avec elles dans un appareil où elles étaient isolées. Ces femelles ne paraissaient pas embarrassées du rôle qu'elles remplissaient pour la première fois et contre l'infion présumée de la nature.

Suivant Hubert, l'attachement des Fourmis ouvrièies pour leurs femelles paraît s'étendre au-delà de leur existence: car lorsqu'une femelle fécondée périt, cinq ou six ouvrières demeurent auprès d'elle, la brossent et la lèchent sans interruption pendant plusieurs jours, et semblent vouloir la ranimer par leurs soins.

Lesœufs des Fourmis different entre eux: les plus petits sont cylindriques, blancs et opaques; les plus gros sont transparens, avec une de leurs extrémités légèrement arquée; ceux de grandeur moyenne n'ont qu'une demi-transparence, et l'on voit dans leur intérieur une espèce de nuage blanc plus ou moins allongé. Dans d'autres, on n'aperÇoit qu'un point transparent au bout supérieur; ceux-là offrent une zône claire, tant en dessus qu'en dessous; d'autres sont d'une limpidité parfaite, et l'on aperÇoit déjà dedans des anneaux très-marqués; enfin les plus gros ne présentent qu'un seul point opaque et blanchâtre. Ceux qui viennent d'être pondus, sont constamment d'un blanc laiteux. Si l'on dérobe les œufs les plus avancés, aux soins des Fourmis, ils se dessèchent et périssent bientôt, ce qui ferait croire que les ouvrières ont des moyens pour les conserver, en leur communiquant peut-être une humidité nécessaire. Les larves sortent de ces œufs quinze jours après la ponte, elles ressemblent à de petits Vers blancs, gros, courts, sans pates, et d'une forme presque conique; leur corps est composé de douze anneaux; sa partie antérieure est plus menue et courbée; on remarque à la tête deux petites pièces écailleuses qui sont deux espèces de crochets; au-dessous de ces crochets, quatre petites pointes ou cils, deux de chaque côté, et un mamelon presque cylindrique, mou, ré-tractile, par lequel la larve reçoit la becquée; il est probable que la base principale de la nourriture que les ouvrières dégorgent, est la liqueur qu'elles recueillent auprès des pucerons et les parties sucrées des Végétaux. Les soins que les Fourmis neutres prennent des larves, ne se bornent pas à la nourriture; elles veillent sans cesse auprès d'elles pour les préserver de tous les accidens auxquels elles sont exposées dans un âge si tendre. Ces secondes mères remplissent cedevoir avec une prévoyance et une tendresse à toute épreuve. Toutes les températures ne conviennent pas à la jeune famille, les Fourrais ont dans leur instinct un thermomètre qui leur indique le degré dans lequel il faut tenir leurs nourrissons; ainsi, lorsque les rayons du soleil viennent frapper la partie extérieure de leur nid, les Fourmis qui sont à la surface descendent au fond de la fourmilière, avertissent leurs compagnes en les frappant avec leurs antennes, et les saisissant même avec leurs mandibules si elles ne s'empressent pas assez, elles les entraînent au sorimet de l'habitation, et les y laissent afin de revenir auprès de celles qui gardent les petits; dans un instant les larves et les nymphes sont transportées au faîte de la fourmilière, et reçoivent la douce influence du soleil. Les larves des femelles, qui sont beaucoup plus grosses, donnent plus d'embarras; on finit cependaut par les placer à côté des autres. Quand les Fourmis jugent que leurs petits sont restés assez long-temps au soleil, elles les retirent dans des loges propres à les recevoir, sous une couche de chaume, mais qui n'intercepte pas entièrement la chaleur; quand elles croient n'avoir rien à craindre, elles se reposent de leurs travaux; alors on les voit étendues pêle mêle avec les larves, ou entassées les unes sur les autres. Si l'on découvre un peu l'intérieur de

[page] 7

ces nids, on voit les ouvrières saisir leurs nourrissons avec une promptitude extrême, et les entraîner dans les lieux les plus reculés de l'habitation; s'il se trouve déjà des individus ailés, ils sont de même cachés par ces Animaux.

Les larves des Fourmis qui n'ont point d aiguillon se renferment dans une coque ovalaire d'un blanc jaunâtre ou roûssâtre, marquée à un bout d'une tache noirâtre qui répond à l'extrémité de l'abdomen de la nymphe, et qui est produite peut-être par la dépouille de la larve. Celte coque est formée d'une pellicule très-mince; l'écaille ou pédicule est cachée par une peau très-fine qui se prolonge du corselet sur l'abdomen; les larves des espèces qui sont armées d'un aiguillon, ne s'ensevelissent pas ainsi dans un tombeau; la nymphe est entièrement nue; sa couleur devient plus foncée, à mesure que le moment de son entier développement approche.

La Fourmi en état de nymphe présente la forme et la grandeur de l'Insecte parfait; mais elle est faible, d'une consistance encore tendre, et ses membres incapables d'action, sont renfermés dans le fourreau dont nous avons parlé plus haut; ces nymphes ne peuvent pas encore se passer du secours des Fourmis ouvrières; celles qui sont enveloppées dans une coque, périraient dedans, si, quand le temps est venu qu'elles en soient débarrassées, les neutres ne les sortaient pas de leurs cellules et ne leur enlevaient pas la pellicule soyeuse qui enveloppe les parties de leur corps, en les tiraillant délicatement avec leurs mandibules. Les nouveaux nés jouissent tous de leur liberté et des facultés actives qui leur sont propres; les neutres continuent pendant quelques jours de les surveiller; elles les alimentent, les accompagnent en tous lieux, et semblent chercher à leur faire connaître tous les sentiers et tous les détails de leur habitation; les mâles qui veulent sortir sont rassemblés par elles dans une même case, et ils y sont retenus jusqu'au moment où elles jugent convenable de les laisser sortir avec les femelles. La sortie des mâles et des femelles est un événement marquant pout la république: toutes les Fourmis sortent et assistent avec inquiétude au départ des couples sur lesquels est fondé l'espoir de toutes; elles s'opposent de tout leur pouvoir au départ des individus qui vont prendre l'essor, mais elles ne parviennent pas à empêcher le plus grand nombre de s'élever dans les airs et de quitter pour jamais les lieux qui les ont vus naître; on les voit alors dans l'air, rassemblées en essaims innombrables, exécuter des mouvemens lents en s'élevant et s'abaissant alternativement de quelques pieds; les mâles qui forment le gros de l'essaim, volent obliquement et en zig-zag; les femelles, tournées contre le vent, sont suspendues comme des ballons, et paraissent immobiles, jusqu'à ce que quelques mâles les saisissent, les entraînent loin de la foule et les fécondent au milieu des airs.

Les Fourmis sont un vrai fléau pour nos jardins; elles gâtent les fruits en leur communiquant une odeur désagréable, ou en les entamant avant leur maturité. Le laboureur leur voit souvent enlever une partie de son grain, et les racines de plusieurs de nos Plantes économiques ont à souffrir du travail de ces Animaux qui se creusent des galeries sans nombre dans la terre. Mais les dégâts que font les Fourmis d'Europe, ne sont rien en comparaison de ceux des espèces de l'Inde et des contrées équatoriales: elles ravagent d'une manière inconcevable les plantations des cannes à sucre. On lit dans un grand nombre de voyageurs les détails des ravages que font les Fourmis dans les pays chauds; mais Latreille pense qu'on en a trop rais sur leur compte; il est injuste, dit-il, de faire supporter aux seules et vraies Fourmis tout le poids de notre indignation et de notre vengeance. La même impartialité nous oblige également à leur refuser le talent de produire la laque du commerce.

[page] 8

Le nombre et la variété des moyens que les agronomes ont indiqués pour détruire ces Insectes, est en général une preuve de leur insuffisance. Nous allons cependant faire conna�tre les principaux, et nous renverrons pour plus de détails au Dictionnaire d'agriculture. Le moyen le plus ordinaire tet le plus connu des jardiniers est de mettrede l'eau et du miel que l'on a eu soin de faire bouillir, dans une bouteille que l'on suspend aux Arbres attaqués par les Fourmis; l'odeur du miel les attire, elles entrent dans la bouteille et s'y noient. Un autre procédé qui a été annoncé dans la Gazette d'agriculture, a, dit-on, très-bien réussi dans les environs de Montpellier: il fa ut transporter dans les jardins un grand nombre de grosses Fourmis que Ton trouve dans les bois; celles-ci ne cessent de combattre les petites espèces, que lorsqu'elles les ont entièrement détruites ou chassées. On remarque que dans les jardins où il n'y a que de grosses Fourmis, les Arbres viennent très-bien. Un moyen plus efficace, mais qui deviendrait peut-être trop co�teux pour être employé en grand, est de faire usage de l'Oxide blanc d'Arsenic, en le mêlant avec du sucre ou quelque autre matière dont les Fourmis sont friandes: on les verra toutes périr. Le sublimé corrosifest encore un bon moyen: on a remarqué que les Fourrais qui avaient touché à cette substance, entraient dans une espèce de rage et tuaient les autres. Le contact de leur corps suffisait encore pour en faire périr plusieurs. Du bois brùlé en charbon, mais ne donnant plus de flamme, placé sur leur passage, les attire; elles s'y précipitent par milliers et ne tardent pas à l'éteindre. On trouve dans les forêts de la Guiane des fourmilières qui forment des pyramides tronquées de quinze à vingt pieds d'élévation sur trente à quarante de base. Les cultivateurs sont obligés d'abandonner un nouvel établissement, lorsqu'ils ont le malheur d'y rencontrer une pareille forteresse, à moins qu'ils n'aient assez, de force pour en faire un siège en règle. Latreille rapporte que cela est arrivé à M. de Préfontaine, lors de son premier campement à Kourou. Il fut obligé de faire creuser une. tranchée circulaire, qu'il remplit d'une grande quantité de bois sec, autour d'une de ces fourmilières; et après y avoir mis le feu sur tous les points de sa circonférence, il l'attaqua à coups de canon.

Nous allons donner la description de quelques espèces remarquables de Fourmis, nous les diviserous, d'après Latreille, en deux sections.

† Corselet des ouvrières ayant le dos arqué et sans interruption dans sa courbure; ailes supérieures des autres individus sans nervures frécur-renles.

FOURMI RONGE-BOIS, F. herculeana, Lin., Scop., Schrank, Oliv., Latr., Hist. Nat. des Fourmis, p. 88, pl. 1, f. 1. Cette espèce est la plus grande d'Europe; elle a quelquefois jusqu'à sept lignes de longueur. Le mulet est noir, avec le corselet et les cuisses d'un rouge sanguin foncé; le màle et la femelle en diffèrent peu pour les couleurs. Cette Fourmi établit sa demeure dans l'intérieur des parties mortes des vieux Arbres, sous leur écorce. On ne la trouve pas dans les champs; elle vit en société peu nombreuse et para�t plus propre au Midi. On la trouve rarement aux environs de Paris.

FOURMI BI-EPINEUSE, F. bispinosa, Oliv., Latr., ibid., p. 133, pl. 4, fig. 20; F. fungosa, Fab. Elle est longue de trois lignes, noire, avec le corselet biépineux en devant et l'écaille terminée par une pointe longue. Cette espèce, qui se trouve à Cayenne, fait son nid avec une matière qui ressemble au premier coup-d'œil à de l'amadou; cette substance est composée d'un duvet cotonneux, qui paraît être formé de petits brins qui entourent la semence d'un Fromager d'Aublet. L'Animal les empile et en fait une espèce de feutre, qui est très-efficace dans les hémorrhagies.

[page] 9

†† Dos du corselet des ouvrières ayant des enfoncemens qui le rendent sinueux; ailes supérieures des autres individus ayant une nervure récurrente et recue par la première cellule cubitale; la secoude nervure récurrente nulle.

FOURMI FAUVE, F. rufa, Lin., Latr., ibid., p. 143, pl. 5, fi g. 28. L'ouvrière a trois lignes de longueur;. elle est nosiràtre, avec une grande partie de sa tête, de son corselet et l'écaille, fauves; la téte a trois petits yeux lisses. La femelle est plus longue d'une ligne; sa tête ressemble à celle de l'ouvrière; on voit seulement du noir au milieu de sa partie antérieure près de la bouche. L'écaillc est grande et ovée; l'abdomen est court, presque globuleux, d'un noir un peu bronzé, avec le devant fauve; les ailes sont enfumées; les pates sont noiràtres, avec les cuisses rouges. Le màle est à peu près de la même longueur, mais plus étroit, avec l'écaille épaisse, presque carrée, et l'abdomen courbé à l'anus, qui est noiràtre; les ailes ont les nervures jaunàtres. La Fourmi fauv# est très-commune dans toutes les parties de l'Europe; c'est elle qui élève dans les bois ces monticules remarquables par leur grandeur, et leur forme en cône très-large à sa base. Cette habitation est composée de brins de chaume, de fragmens ligneux, de coquillages, de cailloux, ei comme elles Rumassent souvent, dans le même dessein, des grains de blé, d'orge et d'avoine, on a cru ou'elles faisaient des provisions pour l'hiver; mais il est reconnu qu'elles ne s'en servent que pour leur habitation, car elles passent l'hiver engourdies, ainsi que toutes les autres espèces, et ne prennent par conséquent aucune nourriture. Le monticule que cette espèce forme ne paraît, au premier coup-d'œil, qu'un amas confus de matériaux; mais, si on l'examine avec attention, on voit qu'il est arrangé de manière à éloigner les eaux de la fourmilière, à ménager la chaleur du soleil ou la conserver dans l'intérieur du nid. L'assemblage des divers élémens dont il est composé présente toujours l'aspect d'un dôme arrondi, dont la base, souvent couverte de terre et de petits cailloux, forme une zône au-dessus de laquelle s'élève, en pain de sucre, la partie ligneuse du bàtiment. Cette couverture cache la portion la plus considérable de l'établissement, qui s'étend à des profondeurs assez grandes sous terre. Des avenues, ménagées soigneusement, en forme d'entonnoir, conduisent du faîte dans l'intérieur de la fourmilière; leur ouverture est plus ou moins large, et leur nombre varie selon que la population est plus ou moins étendue; ces portes étaient nécessaires pour donner issue à l'immense quantité d'ouvrières dont ces peuplades sont composées; elles semblent préférer vivre en plein air et ne pas craindre de faire en notre présence la plupart de leurs opérations: ce qui les aistingue des autres espèces, qui se tiennent volontiers dans leurs nids et à l'abri du soleil. Le soir, les Fourmis fauves ferment peu à peu leurs portes; elles apportent pour cela de petites poutres, qu'elles placent auprès des galeries pour en diminuer l'entrée; elles les arrangent au-dessus de l'ouverture et les enfoncent même quelquefois dans le massif du chaume, en les croisant dans tous les sens; elles finissent par y mettre d'autres parcelles plus petites, et parviennent à boucher entièrement le trou par où elles entraient. Le matin elles défont ce qu'elles ont fait le soir; il n'y a que les jours de pluie où elles ne fassent pas celte opération, se bornant alors à pratiquer une ouverture beaucoup plus petite, et s'il vient à pleuvoir elles la terment tout-à-fait.

« Pour concevoir, dit Hubert, la formation du toit de chaume, voyons ce qu'était lafourmilière dans son origine. Elle n'est, au commencement, qu'une cavité pratiquée dans la terre; une partie de ses habitans va chercher aux environs des matériaux propres à la construction de.

[page] 10

la charpente extérieure; ils les disposent ensuite dans un ordre peu régulier, mais suffisant pour en recouvrir l'entrée; d'autres Fourmis apportent de la terre, qu'elles ont enlevée au fond du nid dont elles creusent l'intérieur, et cette terre, mélangée avec les brins de bois et de feuilles qui sont apportés à chaque instant, donne une certaine consistance à l'édifice; il s'èléve de jour en jour; cependant, les Fourmis ont soin de laisser des espaces vides pour ces galeries, qui conduisent au dehors, et, comme elles enlèvent le matin les barriéres qu'elles ont posées à l'entrée du nia la veille, les conduits se conservent landis que le reste de la fourmilière s'élève; elle prend déjà une forme bombée, mais on se tromperait si on la croyait massive. Ce toit devait encore servir sous un autre point de vue à nos Insectes; il était destiné à contenir de nouveaux étages, et voici de quelle manière ils sont construits (je puis en parler, pour l'avoir vu à travers un carreau de verre que j'avais ajusté contre une fourmilière). C'est par excavation, en minant leur édifice même, qu'elles y pratiquent des salles très-spacieuses, fort basses à la vérité, et d'une construction grossière; mais elles sont commodes pour l'usage auquel elles sont destinées, celui de pouvoir y déposer les nymphes et les larves à certaines heures du jour. Ces espaces vides communiquent entre eux par des galeries faites de la même manière. Si les matériaux du nid n'étaient qu'entrelacés les uns avec les autres, ils céderaient trop facilement aux efforts des Fourmis, et tomberaient confusément' lorsqu'elles porteraient attéinte à leur ordre primitif; mais la lerre contenue entre les couches, dont le monticule est composé, étant délayée par l'eau dpluies, et durcie ensuite par le soleil, sert à lier ensemble toutes les parties de la fourmilière, de manière cependant à permettre aux Fourmis d'en séparer quelques fragmens, sans détruirereste; d'ailleurs, elle s'oppose si bieu à l'introduction de l'eau dans le nid, que je n'en ai jamais trouvé (même après les plus longues pluies)à plus d'un quart de pouce de la surface, à moins que la fourmilière n'eût été dérangée ou ne fût abandonnée par seshabitans. Quant à la partie souterraine de la fourmilière, on ne peut la voir que lorsqu'elle est placée contre une pente; alors, en soulevant le.monticule de chaume, on aperçoit toute la coupeintérieure du bàtiment. Ces souterrains présentent des étages composés de loges creusées dans la terre et pratiquées dans un sens horizontal. ff Les Fourmis fauves, et même plusieurs autres espèces, changent quelquefois d'habitation si leur fourmilière est mal exposée ou trop près d'une fourmilière ennemie (c'est ce que Hubert appelle migration); alors, la nation entiere se transporte dans un autre lieu plus favorable et y fonde une nouvelle cité. Dans cette occasion, les Fourmis se portent les unes les aytres; celles qui s'en vont de l'ancienne habitation à la nouvelle, emporten leurs compagnes, et celles qui reviennent sont toujours seules. Les premières qui ont formé le projet de changer de demeure, et qui ont découvert un endroit favorable, viennent engager les autres à les suivre; tantôt elles les invitent par de simples caresses, tantôt elles les enlèvent de force, et bientôt toute la fourmilière passe dans le nouveau local et y transporte ses œufs et ses larves.

Si les Fourmis fauves aperçoivent un de leurs ennemis à une distance assez grande pour qu'elles ne puissent pas l'atteindre, elles se redressent sur leurs pieds de derrière, font passer leur abdomen entre leurs jambes et lancent avec force des jets de leur acide. Elles attaquent à force ouverte, en pinçant fortement avec leurs mandibules, et versant dans les plaies produites par leurs morsures leur acide formique; elles y parviennent en courbant l'extrémité postérieure de leur abdomen, où il est contenu, et en l'appliquant contre

[page] 11

la partie offensée. Ces Fourmis dissèquent en très-peu de temps les cadavres de divers Animaux de petite taille qu'on leur présente.

Hubert donne une description fort intéressante d'un combat entre deux fourmilières de la même espèce. Les deux armées s'étaient rencontrées à moitié chemin de leur habitation respective; c'est là que se donnait la a bataille; elles occupaient un espace de deux ou trois pieds carrés, et il s'en exhalait de toutes parts une odeur pénétrante. A l'approche de la nuit, après s'être bien battus, et avoir laissé un grand nombre de morts sur le lieu de la scène, chaque parti rentrait graduellement dans la cité, mais ils retournaient au combat avant l'aurore, et le carnage recommençait avec plus de fureur. Les Fourmis sanguines, qui sont souvent attaquées par les Fourmis fauves, se défendent en partisans et font une petite guerre fort amusante pour l'observateur. Les deux partis se mettent en embuscade et fondent l'un sur l'autre à l'improviste; si les Fourmis sanguines se voient moins en force, elles réclament du secours, et aussitôt une armée sort de la cité, s'avance en masse et enveloppe le peloton ennemi.

Les Fourmis fauves ont présenté à Hubert quelques faits singuliers et dont le trait suivant retrace une sorte de scène gymnastique. S'étant un jour approché d'une de leurs habitations exposée au soleil et abritée du coté du nord, il vit ces Insectes amoncelés en grand nombre sur sa surface et dans un mouvement général, qu'il compare à l'image d'un liquide en ébullition. Mais s'étant appliqué à suivre séparément chaque Fourmi, il découvrit qu'elles jouaient entre elles deux à deux, et se livraient des combats simulés, pareils à ceux dont les jeunes Chieus nous donnent souvent le spectaclce.

FOURMI SANGUJNE, F. sanguinea, Latr., ibid., p. i5o, pl. 5, fig. 29. L'ouvrière ressemble beaucoup à celle de l'espèce précédente, mais les antennes et la tête sont entièrement d'un fauve-sanguin; les yeux lisses sont apparens; le corselet et les pates sont fauves; l'abdomen est d'un noircendié. Ces Fourmis présentent un exemple des sociétés mixtes; aussi allons-nous donner quelques détails particuliers sur leurs mœurs

Elles ont de grands rapports avec les Fourmis fauves, tant par la forme et la couleur de leurs corps, que par leur manière de bâtir. Nous allons écouter Hubert qui donne des détails fort curieux sur cette espèce.

« Une des occupations ordinaires des Fourmis sanguines, est d'aller à la chasse de certaines petites Fourmis dont elles font leur pàture; elles ne sortent jamais seules; on les voit aller par petites troupes, s'embusquer près d'une fourmiliere, attendre à l'entrée qu'il en sorte quelque individu, et s'élancer aussitôt pour s'en saisir. Les Insectes qu'elles rencontrent sur leur chemin deviennent aussi leur proie, quand elles peuvent les arrêter. On ne trouve point chez les sanguines, non plus que dans les autres fourmilières mixtes, de màles et de femelles de Fourmis auxiliaires. Les femelles sanguines sont remarquables par la vivacité de leurs couleurs. Les màles ressemblent beaucoup à ceux de la Fourmi noir-cendrée, si ce n'est qu'ils ont le corps plus allongé; on les voit partir en même temps que les femelles, et ils sont alors accompagnés d'un double cortège, comme ceux des Fourmis légionnaires. Tant de rapports entre ces Fourmis me faisaient soupçonner que les sanguines s'approvisionnaient de noir-cendrées, de la même manière que les rous-sàtres; je les épiai de jour en jour, et je fus témoin de plusieurs expéditions. En voici un exemple qui pourra donner une juste idée de leur tactique. Le 15 juillet, à dix heures du matin, la fourmilière sanguine envoie en avant une poignée de ses guerriers. Cette petite troupe marche à la hàte jusqu'à l'entrée du nid des

[page] 12

Fourmis cendrées, situé à vingt pas de la fourmilière mixte; elle se disperse autour du nid. Les habitans aperçoivent ces étrangères, sortent en foule pour les. attaquer, et en emmènent plusieurs en captivité; mais les sanguines ne s'avancent plus, elles paraissent attendre du secours; de moment en moment, je vois arriver de petites bandes de ces Insectes, qui partent de la fourmilière sanguine et viennent renforcer la première brigade. Elles s'avancent alors un peu davantage, et semblent risquer plus volontiers d'en venir aux prises; mais, plus elles approchent des assiégées, plus elles paraissent empressées à envoyer à leur nid des espèces de courriers. Ces Fourmis, arrivant en hàte, jettent l'alarme dans la fourmilière mixte, et aussitôt un nouvel essaim part et marche à l'armée. Les sanguines ne se pressent point encore de chercher le combat; elles n'alarment les noir-cendrées que par leur seule présence; cellesci occupent un espace de deux pieds carrés au-devant de leur fourmilière; la plus grande partie de la nation est sortie pour attendre l'ennemi. Tout autour du camp, on commence à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont toujours les assiégées qui attaquent les assiégeantes. Le nomore des noir-cendrées assez considérable annonce une vigoureuse résistance; mais elles se défient de leurs forces, songent d'avance au salut des petits qui leur sont confiés, et nous montrent en cela un des plus singuliers traits de prudence dont l'histoire des Insectes nous fournisse l'exemple. Long-temps avant que le succès puisse être douteux, elles apportent leurs nymphes au-dehors de leurs souterrains, et les amoncellent à l'entrée du nid, du côté opposé à celui d'où viennent les Fourmis sanguines, afin de pouvoir les emporter plus aisément si le sort des armes eur est contraire. Leurs jeunes femelles prennent la fuite du même pôté; le danger s'approche; les sanguines se trouvant en force, sc jettent au milieu des noir-cendrées, les attaquent sur tous les points, et parviennent jusque sur le dôme de leur cité. Les noir-cendrées, après une vive résistance, renoncent à la défendre, s'emparent des nymphes qu'elles avaient rassemblées hors de la fourmilière, et les emportent au loin. Les sanguines les poursuivent et cherchent à leur ravir leur trésor. Toutes les noires sont en fuite; cependant on en voit quelques-unes se jeter avec un véritable dévouement au milieu'des ennemis et pénétrer dans les souterrains dont elles soustraient encore au pillage quelques larves qu'elles emportent à la hàte. Les Fourmis sanguines pénètrent dans l'intérieur, s'emparent de toutes les avenues, et paraissent s'établir dans le nid dévasté. De petites troupes arrivent alors de la fourmilière mixte, et l'on commence à enlever ce qui reste de larves et de" nymphes. Il s'établit une chaîne continue d'une demeure à l'autre, et la journée se passe de cette manière. La nuit arrive avant qu'on ait transporté tout le butin; un bon nombre de sanguines reste dans la cité prise d'assaut, et le lendemain à l'aube du jour elles recommencent à transférer eur proie. Quand elles ont enlevé toutes les nymphes, elles se portent les unes les autres dans la fourmilière mixte jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un petit nombre. Mais j'aperçois quelques couples aller dans un sens contraire; leur nombre augmente; une nouvelle résolution a sans doute été prise par ces Insectes vraiment belliqueux: un recrutement nombreux s'établit sur la fourmilière mixte, en faveur de la ville pillée, et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y est transporté avec promptitude: nymphes, larves, màles et femelles, auxiliaires et amazones, tout ce que renfermait la fourmilière mixte, est déposé dans l'habitation tonquise, et les Fourmis sanguines renoncent pour jamait à leur ancienne patrie. Elles s'établissent en lieu et place des noir-cen-

[page] 13

drées, et là entreprennent de nouvelles invasions.

Les Fourmis sanguines ne font pas leurs expéditions contre les noircendrées aussi souvent que les roussâtres; elles n'attaquent que cinq ou six fourmilières dans un été, et se contentent d'un certain nombre de domestiques. Hubert remarque que les noir cendrées attaquées par les sanguines se conduisent différemment que lorsqu'elles ont affaire aux Fourmis roussâtres. L'impétuosité de ces dernières ne leur laisse pas le temps de se défendre; la tactique des assiégeans étant différente, celle des assiégés devait l'être aussi. Très-carnassieres et toujours occupées de chassas, les sanguines ne peuvent se passer de ces auxiliaires, car leurs petits se trouveraient alors sans dé fense. Les Fourmis mineuses enlevées de la fourmilière dans leur jeune âge, rendent aussi les mêmes services; mais ce qui est bien remarquable, c'est qu'il existe des fourmilières sanguines où l'on voit ces deux espèces d'auxiliaires. Cette Fourmi se trouve en France, et est plus commune en Suisse.

FOURMI NOIR-CENDRÉE, F. fusca, L., Latr., ibid., p. 159, pl. 6. f, 32. L'ouvrière a un peu plus de deux lines de long; elle est d'un noir cendré avec la partie inférieure des antennes et les pâtes rougeâtres; la femelle est d'un noir très-luisant avec un léger reflet bronzé; le mâle est noir avec l'anus et les pales d'un rouge pâle. Cette espèce est une de celles qu'Hubert appelle Fourmis maçonnes. Les monticules qu'elle élève offrent toujours des mur3 épais formés d'une terre grossière et raboteuse, des étages très-prononcés et de larges voûtes soutenues par des piliers solides. On n'y trouve ni chemin ni galerie proprement dits, mais des passages en forme d'œil de bœuf; partout de grands vides, de gros massifs de terre, et l'on remarque que les Fourmis ont conservé une certaine proportion entre les piliers et la largeur des voûtes auxquelles ils servent de supports.

FOURMI JAUNE, F. flava, Fabr., Dég., Oliv., Vill., Latr., ibid., p. 166, pl. 6, f. 36. Elle est d'un roux jaunâtre luisant; l'écaille est presque carrée, entière.Cette espèce choisit les parcelles les plus fines des Arbres dans lesquels elles s'est établie, les mélange avec un peu de terre et des toiles d'Araignées, et forme une matière de la consistance du papier mâché, et avec laquelle elle construit des étages entiers de son habitation. Elle sert de boussole aux habitons des Alpes, parce que son nid se dirige constamment de l'est à l'ouest. Ces fourmilières sont très-multipliées et plus élevées dans les montagnes que partout ailleurs; leur sommet et la pente la plus rapide sont tournés au levant d'hiver, mais elles vont en talus au côté opposé. Ces faits ont été communiqués à Hubert par des montagnards; il les a vérifiés lui-même sur des milliers de ces fourmilières.

FOURMI BRUNE, F. brunnea, Latr., ibid., p. 168, pl. 6, fig. 35, A. Elle est d'un brun rougeâtre clair; son abdomen est obscur. Cette espèce qui n'a pas plus d'une ligne et demie de longueur, se fait remarquer par son industrie et la perfection de son travail; c'est une de celles qu'Hubert appelle Fourmis maçonnes. Cette Fourmi construit son nid par étages de quatre à cinq lignes de haut dont les cloisons n'ont pas plus d'une demi-ligne d'épaisseur. Ces étages sont égaux et suivent la pente de la fourmilière. Il y en a quelquefois plus de vingt dans la partie supérieure, et au moins autant au-dessous du sol. Hubert a observé que cette espèce sort la nuit et presque jamais le jour; il les a vues travailler. Pour cela elles choisissent un temps de pluie; c'est alors qu'on peut les voir déployer tout leur talent pour l'architecture; elles apportent entre leurs mandibules de petites parcelles de terre, les placent à l'endroit où elles doivent rester, les divisent et les pous-

[page] 14

sent avec leurs dents, de manière à remplir les plus petites inégalités de la muraille. Quand elles ont construit assez de ces petites murailles et qu'elles ont à peu près quatre ou cinq lignes de haut, elles les réunissent en faisant un plafond de forme ceintrée. Pour cela elles placent leurs parcelles de terre dans un sens horizontal, de manière à faire au-dessus de chaque mur un rebord qui, venant bientôt à rencontrer celui du mur opposé, forme le plafond. Tout cela se fait toujours pendant la pluie qui, au lieu de diminuer la cohésion des particules de terre, semble l'augmenter encore. Ces parcelles de terre mouillée qui ne tiennent encore que par juxta-position sont liées étroitement, les inégalités disparaissent, le dessus de ces étages composé de tant de pièces rapportées ne présente plus qu'une seule couche de terre bien unie, et n'a besoin, pour se consolider entièrement, que de la chaleur du soleil. Cette espèce est assez commune; elle place sa fourmilière dans les Herbes, sur le bord des sentiers.

Barboteau a fait quelques observations sur les Fourmis des Antilles (Journal d'hist. naturelle et de physique de Rosier, 1776, novembre et décembre); les espèces qu'il mentionne n'étant pas suffisamment caractérisées, nous n'en parlerons pas.

On a étendu le nom de Fourmi à beaucoup d'Insectes différens; ainsi on a appelé:

FOURMI BLANCHE, le genre Termes. V. ce mot.

FOURMI AMAZONE. V. PONÈRE.

FOURMI DE VISITE, FOURMI CÉPHALOTE. V. OECODOME.

FOURMI RESSERRÉE. V. PONÈRE.

FOURMI MÉLANURE. V. MYRMICE.

FOURMI ROUGE. V. MYRMICE.

FOURMIS VOLANTES. Le peuple désigne sous ce nom la plupart des Insectes à quatre ailes nues. (g.)

FOURMILIER. Myrmecophaga. MAM. Genre de Mammifères de l'or dre des Edentés où il forme, avec les Pangolins, la troisième tribu dans le Règne Animal de Cuvier.

Ces Animaux, absolument dépourvus de dents comme les Pangolins, vont nous présenter d'une espèce à l'autre les mêmes contrastes d'organisation déjà observés dans les Bradypes. Ces contrastes consistent dans des différences non-seulement de la figure et de l'agencement des os, mais aussi dans l'inégalité du nombre de ces parties. On voit donc que, malgré les ressemblances extérieures qui ont servi à rapprocher ces Animaux dans un seul et même genre, ils different davantage entre eux que beaucoup de genres dans tel ou tel ordrç,, par exemple, dans celui des Singes, dans celui des Rongeurs, etc. Il s'ensuit encore que ces différences dans des organes inaccessibles par leur profondeur à des influences extérieures, chez des Animaux dont le régime est uniforme, qui habitent les mêmes contrées, les mêmes sites, et qui par conséquent sont soumis aux mêmes influences, ne peuvent être que primitives. Ces considérations, que nous aurons encore sujet de rappeler ailleurs, montrent à combien peu de cas peuvent s'appliquer les idées de quelques personnes sur la métamorphose des espèces les unes dans les autres.

Ce qui, au premier aspect, caractérise davantage les Fourmiliers, c'est la forme de leur tête effilée en un long tuyau cylindrique. Les parois de ce tuyau, sur la plus grande partie de son étendue, sont formées par les mâchoires dont la proportion sur le squelette rappelle celle du bec des Oiseaux, où il est le plus long, tel que les Bécasses, les Courlis, etc. En effet, dans le Tamanoir, la mâchoire supérieure est deux fois aussi longue que le crâne, et la voûte palatine occupe les onze douzièmes de la longueur de la tête. Cet excès énorme de longueur de la bouche dépend de ce que les palatins s'unissent sur la ligne médiane par tout leur bord interne, en continuant ainsi

[page] 15

le tube des narines. Celles-ci ne débouchent pas, comme chez les autres Mammifères, sur le bord postérieur du plancher des palatins. Ce plau-cher est continué encore dans les Fourmiliers par des lames transversales des apophyses ptéiigoïdes unies entre elles comme les lames horizontales des palatins; de sorte que le tube osseux des narines est prolongė par ce plancher des lames ptérigoïdes, presque vis-à-vis le bord du trou occipital. Or l'articulation du condyle maxillaire se trouve dans le mème plan vertical; de sorte que, dans le Tamanoir surtout, si ces deux longues mâchoires s'écartaient de la mème quantité angulaire que dans la plupart des Mammifères, ou seulement que dans l'Homme, l'écartement de l'extrémité buccale serait supérieur au plus grand diamètre du corps de l'Animal. Mais cet écartement est, au contraire, fort petit, et moindre que dans tous les autres Vertébrés sans exception. En voici la cause: ces mâchoires, si démesurément lougues, sont bordées sur toute leur longueur par la pcau, et la fente longitudinale des lèvres n'est pas d'un quinzième de la longueur de la mâchoire. Il s'ensuit que l'écartementdes mâchoires à leur extrémité n'excède pas le douzième de la longueur. Les muscles qui meuvent cette mâchoire inférieui e sont plus faibles encore à propoi tiou que dans les Bécasses et autres Echassiers qui, tout eu se nourrissant de proies molles, doivent cependant encore les saisir et les comprimer avec leur bec. Les Fourmiliers ne saisissent, ne compriment rien avec leurs mâchoires. Une langue tellement extensible qu'elle excède deux ou trois fois la longueur de leur si longue tête, est projetée, toute couverte de glu, par l'ouverture terminale. L'Animal la plie et la replie autour des Fourmis, des Termites dont il a découvert et épai pillé les habitations. Il la retire couverte de ces Insectes qui sont immédiatement avalés. Il n'y a donc ici pas Plus de masticatiou que dans les Poissons et la plupart des Oiseaux, et de plus il n'y a eu aucun serrement de la proie par les mâchoires. C'est comme chez les Crapauds et les Grenouilles, qui saisissent les Insectes avec le même organe, mais par un mécanisme différent, vu la largeur et l'épaisseur de leur langue qui doit être lancée sous un gros volume, ce qui nécessitait une amplitude correspondante de l'ouverture maxillaire. Aussi les Fourmiliers sont-ils, de tous les Mammifères, ceux dont la fosse temporale et l'arcade zygomatique sont le plus effacées. La pioéminence de l'apophyse zygomatique n'est pas d'un quinzième de la longueur de la fosse temporale et de la fosse orbitaire ici confondues on une seule. L'os jugal n'est qu'un petit stylet sans résistance, articulé entre le lacrymal et le maxillaire, et dont l'autre extrémité reste flottantc en avant du tiers moyen de la distance qui s'étend jusqu'à l'os zygomatique. Les os du nez occupent presque la moitié de la longueur du dessus de la tête. Les narines, déjà immenses, sont encore agrandies par deux grandes cellules de chaque côté, dont l'antérieure, commune à l'aile ptérigoïde et au palatin, s'étend jusqu'au rétrécissement de celui-ci et communique avec le tube des narines par un trou percé au bord de l'aile dans le Tamandua. Dans le Tamanoir, cette cellule et la postérieure communiquent avec la caisse. Par coïncidence avec cette énorme amplitude des narines, le lobe olfactif et ses nerfs sont ici presqu'autant développés que dans certaines Chauve - Souris; la fosc ethmoïdale représentant bien le quart de la cavité cérébrale. Le sens du goùt doit être aussi très-actif, à eu juger par la dimension du tron maxillaire inférieur triple du supéi ieur. Dans le Fourmilicr à deux doigts, lcs palatins ne sc referment en dessous que sur les deux tiers de leur longueur, et là finit le tube osseux des narines, les apophyses ptérigoïdes ne se fermant pas non plus en plancher et n'existant même que sous la forme de deux longues arêtes très - saillan-

[page] 16

tes, comme dans beaucoup de Rongeurs.

Dans le meilleur Traité d'anatomie comparée encore existant, on a dit que les six dernières vertèbres cervicales étaient soudées ensemble chez les Fourmiliers et les Tatous. Cette rigidité du cou, chez des Animaux à aussi longue tête que les deux premiers Fourmiliers, eût borné singulièrement les mouvemens de la tête. Elle eût été d'autant plus étonnante que le cou est plus long à proportion, et, par conséquent, les vertèbres cervicales sont plus épaisses dans les Fourmiliers que dans beaucoup d'autres Quadrupèdes. Or, plus les vertèbres cervicales tendent à l'immobilité et par conséquent à la soudure, plus leur corps s'amincit dans tous les Vertébrés, à quelque région de la colonne vertébrale que la soudure arrive. Les Cétacés en offrent un exemple bien remarquable aux vertèbres cervicales. Dans plusieurs Baleines, chez les Dauphins, Cachalots, etc., les six dernières vertèbres cervicales n'ont pas ensemble plus d'épaisseur que la première dorsale. Aussi les Cétacés sont-ils les seuls Vertébrés qui aient les vertèbres cervicales soudées; car les Poissons n'ont réellement pas de cou.

Tous les détails de la construction du tronc des Fourmiliers sont relatifs à la solidité de la roitrine et du dos pour servir de point d'appu i à leurs membres antérieurs de beaucoup plus vigourcux que ceux de derrière. L'omoplate est creusé de trois fosses profondes, séparées par deux longues arêtes saillantes. L'humérus, le radius et le cubitus sont hérissés de crêtes fortemcnt prononcées séparant des faces rugueuses, de sorte que le corps même e ces os est taillé prismatiquement. L'humérus est plus large à son extrémité inférieure que dans le reste des Mammifères à cause de la saillie du condyle interne, laquelle est déterminée elle-même par la nécessité de fortes attaches pour les muscles fléchisseurs des énormes griffes. Nous avons déjà fait la même observation dans les Chrysochlores, et nous retrouverons cette loi de mécanique animale dans tous les autres Fouisseurs (V. notre article MÉCANIQUE ANIMALE et SQUELETTE). L'articulation inférieure de l'humérus pré-sente au radius un segment de sphère qui se prête à la rotation aussi bien que dans l'Homme. Aussi la tête du radius y est-elle presque aussi ronde que dans ce dernier et les Singes. Il doit en résulter une rotation presque aussi facile de l'avant-bras sur le bras, sorte de mouvement qui était indispensable à leur genre de vie, et aux seuls moyens de défense dont ces Animaux jouissent en croisant les bras pour saisir et étouffer leur ennemi.

Cuvier a constaté une différence fort remarquable entre les denx grandes espèces et le petit Fourmilier à deux doitgs. Celui-ci a une forte clavicule qui va s'articuler au sternum. Il n'en existe pas de traces chez les deux autres. Nous avons fait le premier la même remarque chez les Bradypes, où l'Unau, scul des trois espèces, est aussi pourvu de clavicules. Mais les mains des Fourmiliers sont, après leur tête, ce qu'ils ont de plus extraordinaire. Les phalanges unguéales de leurs pieds, disposées comme celles des Paresseux, de manière à ne pouvoir sc réfléchir qu'en dessous, y sont en effèt retenues à l'état de repos par de forts ligamens; leur base y est garuie, excepté sur le côté dorsal, d'une énorme gaine osseuse dans laquelle l'ongle est enchâssé, et qui leur donne la même solidité que chez les Chats, quoique cette gaîne y soit disposée d'une manière inverse. Le Tamanoir et le Tamaudua ont une main à cinq doigts, mais à quatre ongles seulement, le doigt externe n'ayant pas de phalange ungéale. C'est le médius qui est le plus gros de tous les doigts; il est plus que double de l'index. Son métacarpien n'a guère en longueur plus du double de sa largeur, Il s'engrène sur la première phalange par une poulie à trois arêtes perpendiculaires à l'axe de la poulie, Ilen est de même de

[page] 17

cette phalange sur la seconde, de manière que tout mouvement latéral est impossible, et que la force ne peut être employée que dans le sens de la flexion. Cette première phalange est beaucoup moins longue que large; et la troisième ou l'unguéale est à elle seule d'un tiers plus longue que les deux premières. Ces phalanges unguéales diffèrent de celles des Pangolins et par la gaîne osseuse qui est presque insensible dans ces derniers, où elle est surtout nulle en dessus, et parce que chez ceux - ci elle est profondément fourchue, division dont on aperçoit à peine une trace sur le dos de la phalange au médius et à l'index des Fourmiliers. Dans le petit Fourmilier, il n'y a que deux doigts, l'index et le médius. Celui-ci a les os encore plus gros à proportion que dans les deux autres espèces, et la première phalanges'y soude de bonne heure à la deuxieme. Le pouce et le petit doigt ne consistent chacun qu'en un seul os mince caché sous la peau et représentant à la fois le doigt, son métacarpien et l'os du carpe qui leur sert de base; car il n'y a au second rang du carpe de cette espèce que deux os, quoiqu'il y en ait quatre au premier comme à l'ordinaire.

Les os des membres postérieurs sont loin d'avoir la solidité et surtout ces éminences si saillantes qui, dans les membres antérieurs, servent à la fois et de bras de levier, et de point d'appui à des muscles si vigoureux. Aussi la progression de ces Animaux est-elle fort lente; leur plus grande vitesse ne surpasse pas celle d un Homme marchant à grands pas: ce qui, àla vérité, ne dépend pas seulement de la faiblesse musculaire du train de derrière, mais de la construction même et du poids des membres antérieurs, et surtout de la longueur de la réflexion des ongles couchés sous la main. Enfin, il y a au tarse un os surnuméraire articulé sur le cunéiforme interne, et qui, très-petit dans le Tamandua et le Tamanoir, s'allonge dans le petit Fourmilier, et s'élargit de manière à former une sorte de talon. La grandeur de cet os est réciproque à celle du calcanéum qui, dans le Fourmilier didactyle, ne se porte pas en arrière plus que l'astragale lui-même, tandis que, dans les deux autres espèces, le calcanéum proémine en arrière autant qu'il se prolonge dans le tarse. It en résulte que le petit Fourmilier qui, en raison de cette concavité du pied, grimpe plus aisément aux Arbres, doit aussi, par la brièveté de son calcanéum, être à terre encore plus lent que les deux autres espèces.

Les côtes du Tamanoir et du Fourmilier ont une largeur telle que leurs intervalles sont presque nuls, et celles du second se recouvrent même comme des pièces de cuirasses. Le sternum a ses côtes particulières, aussi bien ossifiées que dans les Oiseaux. Dans le Tamanoir il y en a neuf, presque rectilignes, cylindriques, augmentant de longueur jusqu'à la pénultième: ces côtes, comme les côtes vertébrales, s'articulent par une double tête que sépare une échancrure, dans la gorge interceptée entre deux des pièces dont la série forme le sternum. Ces pièces sont au nombre de dix. Les huit intermédiaires ressembient parfaitement à des corps de vertèbres ordinaires. La conjugaison de ces pièces intercepte inférieurement un trou semblable au trou de conjugaison des vertèbres; ce trou traverse de droite à gauche. Toutes les apophyses épineuses, dorsales, lombaires et sacrées, sont presque égales.

Il y a trente vertèbres à la queue du Tamanoir, plus de trente à celle du Tamandua, et au moins trente-six à celle du petit Fourmilier. Dans tous ces Fourmiliers, ces vertèbres offrent une différence très-remarquable avec leurs homologues dans les Pangolins qui ressemblent tant d'ailleurs aux Fourmiliers. Les vertèbres caudales de ceux - ci n'ont pas d'apophyses transverses, au contraire des Pangolins, où ces apophyses sont si larges et si longues que la longueur de chaque apophyse est double du diamètre

TOME VII. 2

[page] 18

du corps de la vertèbre, de manière que, dans l'étendue transversale de cette vertèbre, le corps ne représente qu'un cinquième, tandis que chez les Fourmiliers il forme tout le travers de la vertèbre. Mais les os en V, tiès-longs dans les Fourmiliers, donnent dans le sens vertical la même largeur à la queue, que les apophyses transverses en donnent dans le sens transversal à celle des Pangolins. Il en résulte que, dans ces derniers, les mouvemens latéraux de la queue sont très-étendus, et que ceux de flexion supérieure ou inférieure peuvent l'être aussi quand les deux faisceaux de muscles latéraux se contractent ensemble, tandis que, dans les Fourmiliers, les mouvemens latéraux doivent être presque nuls. (V., pour les détails de configuration et de proportion du Squelette, la pl. 9 du T. V, 1re partie, des Ossem. Fossil. de Cuvier.)

La protractilité de la langue des Fourmiliers ne dépend aucunement d'un mécanisme semblable à celui qui produit le même effet dans les Pics, les Colibris, etc. Chez ces Oiseaux, la langue est portée sur un axe osseux, saillant du milieu ae l'arc que forme l'hyoïde. Les deux extrémités filiformes de cet arc se recourbent derrière et en dessus du crâne, de manière à venir jusqu'au-dessus du bec. Des muscles fixés à ces cornes de l'hyoïde, selon qu'ils ont leur point fixe en devant ou en arrière du milieu de la longueur du bec, déterminent la protraction ou la rétraction de la langue. Ici il n'y a rien de semblable. L'hyoïde des Fourmiliers n'a aucun prolongement au-devant de son arc; et les extrémités de cet arc sont moins prolongées que dans beaucoup d'autres Mammifères. Dans la protraction de la langue, l'hyoïde reste même à peu près immobile. Voici d'où dépend le phénomène. Sur la face inférieure de l'apophyse xiphoïde du sternum, naissent deux faisceaux musculaires à fibres parallèles, dirigées d'abord en arrière, puis réfléchies en avant sur le bord de l'échancrure de la lame que forme l'apophyse xiphoïde. Depuis cette réflexion, ces deux muscles se portent parallèlement en avant le long et au-dessus du sternum, puis le long et au-dessous de la trachée artère, jusqu'au devant du larynx où ils se rapprochent pour s'unir au muscle annulaire que nous allons indiquer, et dans lequel ils ne semblent pas se prolonger. Ils se terminent aiusi sous le corps de l'hyoïde, à la base de la langue. Ces muscles se nommeut sterno-glosses. Les muscles ordinaires de la langue, savoir, l'hyo-glosse, et le cérato-glosse, sont très-petits, et se portent au-dessous et sur les côtés du renflement formé par les muscles génio-glosses, avec l'annulaire et les sterno-glosses. Ces génio-glosses, divisés chacun en trois faisceaux, s'insèrent à l'arc du menton. Les portions latérales de chaque génio-glosse s'écartent au-delà de l'hyoïde pour fournir aux sterno-glosses une gaîne tendineuse qui les suit tout du long du sternum. La partie mobile et protractile de la langue est formée seulement par le muscle annulaire, dans lequel le sterno-glosse ne se prolonge pas comme dans l'Echidné. Et comme la langue des Fourmiliers manque ainsi de fibres longitudinales, cela explique la fragilité qu'on connaît à cet organe dans ces Animaux. Il en résulte encore que la langue des Fourmiliers n'est pas susceptible d'extension rectiligne; elle n'est susceptible que de mouvemens ondulatoires; c'est le contraire de celle des Serpens où il n'y a pas de fibres annulaires. La langue des Echidnés tient le milieu entre ces deux constructions. Le muscle annulaire y est creux, et de plus est double de chaque côté. Dans chacun de ces muscles cylindriques et creux se prolongent plus ou moins, suivant leur rang, les fibres des sterno-glosses. Ceux-ci, disposés derrière l'hyoïde comme chez les Fourmiliers, sont formés de faisceaux distincts, roulés sur eux-mêmes en spire allongée. Les plus extérieurs ou les plus su-

[page] 19

perficiels se terminent aux premiers anneaux; les faisceauxsous-jacens atteignent des anneaux plus antérieurs et ainsi de suite pour les autres; les plus intérieurs et les plus longs vont à la pointe. Ce muscle va donc en diminuant de calibre en avant. Il raccourcit et fléchit la langue qui est allongée par le muscle annulaire. On conçoit maintenant que le Fourmilier ne puisse pas introduire sa langue dans les trous des Fourmis, et qu'il soit obligé, pour en ramasser, d'éparpiller leurs nids à la surface de la terre.

Daubenton a trouvé le foie du Fourmilier didactyle aussi étendu dant le flanc gauche que dans le flanc droit. Ce volume au foie correspond ordinairement à l'absence des organes de mastication. Le grand cul-de-sac de l'estomac y représente au moins les deux tiers de la capacité totale. Toute la longueur du canal intestinal n'est que de dix à douze fois celle de l'estomac. Sur toute cette longueur, l'intestin est bosselé et bridé comme le colon de l'Homme. Le voile du palais y est plus long que dans tous les autres Animaux; l'épiglotte fourchu, le cerveau sans circonvolutions. (V. les pl. de notre Anat. des Syst. nerveux.)

Tous les Fourmiliers sont couverts de poils, en quoi ils diffèrent beaucoup des Myrmécophages de l'ancien Continent, qui leur ressemblent d'ailleurs le plus pour tous les détails de la construction osseuse, le défaut absolu de dents, et le régime alimentaire. Car les Pangolins sont entièrement couverts de fortes écailles cornées, plus solides que celles d'aucun autre Animal. La nature de ce poil n'est pas non plus la même d'une espèce de Fourmilier à l'autre. Comme les Bradypes, ces Animaux, en marchant, ne portent à terre que le bord externe du pied; les ongles étant alors réfléchis en dedaus et appuyés sur une large callosité du poignet. La queue du Tamanoir, garnie d'une grosse houppe de crins longs et roides, forme un grand panache, comme une queue de Cheval. Au contraire, celle du Tamandua et du Fourmilier à deux doigts est couverte de poils ras, mais nue et préhensile à son extrémité. Tous ces Animaux, comme les Bradypes, sont de l'Amérique méridionale, dans cette région comprise entre la Plata au sud-ouest et l'Orénoque au nord. Presqu'aussi lourds et aussi peu capables de se défendre que les Paresseux, leur existence sur une si grande surface de l'Amérique, à travers laquelle les grands fleuves et surtout leurs débordemens opposent à des Animaux ainsi organisés des obstacles insurmontables, est une preuve manifeste que dans chaque contrée, ceux qui y habitent sont autocthones, et n'y sout point venus par émigration. Nous avonsd'ailleurs déjà fait observer que, si autrefois ces émigrations s'étaient réellement faites, il n'y a pas de raison pour qu'elles ne se continuassent pas aujourd'hui dans des contrées presque vierges encore de la présence de l'Homme.

On connaît, d'une manière bien précise, trois espèces de Fourmiliers. Buffon (in-4°, T. X) avait déjà représenté le grand Fourmilier Tamanoir, et le petit à deux doigts; et il a décrit d'une manière reconnaissable le Tamandua. Mais il est inconcevable que, dans le T. 111 de son Supplément, il ait donné sous ce dernier nom une figure imaginaire, fabriquée avec une peau de Coati, en disant qu'il ne lui trouve de différence avec la description de Pison et Marcgraaff, que de n'avoir pas de nu au bout de la queue, et d'avoir cinq doigts au lieu de quatre aux pieds de devant. Il ne s'aperÇoit pas que dans cette figure de Coati, dont ce falsificateur a démesurément allongé le museau, le menton se trouve au milieu seulement de la longueur de la tête, et qu'en outre, la bouche est longuement fendue, tandis que dans les Fourmiliers le bout du museau ne dépasse pas le menton. Enfin,

2*

[page] 20

par un ricochet d'erreur non moins ridicule, Buffon a fait ailleurs un Coendou du Tamandua. C'est à tort qu'Azzara, de son côté, a méconnu l'existence du Fourmilier didactyle; mais il a très-bien décrit les deux autres espèces d'après plusieurs individus vivans.

1. FOURMILIER TAMANOIR, Myrmecophaga jubata, Buff., Suppl. T. 111, pl. 55, Schreber, pl. 67; Taman-dua-Guacu de Marcgraaff et de Pison; Ouateri-Ouassu à la Guiane; Gnouroumi et Yoquoin au Paraguay. — Long de quatre pieds du museau à l'origine de la queue; la tête fait le tiers de cette longueur; la queue a trois pieds de long; l'Animal a trente-neuf pouces au garrot, et à peu près autant au train de derrière. Son museau est presque cylindrique sur toute sa longueur, et cette forme ne change pas quand l'Animal mange, parce que les mâchoires ne jouent presque pas l'une sur l'autre, la bouche n'étant fendue que d'environ un pouce pour un museau de plus d'un pied de long, à partir des yeux. Et en effet, sa langue est très-peu épaisse, et l'ouverture de la bouche ne doit pas de beaucoup surpasser cette épaisseur, car le Tamanoir ne mange que des Fourmis dont il déterre et éparpille les habitations. Au moment où les Fourmis sortent en multitude pour former un rempart et se défendre, il traîne sur elles sa langue projetée avec tant de rapidité, qu'en une seconde, il la tire et la rentre deux fois toute couverte de Fourmis empêtrées par la salive visqueuse qui recouvre cet organe. Il paraîtrait incroyable, dit Azzara, que des Fouimis pussent suffire à la nourriture d'un aussi robuste et aussi grand Animal, si l'on ne savait quelle multitude de ces Insectes renferme une fourmilière, et que, dans beaucoup de lieux, les fourmilières se touchent en quelque sorte. On a nourri des Tamanoirs en captivité avec de la mie de pain, de la viande et de la fatine délayées dans de l'eau. Des quatre doigts visibles seulement par leurs ongles aux pieds de devant, l'interne est petit et n'a qu'un ongle assez faible; les trois autres sont très-forts, mais celui qui correspond au médius, et qui est le pénultième apparent, est au moins double des autres. Des cinq ongles de derrière, les trois moyens à peu près égaux sont les plus grands. La queue, très-épaisse à sa base, est comprimée verticalement, par la raison que nous avons déjà dite. Les bras sont démesurément gros pour le corps. L'Animal en marchant s'appuie sur une grosse callosité, contre laquelle il tient alors replié le plus grand ongle, et qui sert aussi de point d'appui à cet ongle quand il saisit quelque chose. L'œil est trèspetit, enfoncé et sans cils aux paupières; l'oreille est très-petite, ronde, large de quinze lignes et haute de douze. Le Tamanoir est extrêmement robuste, difficile à tuer et très-dormeur. Ses habitudes sont nocturnes et solitaires. Il fréquente les lieux baignés et les bords des esters; il entre aussi dans les bois, mais il ne monte pas aux Arbres. Pour dormir, il se couche sur le côté, la tête entre les jambes rapprochées et croisées avec celles de derrière, et la queue étalée sur lui. La femelle, qui n'a que deux mamelles pectorales, fait un petit qui se tient accroché sur elle tant qu'il ne peut marcher, et la suit encore une année après ce terme. Cet Animal est couvert d'un poil grossier; ce poil est court, délié et ferme sur la longueur du museau, où il est couché en avant, et assez doux quand la main le suit dans ce sens. Celui de la tête a un peu plus de longueur, et est également mêlé de brun, de gris et de noirâtre. Sur l'échine, de l'occiput à la queue, règne une crinière, dont les poils sont d'autant plus longs qu'ils sont plus postérieurs, et alors ils ont jusqu'à quinze pouces. Au garrot, ces poils forment un épi, dont le devant est incliné vers la tête, et le derrière vers la queue, où les poils les plus longs de tous forment un grand pa-

[page] 21

nache. La couleur générale est d'un gris-brun, plus foncé sur la téte qu'ailleurs; une bande noire, bordée de blanc, naissant sur la poitrine, se dirige en arrière et se termine aux lombes; les pieds de devant sont blanchâtres, ceux de derrière noirs. Les grands poils ne sont cylindriques que sur les deux premiers tiers de leur longueur, où ils sont aussi creusés d un canal, probablement rempli d'un fluide durant la vie. Le reste de la longueur est plat et sillonné sur ses deux faces par une cannelure; l'extrémité en est ordinairement fourchue.

2. TAMANDUA, Myrmecophaga Tarmandua, Cuv.; Myrmecophaga tetratyla et tridactyla, Lin. Le Myrmecophaga tridactyla, était un double emploi du Tamandua, fait par Linné, d'après la fig. 2, pl. 40 du T. 1 de Séba, où le nombre des doigts est altéré. Shaw., Gen. Zool.T. 1, p. 1, copia cette figure, pl. 51, fig;. 2. La fig. 2 de la pl. 37 représente bien un jeune, mais toujours avec trois ongles seulement. Cagouaré ou Caaïgouaré des Guaranis; Tamandua de Marcgraaff; petit Ours Fourmilier des Espagnols, Schreber, pl. 68.— Moitié plus petite que le Tamanoir, cette espèce en diffère encore par sa queue préhensile et entièrement nue dans le dernier tiers de sa longueur; par un poil court laineux et luisant, généralement d'un gris-jaunâtre, avec une bande plus foncée sur l'épaule; le tour de l'œil est noir. La femelle a moins de noir à l'œil, et quelques-unes même n'en ont pas du tout; la bande noire de l'épaule est aussi plus étroite chez elle. La base des poils noirs est blanc-jaunâtre, et cette nuance dans tout ce qu'elle occupe est plutôt d'un blanc-cannelle, qui est la couleur des nouveau-nés. Ceux-ci sont très-laids et se tiennent accrochés aux épaules de leurs mères. Les jeunes ne prennent point la livrée de l'espèce avant la seconde année; et comme dans cet état, surtout quand leur taille ne surpasse pas encore celle du petit Fourmilier didactyle, ils lui ressemblent assez pour la physionomie, Azzara, qui n'eut pas occasion de voir celuici, crut que Buffon avait décrit, sous le nom de petit Fourmilier à deux doigts, un jeune Tamandua. L'erreur d'Azzara ne vient sans doute que de l'impossibilité où il fut d'observer le Fourmilier didactyle au Paraguay, où cette circonstance porte á croire qu'il n'existe pas. Nous avons déjà parlé de la singulière erreur de Buffon, qui, après avoir, T. x, d'après Marcgraaff, décrit exactement le Tamandua, a publié (Sup.T. 111) une figure imaginaire. qui n'a pas plus de rapports avec la description que n'aurait celle d'un Cochon avec un Chien. Ce qui achève de rendre absurde l'erreur que nous relevons, c'est que le même Marcgraaff avait accompagné sa description d'une bonne figure d'adulte. Aussi Azzara explique-t-il à cette occasion comment cette insigne faute, et d'autres semblables, qui ne sont pas rares dans Buffon, l'ont porté à parler d'un aussi illustre personnage avec moins de respect qu'il n'est encore convenu de le faire. On voit par-là que nous n'avons pas été les premiers à donner cet exemple. Le Tamandua a les mœurs du Tamanoir, avec cette différence qu'il monte aux Arbres, se seit de sa queue comme les Singes qui l'ont préhensile, et qu'il répand une odeur musquée désagréable, qui se sent de très-loin, surtout quand il est irrité. Azzara croit qu'il mange aussi le miel et les Abeilles qui nichent dans les trous des Arbres. Il dit que les Abeilles du Paraguay ne le piquent pas. On conçoit qu en effet les piqûres de ces Insectes, sur la langue nue et délicate des Fourmiliers, dégoûteraient ceux-ci d'une pareille proie.Ses formes représentent aussi celles du Tamanoir, excepté qu'il est à proportion plus gros et que sa queue est moins comprimée. — Les proportions de sa téte sont: cinq pouces du bout du museau à l'oreille; trois pouces du même point à l'œil; son

[page] 22

museau est donc presque moitié plus court que celui du Tamanoir, où la première mesure est de treize pouces et demi, et la seconde de aix pouces et demi. Le Tamandua a quinze pouces de hauteur au garrot et quatorze à la croupe; il est long de quarante-un à quarante-deux pouces, sur quoi la queue en a environ seize. Les deux espèces qui viennent de nous occuper se trouvent depuis l'Orénoque jusqu'à la Plata.

3. FOURMILIER A DEUX DOIGTS, My rmecophaga didactyla, Lin., Ouatiri Ouaou à la Guiane. Petit Fourmilier de Buffon, T.x, pl. 30, Schreb., pl. 66. — Daubenton a donné une description détaillée du squelette et des viscères de cet Animal. Son crâne est plus long que son museau, qui, malgré sa brièveté, est pourtant plus courbé que dans le Tamandua; ses oreilles sont tout-à-fait cachées dans le poil, qui est touffu, doux comme de la soie, uniformément long d'environ neuf lignes, jaunâtre mêlé de roussâtre et à reflets brillans. Dau-benton en observa trois individus. De deux femelles, l'une avait le dos couvert d'une bande rousse, l'autre d'une bande brune; le troisième avait une bande rousse le long des flancs, mais n'en avait pas sur le dos. Les couleurs varient donc dans cette espèce comme dans la précédente pour leur distribution. Cet Animal n'est guère plus grand qu'un Rat; la queue est aussi longue que le corps, et nue seulement sur une étendue de deux pouces et demi, à l'extrémité de sa surface inférieure. Les pieds de derrière ont quatre doigts égaux; des deux ongles des pieds de devant, l'interne n'est pas plus grand que ceux de derrière, mais l'externe est au moins double. Daubenton a trouvé quatre mamelles, deux sur le devant de la poitrine, et deux à la partie postérieure du ventre. On dit que la femelle ne porte qu'un seul petit, qu'elle dépose sur un lit de feuilles dans le creux des Arbres, sur lesquels vit cette espèce, en s'y servant de sa queue à la manière des Sapajous. On ne lui connaît encore d'autre patrie que la Guiane.(A.D..NS.)

FOURMILIER. Myothera. OIS. (Vieillot.) Genre de l'ordre des Insectivores. Caractères: bec conique, convexe en dessus, avec l'arête faiblement voûtée, un peu déprimé à sa base, échancré à la pointe qui est brusquement courbée; mandibule inférieure droite, conique, un peu relevée vers l'extrémité; narines étroites, placées à la base, et sur les côtés du bec, à demi-couvertes par une membrane; pieds grêles; trois doigts devant, l'interne joint à l'intermédiaire jusqu à la première articulation, l'externe soudé à la base; un pouce plus long que le doigt interne, armé d'un ongle plus allongé et plus crochu qu'aux doigts antérieurs; ailes courtes, arrondies; les trois premières rémiges également étagées, les quatrième et cinquième les plus longues.

Quoique le nom de Fourmilier puisse, à la rigueur, s'étendre à tous les Oiseaux insectivores, on a cependant jugé à propos d'en qualifier particulièrement une tribu composée d'espèces qui semblent habiter exclusivement les endroits les plus infectés de Fourmis et voltiger sans cesse autour des énormes fourmilières qui ne font qu'accroître les difficultés et les dangers de pénétrer dans les forêts de l'Amérique méridionale. Ces Oiseaux, confondus autrefois parmi les Merles, ne sont point encore parfaitement distingués des Bataras; ils ont beaucoup de pétulance, et si la brièveté des ailes et de la queue leur interdit un vol long et soutenu, l'élévation du tarse les en dédommage en ce qu'elle les rend très-habiles à la course, genre d'exercice auquel ils se livrent avec beaucoup d'agilité, et qui se trouve plus en harmonie avec leurs habitudes et la recherchedeleur nourriture que le vol qui, chez eux, n'est pour ainsi dire qu'un sautillement continuel du buisson à la fourmilière et de la fourmilière au buisson. Retirés au sein des forêts où les

[page] 23

Fourmis abondent, ces Oiseaux se montrent bieu rarement dans le voisinage des habitations; ils y vivent en société, y construisent fort négligemment leurs nids qui, souvent, consistent en de simples brins d'herbes entrelacés sphéroïdalement, et placés dans les bifurcations de broussailles, ou suspendus à de faibles rameaux élevés de quelques pieds seulement. La ponte est de trois à quatre œufs arrondis. Le chant ou plutôt la voix des Fourmiliers est forte et sonore, ce qui a valu à plusieurs espèces le surnom de Carillonneur, de Béfroi, etc., etc. Leur plumage, dont les teintes sont généralement rembrunies, est sujet à de grandes variations, même parmi les espèces homogènes; aussi leur étude est-elle très-difficile.

FOURMILIER AUX AILES ROUSSES, Myothera rufimarginata, Temm., pl. color. 132. Parties supérieures d'un cendré verdâtre; sommet de la tête noir; front, joues et gorge d'un blanc bleuâtre, rayés de cendré; rémiges rousses avec la partie $interne noire; tectrices alaires noires bordées et rayées de blanc; rectrices noires, les latérales bordées de blanc; parties inférieures jaunâtres, variées de cendré. Taille, quatre pouces et demi. La femelle a le sommet de la tête roussâtre. Du Brésil.

FOURMILIER ALAPI. V. BATARA ALAPI.

FOURMILIER ARADA. V. SYLVIE-TROGLODYTE ARADA.

FOURMILIER ARDOISÉ, Myothera cærulescens, Vieill. Tout le plumage gris avec les rémiges et les rectrices noires, tachetées de blanc. Taille, quatre pouces et demi. De Cayenne.

FOURMILIER BAMBLA, Turdus Bambla, Lath., Buff., pl. enlum. 703. Parties supérieures d'un cendré foncé; rémiges et tectrices alaires noires traversées par une bande blanche; parties inférieures blanchâtres. Taille, cinq pouces. De la Guiane.

FOURMILIER A CALOTTE BRUNE, Myothera. fuscicapilla, Vieill. Parties supérieures d'un gris ardoisé; tête brune; joues et cou roussâties; gorge noire; parties inférieures noirâtres, variées de blanc. Taille, quatre pouces. De Cayenne. Espèce douteuse qui pourrait bien n'être qu'une variété du Fourmilier Tétéma.

FOURMILIER CAPISTRATE, Myothera Capistrata, Temm., pl. color. 185. Parties supérieures d'un brun olivâtre; une bande noire bordée de roux au-dessus des yeux; joues cendrées; gorge blanche; parties inférieures rousses avec les flancs bruns. Taille, cinq pouces et demi. De Java.

FOURMILIER DE CAYENNE. V. FOURMILIER PALIKOUR.

FOURMILIER CARILLONNEUR, Turdus tintinnabula, L.; Turdus campanella, Lath., Buff. pl. enlum. 700. Parties supérieures d'un brun cendré; rémiges et rectrices brunes; tête, gorge, cou et poitrine blanchâtres, tachetés de noir; un trait noir au-dessus de l'œil; abdomen d'un brun roux. Taille, quatre pouces et demi. De la Guiane.

FOURMILIER CHATAIN, Myothera ferruginea, Temm., pl. color. 132, fig. 3. Parties supérieures d'un brun roussâtre, variées de noirâtre; tête noire; joues et côtés de la tête cendrés, variés de gris obscur; un trait noir derrière l'œil; rémiges et tectricices alaires noirâtres terminées de blanc; rectrices noires, terminées de blanc; parties inférieures d'un roux châtain plus clair vers la gorge. Taille, cinq pouces. Du Brésil.

FOURMILIER COLMA, Turdus Colma, Lath., Buff., pl. enl. 703. Parties supérieures brunes; une tache blanche entre le bec et l'œil; un demicollier roux; gorge blanche, piquetée de brun; parties inférieures brunes, variées de cendré; rémiges et rectrices noirâtres. Taille, six pouces. De Cayenne.

FOURMILIER COROYA. V. BATARA COROYA.

FOURMILIER A FLANCS BLANCS, Myrmothera axillaris, Vieill. Parties supérieures d'un gris bleuâtre; devant du cou, poitrine, rémiges et rectrices latérales noirâtres; celles-ci

[page] 24

terminées de blanc, ainsi que les tectrices alaires; parties inférieures blanches. Taille, trois pouces et demi. De la Guiane.

FOURMILIER GORGERET, Myothera Mentalis, Temm., pl. color. 179, fig. 3. Parties supérieures d'un cendré verdâtre plus foncé sur la tête et les oreilles; tectrices alaires bordées do blanchâtre; gorge d'un cendré bleuâtre; parties inférieures d'un jaune citron. Taille, quatre pouces. Du Brésil.

FOURMILIER GRAND BÉFROI, Turdus tinnicus, Lath., Buff., pl. enlum. 706, fig. 1. Parties supérieures brunâtres, les inférieures blanches, avec les plumes de la poitrine bordées de cendré. Les jeunes sont rayés et tachetés de brun en dessous; ils ont en outre les flancs roux et le ventre brunâtre. Taille, six pouces et demi. De la Guiane.

FOURMILIER GRIVELÉ, Sitta nævia, Lath. Parties supérieures cendrées, obscures; tectrices alaires terminées de blanc; gorge blanche; parties inférieures cendrées, tachetées et striées de blanc. Taille, six pouces. De la Guiane.

FOURMILIER GRIVELÉ DE CAYENNE. V. FOURMILIER PETIT BÉFROI.

FOURMILIER HAUSSE-COL NOIR, Myothera melanothorax, Tcmm., pl. color. 185, fig. 2. Parties supérieures d'un blanc olivâtre; plumes de la tête assez longues et filamenteuses; tectrices alaires rousses; joues, gorge et parties inférieures d'un blanc plus ou moins nuancé de cendré; une tache noire en croissant au bas du cou; une autre plus allongée de chaque côté. Taille, quatre pouces trois quarts. De Java. Cette espèce pourrait former le passage au genre Batara.

FOURMILIER HUPPÉ. V. BATARA HUPPÉ.

FOURMILIER LONGIPÉDE, Myrmothera longipes, Vieill. Parties supérieures d'un gris roussâtre; front, sourcils, gorge et parties inférieures blancs; queue très-courte. Taille, six pouces. De la Guiane'

FOURMILIER MANIKUP, Pipra albifrons, Lath.; Pithys Leucops, Vieill., Buff. pl. enl. 707, fig. 1. Parties supérieures d'un bleu cendré; une huppe formée de plumes blanches, longues et étroites; derrière de la tête, devant du cou, poitrine, ventre, croupion et rectrices orangés; gorge blanche avec une zône noire qui va d'un œil à l'autre. Taille, cinq pouces. De l'Amérique méridionale.

FOURMILIER NOIR ET BLANC, Myrmothera melanoleucos, Vieill. Parties supérieures noires avec les plumes bordées de blanchâtre, et une bande blanche sur l'aile; parties inférieures blanches, striées de noir. Taille, trois pouces et demi. De la Guiane.

FOURMILIER A OREILLES BLANCHES, Turdus auritus, L.; Pipra leucotis, Gmel.; Conopophaga leucotis, Vieill., Buff. pl. enl. 822, fig. 1. Parties supérieures olivâtres, variées de roussâlre; sommet de la tête brun; côtés du cou et gorge noirs; devant du cou et poitrine roux; parties inférieures cendrées. Taille, cinq pouces. De la Guiane.

FOURMILIER PALIKOUR, Turdus formicivorus L., Buff., pl. enl. 700, fig. 1. Parties supérieures d'un brun roux, avec des taches rousses sur les ailes; les inférieures brunâtres; gorge, devaut du cou et haut de la poitrine noirs; queue rousse. Taille, six pouces. De la Guiane.

FOURMILIER PETIT BÉFROI, Turdus lineatus, L., Buff., pl. enl. 823. Parties supérieures d'un cendré olivâtre, les inférieures grises, striées et tachetées de brun roussâtre; gorge blanche; ventre roussâtre. Taille, cinq pouces et demi. De la Guiane.

FOURMILIER RAYÉ, Myrmothera vittata, Vieill. Parties supérieures brunes avec des mouchetures blanches sur les tectrices alaires; tête striée de noir et de blanc; parties inférieures blanches, rayées de noir; flancs roux. Taille, quatre pouces. De la Guiane.

Fourmilier roides Fourmiliers, Turdus rex, Gmel.; Turdus Grallaria, Lath.; Grailaria fusca, Vieill.,

[page] 25

Buff., pl. enl. 706, fig. 1. Parties supérieures brunes, les inférieures blanches avec les plumes de la poitrine frangées de cendré. Taille, six à sept pouces. Les jeunes ont les côtés de la tête rayés de noir et de gris; des taches noires sur la poitrine; et les flancs roux. De la Guiane.

FOURMILIER ROUX, Myrmothera rufa, Vieill. Tout le plumage roux avec les parties inférieures d'une teinte plus claire, et quelques plumes noirâtres sur la têle. Taille, cinq pouces et demi. De Cayenne.

FOURMILIER A SOURCILS BLANCS, Myrmothera leucophrys, Vieill. Parties supérieures noirâtres avec la queue terminée de blanc; sourcils et côtés du ventre blancs; gorge noire; parties inférieures cendrées. Taille, cinq pouces. De la Guiane.

FOURMILIER TACHET, Myrmothera Sirictothorax, Temm., pl. color. 179, fig 1 et 2. Parties supérieures d'un cendré verdâtre; sommet de la tête plus foncé avec les côtés parsemés de taches blanches; parties inférieures et gorge jaunes, parsemées de taches noirâtres sur la poitrine; tectrices alaires terminées de blanchâtre. Taille, quatre pouces et demi. Du Brésil. La femelle a le sommet de la tête roux.

FOURMILIER TACHETÉ, Pipra nævia, Lath.; Conophaga nævia, Vieill., Buff., pl. enl. 823, fig. 2. Parties supérieures brunes avec la queue terminée de blanc; gorge noire; poitrine blanche, tachetée de noir; parties inférieures blanches avec l'abdomen orangé. Taille, quatre pouces. De la Guiane.

FOURMILIER TêTE NOIRE, Myrmothera atricapilla, Vieill. Plumage d'un cendré bleuâtre à l'exception de la tête, de la gorge, qui sont noirs; petites tectrices alaires noires, terminées de blanc. Taille, six pouces. De Cayenne.

FOURMILIER TETÉMA, Turdus Colura, var., Lath., Buff., pl. enl. 821. Parties supérieures brunes avec une tache blanchâtre sur la joue; un demi-collier roux sur la nuque; gorge, poitrine et ventre d'un brun noirâtre. Taille, six pouces. De la Guiane. (DR..Z.)

FOURMILIÉRE. INS. Habitation des Fourmis. V. ce mot. (B.)

FOURMILLIER ÉPINEUX, MAM. Ce nom a été donné à l'Echidné épineux. V. ECHIDNÉ. (B.)

FOURMILLIER RAYÉ. My rmecophaga striata, MAM. L'Animal désigné sous ce nom par Shaw n'est qu'un Coati défiguré par l'empaillage. (B.)

FOURMILLIONS. OIS. Ce nom a été donné comme synonyme vulgaire de Grimpereau. V ce mot. (B.)

FOURMILIONS. Myrmeleonides. INS. Tribu de l'ordre des Névroplè-res, famille des Planipennes, fondée par Latreille(Règn. Anim. de Cuv.) et qui correspond au grand genre My rmeleo de Linné. Elle comprend tous les Névroptères qui, ayant cinq articles à tous les tarses, présentent une têle courte, non prolongée, en forme de museau; des antennes terminées en bouton et composées d'un grand nombre d'articles; des mandibules de consistance cornée; six palpes labiaux assez longs, et renflés à leur sommet; enfin des ailes égales, allongées, couchées en toit, et un abdomen ordinairement long, cylin-droïde, muni dans les mâles de deux appendice saillans à son extrémité.

Cette tribu comprend: les genres Fourmilion proprement dit ou Myr-méléon, Ascalaphe, et le petit groupe établi par Leach sous le nom de Nyra-phès. V. ces mots, et plus spécialement MYRMÉLÉON. (AUD.)

*FOURMILLET. OIS. (Salerne.) Syn. vulgaire du Torcol. V. ce mot. (DR..Z.)

FOURNEIROU. OIS. V. FOURMEIROU.

FOURNIÉ. POIS. (Risso.) On donne ce nom à Nice au Mélops, espèce, de Labre du sous-genre Crénilabre.(B.)

FOURNIER. Furnarius. OIS.Genre

[page] 26

de la méthode de Vieillot, qui correspond à notre genre Ophie. V. ce mot. (DR..Z.)

FOURREAU, OIS. Syn. vulgaire de la Mésange à longue queue. V. MÉSANGE. (DR..Z.)

FOURREAU DE PISTOLET. MOLL. L'un des noms vulgaires des Jambonneaux et Pinnes. V. ces mots.(B.)

FOURRE - BUISSON OIS. Syn. vulgaire du Troglodyte. V. SYLVIE.(DR..Z.)

FOUTEAU, BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Hêtre dans quelques cantons de la France. (B.)

FOUTON. OIS. (Belon.) Syn. vulgaire de la Sourde. V. BÉCASSE. (DR..Z.)

FOVEOLARIA. BOT. PHAN. Ruiz et Pavon, dans leur Flore Péruvienne, ont établi sous ce nom un genre qui doit évidemment être réuni au Strigilia de Cavanilles. V. ce mot.(A.D.J.)

* FOVêOLIE. Foveolia. ACAL. Genre de l'ordre des Acalèphes libres dans la classe des Acalèphes, vulgairement Orties de mer. Ce sont des Méduses gastriques, tentaculées, à estomac simple, à une seule ouverture sans pédoncules ni bras; de petites fossettes au pourtour de l'ombrelle. Tels sont les caractères que Péron et Lesueur donnent au genre Fovéolie que Cuvier cite dans son ouvrage, mais que Lamarck n'a pas adopté. Il le réunit aux Equorées; en effet les Fovéolies n'cn different que par les petites fossettes qui se trouvent au pourtour de l'ombrelle. Les mœurs, les habitudes, l'organisation, etc., sont absolument les mêmes que celles de ces Zoophytes; ainsi adoptant l'opinion de Lamarck, nous avons rapporté aux Équorées tout ce qui regarde les Fovéolies. V. ÉQUORÉES. (LAM..X.)

FRACASTORA. ROT. PHAN. Adanson avait formé un genre distinct pour le Stachys Palestina, mais ce genre n'a pas été adopté. V. STACHIDE.(A. R).

*FRÆNATA. OIS. (Sparmann.) Syn. de Milouinau femelle. V. CANARD. (DR..Z.)

FRAGA. BOT. PHAN. La Peyrouse (Hist, abrégée des Plantes des Pyrénées, p. 287) a donné ce nom générique, emprunté du mot qui en latin signifie Fraise, au Fragaria sterilis, L., que Pontédera avait autrefois nommé Comaroides. Ce genre ne forme plus qu'une section des Potentilles. V. ce mot. (G..N.)

FRAGARIA. BOT. PHAN. V. FRAISIER.

FRAGARISTRUM. BOT. PHAN. Le Fragaria sterilis, L., dans les anciens botanistes. (B.)

* FRAGILLAIRES. ZOOL. ? BOT. CRYPT. ? (Arthrodiées.) Première famille que nous avons établie parmi les Arthrodiées (V. ce mot), et dont le genre Fragillaria de Lyngbye peut étre considéré comme le type. V. NÉMATOPLATE. (B.)

* FRAGILLARIA. BOT. PHAN. (Lyngbye.) V. FRAGILLAIRES et ARTHRODIÉES.

* FRAGMOSA. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Syn. de Conyza squarrosa. (B.)

FRAGON. Ruscus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Asparaginées et de la Diœcie Syngénésie, L., composé de (fleurs dioïques ou quelquefois hermaphrodites, formant des espèces de pétries grappes ou naissant sur la face supérieure des feuilles. Leur calice est tantôt étalé, tantôt subcam-paniforme à six divisions très-pro-fondes, dont trois intérieures sont généralement plus petites et comme pétaloïdes. Dans les fleurs màles on trouve trois étamines réunies à la fois par les filets et les anthères, et formant un urcéole globuleux, couronné par les anthères qui sont à deux loges et s'ouvrant par un sillon longitudinal. Dans les fleurs femelles, l'urcéole existe aussi, mai3 il est privé d'anthères; le pistil est placé dans son intérieur et le dépassc un peu dans sa partie supérieure. Cet

[page] 27

urcéole a été décrit par Tournefort comme une corolle et par Linné sous le nom de nectaire; l'ovaire est li-bre, globuleux, à trois ou à une seule loge, contenant deux ovules apposés et insérés à l'angle interne de chaque loge; le style est épais, simple, terminé par un stigmate tronqué et à trois angles. Le fruit est une baie à une ou à trois loges, contenant ordinairement une seule graine; celle-ci renferme dans un endo-sperme dur et corné un embryon axille, cylindrique, ayant une direction opposée à la graine, c'est-à-dire offrant son extrémité cotylédonairc tournée vers le hile dont elle estassez éloignée, tandis que son extrémité radiculaire esl très-rapprochée de la circonférence. Ce genre se compose d'environ une dixaine d'espèces dont les trois quarts sont originaires d'Europe; deux ont été trouvées au cap de Bonne-Espérance par Thunberg. Ce sont en général de petits Arbustes toujours verts, quelquefois sarinen-teux. Leurs feuilles sont simples et, alternes.

FRAGON PIQUANT, Ruscus aculeatus, L., Bulliard, t. 243. Petit Arbuste roide, toujours vert, croissant dans les bois ombragés aux environs de Paris, et surtout dans le midi de la France où l'on en compose des balais que l'on appelle Gringons. Sa souche est placée horizontalement, et donne naissance à de grosses fibres simples et perpendiculaires; sa tige est haute d'un pied, très-rameuse, roide, portant des feuilles très-rapprochées, dures, coriaces, persistantes, sessiles, ovales, très-aiguës, entières; les fleurs sont dioï-ques ét naissent du milieu de la nervure qui règne sur la face supérieure des feuilles; elles sont petites et solitaires; leur ovaire et leur fruit sont constamment à une seule loge. Cet Arbuste est connu sous les noms de petit Houx, Housson, etc. Sa racine est employée en médecine comme diurétique; ses graines torréfiées ont été considérées comme un des succédanés indigènes du Café.

Le FRAGON A GRAPPES, Ruscus racemosus, L. Cet Arbuste, originaire des îles de l'Archipel, est la plus grande et la plus belle espèce. Ses tiges sont grêles et comme sarmenteuses, hautes de quatre à cinq pieds; ses feuilles sont alternes, lancéolées, luisantes; ses fleurs verdâtres et disposées en grappes.

Le Ruscus androgynus, L., qui croît aux Canaries, se fait distinguer par ses fleurs hermaphrodites, (A. R.)

FRAGOSE. Fragosa. BOT. PHAN. Genre de la famille des Ombellifères et delà PentandrieDigynie, L., établi par Ruiz et Pavon, que Persoon réunit aux Azorella et Sprengel au genre Bolax. Mais ce geure, quoiqu'ayant de grands rapports avec les deux précédons, doit néanmoins en rester séparé, ainsi que nous l'avons démontré dans notre Monographie du genre Hydrocotyle, p. 19 et 20; il a même beaucoup plus de rapports avec le genre Spananthe de Jacquin, quoi-que néanmoins il en soit différent, Nous allons d'abord en tracer les caractères, et nous indiquerons ensuite les différences qui le aistinguent des genres avec lesquels on l'a mal à propos confondu: le limbe de son calice est à cinq dents; sa corolle est formée de cinq pétales inégaux; le fruit est ovoïde, comprimé parallèlement à sa cloison, couronné par les cinq dents du calice, et offrant trois stries longitudinales sur chacune de ses faces; les fleurs forment des ombelles simples, accompagnées d'un involucre de plusieurs folioles. Dans le genre Bolax, le fruit est globuleux, lisse, non comprimé; la corolle a cinq pétales égaux. Ces caractères distinguent facilement ce genre du Fragosa. Quant au Spananthe, il offre aussi un fruit comprimé dans le sens de la cloison, mais il est lisse et sans côtes, et sa corolle a des pétales égaux entre eux.

Le genre Fragosa se compose de cinq espèces qui croissent au Pérou. Elles ont été trouvées'sur les sommités des Andes. Ce sont des Plantes touffues, rameuses, ayant les feuilles

[page] 28

très-rapprochées, entières ou lobées, à pétioles engaînans; les fleurs sont blanches, disposées en ombelles simples et axillaires. Elles ont été décrites et figurées dans le troisième volume de la Flore du Pérou et du Chili de Ruiz et Pavon. Kunth en a décrit une nouvelle espèce sous le nom de Fragosa arctoides, Nov. Gen., pag. 27, t. 424. C'est le Bolax arctoides de Sprengel. Elle croît dans les lieux élevés du royaume de Quito. (A. R.)

* FRAGRANGIS. BOT. PHAN. Nom proposé par Du Petit-Thouars (Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour remplacer celui d' Angæcum fragrans, espèce indigène de l'île de Mascareigne. Cette Plante est figurée, loc. cit., tab. 54. (G..N.)

FRAI. REPT. BATR. et POIS. On donne ce nom aux œufs des Batraciens et des Poissons, que revêt une humeur particulière albumineuse, et sur lesquels les mâles viennent répandre leur laite. Jacobi a fécondé artificiellement du Frai de Poisson; et l'on connaît les belles expériences de Spallanzani sur le Frai de Grenouilles. Le résultat de ces expériences, vérifiées par Dumas, a acquis une nouvelle importance par les découvertes fort intéressantes qu'y vient d'ajouter ce jeune savant. V. GÉNÉRATION et. GRENOUILLE. (B.)

FRAILECITOS. OIS. Qui a la même signification que Fraisillos. Syn. vulgaire, à Saint-Domingue, de Pluvier à collier. V. PLUVIER. (DR..Z.)

FRAILILLOS. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires des Gouets devenus le genre Arizarum dont les Espagnols comparent dérisoirement les spathes aux capuchons des moines. (B.)

FRAISE. OIS. Espèce de Caille que l'on rencontre en Chine. V. PERDRIX. (DR..Z.)

FRAISE. MOLL. Nom vulgaire et marchand des Cardium Fragarium, savoir: la Fraise blanche, et Unede, la Fraise rouge. V. BUCARDE. (B.)

FRAISE. Fraga ou Fragum. BOT. PHAN. Le fruit du Fraisier. V. ce mot.

On appelle quelquefois l'Arbouse FRAISE EN GRAPPES, et la Sphérie fragiforme, Fraise D'ÉCORCE ou des ARBRES. (B.)

*FRAISE ANTIQUE. INS. Geoffroy nommait ainsi l'Acanthie du Poirier, espèce de petite Punaise qui vit en société sur les feuilles du Poirier. V. ACANTHIE. (A. R.)

FRAISKTTE. MOLL. Nom vulgaire et marchand du Turbo Delphinus, L. V. DAUPHINULE. (B.)

FRAISIER. Fragaria. BOT. PHAN. Famille des Rosacées, Icosandrie Polygynie, L. Ce genre, bien défini seulement par Tournefort et Linné, est ainsi caractérisé: calice monophylle divisé en dix parties dont cinq extérieures, alternes et plus étroites (bractéoles, selon Necker); cinq pétales ovales ou arrondis, étalés et attachés au calice par des onglets trèscourts; étamines en nombre indéfini (à peu près vingt), à filets moins longs que les pétales; ovaires nombreux, fort petits, surmoutés chacun d'un style simple naissant latéralement, et d'un stigmate tronqué. Ces ovaires sont situés sur un réceptacle convexe qui grossit considérablement, devient ovoïde, succulent, coloré, caduc et bacciforme. Ce genre ne diffère des Potentilles que par la nature de son réceptacle que le vulgaire prend pour le fruit du Fraisier. Ce n'est pourtant qu'un gynophore, un support des akènes ou véritables fruits; la ténuité et la consistance coriace de ceux-ci déguisent aussi leur nature, et ils sembleraient des graines nues, si on n'était convaincu que dans les Rosacées, plus encore que partout ailleurs, il ne peut en exister. Quatre espèces seulement de Fraisiers ont été décrites par Linné, sous les noms de Fragaria vesca, F. monophylla, F. muricata et F. sterilis. La première est la seule qui doive nous occuper, car le F. monophylla, ou Fraisier de Versailles, envoyé en 1764 à Linné, par Duchesne, est une variété du F. ves-

[page] 29

ca, puisque le premier individu était né dans un semis de Fraisier des bois. Quant au F. sterilis, la consistance sèche de son réceptacle aurait dû le faire rejeter du cadre des Fraisiers; mais Linné, persuadé que les genres étaient naturels, trouvait tant d'analogie entre le reste de l'organisation de cette Plante et celle des Fraisiers, qu'il ne craignit pas de les réunir, quoique la première ne présentàt pas le caractère essentiel. A ne considérer que les différences génériques, on n'en découvre aucune entre le F. sterilis et les Potentilla; c'est ce qui a engagé Lamarck, De Candolle et Nestler à le placer dans ce dernier genre sous le nom de Potentilla Fragaria. La Peyrouse (Flore des Pyrénées, p. 287) en fit le type de son genre Fraga qui n'a pas été admis par d'autres botanistes. V. POTENTILLE.

Avant de faire l'histoire particulière du Fraisier commun, examinons les additions et les changemens opérés par les auteurs dans le genre Fragaria. Crantz réunit sous ce nom générique, des Plantes qui appartenaient aux Potentilles de Linné, et le Comarum palustre, lequel est lui-même, d'après Nestler, une espèce de Potentille. V. ce mot et COMARUM. Ehrart, Willdenow et Persoon élevèrent au rang d'espèces plusieurs variétés du Fragaria vesca, L. Quelques-unes ont été conservées, et il y a lieu de croire qu'elles continueront d'être considérées comme espèces distinctes, quoiqu'il soit difficile de leur assigner descaractères qui puissent les faire distinguer facilement. Telles sont les Fragaria collina, Willd.; F. elatior, Willd.; F. Virginiana, Willd.; F. Chiloensis, Ehr.; et F. Bonariensis, Pers. Sous le nom de F. Indica, est décrite et figurée dans Andrews (Bot. Repos., t. 479) une Plante qui a des caractères tellement intermédiaires entre les Fraisiers et les Potentilles, que Smith (Exot. Bot.) a cru devoir en constituer un genre nouveau qu'il a nommé Duchesnea. V. ce mot. Mais aucun auteur n'a traité l'histoire des Fraisiers avec autant d'ardeur et de succès que Duchesne de Versailles. Cet estimable monographe, qui s'occupe encore (en 1824) de botanique, s'était appliqué à leur culture dès l'année 1760. Correspondant avec Linné, il en avait reÇu les conseils que cet illustre naturaliste se plaisait à donner à tous les jeunes botanistes de son époque; et son travail sur les Fraisiers, publié dans l'année 1766, avait mérité les éloges du savant suédois, éloges qui ont été confirmés récemment par le professeur De Candolle. « Nous avons, dit celui-ci (Théorie Elém. de la Bot., 2e édit., p. 295), des monographies d'espèces, qui sont des ouvrages importaus; telles sont celles des Plantes qui offrent un grand nombre de variétés, comme sont les Végétaux cultivés, l'histoire du Fraisier par Duchesne peut en offrir un exemple utile à méditer. ff L'attention que Duchesne a apportée en observant ses Fraisiers, lui a fait découvrir une foule de particularités intéressantes dans cette espèce, où les variétés ont ceci de remarquable qu'elles se conservent indéfiniment par les graines. Ce sont, eu un mot, de véritables races sur lesquelles l'influence du sol et du climat est très-peu marquée. Il est à regretter que Duchesne n ait pas fixé ses idées sur la valeur des mots espèces et races. On voit bien qu'il ne i ecónnaît qu'un petit nombre d'espèces de Fraises; mais au lieu de les déterminer, après avoir donné la description de l'espèce principale, il y établit deux divisions, les Fraises et les Caperonniers, auxquelles il conserve encore le nom d'espèces. Ensuite chacune des variétés est décrite avec un nom spécifique latin, qui a induit en erreur plusieurs botanistes, et les a fait considérer comme autant d espèces distinctes. En prenant pour modèle le travail de Duchesne, nous aurons donc soin de ne présenter les Plantes indéterminées sous ce point de vue que comme des races ou variétés permanentes. Nous en exceptons cependant le Frutiller ou Fraisier

[page] 30

du Chili, Fragaria Chiloensis, qu'à l'exemple de Lamarck, de Persoon, etc., nous croyous devoir être spécifiquement séparé.

Le FRAISIER COMMUN, Fragaria vesca, L. et Lamk., Illustr., tab. 442. De sa racine noirâtre, fibreuse, naissent plusieurs tiges qui rampent à terre et s'y implantent par de nouvelles racines. Les jets compris entre celles - ci sont appelés fouets ou courans (en latin flagellæ). Mais engraissé par la culture, le Fraisier produit, au lieu de courans, des œilletons qui forment une touffe de tiges peu garnies de feuilles et hautes de douze à quinze centimètres. Les feuilles radicales sont, pour la plupait, velues, longuement pétiolées et composées de trois folioles ovales, presque soyeuses en dessous et fortement dentées en scie. Les fleurs sont blanches, pédonculées et terminales, munies de pétales arrondis et d'un réceptacle qui s'agrandit considérablement apiès la floraison. Cette Plante croît dans toute l'Europe, dans les bois, sur les côteaux ombragés et même jusque sur les hautes montagnes parmi la mousse.

Variétés principales de Fraisiers (d'après Duchesne).

§ I. FRAISIERS proprement dits. — Ovaires petits et nombreux; étamines courtes.

1. FRAISIER DES ALPES ou DES MOIS, Fragaria semperflorens, Duch. Remarquable par la vivacité de sa végétation, ce Fraisier fleurit pendant toute l'année, même en hiver, et ne cesse de porter des fruits qu'aux fortes gelées.

2. FRAISIER DES BOIS ou FRAISIER COMMUN, Fragaria sylvestris, Duch. Cette variété, si l'on peut lui donner ce nom, car, étant plus répandue, elle peut être regardée comme le type de l'espèce, cette variété, disonsnous, se plaît surtout dans les régions septentionales de l'Europe. Elle se multiplie très-abondamment dans les futaies abattues et dans les taillis accrus. On ne la rencontre jamais dans les lieux trop humides. Il en existe une multitude de sous-variétés à peine susceptibles d'être distinguées. Celle à gynophores blancs est la plus remarquable. Le parfum de la Fraise des bois surpasse celui de toutes les autres variétés, mais se dissipe un peu par la culture. Ce Fraisier fleurit en France à une époque limitée entre la fin d'avril et la fin de mai.

3. FRAISIER D'ANGLETERRE, Fragaria minor, Duch. En raison du peu de hauteur qu'acquiert sa tige, ce Fraisier est élevé sous les châssis par les cultivateurs anglais. Il porte des gynophores hâtifs, ronds, très-parfumés et hauts en couleur. Ses feuilles sont brunes, courtes et souvent palmées à quatre ou cinq divisions au lieu de trois. Les fruits ambrés de la sous-variété blanche, qui se perpétue par la culture, ont un goût fin et sont estimés.

4. FRAISIER DE MONTREUIL ou FRAISIER FRESSANT, Fragaria hortensis, Duch. A l'inverse de la précédente variété, celle-ci est plus haute, plus forte que le Fraisier des bois; son feuillage est moins brun; ses gynophores sont pâles, allongés, et les plus gros sont aplatis, anguleux ou cornus. Parmi les nombreuses sousvatiétés, il en est une à laquelle le peuple de Paris donne le faux nom de Caperon, et que l'on appelle aussi la fausse Noire; on l'estime peu, parce qu'elle est creuse et fade. Le Fraisier Fressant ou Fraissant, ainsi nommé du nom d'un habitant de Mondhéri qui le cultiva le premier, forme des pépinièies en plein champ dans les terrains sablonneux des environs de Paris.

5. FRAISIER - BUISSON, Fragaria efflagellis, Duch. Avant l'ouvrage de Duchesne, à peine avait-on indiqué ce Fraisier qui se distingue facilement de tous les autres par l'abseuce des jets traînans. Mais le nombre des œiletons et des fouilles est si considérable que leurs touffes forment une sorte de buisson serré, entre lesquelles les fleurs et les fruits restent entière-

[page] 31

meat renfermés, disposition qui rend les gynophores de ce Fraisier allongés et d'un aspect mat, parce qu'elle les prive de l'air et de la lumière.

6. FRAISIER DE VERSAILLES, Fragaria monophylla, L. et Duch. Cette Plante n'a été considérée par Duchesne que comme une variété, quoique Linné, à qui il l'avait envoyée, en eût fait une espèce. Ses feuilles, qui sont communément simples et dentées jusqu'à la base, la distinguent facilement. Une organisation si remarquable n'est, selon Duchesne, que'le lésultat de l'extrême faiblesse dc toutes ses parties; en un mot, ce n'est qu'une dégénérescence physiologique. Il résulte aussi de la faiblesse générale du Fraisier monophylle, qu'il ne donne presque point d'œilletons, ce qui le rend plus propre qu'aucun autre à former un Arbrisseau, lorsqu'on lui supprime de bonne heure ses feuilles radicales. C'est à peu près la seule utilité que présente cette variélé; elle donne cependant une grande quantité de gynophores très-petits et quelquefois anguleux.

7. FRAISIER COURONNé ou MONSTRUEUX, Fragaria multiplex et botryformis, DuÇh. Dans ce Fraisier, la majeure partie des étamines se changenten pétales, lesquels forment cinq à six rangées; mais cinq ou six étamines non transformées suffisent pour féconder les ovaires et les rendre fertiles, car on péut multiplier de graines cette variété. Entre les divisions du calice, on voit quelquefois d'autres fleurs se développer et donner naissance à des fruits dont les carpophores se soudent et produisent des Fraises monstrueuses en couronne ou en trochet.

8. FRAISIER DE PLIMOUTH, Fragaria muricata, L. Duchesne affirme que ce Fraisicr n'est qu'une variété accidentelle, monstrueuse et stérile, non arborescente, quoique Zanoni l'avait faussement iudiquee comme telle, dont les divisions du calice, devenues foliacées, constituent toutes les enveloppes florales auxquelles succèdent des gynophores informes, durs, acerbes ct ayant à peine le goût de la Fraise. Cependant il paraîtrait, d'âprès les observations de Lamarck, que ce Fraisier a réellement des pétales verdâtres, et munis au sommet de trois ou quatre dents. Du reste, il ne diffère presque pas du Fraisier commun.

§ II. FRAISIERS CAPERONNIERS. Ovaires gros et rares; étamines longues.

Dans ce groupe, Duchesne établit encore quatre sous-divisions qu'il nomme Majaufes, Breslinges, Caperonniers proprement dits, et Quoimios. Ces derniers, appartenant a une espèce que nous cousidérons comme distincte, sortiront de la présente division, et nous en dirons un mot à la suitede l'histoiredu Fraisier commun. Par la couleur et la forme de leurs feuilles, par la petitesse, la pulpe tendre, et la couleur rouge de leurs gynophores, les Majaufes se rapprochent beaucoup des Fraisiers proprement dits; mais ils s'en distinguent principalement par le peu de fixité des caractères que la culture fait évanouir, et par la propension à la stérilité. Les feuilles des Breslinges ont une consistance plus sèche et plus forte; une couleur plus brune et plus terne; des poils plus longs; aes pétales moins blancs, les dents du calice serrées contre les gynophores qui adhèrent très-fortement au sommet des pédoncules. Ces gynophores offrent une pulpe ferme quoique très-juteuse; ils sont verdâtres et ne se colorent que légèrement par l'effet du soleil. La plupart de leurs ovaires avortent, ce qui place les autres à distance, et leur fait acquérir plus de grosseur. Les Breslinges sont fort inconstans en se multipliant de graines.

De grandes proportions distinguent surtout les Caperonniers proprement dits des autres Fraisiers, car ils égalent en grandeur les Frutillers dont nous parlerons bientôt. Ils serapprochent des Breslinges par la consistance un pcu moius marquée, il est

[page] 32

vrai, de leurs gynophores, mais leur calice et la disposition de leurs tiges les font ressembler davantage aux Fraisiers proprement dits. Comme ceux-ci, ils se reproduisent fréquemment par le moyen des graines, et leurs variétés sont en général assez constantes. On observe que dans les individus élevés de graines, une moitié est unisexuée femelle, tandis que l'autre est unisexuée mâle, accident qui se îeproduit avec une étonnante égalité. Les Hybrides, provenues de la fécondation des Caperonniers proprement dits par les BreslinÇes ou les Frutillers, ont présenté diverses analogiesavec leurs parens, et étaient souvent frappées d'une stérilité plus ou moins complète.

A. Majaufes.

9. FRAISIER DE BARGEMON ou MAJAUFE DE PROVENCE, Fragaria bifera, Duch. Ce Fraisier se trouve au pied des Alpes de Provence, et ne fleurit, lors qu'on le cultive, qu'au mois de septembre ou d'octobre. Il est lent à croître, mais aussi il offre l'avantage de se conserver plus longtemps que les autres variétés. Ses gynophores sont ronds ou comprimés, d'un jaune toux qui se colore en un rouge très-foncé par l'action du soleil; le reste de la Fraise, c'est-à-dire la partie cachée par les dents du calice, est marqué d'une étoile blanchâtre.

10. FRAISIER VINEUX ou MAJAUFE DE CHAMPAGNE, Fragaria dubia, Duch. Variété trouvée près de la Ferté-sous-Jouarre, et qui a beaucoup de ressemblance avec les Fraisiers proprement dits. Il diffère du précédent par ses gynophores plus aplatis, plus colorés et très-vineux.

B. Breslinges.

11. FRAISIER COUCOU, Fragaria abortiva, Duch. Facile à distinguer à cause de sa stérilité qui paraît dépendre d'un vice inconnu dont les stigmates sont affectés, et non de leur absence totale comme Haller l'avait mal à propos prétendu. L'explication physique donnée par Miller h'est pas plus satisfaisante, du moins pour les Fraisiers. Cet auteur prétend que la multiplication par bourgeons, renouvelée trois ou quatre fois coup sur coup, frappe tous les Végétaux de stérlité.

12. FRAISIER BRESLINGE ou BRESLINGE D'ALLEMAGNE, Fragaria nigra, Duch. Sa Fraise, dont la couleur est verdâtre, ou d'un rouge brun dans la partie exposée au soleil, a une pulpe ferme, juteuse et trèsparfumée. Son feuillage est très-brun, Das, et présente souvent des feuilles palmées à cinq divisions. Il abonde en stolons, et est sujet à la stérilité.

13. FRAISIER-MARTEAU ou BRESLINGE DE BOURGOGNE, Fragaria pendula, Duch. Presque semblable au précédeut, il a des gynophores en forme de Poire tronquée, aplatie ou comprimée à l'extrémité.

14. FRAISIER OU BRESLINGEDE LONGCHAMP, Fragaria hispida, Duch. Cette variété croît au bois de Boulogne où Duchesne la trouva, en 1767, entre Longchamp et Madrid. Elle donne des Fraises analogues aux précédentes variétés, mais plus juteuses et meilleures. Son feuillage est petit et fort velu. DuÇhesne conjecture que son existence est due au voisinage des jardins formés pour FranÇois Ier, autour de son château de Madrid.

15. FRAISIER VERT ou BRESLINGE D'ANGLETERRE, Fragaria viridis, Duch. Cultivé depuis long-temps en Angleterre, ce Fraisier a de l'analogie avec les précédens, mais son feuillage cst plus grisâtre. Ses Fraises sont rondes et turbinées, d'un vert grisâtre, à peine colorées en rouge terne par le soleil, succulentes, et d'une odeur agréable.

16. FRAISIER BRUGNON ou BRESLINGE DE SUÉDE, Fragaria pratensis, Duch. Cette variété croît dans les prés, en Suède, où les paysans la distinguent facilement du Fraisier des bois. Linné l'a citée dans ses ouvrages, et l'a envoyée, en 1765, à Duchesne; par ses soins, elle s'est multipliée de grai-

[page] 33

nes, et n'a pas varié. Son feuillage est très-court et tombe pendant l'hiver, circonstance remarquable, puis-que c'est le seul Fraisier à fleurs caduques par l'effet du froid. Ses courans sont aussi petits et ramassés, mais sa Fraise est grosse, d'un vert gai, et se colore d'un rouge foncé comme les Pêches-Brugnons.

c. Caperonniers proprement dits.

17. FRAISIER DE BRUXELLES ou CAPERONNIER ROYAL, Fragaria moschata. Le feuillage de cette variété est franc, ses fleurs sont grandes, et il est fécond en gros gynophores dont la récolte se fait deux fois par an. Le Caperon ou Capiton n'en est qu'une sous-variété unisexuée (Fragaria moseh dioica). Cependant Duchesne l'en a séparé, en raison peut-être des nombreuses variations que la culture a produites dans ce Fraisier. On ignore sa patrie, car c'est sans preuves qu'on lui a donné le nom de Fraisier de la Chine. La forme de ses Fraises varie beaucoup, mais elles ne sont jamais anguleuses ou aplaties.

Au grand nombre de variétés principales du Fraisier commun que nous venons d'exposer, Duchesne réunit les Fraisiers d'Amérique que nous considérons maintenant comme appartenant à des espèces différentes.

Le FRUTILLER ou FRAISIER DU CHILI, Fragaria Chiloensis. Ses feuilles ressemblent à celles du Fraisier des bois, mais elles sont plus fortes, d'un vert très-brun, et couvertes en dessous d'un duvet blanchâtre, court, mais épais et soyeux, qui existe aussi très-abondamment sur les courans et les pétioles. Les gynophores sont très-gros, d'un rouge jaunâtre qui s'anime au soleil d'une nuance dorée très-brillante. La finesse de leur parfum les fait rechercher par les amateurs sensuels; et sous ce rapport, on cultive avec beaucoup de soin le FRAISIER ANANAS ou QUOIMIOS DE HARLEM, ainsi que les FRAISIERS DE BATH et DE CANTORBERY qui n'en sont que des variétés.

Le Frutiller étant dioïque, sa race a éprouvé plusieurs altérations par la fécondation adultérine opérée par les Caperonniers. Le voyageur Frezier est le premier qui ait apporté en Europe cette Plante des environs de la ville de la Conception au Chili.

Le FRAISIER DE VIRGINIE, Fragaria Virginiana, Willd., est une autre espèce qui a de l'analogie avec les Frutillers, mais dont les gynophores sont rouges, et malheureusement tellement tendres et succulens, qu'ils ne peuvent supporter le transport et se conserver plus de cinq ou six heures.

Il serait superflu de nous étendre sur l'agrément, le parfum et la bonté salubre des Fraises. Nous laissons à nos lecteurs le soin de commenter ce sujet agréable. Nous les engageons à déterminer le mode d'action qu'elles exercent sur nos organes, s'il est vrai qu'elles soient diurétiques et qu'elles expulsent les calculs, propriétés qui leur ont éte attribuées par certains médecins, mais que nous n'avons pas eu occasion de vérifier. Les racines des Fraisiers passent aussi pour diurétiques, et on en fait usage en décoctions dans les blennorrhagies; nous pouvons cependant certifier que l'action diurétique de ces tisanes dépend plus de la quantité du véhicule que de l'activité du médicament. On a observé qu'un usage prolongé de la décoction de ces racines imprégnait les excrémens des malades d'une couleur rouge, laquelle a fait croire quelquefois à une affection grave des intestins; mais le changement de boisson a bientôt fait dissiper ce prétendu flux sanguin. (G..N.)

FRAISIER EN ARBRE. BOT. PHAN. Dans le midi de la France, on appelle ainsi l'Arbousier, parce que ses fruits ressemblent à des Fraises. En Amérique, c'est le nom qu'on donne à des Mélastomes. (B.)

FRAMBOISE. BOT. PHAN. Le fruit du Framboisier. V. RONCE. (B.)

FRAMBOISIERS. BOT. PHAN. Deux espèces de Ronces portent ce noin: le Rubus Idæus en Europe; le Rubus rosæfolius dans l'Inde, par-

TOME VII. 3

[page] 34

ticulièrement à l'Ile-de-France. V. RONCE. (B.)

* FRANCA. BOT. PHAN. (Micheli.) Ce genre est le même que le Frankenia. V. ce mot. (A.R.)

FRANC-BASSIN. BOT. PHAN. Nom vulgaire de l'Ocymum Americanum dans les Antilles françaises. (B.)

FRANCHE BARBOTTE. POIS. L'un des noms vulgaires du Cobitis Barbatula. V. COBITE. (B.)

FRANCHIPANE. BOT. PHAN. Variété de Poire. (B.)

FRANCHIPANIER. Plumeria ou Plumiera. BOT. PHAN. Et non Frangipanier. Genre de la famille des Apocynées et de la Pentandrie Digynie, L., caractérisé parson calice très-court, à cinq divisions, par sa corolle infundibuliforme, dont le tube est grêle et cylindrique, la gorge dépourvue d'ecailles, le limbe évasé, à cinq divisions profondes et obliques; les cinq étamines, insérées à la base du tube, y sont incluses; leurs filets sont libres, leurs anthères conniventes et rapprochées en forme de cône. Les deux pistils sont appliqués sur un disque bypogyne assez saillant; les ovaires sont uniloculaires et polyspermes; les styles courts, terminés par un seul stigmate renflé, déprimé et un peu émarginé. Les fruits sont renflés, et les graines membraneuses dans leur partie inférieure. Ce genre se compose d'environ une quinzaine d'espèces, qui toutes croissent sous les Tropiques, et pour le plus grand nombre dans l'Amérique méridionale. Ce sont, en général, des Arbres ou des Arbrisseaux lactescens, ayant de belles et grandes feuilles, très-entières, alternes ou éparses, caractère assez rare dans les Apocynées. Leurs fleurs souvent très-grandes, et ornées de couleurs très-vives, rouges, roses, blanches ou même jaunâtres, offrent différens modes d'inflorescence; elles sont tantôt terminales, tantôt disposées en corymbes, etc.

Les deux espèces que l'on rencontre le plus communément dans les jardins, sont les suivantes:

Le FRANCHIPANIER A FLEURS BLANCHES, Plumeria alba, L., Sp., Jacq., Icon. Pict., t. 38. C'est un Arbre qui acquiert quelquefois une hauteur de quarante-ciuq pieds. Son bois est blanc et rempli de moelle, son écorce grisâtre et laiteuse; ses fenilles, réunies à l'extrémité des rameaux, sont tres-rapprochées, ovales, lancéolées, aiguës, entières, longues d'un pied et plus, larges d'environ trois à quatre pouces, vertes, glabres et luisantes en dessus, blanchâtres à leur face inférieure. Les fleurs sont blanches, formant des espèces de panicules à l'extrémité des rameaux. Cet Arbre croît aux Antilles, dans les lieux secs et voisins de la mer. Le suc laiteux qu'il renferme est d'une causticité extrême.

Le FRANCHIPANIER A FLEURS ROUGES, Plumeria rubra, L., Sp., Jacq. Icon. Pict., t. 23, Lamlt., Ill., t. 175, f. 1. Cet Arbre qui croît dans les mêmes contrées que le précédent, est moitié moins grand; son bois est d'une couleur jaune et d'une saveur amère; ses feuilles, comme celles de l'espece précédente, sont rapproctées à l'extrémité des ramifications de la tige; elles sont moins grandes. Les fleurs sont d'un beau rouge, quelquefois couleur de chair, et répandant une odeur suave. Les fruits sont très-longs, ayant leur surface rugueuse.

Les Franchipaniers doivent être, dans nos climats, cultivés dans une serre très-chaude. Ils demandent une terre légère et sèche, et se multiplient par boutures ou par éclats, (A. R.)

FRANCISCAIN. MOLL. Nom vulgaire et marchand du Cône, dont ce nom est devenu la désignation scientifique, Conus Franciscanus. (B.)

FRANCOA. BOT. PHAN. Cavanilles a établi ce genre d'après une Plante du Chili (figurée, Icon. 596) dans l'Octandrie Tétragynie, L., et il lui donne pour caractères: un calice quadriparti persistant; quatre pétales onguiculés, et huit étamines alter-

[page] 35

nant avec autant de petits corps plus courts et épais; un ovaire libre, marqué de quatre sillons, et surmonté de quatre stigmates sessiles. Le fruit est composé de quatre loges comprimées qui se séparent à la maturité, en simulant autant de capsules, et s'ouvrent en deux valves, aux sutures desquelles sont fixées des graines nombreuses. Cavanilles s'étant exprimé assez obscurément sur l'insertion des étamines, on regardait son genre Fran-coa comme hypogynique, et on en cherchait vainement les vraies affinités.Nous avons observé dans une Plante du Pérou, évidemment congénère du Francoa, et par les détails de sa fleur et par son port, que les é amines s'insèrent au calice, au point où il se divise, et il en résulte que ce genre devra prendre place près des Crassulées. Il renfermera deux ou trois espèces herbacées, dont les feuilles radicales sont pinnatifides, et les fleurs disposées en épi lâche, au sommet d'une hampe allongée. Nous avons consigné nos observations dans les Annales des Sciences naturelles (T. III, p. 192), et nous les avons accompagnées d'une figure. (A. D. J.)

FRANCOLIN. OIS. Espèce du genre Perdrix. Les Francolins forment une petite famille dans le genre PERDRIX. V. ce mot. On a encore appelé:

FRANCOLIN A LONG BEC, une espèce du genre Perdrix. V. ce mot.

FRANCOLIN A LONGUE QUEUE (Hearn), la Gélinotte à longue queue.V. TÉTRAS.

FRANCOLIN A COLLIER, le Tétras a fraise. V. TÉTRAS. (DR..Z.)

FRANCOLIN. MOLL. L'un des noms marchands du Drap-d'or, Conus textilis. V. CÒNE. (B.)

FRANCOULO. OIS. Syn. vulgaire de Ganga Cata. V. GANGA. (DR..Z.)

* FRANCOURLIS. OIS. Syn. vulgaire du grand Courlis. V. ce mot. (DR..Z.)

* FRANC-PICARD, BOT. PHAN. Une variété de Peuplier blanc. (B.)

* FRANC-REAL. BOT. PHAN. Variété de Poire d'automne. (B.)

FRANGÉ, FRANGÉE. pois. Ces noms ont été donnés comme spécifiques à un Cyprin, qui paraît devoir rentrer parmi les Labéons, et à une Raie des Antilles, imparfaitement connue, qui doit appartenir au sous-genre Céphaloptère. (B.)

* FRANGINE. BOT. CRYPT. Nom français donné par Bridel comme synonyme de celui du genre Racomitrium. V. ce mot. (B.)

FRANGULA. BOT. PHAN. V. NERPRUN et BOURDAINE. (B.)

FRANGULACÉES. BOT. PHAN. Dans la Flore Française, ce mot est employé comme synonyme de Rham. nées. V. ce mot. (B.)

* FRANKÉNIACÉES. Frankenia-ceæ. BOT. PHAN. Le genre Frankenia avait été placé, par le célèbre auteur du Genera plantarum à la suite de la famille des Caryophyllées. Auguste de Saint-Hilaire (Mém. plar. central.), observant les rapports de ce genre avec les Violettes, en a formé un petit groupe distinct, auquel il a donné le nom de Frankéniées. Il y plaçait le genre Sarothra, que plus tard il a reconnu appartenir aux Hypéricées, ainsi que l'avait déjà indiqué le professeur Richard dans la Flore de I Amérique septentrionale, publiée sous le nom de Michaux. Pendant son séjour au Brésil, le même auteur eut occasion d'observer le genre Sauvagesia et d'en mieux connaître l'organisation; il publia (Mém. Mus. 3, p. 215) le résultat de ses observations sur ce genre, encore si imparfaitement connu, et fit voir qu'il venait se placer auprès du Frankenia, et faisait, par conséquent, partie de sa famille des Frankéniacées. De Candolle, dans le premier volume de son Prodrome, adopta cette famille, en y ajoutant le nouveau genre Luxemburgia, établi par Saint-Hilaire, qui en avait indiqué les affinités; mais il en retira le Sauvageùa, dont il fit une section

3*

[page] 36

à part dans la famille des Violettes. Enfin, à son retour du Brésil, l'auteur des Frankéniacées donna (Mém. Mus. II, p. 11) une monographie étendue des genres Sauvagesia et Lavradia, dont il fit connaître l'organisation avec l'exactitude minutieuse et parfaite qui le caractérise. IL fit ainsi l'histoire de ce petit groupe, qui se compose de quatre genres, savoir: Frankenia, L.,, Sauvagesia, L., Lavradia, Velozo, et Luxemburgia, Saint-Hilaire. Nous allons exposer les caractères gènéraux de cette famille, caractères que nous emprunterons surtout à l'auteur qui en a si bien fait connaître l'organisation. Les fleurs sont hermaphrodites et présentent différens modes d'inflorescence. Leur calice est ordinairement à cinq divisions tellement profondes, qu'il paraît formé de cinq sépales distincts; la corolle se compose de cinq pétales, tantôt égaux, tantôt inégaux, assez souvent rétrécis en onglet à leur base. Dans les genres Sauvagesia et Lauradia, on trouve dans la fleur des organes accessoires qui n'existent pas dans les deux autres. Ainsi, dans le Sauvagesia, on observe, en dedans de la corolle: i° un verticille de fila— mens renflés et en forme de massue; 2° une corolle intérieure, qui se retrouve également dans le Lavradia. Les parties accessoires ne nous paraissent être que des étamines avortées ct plus ou moins transformées. Telle est également l'opinion d'Auguste Saint-Hilaire. Les étamines sont au nombre de cinq, de huit, ou indéfinies; leur filet est quelquefois très-court; l'anthère est à deux loges extrorses, généralement fixées par la base, s'ouvrant par une fente longitudinale et latérale, tantôt seulement par deux pores, comme dans le Luxemburgia, où elles sont presque carrées et rapprochées les unes contre les autres; les étamines sont hypogynes ainsi que la corolle; l'ovaire est libre, oyo�de-allongé, quelquefois trigone, souvent placé sur un disque bypogyne peu saillant. Il offre constamment une seule loge, contenant plusieurs ovules attachés à trois trophospermes pariétaux suturaux. Le style est subulé, grêle, simple, terminé par un stigmate extrêmement petit et qui paraît indivis. Le fruit est une capsule plus ou moins ovo�de et allongée, recouverte, soit par le calice, soit par la corolle intérieure; elle offre une seule loge et s'ouvre en trois valves, dontles bords, légèrement rentrans, forment quelquefois, surtout dans la partie supérieure, trois lames plus ou moins saillantes, mais qui n avancent pas jusqu'au centre. Ce mode de déhiscence de la capsule, et cette position relative des trophospermes et des valves, sont d'autant plus importans à bien observer, que ce sont presque les seuls caractères qui distinguent la petite famille qui nous occupe des Violacées et des Cistées, auprès desquelles elle doit être rangée. Les graines sont généralement attachées sur deux rangées longitudinales, au moyen de petits podo-spermes filiformes. Elles contiennent au centre d'un petit endosperme charnu, un embryon axille, à peu près cylindrique, ayant sa radicule tournée vers le hile.

Les Plantes qui constituent la famille des Frankéniacées sont herbacées ou sous-frutescentes; leurs tiges sont généralement rameuses, quelquefois simples. Les feuilles sout alternes, quelquefois verticil -lées, entières ou dentées en scie, fréquemment marquées de nervures latérales très-rapprochées et parallès, ce qui les fait paraître striées. On trouve à leur base deux stipules persistantes ou caduques, souvent ciliées; le genre Frankenia est le seul qui en soit dépourvu. Les fleurs sont tantôt axillaires, tantôt disposées en grappes simples ou composées, ou enfin en panicules. Chacune d'elles est accompagnée d'une bractée.

Cette petite famille doit certainement être placée auprès des Violacées; elle a néanmoins quelques rapports avec la famille des Caryo-

[page] 37

phyllées, dont elle diffère par.ses stipules, son style constamment simple et la structure de son fruit. Elle forme, avec les Violacées, les Cistées et les Droséracées, une petite tribu extrêmement naturelle, dont aucune de ces quatre familles ne saurait être éloignée. Mais le caractère qui distingue nettement les Franké-niacées de ces trois autres familles consiste dans sa capsule, qui est septicide, c'est-à-dire qui s'ouvre en face de chaque trophosperme, tandis que, dans les trois autres, la déhiscence est loculicide, c'est-à-dire que chacune des trois valves entraîne avec elle un des trophospermes sur le milieu de sa face interne, (A. B.)

FRANKÉNIE. Frankenia. BOT. PHAN. Ce genre, que Jussieu plaçait à la fin des Caryophyllées, et Linné dans l'Octandrie, est devenu pour Auguste de Saint-Hilaire le type d'une nouvelle famille, qui en a emprunté son nom, et qui, suivant d'autres auteurs, n'est qu'une section des Violacées. Quoi qu'il en soit, voici ses caractères: calice à quatre ou cinq divisions, avec lesquelles alternent autant de pétales onguiculés, dont l'onglet est.muni d'une squammule vers la naissance du limbe, qui est étalé; des étamines insérées sous l'ovaire, tantôt en nombre égal à celui des pétales et alternant avec eux, tantôt un ou deux de plus et opposés à ces mêmes pétales; un style tnfide; une capsule accompagnée d'un calice persistant, légèrement trigone, s'ouvrant en trois ou quatre valves, le long du bord desquellessontattachéesles graines. De Candolle, dans son Prodrome, en décrit seizeespèces dont quelques-unes sont nouvelles. Ce sont des Herbes ou plus rarement des sous-Ar-brisseaux à tiges cylindriques ou rameuses, à feuilles opposées ou verticillées, dépourvues de stipules, prolongées àleur base en une membrane amplexicaule, souvent glanduleuses, oblongues, entières. Les fleurs, accompagnées de bractées, sont sessiles, soit au sommet des rameaux, soit au point ou ils se divisent par dichotomie. Elles habitent en général les rivages, ou de l'Europe méridionale, ou de l'Afrique; plusieurs sont originaires du cap de Bonne-Espérance, et d'autres de la Nouvelle-Hollande. (A. P.J.)

FRANKLANDIE. Franklandia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Protéacées et de la Tétrandrie Mono-gynie, L., établipar R. Brown (Trans. of the Linn. Societ, T. x, p. 157) qui l'a ainsi caractérisé: périanthe hypocratériforme, dont le tube est persistant et le limbe quadriparti et plane; anthères incluses, adnées au périanthe; écailles hypogines, cornées et formant une gaîne; noix fusiforme, pédicellée, dilatée et aigrettée au sommet. Ce genre ne se compose que de la FRANKLANDIE A FEUILLES DE FUCUS, Franklandia fucifolia, Arbrisseau glabre, de toutes parts couvert de glandes orangées et pustuliformes, à feuilles alternes, filiformes et dichotomes. Les fleurs, munies d'une seule bractée et d'un jaune sale, sont disposées en épis axillaires. Le pollen est sphérique, et les cotylédons sont très-courts. Cet Arbrisseau croît parmi les Bruyères, dans les lieux humides de la côte australe de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Lewin.(G..N.)

FRANKLINIE. Franklinia. BOT. PHAN. Sous ce nom génerique, Marshall (Arbust. Amer., p. 48) décrivit deux espèces dont l'une fut rapportée au genre Gordonia par l'Héritier (Stirpes nov.1, p. 156) qui changea son nom de Franklinia Altamaha en celui de G. Franklini. Le professeur De Candolle (Prodr. Syst. Veget., i, p. 528) a réuni en outre à cette Plante le Franklinia Americana, Marsh., et en a formé deux variétés de la même espèce. C'est le Gordonia pubescens, Lamk., si bien figuré dans le Jardin de la Malmaison, tab. î. Salisbury en faisait son genre Lacathea, qui n'est admis par De Candolle que comme section générique. V. GORDONIE. (G..N.)

[page] 38

* FRANKLINITE. MIN. V. FFR OXIDULÉ ZINCIFÈRE.

FRANQUENNE. BOT. PHAN. Pour Frankénie. V. ce mot. (B.)

FRANSERIE. Franseria. BOT. PHAN. Ce genre, voisin de l'Ambrosia et du Xanthium, doit en conséquence prendre place parmi les Corymbiferes anomales de Jussieu, ou dans la tribu des Ambrosiées de Cassini. C'est d'après ce dernier botaniste qui en a complètement décrit une espèce, et d'après Cavanilles qui en a fait connaître une autre (Icon., 200) en établissant le premier le genre, que nous en tracerons les caractères. Les fleurs sont mono�ques, les mâles disposées en grappes ou en épis terminaux; les femelles au bas du même épi ou sur des épis plus courts et inférieurs. Les premières, de forme globuleuse, présentent dans un involucre multifide et sur un réceptacle convexe, garni d'écailles linéaires et minces, plusieurs fleurons où cinq étamines à anthères libres et dressées entourent, par leurs filets soudés en tube, un style tronqué au sommet et surmontant un seul ovaire avorté. Dans les fleurs femelles, les folioles de l'involucre accompagné à sa base de plusieurs bractées verticillées se soudent intimement en un corps hérissé à l'extérieur par les deux extrémités libres et spiniformes de ces folioles, et renfermant, plongés dans son intérieur, des ovaires au nombre de deux à quatre, nus, allongés, lisses et dépourvus d'aigrettes. Ils sont surmontés de styles profondément bi ou tripartis qui font saillie au-dehors. Cassini considère ces fleurs comme composées de plusieurs femelles distinctes, mais soudées par approche. Cavanilles y voit un seul ovairemultiloculaire.

Les deux espèces de ce genre sont des Arbustes a feuilles alternes, petiolées, bipinnatifides dans le Franseria artemisioides, qui est originaire du Pérou, sinuées dans le F. ambrosioides qui habite le Mexique. (A. D. J.)

FRASêRE. Frasera. BOT. PHAN.

Genre de la famille des Gentianées et de la Tétrandrie Monogynie, L., établi par Walter (Flor. Carol., p. 88) et adopté par Richard (in Michx. Flor Boreali-Amer., 1, p. 96) qui lui a assigné des caractères dont voici les plus saillans: calice ouvert, à quatre divisions profondes et aiguës; corolle beaucoup plus grande que le calice, à quatre divisions très – profondes, ovales, acuminées, portant sur leur partie moyenne une glande orbiculaire et ciliée; quatre étamines plus courtes que la corolle; deux stigmates épais et divergens; capsule ovale, comprimée, comme bordée sur son pourtour, uniloculaire, bivalve et renfermant huit à douze graines elliptiques, bordées et membraneuses. Ce fruit se rapproche beaucoup de celui du Villarsia nymphoides, qui a été aussi placé dans les Genlianées. Mais le genre Frasera, dans les autres parties de sa fleur, a les plus grandes affinités avec le genre Swertia, surtout en ce qui concerne la glande de chaque pétale. Le professeur A.-L. de Jussieu (Ann. du Mus., 15, p. 343) observe qu'il ne diffère de ce dernier que par une cinquième partie retranchée à celles de la fructification.

La FRASÈRE DE CAROLINE, Frasera Carolinensis, Gmel., F. Valiteri, Mich., est une Plante bisannuelle, très-élevée, à feuilles oblongues, verticillées et opposées. On la rencontre depuis le Canada jusqu'en Caroline; elle est surtout très-abondante en certaines localités marécageuses de la Pensylvanie occidentale. Dans ce pays, on l'appelle improprement Racine de Colombo, à cause de son amertume franche semblable à celle de la véritable Racine de Colombo, et qui ne le cède pas à la Gentiana lutea. (G..N.)

FRASSINELLA. BOT. PHAN. (Cœsalpin.) Syn. de Convallaria Polygonatum, L. (B)

FRASYOUN. BOT. PHAN. (De-lile.) Syn. arabe de Marrubium Alyssum. Forskahl, qui écrit Frasiun, dit que c'est le nom d'une autre espèce du même genre. (B.)

[page] 39

FRATERCULA. OTS. (Temminck.) Syn. du Macareux Moine. V. ce mot. (DR..Z.)

FRAXINELLE. BOT. PHAN. Syn. vulgaire de D'ctame. V. ce mot. (B.)

* FRAXINELLÉES. Fraxinellæ. BOT. PDAN. Les deux célèbres botanistes allemands, Nées d'Esenbeck et Martius (Act. Cur., 2, p. 149), ont décrit sous ce nom une famille naturelle de Plantes qu'ils séparent des autres Rutacées; mais cette séparation ne saurait être admise, ainsi que nous le prouverons au mot Rutacées. V. ce mot. (A.R.)

FRAXINUS. BOT. PHAN. V. FrêNE.

FRAYE. OIS. Syn. vulgaire de la Grive-Draine. V. MERLE. (DR..Z.)

* FRAYEUSE, OIS. Syn. vulgaire de Rouge-Gorge. V. SYLVIE. (DR..Z)

FRAYONNE. OIS. Espèce du genre Corbeau. V. CORBEAU. (DR..Z.)

FRÉGATE. Tachypetes. OIS. (Vieillot.) Genre de l'ordre des Palmipèdes. Caractères: bec plus long que la tête, robuste, tranchant, suturé en dessus, déprimé à sa base, élargi sur les côtés; mandibules fortement courbées vers la pointe qui est très-aiguë; narines linéaires, à peine visibles, placées dans un sillon sur les côtés du bec; pieds très-courts: tarse moins long que les doigts, en partie garni de plumes; quatre doigts, les trois antérieurs longs, demi-palmés; le pouce articulé intérieurement et dirigé en avant; ailes très-longues et étroites, les première et deuxième rémiges les plus longues; queue trèsfourchue. L'étonnante diversité que la nature a répandue sur l'organisation des êtres a produitles oppositions extrêmes que l'on observe dans leurs # modes d'existence: elle semble avoir condamné les uns au repos presque absolu, tandis que d'autres ont été assujettis à un mouvement, pour ainsi dire, continuel. Au premier rang de ces derniers doivent être placées les Frégates; leur envergure extraordinaire peut les soutenir dans les airs, pendant des journées entières, sans même que la nuit soit un obstacle à leur vol errant; elles y paraissent quelquefois comme suspendues, immouiles; d'autres fois, aussi rapidement que le projectile lancé par la poudre, elles s'élancent et mettent à parcourir des distances, un temps qui suffit à peine à l'œil pour suivre leur vélocité. Cherchant constamment à satisfaire un appétit des plus voraces, les Frégates dirigent leur vol vers la surface de l'eau, dont néanmoins elles ne peuvent guère approcher, à cause de la longueur démesurée de leurs ailes; aussi, dès qu'elles en sont à une petite distance, ont-elles soin de reporter ces ailes au-dessus du dos et de les y tenir relevées jusqu'à ce que, par suite du mouvement imprimé au corps, elles soient parvenues à saisir avec leur bec ou leurs serres aiguës le Poisson qui se jouaitavec sécurité dans son domaine illimité. Les Frégates auraient bien, comme tous les Palmipèdes, la faculté de setenir surl'eau et de nager; mais ce serait une imprudence que de s'y abandonner, car elles devraient y rester jusqu'à ce qu'elles aient trouvé un point assez élevé poor que leurs ailes puissent se déployer et acquérir, parun battement précipité, la force d'ascension. On assure que la brièveté de leurs pieds leur occasione des difficultés non moins grandes pour plonger, conséquemment ce n'est point sans de fortes raisons qu'elles se maintiennent presque toujours dans les airs et qu'elles emploient souvent la force pour arracher à des Oiseaux mieux conformés et plus adroits à la pêche, une nourriture qu'ils ne doivent pas céder sans regrets; ou a remarqué que les Cormorans étaient, sous ce rapport, leurs pourvoyeurs les plus dociles. Pour lieux de repos, les Frégates choisissent les pointes de rochers, les cimes d'où elles puissent facilement s'élever; elles évitent les plateaux et les plaines d'où elles ne sauraient, par la fuite, se dérober au danger, si elles y étaient surprises, et où elles se laissoraient même assommer à coups de bâton. Ces Oiseaux établissent leur

[page] 40

nid sur des Arbres très-élevés et dans lesanfracturesdes rocs; la ponte n'est que d'un œuf, rarement de deux; ils sont d'un blanc rougeâtre, parsemés de points rouges. Les parens soignent leurs petits jusqu'à ce qu'ils soient en état de voler, et c'est alors seulement que ces derniers quittent le nid, et ils n'y rentrent plus.

La GRANDE FRÉGATE, Pelecanus Aquilus, L.; Tachypetes Aquila, Vieill., Buff., pl. enl. 961. Tout le plumage noir irisé en bleu changeant; queue très-fourchue; joues nues et noires; une membrane charnue et rouçe sous le bec qui est noir et long de cinq à six pouces; pieds noirs. Taille médiocre; envergure de huit à quatorze pieds. La femelle a le ventre blanchâtre; les jeunes n'ont point de membranes sous le bec. Des mers du Sud. La Frégate de Palmerston, Pelecanus Palmerstoni, Gmel., paraît être la même chose que la grande Frégate femelle.

PETITE FRÉGATE, Pelecanus minor, L.; Tachypetes minor, Vieill. Tout le plumage noirâtre, à l'exception de la gorge et de la poitrine qui sont blanchâtres: joues rouges. Envergure, cinq pieds. On la regarde comme un jeune des précédentes, ainsi que la Frégate à tête blanche, Pelecanus leucocephalus, Gmel., dont la tète, le cou, la poitrine et l'abdomen sont blanchâtres.

Une espèce du genre Pétrel a aussi reçu le nom de Frégate. (DR..Z.)

* FREGGIA. POIS. L'un des synonymes vulgaires de Cépole. V. RUBAN. (B.)

FREGILUS. OIS. (Cuvier.) Syn. de Crave. V. PYRRHOCORAX. (DR..Z.)

FRELON. Fucus et Crabro. INS. Ce nom a été appliqué à différens Insectes de l'ordre des Hyménoptères. Les anciens l'employaient pour désigner les mâles des Åbeilles, et quelques modernes l'ont donné à diverses espèces des genres Guêpe et Crabron. V. ces mots. (AUD.)

FRELON (Houx). BOT. PHAN. Syn. de Fragon. V. ce mot. (B.)

FRELOT, FRELOTTE. OIS. Syn. vulgaires de Pouillot. V. SYLVIE. (DR..Z.)

FREMIUM. BOT. PHAN. (Gaza.) Syn. d'Anémone sclon L'Ecluse. (B.)

FRêNE. Fraxinus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Jasminëes et de la Polygamie Diœcie, L., composé d'environ une trentaine d'espèces dont une grande partie croît dans l'Amérique septentrionale ou le midi de l'Europe. Les Frênes sont de grands et beaux Arbres, d'un aspect agréable, ayant en général de grandes feuilles imparipinnées; une seule espèce présente des feuilles simples, opposées, sans stipules; leurs fleurs sont généralement petites et polygames, quelquefois hermaphrodites, tantôt munies d'un très-petit calice formé de quatre sépales et d'une corolle à quatre pétales allongés et étroits, semblables à ceux des Chionanthus, tantôt et plus souvent entièrement nues, c'est-à-dire sans calice ni corolle. Les étamines sont au nombre de deux; leur filet est tantôt court et tantôt plus ou moins long. L'ovaire est allongé, comprimé, à une seule loge contenant un seul ovule dressé; le style est court, surmonté d'un stigmate bifide. Le fruit est une samare linguiforme allongée, très-mince, terminée supérieurement par un appendice membraneux plus ou moins long, contenant une graine dressée, tantôt plane, tantôt cylindrique, présentant sur l'un de ses côtés un raphé ou vasiducte saillant sous la forme d'un petit cordon mince qui s'étend jusqu'au sommet de la graine, et qui, lorsque celle-ci s'est détachée de sa base, semble être un podosperme. La graine contient, au centre d'uu endosperme charnu, un embryon droit et dressé, dont la radicule, tournée vers le hile, est longue et cylindrique.

Quelques auteurs ont voulu séparer du genre Frêne, l'Ornus des anciens ou Fraxinus Ornus, L., à cause de ses fleurs munies d'un calice et d'une corolle, pour en former un

[page] 41

genre distinct sous le nom d'Ornus. Mais ce caractère nous paraît trop peu important pour autoriser cette séparation; car dans l'Ornus, l'ovaire et le fruit offrent absolument la même structure que dans les autres Frênes. Nous allons faire ici l'histoire abrégée de quelques-unes des espèces les plus intéressantes.

FRêNE COMMUN, Fraxinus exccl-sior, L., Lamk., Ill. tab. 858, fig. I. C'est un des plus grands et des plus beaux Arbres de nos forêts. Son tronc droit et cylindrique s'élève souvent à une hauleur considérable, et se termine par une têle touffue, mais peu étendue. Ses rameaux sont lisses; ses feuilles opposés, imparipinnées, d'un beau vert, ordinairement composées de onze folioles presque ses-siles, ovales, allongées, aiguës, profondément dentées en scie. Les fleurs sont nues, polygames, naissant en panicules rameuses à la partie supérieure des rameaux de l'année précédente. Elles s'épanouissent avant les feuilles. Les fruits sont très-allongés, étroits, terminés par une aile membraneuse. Leur graine est plane. Le Frêne se plaît surtout dans les terres légères et humides. Celles qui contiennent beaucoup de Craie ou d'Argile ne lui conviennent pas. Son bois qui est blanc, veiné longitudinalement et très-pliant, est fort employé pour différens usages. On s'en sert dans le charronnage pour faire des brancards de voiture, et toutes les pièces qui demandent du ressort et de la courbure. Les tourneurs s'en servent pour faire des chaises, des manches d'outils et différens autres ouvrages. On le débite aussi quelquefois en planches, ou on en fait des cercles quand il est encore jeune. Il se développe souvent sur les gros troncs de Frêne des excroissances osseuses ou exostoses connues sous le nom vulgaire de Bronzin. Elles sont extrêmement recherchées pour les ouvrages d'ébénisterie. Les feuilles et l'écorce du Frêne ont une saveur âcre et amère. Sa première écorce contient un principe colorant employé pour donner aux laines une couleur bleue. Dans quelques pays, on l'emploie au tannage des cuirs. Le Frêne se multiplie généralement de graines que l'on sème en automne au commencement de l'hiver, dans un terrain bien préparé et un peu ombragé s'il se peut. Les jeunes plants peuvent être repiqués dès l'automne suivant; mais assez généralemeut on ne les lève qu'au bout de deux ans, soit pour les mettre en place, soit pour en faire des pépinières. On doit à Bosc un travail fort important sur les différentes espèces de bois de Frêne, dont nous donnerons l'extrait suivant.

1. Le FRêNE DORÉ. Son écorce est d'un jaune très-vif. La connaissance en est due à Ant. Richard. Il fait un très-bel effet dans les jardins paysagers, surtout pendant l'hiver.

2. Le FRêNE A BOIS JASPÉ. L'écorce de ses jeunes branches est rayée de jaune. Il semble être en quelque sorte le passage de la variété précédente au type primitif.

3. Le FRêNE HORIZONTAL. Ses branches sont étalées horizontalement.

4. Le FRêNE PARASOL. Cette variété fait un effet très-pittoresque par ses branches souples et pendantes comme celles du Saule pleureur, lorsque les individus sont forts et ont été bien dirigés. Elles forment alors un vaste dôme de verdure, et lorsqu'on les a soutenues par-dessous; on fait souvent, avec un seul pied, un très-joli berceau.

Les deux variétés précédentes ont quelquefois le bois d'un jaune doré.

5. Le FRêNE A FEUILLES DÉCHIRÉES a ses folioles profondes et irrégulièrement incisées.

6. Le FRêNE A FEUILLES PANACHÉES DE BLANC. Cette variété fait bon effet dans les grands massifs.

7. Le FRêNE GRAVELEUX, dont l'écorce est épaissa, rugueuse et tubéreuse.

Toutes ces variétés se multiplient par le moyen de la greffe sur le Frêne commun.

[page] 42

Le FRêNE A FLEURS, Fraxinus Ornus, L. On pense que cette espèce est le véritable Fraxinus des anciens. C'est un Arbre de moyenne grandeur, ayant absolument le même feuillage que le Frêne commun, mais en différant beaucoup par ses fleurs munies de quatre longs pétales linéaires et blancs. Ses fruits sont plus étroits, cylindriques dans leur partie inférieure. Il croît dans les régions méridionales de l'Europe, et particulièrement en Calabre. C'est l'une des espèces d'où suinte la Manne.

Le FRêNE A FEUILLES RONDES, Fraxinus rotundifolia, Lamk. C'est particulièrement cette espèce qui fournit la Manne. Ses feuilles se composent de cinq folioles presaue ronaes, aiguës au sommet, doublement dentées en scie sur le contour. Ses fleurs sont, comme celles de l'espèce précédente, munies d'un calice et d'une corolle. Il croît naturellement en Calabre et sur les côtes de l'Afrique méditerranéenne. La Manne est le suc propre ou la sève élaborée de cet Arbre, qui s'en écoule 9 soit spontanément par les seuls effets de la végétation, soit par des incisions que l'on pratique à son écorce. On en distingue daus le commerce quatre espèces différentes; savoir: la Maune en larmes, qui est la plus pure; la Manne en canons, qui est également très-estimée, la Manne en sorte, et la Manne grasse, qui est la moins pure, mais la plus active. V. MANNE.

On cultive encore dans les jardins diverses autres espèces, presque toutes originaires de l'Amérique septentrionale; tels sont: le FRêNE A FEUILLES SIMPLES, Fraxinus simplicifolia, Willd; le FRêNE A GRANDS FRUITS, Frax.platycarpos, Michx.; le FRêNE ROUGE, Frax. tomentosa, Michx.; le FRêNE BLANC, Frax. Americana, Willd.; etc. (A.R.)

On a donné improprement le nom de FRêNE ÉRINEUX au Zantoxyle, V. ce mot, et quelquefois simplement celui de FRêNE à l'Ekebergie du cap de Bonne-Espérance. (B.)

FRENEROTEL. OIS. Syn. vulgaire du Pouillot. V.SYLVIE. (DR..Z.)

FRESACO, FRESAIE, FRE-SAYE ET FREZAIE. OIS. Syn. vulgaires d'Effraie. V. CHOUETTE. (DR..Z.)

FRESILLON OU FRETILLON. BOT. PHAN. Le Troëne dans quelques cantons de la France. (B.)

FRESNEAU. OIS. Syn. vulgaire et ancien de l'Orfraie. V. AIGLE.(DR..Z.)

* FRESSAN. BOT. PHAN. Variété de Fraisier. V. ce mot. (B.)

FRETILLET. OIS. Syn. vulgaire de Pouillot. V. SYLVIE. (DR..Z.)

FREUX. OIS. Espèce du genre Corbeau. V. ce mot. (DR..Z.)

FREYERA. BOT. PHAN. Nom donné par Scopoli au genre Mayepea d'Aubiet. V. ce mot et CHIONANTHE. (G..N.)

FREZIÈRE. Freziera. BOT. PHAN. Genre de la famille des TernstrÆ-miacées, établi par Swartz qui l'avait d'abord nommé Eroteum dans son Prodrome. Le calice, accompagné de deux bractées, est composé de cinq sépales imbriqués, arrondis, persistans. Ils alternent avec autant de pétales presque égaux entre eux. Les étamines, très-nombreuses, ont leurs filets le plus ordinairement libres et insérés au réceptacle, très-rarement adnés à la base des pétales. L'ovaire libre, sessile, terminé par un style court et par un stigmate à trois ou plus rarement à quatre ou cinq lobes, présente des loges en nombre égal, contenant chacune des graines, le plus souvent fort nombreuses, fixées a un placenta qui s'attache le long de l'axe central. Le fruit, qu'acumine le style persistant, est de forme sphéroïde et de consistance sèche; il a le même nombre de loges que l'ovaire, et elles contiennent de même tantôt beaucoup, tantôt et plus rarement peu de graines. La graine, dépourvue d'aile

[page] 43

le, renferme sous une enveloppe tentacée, un périsperme charnu, logeant un embryon légèrement recourbé. Ce genre se compose d'Arbres à feuilles alternes, pétiolées, simples, dentées, coriaces, dépourvues de stipules. Leurs fleurs blanches naissent des aisselles au nombre d'une à cinq, portées sur des pédoncules accompagnés à leur base par des bractées. Aux deux espèces américaines que Swartz avait fait connaître, Bonpland, dans l'Histoire de ses Plantes équinoxiales (tab. 5-9), en à ajouté cinq toutes originaires du Pérou, et c'est d'après elles que Kunth à complété les caractères de ce genre tels que nous venons de les tracer. (A. D. J.)

* FRIAND où FRIOND. OIS. Syn. vulgaire du Gros - Bec Linote. V. GROS-BEC. (DR..Z.)

FRIDYTUTAH. OIS. Nom de pays de la Perruche à tète rose. V. PERROQUET. (DR..Z.)

* FRIESIE. Friesia. BOT. PHAN. De Candolle, dans son Prodrome, fait de l'Elæocarpus peduncularis de Labillardière un genre nouveau qu'il nomme ainsi, et caractérise de la manière suivante: calice quadriparti; quatre pétales terminés par trois lobes; douze étamines oblongues, cordiformes, s'ouvrant au sommet; une baie sèche. soutenue sur un court support, indéhiscente, marquée de deux à quatre sillons et contenant autant de loges dispermes. L'unique espèce de ce genre est originaire du cap de Van Diémen; ses feuilles opposées sont lancéolées et dentées, et de leurs aisselles partent des pédoncules uniflores légèrement penchés en dehors. Elle est figurée (tab. 155 des Plantes de la Nouvelle-Hollande) par Labillardière. On à pu voir que c'est par le nombre des parties de la fleur et par la nature de son fruit que ce genre differe de l'Elæocarpus, et il est à peine besoin d'ajouter qu'il fait partie de la famille des Elæocarpées. Sprengel avait établi sous ce même nom de Friesia, un genre d'Euphorbiacées; c'est le Crotonopsis de Michaux, qui, comme antérieur, à dû être conservé. (A. D. J.)

FRIG ANE. Phryganea. INS. On désigne sous ce nom un genre de l'oi-dre des Névroptères, que la plupart des entomologistes écrivent Frigane, d'après la traduction qu'a donnée Geoffroy du mot Phryganea de Linné. Ce nom latin, dérivé du grec, doit être écrit en français Phrygane, et l'usage n'a pas tellement prévalu qu'on ne puisse lui substituer son orthographe véritable. Déjà Duméril à relevé cette faute grammaticale, et nous croyons qu'un dictionnaire d'histoire naturelle doit, avant tout, signaler et rectifier les erreurs introduites dans le langage de la science. Nous traiterons par conséquent ce genre curieux au mot PHRYGANE. (AUD.)

FRIGANIDES (Lamarck) et FRIGANITES (Latreille.) INS. V. PHRYGANITES.

* FRI-GANTI. OIS. Syn. javanais de Soui-Manga distingué. V. SOUI-MANGA. (DR..Z.)

FRIGOULE. BOT. Ce nom se donne également dans quelques cantons de la France méridionale au Thym et à l'Agaric social. (B.)

FRILLEUSE. OIS. Syn. vulgaire du Rouge-Gorge. V. SYLVIE. (DR..Z.)

FRINGILLA. OIS. Ce nom qui, chez les Latins, était celui du Pinson, à été appliqué par quelques naturalistes au genre entier Gros-Bec (V. ce mot), et des ornithologistes français l'ont traduit par le mot FRINGILLE. (B.)

FRINGILLAGO. OIS. (Gesner.) Syn. de Charbonnière. V. MÉSANGE. (DR..Z.)

* FRINGILLAIRE. OIS. Espèce du genre Faucon. V. ce mot. (B.)

FRIPIER. Phorrus. MOLL. Montfort à fait avec les Trochus agglutinansConchiliophorus des auteurs un genre séparé des Trochus par la

[page] 44

propriété qu'ont ces Animaux de fixer sur leur test les corps étrangers qui les environnent. Tantôt ce sont des fragmens de Coquilles, tantôt des cailloux plus où moins volumineux, et quelquefois l'un et l'autre en même temps; mais cette propriété, quelque singulière qu'elle paraisse, ne suffit pas pour faire de ces Coquilles un genre séparé. V. TROQUE. (D..H.)

FRIPIÈRE. MOLL. Nom donné vulgairement par les marchands au Trochus agglutinans. V. TROQUE. (D..H.)

FRIQUET. OIS. Espèce du genre Gros-Bec. V. ce mot. (DR..Z.)

* FRISEURS D'EAU, OIS. Nom donné par quelques voyageurs à diverses espèces de Pétrels des mers australes. (DR..Z.)

FRITILLAIRE, Fritillaria. BOT. PHAN. Ce genre, qui fait partie de la famille des Liliacées, et ae l'Hexandrie Monogynie, L., se compose d'environ une vingtaine d'espèces, dont un assez grand nombre sont originaires des diverses contrées de l'Europe, et les autres de l'Asie. Ce sont en général des Plantes munies d'un bulbe solide, charnu, d'où s'élève une tige simple et cylindrique, portant des feuilles alternes et quelquefois verticillées. Les fleurs sont généralement grandes, toujours renversées, tantôt solitaires, tantôt diversement groupées à la partie supérieure de la tige où elles sont quelquefois surmontées d'une touffe où couronne de feuilles terminales. Le calice est régulier et en forme de cloche, formé de six sépales distincts, offrant à leur face interne et près de leur base, une fossette glanduleuse et nectarifère. Les étamines sont au nombre de six, dressées; les anthères sont allongées et introrscs; l'ovaire est libre, ovo�de, allongé, à trois loges polyspermes. Le style est simple, terminé par trois stigmates allongés, obtus et divergens. Le fruit est une capsule à trois où à six angles plus où moins saillans, à trois loges contenant un grand nombre de graines comprimées, disposées sur deux rangées longitudinales. Nous distinguerons, dans ce genre, les espèces suivantes:

FRITILLAIRE MÉLÉAGRIDE, Fritillaria Meleagris, L., Red., Liliacées. Cette Plante, qui croît dans les prés humides et les pâturages des montagnes de plusieurs parties de la France, y est vulgairement connue sous les noms de Pintade, de Damier. Sa tige est haute d'environ un pied, très-simple, cylindrique, glabre, portant un petit nombre de feuilles alternes, dressées, sessiles, linéaires, canaliculées. La tige se termine par une seule fleur penchée, assez grande, campanulée, en général d'une teinte violette claire, formant des carrés trèspetits, assez semblables à ceux d'un damier, mais quelquefois presque blanche où jaune. On la cultive dans les jardins.

FRITILLAIRE DES PYRÉNÉES, Fritillaria Pyrenaica, L. Cette espèce n'est peut-être qu'une variété de la précéaente, dont elle diffère par ses feuilles inférieures, opposées, et par sa tige qui porte deux où trois feuilles. Elle croît dans les lieux montueux, en Provence, en Dauphiné et dans les Pyrénées.

FRITILLAIRE IMPÉRIALE, Fritillaria imperialis, L., Red., Liliacées. Cette espèce, la plus belle du genre, est connue et abondamment cultivée dans les jardins, sous le nom de Couronne impériale. Elle est, suivant les uns, originaire de Perse, et, suivant les autres, de Thrace. On dit que le premier pied qui fut cultivé en Europe avait été apporté de Constantinople à Vienne, où L'Ecluse la cultiva en 1570. Depuis fort long-temps elle est extrêmement commune dans les parterres. Son bulbe est épais, charnu, à peu près de la grosseur du poing; il contient un suc âcre, qui, d'après les expériences du professeur Orfila, peut facilement occasioner la mort chez les Animaux. Sa tige est haute de deux

[page] 45

à trois pieds, garnie d'un grand nombre ae feuilles éparses, très-rapprochées, linéaires, lancéolées, aiguës, glabres. Ses fleuis, qui sont très-grandes et d'une belle couleur rouge safranée, sont renversées, verticillées, el forment à la partie supérieure de la tige une couronne surmontée d'une touffe de feuilles. Malheureusement, ces fleurs exhalent une odeur désagréable; en sorte qu'on ne peut les transporter dans l'intérieur des appartemens. On la cultive en pleine terre; elle y fleurit dès les approches du printemps.

FRITILLAIRE DE PERSE, Fritillaria Persica, L., Spec., Red., Liliacées. Comme toutes les autres espèces, sa racine est un bulbe arrondi donnant naissance à une tige droite, haute d'un pied et demi à deux pieds; ses feuilles sont nombreuses, linéaires, lancéolées, d'un vert glauque et bleuâtre; ses fleurs, d'un violet obscur, forment une longue grappe pyramidale. Elles sont assez petites comparativement aux autres espèces, et presque globuleuses. Elle est originaire de Perse. On la cultive également dans les parterres, mais moins abondamment que la précédente. (A.R.)

* FRITTE, MIN. Nom donné aux produits d'une vitrification imparfaite, soit naturelle, soit artificielle. (DR..Z.)

FROELICHIE. Frælichia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacécs, établi par Vahl qui changea luimême en ce nom celui de Billardiera qu'il lui avait d'abord donné. Il présente un calice à quatre dents, une corolle plus longue, tubuleuse et dont le limbe se partage en quatre lobes étalés, épaissis à leur extrémité; quatre antheres presque sessiles, et faisant à peine saillie hors du tube; une baie sèche, ovoïde, légèrement comprimée, ombiliquée à son sommet après la chute des dents du calice, renfermant une graine unique, de même forme, arillée où coriace; l'embryon à radicule courte et infère est situé au centre d'un périsperme charnu trois fois plus volumineux que lui. Ce genre voisin, peut-être même congénère du Tetramerium (V. ce mot), ne renferme qu'une espèce. C'est le F. paniculata, Arbrisseau découvert dans l'île de la Trinité, dont les pédoncules terminaux se divisent en deux où trois pédicelles chargés d'un assez grand nombre de fleurs. Il est figuré tab. 10 des Eclog. de Vahl. (A.D.J.)

FROID. Nom donné à la sensation que l'on éprouve par l'abaissement de la température. Lorsque nous touchons un corps dont la température n'est point aussi élevée que celle de nos organes, le transport du calorique où de la chaleur qui tend toujours à se mettre eu équilibre occasione une sensation de Froid, et cette sensation paraît d'autant plus grande que le corps touché est plus dense. V. MÉTÉORE. (DR..S.)

FROMAGEON. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de la Mauve dont on compare, pour la forme, les fruits à de petits fromages. (B.)

FROMAGER. Bombax. BOT. PHAN. Genre placé d'abord dans la famille des Malvacées, mais dont notre collaborateur Kunth à fait le type d'un ordre naturel nouveau sous le nom de Bombacées. Son calice est nu, campanulé, entier où à trois où cinq dents, persistant; sa corolle est formée de cinq pétales égaux, étalés, hypogynes; les étamines sont monadelphes par leur base où elles se soudent avec les pétales; les filets staminaux sont tantôt au nombre de cinq, tantôt iudéfinis; dans le premier cas ils nous paraissent formés de la réunion de plusieurs filets soudés, et en effet ils sont généralement terminés par plusieurs anthères, toujours uniloculaires; l'ovaire est libre, à cinq angles et à cinq loges, contenant plusieurs ovules attachés à l'angle interne de la loge où ils pendent, et formant deux rangées longitudinales; le style est simple, terminé

[page] 46

par un stigmate à cinq dents ou à cinq lobes; le fruit est une capsule oblongue, ovoïde ou presque cylindrique, quelquefois globuleuse, à cinq loges polyspermes, s'ouvrant en cinq valves presque ligneuses; les graines sont recouvertes d'une bourre soyeuse, comme dans les espèces de Cotonnier; l'embryon est dépourvu d'endosperme; il a scs cotylédons chiffonnés. Les espèces de ce genre, au nombre d'environ une dixaine, sont des Aabres quelquefois armés d'aiguillons; leurs feuilles sont grandes, pétiolées et digitées; les stipules caduques; les fleurs réunies en faisceaux à l'aisselle des feuilles ou formant des grappes terminales. Gaertner a tenté de séparer de ce genre les espèces dont les filets staminaux sont fort nombreux, pour rétablir le genre Ceiba de Plumier; mais ce changement n'a pas été adopté. Plus récemment Kunth (in Humboldt Nov. Gen. e! Spec., v, p. 297) en a séparé le Bombax Gossy-piurn, L., qui forme non-seulement un nouveau geure qu'il nomme Cochlospermum, mais ce genre va se placer dans la famille des Ternstrœmiacées. V. COCHLOSPERMUM au supplément.

Parmi les espèces de ce genre, dont au moius les trois quarts sont originaires de l'Amérique méridionale, nous ne citerons que la suivante: Bombax pentandrum, L., Sp.; Cavan., Diss. 5, p. 293, t. 151. C'est un trèsgrand Arbre qui croît également dans les deux Indes. Son bois est tendre, léger et cassant; son écorce est souvent garnie de gros tubercules épineux; ses feuilles sont pétiolées, digitées, composées de sept à neuf folioles lancéolées, entières ou dentées en scie; les fleurs sont réunies en faisceaux à l'aisselle des feuilles; elles sont blanches et grandes; les filets des étamines sont au nombre de cinq ou plutôt forment cinq faisceaux portant chacun plusieurs anthères à leur sommet; le fruit est une capsule longue d'environ six pouces, rétrécie vers sa base ct contenant des graines pisiformes allongées, enveloppées d'une bourre soyeuse. On se sert de cette bourre, qui est d'une grande douceur, pour faire des coussins et des orcillers qui sont d'une grande souplesse et très-élastiques. Malheureusement elle est trop courte pour pouvoir être filée.

Les autres espèces remarquables de ce genre sont: Bombax Erianthos, Cav., Diss., t. 152, f. 1; Bømbax heptaphyllum, id.; Bombax Ceiba, id., t. 152, f. 2; Bombax globosum, Aublet, Guian.; Cav., t. 155, etc. (A.R.)

FROMENT. Triticum. BOT. PHAN. L'un des genres les plus intéressans de tout le règne végétal, puisque les fruits de quelques-unes de ses espèces sont la principale nourriture de l'Homme dans presque la moitié du globe. Les Fromens out leurs fleurs disposées en épis simples, très-rarement rameux par suite ae la culture. Leur axe ou rachis est articulé et denté, à dents alternes portant chacune un seul épillet sessile; chaque épillet contient de trois à six fleurs, dont les deux ou trois plus supérieures sont avortées et rudimentaires; la lépicène est à deux valves naviculaircs plus ou moins bombées, égales entre elles, à peu près de la même longueur que les glumes, légèrement mucronées à leur sommet; chaque glume est composée de deux paillettes inégales; l'extérieure plus grande, convexe, est légèrement échan-crée à son sommet et terminée soit par une petite pointe recourbée en dedans, soit par une longue arête roide, droite et très-rude; l'interne est plane ou même légèrement concave, embrassée en partie par l'externe, toujours entière et mutique; les étamines sont au nombre de trois; la glumelle composée de deux paléoles plus courtes que l'ovaire, placées sur le côté opposé à son sillon, et généralement ciliées dans leur contour; l'ovaire est comme trapézoïde, velu dans sa partie supérieure, portant deux stigmates plumeux et gêné-

[page] 47

ralement sessile; le fruit est ovoïde, quelquefois allongé, barbu vers sou sommet, marqué sur l'une de ses faces d'un sillon longitudinal plus ou moins profond, tantôt enveloppé dans la glume et tantôt nu. Les espèces de ce genre sont assez nombreuses; ce sont en général des Graminées annuelles, quelquefois vivaces ct rampantes; leur chaume est simple, noueux, fistuleux ou plein; leurs feuilles rubahées, aiguës et engaînautes.

Gaertner a séparé du genre Triti-cum un assez grand nombre d'espèces qui en différent par leurs épillets plus allongés, les valves de la lépicènc entières et non mucrocées au sommet, par la paillette inférieure souvent bifide et terminée par une soie plus ou moins longue, et enfin par leur fruit glabre. Ce genre, qu'il a nommé Agropyrum, a été adopté, par Palisot de Beauvois et par Trinius, dans leur Agrostographie. Le premier a de plus proposé de faire encore un autre genre nouvcau pour quelques autres Triticum qu'il a réunis à des Bromus et à aes Festuca sous le nom de Brachypodium, mais ce genre ne diffère réellement pas des Festuca, et n'a point été adopté. Le genre Froment à beaucoup de rapports avec les Ægylops, les Ivraies, les Seigles et les Orges. Il diffère des premiers par sa glume dont Ja paillette externe porte une seule arête, tandis qu'elle en porte au moins trois dans les ægylops; du second par la position de ses épillets relativement à l'axe, les bords des valves correspondant au rachis dans les Fromens, tandis aue dans les Ivraies ce sont les faces des valves qui sont tournées vers l'axe; des Seigles par ses épillets composés d'au moins trois fleurs, taudis qu'on n'en compte jamais que deux dans les Seigles; enfin des Orges par ses épillets multiflores et solitaires à chaque dent de l'axe, tandis que, dans ces derniers, les épillets sont uniflores, et réunis trois par trois à chaque dent du rachis.

§ 1. Des espèces de Froment cultivées.

C'est au célèbre agronome Tessier, membre de l'Académie des Sciences, que l'on doit le premier travail important sur les différentes variétés de Blé, que l'on cultive non-seulement en France et en Europe, mais dans toutes les autres contrées du globe où la culture de cette précieuse Céréale a été introduite. Ce travail a été depuis cette époque le seul qui ait servi de guide à tous les agronomes ou botanistes qui ont eu à s'occuper du Froment. Malheureusement on peut faire un reproche très-fondé à la classification des Blés de Tcssicr, c'est qu'il n'a fait aucun cas des caractères botaniques, et qu'il n'a pas cherché à rapporter aux diverses espèces décrites par les naturalistes les variétés obtenues par la culture. Il résulte de-là qu'il semblerait que cet auteur a considéré les diverses sortes de Froment, cultivées en France, par exemple, comme provenant d'une seule et même espèce; ce qui u'est pas. Quelques botanistes ont depuis cherché à éclaircir ce point important de l'histoire naturelle du Froment, en essayant de démêler au milieu des différences nées d'une longue culture, les traits caractéristiques du type propre à chaque espèce. Nous citerons surtout avec éloge, parmi ces travaux, celui que Seringe de Berne a publié dans le premier "volume de ses Mélanges botaniques. C'est lui que nous suivrons dans le tableau que nous allons tracer des variétés principales de Froment qui se cultivent en France.

Les différences entre ces variétés nombreuses sont principalement tirées de la présence ou de l'absence de l'arêie, de valves glabres ou velues, de leur couleur jaune, blanchâtre ou brunâtre. On peut établir, parmi les espèces de Froment cultivées, deux sections bien naturelles: la première, celle des FROMENS proprement dits, renferme les especes dont les fruits tombent

[page] 48

nus sous le fléau, c'est-à-dire entièrement dépourvus des écailles florales. Ces fruits sont ovoïdes ou ellipsoïdes, marqués d'un sillon très-profond. La seconde section, à laquelle on donne le nom d'EPEAUTRES, comprend celles dont les fruits tombent enveloppés par les valves de la glume qui les embrasse étroitement (le raches se rompant à chacune des articulations). Ces fruits sont en général triangulaires, et leur sillon est peu profond. A la première section appartiennent quatre espèces, savoir: Triticum sativum, T. turgidum, T. durum, et T. polonicum. Dans la seconde on en compte également quatre qui sont: Triticum Spelta, T. angleum, T. monococcum, et T. venulosum.

Ire Section. FROMENS.

FROMENT ORDINAIRE, Triticum sativum, L. Nous croyons inutile de donner une description détaillée de cette espèce, d'autant plus que, pour être complète et pouvoir s'appliquer à toutes les variétés, cette description serait nécessairement très-longue et fort obscure. Linné avait distingué deux espèces dans le Blé ordinaire: l'une qu'il nommait Triticum æstivum, avait ses épis munies de barbes; l'autre, Triticum hybernum, avait ses épis mutiques. Mais on sait aujourd hui combien est faible la valeur du caractère tiré de la présence ou de l'absence de l'arête qui suffit tout au plus pour établir des variétés; car on peut assez souvent remarquer sur un même epi des épillets munis de barbes, avec d'autres qui en sont dépourvus. Quant à la durée relative de ces deux espèces de Linné, dont l'une vit environ six mois plus que l'autre, elle ne saurait être employée comme caractère spécifique. En effet, l'expérience a démontré que, transportés dans d'autres climats, des Blés de mars étaient devenus Blés d'hiver, et vice versâ. Aussi la plupart des botanistes considèrent-ils les Triticum hybernum et æstivum de Linné comme une seule et même espèce.

On ne sait pas encore bien positivement quelle fut la véritable patrie du Froment. Sa culture s'est répandue dans tant de contrées diverses, il a été transporté par l'Homme à travers tant de pays, qu'il est difficile de savoir quel est celui qui lui a servi de berceau et de point de départ. Les anciens le cherchaient dans la vallée d'Enna en Sicile où prirent naissance les fables de Cérès et de Triptolème, quiparaissenty êtreallusionnaires. On a vu dans notre article ÆGLLOPS les expériences faites par le professeur Latapie et recueillies par Bory de Saint-Vincent. Cependant on pense généralement que le Blé est originaire de l'intérieur de la Perse. Cette opinion paraît d'autant plus fondée, que deux voyageurs francais, Olivier et Michaux, qui, à deux époques différentes, ont visité le pays, y ont trouvé le Froment à l'état sauvage dans des lieux tellement reculés et si loin de l'habitation ou du passage habituel des Hommes, qu'il était impossible de le considérer comme provenant de graines domestiques. Quoi qu'il en soit de son origine première, le Froment est aujourd'hui cultivé plus ou moins aboudamment dans presque toutes les contrées civilisées du globe. Beaucoup de philosophes même attribuent les progrès de la civilisation à l'introduction et à la culture de cette Céréale. En effet, tant que les peuples trouvent dans les fruits de la terre de quoi satisfaire leurs besoins, leur intelligence reste engourdie, et les arts demeurent dans l'enfance; mais dès que les fruits sauvages ne suffisent plus à l'Homme, ses facultés intellectuelles se développent pour trouver les moyens de satisfaire ses besoins, et dès-lors on voit les arts se créer en quelque sorte et se perfectionner rapidement.

Les caractères communs à toutes les variétés de cette espèce sont: un épi dressé, presque carré, composé d'épillets courts; les balles sont renflées, comprimées dans leur partie supérieure; les fruits sont ovoïdes, obtus et opaques.

[page] 49

† Epillets aristés. (Triticum æstivum, L.)

α. Epi lâche; épillets barbus; balles blanches et glabres.

On connaît celte variété sous les noms de Froment commun barbu, blanc et glabre; de Blé grison, de Touzelle blanche, barbue, etc. C'est la variété n° 9 de la Classification de Tessier. Elle se cultive dans presque toutes les parlies de la France.

β. Epi lâche; épillets barbus; bolles blanches et velues. Elle n'est, selon Tessier, qu'une sous-variété de la précédente.

γ. Epi lâche; épillets barbus; balles rousses et glabres. Elle porte les noms de Touzelle rouge, barbue, Saisette de Tarascon. On la cultive surtout dans le midi de la France.

δ. Epi lâche; épillets barbus; balles rousses et velues. Souvent mélangée avec la précédente.

υ. Epi compacte, serré; épillets barbus; balles blanches et glabres.

Cette variété, ainsi que la suivante, constituent le Triticum compactum de Host.

†† Epillets mutiques (Triticum hybernum, L.)

α. Epi compacte, serré; épillets mutiques; balles rousses et glabres. Elle appartient aussi, ainsi que nous l'avons dit, au Triticum compactum de Host. On la désigne sous les noms de Froment commun à épi compacte, Froment d'Alsace, sans barbes, à épi court.

β. Epi lâche; épillets mutiques; balles blanches et glabres. Cette variété, dont le grain est jaune, est une de celles que l'on cultive le plus abondamment en France dans les endroits où la terre n'est pas compacte, et où elle a peu de fond. On la sème abondamment aux environs de Montpellier. Elle porte le nom de Touzelle blanche sans barbes. Elle est d'automne.

γ. Epi lâche; épillets mutiques; balles blanches et veloutées. On la nomme aussi Blé de Bohême. Elle est très-abondamment cultivée.

β. Epi lâche; épillets mutiques; balles rousses et glabres. Elle correspond au n° 8 de Tessier et porte généralement le nom de Blé de Lammas. Ce Froment nous est venu d'Angleterre et se cultive particulièrement dans le département du Calvados où il est connu sous les noms de Blé rouge et Blé anglais.

υ. Epi lâche; épillets mutiques; balles rousses et veloutées. Elle est souvent mélangée avec les autres variétés.

FROMENT RENFLÉ, Triticum turgidum, L. Lamarck et quelques autres botanistes, à son exempte, réunissent cette espèce avec la précédente. Il est vrai qu'elle en diffère fort peu. Ses principales différences consistent dans ses épis généralement plus courts et plus carrés, ordinairement penchés, par ses épillets également plus courts, et portant ordinairement trois ou quatre grains qui prviennent à leur maturité; les balles sont ventrues, courtes, terminées par une pointe ou mucrone large; la carène est comprimée dans toute sa longueur; les fruits sont ovoïdes, renflés et opaques. Toutes ses variétés sont connues sous le nom vulgaire de Pétanielles. Elles sont toutes munies d'arête, à l'exception d'une seule. Voici les principales:

α. Epi barbu, blanc et velouté. C'est la Pétanielle blanche des agronomes. On lui donne encore les noms de Froment blanc, de Moulin blanc, etc. On la cultive en grand dans plusieurs cantons.

β. Epi barbu, roux et velouté. Celte variété, qu'on nomme Pétanielle rousse, est en quelque sorte celle qui a servi de type à Linné pour établir son Triticum turgidum. Elle réussit très-bien dans les terres fortes et très-fumées, où elle produit de gros grains et en grande quantité. Elle préfère généralement une exposition un peu chaude. Son chaume est plein. On l'appelle aussi Blé de Sicile.

γ. Epi barbu, roux et glabre. C'est la Pétanielle rouge ou Blé rouge de

TOME VII. 4

[page] 50

Montpellier. Elle est souvent mêlée avec la précédente.

β. Epi barbu, très-dense; balles noires et velues. On le conuaîl sous le nom de gros Blé noir. On le cultive rarement seul.

υ. Epi barbu, lâche; balles noires et velues. Celte variété, connue sous les noms de Pétanielle noire, de Froment gris de souris, est assez variable; elle est quelquefois d'un gris assez clair, d'autres fois presque noire.

ζ. Epi mutique; balles velues. On la désigne généralement sous le nom de gros Blé sans barbe.

η. Epi rameux; balles velues. Cette belle variété, que l'on connaît sous les noms de Blé de miracle, Bié d'abondance, est pour un grand nombre d'auteurs une espèce distincte, qu'ils nomment Triticum compositum avec Linné fils. Mais elle nous paraît rentrer très-bien dans le T. turgidum. En effet, ses épis sont quelquefois parfaitement simples; et dès-lors son caractère distinctif disparaît. La qualité de son grain, ainsi que le remarque Villars, dans son Histoire des Plantes du Dauphiué, est tendre, délicate, et le rend propre à certaines préparations de pâtisserie, la pâte en étant plus blanche, plus fine, et moins susceptible de fermenter. La culture de cette variété pourrait paraître au premier abord plus productive qu'aucune autre, à cause de la grosseur de son épi qui est rameux. Mais ces avantages sont en grande partie annulés, par la difficulté avec laquelle cette variété mûrit dans nos climats, par le grand nombre de grains qui coulent, et par sa prompte dégénération. En effet, au bout de quelques années, si l'on s'est toujours servi des mêmes semences, l'épi finit par redevenir simple. Aussi ne la cultive-t-on guère que comme un objet de curiosité, du moins en France.

FROMENT DUR, Triticum durum, Desf., Fl. Atl. 1, p. 114. Cette belle espèce, rapportée de Barbarie par le professeur Desfontaines et distinguée par lui du Triticum turgidum, a ses chaumes pleins; son épi carré, incliné; ses balles allongées, terminées par une large pointe ou mucrone; sa carène proéminente, sa glume finissant en une longue arête; ses fruits sont ellipsoïdes, renflés, durs et demi-transparens. Cette espèce a été depuis décrite et figurée par Host (Gram. Austr. 4, t. 5) sous le nom de Triticum hordeiforme.

α. Epi longuement aristé; balles velues. On lui doune le nom de Froment dur, Blé corné et barbu, Froment de Barbarie.

β. Epi aristé; balles rvussâtres et glabres. C'est surtout cette variété qui correspond au Trit. hordeiforme de Host. Comme elle ne donne que peu de farine, et d'une couleur brune, sa culture doit être abandonnée.

γ. Epi aristé; balles glabres et panachées de deux couleurs. Cette variété est connue en Provence sous le nom de Tangarock. Elle est probablement originaire de Barbarie. On la cultive rarement.

FROMENT DE POLOGNE, Triticum Polonicum, L., Sp. Cette belle espèce est extrêmement tranchée et très-facile à distinguer de tous les autres Froinens. Son chaume est plein, d'une teinte bleuâtre ainsi que les feuilles, presque jusqu'à la parfaite maturité; son épi est très-allongé, comprimé, un peu tétragone, à épillets distiques, alternes, et contenant quatre fleurs, dont les deux inférieures sont les seules fertiles et aristées; les valves extérieures sont membraneuses, carenées, plus longues que les fleurs qu'elles renferment, bidentées à leur sommet.

α. Epi comprimé, distique, serré, barbu; balles velues. On l'appelle Blé de Pologne à épi serré, Blé de Mogador, Blé d'Egypte, Blé de Surinam.

β. Epi lâche; balles divariquèes et presque glabres. On la cultive peu.

Les Fromens de cette première section ont sur ceux de la seconde un très-grand désavantage, celui d'être plus facilement dévastés par les Moineaux et autres Oiseaux des champs;

[page] 51

tandis que les Epeautres, au contraire, par la dureté de deux écailles qui sont immédiatement appliquées sur leur grain, résistent facilement à leurs attaques. Mais aussi ils l'emportent sur les Epeautres par la qualité de leur farine qui est en effet beaucoup plus fine et de meilleure qualité.

IIe Section. EPEAUTRES.

FROMENT EPEAUTRE, Triticum Spelta, L. Cette espèce est bien distincte par ses chaumes fistuleux, ses épis presque tétragones, inclinés à l'époque de la maturité; ses valves, tronquées au sommet, sont terminées par un mucrone obtus, prolongement de la nervure de la carène; ses fruits triquètres, allongés et pointus. La valve externe de sa glume est terminée par une longue arête très-roide, qui avorte dans quelques variétés, et alors elle présente deux petites dents. Le Triticum Zea de Host est à peine une variété de l'Epeautre commun. Cette espèce est abondamment cultivée dans quelques parties dela France, et en particulier dans les pays de montagnes, tels que les Vosges. Voici ses principales variétés:

α. Epi barbu; balles blanches et glabres. Cette variété est fort commune.

β. Epi barbu; balles blanches et veloutées., Elle est fréquemment mêlée avec la précédente.

γ. Epi barbu; balles rousses et glabres.

δ. Epi mutique; balles blanches et glabres.

υ. Epi mutique, balles rousses et glabres. On cultive particulièrement cette variété sur les basses montagnes; elle est très-robuste, mais mûrit quinze jours plus tard que la variété précédente.

ζ. Epi mutique; balles rousses et veloutées. SŌvent confondue avec la variété précédente.

η. Epi mutique; balles violacées et glabres. Cette jolie variété a aussi le chaume violet dans sa partie supérieure. Il y en a encore une autre variété qui est presque bleue; mais elle est fort rare.

FROMENT AMYLACÁ, Triticum amylecum, Sering., Céréal. Suiss., p. 124. Cette espèce, que Seringe sépare de l'Epeautre, en diffère par les caractères suivans: elle est glauque dans toutes ses parties; son chaume est plein; ses épis comprimés, dressés; ses épillets étroitement imbriqués; ses valves terminées insensiblement par un large mucrone; sa carène comprimée, très-saillante et arquée, ayant ses côtés convexes; ses fruits triquètres, allongés, pointus et renflés. Les auteurs anciens, et en particulier C. Bauhin, Roi, etc., avaient très-bien distingué cette espèce, que l'on trouve mentionnée dans leurs ouvrages sous le nom de Zea amylea, etc.

α. Epi aristé; balles blanches, glabres; mucrone recourbé. Cette variété est l'Epeautre serré de la Flore Française; c'est une Plante extrêmement précieuse, que l'on cultive également comme Céréale d'automne et de printemps. Sa farine est extrêmement blanche, et l'on en forme un amidon d'une grande blancheur. Seringe dit qu'elle réussit dans tons les terrains, depuis le plus marécageux jusqu'a u plus sec. On la désigne sous les noms de Blé amidonnier, grand Epeautre, etc.

β. Epi presque mutique; balles blanches et glabres; semences très-ren flées. Cette variété se distingue surtout par ses grains manifestement renflés; ses arêtes très-courtes, dont les inférieures sont presque constamment avortées.

γ. Epi aristé; balles blanches et veloutées.

δ. Epi aristé: balles noirâtres, velues; grains brunâtres. C'est le Triticum atratum de Host (Gram.Austr. 4, t. 8), qui ne diffère en rien du T. arnyleum. On ne la cultive que comme objet de curiosité.

υ. Epi aristé rameux; balles blanches et glabres.

FROMENT LOCULAR, Triticum monococcum, L., Sp. Cette espèce est jaunâtre; son épi est comprimé; ses épillets étroitement imbriqués, contenant une seule fleur fertile; ses

4*

[page] 52

valves sont fortement carenées, tridentées à leur sommet, un peu plus courtes que les fleurs; l'arête est longue et roide; les graines sont demi-transparentes et triquètres. On la cultive ordinairement en Blé de mars. Elle est connue sous les noms de Blé Locular, petit Epeautre, Froment monocoque, parce que des quatre fleurs qui composent chaque épillet, une seule est fertile et porte graine. On dit généralement que son grain est le plus petit du genre. Nous en avons vu néanmoins, dont la grosseur égalait celle du Froment ordinaire et de bonne qualité.

FROMENT VEINÉ, Triticum venulosum, Sering., loc. cit., p. 133. Cette espèce, originaire d'Egypte, n'est pas cultivée en France, du moins à notre connaissance. Nous croyons donc inutile de la décrire.

Les grains des Epeautres, observe Tessier, sont difficiles à séparer par le battage, ou plutôt ne se séparent pas par ce seul moyen. L'axe se brise, les épillets se détachent en entier; et il faut, pour obtenir la farine, une double opération: 1° enlever les balles; 2° moudre le grain, ce que l'on peut faire par le même moulin; il ne s'agit que d'y adapter un venticulateur, et ensuite de rapprocher les meules. Outre cette particularité qui distingue les Epeautres des autres espèces de Froment, il y en a une autre qui en forme le caractère distinctif, ainsi que nous l'avons dit précédemment, c'est qu'on ne peut enlever un seul épillet sans biiser l'axe commun de l'épi, ce qui n'à jamais lien dans les Fromens proprement dits.

Cultue du Froment.

La culture du Froment est tellement répandue et si bien connue, que nous croyons inutile d'entrer dans aucun détail à cet égard. Nous nous contenterons d'en indiquer succinctement les poiuts les plus importans. On sème le Froment à deux époques différentes de l'année, savoir à la fin de l'automne et à la fin de l'hiver, ce qui forme les Blés d'automne et les Blés de mars. Mais cette distinction est de bien peu d'importance; car on voit très-fréquemment des Fromens de mars devenir Fromens d'automne, et vice versà. Le professeur Yvart assure que le Froment d'automne, tiré du Midi, devient plutôt Froment de mars que celui de mars, venu du même pays. Le choix de la semence n'est point une chose indifférente. On doit toujours la choisir suivant la uatnre de la terre. C est à l'expérience à éclairer le cultivateur et à lui faire connaître les variétés qui conviennent le mieux à la nature de son terrain. On a dit que la seinencc dégénère et qu'il faut en changer de temps en temps, pour ne pas semer plusieurs années de suite les graines provenant d'un même terrain. Mais les expériences de Tessier ont démontré que la semence ne dégénère pas même au bout d'un grand nombre d'années lorsqu'elle est toujours placée dans le même terrain, à moins de circonstances accidentelles, qui en altèrent la nature et la qualité. Ainsi, le Blé d'un champ ou d'un canton aura pu souffrir par suite de gelée ou de pluies trop abondautes, et ses graines ne point acquérir une maturité parfaite. Dans ce cas, on conçoit que ce Blé pourra ne pas faire de bonue semence, et qu'il sera utile d'en changer. Mais hors ces cas, il n'est pas nécessaire de changer la semence. Tessier cite à cet égard des expériences faites pendant trente ans, toujours avec les mêmes graines, qui n'ont aucunement dégénéré. Lorsque l'on veut toujours avoir de bonnes semences, on fait battre imparfaitement les gerbes au mois d'octobre, et on les replace ensuite dans la grange pour les faire battre de nouveau pendant l'hiver. Par le premier battage on obtient des grains gros et bien nourris que l'on réserve pour la semence. Il se présente une autre question. Doit-on toujours se servir e Blé récolté la même année pour semence? Quelques agriculteurs pensent que cette pratique est nécessaire.

[page] 53

Mais l'expérience a encore démontré que le Blé conservé pendant trois ou quatre ans, ne perd en aucune manière sa propriété germinative, et qu'ainsi il n'est pas indispensable d'avoir toujours les semences de la même année. Néanmoins il faut remarquer que le Blé ainsi conservé étant plus sec, il faut le semer un peu plus tôt que celui de l'année, parce qu'il germe moins promptement. Lorsque la terre a été bien préparée par le nombre de labours nécessaires et par les engrais convenables, il faut alors procéder à l'ensemencement. On a d'abord et préalablement choisi et préparé la semence par le chaulage. Il est difficile d'établir d'une manière absolue la quantité de semences à répandre par arpent. Cela dépend beaucoup et de la nature du terrain et de l'époque à laquelle on fait l'ensemencement. Si on sème clair, ainsi que l'observe Tessier, dans une terre médiocre, on n'a qu'une trop faible récolte, parce que chaque grain de semence ne produit que trois ou quatre tiges, et alors on ne profite pas de tout le terrain; en semant dru, on obtient plus de tiges et plus de grains, le champ étant mieux garni. N'eût-on alors que plus de paille, on aurait du profit, et de plus les tiges étant plus rapprochées, le terrain est moins facilement desséché par le soleil. Dans une terre forte, le contraire a lieu; il faut lui donner peu de semences, parce que les souches tallant beaucoup, s'étoufferaient si elles étaient trop nombreuses. Suivant la saison, la quantité de la semence devra également varier. Ainsi on devra en répandre moins sur les pièces que l'on sème en automne que sur celles que l'on sème en mars, parce que les grains tallent bien plus facilement dans les premières que dans les dernières. En général, on répand trop de semences. Assez généralement on sème un setier de Blé, mesure de Paris, du poids d'environ deux cent quarante à deux cent cinquante livres par arpent de cent perches à vingt-deux pieds. Par un grand nombre d'expériences, Tessier a reconnu que cette quantité était beaucoup trop considérable, et qu'à mesure qu'on la diminuait, on voyait augmenter en proportion la quantité de la récolte. Voici ce qu'il dit à cet égard ( Dict. d'Agric., art. FROMENT ). Dans une pièce de terre appartenant à un fermier, nous avons pris un espace de vingt - huit perches de vingt - deux pieds carrés, d'une bonne qualité sans être de la première; elle avait été bien préparée et à la manière ordinaire; quatorze de ces perches ont été ensemencées avec vingt-huit livres de Froment, ou deux livres par perche, selon l'usage des fermiers qui sèment le plus clair; les quatorze autres perches ont été ensemencées chacune avec une livre de Froment. Cellesciont produit des tiges fortes et élevées, qui ont donné cent quarante livres de Froment, déduction faite de la semence; celles qui ont été eusemencées a vec le double de grain, n'ont produit en tout que quatre-vingt-quatorze livres ou seulement soixante-six livres en déduisant la semence, proportion qui n'a pas excédé le produit du reste de la pièce de terre et des champs environnans où les tiges étaient faibles et basses. Ces expériences, faites par plusieurs autres propriétaires, ont toujours obtenu le même résultat. D'où il suit qu'en ne semant qu'une livre de grains par perche, non-seulement on épargne moitié de la semence, ce qui est déjà une assez grande économie dans une grande exploitation mais encore on obtient constamment un produit plus considérable qu'en employant le double de semence.

Il y a, comme on sait, trois manières d'ensemencer les terres: 1° à la volée, 2° au semoir, 3° au plantoir. La première de ces méthodes, qui consiste à lancer le Blé par poignées et à lerépandresur la terre bien préparée, est preque la seule qui soit généralement employée en France, du moins dans les grandes exploitations. Un cultivateur, qui en a bien l'habitude, répand de cette manière la semence

[page] 54

avecassezde promptitude et d'égalité. Quant aux différentes espèces de semoirs, qui ont été inventés pour remplacer l'ensemencement à la volée, ce sont tous des machines trop compliquées pour être mises dans les mains des domestiques qui doivent en faire usage, et d'un prix trop élevé pour les agriculteurs peu fortunés. La troisième méthode, ou celle au plantoir, nous est venue d'Angleterre, ù la fin du siècle dernier. Un homme tient à chaque main un plantoir à deux branches avec lesquelles il fait quatre trous à environ quatre pouces de distance les uns des autres, et en suivant la trace des sillons. Pendant ce temps, une femme ou un enfant place dans chaque trou deux graines de semences, tandis qu'un autre les recouvre en hersant au moyen d'une poignée de petits branchages. Cette méthode, qui a d'abord été mise en pratique à Liancourt par le duc de La Rochefoucauld, économise une trèsgrande quantité de semence, mais elle exige beaucoup de temps. Ainsi, en quatre jours, un homme et quatre enfans peuvent ensemencer un arpent de cent perches. Cette pratique, selon la remarque de Tessier, convient au particulier possesseur de quelques champs seulement, qui, en se chargeant lui-même avec sa famille de les ensemencer, se rend indépendant du laboureur et ne laisse pas échapper le moment favorable. Il est préférable à l'ensemencement à la volée, lorsque le Blé est cher et dans les pays où les bras sont nombreux et les salaires à bon marché. Quelle que soit la méthode d'ensemencement dont on ait fait usage, il est de la plus haute importance, quand le Blé commence à pousser, de le purger de toutes les mauvaises Herbes, par des sarclages nombreux. Par ce moyen, non-seulemeut on obtieut du Blé plus pur, mais on en récolte une plus grande quantité, parce que les Plantes étrangères n'étouffent pas le grain.

Nous pourrions multiplier encore de beaucoup les observations et les préceptes sur la culture du Froment, mais de pareils détails, malgrè l'intérêt qu'ils inspirent, sortiraient trop du plan de cet ouvrage. Nous ne dirons donc rien ni de la récolte du Froment, ni de sa rentrée dans les granges, ni de son battage, etc., renvoyant, pour cet objet, aux ouvrages qui traitent ex professo de l'agriculture. Nous terminerons tout ce qui a rapport aux Fromens cultivés par quelques mots sur les belles pailles avec lesquelles on fait les chapeaux en Suisse et surtout en Italie. Les pailles d'Italie sont bien plus fines et bien plus recherchées que celles de Suisse, aussi ne les prépare-t-on pas de la même manière dans les deux pays. En Italie, c'est une variété de Froment à épi blanc, glabre et sans barbe, que l'on emploie à cette culture. On choisit pour cela des champs très-pierreux, ordinairement sur des collines, que l'on fume soigneusement avec de la fiente de Pigeon. On sème très-dru, afin que les tiges, étant serrées les unes contre les autres, s'allongent et s'étiolent. C'est principalement entre Florence et Pise que ce genre de culture est mis en usage. Quand l'épi a fleurs et que la paille est bien blanche, on la coupe ras de terre. Pour se procurer des brins d'un grand prix, on les coupe un à un, afin de pouvoir les choisir et rejeter tous ceux qui présententquelque imperfection. Pour la fabrication des chapeaux communs, on fait sécher les pailles au soleil, en ayant soin de les garantir de la pluie ou de l'humidité. Quand on veut avoir des pailles très-fines et très-blanches, on choisit les brins les plus fins, et quand ils ont été séehés au soleil, on les place dans une pièce où le jour ne pénètre pas et on les range avec soin. On y brûle dans un réchaud du Soufre en assez grande quantité pour les blanchir et leur donner du lustre et de la souplesse. Après cette première préparation, on tresse alors les pailles. Ce travail exige un soin extrême et une très-grande habitude dela part des femmes qui en sont chargées. La

[page] 55

différence entre les pailles d'Italic et celles de Suisse, c'est que dans le premier de ces pays, on emploie les brins entiers, tandis que, dans le second, on les fend dans toute leur longueur.

Pour terminer l'histoire des Fromens, il nous resterait à parler des espèces sauvages, mais nous nous contenterons de dire quelques mots du.Chien-Dent, Triticum repens, L. Cette Plante fait le désespoir du cultivateur par la rapidité avec laquelle elle se propage. Sa racine est horizontale, extrêmement longue et rampante. Ses tiges sont roides, dressées, hantes d'un pied à un pied et demi, glauques ainsi que ses feuilles; ses épis sont comprimés, composés d'épillets tantôt mutiques et tantôt aristés. Ses racines sont employées en médecine comme apéritives et diurétiques. Cette Plante fait aujourd'hui partie du genre Agropyron. V. ce mot. (A. R.)

On a quelquefois et très-improprement étendu le nom de Froment à des Plantes qui n'ont presque point de rapport avec le genre Triticum; ainsi l'on a nommé:

FROMENT BARBU, l'Hordeum Zeocritum. V. ORGE.

FROMENT DE VACHE, le Mélam-pyre des champs.

FROMENT NOIR, le Sarrasin.

FROMENT DES INDES, le Maïs, etc. (B.)

* FROMENTAIRE ou FRUMENTALITES. Lapis frumentarius. oÉOL. D'anciens oryetographes, et Scheucbzer entre autres, donnèrent ce nom à des Pierres composées de Nummulites qu'on regardait comme des grains de Blé fossile. On trouve dans Fortis la figure assez semblable à celle d'un grain d'Orge représentant de semblables Fromentaires qu'on rencontre en Suisseetdans le Véronais. Certains champs de la Belgique, si riche en Fossiles, particulièrement dans les environs de Bruxelles au bois de Forêt, nous ont offert aussi des Fromentaires qui ressemellent à du Blé ou à de petits Haricots pétrifiés, mais nui ne sont pas d'origine végétale. Il est même douteux que ce soient des restes de Polypiers. Nous serions tentés d'y reconnaître des fragmens de diverses Coquilles, roulés et arrondis par le frottement, de manière a présenter la figure particulière qui leur mérita le nom imposé par les auciens oryetographes. Nos Fromentaires étaient éparses à la surface du sol, confondues avec de petites Glossopétres et des Anomies. (B.)

FROMENTAL. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de l'Avena élatior, vantée comme un excellent fourrage. (B.)

FROMENTEAU. BOT. PHAN. Du temps d'Olivier de Serre, on donnait ce nom. aux fruits des Ronces; il est employé aujourd'hui en Champagne pour désigner une excellente qualité de Raisin. (B.)

FROMENTONE. BOT. PHAN. (Cœsalpin.) Syn. de Polygonum Convolvulus, L.

FRONDE. Frons. BOT. CRYPT.

(Fougères.) On appelle ainsi en cryptogamie les feuilles qui s'élèvent de la racine ou de là tige. Tantôt la Fronde est simple et sans divisions, tautôt elle est pinnatifide, palmée, digitée, ou plus ou moins composée. Ces différences servent à établir la distinction entre les diverses espèces. Mais Bory de Saint-Vincent, possédant eu herbier des espèces indifféremment simples et rameuses, regarde ces distinctions comme fausses. Le mot de Fronde, employé aussi dans les Lichens, y a été remplacé par celui de Thallus; il est aussi d'usage en hydrophytologie. V. LICHEN, LINDSÉE et HYDROPHYTES. (A. R.)

FRONDICULINE. Frondiculina. POLYP. Genre de Polypiers que Lamarck avait établi dans son Extrait du Cours de Zoologie du Muséum d'Histoire naturelle. Dès 1810, nous l'avions proposé sous le nom d'Adeona, dénomination que Lamarck a adoptée dans son grand ouvrage aur les Animaux sans vertèbres. Il le place parmi les Polypiers à réseau, avec les Flutres, les Cellépores, les Eschares, etc. Dans notre Exposition méthodique

[page] 56

des genres des Polypiers, nous réunissons les Adéonesaux Escharées, ordre dont la composition difiere beaucoup de la section des Polypiers à réseaux. V. ADÉONES. (LAM..X.)

FRONDIFLORE. BOT. PHAN. Syn. de Phyllanthe. V. ce mot. (B.)

FRONDIPORE. Frondipora. POLYP. Bonanni a donné ce nom au Gorgonia Flabellum de Linné. D'autres naturalistes l'ont appliqué à des Madrépores fossiles, ainsi qu'à des Millépores à expansions foliiformes. (LAM..X.)

FRONT, ZOOL. Partie de la tête qui surmonte les yeux dans les Vertébrés. Chez les Oiseaux, il s'étend depuis la base de la mandibule supérieure jusqu'au sommet de la tête qui forme a son tour l'intervalle du Front à la nuque. (DR..Z.)

* FRONTAUX, ZOOL. V. CRANE. FRONTIROSTRES ou RHINOSTOMES. INS. Duméril donne ce nom (Zool. Anal.) à une famille de l'ordre des Hémiptères, qui est comprise dans celle des Géocorises de Latreille, et qui renferme les genres Pentatome, Scutellaire, Corée, Acanthie, Lygée, Gerre et Podicère. V. ces mots et GéOCORISES. (AUD.)

* FROUFROU, OIS. Nom que l'on donne, dans les colonies américaines, aux Colibris et Oiseaux-Mouches dont le vol est accompagné d'un bruit indicatif de ce nom (DR..Z.)

FRUCTIFICATION, BOT. Ensemble des phénomènes qui accompagnent la formation du fruit, ou des moyens supposés reproducteurs.C'est dans ce sens que l'on dit époque de la Fructification; les organes de la Fructification sont le péricarpe, la graine, etc. V. FRUIT. (A. R.)

FRUGILEGA ET FRUGILEGUS. OIS. Syn. de Freux. V.. CORBEAU. (DR.Z.)

FRUGIVORES, ZOOL. On donne généralement ce nom aux Animaux, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent, qui se nourrissent de fruits. En ornithologie, Vieillot donne ce nom à la septième famille des Oiseaux sylvains de sa méthode. Cette famille comprend les genres Musophages et Touraco. V. ces mots. (DR..Z.)

FRUIT. Fructus. BOT. PHAN. L'organisation du Fruit est sans contredit un des points les plus importans de la botanique descriptive et fondamentale; c'est elle qui fournit les caractères les plus fixes pour la coordination des genres en familles naturelles. Aussi n'a-t-on commencé à bien étudier cet organe que depuis l'introduction de la méthode des familles naturelles dans la botanique, et à cet égard nous devons particulièrement citer les travaux aes Jussieu, des Gaertner, des Correa de Serra, des Mirbel, des Rob. Brown et des Richard, qui ont successivement éclairé de leurs lumières ce poiut obscur de la botanique fondamentale. Mais pour que la structure du Fruit puisse être d'une grande importance dans la classification méthodique des Végétaux, il faut connaître les déviations accidentelles qu'il peut subir dans certains cas et qui altèrent plus ou moins profoudément sa véritable organisation. Le professeur Richard a émis à cet égard un principe général, riche en applications utiles, et qui nous parait un guide sûr pour reconnaître les altérations que le Fruit peut éprouver pendant sa maturité. C'est dans l'intérieur de l'ovaire, a-t-il dit, à l'époque de la fécondation, qu'il faut étudier la véritable structure intérieure du Fruit; car, plus tard, par suite d'une fécondation incompléte, on voit souvent des ovules avortés, des loges et des cloisons disparaître, au point que dans certains genres, tel cvele Chêne, par exemple, des ovaiies à plusieurs loges et à plusieurs ovules, peuvent devenir des Fruits uoiloculaires et monospermes. On conçoit, d'après cela, que pour établir les véritables affinités de ce genre, il ne faut pas autant avoir égard à l'organisation de son Fruit

[page] 57

qu'à celle de son ovaire. Ce que nous venons de dire du Chêne pourrait également s'appliquer à plusieurs familles tout entières, comme è celle des Jasminées, par exemple, où le Fruit est régulièrement sujet à des avortemens constans.

On donne le nom de Fruit à l'ovaire fécondé, et qui a pris un accroissement plus ou moins considérable. Il se compose de deux parties distinctes, savoir, le péricarpe et la graine ou les graines. Nous n'étudierons ici que le premier de ces organes, renvoyant au mot GRAINE, pour tout ce qui a rapport à cette partie importante du Fruit.

Le péricarpe est la partie extérieure du Fruit, celle qui en forme les parois; ce n'est rien autre chose que l'ovaire, et il présente, comme ce dernier, une ou plusieurs cavités nommées loges, contenant chacune une ou plusieurs graines. C'est le péricarpe qui détermine la forme du Fruit, ou, pour parler plus exactement, ce sont les graines renfermées dans son intérieur, car on voit cette forme varier quand un certain nombre de graines avortent. Sur un des points de la surface externe du péricarpe, généralement à sa partie supérieure, on aperçoit une petite pointe ou une petite cicatrice, qui indique le lieu où le style était placé. Quelquefois le style lui-même persiste, et prend un accroissement plus ou moins considérable, ainsi qu'on peut le voir dans les genres Pulsa-tille et Clématite. Il en est de même du stigmate, toutes les fois qu'il est sessile il fait partie du péricarpe; c'est ce que montrent les genres Pavot, Tulipe, etc. Ce point basilaire du style ou du stigmate marque constamment le sommet organique du Fruit, qu'il ne faut pas confondre avec son sommet géométrique. Ce dernier, enoffet, est le point le plus élevé du péricarpe, celui qui est diamétralement opposé à sa base; or, on conçoit que toutes les fois que le style ou le stigmate est latéral, le sommet organique est différent du sommet géométrique. Cette distinction est quelquefois importante dans la description de cei taino espèces do Fruit. Le péricarpe existe constamment; il n'y a pas de Fruit sans péricarpe; mais quelquefois, lorsqu'il est à une seule loge et contient une seule graine, il est tellement mince et tellement adhérent avec la surface externe de la graine, qu'il se soude quelquefois avec elle et ne peut en être séparé. C'est dans ce cas que les auteurs anciens ont attribué aux Graminées, aux Cypéracées, aux Synanthérées, aux Labiées, etc., des graines nues. On doit s'étonner que dans l'état actuel de la science quelques auteurs aient de nouveau reproduit cette erreur, en attribuant pour Fruit aux Labiées quatre graines nues au fond du calice. Le péricarpe est essentiellement formé de trois parties: 1° de vaisseaux, qui servent à le nourrir et qui forment un réseau plus ou moins épais, dont les mailles sont remplies d'un parenchyme plus ou moins succulent; 2° d'une membrane externe, recouvrant ce parenchyme; 3° d'une autre membrane tapissant sa paroi interne et circonscrivant ainsi les loges ou cavités qu'elle présente. On a donné le nom de sarcocarpe à cette partie vasculaire et souvent charnue du Fruit; celui d'épicarpe à la membrane externe, et enfin, celui d'endocarpe à la membrane intérieure. Nous allons étudier chacune de oes parties séparément.

L'épicarpe est cette membrane ou pellicule qui recouvre la surface externe du Fruit; généralement, il n'est autre chose qu'un prolongement de l'épiderme, qui recouvre les autres parties du Végétal. Mais dans certains Fruits, l'épicarpe est formé par le calice lui-même; c'est ce qui arrive, par exemple, toutes les fois que. l'ovaire est infère; car, comme dans ce cas le calice est soudé avec toute la paroi externe de l'ovaire, on conçoit que le Fruit doit également le représenter. On reconnaîtra facilement cette origine de l'épicarpe: 1° par l'observation de l'ovaire, dont

[page] 58

on aura recounu la position infère; 2° dans le Fruit mûr, toutes les fois que l'épicarpe est formé par le calice, on aperçoit à la partie supérieure du Fruit, soit les dents même du calice, soit une petite cicatrice ou ombilic, qui en indiquait la position. C'est ce qu on aperçoit trèsbien dans les Grenades, les Pommes, les Poires, etc.

L'endocarpe est, ainsi que nous l'avons dit précédemment, la membrane qui revêt la cavité interne du péricarpe. Sa consistance varie beaucoup; ce n'est, en général, qu'une simple membrane plus ou moins fine et mince, se repliant dans l'intérieur du péricarpe pour en former les cloisons. Quelquefois il offre la consistance du parchemin, ou celle d'un cartilage ou même d'un os. Dans ce dernier cas il est épaissi extérieurement par une certaine portion du sarcocarpe, qui se soude totalement avec lui et ne peut plus en être séparé, et l'endocarpe ainsi ossifié constitue un noyau, quand il n'y en a qu'un dans un même Fruit, ou des nucules quand il en existe plusieurs. Autrefois, on considérait le noyau comme une partie de la graine, et non comme appartenant au péricarpe. Mais on reconnaîtra facilement son origine et la manière dont il se forme, en coupant en travers un Fruit à noyau, tel qu'un Abricot ou une Pêche, peu de temps après la fécondation. On aperçoit manifestement alors l'endocarpe, qui est encore mince et membraneux, et la portion du sarcocarpe qui l'avoisine, qui n'a point encore acquis la dureté osseuse qu'elle offrira plus tard. Lorsque l'endocarpe est osseux, il s'ouvre quelquefois d'une manière régulière en un certain nombre de valves, quoique le sarcocarpe et l'épicarpe soient indéhiscens ou bien se déchirent d'une manière irrégulière. C'est ce que l'on observe, par exemple, dans le Fruit des différentes espèces de Noyer.

Le sarcocarpe est la partie du Fruit placée entre la membrane interne, il est formé par les vaisseaux qui nourrissent le péricarpe et la graine. Il ne faut pas croire que le sarcocarpe, ainsi que semblerait l'indiquer son nom, soit toujours épais et charnu, comme on l'observe, par exemple, dans la Pêche, la Pruue, le Melon, et en général dans tous les Fruits que pour cette raison nous nommons Fruits charnus. Quelquefois, il forme une couche très-mince, et dans les Fruits dont le péricarpe est sec à l'époque de la maturité, il semble ne pas exister; mais on en reconnaîtra toujours l'existence, quelle que soit d'ailleurs sa ténuité, en se rappelant qu'il est essentiellement formé par les vaisseaux chargés de la nutrition du Fruit et de la graine, et, comme ces vaisseaux ne peuvent jamais manquer, le sarcocarpe existe constamment.

Le pericarpe peut présenter intérieurement une ou plusieurs cavités nommées loges. Suivant le nombre de ces loges, on dit qu'il est uniloculaire, biloculaire, triloculaire, quadriloculaire, quinquéloculaire ou multiloculaire. On donne le nom de cloisons aux lames qui séparent les loges les unes des autres. On distingue les cloisons en vraies et en fausses, en complètes et en incomplètes. Les véritables cloisons, celles qui doivent exclusivement porter ce nom, ont toutes une même manière de se former. Elles sont le résultat de l'adossement de deux lames de l'endocarpe, ou membrane pariétale interne, soudées entre elles par une petite portion du sarcocarpe. Il en résulte que les cloisons vraies sont toujours lisses et unies. Elles alternent généralement avec chaque stigmate ou chacune de ses divisions. Il n'en est pas de même des fausses cloisons; ce sont des lames de diverse nature, plus on moins saillantes dans l'intérieur du péricarpe, jamais formées par l'endocarpe, correspondant en général à chaque stigmate ou à chaque division du stigmate; le plus souvent ce ne sont que des trophospermes qui sont chargés

[page] 59

de graines. C'est ce que montre, pur exemple, le Fruit des Pavots. Il offre intérieurement des lames saillantes en forme de cloisons, dout le nombre varie suivant les espèces, et qui, recouvertes entièrement de graines, sont de véritables trophospermes.

On distingue encore, avons-nous dit, les cloisons en complètes et en incomplètes. Les premières sont celles qui s'étendent sans interruption dans toute la cavité intérieure du Fruit, de manière que les deux loges qu'elles séparent n'ont entre elles aucune communication. Dans les fausses cloisons, au contraire, il y a une interruption de continuité qui permet aux deux loges de communiquer entre elles. Le Fruit de la Pomme épineuse (Datura Stramonium, L.) offre réunies ces deux sortes de cloisons. Dans le plus grand nombre des cas, les cloisons sont placées de champ; elles sont longitudinales; dans quelques genres elles sont placées en travers; elles sont transversales, par exemple, dans toutes les espèces du genre Casse.

Il est fort important de bien distinguer les parties qui appartiennent au péricarpe de celles qui appartiennent à la graine. Jusqu à ces derniers temps, on n'avait pas eu de règle fixe à cet égard, et quelques botanistes décrivaient, comme faisant partie du Fruit, des organes appartenant à la graine et vice versâ. Le professeur Richard, dans son excellente Analyse du Fruit, a fait disparaître ces incertitudes, en précisant avec netteté la limite précise entre la graine et le péricarpe qui la renferme. Cette limite, c'est le hile, c'est-à-dire le point de la surface externe de la graine, par lequel les vaisseaux nourriciers du péricarpe s'introduisent dans le tégument propre de la graine. Tout ce qui est en dehors du hile doit être rapporté au péricarpe; tout ce qui est placé en dedans fait partie de la graine.

Les graines ne sont pas libres et flottantes dans l'intérieur du péricarpe, ou elles ue le kont qu'accidentellement. Elles sont toujours attachées à un corps plus ou moins saillant de l'intérieur de chaque loge, auquel on a donné le nom de placenta, par la comparaison qu'on en a faite avec le placenta des Animaux, ou, ce qui est mieux, celui de trophosperme, parce qu'en effet c'est par son moyen que la graine reçoit sa nourriture. On a appelé cordon ombilical, funicule ou mieux encore podosperme, le trophosperme qui ne porte qu'une seule graine, ou chaque saillie de ce corps terminée par une graine. Le trophosperme est une saillie interne des vaisseaux qui forment le sarcocarpe; il en résulte nécessairement que là où il existe, l'endocarpe doit être percé dans une étendue plus ou moins considérable; et, lorsque par suite de la maturité ou de la dessiccation, le trophosperme vient à se détacher, il laisse toujours une cicatrice qui sert à faire reconnaître la place qu'il occupait.

Cette position du trophosperme est en effet une chose de la plus haute importance à bien observer. Dans un péricarpe à plusieurs loges, le trorhosperme est en général placé à l'angle interne de chaque loge; mais dons un péricarpe uniloculaire, il peut offrir plusieurs positions qu'il est nécessaire de distinguer: 1° il peut être basilaire, c'est-à-dire occuper la base de la cavité péricar-pienne, comme dans le Dionæa, par exemple; 2° il peut être supère, c'est-à-dire naître du sommet de la loge, comme dans beaucoup de Santalacées; 3° il est central ou axille, lorsqu'il s'élève comme une colonne au centre du Fruit; un grand nombre de Caryophyllées, de Portulacées, etc., en offrent des exemples; 4° enfin, il peut être pariétal, c'est-à-dire naître de la paroi interne du péricarpe. Mais dans ce dernier cas, il faut encore distinguer celui qui est placé sur la face interne de chaque valve, et celui qui naît sur la suture qui unit les valves; dans ce dernier cas, il est appelé sutural. Ainsi, le

[page] 60

trophosperme est pariétal dans les Violettes, sutural dans les Frankéniacées, les Asclépiadées, les Crucifères, les Légumineuses, etc.

Le trophosperme ou le podosperme s'arrête ordinairement au contour du hile et ne touche à la graine que par la surface de ce dernier point. Mais quelquefois cependant il se prolonge sur la surface externe de la graine en formant une enveloppe accessoire qui la recouvre en partie ou quelquefois en totalité. C'est à ce prolongement du trophosperme qu'on a donné le

nom d'arille. (V. ce mot.) L'arille est donc une partie du péricarpe et non un des téguinens de la graine, ainsi que le veulent quelques auteurs. Par un nombre infini d'observations, le professeur Richard est arrivé à cette loi générale que l'arille n'existe jamais dans les Plantes à corolle monopétale. Le petit nombre d'exceptions que l'on avait citées à cette loi provenait de ce qu'on avait donné le nom d'arille à des parties qui en différaient essentiellement.

Les graines étant renfermées dans l'intérieur du péricarpe, il faut, à l'époque de la maturité du Fruit, pour que les graines se trouvent placées dans les circonstances favorables à leur développement, que le péricarpe s'ouvre naturellement. Cependant quelques Fruits restent constamment indéhiscens; tels sont, par exemple, tous les Fruits charnus en général, tels que les Pommes, les Poires, les Melons, les Prunes, etc. Au contraire, les Fruits secs sont généralement déhiscens, c'est-à-dire s'ouvrent en un certain nombre de pièces nommées valves. Le nombre des valves qui composent un Fruit déhiscent est fort variable, mais il est, en général, constant dans les espèces du même genre, et indiqué d'avance par le nombre des sutures qu'on remarque sur la face externe du péricarpe. Ainsi, il y a des Fruits qui s'ouvrent eu une seule valve, tels sont ceux du Laurier-Rose, du Dompte-Venin, etc.; ils n'offrent qu'une seule suture longitudinale sur l'un de leurs côtés, par laquelle ils se fendent. D'autres s'ouvrent en deux valves, tels sont les Fruits des Légumineuses, des Crucifères, etc.; ceux-ci en trois valves; ceux-là en quatre, cinq, six, etc. C'est d'après le nombre des valves qu'on dit d'un péricarpe qu'il est univalve, bivalve, trivalve, quadrivalve, quinquévalve, multivalve, etc. En général, le nombre des valves est le même que celui des lobes des stigmates dans un péricarpe uniloculaire; dans un Fruit à plusieurs loges, le nombre des valves est généralement le même que oelui des loges. Cependant quelquefois les valves se séparent incomplètement en deux parties, de manière qu'au premier coup-d'œil leur nombre paraît double de celui des loges.

Un caractère d'une grande valeur dans la classification des genres est celui qu'on tire de la position des valves relativement aux cloisons. La déhiscence peut, en effet, se faire de trois manières différentes. 1°. Tantôt elle se fait par le milieu de chaque valve ou entre les cloisons, qui sont entraînées parles valves, c'est la déhiscence loculicide. 2°. Tantôt la déhiscence a lieu vis-à-vis les cloisons qui tiennent aux deux bords des valves et sont partagées en deux lames; c'est la déhiscence septicide. 3°. Enfin on nomme déhiscence septifrage celle qui a lieu en face de chaque cloison, qui reste eu place, comme dans les Big nonia, par exemple. Les déhiscences septicide et loculicide ont leurs analogues dans les capsules uniloculaires. Ainsi, celle, des Violacées correspond à la déhiscence loculicide; celle des Frankéniacées, des Légumineuses, au contraire, est l'analogue de la déhiscence septicide.

Les valves sont, ainsi que les cloisons, généralement longitudinales. Mais, dans quelques genres, elles sont superposées; ainsi, dans les Lecythis, le Bertholetia, le Pourpier, l'Anagallis, etc., elles sont an nombre de deux, dont une supérieure semble former une sorte d'opercule ou de couvercle; c'est à ce genre

[page] 61

de capsule qu'on donne le nom de pyxide ou boîte à savonnette. Mais les Fruits déhiscens peuvent s'ouvrir autrement que par des valves. Ainsi la capsule des Antirrhinum laisse échapper les graines qu'elle renferme par des trous irréguliers, généralement au nombre de deux, un pourchaque loge, qui se forment à son sommet. Dans le Fruit du Pavot, ce sont autant de petites soupapes qu'il y a de lobes au stigmate, qui s'abaissent de haut en bas, et forment ainsi au-dessous du disque stigmatique une rangée circulaire de trous. Dans un grand nombre de Caryophyllées, tels que l'Œillet, la Saponaire, etc., la capsule fait sa déhiscence par le moyen de petites dents placées au sommet, et qui, d'abord unies entre elles, laissent une ouverture terminale en s'écartant les unes des autres.

Enfin, il ne faut pas confondre avec les péricarpes vraiment déhiscens les péricarpes ruptiles, c'est-à-dire ceux qui, à l'époque de leur maturité, se rompent d'une manière irrégulière en un nombre de pièces qui n'est jamais déterminé d'avance par celui des sutures. Tels sont plusieurs Fruits charnus.

Les formes que peut présenter le péricarpe sont excessivement variées. Ainsi, tout le monde sait qu'il y a des Fruits globuleux; d'autres qui sont minces et membraheux; quelques-uns sont cylindriques, ceux-ci triangulaires, etc. En général, la forme du péricarpe est un caractère d'une faible importance, à moins qu'elle ne soit rigoureusement déterminée par sa structure interne. Ainsi, daus les familles des Légumineuses et des Crucifères, la forme de la gousse, de la silique et de la silicule, est assez fréquemment employée comme caractère propre à distinguer les genres. Assez souvent le Fruit est recouvert extérieurement par des parties accessoires qui prenant un certain accroissement, semblent en faire partie, et même ont quelquefois été considérées comme le véritable péricarpe. Ainsi, toutes les fois que le calice est monosépalé, il accompagné le Fruit, et quelquefois le recouvre presqu'en totalité. Quelquefois c'est un involucre qui renferme le véritable Fruit et qui fort souvent a été considéré comme le péricarpe. Ainsi, dans le Châtaignier, le Hêtre, l'enveloppe épineuse n'est pas le péricarpe, c'est un iuvolucre ou une cupule péricarpoïde. Il en est de même dans l'If, le Genevrier, la partie charnue appartient à l'involucre qui a pris un accroissement considérable. La même observation est applicable aux Fruits du Figuier, du Dorstenia, de l'Ambora, etc. Quelquefois c'est le calice qui devient charnu et qui, immédiatement appliqué sur le Fruit, semble former un véritable péricarpe, c'est ce qui a lieu dans le Mûrier et quelques Atriplicécs. Dans les genres Anacardium, Semecarpus, Exocarpus, c'est le pédoncule qui, après la fécondation, prend un accroissement rapide, devient épais, charnu, souvent beaucoup plus volumineux que le Fruit lui-même, dont il a été considéré comme le péricarpe. Le Fruit peut avoir sa surface externe lisse ou armée de pointes plus ou moins roides et acérées; il peut être couronné par les dents du calice, ce qui arrive toutes les fois que l'ovaire est infère, par une aigrette (V, ce mot), comme dans le plus grand nombre des Synanthérées et quelques Valérianées. Il peut offrir sur ses parties latérales ou à son sommet des appendices membraneuses en forme d'ailes, comme dans l'Orme, l'Erable, les Malpighiacées, les Frênes, etc.

Classification des Fruits.

Les botanistes ont senti de bonne heure la nécessité de donner à chaque espèce de Fruits offrant des différences bien notables, des noms propres, afin d'éviter, dans le langage descriptif de la science, de longues périphrases ou des descriptions continuelles. Mais néanmoins ce perfectionnement ne remonte guère au-delà de Linné, car Tournefort, par exemple, qui fait toujours concourir l'organisation

[page] 62

du Fruit pour former les caractères des sections qu'il a établies dans chacune de ses classes et des genres qu'il y renferme, le décrit toujours sans jamais lui donner un nom spécial. Linné (Philos. Boton.) établit huit espèces de Fruits qu'il nomme: Capsule, Silique, Gousse, Conceptacle (c'est ce qu'on nomme aujourd'hui Follicule), Drupe, Pomme, Baie et Cône. Mais lorsque l'on commença à donner à l'organisation du Fruit toute l'importance qu'elle mérite, et que dès-lors on l'étudia avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, on ne tarda pas à reconnaître que les huit espèces de Fruits fondées par l'immortel auteur du Systema naturæ, ne pouvaient renfermer tous les types d'organisation que l'on découvrait. A.-L. de Jussieu admit la classification de Linné, sans y apporter aucun changement. Gaertner, qui plus qu'aucun autre botaniste, avait étudié la structure des Fruits, proposa d'établir deux nouvelles espèces ou types d'organisation, savoir: T'Utricule, qui est un Fruit monosperme, non adhérent avec le calice, dont le péricarpe est peu apparent, mais où le cordon ombilical est cependant distinct, tel est le Fruit des Amaranthacées; et la Samare, Fruit relevé d'ailes membraneuses, comme celui des Erables, de l'Orme, etc. Le professeur Richard, dans la seconde édition du Dictionnaire de Bulliard, a présenté une classification des Fruits avec plusieurs espèces nouvelles. Comme c'est cette classification que nous adoptons; sauf quelques changemens que nous avons cru devoir y faire, nous allons l'exposer avec quelques détails. De Candolle, Mirbel, soit dans le Bulletin des Sciences, soit dans ses Elémens de Physiologie végétale, et enfin Desvaux, ont successivement publié de nouvelles classifications. Mais ils nous paraissent, en général, avoir beaucoup trop multiplié le nombre des Fruits et les avoir quelquefois établis sur des caractères d'une faible importance. Néanmoins nous présenterons le tableau de leur classification après avoir fait connaître celle que nous adoptons.

Nous divisons les Fruits en trois classes, savoir: les Fruits simples ou ceux qui proviennent d'un seul ovaire appartenant à une seule fleur; les Fruits multiples, qui sont formés de plusieurs pistils renfermés dans une seule fleur; et enfin les Fruits composés ou ceux qui résultent de l'ensemble ou de la soudure de plusieurs fleurs femelles d'abord distinctes.

Ire CLASSE.

Des Fruits simples.

Ire Section. — Fruits secs.

A. Fruits secs et indéhiscens.

Les Fruits simples, dont le péricarpe est sec et indéhiscent, sont assez généralement uniloculaires et monospermes; on leur donne quelquefois le nom de Pseudo-spermes. Ce sont particulièrement ces Fruits que les anciens botanistes considéraient comme des graines nues. Les espèces principales sont les suivantes:

1°. CARIOPSE, Cariopsis, Rich. Fruit monosperme indéhiscent dont le péricarpe est soudé avec la face externe de la graine. (Exemple: Graminées.)

2°. AKÈNE, Akenium, Rich. Fruit monosperme indéhiscent dont le péricarpe est distinct de la graine. (Exemple: Synanthérées.)

3°. POLAKÈNE, Polakenium, Rich. Fruit à plusieurs loges monospermes indéhiscentes, séparables les unes des autres. (Exemples: les Ombellifères, la Capucine, etc.)

4°. SAMARE, Samara, Gaertn. Fruit à une seule loge, offrant des ailes membraneuses. (Exemples: les Erables, les Ormes, les Frênes.)

5°. GLAND, Glans. Fruit uniloculaire et monosperme (souvent par suite d'avortement) provenant d'un ovaire infère, et recouvert en tout ou en partie par une cupule dont la forme est très-variable. (Exemples: le Chêne, le Noisetier et le Châtaignier, qui forment la famille des Cupulifères.)

6°. CARCERULE, Carcerulus, Desv.

[page] 63

Fruit pluriloculaire, poly6perme, indéhiscent. (Exemple: le Tilleul.)

B. Fruits secs et déhiscens.

Les Fruits secs et déhiscens sont généralement désignés sous le nom de Fruits capsulaires; ils sont ordinairement polyspermes. Le nombre et la disposition des valves sont très-variables.

7°. FOLLICULE, Folliculus. Fruit j;éminé ou solitaire par avortement, uniloculaire, univalve, s'ouvrant par une suture longitudinale et renfermant plusieursgraines attachées à un trophosperme sutural. (Exemple: Asclépiadées.)

8°. SILIQUE, Siliqua, L. Fruit sec allongé, bivalve, dont les graines sont attachées à deux trophospermes suturaux. (Exemple: Crucifères siliqueuses.)

9°. SILICULE, Silicula, L. Ne diffèrede la Silique que par une longueur beaucoup moindre. (Exemple: Crucifères siliculeuses.)

10°. GOUSSE, Legumen, L. Fruit allongé, sec, bivalve, dont les graines sont attachées à un seul trophosperme sutural. (Exemple: les Légumineuses.)

11°. PYXIDE, Pyxidium, Erhart; Capsula circumscissa, L. Fruit s'ouvrant circulairement en deux valves superposées. (Exemples: le Pourpier, la Jusquiame, etc.)

12°. ELATÉRIE, Elaterium, Rich. Fruit à plusieurs loges et à plusieurs côtes, se séparant naturellement à sa maturité en autant de coques qui s'ouvrent longitudinalement et avec élasticité (Exemple: Euphorbiacées.)

13°. CAPSULE, Capsula, L. On donne ce nom à tous les Fruits secs et déhiscens qui ne peuvent être rapportées à aucune des espèces précédentes. Leur nombre est très-considérable. (Exemples: les Bignoniacées, les Antirrhinées, etc.)

11e Section. — Fruits charnus.

Ces Fruits, ainsi que nous l'avons dit précédemment, sont indéhiscens.

14°. DRUPE, Drupa, L. Fruit charnu renfermant un seul noyau. (Exemples: le Cerisier, le Prunier, etc.)

15°. NOIX, Nux. Ne diffère du précédent que par son péricarpe moins charnu et moins succulent. (Exemples: l'Amandier, le Noyer, etc.)

16°. NUCULAINE, Nuculanium, Rich. Fruit charnu provenant d'un ovaire libre et renfermant dans son intérieur plusieurs nucules, (Exemple: Sapotiliers.)

17°. MÉLONIDE, Melonida, Rich. Fruit charnu provenant de plusieurs ovaires pariétaux, uniloculaires, réunis et soudés dans l'intérieur du tube d'un calice qui devient charnu. (Exemples: la Pomme, la Poire, la Nèfle, etc.) Cette espÈce de Fruit serait mieux rangée dans la classe suivante.

18°. PÉPONIDE, Peponida, Rich. Fruit charnu, indéhiscent ou ruptile, à plusieurs loges monospermes éparses au milieu de la pulpe. (Exemple: les Cucurbitacées.)

19°. HESPÉRIDIE, Hesperidium, Desv. Fruit charnu, dont l'enveloppe est très-épaisse, divisé intérieurement en plusieurs loges par des cloisons membraneuses, et dont les loges sont remplies d'une pulpe charnue. (Exemples: le Citron, l'Orange.)

20°. BAJE, Bacca, L. Fruit charnu à une ou plusieurs loges reufermant une ou plusieurs graines éparses dans la pulpe. (Exemples: le Raisin, les Groseilles.)

IIe CLASSE.

Des Fruits multiples.

Les Fruits multiples sont ceux qui résultent de la réunion de plusieurs pistils dans une même fleur.

21°. SYNCARPE, Syncarpium, Rich. Fruit sec ou charnu provenant de plusieurs ovaires soudés ensemble, même avant la fécondation. (Exemples: les Anones, les Magnoliers, etc.)

[page] 64

Le fruit du Fraisier, du Framboisier est formé d'un grand nombre de petites drupes réunies sur un gyno-phore charnu. Il mériterait un nom particulier.

Plusieurs petits akènes réunis en capitules plus ou moins arrondis, mais distincts, constituent le Fruit de la Renoncule

IIIe CLASSE.

Des Fruits agrégés ou composés.

Ce sont ceux qui résultent de la soudure de plusieurs pistils appartenant à des fleurs distinctes, a abord séparés les uns des autres, mais qui ont'fini par s'entregreffer.

22°. CONEOU STROBILE, Conus, L., Strobilus, L. Fruit composé d'un grand nombre d'akènes ou de samares cachés dans l'aisselle de bractées trÈs-développées, dont l'ensemble a la forme d'un cône. (Exemple: Conifères.)

23°. SOROSE, Sorosis, Mirb. Fruit formé de plusieurs (leurs soudées entre elles par l'intermÈde de leurs enveloppes florales devenues charnues. (Exemples: le Mûrier, l'Ananas.)

24°. SYCONE. Mirbel nomme ainsi un Fruit formé par un involucre charnu à son intérieur, où il porte un grand nombre d'akènes ou de drupes provenant d'autant de fleurs femelles. (Exemple: le Figuier.)

Telles sont les vingt-quatre espèces principales de Fruit que nous avons cru devoir adopter. En comparant ce tableau avec les suivans, on s'apercevra facilement que nous avons emprunté à chaque auteur les types ou espèces réellement nouvelles, qui méritaient d'être distinguées.

Classification des Fruits par Desvaux.

Ire CLASSE.

Péricarpes secs.

Ier Ordre.

* Simples et indéhiscens.

1. CARIOPSE, Rich. — 2. AKÈNE, Rich. — 3. STEPHANOE, Desv. C'est un akène provenant d'un ovaire infère, comme dans les Synanthérées. — 4. DICLÉSIE, Desv. Fruit monosperme recouvert par la base de la corolle. (Exemple: les Belles de nuit.) Cette espèce doit être réunie avec l'akène. — 5. CATOCLÉSIE, Desv. Fruit monosperme indéhiscent, recouvert par le calice. (Exemple: l'Epinard.) Ce n'est également qu'un akène. — 6. XYLODIE, Desv. Fruit monosperme, indéhiscent, porté sur un réceptacle charnu formé par le pédoncule. (Exemple: la Noix d'Acajou.) C'est encore pour nous un véritable akène. — 7. NOISETTE, Nucula. C'est le Fruit du Noisetier. Il offre absolument la même organisation que le Gland. — 8. GLAND. V. le tableau précédent. — 9. PTÉRODIE, Desv. C'est la samare de Gaertner. — 10. AMPHISARQUE, Desv. Fruit ligneux multiloculaire et pulpeux, intérieurement indéhiscent. (Exemple: Baobab.) — 11. CARCÉRULE. V. le tableau précédent.

** Simples et déhiscens.

12. UTRICULE, Gaertner. — 13. CONCEPTACLE, L. C'est le Follicule. — 14. SILIQUE, L. — 15. GOUSSE, L. V. le tabl. précéd. — 16. HÉMIGIRE, Desv. Fruit ligneux à une ou deux loges, s'ouvrant d'un seul côté. (Exemple: Protéacées.) — 17. REGMATE, Mirb. V. le tabl. précéd. — 18. CAPSULE, L. V. le tabl. précéd. — 19. STÉRIGME, Desv. Fruit forme de plusieurs coques adhérentes à un même support et provenant d'un seul ovaire. (Exemple: les Mauves.) C'est le Polakène du professeur Richard. — 20. PYXIDE, Erhart. V. le tabl. précéd.—21. DIPLOTÈGE. Desv. C'est une capsule provenant d'un ovaire infère.

11e Ordre.

Péricarpes secs composés.

22. FOLLICULE, Rich. V. le tableau précédent. — 23. CARPADÉLE, Desv. C'est le! Polakène provenant d'un ovaire infère. C'est véritablement un Fruit simple et non un Fruit composé. — 24 MICROBASE, D. C. — 25. PLOPOCARPE, Desv. Fruit provenant de plusieurs pistils dis-

[page] 65

tincts (Exemple: Renonoulacées.) — 26. POLYSIQUE, Desv. C'est le Syncarpe du professeur Richard. — 27. AMALTHÉE, Desv. Plusieurs Fruits secs et monospermes, renfermés dans l'intérieur du tube calicinal. (Exemple: l'Alchemille, etc.) — 28. STROBILE ou GONE. V. le tabl. précédent.

IIe CLASSE.

Péricarpes charnus.

Ier Ordre.

Fruits simples.

29. SPHALÉROCARPE, Desv. Fruit composé d'écailles qui sont devenues charnues et qui contiennent les véritables Fruits placés à leur aisselle. — 30. BAIE, L. V. le tableau précédent. — 31. ACROSARQUE, Desv. Baie provenant d'un ovaire infère. — 32. PÉPONIDE, Rich. V. le tableau précédent. — 33. ARCESTRIDE, Desv. Fruit formé de la soudure des écailles. (Exemple: le Genevrier.) C'est un Fruit composé. — 34. HESPÉRIDIE, Desv. V. le tableau précédent. — 35. DRUPE, L. V. le tableau précédent. — 36. NUCULAINE, Rich. V. le tableau précédent.—37. PYRENAIRE, Rich. V. le tableau précédent.—38. MÉLONIDE, Rich.—39. BALAUSTE, Desv. (Exemple: la Grenade.)

11e Ordre.

Fruits composés.

40. CYNARRHODE, Desv. C'est une variété de la MÉLONIDE. (Exemple: le Fruit du Rosier.) — 41. ERYTHROSTOME, Desv. C'est le Fruit de la Framboise, — 42. SARCOBASE, D. C. — 43. BACCAULAIRE, Desv. Fruit formé de plusieurs ovaires distincts, provenant d'une seule fleur. (Exemple: Drymis.) — 44. ASIMINE, Desv. C'est le Fruit des Anonacées, qui est le Syncarpe du professeur Richard. — 45. SYNCARPE, Rich. V. le tableau précédent.

Cette classification carpologique de Desvaux est la plus compliquée des trois dont nous traçons ici le tableau. Ceux qui compareront entre elles les différentes espèces établies par ce bo taniste, reconnaîtront avec nous qu'un grand nombre ne sont que des modifications les unes des autres, et qu'en général l'auteur a attaché trop d'importance aux organes accessoires, qui ne doivent jamais être considérés comme propres à établir des espèces particulières. Ainsi les Fruits qu'il nomme Stephanoe, Diclésie, Catoclésie, Xylodie, etc., ne sont évidemment que des akènes. Ceux qu'il désigne sous les noms de Polysique, Asimine, etc., rentrent pour leur organisation dans le Syncarpe du professeur Richard.

Classification des Fruits par le professeur Mirbel.

Le professeur Mirbel divise tous les Végétaux phanérogames en deux classes, d'après la considération de leurs Fruits, savoir les Gymnocarpiens qui ont leurs Fruits nus, et les Angiocarpiens, dont le véritable Fruit est recouvert et masqué par quelque organe accessoire avec lequel il contracte une adhérence plus ou moins intime. Nous allons exposer ici simplement les noms des divers genres établis par Mirbel, renvoyant a chacun d'eux pour leurs caractères.

FRUITS GYMNOCARPIENS.

Ier ORDRE.

4

Fruits Carcérulaires.

Ce sont des Fruits secs à péricarpe indéhiscent.

1. CYPSÉLE, Mirb. — 2. CERION, Mirb. — 3. CARCÉRULE, Mirb.

IIe ORDRE.

Fruits Capsulaires.

Fruits simples, secs et déhiscens.

4. LÉGUME, L. — 5. SILIQUE et SILICULE, L. — 6. PYXIDE, Erhart. — 7. CAPSULE, L.

IIIe ORDRE.

Fruits Diérésiliens.

Fruits simples formés de plusieurs coques, rangés symétriquemeut autour d'un axe fictif ou réel.

8. CRÉMOCARPE, Mirb. — 9. REGMATE, Mirb. — 10. DIÉRÉSILE, Mirb.

TOME VII. 5

[page] 66

IVe ORDRE

Fruits Etairionnaires.

Fruits composés de plusieurs péricarpes irréguliers, qui n'adhàrent point au calice.

11. DOUBLF. FOLLICULE. — 12. ETAIRION, Mirb.

Ve ORDRE.

Fruits Cénobionaires.

13. CéNOBION, Mirbel.

VIe ORDRE.

Fruits Drupacés.

14. DRUPE.

VIIe ORDRE.

Fruits Bacciens.

Fruits charnus contenant plusieurs graines.

15. PYRIDION, Mirbel. — 16. PEPON. — 17. BAIE.

FRUITS CRYPTOCARPIENS.

18. CALYBION, Mirbel. — 19. STROBILE ou CONE. — 20. SYCONE, Mirbel. — 21. SOROSE, Mirbel.

Le seul reproche bien fondé que l'on puisse faire à la classification du professeur Mirbel, c'est d'avoir introduit dans la scieuce un trop grand nombre de noms nouveaux, pour exprimer des objets qui avaient déjà reçu des noms particuliers, (A. R.)

En ajoutant au mot Fruit certaines épithètes, on l'a appliqué à divers Végétaux; ainsi l'on a appelé:

FRUIT DE CYTHèRE, à l'Ile-de-France, le Spondias.

FRUIT éLASTIQUE, à Saint-Domingue, le Hura crepitans; en Europe, les Balsamines.

FRUIT EMPOISONNé, le Cerbera Manghas.

FRUIT DU PèRE ADAM, le Bananier.

FRUIT A PAIN, l'Artocarpe apyrène ou Jacquier cultivé.

FRUIT DU VRAI BAUME, I' Amyris Opobalsamum. (B.)

FRUITS FOSSILES, èOT. FOS. V. CARPOLITHES.

FRUTILLER. BOT. PHAN. Nom vulgaire du Fraisier duChili.V.FRAISIER. (A. R.)

FUCACèES. Fucaceæ. BOT. CRYPT. ( Hydrophytes. ) Premier ordre de la famille des Hydrophytes que nous avons établi dès 1813 dans notre Essai sur les genres des Plantes marines non articulées; nous l'avions composé de six genres: Fucus, Laminaria, Osmundaria, Desmarestia, Furcellaria et Chùrda. Agardh, dans ses différens ouvrages, a adopté la composition de cette famille et a modifié on ajouté quelques genres. Lyngbye, ayant fait une classification entièrement systématique des Hydrophytes, a réparti les Fucacées dans plusieurs de ses sections, de telle sorte que les Fucus se trouvent avec les Ulves et les Delesseries; les Dcsmaresties, qu'il nomme Desmies, avcc les Plocamies et les Gélilies, etc. Les travaux de ccs hommes célèbres et nos observations nous décident plus que jamais à conserver les quatre principales divisions que nous avons proposées dans la classe des Hydrophytes. La première est celle des Fucacées, pourvues presque toujours de tiges et de feuilles. Ces tiges sont beaucoup plus compliquées dans leur organisation qu'on ne l'a cru jusqu'à ce jour; elles offrent quatre parties bien distinctes, analogues, par leur situation et leur grandeur respectives, à l'épiderme, à l'écorce, au bois et à la moelle des Plantes dicotylédonées. En effet, dans toutes les Fucacées, l'on trouve à la circonférence une pellicule mince qui se détruit très - facilement et qui paraît formée d'un réseau très-fin, parsemé de points opaques et de pores ou petites ouvertures. Dans quelques especes, cette pellicule se sépare facilement du corps de la tige; dans d'autres, elle adhère avec force. Chez un grand nombre, elle se couvre de rugosités lorsqu'elle est desséchée, et, dans cet état, elle ne diffère en aucune manière, par le facies, de l'épiderme des Dicotylédonées ligneuses. Nous regardons cette pelliculc comme l'épiderme des Fucacées. Elle recouvre une substance de

[page] 67

couleur foncée, ayant environ un sixième d'épaisseur du diamètre total de la tige et paraissant formée d'un tissu cellulaire à mailles extrêmement petites, parsemées de lacunes rondes ou ovalaires, assez grandes, vides, et se prolongeant dans toute la longueur de la tigc. Cette substance, que nous comparons à l'écorce des Dicotylédonées, disparait dans les feuilles des Hydrophytes; elle résiste beaucoup plus que l'enveloppe épidermique qui la recouvre; quelquefois on trouve des tiges de Fucacées que le frottement ou quelque autre cause a dépouillées de cette écorce; plus souvent elle persiste seule, la partie centrale a disparu: c'est un tube cortical qui a perdu la partie ligneuse et centrale par la macération. D'autres fois elle se détache de cette sorte de bois, et s'enlève avec autant de facilité quc l'écorce des Dicotylédons lorsqu'ils sont en pleine sève; enfin, cette partie de la tige des Hydrophytes desséchée ressemble parfaitement à l'écorce des Plantes terrestres par le facies, par la couleur, l'épaisseur, etc.; nous avons cru pouvoir lui en donner le nom. La tige paraît formée par une masse de tissu cellulaire plus distinct et plusrégulier au centre qu'à la circon férence, offrant quelquefois des lignes rayonnantes et coniques d'un. tissu beaucoup plus fin et plus égal, qui partent de la circonférence et qui se dirigent vers le centre. Le tissu cellulaire de la masse offre des cellulesqui, au lieu de se dilater dans tous les sens, croissent uniquement en longueur, de sorte que cette masse paraît composéc, au premier aperçu, d'une grande quantité de petits tubes anguleux, coupés transversalement par des diaphragmes plus ou moins éloignés, à peine visibles, et d'une substance beaucoup plus mince que les parois. Tous les tubes se touchent, leurs parois paraissent communes, leur grandeur varie dans les différentes espèces, ils disparaissentdans les feuilles, mais ils se prolongent dans les nervures, et ne sont bien apparens que dans les Fucacées. Tout s'affaisse par la dessiccation; ils forment alors une masse homogène, compacte et pesante, d'une grande dureté, d'une grande ténacité, d'une couleur blanc-rosâtre plus ou moins foncée, suivant les espèces; quelquefois elle devient légère, spongieuse par un commencement de décomposition. Elle seule produit des rejetons ou de nouvelles feuilles; ce phénomène remarquable ne s'observe que dans les Fucacées et prouve encore cçmbien l'analogie est frappante éntre les tiges des Fucacées et celles des Dicotyledonées. Enfin, au centre de cette tige se trouve un corps cylindrique ayant de largeur un sixième au plus du diamètre total de la tige; il est composé d'une substance qui paraît semblable à celle que nous regardons comme l'écorce; elle diffère par l'absence des lacunes, par plus de régularité et plus de consistance dans le tissu; sa forme varie suivant celle de la tige et lui paraît subordonnée; elle est la première à se détruire dans les tiges en décomposition; elle ne change point de couleur dans celles qui sont desséchées; elle se prolonge dans les principales branches, disparaît dans les petites et ne s'observe jamais dans les nervures des feuilles, encore moins dans leurs membranes. Elle n'existe ni dans les Floridées, ni dans les Dictyotées, ni dans les Ulvacées. Ces rapports avec la moelle des Dicotylédonées nous ont engagé à lui donner ce nom. Pour observer, dansles tiges des Fucacées, les quatre parties que nous venons de décrire, il faut choisir les espèces les plus grandes, celles qui paraissent vivre plusieurs années et dont le diamètre est considérable; il faut se transporter à la fin de l'été au milieu des rochers chargés de Laminaires que les grandes marées del'équinoxe laissent quelques instans à découvert, et l'on trouvera ces Végétaux dans tous les états que nous venons de décrire. Les uns auront perdu la moelle et l'écorce, la tige n'offrira qu'une masse blanchâtre que nous regardons comme l'analogue de l'aubier ou du bois des Dicotylédonées; les autres aut ont per-

5*

[page] 68

du cette partie, il ne reslera que l'écorce formant un étui tubulaire. Il y a beaucoup de Dicotylédonées dont la consistance est toujours herbacée et dans lesquelles on chercherait en vain l'écorce et le bois des Végétaux ligneux; de même il y a beaucoup de Fucacées qui n'offrent jamais les quatre modifications que l'on observe dans les grandes espèces. Dans ce cas, les rapports généraux se retrouvent daus la fructification, ainsi que dans l'organisation. Cette organisation différe toujours de celle des Floridées dépourvues du canal médullaire, et dans lesquelles le tissu cellulaire paraît dominer, de celle des Dictyotées qui ne semblent composées que de tissu à mailles quadrangulaires ou hexagonales, jamais d'écorce, jamais de moelle, et enfin de celles des Ul-vacées que son homogénéité fait comparer à celle des cotylédons. On déchire les Fucacées longitudinalement avec beaucoup de facilité, et la déchirure offre à l'œil nu l'aspect d'une organisation fibreuse bien caractérisée; il n'en est pas de même si on les coupe transversalement, on ne voit alors que les orifices de ces prétendues fibres, et les cellules du tissu cellulaire. Ces fibres ne sont pas semblables à celles des Plantes phanérogames; en général, elles nous ont paru cloisonnées; les cloisons sont très-éloignées les unes des autres, et d'un tissu plus lâche que celles des Plantes terrestres. A mesure que l'organisation devient plus simple, les cloisons se rapprochent; ainsi, dans les tiges et les nervures des Floridées, elles sont plus près les unes des autres que dans les Fucacées; dans les Dictyotées, elles sont presque égales, et elles le de viennent entièrement dans Jes Ulvacées. Doit-on considérer ces fibres comme des vaisseaux? Il est certain qu'elles n'ont aucune ressemblance avec ceux des Plantes terrestres. Les injections, la macération, l'observation microscopique et cette expérience citée par tous les auteurs'que la partie de la Plante marine plongée dans l'eau reprend seule son état naturel, tandis que l'autre n'aspire aucun fluide, portent k croire que les Hydrophytes n'ont point de vaisseaux. Mais, d'un autre côté, si l'on observe la situation de la fructification dans les Fucacées et les Floridées, on la trouve presque toujours sur les tiges ou les rameaux, près des nervures ou à leurs extrémités; dans les Dictyctées, on remarque que plus les mailles du réseau sont régulières et visibles, plus la situation des fructifications est régulière, et que moins elles sont visibles et égales, plus les fructifications sont éparses; dans les Ulvacées dépourvues de nervures, de tiges, et qui n'ont qu'un pédicelle, les fructifications sont entièrement éparses. Si l'on compare ensuite les rapports qui existententre la situation des fruetifications et celle de ces masses de fibres ou de tissu cellulaire à cellules allongées, ne sera - t - on pas tenté de les regarder comme des vaisseaux. ou du moins comme en faisant les fonctions? Il est si difficile de définir ce que l'on entend par tissu cellulaire, qu'il serait plus aisé de prouver que ces fibres sont des vaisseaux cloisonnés que de démontrer le contraire. De plus il est presque impossible d'expliquer sans une espèce de vaisseaux quelconques, les fructifications qui se trouvent tantôt éparses sur les rameaux, tantôt dans leur partie supérieure, quelquefois sur des rameaux dépourvus de feuilles, souvent à l'extrémité de ces derniers organes. Elles ont besoin, pour s'y développer, de fluides plus élaborés que ceux des autres parties de la Plante. Ces fluides doivent avoir un mouvement quelconque, d'autant que l'on remarque souvent, dans les Floridées dépourvues de nervures, des fructifications incomplètes, parce que ces fluides sont restés stagnans. Ce mouvement peut-il se faire sans vaisseaux, ou bien a-t-il lieu dans les nombreuses lacunes de ces Plantes, ou de cellule à cellule et à travers leurs membranes? Tout cela est possible, mais nous persistons à croire que les fibres cloisonnées des Hydrophytes, si elles ne sont pas de véritables vaisseaux,

[page] 69

en font du moins les fonctions. Dans presque toutes les Fucacées, les organes de la fructification sont très-compliqués. Les granules sont renfermées dans des capsules, qui sont elles-mêmes enveloppées d'une membrane particulière, et forment, par leur réunion, des conceptacles ou tubercules situés en plus ou moins grand nombre dans une masse polymorphe, attachée aux rameaux ou placée à l'extrémité des feuilles, et remplie d'une substance mucilagineuse, dont la quantité et l'épaississement augmentent jusqu'à la maturité des granules, et qui disparait avec elles. La fructification se renouvelle-t-elle plusieurs fois sur les mêmes Fucus? D'après nos observations, nous pensons que ceux sur les rameaux desquels elle se développe voient chaque année ces rameaux se couvrir de fruits, et que ceux qui offrent leurs fructifications au sommet des feuilles périssent après la maturité des graines. Cette règle, sans doute, n'est pas générale, mais elle est facile à observer sur la très-grande majorité des Fucus.

Les feuilles des Fucacées sont faciles à distinguer, pourvu que la Plante soit entière. Elles ne diffèrent presque point de celles des Plantes terrestres dans la première, la troisième, la quatrième et la sixième section du premier genre. Elles sont tur-binées et vésiculeuses dans la seconde section; rameuses dans la cinquième; nulles dans la neuvième et la dixième. La membrane qui se trouve à la base du Fucus loreus pourrait presque être regardée comme une feuille unique ombiliquée. La feuille des Laminaires, quelquefois simple, quelquefois divisée, est unique dans certaines espèces, telles que les Laminaires digitée et saccharine, Fucus digitatus et saccharinus, L., tandis que d'autres en possèdent un très-grand nombre; les Laminaires pyrifère et pomifère (Fuc. pyriferus, L., Lamin. pomifera, N.) en offrent des exemples. On trouve souvent les feuilles supérieures de ces dernières soudées ensemble par leurs bords, entièrement ou de distance en distance; d'autres sont perforées comme la peau d'un crible, ainsi qu'on l'observe sur le Laminaria Agarum. Les feuilles prolifères dans les Osmundaries, semblables aux rameaux dans les Desmaresties, manquent entièrement dans les Furcellaires et les Chordes. Les feuilles des Fucacées présentent donc entre elles presque autant de différences que celles des Dicotylédonées; elles varient également sous le rapport de la composition, de la situation, des surfaces, de la forme générale et particulière; etc.; beaucoup sont ornées de nervures simples ou rameuses qui manquent entièrement à d'autres espèces. Presque toutes les Hydrophytes à organisation ligneuse sont pourvues de vésicules aériennes: elles sont globuleuses et pédicellées dans les Sargassum; innées dans les rameaux des Fucus discors, fæniculaceus et nodosus, etc.; innées dans les feuilles du Fucus vesiculosus; en forme de silique dans le Fucus siliquosus; en forme d'entonnoir dans le Fucus turbinalus. C'est une vaste lacune au centre de la tige des Laminaires buccinale et à longue lige; elle se trouve à la base de la feuille dans les Laminaires pomifère et pyrifère; enfin, les Fucacées qui n'en ont point d'apparentes les présentent néanmoins sous forme de lacunes dans la substance de l'écorce; elles y sont quelquefois visibles à l'œil nu et se prolongent dans la longueur des tiges et des rameaux. Nous regardons les vésicules comme des organes particuliers destinés à des fonctions qui leur sont propres, et non comme des feuilles avortées, ou des fructifications qui ont jeté leurs semences, ansi que l'ont avancé des auteurs modernes. Bory de Saint-Vincent, qui les a soigneusement étudiées avec le secours du microscope, les a trouvées remplies de fibres très-déliées, incolores, fort entremêlées, d'une finesse extrême, de l'aspect d'un Byssus, et articulées par sections de manière à présenter l'aspect de Con-

[page] 70

ferves ou d'Oscillaires, où l'écartement des articles varie selon les espèces. Les anciens croyaient que ces vésicules des Fucus étaient uniquement destinées à tenir ces Plantes flottantes dans les eaux de la mer. A quoi leur servirait alors ce tissu filamenteux qui les remplit? Nous ne discuterons aucune de ces hypothèses, elles ne sont appuvées ni sur des faits ni sur des observations exactes, et elles s'écartent de tout ce que l'on observe dans les autres familles des Plantes. Quant à nous, nous les considérons comme des organes respiratoires presque analogues a ceux que l'on observe dans la majeure partie des êtres qui peuplent et vivifient la surface du globe; organes dont les tissus fibreux, observés par Bory de Saint-Vincent, peuvent être considérés comme des trachées; et si on ne les voit point sur les autres Hydrophytes, c'est qu'elles sont moins parfaites; ayant une organisation moins compliquée, leurs fonctions vitales doivent être plus simples. Notre hypothèse est fondée sur l'action qu'exercent les Hydrophytes sur l'air atmosphérique; elles agissent de la même manière que les Plantes phanérogames. Les Fucacées ligneuses, et d'une couleur olivâtre, absorbent l'Oxigène pendant la nuit et l'exhalent pendant le jour, mais en très-petite quantité. Les Floridées, semblables aux corolles, rendent encore moins d'Oxigène que les Fucacées; elles semblent le retenir pour former les brillantes nuances qui les décorent. Les Ulvacées, au contraire, de même que les tissus herbacés des Plantes terrestres, développent, par l'action de la lumière, une énorme quantité de Gaz oxigène et un peu d'Acide carbonique; l'Azote ne s'y trouve que dans les proportions de vingt à trente sur cent. Cette décomposition de l'air atmosphérique doit s'opérer dans les Plantes marines au moyen des vésicules, des lacunes et des grandes cellules qui s'observent dans les différentes organisations de ces Végétaux, et qui, peut-être', font tout à la fois les fonctions de réservoir et d'organe destiné à la décomposition 'de l'air atmosphérique. Le phénomène le plus remarquable que présentent les vés cules des Fucacées, c'est la différence du Gaz qu'elles renferment suivant qu'elles sont ou non exposées à l'air. Si l'on examine le Gaz vésiculaire d'une Fucacée, quelques heures après que la marée l'a laissée à découvert, on y trouve de l'air atmosphérique. Si ce Gaz est pris dans les vésicules d'une Plante avant que la marée l'abandonne, c'est-à-dire quand elle a été couverte d'eau pendant plusieurs heures, la portion d'Oxigène a diminué et n'est plus que de douze à quinze centièmes au lieu de vingt-deux. Cette expérience, faite par De Candolle il y a plus de vingt-cinq ans, a été répétée bien souvent depuis cette époque, et tend à prouver que les vésicules des Fucacées sont des organes destinés à remplir des fonctions plus importantes que de tenir la Plante flottante dans l'eau.—Un grand nombre de Fucacées, et même quelques Dictyotées, ont les feuilles couvertes de petites houppes de poils blancs, épars sur les deux surfaces dans les premières, et sur une seule dans les secondes. Réaumur (Mémoires de l'Académie des Sciences, 1710, 1711, 1712) est le premier naturaliste qui les ait observés; il les regarde comme les parties mâles de ces Végétaux. Linné et beaucoup d'autres botanistes avaient adopté aveuglément cette opinion. Les véritables fonctions de ces poils sont connues maintenant; analogues à ceux qui couvrent un si grand nombre de Végétaux terrestres, ils paraissent destinés à sécréter ou à absorber des fluides particuliers; quelquefois ils semblent n'être qu'une exubération du tissu cellulaire intérieur. Ces poils ne sont point permanens, ils disparaissent dans certaines saisons et a différentes époques de la vie da la Plante; on ne les voit jamais ni sur les tiges ni sur les nervures des feuilles, et lorsqu'ils se dessèchent ou qu'ils tombent, ils laissent

[page] 71

sur la feuille un petit point concave d'une couleur foncée, et que les jeunes naturalistes prennent souvent pour des fructifications; mais, nous le répétons, ce n'est souvent qu'une exubération du tissu cellulaire intérieur. —La durée de la vie dans les Plantes marines varie comme dans les Plantes terrestres. De même que les Arbres vivent plus long-temps que les Herbes, de même les Hydrophytes à organisation ligneuse voient chaque année se renouveler autour d'elles les nombreuses tribus des Hydrophytes à organisation corolloïde ou herbacée. Certaines Fucacées ne vivent qu'un ou deux ans; d'autres, si on en juge par leur grandeur ou la grosseur de leur tige, doivent braver la puissance destructive du temp-, comme le Chêne de nos pays, ou le Baobab des bords du Sénégal; mais jusqu'à ce qu'on ait observé davantage ces Plantes, on ne peut fixer, même approximativement, l'âge des espèces. Nos connaissances se bornent à dire que les Fucacées paraissent annuelles, bisannuelles ou vivaces. La couleur ne varie que par la nuance dans cette division, la plus considérable de toutes; c'est toujours un vert plus ou moins olivâtre, jamais herbacé, et que l'on n'observe que dans les Plantes de cette famille. Cette couleur, par la dessiccation ou par l'exposition à l'air et à la lumière, devient ordinairement noire; elle prend quelquefois une nuance d'un fauve brun semblable à celle des feuilles mortes. Les Fucacées ne se colorent point de brillantes livrées comme les autres Hydrophytes. Les Fucacées ne croissent pas indifféremment dans toutes les mers, ainsi qu'on le verradans l'article GÉOGRAPHIE BOTANIQUE-MARINE. — Les Plantes marines qui servent de combustible sur les côtes de plusieurs départements; celles qui fournissent la Manne saccharine qui remplace le Sucre chez les Islandais; enfin, celles qui donnent les meilleurs engrais, n'existent que dans la famille des Fucacées; les peuples des régious polaires se nourrissent des tiges ou des feuilles de plusieurs d'entre elles.

En 1815, ainsi que nous venons de le dire, nous avions divisé les Fucacées en six genres sous les noms de Fucus, Laminaire, Osmundaire, Desmarestie, Furcellairé et Chorde; les Fucus étaient partagés, en onze sections. Le Fucus triqueter, Fork., qui formait la troisième section, est une Cystoseire, V. ce mot; la dixième section appartient aux Fucus, et la onzième aux No lulaires, qui peut-être ne devraient faire qu'une section du genre Fucus; au reste, nous ne faisons qu'indiquer ces groupes, leur composition ainsi que leurs dénominations pourront être changées lorsque nous nous en occuperons d'une manière spéciale. Nous regardons aujourd'hui ces sections comme autant de genres dont plusieurs ont été proposés par Agardh ou par Lyngbye. Ainsi les Fucacées seront désormais composées des genres:

SARGASSE, Sargassum; — TURBINAIRE, Turbinaria; — SILIQUAIRE, Siliquaria; — CYSTOSEIRE, Cystoseira; — FUCUS, Fucus; — NODULAIRE, Nodularia; — MONILIFORMIE, Moniliformia; — LORICAIRE; Loricaria; — LAMINAIRE, Laminaria; — OSMUNDAIRE, Osmundaria; — DESMARESTIE, Desmarestia; — FURCELLAIRE, Furcellaria; — et CHORDE, Chorda. V. tous ces mots. (LAM..X.)

FUCÉES. Fuceæ. BOT. CRYPT. (Hydrophytes,) Le célèbre botaniste Richard père avait donné ce nom aux Fucus et aux Ulves de Linné, que nous avons depuis nommés Hydrophytes non articulées, et que nous avons divisés en quatre ordres, les Fucacées, les Floridées, les Dictyotées et les Ulvacées. V. ces mots. (LAM..X.)

FUCHSIE. Fuchsia, BOT. PHAN. Genre de la famille des Onagraires, et de l'Octandrie Monogynie, L., établi par Plumier qui le dédia à Léonard Fuchs, botaniste du seizième siècle. Son calice coloré, adhérent à l'ovaire, se prolonge audessus en uu tube légèrement renflé,

[page] 72

articulé avec cet ovaire inférieurement, et:upéricurement terminé par un limbe quadriparti. Avec ses divisions, alternent quatre pétales insérés au haut du tube, et plus courts que lui en général, et de huit étamines insérées à la même hauteur, souvent sail1antes, quelquefois au contraire presque sessiles; quatre plus courtes sont opposées aux pétales; les anthères oblongues sont attachées par le dos à l'extrémité des filets; le style simple se renfle à son sommet en un stigmate ordinairement quadrilobé; l'ovaire est à quatre loges, dont chacune renferme des ovules suspendus plus ou moins nombreux. Il en est de même dans le fiuit qui est une baie nue, oblongue ou globuleuse. Les Fuchsies sont des Arbrisseaux à feuilles opposées, ternées le plus souvent, denticulées ou rarement entières; les pédoncules axillaires ou disposés en grappes sur les rameaux, portent une seule fleur souvent pendante, et ordinairement de couleur écarlate. Aux deux ou trois espèces qui étaient d'abord connues, les ouvrages de Ruiz et Pavon et de Humboldt et Kunth en ont ajouté plusieurs qui portent aujourd 'hui leur nombre à quatorze. Toutes sont d'Amérique. La plus connue est le Fuch-sia coccinea de Willdenow, ou F. Magellanica de Lamarck, joli Arbrisseau d'orangerie, très répandu depuis une vingtaine d'années dans nos jardins. Ce genre a pour synonymes le Dorvallia de Commersou, le Skinnera de Forster, le Nahusia. de Schkuhr et le Quelusia de Rœmer. (A. D. J.)

* FUCOIDES. BOT. FOSS. (Hydrophytes.) Quatorzième (genre établi par Adolphe Broneniart dans son excellent Traité des Plantes fossiles, et auquel ce savant assigne pour caractères: fronde non symétrique, souvent disposée dans un même plan, à nervures nulles ou mal limitées. Les Fucoïdes sont, à proprement parler, des Fucus fossiles. Personne avant notre zélé collaborateur n'en avait mentionné les espèces; mais dès longtemps Thore avec nous en avait observé et déterminé plusieurs dans les couches calcaires qui se délitent en tables souvent très-minces, et qui, sur les rives de l'A dour, sont connues sous le nom de Pierre de Bidache. Cette Pierre, qui ne saurait être d'une origine bien ancienne, encore qu'on u'y trouve nulles traces de productions animales et qu'elle gise à une certaine élévation au-dessus du niveau de la mef dont elle ne se trouve qu'à quelques lieues, cette Pierre contient une multitude d'Hydrophytes, ou du moins leur empreinte. Nous y avons distinctement reconnu le Fucus canaliculatus, et diverses variétés du Chondrus polymorphus. (B.)

* FUCOIDEES. Fucoideæ. BOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Agardh a donné ce nom à la famille d'Hydrophytes ou Plantes marines, que nous avons nommée Fucacée; il considère cette famille comme une section qu'il compose des genres Sargassum, Macrouptis, Cystoseira, Fucus, Furcellaria, Lichina, Polyphacum, Larninaria, Zonaria, Haliseris, Encælium, Spo-rochnus, Scytosiphon et Chordaria. Ainsi, les Fucoïdées d'Agardh sont formées de nos Fucacées, de nos Dictyotées et de quelques Floridées. Nous ne croyons pas devoir adopter une classification qui réunit des Plantes si disparates sous le rapport de leur organisation.—Ce même nom de Fucoïdées ou plutôt celui de Fucoïdes, a été donné par Roussel, dans sa Flore du Calvados, à la deuxième série de sa deuxième classe, renfermant les Plantes qu'il nomme Hydroaërées. Ray avait donné le nom de Fucoïdes à un groupe dans lequel il réunissait des Sertulaires, des Corallines, et autres Zoophytes confondues avec des Plantes et objets qui n'ont aucun rapport entre eux. (LAM..X.)

* FUCOSUS. ois. Syn. d'Aigle à queue étagée, V. AIGLE. (DR..Z.)

FUCUS. Fucus, BOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Genre de l'ordre des Fucacées, vulgairement appelé Varec, V. ce mot, syant pour caractè-

[page] 73

res: des fructifications tuberculeuses à l'extrémité de feuilles planes, rameuses, en général vésiculifères, et presque toujours munies d'une nervure simple médiane. Les nombreux développemens que nous avons donnés à l'histoire des Fucacées, nous laissent encore quelque chose à ajouter sur le genre Fucus, tel que nous le considérons d'après Lyngbye et Agardh. Réduit maintenant à quelques espèces, ce groupe offre moins d'intérêt que lorsqu'il réunissait la plupart des Plantes qui habitent l'immensité des mers. Linné et les auteurs qui l'ont suivi composaient le genre Fucus de toutes les Hydrophytes qui n'étaient point articulées, ou qui n'avaient point d'expansion d'un vert vif et brillant. Roth, Turner et beaucoup d'autres ne changèrent rien au genre Fucus de Linné. De Candolle le diminua de toutes les Plantes marines à feuilles planes et sans nervures, dépourvues de fructifications tuberculeuses, qu'il réunit aux Ulves. Ce genre ne fut pas établi dans la deuxième édition de la Néréide Britannique de Stackhouse; Lyngbye ne le forma que du Fucus vesiculosus, de ses variétés et des espèces qui en sont à peine distinctes. Agardh augmenta les Fucus de Lyngbye de plusieurs Hydrophytes, que nous croyons devoir placer dans d'autres genres. En 1750, Donati avait indiqué le genre Fucus sous le nom de Virsoides; Adanson l'adopta sous le nom de Virson; en 1800, Roussel lui donna le nom de Vésiculaires, que Stackhouse, dans sa Néréide Britannique, changea en celui d'Halidrys. Ainsi, la première idée du genre Fucus actuel appartient à Donati. En 1813, dans notre essai sur les genres des Thalassiophytes non articulées, nous avons conservé le genre Fucus, et nous l'avons composé de toutes les Hydrophytes à tubercules réunis en grand nombre dans une fructification cylindrique, plane ou comprimée, simple ou divisée, à racine en forme d'empâtement entier, un peu étendu. Ce genre était divisé en onze sections. Le nombre des espèces connues s'étant considérablement augmenté depuis la publication de notre Essai, et plusieurs botanistes ayant fait des genres de la plupart de nos sections, nous croyons, en adoptant quelques-unes des modifications modernes, devoir donner une nouvelle division de uotre genre Fucus, d'après les travaux de Stackhouse, d'Agardh et de Lyngbye, ainsi que d'après les nouvelles observations que nous avons eu occasion de faire sur ces Plantes singulières. Le premier genre a été nommé Sargassum par Agardh; nous le conservons. Nous avons nommé le deuxième Turbinaria. — Le troisième Siliquaria, établi par Stackhouse; est le genre Halidrys de Lyngbye. — Le quatrième genre se composera de tous les Fucus de notre cinquième section sous le nom de Cystoseire.

Le genre auquel Lyngbye et Agardh conservent le nom de FUCUS, se forme de toutes les Plantes de notre sixième section, et c'est lui que nous adoptons ici. Il aura pour caractères: des fructifications au sommet de feuilles planes, rameuses ou dichotoraes, ordinairement vésiculifères, presque toujours munies d'une nervure médiane. Les espèces décrites sont peu nombreuses, mais il en existe beaucoup de variétés remarquables par la singularité de leurs formes. Nous établirons également les genres: Nodularia, qu'il ne faut pas confondre avec le Nodularia de Lyngbye, qui est le double emploi d'une Chaodinée; Moniliformia et Lorea, qui correspondent à l'Himanthalia des auteurs du Nord.

Il est probable que des botanistes feront par la suite des changemeus à ces genres; nous doutons cependant qu'ils puissent être considérables, d'autant que les caractères qui les distinguent nous paraissent tranchés et faciles à observer. Les Hydrophytes du genre Fucus, tel qu'il se trouve établi ci-dessus, ont tous une tige plas ou moins longue qui s'élève d'un empâtement assez étendu; elle se divise en ra-

[page] 74

meaux ailés, partagés par une nervure, et que nous considérons comme des feuilles. Elles varient sous le rapport de la longueur et de la largeur, et se terminent par les fructifications composées de nombreux tubercules. Toutes les espèces se couvrent de houppes de poils blancs dont nous avons parlé, ainsi que des fructifications, à l'article des Fucacées. La couleur des Fucus est toujours un olive plus ou moins foncé suivant l'espèce ou l'âge de la Plante. Leur grandeur n'est jamais considérable; elle dépasse rarement six décimètres (environ deux pieds); nous n'en connaissons point au-dessous de trois centimètres (environ un pouce). Les Fucus se plaisent sur les côtes que les marées couvrent et découvrent; ils y viennent en énorme quantité; car ce sont des Plantes qui semblent vivre en société. Ils sont plus rares dans la Méditerranée ou sur les rochers qui ne sont jamais exposés à l'action des fluides atmosphériques. Les mers Australes on semblent dépourvues, ainsi que les côtes qui bordent la mer Magellant-que; du moins nous n'en avons jamais vu de ces pays éloignés: c'est vers le trente-cinquième degré de latitude nord, et dans la mer Atlantique, que les Fucus commencent à paraître; nous en avons reçu du détroit de Gibraltar, des côtes d'Espagne, de France et même de Norwège; nous en avons vu de cueillis dans le nord de l'Amérique; et nous en possédons de Terre-Neuve et des côtes des Etats-Unis, mais toujours trouvés au-delà du trente-cinquième degré de latitude, comme en Europe. — Nous ne parlerons point des usages des Fucus, et nous traiterons ce sujet à l'article des Hydrophytes. Le genre Fucus se compose des F. vesiculosus, ceranoides, longifructus, distichus, serratus, comosus, canaliculatus, Gibraltaricus, evanescens, etc., dont la plupart sont fort communes sur nos côtes, couvrant les rochers de gazons jaunâtres ou rembrunis, et qui parviennent souvent jusqu'à Paris dans les paquets de marée, ou on les mêle pour entretenir la fraîcheur des Poissons ou des Crustacés. Ces Plantes acquièrent en séchant une couleur noirâtre. Elles font le fond de ces engrais de Goémon que les habitans des rivages de la Bretagne et du Poitou recueillent pour fumer leurs terres. On assure que le Bétail s'en nourrit dans quelques parties des terres voisines au cercle polaire. (LAM..X.)

FUENGOSIE. BOT. PHAN. Pour Fugosie. V. ce mot. (G.N.)

* FUGACE. Fugax. BOT. On dit d'un organe qu'il est fugace quand il disparaît et se détache, presqu 'immédiatement après l'époque ou il a commencé à se montrer. Ainsi le calice des Pavots, la corolle d'un grand nombre de Cistes sont fugaces. On dit aussi de certaines Cryptogames, et particulièrement des Fongosités, qu'elles sont fugaces, pour désigner celles qui ne vivent que très-peu de temps. (A. R.)

FUGET. MOLL. Pour Fujet. V. ce mot. (B.)

FUGOSIE. Fugosia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Malvacées et de la Monadelphie Dodécandrie, L., établi par Cavanilles (Dissert, III, p. 174, tab. 72, f. 2) sous le nom de Cienfugosia, changé par Willdenow en celui de Cienfuegia qui n'est guère plus harmonieux. En supprimant les deux premières syllabes du nom donné par Cavanilles, le professeur A.-L. de Jussieu a formé un mot facile à retenir, et qui a été adopté par la plupart des botanistes, notamment par Persoon et De Candolle, quoiqu'il n'exprime pas l'idée du botaniste espagnol; celui-ci avait en effet voulu adresser un hommage à l'un de ses compatriotes, amateur éclairé de botanique, et nommé Cienfuegos. Voici les caractères que les atueurs attribuent au genre Fugsie: calice à cinq divisions peu profondes, ceint d'une involucelle à douze folioles très-courtes et sétacées; anthères en petit nombre, comme verticillées au-

[page] 75

tour de la partie moyenne du tube staminal; un stigmate en massue; capsule triloculaire, globuleuse, renfermant trois graines. Le professeur De Candolle (Prod. Regn. Veget. T. 1, p. 457) place ce genre à la suite du Gossypium. et du Redoutea.

La FUGOSIE DIGITÉE, Fugosia digitata, est une Plante herbacée du Sénégal, dont les feuilles sont divisées en trois ou cinq parties linéaires et obtuses; les pédoncules sont uniflores et axillaires. (G..N.)

FUIRÈNE. Fuirena. BOT. PHAN. Genre de la famille des Cypéracées et de la Triandrie Monogynie, L., établi par Rottboel, et adopté par d'autres botanistes, dont les caractères sont: des épillets disposés en ombelles axillaires ou terminales, composés d'écailles imbriquées en tous sens, uniflores, à trois nervures et aristécs à leur sommet. Le périanthe se compose de trois écailles onguiculées, également à trois nervures, et dans quelques espèces de trois soies hypogynes placées entre ces écailles; les étamines sont au nombre de trois; le style est simple, surmonté de trois stigmates filiformes; le fruit est un akène triangulaire, recouvert par les écailles du périanthe, et terminé à son sommet par la base du style.

Toutes les espèces de ce genre sont exotiqnes, et croissent eu Amérique, dans l'Inde et à la Nouvelle-Hollande. Leur port a généralement beaucoup d'élégance. (A.R.)

FUJET. MOLL. (Adanson.) Syn. de Trochus coraillinus, Gmel. (B.)

* FULCADEA. BOT. PHAN. Nom donné par Poiret au même genre que Humboldt et Bonpland ont dédié au célèbre peintre naturaliste Turpin. V. TURPINIE. (G..N.)

FULGORE. Fulgora. INS. Genre de l'ordre des Hémiptères, établi par Linné, et subdivisé depuis par Latreille qui place les espèces auxquelles il conserve ce nom dans la a mille des Cicadaires, avec ces caractères: élytres de la même consis- tance; tarses de trois articles; an tennés insérées sous les yeux, de deux ou tiois articles, dont le dernier beaucoup plus grand, presque globuleux, chagriné ayant un tubercule surmonté d'une soie; bec long, de deux ou trois articles apparens; tête pointue, prolongée ordinairement en une espèce de museau, de forme variée, avec de petits yeux lisses placés au-dessous des yeux à réseau, qui sont arrondis et saillans; trompe ou bec couché sur la poitrine, et renfermant trois soies; élytres et ailes en toit; pâtes de moyenne longueur, avec les jambes postérieures armées d'épines; tarses terminés par deux crochets et par une pelote. Ces caractères, assignés par Latreille et que nous avons cru devoir transcrire en entier, donnentune idée presque complète de l'organisation extérieure des Fulgores. Ces Insectes, remarquables par les couleurs variées et brillantes de leurs ailes, offrent encore une particularité bien curieuse dans une protubérance de leur tête qui semble être un prolongement du front. Cette protubérance, dont le volume et la forme varient, répand souvent une lumière phosphorique très-vive. Les Fulgores different des Cigales par l'absence d'un organe du chant, par l'existence d'une éminence frontale et par l'insertion des antennes; elles ressemblent, sous ces rapports, aux Flates, aux Isses et aux Derbes; mais il est encore possible de les en distinguer par quelques signes faciles à saisir. Elles ont enfin de l'analogie avec les Cicadelles; mais l'insertion très-différente des antennes suffit seule pour empêcher de les confondre. La plupart aes espèces propres à ce genre sont exotiques; elles habitent l'Amérique méridionale, Cayenne, la Guadeloupe, le Sénégal, les Indes-Onentales, la Chine. On ne connaît pas leurs mœurs. Nous citerons:

La FULGORE PORTE-LANTERNE, F. saternaria, L., ou le grand Porte-Lanterne des Indes-Occidentales, figurée par Stoll (Cic., pag. 13, tab. 1, fig. 1), par Réaumur (Mém. sur les

[page] 76

Ins. T. v, pl. 20, fig. 6 et 7), par Roësel (Ins. T. 11, Locust., tab. 28 et tab. 29), et principalement par Méfian (Hist. des Ins. de Surinam, p. 49, pl. 49) sous le nom de Laternarius. Cet observateur nous apprend que leur tête répand la nuit une lumière très-vive, à la clarté de laquelle il ne serait pas difficile de lire, et que pendant le jour elle est transparente comme une vessie et rayée de rouge et de vert. Réaumur, curieux d'éclaircir par l'anatomie la cause de ce phénomène singulier, ouvrit une de ces vessies desséchées; mais il ne trouva dans son intérieur qu'une cavité pleine d'air et ne renfermant aucun organe. L'individu qu'il avait observé était desséché. Cette espèce n'est pas rare à la Guadeloupe et à Cayenne; on la nomme Mouche luisante ou Mouche à feu; elle vole très-bien et se tient habituellement sur les sommités des grands Arbres. Quelques naturalistes ont paru douter de la propriété qu'avait la tête de ces Animaux d'être phosphorescente; ils ont cité à l'appui de cette opinion l'observation faite par le savant Richard, qui, ayantélevé à Cayenne plusieurs individus de la Fulgore porte-lanterne, n'a jamais pu voirces Insectes lumineux. Cetémoignage, quelque respectable qu'il soit, ne suffit cependant pas pour révoquer en doute un fait constaté avec beaucoup de précision par Mérian, et généralement reçu dans le pays. Le nom que l'lusecte porte ne saurait avoir été imaginé à dessein; on doit plutôt en conclure que la Fulgore porte-lanterne ne jette de lumière phosphorique qu'à une certaine saison de l'année et peut-être à volonté, comme le font nos Vers luisans ou Lampyres.

La FULGORE PORTE-CHANDELLE, F. Candelaria, Fabr., ou la Cigale chinoise porte-lanterne de Stoll (loc. cit., p. 44, pl. 10, fig. 46, et fig. A), représentée par Roësel (loc. cit. T. 11, Luc., tab. 3o, fig. 1, 2, 3), est trèscommune dans les collections, et se trouve abondamment à la Chine.

La FULGORE TéNéBREUSE, F. tenebrosa, Oliv., Encycl. méth., ou la Cigale porte-lanterne brune de Guinée, Stoll (loc. cil., p. 21, tab. 2, fig. 7). On la trouve en Guinée. Olivier (loc. cit.) décrit plusieurs autres espèces de Fulgores dont plusieurs appartiennent à des divisions qui ont été démembrées du grand genre Fulgore de Linné. V. FUL-GORELLES. Parmi les Fulgores proprement dites, on doit cependant distinguer encore:

La FULGORE D'EUROPE, F. Europæa, L., Fabr., ôu la Cigale à tête en pointe conique de Stoll (loc. cit., p. 48, pl. 11, fig. 51). On la trouve dans le midi de la France, en Sicile et en Italie. V., pour les autres espèces, Fabricius. (AUD.)

FULGORELLES. Fulgorellæ. INS. Division établie par Latreille dans la famille des Cicadaires, et correspondant au grand genre Fulgore de Linné. Elle renferme divers genres qui en ont été démembrés, tels que Fulgore propre, Asiraque, Delphax, Tettigometre, Lystre, Flate, lsse et Derbe. V. ces mots et CICADAIRES. (AUD.)

FULGUR. MOLL. Nom latin employé par Montfort pour désigner scientifiquement son genre Carreau. Il le proposa pour le Murex perversus de Linné, la Pirula perversa de Lamarck. Ce genre ne repose sur aucun bon caractère, et ne se distingue des autres Pirules que par un rudiment de pli qui, se voit sur la columelle; encore semble-t-il plus fort par la manière dont la columelle se contourne; c'est doucà tort que Férussac (Tabl. Syst. des Anim. moll.) regarde ce genre de Montfort comme l'analogue du genre Fasciolaire dans lequel il sera toujours impossible de le faire rentrer. (D..H.)

FULICA. OIS. V. FOULQUE.

FULIGO. BOT. CRYPT. (Lycoperdacées. ) Genre établi par Haller, adopté par Persoon, et ayant pour type le Mucor septicus de Linné. Il a été aussi nommé Æthalium par Link

[page] 77

(Observ. I, p. 24), el Bulliard l'avait placé dans son genre Réticulaire composé d'élémens hétérogènes.

Les espèces de Fuligo ont des formes très-variées; elles sont d'abord pulpeuses, communément étalées, velues à l'extérieur ou garnies de fibrilles; leur base est membraneuse, et leur intérieur cellulaire, fibreux ou poilu. Le nom de Fuligo vient de la facilité avec laquelle ces Cryptogames se résolvent en poussière. Leur place n'est pas encore bien déterminée. (G..N.)

FULLO. OIS. Syn. de grand Jaseur. V. ce mot. (DR..Z.)

* FULLO. INS. Nom scientifique du Hanneton, vulgairement appelé Foulon. (B.)

* FULLONIQUE. Fullonica. POIS. Espèce du genre Raie. V. ce mot. (B.)

FULMAR. OIS. Espèce du genre Pétrel. V. ce mot. (DR..Z.)

FULMINAIRE. MOLL. POSS. On Pierre-de-Foudre. On a donné anciennement ce nom aux Bélemnites et aux Oursins fossiles qu'on croyait le produit du tonnerre. (B.)

FULVIE. REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre. (B.)

* FUMAGO. BOT. CRYPT. (Mucédinées.) Genre formé par Persoon (Mycologia Europæa, p. 9) qui le caractérise ainsi: croûte noire composée d'une matière presque compacte, composée de fibrilles rares sur lesquelles sont dispersées les sporules. Les espèces de ce genre se trouvent sur les feuilles de plusieurs Arbres d'Europe, et notamment du Tilleul, de l'Erable, du Peuplier, du Saule, du Pommier, etc.; elles leur donnent une telle apparence, qu'on dirait qu'elles ont été exposées à la fumée. L'auteur en a décrit sept divisées en deux sections: la première comprend les espèces dont la conformation est homogène, ou les Fumago vagans et F. Mali. La seconde, nommée Polychæton, est caractérisée par une croûte velue, avec des soies rigides et éparses. Elle se compose des Fumago Quercinum, F. Citri, F. Fagi, F. llicis et F. Typhæ. (G..N.)

FUMARIA. BOT. PHAN. V. FUMBTERRE.

FUMARIACÉES. Fumariaceæ. BOT. PHAN. Le genre Fumeterre avait été placé par Jussieu à la suite des Papavéracées. De Candolle a proposé le premier d'en former le type d'une famille distincte, mais qui doit demeurer à côté des Papavéracées dont il est impossible de l'éloigner. Voici qnels sont les caractères généraux des Fumariacées: ce sont toutes des Plantes herbacées, annuelles ou vivaces, dont la tige est charnue, simple ou plue souvent ramifiée; les feuilles alternes, décomposées en un grand nombre de divisions grêles qui es font ressembler à des feuilles composées. Les fleurs sont jaunes ou rougeâtres, généralement disposées en epis terminaux. Leur calice se compose de deux petits sépales caducs opposés, ordinairement dentés; la corolle est irrégulière, formée de quatre pétales inégaux; en général elle est plus ou moins tubuleuse par le rapprochement des pétales qui sont quelquefois soudés entre eux par la base; le supérieur est généralement le plus grand. ll se termine à sa partie inférieure par un éperon recourbé ou simplement par une bosse arrondie; des trois autres deux sont latéraux et semblables, un inférieur; les étamines sout au nombre de six, diadelplies, c'est-à-dire formant deux faisceaux, l'un inférieur placé sur le pétale inférieur, l'autre supérieur, adhérent par sa base avec les deux pétales latéiaux; chaque androphore est plane, allongé, simple, terminé par trois anthères, une moyenne à deux loges et deux latérales uniloculaires, s'ouvrant par un sillon longitudinal; très-rarement les six étamines sont libres et distinctes; l'ovaire est libre et supère, tantôt globuleux, uniloculaire et contenant quatre ovules, tantôt allongé, et en offrant plusieurs attachés à deux trophospermes longitudinaux

[page] 78

placés en face de chaque suture; le style est grêle, simple, quelquefois peu distinct du sommet de l'ovaire; le stigmate est déprimé, un peu inégal et comme discoïde; le fruit est tantôt un akène globuleux, tantôt une capsule uniloculaire allongée ou vésiculeuse, renfermant deux ou plusieurs graines fixées à deux trophospermes suturaux; cette capsule s'ouvre généralement en deux valves; les graines sont globuleuses, couronnées par une caroncule arilliforme; elles contiennent, dans un endosperme charnu, un embryon petit, un peu latéral, quelquefois recourbé et placé transversalement. Cette famille, ainsi que nous l'a vons dit precédemment, a les plus grands rapports avec les Papavéracées; mais cependant on peut l'en distinguer par son suc propre, qui est aqueux et jamais blanc ou jaunâtre comme dans ces dernières; par la corolle constammentirrégulière, par six étamines dia-delphes et la structure des anthères. Elles ont aussi beaucoup d'affinité avec les Crucifères et notre nouvelle familledes Balsaminées. Mais il est facile d'en saisir les différences.

La famille dont nous nous occupons ici se compose uniquement du genre Fumaria de Linné; mais ce genre a été successivement divisé en un assez grand nombre d'autres genres, en sorte qu'aujourd'hui on en compte six formant ce petit groupe naturel. Ventenat a d'abord séparé du. genre Fumaria, les espèces dont le fruit est allongé et contient plusieurs graines, et en a fait son genre Cory dalis, nom qui avait déjà été proposé par Mœnch pour quelques espèces seulement.Depuis cette époque, les espèces de ce genre ayant été mieux étudiées, on en a fait quatre autres genres, savoir Diclytra de Borckhausen; Adlumia de Rafinesque; Cysticapnos de Gaertner, et Sarcocapnos de De Candolle. V. chacun de ces mots.

On compte environ une cinquantaine d'espèces distribuées dans les six genres que nous venons de mentionner. Presque toutes sont originaires des parties tempérées de l'hémisphère boréal. Environ huit ont été trouvées dans l'Amérique septentrionale; quinze en Europe; deux en Barbarie; cinq en Orient; treize en Sibérie et dans le nord de la Chine; deux au Japon et deux au cap de Bonne-Espérance.

Les Fumariacées ne diffèrent pas moins des Papavéracées par leurs propriétés médicales, que par leurs caractères botaniques. On sait que ces dernières sont âcres et narcotiques; les autres, au contraire, ont une saveur franchement amère, et sont employées comme toniques et dépuratives. (A.R.)

FUMÉES VOLCANIQUES. GÉOL. Dans l'usage où furent la plupart des écrivains quis'occupèrent des volcans, d'exagérer leurs effets pour en rendre la peinture plus terrible, et d'accompagner les descriptions qu'ils donnèrent des secousses éruptives, de circonstances qui cependant en étaient presque toujours indépendantes on fit jouer un grand rôle à la Fumée dans l'histoire des montagnes ignivomes. Pline le Jeune ayant mentionné une Fumée effrayante et profondément obscure, qui s'élevait en forme d'un immense Pin sur le Vésuve, quand son oncle en devint la victime, la Fumée en forme de Pin devint, ainsi qu'une chaleur suffocante, la terreur des Animaux, les tonnerres, les grondemens souterrains, les éclairs, les flammes dévorantes, etc., un caractère indispensable de toute éruption décrite dans les livres ou dans les gazettes. La Fumée, dans les volcans, n'est cependant qu'un incident fort simple, et qui, presque toujours, tient à des causes locales. Il ne s'en élève point d'aussi épaisses qu'on le suppose des cratères qui, le plus communément, lorsqu'ils sont en travail, ne produisent que des vapeurs à peine visibles durant le jour, mais rougeâtres la nuit, parce qu'elles sont pénétrées de la lumière sinistre produite par les embrasemeus de la cheminée

[page] 79

volcanique. Nous ne pouvons mieux comparer ces émanations, à travers lesquelles nous avons plusieurs fois distingué les objets an-dessus des eratères embrasés, qu'à celles qu'on voit onduler au-dessus de nos champs dépouillés durant les chaleurs des jours les plus accablans de nos arrière-étés. Il arrive dans quelques éruptions où les cratères ne se remplissent pas de matières eà fusion; mais avant de s'embraser, lancent dans les profondeurs de la montagne, des cendres ou autres laves réduites en poussière d'une certaine ténuité; il arrive, disons-nous, que ces poussières ou cendres, élevées avec les vapeurs, donnent à celles-ci une teinte plus ou moins foncée, et la Fumée en forme de Pin de Pline le Jeune, n'clait que des cendres poussées de la sorte dans les hautes régions de l'atmosphère, par des vapeurs qui ne manquèrent pas de devenir inappréciables à l'œil, quand les fragmens pulviformes, entraînés hors de la ligne impulsive d'action, tombèrent à la surface du sol, en conséquence de leur pesanteur. De tels cas sont beaucoup plus rares qu'on ue l'a dit. Quant aux Fumées, souvent fort épuisses, semblables en grand à celles qui s'élèvent de l'eau bouillante, et qu'on aperçoit souvent à la surface des courans de laves lorsqu ïls commencent à se figer, ou quand ils sont figés tout-à-fait, elles proviennent de l'humidité qui se trouvait contenue dans le sol sur lequel coulèrent les laves, et qui, réduite en vapeur par la chaleur existante au point de contact, profite des premières crevasses produites par le refroidissement pour s'échapper dans l'atmosphère. Nous avons vu de pareilles Fumées s'épaissir au point de couvrir les environs d'un brouillard extraordinairement épais, après des ondées de pluie tombées sur des coulées non encore totalement refroidies. — De tous les accidens de ce genre, le plus remarquable par sa pompeuse magnificence, est celui que détermine un courant igné, échappé des flancs d'un volcan en éruption, et tombant, encore incandescent, dans les flots de l'Océan, tout-à-coup vaporisés. α Vous vous rappelez, nous écrivait à ce sujet Huber de l'île Ma careigne(Voyage aux quatre îles d'Afrique, T. III, p. 351), la lettre où je vous disais que, me trouvant en 1800 enveloppé par la Fumée de la lave tombant à la mer dans l'éruption de la ravine Citron-Galet, je fus couvert, ainsi que les pierres et les Plantes qui se trouvaient auprès de moi, d'une poussière blanche, que je reconnus être du sel marin. La formation de ce sel, et la manière dont il s'élève avec une Fumée qui n'est que l'eau réduite en vapeur, n'était pas difficile à concevoir; et j'ai produit depuis le même effet en diminutif, en jetant de l'eau de mer sur des morceaux de lave rougie au feu, ou même sur du Fer fortement chauffé.» Le sel, tout-à-coup réduit en poudre, donnait à la Fumée une couleur blanche très-re-marquable. Dans l'épaisseur de cette teinte, Huber remarqua des parties sombres et très-rembrunies; il se rappela aussitôt ca que rapporte Hamilton des Fumées du Vésuve, � qui sont, dit cet Anglais, de deux espèces, les unes blanches comme des balles de coton, et les autres noires.� � Cependant, ajoutait Huber, en examinant plus attentivement les deux Fumées blanche et noire qui sortaient du même point, je remarquai que la noire se trouvait du côté opposé au soleil, et je présumai que la prétendue Fumée noire n'était que l'ombre de celle qui se trouvait entre le soleil et elle.» Notre observateur a remarqué, de même qu'Hamilton, que les Fumées résultantes du contact subit de la lave coulante avec la mer, s'élèvent en spirale; ce qui tient au poids de la poussière de sel tenue en suspension, qui, après avoir été d'abord poussée eu gros flocons par la force ae l'eau réduite en vapeur, retombe peu à peu sur elle-même en tournoyant. (B.)

FUMEROLLES. GÉOL. Ouvertures

[page] 80

ou crevasses qu'on trouve dans certains cratères de volcans brûlans, ou à la surface de coulées de laves nouvellement émises et d'où s'échappent des vapeurs et des fumées. (B.)

FUMETERRE. Fumaria. BOT. PHAN. Ce genre, de la Diadelphie Hexandrie, L., placé par Jussieu parmi les Papavéracées, est devenu pour De Candolle le type d'une famille nouvelle à laquelle il a donné son nom et qu'il forme seul; car les six genres qui la composent ne sont que des démembremens du Fumaria de Linné. Les différences de structure dans le fruit et celles des quatre pétales tantôtlibres, tantôt diversement soudés entre eux, et dont un seul le plus souvent, ou plus rarement deux; se prolongent à sa base ou en bosse ou en éperon: tels sont les caractères qui ont servi à distinguer ces six genres. Ceux du Fumaria, ainsi limité, sont les suivans: deux sépales opposés; quatre pétales, l'inférieur libre, les trois supérieurs inférieurement soudés et celui du milieu éperonné à sa base; six étamines soudées trois à trois en deux faisceaux alternant avec les sépales, et dans chacun desquels les trois filets sont unis presque jusqu'au sommet, planes et dilatés inférieurement; les anthères granuleuses, celle du milieu à deux loges, les deux latérales à une seule, sans doute par avortement; un style simple, plane, souvent marqué d'un sillon longitudinal, caduc, articulé avec le sommet de l'ovaire et terminé par un petit cône, des deux côtés duquel sont deux stigmates lamelliformes; un ovaire comprimé, dans lequel nous avons observé, lorsqu'il est très-jeune, quatre ovules suspendus le long de deux placentas latéraux opposés; ces ovules sont déjà fort inégaux, et l'un d'eux l'emporte plusieurs fois en volume sur les autres. Il vient seul à maturité, et le fruit indéhiscent simulerait ainsi un akène, si l'attache de la graine n'était latérale. Il est ovoïde ou globuleux, relevé de deux côtes peu saillantes, indices des deux placentas lon-gitudinaux dont nous avons parlé.

Les espèces de ce genre sont des Herbes des consistance tendre, ordinairement rameuses, à feuilles alternes, plusieurs fois pinnées, dont les folioles sont plus ou moins étroites, plus ou moins profondément lobées. Les fleurs petites, blanchâtres ou nuancées de pourpre, sont disposées en grappes terminales ou opposées aux feuilles. De Candolle en décrit quatorze qu'il distribue en deux sections: la première, qu'il distingue par le nom de Platycapnos, a ses fruits ou silicules comprimés, et comprend trois espèces; l'une du midi de l'Europe, l'autre de l'Orient, la troisième de l'Atlas. La seconde section, caractérisée parses fruits globuleux, qu'indique le nom de Sphærocapnos, se compose de six espèces, toutes plus ou moins communes en France, ou même dans nos environs. Du nombre de ces dernières sont:1e Fumaria capreolala, dont les pétioles se terminent en vrilles; le F. parviflora, à fleurs trèspetites, blanchâtres et marquées de taches d'un pourpre noir, à feuillage glauque et finement découpé; le F. officinalis, si connu sous le nom de Fumeterre et si répandu dans nos champs et nos jardins. Les cinq dernières espèces, originaires de l'Europe méridionale ou exotiques, ne sont encore connues que d'une manière incomplète. (A.D.J.)

FUNAIRE. Funaria. BOT. CRYPT. [Mousses.) Genre constitué par Hedwig, dabord sous le nom de Kælhreutera, qu'il changea lui-même en celui de Funaria aujourd'hui généralement adopté. Il l'a formé aux dépens des Mnium, genre ou Linné avait placé plusieurs Mousses peu analogues, et qui, dans la réforme de la muscologie, n'a pas été conservé. Palisot-Beauvois a cru devoir substituer au nom de Funaria celui de Strephedium; mais cette innovation ne paraît pas avoir été prise en considération, non plus que la dénomination de Luida qui avait été autrefois employée par Adanson. Voici les caractères assignés

[page] 81

par Hedwig et De CandoHe au genre qui nous occupe: capsule terminale et pyriforme; péristome double, l'exterieur à seize dents tordues obliquement et soudées par leur partie supérieure, l'intérieur à seize cils planes, membraneux et opposés aux dents du rang extérieur; coiffe ventrue, tétragone à sa base, subulée au sommet, se fendant de côté et se détachant obliquement. Selon Hedwig, les Mousses de ce genre sont dioïques, et les fleurs mâles sont formées par les gemmules ou disques terminaux.

Les espèces de Funaires sont peu nombreuses; elles habitent principalement les contrées septentrionales de notre hémisphère. Cependant il en est quelques unes qui croissent dans des pays assez chauds; telle est la Funaria Fonlanesii, Schwægr., qui a été trouvée en Barbarie et en Egypte par Desfontaines et Delile. Mais l'espèce la plus digne d'attention, parce qu'elle est très commune en Europe, sur les murs, les rochers et les pentes un peu humides, et parce qu'elle présente un phénomène d'hygroscopicité bien plus marqué que dans toute autre Mousse (excepté peut-être le Tayloria splachnoides, Hook., dont les dents du péristome sont éminemment hygroscopiques), c'est la FUNATRE HYGROMÉTRIQUE, Funaria hygrometrica, Hedw., Mnium hygrometricum, L. et Dillen, Musc., t. 58, f. 7 5. Cette Mousse a une tige légèrement rameuse, garnie de feuilles étalées, oblongues, pointues, à une nervure médiane et entière sur les bords; la capsule est grande, oblique, striée, d'un brun rougeâtre, et supportée par un long pédicelle qui se tord sur lui-même pendant la dessiccation et se déroule avec rapidité lorsqu'on l'humecte même assez légèrement, comme par exemple avec le souffle humide de la respiration. (G..N.)

FUNDULE. Fundulus. POIS. Le genre formé sous ce nom par Lacépède, et auquel ce savant donne pour caractères: corps et queue presque cylindriques, point de barbillons, des tome vu. dents aux mâchoires, et une seule dorsale, n'a même point été mentionné par Cuvier. Distrait du genre Cobite, il parait devoir rentier parmi les Pœcilies. v. ce mot. (B.)

* FUNERAIRE, INS. (Fourcroy.) Espèce de Phalène des environs de Paris. (B.)

FUNGICOLES. Fungicolæ. INS. Famille de l'ordre des Coléoptères, section des Trimères, établi par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.), et distincte de celle des Aphidiphages par des antennes plus longues que la tête et le corselet; par des palpes maxillaires filiformes, ou simplement un peu plus gros à leur sommet; enfin, par la forme plus oblongue de leur corps, dont le prothorax est en trapèze. Quelques Insectes de cette famille vivent sous les écorces des Arbres; mais le plus grand nombre habitent quelques Champignons et se nourrissent de leur substance.

Les Fungicoles comprennent plusieurs genres qui peuvent être rangés dans deux sections.

† Pénultième article des tarses bilobé; neuvième et dixième articles des antennes en forme de cône ou de triangle renversé, et composant avec le dernier une massue; tête plus étroite que le prothorax.

Genres: EUMORPHE, LYCOPERDINE, ENDOMYQUE.

†† Tous les articles des tarses entiers; derniers articles des antennes globuleux et velus; tête presque aussi large que le prothorax.

Genre: DASYCÈRE.

V. ces mots. (AUD.)

FUNGIE, FUNGITE OU FUNGOIDES. POLYP. Les anciens oryctographes désignent sous ces différens noms des Polypiers fossiles assez communs dans tous les terrains et que nous regardons comme des Alcyonaires. (LAM..X.)

* FUNGINE. BOT. CRYPT. Principe immédiat des Végétaux qui constitue la substance charnue des Champignons; elle est blanche, mollasse, lé-

TOME VII. 6

[page] 82

gèrement élastique; elle donne à l'analyse chimique de l'huile empyreumatique, de l'acétate d'Ammoniaque, des phosphates de Chaux, de Fer et d'Alumine, du sous-carbonate de Chaux et de l'Eau. On l'obtient pure en traitant les Champignons par l'eau bouillante, chargée d'un peu d'Alcali. (DR..Z.)

FUNGITE. POLYP.. V. FUNGIE.

FUNGOIDASTER, BOT. CRYPT. (Champignons.) Micheli désignait sous ce nom les espèces qui rentrent dans les genres Merulius et Helvella des botanistes modernes. V. ces mots. (G..N.)

* FUNGOIDES. BOT. CRYPT.

(Champignons.) Cette dénomination vicieuse a été employée par plusieurs botanistes pour désigner des Champignons de genres différens. Le Fungoides de Tournefort se rapporte au Peziza de Linné ou Cyathus de Haller; celui de Vaillant au Fungoidastet de Micheli ou Merulius des modernes. Dillen et Rai nommaient aussi Fungoides diverses espèces de Clavaires et de Stemonitis. (G..N.)

* FUNGULUS. BOT. CRYPT. Cemot, qui signifie petit Champignon, a été employé par Menizel pour exprimer des Cryptogames de familles diverses; tels sont entre autres un Cyathus et le Bæomyces ericetorum. V. ces mots. (G..N.)

FUNGUS, BOT. CRYPT. V. CHAMPIGNONS.

* FUNICULAIRE. Funicularius. BOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Genre de Plantes marines établi par Roussel dans sa Flore du Calvados; il se compose des Fucus concatenatus d'Esper et Fucus loreus de Linné qu'il divise en trois espèces. Ni le genre, ni les espèces n'ont été adoptés par les naturalistes. (LAM..X.)

FUNICULE. Funiculus. BOT. PHAN. Quelques auteurs donnent ce nom au podosperme ou cordon ombilical de la graine, V. PODOSPERME. (A. R.)

FUNICULINE. Funiculina. POLYP.

Genre de l'ordre des Zoophytes libres ou nageurs dans la classe des Polypes à polypiers. Corps libre, filiforme, très-simple, très-long, charnu, garni de verrues ou papilles polypiferes, disposées par rangées longitudinales. Au centre, un axe grêle, corné ou subpierreux; Polypes solitaires sur chaque verrue. Ce genre a été établi par Lamarck aux dépens des Pennatules de Linné; ce sont des Polypiers flottans ou nageurs, très-voisins des Vérétilles; ils offrent, comme ces dernières, un corps libre, très-simple, n'ayant ni crêtes, ni papilles polypifères; mais les Funicules ayant le corps filiforme, grêle et fort long, et les verrues ou papilles qui poitent leurs Polypes se trouvant par rangées longitudinales, ces caractères paraissent suffisans pour autoriser leur distinction d'avec les Vérétilles. Ces Zoophytes ayant les mœurs, les habitudes des Pennatules et une organisation presque semblable, on ne doit pas s'étonner si on les a longtemps confondus ensemble; Lamarck en a fait un genre particulier facile à distinguer par le défaut de cellules polypifères. Les Funicules, quoique très-peu nombreuses en espèces, se trouvent à des latitudes très-différen-tes les unes des autres. (LAM..X.)

FUNKIE. Funkia. BOT. PHAN. Willdenow a donné le nom de Funkia Magellanica à une Plante qui croît à la Terre de Feu et qui a été décrite par Forster (Gætt, 9, p. 30, t. 6) sous le nom de Melanthium pumilum. D'après les observations de R. Brown (Prodr. Nov.-Holl., p. 291), cette Plante serait une espèce d'Astelia, genre intermédiaire entre les Asphodélées et les Joncées. V. ASTéLIE.

Un autre genre Funkia a été établi par Sprengel aux dépens du geure Hemerocallis; il n'a pas encore recu la sanction des botanistes. V. HÉMÉROCALLE. (G..N.)

* FUON-HIA. BOT. PHAN. Nom chinois de l'Arum Dracuntium, fort employé dans le pays comme médicament. V. GOUET. (B.)

[page] 83

*FUR. OIS. (Bartholin.) Syn. dü Labbe. V. STERCORAIRE. (DR..Z.)

*FURCELLAIRE.FURCELLARIA. UOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Genre de l'ordre des Fucacées dans la classe des Hydrophytes non articulées; ayant pour cai actères: une i\ uctificatiou si* liqueuse, ordinairement simple, subu-lée, à surface unie; tige et rameaux cylindriques et s*ns feuilles. Ce genre, composé seulement de deux espèces, diffère des autres Fucacées par la fructification toujours rabôteusedans ces Végétaux à cause de l'ouverture saillante des tubercules. Roussel l'a-vait indiqué dans sa Flore du Calvados, sous le nom de Furcullaire que Stackhouse a changé en celui de Fastigiaire; ces auteurs avaient composé leurs genres de plusieurs Hydrophytes qui n'ont entre elles aucun rapport. Agardh, dans son Synopsis Algarum Scandinaviæ, a conservé le genre Furcellaria, et la placé comme nous parmi les Fucacées; mais il y a réuni à tort le Fucus iycopodioides de Turner. Agardh, dans son Species, a reconnu son erreur. Lyngbye, dans son Tentamen Hydrophytologiæ Danicæ, a également conservé le genre Furcellaria, et le compose.du Fucus furcellatus de Linné, et du Fucus rotundus de Gmelin, que nous regardons comme typ-d un genre particulier de l'ordre des Floridées. Il le place entre ses genres Gigartina et Chordaria, ce qui nous porte à croire qu'il le considère comme uneFloridée. Cependant l'organisation des tiges dans les parties inférieures des vieüx individus est évidemment analogue à celle des Fucacées. Si la fructification était parfaitement semblable à celle des Floridées, nous ne balancerions pas un moment, malgré l'organisation de la tige, à porter les Furcellaires dans cette classe; mais comme il n'est pas encore décidé si cette fructification renferme des tubercules, ou seulement des capsules granulifères, nous conserveions provisoirement le genre Furcellaire parmi les Fucacées, à cause de l'organisatioa des tiges. La fructification des Furcdlaires est en forme de silique allongée, ordinairement simple, quelquefois bifide ou trifide dès sa base, située à l'extrémité des rameaux. Elle renferme de petits corpuscules ovoïdes, situés à la circonférence sur un ou deux rangs; sont-ils des tubeicules, avec des capsules ? Lorsque les granules sont par* venus à leur maturité, les fructifications se décomposent, se détachent de l'extrémité des rameaux qui paraissent alors comme tionqués. De ces extrémités sortent, la seconde au-née, ou dans l'arrière-saison, lorsque les chaleurs se prolongent plus qu'à l'ordiuaire, de nouvelles fructifications, beaucoup plus petites que les prenières, d'une couleur rougeâtre, contenant également de petits corps allongés ou ovales, qui parviennent rarement à leur maturité. Les Fur-ce lia ires sont donc des Hydrophytes bisannuelles. La couleur de ces Hantes varie fort peu; elle est olivâtre et devient noire par la dessiccation ou par l'exposition à l'air et à la lumière; quelquefois elle prend une nuance d'olive rougeâtre, ou de vert d'herbe, mais c'est très-rare. Leur grandeur varie de dix à vingt-cinq centimètres (trois à dix pouces). Elles se trouvent au-dessous de la ligne des marées or-* dinaires; on ne les voit jamais sur les rochers que les marées couvrent et découvrent chaque jour.

Le Furceilaria lumbricalis est très-commun depuis le nord de l'Europe jusqu'au cap Finistère en Espagne qu'il semble ne point dépasser. Le ZV//TC. fastigiata n'est pas rare dans la Méditeiranée. Ce sont, jusqu'à présent, les seules Hydrophytes de ce genre de Fucacées. (LAM..X.)

FURCOCERQUE. furcocerca. INF. Lamarck établit sous ce nom et comme le dernier de la classe des In-fusoires, un genre qu'on doit adopter, en rectifiant néanmoins ses caractères qui consisteront désormais en un corps ovale-oblong, un peu comprimé, continu, c'est - à - dire

6*

[page] 84

sans articulations, nu, sans gîne ni test, postérieurement terminé par une queue fourchue qui est la continuation du corps même. Nous le rangeons dans notre famille des Urodiées. Le savant professeur du Muséum, qui n'avait établi le genre qui nous occupe que d'une manière provisoire, y avait placé des espèces trop incohérentes pour y pouvoir demeurer, et, induit en erreur par Müller, le Cercaria viridis de cet auteur, qui n'a point, comme il l'assure, de queue fourchue. Nous citerons dans ce genre: 1. le Furcocerca ser-rata, N.; Furcularia furcata, Lamk., Anim. s. vei t. T. II, p. 39; Vorticella furcata, Müll.; Encycl. Vers., pl. 22, fig. a4-27. Cette espèce que Müller a figurée le premier, se trouve dans les infusions de foin; elle est antérieurement tronquée et dentée en scie, mais non ciliée comme semble le croire l'illustre Lamarck en la plaçant dans un genre auquel il assigne des organes ciliaires ou natatoires; 2. Furcocerca Podura, Lnmk., loc. cit. T. i, p. 447; Cercaria Podura, Müll.; Encycl. Vers., pl. 9, f. 1-5. C'est certainement par erreur que Müller a représenté un individu e cette espèce couvert de petits poils: nous pouvons affirmer qu'elle est absolument glabre; de tels poils l'eussent rejetée dans un autre ordre; clle habite dans les marais parmi les Lenticules; 3. Furcocerca trilobata, N.; Poisson à tête de Trèfle, Joblot, part. 2, p. 79, pl. 10, f. 22. Cette espèce dont le nom indique le caractère se rencontre dans les infusions d'écorce de Chêne. (B.)

FURCRéE. Furcræa. BOT. PHAN. Genre proposé par Ventenat pour I' Agave fœtida, a cause de son calice plus profondément divisé, de ses étamines incluses, ayant les filets élargis à leur base. Mais ces caractères n'ont pas paru suffisans pour faire adopter ce genre. V. AGAVE. (A. R.)

FURCULAIRE. Furcularia. INF. Genre de la famille des Rotifères, formé par Lamarck (Anim. sans vert. T. 11, p. 36) qui le place parmi les Polypes ciliés, et dont les caractères sont: corps libre, contractile, contenu dans un fourreau oblong, terminé par une queue fissée qui s'y articule et n'en est pas un simple prolongement. Lamarck dit avec raison que les Furculaires rappellent par leur forme et leur aspect les Furcocerques et les Tricocerques; elles présentent même, selon nous, tant de rapports avec ce dernier genre, que celui-ci ne peut être conservé, et que ses espèces les plus remarquables doiveut rentrer parmi les Animaux qui nous occupent. Les Furculaires sont encore fort voisines des Brachionides, mais n'ont pas comme eux de véritable test. Elles offrent encore des rapports avec les Urcéolariées, mais leur queue articulée les en sépare essentiellement. Les espèces de ce genre intéressant sont assez nombreuses: nous citerons comme les plus remarquables: 1. Furcularia Larva, Lamk., loc. cit., pag. 37; Vorticella, Müll., Encycl., pl. 21, f. 9-11, qui ressemble à une petite Chenille, et habite l'eau de mer; 2. Furcularia aurita, Lamk., p. 38; Vorticella, Müll., Encyclopédie, pl. 21, fig, 17-19, qui semble avoir le corps réticulé, et qui se trouve parmi les Lenticules; 3. Furcularia longiseta, Lamk., pag. 79; Vorticella, Müll., Encycl., p. 22, f. 16-17, remarquable par l'excessive longueur de ses appendices; 4. Furcularia longicauda, N.; Triocerca longicauda, Lamk., loc. cit., p. 23; Trichoda, Müll., Encycl., pl. 16, f. 9-11, que Lamarck avait placé dans un genre dont nous avons dû l'extraire; 5. Furcularia Stentorea, N.; Trichocerca Pocillum, Lamk., loc. cit., p. 26; Trichoda, Müll., Encycl., pl. 15, fig. 19-21, qui nous paraît devoir former peut-être un cenre nouveau. Sa figure ur-céolaire, et surtout sa queue formée de plusieurs articulations très-saillantes et de cinq divisions dont une impaire plus petite, et les autres deux à deux et opposées, semblent devoir isoler cet Animal qui habite

[page] 85

l'eau des marais o'u Eichorn l'observa le premier. (B.)

FURERA. BOT. PHAN. (Adanson.) Syn. dePycnanthème. V. ce mot. (B.)

FURET, MAM. Espèce du genre Marte. V. ce mot. (B.)

FURET DE JAVA. V. VANSIRE.

FURET DES INDES. V. MANGOUSTE.

FURET (GRAND). C'est le Grison. V. GLOUTON.

FURET (PETIT). C'est le Tayra. V. GLOUTON. (AUD.)

FURIE, MOLL. Nom vulgaire et marchand de l'Area pilosa. (B.)

FURIE. Furia. INT.? Linné avait établi sous ce nom, parmi les Vers intestinaux, un genre qu'il plaçait entre les Gordius et Lombricus, et auquel il attribuait pour caractères: corps filiforme, égal, garni de chaque côté d'une série de poils réfléchis et déprimés. Il nomma infernale, Furia infernalis, la seule espèce qu'il y comprenait, et qu'il croyait habiter sur les Arbres et sur les Plantes des marais de sa patrie, d'où elle se jetait sur les Hommes et sur les Animaux, pénétrait dans leur chair, en leur causant des douleurs atroces qui se terminaient ordinairement par la mort. Il paraît que Linné fut induit en erreur par un préjugé populaire; il crut même une fois avoir été piqué par sa Furie, à l'existence de laquelle cependant personne ne croyait plus depuis long-temps, si ce n'est Gmelin, qui, dans sa treizième édition du Systema na-turæ, n'a pas manqué de reproduire minutieusement la description de cet Animal fabuleux. (B.)

FURNARIUS. OIS. (Vieillot.) Syn. de Fournier, V. OPHIE. (DR..Z.)

FURO ET FURUNCULUS. MAM. Syn. de Furet. Meswrschmidt désigne sous le nom de Furunculus sciuroides l'Ecureuil suisse. V. ECUREUIL. (AUD.)

FUSAIN. Evonymus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rhamnées et de la Pentandrie Monogynie, L., qui se compose d'une dixainc d'Arbris-seaux originaires d'Europe, de l'Amérique septentrionale, de la Chine et du Japon, et qui offrent pour caractères: des fleurs hermaphrodites dont le calice persistant, étalé, est à quatre ou cinq divisions profondes; la corolle formée de quatre à cinq pétales alternes avec les lobes du calice, insérés autour d'un disque pé-rigyne qui occupe le fond de la fleur. Les étamines, en même nombre que les pétales, sont dressées; leurs filets s'insèrent sur le disque lui-même qui est plane, et forme dans son contour quatre ou cinq lobes obtus; ces étamines alternent avec les pétales; les anthères sont dydymes et à deux loges. L'ovaire est libre, à demi-plon-gé dans le disque; coupé en travers, il offre quatre ou cinq loges contenant chacune deux ovules dont la position varie suivant les espèces tantôt ils s'insèrent à la partie supérieure de l'angle interne, et sont suspendus: tantôt ils s'insèrent vers sa partie inférieure, de sorte qu'ils sont ascendans. A sa partie supérieure, l'ovaire finit insensiblement en un style à peu près de la même hauteur que les étamines, et qui se termine par un stigmate à quatre ou cinq dents très-petites et très-rap-prochées.

Le fruit est une capsule à quatre ou cinq côtes saillantes, obtuses ou aiguës et eu forme d'ailes; à quatre ou cinq loges, chacune contenant une ou deux graines recouvertes en totalité ou en partie seulement par un arillc charnu et de couleur rouge; ces graines renferment, dans un endosperme charnu, un embryon plane dont la radicule est tournée vers le hile, en sorte que si on considérait la position de l'embryon relativement au péricarpe, il serait dressé dans quelques espèces et renversé dans d'autres, tandis que sa position est toujours la même, étudiée relativement au hile ou à la base de la graine. Les Fusains sont de grands Arbustes de l'hémisphère, boréal; les principales espèces sont les suivantes:

FUSAIN D'EUROPE, Evonymus Eu-

[page] 86

ropæus, L., Bull., tab. 135. C'est un Arbrisseau de douze à quinze pieds d'élévation, dont les jeunes rameaux sont en général verts et quadrangulaires. Ses feuilles sont opposées, pétiolées, ovales, oblongues, aiguës et légèrement dentées, acçompagnée$ de deux stipules très-petites et sétaçées. Les fleurs sont petites, jaunâtres, placées à l'aisselle des feuilles, et portées sur des pédoncules bifides ou trifides. Le calice est à quatre divisions obtuses. Le fruit est globuleux, déprimé à son centre, à quatre côtes très-marquées et arrondies. Le Fusain, que l'on désigne sous les noms vulgaires de Bois à lardoire, Bonnet de prêtre, etc., croît communément dans nos forêts. Son bois est jaunâtre; il a le grain fin et serré, on l'emploie quelquefois pour les ouvrages de tour. Mais son usage le plus important consiste en ce que, réduit en charbon, il entre dans la composition de la poudre à canon. Les de-amateurs s'en servent aussi pour esquisser leurs dessins, paice que les traits que l'on trace avec lui s'effacent avec la plus grande facilité et sans laisser aucune trace.

FUSAIN A LARGES FEUILLES, Evo-nymus latifolius, Lamk., Dict. Nouv. Duh., 3, p. 24, T. VII. Cette espèce, qui croît dans le midi de la France, est voisine de la précédente, mais elle en diffère par ses feuilles beaucoup plus grandes, ses fleurs plus nombreuses et portées sur des pédoncules plus longs. On la cultive fréquemment dans les jardins d'agrément où elle fait un trèa-bou effet dans l'été par son feuillage, et en automne par ses fruits de couleur rose et à cinq angles aigus. Son bois peut être employé aux mêmes usages que celui du Fusain ordinaire. On cultive aussi dans nos jardins d'agrément l'Evonymus verrucosus, originaire de Hon grie, et remarquable par les inégalités de son éco; ce. L'on a souvent appelé Fusain bâtard une espèce au genre Célastre. V. ce mot. (A. R.)

FUSAIRE. Fusaria. INT. Le genre formé sous ce nom, par Zéder, a été reporté parmi les Filaires et les Ascarides. (B.)

FUSANUS. BOT. PHAN. Genre de la famille des Santalacées et de la Pentandrie Monogynie, L. Il a pour caractères: un calice turbiné, dont le limbe est divisé en quatre paities caduques, et que tapisse un disque découpé, dans son contour, en quatie lobes; quatre étamiues courtes, opposées aux divisions du calice, à anthères didymes; un ovaire faisant corps avec le calice, couronné par le disque, surmonté de quatre stigmates sessiles ou portés sur un style extrêmement count. Il devient une drupe globuleuse et monosperme. Bergius fit connaître la première espèce de ce genre, sous le nom de Colpoon que Linné changea en celui de Fusanus. Son fils crut devoir le réunir au Thesium qui ne présente cependant ni disque calicinal ni stigmate quadruplé. Aussi Robert Brown l'a-t-il rétabli avec raison, et en même temps, à l'espèce piimitive, qui était un Arbuste du cap de Bonne-espérance, il en a ajouté trois autres de la Nouvelle-Hollande. Les rameaux sont opposés ainsi que leurs divisions et les feuilles; celles-ci sont entières, très-glabres, planes, un peu épaisses; les fleurs disposées en grappes ou en épis axillaires ou terminaux. Il n'est pas rare d'en rencontrer qui soient mâles par avortement, ou qui offrent cinq divisions au lieu de quatre. (A. D. J.)

FUSARIA. INT. V. FUSAIRE.

FUSARIUM. BOT. CRYPT. Genre établi par Link (Berl. Magaz., 3, p. 10, tab. 1, fig. 10) et réuni depuis par ce fungologiste, avec les genres Fusisporium et Fusidium, en un genre commun qui porte ce dernier nom. Le Fusarium, qui faisait d'abord partie des Urédinées, à cause de ses prétendues sporules couvertes, a été plus convenablement placé parmi les Mucédinées. En adoptant cette fusion, Persoon a conservé au genre le nom de Fusarium donné d'abord à

[page] 87

l'espèce qui peut en être considérée comme le type. V. FUSIDIUM. (G..S.)

FUSCALBIN. OIS. (Vieillot.) Espèce du genre Philédon. V. ce mot. (DR..Z.)

FUSCINA. BOT. CRYPT. (Mousses.) Schrank (Baiers Fl. 11, p. 451) a employé ce mot pour le genre qui est plus connu sous le nom de Fissidens. V. ce mot. (G..N.)

FUSCITE. MIN. Pour Fuszits. V. ce mot.

FUSEAU. Fusus. MOLL. Le genre Fuseau, démembré des Murez de Linné par Lamarck, présente une coupe assez naturelle oui offre, d'un côté, des rapports avec les Pyrules, les Fasciolaires, les Turbinelles, et d'un autre avec les Buccins, avec lesquels il est facile de confondre quelquesuns d'entre eux. C'est en 1801, dans le Système des Animaux sans vertèbres, que ce genre fut établi d'une manière positive. Avant cette époque, Lister et Gualtiéri avaient indiqué cette coupe en séparant, le premier, les Buccins rostratâ clauiculâ productiore, et le second en formant son second genre de la classe quatre de la troisième partie sous le caractère de Strombus canaliculatus rostratus ore simplici. Le genre de Gualtiéri est mieux circonscrit que celui de Lister, qui, indépendamment de véritables Fuseaux, contient des Rochers, des Fasciolaires, des Pleurotomes, etc. Quoique Linné les ait placés dans son genre Murex, il les a cependant assez bien séparés dans sa quatrième section générique désignée sous l'épithète de Caudigeri. Il est vrai que cette section renfeme encore des Fasciolaires et des Pleurotomes; Adanson, qui en a mentionné quelques-uns, les a confondus dans son genre Pourpre qui correspond assez bien, aux Murex de Linné. De Roissy, dans le Buffon de Sonnini, a admis le genre Fuseau, tel que Lamarck l'avait fait et sous les mêmes caractères. En 1810, dans, l'Extrait du Cours, Lamarck a réuni en une seule famille, sous le nom de Trachelipodes canalifères, tous les geures qui ont avec celui-ci des rapports très-intimes. Il a conservé la même division et les mêmes rappoits dans son Histoire des Animaux sans vertèbres. Monlfort a fait avec les Fuseaux ce qu'il faisait avec presque tous les autres gemes, c'est-à-dire qu'il en a séparé inutilement les Lathires. Cuvier a considéré les Fuseaux seulement comme un des sous-genres des Murex. Il leur a subordonné les Lathires, les Pleurotomes, les Pyrules, les Fasciolaires et les Carreaux. Férussac a fait du sous-genre Fuseau de Cuvier un genre séparé des Murex, mais il y a laissé comme sous-genre tous ceux indiqués par Cuvier, et de plus il y a ajouté les Turbinelles et les Clavatules. Ce genre, tel qu'il est circonscrit aujourd' hui, peut etre caractérisé de la manière suivante: coquille fusiforme ou subfusiforme, canaliculée à sa base, ventrue à sa partie moyenne ou intérieurement, sans bourrelets extérieurs, et ayant la spire élevée et allongée; bord droit sans échancrure; colu-melle lisse; un opercule corné.

Par ces caractères, il est facile de distinguer les Fuseaux des autres genres qui les a voisinent. Ainsi on les séparera des Buccins, car ceux-ci sont seulement échancrés à la base, et non canaliculés. Ils n'ont point de plis transverses, sur la columelle comme les Turbinelles, de plis obliques à la base de la columelle comme les Fasciolaires. Ils n'ont pas, comme les Rochers, des varices sur la spire. Ils ont cette spire plus allongée, moins ventrue en général que dans les Pyrules; enfin ils n'offrent jamais d'échancrure à la lèvre droite comme les Pleurotomes et les Clavatules, si on admet encore ce dernier genre. Les Fuseaux sont des Coquilles d'une forme élégante; leur spire est le plus souvent chargée de stries, de tubercules ou de côtes régulières; quelques-uns, dépouillés de l'épiderme qui les couvre lorsqu'ils sortent de la mer, brillent d'assez vives couleurs; les espèçcs fossiles sont fort

[page] 88

nombreuses: Brocchi, Sowerby, Lamarck en ont fait connaître un assez bon nombre; nous allons mentionner les principales espèces de ce genre.

FUSEAU COLOSSAL, "Fusus colosseus, Lamk., Histoire des Animaux sans vertèbres, T. VII, p. 122, n� 1; Favanne, Conchyl., pl. 35, fig. B, 4; Encyclop., pl. 427, fig. 2. Cette dernière figure est fort bonne. Grande Coquille fusiforme 7entrue, sillonnée en travers de stries qui suivent la direction de sillons entre chacun d'eux; elle est blanche ou d'un blanc jaunâtre; ses tours de spire sont convexes; dans leur milieu, on remarque une série de tubercules assez grands qui forment une sorte de carène; le canal de la base n'est pas recouvert; et il n'est point étroit dès son origine, mais ïl naît insensiblement. Cette espèce est fort rare et très-grande, puisqu'elle a jusqu'à onze pouces de longueur. Sa patrie est inconnue.

FUSEAU QUENOUILLE, Fusus Colus, Lamk., Hist. nat. des Animaux sans vert. T. VII, pag. 123, n� 3; Murex Colus, L., Gmel, p. 3543, n� 61; Lister, Conch., tab. 918, A; Martini, Conch. T. VI, tab. 144, fig. 1342; Fusus longicauda, Encycl., pl. 423, fig. 2; Fuseau longue queue, Roissy, Buffon de Sonnini, T. VI de la Conch., p. 60, n� 1; pl. 59, fig. 1. Il ne faut pas confondre dans la même espèce le Fusus Colus de l'Encyclopédie, qui est une espèce voisine que Lamarck a nommée depuis Fusus tuberculatus. Le Fuseau Quenouille est une Coquille bien fusiforme, étroite, sillonnée en travers; le ventre est petit, la queue ou canal étroit, grêle, recouvert, très-long; les tours de spire sont convexes, subcarenés dans le milieu par une rangée de petits tubercules; elle est toute blanche excepté au sommet et à la base où elle est roussâtre; la lèvre gauche est dentelée et sillonnée à l'intérieur.

FUSEAU ÉPAIS, Fusus incrassatus, Lamk., Anim. sans vert. T. VII, pag. 124, n. 8; Murex nudatus, L., Gmel., pag. 3556, n. 115; Martini, Conch. T. IV, tab. 145,� fig. 1343. Coquille remarquable par son épaisseur et sa pesanteur. Elle est toute blanche, fusiforme; la spire élancée, chargée de gros tubercules et striée en travers, la distingue des espèces voisines; le canal de, la base est long, mais il l'est moins que la spire; il est recouvert; la lèvre droite est saillante et la gauche dentelée et sillonnée en dedans. Cette espèce rare, qui a jusqu'à six pouces de longueur, vient de l'océan des grandes Indes.

FUSEAU DU NORD, Fusus antiquus, Lamk., Anim. sans vert. T. VII, p. 125, n. 11; Murex antiquus, L., Gmel., p. 3546, n. 73; Müller, Zool. Danica, T. III, tab. 118, fig. 1, 2, 3; Othon Fabricius, Faune Groenl., p. 397, n. 396; Martini, Conch. T. IV, t. 138, fig. 1292 et 1294; Encycl., pl. 426, fig. 5. Cette espèce a l'apparence d'un Buccin; elle est ventrue, la spire est longue et le canal court, mais ce canal n'est point échancré, ce qui empêche de la placer panfti les Buccins; toute la surface est couverte de stries transversales, fines; l'ouverture est ample; les tours de spire convexes; la lèvre droite en dedans est lisse. Cette Coquille, toute blanche ou jaunâtre, a six pouces de longueur. Elle vient des mers du Nord.

FUSEAUNOIR, Fusus Morio, Lamk., Hist. nat. des Anim. sans vert. T. VII, p. 127, n. 16; Murex Morio, L., Gmel., p. 3544, n. 62; le Nivar, Adanson, Voyag. au Sénég., pl. 9, f. 31; Encyclop. pl. 430, f. 3, A. Linné avait regardé comme une variété du Murex Morio le Fuseau couronné de Lamarck. Cet auteur assure avoir trouvé des caractères distinctifs: sont-ils suffisans? Quoi qu'il en soit, le Fusus Morio est une grande Coquille noire ou brune, foncée, fusiforme, à spire bien étagée par une carène légèrement noduleuse qui se voit dans le milieu de chaque tour. Au-dessus des sutures on voit une

[page] 89

ou plusieurs raies blanches qui tranchent agréablement sur la couleur brune du fond des stries ou plutôt des sillons un peu grossiers, onduleux et distans, et sont placées transversalement sur toute la surface extérieure; le canal de la base est plus court que la spire; il est large, non recouvert; la lèvre droite est d'un fauve blanchâtre, fortement striée en dedans. Cette Coquille, commune dans les collections, se trouve sur les côtes d'Afrique. Elle est longue de cinq à six pouces. On la nomme vulgairement la Cordelière.

FUSEAU MARQUETÉ, Fusus Nifal, Lamk., Hist. nat. des Animaux sans vert. T. VII, p. 131, n. 32; Buccinum Nifal, Brug., Encycl., n. 56; le Nifal, Adanson, Voyag. au Sénégal, pl. 4, fig. 3; Lister, Conch., t. 914, f. 7. Celui-ci pourrait bien être un Buccin, ear son canal est très-court et laminé par une échancrure profonde; il est lisse, blanc, tacheté de bandes de points carrés, roussâtres; la columelle n'est point droite ou presque droite comme dans les Fuseaux; elle est lisse; la lèvre droite est grossièrement sillonnée en dedans. On trouve cette Coquille dans les mers du Sénégal. Sa longueur est de deux pouces environ.

FUSEAU PERVERS, Fusus contrarius, Lamk., Hist. nat. des Anim. sans vert. T. VII, p. 133, n. 57; Murex contrarius, L., Gmel., pag. 3564, n. 157; Lister, Conchyl., tab. 950, fig. 44, B, C; Murex contrarius, Sow., Mineral Conch. T. 1, pag. 65, pl. 23. Cette espèce que l'on trouve vivante dans les mers du Nord, se rencontre à l'état fossile en Angleterre, dans les dépôts coquilliers les plus récens du comté d'Essex dans le Crag. Il a beaucoup de ressemblance avec le Fuseau du Nord. Sowerby demande même s'il en est assez distinct pour en faire une espèce séparée. En effet, s'il n'était constamment tourné à gauche, vivant ou fossile, il présenterait peu de caractères distinctifs, car il est blanc, atrié, ventru, à canal court, non couvert et non terminé par une échancrure.

Il y a un très-grand nombre d'espèces de Fuseaux fossiles; ils sont plus abondans dans le bassin de Paris que partout ailleurs; cependant en Angleterre et en Italie, on en trouve quelques espèces remarquables, ainsi qu'à Dax et à Bordeaux. Parmi ces espèces, nous en avons fait figurer dans les planches de ce Dictionnaire une très-belle des environs de Paris, qui ne se trouve que fort rarement, surtout au volume où nous la possédons. Nous l'avons nommée Fuseau à dents de scie, Fusus serratus, N.; jolie Coquille d'un forme analogue au Fusus Colus, ayant le canal droit, mince, étroit, non recouvert, plus long que la spire; celle ci est élancée, terminée par une pointe aiguë; les tours de spire sont sillonnés largement en travers, et leur milieu est fortement caréné par des dents saillantes, tranchantes, très-régulièrement espacées; la lèvre droite est lisse en dedans, non crénelée en son bord. Cette Coquille rare se trouve à Parnes. On ne peut la confondre avec le Fusus aci-culatus dont elle diffère essentiellement. Le plus bel individu que nous ayons vu et que nous possédons a pres de quatre pouces de longueur, lorsqu'ordinairement ceux de la même espèce n'en ont qu'un et demi ou deux. (D..H.)

FUSEAU. BOT. CRYPT. Paulet a établi, parmi les Champignons, une famille des Fuseaux, dont les espèces sont le Fuseau à collet et le Fuseau à ruban. (B.)

FUSEAUX A DENTS. MOLL. Nom vulgaire et marchand des Rostellai-res. V. ce mot. (B.)

FUSéE. BOT. CRYPT. L'un des noms vulgaires de l'Agaricus procerus. (B.)

*FUSER. OIS. (Aldrovande.) Syn. ancien du Butor. V. HÉRON. (DR..Z.)

*FUSIBILITÈ. MIN. Propriété dont jouissent les corps de se fondre à une température plus ou moins élevée

[page] 90

On emploie ce caractère pour la détermination des Minéraux et pour re-connaître les parties constituantes des Roches. (DR..Z.)

FUSICORNES. INS. Famille établie par Duméril dans l'ordre des Lépidoptères, et qui embrasse le grand genre Sphinx de Linné. Il a été aussi désigné par le même auteur sous le nom de Clostérocères. V. ce mot. (AUD.)

FUSIDIUM. BOT. CRYPT. (Mucédinées.) Genre établi par Link (Observ. 1, p. 8), qui l'a ainsi caractérisé: sporules nues, agglomérées, fusiformes ou oblongues; absence de thallus ou de base quelconque. Ce dernier caractère éloigne ce genre du Stilbospora qui a d'ailleurs toujours une couleur noire que ne présentent pas les espèces de Fusidium. Link a lui-même réuni à ce genre le Fusarium et le Fusisporium qui étaient constitués avec les Fusidium roseum et Fusidium aurantium. Le premier, d'une couleur rose agréable, croît par touffes sur les tiges sèches des Malvacées; le second (Fusisporium) se trouve sur les tiges des Cucurbita-cées et des Maïs; ses sporules ont une couleur orangée. D'autres espèces ont été indiquées par Link sous les noms de F. obtusum, F. hyuodermium et F. griseum ou albidum de Persoon. Nées et Persoon ont encore ajouté à cette liste quelques Plantes, mais il est bon d observer que leurs Fusidium sont autrement caractérisés. Ce sont, disent-ils, des croûtes laineuses formées d'amas de corpuscules linéaires. D'ailleurs, ils ont réuni, ainsi que Link l'avait déjà fait, le Fusarium et le Fusisporium; mais ils en ont constitué un genre particulier qu'ils ont uommé Fusarium. V. ce mot. (G..N.)

* FUSIFORME. Fusiformis. ZOOL. BOT. On nomme ainsi tout organe qui a la forme d'un fuseau, c'est-à-dire qui est allongé, renflé dans son milieu et insensiblement aminci à ses deux extrémités. La racine de la Rave est Fusiforme. (A. R.)

*FUSIOLES. BOT. CRYPT. (Mucédinées.) On a voulu désigner sous ce nom français le genre Atractium de Link, probablement à cause de sa capsule fusiforme. V. ATRACTIUM. (G..N.)

FUSISPORIUM. BOT. CRYPT. (Mucédinées.) Et non Fusipore. Genre établi par Link (Observ. 1, p. 19), et réuni ensuite par ce même auteur au genre Fusidium. V. ce mot. (G..N.)

FUSTET. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Sumac. (B.)

FUSUS. MOLL. V. FUSEAU.

FUSZITE. MIN. (Schumacher.) Minéral opaque d'un noir verdâtre ou grisâtre; cristallisé en prismes à quatre ou six pans; à cassure raboteuse; pesant spécifiquement 2,5. Il est infusible au chalumeau; sa surface y devient seulement luisante et comme émaillée. On le trouve à Kal-lerigen, près d'Arendal, dans un Quartz grenu, associé au Feldspath et à la Chaux carbonatée brunissant. Brongniart le considère comme ayant du rapport avec la Pinite, et Léon-hard avec le Paranthine. (G. DEL.)

G.

GABALIUM. BOT. PHAN. L'aromate désigné sous ce nom dans Pline qui le disait originaire d'Arabie n'est plus connu. (B.)

GABAR. OIS. (Daudin.) Espèce du genre Faucon. V. FAUCON, division des Autours. (DR..Z.)

GABBRO. GÁOL. Nom donné par

[page] 91

les artistes italiens, et conservé par de Buch à la Roche composée de Feldspath compacte et de Diallage, d'où l'on tire le Verde di Corsica. Elle forme en plusieurs endroits des terrains d'une assez grande étendue, qui se rattachent au système des terrains serpentineux. Les géologues s'accordent aujourd'hui à lui donner le nom d'Euphotide, proposé par Haüy. V. EUPHOTIDE. (G. DEL.)

GABRONITE. MIN.(Schumacher.) Substance compacte, à cassure écailleuse, d'une couleur grise avec différentes teintes de bleuâtre et de rougeâtre, fusible, avec difficulté, en un globule blanc et opaque; rayant le verre; pesant spécifiquement 3 environ. Plusieurs minéralogistes ont regardé ce Minéral comme n'étant qu'un Feldspath compacte; d'autres l'ont rapporté au Wernérite. Mais la proportion de Soude qu'il contient, le rapprocherait plutôt de l'Eléolithe ou Pierre grasse. John a trouvé directement par l'analyse qu'il est formé sur cent parties de 24 d'Alumine; 54 de Silice; 17,25 de Soude; 1,25 d'Oxide de Fer; et deux d'Eau. La Gabronite a été trouvée en deux endroits de la Norwège: à Kenlig, près d'Arendal; et à Friederischwærn, où elle est engagée dans une Siénite. (G. DEL.)

GABETS. INS. Les Vers que les veneurs désignent sous ce nom, et qui se trouvent parfois dans la peau des Cerfs, paraissent être des larves d'Insectes. (B.)

GABIAN. OIS. L'un des syn. vulgaires de Goéland. V. ce mot. (B.)

GABIRA. MAM. Le Singe de Nigri-tie désigné sous ce nom par Marc-graaff, paraît être le Mangabey. (B.)

GABON. OIS. L'Oiseau des bords de la rivière de Gambie, tué par le capitaine Stibbs, au rapport de l'abbé Prévost, dans l'Histoire générale des voyages, et qui était d'une taille gigantesque, ayant six pieds de la tête à la queue, n'est pas connu et pourrait être une espèce de Pélican. (B.)

GABOT. POIS. C'est, selon Bosc, un Poisson qu'on pêche pour servir d'amorce, et qui è la propriété de vivre trois ou quatre jours hors de l'eau. On ne dit pas à quel genre il appartient. (B.)

GABRE. OIS. Syn. vulgaire du Dindon, et dans quelques cantons du mâle de la Perdrix grise. V. DINDON et PERDRIX. (DR..Z.)

GABUAN. BOT. (Forskahl.) Syn. du Chrysanthemum segetum, en Egypte. (AUD.)

GABUERIBA. BOT. PHAN. Pour Cabureiba. V. ce mot. (B.)

GABURA. BOT. CRYPT. (Lichens.) Nom générique appliqué par Adan-son à un Lichen figuré par Dillen (Hist. Muacor., tab. 19, f. 27), et qui se rapporte au Collema fascicu-lare d'Achar. V. COLLEMA. (G..N.)

GACHET. OIS. (Brisson.) Syn. d'Hirondelle de mer à tête noire. V. HIRONDELLE DE MER. (DR..Z.)

* GACHIPAES. BOT. PHAN. Nom que les habitans de la Nouvelle-Grenade donnent à une espèce de Palmier du genre Bactris de Jacquin, et qui lui a été conservé comme spécifique par Humboldt, Bonpland et Kunth(Nov. Gener. et Spec. plant. æquinoct. T. 1, p. 502). (G..N.)

* GAD. BOT. PHAN. (Rauwolf.) La Coriandre cultivée dans l'Orient. (B.)

GADE. Gadus. POIS. Genre établi par Artedi et Linné dans l'ordre des Jugulaires, type de la famille des Gadoïdes de Cuvier, parmi les Mala-coptérygiens subbrachiens, composé d'espèces fort nombreuses réparties en sept sous-genres ainsi qu'on va le voir, et dont les caractères sont: corps médiocrement allongé, peu comprimé, couvert d'écailles molles, médiocrement grandes; la tête nue; les mâchoires et le devant du vomer armés de dents pointues, inégales, généralement petites et disposées sur plusieurs rangées faisant la carde ou la rape; les ouies grandes, à sept rayons; toutes les nageoires molles,

[page] 92

dont deux ou même trois dorsales; une ou deux derrière l'anus, la caudale distincte, les ventrales attachées sous la gorge et aiguisées en pointe; les ouies grandes à sept rayons; l'estomac robuste en forme de grand sac; les cœcums très-nombreux, ayant leur canal assez long; vessie natatoire grande et souvent dentelée sur les côtés. � Le nom de Gade, emprunté du grec, désigne, dans Athénée, un Poisson qui probablement, mais sans qu'on puisse l'affirmer, appartenait au genre dont il est question. � Les Gades, dont plusieurs ont la chair exquise, produisent beaucoup, vivent, en général, par troupes nombreuses dans les hautes mers, et n'approchent des rivages, où l'on en fait d'immenses pèches, qu'au temps du frai.

† MORUE, Morhua. Ce sous-genre est caractérisé par ses trois dorsales; deux anales; un barbillon à l'extrémité de la mâchoire inférieure. Ce sous-genre est le plus nombreux et celui dont les espèces ont le plus d'utilité pour l'Homme.

La MORUE, Gadus Morhua, L., Gmel., Syst. Nat. 13, T. 1, p. 1162; Bloch, pl. 64; Encycl. Pois., pl. 28, 101; Molva vel Morhua de Rondelet, de Johnston et de Gesner; vulgairement Cabillau, sur les côtes de Flandre, où se trouve ce Poisson, identique avec celui dont les attérages de l'île de Terre-Neuve, daus le Nouveau-Monde, sont remplis. Une description de la Morue serait ici déplacée, puisque personne ne saurait confondre ce Poisson avec quelque autre habitant des mers que ce soit; il suffira de remarquer que les individus de cette espèce qui ont les parties inférieures du corps d'une nuance argentée, tant qu'ils habitent sur des fonds de sable ou vaseux, deviennent rougeâtres et tachetés de marques jaunes quand ils habitent entre les rochers. Ces teintes, qui, au premier coup-d'œil, paraîtraient caractériser deux espè-ces, disparaissent quand l'Animal change d habitation. Les anciens, qui n'ont guère connu que les Poissons de la Méditerranée, n'ont rien dit de celui-ci, et cette Morue, dont la pèche et le commerce sont aujourd'hui l'une des sources de la prospérité et de la puissance navale des empires, fut inconnue aux Etats qui, dans l'antiquité, se disputèrent la domination des mers. Cette pèche, où concourent principalement les Hollandais, les Hambourgeois, les Français, quelques Espagnols et surtout les Anglais, occupe annuellement jusqu'à vingt mille matelots chez ces derniers. On sait comment à Terre-Neuve la Morue se sale, et enfin comme elle se répand dans toute la chrétienté, où elle forme notre principale nourriture aux temps d'abstinence. Sous le nom de Bacalado, on en consomme plus eu Espagne durant le carême que dans le reste de l'Europe prise ensemble. La Morue est vorace; elle se nourrit de petits Poissons, de Mollusques et de Crustacés; ses sucs digestifs, dit Lacépède, sont si puissans et d'une action si prompte, qu'en moins de six heures la digestion peut être opérée. De gros Crabes y sont bientôt réduits en chyle, selon Anderson; ils rougissent durant cette opération comme ils l'eussent fait s'ils avaient été mis dans l'eau bouillante. La Morue est si goulue qu'elle avale souvent des morceaux de bois ou autres substances qui ne peuvdent servir à sa nourriture; elle jouit comme les Squales de la faculté de les rejeter. On ne la voit jamais dans les rivières ou dans les fleuves; elle ne descend guère an-dessous du quarantième degré de latitude nord, et ue remonte que jusqu'au soixunte-dixième. On remarque que du cinquantième au soixante-sixième sa chair est la plus savoureuse. On en pêche dans la Manche ainsi qu'au Kamtschatka, mais c'est surtout dans l'espace compris entre la Norwège, l'Ecosse et l'Islande, quel'aneien monde en offre le plus. Les côtes de la Nouvelle-Angleterre et le grand banc de Terre-Neuve, aux lieux où il y a de vingt à cent mêtres d'eau, en nourrissent en-

[page] 93

core davantage, et pour se débarrasser de son frai, c'est parmi les rochers plus voisins des rivages que la Morue se jette en abondance. C'est en automne pour l'Europe, et au premier printemps pour l'Amérique, que la ponte a lieu. C'est vers le quatorzième siècle que les Anglais et les embarcations d'Amsterdam commencèrent à armer pour le banc de Terre-Neuve; les Français et autres Européens ne les y suivirent guère qu'au seizième. Les Morues se pêchent à la ligne; on les sale par divers procédés, dont l'un les rend si dures, que, dans cet état, elles portent le nom de Stock-Fish, c'est-a-dire Poisson de bois, ou Bâton-Poisson. Les pêcheurs emploient les entrailles et les débris de ces Animaux comme appât, vu qu'ils se mangent les uns les autres. On obtient de leur vessie natatoire une colle aussi bonne que celle qui provient des Esturgeons. Les vertèbres, les arêtes et les têtes des Morues ue sont pas sans utilité; on en nourrit les Cniens que le Kamtchadale attache à ses traîneaux, et mêlées à du Goémon, les Norvégiens en nourrissent leur bétail, au lait duquel ce singulier aliment donne, dit-on, une qualité supérieure. Les œufs fournissent une sorte de caviar, appelé rogues ou raves: On cite comme propre à l'île de Man, dans le canal Saint-Georges, une Morue de couleur vermillon, et les habitans du pays attribuent sa couleur à ce qu'elle se nourrit de Crabes. Noël pense qu'elle vient de ce que ce Poísson mange des Fucus qui sont rouges. De telles assertions ne méritent pas qu'on les réfute, D. 14, 15. — 18, 20. — 19, 21, P. 16, 20. V. 6, A. 17, 21. — 15, 16, C. 30, 44.

L'ÆGLEFIN ou ÆGREFIN, Gadus Æglefinus, L., Gmel., lcc. cit., p. 1159; Bloch, pl. 62; l'Anon, Encycl. Pois., pl. 28, f. 99; l'Onos des anciens, le Schellfisch des Islandais, le Kolja des Scandinaves, le Koll et Coljar des Danois, enfin le Haddock des Anglais. Cette espèce présente de grands rapports avec la Morue, mais elle n'en acquiert jamais la taille. Elle voyage par troupes innombrables qui couvrent quelquefois plusieurs lieues carrées. On assure qu'elle ne passe jamais le Sund, et qu'on n'en voit point dans la Baltique. On en fait aussi des pêches considérables au moyen de la ligne. Les Squales en dévorent d'énormes quantités. L'Æglefins'élève beaucoup vers le cercle polaire arctique, et ne redoute pas la glace sous laquelle on le voit se tenir, venant respirer au bord des fentes qui permettent, avec l'air atmosphérique, le contact de l'eau qui n'est pas prise. C'est là que de hardis pêcheurs et les Phoques viennent les surprendre. Ce Poisson est des plus goulus, et sa chair est des plus agréables. D. 15, 16. — 18, 20. — 19, 20. P. 17, 19. V. 6, A. 22, 24. — 21, C. 25, 27.

Le BIB ou BIBE, Gadus Luscus, L., Gmel., loc. cit., p. 1163; Encycl. Pois., p. 29, f. 102. Cette espèce, que certains pêcheurs appellent Borgne, est encore plus petite que les deux précédentes, n'atteignant guère qu'un pied de long. Sa couleur est olivâtre en dessus, argentée en dessous, et sa chair exquise. D. 13. — 23. � 10. P. 11, V. 6, A. 31. � 18, C. 17.

Le DORSCH, Cuv., Règn. Anim. T. 11, p. 313, Gadus Collarias, L., Gmel., loc. cit., p. 1160; Bloch, pl. 63 ï le Narvaga, Encycl. Pois., pl. 28, f. 100, écrit Nawaga par Koeireuter, dans les Mémoires de Pétersbourg; le Torsk des pêcheurs du Nord. C'est principalement dans la Baltique que l'on rencontre ce Gade, dont le corps est tout tacheté, qui se tient particulièrement à l'embouchure des grands fleuves, dont la taille est médiocre et la chair exquise. D. 13, 15. � 16, 20. — 17, 23, P. 10, 20, V. 6, A. 16, 22, C. 24, 26.

Le TACUD, Gadus Barbutus, L., Gmel., loc. cit., p. 1163; Bloch, pl. 166; Encycl. Pois., pl. 29, f. 103. Vulgairement Gode, Morue molle ou Mollet, le Fico de certains pêcheurs de la Méditerranée et le Paul ou Pouting des Anglais. Cette espèce sc tient dans les plus grandes profondeurs des

[page] 94

mers septentrionales de l'Europe, au milieu des Fucus qui en tapissent le fond; sa chair est moins estimée que celle des précédentes. D. 12, 13. — 17, 24. — 16, 20, P. 18, 19, V. 6, A. 19, 30. � 15, 21, C. 30, 40.

Le CAPELAN, Gadus minutus, L., Gmel., loc. cit., p 1164; Bloch, pl. 67, f. 1; Encycl. Pois., pl. 29, f. 104; le Mollo de l'Adriatique, et le Pour ou Pour des côtes de Cornouailles. Quand cette espèce, qui voyage par bandes innombrables el qui, à l'appro: che de la belle saison, quitte les profondeurs de la mer, apparaît sur les eûtes, elle y cause, dil Bosc, une grande joie parmi les pêcheurs, parce qu'elle y annonce l'arrivée de plus grandes espèces qui la suivent pour la dévorer, D. 12. — 19. � 17, P. 15, 14, V. 6, A. 27. � 17, C. 18.

Le SAIDE, Gadus Saida, Gmel., loc. cit., p. 1266; Encycl. Pois., pl. 86, f. 130; le Gadus Blennoides, Gmel., loc. cit., 1163; et le Wachnia, Gadus Macrocephalus de Tilesius, Act. Petr., 11, pl. 16, sont encore des espèces du sous-genre Morue.

†† MERLAN, Merlangus. Ce sous-genre, qui, de même que le précèdent, est caractérisé par trois dorsales, en diffère par l'absence de barbillons à la mâchoire supérieure.

Le MERLAN COMMUN, Gadus Merlangus, L., Gmel., loc. cit., p. 1167; Bloch, pl. 65; Encycl. Pois., pl. 29, f. 105. Cette espèce est l'une des plus communes et des plus connues dans le nord de la France. Les marchés de Paris et de Rouen l'offrent particulièrement en quantité: aussi ne nous appesantirons-nous pas sur ce qui la concerne. Elle se nourrit de petits Mollusques, de Crustacés el de Poissons, ainsi que le font les Moiues; on la pêche durant toute l'anuée, parce qu'elle ne s'éloigne guère des rivages, ou du moins qu'elle y est aussifréquemment répandue que dans la haute mer. C'est particulièrement après la ponte des Harengs, dont le Merlan dévote le frai, que ce Poisson est lc plus gras et le plus recherché sur les côtes de Flandre. On ne se borne point à le manger frais, on le sale et on le prépare pour la conservation. On a prétendu qu'il existait des individus hermaphrodites, mais c'est une erreur qui vient d'une fausse apparence du foie souvent trèsvolumineux dansles femelles et qu'on y avait pris pour une laitance. Selon que le Merlan habite des fonds de roche ou de vase, sa saveur est fort différente; légère, tendre et de facile digestion, on pe met sa chair aux convalescens. D. 14, 16. – 18, 21. – 10, 20, P. 16, 20, V. 4, 6, A. 28, 33. – 19, 23, C. 31.

Le COLIN ou MERLAN NOIR, Gadus Carbonarius, L., Gmel., loc. cit., P. 1168; Bloch, pl. 66; Encycl. Pois., pl. 29, f. 106; vulgairement Grélin et Charbonnier, le Coalfish de la Zoologie Britannique et des Anglais. Ce Poisson, qui n est pas rare dans les mers d'Europe, a été également trouvé, dit-on, dans la mer Pacifique. Sa chair est coriace, aussi la mange-t-on rarement fraîche, et on ne pêche le Colin que pour en faire des salaisons. D. 14. – 20. 22, P. 18, 21, V. 6, A. 22, 25. – 19, 20, C. 26.

Le LIEU ou MERLAN JAUNE, Gadus Pollachius, L., Gmel., loc. cit., p. 1169; Bloch, pl. 68; Encycl. Pois., pl, 50, f. 107; le Gade Pollack, Lac., Pois. T. 11, p. 416; le Lyr des pêcheurs du Nord et Lyrbleck des Suédois. Cette espèce, qui n'est pas d'une grande taille, dont la couleur est noirâtre, et qui voyage par bandes innombrables, semble se plaire aux lieux où la tempête agite le plus souvent et le plus violemment la mer. Nous l'avons observée en assez grande abondance sur le marché de Caen. D. 11, 13. – 17, 19. – 16, 23, P. 17, 19, V, 6, A. 78, 28. – 18, 23, C. 42, 52.

Le Sey, Encycl. Pois. p. 48 (sans figure); Gadus virens, Gmel., loc. cit., p. 1166, est eucore une espèce du sous-genre Merlan, qu'on a confondue quelquefois avec le Lieu, et qui se trouve principalement sur les côtes de Norsvège.

[page] 95

††† MERLUCHE, Merlucius. Deux dorsales seulement caractérisent ce sous-genre, dont les espèces, dépourvues de barbillons, ne présentent qu'une seule anale.

Le MERLUS, Gadus Merlucius, L., Gmel, loc. cit., p. 1159; Bloch, pl. 164; vulgairement la Merluche, le Merluzo Asello et Asino des Italiens, le Merlan des Provençaux, Hake des Anglais, qu'on a regardé, ainsi que le vrai Merlan, comme l'Onos d'A-thénée, est un Poisson qui se pêche également dans l'Océan septentrional et dans la Méditerranée. Il y parvient jusqu'à la longueur de trois pieds, et ne le cède point en voracité aux Morues; il poursuit avec un tel acharnement les Clupes, qu'on en a vu se jeter dans des bateaux à ras d'eau où l'on en entassai;. Les Merlus ou Merluches voyagent par troupes, et sont un objet important de pêche et de commerce pour certains parages. Il arrive quelquefois que l'abslinence, en faisant maigrir ce Poisson, lui cause un mauvais goût. Commerson l'a rencontré en abondance dans plusieurs localités de l'hémisphère austral. Une, baie d'Islande, celle de Galloway, en est tellement remplie, qu'on trouve dans de vieilles cartes cette baie appelée Hakes-bay. C'est principalement le Merlan salé qu'on appelle Stok-Fisch ou Stock-Fish. D. 9, 10.–39, 4o, P. 12, 13, V. 7, A. 37, 39, C. 20, 24.

††† LOTE, Lota. La disposilion des nageoires esl la même que dans les Merlus, mais les barbillons se voient aux mâchoires.

La LINGUE, Gadus Molva, L., Gmel., loc. cit., p. 1170; Bloch, pl. 69; Encycl. pl. 30, f. 108; Enchelyopus de Klein; Ling, Lenge et Lenga chez les peoples du Nord par corruption sans doute de Longus, Longa, latin, parce que cette espèce de Gade, moins épaisse que les autres, acquiert une longueur souvent très-considérable, c'est-à-dire jusqu'à cinq pieds. Ce Poisson, aussi commun que la Morue, dont une femelle a présenté neuf millions trois cents et quelques mille œufs, est comme elle un grand objet de commerce, se prend aux mèmes lieux, se prépare, se sale et se répand en Europe pour l'usage des jours où les pratiques religieuses proscrivent la viande. On en retire une huile de Poisson fort employée, D. 15. – 63, P. 15, 20, V. 6, A. 59, 62, C. 38, 40.

La LOTE, Gadus Lota, L., Gmel., loc. cit. p. 117a; Bloch, pl. 70; Encycl. Pois., pl. 30, fig. 110; vulgairement Moteliect Bai botte en plusieurs lieux de France, Putael des Belges, Aolquabbe des Danois, Alraupe et Trusch des Allemands, Lake des Suédois et des Norwégiens, Nalim des Russes, le Bottaria de Salvien. Quoique ce Poisson soit évidemment un Galoïde par ses caractères, la forme de son corps, son aspect et ses habitudes, semblent l'en éloigner pour le rapprocher des Blennies. Sa figure, sa couleur, sa viscosité lui donnent quelque ressemblance avec l'Anguille. Seul entreses congénères, qui se plaisent dans l'Océan, il vit ans les eaux douces, où il échappe avecd'autant plus de facilité à la main qui le veut saisir, qu'on le serre avec plus de force. La Lote, dit Lacépède, préfère les eaux les plus claires oùles victimes qu'elle guette échappent difficilement à sa poursuite; elle s'y cache sous les pierres, la gueule ouverte, agitant ses barbillons pour y attirer la proie sur laquelle elle s'élance pour l'engloutir en l'y retenant au moyen de ses sept rangs de dents. La Lote croît avec une singulière rapidité; on l'a crue vivipare, et ce point de son histoire n'étant pas suffisamment éclairci, peut être admis comme probable. Sa chair est blanche et d'un fort bon goût. Sa vessie nata-toire, fort grande, équivaut parfois au tiers de son volume; ses œufs, assez gros, passent pour malsains et de difficile digestion; elle a la vie fort dure. d. 13, 14. – 68, 76, V. 6, 7, A. 55, 67, C. 30, 36.

Le GADE Danois, Gadus Danicus

[page] 96

de Müller, fait encore partie du sousgenre Lote.

†††††MUSTÉLE, Mustela. Ce sousgenre ne différe du précédent que par la petitesse de la première dorsale qui est à peine perceptible.

La MUSTÉLE COMMUNE, Gadus Mustela, L., Gmel., loc. cit., p. 1173; Encycl. Pois., pl. 31, f. 111; Gadus tricirrhatus, Bloch, pl. 165; le Galea, Pesce-Moro et Donzellina de la Méditerranée, Krullquappen de l'embouchure de l'Elbe et le Whistle-Fish des Anglais. L'allongement, la, viscosité et les allures de ce Poisson lui donnent de la ressemblance avec la Lote, mais il vit dans les mers, et s'y nourrit de Crustacés et de Mollusques à coquilles. Il devient la proie es Scombres qui s'en montrent fort avides. La Mustèle est souvent blanchâtre, tachetée de brun, et avec des teintes' violâtres sur la tête et brunes ou noires sur le dos. D. 1. – 42, 56, P. 14, 16, V. 7, A. 40, 47, C. 25.

Les Gadus Cimbricus de Schneider, Gmel., loc. cit., p. 1174, et quinque-cirrhatus de Pennaut, qui est le Mustela de Bloch, le Gadus Didactylus de Brunsvich, et le Trident, Gadus Dipterygius de Pennant, Enc. Pois., pl. 86, f. 361, sont d'autres espèces du sous-genre qui vient de nous occuper.

††††††BROSME, Brosmerus. Ce sous-genre est caractérisé par une seule et longue dorsale qui s'étend jusqu'à la queue. Parmi les espèces maintenant connues nous citerons:

Le BROSME, Gadus Bromse de Pennant, Gmel., loc. cit., p. 1175; Koila des Islandais, qui habite les mers du Nord, et particulièrement du Groenland. Poisson qui a près de trois pieds de longueur et la queue en forme de fer de lance; son dos est d'un brun foncé avec le ventre plus pâle. D. 100, P. 20, V. 5, A. 60, C. 30.

Le BROSME JAUNE, Brosmerus flarescens, Lesueur, Ann. Mus. T. v. p. J.58, pl. 16, qui a le corps oblong, plus large vers la tête et comprimé vers la queue; sa couleur est d'un brun jaune, avec les nageoires bordées de noir. Ou voit deux barbillons à la mâchoire inférieure; sa longueur est de deux pieds. Cette espèce se trouve à Terre-Neuve où elle est rare. B. 7, P. 20, V. 6.

Le MONOPTÈRE DE BONNATERRE, Gadus Mediterraneus, L., Gmel., loc. cit., p. 1175; le Torsk, Gadus Monopterygius, Eucycl. Pois., pl. 87, f. 362, paraissent appartenir au sous-genre Brosme.

††††††† PHYCIE, Phycis. Les Ga-des de ce sous-genre diffèrent des précédentes par leurs ventrales qui n'ont qu'un rayon souvent fourchu; leur têle est grosse, leur menton porte un barbillon; le dos est muni de deux nageoires dont la seconde est plus longue.

La MOLLE ou TANCHE DE MER, Blennius Phycis, L., Gmel., loc. cit., p. 1176; la Moule de Rondelet, la Molere des Espagnols, le Phico des Italiens, le Lesser-Hake ou Lest-Hake des Anglais, est un Poisson qui daus le printemps a sa tête d'une belle couleur rouge* ses pectorale sont de la même teinte; un cercle noir environne l'anus, D. 10. – 62, P. 12, 15, V. 2, A. 56, 57, C. 20.

La BLENNOIDE, Gadus albidus, Gmel., loc. cit., p. 2171; Blennius Gadoides, Risso Physcis Blennoides de Schneider, Merlus barbu de Duhamel. Cette espèce, plus commune dans l'Océan que daus la Méditerranée où la précédente est au contraire plus répandue, a sa première dorsale plus relevée et son premier rayon très-allongé; ses ventrales sont deux fois plus longues que la tête. D. 10. – 56, P. 11, V. 2, A. 53, C. 16.

Le Batrachoides Gmalini de Risso et le Gadus Americanus de Schneider, qui est le Blennius Chub, qu'il ne faut pas confondre avec un Abie, et une Perche qui portent le même nom, sont encore des Phycies.

Cuvier (loc. cit., p. 21) établit un huitième sous-genre de Gades sous le nom de RANICEPS pour le Gadus Ra-

[page] 97

ninusde Müller qui est le Blennius Raninus de Gmelin, le Phiycis Ranina de Schneider, Poisson que nous avons déjà décrit sous le nom de Grenouillère à l'article BATRACHOIDE, T. 11, p. 225. Ce savant y comprend encore le Gadus trifurcatus de Pennant, qui est le Phycis fusca de Schneider. Ce dernier ichthyologistc avait réuni les Lotes, les Mustèles et les Brosmes en un seul genre qui liait les Gades aux Blennies, et pour lequel il avait emprunté de Klein le nom d'Enchelyopus. Ce genre, qui parait cependant devoir être assez naturel, n'a pas été adopté. (B.)

GADELLES. Bot. PHAN. Les Groseilles dans certains cantons de la France. (B.)

GADELLIER. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Groseiller épineux. (B.)

GADELUPA. BOT. PHAN. Pour Ga-ledupa. V. ce mot. (B.)

*GADILLE. ois. Syn. vulgaire de Rouge-Gorge. V. SYLVIE. (DR..Z.)

GADIN. MOLL. C'est le nom qu'Adanson (Voyag. au Sénégal, p. 33, pl. 2, fig. 4) a donné à une petite espèce qu'il rapporte aux Patelles. Blainville, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, doute que ce soit une Coquille de ce genre. Cependant on ne saurait en douter d'après la description, la figure étant trop mauvaise pour s'en rapporter à elle seule; cela est d'autant plus probable, qu'Adanson, qui a vu l'Animal, l'a trouve en tout semblable à celui des autres Patelles, V. ce mot. (D..H.)

GADOIDE. POIS. C'est dans Lacépède une espèce de Saumon, et dans Linué une Blennie.V. ces mots, (B.)

GADOIDES. POIS. Cuvier établit sous ce nom une famille, la première dans l'ordre des Malacoptérygiens Subbracbiens, qui renferme les genres Gade, Lépidolèpre et Macroure. V. ces mots. (B.)

GADOLINITE. MIN. Ekeberg; Ytterbite. Silicate simple àd'Yttria, ordinairement mélangé de silicate de Fer, qui le colore en noir. Substance vitreuse, soluble en gelée dans les Acides, assez dure pour rayer le Quartz, et pesant spécifiquement 4. Elleest rarement cristallisée d'une manière nette: ses formes paraissent dériver d'un prisme oblique rhomboïdal d'environ 115�, dont la base s'incline sur l'arête obtuse de 98�. Elle se décolore dans l'Acide nitrique, avant de se convertir en une gelée épaisse et de couleur jaunâtre. Traitée au chalumeau avec le Borax, elle se dissout en un verre que le Fer colore plus ou moins fortement. Elle a beaucoup d'analogie par son aspect avec l'Allanite, qui s'en distingue en ce qu'elle ne se résout pas en gelée dans les Acides. Elle n'a encore été trouvée que sous forme de petits nids engagés dans le Granite graphique à Ytterby, Broddbo el Finbo en Suède, à Korarf près Fahlun, et au Groenland, dans les environs du cap Fare-wel. On l'a nommée Gadolinite, en l'honneur du chimiste Gadolin, qui le premier y reconnut l'existence d'une nouvelle terre, l'Yttria. (G. DEL.)

*GADOONG.BOT. PHAN. C'est, selon Marsden, un Smilax de Sumatra fort employé par les habitans dans les maladies vénériennes. (B.)

* GÆDDABA. BOT. PHAN. Forskahl dit qu'on nomme ainsi eu Egypte la Renoncule maritime. Le Micocoulier du Levant porte le même nom à Ceylan, mais l'orthographe eu est différente. V. GHÆDHABA qu'on a aussi écrit Gædhumba. (AUD.)

GAERTNÉRE. Gaertnera. BOT. PHAN. Des trois genres dédiés au célèbre carpologiste Gaertner, celui qui a été constitué par Lamarck estle seul que les botanistes aient adopté. Ce genre appartient à la Pentanarie Mouogynie, L., et a été placé à la suite de la famille des Rubiacées (Mém. du Muséum d'Histoire naturelle, T. vi; année 1820) par le prof. A.-L. de Jussieu qui l'a ainsi caractérisé: calice urcéolé, quinqué-

TOME VII. 7

[page] 98

fide, infère, muni de deux petites bractées à la base; corolle tubuleuse, quinquéfide, insérée sous le pistil et autour d'une sorte de disque formée par la base dilatée de celui-ci; cinq anthères presque sessiles sur les pétales, oblongues, non saillantes; ovaire supère; style bifide au sommet; deux stigmates; fruit bacciforme, sec, supère, ové, biloculaire, à deux graines planes d'un côté sans sillon ou fossette, et convexes de l'autre; embryon petit, logé dans la cavité inférieure d'un albumen cartilagineux ou corné. Le fruit du Gaertnera donné ici comme supère, d'après Gaertner fils (Carp. 58, tab. 191), le calice et l'ovaire décrits l'un comme infère et l'autre comme supère, d'après Lamarck (Illustr., tab. 167), et ensuite d'observations faites sur le sec, ont décidé le professeur de Jussieu à ne pas admettre définitivement ce genre au nombre des vraies Rubiacées, quoiqu'il s'en rapproche infiniment par ses feuilles et ses fleurs opposées, par ses stipules vaginales interpétiolaires, par son fruit disper-me comme celui du Café (d'où le nom de Café marron que lui donnent les habitans de l'Ile-de-France), par son périsperme corné, sa radicule inférieure, et enfin par son port qui est entièrement celui des Rubiacées. Cependant ce genre ne peut être placé convenablement dans aucune autre famille de Dicotylédones monopétales; il diffère en effet des Jasminées, des Verbénacées et des Apocynées monocarpiques, par le nombre de ses étamines, son périsperme corné, sa radicule inférieure et ses stipules; mais ne pourrait-on pas admettre, comme au reste le professeur de Jussieu l'a indiqué lui-même (Ann. du Mus d'Hist. nat. T. X, 320), que l'ovaire du Gaertnera n'est pas véritablement et entièrement supère, mais qu'il est primitivement couronné par le disque corollifère, et qu'alors il est infère ou semi-infère; que le disque se contractant et finissant par disparaître, le fruit devient libre ou à peine soudé avec la partie

tubuleuse inférieure du calice, ce qu'indiquent la largeur de cette partie, ainsi que l'analogie qui existe entre le Gaertnera et le Pagamea, genre où le fruit est adhérent à la base du calice dontla forme est celle d'une cupule? Au moyen de ces considérations, l'organisation du Gaertnera ne différerait pas sensiblement de celle des Rubiacées.

Robert Brown (Botany of Congo, p. 29) a voulu trancher la difficulté, en proposant l'établissement d'une nouvelle famille intermédiaire entre les Rubiacées et les Apocynées, et dans laquelle entreraient avec le Gaertnera, les genres Pagamea, Aubl.; Usteria; Geniostoma, Forst., ou Anasser, Juss., et Logania. Cette famille dont son auteur avait déjà prévu l'existence (Prod. Flor. Nov.-Holl., p. 455), et dans laquelle il plaçait en outre le genre Fagræa, n'est pas, à la vérité, très-naturelle, et exigerait qu'on la subdivisât en quatre sections; mais les nombreux points de connexion qui unissent cette famille ou tribu avec les diverses sections des Rubiacées, tendent à infirmer la valeur de l'ovaire supère comme caractère de famille, lequel ne devient plus qu'un caractère générique.

La GAERTNÈRE A STIPULES VAGINALES, Gaertnera vaginata, Lamk., G. longiflora, Gaertn. fils, est un Arbre de l'Ile-de-France découvert par Commerson, dont les rameaux sont droits, garnis de feuilles opposées, glabres, coriaces, très-longues, ovales-lancéolées, rétrécies à leur base, et marquées de nervures très-saillantes; les stipules sont réunies en une gaîne ciliée; les fleurs disposées en corymbes opposés très-ramifiés, et munis à leur base de deux bractées.

Schreber avait appliqué le nom de Gaertnera au genre que Gaertner avait appelé Hiptage, et qui avait été aussi nommé Molina par Cavanilles. Le Sphenoclea de Gaertner ou Pongatium de Jussieu avait également reçu de Retzius la dénomina-

[page] 99

tion de Gaertnera. V. HIPTAGE et SPHÉNOCLÉE. (G..N)

* GÆSS. POIS. Nom de pays du Scomber fulvo-guttatus. (B.)

* GAESTEIN ou PIERRE ÉCUMANTE. MIN. Romé de Lisle désigne ainsi une Roche feldspathique que les minéralogistes allemands et français nomment Pechstein. V. ce mot. (AUD.)

*GÆTHAGHORAKA. BOT. PHAN. Suivant Burmann et Linné on nomme ainsi à Ceylan le Guttier, Cambogia Gutta. (AUD.)

GÆZZ. POIS. Pour Gæss. V. ce mot.

GAFARRON. OIS. Syn. de l'Olivarez. V. GROS-BEC. (DR..Z.)

GAFEL. BOT. PHAN. V. CAFAL.

GAFET. MOLL. Adanson (Voyag. au Sénégal, p. 237, pl. 18, fig. 2) avait donné le nom de Tellines aux Donaces de Linné: celle-ci, qui est une Telline pour lui, est le Donax trunculus desauteurs. (D..H.)

GAGATES. MIN. V. JAYAET.

GAGEA, BOT. PHAN. L'Ornithogalum spathaceum et l'Anthericum serotinum ont été réunis par Gawler en uu genre distinct; ces deux Plantes ont été nommées Gagea minima et G.serotina. (G..N.)

GAGET. OIS. Syn. vulgaire de Geai. V. CORBEAU. (DR..Z.)

GAGNEDI. BOT. PHAN. (Bruce.) Syn. de Protea Abyssinica. (B.)

GAGNOL ET GAGNOLLES. POIS. Syn. de Syngnathes. Le premier nom désigne plus particulièrement la Trompette, et le second l'Hippocampe. V. SYNGNATHE. (B.)

GAGOU. BOT. PHAN. Préfontaine mentionne sous ce nom un Arbre de la Guiane qu'il classe parmi les Cèdres, et dont les naturels emploient le bois pour la construction de canots très-légers. (B.)

GAGUEDI. BOT. PHAN. Pour Gagnedi. V. ce mot. (B.)

* GAGUEY. BOT. PHAN. (Oviédo.) Une espèce de Figuier selon l'Ecluse. (B.)

GAHNIE. Gahnia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Cypéracées et del'Hexandrie Monogynie, L., établi par Forster (Gen., p. 51, tab. 26), adopté par Labillardière et R. Brown qui en ont décrit plusieurs espèces nouvelles, toutes originaires de la Nouvelle-Hollande. Les épillets sont uniflores, formés d'écailles imbriquées en tous sens, et pour la plupart vides. Les soies ou écailles hypogynes manquent dans toutes les espèces; les étamines sont au nombre de six, excepté dans le Gahnia melanocarpa de R. Brown qui n'en a que trois. Leurs filets sont persistans et allongés, et peuvent être facilement pris pour des soies hypogynes. L'ovaire est allongé, surmonté d'un style simple inférieurement, trifide dans sa partie supérieure où il porte sur chacune de ses divisions un stigmate profondément bifide, excepté dans le Gahnia melanocarpa, déjà cité précédemment, où les stigmates sont simples et indivis. Les espèces de ce genre, au nombre de quatre, sont toutes originaires de la Nouvelle-Hollande; leur chaume est roide, et porte des feuilles allongées, rudes et souvent roulées sur elles-mémes; ce qui les fait paraître linéaires et sétacées; les fleurs qui sont hermaphrodites forment une panicule rameuse, mêlée de feuilles; le fruit est un akène globuleux ou trigone.

Labillardiere (Specim. Fl. Nov.- Holl. 1, p. 89, t. 115) en a figuré une espèce qu'il nomme Gahnia Psittacorum. Quant à son Gahnia trifida (loc. cit. t. 116), Robert Brown l'a réuni avec quelque doute à son genre Lampocarya, sous le nom de L. hexandra. (A. R.)

GAHNITE. min. Nom donné au Minéral découvert par Gahn en 1805, à Fahlun en Suède; et qu'Haüy a rangé dans sa méthode sous le nom de Spinelle zincifère. Berzélius en fait une espèce à part, et le consi-

7*

[page] 100

dère comme un aluminate de Zinc. Il est moins dur que le Spinelle, cristallise comme lui en octaèdre régulier, et pèse spécifiquement 4, 6. Il a pour gangue un schiste talqueux. (G. DEL.)

GAI. OIS. Espèce du genre Corbeau. V. ce mot (DR..Z.)

GAI. BOT. PHAN. (Kœmpfer.) On désigne sous ce nom, au Japon, une Plante dont on fait le Moxa. Suivant les uns, c'est l' Artemisia Indica de Linné, et suivant les autres, l'Artemisia vulgaris. Thunberg peuche pour cette dernière détermination. (AUD.)

GAIAC. BOT. PHAN. Pour Gayac. V. ce mot. (B.)

GAIACINE. Pour Gayacine. V. ce mot.

* GAIDEROPE. Gaderopus. MOLL. On nommait ainsi ou on donnait le nom de Pied-d'Ane qui est synonyme, à une Coquille assez commune que les anciens plaçaient parmi les Huîtres épineuses, et qui rentre aujourd'hui dans le genre Spoudile sous la dénomination de Spondilus Gaderopus. V. SPONDLLE. (D..II.)

* GAIDROPSARUS. POIS. Rafinesque établit sous ce nom (Indice Icht. Sic., p. 51) un genre dont les caractères consistent en plus d'un rayon aux branchiestèges, en deux dorsales dont la seconde est réunie k la caudale et par suite à l'anale. Il renferme une seule espèce, Gaidropsarus mustellaris qui est la Mustelle de Rondelet. (B.)

GAIGAMADOU. BOT. C'est un Arbre dont parle Préfontaine, et qui est le même que le Voirouchi de Cayenne, ou V'irola d'Aublet. (AUD.)

GAILLARD, BOT. PHAN. (Nicol-son.) Syn. de Gayac dans quelques cantons de Saint-Domingue. (B.)

GAILLARDA ET GAILLARDIE. BOT. PHAN. Pour Galardie. V. ce mot. (B.)

* GAILLARDOTELLE. Gaillar-dotella. BOT. CRYPT. (Chaodinées.)

Genre que nous avons établi aux dépens des Linkies du savant Lyngbye, et dédié au docteur Gaillardot, naturaliste distingué de Thionville, qui s'occupe avec le plus grand succès de l'étude des végétaux et des Fossiles du canton qu'il habite. Ses caractères consistent dans la singulière disposition des filamens dont se composent seâ espèces; ces filamens microscopiques sont simples, atténués en cil, muqueux et divergens; ils soot munis à leur base d'une sorte de bulbe ou article globuleux. Le Linkia natans de l'auteur danois (Tent., p. 196, pl. 67, A), qui est le Rivnlaria natans de Roth (Catal. 3, p. 34o), est le type du genre. Cette Plante a été jusqu'ici fort imparfaitement figurée. Nous en donnerons un dessin fort bien fait par le laborieux et savant Mougeot, et nous eu avons vérifié la parfaite exactitude. La Gaillardotella natans affecte une figure globuleuse; sa grosseur est celle d'un petit Pois ou d'une forte Aveliue. Elle croît au fond des eaux, sur la terre ou sur les Plantes inondées d'où elle se détache avec l'âge et vient flotter à la surface des marcs, y présentant l'aspcct d'une Tremelle. (B.)

GAILLET OU CAILLE-LAIT. Galium, BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacées et de la Tétrandrie Mouogynie, qui se compose d'uu très-grand nombre d'espèces qui sont toutes des Plantes herbacées, vivaces, ayant une tige carrée ou anguleuse, des feuilles verticillées, généralement étroites et allongées; leurs fleurs sont blanches, quelquefois jaunes ou purpurincs, très-petites, disposées en grappes ou en panicules terminales; le calice est adhérent avec l'ovaire; son limbe est à quatre dents très-petites; la corolle est monopétale rotacée, quelquefois comme campanulée, à quatre divisions aiguës; les étamines, au nombre de quatre, sont attachées à la base de la corolle; l'ovaire est globuleux, infère, à deux loges contenant chacune un seul

[page] 101

ovule; le sommet de l'ovaire offre un disque épigyne, un style à deux divisions portant chacune un stigmate capitulé; le fruit est un diake-ne globuleux didyme, légèrement ombiliqué à son sommet, se séparant en deux akènes ou coques monospermes, tantôt glabres, tantôt velues ou même hérissées de pointes roides.

Les espèces de ce genre sont fort nombreuses et répandues surtout dans les régions tempérées et septentrionales du globe. Parmi les espèces européennes, nous citerons les suivantes:

GAILLET JAUNE, Galium verum, L., Sp. Cette espèce qui est fort commune sur le bord des chemins et dans les lieux incultes, est vivace; ses tiges sont redressées, hautes d'un pied et plus, légèrement sous-frutescentes à leur base, carrées et rameuses; les feuilles sont verticillées, en grand nombre, linéaires, terminées en pointe, glabres, d'un vert foncé; les fleurs, qui sont très-petites et jaunes, forment en se réunissant une sorte de panicule terminale; Jes fruits sont globuleux et glabres. Les fleurs de cette Plante répandent une odeur assez forte qui rappelle beaucoup celle du miel. On les considérait autrefois comme antispas-modiques, et, à une époque où l'on cherchait quelque ressemblance extérieure ou. quelque rapport caché entre les méidicaméns et les maladies contre lesquelles on en faisait usage, quelques médecins avaient recommandé les. fleurs de Gaillet, à cause de leur couleur jaune, contre l'ictère. La saine philosophie et l'expérience repoussent également des moyens thérapeutiques fondés sur de tels raisonnemens. Autrefois on croyait généralement que les fleurs de Gaillet caillaient le lait; de-là le nom vulgaire sous lequel les diverses espèces sont généralement connues; mais l'expérience a encore démontré la fausseté de cette assertion: les sommités fleuries de cette Plante n'opèrent point cette altération dans le lait, mais elles lui communiquent une couleur jaune et une odeur et une saveur particulière assez agréable. Il est probable même que le nom de Caille-Lait aura été donné à cette Plante à cause de l'usage où l'on est daus quelques pays, entre autres dans le canton de Chester en Ecosse, de la mêler avec le lait, afin de colorer et d'aromatiser en même temps le fromage.

GAILLET APARINB, Galium Aparine, L., Sp., Bull., t. 315. On désigne vulgairement cette espèce sous le nom de Grateron, à cause des crochets ou tubercules recourbés dont ses tiges, ses feuilles et ses fruits sont hérissés. Ses tiges sont faibles, étalées, ou s'élevant, par le moyen de ses crampons, sur les autres Végétaux environnans. Elles sont longues de deux à trois pieds, rameuses, carrées, hérissées, surtout sur ses angles, de crochets très rudes; les feuilles, verticillées par huit ou par dix, sont linéaires, aiguës, légèrement pubescentes; les fleurs sont petites, blanches, en petit nombre à l'aisselle des feuilles; les fruits globuleux, assez gros, et tout hérissés de pointes. On trouve cette Plante, qui est annuelle, dans les champs etles lieux cultivés. (A. R.)

* GAILLONELLE. Gaillonella. BOT. CRYPT. (Confervées.) Genre que nous avons dédié au laborieux Gaillon, naturaliste de Dieppe, auquel on doit d'excellentes observations microscopiques sur les Hydrophytes, les Infusoires et la coloration des Huîtres. Il présente des caractères fort remarquables, et qui tendraient à le séparer de la famille naturelle où nous le comprenons provisoirement pour le rapprocher des Arthrodiées, de la section des Fragillaires, dont il acquiert par la dessiccation la consistance micacée, scarieuse et brillante. Le plus fort grossissement seul peut faire apprécier son élégante organisation qui consiste en des filamens simples, cylindriques, articulés par sections renfermant chacune deux corpuscules capsulaires, sphéroïdes, transparens

[page] 102

même quand ils sont remplis d'une matière colorante, ferrugineuse, et partagés en deux parties égales par un dissepiment qui apparaît au profil comme une ligne que formerait, en la coupant en deux parties égales, le diamètre de chaque globule. Nous y avons vainement cherché des traces d'animalité; nous n'hésitons pas à regarder les Gaillonelles comme de simples Végétaux. Le type du genre est le Conferva moniliformis de Müller (V. Planches de ce Dictionnaire), à laquelle on ne voit pas pourquoi Lyngbye (Tent., p. 274), d'après Dillwyn, a donné le nom de lineata. Cette espèce forme sur les Plantes marines et les Ulves des rivages un duvet grisâtre peu remarquable. Le Conferva nummuloides de Dillwyn appartient au genre Gaillonelte. (B.)

GAINE. Vagina. INS. On a donné ce nom à une partie constituante de la bouche de certains Insectes, principalement de l'ordre des Hémiptères et de celui des Diptères. Chez les premiers la Gaîne n'est autre chose, suivant les observations comparatives de Savigny, que la lèvre inférieure, et chez les seconds elle représente le labre. V.BOUCHE, (AUD.)

GAINE. Vagina. BOT. Dans certaines familles, le pétiole ou la partie inférieure de la feuille est remplacée par une membrane tubuleuse et qui enveloppe la tige dans une partie de sa longueur. C'est à cet organe qu'on donne Le nom de Gaîne. Elle est entière (integra), c'est-à-dire formant un tube continu, dans les Cypéracées; elle est au contraire fendue longitudinalement (fissa) dans les Graminées. Les botanistes ont proposé divers noms substantifs pour désigner la Gaîne de certaines Plantes. Ainsi, Willdenow a nommé Ochrea la Gaîne membraneuse et incomplète qui existe à La base des Polygonées; Link a désigné, sous le nom de Reticulum, la Gaîne fibreuse etbasilaire des feuilles de Palmiers. Le même auteur a aussi proposé le mot de Pericladium pour exprimer l'évasement plus ou moins large de la base des rameaux ou des pédoncules, comme, par exemple, dans les Ombellifères. La Gaîne des Graminées est surmontée d'un appendice membraneux nommé Languette (Ligula, Collare Rich.). (G..N.)

GAIN1ER. Cercis. BOT. PHAN. Genre de la famille des Légumiueuses et de la Décandrie Monogynie, L., qui se compose de deux espèces arborescentes dont une croît en Orient et dans le midi de l'Europe, et l'autre dans les provinces du nord de l'Amérique septentrionale. Leur calice est monosépale, campanulé, renflé, et terminé par cinq dents; la corolle est papilionacée; l'étendard est redressé, obtus, plus court que les ailes; la carène se compose de deux pétales distincts; les dix étamines sont libres; l'ovaire est pédicellé à sa base, allongé, comprimé; le style est recourbé à son sommet; la gousse est allongée, plane, bordée sur son dos ou suture supérieure d'une aile étroite; les graines sont presque globuleuses; elles contiennent un embryon placé au centre d'un endosperme charnu très-manifeste, caractère qui se rencontre rarement dans les Légumineuses; les fleurs sont d'une couleur rose très-agréable; elles naissent généralement sur le vieux bois avaut le développement des feuilles. Celles-ci sont simples, alternes, pétiolées, cordiformes, arrondies et entières.

GAINIER COMMUN, Cercis Siliquastrum L., Sp. C'est cet Arbre que l'on cultive si abondamment dans nos jardins sous les noms d'Arbre de Judée, Arbre d'amour, et qui, dès les premiers jours du printemps, y produit un effet si agréable par la belle couleur rose de ses (fleurs. Son tronc peut s'élever à une hauteur de vingt a vingt-cinq pieds; il est rameux supérieurement et recouvert d'une écorce noirâtre; ses feuilles sont alternes, pétiolées, cordiformes, arrondies, entières, très-obtuses, molles et d'un vert tendre; ses fleurs naissent sur le tronc et ses ramifica-

[page] 103

tions; elles sont extrêmement nombreuses et disposées d'une manière tout-à fait irrégulière. Il leur succède des gousses allongées, planes, d'une couleur brune quand elles sont sèches, contenant huit à dix graines globuleuses. L'Arbre de Judée, ainsi que l'indique son nom, est originaire dela Judée, mais on le trouve également en Espagne, en Portugal, et jusque dans le midi de la France. Cet Arbre s'accommode de tous les terrains, même des plus maigres, et particulièrement de ceux qui abondent en craie. On le cultive dans les jardins d'agrément, soit en palissades pour cacher les murs d'enceinte, soit en massif dans les bosquets. Les fleurs qui ont une saveur piquante et agréable, sont quelquefois employées en assaisonnement sur la salade. On les fait aussi confire au vinaigre avant leur épanouissement.

GAINIER DU CANADA, Cercis Canadensis, L., Sp. Cette espèce a le même port que la précédente dont elle diffère seulement par ses feuilles pointues, ses fleurs beaucoup plus petites et d'un rose plus pâle. Originaire de l'Amérique septentrionale, on la cultive comme la précédente, mais moins abondamment. Elle supporte les froids les plus rigoureux. (A.R.)

GAIROUTES. BOT. PHAN. (Gouan.) Le Lathyrus Cicer dans certains cantons de la France méridionale. (B.)

GAISSENIA. BOT. PHAN. Au nombre des nouveaux genres que Rafinesque-Schmaltz a proposés, sans les caractériser, dans le Journal de botanique, 1808, vol. 2, pag. 166, se trouve le Gaissenia. Mais ce genre, formé avec le Trollius Americanus de Muhlenberg et Gaissenheiner, ne diffère aucunement du Trollius de Linné; et en conséquence De Candolle (Syst. Veget. I, p. 313) l'a décrit comme espèce de ce dernier genre. V. TROLLIUS. (G..N)

GAJANUS. BOT. PHAN. La Plante ainsi nommée, décrite et figurée par Rumpb (Amboin. 1, p. 170, t. 65), est la même que l'Inocarpus edulis, L., Suppl. 239. (G..N.)

GAJATI. BOT. PHAN. (Adanson.) Syn. d'Æschynomène, L. V. ce mot. (B.)

* GAKENIA. BOT. PHAN. (Heister.) Syn. de Cheiranthus tricuspidatus, L., ou mathiola tricuspidata, D. C. V. MATHIOLE. (B.)

GAL. OIS. Du latin Gallus. Syn. ancien de Coq. V. ce mot. (DR..Z.)

GAL. POIS. Pour Gall. V. ce mot.

GALA. BOT. PHAN. (Théophraste.) Syn.deLaserpitium suivant Adanson. (B.)

GALACTIE. Galactia. BOT. PHAN. Ce genre, de la famille des Légumineuses, et de la Diadelphie Décandrie, L., présente un calice açcompagné de deux bractées à sa base, divisé en quatre parties; la supérieure entière et plus large, l'inférieure plus allongée; une corolle papilionacée dans laquelle l'étendard réfléchi ou beaucoup plus rarement dressé est entier au sommet; des étamines diadelphes; un ovaire stipité ou sessile, contenant plusieurs ovules, entouré à sa base d'un disque annulaire; un stiginate obtus ou légèrement renflé en tête; une gousse linéaire, comprimée, uniloculaire, polysperme, bivalve; des graines sans périsperme, à hile elliptique et à radicule infléchie.

P. Browne a établi ce genre d'après une Plante de la Jamaïque. Michaux en a fait connaître deux autres de l'Amérique septentrionale, et enfin Humboldt et Bonpland en ont recueilli dans l'Amérique méridionale quatre nouvelles, dont Kunth en a écrit et figuré deux dans son bel ouvrage sur les Mimoses du nouveau continent (p. 196, t. 55 et 56). On doit encore y ajouter une espèce découverte par Commerson dans l'île de Bourbon. Leurs tiges sont berbacées ou ligneuses, couchées, dressées ou volubiles; leurs feuilles alternes et composées de trois folioles, dont la terminale éloignée des deux autres; les fleurs roses ou blanches.,

[page] 104

en grappes axillaires, solitaires ou géminées, sur lesquelles elles se groupent en faisceaux où quelques hermaphrodites sont mêlées à des mâles en plus grand nombre. (A. D. J.)

* GALACTIS OU GALAXIE, MIN. Les anciens auteurs confondaient sous ce nom les Pierres métāoriques et les Pyrites radiées: ils les croyaient des produits de la foudre. (AUD.)

GALACTITE. Galactites. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Cinarocéphales de Jussieu, et de la Syngénésie frustranée, L., établi par Mœnch et adopté par De Candolle (Flore Française) et par H. Cassini. Il est ainsi caractérisé: calathide radiée dont le disque est composé de fleurs nombreuses, régulières, hermaphrodites, et les rayons de fleurs stériles, disposées sur un seul rang et très-développées; involucre turbiné, formé d'écailles imbriquées, scarieuses, ovales et surmontées d'un appendice étalé, spiniforme et cotonneux à sa base; réceptacle légèrement plane, paléacé; akènes glabres, surmontés d'une aigrette formée de longs poils plumeux, réunis par la base en un anneau qui se détache facilement, disposés sur un seul rang et non sur deux ou trois, comme l'indique la description de Cassini. Cet auteur a d'ailleurs fait connaître une particularité que nous avons eu occasion de vérifier; c'est que les étamines sont soudées non-seulement par les anthères, mais encore par les filets. Il est difficile cependant d'admettre qu'une circonstance aussi faible puisse avoir une telle influence sur le reste de l'organisation pour que d'autres Plantes dans lesquelles on retrouve cette particularité, tels que les >Carduus Marianus et Leucographus, types des genres Sylibum et Tyrimnus, puissent être rapprochés par cette seule observation. Dans les caractères que nous venons d'énumérer, il en est certainement d'assez importans pour assurer l'établissement du genre Galactites. Ses fleurs extérieures, longues et stériles, l'obliquité de la base de ses ovaires, niée, il est vrai, par Cassini, mais réelle d'après notre propre observation, le rapprochent du Centaurea; avec lequel Linné l'avait confondu; mais ses aigrettes plumeuses et un port particulier le rapprochent davantage du Cirsium, quoique sous ce dernier point de vue, il présente aussi de grands rapports avec le genre Crocodilium de Vaillant et de Jussieu, qui n'est qu'une division du Centaurea de Linné.

La GALACTITE COTONNEUSE, Galactites tomentosa, Mœnch, Centaurea Galactites, L., est une Plante haute de cinq décimètres au plus, dont la tige est couverte d'un coton blanc et épais; ses feuilles longues, découpées en segmens multifides et spinescens, sont cotonneuses en dessous, vertes en dessus, et marquées de taches blanchâtres. Les fleurs sont ordinairement purpurines. Elle croît sur les côtes et dans les îles de la Méditerranée. On la rencontre abondamment en Provence, au cap Notre-Dame près d'Antibes. (G..N.)

GALACTITES. MIN. On croit généralement que la substance désignée sous ce nom par les anciens est une Argile smectique qui jouit de la propriété de blanchir l'eau dans laquelle on la délaie. Valérius pensait que la Galactite était une variété de Jaspe d'Italie blanc et très-légèrement veiné de rose. (AUD.)

* GALACTON. BOT. PHAN. C'est dans Pline, selon Daléchamp, la Plante aujourd'hui nommée Glaux maritima. V. GLAUCE. (B.)

GALAGO. MAM. Genre de Lémuriens, seconde famille de l'ordre des Quadrumanes. Cette famille est caractérisée par la différence quant au nombre, par la situation et même la forme des dents incisives aux deux mâchoires, par l'excès constant de longueur des membres postérieurs sur les antérieurs, l'allongement filiforme du second doigt des mains de derrière, et surtout par l'effilement en alène et le redressement de l'ongle de

[page] 105

ce doigt. Dans cette famille, les Galagos se distinguent par la rondeur de leur tête, la brièveté de leur museau, la grandeur et le rapprochement des yeux bien dirigés en avant; par l'état rudimentaire des intermaxillaires non soudés sur la ligne médiane, d'où suit la séparation des incisives en deux groupes latéraux écartés l'un de l'autre par un vide, et placées en dedans des canines; par la proclivité et même l'horizontalité des incisives inférieures dont les moyennes très-petites rappellent la crénelure des dents analogues des Galéopithèques; par la grandeur des oreilles susceptibles de se contracter et de se fermer comme celles de plusieurs Chauve-Souris; parla rotation du radius surle cubitus, et du péroné sur le tibia; par l'excès de longueur du tibia sur le fémur, excès qui va jusqu'au triple dans le tarse comparé au métatarse. Derrière les canines qui sont fortes et triangulaires viennent en haut deux fausses molaires à une seule pointe; les quatre molaires suivantes sont semblables entre elles. Leur couronne est hérissée de quatre tubercules mousses, deux au côté externe, deux surl'interne; mais les deux molaires intermédiaires sont les plus grandes. En bas les canines sont grosses et crochues; derrière elle est une fausse molaire suivie de quatre molaires à couronne faite comme aux molaires supérieures; seulement en bas elles sont aussi larges que longues, tandis qu'en haut elles sont plus étendues transversalement. Le nez se termine par un petit muffle. De cette construction on peut conclure les mœurs et les habitudes de ces Quadrumanes. Leurs grands yeux et leurs grandes oreilles annoncent des Animaux noctumes ou crépusculaires; leurs dents molaires hérissées de pointes annoncent des Insectivores; l'excès de longueur des membres postérieurs sur les antérieurs, combiné avec l'existence de quatre mains, leur donne sur les Arbres, site naturel de ces Animaux, le même élan vertical ou ascendant que les Kanguroos et les Gerboises doivent à terre à la même cause mécanique. Il en résulte encore que sans quitter la place où ils se tiennent accroupis, mais en redressant les trois coudes du lévier fléchi que représente leur corps quand ils sont assis, et en étendant le bras, ils peuvent atteindre au vol des Insectes passant à une assez grande distance d'eux pour se croire hors de leur portée. On ne voit pas aussi clairement l'utilité de leur longue queue qui n'est pas prenante, et qui, bien qu'assez touffue, est loin de s' étaler comme chez les Ecureuils à qui elle sert de parachute. Geoffroy Saint-Hilaire, qui a établi ce genre dans son Tableau des Quadrumanes (Ann. du Mus. d'Hist. Nat. T. XIX), le compose de quatre espèces dont une, décrite par Buffon sous le nom de Rat de Madagascar, nous semble par la petitesse relative de ses membres postérieurs, de ses oreilles et de ses yeux, et la grandeur relative de sa queue, être plutôt du genre des Makis, Animaux jusqu'ici exclusir vement propres à cette île. Il nous semble que c'est avec raison qu'il en a séparé le Potto de Bosman, qui diffère des Galagos par son corps lourd et massif, et surtout par l extrême lenteur de ses mouvemeus, en quoi il contraste infiniment avec les Galagos vifs et agiles comme des Ecureuils. Cette lenteur l'a fait appeler Luyaerd par les Hollandais. Néanmoins, comme Cuvier (Règn. Anim.) a placé le Potto dans ce genre, nous croyons devoir en résumer ce qu'en a dit Bosman (quatorzième lettre de son Voyage en Guinée). � Après avoir donné une idée de sa lenteur en disant qu'il ne descend d'un Arbre qu'après l'avoir dépouillé de ses fruits et de ses feuilles (un pareil Animal ne doit guère être propre à attraper des Insectes au vol), il ajoute: « C'est un Animal si vilain et si hideux, que je ne crois pas qu'on pût trouver son pareil en aucun lieu du monde. Il est peint au naturel dans le portrait que j'en donne (or la figure montre

[page] 106

le Potto marchant à terre dans l'attitude d'un Reptile); ses pâtes de devant ressemblent très-bien aux mains d'un Homme; sa tête est très-grosse à proportion de son corps; le poil du jeune est gris de Rat, et laisse voir une peau luisante et unie; mais quand ils sont adultes, le poil est roux et distribué en flocons comme de la laine.ff Par cette description naïve de Bosman et par la figure qu'il en donne, par l'opposition surtout des mœurs au Potto avec celles que nous allons voir dans le seul Galago bien connu, nous ne doutons pas que cet Animal ne soit d'un autre genre, et même, très-probablement, d'un genre différent du Nycticèbe où Fa placé Geoffroy; qu'il ne soit enfin le type d'un genre nouveau. A tous ces motifr d'exclusion, nous ajouterons que les autres Nycticèbes sont de l'Inde ou de ses îles.

Récemment, en 1822 (Mam. lith., ae douz.), Geoffroy de Saint-Hilaire a fait du Fennec de Bruce, Animal anonyme de Buffon, une espèce de Galago. On peut voir (op. cit. et aux mots FENNEC et MEGALOTIS de ce Dictionnaire), comment le savant professeur, frappé surtout des imputations, le plus souvent mal fondées, qui ont été faites à la véracité du voyageur anglais, motive la singulière transformation en Quadrumane, d'un Carnassier assez voisin du genre des Chiens. La figure donnée par Bruce n'a pourtant pas ce disparate choquant ae formes hétéroclites auquel on reconnaît d'abord les Animaux symboliques ou imaginaires.

Adanson ditavoir vu au Sénégal trois espèces de Galago, y compris celle distinguée par le nom de ce fleuve. Si les deux autres espèces, dont l'une aurait la taille d'un Chat, et l'autre celle d'une Souris, diffèrent de la première espèce dont nous allons parler, et du Galago Demidoff, le genre Galago, après en avoir exclu, 1° le Fennec ou Megalotis, 2° le Rat de Madagascar, et 3° le Potto, serait encore formé de cinq espèces. Si cette différence n'existe pas, il n'y en aurait que trois, toutes de la Sénégambie.

Geoffroy (loc. cit.) a sous-divisé les Galagos d'après le nombre de leurs incisives supérieures.

1. Quatre incisives suprièures.

I. GALAGO A QUEUE TOUFFUE, Galago crassicaudatus, Geoffroy, Cuv., Régn. Anim. T. IV, pl. 1, f. 1. De la grandeur d'un Lapin; oreilles ovales aussi longues que les deux tiers de la tête; à pelage épais et soyeux, d'un gris roux. Patrie inconnue.

Geoffroy place ici le Galago de Madagascar, figuré par Buffon, Suppl., T. III, pl. 20, sous le nom de Rut de Madagascar, et qui nous paraît être un vrai Makis. V. ce mot.

2. Deux incisives supérieures.

II. GALAGO DE DEMIDOFF, Galago Demidoffii, Lemur minutus, Cuv., Tab. des Animaux; Fischer, Act. des nat. de Moscou, T. 1, p. 24, fig. 1. A pelage roux brun, à museau noirâtre, à oreilles n'ayant que la moitié de la longueur de la tête, à queue plus longue que le corps et finissant en pinceau.

III.GALAGO DU SÉNÉGAL, Galago Senegalensis, Geoff. (loc. cit. et Mam. lithog., seconde douzaine, où se trouve une figure faite d'après nature vivante). Celle qui existait auparavant dans Audebert, in-f°, Makis, p. 24; Schreber, pl. 38, B, b, quoique faite d'après une peau bourrée, est cependantbien reconnaissable et caractérisée. Cette espèce que Geoffroy a fait connaître avec détail (loc. cit.)d après les renseignemens fournis par Blan-chot, gouverneur du Sénégal, Geoffroy de Villeneuve et Adanson, a dix molaires en haut et huit en bas, toutes hérissées de pointes; une seule incisive fort petite en haut de chaque côté; la conque de l'oreille presqu' aussi grande que la tête, susceptible de se fermer en se fronçant et se raccourcissant d'abord à la base, et en rabattant toute la partie supérieure du pavillon. Les membres postérieurs sont plus longs que le corps

[page] 107

et la tète pris ensemble; la queue a le poil susceptible de s'étaler comme chez les Écureuils. Le pelage touffu, très-doux, s'étend jusque sous le tarse; il est blanc jaunatre sous le corps, et gris fauve en dessus; la tête est entièrement grise. Cet Animal a tout à la fois les habitudes et les allures des Singes et des Ecureuils. Il est toujours perché sur les Arbres, où il se choisit un domicile dans des trous pour faire ses petits. Ses oreilles très-mobiles lui donnent une physionomie fine et spirituelle à laquelle répondent bien la vivacité et la grâce de ses mouvemens. Son ouie est très-délicate; quand il dort, quoique le pavillon de l'oreille en ferme l'orifice pour isoler cet organe des sons comme les paupières isolent l'œil de la lumière, le moindre bourdonnement d'un Insecte passant à sa portée suffit pour le réveiller. Aussitôt ses oreilles déployées deviennent les auxiliaires de ses yeux pour diriger sa chasse. Les Maures appellent cette espèce l'Animal de la gomme. Il est effectivement très-commun dans les forêts de Gommiers qui bordent le Sarah, sous lesquelles Adanson dit que vivent aussi deux autres espèces, une plus grande et l'autre plus petite. Ces deux espèces ont été indiquées dans le courant de cet article. Il est probable que le Galago se nourrit aussi de gomme; au moins s'est-on assuré qu'il en mange volontiers en captivité. (A.D..NS.)

GALANCIER. BOT. PHAN.(Gouan.) Syn. d'Eglantier. V. ROSIER. (B.)

GALANDE. BOT. PHAN. Variété d'Amandier. (B.)

GALANE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du genre Chélone. V. ce mot. (A. R.)

GALANGA. POIS. L'un des noms de pays du Lophius piscatorius. V. LOPUIE. (B.)

GALANGA. BOT. PHAN. Deux Plantes de la famille des Amomées portent spécialement ce nom; l'une est le Kæmpferia Galanga, l'autre le Maranta ou Alpinia Galanga. V. KAMPFéRIE et MARANTA.

Dans le commerce, on distingue aussi deux espèces de Galanga. Ce sont les racines du Maranta Galanga prises à deux époques. Elles sont extrêmement piquantes et aromatiques. On les emploie comme assaisonnement ou comme un médicament puissamment excitant. (A.R.)

* GALANG-LANT. BOT. PHAN. Syn. malais de Sesuvium Portulacastrum. V. SÉSUVIER. (B.)

GALANT. BOT. PHAN. Nom vulgaire de deux espèces de Cestreaux, dont l'un, Cestrum diumum, est appelé Galant de jour, et l'autre, Centrum nocturnum, Galant de nuit. (B.)

GALANT D'HIVER ou GALANT DE NEIGE, BOT. PHAN. Noms vulgaires du Galanthe. V. ce mot. (B.)

GALANTHE. Galanthus.BOT.PHAN. Genre de la famille des Narcissées et de l'Hexandrie Monopynie, L., caractérisé par un ovaire infère, un calice à six divisions profondes, dont trois extérieures étalées, trois intérieures un peu plus courtes, dressées, glanduleuses, souvent échancrées en cœur à leur sommet; six étamines dressées, à filets courts, à anthères allongées, lancéolées, terminées en pointe à leur sommet, à deux loges introrses. L'ovaire est à trois loses contenant chacune plusieurs ovules redressés, attachés sur deux rangs à l'angle interne. Le style est plus long que les étamines, terminé par un stigmate simple, tronqué, excessivement petit. Le fruit est une capsule ovoïde, à trois côtes et à trois sillons, à trois loges polyspermes, s'ouvrant en trois valves par le milieu des loges. Les graines sont ovoïdes, terminées supérieurement par un appendice allongé en forme de corne. Elles renferment un embryon extrêmement petit, Placé à la partie inférieure d'un en-dosperme charnu.

Ce genre se compose d'une seule espèce, Galanthus nivalis, L., Jacq.,

[page] 108

FI. Austr., t. 313. Elle est connue sous les noms de Perce-Neige, de Galant d'hiver. En effet, ses fleurs s'épanouissent, en général, au milieu de l'hiver, et quand la terre est encore couverte deneige. Son bulbe est ovoïde-allongé, formé de tuniques. Les feuilles qui en naissent sont au nombre de deux, réunies à leur hase dans une gaîne tronquée à son sommet. Ces feuilles sont dressées, allongées, linéaires, obtuses. La hampe, d'environ six pouces de hauteur, est légèrement comprimée, terminée à son sommet par une spathe linéaire qui contient une seule fleur recourbée quand elle est épanouie. Le Perce-Neige croît naturellement dans les lieux montagneux, en Auvergne, en Suisse, près de Versailles, etc. On le cultive assez souvent dans les jardins. (A. R.)

GALANTINE. BOT. PHAN. Pour Galanthe. V. ce mot. (B.)

GALARDIE. Galardia. BOT.PHAN. Dans les Mémoires de l'Académie des Sciences pour 1786, Fougeroux de Bondaroy établit un genre de la famille des Synanthérées et de la Syngénésie frustranée, L., auquel il donna le nom de Gaillardia, le dédiant à Gaillard de Charentonneau, magistrat et amateur de botanique. Lamarck a modifié et remplacé ce nom par celui de Galardia, que Jussieu, Willdenow, Persoon et presque tous les auteurs contemporains ont adopté. C'est pourquoi nous ne croyons pas qu'il soit dans l'intérêt de la science de rétablir la dénomination dans sa pureté primitive, d'autant plus que sa dédicace en a été faite à un personnage fort estimable sans doute comme magistrat, mais un peu obscur sous le rapport des sciences. Ce genre a été placé par H. Cassini dans la tribu aes Hélianthées, section des Héléniées, près du Tithonia. Il offre les caractères suivans: calathide radiée, dont le disque est formé de fleurs nombreuses, régulières et hermaphrodites, et les rayons de fleurs en languettes, très-larges, trifides et stériles; involuçre composé d'écailles peu nombreuses, imbriquées, coriaces et surmontées d'un long appendice foliacé et étalé; réceptacle légèrement convexe et muni de paillettes (fimbrilles, Cass.); akènes couverts de longs poils dressés et appliqués, surmontés d'une aigrette longue, formée de six à huit poils paléiformes dans leur partie inférieure, filiformes et ciliés supérieurement; dans chacune des fleurs de la circonférence, on trouve un ovaire avorté et pourvu d'une aigrette semblable à celle des fleurs fertiles. A l'espèce qui a servi de type au genre Galardia, les auteurs en ont ajouté quelques autres, mais qui appartiennent à des genres différens. Ainsi la Galardia fimbriata, Mich., forme le genre Leptopoda de Nuttall; la Galardia acaulis de Pursh rentre dans le genre Actinella, selon Nuttall; mais on doit observer que les autres Actinella étant des Plantes de l'Amérique méridionale, l'espèce de l'Amérique du nord n'appartient probablement pas au même genre; la Galardiaamara de Rafinesque doit être placée parmi les Anthemis ou les Helenium. La Plante décrite par Fougeroux sous le nom de Gaillardia pulchella, fut nommée ensuite Galardia bicolor par Lamarck (Encycl. Méth.), Calonnea pulcherrima par Buchoz, et Virgilia helioides par l'Héritier. Il est peut-être inutile d'ajouter que ces deux nouveaux noms génériques, le premier surtout, ont été rejetés. Un genre de Légumineuses rappelle d'ailleurs aux agronomes et aux botanistes le chantre harmonieux des Géorgiques. Mais, selon le professeur Desfontaines et Cassini, ce n'est plus la Galardia pulchella que l'on cultive au Jardin des Plantes. Cette belle espèce, originaire de la Louisiane, a disparu peu à peu par l'effet de l'altération des graines, et elle a fait place à une autre Plante spécifiquement différente, quoiqu'on l'ait rapportée à la Galardia bicolor, Lamk., dans le Botanical Magazine.

La GALARDIE RUSTIQUE, Galardia

[page] 109

rustica, Cass., produit plusieurs tiges herbacées, hautes de trois à quatre décimètres, dressées et pourvues à leur partie supérieure de feuilles odorantes, épaisses, glauques, hérissées de poils épars, un peu roides et articulés. Quelques-unes des feuilles inférieures sont presque pinnatifides ou découpées latéralement en lobes inégaux. Les calathides sont solitaires au sommet des tiges et de leurs rameaux; le disque en est violet ou rougeâtre, tandis que les rayons sont entièrement jaunes en dessus ou nuancés de rouge à la base. La Galardia aristata de Pursh semble, d'après la description, distincte de l'espèce précédente, et la Galardia lanceolata, Mich., aété réunie par Willdenow et Persoon à la Plante décrite par Fougeroux. (G..N.)

* GALARDIÉS. Galardiæ. BOT. PHAN. Nom d'une tribu proposée par Nuttal (Genera of North American Plants) dans la famille des Synanthérées, et composée des genres Helenium, Leptopoda, Actinella, Galardia et Balduina. Les Héléniées, section de la tribu formée antérieurement par Cassini, renferment le groupe des Galardiécs. V. HÉLÉNIÉES et SYNANTHÉRÉES. (G..N.)

* GALARHOEUS. BOT. PHAN. Haworth, dans son Traitédes Plantes grasses, a distribuéles nombreuses espèces d'Euphorbes en plusieurs genres d'après leur mode d'inflorescence, le nombre, la forme et la nature des parties qui composent l'involucre, appelé par lui calice. Celles où les divisions extérieures et glanduleuses de cetin volucre sont entières, où les fleurs sont en ombelles terminales, forment son genre Galarhæus. Ce nom, qui signifie, d'après son étymologie, une Plante d'oule lait découle, est assez mal choisi, car il eût dû s'appliquer aux espèces d'Euphorbes où le suc laiteux est le plus a bondant, c'est-à-dire celles dont la tige charnue et épaisse rappelle celle desCierges, et non a des espèces rameuses, où il se trouve aussi, il est vrai, mais en beaucoup moindre proportion. D'ailleurs les caractères géuériques choisis par Haworth ne nous paraissent nullement établir des coupes naturelles, ni par conséquent devoir être adoptées. (A.D.J.)

* GALARIN. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Trapa natans. V. MACRE. (B.)

GALARIPS. BOT. PHAN. (Allioni.) Syu. d'Allamande. V. ce mot. (B.)

* GALATÉADÉES OU GALATHÉADÉES. Galateadæ. CRUST. Famille établie par Leach dans l'ordre des Décapodes et daus la famille des Macroures. Elle correspond à la tribu des Anomaux de Latreille(Règn. Anim. de Cuv.), et peut être caractérisée de la manière suivante: première paire de pates plus grande et didactyle, les deuxième, troisième et quatrième paires simples, la cinquième petite et didactyle; queue formée de plus d'une pièce; les antennes inférieures longues, sans écailles à leur base. Leach a nombré d'une manière différente les appendices du corps. Ainsi, il donne le nom de première, deuxième et troisième paires de pates aux trois paires de piedsmâchoires, et ce que nous appelons troisième paire de pates ou les serres devient pour lui la quatrième. A part cette différence que nous avons fait disparaître dans les caractères ci-dessus, les observations de Leach sont très-exactes. La huitième paire de pates, par exemple, ou la cinquième, suivant nous, est petite et très-certainement didactyle; en effet, le dernier article figure une paire de pinces dont les branches seraient très-courtes et arrondies à leur extrémité. Ces détails ne peuvent être vus que lorsqu'on a eu soin d'enlever les poils qui les masquent. Leach divise cette famille en deux races ou sections.

† Test de forme triangulaire-ovale, allongé antérieurement; troisième paire de pieds-mâchoires non dilatée.

Genres: ÆGLÉ, E, GRIMOTÉE, GALATÉE, MUNIDÉE.

†† Test arrondi, légèrement convexe, non allongé antérieurement: troisième paire de pieds-mâchoires

[page] 110

dilatée intérieurement au moins à leur premier article.

Genres: PISIDIE, PORCELLANE.

V. oes différens mots. (AUD.)

GALATÉE ou GALATHÉE. Galatea, CRUST. Genie de l'ordre des Décapodes, établi par Fabricius, et rangé par Latreille (Règn. Animn. de Cuv.) dans la famille des Macroures, tribu des Anomaux, avec ces caractères: les deux pieds postérieurs beaucoup plus petits que les autres, filiformes, repliés; queue terminée par des feuillets natatoires, connivens, étendue ou simplement courbée à son extrémité; antennes latérales, longues, sétacées, sans écaille à leur base; les mitoyennes saillantes; pieds-mâchoires extérieurs non dilatés à leur base; test ovo�de ou oblong (rugueux); yeux gros, situés, un de chaque côté, à la base de la saillie, en forme de bec ou de pointe, de son extrémité antérieure; les deux pieds antérieurs beaucoup plus grands que les autres, en forme de serres allongées. Ces caractères très-détaillés suffiraient presque pour faire connaître l'organisation extérieure des Crustacés propres à ce genre. On peut cependant en découvrir plusieurs autres très-importans, en passant en revue les diverses parties de leur corps. Leur test est ellipso�de, déprimé et divisé par des incisions transversales, ondulées dans auelques points, et toujours ciliées; il est tronqué en arrière pour s'articuler avec l'abdomen, et il se termine antérieurement par un rostre aigu au sommet, et très-épineux sur les côtés. Les yeux sont trèssaillans; les antennes s'insèrent en arrière et en dehors d'eux; elles sont composées de trois articles égaux, supportant un long filet. Les antennes intermédiaires sont courtes, mais saillantes et portées sur un fort pédicule. Les mandibules n'ont point de dents. La première paire de pates ou les serres sont très - longues, déprimées, garnies d'écailles imbriquées, très-visibles à leur face inférieure et beaucoup moins apparentes à la face supérieuie, où elles dégénèrent quelquefois en tubercules semi-circulaires. La seconde, la troisième et la quatrième paires de pates sont de beaucoup plus courtes que la première et presque d'égale longueur; elles se terminent en un onglet aigu et denté à son bord inférieur,; la cinquième paire de pates ne ressemble en rien aux précéaentes; elle est trèsgrêle, repliée sur elle-même, et ciliée à son extrémité qui est bifide, et représente une sorte de petite piuce. Ce caractère n'a pas échappé au docteur Leach, et nous avons eu souvent occasion de le vérifier. L'abdomen des Galatées est convexe en dessus et formé par cinq segmens qui offrent, de même que la carapace, des sillons transveisaux garnis de poils. Il se termine par une queue composée de plusieurs plaques. Ce genre a beaucoup d'analogie avec les Ecrevisses; mais il ressemble davantage aux Porcellanes dont il diffère cependant par une queue étendue ou ne se repliant pas tout entière en dessous, par un tronc presque ovo�de ou oblong, par des antennes intermédiaires, saillantes, enfin par la longueur de la première paire de pates. Les mœurs de ces Crustacés sont peu connues. Risso (Hist. nat. des Crust, de Nice, p. 69) dit que leur natation est vive et qu'ils restent en repos pendant le jour, tandis que la nuit ils se mettent en campagne. Lorsqu'on les prend, ils agitent vivement leur abdomen et frappent leur queue contre leur poitrine. Bosc qui a souvent eu occasion de prendre des Galatées à différens âges, pense que leur accroissement ne se fait pas, comme celui des autres Crustacés, par le renouvellement complet de leur enveloppe, mais par la dislocation générale de toutes leurs articulations ou écailles et par la production rapide de lames intermédiaires qui se soudent aux anciennes. Tout en reconnaissant que l'expérience peut seule prononcer sur une telle opinion, il nous paraît bien certain que l'accroissement de l'enve-

[page] 111

loppe externe des Galatées doit, à cause de sa composition fort singulière, présenter des particularités remarquables qui ne se voient pas ailleurs. Ce genre comprend plusieurs espèces, parmi lesquelles nous citerons:

La GALATÉE RUGUEUSE, G. rugosa, Fabr., ou le Lion de Rondelet (Hist. des Pois., p. 390), figurée par Leach (Malac.Podoph. Brit., tab. 29). Elle se trouve sur nos côtes de la Manche et de la Méditerranée.

La GALATÉE PORTE-ÉCAILLIES, G. squammifera de Leach qui en donne une bonne figure (loc. cit., pl. 28, A). Elle est peut-être la même que la G. glabra de Risso, et a été représentée par Aldrovande (de Crust., lib. 2, p. 123). Leach (Encycl. Brit.) avait établi, sous le nom de G. Fabricii, une espèce qu'il a depuis reconnu être un jeune individu de laGalatée porteécailles.

La GALATÉE PORTE-ÉPINES, G. spinifera, Leach (Malac. Podoph. Brit., tab. 28, B), ou la Galatée rayée de Latreille. Les auteurs l'ont confondue avec le Cancer strigosus de Linné; elle se trouve abondamment dans la Méditerranée et dans les mers d'Europe. Elle est d'un beau bleu d'azur extrêmement vif.

Risso a décrit sous le nom de GALATÉE ANTIQUE, G. antiqua, un Crustacé fossile qu'il a trouvé aux environs de Nice, dans un Calcaire argileux. (AUD.)

GALATÉE. Galatea. BOT. PUAN. Sous-genre de la famille des Synan-thérées, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie frustranée, L., établi par H. Cassini (Bulletin de la Soc. Philom., novembre 1818) dans le genre Aster, et caractérisé par les fleurs neutres de la circonférence et par l'involucre composé de folioles coriaces sans appendices, appliquées et vraiment imbriquées. L'auteur de ce sous-genre en a décrit avec beaucoup de détails six espèces cultivées au Jardin des Plantes de Paris, savoir: 1. Galatea parviflora ou Aster dra-cunculoides Lamk.; 2. G. canescens ou A. Canus, Willd.; 3. c. punctata ou A. punctatus, Willd.; 4. G. intermedia ou A. acris, Hort., Reg. Par.; 5. G. rigida ou A. trinervis, Hort. rar.; 6. et G. albiflora ou A. linifolius, Willd. Puisque ces Plantes ne constituent pas, même aux yeux de l'auteur, un genre distinct, il était fort inutile de surcharger la nomenclature d'une nouvelle dénomination pour chacune d'elles. (G..N.)

GALATHÉE. Galathæa. MOLL. Genre indiqué par Bruguière dans la planche a50 de l'Encyclopédie, adopté et caractérisé par Lamarck sous le même nom. Roissy, dans le Buffon de Sonnini (T. VI des Mollusques, p. 324), proposa de remplacer le nom'de Galathée. qui a déjà été donné à un genre de Crustacés, par celui d'Egérie qu'il propose, voulant par ce moyen éviter les désagrémens d'une nomenclature embarrassée par des noms semblables. Cependant cette dénomination prévalut, et fut consacrée à un genre voisin des Cyrênes, que Cuvier ne sépara pas des Cycla-des, et que l'on peut caractériser de la manière suivante: coquille équivalve, subtrigone, recouverte d'un épiderme verdâtre; dents cardinales sillonnées; deux sur la valve droite, conniventes à leur base; trois sur l'autre valve, l'intermédiaire avancée séparée; dents latérales écartées; ligament extérieur, court, saillant, bombé; nymphes proéminentes. On voit par ces caractères que les Gala-thées diffèrent réellement fort peu des Cyrênes. Voici les principales différences: les dents cardinales sont sillonnées tandis qu'ellessontlisses dans les Cyrènes; il y en a deux sur une valve et trois sur l'autre; ce qui se voit aussi dans plusieurs Cyrènes. Enfin les dents sont disposées un peu différemment; celle du milieu de la valve gauche étant plus séparée et plus avancée.Nous croyons queces caractères distinctifs ne sont pas Suffisans, surtout lorsque la connaissance del'Animal n'y ajoute pas quelque valeur; cependant, du moins sil'on s'en rap-

[page] 112

porte à la figure de l'Encyclopédie, l'Animal était pourvu de syphons saillans, qui ont laissé leur impression par l'échancrure de l'insertion du manteau. Les Cyclades, au reste, sans présenter cette impression, sont pourtant pourvus de syphons, et les Cyrènes les ont piobablemement aussi. Férussac, malgré ces motifs, a admis les Galathées comme genre, dans sa famille des Cyclades,, s'écartant en cela de l'opinion de Cuvier et de celle de Blainville. La Galathée est une Coquille très-rare, fluviatile, épaisse, subtrigone, à crochets saillans, à ligament très-bombé et très-fort. On n'en connaît qu'une seule espèce, qui vient des rivières de l'Inde et de l'île de Ceylan. On la nomme:

GALATHÉE A RAYONS, Galathea radiata, Lamk., Ann. du Mus. T. v, p. 430, pl. 28; ibid., Anim. sans vert. T. V, p. 555; Egeria radiata, Félix Roissy, Buffon de Sonnini, T. VI des Moll., p. 327; Venus paradoxa, Born. Mus., Cœs., Vind., p. 66, lab. 4, fig. 12, 13; venus subviridis, Gmel., p. 328o; Encyclopédie, pl. 250, fig. j, an Galathæa, variété; Lister, Conchyl., tab. 158, fig. 13. Cette belle et rare Coquille épidermifère est remarquable par son épaisseur, par sa tache violette intérieure sur un fond blanc, et surtout par ses rayons au nombre de deux à quatre, d'un beau violet sur un fond blanc de lait, qui se voient à l'extérieur lorsque l'on a enlevé l'épiderme. La figure citée de Lister est difficile à juger. Serait-ce une variété ou une espèce distincte? c'est ce qu'il est fort difficile de décider, d'après la figure qui ne parait pas exacte. Au reste, les différences seraient principalement dans la forme des crochets, et peut-être dans celle de la lunule, qui serait plus grande dans celle de Lister. (D..H.)

GALATHÉE. CRUST. V. GALATéE.

GALATION. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Syn. de Gaillet. V. ce mot. (B.)

GALAX. BOT. PHAN. Linné établit sous ce nom un genre auquel il donna pour synonymes le Belvedera de Clayton, et le Viticella de Mitchel. Palisot-Bcauvois et Richard (in Mich. Flor. Boreal. Amer, 2, p. 34) constituèrent le même genre sous deux noms différens, et Ventenat (Jardin de Malmaison, p. 69) adopta celui de Solenandria, proposé par Palisot-Beauvois. Ces botanistes ont rejeté l'ancienne dénomination, parce que Linné ayant indiqué comme congénères deux Plantes dont les descriptions sont essentiellement différentes, il leup a paru convenable de fixer les caractères de celui qui est suffisamment connu, en attendant que l'on sache bien positivement ce que c'est que le Galax, L., ou le Viticella de Mitchel. Cependant Nuttall(Genera of North. Amer. Plants, 1, p. 145) admet le nom proposé par Linné, et cite simplement comme synonymes, ceux d'Erythrorhiza et de Solanandra ou Solenandria. V. ces mots. (G..N.)

GALAXAURE. Galaxaura. POLYP. Genre de l'ordre des Corallinées, dans la division des Polypiers flexibles ou non en tièrement pierreux, à substance calcaire mêlée avec la substance animale ou le recouvrant, apparente dans tous les états. Sescaractères sont: Polypier phyto�de, dicholome, articulé, quelquefois subarticulé; cellules toujours invisibles. Les Galaxaures ont été classées parmiles Corallines par So-landerdans Ellis; tous les auteurs qui se sontoccupés de Polypiers ont adopté celte classification, à l'exception de Gmelin et d'Esper, qui en ont placé quelques espèces avec les Tubulaires. Lamarck les réunit aux Liagores, sous le nom de Dichotomaires, quoiqu'il reconnaisse les différences qui existent entre ces deux groupes, car les Liagores nesont point dichotomes. Blainville rapporteles opinions desauteurs surces productions singulières sans se prononcer pour aucune. Ces Polypiers se rapprochent presque autant de certains genres des Tubulariées que des Corallinées: comme les premières, ils ont une tige et des rameaux fistuleux, de forme cylindrique, souvent mar-

[page] 113

qués d'anneaux circulaires et parallèles; comme les dernières, ils sont articulés, ramifiés régulièrement, d'une substance membrano-fibreuse, encroûtée de matière calcaire, faisant effer-vescence avecles Acides. Il est vrai que ces Polypiers n'offrent point la rigidité qui semble particulière aux Corallinées; ils se rapprochent des Liagores (Tubulariées) par leur flaccidité, leur substance et la position des Polypes. Les Animalcules sont placés aux extrémités des ramifications, qui souvent paraissent fermées par le dessèchement du corps de l'Animal formé d'une matière non crétacée, plus cornée, plus gélatineuse que le reste du Polypier; quelquefois la substance est la même sur toute la surface de l'objet; d'autres fois les ramifications sont ouvertes à leurs extrémités. D'après ces faits, nous croyons que les Polypes des Galaxaures, comme ceux des genres prėcédens, ne peuvent être placés qu'aux sommets des rameaux. Ces Polypes ne doivent jouir que, très-peu de la faculté rétractile que possèdent à un plus haut degré ceux des Sertulariées, des Flustrées, etc.; l'Animalcule, comme dans les Tubulaires marines, ne peut que secon tracter et non rentrer en entier dans une cellule, sans doute parce que le tube qui le renferme fait peut-être partie du corps, et ne sert pas uniquement de demeureau Polype comme dans les Tubulaires d'eau douce. Nous ne serions pas étonnés qu'il en fût de même dans les Udotées et les Hamilèdes. La forme générale des Galaxaures varie peu, presque toutes sont dichotomes, et d'une grande régularité dans leurs divisions. Il en est de fortement contractées comme articulées, et d'autres dans lesquelles les articulations sont à peine sensibles. Presque toutes offrent des anneaux très-rapprochés les uns des autres, mais ces dernières les ont plus marqués que les premières; il semble que la nature veut remplacer par ce moyen les articulations qui leur manquent. La couleur des espèces que l'on possède dans les collections offre diverses teintes de rouge violet, de vert, de jaune ou de blanc, quelquefois nuancées de la manière la plus agréable; nous croyons que dans le sein des mers, et lorsque les Polypes sont en vie, les Galaxaures, de même queles Nésées et les Acétabulaires, son t d'un vert herbacé plus ou moins brillant, tirant un pen sur le violet. La grandeur de ces Polypiers n'est pas considérable, et dépasse rarement un décimètre; il y en a qui ont à peine trois centimètres de hauteur. C'est par ceux-ci que nous avons terminé la description des espèces de ce genre quise lie ainsi de la manière la plus naturelle avecle suivant, intermédiaire entre les Corallines et les Galaxau-res. Ces Polypiers semblent étrangers aux zônes froides des deux hémisphères; on commence à les trouver sur les côtes du Portugal; ils deviennentplus nombreux en se rapprochant des régions équatoriales. Nous ignorons s'il y en a dans la Mėditerranėe; les voyageurs n'en ont pas encore rapporté; et comme ces Polypiers ne paraissent nulle part très-communs, il serait possible que cette mer en fût privée. Nous avons divisé les Corallinées en trois sous-ordres; les Galaxaures appartiennent au premier. Elles ne sont d'aucun usage; leur nombre est assez considérable; les plus remarquables sont: la Galaxaure ombellée, par sa grandeur et sa forme; la Galaxaure obtuse, regardée comme une Tubulaire, ainsi que l'annelée, la rugueuse et plusieurs autres; la Galaxaure lapidescente, que l'on trouve Portugal et au cap de Bonne-Espérance; enfin, la Janioïde, dont les rameaux filiformes ressemblent presque au Corallina rubensde Linné. (LAM..X.)

* GALAXÉE. Galaxea. POLYP. Genre établi par Ocken, dans ses Elémens d'histoire naturelle, p. 72, aux dépens des Madrépores de Linnė. Il renferme des espèces classées par les naturalistes dans le genre Cariophyllea de Lamarck. Ocken donne à son genre les caractères suivans: tubes simples, courts; étoiles petites, séparées ou réunies par l'extrémité en un cercle, mais détachées toutes d'une manière distincte, et non complète-

TOME VII. 8

[page] 114

ment enfermées dans un ciment. � Il le divise en quatre sections: la première à tubes uniques; dans la deuxième, les tubes paraissent bourgeonner ou sont prolifères; dans la troisième, ils offrent quelques ressemblances avec des clous; enfin, dans le quatrième, les tubes semblent naître d'un seul point. Le genre Galaxea, éminemment artificiel, n'a été adopté par aucun naturaliste. (LAM..x.)

GALAXIE. Galaxis. POIS. Sousgenre d'Esoce. V. ce mot. (B.)

GALAXIE. Galaxia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Iridées et de la Triandrie Monogynie, L., établi par Thunberg aux dépens des Ixia de Linné, et adopté par Lamarck et Jussieu, avec les caractères suivans: spathe univalve et uniflore; périanthe tubuleux, dressé, filiforme à la base, et divisé supérieurement en six découpures égales, régulières et étalées; les trois extérieures ont, d'après Thunberg, une petite fossette nectarifere à leur base; trois étamines plus courtes que la corolle, et dont les filets sont connés; ovaire inférieur, triquètre, portant un style filiforme plus long que les étamines, et trois stigmates multifides. Ce genre ne diffère réellement des Ixia que par la soudure des filets staminaux; il se compose de sept espèces qui ont tout l'aspect de ces dernières Plantes, et sont, comme la plupart d'entre elles, originaires du cap de Bonne-Espérance. La Galaxia ovata, Thunbu, peut être considérée comme le type du genre; c'ėtait l'Ixia Galaxia de Linnéfils. Elle se trouve parfaitement figurée dans les Liliacées de Redouté, tab. 246. Le professeur De Candolle a aussi décrit et fait figurer dans le méme ouvrage, tab. 41, la Galaxia ixiæ flora et la G. ramosa, qui étaient des Ixia pour Salisbury, Dela Roche, Gawler et Aiton. (G..N.)

GALBA. INS. On ne sait aujourd'hui quelle larve d'Insecte les anciens désignaient sous ce nom, et qu'ils disaient naître dans le bois de Chêue. (B.)

* GALBA. BOT. PHAN. (L.-C. Richard.) Syn. caraïbe de Calophylle. V. ce mot. (B.)

* GALBANOPHORA. BOT. PHAN. Necker formait sous ce nom, et aux dépens des Bubon, un genre dont le Bubon Macedonicum eût été l'espèce unique. Il n'a pas été adopté. (B.)

GALBANUM. BOT. PHAN. Substance gommo-résineuse qui découle des incisions faites au Bubon galbanifère, et qui se dessèche sur la tige de cette Plante. Le Galbanum est amer, odorant et très-inflammable; il est soluble, partie dans l'eau, partie dans l'Alcohol; son usage en médecine était autrefois très-étendu, mais l'expérience paraît avoir restreint considérablement ses propriétés. (DR..Z.)

GALBULA. OIS. (Brisson.) Syn. de Jacamar. V. ce mot et LORIOT. (DR..Z.)

GALBULE. Galbulus. BOT. PHAN. On a donné ce nom aux cônes des Pins et des Cyprès. V. FRUIT. (AUD.)

GALÉ. Gale. BOT. PHAN. Nom spécifique d'une espèce du genre Myrica, et que certains auteurs ont appliqué comme nom français au genre tout entier. V. MYRICA. (A. R.)

GALEA MOLL. Klein (Méthod. Ostr., pag. 56) réunit sous cette dénomination toutes les Coquilles qui ont plus ou moins de ressemblance avec les casques que portaient les anciens. Dans ce genre, comme dans presque tous ceux de cet auteur, on trouve des Coquilles fort différentės des Tonnes, des Casques, des Cassidaires, des Pourpres, des Camellaires, etc., etc. (D..H.)

GALEA. ÉCHIN. Nom donné par Klein à un genre d'Oursins, dans son ouvrage sur les Echinodermes; il n'a pas été adopté; les espèces appartiennent au genre Ananchite de Lamarck. Quelques Oursins fossiles du genre Galérite de Lamarck, ont aussi été désignés, sous les noms de Galea et

[page] 115

de Galéatule, par Luid et d'autres anciens oryctographes. (LAM..X.)

GALEDUPA. BOT. PHAN. Et non Gadelupa. Un Arbre de la famille des Légumineuses et croissant dans les Inaes-Orien tales avait ainsi été nommé par Lamarck (Dictionnaire Encyclopédique), parce qu'il lui semblait avoir été décrit et figuré sous ce nom par Rumph (Amboin., 2, p. 59, t. 13). En adoptant ce genre, Jussieu (Genera Plantar., p. 363) fit le premier remarquer que la Plante de Rumph était différente de celle que Rhéede (Hurt. Malab., 6, p. 5, t. 3) avait figurée et nommée Pongam ou Minari, et qui était bien certainement la Plante sur laquelle Lamarck avait institué le genre, et que Linné avait décrite comme un Robinia, et Willdenow comme un Dalbergia. Conduit par cette observation, Ventenat (Jardin de Malmaison, p. et lab. 28) changea le nom de Galedupa en celui de Pongamia, qui est resté au genre dont il s'agit. V.. PONGAMIE. (G.. N.)

GALÉES. Galeæ. BOT. PHAN. Le professeur Kunth appelle ainsi la première section des Rubiacées, qui sc compose des genres Galium, Aspeula, Rubia, etc. V. RUBIACÉES. (A. R.)

GALEGA. BOT. PHAN. Vulgairement Lavanèse. Genre de la famille des Légumineuses et de la Diadelphie Décandrie, L., établi par Tournelort, adopté et étendu par Linné, Lamarck, Jussieu, et tous les botanistes modernes, avec les caractères suivans: calice tubuleux à cinq dents subuiées et presaue égales; corolle papilionacée, dont l'étendard est ovale, cordiforme, relevé ou réfléchi; les deux ailes oblongues, couchées sur la carène qui est comprimée sur les côtés, à pointe courte et montante; dix étamines le plus souvent diadelphes; légume oblong, droit, légèrement comprimé, polysperme, présentant des renflemens aux endroits où les graines sont placées, et marquées de stries fines et obliques sur chacune des valves; graines réniformes. Persoon a séparé des Galegas un grand nombre d'espèces qui ont les étamines monadelphes et les légumes comprimas et coriaces; il en a constitué le genre Tephrosia,, ne laissant parmi les vrais Galegas que les espèces à fruits toruleux, cylindracés, et à feuilles pinnées très-glabres. Ce genre avait déjà été indiqué par Necker, sous le nom de Brissonia, et par Mœnch, sous celui de Reineria. Daus un mémoire sur la famille des Légumineuses, Desvaux (Journ. de botanique, 1814, p. 78) a adopté le nom donné par Necker, comme le plus ancien, et en a décrit trois espèces nouvelles. V. TÉPHROSIE. En admettant la séparation de ces Plantes, le genre Galega, autrefois si nombreux en espèces, se trouverait réduit à un bien petit nombre, parmi lesquelles l'espèce dont nous allons donner une courte description, est la plus remarquable.

Le GALEGA COMMUN, Galega officinalis, L., vulgairement Rue de Chèvre, est une assez belle Plante, qui a le port de certains Astragales, et dont les tiges sont droites, herbacées, stviées et rameuses. Ses feuilles sont imparipinnées, munies à la base de chaque pétiole commun d'une grande stipule hastée, composées de folioles nombreuses, glabres, obtuses ou un peu échancrées à leur sommet, avec une petite pointe dans l'échancrure. Les tleurs sont bleuâtres, purpurines, ou quelquefois entièrement blanches, disposées en longs épis pédonculés axillaires. Elles sont pédicellées et pendent sur le pédicelle à Ja manière des Indigofera, genre d'ailleurs très-voisin du Galega. Les légumes sont redressés, linéaires, pointus, grêles, glabres et finement striés. Cette Plante, qui croît naturellement dans les lieux humides et sur les bords des ruisseaux de l'Europe méridionale, a joui chez les anciens médecins d'une célébrité usurpée dans ce qu'ils appelaient fièvres malignes, maladies pestilentielles, etc. Elle a perdu aujourd'hui ses qualités alexitères, et on ne la remarque plus qu �

8*

[page] 116

cause de son aspect agréable. Sous ce rapport, elle est très-propre à faire ornement dans les grands parterres, et on pourrait lui adjoindre le Galega orientalis, qui a les fleurs bleues, ainsi que le G. Persica, dans lequel les fleurs sont d'un beau jaune. (G..N.)

GALEJOU. OIS. Nom vulgaire du jeune Bihoreau. V.. ce mot. (DR..Z.)

GALÉNE. MIN. Nom vulgaire et très-généralement employé, par lequel on désigne le Plomb sulfuré, laminaire, à cassure cuboïde. V. PLOMB. On nomme aussi:

GALÈNE ARGENTIFÈRE, une variété de Plomb sulfuré à grains fins, et que Ton suppose contcnir plus d'Argent qu'aucune autre Galène.

GALÈNE DE FER, quelques variétés de Fer Oligiste, suivant les anciens naturalistes, qui appliquaient aussi ce nom au Schéelin ferrugineux.

GALÈNE PALMÉE, une variété de Plomb sulfuré qui contient de l'Antimoine sulfuré, et qui, de même que ce Métal, offre aes espèces de palmes dans sa cassure. (AUD.)

GALENIE. Galenia ou Galiena. BOT. PHAN. Genre de la famille des Atriplicées et de l'Octandrie Digynie, L., qui se compose de deux espèces, ayant pour caractères communs: un calice persistant et à quatre divisions profondes; huit étamines à peine sailantes au-dessus du calice; un ovaire libre, à deux loges contenaut chacune un seul ovule, deux styles, deux stigmates, et pour fruit une capsule à deux loges, contenant chacune une graine.

L'une de ces espèces, Galenia Africana, L., Lamk., Ill., t. 314, croît aù cap de Bonne-Espérance. C'est un Arbuste rameux, portant des feuilles opposées, linéaires, extrêmement étroites, presque subulées, visqueuses et jaunâtres, et des fleurs excessivement petites, disposées en une panicule rameuse et terminale.

GALÉOBDOLON. BOT. PHAN. Genre de la famille des Labiées et de la Didynamie Gymnospermie, L., établi par Dillen, et adopté par Hudson (Fl. Angl.), De Candolle (Flore Française), Smith et Persoon, avec les caractères suivans: calice nu pendant la maturation, campanulé, à cinq dents inégales et aiguës; corolle grande, dépourvue de dents latérales, à deux lèvres, la supérieure voûtée, entière et non crénelée; l'inférieure à trois divisions pointues. Quant aux autres caractères, ce genre ressemble parfaitement au Galeopsis, dont il est un démembrement. Jussieu ne l'admet pas; mais il a été proposé par Roth (German. 1, 254) sous le nom de Pollichia, transporté dans le genre Lamium par Crantz (Austr. 262), parmi les Leonurus par Scopoli (Carniol., n° 705); et enfin parmi les Cardiaca, par Lamarck (Flore Française, 1re édition). Il ne se compose que d'une seule espèce (Galeobdolon luteum,) Plante herbacée qui a le port des Galéopsides, et dont les fleurs sont jaunes. Elle croît dans les bois et les haies des pays montueux d'Europe. On en a distingué des variétés qui ont été considérées par quelques auteurs, comme des espèces distinctes, savoir: une variété à feuilles ovales et à fleurs solitaires ou géminées à chaque aisselle; une autre à feuilles supérieures, lancéolées, et à fléurs verticillées; et enfin, la troisième à feuilles panachées. (G..N.)

GALÉODE. Galeodes. ARACHN. Genre de l'ordre des Trachéennes, établi par Olivier (Encycl. Méthod. T. v1, p. 578) aux dépens des Phalangium de Fabricius, et adopté par Latreillequi le place (Règn. Anim. de Cuv.) dans sa famille des Faux-Scorpions, et lui assigne pour caractères: corps oblong, annelé; segment antérieur beaucoup plus grand, portant deux mandibules très-fortes, avancées, comprimées, terminées en pince dentelée, avec la branche inférieure mobile; deux yeux lisses, dorsaux et rapprochés sur un tubercule commun; deux grands palpes filiformes, sans crochet au bout;

[page] 117

les premiers pieds également filiformes, mutiques et en forme de palpes; bouche composée de deux mâchoires, formées chacune par la réunion de la base d'un de ces palpes et d'un de ces pieds antérieurs, et d'une languette sternale subulée, située entre les mandibules; six autres pieds filiformes terminés chacun par deux espèces de longs doigts mobiles avec un petit crochet au bout; les deux pieds postérieurs plus grands avec une rangée de petites écailles pédicellées sous les hanches. On peut ajouter à ces caractères génériques une description plus détaillée de l'organisation extérieure des Galéodes. Ces Arachnides singulières ont un corps allongé et oblong, recouvert presque entièrement de poils longs, soyeux ou roides, de couleur brune ou bien jaunâtre, et divisé en trois parties assez distinctes: la tête, une sorte de thorax et l'abdomen. La tête qui semble comprendre les premiers anneaux du thorax, supporte les yeux, et donne insertion à deux fortes mandibules; chacune d'elles représente une véritable pince; la branche inférieure (V. Planches de ce Dict., fig. 6, c) est fort grêle, allongée, très-mobile, dentelée et terminée par une dent aiguë courbée en haut. Elle s'articule avec la branche supérieure; celle-ci (fig. 6, b) est beaucoup plus forte que l'inférieure; elle offre des dents plus nombreuses et présente à sa partie supérieure et antérieure un petit tubercule, sorte de crête cornée et arrondie, au-devant de laquelle on remarque dans plusieurs individus un appendice (fig. 6, a), grêle, corné, flexueux, qui se dirige en haut et en arrière; l'usage de cette pièce singulière n'est pas connu: il est probable qu'elle caractérise l'un dcs sexes et qu'elle sert à quelque chose dans l'acte de la copulation. Les autres parties de la bouche sont les mâchoires, dans la composition desquelles entrent plusieurs parties; mais qui sont principalement formées par la base des palpes dont l'arttcle radical est prolongé en pointe à son angle interne et supérieur, de manière à se dilater en avant pour former une petite languette bifide, terminée par deux appendices soyeux, et situee entre les deux mandibules et à leur base. Les autres articles des palpes sont cylindroïdes, plus gros que ceux des pates, et le dernier est arrondi. La première paire de pates a beaucoup d'analogie avec les palpes; elle est terminée comme eux par un article simple qui ne ressemble en aucune manière à un tarse et qui est dépourvu de crochets; la deuxième, la troisième et la quatrième paires de pates présentent toutes des crochets; mais elles offrent une particularité remarquable quant au nombre des articles des tarses; la deuxième et la troisième n'en ont que quatre; mais la dernière paire qui est aussi plus longue que les autres en présente sept. Nous les avons comptées à plusieurs reprises sur l'individu dont nous donnons la figure; les deux dcrnières pâtes correspondent à la partie désignée plus particulièrement sous le nom de thorax; on ne distingue pas de sternum proprement dit; l'article basilaire des pates paraît en tenir lieu. Latreille a découvert un stigmate à droite et à gauche de la poitrine, près de la seconde paire de pates. En arrière des pates postérieures et audessous des hanches, on voit deux petits appendices dont on ignore l'usage, et qui rappellent les peignes des Scorpions: ils consistent en une rangée de petites écailles très-minces, translucides, de forme triangulaire, larges, pliées en deux, mobiles et fixées sur un pédicule; l'abdomen est mou, oblong, couvert de poils, et composé de huit anneaux assez distincts; il n'est terminé par aucun appendice.

Les Galéodes ont de l'analogie avec les Pinces ou Chelifer de Geoffroy, mais elles en diffèrent essentiellement par la forme et la composition des palpes, et par l'absence des crochets à la première paire de

[page] 118

pates. Elles s'en éloignent par les habitudes. Ce sont des Arachnides propres aux pays chauds et sablonneux ae l'ancien continent. On les trouve en Asie, en Afrique, dans le midi de l'Europe; Dejean et Léon Dufour en ont recueilli une espèce en Espagne; elles se rencontrent aussi, suivant Pallas, dans la Russie méridionale; Iiumboldt en a même découvert une très-petite espèce dans les contrées équatoriales de l'Amérique. Les Galéodes, quoique répandues dans une grande étendue de pays, et très-communes, sont fort mal connues sous le rapport de leurs mœurs; seulement on sait qu'elles ne filent point, qu'elles aiment l'obscurité, qu'elles courent généralement très-vite, et attrapent leur pioie avec agilité; elles ont la réputation d'ètre venimeuses, mais Olivier qui a eu occasion d'en voir beaucoup dans son voyage en Perse, n'a jamais pu constater un fait authentique sur le danger de leur blessure. On n'est guère plus instruit sur le nombre et la détermination rigoureuse des espèces. Cependant on s'accorde généralement à en admettre trois bien caractérisées.

La GALÉODE ARANEOïDES ou ARACHNOïDE, Gal. Araneoides d'Olivier, Encycl. Méthod. T. VI, p. 580 et pl. 541, fig. 6 et 7; Solpuga Arachnoides d'Herbst, Monogr. Solpug., tab. 1, fig. 2, que nous avons fait représenter dans les planches de ce Dictionnaire (1re livraison), mais dont l'abdomen est d'un jaune beaucoup trop clair. Il n'est pas certain qu'elle soit la même espèce que le Phalangium Araneoides de Pallas (Spicil. Zool., fasc. 9, pag. 37, tab. 3, fig. 7, 8 et 9). On suppose que cette espèce était connue du temps de Pline. Elle est originaire du Levant, et se trouve communément dans la Russie méridionale et au cap de Bonne-Espérance. L'individu que nous avons représenté offrait un crochet aux mandibules, caractère qui avait été refusé par quelques auteurs à cette espèce, et que l'on croyait propre à la suivante.

La GALÉODE SÉTIFÈRE, G. setifera d'Olivier (loc. cit.), figurée par Herbst (loc. cit., tab. 2, fig. 1), est plus petite que l'espèce précédente, et les mandibules sont munies d'un appendice soyeux. On la trouve au cap de Bonne-Espérance.

La GALEáODE DORSALE, G. dorsalis de Latreille, et que Léon Dufour (Annales générales des Sc. phys. de Bruxelles, T. IV, p. 370, et pl. 69, fig. 7) a décrite et figurée sous le nom de Galéode intrépide, a tout le corps ainsi que les pâtes d'un blond ferrugineux plus obscur que l'abdomen. Les mandibules sont munies vers leur bord supérieur d'une petite pièce mcmbrano-cornée, mince, lancéolée, articulée sur un point discoïdal autour duquel elle joue comme sur un pivot. Cette pièce singulière est l'analogue de l'appendice dont il a été déjà question. Le palpe offre une particularité remarquable: son dernier article, qui est fort court et articulé d'une manière serrée avec celui qui le précède, recèle dans son extrémité un organe d'une nature assez curieuse: le bout paraît fermé par une membrane blanchâtre; mais lorsque l'Animal est irrité, cette membrane, qui n'est qu'une valvule repliée, s'ouvre pour donner passage à un disque ou plutôt à une cupule arrondie, d'un blanc nacré. Dufour, auquel on doit cette observation curieuse, a vu cette cupule sortir et rentrer au gré de l'Animal, comme par un mouvement élastique. Elle s'applique, dit-il, et paraît adhérer à la surface des corps comme une ventouse. Son contour, qui semble en être la lèvre, est marqué de petites stries perpendiculaires, et l'on voit par les contractions qu'il exerce que sa texture est musculeuse. Notre observateur se demande si cet organe ne sert aux Galéodes que pour s'accrocher et grimper, s'il est destiné à saisir les petits Insectes dont il se nourrit, s'il est le réceptacle ou l'instrument d'inoculation de quelque venin, ou bien enfin s'il appartient à l'organe copulateurmâle. L observa-

[page] 119

tion peut seule confirmer ces diverses suppositions, mais nous serions portés à admettre quelque usage analogue au dernier. C'est dans l'été de 1808 que Léon Dufour a rencontré la première fois cette Arachnide en Espagne, aux environs de Madrid; il I a retrouvée ensuite sur les côteaux arides de Paterna, aux environs de Valence. Elle court avec agilité, et lorsqu'on veut la saisir, elle fait face à son ennemi, se redresse sur ses pates de derrière et semble le menacer de ses palpes. Lichtenstein a remplacé le nom de Galéode par celui de Solpuga; mais cette dénomination, admise par Fabricius, n'a pas été reçue. Le nom de Solpuge avait été employé par Pline pour désigner un Insecte venimeux qu'on a cru être une Fourmi. Les noms de Tétragnathe et de Lucifuge ont été aussi donnés aux Galéodes par d'anciens naturalistes. (AUD.)

* GALEOLA. ÉCHIN. Nom donné par Klein à un genre d'Oursins, dans son ouvrage sur les Echinodermes; iln'a pas été adopté; il diffère peu de celui que cet auteur a nommé Galea. (LAM..X.)

GALEOLA. BOT. PHAN. La Plante décrite par Loureiro, sous le nom de Galeola nudiflora, a été réunie par Swartz au genre Cranichis. V. ce mot. (A. R.)

* GALÉONYME. POIS. On soupçonne aue le Poisson ainsi nommé par Galien, était le Cabillau. V. GADE. (B.)

GALÉOPE OU GALÉOPSIDE. Galeopsis. BOT. PHAN. Genre de la famille des Labiées, et de la Didy-namie Gymnospermie, L., établi par Linné, adopté par Jussieu, Lamarck et De Candolle, avec les caractères suivans: calice nu pendant la maturation, campanulé, à ciuq dents épineuses; corolle dont le tube est court, la gorge renflée, à deux dents latérales; la lèvre supérieure du limbe, voûtée. un peu crénelée, l'inférieure à trois lobes inégaux; quatre étamines didynames, dont les anthères sont un peu hérissées en dedans et cachées sous la lèvre supérieure; ovaire quadrilobé, surmonté d'un seul style filiforme, bifide et à deux stigmates aigus. Ce genre est voisin du Lamium, et se compose d'un petit nombre d'espèces indigènes d'Europe; plusieurs d'entre elles ont été confondues avec les Lamium, et même avec les Phlomis. Dillen et Mœnch en ont séparé, sous le nom générique de Tetrahit, les Galeopsis Tetrahit et G. Ladanum, L.; j mais cette coupe n'a été reçue pai aucun auteur. Il n'en est pas de même du Galeobdolon, autre genre formé par Dillen aux dépens du Galeopsis. Indiqué sous d'autres noms ou placé dans des genres différens par les auteurs d'ouvrages généraux, il était naturel de ne pas regarder le Galeopsis Galeobdolon, L., comme congénère des autres Galeopsis; aussi en a-t-il été de nouveau séparé par Hudson (Fl. Angl., 258) et par De Candolle (Fl. Française). V. GALÉOBDOLON.

Parmi les espèces que l'on rencontre le plus communément dans les champs ou sur le bord des bois humides, nous ne ferons que citer les Galeopsis Ladanum et G. Tetrahit, L., Plantes herbacées, à fleurs rouges verticillées. La première est connue sous le nom vulgaire d'Ortie rouge. Toutes les deux, au rapport de Bosc, donnent par l'incinération tant de potasse, qu'on pourrait les cultiver utilement sous ce rapport.

Une espèce plus rare. et que l'on trouve particulièrement à Marcoussis près Montlhéry, est remarquable par ses fleurs jaunâtres et très-grandes, relativement à celles des autres Plantes du même genre. C'est le Galeopsis ochroleuca, Lamk., Plante dont la synonymie est singulièrement compliquée, les auteurs lui ayant appliqué au moins huit noms spécifiques différens. (G..N.)

GALÉOPITHÉCIENS. MAM. Desmarest a formé sous ce nom une famille où le genre Galéopithèque est seul renfermé. (B.).

GALÉOPITHÈQUE. Galeopithe-

[page] 120

cus. MAM. Genre de Mammifères constituant à lui seul la deuxième tribu de l'ordre des Cheiroptères dans le Règne Animal de Cuvier. La principale différence extérieure entre les Galéopithèques et les Chauve-Souris (V. ce mot), c'est que dans celles-ci il n'y a pas de repli de la peau entre les doigts des pieds de derrière qui sont proportionnés comme dans un Quadrupède onguiculé ordinaire, tandis qu' au contraire les doigts des pieds de derrière des Galéopithèques sont palmés comme ceux des pieds de devant. En outre, le repli de la membrane des ailes des Chauve-Souris ne commence qu' au-devant de l'épaule; celle des Galéopithèques borde au contraire le cou jusqu' à l'angle de la mâchoire. Enfin les doigts des pieds de devant des Galéopithèques ne sont guère plus grands que ceux des pieds de derrière, tandis que chez les Chauve-Souris les doigts des mains sont allongés au-delà de cinq à six fois la grandeur de ceux des pieds. Les Galéopithèques ainsi séparés des Chauve-Souris, sous le titre de famille dans l'ordre des Cheiroptères, présentent comme genre les caractères suivans: les quatre membres ont à peu près les mêmes dimensions; les proportions de longueur du bras et de l'avant-bras sont à peu près les mêmes que dans les Chauve-Souris: les membres postérieurs des Galéopithèques sont donc, à proportion, beaucoup plus grands que dans les Chauve-Souris. Les doigts des quatre pieds ont à peu près la même longueur proportionnelle que dans les Singes; le péroné est bien complet à la jambe; le radius n'est styliforme qu' à partir du milieu de l'a-vant-bras au quart inférieur duquel il se termine. Le sternum n'a point de quille saillante, la clavicule n'est point courte, courbée et épaisse, les fosses de l'omoplate ne sont point profondément excavées, enfin le bec coracoïde n'est point saillant et arqué comme dans les Chauve-Souris. Il en résulte que les muscles qui prennent leur point d'appui sur tous ces os ont une bien moindre masse, et n'ont pas à beaucoup près la même puissance, ce qui n'est pas nécessaire puisque leur office n'est point d'élever et d'abaisser énergiquement par des alternatives contraires les ailes des flancs, mais seulement de les maintenir immobiles et tendues. Leur sternum est assez semblable à celui des Fourmiliers; l'arcade du pubis, aussi bien fermée que dans l'Homme et les Singes, contraste singulièrement avec le large écartement des deux pubis chez les Chauve-Souris. Il en résulte que les deux cavités cotyloïdes regardent en dehors, au lieu d'être tournées en arrière, direction qui, chez les Chauve-Souris, nécessite cette rétroversion des membres postérieurs que nous avons signalée le premier. Il en résulte que les membres postérieurs des Galéopithèques se meuvent comme chez les Quadrupèdes ordinaires. Le bord du bassin incliné d'environ trente degrés sur le sacrum en a deux fois la longueur. Il résulte de cette inclinaison du bassin et de cette brièveté du sacrum, que ces deux pièces n'ont d'autre articulation que la symphyse sacro-iliaque, tandis que chez les Chauve-Souris le bord supérieur du bassin étant parallèle au sacrum et prolongé en arrière aussi loin que l'ischion qui vient le toucher, ces deux os se soudent ensemble. Il résulte de cet évasement du bassin si largement ouvert en avant chez les Chauve-Souris, que leur fœtus peut naître bien plus tardivement, tandis que le bassin fermé des Galéopithèques nécessite une naissance plus précoce, pour que le volume du fœtus n'excède pas le calibre du détroit osseux qu'il doit traverser.

Une crête lamelleuse du pariétal, continue avec celle de l'orbite, borde en haut la fosse temporale dont elle agrandit et multiplie ainsi les surfaces d'insertion musculaires. L'orbite à rebords lamelleux saillans comme dans les Galagos, est interrompu en-

[page] 121

tre le frontal et le jugal sur un are d'environ 35 degrés. A la mâchoire inférieure, il y a six incisives dont les quatre intermédiaires proclives sont dentelées profondément sur leurs bords comme un peigne très-fin. Les deux moyennes ont huit dentelures, celles qui viennent après neuf, et ies troisièmes cinq. Les deux incisives externes, moins inclinées que les antérieures, ont aussi des dentelures plus superficielles et moins nombreuses. Vient ensuite une dent semblable aux molaires par sa partie postérieure, mais offrant en avant une pointe triangulaire; elle a deux racines bien distinctes. Derrière cette dent vient une seconde sur laquelle la pointe principale est précédée d'une plus petite, et suivie de trois autres disposées en triangle. Quatre molaires viennent ensuite, dont la première est deux fois aussi longue que les autres. Les trois dernières semblables entre elles sont formées en de hors d'une forte pointe, et en dedans de deux paires de pointes plus petites, l'une derrière l'autre. En haut, il y a également six molaires dont les quatre dernières semblables entre elles ont extérieurement deux pointes triangulaires, et en dedans une seule pointe principale séparée des externes par deux petites très-minces et fort aiguës. Des deux mâchelières antérieures la première, fort allongée, triangulaire, est dentelée sur ses deux tranchans de trois crénelures; celle qui est derrière a deux pointes principales en série, et est très-épaisse à sa base. L'os intermaxillaire porte deux dents dont la postérieure ressemble à la première fausse molaire ou canine qui la suit. L'antérieure est dentelée sur son tranchant coupé obliquement en arrière. Ces dentelures deviennent de plus en plus fines, à partir de la première qui est la plus grosse et la plus longue. De ces deux dents la première s'use assez promptement, et toutes deux sont même caduques, et ne persistent pas longtemps chez les adultes.

L'odorat est de tousles sens celui qui paraît le plus développé. La fosse eth-moïdale est proportionnée comme dans les Roussettes, mais les cornets ethmoïdaux et nasaux y sont à proportion bien plus grands. La petitesse du trou sous-orbitaire indique un mufle très-peu sensible. — L'os de la cuisse effilé en avant est moyennement développé, mais beaucoup moins que dans les Chats. — La phalange onguéale très-comprimée représente une lame taillée en quart de cercle; celle des Felis lui ressemble, à l'aplatissement près. Aussi paraît-elle être habituel-lement redressée, ce qui conserve la pointe et le tranchant de l'ongle. A tous les pieds les trois doigts extérieurs, ainsi que leurs métacarpiens et métatarsiens, sont de même grandeur. L'index est un cinquième moins long que les trois autres doigts, mais l'ongle du pouce ne dépasse pas la tête de la première phalange des trois doigts extérieurs; tous les doigts sont un peu plus longs aux mains qu'aux pieds. —Il y a quinze vertèbres à la queue, treize côtes très-larges et aplaties au dos. —La membrane de la voile des Galéopithèques n'est pas nue comme chez les Chauve-Souris; elle est couverte sur les deux faces de poils fins et doux comme ceux de la Taupe. Cette voile, comme celle des Chauve-Souris, a, pour la tendre, un muscle particulier inséré au fond de l'aisselle, et longeant l'humérus jusqu' au coude où commence son tendon. Ce muscle n'existe pas dans lesPolatouches. —Les femelles ont deux mamelles bien saillantes, situées sur l'intervalle de la deuxième à la troisième côte. La verge des mâles est bien détachée et pendante, ainsi que les testicules, comme dans les Singes. Enfin, la langue est ciliée à son bord comme celle des Didelphes.— Par leurs dents on peut juger que les Galéopithèques sont frugivores, et qu'ils peuvent manger aussi de la chair et des Insectes comme les Hérissons. Pallas en a figuré un fœtus de quatre pouces six lignes de longueur, et de trois

[page] 122

pouces dix lignes d'envergure. La peau était absolument nue, et les testicules et la verge déjà bien prononcés.

Il est assez étonnant que le premier auteur qui ait bien décrit et figure ces Animaux, avant Pallas qui le cite, n'ait pas été mentionné depuis par les naturalistes. Nous ne relèverions pas cette singularité s'il ne résultait de la description bien authentique de Bontius (Hist. Nat. Indiar., chap. 16) la preuve qu'il existe sur la côte occidentale de l'Indostan des Galéopithèques dont on a jusqu' ici restreint la patrie à l'archipel Indien.

La description de Bontius est si précise, et le fait de statistique zoo-logique qu'elle détermine est si intéressant, que nous en donnerons ici l'extrait: une vaste membrane couverte d'un pelage laineux, quelquefois blanc et gris-cendré, étendue comme une voile depuis la téte jus-qu'aux ongles des pieds de derrière, distingue des autres ces V espertilions. Leur voile diffère aussi de celle des autres, parce qu'elle n'a point ces plis qui servent à la fermer et à l'étendre chez ceux-ci. L'Animal a presque trois pieds de long et autant d'envergure. La queue est complèté dans la membrane qui circonscrit le corps. Cinq ongles unis, très-aigus et arqués, arment tous les pieds. La bouche est désarmée. Il termine en disant qu'il pourrait donner d'autres détails, mais il s'en abstient parce qu'il ne les tenait que des matelots.

Il dit que dans le Guzerat, province de l'empire du Mogol, on trouve des Vespertilions volant en troupe la nuit comme des Oies sauvages, ou se suspendant aux Arbres, et qui, quoique semblables pour la taille à un Chat, en diffèrent pour la forme; que les Belges les nomment Singes-Volans; que leur pelage est mélangé de blanc et de noir, et qu'ils se nourrissent surtout de fruits. Le seul observateur qui depuis les ait étudiés un peu attentivement dans leur patrie est Camelli (Faune des Philippines, insérée dans le 24° vol. des Trans. Philosoph.). Il donne leur synonymie dans plusieurs langues des Philippines. Les Bisayas nomment cet Animal Colago et Caguang, les Pampangs et Taghalas, Gigua. Camelli dit qu'il y en a de si grands dans la province de Pampang, qu'ils sont aussi étaiés que des parasols chinois, et ont six spithames d'envergure; que la couleur générale est d'un fauve brun rayé de blanc sur le dos; que ces raies deviennent plus courtes sur les membres; que du haut des Arbres ils s'abaissent à des étages inférieurs par une sorte de vol retardé; qu'ils regagnent en sautant les étages supérieurs quand ils en sont descendus; qu'enfin ils quittent rarement les Arbres où ils vivent. Le voyageur le plus récent qui les mentionne, est le capitaine Wilson, mais sans aucun caractère d'espèce. (Keater, Descript. des îles Pelew.) Il a vu auxîles Pelew, dans l'Océanie, des Galéopithèques qui courent à terre, grimpent sur les Arbres comme des Chats, et voltigent comme des oiseaux; il ajoute que les insulaires de Pelew les mangent et les nomment Olek. D'ailleurs aucune mention de grandeur ni de couleur. Ceux que Séba figure et décrit, venaient de Ternate dans les Moluques, et étaient d'un fauve uniforme. D'après les passages que nous venons de citer, il y aurait des Galéopithèques depuis le Guzerat, dansl'Indostan, jusqu' au milieu de l'Océanie. Cet échelonnement des Galéopithèques sur des stations séparées par d'immenses intervalles de mer, forme une présomption contre l'unité d'espèce des différens Animaux qu'on y a observés.

Voici celles que l'on a admises jusqu'ici, et dont la première seule est bien connue. C'est sur deux squelettes de celle-ci que nous venons d'esquisser l'organisation de ce genre.

1°. GALÉOPITHÈQUE ROUX, Lemur volans, Lin., bien décrit et figuré avec des détails anatomiques par Pallas, Act. Petropol. T. IV, p. 1re, tab. 7 et 8. Planches copiées par Schreb. 307,

[page] 123

R. 507, c. Autre figure originale dans Audebert, in-folio, Galéopith., fig. 1. — Grand comme un Chat, d'un beau roux vif à la partie supérieure du corps, d'un roux plus pâle en dessous.

Il nous paraît douteux que ce Galéopithèque roux soit le même qu'a décrit et représenté Pallas, lequel répond bien, pour les rayures gris-blanches du dos, à la grande espèce décrite par Camelli dans les Philippines. On ne sait pas l'origine de ces Galéopithèques roux: ceux qu'observa Pallas avaient un pied neuf pouces et demi du museau au bout de la queue. Ceux des squelettes du Muséum ne sont pas moins grands.

2°. Le GALÉOPITHÉQUE VARIÉ, Galeopithecus variegatus, Geoff., Schreb. Sup. 307, D; Audebert, in-folio, Makis, pl. 2, est beaucoup plus petit que le précédent; il n'a que six pouces du museau à la queue: son pelage d'un brun sombre, est marqué de taches blanches sur la face extérieure et supérieure des membres. On ignore son pays.

5°. Le GALÉOPITHÈQUE DE TERNATE, Galeopithecus Ternatensis, Gcoff., Séba, pl. 58, fig. 2 et 3, sous le nom de Chat volant, et Encyclop., pl. 22, fig. 1, sous le nom de Makis volant. Poil d'un gris doux plus foncé en dessus qu'en dessous; quelques taches blanches sur la queue. (A.D..NS.)

GALEOPSIS. BOT. V. GALÉOPE.

GALÉORHIN. Galeorhinus. POIS. (Blainville.) Sous-genre de Squale. V. ce mot. (B.)

* GALEOS. POIS. Le Poisson désigné sous ce nom par Aristole paraît être le Sqaualus glaucus. V. SQUALE. (B.)

GALEOTE. Colotes. REPT. Espèce du genre Agame, devenu type d'un sous-genre du même nom. V. AGAME. (B.)

* GALEPENDRUM. BOT. CRYPT. (Lycoperdacées.) Ce nom a été donné par Wiggers (Hols., p. 108) au Ly-coperdon Epidendrum, L., Champignon pour lequel Micheli avait formé le genre Lycogala, adopté par Adanson, et ensuite par Persoon et De Candolle. V. LYCOGALA. (G..N.)

GALEPHOS. BOT. PHAN. (Diosco-ride.) Syn. de Galéobdolon. V. ce mot. (B.)

GALERA. MAM. Frédéric Cuvier dit dans le Dictionnaire des Sciences naturelles que cet Animal dont Brown (Histoire de la Jamaïque) donne la description et la figure, paraît être le Taïra de Buffon, espèce du genre Glouton. V. ce mot. (A. D..NS.)

GALERAND. OIS. Syn. vulgaire du Butor. V. HÉRON. (DR..Z.)

GALÈRE. MOLL. et ZOOPH. Les marins donnent vulgairement ce nom, ainsi que celui de Frégate, à l'Holo-thuria Physalis de Linné, type du genre Physalia de Lamarck, à cause de sa forme et de son habitude de rester flottante à la surface de l'Océan. Dans les temps calmes et beaux, le Velelle mutique est quelquefois confondu par les marins avec la Galère ou Physalis pelagica de Lamarck, quoique celle-ci en différé par d'importans caractères. On donne encore quelquefois ce nom à la coquille de l'Argonaute. (LAM..X.)

GALERITA. OIS. (Pline.) Le Co-chevis. V. ALOUETTE. (B.)

GALÉRITE. Galerita. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, tribu des Carabiques, famille des Etuis-Tronqués, établi par Fabricius pour un Insecte qu'il avait appelé Carabus Americanus dans les premières éditions de ses ouvrages; en formant ce genre, il y avait joint plusieurs autres espèces de la même famille qui composent maintenant les genres Zuphie, Polystichus, Sia gone et Helluo. V. ces mots. La-treille a conservé le nom de Galérite à un très-petit nombre d'espèces. Les caractères de ce genre sont: dernier article des palpes extérieurs en forme de triangle ou de cône renversé et comprimé; languette finissant en pointe et ayant de chaque côté une

[page] 124

pièce ou division eu forme d'oreillette; antennes sétacées, avec le premier article long; tête ovoïde, entièrement dégagée et tenant au corselet par une sorte de nœud ou de rotule; corselet en forme de cœur tronqué; corps épais élytres tronquées à leur extrémité, et jambes antérieures échancrées au côté interne avec le pénultième article de tous les tarses oi-lobé. Les Galérites ont beaucoup de rapports avec les Brachines, et nous ne savons pas si elles n'ont pas les mêmes propriétés; mais elles en diffèrent par fa languette et par l'insertion de la tête. Les Zuphies et les Po-lystiches s'en distinguent par leur corps qui est beaucoup plus aplati et par les articles de leurs tarses qui sont entiers; elles diffèrent des Dryp-tes, des Agres et des Odacanthes, par ce que ceux-ci ont le corselet cylindrique.

Les espèces qui composent ce genre sont toutes propres a l'Amérique. Humboldt et Bonpland en ont rapporté une espèce de la Nouvelle-Es-pagne; l'Herminier en a découvert une espèce à la Guadeloupe; Dejean (Catal. des Col., p. 3) en mentionne trois espèces: la principale et celle qui a servi de type è Fabricius, est la GALÉRITE AMÉRICAINE, G. Americana, Fabr., Oliv. (Col. T. III, n° 35, pl. 6, fig. 72), Latr. (Gener. Crust, et INS. T. 1, p. 197, pl. 7, f. 2). Elle a près de neuflignes de long; son corps est noir, avec le premier article des antennes, le corselet et les pates fauves; les élytres sont d'un noir bleuâtre obscur, un peu soyeuses, avec des lignes enfoncées, peu profondes et longitudinales. Elle habite les Etats-Unis. (G.)

GALÉRITE. Galerites. ÉCHIN. Genre de l'ordre des Echinodermes pédicellés, ayant pour caractères: le corps élevé, conoïde ou presque ovale; ambulacres complets, formés de dix sillons, qui rayonnent par paires du sommet à la base; bouche inférieure et centrale; anus dans le bord. Le genre Galérite, établi par Lamarck aux

dépens des Oursins de Linné et adopté par Cuvier, renferme des espèces que Leske, dans son édition de Klein, a disséminées dans ses genres Conulus, Echinites, Echinorytes et Cly-peus. Cependant elles se distinguent des autres Echinides par leur corps à dos élevé, le plus souvent conique ou conoïde, quelquefois presque ovale. Leurs ambulacres sont complets et consistent en cinq paires de sillons qui partent du sommet et rayonnent, sans interruption, jusqu'à la bouche qui est inférieure et centrale. Les deux rangées de pores qui forment chaque sillon sont presque confondues et ne sont pas toujours au nombrede cinq; il y en a à quatre et à six bandes. L'anus est dans le bord, ou contigu à celui-ci, et en dessous. Cette situation de l'anus distingue les Galérites des Echinonées. Les Galérites mentionnées par les auteurs sont toutes à l'état fossile; on n'en a pas encore décrit de vivantes; on les trouve dans deux états: 1° avec le test, 2° sans le test; il a disparu, ayant laissé son moule siliceux; ces dernières ne peuvent être décrites que d'une manière imparfaite. Les pointes ou les épines de ces Echinodermes sont inconnues. Les Galérites, communes dans les couches de Craie, sont plus rares dans les Calcaires de seconde formation, et paraissent étrangères à ceux de la troisième, du moins aucun auteur ne les indique dans les dépots postérieurs à la Craie. Lamarck en décrit seize espèces: les Galérites conique, commune, raccourcie, à six bandes, fendillée, hémisphérique, déprimée, rotulaire, conoïde, scuti-forme, ovale, demi-globe, cylindrique, patelle, ombrelle et excentrique. (LAM..X.)

GALÉRITE. BOT. PHAN. (Tragus.) Syn. de Tussilage Pétasite. (B.)

GALÉRUCITES. Galerucitæ. INS. Latreille a formé cette tribu dans l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, famille des Cycliques, pour les genres ADORIE, GALÉRUQUE, Lu-PÈRE et ALTISE. V. ces mots. Elle se

[page] 125

distingue des autres tribus de cette famille en ce que les antennes sont très-rapprochées à leur base et insérées entre les yeux. (AUD.)

GALÉRUQUE. Galeruca. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, famille des Cycliques, tribu des Galérucites, établi par Geoffroy aux dépens du grand genre Chrysomèle de Linné. Les caractères qu'il lui assigne sont: antennes d'égale grosseur partout, à articles presque globuleux; corselet raboteux et bordé. Comme Geoffroy n'a formé ce genre qu'avec le peu d'espèces qui existent aux environs de Paris, les caractères qu'il en a tirés sont suffisans pour le distinguer des autres genres du même pays; mais comme il existe une quantité immense d'espèces exotiques qui se rapprochent plus ou moins des genres voisins, on a été obligé de préciser et d'éten-dre davantage les caractères de ce genre. Voilà ceux que Latreille lui a donnés dans ses derniers ouvrages: antennes filiformes composées d'articles obconiques, et ayant à peu près la moitié de la longueur du corps, avec le second article un peu plus court; deux derniers articles des palpes peu différens en grandeur, le dernier conique; mandibules courtes, grosses, en forme de cuiller; mâchoires bifides. Les Galéruques se distinguent des Chrysomèles par leurs antennes insérées entre les yeux et très-rapprochées à leur base; des Altises par leurs cuisses postérieures, qui ne sont pas propres au saut; les Adories en diffèrent parce que le dernier article de leurs palpes maxillaires est court et tronqué; enfin elles s'éloignent des Lupères par leurs antennes plus courtes que le corps et composées d'articles coniques, tandis que celles des Lupères sont plus longues et formées d'artides cylindriques. Fabricius a formé, avec quelques Galéruques qui ont le corps allongé, ainsi qu'avec les Altises à forme analogue, son genre Criocéris.

Les Galéruques sont, comme les Chrysomèles, des Insectes timides qui marchent lentement, se servent rarement de leurs ailes et se laissent tomber en contrefaisant les morts, à la moindre apparence de danger; ils rongent les feuilles de différentes Plantes et aiment les lieux ombragés et frais. Leurs larves vivent de la substance des feuilles; elles se fixent dessus et ne cessent de manger que quand elles doivent subir leur métamorphose; ces larves ressemblent à celles des Chrysomèles; elles sont allongées, composées de douze anneaux distincts; elles ont six pates écailleuses, garnies à leur extrémité d'un seul crochet. Le dernier anneau porte un mamelon charnu qui leur sert de septième pate et d'où sort une matière gluante qui sert à la larve à se fixer sur le plan ou elle marche. La tête est écailleuse. Pour peu qu'ou touche la Plante sur laquelle elles sont fixées, elles se laissent tomber à terre et se roulent en cercle. Vers le mois de juin, ces larves se transforment en nymphes qui n'ont rien de remarquable; leur ventre est courbé en arc, et l'on voit toutes les parties extérieures de la Galéruque, telles que les yeux, les antennes, les six pates, les élytres et les ailes. Vers les côtés du corps, on aperçoit les stigmates. Ces nymphes n'aiment pas à se donner du mouvement et restent tranquilles lorsqu'on les touche.

Le genre Galéruque est composé d'un grand nombre d'espèces. Dejean (Catal. des Col., p. 117) en mentionne quatre-vingt-deux dont une. grande partie est propre à l'Amérique et à l'Asie. Nous allons citer quelques espèces d'Europe dont les larves et les mœurs sont à peu près connues.

GALÉRUQUE DE LA TANAISIE, G. Tanaceti, Fabr., Oliv., Encycl. T. VI, p. 587; Chrysomèle, Degéer, Mém. sur les INS. T. v, p. 299, pl. 8, f. 27. Cette espèce est très-commune en France; sa larve vit sur la Tanaisie vulgaire jaune, dont elle rouge les feuilles; elle est toute noire, longue d à peu près cinq lignes; elle a plusieurs tubercules rangés transversalement

[page] 126

sur le corps et garnis de petits poils. Cette larve se change en nymphe vers le mois de juin; dans trois semaines, l'Insecte parfait quitte son enveloppe. Les femelles sont quelquefois tellement gonflées par la quantité d'œufs contenus dans leur abdomen, que les élytres ne peuvent plus atteindre que la moitié de la longueur du ventre, et que les trois ou quatre derniers anneaux sont à découvert.

GALÉRUQUE DU NÉNUPHAR, G. Nympheæ, Oliv., Col. T. V, n° 93, pl. 3, f. 51. D'un brun clair avec le rebord saillant des élytres jaune. L'Insecte parfait et la larve vivent sur les feuilles du Potamogeton, du Nénuphar et de quelques autres Plantes aquatiques. Les larves existent en très-grand nombre sur les grandes feuilles du Nénuphar qui sont suspendues à la surface de l'eau. Elles rongentla substance supérieure de la feuille et vont toujours en avant lorsqu'elles mangent. Ces larves sont noires et longues de quatre lignes. Les douze anneaux du corps sont couverts de plaques coriaces, et sont très-bien marqués par de profondes incisions. Ils ont de chaque côté des élévations en forme de tubercules, et chaque anneau a, en dessus, une ligne transversale en forme d'incision; on ne voit la peau membraneuse que lorsque la larve allonge considérablement son corps.ou qu'elle le recourbe. Cette larve s'attache par le mamelon du derrière à la feuille même sur laquelle elle a vécu, et prend la figure de nymphe en se dépouillant de la peau qu'elle fait glisser en arrière jusque près du derrière, mais sans la quitter tout-à-fait. La nymphe est courte et grosse; elle a d'abord une couleur jaune qui se change bientôt en noir luisant; les anneaux du ventre ont, en dessus, quelques tubercules en forme de pointes courtes. Ces Insectes sont souvent exposés à être submergés quand les feuilles sur lesquelles ils habitent sont agitées par le vent; mais ils ne craignent pomt l'eau et n'en reçoivent aucun mal, sous quelque état qu'ils soient. Cependant ils se tiennent de préférence sur la surface de la feuille qui surnage et qui reste à sec. Quoique tirées de l'eau, les larves ne sont point mouillées; est-ce par une transpiration onctueuse ou par une enveloppe aérienne qu'elles se garantissent du contact de l'eau? Par quel mécanisme respirent-elles quand elles sont entièrement submergées? Ce sont des questions que l'on ne peut encore résoudre.

Parmi les espèces exotiques, nous en citerons une très-belle qui est figurée dans l'atlas de ce Dictionnaire, c'est la GALÉRUQUE A ANTENNES JAUNES, G. albicornis de Dejean. Cette nouvelle espèce est longue d à peu près six lignes. Sa tête, son corselet, son écusson et ses pates sont d'un noir luisant; ses élytres sont d'un beau bleu tirant sur le violet, et ses antennes sont jaunes, excepté les trois premiers anneaux qui sont noirs. Cette espèce vient de Java. (G.)

GALET. OIS. Nom vulgaire du jeune Coq. V. ce mot. (DR..Z.)

GALÈTE. Galea. INS. Fabricius a donné ce nom à une partie de la mâchoire qu'il a cru propre à certains Insectes, et il a nommé Ulonata groupe nombreux d'Insectes qui offrait ce caractère, et qu'Olivier a désigné depuis sous le nom d'Orthoptères. V. ce mot. Des observations comparatives ont fait penser à Blainville (Bulletin des Sciences par la Société Philoma-thique, p. 85, juin 1820) que la Ga-lète existait ailleurs, et que dans l'ordre des Coléoptères elle avait son analogue dans la bifurcation externe de la mâchoire, qui, dans les Carnassiers, est représentée par le second palpe maxillaire. V. BOUCHE. (AUD.)

GALETS, GÉOL. Fragmens de roches, quelle que soit leur nature, qui, roulés par les flots de la mer, en composent les rivages, quand du sable, des vases ou des graviers ne forment pas ceux-ci. C'est sur les plages de Galets que la lame produit le plus de bruit à cause du choc des Galets, qui, d'un volume plus fort que les

[page] 127

fragmens dont se compose le gravier, s'arrondissent, et en se brisant à la longue, finissent par devenir les élémens de ce gravier même. La plupart des cailloux rqulés et arrondis de nos plaines, furent les Galets d'une antique mer. V. MER et GRAVIER. (B.)

GALEUS. POIS. V. MILANDRE.

GALGULE. Galgulus. INS. Genre de l'ordre des Hémiptères, section des Hétéroptères, famille des Hydrocorises (Régn. Anim. de Cuv.), établi par Latreille qui lui assigne pour caractères: pates antérieures ravisseuses; tous les tarses semblables, cylindriques, à deux articles très-distincts, avec deux crochets au bout du dernier; antennes insérées sous les yeux, de trois articles dont le dernier plus grand et ovoïde.

Les Galgules ont de l'analogie avec les Belostomes, les Nêpes et les Rana-tres, mais ils en diffèrent par le nombre des articles des antennes et par les deux crochets des tarses. Ils ressemblent beaucoup aux Naucores, avec lesquels Fabricius les a rangés, et s'en distinguent cependant par le caractère curieux de deux onglets aux tarses et par la proportion relative du dernier article de leurs antennes. Ces Insectes offrent encore, dans leur organisation extérieure, quelques par-ticularités remarquables; le corps est assez court et raboteux: la tête a très-peu de longueur, et se prolonge latéralement en deux angles qui supportent les yeux. Le prothorax est lobé à sa partie postérieure et placé en avant d'un écusson, triangulaire, à chaque côté duquel sont insérées des élytres coriaces et courtes; la première paire de pates offre des cuisses très-renflées et dentées en dessous; les jambes et les tarses s'appliquent contre elles dans le repos. Ces Insectes sont aquatiques. On ne sait rien de leurs mœurs et on n'en connaît qu'une espèce.

Le GALGULE OCULÉ, Galgulus oculatus, Latr. (Hist. Nat. des Crust, et des INS. T. XII, p. 286, pl. 95, fig. 9), ou le Naucoris oculata de Fabricius. Il a été rapporté de la Caroline par Bosc. (AUD.)

GALGULUS. OIS. (Brisson.) V. ROLLIER.

GALIENE. Galiena. BOT. V. GALÉNIE.

GALIGNOLE. OIS. Syn. de Faisan. V. ce mot. (DR..Z.)

* GALILÉEN. Galilæus. POIS. (Hasselquitz.) Espèce de Spare. V. ce mot. (B.)

* GALINACHE. OIS. Syn. vulgaire à la Guiane du Catharte Aura. V. CATHARTE. (DR..Z.)

GALINE. ZOOL. L'un des noms vulgaires de la Torpille. Ce mot, dans plusieurs dialectes dérivés du latin, désigne aussi la Poule. (B.)

*GALlNETOS. BOT. PHAN. (Garidel.) Syn. provençal de Scorsonère laciniée. (B.)

GALINETTE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de la Mâche dans le midi de la France où l'on donne aussi le même nom au Rhinanthus Crista-Galli. (B.)

GALINIE. Galinia. BOT. PHAN. Double emploi de Galénie. V. ce mot. (B.)

GALINOTTE. OIS. Syn. vulgaire de Merle dominicain de la Chine. V. Martin. (DR..Z.)

GALINSOGE. Galinsoga. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie superflue, L., établi par Cavanilles (Icones et Descriptiones Plantarum, T. III, p. 41, tab. 281), adopté par Willdenow, Persoon, Poiret et Cassini avec les caractères suivans: cala-thide globuleuse, dont le disque est composé de fleurs nombreuses, tubule uses et hermaphrodites, et la circonférence de fleurs femelles, peu nombreuses, espacées, en languettes courtes, larges, trilobées et arrondies; involucre de cinq folioles à peu

[page] 128

près égales, appliquées, ovales et membraneuses; réceptacle conoïde, garni de paillettes courtes et ovales; akèncs nérissés, pourvus de deux bourrelets, l'un basilaire, l'autre apicilaire, couronnés par une aigtette composée de plusieurs pailleltes scarieuses, diaphanes et frangées sur leurs bords. Les aigrettes des fleurs dela circonférencesont de moitié plus courtes et composées de paillettes filiformes et à peine plumeuses. Ce genre, de la tribu des Hélianthées-Héléniées, est voisin des genres Schkuria Florestina et Hymenopappus; il fut ensuite nommé Wiborgia par Roth (Catalecta, 2, p. 112), et ce nom a été adopté par Kunth (Nov. Gener. et Spec.Plant.æquin.T. IV, p. 256). Cassini observe que cette innovation ne saurait être admise, parce que l'antériorité est acquise au nom donné par Cavanilles, et que d'ailleurs il existe deux genres Wiborgia, établis par Thunberg et Mœnch dans les Légumineuses. Mais comme les deux espèces décrites par Cavanilles no sont point congénères, Cassini a formé avec la seconde (Galinsoga trilobata) le genre Sogalgina. V. ce mot et GALINSOGÉE.

La GALINSOGE A PETITES FLEURS, Galinsoga parviflora, Cav., Wiborgia Acmella, Roth., W. parvifolia, Kunth, est une Plante herbacée, dont la tige est dressée, rameuse et glabre; les feuilles opposées, ovales et dentées en scie; les fleurs en panicules terminales, ou situées dans l'aisselle des feuilles supérieures. Elles sont petites et leur disque est jaune, tandis que les rayons sont blancs. Cette Plante croît au Pérou et dans la république de Colombie. On la cultive au Jardin des Plantes de Paris.

Une nouvelle espèce a été décrite et figurée par Kunth (loc. cit., p. 259, tab. 389) sous le nom de Wiborgia urticæfolia. Quoique cette Plante soit dépourvue d'aigrette, il n'a pas hésité à la réunir avec l'autre espèce, à cause de sa grande affinité; ce qui démontre combien des caractères qui semblent d'abord aussi importans que celui de l'absence ou de la présence de l'aigrette, ont peu de valeur dans certains cas. (G..N.)

* GALINSOGÉE. Galinsogea. BOT. PHAN. Le Galinsoga trilobata de Cavanilles ne pouvant rester dans le même genre que le Galinsoga parviflora du même auteur, reçut de kunth (Nova Genera elSpecies Plant. æquin. T. IV, p. 253) ce nom ainsi modifié dans sa terminaison. Pour éviter la confusion des noms, ce savant botaniste n'adopte pas celui de Galinsoga, donné à l'autre genre, et il lui sudstitue celui de Wiborgia que Roth avait proposé postérieurement à Cavanilles. Selon Cassini, on ne peut admettre cette innovation, parce que le nom de Galinsoga a été consacré par l'usage qu'en ont fait la plupart des botanistes, que le mot de Wiborgia est déjà employé pour d'autres Plantes, et qu'il avait lui-même donné le nom de Sogalgina au genre Galinsogea de Kunth. Ayant décritle genre Galinsoga, nous devons nous conformer à cette manière de voir, quoique, sans attacher trop d'importance à telle ou telle dénomination, nous pensions, avec un auteur re-commandable (De Cand., Théorie élém., p. 270), que les noms qui ne sont que des anagrammes insignifiant de ceux déjà existans doivent être proscrits du style botanique. V. So- GALGLNE. (G..N.)

GALIOTE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de la Benoîte, (B.)

GALIPIER. Galipea. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rutacées, tribu des Cuspariées de De Candolle. Ses caractères sont. un calice court, souvent pentagone, quinqnédenté; cinq pétales, ou très-rarement quatre, soudés inférieurement ou simplement rapprochés en un seul tube, auquel ordinairement s'insèrent les filets au nombre de quatre à huit, de cinq le plus fréquemment; ils sont aplatis, velus, tantôt portant tous des anthères linéaires, à deux loges s'ouvrant dans leur longueur, tantôt, et plus communément, deux ou quatre d'en-

[page] 129

tre eux sont stériles; cinq, ou beaucoup plus rarement, quatre ovaires, entourés d'un nectaire glabre et cupuliforme, portés souvent sur un court gynophore, entièrement libres ou soudés entre eux à leur base, contenant chacun dans une seule loge deux ovules, le supérieur ascendant et l'in-férieur suspendu. De chaque ovaire part un style qui bientôt se réunit à ceux des autres, et de cette réunion résulte un style unique terminé ou par cinq stigmates distincts, ou par un seul quinquélobé. Trois ou quatre des cinq ovaires et un des deux ovules avortent ordinairement, et le fruit se trouve ainsi composé d'une ou deux coques monospermes, dont le sarcocar-pe ainsi que l'endocarpe crustacé qui s'en détache à la maturité, s'ouvrent l'un et I'autre du côté interne en deux valves. Un tégument coriace recouvre un embryon courbe, dépourvu de périsperme, à cotylédons chiffonnés, à radicule recourbée et dirigée vers le hile. Les Galipea sont des Arbres et surtout des Arbustes, dont les feuilles, dépourvues de stipules, alternes, parsemées de points transpa-rens ou plus rarement de petites glandes, sont ternées, moins fréquemment quatemées ou quinées, souvent simples et présentant alors au sommet de eur pétiole une courbure avec un léger renflement. Les fleurs, situées à leur aisselle ou au-dessus, sont disposées en grappes, très-rarement en corymbe ou en panicules terminales ou plus souvent axillaires. On en compte maintenant douze espèces, toutes originaires d'Amérique. C'est Auguste de Saint-Hilaire qui récemment en a fait connaître la plus grande partie et qui en même temps a rectifié et étendu le caractère générique, que nous lui avons emprunté. Il a prouvé que des genres assez nombreux evaient rentrer dans celui-ci. Ainsi son Galipea Cusparia est le Cusparia de Humboldt, ou Bonplandia de Will-denow, ou eu fin Angostura de Rœmer. Cet Arbre est célèbre par les propriétés de sou écorce si connue sous le nom d'Angusture. Le G. Lasiostemon d'A. St.Hil. est le Lasiostemum de Nées et Martius; son G. resinosa, le Ravia des mêmes auteurs; son G. macrophylla, leur Conchocarpus: et il pense enfin que le Raputia d'Aublet ne peut en être séparé. V. Mém. du Mus., 10, p. 279-289, tab. 19-20. (A. D. J.)

GALIPOT. BOT. PHAN. Résine qui découle du Pin maritime. Elle est en masses plus ou moins solides, quelquefois grasses, onetueuses, quelquefois sèches et même friables; d'un jaune doré ou d'un blanc jrmâtre; amère, très - odorante, très -inflammable, soluble dans l'Alcoliol et les Huiles essentielles; insoluble dans l'eau. On l'emploie à la confection des vernis de qualités inférieures. (DR..Z.)

GALL. Gallus. POIS. Espèce de Zée de Linné, devenue pourCuvier le type d'un sous-genre de Vomer. V. ce mot. (B.)

* GALLADES. MOLL. Aristote paraît désigner le Chama piperita sous ce nom. (B.)

GALLAIQUE. Gallaica. MIN. Ce nom, que l'on trouve dans les anciens auteurs, était appliqué, suivant de Launay, à une variété de Fer sulfuré en cubes isolés et blanchâtres, que Pline paraît avoir désignée sous le nom d'Androdamas. (AUD.)

GALLE. Galla. INS. BOT. Plusieurs Insectes choisissent pour le berceau de leur progéniture la substance même des divers organes des Végétaux. Après les avoir piqués, ils y déposent leurs œufs qui y éclosent et donnent naissance à des larves plus ou moins fatales à l'organe au sein duquel elles se développent. Ges petits Animaux agissent d'abord comme des corps étrangers introduits dans tous les tissus organiques; its y déterminent une véritable irritation que Virey (Journ. de Pharm., juillet 1823, p. 314) regarde comme analogue a celle qui, dans les Animaux, cause la tumeur et l'inflammation. Le tissu cellulaire se gonfle; ses parties, d'allongées qu'elles étaient, deviennent rondes, et l'afflux des liquides occasione un changement dans l'organisation, d'où

TOME VII. 9

[page] 130

résulte une mutation complète des formes extérieures de l'organe. Lorsque cette dégénérescence prend une apparence tuberculeuse, on lui donne le nom de Galle en ajoutant comme nom spécifique celui de l'espèce de Plante sur laquelle on la voit se développer. Ainsi, parmi les principales espèces de Galles, on distingue la Galle du Rosier, celle du Chêne, du Genêt, du Peuplier noir, du Saule Marceau, des Joncs, de l' Euphorbia Cyparissias, du Buis et de la Germandrée. Les Insectes de plusieurs ordres donnent lieu à la production des Galles. Un grand nombre d'entre elles sont produites par des Cynips (V. ce mot); mais il en est aussi beaucoup oui doivent leur développement à des Coléoptères, des Hyménoptères, des Hémiltères et des Diptères. Chaque espèce d'Insecte choisit non-seulement le Végétal, mais encore la portionde ce Végétal qui convient le mieux à sa larve, de sorte que la même Plante recèle quelquefois les nids de plus de vingt espèces différentes d'Insectes tel est le Chêne. D'un autre côté, la même espèce d'insecte, ou du moins des espèces très-voisines, établissent l'habitation de leurs petits sur des Plantes de genres différens, mais qui appartiennent à la même famille naturelle. Ainsi, les larves d'un Sea topse se développent également sur l'Euphorbe et le Buis; les Galles du Peuplier noir et du Saule Marceau renferment des larves de Pucerons, etc. La forme arrondie des Galles est modifiée par les aspérités ou éminences de sa superficie; celles du Chêne, par exemple, sont lisses ou en cerise, en artichaut, en grappes de raisin, et cette modification de formes dépendde la diversité des espèces d'insectes qui y déposent leurs œufs. Selon que les Galles renferment une seule ou plusieurs larves dans une même cavité, on les a distinguées en simples et en composées. Degéer, Réaumur, Guettard, Reynier, Marchant, Danthoine et Bosc ont laissé un grand nombre de descriptions de Galles; mais la science réclame encore un travail général sur cette partie intéressante de l'histoire naturelle, qui d'un côté compose toute l'histoire de l'enfance chez plusieurs Insectes, et de l'autre sc lie à un point capital de la pathologie végétale. La Galle du Chêne est fort employée dans les arts et principalement dans la teinture. Elle doit ses propriétés astringentes au taqnin et à l'espèce d'Acide qui y abonde tellement qu'on lui a donné le nom de gal-lique. Cet Acide est logé entre les parois des cellules qui forment presque en entier la substance spongieuse des Galles, et quelquefois ou l'y rencontre sous forme d'une matière opaque, jaune et grumelée. V., pour plus de détails, les mots CYNIPS et ACIDE GALLIQUE, où l'on a exposé l'histoire naturelle de plusieurs Galles, ainsi que les propriétés de leur principe astringent. Le Salviapomifera, Pers., décrit par Tourneforl (Itin., I, p. et tab. 92), produit, dans l'Orient, une Galle de la grosseur d'une petite pomme, charnue et bonne à manger. (G..N.)

GALLERIE. Galleria, INS. Genre de l'ordre des Lépidoptères, établi par Fabricius aux dépens des Teignes et rangé par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.)dans la famille des Nocturnes, tribu des Tinéites. Ses caractèressont: ailes très-iuclinées, appliquées sur les côtés du corps et relevées postérieurement en queue de Coq; langue très-courte; palpes supérieurs cachés, les inférieurs avancés, garnis uniformément d'écailles, avec le defuier article un peu courbé; écailles du chaperon formant une saillie vo�tée au-dessus d'eux; antennes simples. Les Galleries ont de l'analogie avec les Lithosies, les Yponomeutes, les Adè-Jes et surtout avec les Teignes; mais elles diffèrent de ces genres par leurs palpes inférieurs avancés et cou verts uniformément d'écailles; elles avoisi-nent encore les Phycides, les Euplo-campes, les Ypsolophcs qui ont des antennes plus ou moins ciliées dans les mâles et qui s'en éloignent sous quelques autres rapports; enfin elles ressemblent aux Crarabus dont les

[page] 131

quatre palpes découverts peuvent servir de caractère pour les en distinguer. Ces Lépidoptères ne paraissent vivre à l'état parfait que pour reproduire leur espèce. On les trouve ordinairement daus l'intérieur des ruches, parce que c'est là que leurs larves prennent tout leur accroissement. Ils volent.peu et assez mal; mais par compensation, its courent tiès-vite. Leur agilité est surprenante, et pour s'en faire une idée, il faut les voir au moment où ils sont poursuivis par les Abeilles qui cherchent à les percer de leur aiguillon. Elles en tuent beaucoup; mais elles ne peuvent les détruire tous, et pour peu qu'une seule Gallerie femelle leur échappe, elle suffit malheureusement pour peupler la ruche de larves qui savent, par une industrie fâcheuse, se mettre à l'abri de leurs attaques. Réaumur a donné l'histoire détaillée de leurs mœurs; nous en extrairons les traits les plus importons. Les larves sont de deux sortes et donnent lieu à deux es-pèces de Galleries très-différentes. ieur peau est tendre, blanchâtre, parsemée de taches brunes, presque rase avccquelques poils noirs et disséminés sur le dos; elles ont seize pates, et se ressemblent presque complètement, à l'exception de la taille: les unes sont petites et les plus vives; les autres égalent en grosseur des Chenilles de médiocre grandeur et ne se meuvent pas avec autant d'agilité. Du reste, leurs habitudes sont à peu près les mêmes. Elles attaquent les gâteaux des Abeilles, non pas pour manger le miel, mais pour se nourrir de la cire. Elles choisissent donc ceux qui présentent des cellules vides ou remplies par les petits qu'on y élève. Mais ces larves sont molles, et les Abeilles ne manqueraient pas de les faire périr avec leur dard, si la nature, indistinctement protectrice de chaque genre d'Animaux, ne les mettait à l'abri de leurs attaques; à peine ces larves sont-elles nées, qu'elles percent les parois des alveoles, et commencent à se faire des tuyaux cylindriques; chacune d'elles a le sien et se tient constamment enfermée dans son intérieur qui est garni d'un tissu de soie blanche assez serré et poli; à l'extérieur le tuyau est revêtu d'une couche de petits grains de cire ou dexcrémens quelquefois si pressés les uns contre les autres, qu'ils cachent parfaitement la soie dans laquelle ils sont engagés et qu'ils fortifient assez les parois de celte espèce de galerie pour préserver l'habitant de toute attaque. Réaumur a-décrit le procédé que la larve emploie pour renforcer ainsi son tuyau. Elle se sert de ses mandibules qui sont tranchantes pour détacher du gâteau des petites parcelles de cire qu'elle semble pétrir un peu afin de l' arrondir; elle forme ainsi autant de petits grains qu'elle laisse tomber et qui bientôt s'accumulent en un tas près de l'ouverture du tuyau. C'est là, dit Réati-mur, l'amas de moëllon que l'Animal destine à couvrir l'espèce de galerie dans laquelle il doit être caché. Bientôt on le voit prendre avec ses mandibules un des grains de ce tas, avancer ensuite sa tête hors du tuyau et se recourber vers la surface extérieure contre laquelle il applique la parcelle de cire. Ainsi successivement il arrange de ces petits grains de cire les uns près des autres jusqu'à ce que le tuyau en soit tout couvert. Si la cire n'est pas en grande abondance et que la larve soit réduite à vivre des débris des cellules qu'elle a traversées, elle emploie ses propres excrémens au même usage. Les larves de la plus grande espèce font des galeries à parois beaucoup plus solides que celles des autres, et elles ne les fortifient pas avec des excrémens ou des grains de cire. Les tuyaux augmentent en longueur et en largeur a mesure que les larves grossissent; d'abord ils sont très-courts et gros seulement comme un fil, puis ils atteignent une certaine ampleur, et présentent quelquefois plus d'un pied de longueur. Pour cela ils font divers contours. Quelquefois les larves ne sejbornent pasà percersuruneligne Irès-flexueu-se les cellules qui sont d'un côté; elles

9*

[page] 132

traversent le milieu du gâleau, pénètrent dans les cellules situées sur l'au-tre face et reviennent encore vers le premier côté; mais elles ont soin, tant que la nourriture ne leur manque pas, de se tenir à une assez grande distance de la surface, de ma-nièreque le gâteau attaqué ne présente extérieurement aucune trace. N'étant pas au courant de cette dernière particularité, nous avions placé en 1819, dans un lieu convenable, un gâteau d'Abeilles que nous supposions contenir des œufs de Gallerie, et nous le regardions tous les joursavec beaucoup d'attention sans y apercevoir aucun changement; enfin nous ne fûmes avertis de la présence des larves, devenues déjà grandes, que par le bruit qu'elles faisaient en rongeant. Nous avions en vue de compléter quelques lacunes du Mémoire de Réaumur relativement aux métamorphoses. Le 10 juin au matin, plusieurs. des larves, renfermées dans un vase de verre, se filèrent une coque qu'elles eurent soin de revêtir extérieurement de petites parcelles de cire et de leurs excrémens. D'autres individus, placés dans une boîte à Tond de liège, creusèrent, le premier juillet, un trou vertical dans ce liège, et y filèrent contre les parois une coque soyéuse. Ces dernières étaient transformées en Insecte parfait, le 22 du même mois. Cependant il s'en faut de beaucoup que les transformations aient toutes lieu à la même époque, puisqu'au mois de septembre nous avons encore trouvé des Galleries à l'état de larve. Il est vrai qu'el-les n'avaient eu que peu de nourriture à leur disposition. Nous avons observé que ces mêmes larves, pressées par la faim, n'avaient pas dédaigné de se nourrir des Insectes paru its qui étaient captifs dans la même boîte.

Ces larves, dont Réaumur a parlé sous le nom de fausses Teignes de la cire, étaient connues des anciens: Aristote dit positivement qu'elles sont à redouter po ur les ruches d'Abeil-les, qu'elles mangent la cire des gâteaux et qu'elles laissent leurs excrémens; Virgile en a parlé, et Columelle n'a pas négligé aussi d'en faire mention. A cette époque comme maintenant, on ne connaissait pas de moyen efficace pour préserver et détruire ce fléau de l'agriculture. La surveillance exercée surtout au printemps, et qui consiste à enlever les gâteaux infectés et à nettoyer avec soin les parties qui présentent des œufs ou des coques, est ce qu'il y a de mieux à faire; mais on conçoit qu'il faut employer les ruches à hausse qui permettent ce genre de visite. Une ruche est-elle trop infectée, il faut lui en substituer une autre et ne pas s'en servir avant de l'avoir préliminaireinent passée à l'eau bouil-ante, afin de détruire les germes qu'elle pourrait recéler.

On ne connaît que deux espèces propres à ce genre, et la seconde, quoiqu'ayant des mœurs semblables à la première, offre une organisation assez différente et pourrait être placée, suivant Latrcille, dans un autre genre.

La GALLERIE DE LA CIRE, G. ce-reana, de Fabricius, représentée par Réaumur (T. III, pl. 19, fig. 13, 14 et 15), est cendrée, avec la tête et le corselet d'une couleur plus claire. Les ailes supérieures sont échan-crées postérieurement et relevées en crête. On remarque de petites taches brunes le long de leur bord interne.

La GALLERIE DES RUCHES, G. al-vearia, Fabr. Réaumur (loc. cit.) a principalement décrit ses mœurs, et il 'a représentée, ainsi que sa larve et les galeries qu'elle pratique (pl. 19, fig. 1-9). Elle a un port différent de celui de l'espèce précédente et ressemble assez aux Teignes proprement dites. (AUD.)

GALLICOLES. Gallicolæ. INS Tribu de l'ordre des Hyménoptères, section des Térébrans, famille des Pupivoies, établie par Latreille (Règne Anim. de Cuv.) et correspondant à la famille des Diplolépaires (Gener. Crust. et Ins.).Ses caractères sont: antennes de douze à quinze articles filiformes, ou à peine plus

[page] 133

grosses vers le bout; palpes très-courts terminés par un article un peu plus gros, et quelquefois nuls; ailes postérieures sans nervures; une tarière roulée en spirale à sa base, log;ée dans une coulisse et naissant de la partie inférieure de l'abdomen. Cette tribu comprend le grand genre Cynips de Linné, qui, lui-même, a été divisé en plusieurs petits genres rangés dans deux sections.

† Pédicule de l'abdomen très-court; antennes de treize à quinze articles; des palpes, des mâchoires et une lèvre très-distincts.

Genres: CYNIPS, IBALIE.

†† Abdomen porté sur un long pédicule; antennes de douze articles grenus; bouche n'ayant de distinct aue les mandibules.

Genre: EUCHARIS.

Les Insectes de cette tribu attaquent certains Végétaux, et après qu'ils ont entaillé à l'aide de leur tarière plusieurs de leurs parties, telles que les feuilles, les boutons, l'écorce ou les racines, ils déposent leurs œufs dans l'intérieur de la plaie, et l'on voit naître de la blessure des excroissances très-variées quiont généralement reçu le nom de GALLE. V. ce mot C'est là un des traits caractéristiques des Gallicoles. (AUD.)

GALIGASTRE. OIS. Syn. vulgaire de Poule d'eau. V. GALLINULE. (DR..Z.)

GALLIGNOLE. V. GALIGNOLE.

GALLINA. POIS. (Risso.) C'est-à-dire Poule. Le Dactyloptère pyropède sur la côte de Nice. (B.)

GALLINACE (PIERRE DE). MIN. V. OBSIDIENNE.

GALLINACÉS. Gallinaceæ. OIS. Cet ordre très-naturel, adopté par presque tous les ornithologistes, est le dixième de la méthode de Temminck. Caractères: bec court, voûté; mandibule supérieure courbée depuis la base qui est quelquefois garnie d'une membrane ou cire jusqu'à la pointe; narines placées de chaque côté du bec, recouvertes d'une membrane épaisse, nue ou garnie de très-petites plumes. Pieds médiocres; tarse assez généralement élevé; quatre doigts, trois devant réuuis à leur base par une membrane plus ou moins étendue; le pouce quelquefois peu ou point apparent, s'articulant assez haut. Parmi les présens dont nous a comblés la bienfaisante nature, il en est peu qui nous soient aussi précieux que la nombreuse famille des Gallinacés. Les oiseaux qui la composent sont, pour la plupart, grands et épais; il sont d'une fécondité quelquefois prodigieuse, vivent indifféremment sous tous les climats, et préseutent, par la délicatesse de leur chair, une ressource inappréciable pour l'économie domestique. Les Gallinacés se nourrissent tous de graines qu'ils cherchent ordinairement en grattant la terre; quelques espèces font aussi usage de baies, de bourgeons et d'Insectes; ils se vautrent dans la poussière et construisent à terre, sans aucun apprêt, leur nid qu'assez souvent ils abriteut sous un buisson; ils renouvellent plusieurs fois dans l'année leurs pontes nombreuses, et les petits, au sortir de la coquille, se mettent à courir et à chercher déjà le grain que les parens leur montient; ils continuent à vivre eu famille jusqu'à ce que de nouveaux fruits de ses amours appellent la mère à de nouveaux soins: le mâle ne partage point les douceurs de l'incubation. Presque tous les Gallinacés courent avec vitesse; ils ont en revanche le vol lourd et difficile; rarement on les voit se percher.

Les genres de Gallinacés sont nombreux, quoique chacun d'eux ne contienne qu'un assez petit nombre d'espèces. Ceux établis jusqu'à ce jour sont les genres Paon, Coq, Faisan, Lophophore, Eperonnier, Dindon, Argus, Pintade, Pauxi, Hocco, Pénélope, Tétras, Ganga, Hétéroclite, Perdrix, Cryptonyx, Tinamou et Turnix. V. tous ces mots. (DR..z.)

GALLINARIA. BOT. PHAN. Rumph (Herb. Amboin., 5, 283, tab. 97) a décrit et figuré sous les noms de Gal-

[page] 134

linaria acutifolia et G. rotundifolia, deux Plantes de l'Inde qu'il est facile de reconnaître pour des espèces du genre Cassia, L. La première est bien la même Plante que le Cassia Sophera, L.; mais la seconde, qui a été donnée par Loureiro et d'autres auteurs, comme synonyme du Cassia obtusifolia, L., est une espèce distincte, selon Colladon (Hist. naturelle et médicale des Casses, Montpellier, 1816), qui l'a nommée Cassia Gallinaria. V. CASSE. (G..N.)

GALLINAZE. OIS. Genre institué par Vieillot pour y placer les deux Vautours Aura et Urubu qui font partie du genre Catharte de la méthode de Temminck. V. CATHARTE. (DR..Z.)

GALLINE. ZOOL. Ce mot, qui du latin où il désigne la Poule est passé, avec sa même signification, dans diverses langues qui en dérivent, a également été appliqué à plusieurs Poissons du genre Trigle. V, ce mot. (B.)

GALLINOGRALLES. OIS. Nom donné à des Oiseaux dont Blainville a fait une famille intermédiaire entre les Gallinacés et les Echassiers. (DR..Z.)

GALLINOLE ET GALLINETTE. BOT. CRYPT. Syn. vulgaire de quelques espèces de Champignons du genre Clavaire. V. ce mot. (AUD.)

GALLINSECTES. INS. Réaumur donnait ce nom aux Insectes du genre Kermès, et, par opposition, il nommait Progallinsectes ou Faux-Gallinsectes ceux du genre Cochenille. Degéer a formé avec les Gallinsectes un ordre particulier correspondant au grand genre Cochenille de Linné, et Latreille a fondé sous ce nom une famille de l'ordre des Hémiptères, section des Homoptères. Ses caractères sont: un seul article aux tarses, avec un crochet au bout; des antennes filiformes ou sétacées, ordinairement de onze articles; mâle privé d'un bec, mais pourvu de deux ailes se recouvrant horizontalement sur le corps, avec un abdomen terminé par deux soies; femelle aptère munie d'un bec. Cette famille offre une particularité bien curieuse, et qui la distingue suffisamment de toutes les autres. Les femelles, lorsqu'elles ont été fécondées, se fixent sur des Végétaux de diverses sortes; bientôt leur corps se gonfle, puis se dessèche et présente l'aspect de galles ou d'excroissances; les œufs, placés sous cet abri maternel, ne tardent pas à éclore. V. COCHENILLE et KERMÈS. (AUD.)

GALLINULA. MOLL. Genre établi par Klein (Méthode Ostrac., p. 56), pour les Coquilles que l'on compare à des Poules qui couvent, parce qu'elles ont le bord droit en forme d'aile. On trouve dans cette coupe principalement des Strombes qui se rapprochent du Strombus canarinus, et des Volutes, tels que la Neigeuse, le Pavillon d'Orange, etc. (D..H.)

GALLINULE. Gallinula. OIS. (Latham.) Genre de l'ordre des Gralles. Caractères: bec moins long que la tête, comprimé, conique, beaucoup plus haut que large à sa base; mandibules d'égale longueur, comprimées vers la pointe, la supérieure légèrement courbée; narines placées de chaque côté du bec vers le milieu de sa longueur, fendues longitudinalement, percées de part en part et en partie recouvertes par une membrane; pieds longs; trois doigts devant et un derrière; les antérieurs très-longs et bordés d'une membrane étroite; ailes médiocres, concaves; la première rémige plus courte que les deuxième et troisième; celle-ci, ou la quatrième, la plus longue.

Ces Oiseaux, auxquels des caractères assez équivoques ont fait trouver difficilement une place immuable dans les méthodes, ont tour à tour été séparés, réunis ou confondus parmi les espèces d'autres genres, qui, sous certains points de vue, offraient des analogies admissibles, mais qu'en écartaient des anomalies de mœurs ou de conformation. Les voici de nouveau groupés jusqu'à ce que la découverte de quelques espe-

[page] 135

ces intermédiaires ne vienne encore dérouter les versatiles méthodistes. S'il fut difficile de s'accorder sur la réunion de ces espèces en famille ou genre, il ne l'est pas moins d'en présenter un ensemble de mœurs et d'habitudes: cependant quelques généralités peuvent être présentées; telles sont celles de se complaire plus habituellement sur la terre qu'au sein des étangs et des marais où, néanmoins, elles nagent avec vitesse, plongent avec célérité; de se dérober avec adresse aux regards du chasseur et à la poursuite des Chiens, en courant à travers les joncs et les tiges marécageuses; de se nourrir indifféremment de Végétaux, de Vers, d'Insectes, de Mollusques et même de petits Poissons: de passer la plus grande partie de la journée dans des retraites abritées et de n'en sortir que vers le soir. L'on assure que les Gallinules sont voyageuses, mais leurs voyages ne peuvent être que de courte durée, et seulement pour les lieux où l'extrême rigueur de la saison leur ôte tout espoir de trouver la moindre nourriture, car dans les régions un peu plus tempérées, on les aperçoit toutes les époques de l'année, lors même que tout semble enveloppé de neige et de glaçons; elles sont, pendant ces jours de disette, réunies près des fontaines et des eaux vives. Du reste, voyageuses ou sédentaires, les Gallinules n'en sont pas moins très-attachées aux lieux qui les ont vues naître, car chaque année elles y viennent déposer les gages de leur tendresse. Leurs nids, que font souvent respecter la solitude et la difficulté d'anorder là où ils sont placés, se composent d'un amas de joncs et de roseaux entrelacés; la ponte est ordinairement de sept à huit œufs, que le mâle et la femelle couvent alternativement; les petits courent en naissant, suivent pendant quelque temps leur mère, mais bientôt ils lui laissent le loisir d'élever une seconde famille qui, à son tour et avant la fin de l'année, est suivie d'une troisième.

† Arête de la mandibule supérieure s'avançant sur le front, et se dilatant en une plaque nue.

GALLINULE ANGOLI, Fulica maderaspatana, Gmel. Parties supérieures cendrées, les inférieures blanches ainsi que les côtés de la tête et le devant du cou; rémiges bordées de noir: quelques taches noires sur la poitrine, Taille, seize pouces. Des Indes. Espèce douteuse.

GALLINULE BRUNE, Porphyrio phænicurus, Var., Lath. Parties supérieures noires, les inférieures blanches, avec l'abdomen rouge; piéds jaunes. Taille, huit pouces. Du cap de Bonne-Espérance.

GALLINULE CENDRÉE, Fulica cinerea, L. Parties supérieures cendrées, nuancées de vert sur les ailes et le corps; les postérieures blanchâtres, avec le milieu du ventre blanc; pieds bruns. Taille, dix-sept pouces. De la Chine.

GALLINULE DE LA CHINE. V. GALLINULE KARUKA.

GALLINULE COULEUR DE PLOMB, Gallinula plumbea, Vieill. Parties supérieures noirâtres, avec les plumes lisérées de cendré; tectrices alaires noires bordées de roux; rémiges cendrées rayées de gris et de blanc; parties inférieures et cou d'un cendré bleuâtre rayé de blanc; bec roux; plaque frontale rouge. Taille, vingt pouces. De Java.

GALLINULE FAVORITE, Fulica flavirostris, Gmel., Buff., pl. enl. 897. Parties supérieures bleues, ainsi que les côtés de la tête, de la gorge et les flancs; devant du cou, poitrine et ventre blancs; tête et queue noirâtres; bec et pieds rouges. Taille, dix pouces. De Cayenne.

GALLINULE GLOUT, Fulica fistulans. Variété douteuse de la Gallinule Poule d'eau, jeune.

GALLINULE, GRANDE POULE D'EAU. V. GALLINULE POULE D'EAU.

GALLINULE GRINETTE, Fulica nævia, Gmel. Espèce peu connue, qui pourrait bien n'être qu'unc variété d'âge du Râle d'eau. V. ce mot.

GALLINULE GRISE, Porphyrio ci-

[page] 136

nereus, Vieill. Parties supérieures grises; côtés du front, sourcils, gorge, devant du cou, milieu de la poitrine et du ventre blancs; bec jaune; pieds rougeâtres. Taille, sept pouces. Patrie inconnue.

GALLINULE KARUKA, Rallus phænicurus, Gmel., Buff., pl. enl. 886. Parties supérieures noires, tachetées de bleu; les inférieures de même que la tête, blanches; ventre et queue d'un roux vif; bec et pieds verts. Taille, huit pouces.

GALLINULE DU MEXIQUE, Fulica Mexicana, Lath. Parties supérieures verdâtres, variées de bleu et de fauve; les inférieures, la tête et le cou pourpres; rémiges et rectrices vertes; bec rouge, jaune à l'extrémité. Taille, douze pouces.

GALLINULE MOUCHETÉE, Fulica maculata, Gmel. Var. de la GALLINULE POULE D'EAU, jeune.

GALLINULE, PETITE POULE D'EAU, Gallinula fusca, Lath. V. GALLINULE POULE D'EAU, jeune.

GALLINULE, POULETTE D'EAU. V. GALLINULE POULE D'EAU, jeune.

GALLINULE POULE D'EAU, Gallinula Chloropus. L., Buff., pl. enl. 877. Parties supérieures d'un brun olivâtre foncé; les inférieures, la tête, la gorge et le cou d'un bleu ardoisé; rémiges, tectrices caudales inférieures blanches; base du bec et plaque frontales rouges; pieds d'un vert jaunâtre avec une jarretière rouge. Taille, douze à quatorze pouces. D'Europe. Les jeunes sont d'un brun olivâtre plus clair en dessous; le blanc des ailes est d'un brun clair; la plaque frontale est presque nulle; les pieds sont olivâtres, avec la jarretière jaunâtre. D'Europe.

GALLINULE SMIRRING, Fulica flavipes, Gmel. V. GALLINULE POULE D'EAU, jeune.

GALLINULE TAVOUA, Fulica Martinica, Gmel. Tout le plumage vert, changeant en bleu sur la tête et sous le corps; rémiges et rectrices noirâtres, bordées de vert; tectrices caudales inférieures blanches; base du bec et plaque frontale rouges; pieds jaunes. Taille, douze pouces. Les jeunes et les femelles sont nuancés de brun; ils ont le dessous du corps blanc, nuancé de noir, les pieds bruns. De l'Amérique méridionale.

†† Point de plaque frontale.

GALLINULE BAILLON, Gallinula Baillonii, Vieill. Parties supérieures d'un roux olivâtre avec des taches blanches entourées de noir; sommet de la tête roux, strié de noir; gorge, sourcils, côtés du cou, poitrine et ventre d'un gris bleuâtre; flancs, abdomen et tectrices caudales inférieures, variés de blanc et de noir; bec vert; pieds rougeâtres. Taille, six pouces et demi. Les jeunes ont la gorge et le milieu du ventre blancs, rayés de zig-zags cendrés, les flancs olivâtres, nuancés de blanc. D'Europe.

GALLINULE BIDI-BIDI, Rallus Jamaicencis, Lath. Parties supérieures d'un brun olivâtre, rayé de blanchâtre; tête noire; parties inférieures d'un cendré bleuâtre; bec noir avec la base de la mandibule inférieure rouge; pieds bruns. Taille, cinq pouces. Des Antilles.

GALLINULE BLANCHE ET ROUSSE, Rallus leucopyrrhus, Vieill. Parties supérieures d'un roux châtain, plus vif sur la tête, le cou et surtout les joues; rémiges et rectrices d'un brun roussâtre; parties inférieures blanches, rayées de noir sur les flancs et les jambes; bec noirâtre, vert en dessous; tarse rouge. Taille, six pouces et demi. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE BRUNOIR, Rallus melanophalus,Vieill. Parties supérieures d'un brun noirâtre; une moustache rousse; gorge blanchâtre; parties inférieures cendrées, noirâtres, rayées de blanc; bec noirâtre, vert à sa base; pieds blanchâtres. Taille, sept pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE BRUNE-OLIVATRE, Rallus rufescens, V. Parties supérieures d'un brun olivâtre, plus foncé sur la tête; parties inférieures d'un cendré bleuâtre; gorge blanche; flancs et ventre bruns, rayés de blanā et de

[page] 137

roux; bec et pieds bruns. Taille, neuf pouces. D'Afrique.

GALLINULE BRUNE, RAYÉE DE NOIR, Rallus obscurus, Lath. Parties supérieures fauves, striées de noir, les inférieures d'un brun ferrugineux; bec noir bordé de jaune; pieds d'un brun rougeâtre. Taille, cinq pouces et demi. De l'Océanique.

GALLINULE A COLLIER DES PHILIPPINES. V. GALLINULE TÉKLIN A COLLIER.

GALLINULE A COU BLEU, Rallus cærulescens, Lath. Parties supérieures d'un brun rougeâtre; gorge, devant du cou et poitrine d'un bleu pâle; parties inférieures blanches rayées de noir; bec et pieds rouges. Taille, sept pouces. Du cap de Bonne-Espérance.

GALLINULE DE LA DAOURIE. V. GALLINULE RALLO-MAROUETTE.

GALLINULE DE GENêT, Rallus Crex, L.; Crex pratensis, Bec.; Roi des Cailles, Buff., pl. enl. 750. Parties supérieures d'un brun noirâtre, nuancées de cendré et de roux; un large sourcil cendré; tectrices alaires rousses; rémiges rousses extérieurement; gorge, ventre et abdomen blancs; poitrine d'un cendré olivâtre; flancs roux, rayés de blanc; mandibule supérieure brune, l'inférieure blanchâtre; pieds rougeâtres. Taille, neuf à dix pouces. D'Europe.

GALLINULE GRAND RALE DE CAYENNE, Fulica Cayennensis, L., Buff., pl. enl. 352. Parties supérieures olivâtres, avec les ailes d'un roux vif; tête, cou, queue, abdomen et jambes d'un gris brun; côtés de la tête d'un blanc verdâtre; poitrine rousse; bec noirâtre varié de rouge; pieds rouges. Taille, dix-huit pouces. Les jeunes ont presque tout le plumage plus ou moins cendré.

GALLINULE GRISE, Rallus cinereus, Vieill. Parties supérieures brunes, les inférieures grises rayées de noir et de blanc sur les flancs; milieu de la gorge et du cou blanc; bec brun; pieds gris. Taille, cinq pouces. De Cayenne. C'est probablement une variété d'âge du petit Râle de Cayenne.

GALLINULE DE LA JAMAÏQUE. V. GALLINULE BIDI-BIDI.

GALLINULE JASPÉE, Rallus maculosus, Vieill. Parties supérieures brunes, variées de noirâtre, de blanc et de roux; moitié de la téte, devant du cou et parties inférieures d'un roux vif; queue brune; bec noirâtre; pieds rouges. Taille, six pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE KIOLO, Rallus Cayanensis, Lath., Buff., pl. enl. 368 et 753. Parties supérieures brunes avec le manteau d'un vert olivâtre; sommet de la tête roux, de même que les parties inférieures; jambes olivâtres; bec et pieds bruns. Taille, sept pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE MAROUETTE, Rallus Porzana, L.; petit Râle d'eau, Buff., pl. enl. 751. Parties supérieures d'un brun olivâtre, tachetées et striées de blanc; les inférieures d'un olivâtre foncé, variées de cendré et tachetées de blanc; front, sourcils et gorge d'un gris bleuâtre; côtés de la tête marqués de noir; rectrices intermédiaires bordées de blanc; bec verdâtre, rouge à sa base; pieds jaunes. Taille, sept à huit pouces. Les jeunes ont la gorge et le milieu du ventre d'un blanc cendré, la face et les joues pointillés de blanc et de brun. D'Europe.

GALLINULE MUDHEN, Rallus Virginianus, L. Parties supérieures variées de roussâtre et de noirâtre; les inférieures d'un brun orangé, rayés de noir et de blanc sur l'abdomen et les flancs; gorge jaunâtre; tectrices alaires d'un rouge brun; bec noirâtre, rouge à sa base en dessous; pieds rougeâtres. Taille, sept à huit pouces. La femelle a la tête noirâtre, avec les joues cendrées, le haut de la gorge blanc, et les parties inférieures d'un fauve obscur. De l'Amérique septentrionale.

GALLLNULE NOIRE, Rallus niger, Lath. Tout le plumage d'un noir irisé; bec jaune; pieds rouges. Taille, huit pouces et demi. Du Sénégal.

GALLINULE NOIRE A PAUPIÈRES ROUGES, Rallus Tabuensis, Lath. Tout

[page] 138

le plumage noir; bec noir; iris rouge; pieds d'un brun rougeâtre. Taile, six pouces. De l'Océanique.

GALLINULE NOIRE POINTILLÉE DE BLANC, Rallus pacificus, Lath. Parties supérieures noires, piquetées de blanc; nuque et rémiges brunes; gorge blanche; poitrine bleuâtre; le reste des parties inférieures blanchâtre; bec et iris rouges; pieds rougeâtres. Taille, neuf pouces. De l'Océanique.

GALLINULE OLI VATRE, Rallus olivaceus, Vieill. Parties supérieures olivâtres, tachetées et striées de noir; gorge blanchâtre; parties inférieures d'un gris fauve avec les flancs ra yés de noir; bec et pieds bruns. Taille, six pouces et demi. Des Antilles.

GALLINULE PERLÉE. V. GALLINULE MAROUETTE.

GALLINULE PETIT RALE DE CAYENNE, Rallus minutus, L., BufF., pl. enl. 847. Parties supérieures variées de roussâtre, de noir et de blanc; sommet de la tête et cou bruns; gorge, devant du cou et poitrine d'un blanc roussâtre; abdomen rayé de noir; pieds d'un brun jaunâtre. Taille., cinq pouces.

GALLINULE PETIT RALE D'EAU. V. GALLINULE MAROUETTE.

GALLINULE DES PHILIPPINES, Rallus Philippensis, Lath., Buff., pl. enl. 774. Parties supérieures brunes, variées de rouge; les inférieures noires, rayées de blanc; sommet de la tête roux; un large sourcil blanc; rémiges mélangées de noir, de blanc et de roux; rectrices noirâtres, bordées de roussâtre; gorge blanchâtre. Taille, dix pouces et demi.

GALLINULE PLOMBÉE A GORGE BLANCHE, Rallus albicollis, Vieill. Parties supérieures noires, avec le bord des plumes roussâtre; rémiges d'un noir irisé; gorge blanche; devant du cou, côtés de la tête, poitrine et ventre d'un cendré bleuâtre très-pâle; tectrices caudales inférieures brunes, rayées de blanc; bec verdâtre; pieds d'un brun rougeâtre. Taille, huit pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE PORZANE, Rallus Porzana, Gmel. V. GALLINULE MAROUETTE.

GALLINULE POUSSIN, Rallus pusillus, L. Parties supérieures olivâtres, avec le milieu des plumes noir, et un grand espace noir strié de blanc sur le dos; parties inférieures d'un gris bleuâtre, avec quelques raies blanches et brunes sur l'abdomen et les flancs; bec vert, rougeâtre à sa base; pieds cendrés, bleuâtres. Taille, six à sept pouces. Europe.

GALLINULE RALE DE GENêT. V. GALLINULE DE GENêT.

GALLINULE RALLO-MAROUETTE. V. GALLINULE POUSSIN.

GALLINULE ROUGE. V. GALLINULE DE GENêT.

GALLINULE ROUGEATRE, Rallus Zeylanicus, Lath. Parties supérieures d'un brun ferrugineux; rémiges noires; parties inférieures d'un brun rougeâtre. Taille, dix pouces. Des Moluques.

GALLINULE ROUGEATRE A BEC ET PIEDS CENDRÉS, Rallus Sandwicensis, Lath. Plumage d'un brun ferrugineux, plus pâle en dessous du corps. Taille, sept pouces. De l'Océanique.

GALLINULE ROUSSE A FRONT BLEU, Fulica Carthagena, L. Tout le plumage d'un brun roux, tirant sur le fauve vers les parties iuférieures; front d'un gris de plomb; bec et pieds bruns. Taille, quinze pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE ROUSSE, Rallus rufus, Vieill. Parties supérieures d'un brun noirâtre, rayées et tachetées de blanc; tête et cou d'un roux foucé; gorge roussâtre; parties inférieures brunes, striées de noirâtre; bec et pieds bruns. Taille, six pouces et demi. D'Afrique. La femelle a la gorge et les parties inférieures blanchâlrcs, tachetées de brunâtre.

GALLINULE RUFALBIN, Rallus rufescens, Vieill. Parties supérieures d'un brun roussâtre; les inférieures blanches, avec les côtés et les flancs roux; abdomen noir, rayé de blanc; bec brun; pieds verdâtres. Taille, six pouces. De Java.

[page] 139

GALLINULE A SOURCILS BLANCS, Rallus superciliaris, Vieill. Parties supérieures noires, striées de blanc; une tache rousse sur le dos; rémiges brunes; rectrices noirâtres, tiquetées de blanc; une bande blanche et deux noues de chaque côté de la téte qui est d'un roux jaunâtre; parties inférieures blanches avec des raies noires sur les flancs et les jambes; bec noir; pieds jaunes. Taille, six pouces. De l'Amérique méridionale.

GALLINULE DE TERRE. V. GALLINULE DE GENÈT.

GALLINULE TIKLIN. V. GALLINULE DES PHILIPPINES.

GALLINULE TIKLIN A COLLIER, Rallus torquatus, Lath. Parties supérieures brunes, lavées d'olivâtre; joues et gorge noirâtres; un trait blanc qui part de chaque angle du bec; parties inférieures brunes, rayées ae blanc; un large demi-collier roux; bec el pieds bruns. Taille, onze pouces. Des Philippines.

GALLINULE DE VIRGINIE, Gallinula Carolina, Lath. Parties supérieures d'un brun olivâtre, tacheté de blanc; sourcils, joues et poitrine d'un cendré clair; une bande noire longitudinale qui s'étend sous le corps à partir du menton qui est de cette couleur; ventre blanc; flancs rayés de blanc, de fauve et de noir; rectrices brunes, les quatre intermédiaires cendrées et bordées de blanc. Taille, sept pouces et demi. De l'Amérique septentrionale.

GALLINULE VARIÉE A GORGE ROUSSE, Fulica, Novæboracensis, L. Parties supérieures variées de roux, de noir et de blanc; tectrices caudales noires, rayées de blanc; sommet de la tête noir, pointillé de blanc; panties inférieures roussâtres, variées de brun et tachetées de noir et de blanc sur la poitrine et les flancs; bec noirâtre; pieds rouges. Taille, cinq pouces. De l'Amérique septentrionale.

GALLINULE WIDGEON. V. GALLINULE DE VIRGINIE. (DR.. Z.)

* GALLINULE. INF. Espèce du genre Enchelide. V. ce mot. (B.)

* GALLIQUE. V. ACIDEGALLIQUE.

GALLIRION. BOT. PHAN. Pour Gallyrion. V. ce mot. (B.)

GALLITE. Aleclruns. OIS. (Vieillot.) Genre établi par Vieillot pour y placer deux espèces de l'Amérique méridionale, auxquelles Temminck n'a point trouvé de caractères suffisans pour les séparer des Gobe-Mouches. V. ce mot. (DR.. Z.)

GALLITE. BOT. PHAN. Nom vulgaire dans le Midi du Linariahirsuta. V. LINAIRE. (B.)

GALLITRICHUM. BOT. PUAN. La Sclarée, l'Hormin et la Sauge chez d'ancieus botanistes. (B.)

GALLITZINITE MIN. On a dédié sous ce nom, au prince Dimitri de Gallitzin, une variété de Titane oxidé ferrifère. V. TITANE, (AUD.)

GALLOT. POIS. Syn. vulgaire de Labrus Tinca, L. V. LABRE. (B.)

GALLUS. OIS. V. COQ.

GALLONNÉ, GALLONNGÉE. REPT. et POIS. Éspèces des genres Squale, Tortue, Lézard, Grenouille et Vipère. V. ces mois. (B.)

GALLYRION. BOT. PHAN. (Mentzel.) Syn. de Lilium bulbiferum ou Martagon. (B.)

* GALOPHTALMUM. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Corymbifères de Jussieu, et dc la Syngénésie superflue, L., récemment établi par Nées et Martius (Beitrag zur Flora Brasil., p. 7) avec les caractères suivans: calatnide dont le disque est composé d'un petit nombre de petites fleurs égales, tubuleuses et hermaphrodites; et la couronne unilatérale, formée de deux ou trois fleurs femelles, en languettes ovales et émarginées; involucre cylindracé, composé de huit folioles, dont quatre extérieures plus larges et embrassant les intérieures; réceptacle nu, ponctué; akènes tétragones, comprimés, obconiques, surmontés d'un rebord à deux ou quatre épines. Ce genre appartient à la tribu des Hélianthées,

[page] 140

et se rapproche des genres Verbesina, Pectis, et du Chtonia de Cassini. Il diffère du premier par la forme de l'aigrette et le réceptacle nu; du Pectis et du Chtonia par l'involucre octophylle, et du dernier surtout par son aigrette non membraneuse à la base. L'auteur de ce genre n'en a décrit qu'une seule espèce, Galophtalmum Brasiliense, Plante herbacée dont les feuilles sont ovales, hérissées et verticillées au nombre de quatre. Elle est figurée (loc. cit., tab. 2) avec plusieurs détails sur les organes de la fructification. (G.. N.)

GALOPINE. Galopina. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacées et de la Tétrandrie Digynie, L., établi par Thunberg, et adopté par Willenow et Jussieu avec les caractères suivans: calice entier, non proéminent (nul selon Thunberg); corolle à quatre segmens réfléchis; quatre étamines à anthères oblongues dressées; deux styles; fruit très-petit, divisible en deux coques globuleuses et muriquées. Thunberg, dans son Prodrome des Plantes du Cap, a lui-même réuni ce genre à l'Anthospermum malgré la diversité de leur port. Au reste, le Galopina ne renferme qu'une seule espèce, Galopina circæoides, qui est une Plante nerbacée, annuelle, à feuilles opposées; ses fleurs sont disposées en panicules lâches, terminales, et elles sont accompagnées de bractées. Elle croît au cap de Bonne-Espérance. (G.. N.)

GALOS-PAULES. MAM. Le Singe désigné sous ce nom par Marmol, qui le dit de couleur de Chat sauvage, paraît être le Patas. (B.)

GALPHIMIE. Galphimia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Mal-pighiacées, et de la Décandrie Monogynie, L., caractérisé par un calice quinquéparti, persistant, dépjourvu e glandes; cinq pétales onguiculés, à limbe ovale; dix étamines nypogynes à lilets libres ou réunis vers leur base; un ovaire surmonté de trois styles simples, à trois loges contenant un seul ovule; une capsule à trois coques s'ouvrant extérieurement suivant leur longueur. Il se compose d'Arbrisseaux a feuilles opposées, entières, portées sur des pétioles le long desquels on remarque quelquefois une double glaude. Les fleurs jaunes, disposées en grappes terminales, sont soutenues sur des pédoncules munis d'une bractée à leur base et de deux un peu plus haut. A trois espèces du Mexique que Cavanilles, auteur de ce genre, avait décrites, Kunth en a ajouté avec doute deux, différentes en effet par leur calice glanduleux, et originaires du même pays. V. Cav., Icon., 489 et 563, et Kunth, Nov. Gen., 5, 179, tab. 452. (A.D.J.)

GALTABÉ. REPT. SAUR. L'un des noms vulgaires du Lacerta Monitor, L. V. MONITOR. (B.)

GALUCHAT. POIS. Lacépède a démontré que celte substance était la dépouille du Raja Sephen de la mer Rouge, préparée d'une certaine façon. Tout le monde connaît cette peau dure et polie dont l'usage nous est venu des Orientaux, et qui sert à faire des couvertures d'étuis, de boîtes, d'épées, de sabres, etc. (B.)

*GALURUS. BOT. PHAN. Syn. dans Sprengel, de Caturus, genre de la famille des Euphorbiacées. (A.D.J.)

GALVANIE. Galvania. BOT. PHAN. Genre de le Pentandrie Monogynie, L., établi par Vandelli (Spec. Flor. Lusit. et Bras., p. 15, tab. 1) pour une Plante indigène du Brésil. Ce genre, placé parmi les Rubiacées, n'est point mentionné par le professeur de Jussieu dans le travail quil a publié sur cette famille (Mém. du Mus. T. VI, année 1820). Il diffère, en effet, si peu du Palicourca d'Aublet, qu'il y a lieu de croire qu'on le réunira ainsi que celui-ci avec le Psychotria. Selon ussieu, le Palicourca, comme le genre qui nous occupe, possède une corolle à tube gibbeux; celui-ci ne s'en distingue que par l'orifice de sa corolle fermée par des poils. V. PSYCHOTRIE. (G.. N.)

GALVANISME. ZOOL. Nom don-

[page] 141

né à l'électricité qui se manifeste au contact des nerfs et des muscles, chez les Animaux vivans, comme dans ceux qui viennent de perdre la vie, mais, auxquels il reste encore un peu de chaleur propre. Ce nom est tiré de celui du physicien italien, Galvani, auquel la science est redevable de cette découverte importante qui a depuis reçu une application plus générale et jeté un grand jour sur nombre de phénomènes de la physique et de la chimie. V. ELECTRICITÉ. (DR..Z.)

GALVÉZIE. Galvezia. BOT. PHAN. Et non Galvesie. Genre de la famille des Laurinées et de l'Octandrie Tétragynie, L., établi par Ruiz et Pavon (Prodr. Flor. Pens., p. 56, tab. 35), qui lui ont donné pour caractères essentiels: un calice à quatre segmens; quatre pétales; huit étamines, dont quatre alternes plus courtes; disque glandulaire placé sous les ovaires qui sont connivens et au nombre de quatre, surmontés d'autant de styles; quatre drupes renfermant chacun une noix uniloculaire.

La GALVÉZIE PONCTUÉE, Galvezia punctata, R. et P., seule espèce du genre, est un Arbre du Chili, dont les feuilles sont opposées, oblongues, lancéolées, dentées en scie et parsemées de points glandulaires; elles répandent une odeur aromatique très-agréable. Les fleurs sont disposées en grappes paniculées et axillaires.

Il ne faut pas confondre le genre que nous venons de décrire avec le Galvezia établi par Jussieu (Gener. Plant., p. 119), d'après les manuscrits de Dombey. Les auteurs de la Flore du Pérou et du Chili ont réuni celui-ci au Dodartia dont il ne diffère que par son stigmate simple et le tube renflé de sa corolle. (G..N.)

GAMAICU. POLYP.? Les corps calcaires et globuleux auxquels, sous le nom barbare de Gamaicu, l'on attribua long-temps des propriétés merveilleuses, sont tout au plus de légers absorbons et paraissent être des fragmens de divers Madrépores fossiles. (B.)

GAMAL. MAM. V. DROMADAIRE, au mot CHAMEAU.

GAMASE. Gamasus. ARACHN. Genre de l'ordre des Trachéennes, famille des Holètres, tribu des Acarides, fondé par Latreille aux dépens du genre Acarus de Linné, et adopté depuis par Fabricius et par les entomologistes français. Ses caractères sont: huit pates simplement ambulatoires; mandibules en pince; palpes saillans ou très-distincts et en forme de fil. Le genre Gamase n'est pas encore très-bien circonscrit, et il comprend des espèces dont les habitudes différentes et fort singulières autoriseront sans doute quelque jour plusieurs changemens. Dès à présent il se divise en deux sections. La première se compose de ceux qui ont le dessus du corps revêtu en tout ou en partie d'une peau écailleuse. Tels sont:

Le GAMASE BORDÉ, Gamasus marginatus, Latr., ou l'Acarus marginatus d'Hermann (Mém. Aptérologique, p. 76, pl. 6, fig. 6). Cet observateur prétend qu'il vit sur les cadavres et qu'il a été trouvé dans le cerveau d'un Homme, sans qu'on puisse supposer qu'il y soit venu du dehors. Cette espèce est distincte, suivant lui, de l'Acarus motatorius de Linné, et elle est peut-être la même que l'Acarus cadaverinus, Herm., trouvé sur le corps d'une Alose en état de putréfaction.

Le GAMASE LONGIPÉDE, Gamasus longipes ou le Trombidium longipes d'Hermann (loc. cit. p. 31, pl. 1, fig. 8). On le trouve dams les Mousses.

Le GAMASE DES COLÉOPTÈRES, Gamasus Coleoptratorum ou l'Acarus Coleoptratorum de Linné et d'Hermann. Il a été décrit et figuré par Degéer (Mém. sur les Ins. T. VII, p. 112, pl. 6, fig. 15).

La deuxième section comprend les espèces dont le corps est entièrement mou; les unes vivent sur différens Mammifères et Oiseaux, telles que:

[page] 142

Le GAMASE DE LA CUAUVE-SOURIS, Gamarus vespertilionis ou l'A-carus Vespertilionis d'Hermann (loc. cit., p. 84, pl. 1, fig. 14).

Le GAMASE DE L'HIRONDELLE, Gamasus Hirundinis ou l'Acarus Hirundinis d'Hermann (loc. cit., p. 85, pl. 1, fig. 13) qui rapporte à cette espèce l'Acarus Gallinæ de Degéer. On le trouve dans le nid de l'Hirondelle de cheminée.

Les autres espèces de cette section habitent différens Végétaux et filent à la surface inférieure des feuilles, des toiles qui les enlacent et les font périr.

Le GAMASE TISSER AND, Gamasus telatrius, ou l'Acarus telarius de Linné, qui est la même espèce que le Trombidium telarium d'Hermann (loc. cit., p. 40, pl. 2, fig. 15). Il se trouve sur différentes Plantes. et particulièrement sur les Tilleuls auxquels il paraît faire beaucoup de tort. Hermann a décrit et représenté sous les noms de Tiliarium et de Socium deux autres espèces propres au Tilleul, et qui vivent en société sur les Arbres. (AUD.)

* GAMBARUR. POIS. Espècc du sous-genre Hémiramphe. V. ESOCE. (B.)

GAMBETTE. OIS. Espèce du genre Chevalier. V. ce mot. (DR..Z.)

GAMMA. INS. Syn. de C. album, espèce de Papillon du genre Nymphale et une Noctuelle. (B.)

* GAMMARELLE. Gammarellus. CRUST. Leach a désigné sous ce nom un genre de Crustacé qui correspond à celui des Euphées de Risso, lequel a été réuni par Latreille au genre Apseude. V. ce mot. (AUD.)

GAMMAROLITHE. CRUST. Vieux synonyme de Crustacés fossiles. (B.)

* GAMMAROLOGIE. ZOOL. V. ENTOMOLOGIE.

GAMMARUS. CRUST. V. CREVETTE.

* GAMMASIDE. Gammasides. ARACHN. Leach a établi sous ce nom (Trans. Linn. Societ. T. XI) une famille dans sa classe des Cephalostomata et dans son ordre des Monomerosomala. Elle comprend uniquement le genre Gamasus de Latreille, que Leach écrit Gammasus. V. GAMASE. (AUD.)

* GAMOPÉTALE ET GAMOSÉPALE. BOT. PHAN. Le professeur De Candolle ayant posé en principe (Théorie Elémentaire de la Botanique, 2e édit., p. 121 et 128) que toute corolle dite monopétale et tout calice nommé monosépale, sont composés de parties soudées en un seul corps plus ou moins profondément divisé, a proposé de remplacer ces mots par ceux de corolle Gamopétale et de calice Gamosépale. (G..N.)

* GAMOPHYLLE. Gamophyllum. BOT. PHAN. Nom proposé par Palisot de Beauvois et adopté par Lestiboudois (Fam. des Cypéracées) pour l'enveloppe ou écaille propre de chaque fleur des Cypéracées. V. CYPÉRACÉES. De Candolle donne aussi ce nom à l'involucre composé de folioles soudées dans quelques Plantes. (A. R.)

GAMUTE. On donne, selon Bosc, aux Philippines ce nom à ces filamens qui pendent de la base des feuilles de certains Palmiers, et servent à faire des cordages. (B.)

GANACHE, INS. Latreille a désigné ainsi, dans ses premiers ouvrages, une partie de la bouche des Insectes, qu on a depuis nommée MENTON. V. ce mot et BOUCHE. (AUD.)

GANDARUSSA. BOT. PHAN. Espèce du genre Justicia (V..ce mot), qui est le Gandarussa Sosade Rumph (Amb.. 4, t. 28 et 29) et le Vada-Kokides Malais. (B.)

GANDOLA. BOT. PHAN. (Rumph, Amb. 5, t. 154, f. 2). Syn. de Basella rubra, L. V. BASELLE. (B.)

GANELLI. POIS. (Risso.) Le Lophius Piscatorius à Nice V. LOPHIE. (B.)

GANGA. Pterocle, Temm.; Anas, Vieill. OIS. Genre de l'ordre des Gallinacés. Caractères: bec médiocre, comprimé, grêle dans quelques espèces; mandibule supérieure courbée

[page] 143

seulement vers la pointe; narines placées à la base du bec, à demi fermées par une membrane que recouvrent les plumes du front, ouvertes en dessous; quatre doigts courts, les trois antérieurs réunis jusqu'à la première articulation et bordés de membranes, le postérieur presque nul, s'articulant très-haut sur le tarse dont le devant seul est garni de très-petites plumes; ongles très-courts, obtus, à l?exception de celui du pouce; queue conique avec les deux rectrices intermédiaires assez souvent prolongées au-delà des autres; ailes longues, acuminées; la première rémige la plus longue.

Confondues pendant long-temps avec les Tétras et les Perdrix, les espèces qui composent aujourd?bui le genre Ganga n'ont été séparées de leurs premiers congénères que d'après quelques légères différences produites probablement par des habitudes que détermine la température des climats dont ces oiseaux s'éloignent rarement, plutôt que le résultat d'une organisation particulière bien prononcée. Les Gangas ont exclusivement adopté les contrées équatoriales de l'ancien continent; quelques espèces seulement traversent la Méditerranée et viennent visiter les côtes méridionales de l'Europe, mais leur séjourn'y est pas de longue durée, et bientôt ils retournent vers leurs plages arides et brûlantes. C'est là, près des torrens et des sources qui humectentles tristes Bruyères et les buissons à demi-desséchés dont ces vastes solitudes sont parsemées, que l'on voit les Gangas venir par centaines se désaltérer et se remettre des fatigues de la journée qu'ils emploient tout entière à la recherche d une nourriture qu'un sol aussi ingrat ue peut leur offrir en abondance. Cette nourriture consiste en graines et petits Insectes. Vers l'époque des amours, les sociétés nombreuses se dissolvent, chaque couple s'isole, non pour vaquer aux soins de la construction du nid, mais pour couver alternativement et sans inquiétude les quatre ou cinq œufs que la femelle dépose ordinairement sous un buisson, au milieu d'une fossette qu elle arrondit dans le blé. Dès que les œufs éclosent, les petits en sortent et se mettent à courir; ils suivent les parens, et gagnent avec eux les points de réunion, tout aussitôt qu'ils son ten état de voler.

GANGA BI - BANDE, Ptervcle bi-cinetus, Temm., Anas bi-cincta, Vieill. Parties supérieures d'un cendré brun tacheté de blanc; sommet de la tête et occiput roux, variés de noirâtre; une petite tache blanche à la base du bec et une large bande noire coupée par deux laches blanches au-dessus des yeux; joues, cou, poitrine et petites tectrices alaires d'un gris jaunâtre; croupion et tectrices caudales rayés de brun et de jaunâtre; rectrices rayées de même, terminées par une grande tache roussâtre; rémiges noirâtres; parties inférieures blanchâtres, finement rayées de brun; un collier blanc, puis en dessons un autre noir; bec, doigts et ongles jaunâtres. Taille, neuf pouces et demi. La femelle a les joues et la gorge pointillées de brun, les parties supérieures rayées de brun et de jaune; des zônes blanches sur les ailes; enfin ni sourcils, ni colliers. D'Afrique.

GANGA CUTA, Pterocle seturius, Tem.; Tetrao olchata, Gmel., Tetrao caudacutus, Gmel., Buff., pl. enl. 105 et 106. Parties supérieures jaunâtres, rayées de noir, avec les plumes du dos et des scapulaires terminées de bleuâtre; petites rectrices alaires marquées obliquement de roux brun et terminées par une tache lunaire blanche; les grandes olivâtres, terminées par un croissant noir; côté de la téte et devant du cou cendrés; gorge noire; un large collier ou ceinturon orangé, bordé de noir; parties inférieures blanches; rectrice; terminées de blanc, les intermédiaires effilées, dépassant les autres de trois pouces. Taille, treize à quatorze pouces. La femelle a les tectrices alaires d'un cendré bleuâtre avec une bande oblique, roussâtre; elles sont toutes ter-

[page] 144

minées de noir; la gorge blanche avec un demi - collier noir; les filets de la queue ne dépassent guère plus d'un pouce et demi. Du midi de l'Europe.

GANGA A DOUBLE COLLIER. V..GANGA BI- BANDE.

GANGA DES INDES. V. GANGA A QUATRE BANDES.

GANGA NAMAQUOIS, Pterocle Ta-chypetes, Temm., Tetrao Senegalus, L., Tetrao Namaqua, Lath., Buff., pl. enl. 130. Parties supérieures d'un brun rouge foncé, variées de brun noirâtre; petites tectrices alaires blanches, bordées de brun; les grandes brunes, terminées de bleuâtre; rémiges noirâtres; tête, cou et poitrine d'un gris cendré; gorge jaune avecles côtés roussâtres; un croissant blanc et étroit, suivi d'un autre brun, sur la poitrine; abdomen d'un noirâtre pourpré; rectrices cendrées, terminées de jaunâtre, les deux intermédiaires subulées et noirâtres vers l'extrémité; bec bleu; pieds garnis deplumes bleuâtres; ongles noirs. Taille, dix à onze pouces. La femelle a les parties supérieures rayées de noir, de blanc et de roux; la gorge roussâtre, la poitrine rayée et striée de noirâtre; le ventre d'un roux clair; le reste comme dans le mâle. D'Afrique.

GANGA A QUATRE BANDES, Pterocle quadri-cinctus, Temm., Tetrao Indicus, Gmel. Parties supérieures jaunâtres, rayées de brun et de noir; tectrices alaires jaunes, avec une bande noire bordée de blanc; front blanc, surmonté d'un bandeau noir; occiput roussâtre, strié de noir; cou cendré; poitrine rousse, variée et rayée de noir et de blanc formant quatre petits ceinturons; parties inférieures cendrées, rayées de noir; bec jaunâtre; pieds et ongles bruns. Taille, neuf pouces et demi. La femelle a les couleurs moins vives que le mâle, et plus de noir dans les rayures du dos; elle a la tête d'un roux jaunâtre, sans bandeau noir; elle n'a point non plus de ceinturons sur la poitrine. De l'Inde.

GANGA DES SABLES, GANGA UNIBANDE, Pterocle arenarius, Temm., pl. 52 et 53. Parties supérieures d'un cendré jaunâtre, irrégulièrement tachetées de bleuâtre et terminées de jaune; rémiges d'un cendré noirâtre; tête, cou et poitrine d'un cendré rougeâtre; base de la mandibule inférieure et région des oreilles rousses; une tache triangulaire noire sur la gorge; un ceinturon noir sur la poitrine; ventre, flancs, abdomen et cuisses noirs, de même que les tectrices caudales et le dessous des rectrices; celles-ci en dessus rayées de cendré, de roux et terminées de blanc. Taille, douze à quatorze pouces. La femelle a toutes les parties supérieures d'un jaune sale, tachetées et rayées de noir; la tête et la poitrine jaunâtres, tachetées de noir; point de tache noire sur la gorge, mais un demi-collier cendré; le ceinturon noir est beaucoup plus étroit. Du midi de l?Europe.

GANGA VÉLOCIFÈRE. V. GANGA NAMAQUOIS. (dr..z.)

* GANGILA. BOT. PHAN. V. Ju-GÈOLINE.

GANGLIONS. zool. On nomme ainsi des renflemens de couleur grisâtre, d'une consistance dure et un peu élastique, d'une nature homogène dans leur coupe, mais dont la texture se manifeste par plusieurs dissolvans chimiques, et qui sont situés sur différens points de la longueur des nerfs. — Cette définition exclut donc les Ganglions de tout le système cérébro-spinal, où ne se trouve jamais aucun tissu semblable. Ce que Gall a nommé Ganglion, dans ce système, ne consiste que dans des amas de matière grise, plus molle précisément et plus pulpeuse que la matière blanche ou fibreuse. Il est bon de dire aussi que ce qu'il a appelé Ganglions dans la moelle épinière n'a qu'une existence nominale. Il a cru que la moelle épinière était renflée à l origine de chaque paire de nerfs, et que le noyau de ce renflement était un amas plus considérable de matière grise qu'il nommait

[page] 145

Ganglion. Rien de tout cela n'existe: la moelle épinière n'est point renflée partiellement à l'origine de chaque paire de nerfs. Cette moelle ne contient pas plus de matière grise dans le segment correspondant à ces origines, que dans leurs intervalles.

Il y a trois sortes de Ganglions: i° des Ganglions intervertébraux. Nous avons le premier reconnu (Recherch. Anat. et Phys. sur le syst. nerveux des Poissons, couronné à l'Institut en 1822) que les nerfs spinaux de ces Animaux n'ont pas de Ganglions, excepté dans quelques espèces, par exemple les Trigles, chez les nerfs excitateurs spéciaux de la sensibilité. Dans tous les Vertébrés, les nerfs excitateurs de la seusibilité tactile (y compris le goût) sont pourvus de Ganglions ordinairement situés dans le trou de sortie du crâne ou de la colonne vertébrale. Pour les paires de nerfs également conducteurs du sentiment et du mouvement, les filets conducteurs du premier et qui sont constamment les supérieurs, passent seuls par le Ganglion. Les nerfs exclusivement conducteurs du mouvement n'ont pas de Ganglion, par exemple, les troisième, quatrième et sixième paires de nerfs, etc., dans les Mammifères. Ces Ganglions ont quelquefois un volume énorme à la cinquième et à la huitième paire chez les Poissons. Dans un Tetrodon Luna, par exemple, pesant une centaine de livres et de prés de deux pieds de diamètre, un seul des deux Ganglions de la huitième paire est à lui seul aussi volumineux que tout le système cérébro-spinal.

2°. Des Ganglions. Il existe d'autres Ganglions bien distincts des précédens par leur position, leur texture plus serrée, l'obscurité plus mystérieuse encore de leurs fonctions, enfin la variabilité de leur existence jusque dans une même espèce, ou au moins dans des espèces voisines: ce sont les Ganglions ophtalmique, sphéno-palatin, nasopalatin, maxillaire, eta Ces Ganglions se trouvent sur le trajet des nerfs, soit des sens, soit du mouvement; mais ils n'existent pas dans l'épaisseur même du nerf; ils lui sont collatéraux, et des filets d'un ou de plusieurs nerfs appartenant même à des paires différentes, viennent s'embrancher sur eux. Ainsi le Ganglion ophtalmique, dans l'Homme et tous les Felis, Canis, etc., reçoit des filets du nerf ophtalmique et du tronc de la troisième paire; et c'est du Ganglion que partent le plus grand nombre des nerfs de l'iris. Dans les Rongeurs, il n'y a plus du tout de Ganglion ophtalmique, non plus que dans aucun Ovipare, même ceux à pupille le plus mobile, par exemple, les différentes espèces de Strix. Nous avons, avec Magendie, en expérimentant les propriétés du système nerveux, examiné les nerfs iridiens des pupilles si mobiles de ces oiseaux, et ce sont de tous les oiseaux ceux où ces nerfs sont à proportion les plus petits. Ils viennent directement de la troisième paire seule qui n'a même pas le petit renflement existant chez tous les Falco. Il n'y a pas la moindre trace de Ganglion sphéno-palatin dans les Chiens, les Chats, les La pins, les Cochons d'Inde, les Ru-minans, les Chevaux, etc., et il n'y a pas l'apparence d'un seul Ganglion de ce second ordre dans aucun Ovipare, où les Ganglions du troisième ordre ne manquent jamais, excepté chez les Chondroptérygiens branchies fixes, où il nous a été impossible d'en découvrir des traces. L'exisience des Ganglions du second ordre se trouve à peu près limitée à l'Homme et aux Singes. Les Ganglions ophtalmique, sphéno-palatin, naso-palatin ne sont donc pas, pour les paires cérébrales de nerfs, ce que les Ganglions du grand sympathique sont pour les paires rachidiennes, ainsi que l?a cru Bailly (Cuvier, Analys. des trav. de l'Académ. des sc., 1803, p. 61), car ces derniers Ganglions sont constans partout ailleurs;les cartilagineux dé jà cités, et ensuite ces trois Ganglions ne devraient donc pas exister sur le

TOME VII. 10

[page] 146

trajet des nerfs de la seule cinquième paire; mais ces Ganglions devraient eue répartis sur chacune des paires cérébrales;

3°. Ganglions du grand sympathique. Ceux-là sont les plus nombreux, car il y en a tout du long de l'épine deux séries pour correspondre à chaque nerf spinal généralement, et en outre il y en a un très-grand nombie sur le trajet des uerfs de ce système, distribués aux organes de la digestion, de la circulation, de la respiration et de la génération. Ces Ganglions manquent absolument aux Cbondroptérygiens à branchies fixes, à ces Squales si voraces et si féroces. Ces Ganglions ne sont donc pas non plus les excitateurs au moins constamment nécessaires des sécrétions biliaires et intestinales, car les Squales et les Raies sont de tous les Animaux ceux quiont le foie le plus volumineux et les sécrétions digesti ves les plus aboudantes. Quoi qu'on en ait dit, ces Ganglions sont insensibles aux excitations mécaniques et chimiaues; en quoi ils diffèrent beaucoup aes Ganglions intervertébraux dont la sensibilité est très-vive.

Ce qu'on nomme cerveau dans tous les Mollusques autres que les Céphalopodes, ressemble beaucoup à ces Ganglions. C'est aussi avec eux que les autres Ganglions épars des Mollusques, y compris les Céphalopodes, paraissent avoir le plus de ressemblance, car tous ces Ganglions fournissant principalement des nerfs aux organes digestifs, respiratoires et génitaux; mais ils paraissent aussi animer les muscles volontaires à qui ils se distribuent. Enfin, dans les Insectes, les Crustacés et les Annelides, il existe aussi une double série de renflemens nerveux, disposés régulièrement par paires, liés entre eux par des rameaux communiquant et fournissant aussi tous les genres d'organes, comme les Ganglions irréguliers des Mollusques.

Des renflemens semblables se retrouvent sur les points de l'anneau en apparence nerveux qui entoure la bouche des Astéries; et c'est à enx qu'aboutissent les filets pris pour des uerfs qui régnent le long de l'axe de chaque rayon. (V. Tieaman, Anat, des Astéries.)

On ne sait encore rien d'exact ni de démontré sur les propriétés de ces deux derniers ordres de Ganglions. On ne possède que quelques inductions négatives contre des nypothèses vagues, arbitrairement conçues et admises k leur sujet. (V. notre Auat. des syst. nerveux et notre article NERF dans ce Diction.) (A. D..NS.)

* GANGUE, BOT. PHAN. Ce nom de pays désigue chez les Nègres du Sénégal une Plante dont on retire une fécule pareille k l'Indigo et qui n'est peut-être qu?une espèce du genre ln-digofèra. (B.)

GANGUE. MiN. Ce nom vient du mot allemand Gang qui veut dire Filon. Il désigne proprement les substances de nature pierreuse qui servent de support ou d'enveloppe aux Minera is dans les filons métallifères; mais il a reçu une acception plus vaste dans la langue des minéralogistes', qui l'appliquent indistinctement à toute substance dans laquelle est engagé le Minéral que l'on considère en particulier. On donnait autrefois aux Gangues des Minéraux le nom de Matrices, expression qui faisait allusion à l'idée que l'on avait alors d'une sorte de fécondation opérée dans les mines par les vapeurs qui les pénétraient, et de leur transmutation les unes dans les autres. La Gangue des Minéraux s'est formée en même temps qu'eux: elle est le plus souvent amorphe, rarement cristallisée. Sa nature diffère ordinairement de celle de la roche environnante; mais quelquefois elle n'est autre chose que cette roche elle-même plus ou moins altérée. Un. même gîte de Minerais renferme ordinairement plusieurs espèces de Gangue: celles qu'on rencontre le plus fréquemment sont: le Quartz, le Calcaire spathique, la Baryte sulfatée, le Spath brunissant et le Spath fluor.

[page] 147

Ou observe aussi, mais plus rarement, le Jaspe, le Silex corné, les Agates, la Wacke, l'Asbeste, le Mica, le Feldspath, la Topaze, la Chaux sulfatée et la Chaux phosphatée. En-fin le Schiste argileux. les diverses Roches conglomérées, les Argiles et terres grasses de toute espèce font également fonction de Gangue dans un grand nombre de gîtes de Minerais.

Dans le langage dès mineurs ou des métallurgistes, la Gangue. est la partie stérile et de non-valeur du Minerai qui Tait l'objet d'une exploitation. Une opération très-importante est celle qui a pour but la séparation de la matière utile de cette matière étrangère et de rebut avec laquelle elle est mélangée et même combinée. Les grillages, la fusion, l'amalgamation, la distillation sont les moyens chimiques que l'on emploie pour obtenir le Métal à l'étal de pureté, lorsqu'il a subi les préparations par lesquelles on le dégage le plus possible tie sa Gangue apparente. Ces préparations consistent à trier le Minerai, à le bocarder, à le laver et le cribler; elles sont d?autant plus nombreuses que les Minerais sont plus disséminés dans leur Gangue. On a remarqué que quelquefois la Gangue facilitait la fusion des Minerais, soit parce qu'elle est par elle-même très-fusible, soit parce qu'elle se combine avec quelque principe étranger au Métal, et contribue parlà à l épurer. Elle s'empare souvent d'une substance métallique qui est unie à celle que l'on veut isoler, et l'entraîne avec elle dans les scories. (G. DEL.)

*GANIAUDE. BOT. PHAN. V. EGA-LADE.

GANIL. MIN. Nom sous lequel Kir-wan a désignà, dans la deuxieme édition de sa Minéralogie, la Dolomie granulaire. V.Dolomie. (AUD.)

GANITRE. Ganilrus. BOT. PHAN. Gaertuer(de Fruct. T.II, p. 271, tab. 138) a substitué ce nom générique à celui d'Elæocarpus employé par Linné et Burmaun, à cause, dit - il, du peu de rapport de ce fruit avec celui de l'Olivier. Ce changement n'a pas été adopté, et le Ganitrus spherica de Gaertner n'est plus qu'un synonyme de l'Elæocarpus serratus, L., cite sàiulement pour la figure du fruit. V. ELæOCARPE. (G..N.)

GARNET. OIS. L'un des noms vulgaires du Goéland brun. (B.)

GANNILLE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de la Ficaire et du Calthc des marais. (B.)

GANSBLUM. BOT. PHAN. (Adanson d'après Gesner.)Syn. de Drave. Ce mol allemand signifie fleur d'Oie et s'applique quelquefois à d'autres Crucifères, tels que l' Alyssum incanum. (B.)

GANSO. OIS. V.OLE.

* GANSO. BOT. CRYPT. (Thunberg.) Le Pteris nervosa au Japon. (B.)

GANT. DE NOTRE-DAME, GAN-TELEE, GANTELLET ou GAN-TILLER. BOT. PHAN. Ces noms vulgaires sont indifféremment donnés à la Digitale pourprée, ainsi qu'aux Campanula Trachelium ou glomerata. (B.)

GANTE, OIS. Syu. vulgaire de la Grue cendrée. V.Grue. (DR..Z.)

GANTELINE. BOT. CRYPT. Diverses Clavaires ramifiées, particulièrement le coralloides et le cinerea, sont ainsi nommées vulgairement. (B.)

GANTS DE NEPTUNE. POLYP. Ce nom a été donné à quelques Eponges par les anciens naturalistes. V. Eponge. (LAM..X.)

GANUS ou GANNUS. MAM. Syn. d'Hyène. V.. CHIEN. (B.)

* GANYMEDES. Ganymedes. BOT. PHAN. Genre de la famille des Amaryl-lidées de Brown etdc l'Hexandrie Monogynie, L., fondé par Salisbury (Trans. Hort. Soc., vol. I, p. 353) et adopté par Haworth (Narcissorum Re-visio, p. 13o) qui l?a ainsi caractérisé: segmens du périanthe réfléchis à la manière des pétales du Cyclamen, au moins deux fois plus longs que la

10*

[page] 148

couronne qui a la forme d'une coupe; ètamines droites, très-inégales; trois des filets sont plus courts que le tube, soudés avec lui jusque près des anthères; les trois autres filets se détachent du tube vers son milieu, mais sont plus courts que la couronne; style plus long que celler-ci, surmonté d'un stigmate à trois lobes, petit et pâle. Ce genre a été formé aux dépens du grand genre Narcissus de Linné, dont il ne devrait être considéré que comme une simple subdivision. Salisbury l'avait composé de deux Plantes cultivées depuis long-temçs dans les jardins et qui sont originaires de Portugal. Ce son ties Narcissus cernuus, Salisb. Prodr.; N. triandrus, Curtis, Bot. Mag., 48, et N. pulchellus, dont Salisbury (loc. cit.) n'a fait que changer le nom générique. Haworth a augmenté ce groupe de quatre Nouvelles espèces qu'il a nommées Ganymedes triantdrus, G. nutans, G. concolor, G. striatulus. Ces espèces sont de3 Plantes herbacées, bulbeuses et très-élégantes. Leurs fleurs, au nombre de deux â sept dans chaque spathe, sont penchées, blanches ou d'un jauné pâle,. et elles exhalent l'odeur la plus suave. (G..N.)

* GAOUR. MAM. V. BOEUF.

GARAGAY. OIS. Et non Gara-guay. Espèce peu connue que l'on place parmi les Milans.V. FAUCON. (DR..Z.)

GARAGIAU, GARAIO. OIS. (Dapper.) Syn. de la Mouette rieuse dansla Cafrerie. (DR..Z.)

GARAGOI. MOLL. Nom donné par Rumph et adopté par Klein (Meth Ostrac., pag. 55) pour distinguer une Coauille qui, d'après cet auteur, ressèmble à un Buccin, lorsqu'on la voit du côté du dos, mais dont la forme de l'ouverture l'en éloigne. Il est fort difficile de juger cette question, puisqu'on ne cite que de mauvaises figures, et vues seulement du côté du dos. (D..H.)

* GARAIS ET GARAS, BOT. PHAN.

Syn. vulgaires de Fusain. V. ce mot. (B.)

GARAMAN. POIS. Et non Gara-mon. Le Trigla pini de Bloch à Nice. (B.)

* GARAMIT. POIS. Espèce du genre Blennie. V. ce mot. (B.)

*GARAN. OIS. Syn. vulgaire de la Grue cendrée. V. GRUE. (DR..Z.)

GARANCE. Rubia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacées, section des Galiées et de la Tétran-drieDigynie, L., qui a donné son nom à toute la famille des Rubiacées et que l'on peut ainsi caractériser: l'ovaire est infère et â deux loges monospermes; le limbe du calice n'est pas marqué; la corolle est monopétale, subcampaniforine, régulière, â quatre ou quelquefois â cinq lobes aigus; le nombre des étamines est éçal â celui des lobes de ia corolle; l o-vaire est surmonté d'un disque épi-gyne et d'un style bifide, dont chaque division est terminée par un stigmate capitulé; le fruit est globuleux, didyme, légèrement charnu en dehors, non couronné â son som met. La graine qui remplit exactement la cavité de la loge qui la contient est recourbée en forme de fer à cheval: elle se compose, outre le tégument propre qui est mince, d'un endo-sperme blanc et corné, contenant un embryon placé dans son centre, et à peu près cylindrique. D'après l'exposé de ces caractères, on voit que le genre Garance a beaucoup d'amnittf avec les genres Galium et Asperula dontildiffère seulement par sa corolle évasée et presque campaniforme, tandis qu'elle est rotacée dans le premier et tubuleuse dans le second, et surtout par son fruit légèrement charnu en dehors.

On compte au moins une vingtaine d'espèces de ce genre. Sur ce nombre environ six ou sept croissent en Europe, particulièrement dans les régions méridionales, une dans l;Amérique septentrionale, une â Téné-riffe, deux dans l'Inde, et le reste dans, les lieux montueux au Chili, au

[page] 149

Pérou et à la Nouvelle-Grenade. Humboldt, Bonpland et Kunth, dans leur magnifique ouvrage intitulé: Nova Genera et Species, etc., en ont décrit six espèces nouvelles, ori-ginaires de ces dernières contrés. Mais de toutes les espèces de ce genre, une seule mérite un véritable intérêt, c'est la GARANCE DES TEINTURIERS, Rubia tuictorum, L., qui est cultivée èn grand dans certaines parties de l'Europe, et dont la racine fournit uu principe colorant, fort employé dans les arts. C'est Une Plante vivace qui croît naturellement dans le midi de la France, en Italie, en Autriche, etc. Sa racine est une souche ou tige rampante, souterraine, horizontale, rameuse, de la grosseur d'une plume à écrire ou de celle du petit doigt. Sèche et telle que le commerce nous la livre, elle ést cylindrique, striée, recouverte d'un épiderme d'un brun rougeâtre qui s enlève assez facilement; son écorce qui a environ une demi-ligne d'épaisseur est d'un ronge très-intense, ainsi que la moelle qui occupe le centre de la racine. Quant à la partie ligneuse, elle est jaunâtre et ne contient pas de principe colorant; les tiges qui naisseut de cette racine sont hautes de trois à quatre pieds, trop faibles pour pouvoir se tenir droites, s'accrochant entre elles et aux corps voisins, au moyen de petits crochets dont elles sont armées. Ces tiges sont carrées et leurs angles très-saillans; les feuilles sont verticillées, sessiles, lancéolées, aiguës, fermes, hérissées de petits crochets; les fleurs sont jaunes, très-petites, formant une sorte de panicule lâche et rameuse à l'extrémité des rameaux:

On cultive la Garance en grand, dans plusieurs provinces de la France: en Alsace, en Normandie, en Languedoc; mais la plus estimée est celle qui vient du Comtat Venaissin, et particulièrement des environs d'Avignon où nous en avons vu des plantations très-considérables. Cette culture exige un terrain substantiel, profond, bien ameubli par des labours profonds, et même par un défonçage de deux pieds qui permet aux racines de s'étendre et de se multiplier. On conçoit que tel doit être le but de la culture de cette Plante. Lorsque le terrain a été bien préparé, on y plante la Garance, soit par le moyen des graines qui, à cause de leur excessive dureté, sont très-long-temps à germer, soit par le moyen d'éclats que l'on détache des vieux pieds, appartenant à d'autres plantations. Il faut environ trois ans pour que la racine de Garance ait acquis le degré de maturité qui lui est convenable. On doit, jusqu'à celte époque, avoir soiu chaque année de biner exactement les garancières, afin de détruire toutes les mauvaises herbes qui pourraient nuire au parfait développement de la Garance. Cette racine, dont le commerce est assez étendu, produit un prindpe colorant qui communique une belle teinte rouge ou rose à la soie, à la laine ou au coton. On se sert surtout de l'Alumine pour fixer et aviver cette couleur.

La racine de Garance a été aussi comptée au nombre des agens de la thérapeutique. Son usage interne donne lieu à un phénomène physiologique extrêmement remarquable. Lorsqu'on en mélange une certaine quantité aux alimens d'un Animal, ses os prennent au bout de quelques jours une teinte rougeâtre analogue celle que la Garance communique aux étoffes de laine ou de soie.' Ce phénomène sera produit d'autant plus promptement que l'Animal sera plus jeune. Les humeurs excrétées, telles quele lait et l'urine, prendront également une teinte rouge. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les autres tissus de l'économie restent étrangers à ce changement. Cependant, chez les Oiseaux, le bec et les écailles qui recouvrent les pâtes participent au phénomène de la coloration. Quelques auteurs assurent que, si l'on suspend pendant un certain temps l'usage de cette substance, la. coloration disparaît.

[page] 150

Les propriétés médicales de la Garance sont peu remarquables: vantée tour à tour contre l'ictère et le rachitis, administrée tantôt comme diurétique et tantôt comme emména-gogue, elle s'est presque constamment montrée infidèle et sans action. Néanmoins sa saveur acerbe doit Jui donner quelque propriété as-tringeute; mais on en a abandonné l'usage. On appelle vulgairement petite Garance les Asperula Cynanchi-ca et tinctoria.V. ASPÉRULE. (A. R.)

GARAS. BOT. PHAN. V. GARAIS.

GARBANZO. BOT. PHAN. Les Espagnols désignent sous ce nom le Ci-cer Arietinum ou Pois-Chiche dont ils font une consommation extraordinaire, et qui est indispensable dans la olla ou pot-au-feu. Depuis les plus pauvres gens des plùs basses classes jusqu'au monarque, nul ne croirait avoir dîné dans la péninsule Ibérique, s'il, n'avait avalé quelques graines d'une Léguroineuse généralement méprisée ailleurs. Le goût pour les Garbanzos est tel Ŵque Charles IV, détrôné et exilé par son fils, ne cessait de regretter que Rome n'en produisît pas, et que la première chose demandée par le roi Ferdinand VII en rentrant dans son royaume fut un plat de Garbanzos.

On appelle Garbancillos le Phaca Betïca. (B.)

GARBOTEAU ET GARBOTIN. POIS. Syn. vulgaire de CyprinusJeses, espèce d' Able. V. ce mot. (B.)

GARCIANA. BOT. PHAN. Le genre décrit sous ce nom par Loureiro n'est, selon Willdenow, que le Phylidrum de Gaertner. Leurs descriptions ne diffèrent en effet qu'en ce que, dans le premier, l'anthère est dite roulée en spirale. V. PHYLIDRE. (G..N.)

GARCIE Garcia. BOT.PHAN.Genre de la famille des Euphorbiacées, et de la Mouœcie Polyandrie, L. Ses fleurs monoïques offrent un calice biparti et des pétales plus allongés, réfléchis, revetus de poils soyeux et dont le nombre varie de sept à onze.

Dans les mâles, des étamines nombreuses à filets libres s'insèrent sur un réceptacle charnu, hémisphérique, couvert de longs poils sur sa surface, et entouré de petites glandes à sa base. Dans les femelles un style court, terminé par un stigmate coloré et trilobé, surmonte un ovaire trigone, porté sur un disque épaiset renfermant trois loges monospermes; le fruit est une capsule à trois coques.

On en connaît une seule espèce: c'est un Arbuste de l'Amérique méridionale, â feuilles alternes, entières, glabres, veinées. Les pédoncules terminaux portent ciuq à six fleurs accompagnées de bractées, une inférieure femelle, les autres mâles. C'est ainsi que nous les avons observées. Suivant Vahl cependant, les mâles seraient portés sur un autre rameau que les femelles. (A. D. J.)

GARCINIE.Garcinia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Guttifères, et de la Dolécandrie Monogynie, L. Ses fleurs sont polygames ou dioïques; leur calice persistant composé de quatre sépales; leur corolle de quatre pétales; leurs étamines nombreuses sont libres ou réunies; le stigmate sessile, divisé en quatre à huit lobes; l'ovaire dans les femelles n'a pas autour de lui de nectaire; le fruit est une baie à quatre ou huit loges contenant une seule graine arillée, à cotylédons épais et soudés. Ce sont aes Ambres à feuilles opposées dont les fruits sont succulens et très-recherchés dans l'Asie, leur patrie. Chois y, dans sa Monographie des Guttifères, en indique neuf espèces qu'il distribue en deux sections caractérisées par les étamines, libres dans lune, monadelplïes ou polyadelphes dans l'autre. A la première appartiennent le Mangoustan, Garcinia Mangostana, le Garcinia Cambogia dont Linné et Jussieu faisaient un genre sous ce nom spécifique, les G. cornea et motrella. Gaertner a figuré (tab. 105 et 106) les fruits de trois de ces espèces. Dans la

[page] 151

seconde section doivent rentrer trois Arbres que nous avons déjà signalés sons le nom de Brindonia (V. ce mot). Elle doit disparaître si ce dernier genre est adopté, et alors il s'enrichirail de deux autres espèces, l'une qui est le Garcinia Cowa de Roxburgh, l'autre, le G. eliiptica de Choisy. (A. D. J.)

GARDE-BOEUF. OIS. Nom que l'Aigrette porte vulgairement cncz les Européens établis en Egypte. V. HéRON. (DR..Z.)

GARDE-BOUTIQUE. OIS. Syn. vulgaire de Martin-Pêcheur. V. ce mot. (DR..Z.)

GARDE-CHARRUE. OIS. Nom que l'ôn donne en quelques endroits au Motteux. V. TRAQUET. (DR..Z.)

GARDENE. Gardenia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Rubiacées et de la Pentandrie Monogynie, L., établi par Ellis (Act. Angl., vol. 51, t. 23), adopté par Linné et ainsi caractérisé: calice persistant, à cinq dents ou à cinq segmens; corolle infundibuliforme dont le tube est souvent plus long que le calice; le limbe étalé ordinairement à cinq lobes obtus; le nombre des lobes peut varier de cinq à neuf selon Kunth; cinq anthères sessiles à l'entrée de la corolle; un seul style et un stigmate bilobés; baie sèche, biloculaire (rarement quadriloculaire), remplie de graines disposées sur deux rangées dans chaque loge. On a placé parmi les Gardènes quelques Plantes qui appartiennent à des genres voisins, ce qui a causé nécessairement un peu de confusion dans la classification d'une famille aussi difficile que celle des Rubiacées. Plusieurs espèces de Gardènes doivent être reportées dans le genre Randia. Celui-ci est même, selon Swartz, congénère du Gardénia, et, en effet, il n'en diffère réellement que par les graines peu nombreuses et le tube moins long de la corolle. Lamarck et Willdenow lui ont également réuni, mais à tort, les Genipa. Une Plante décrite et figurée par Jacquin sous le nom de Mussænda formosa a été rapportée aux Gardènes par Tbunberg, Willdenow et Kunth. Enfin, sous le nom de Rothmannia, Thunberg a fait counaître un genre qui depuis nous a pas paru distinct au Gardenia, quoique Gaertner décrive son fruit comme renfermant des graines non disposées par rangées.

Les espèces de Gardènes dont le nombre est assez considérable, se trouvent répandues dans les climats chauds des deux continens et des îles adjacentes. Ce sont des Arbres ou plutôt des Arbrisseaux, quelquefois munis d'épines opposées et placées au-dessus des aisselles des feuilles. Leurs fleurs, d'une couleur blanche et d'une odeur très-agréable, sont terminales et axillaires, le plus souvent solitaires, quelquefois ternées, sessiles et accoinpaguées de bractées. Dans la grande quantité d'espèces remarquables que renferme ce çenre, nous ne saurious passer sous silence la suivante aui est un des Arbustes les plus agréables que l'on cultive dans es serres européennes.

La GARDÈNE A GRANDES FLEURS, Gardenia florida, L., s'élève à la hauteur d'un à deux mètres: sa tige est rameuse supérieurement où elle porte des feuilles grandes, ovales, atténuées vers les deux extrémités. Ses fleurs sont presque sessiles., solitaires au sommet des branches, d'un blanc tirant sur le jaune, et répandant l'odeur la plus suave. Elle est originaire des Indes-Orientales, et on la cultive comme Plante d'ornement à Amboine et au cap de Bonne-Espérance. Elle croÎt avec tant de vigueur au Japon, qu'on en fait de belles haies vives. La température du midi de la France lui est assez favorable pour qu'on puisse la cultiver en pleine terre, mais à Paris elle exige l'orangerie pendant l'hiver. Comme elle ne fructifie pas chez nous, et que ses fleurs doublent le plus souvent par l'effet d'une culture soignée, on ne peut la multiplier que par boutures. (G..N.)

GARDE-ROBE. BOT. PHAN. Nom

[page] 152

vulgaire de l'Aurone et des Santolines qu'on suppose préserver les vêtemens déposés dans les armoires de la piqûre des larves de Teignes. (B.)

* GARDNERIE. Gardneria. BOT. PHAN. Genre de la Tétrandrie Monogynie, L., établi par le docteur Wallich de Calcutta (in Carey Flora Indica, vol. 1, p. 400; Serampore, 1820) qui le caractérise ainsi: calice infère, persistant, divisé en quatre segmens concaves, orbiculaires et ciliés; corolle non tubuleuse, formée de quatre pétales jaunes, ovales, aigus, alternes avec les segmens du calice, et offrant l'estivation valvaire; quatre étamines dressées, plus courtes que la corolle, ayant leurs filets insérés sur les aneles de séparation des pétales, et simulant un tube par leur cohérence; anthères ovales, aiguës, unies par leurs côtés en un tube ventru et à quatre dents; ovaire parfaitement distinct du calice, petit, à deux loges, chacune renfermant un ovule attaché au centre sur la ligne de séparation, surmonté d'un style court, filiforme, et d'un sigmate aigu; le fruit est une baie écarlate, ronde ou quelquefois déprimée, lisse, couronnée par les débris du style, supportée par le calice, et renfermant des graines solitaires dans chacune des deux loges. Le port de la Plante qui a servi de type à ce nouveau genre, ainsi que la structure de son fruit, le rapprochent beaucoup des Rubiacées, mais la supéritéde l'ovaire s'oppose à ce qu'on le réunisse à cette famille. D'un autre côté, l'adhérence des anthères entre elles, et le défaut presque complet de stipules établissent quelques affinités entre ce genre et les Apocynées dont il diffère à d'autres égards. Ces rapports avec deux familles diverses ont fait embrasser au docteur Wallich l'opinion de R. Brown sur l'établissement d'une nouvelle famille intermédiaire, et qui comprendrait les genres Gaertnera, Lamk., Pagamea, Aublet, etc. V. GAERTNÈRE et GÈNIOSTOME. Le

Gardneria devrait donc être ajouté à ceux indiqués par l'auteur des Observations de la botanique du Congo. Wallich observe que les parties jaunes et tendres de la Plante contiennent un suc jaune et analogue à celui des Guttifères.

Ce genre est dédié à Edw. Gardner, résident à la cour du Rajah du Népaul, qui a enrichi le Jardin botanique de Calcutta d'un grand nombre de Plantes nouvelles. Il ne se compose que d'une seule espèce, Gardneria ovata, Wall., Arbre branchu, dont l'écorce est grise, les feuilles opposées, rapprochées, ovales, lancéolées, pétiolées et acuminées; les fleurs en corymbes axillaires. On le rencontre sur les montagnes du district de Sillet dans le Bengale; il est aussi indigène du Népaul, mais le docteur Wallich ajoute que les individus de ce dernier lieu out des feuilles plus petites et lancéolées; les segmens de ta corolle sont plus velus, les baies plus grosses et le stigmate bifide. Ces différences ne suffiraient-elles point pour constituer une espèce, ou tout au moins une variété remarquable? (G..N.)

GARDON. POIS. V. ABLE.

GARDOQUIE. Gardoquia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Labiées et de la Didynamie Gymnospermie, L., établi par Ruiz et Pavon dans la Flore du Pérou, adopté et augmenté de plusieurs espèces par Kunth qui l'a ainsi caractérisé (in Humb. et Bonpl. Nov. Gen. et Spec II, p. 511): calice tubuleux, à cinq dents ou à cinq segmens, bilabié: corolle beaucoup plus grande que le calice, tubuleuse, dont la gorge est velue, le limbe bilabié; la lèvre supérieure échancrée, l'inférieure trifide, et les lobes presqu'égaux; les quatre étamines écartées. Ce genre se compose de Plantes toutes indigènes du Pérou et de la république Colombienne. Ce sont des Arbrisseaux très-rameux, et répandant une odeur fort pénétrante. Leurs feuilles sont entières, et ils portent des fleurs incarnates ou jau-

[page] 153

nes, axilaires, solitaires, rarement verticillées ou réunies deux et trois à la fois sur le même pédoncule.

Aux cinq espèces décrites dans la Flore du Pérou, Kunth (loc. cit.) en a ajouté dix espèces nouvelles dont aucune n'est figurée dans son bel ouvrage. (G..N.)

* GARENT-OGUEN. BOT. PHAN. (Lafiteau.) Nom de pays du Panax quinquefolium, L. (B.)

GARFUANA. BOT. PHAN. C'est au Brésil le nom vulgaire du Moruetinctorius. (B.)

GARGANON. BOT. PHAN. (Mentzel.) Syn. de Pimpinella Saxifraga. (B.)

* GARICUM. BOT. PHAN. (Daléchamp.) V. GARIQUE.

GARIDELLE. OIS. Syn. vulgaire de Rouge-Gorge.V. SYLVIE. (DR..Z.)

GARIDELLE. Garidella. BOT. PHAN. Tournefort (Instil. Rei herb., 655, tab. 43) dédia ce genre à Garidel qui en a très-bien décrit et figuré la Plante principale dans son Histoire des Plantes des environs d'Aix en Provence. Linné l'a placé dans la Décandrie Trigynie, et il appartient à la famille des Renonculacées, section des Helléborées de De Candolle (Syst. Veget. nat. I, P. 325). Les caractères qui lui sont assignés sont: calice à cinq sépales caducs et à peine pétaloïdes; cinq pétales bilabiés, bifides; dix étamines et quelquefois plus; trois ovaires réunis entre eux, surmontés de styles très-courts; trois capsules (quelquefois deux par l'avortement d'une d'entre elles) polyspermes et si bien soudées qu'elles ne paraissent constituer qu'un seul fruit bi ou triloculaire, à peine surmonté de deux ou trois prolongemens cornus. Ce genre a de grands rapports avec le Nigella, mais il s'en distingue principalement par son calice plus petit, et par le nombre moindre de ses étamines et de ses capsules.

La GARIPELLE NIGELLASTRE, Garidella Nigellastrum, L., a une tige haute de trois à six décimètres, divisée en quelques rameaux droits et presque nue supérieurement; ses feuilles radicales sont longues, ailées et finement découpées; celles de la tige sont écartées et à trois ou cinq découpures linéaires; les fleurs terminales, rougeâtres et solitaires, ont des pétales sessiles et étalés. Cette Plante croît dans les lieux cultivés, parmi les Vignes et les Oliviers de la Provence, et probablement de toutes les côtes orientales de la Méditerranée.

Lamarck (Illust., t. 379, fig. 2) en a fait connaître une seconde espèce sous le nom de Garidella unguiculoris dont les pétales sont dressés, convexes et onguiculés, et quia jusqu'à quarante étamines. Elle croît près d'Alep. (G..N.)

GARIES. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Chêne. (B.)

GARIN. MOLL. Adanson donne ce nom à une espèce de Coquille bivalve qui appartient au genre Plicatule. V. ce mot. (B.)

GARIOTS. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Geum urbanum. V. BENOITE. (B.)

GARIQUE. BOT. CHYPT. Quelques auteurs donnent ce mot comme désignant chez les habitans du Canada un Champignon qui croît sur le Pin, et dont le suc est efficacement employé dans les maux de gorge. Le mot Garique est évidemment une corruption d'Agaricus, latin, ou Garicum, arabe, Agaric, français. Il ne peut être pas plus que Calumet dérivé de Culmus, Chaume, un mot employé par les indigènes du Nouveau-Monde. (B.)

GARLU. OIS. Syn. du Tyran Tictivie. V. GOBE-MOUCHE. (DR..Z.)

GARNOT. MOLL. (Adanson.) Espèce de Coquille du genre Crépidule, V. ce mot. (AUD.)

GARO. BOT. PHAN. Nom de pays proposé par quelques botanistes français

[page] 154

pour designer le geore Aquilaire. V. ce mot. (B.)

GAROSMUM ET GAROSMUS. BOT. PHAN. C'est-à-dire ayant odeur de Poisson. C'est chez Dodœns et d'autres ancieus botanistes, le nom, plus convenable, du Chenopodium Vulvaria, L. (B.)

GAROU ET GAROUTTE. BOT. PHAN. Syn. de Gnidium. V. DAPHNÉ. (B.)

GAROUIL ET GAROUILLET. BOT. PHAN. Syn. vulgaires de Maïs. V. ce mot. (B.)

GAROUILHE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Chêne à Kermès. (B.)

GAROUPE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Cneorumtrieoccum. (B.)

GARRANIER. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Cheiranthus Chius, L. (B.)

GARROFERA. BOT. PHAN. De Ganobo, espagnol, qui lui-méme vient d'Algarmbo, arabe. L'un des noms vulgaires du Caroubier, dans les parties méridionales de la France, ou cet Arbre brave les hivers. (B.)

GARROT, OIS. Espèce du genre Canard. Dans le Règne Animal de Cuvier, les Garrots forment un sous-genre. V. CANARD. (DR..Z.)

GARROUN. OIS. Nom vulgaire du vieux mâle de la Perdrix grise. V. PERDRIX. (DR..Z.)

GARRU. OIS. L'un des synonymes vulgaires du Combattant. V. BéCASSEAU. (DR..Z.)

GARRULUS. OIS. (Aldrovande.) Syn. du Rollier vulgaire. Brisson l'a depuis appliqué au Geai d'Europe. V. ROLLIER et CORBEAU. (DR..Z.)

GARRUS. BOT. PHAN. (Garidel.) Le Houx dans certains cantons de la France méridionale. (B.)

GARS ou GARZ. OIS. Syn. vulgaire d'Oie cendrée. V. CANARD. (DR..Z.)

GARSOTTE. OIS. Syn. vulgaire de Sarcelle d'été. V. CANARD, (DR.Z.)

* GARUGA. BOT. PHAN. Un bel Arbre des Indes-Orientales a été décrit et figuré par Rhéede (Hort. Malab. T. IV, p. 69, tab. 33), sous le nom de Catu-Calesjam. Il est aussi nommé Garuga (que l'on prononce Garougou) par les Telingas; et c'est ce nom que Roxburgh (Co romand. T. III, p. 4, tab. 208) lui a imposé comme générique. Il appartient à la Décandne Monogynie, el il nous semble devoir être placé dans la famille des Térébinthacées. Cependant, ce n'est qu'avec doute que nous indiquons ce rapprochement, ne pouvant nous guider ici que d'après les figures et les descriptions des auteurs ci-dessus mentionnés; mais les caractères et le port de cet Arbre nous empêchent d'établir d'autres affinités. Car il ne faut pas songer à placer cette Plante près des Pomacées, dans le genre Sorbus, ainsi que l'a jadis proposé le commentateur de Rhéede. Dans l'intéressant travail que Kunth vient de publier (Annales, des Sciences naturelles, T. II, p. 333) sur les genres de Térébinthacées, il n'est pas question de ce genre; tandis que le Boswellia, genre décrit par Roxburgh à cété du Garuga, est admis parmi les Burséracées de Kunth, lesquelles sont un démembrement des Térébinthacées. Une seule Plante constituant ce genre, nous allons en donner la description, de laquelle on extraira facilement le caractère générique.

Le GARUGA PINNé, Garuga pinnata, est un Arbre dont le tronc, revêtu d'une écorce lisse et grise, s'élève à une grande hauteur, et se divise en rameaux et ramuscules, à l'extrémité desquels sont placées les feuilles; celles-ci sont pinnées avec impaire, composées de folioles opposées, obliques, lancéolées, crénelées ou dentées en scie; les fleurs jaunes et iuodores, sont disposées en panicules courtes, peu serrées, et naissant des aisselles des feuilles qui paraissent les premières. Elles se composent d'un calice campanulé, à cinq dents; d'une corolle à cinq pétales lancéolés, insé-

[page] 155

res sur le calice, et alternes avec ses divisions; de dix étamines à anthères oblongues et à filets subulés, plus courts que la corolle, insérés sur le calice, et entre lesquels existent cinq nectaires jaunes, glanduleux, et d'un ovaire oval, surmonté d'un style court et d'un stigmate à einq lobes; le fruit est une drupe arrondie, charuue, lisse, renfermant deux ou un plus grand nombre de noyaux placés irrégulièrement dans la pulpe, (G..N.)

GARULéON. Garuleum. BOT. PHAN. Famille des Synanthérées, Corymbifêres de Jussieu, et Syngénésie nécessaire, L. L'Osteospermum pinnatifidum, L'Hérit., ou O. cæruleum, Jacq., a été érigé en un genre particulier par H. Cassini (Bullet, de la Société Philom., novembre 1819) qui l'a nommé Garuleum, et l'a ainsi caractérisé: calathide radiée, dont le disque est composé de fleurs nombreuses, régulières et mâles, et la circonférence de demi-fleurons nombreux, femelles, et ayant la corolle ligulée et tridentée; involucre campanulé, formé d'écailles disposées sur deux rauçs, égales, appliquées, oblongues et aiguës; réceptacle nu et convexe; akènes de la circonférence dépourvus d'aigrettes, à péricarpe sec coriace, mince et muni de cinq côtes. Ce genre ne différe de l' Osteospermum que par la nature du péricarpe, qui est osseux dans les akènes de celui-ci. Cassini signale en outre une différence à laquelle il semble attacher quelque importance; c'est que le Garuleum n'est mâle que par avortement des ovules, tandis quilya non-seulement défaut d'ovules, mais encore absence complète de stigmates dans l'Osteospermum. Les fleurs centrales du Garuleum possèdent, au contraire, deux styles divergens hérissés extérieurement de poils collecteurs et munis sur leur face intérieure de deux bourrelets stigmatiques. L'auteur de ce genre a nommé Garuleumviscosum l'unique espèce dont il se compose jusqu'à présent. C'est un Arbuste du cap de Bonne-Espérance, odorant, rameux, et garni de feuilles glutincuses, alternes et pinnatifides dans la partie supérieure du limbe; les calathides de fleurs jaunes dans le centre avec des rayons blancs, sont disposées en corymbes par tiois ou quatre à la fois, portées sur de longs pédoncules, et accompagnées de bractécs linéaires. On le cultive en le plaçant dans l'orangerie pendant l'hiver, et en ayant soin de lui procurer, autant que possible, de l'air, de la lumière et de l'humidité. (G..N.)

GARYOPHYLLATA. BOT. PUIN. L'un des anciens noms du Geum urbanum, V. Benoîte, et qui est évidemment une corruption de Caryophyllata. Il avait été appliqué par Daléchamp au Saxifraga rotundifolia. (B.)

GARYOPHYLLUM. BOT. PHAN. On a vainement prétendu reconnaître l'Arbuste désigné par Pline sous ce nom, dans quelque Myrte d'Amérique. On s'accorde généralement à y voir le My rtus caryophyllata, originaire de Ceylan. (B.)

GARZ. OIS. V. GARS.

GARZETTE. OIS. Espèce du genre Héron. V. ce mot. On a quelquefois appelé la Sarcelle Garzotte. V. CANARD. (DR..Z.)

GAS, GASH. OIS. Syn. vulgaires de Geai. V. CORBEAU. (DR..Z.)

GASAR. MOLL. (Adanson.) Une variété de l'Ostrea parasitica. V. HUITRE. (B.)

GASELLE ou GAZELLE, MAM. V. ANTILOPE.

GASIOL. BOT. PHAN. (Avicène.) Syn. d'Eupatorium cannabinum ou l'Eupatoired'Avicène. V. EUPATOIRE. (B.)

* GASIPAES. BOT. PHAN. V. GACHIPAES et BACTRIS.

* GASSICOURTIE. Gassicurtia. BOT. CRYPT. (Lichens.) Genre établi par Fée dans son Essai sur la cryptogamie des écorces exotiques officinales, pag. 46, tab. 1, f 19, et dont les caractères sont: thalle mince,

[page] 156

uniforme, étalé; apothécies d'abord sous-ovoïdes, ensuite cupuliformes, privés de lames proligères, sessiles, pressés et nombreux, recouverts pas une membrane fort délicate formée par la croûte, se déchirant en travers, et renfermant des gongyles colorés sous-pulvérulens. La seule et élégante espèce connue de ce genre, dédiée à feu C.-L. Cadet-Gassicourt, pharmacien célèbre, savant des plus spirituels et notre ancien ami, envahit l'épiderme du Quinquina jaune (Cinchona longifolia de la Flore du Pérou) où elle n'est pas rare (V. pl. de ce Dictionnaire.) (B.)

GASTA. POIS. L'un des noms vulgaires de la Sardine. (B.)

GASTAUDELLO. POIS. (Risso.) Le Campérien, espèce d'Esoce du sous-genre Scombrésoce, à Nice, (B.)

* GASTÉRIE. Gasteria. BOT. PHAN. Genre de la famille des Liliacées et de l'Hevandrie Monogynie, L., établi par Duval (Plantes grasses du Jardin d'Alençon, p. 6, 1809) et adopté par Haworth (Synops, Plant. succul., p. 85) qui l'a augmenté de plusieurs espèces et l'a ainsi caractérisé: calice pétaloïde, courbé, dont les divisions se terminent en massue, portant à sa base les étamines; capsules marquées de côtes peu saillantes. Végétaux à peine caulescens, ayant les feuilles linguiformes et les fleurs penchées.

Ce genre, formé aux dépens des Aloës, n'en diffère que par la courbure de son périanthe, de sorte qu'à la rigueur il ne devrait être considéré que comme une section du genre Aloës, ainsi que toutes les autres divisions de celui-ci proposées par Haworth. Dans les douze espèces décrites par Haworth (loc. cit.), six n'étaient que des variétés de l' Aloe Lingua Thunb., selon Curtis, Aiton et Haworth lui-même; les autres étaient des espèces d'Aloës dont la synonymie est fort confuse. En publiant le Supplément de ses Plantes grasses et un autre ouvrage intitulé: Plant. succul. Revisiones (Londres, 1821), Haworth a encore décrit plusieurs autres espèces de ce genre, sans compter celles qu'il ne fait que mentionner, et qu'il dit être cultivées par plusieurs botanistes, et notamment par le prince de Salm-Dyck. Il est à craindre que ces prétendues espèces ne diffèrent entre elles que par des caractères aussi peu tranchés que ceux qui distinguent les genres formés aux dépens du genre Aloës. Dans ce cas l'erreur serait plus grave, car des coupes faites dans un genre pour en faciliter l'étude n'entraînent aucune conséquence fâcheuse pour la classification; ce sont des groupes que chacun est libre de prendre pour des genres ou des sections. de genres; mais les espèces étant données par la nature, il serait très-contraire à la vérité de présenter comme nouvelles espèces des individus qui n'offriraient que des différences accidentelles ou d'une valeur très-faible. (G..N.)

* GASTÉRIPE. Gastcripus. ÉCHIN. Genre de Polypiers établi par Rafinesque (Journ. de Phys., 1819, tab. 89, p. 153) dans l'ordre des Echinodermes pedicellés de Cuvier; ayant le corps cylindrique mou; bouche nue; anus terminal; des branchies en forme de tubercules striés sous le ventre. Le genre Gastéripe n'est encore composé que d'une seule espèce (Gasteripus vittatus) lisse, roussâtre, à deux raies longitudinales brunes; la tête est obtuse, le cou rétréci, et la queue amincie et obtuse. Rafinesque n'indique point l'habitation de cette Holothuridie, de laquelle nous ne parlons que d'après le Journal de Physique que nous avons cru devoir citer textuellement, n'ayant pas sous les yeux l'ouvrage de Rafinesque. (LAM..X.)

GASTÉROMYCES OU GASTÉROMYCIENS. BOT. CRYPT. V. GASTROMYCIENS.

GASTÉROPLÈQUE. Gasteroplecus. POIS. Sous-genre de Saumon. V. ce mot. (B.)

GASTÉROPODES OU GASTROPODES. MOLL. Les nomenclateurs

[page] 157

modernes qui ont fondé les distinctions de premier ordre sur l'organisation des Animaux, ont donné ce nom à tous les Mollusques qui rampent sur le ventre. Comme cet ordre est le plus nombreux en genres, et qu'il a des rapports avec les ordres avoisinans, nous renvoyons à l'article MOLLUSQUE, pour le faire connaître dans tous ses détails et dans tous ses rapports. (D..H.)

GASTÉROSTÉE. Gasterosteus. POIS. Genre de l'ordre des Acanthoptérygiens et de la seconde tribu de ta famille des Soombéroïdes où la première dorsale est divisée en épines. Linné, qui l'établit d'après Artedi, le plaçait enîïe les genres Perche et Soombre dans l'ordre des Thoraciques. Ses caractères sont: point de fusses nageoires derrière la dorsale ou l'anale; cette dorsale aiguillonnée. — Il se compose de petites espèces et se divise de la manière suivante en cinq sous-genres:

†EPINOCHE, Gasterosteus, où les ventrales sont soutenues chacune par une forte épine sans autre rayon; où les os du bassin forment entre eux un bouclier pointu en arrière et remon tant par deux apophyses de chaque côté. Ce sont des Poissons d'eau douce et les moindres par la taille de toutes les espèces de cette grande classe, où, lorsqu'il est des Epinoches qui n'atteiguent guère que trente lignes, il est des Squales, par exemple, qui dépassent trente pieds de longueur.

L'ÉPINOCHE COMMUNE, Rond., Pois, 2, p. 206, Gasterosleus aculeatus, L., Gmel., Syst. Not. XIII, I, pars 3, p. 1323; Bloch., pl. 53, 5; Encycl., pl. 57, fig. 222. la Spinarelle Belon, qu'il ne faut pas confondre de avec le Gasterosteus Spinarella de Gmel., loc. cit., p. 1327, qui est une autre petite espèce indienne et peu connue du même sous-genre. Vulgairement l'Epinarde ou Escharde, si commune dans les eaux tranquilles, dans les ruisseaux, dans les parties des rivières où le cours s'est ralenti, dans les flasques limpides des marais, et jusque dans les bassins de nos jardins, où nous nons sommes convaincus que le frai en pouvait être apporté par les jets d'eau qui d'ordinaire les alimentent. Ce petit Animal pullule tellement qu'en certains lieux les bandes que forme sa progéniture deviennent comme massives; il est des cantons où on les recueille en assez grande quantité pour en exprimer une huile de Poisson et pour en couvrir la terre comme engrais. Sa chair n'est pas bonne, et, fût-elle agréable, on ne rechercherait guère comme aliment une sorte d'Animalcule dont la douzaine fournirait tout au plus, selon l'expression de La Fontaine, une demi-bouchée. Outre la fécondité des Epinoches une autre particularité contribue à en favoriser la propagation, c'est la faculté de vieillir que leur procurent au milieu des eaux les armes dont elles sont munies. En effet, peu d'Animaux voraces en font leur proie; les Poissons carnassiers expérimentés ne s'attaquent jamais à elles; les jeunes Brochets seuls en avalent quelquefois une ou deux, mais n'y reviennent plus s'ils ont le bonheur de survivre à cet essai de gloutonnerie. L'Epinoche, en danger, hérisse les redoutables piquâns aont se composent sa dorsale et ses pectorales, de manière à déchirer l'œsophage qui l'engloutit, et de telles piqûres causent, en général, la mort de l'ennemi. Mais si la faible Epinoche triomphe du vorace Brochet, elle est à son tour la victime de plus petits qu'elle; ce qu'elle ne redoute pas du tyran des eaux, elle l'éprouve de créatures qui ne sont pas même pour elle dans la proportion de sa taille avec celle des grands Poissons qu'elle brave. Un petit Binocle, un Vers intestinal sucent sa peau ou déchirent ses entrailles, et les Canards, qui ont dans la dureté de leur bec les moyens de l'écraser avant de l'avaler, sont les causes de destruction que les Gastérostées ont à redouter. Leurs couleurs, qui sont celles de la souris, de l'argent, de

[page] 158

l'or et du rubis même, jointes à l'élégance de leur forme, rendraient les Epinoches remarquables dans nos bassins, si la petitesse de leur taille ne les faisait presque toujours confondre avec les objets qui les entourent. D. 3-13, P. 10, V. 1-2, A. 1, C. 12.

L'ÉPINOCHETTE, Gasterosteus pungitius, L., Gmel., loc. cit., 1326; Bloch, pl. 53, fig. 4; l'Epinoche de l'Encycl., p. 57, f. 225. Encore plus petit que le précédent. Ce Poisson habite les rivières d'où il descend jusque dans la mer. Il vit également en troupes nombreuses, et n'est absolument d'aucun usage. Neuf ou dix aiguillons sur le dos le caractérisent. D. 10, P. 10, V. 1, A. 11, C. 13.

Mitchill a décrit deux nouvelles espèces de ce sous-genre dans son Histoire des Poissons de New-Yorck: Gasterosieus biaculeatus, tab. 1, fig. 10, ct Gasterosteus quadratus, tab. 1, fig. 11.

†† GASTRÉ, Spinachia. Ligne latérale armée comme dans les Caranx; les ventrales placées eu arrière des pectorales avec une petite membrane et un rayon outre l'épine. Le corps est allongé et les épines dorsales nombreuses.

La SPINACHE, Gasterosteus Spinachia, L., Gmel., loc. cit., p. 1327; Bloch, pl. 53, fig. 1; Encycl., pl. 57, fig. 226. Ce Poisson, qui atteint six poules de longueur et qui a le corps fort allongé, ne fréquente point les eaux douces; il se trouve en quantité dans les mers du Nord où les pécheurs l'attirent à la cote au moyen de feux. On n'en mange point la chair, mais on en fait de l'huile, et l'on s'en sert encore pour fumer les champs sur les rivages de la Baltique, D. 13, 6–7, P. 10, V. 2, A. 6–7, C. 12.

††† CENTRONOTE, Centronotus. Les ventrales ayant plusieurs rayons qui sont mous; les côtes de la queue saillans en carène comme dans les Scombres; l'anale, plus courte que la dorsale, ayant en avant de très-petites épines libres.

LePILOTE, Gasterosteus Ductor, L., Gmel., loc. cit., p. 1324; Bloch, pl. 338; Encycl. Pois., pl. 57, fig. 225. Par sa taille, sa forme et ses couleurs, ce Poisson est l'intermédiaire des petites espèces de Scombres et des grandes Gastérostées; dans l'eau et nageant avec rapidité, on dirait, aux bandes brunâtres qui diaprent en raies brunes l'azur foncé de son dos, et aux reflets d'argent poli dont brillent ses parties inférieures, le Maquereau si brillant dans la mer par des nuances dont le Poisson mort offre à peine les indices. Il est cependant des Pilotes plus petits et plus gris qui, à la surface des mers, ne rappellent que la Perche de nos eaux douces.—L'habitude qu'ont ces Poissons de voyager comme de concert avec les Requins et autres grands Carnassiers de l'Océan, leur donna, dès le temps des premières grandes navigations, une certaine célébrité, et sembla mériter au pilote le nom par lequel on le désigne. En effet, l'apparition d'un ou de plusieurs de ces Poissons annonce de près celle d'un ou plusieurs Requins. On dirait que de tels Animaux ont fait un pacte pour ne se point quitter, et nous avons cru remarquer un rapport proportionnel constant entre la taille des individus associés d'espèces si différentes. Les petits Pilotes précè lent les petits Requins, les grands voyagent avec les grands; vieilliraientils ensemble? Les écrivains qui ont cherché, à la maniere de Pline, si pompeusement imitée par le comte de Buffon, à retrouver dans les Bêtes les penchans de l'Homme et jusqu'à des traces de nos mœurs, ont imaginé avec les matelots, ou plutôt admirativement répété d'après le grossier témoignage de ces gens de mer, que le Requin était myope, qu'il ne pouvait que très-difficilement se servir de sa vaste gueule, et que, malgré la force de ses armes, mourrait de faim dans l'élément ou s'exerce sa tyrannie, si le Pilote ne servait de ministre à sa puissance. Partout ou l'on trouve un pouvoir sanguinaire dans la nature, on a cru devoir chercher des a gens de ce

[page] 159

pouvoir, des êtres qui, de concert avec lui, poursuivaient la faiblesse et l'innocence; et le Pilote fut le li'mier du Requin, comme les Chiens sont ceux au chasseur, comme les espions sont ceux de la police. On ajoutait que le Requin, reconnaissant de l'empressement avec lequel son Pilote l'aidait à faire le mal, abandonnait à cet agent des parcelles de tonte proie qu'il lui avait procurée, et que celui-ci poussait le dévouement jusquà nettoyer les dents de son maître. De telles niaiseries déshonorent les ouvrages dans lesquels on les reproduit sérieusement; ou doit les laisser à Pline ainsi qu'à ses imitateurs, qui ne parviendront jamais, quelle que soit l'autorité de leur style, à les introduire dans une science dont la vérité seule doit être la base et la philosophie une sévère régulatrice. Il n'est de vrai, dans tous les contes qu'on a débités sur les Pilotes et sur leuis Requins, que l'habitude ou sont les premiers de suivre ou plutôt de précéder les seconds. Les Pilotes ne sont ni des conducteurs, ni des limiers, ni même des curedents de Requins; ils sont les coinmeusaux et les parasites de ces dominateurs; semblables eu cela aux Oiseaux voleurs qui viennent dans nos champs et dans nos villes enlever ce qu'ils peuvent de nos récoltes, aux Rats qui s'introduisent dans nos demeures pour s'y nourrir de ce qu'ils nous peuvent déroher, aux faméliques enfin que le riche tolère à sa table pour eu consommer le superflu. Et le Pilote n'est pas le seul companion du Requin que la Rémore escorte aussi; l'un et l'autre viennent certainement, sans y être priés, s'associer aux repas sanglans, des reliefs ou des miettes desquels, s'il est permis d'employer cette image, la Rémore et le Pilote ont l'instinct de profiter. — Le Pilote, habite indifféremment la Méditerranée et l'Océan dans lequel on ne le trouve guère au-de, sus da quarantième degré nord; c'est à l'ouest des Açores que nous en avons le plus rencontré. La chair de ceux que nous avons péchés nous a paru médiocre, B. 7, D. 3–30, 4–97, P. 18, 20, V. 5, 6, A. 16, 17, C. 16, 26.

Le Gasterosteus Acanthias, Gmel., loc. cit., p. 1328, de Pontopidan, Poisson des mers de Danemark, la Crevale, ou Carolinian, G. Carolinus, le Gasterosteus niger de Bloch, pl. 337, qui atteint dix pieds de longueur, le Rudwer-perh de Mitchill dans son Histoire des Poissons de New-Yorck, sont encore des espèces du sous-genre Centronote, formé par Lacépède qui l'avait élevé au rang des genres.

†††† LICHE, Lichia. Les espèces de ce sous-genre ont, comme les Centronotes, des ventrales munies de quelques rayons; mais leur ligne latérale n'a ni carène ni armure; audevant de leur anale, sont une ou deux épines libres; leur corps est généralement plus haut et plus comprimé qu'aux précédensi souvent la première des épines de leur dos est couchée en avant et immobile; leur estomac est un sac large; ils ont beaucoup de cœcums. On voit encore dans quelques espèces des divisions à la dorsale et à l'auale, comme dans les Scombres. M. de Lacépède les nomme Scombéroïdes.

Les espèces de ce sous-genre sont le Scomber saliens, Blochi, pl. 335, Lac., Pois. T. II, pl. 19, fig. 2; le Scomber aculeatus de oloch (pl. 356, fig. 1), que cet auteur confond mal à propos avec la Liche de la Méditerranée; le Scombéroïde Commersônien, Lac., Pois, II, pl. 20, fig. 3; Scomber Forsteri de Schneider, dont nous avons donné une figure d'après Milius, qui a péché ce Poisson jusque dans les mers de la Nouvelle-Hollande (V. planches de ce Dictionnaire); le Scomber Lysan de Forskahl, le Taloo-parah des Russes; la Licne de la, Méditerranée, vulgairement Derbis, Lampuge, etc., qui n'a point comme les précédens les nageoires divisées, qui est le Scomber Amia de Bloch (éd. de Schneider, 34); mais qui pourrait bien ne pas être le Poisson désigné sons ce nom par Linné, celui-ci rap-

[page] 160

portant à son Amia des synonymes et es figures convenant à diverses espèces; le Scomber Calcar, Bloch., pl. 336, f. 2, et le Scomber Saurus de Brown, Gasterosteus occidentalis, L.

Les TRACHINOTES de Lacépède ne diffèrent des Liches que par les pointes plus prolongées de leur dorsale et de leur anale; ce sont les Scomber falcatus de Forskahl, auxquels il faut joindre les Acanthinions de Lacépède, c'est-à-dire les Chætodon rhomboïdes et glaucusdes de Bloch, pl. 209 et 210; ce sont encore les deux Cœ-siomores de Lacépède, savoir, le C. Baillon (T. III, pl. 3, fig. 2) qui est un double emploi du Caranx glauque de cet auteur, et le G. Bloch (ibid., fig. 2). V. Cnvier, Règne Animal, T. 11, p. 321.

††††† CILIAIRE, Blepharis, Cuv., Règn. Anim. T. 11, p. 322. Le Zeus ciliaris de Bloch, pl. 191. Gmel., loc. cit., p. 1223, des mers d'Orient, est le Poisson aui a servi de type à ce sous-genre dont les caractères consistent daus le corps plus élevé qu'il ne l'est dans les Liches, et conformé en rhombe parfait de manière que l'angle supérieur et l'inférieur répondent au commencement de la deuxième dorsale et de l'anale; les épines dorsales sont très-courtes, mais les premiers rayons mous, ainsi que ceux de l'anale, sallongent en filamens qui surpassent la longueur du corps; ils ont d'ailleurs de petites épines libres avant l'anus, et leurs seules écailles sensibles forment une petite carène sur la fin de la ligne latérale. (B.)

* GASTERUPTION. INS. Latreille avait établi, sous ce nom (Précis des oaractères génériques des Insectes, p. 113) un genre dans l'ordre des Hyménoptères, et voisin des Ichneumons. Fabricius l'a remplacé par celui de Fœne. V. ce mot. (AUD.)

GASTONIE. Gastonia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Araliacées et de la Dodécandrie Polygynie, L., établi par Gommerson pour un Arbre originaire de l'Ile de Mascareigne, où il porte le nom, vul- gaire de Bois d'Eponge. Ce genre peut être ainsi caractérisé: l'ovaire est infère, surmonté par le limbe du calice qui est persistant, et forme un rebord entier et sinueux. Le nombre des loges est extrêmement variable, non-seulement dans les diverses espèces, mais aussi dans les différens individus de la même espèce. Le plus souvent on en compte dix ou douze, quelquefois cinq seulement. Chaque loge contient toujours un seul ovule; les styles sont au nombre de cinq, de dix ou de douze; ils sont chacun terminés par un petit stigmate capitulé; les pétales sont sessiles, caduques; tantôt on en compte cinq seulement, tantôt dix, douze ou même quinze. La même observation s'applique aux étamines dont le nombre est généralement le même que celui des pétales, et qui sont, comme ces derniers, insérées sur l'ovaire en dedans du rebord calicinal et en dehors d'un disque épigyne. Le fruit est une baie pisiforme, globuleuse, évasée vers son sommet qui est couronné par le limbe du calice. Elle contient de cinq à douze graines, sulvant le nombre des loges de l'ovaire; les fleurs sont petites, verdâtres, odorantes, disposées en grappes rameuses, qui se composent d'un très-grand nombre de petites ombellules, dont les pédoncules sont articulés et caduques. En le dédiant à la mémoire de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, et fondateur du Jardin botanique de Blois, Commerson ne s'était pas souvenu que Linné avait établi le genre Borbonia en l'honneur du même personnage; et comme l'usage d'imposer deux noms ayant la même étymologie n'est pas reçu en botanique, il serait peur-être convenable de remplacer par un nouveau mot celui de Gastonia si le temps ne l'eût consacré. Jusqu'à présent on ne connaissait qu'une seule espèce de ce genre, Gastoniaspongiosa, Lamk., qui croît aux Iles deFrance et de Mascareigne. Mais le magnifique herbier de Benjamin Delessert en renferme plusieurs nouvelles qui ont été rapportées de

[page] 161

l'Ile de France par un jeune naturaliste plein de zèle et de connaissance, nommé Néraud. Ces espèces seront décrites dans la Flore des îles de France et de Mascareigne, à laquelle nous travaillons depuis long-temps, sous les auspices de ce protecteur éclairé des sciences naturelles. Ces diverses espèces se ressemblent autant par le port que par l'organisation. Les créoles les confondent sous le nom général de Mapou ou Bois d'Eponge. Ce qui les rend très-remarquables et leur donne une physionomie toute particulière, c'est surtout l'obésité de leurs formes, indice certain de leur mollesse et de leur fragilité. Une écorce bien lisse, d'un gris cendré, que traversent de gros vaisseaux pleins de gomme-résine, recouvre le corps ligneux; celui-ci est tellement mou, qu'une lame de couteau s'y enfonce tout entière par le moindre effort. Au centre se trouve un canal médullaire, d'un diamètre considérable et pénétré comme l'écorce de vaisseaux gummifères. Les rameaux sont chargés des cicatrices qu'y ont laissées les anciennes feuilles après leur chute; à leur sommet ils se renflent et s'épaississent comme dans les Terminalia. Les feuilles imparipinnéessont, en naissant, chargées d une gomme-résine odoriférante. Quand elles sont bien développées, elles forment alors un bouquet que l'élasticité de leurs supports permet de céder aux plus légères agitations de l'air. Immédiatement au-dessous de ce faisceau, naissent les fleurs vers les mois de septembre et d'octobre; elles se font plutôt remarquer par leur grand nombre que par l'éclat de leurs couleurs; elles se distinguent aussi par l'odeur suave d'Aneélique qu'elles exhalent. Leurs pétales, appliqués bord à bord dans le bouton, restent quelquefois ainsi soudés et tombent tous ensemble. Le plus souvent ils s'étalent, se renversent et ne durent pas plus d'un jour. Ils sont sessiles, épais et légèrement charnus. Les styles, d'abord réunis, finissent par se renver- ser. Les fruits sont des baies bleuâtres, presque sèches. (A. R.)

* GASTORCHIS. BOT. PHAN. Dénomination générique proposée par Du Petit-Thouars (Histoire des Orchidées des îles australes d'Afrique) pour deux Plantes qu'il a figurée (loc. cit., tab. 31 et 32) sous les noms de Tuberogastris et de Villosogastris, et pour lesquelles il cite comme synonymes les noms de Limodorum tuberculosum et Limodorum villosum. Néanmoins dans le premier tableau des genres de l'ouvrage cité, l'auteur dit que le Gastorchis correspond au genre Epipactis de Swartz; mais nous avons lieu de penser qu'il doit former un genre particulier; ses caractères sont: périanthe à six segmens dont les trois supérieurs dressés et oblongslancéolés; les inférieurs latéraux étalés ou réfléchis; le labelle ventru, ployé en forme d'auge, dont le limbe est peu développé et frangé; l'éperon nul ou réduit à un simple renflement basilaire; anthère à deux loges recouvertes par un opercule pédiculé et renfermant plusieurs globules distincts dans chaque loge. Ce genre est placé par son auteur dans la seconde section, c'est-à-dire celle des Helléborines, et il se compose de Plantes qui croissent immédiatement sur le sol. (G..N.)

GASTRÉ. Spinachia. POIS. Sous-genre de Gastérostée. V. ce mot. (B.)

GASTRIDIE. Gastridium. BOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Genre établi par Lyngbye dans son Hydrophytologie du Danemarck, et classé par lui dans sa deuxième section, celle des Soleniata ou Plantes marines tubuleuses. Il offre pour caractères: fronde cylindrique, tubuleuse, continue, rameuse ou simple, gélatineuse, quelquefois avec des contractions qui la font paraître comme articulée; fructifications, graines nues, plongées dans la substance des petites ramifilcations. L'autenr danois divise ce genre en deux sections. La première renferme les Hydrophytes a fronde rameuse; la deuxième celles dont la

TOME VII. 11

[page] 162

fronde est simple. Des espèces très-disparates se trouvent réunies dans l'une comme dans l'autre, et quelques-unes mauquent des caractères que Lyngbye leur attribue. Passonsles rapidement en revue afin de détruire les erreurs d'un botaniste dont on est porté à adopter les divisions sur sa seule réputation: plus cette réputation est méritée, plus il est nécessaire de faire connaitre les erreurs que le défaut de moyens, trop de précipitation ou d'autres causes ont pu faire commettre.

Le Gastridium filiforme présente cinq variétés; c'est bien la Plante que nous avons nommée Dumontia incrassata; sa fructification est toujours capsulaire et anthospermique. D'après la description et la figure du Gastridium purpurascens, nous le regardons comme le Fucus dasyphyllus de Turner, Gigartina dasyphylla, espèce à fionde pleine, offrant fréquemment la double fructification. Il en est de même des deux espèces suivantes, les Gast. clavellosum et kaliforme dont la fructification tuberculeuse est très-fréquente, caractère éminemment différent de celui que Lyngbye attribue à son genre Gastridium. La cinquième espèce désignée sous le nom d'Opuntia est le même que l'Asperococcus bullosus, qui varie depuis l'ovale subglobuleux jusqu'à la forme subulée, et qui paraît se trouver dans toutes les mers. Les Gastridium lubricum et cylindricum appartiennent aux Rivulaires de Roth, et la huitième, le G. ovale, a tous les caractères d'une Alcyonidiée. Ainsi le genre Gastridium de Lyngbye se trouve composé d'une Dumontie, de trois Gigartines, d'une Aspérocoque, de deux Rivulaires, et d'une Alcyonidiée, selon l'acception que nous donnons à ces mots. Peuton adopter un genre qui renferme des êtres si différens sous les rapports de l'organisation, de la fructification et des couleurs? (LAMI.X.)

GASTRIDIUM. BOT. PHAN. Pali- sot-Beauvois (Agrostographie, p. 21) a établi ce genre pour une Plante de la famille des Graminées et de la Triandrie Digynie, L., que Linné plaçait dans son genre Milium et dont Willdenow, Persoon et De Candolle avaient fait une espèce d'Agrostis Voici ses caractères: valves de la lépicène (glumes, Palisot-Beauvois) renflées à la base, trois fois plus longues que les glumes (paillettes, Palisot-Beauvois), lesquelles sont durcies et d'une consistance coriace; glume inférieure à trois ou quatie dents, munies d'une petite soie près du sommet; glume supérieure bifide; style court bipartite; stigmates velus. L'inflorescence est une panicule composée et resserrée contre l'axe en forme d'épi. La seule espèce indiquée par l'auteur de ce genre est le Gastridium lendigerum ou Milium lendigerum, L.; Plante indigène des contrées méridionales de l'Europe. On la retrouve aux environs de Paris, mais elle y est très-rare. (G..N.)

GASTROBRANCHE, POIS. V. MYXINE.

GASTROCHÈNE. Gastrochæna. MOLL. Spengler avait créé ce genre (Nova Acta Danica, T. 11) pour des Mollusques conchifères, qui jouissent de la propriété de se revêtir d'un tube plus ou moins complet, soit libre, soit revêtant l'intérieur de loges creusées dans les Pierres ou les Madrépores. Ce genre était resté oublié, et, dans l'intervalle, Bruguière avait fait de son côté le genre Fistulane, dans lequel il rassemblait des coquillages analogues.

Lamarck adopta le genre de Bruguière; mais fit sentir dans les Annales, qu'on serait obligé de le réformer; c'est ce qu'il fit d'abord dans l'Extrait du Cours de 1811, et bien plus complètement encore dans son grand ouvrage, les Animaux sans vertèbres, T. V. Il y créa la famille des Tubicolées, ou le genre Fistulane et les déinembremens, Clavagelle, Térédine cloisonnaires, vinrent naturellement se ranger avec les

[page] 163

Arrosoirs et les Tarets. Dans l'intervallc qui sépara la publication de ces deux ouvrages du célèbre auteur de la Philosophic zoologique, Cuvier donna aux sciences naturelles son Règne Animal. C'est là que le genre de Spengler est rapporté; mais Cuvier ne parle pas des tubes que Spengler a considérés comme parties essentielles de scs Gastrochènes; il ne cite que la seule figure de cet aateur, qui ne représente pas le tube où est renfermée la coquille. Au reste, le tube n'était point connu de Spengler, qui n'avait mis cette espèce dans son genre que par analogie. C'est ainsi qu'en rapportant au genre de Spengler des Coquilles sans tube, et en admettant d'un autre côté le genre Fistulane de Bruguière qui lui est analogue, Cuvier a donné lieu à un double emploi, reproduit par les conchyliologues français qui ont parlé du genre après lui. Lamarck, dans sa manière ae voir, a dû. séparer d'après cela les Gastrochenes dc la famille des Tubicolées, et les rapprocher des Pholades, d'abord à cause de la disposition du manteau et du pied qui est analogue, ainsi que par a forme générale de la Coquille.

Depuis la publication de ces divers travaux, Turton, dàus sa Conchyliologie Britannique, a retrouvé sur les côtes d'Angleterre le Gastrochène cunéiforme, et il l'a constamment trouvé pourvu d'un tube plus ou moins complet; il dit même que ce tube fait saillie hors du rocher, et qu'il s'aperçoit dans les fentes. Nous avons également observé la même espèce dans une masse madréporique, et nous l'avons aussi trouvée munie d'un long tube, adhérent aux parois de la cavité qui la renfermait. Nous avons conclu de ces observations et de beaucoup d'autres, que nous avons multipliéesà dessein surles Fistulanes fossiles des environs de Paris, et notamment sur celles de Valmondois, que le genre Gastrochène devait se confondre jusqu'à nouvel ordre parmi les Fistulanes, puisque les Coquilles qu'il renferme sont pourvues d'un tube comme celles-ci, et qu'elles ont d'ailleurs une forme absolument analogue. V. F18TULANE. Si ensuite, dans ce dernier genre, il faut faire un démembrement lorsque les Animaux seront connus, ce sera sans doute avec les espèces à tube droit, dont les valves sont minces et étroites, semblables à la Fistulana clava. (D..H.)

* GASTRODE. Gastrodus. INS, Megerle désigne sous ce nom une des coupes nombreuses établies aux dépens des Charansons. Nous ne connaissons pas les caractères de ce genre, il avoisine les Pachygastrcs de Germar, et renferme des espèces propres à l'Italie, à l'Espagne, à l'Autriche, à la Styrie et au Brésil. Dejean (Catal. des Colāopt., p. 90) adopte ce nouvenu genre et en mentionne sept espèces. (AUD.)

GASTRODIE. Gastrodi. BOT. PHAN. Genre de la famille des Orchidées et de la Gynandrie Monogynie, établi par R. Brown (Prodr. Flor. Nov.-Holland, p. 330) qui lui a donné pour caractères: un périanthe monophylle, tubuleux, divisé en cinq lobes; labelle libre, onguiculé, appuyé sur la colonne (gynostème); celle-ci est longue, creuse à son sommet, épaisse en devant et à la base où est situé le stigmate; anthère terminale mobile, caduque, à lobules rapprochés; masses polliniques formées de particules anguleuses, un peu grandes, adhérentes entre elles avec une sorte d'élasticité. D'après son auteur, ce genre a la plus grande affinité avec I'E-pipogium, surtout par la caducité de son anthère, par ses masses polliniques, et la situation de son stigmate La seule espèce qu'il renferme, Gasirodia sesamoides, Brown, croît au port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande. C'est une Plante herbacée, parasite sur les racines des Arbres. Sa raciue est charnue, rameuse, articulée; sa hampe porte des gaînes alternes, courtes, et des fleurs blanchâtres ou jauuâtres, disposées en

11*

[page] 164

grappes, et ayant un peu l'apparence de celles du Sesamum. (G..N.)

GASTROLOBIUM. BOT. PHAN. Genre de la famille des Légumineuses et de la Déeandrie Monogynie, établi par R. Brown (in Hort. Kew. 2° édit. vol. 3, p. 16) qui l'a caractérisé ainsi: calice quinquéfide, bilobé et sans bractées; corolle papilionacée, dont les pétales sont à peu près égaux entre eux; ovaire disperme, pédicellé, surmonté d'un style subulé ascendant, et d'un stigmate simple; légume renflé contenant des graines munies d'appendices calleux autour de l'ombilic. Ce genre, qui est voisin du Pultenæa de Smith, se compose d'une seule espèce, Gastrolobium bilobum, Plante indigène de la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande. On la cultive en Angleterre depuis 1803. Ses feuilles sont assez grandes, soyeuses en dessous, tronquées au sommet et ayant une petite pointe entre les lobes; le pédicelle des légumes est.de la grandeur du tube calicinal. (G..N.)

GASTROMYCIENS. Gastromyci et Gastervmyci. BOT. CRYPT (Lycoperdacées.) Willdenow établit sous ce nom un groupe de genres dans la famille des Champignons, qui a été adopté et développé par Link et Nées d'Esenbeck (Syst. 2, p. 27). V. LYCOPERDACÉES. (G..N.)

GASTROPACHA. INS. Genre établi par Germar aux dépens des Bombyees et comprenant ceux dc ces In sectes qui ont des palpes avancés en forme de bee et des ailes dentelées. La couleur de leurs ailes les fait ressembler à des feuilles mortes: aussi plusieurs espèces ont-elles reçu les noms de Quercifolia, Populifolia, Betulifolia, llicifolia, etc. V. BOMBYCE. (AUD.)

GASTROPLACE. Gatroplux. MOLL. En 1811, Lamarck créa pour la Patella umbellata, vulgairement le Parasol chinois, le genre Ombrelle dont on ne connaissait pas alors l'Animal. Blainville l'ayant vu le premier dans le Muséum britannique, le fit connaître sous le nom de Gastroplax. Ce sera à l'article OMBRELLE que nous donnerons quelques détails, et sur l'Animal et sur sa coquille. (D..H.)

GASTROPODES, MOLL.V. GASTÉROPODES.

GATALES. BOT. PHAN. (Dioscoride.) Syn. d'Astragale.V. ce mot. (B.)

GATAN. MOLL. C'est ainsi qu'A-danson (Voy. au Sénég., pag. 233, pl. 17) a nommé une des Coquilles bivalves, qu'il plaçait dens son genre Came, que Linné a désignée sous le nom de Solen vesperlinus, et dont Lamarck a fait la Psammobie vespertinale, Psammobia vespertina. (D..H.)

GATANGIER. POIS Le Sauale Roussette dans divers ports ae la France méditerranéenne, particulièrement à Marseille. (b.)

GATEAU, INS. C'est le nom sous lequel on désigne l'assemblage des cellules des Abeilles ou des Guêpes; les premières construisent deux rangs de loges qui se touchent par leur fond, et les secondes n'en font qu'une rangée, V. ABEILLE, CIRE et GUêPE. (AUD.)

GATEAU FEUILLETÉ. MOLL. Nom vulgaire et marchand du Chaama Lezarus, L. (B.)

GATEAUX. ÉCHIN. Desbois, dans sa traduction de Klein, nomme Gâteaux ou Placentæla quatrième section de sa classe des Oursins Catocystes divisée en trois genres qu'il appelle Mellitas, Lagana, Ro-tulas. V. ccs mots. (LAM..X.)

GATEAUXDELOUP. BOT. CRYPT. Nom vulgaire de quelques espèces de Champignons du genre Bolet. (AUD.)

* GATE-BOIS. INS. Espèce du genre Cossus. V. ce mot. (B.)

GATERIN. POIS. Espèce, des mers d'Arabie, du genre Holoceutre. V. ce mot. (B.)

GATIFE. BOT. PHAN. (Forskahl.) Syn. arabe de l'OEillet d'Inde. De-lile écrit Quatifeh. (AUD.)

[page] 165

GATILIER OU GATTILIER. BOT. PHAN. Vieux noms français proposés par quelques botanistes pour désigner le genre Vitex. V. ce mot. (B.)

GATTAIR. OIS. (Forskahl.) Espèce du genre Canard. V. ce mot. (DR..Z.)

GATTE. POIS. L'un des noms vulgaires du Clupea fallax ou Feinte. V. CLUPE. (B.)

GATTENHOFFIA. BOT. PHAN. Genre proposé par Necker (Elem. Bot. 1, p. 59) et formé aux dépens du Calendula de Linné. Le seul caractère qui le distinguerait de celui-ci serait d'avoir tous ses akènes fertiles et nus au sommet. Ce genre ne paraît pas avoir élé adopté, du moins sous lenom proposé par son auteur. (G..N.)

GATTILIER. BOT. PHAN. V. VITEX.

GATTILIERS. BOT. PHAN. V. VERBÉNACÉES.

GATTORUGTNE. POIS.Espèce du genre Blennie. V. ce mot. (B.)

*GATYONE. Gatyona.BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées, Chicoracées de Jussieu, et de la Syngénésie égale, L., établi par H. Cassini (Bullet. de la Sociét. Philom., novemb. 1818) qui l'a placé dans la tribu des Lactucées, et lui a assigné les caractères suivans: calathide sans rayons, composée de demi-fleurons nombreux et hermaphrodites; involucre formé de folioles linéaires, égales, sur un seul rang, et accompagnées à leur base d'autres petites folioles subulées; réceptacle plane et alvéolé; akènes du centre cylindracés, terminés en un col court, striés transversalement; ceux de la circonférence lisses et munis d'une aile membraneuse sur leur face interne; les uns et les autres sont surmontés d'aigrettes légèrement plumeuses. Ce genre est voisin, dit son àuteur, des genres Crépis, Barckhausia et Picris. Nous en sommes bien convaincus, et nous ajouterons même que malgré ses akènes légèrement atténués en col (caractère des Barckhausies) et ses aigrettes plumeuses, nous le regardons encore comme congénère des Crépis, siïest constant toutefois que la Gatyona globulifere, Cass., soit bien le vrai Crépis Dioscoridis, L., ainsi que Vahl l'a assuré au profésseur Desfontaines. La Plante en question a trop d'affinité avec les autres espèces de Crépis, pour qu'on doive l'en éloigner, d'apres les légères différences qu'offrent certains caractères dont on ne connaît pas exactement la valeur. Cétte Plante a été figurée dans les Icônes. Plant. rarior. Gall., tab. 18, du professeur De Candolle, et elle est cultivée au Jardin des Plantes de Paris, sous le nom de Picris globulifera. (G..N.)

GAUCHE-FER. BOT. PHAN. (Garidel.) Syn. de Calendula atvensis. V. SOUCI. (B.)

GAUCHI. MAM. V. LOUTRE.

GAUDE. BOT. PHAN. Espèce de Réséda, Reseda Luteola, dont on fait un grand usage dans la teinture. (B.)

* GAUDICHAUDIE. Gaudichaudia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Malpighiacées, et de la Pentandrie Monogynie, L., dédié par Kunth à Gaudichaud, botaniste de l'expédition du capitaine Freycinet autour du monde, qui a recueilli et décrit un grand nombre de Végétaux, de la publication desquels il s'occupe en ce moment même, dans la Relation du voyage de l'Uranie. Kunth avait établi le caractère générique d'après une seule espèce du Mexique; et Auguste de Saint-Hilaire, en ayant depuis rencontré trois nouvelles dans le Brésil, a dû ajouter quelques détails à ces caractères qui sont les suivans: calice à cinq divisions plus ou moins profondes, muni extérieurement de huit ou dix grandes glandes adnées à sa base; cinq pétales étalés, onguiculés, à limbe orbiculaire ou elliptique, et dont l'insertion est bypogynique, ou périgynique quelquefois; cinq étamines, dont l'insertion présente la même diversité, inégales entre el-

[page] 166

les, à filets aplatis et soudés inféricu-rement en anneau, à anthères biloculaires et introrses; souvent deux d'entre elles avortent et tantôt ont des dimensions plus petites, tantôt, au contraire, en acquièrent de plus grandes et se terminent par une masse spongieuse; ovaire partagé ou dans sa totalité en trois coques distinctes, ou partiellement en trois lobes plus ou moins profonds, chaque coque ou lobe contenant un ovule unique, qui, fixé à l'extrémité d'un funicule pendant, se redresse dans une direction parallèle à lui. Le style simple, terminé par un stigmate obtus, s'insère, tantôt au réceptacle entre les trois coques de l'ovaire, tuntôt à la base ou au sommet de cet ovaire plus ou moins profondément lobé. Le fruit se compose de deux samares fixées par leur base au réceptacle, prolongées chacune intérieurement en une membrane courte, supérieurement en une aile beaucoup plus longue. La graine, dépourvue de périsperme, contient sous une enveloppe membraneuse un embryon droit.

Les espèces de ce genre sont des Arbrisseaux grim pans ou des sous-Arbrisseaux, à feuilles opposées et entières. Les fleurs, decouleur jaune, sont portées sur des pédicelles munis de deux ou quatre petites bractées solitaires ou en grappes axillaires, ou bien plus rarement en ombelles terminales. V. Kunth, Nov. Gen., 5, 156, tab. 445, et Aug. Saint-Hilaire, Mém. du Mus., 10, 365, tab. 24. (A.D.J.)

GAUDINIE. Gaudinia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Graminées.et de la Triandrie Digynie, L., dédié au respectable pasteur Gaud in, auteur de l'Agrosiographie helvétique, par Palisot-Beauvois (Agrostogr., p. 95) qui l'a ainsi caractérisé: valves delà lépicène (glumes, Palis.-Beauv.) inégales et obtuses; glume inférieure (paillette, Palis.-Beauv.)bifide, portant une barbe tordue et plissée sur le milieu du dos; la supérieure à deux ouquatre dents; style bipartite, portant des stigmates en goupillon; ea-riopse sillonnée et enveloppée par les glumes. Les fleurs sont disposées en épi composé sur un rachis; et les épillets sont sessiles, alternes, et contiennent de neuf à onze petites fleurs distiques. Le type de ce genre est l'Avena fragilis, L., espèce à laquelle son inflorescence doune un aspect fort différent de celui des Avoines. Elle croît dans les régions un peu chaudes de l'Europe. Cependant le climat de Paris ne paraît pas être trop froid pour elle, puisqu'on la trouve en abondance près de Bondy; mais elle n'est pas mentionnée dans la Flore de Thuillier. Palisot-Beauvois a joint à cette espèce l'Avena planiculmis de Schreber et Willdenow. (G..N.)

GAUFFRE. MOLL. On donne vulgairement ce nom à une Coquille 'du genre Murex (Murex Anus). Certains marchands emploient aussi la dénomination de Gauffre roulée pour désigner une espèce du genre Bulle (Bulla lignaria) dont Deny s de Montfort a faitle genre Scaphandre, (AUD.)

GAULTHÉRIE. Gaultheria ou Gualt/teria. BOT. PHAN. Genre de la famille des Ericinées et de la Décandrie Monogyuie, établi par Linné, adopté par Jussieu.et par R. Brown (.Prodr. Flor. Nov-Holl. p. 558) qui l'a aiusi caractérisé: calice infère à cinq divisions; corolle de forme ovée, dont le limbe est court et à cinq divisions; dix étamines incluses a ant leurs filets planes, souvent hérissés, insérés au fond de la corolle ou hypogynes; leurs anthères bifides au sommet et portant deux arêtes; écailles hypogynes au nombre de dix (quelquefois connées); capsule (ordinairement couverte par le calice bacci-forme) à cinq loges dont les valves portent les cloisons sur leur milieu; graines anguleuses recouvertes d'un test réticulé, et attachées à des placentas adossés à la base de colonne centrale. En établissant ainsi les caractères génériques, R. Brown pensç qu'on doit y rapporter toutes les espèces d'Andromèdes américaines qui

[page] 167

s'éloignent, il est vrai, des Gaulthériesde Linné parleur calice non bacciforme, mais qui leur ressemblent par les anthères et la capsule. ll en résulte que le caractère essentiel des Gaullhéries ne réside pas, selon Brown, dans l'apparence et la consistance du calice; quand un auteur s'est exprimé aussi clairement, on a lieu d'etre surpris que dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, son opinion ait été contradictoirement interprétée. Kunth (Nova. Ge nera et Spec. Plant. æquinoct. T. 111, p. 282) s'est rangé à l'opinion du savant anglais, et a décrit neuf espèces nouvelles de Gaulthéries dont quelques-unes avaient été mentionnées par Humboldt dans les Prolégomènes au même ouvrage, sous le nom générique d'Andromeda, Les espèces de ce eenre sont des Arbrisseaux ou des Arbustes à feuilles alternes, à fleurs axillaires et terminales, disposées en grappes rarement solitaires sur des pédoncules partiels, et accompagnées de deux petites bractées. Elles croissent en Amérique, principalement dans les climats chauds. R. Brown n'en a trouvé qu'une seule espèce (G. hispida) qui croit à la terre de Diémen dans l'Australasie.

La GAULTHÉRIE DES SPHAIGNES, Gaultheria sphagnicola, a été figurée dans l'atlas de ce Dictionnaire. Swartz l'avait improprement nommée Epirgæa cordifolia, et feu le professeur Richard père l'a décrite dans les Actes de l'ancienne Société d'Histoire, naturelle de Paris, T. 1, p. 109. Elle croît à la Guiane. (G..N.)

* GAURA. BOT. PHAN. Genre de la famille des Onagrariées de Jussieu, et de l'Octandrie Monogynie, L. Le calice, adhérent à l'ovaire, se prolonge au-dessus de lui en un tube et se termine par quatre divisions, entre lesquelles s'insèrent autant de pétales; huit étamines sont fixées au tube un peu au-dessous; le style, long, porte un stigmate quadriparti; l'ovaire se partage en quatre loges, dont chacune contient un ou deux ovules suspendus à l'angle interne; les cloisons disparaissent, et on ne trouve plus qu'une seule loge et une à quatre graines dans le fruit, qui est capsulaire, coriace, indéhiscent, relevé extérieurement de quatre angles. Il est à remarquer que le nombre des diverses parties de la fructification se réduit dans une espèce de quatre à trois. Les espèces ae ce genre sont des Herbes ou plus rarement des sous-Arbrisseaux, a feuilles alternes et eutières. Les fleurs blanches, roses ou plus rarement jaunes, et tournant au rouge après la floraison, sont disposées en épis terminaux et accompagnées de bractées. Si l'on en excepte une espèce originaire de Chine, elles croissent toutes en Amérique. V. Lamk., Illustr., tab 281; Cavanilles, Icônes, 258 et 396 j Kunth, Nov. Genera, tab. 529. (A.D.J.)

GAUTEREAU. OIS. Syn. vulgaire du Geai.V. CORBEAU. (DR..Z.)

GAUVERA. MAM. On trouve ce nom dans les écrits de quelques voyageurs anciens; il y désigne un Animal qu'on ne saurait reconnaître, qui aurait des rapports avec les Taupes, le dos en carène et les pieds blancs. (B.)

GAVIA. OIS. (Brisson.) Syn. de Mauve. V. ce mot. (DR..Z.)

GAVIAL. REPT. SAUR. V. CROCODILE.

GAVIAL, POIS. Espèce du genre Lépisostée. V. ce mot. (B.)

GAVIAN. OIS. (Belon.) Syn. vulgaire de la Mouette Tridactyle. V. MAUVE. (DR..Z.)

GAVIAON, GAVION, OIS. (Marc-graaff.) Syn. brésiliens du Caracara, V. FAUCON, division des Caracaras (DR..Z.)

GAVIOTA. OIS. Syn. de la Mouette. V. MAUVE. (DR..Z.)

GAVOUE. OIS. Espèce du genre Bruant. V. ce mot. (DR..Z.)

* GAYA. BOT. PHAN. Genre de la famille des Malvacées, de la Monadel phie Monogvnie, L., très-voisin du Sida, dont il ne sc distingue que par

[page] 168

la structure de son fruit. Celui-ci est, en effet, composé de plusieurs coques comprimées, dont chacune s'ouvre, non en deux valves, mais en trois; celle du milieu est en carène et ar-quée; les deux latérales, planes, la dépassent en dehors, et, venant se rejoindre par leurs bords, forment une cavité vide dans laquelle elle reste cachée jusqu'à la déhiscence. Kunth a établi ce genre (Nov. Gen., 5, 266) auquel il rapporte les Sida ca-lyptrata de Cavanilles et occidentalis de Linné. Il en ajoute trois espèces américaines dont deux sont figurées (loc. cit., tab. 475-476). Pour les autres caractères, V. le mot SIDA. (A.D.J.)

GAYAC. Guajacum. BOT. PHAN. Genre de la famille des Zygophyllées, de la Décandrie Monogynie, L. Son calice est divisé jusqu'à sa base en cinq lobes arrondis, avec lesquels alternent autant de pétales deux fois plus longs; dix étamines, à filets nus ou quelquefois accompagnés d'un appendice à leur base, s'insèrent sur un court support au-dessous de l'ovaire; celui-ci, aminci inférieure-ment et terminé par un style simple et aigu, présente de deux à cinq loges dans chacune desquelles sont plusieurs ovules suspendus par un court funicule le long et vers le haut de l'angle interne. Le fruit est une capsule divisée en autant de loges monospermes par avortement. La graine offre un périsperme cartilagineux, qui entoure un embryon recourbé, de couleur verte, à radicule supère, à cotylédons elliptiques et un peu épais.

Les espèces de ce genre sont des Arbres à feuilles pennées avec impaire, à pédoncules axillaires et uni-flores. La dureté de leur bois et le beau poli qu'il est susceptible de recevoir le fait rechercher dans les lieux où ils croissent. Le Guajacum officinale, à feuilles bijuguées et à capsules ordinairement biloculaires, est connu par les propriétés de son bois qui est un sudorifique puissant, et comme tel, employé dans le traitement des affections syphilitiques, et qui fournit une substance d un aspect résineux, principe végétal particulier auquel on a donné le nom de Gayacine. V. ce mot. Il est originaire des Antilles ainsi que le Guajacum sanctum, à feuilles composées de cinq à huit paires de folioles avec une impaire et à fruits pentagones. On cite aussi deux autres espèces d'Amérique: le G. verticale et le G. arbo-reum, qui est pour Jacquin une Fa-bagelle, dont il offre en effet la fleur; et enfin le G. dubium que Forster a observé dans l'île de Tongatabu. (A. D. J.)

* GAYACINE. BOT. PHAN. LeGayac officinal produit une résine particulière que l'on obtient soit par l'épais-sissement et la dessiccation du suc qui découle des incisions faites à l'Arbre, soit par l'échauffement auquel on soumet les parties les plus compactes de ce Végétal: alors la résine liquéfiée tombe par gouttelettes dans les vases disposés à cet effet. On peut en-core l'obtenir de la macération prolongée des copeaux de Gayac dans l'Alcohol, et c est le moyen employé lorsqu'on veut l'avoir dans son plus grand état de pureté. Cette résine est d'un brun verdâtre, fragile et même friable, amère, très-odorante, très-inflammable; elle est peu soluble dans l'eau, et se dissout complètement dans l'Alcohol. C'est la partie soluble dans l'eau que l'on a nommée Gayacine, pour la distinguer de la résine; toutes ses propriétés ne sont pas encore bien connues, néanmoins l'on en sait assez pour déjà l'admettre comme un nouveau principe immédiat des Végétaux. La résine de Gayac donne, à la distillation, de l'eau acidulée, de l'huile brune, épaisse, de l'huile empyreumatique, des Gaz acide carbonique et hydrogène carboné, enfin un peu plus de 0,30 de charbon, quantité double de celle que l'on trouve dans les autres résines. On emploie la résine de Gayac comme suclorifique. (DR..Z.)

GAYAPIN. BOT. PHAN. Nom vul-

[page] 169

gaire du Genista Anglica. V. GENêT. (B.)

* GAYLUSSACIE. Gaylussacia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Ericinées et de la Décandrie Mono-gynie, L., dédié au célèbre chimiste Gay-Lussac par Humboldt et Kunth (Nov. Gener. et Spec. Plant. æquin. T. III, p. 215), qui lui ont assigné les principaux caractères suivans: calice adhérent à l'ovaire, dont le limbe est libre et à cinq divisions ovales, acuminées et beaucoup plus petites que la corolle; celle-ci est tubuleuse, renflée à la base, et son limbe est composé de cinq petites dents droites; dix étamines incluses, insérées à l'entrée du tube, ayant des anthères mutiques, se terminant au sommet en deux tubes ouverts ou en forme de petits cornets; style dressé terminé par un stigmate capité; fruit drupacé presque globuleux, recouvert par le calice, à dix loges dont chacune ne contient qu'une seule graine lenticulaire. Ce genre a beaucoup d'affinité avec le Thibaudia de Pavon, mais il en diffère parses graines solitaires dans chacune des loges et par le nombre double de celles-ci. La seule espèce décrite par les auteurs de ce genre, est la Gaylussacia buxifolia (loc. cit., tab. 257) que, dans la Relation historique de son voyage, Humboldt a désignée sous le nom de Thibaudia glandulosa. C'est un Arbrisseau très-rameux dont les feuilles, semblables à celles du Buis, sont épaisses, ayant leur nervure médiane terminée par une glande sessile; les fleurs, ornées de bractées et de couleur écarlate, sont disposées en grappes axillaires très-denses. Cette Plante a été trouvée près de Caraccas et de Santa-Fé de Bogota. (G..N.)

GAZ. MIN. CHIM. Parmiles corps de la nature et ceux que l'art peut produire, il en est dont les particules offrent un tel état de ténuité et d'écartement qu'elles échappent à la vue, et n'annoncent leur présence que par l'odeur, la couleur, les propriétés chimiques des masses, ou même par des qualités pour ainsi dire négatives. On les a nommés fluides élastiques ou aériforines, et on les a distingués en Gaz et eu Vapeurs, Selon qu'ils restent permanens, ou qu'ils se liquéfient après avoir été soumis à une forte pression et à une basse température. Quoiqu'il y ait une certaine justesse dans cette distinction pour les Corps de la nature que nous observons dans les circonstances ordinaires de la température et de la pression atmosphériques, et les seuls qui doivent être traités dans un ouvrage d'histoire naturelle, nous ferons cependant observer qu'elle est purement factice, et qu'il n'y a réellement pasde caractères fixes quidifférencient les Gaz des vapeurs. A l'aide d'une pression de plusieurs centaines d'atmosphères, Faraday à Londres, guidé par les expériences antérieures de Cagniard-Latour, est parvenu à liquéfier le Chlore, le Gaz acide carbonique, etc. Tout récemment, Bussy, habile chimiste de Paris, a réduit, par l'effet d'un froid artificiel, le Gaz acide sulfureux à l'état liquide, et se servant de la volatilité de ce nouveau liquide pour produire le froid le plus considérable possible, il est parvenu à liquéfier la plupart des Gaz. Ceux-ci ne peuvent douc plus être rigoureusement considérés comme permanens, et l'on ne devra plus, dans l'étude de leurs propriétés, les séparer des vapeurs dont on a fixé arbitrairement la liquéfaction à une température toujours supérieure à 20° au-dessous de zéro. Il nous semble convenable de faire précéder l'histoire abrégée des Gaz qu'ou rencontre dans la nature par un aperçu des propriétés générales les plus remarquables des fluides aériformes.

Quatre Gaz que, dans l'état actuel de la science, nous regardons comme simples, savoir: l'Oxigène, le Chlore, l'Azote et l'Hydrogène, en se combinant entre eux ou avec les vapeurs de plusieurs corps solides aussi supposés simples, donnent naissance à une foule de Gaz et de vapeurs qui se présentent plus fré-

[page] 170

quemment, soit dans la nature, soit dans les expériences, que leurs élé-mens, vu la tendance de ceux-ci à se combiner entre eux. — Loin d'exercer les unes sur les autres une action simplement attractive comme dans les solides ou liquides, les particules des Gaz sont dans un état de répulsion qui tend à les écarter de plus en plus. Il n'est pourtant pas exact de dire que cette répulsion va sans cesse en augmentant et qu'elle est indéfinie, car s'il en était ainsi, il arriverait un terme où chaque molécule gazeuse, dépassant les limites de sa sphère d'attraction, serait isolée de ses semblables, et alors la masse du Gaz disparaîtrait. On voit, au contraire, les Gaz, quoique très-dilatés, s'opposer à la séparation de leurs moléculeŞ, et loger dans les interstices que laissent celles-ci d'autres corps dont la présence ne détruit pas la cohésion générale du système gazeux. C'est ce qui arrive dans la dissolution de l'eau et de plusieurs autres substances, dissolution opérée par les Gaz. Quoi qu'il en soit, ceux-ci sont doués d'une grande élasticité, laquelle croît proportionnellement à leur densité, selon la loi observée par Boyle et Mariotte. — La dilatabilité des Gaz s'exerce d'une manière très-uniforme pour tous les de-grès du thermomètre. Gay-Lussac et Dalton ont observé simultanément cette uniformité de dilatation, et le premier de ces physiciens a évalué celle-ci à 0,00375 ou ½1266,67 du lume à zéro pour chaque degré centigrade. — Les fluides aériformes sont doués d'un pouvoir réfringent très-différent de l'un à l'autre. On ne peut pas déduire positivement du calcul de l'intensité avec laquelle chaque Gaz réfracte la lumière les causes influentes de cette propriété; mais on a remarqué que les Gaz ou leurs combinaispns et les corps qui en résultent sont d'autant plus réfrineens qu'ils sont plus combustibles, que les combinaisons dans lesquelles les Gaz ont éprouvé une forte contraction, réfractent moins la lumière que le simple mélange de leurs élémens, ou aue les combinaisons de Gaz dont les élémens n'ont pas contracté une forte union. On sait, par exemple, que l'Hydrogène a un pouvoir réfringent très-considérable; que l'eau ne réfracte pas la lumière aussi bien que le mélange d'un volume d'Oxigene et de deux volumes d'Hydrogène, mais que ce pouvoir réfringent de l'eau avait tellement frappé Newton, qu'il en avait conclu quel'eau devait contenir un principe combustible.

Les chimistes et les physiciens ont mesuré avec beaucoup de rigueur et calculé les densités des divers Gaz et vapeurs. A l'exception de l'Hydrogène (le plus léger de tous les Gaz), et des combinaisons où il domine, du Gaz azote, des vapeurs d'eau, d'Acide hydrocyanique, tous les autres fluides aériformes ont une densité plus considérable que celle de l'air: ainsi le Chlore, l'Acide carbonique, le Gaz nitreux, les vapeurs d'Ether, d'essence de Térébenthine, d'Alcohol, etc., pèsent spécifiquement plus que l'air, et tendent à occuper les régions basses de l'atmosphère lorsqu'ils y sont disséminés par des causes naturelles ou fortuites.

Enfin un petit nombre de fluides élastiques, au lieu d'être invisibles comme les autres, sont affectés de couleurs particulières qui les font distinguer facilement. Tels sont: 1° le Chlore, qui est d'un jaune verdâtre; 2° la vapeur d'Acide nitreux d'un rouge orangé; 3° les vapeurs d'iode et d Indigo, d'un beau violet; 4° la vapeur de Soufre d'un jaune-orangé.

Le plus intéressant de tous les Gaz, aux yeux des naturalistes, est sans contredit l'air atmosphérique. Nous renvoyons aux mots AIR et AMOSPHÈRE, pour connaître les propriétés de ce fluide et le rôle important qu'il joue dans la nature, mais c'est ici le lieu de parler en particulier des deux Gaz qui le constituent, c'est-à-dire de l'Oxigène et del'Azote.

[page] 171

GAZ OXIGÈNE. Priestley qui eu fit la découverte en 1774, le nomma d'abord air vital ou air déphlogisti-qué. Lorsque Guyton-Morveau eut réformé la nomenclature chimique, on l'appela Oxigène, parce qu'on lui attribuait alors la propriété exclusive de donner naissance aux Acides. Plus dense et réfractant davantage la lumière que l'air, il active aussi bien plus la respiration des Animaux et la combustion des corps; c'est même lui qui dans l'air en est le principe vivifiant et actif par excellence. Il est sans odeur ni couleur, et n'a pas encore pu être liquéfié dans les expériences récentes que nous avons citées plus haut. La facilité avec laquelle ce Gaz se combine avec presque tous les corps de la nature, sa faible densité, et consé-quemment sa diffusibilité, doivent empêcher qu'on le trouve isolé dans quelques lieux particuliers, comme on observe l'Acide carbonique dans la grotte du Chien en Italie. L'acte de la végétation en verse cependant des torrens continuels dans l'atmosphère pour réparer celui que consument sans cesse la respiration des Animaux et la combustion.

GAZ AZOTE. Desx propriétés absolument négatives caractérisent ce Gaz: il est, en effet, moins dense que l'air, invisible, incolore, inodore. ne peut servir à la respiration ni à la combustion, et ne se combine facilement qu'avec un certain nombre de corps. Le Gaz azote, anciennement nommé Mofette atmosphérique, n'es! pas délétère par lui-même, comme le Gaz acide sulfureux, l'Hydrogène sulfyré, etc., mais il fait périr les Animaux par asphyxie, et il joue à leur égard le même rôle que tout autre corps étranger et inutile à la respiration; mais par son melange avec le Gaz oxigene, il facilite l'ac-tion de celui-ci, isolant pour ainsi dire chacune de ses molécules, et lui faisant éprouver des combinaisons qui ne peuvent avoir lieu que lorsque les corps sont à l'état de Gaz naissant. C'est ainsi qu'à la tempéra-ture ordiuaire, l'air atmosphérique a plus d'action sur le Phosphore que n'en a l'Oxigène pur, etc. L'Azote est le principe dominant des matières animales: tout le monde sait qu'êtant le radical des Acides nitrique, nitreux et h^drocyanique, ainsi que de l'Ammoniaque, on produit artificiellement ces combinaisons, en employant de diverses manières les substances azotées. C'est sur cet emploi bien dirigé que repo-sent l'art de faire le nitre, celui de fabriquer le bleu de Prusse, le sel ammoniac, et plusieurs composés d'une grande utilité. Les Végétaux en contiennent aussi, mais toujours en petite quantité comparativement aux Animaux. On savait depuis longtemps que l'Azote était un des principes constituans des Crucifères, que l'Acide hydrocyanique, dont l'Azote est un des élémens, existait tout formé dans la plupart des organes d'un grand nombre de Drupacées, etc. Une expérience, de Chevallier, pharmacien de Paris, vient 4e nous apprendre que la fétidité du Chenopu-dium Vulvaria, L., paraît due à l'exhalation d'un Gaz qu ila reconnu pour être.de l'Ammoniaque pur (Hydrurc d'Azote). Les fleurs, même celles dont l'odeur est fort agréable, dégagent aussi du Gaz ammoniaque rendu sensible au moyen des reactifs chimiques.

Les chimistes ne sont pas d'accord sur la nature de l'Azote; les uns ne veulent y voir qu un oorps simple; les autres, à la tête desquels on remarque le célèbre \Berzéhus, le oroient composé d un a some d'Oxi-gène et d'un atome d'un principe métalloïde qu'ils nomment Nitricum ou Ammonium. Ils se fondent principalement sur, ce qu'un globule de Mercure placé dans une coupelle d'Hydrochlorate d'Ammoniaque, et soumis à l'action de la pile voltaïque, se convertit en une substance demi-solide et présentant tons les caractères d'un amalgame.

Les autres principaux Gaz qui se produisent dans le vaste laboratoire

[page] 172

de l'univers, sont l'Acide carbonique, les Hydrogènes carburés, l'Hydrogène sulfuré, l'Hydrogène phosphoré et l'Acide sulfureux, V., pour le premier et le dernier de ces corps, le mot ACIDE où leur histoire est aussi complète que lo comportent les bornes de ce Dictionnaire. Quant aux Gaz hydrogènes carburé, phosphoré et sulfuré, nous allons exposer leurs propriétés les plus saillantes, ainsi que les circonstances sous l'empire desquelles on les rencontre dans la nature.

GAZ HYDROGÈNE CARBURÉ ou CARBONÉ. Lorsque l'Hydrogène se combine avec le Carbone, il en absorbe des proportions diverses: il y a donc plusieurs degrés d'Hvdrogène carburé, et selon que le Carbone est augmenté, la lumière produite par la combustion de ce Gaz est d'autant plus vive et plus blanche. Son odeur est désagréable et sa pesanteur spécifique plus considérable que celle de l'Hydrogène. C'est à l'inflammation du Gaz hydrogène carburé qu'il faut attribuer les feux naturels et les fontaines ardénles; dont les voyageur's les géographes et les historieus ont souvent exagéré l'importance et lçs effets. C'est lui qui constituece terrible Grisou des mineurs, lorsqu'étant mélangé avec une certaine quantité d'air, il se trou ye en contact avec uh corps incandescent; enfin oe Gaz est un de ceux qui se dégagent sans inflammation des salses ou volcans d'air. Spallanzani et Ménard de la Groye (Journal de Physique, t. 85, 1817) ont decrit le gissement et les phénomènes curieux des feux naturels de Pletra-Mala, sur la route de Bologne à Florence, et ceux de Barigazza dans le Modenois. Ce qu'ils en ont dit peut s'appliquer à tous les feux naturels connus, a ceux par exemple qui existent dans la presqu'île d'Abscheron en Perse; on prétend que les Guèbres ont établi dans ces lieux un caravanserail où ces adorateurs du feu cuisent leurs alimens et calcinent de la Chaux avec le seul secours des flammes de l'Hydrogène sortant du sol. Ces feux sont toujours produits par l'émanation lente, continuelle et paisible du Gaz hydrogène carburé pur au travers du sol, et sans que celui-ci présente de fentes ni de crevasses. Dans les fontaines ardentes, le Gaz hydrogène carburé s'échappe du sol, et vient brûler à la surface de l'eau, sans que celle-ci fournisse la moindre quantité de Gaz hydrogène, car lorsque les fontaines sont à sec, le Gaz continue toujours de brûler à la superficie du sol. Telle est celle des environs de Grenoble.

Les Gaz hydrogènes phosphoré et sulfuré, sont le plus souvent des productions accidentelles de la nature. Ainsi il est très-probable que le premier soit la cause des feux follets qui se dégagent des cimetières; car on sait qu'il jouit de la singulière propriété de s'enflammer au seul contact de l'air. Le Gaz hydrogène sulfurė, ou Acide hydrosulfurique, si facile à distinguer par son odeur d'œufs pourris, existe quelquefois à l'état de Gaz isolé dans les galeries des mines; mais le plus souvent il est dissous dans les eaux thermales sulfureuses, et c'est à ce Gaz qu'elles doivent l'énergie de leurs propriétés médicales. (G..N.)

* GAZAL. MAM. V. GAZELLE et ANTILOPE. (B.)

GAZANÉ. POIS. Syn. de Syngnathas pelagicus, sur les côtes de Provence, particulièrement à Marseille. (B.)

GAZANIE. Gazania. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synan thérées, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie frustranée, L., établi par Gaertner(de Fruct. T. II, p. 451, tab. 173) qui l'a aiusi caractérisé: inven campainlé, formé de folioles nombreuses, imbriquées et oblongnes-lancéolées; capitules radiés, composés de fleurs centrales régulières et hermaphrodites, et de fleurs marginales ligulées, non tubuleuses, et stériles, ou pourvues d'un ovaire demi-avorté; réceptacle plane, alvéo-

[page] 173

lé, à cinq cloisons velues; akènes tétragones, glabres, surmontées d'une longue aigrette formée de poils trèsfins et non plumeux.

L'auteur de ce genre, en indiquant comme type le Gorteria rigens,, L., a, selon H. Cassini, induit en erreur la plupart des botanistes, ct leur a fait confondre des Plantes qui ne sont même pas congénères. En effet, Willdenow fit voir que le Gorteria rigens & Thunb., différe du vrai Gorteria rigens, L., par plusieurs caractères que nous regardons, à la vérité, comme peu importans, mais sur lesquels H. Cassini n'a pas la même manière de voir; il en a constitué le genre Mussinia, dont Jussieu (Annales du Muséum, T. v1, v11) a le premier reconnu l'identité avec le Gazania de Gaertner. Cassini admet, sans pourtant en être parfaitement certain, que le Mussinia speciosa, Willd., est la Plante décrite par Gaertner ou une espèce bien voisine, et de même que Willdenow, il pense que le Gorteria rigens, L., doit être placé dans un autre genre. Willdenow s'était contenté de laisser cette Plante parmi les Gortéries; Cassini l'en a retirée aveç raison à cause de ses akènes aigrettés; mais sur des différences très-faibles, il a établi avec le vrai Gorteria rigens, L., un genre nouveau qu'il a nommé Melanchrysum. Dans l'Hortus Kewensis (2c édit. 1813), R. Brown reprenant l'examen des caractères du Gazania sur le Gorteria rigens, L., leur en substitua d'autres que Cassini n'a pas adoptés, parce qu'il a regardé l'espèce observée par Brown, comme génériquement distincte. Les différences que ce savant botaniste (H. Cassini) s'est efforcé d'établir entre ses genres Melanchrysum et Gazania, ne nous paraissant que fort peu importantes, nous pensons qu'il serait avantageux pour la science de réunir ces deux genres en un seul, dont on modifierait les caractères, en ce qui concerne Je réceptacle (conique sans villosités dans quelques espèces) et les fleurs marginales (légèrement tubuleuses et sans traces d'ovaires, dans le G. rigens, L.)

Les espèces de ce genre sont de belles Plantes herbacées, indigènes du cap de Bonne-Espérance, ainsi que toutes les autres Plantes de la même section, à laquelle Cassini a donné le nom d'Arctotidées-Gortériées.

La GAZANIE DE GAERTNER, Gazania Gaerlneri, Cass.; Mussinia speciosa, Willd.? est surtout fort remarquable par ses capitules de fleurs solitaires au sommet des pédoncules radicaux, et par la beauté des corolles de la circonférence, lesquelles sont oblongues, lancéolées, d'un jaune orangé, et marquées d'une bande obscure sur le milieu de leur face inférieure, et d'une tache noire à la base de la face supérieure. C'est sans doute cette même espèce qui est figurée dans Andrews (Reposit., t. 523) sous le nom de Gorteria Pavonia. R. Brown (Hort. Kew. T. v, p. 140) lui donne le nom de Gazania Pauonia, et la distingue spécifiquement du G. rigens ou Melanchrysum de Cassini. Nous avons vu cette Plante en fleur dans les jardins de Paris, Aucune Synanthérée ne peut lui être comparée sous les rapports de la beauté des formes et de l'éclat des couleurs. (G..N.)

GAZÉ. Papilio cratægi. INS. Espèce de Papillon du genre Piéride. V. ce mot. (B.)

GAZELLE. MAM. De l'arabe Gazal. V. ANTILOPE. (B.)

GAZON. Cespes. BOT. PHAN. On donne en général ce nom à l'Herbe serrée, fine et courte, qui ta pisse le sol. Le Gazon composé de Graminées fait l'ornement de nos campagnes européennes; on ne lc connaît guère dans les pays plus chauds, où la végétation rapide et dure ne forme pas de prairies. On s'est servi quelquefois de ce mot pour désigner certaines espèces; ainsi, l'on a appelé:

GAZON D'ANGLETERRE, le Saxifrage Hypnoïde.

GAZON DE MONTAGNE, D'ESPAGNE ou D'OLYMPE, le Statice Armeria.

[page] 174

GAZON DE MAHON, le Cheiranthus Chius.

GAZON DU PARNASSE, le Parnassia palustris.

GAZON DE CHAT, le Teucrium Marum.

GAZON TURC, le Saxifrage Hypnoïde, etc. (B.)

GEAI. OIS. Espèce du genre Corbeau, Corvus glandarius, L., devenu type d'un genre pour Vieillot, V. CORBEAU.

Ce nom de Geai a été appliqué ensuite à plusieurs espèces qui prennent place dans des genres différens; ainsi on a nommé:

GEAI BLEUATRE ET DU BENGALE (Albin), le Rollier de Mindanao.

GEAI D'ALSACE ET DE STRASBOURG, le Rollier vulgaire. V. KOLLIER.

GEAI D'AUVERGNE, D'ESPAGNE, DU LIMOUSIN et DE MONTAGNE, le Casse-Noix V. ce mot.

GEAI DE BATAILLE, le Gros-Bec d'Europe, V. Gros-BEC.

GRAI DE BOHêME, le grand Jaseur. V. JASEUR.

GEAI HUPPé, la Huppe, V. ce mot.

GEAI A PIEDS PALMéS, le Cormoran nigaud. V. CORMORAN.

GEAI A VENTRE JAUNE DE CAYENNE. V. GOBE-MOUCHE. (DR..Z.)

GéANT. Gigas. MAM. Ce mot désigne particulièrement, lorsqu'il s'açit du genre Homme, une race ou quelque variété dont la taille est au-dessus des proportions communes; il signifie le contraire de Nain. V. ce mot. La race des Géans n'existe plus si jamais elle exista. Cependant il est peu de mythologies ou même d'histoires qui n'en parlent. Au commencement il y eut parlout des Géans; on les fait naître du commerce des cnfans des dieux avcc les filles des Hommes, et nous disons des dieux, parce que là Genèse elle-même semble admettre cette pïuralilé dans le livre où il est question de Géans. Ce qui nous paraît singulier, c'est que l'on plaça souvent la patrie des Géans dans les régions où le froid le plus vif semble être un obstacle au développement de la croissance, où se trouvent les Latpons, les Esquimaux, les Samoïèdes, véritables nains, où la terre ne se couvre que de Mousses et de Lichens quand d'humbles Arbustes n'y sont pas clair-semés. Ils sont souvent appelés enfans du Nord, et l'on nous peint sans cesse les héros septentrionaux sous les formes les plus gigantesques. On veut que vers l'origine de notre espèce, de formidables Géans aient osé attaquer jusqu'aux dieux, qu'ils aient entassé ues montagnes pour assiéger le ciel comme on applique des échelles contre les remparts qu'il s'agit d'enlever d'assaut. Que prouvent de pareilles traditions? c'est que le mot Géant désigna d'abord tout conquérant qui, dans l'enfance de l'état social, fut assez avancé sur les autres Hommes pour essayer de soumettre violemment ses pareils. De tels Géans furent souvent détruits, et les dieux qu'ils combattaient et qui les vainquirent n'étaient que ces prêtres dont l'autorité fut la première, et qui défendaient leur théocratie. Il était nécessaire d'établir ce point pour prouver quelle est la puérilité des recherches qu'ont faites plusieurs érudits afin d'établir l'antique existence des races de Géans. On n'en retrouvera pas plus de traces dans les couches du globe qu'on n'y a trouvé de véritables Anthropolithes. Les Géans furent fabuleux et l'Homme est moderne. On a tellement cru à l'existence de Géans, que non-seulement le docteur Habicot prétendit avoir trouvé, en 1613, les restes de Teutobochus, qui aurait eu vingtcinq pieds de haut, mais que peu de voyageurs ont renoncé à nous en décrire. De nos jours, on assure avoir vu des pieds de Gāans à la terre d'Endrach. Le comte de Buffon a fort élégamment écrit qu'il put en exister, et que les Patagons en sont même cucorc. On sait aujourd'hui que les Patagons ne sont point des Géans, mais qu'ils constituent une simple race américaine dont certains in-

[page] 175

dividus ont une taille de grenadier. Il paraît aussi avoir existé parmi les Guanches des Canaries des Hommes très-grands; on ne pcut nas plus douter que Charlemagne n'ait eu plus d'une toise qu'il n'est permis de révoquer en doute que le lit d'Og, roi de Bassan, ne tût de neuf coudées, et, abstraction faite de Goliath qui cn eut six et une palme, un certain Gabbare, vu à Rome sous l'empereur Claude, et cité par Pline, avait neuf pieds neuf pouces de hauteur. C. Bauhin, dont l'autorité vaut bien celle de Pline, a vu un Suisse de huit pieds, et Uffenbach parle d'une fille qui n'était pas moins grande. Sous le rapport accidentel de taille, il existe parfois de ces Géans, non-seulement chez les Hommes, mais encore chez toutesles autres espèces d'Animaux. Le naturaliste nc s'occupe guère de pareilles aberrations dont nous pourrions donner une liste de plusieurs colonnes à partir des en-fans d'Enoch jusqu'à ce particulier que tout Paris a remarqué, de 1800 à 1808, dans ses promenades. Les variétés individuelles gigantesques se recherchent seulement pour les montrer à la foire par curiosité, quand le hasard ne suscite pas quelque prince allemand qui les recrute pour sa compagnie des gardes. Le père du grana Frédéric eut ce caprice, et l'on nous a montré dans le beau cabinet d'anatomic de Berlin lc squelette de l'un de ses soldats démesurés: il a près de sept pieds. — Virey à soigneusement décrit les mœurs des Géans qui, d'après lui, seraient les meilleurs des hommes. Cet écrivain n'est conséquemment pas d'accord avec ce que nous disent la Bible, l'Arioste ou le Tasse, qui font de Nembrod, de Ferraeus et d'Argan de forts chasseurs et de violens guerriers. Selon Virey, dans le Dictionnaire de Déterville: « Les Géans ont peu de prévoyance et on les trompe sans peine; leur sincérité ne peut comprendre la finesse et la ruse, et la méchauceté n'entre pas daus leur ame. Ils possèdent des vertus débonnaires d'humanité, de franchise. Leurs amours offrent plutôt un attachement de confiance que l'ardeur et la jalousie; etc. ff (T. x11, p. 501). Joignez à ces précieuses qualités six ou sept pieds d'élévation avec de belles formes, et l'on doit avouer que les Géans doivent être des maris fort précieux et d'excellens citoyens. Virey conseille de traiter leurs maladies par le système de Brown.....!

Comme nom propre, on a appliqué le mot de Géant à plusieurs espèces d'Animaux et même de Champignons qui surpassent leurs congénères par la grandeur. Ainsi l'on a appelé Géant un Oiseau du genre Canard, un Couroucou et le Flambant. Paulet a son Géant blanc qui est l'Agaricus giganteus des auteurs systématiques. (B.)

* GEANTHIE. Geanthia. BOT. PHAN. Sous le nom de Geanthia colchicoides, Rafinesque Schmaltz (Journal de Botanique, T. 11, p. 167) a seulement indiqué le type d'un genre nouveau qui diffère du Colchicum par le nombre des étamines. Cette Plante qu'on peut considérer comme encore inconnue, est indigène de Pensylvanie. (G..N.)

* GéANTHRAX. MIN. (Tondi.) Syn. d'Anthracite. V. ce mot. (B.)

GEASTEROIDES ou GEASTROIDES. BOT. CRYPT. (Champignons.) Ce mot a été employé par Bat tara (Fung. Arim., tab. 29, fig. 168) et par Adanson, pour désigner le Geastrum quadrifidum, Persoon, ou bien une monstruosité de cette espèce. (G..N.)

GEASTRE. Geastrum. BOT CRYPT. (Champignons.) Vulgairement Vesscde-Loup étoilée. Genre anciennement indiqué par Micheli sous le nom de Geaster, réuni par Linné aux Lycoperdons, et que Persoon a rétabli en lui donnant les caractères suivans adoptés dans la Flore Française: Champignons globuleux à leur naissance, formés d'un péridium contenu dans une enveloppe coriace, épaisse,

[page] 176

hygroscopique, qui s'ouvre à son sommet et se fend en plusieurs (4-10) rayons; ceux-ci s'étalent, se reco-quillent en dessous, soulèvent le péridium et lui forment une espèce de piédestal en voûte. Le péridium globuleux s'ouvre au sommet par un orifice bordé de cils caducs; son intérieur est rempli d'une poussière brune entremêlée de filamens épais et peu distincts. L'enveloppe externe qui offre un caractère si tranché pour ce genre, est analogue en quelques points à la volva de certains Champignons. Cependant, l'organe que De Candolle considère comme le représentant de la volva, est une seconde enveloppe mince, très-fragile et peu apparente, qui est placée entre l'enveloppe externeet le péridium. L'existence de cette membrane, observée d'abord par Bolton et Bulliard, n'est pas constante, selon Desvaux, dans toutes les espèces; et lorsqu'elle s'y trouve, on observe qu'elle se déchire de deux manières: avec régularité ou au contraire irrégulièrement; et de ces légères différences, ce botaniste en a conclu que les espèces à membranes très - distinctes, pouvaient constituer un genre pour lequel il a proposé la dénomination de Plecostoma; mais ce groupe ne doit tout au plus être regardé que comme une subdivision du Geastrum. Les Géastres croissent à terre et se montrent ordinairement après les pluies d'automne. On en a décrit une dixaine d'espèces, toutes indigènes d'Europe, et qui ne présentent que des caractères fort peu tranchés. (Le Geastrum hygrometricum a été aussi trouvé au Mexique par Humboldt et Bonpland, V. le Synopsis Plant. orbis novi, vol. 1, p. 8, de Kunth.) Plusieurs d'entre elles ont été confondues par Linné et Bulliard, dans leur Lycoperdon stellatum. Si l'on adopte le Plecostoma de Desvaux comme section des Geastrum, on a dans ce genre deux sections caractérisécs de la manière suivante:

† Péridium sessile s'ouvrant au sommet par une simple déchirure (GEASTRUM, Desv.) On y a réuni les Geastrum hygrometricum, G. badium et G. rufescens, Pers. Cette dernière espèce n'est peut-être qu'une variété de la première. Elles croissent dans les environs de Paris, et surtout dans les bois de Romainville.

†† Péridium stipité; orifice plissé ou pectiné (PLECOSTOMA, Desv.). Les espèces qui composent cette section sont: G. coronatum, Pers., espèce d'Italie et d'Allemagne qui atteint plus de quinze centimètres de largeur; G. nanum, Pers., ou G. pectinatum, Pers. ou G. multifidum? D.C., qui croissent dans les bois de Sapins; et G. quadrifidum, Pers. et D. C. Cette espèce, remarquable par sa collerette à quatre découpures, qui se divise en deux membranes, habite les mêmes lieux que la précédente. (G..N.)

GEBEL-HENDY. BOT. PHAN. Nom arabe du Datisca cannabina, exotique en Egypte, mais dont les graines, selon Delile, y sont transportées de Crête, et employées comme émétiques. (B.)

* GEBETIBOBOCA. BOT. PHAN. (Surian.) Syn. caraïbe d'Epidendrum secundum. (B.)

GÉBIE. Gebia. CRUST. Genre de l'ordre des Décapodes, établi par Leach et rangé par Latreille (Règn. Anim. de Cuv.) dans la famille des Macroures, section des Homards. Ses caractères sont: les quatre antennes insérées sur la même ligne, avancées; les latérales à pédoncule nu, les intermédiaires terminées par deux filets allongés; pieds antérieurs en forme de serres, avec l'index notablement plus court que le pouce; les autres pieds simples, velus à leur extrémité; queue en nageoire; feuillets crustacés, les latéraux triangulaires, celui du milieu presque carré. Outre ces caractères qui leur sont propres, les Gébies offrent extérieurement quelques particularitésd'organisation assez remarquables; leur enveloppe est très-peu consistante et flexible; leurs yeux sont peu saillans; leurs antennes n'ont pas une excessive lon-

[page] 177

gueur; la soie qui les termine est simple dans les antennes externes, et double dans les antennes intermédiaires. Leur carapace est peu épaisse, membraneuse, assez semblable pour la forme à celle de l'Ecrevisse, poilue ou plutôt garnie de très-petits piquans et terminée en avant par une pointe peu avancée; elle se prolonge jusqu' à la base des pates de manière à la recouvrir en partie. Celles-ci sout garnies de poils qui forment à Pextrémité et sur les bords autant de petites franges; l'abdomen est assez long, et les lames natatoires et foliacées qui le terminent et qui constituent la queue proprement dite, sont entières, fort larges et surmontées de côtes longitudinales; ces feuillets sont presque triangulaires, et c'est là un des caractères les plus saillans qui permet de distinguer les Gébies des Thalassines avec lesquelles elles ont de grands rapports. Les Gébies sont des Crustacés assez rares qui se rencontrent sur nos côtes et dans les endroits où la mer est habituellement calme. Elles se nourrissent de Néréides et d'Arénicoles; c'est la nuit qu'elles font leurs excursions; le jour elles se tapissent dans de petits trous ronds et assez profonds qu'elles pratiquent à cet effet. Elles nagent principalement avec leur queue en la repliant et la redressant alternativement avec force. On ne connaît encore qu'un petit nombre d'espèces:

La GÉBIE ÉTOILÉE, Geb. stellata, Leach (Malac. Brit. tab. 31, fig. 1-8) ou le Cancer Astacus stellatus, décrit et figuré par Montagu (Trans. Linn. Societ. T. IX, p. 89 et tab. 3, fig. 5), peut être considéré comme le type du genre. Latreille pense qu'elle est la même que la Thalassina littoralis Risso (Hist. nat. des Crust, de Nice, p. 76 et pl. 3, fig. 12). Desmarest n'est pas de cet avis; il croit que cette dernière espèce est bien distincte, et il l'établit (Dict, des Sciences nat. T. XXVIII, p. 302) sous le nom de GÉBIE RIVERAINE, Geb. littoralis. Risso dit qu'elle est recherchée par les pêcheurs comme un excellent appât pour prendre les Poissons à la ligne. Elle fait son séjour sur les bancs d'Argile du littoral de Nice. Les œufs sont verdâtres; la femelle les porte aux mois de juin et de juillet. Il en existe une variété distincte par les couleurs de la carapace et de l'abdomen.

La GÉBIE DELTURE, Geb. Deltura, Leach (loc. cit., tab. 31, fig. 9 et 10). Elle a été trouvée en Angleterre, et sur les côtes de France, à l'île de Noirmoutiers, par D'Orbigny, observateur habile et animé d'un grand zèle pour l'étude des productions marines.

La GÉBIE DE DAVIS, Geb. Davianus. Espèce nouvelle établie en 1822 par Risso (Journ. de Phys. et d'Hist. nat., t. 95, p. 245) qui en donne la description suivante: son corps est allongé, mince, d'un blanc nacré, luisant; son corselet est uni, renflé, terminé par un petit rostre subconique, glabre; l'œil est petit, noir, situé sur de gros pédicules; les antennes antérieures sont courtes, les extérieures beaucoup plus longues; les palpes sont longs et ciliés; la première paire de pateç courte, la seconde plus grande, toutes les deux terminées par de longues pinces courbées, dont une à peine ébauchée; la droite de la seconde paire beaucoup plus grosse et plus longue; toutes les autres paires de pates sont petites, aplaties, garnies de poils à leur sommet; l'abdomen est long, composé de six segmens glabres; les écailles caudales sont arrondies et ciliées. La longueur de tout le corps est de 0,018m, et la largeur de 0,004m. Cette Gébie paraît au mois de juin; on la trouve sur le littoral de Nice, dans les régions madréporiques. A l'occasion de la description de cette nouvelle espèce, Risso fait savoir que déjà, en 1816, il avait rétabli, avec cette espèce et la précédente, un nouveau genre sous le nom de Gebios, et qu'il n'avait eu connaissance du genre Gebia du docteur Leach que par l'ouvragede Cuvier (Règn. Anim.)

TOME VII. 12

[page] 178

publié dans le courant de l'année 1817. (AUD.)

GEBIOS. CRUST. (Risso.) Mème chose que Gébie. V. ce mot. (AUD.)

GEBOSCON. BOT. PHAN. (Ruell.) Syn. d'Ail dans Dioscoride. (B.)

GÉCARCIN. Gecarcinus. CRUST. Genre de l'ordre des Décapodes, famille des Brachyures, tribu des Quadrilatères, fondé par Leach aux dépens des Crabes et des Ocypodes. Ses caractères distinctifs sont: test en forme de cœur, largement tronqué en arrière; pédicules des yeux courts et logés dans des fossettes arrondies; pieds-mâchoires extérieurs très-écartés et laissant voir une partie de l'intérieur de la bouche; deuxième paire de pieds plus courte que les suivantes; les Gécarcins different des Crabes par la forme en cœur de leur carapace; ils s'éloignent des Plagusies et des Grapses par leur front infléchi, n'occupant que le milieu du devant du test, et par l'insertion très-rapprochée des pédicules oculaires. Sous ces deux rapports, ils se rapprochent des Ocypodes et des Goneplaces; mais ils en sont encore suffisamment distincts par le peu de longueur des pédicules des yeux; enfin l'écar-tement des pieds-mâchoires est un caractère qui leur est propre, et qui ne se retrouve que dans les Grapses et les Plagusies avec lesquels ils ne sauraientêtre confondus. L'examen de l'organisation externe donne lieu aux observations suivantes: leur corps est épais et presque quadrilatère; les côtes ou les rayons branchiales de la carapace sont arrondies et tellement bombées en avant, qu'elles envahissent la place des régions hépatiques. Cette carapace qui est tronquée en arrière se termine antérieurement et sur le milieu par une sorte de chaperon carré ou arrondi, et rabattu à la partie inférieure. De chaque côté on voit, dans une fossette transversale, le pédicule de l'œil qui ne se prolonge pas jusqu'à l'extrémité latérale du test; les antennes sont courtes et apparentes-; les intermédiaires sont repliées sur elles-mêmes près du bord inférieur de l'espèce de chaperon, et les extérieures s insèrent près du canthus interne des cavités orbitaires. Leur base est formée par un article fort large, et elles se terminent en une petite tige conoïde; les piedsmâchoires, outre la singularité de leur écartement, présentent encore un fait remarquable dans les second et troisième articles qui sont comprimés et comme foliacés; la première paire de pates a la forme de deux grandes pinces souvent inégales entre elles; la seconde est moins étendue que les suivantes, et munie, ainsi qu'elles toutes, de tarses trèsépineux; l'abdomen est composé de sept anneaux; celui du maâle est triangulaire; la femelle a le sien plus large, presque demi-circulaire et arrondi au bout.

Les Gécarcins sont connus dans nos colonies sous le nom vulgaire de Crabes de terre et de Tourlourous. Plusieurs voyageurs en ont fait mention, et voici ce qu'ils ont recueilli de plus positif sur leurs mœurs singulières. Ces Animaux se tiennent pendant une partie de l'année dans les terres, sur les montagnes, à une distance quelquefois assez grande de la mer. Ils s'y rendent en troupe pour déposer leurs œufs et pour changer de peau. Cette dernière opération paraît exiger de la part du Crustacé quelques preliminaires importans, et qui paraissent avoir pour but principal de les préserver pendant cette époque critique des dan dangers auxquels' ils se voient bien plus facilement exposés. Au dire des obsérvateurs, ils pratiquent des trousou terriers dands le sable, et à l'époque de leur mue, ils ont le soin de les boucher. Ils y restent cachés pendant six semaines, et lorsqu'ils en sortent, ils sont encore mous; on les nomme alors Crabes Boursiers, et leur chair, qu'on mange à toutes les époques, est plus estimée. Les Tourlourous sont quelquefois très-dangereux à manger, On attribue leur propriété délétère au fruit du Mancenillier (Hippomane

12*

[page] 179

Mancinella), dont on prétend qu'il se nourrit; mais Jacquin réfute cette assertion, ét il est probable qu'ils sont tous carnassiers.

Les Crustacés propres à ce genre ont été désignés par quelques voyageurs sous les noms de Tourlourous, Crabes violets et Crabes peintes, Crabes blancs ou blanches; mais il reste encore quelques doutes sur la détermination des espèces. Les naturalistes en admettent un certain nombre bien caractérisés et qui sont originaires du sud. Tels sont:

Le GÉCARCIN TOURLOUROU, G. ruricola ou le Cancer rvricola de Linné, de Fabricius et d'Herbst. Il a été figuré par ce dernier auteur (tab. 3, fig. 36; tab. 20, fig. 116, et tab. 49, fig. 1) et par Séba (Mus. T. III, pl. 20, fig. 5). C'est le véritable Tourlourou des voyageurs français, très-commun aux Antilles. Sa carapace est de couleur rouge foncée, et la partie moyenne offre une impression qui figure une sorte d'H dont les jambages seraient très-prolongés et atteindraient presque les yeux. Le bord inférieur de la cavité orbitaire est dentelé, et présente une échancrure vers l'extrémité interne.

Le GÉCARCIN BOURREAU, G. Carnifex ou le Cancer Carnifex de Herbst (tab. 41, fig. 1, et tab. 4, fig. 37, var.). Il est le même que l'Ocypoda Carnifex de Bosc ou l'Ocypoda cordatade Latreille. Maugé a recueilli celt espèce à l'île de Saint-Thomas, dans les cimetières.

Le GÉCARCIN FOUISSEUR, G. Fossor ou Ocypoda Fossor de Latreille. Il est assez petit; ses pinces sont presqu'é-gales entre elles et dentelées à leur bord supérieur.

Pison a décrit sous le nom de Crabe Guanhumi un Crustacé originaire du Brésil et de la Guiane. Latreille n'hésite pas à le ranger parmi les Gécarcins. Il réunit encore à ce genre le Cancer Hydro - dromusd'Herbst (tab. 41, fig. 2), son Cancer litteratus (tab. 48, fig. 4), et son Cancer aurantus (tab. 48, fig, 5).

On connaît une espèce fossile de ce genre assez bien caractérisée. Desmarest (Hist. nat. des Crust. fos., p. 107 et pl. 8, fig. 10) la nomme GÉCARCIN A TROIS ÉPINES, G. trispinosus, et il la décrit de là manière suivante: elle est assez petite, de la grosseur d'une châtaigne dont elle a presque la couleur; sa forme est à peu près en cœur tronqué postérieurement; sa plus grande dimension est dans le sens transversal; le bord antérieur de la carapace dans les individus examiués était en trop mauvais état pour qu'il fût possible de le décrire; mais en général il n'est point tranchant: on aperçoit de chaque côté une petite fossette ronde, légèrement creuse, qui est, à n'en point douter, le point ou l' qui devait avoir un court pédoncule, était logé dans le repos; la carapace est arauée en voûte de devant en arrière, légèrement rugueuse, et présente des lignes peu enfoncées qui dessinent sés différentes régions; celle de l'estomac est traversée longitudinalement par un prolongement pointu de la région génitale; celle-ci et la région du cœur sont confondues en une large bande saillante légèrement sinueuse sur les bords, et prolongée jusqu'au bord postérieur de la carapace, de manière à partager ainsi le test en deux parties distinctes; les régions hépatiques antérieures, situées près du bord antérolatéral de la carapace, sont, dans ce Crabe, légèrement renflées, très-séparées de la région de l'estomac par une ligne enfoncéc, et l'on voit sur le même bord, dans les individus bien conservés, trois épines dont la plus forte est l'intermédiaire. Si la présence de ces épines pouvait être considérée comme un caractère générique, cette espèce devrait prendre place dans le genre Thelphuse. Les régions branchiales sont assez sinueuses; le bord postérieur est assez droit, et presque tronqué net. Desmarest n'a eu occasion de voir que des individus mâles; leur abdomen était fort étroit et allongé; le sternum sur lequel il se recourbait avait un sillon très-

[page] 180

étroit et présentait cinq pièces transversales distinctes dont les trois antérieures plus grandes que les autres, la première surtout; celle-ci était trapézoïdale et rebordée; les deux suivantes, en forme de parallélogramme, transverses et légèrement recourbées en avant, avaient à peu près une égale dimension. La première paire de pates a paru assez forte et renflée; cette pate avait les deux premières pièces petites, arrondies et lisses; la troisième était aussi lisse, renflée, et avait une arête marquée de petits points élevés et placés à la suite les uns des autres; la quatrième, presque cuboïde, avait six faces antérieures et postérieures légèrement granulées; enfin le cinquième article ou le gros de la pince était surtout renflé et portait au côté extérieur des tubercules très-distincts, plus gros et plus nombreux vers les points d'attache de cette pièce qu'ailleurs, et dont plusieurs des plus remarquables paraissent disposés sur trois lignes longitudinales. Desmarest ajoute que dans l'un des individus qu'il a examinés, on remarquait sur celte pince une épine à la partie antérieure de l'articulation qui l'unissait à l'article précédent. On ignore le gissement de ce Fossile. (AUD.)

GECEID. OIS. (Gesner.) Syn. de Cochevis. V. ALOUETTE. (DR..Z.)

GECKO. Ascalabotes. REPT. SAUR. Genre unique dans la famille des Geckotiens, comme les Crocodiles et les Caméléons le sont dans les familles qu'ils constituent, et que Linné confondait, mais en l'indiquant comme section (Gekkones) entre tant d'Animaux disparates; dans son grand genre Lézard; genre qui non-seulement est devenu un ordre, mais qui a encore fourni des genres à des ordres nouvellement reconnus. «Les Geckos ont, dit Cuvier (Règn. Anim. T. 11, p. 44), un caractère distinctif qui les rapproche un peu des Anolis. Leurs doigts sont fort élargis sur toute leur longueur, au moins à leurs extrémités, et garnis en dessous d'écailles et de replis de la peau très-réguliers. Ils leur servent si bien à se cramponner, qu'on les voit marcher sur des plafonds; mais ces doigts sont presqu'égaux. En général, les Geckos n'ont pas, comme les Anolis, la forme élancée des Lézards; ils sont au contraire aplatis; surtout leur tête. Leur marche est lourde et rampante; de trèsgrands yeux dont la pupille se rétrécit à la lumière comme celle des Chats, en font des Animaux nocturnes qui se tiennent le jour dans les lieux obscurs. Leurs paupières très-courtes se retirent entièrement entre l'orbite et l'œil, et y disparaissent, ce qui donne à leur physionomie un aspect différent des autres Sauriens. Leur langue est charnue et non extensible; leur tympan un peu renfoncé; leurs mâchoires sont garnies tout autour d'une rangée de très-petites dents serrées; leur peau chagrinée en dessus de très-petites écailles grenues, parmi lesquelles on voit souvent des tubercules plus gros, a en dessous des écailles un peu moins petites, plates et imbriquées. Quelques espèces ont des pores aux cuisses. La queue est marquée de plis circulaires comme celle des Anolis, mais lorsqu'elle est cassée elle repousse sans plis et même sans tubercules, quand elle en a naturellement, accident qui a quelquefois fait multiplier les espèces. Ce genre est trèsnombreux, et les espèces en sont répandues dans les pays chauds des deux continens. L'air triste et lourd des Geckos, et une certaine ressemblance avec les Salamandres et les Crapauds les ont fait haïr et accuser de venin, mais sans aucune preuve réelle. Leurs ongles sont rétractiles de diverses manieres, et conservent leur tranchant et leur pointe; conjointement avec les yeux, ces doigts peuvent faire comparer les Geckotiens parmi les Sauriens, à ce que sont les Chats parmi les Mammifères carnassiers; mais ces ongles varient en nombre selon les espèces, et manquent entièrement dans quelques-unes. Le nombre des espèces de ce genre et des caractères communs à plusieurs d'entre ces espèces, qui

[page] 181

les isolent naturellement en divers groupes, ont déterminé le savant, dont nous venons de transcrire les généralités sur les Geckos, à les diviser de la manière suivante en cinq sous-genres.

† PLATY-DACTYLE,Platy-Dactylus. Doigts élargis sur toute leur longueur, et garnis en-dessous d'écailles transversales. Dans ce sous-genre, plusieurs espèces manquent d'ongles et ont le pouce très-petit; elles sont en général peintes et diaprées des plus vives coulèurs. Les unes présentent dés pores aux cuisses; d'autres n'en présentent pas.

GECKO DES MURAILLES, Gecko fascicularis, Daud.; Lacerta Mauritanica, Gmel., Syst. nat. T. 1, pars. 3, p. 1061 (entre les Stelliones); Lacerta turcica, Gmel., loc. cit. p. 1068 (entre les Gekkones); Geckoste, Lac. Quadr. Ov. T. 1, Encycl. Rept. pl. 11, fig. 1; le Stellion des anciens; Tarente des Provençaux, mot qui vient de Tarentola ou Terrentola des Italiens; Carapata ou Garapate des Espagnols qui débitent les contes les plus absurdes sur cet innocent Animal, et chez lesquels son nom, passé dans diverses colonies pour désigner d'autres Sauriens soi-disant malfaisans, est devenu comme un terme d'horreur et de dégoût pour désigner un objet importun, dangereux et persécuteur. Cet Animal se trouve en Egypte, en Barbarie, dans l'Espagne riveraine orientale, en Provence, en Italie, en Grèce, et jusqu'en Syrie. Il semble propre au bassin de la Méditerranėe; il y habite en sécurité parmi les pierres, non-seulement des ruines, mais des demeures actuelles de l'Homme. On l'y voit poursuivre jusqu'à l'ombre des lnsectes volans dont il fait sa proie. Il ne s'effraie pas de notre approche, parce qu'il peut se soustraire à notre envie ae nuire par son agilité et par la faculté qu'il a de courir au-dessus de nos têtes sans que nous puissions l'atteindre, ainsi qu'en se retirant dans des trous que l'on ne sonderait pas aisément. Le Gecko des murailles est donc comme un domestique qui, dans certains cantons, purge nos demeures des Araignées et des Moustiques; de-là cet esprit de sagesse que leur supposait le plus sage des rois, car il paraît que c'est de l'Animal dont il est question qu'entendait parler Salomon, quand il dit: Il est trois choses qui sont les plus petites de la terre, mais qui sont plus sages que les sages: les Lièvres, les Sauterelles et les Lézards qui habitent les palais des rois Les Lièvres, les Sauterelles ou les Lėzards ne nous paraissent pas, à la vérité, être les plus petites choses de la terre; la sagesse des premiers qui consiste, selon l'auteur sacré, à coucher par terre, et celle des secondes qui se montre, dit toujours le prince inspiré, à ne pas reconnaître de rois, n'est pas autrement prouvée; mais il est constant que des Geckos foisonnaient dans le palais du fils de David puisque ce monarque en fait expressément l'observation, et que nul autre Reptile, à notre connaissance, ne paraît avoir l'habitude de pénétrer dans les appartemens somptuèux et de se montrer à la cour.

Le GEITJE, Lacerta Geitje de Sparman, Gmel. loc. cit., p. 1068, qui passe au cap de Bonne-Espérance pour un Animal fort dangereux, quoiqu'il n'en soit peut-être rien, et qui se niche, dit-on, dans les coquilles vides des Limaçons du pays, à défaut de palais de rois; le Gecko à gouttelettes de Daudin; Gecko de Lacépède, loc. cit., pl. 29, qu'on a confondu avec le Gecko des murailles, mais qui habite l'Archipel de l'Inde; le Gecko à bandes, Lacerta vittata, Gmel., loc. cit., p. 1067; enfin, les Gecko inunguis, occellatus et Cepedianus, figurés dans la planche 5 du tome IV du Règne Animal par Cuvier, sont les autres espèces du sous-genre qui nous occupe. Le STUTATEUR dont on fait un Anolis pourrait, selon Cuvier, lui appartenir encore.

†† HÉMIDACTYLE, Hemidactylus. Les Geckos de ce sous-genre ont la

[page] 182

base de leurs doigts garnie d'un disque ovale, formée en dessous par un double rang d'écailles en chevron; du milieu de ce disque s'élève la deuxième phalange qui est grêle et porte la troisième ou l'ongle à son extrémité. Les espèces connues d'Hémidactyle ont toutes cinq ongles et la rangée de pores des deux côtés de l'anus. Les écailles du dessous de leur queue sont en forme de bandes larges comme celles du ventre des Serpens.

Le TOKAIE, Perrault, Mem. sur les Anim., 2e part., pl. 67, Gecko tuberculosus, Daud.; Animal de Siam, long d'un pied ét marbré de brun ou de bleu. — Le Gecko de Java, que Bontius avait déjà connu, et dont le cri, selon ce naturaliste, détermina le nom de tout le genre; le Gecko triedrus de Daudin, ainsi que son Spinicauda et le Stellio Mauritanicus de Schneider, qui pourrait bien n'être que la premiere de ces deux espèces, appartiennent à ce sous-genre.

††† THÉCADACTYLE, Thecadactylus. Ces Animaux ont les doigts élargis sur toute leur longueur, et garnis en dessous d'écailles transversales comme les précédens; mais ces écailles sont partagées par un sillon longitudinal profond, où l'ongle peut se cacher entièrement. Ils n'ont pas de pores aux cuisses, et leur queue est garnie de petites écailles en dessus et en dessous. La plupart manquent d'ongles aux pouces seulement.

Le GECKO LISSE, Gecko lœvis de Daudin, Lacerta apicauda, Gmel., loc. cit., p. 1068, Stellio perfoliatus de Schneider, est un Saurien assez commun aux Antilles, qui y fut le plus fréquemment appelé Mabouya, nom également appliqué à plusieurs Anolis, marbré de brun et de gris en dessus et de petites écailles tuberculeuses. Il acquiert jusqu'à dix pouces de longueur. Il est fort sujet à perdre sa queue, qui repousse aisément, mais, le plus souvent, avec des formes monstrueuses, qui lui ont mérité les noms de Pcrfolié et de Rapicaude que lui donnèrent les naturalistes.

Le GECKO DE SURINAM, Gecko Surinamensis de Daudin, qui, de même que le précédent, se trouve à la Guiane, et le Gecko squalidus d'Hermann, appartiennent encore au sous-genre des Thécadatyles.

†††† PTYODACTYLES, Ptyodactylus. Ce sous-genre, dont le nom vient du mot grec aui signifie un éventail, est caractérisé par le bout des doigts qui seul est dilaté en plaques dont le dessous est strié longitudinalement et en divergeant du centre à la circonférence. Le milieu de la plaque est fendu, et l'angle placé dans la fissure; des ongles fort crochus existent à tous les doigts. Les Ptyodactyles peuvent être divisés en deux groupes: Ceux qui ont les doigts libres et la queue ronde.

Le GECKO DES MAISONS, Lacerta Gecko, L., Hasselq., It., 306, Gmel., loc. cit.,'p, 1068;Encyclop. Rept., pl. 10, fig. 6; Gecko teres de Laurenti et lobatus de Geoffroy de Saint-Hilaire, placé par Schneider entre les Stellions, sous le nom d'Hasselquistii, est l'une des espèces les plus anciennement connues dans l'Ancien-Monde. Il habite les côtes de l'angle oriental et méridional de la Méditerranée. L'un des Lézards les plus communs en Egypte et en Syrie, il pourrait être celui que l'on trouve désigné dans les Saintes Ecritures comme plus sage que les sages, si, comme le Fasciculaire ou Gecko des murailles, il ne fuyait les murs secs, élevés, brûlés du soleil ou assainis par les soins de l'Homme, pour vivre dans les trous des caves et les souterrains humides, où il semble fuir la lumière que recherche l'espèce au sujet de laquelle nous avons cité le roi Salomon. Cette espèce est hideuse; elle fait entendre une sorte de coassement. Ses doigts causent sur la peau, quand ils s'y appliquent, une sorte d'inflammation qu'on attribue à la présence de quelque venin, mais qui ne provient, sans doute, que de la piqûre des on-

[page] 183

gles. Dans l'horreur qu'il leur inspire, les habitans du Caire l'appellent Abou-Burs, ce qui signifie père de la lèpre; mais ce n'est pas une raison pour que cet Animal fût connu des Hébreux, si sujets au mal horrible dont il est question dans toute leur histoire et qu'ils communiquèrent, lors de leur dispersion, à l'Europe grossière, ainsi qu'au temps oú les croisades mirent en rapport avec l'Occident le recoin du monde que la lèpre avait infesté de tout temps.

A cette division appartiennent, dit Cuvier, plusieurs Geckos de l'archipel des Indes, parmi lesquels se trouve le Porphyré que Daudin a cru, à tort, de l' Amérique, et synonyme du Mabouya des Antilles. Nous avons vu que ce Mabouya était le Gecko lisse.

β A queue bordée de chaque côté d'une membrane, avec les pieds à demi palmés; ce sont les Uroplates de Daudin.

Le FRANGÉ, Gecko fimbriatus de Schneider, ou la Tête-Plate de Lacépède, Encyclop. Rept., pl. 11, fig. 2. Cette espèce paraît être le Famo-cantara de Flacourt, dont il a déjà été question, et sur laquelle les habitans de Madagascar racontent les mêmes erreurs qu'on débite sur les diverses espèces de Geckos quise trouvent ailleurs. Une bordure particulière, qui règne le longde la queue et des flancs, caractérise le Frangé, et lui a mérité son nom. Cet Animal vit sur les Arbres. On çite encore comme propre à Madagascar un autre Gecko appelé Sarroubé, qui n'aurait pas de franges à la queue et qui manquerait de pouces aux pieds de devant.

Le FOUETTE-QUEUE, Lacerta caudiverbera, L., Gmel., loc. cit., p. 1058, que Feuillée fit le premier connaître et qu'il observa dans une fontaine des Cordilières au Pérou. Cet Animal est noirâtre, long d'un pied, dépourvu de franges au corps, mais ex présentant sur les côtés de la queue qui est aussi munie d'une crête.

††††† PHYLLURE, Phyllurus. Ces Animaux, mieux examinés, pourront former un genre distinct de celui où Cuvier semble ne le compreudre que provisoirement. Ils n'ont point les doigts élargis des autres Geckos, et leur queue présente, par sa dilatation, un caractère fort singulier; on dirait celle des Castors, si elle n'était terminée par une pointe particulière, et si son extraordinaire fragilité ne la rendait un organe presque fugace. Péron qui observa fort superficiellement l'une des espèces de ce sous-genre, lui attribuait une queue lancéolée, et proposa pour elle le nom de Geckoïdes. Outre que les noms de cette désinence rendent une idée fausse, Shaw avait déjà désigné l'Animal de Péron sous le nom de Gecko platurus qui le caractérisait beaucoup mieux. Cuvier a encore été plus heureux dans le choic du mot Phyllure (queue en feuille) que nous adopterons. On ne sait pourquoi Daudin avait rapporté l'espèce connue de son temps aux Stellions. Nous en décrirons deux espèces; l'une doit être dédiée à l'illustre Cuvier qui créa un nom significatif pour les Animaux qui nous occupent et qui voulut bien nous en communiquer un individu pour le faire graver; l'autre portera le nom de Milius, aujourd hui gouverneur de Cayenne, qui nous le fit connaître et nous en procura la figure.

PHYLLURE DE CUVIER, Phyllurus Cuvieri, N. (V. pl. de ce Diction.) Hérissé de tubercules comme piquans; à tête pointue avec les mâchoires allongées en museau, marbré de brun en dessus avec la queue en forme de feuille à peu près cordée.' C'est cette espèce qui habite les lieux marécageux des environs du port Jackson, où elle vit d'insectes et de larves aquatiques, et dont on conserve un individu dans les collections du Muséum d'Histoire naturelle.

PHYLLURE DE MILIUO, Phyllurus Milii, N. (V. pl. de ce Diet.) Notre ancien et illustre ami le capitaine de vaisseau Milius, ci-devant gouverneur de Mascareigne, maintenant chargé du bonheur de la Guiane française, a découvert cette espèce

[page] 184

dans l'Australasie sur les rives de la baie des Chiens-Marins; nous lui en devons la figure et la description. Plus petite que la précédente, mais proportionnellement plus haute sur jambes, sa tête est obtuse, sa couleusd'un rouge de brique en dessus, qui ne permit que difficilement de la distinguer sur la terre rougeâtre où elle se tenait. Une sorte de demi-collier noir à trois bandes la rend fort remarquable, ainsi que la forme obtuse de sa tête, et l'extrême grosseur de ses yeux, caractères par lesquels elle diffère surtout du Phyllure de Cuvier. La queue n'est d'ailleurs pas si pointue, et loin d'être cordée, elle est comme spatuliforme, et la pointe qui la termine paraît d'autant plus remarquable que la partie élargie en est plus plate et plus ronde. (B.)

GECKOIDE. Gecloides. REPT. SAUR. (Péron.) V. GECKO, sous-genre Phyllure. (B.)

GECKOTE. REPT. SAUR. (Lacépède.) Syn. vulgaire de Gecko des murailles, espèce du genre Gecko. V. ce mot.. (B.)

GECKOTIENS. REPT. SAUR. Quatrième famille de l'ordre des Sauriens dans la méthode naturelle de Cuvier, tellement bien circonscrite, que toute distincte qu'elle est des plus voisines, elle ne contient qu'un seul genre, le genre Gecko. V. ce mot. (B.)

GEERIA. BOT. PHAN. (Necker.) Syn. d'Enourea d'Aublet. V. ce mot. (B.)

GEHLENITE. MIN. Nom donné por Fuchs, en l'honneur du chimiste Gehlen, à une substance minérale en cristaux rectangulaires trouvée dans la montagne de Mozzoni, près de Fassa en Tyrol, dans une gangue calcaire. Elle est d'un noir grisâtre; sa surface s'altère et se recouvre d'un enduit jaunâtre. Elle raye fortement le Spath-Fluor; pèse spécifiquement 2,98; fond avec difficulté au chalumeau en un globule d'un vert jaunâtre. Elle contient, d'après l'analyse de Fuchs, 29,64 de Silice, 35,50 de Chaux, 24,80 d'Alumine, 6,56 d'Oxide de Fer; perte, 3,40. Les minéralogistes ne sont point d'accord sur la place que cc Minéral doit occuper dans la méthode. Cordier le considère comme une variété d'Idocrase, et Léman comme une variété de son espèce Jamesonite, qui comprend les substances nommées Andalousite et Feldspath Apyre. (G. DEL.)

GEHUPH. BOT. PHAN. L'Arbre cité sous ce nom par C. Bauhin ct Dalé-champ comme originaire de l'île Trapobane, n'est pas connu. Il faudra le rechercher à Ceylan ou à Sumatra. Les noix que contient son fruit doivent fournir une huile médicinale fort estimée dans le pays. (B.)

GEHYDROPHILE. MOLL. Férussac, dans ses Tableaux systématiques, a proposé de réunir sous ce nom, dans le quatrrième ordre, les Pulmonés sans opercules, tous les Mollusques qui, quoique vivant dans l'eau, respirent l'air et sortent souvent de cet élément pour vivre sur la terre. Ce sont les Amphibies des Mollusques. Ce second sous-ordre des Pulmonés sans opercule ne comprend qu'une seule famille, les Auricules, qui, elle-même, présente quelques doutes à l'égard des genres que Férussac y fait rentrer. V. AURICULE. (D..H.)

GêIRAN. MAM. (Gemelli-Careri.) Syn. d' Antilope gutturosa, sans doute par corruption du nom de Tzeiran qu'on donne à cet Animal dans sa patrie. V. ANTILOPE. (B.)

GEISSODEA. BOT. CRYPT. (Lichens.) Mot employé par Ventenat pour désigner une tribu de Lichens remarquables par leur thallus dont les bords offrent des découpures imbriauées. Cette tribu correspond à l'Imbricatia d'Achar, adopté comme genre par De Candolle, et réuni postérieurement par Achar lui-même à son genre Parmelia. V. IMBRICAIRE et PARMéLIE. (G..N.)

GEISSORHIZE. Geissorhiza. BOT. PHAN. Genre de la famille des Iridées

[page] 185

et de la Triandrie Monogynie, L., établi dans le Botanical Magazine, aux dépens des Ixia de Linné. Ses caractères sont: spathe bivalve; périanthe dont le tube droit est un peu renflé à son orifice; le limbe à six divisions égales étalées; trois étamines droites; style incliné, surmonté de trois stigmates un peu élargis et frangés à leurs bords; capsule ovale, trigone, renfermant un grand nombre de graines fort petites. Ce genre ne diffère des autres Ixia que par une légère modification de formes dans le tube du périanthe et dans les stigmates. La plupart des botanistes ne le considèrent que comme un sous-genre des Ixia qu'il a été utile de subdiviser à cause du nombre extrêmement considérable de leurs espèces. Les Geissorhizes sont toutes indigènes du cap de Bonne-Espérance. Les principales espèces décrites par Vahl et Thunberg sont: Geissorhiza Rochensis ou Ixia radians, Thunb.; G. secunda ou I. secundo, Thunb.; G. setacea ou I. setacea, Thunb.; G. geminata ou I. geminata, Vahl; G. humilis ou I. humilis, Thunb.; G. scilla ris ou I. pentandra? L.? G. hirta ou I. hirta, Thunb.; G. excisa ou I. excisa, L. (G..N.)

GEITJE. REPT. SAUR. (Sparman.) V. GECKO.

*GEITOHALE. MIN. Nom proposé par Wild pour désigner la Chaux sulfatée anhydre, et qu'il est pour le moins inutile d'adopter. V. CHAUX. (AUD.)

* GEKROSTEIN OU GEKROESTEIN. MIN. Syn. de Baryte sulfatée, et suivant Stutz, de Chaux sulfatée. V. ces mots. (B.)

GELA. BOT. PHAN. Loureiro(Flora Cochinchin. 1, p. 285) a décrit sous ce nom un genre 'qu'il a placé dans l'Octandrie Monogynie, L., et qui offre pour caractères essentiels: un calice infère, à quatre divisions profondes; une corolle à auatre pétales glabres, linéaires, étalés; un pistil arrondi, surmonté d'un style court et d'un stigmate légèrement bilobé; une drupe presque ronde monosperme. L'éditeur de la Flore de Cochinchine, Willdenow, a fait remarquer les rapports de ce genre avec le Ximenia, et il a conjecturé que la nouvelle espèce de Ximenia décrite par Forster (Prodr. n� 163), pouvait bien être identique avec le Gela lanceolata de Loureiro. V. XIMéNIE. (G..N.)

GELALA. BOT. PHAN. (Rumph.) Syn. d'Erythrine. V. ce mot. (B.)

* GÉLASIE. Gelasia BOT. PHAN. Genre de la famille Synanthérées, Chicoracées de Jussieu, et de la Syngénésie égale, L., établi par H. Cassini (Bullet. de la Soc. Philom., mars 1818) qui l'a ainsi caractérisé: calathide composée de demi-fleurons hermaphrodites; involucre formé d'écailles sur deux ou trois rangs, les extérieures courtes, ovales, appliquées, surmontées d'un très-long appendice filiforme étalé; les intérieures presque sans appendice; réceptacle nu et plane; ovaires cylindriques à côtes striées transversalement, surmontés d'une aigrette irrégulière dont les poils sont très-légèrement soyeux, mais non plumeux comme dans le genre Scorzonera dont le Gelasia est uu démembrement. Une autre différence entre ces deux genres, consiste dans la disposition et la structure des parties de l'involucre dans celui dont il s'agit ici. L'auteur a décrit comme type le Scorzonera villosa de Scopoli (Flor. Carniol.) qu'il a nommé Gelasia villosa. Cette Plante croît aux environs de Trieste. (G..N.)

GÉLASIME. Gelasimus. CRUST. Genre de l'ordre des Décapodes, établi par Latreille aux dépens des Ocypodes et pouvant être rangé (Règne Animal de Cuvier) dans la famille des Brachyures, section des Quadrilatères, à côté des Goneplaces. dont il n'avait pas d'abord été distingué. Ses caractères sont: test en forme de trapèze, transversal et plus large au bord antérieur, dont le mi-

[page] 186

lieu est rabattu en manière de chaperon; pieds-mâchoires extérieurs rapprochés l'un de l'autre; leur troisième article inséré à l'extrémité latérale et supérieure du précédent; les quatre antennes découvertes et distinctes, les latérales sétacées; yeux situés chacun à l'extrémité d'un pédicule grêle, cylindrique, prolongé jusqu'aux angles antérieurs du test, et reçu dans une fossette longue et linéaire; l'une des serres beaucoup plus grande que l'autre; la longueur des autres pieds diminuant graduellement, à partir de la seconae paire. Les Gélasimes sont de grands rapports avec le genre Ocypode, et ne s'en distinguent guère que par leurs yeux placés au sommet du pédicule qui les supporte et par leurs antennes apparentes; ils partagent ces caractères avec les Goneplaces, mais ils en diffèrent essentiellement par l'insertion du troisième article aes pieds-mâchoires extérieurs, par le développement très-différent de la première paire de pates, et par la longueur relative des autres pieds. Ainsi établi, le genre Gélasime correspond exactement à la coupe fondée par Leach (Trans. Linn. Soc. T. XI) sous le nom d'Uca; mais c'est à tort qu'il y a rangé l'Uca una de Pison et de Marcgraaff; ce Crustacé offrant des caractères parfaitement tranchés. Latreille en a fait un nouveau genre qui ne correspond nullement à celui de Leach, et auquel il a conservé le nom d'Uca. V. ce mot. Les Gélasimes sont remarquables par lè développement extraordinaire d'une de leurs pinces, tandis que celle du côté opposé, indistinctement la gauche ou la droite, est réduite à l'état rudimentaire. Cette grosse pince est une sorte de bouclier que l'Animal tient élevé au-devant de lui, et qu'il fléchit et redresse alternativement; cette particularité a valu à une des espèces la plus commune le nom de vocans, parce qu'on a comparé ce mouvement au signe que nous faisons avec le doigt pour appeler quelqu'un. Ces Crustacés sont propres aux pays chauds; ils habitent près de la mer et se tiennent dans des espèces de terriers que chacun d'eux pratique dans le sable; ils sont carnivores. Les espèces qui se rapportent à ce genre sont assez nombreuses; nous citerons:

La GÉLASIME APPELANTE, G. vocans, Latr., ou le Cancer vocans de Degéer (Mém. sur les Insectes, T. VII, p. 43o, pl. 26, fig. 12), qui est la même que l'Ocypode vocans de Bosc (Hist. Nat des Crust. T. I, p. 198). Elle a été figurée par Rumph (Mus., tab. 10, fig. 1) et par Herbst (Cancer., tab. 1, fig. 10). On la trouve dans l'Amérique méridionale, particulièrement aux Antilles. Cette espèce est très-carnassière: Bosc rapporte qu'elle se nourrit d'Animaux en putréfaction, et de ceux que la marée rejette sur le rivage. Chaque individu passe les trois ou quatre mois d'hiver dans le fond de sop trou, et n'en sort qu'au printemps.

Delalande a recueilli au Brésil une espèce très-voisine de celle-ci, et que Latreille croit être le Ciecie Panema de Marcgraaff. Elle est d'un brun roussâtre; le dessus de la carapace, à l'exception des côtés, est d'un brun très-foncé.

La GÉLASIME MARACOANI, G. Maracoani, Latr., ou l'Ocypoae noir, O. heterochelos de Bosc (loc. cit., p. 197), a été décrite anciennement par Pison (Hist. Nat. lib. III, p. 77), et figurée par Séba (Thes. T. III, tab. 18, fig. 1), par Marcgraaff (Bras., p. 184, fig. 1) et par Herbst (loc. cit., tab. 1, fig. 9), qui a copié la figure de Séba. Elle se trouve dans l'Amérique méridionale, au Brésil, à Cayenne. On la mange.

La GÉLASIME COMBATTANTE, G. pugillator, Latr., ou l'Ocypode pugillator de Bosc(loc. cit., p. 197), qui cite la figure de Marcgraaff (loc. cit., p. 185, fig. 4), se trouve dans les deux Amériques, et a été observée dans la Caroline par Bosc; cet auteur donne (loc. cit., p. 187) la description suivante de ses habitudes:

[page] 187

« Les Ocypodes combattans sont terrestres; ils vivent par milliers et même par millions sur le bord de la mer ou des rivières dans lesquelles remonte la marée. Dès qu'un homme ou un Animal paraît au milieu d'eux, ils redressent leur grosse pince, la présentent en avant, semblent le défier au combat, et se sauvent, en courant de côté, mais conservant toujours la même position. Leurs trous sont si nombreux dans certains endroits, qu'ils se touchent. Ils sont cylindriques, ordinairement obliques et très-profonds. Rarement plusieurs individus entrent dans le même trou, excepté quand ils sentent le danger trop pressant. On ne les mange point. Ils ont un grand nombre d'ennemis parmi les Loutres, les Ourses, les Oiseaux, les Tortues, les Alligators, etc.; mais leur multiplication est si considérable, que la dévastation que ces Animaux font parmi eux n'est pas sensible. Ils ne craignent pas l'eau qui les couvre quelquefois; mais ils ne cherchent pas à y entrer; et jamais ils n'y restent long-temps de leur gré, si ce n'est peut-être pour faire leurs petits. ff Bosc a vu les femelles garnies d'œufs dès le mois de ventose (mars); mais il n'a jamais trouvé de petits du premier âge. Il faut qu'ils restent dans l'eau ou dans la terre pendant l'année de leur naissance. Les mâles se distinguent des femelles parce qu'ils sont plus petits, plus colorés, et que leur queue est triangulaire. Il n'est pas vrai, comme le dit Gronovius, que la grosse pate à gauche dénote le mâle; Bosc s'est assuré qu'elle variait de position dans les deux sexes.

On doit rapporter encore au genre Gélasime le cancer vocans d'Herbst (loc. cit., tab. 59, fig. 1), et plusieurs, espèces de Crustacés rapportées par Lesueur et Péron de leur voyage aux Terres Australes. Marion de Procé, l'un des médecins les plus distingués de la ville de Nantes et habile naturaliste, a recueilli à Marseille une espèce nouvelle, que Desmarest a décrite sous le nom de GÉLASIME DE MARION, G. Marionis. Elle est à peine longue de huit lignes et large d'un pouce. Sa carapace est lisse avec une impression en forme d'H sur son milieu; elle se termine de chaque côté par un angle assez vif et dirigé en avant. Les pédoncules oculaires grossissent insensiblement par le bout. Le bord inférieur du sillon des yeux est crénelé. La pince droite était beaucoup plus grande que la gauche, très-comprimée et granuleuse à son extrémité et près de sa base. Le pouce est droit, lisse sur les deux faces et granuleux sur sa tranche interne. Le doigt est immobile, arqué en dessous dans toute sa longueur, avec son bord interne largementéchancré dans son milieu, et partout garni de dentelures mousses disposées sur sa tranche.

On connaît une espèce fossile propre au genre Gélasime, c'est la GÉLASIME LUISANTE, G. nitida, décrite et figurée par Desmarest (Hist, des Crust. fossiles, p. 106, pl. 8, fig. 7 et 8). Elle est de la même taille que la Gélasime Maracoani, et lui ressemble sous plusieurs rapports; mais elle en diffère essentiellement, parce que les bords latéraux et antérieurs de la carapace sont lisses et non épineux comme dans l'espèce vivante. Desmarest n'a vu qu'un individu de cette espèce; il était engagé dans une Pierre argileuse assez dure, dont le gisement n'est pas connu. (AUD.)

GELASON. BOT. (Adanson.) Nom celtique du Diotis maritima, Desf. (AUD.)

* GELATIN A. BOT. CRYPT. Le genre proposé sous ce nom pour désigner divers Champignons gélatineux qui croissent sur le bois pourri dans l'Amérique septentrionale, nécessite un nouvel examen pour être adopté, et pourrait rentrer parmi les Tremelles. Rafinesque (Journal de botanique, T. II, p. 177) en parle fort légèrement, et cite quatre espèces sous les noms de fætidissima, lutea, rubra et alba. (B.)

GELATINARIA. BOT. (Roussel.)

[page] 188

Syn. de Batrachosperme. V. ce mot., (B.)

GÉLATINE, ZOOL. CNIM. Quoique cette substance, suivant la théorie admise généralement aujourd'hui, ne soit pas un principe immédiat des matières animales, il suffit qu'on l'ait pendant long-temps considérée comme telle, et qu'on l'obtienne en abondance toutes les fois qu'on traite par l'eau bouillante la plupart des parties solides des Animaux, pour que nous devions en exposer sommairement les propriétés physiques. Elle n'a ni couleur, ni odeur, ni saveur; elle est solide, et sa densité est plus considérable que celle de l'eau. Elle est très-solible dans l'eau bouillante, tandis qu'elle ne se dissout qu'en très-petite quantité dans l'eau froide; aussi la solution chaude se prend-elle en gelée par le refroidissement. Alors les molécules de la Gélatine enveloppent comme dans un réseau l'eau qui la tenait en dissolution et qui retient seulement la quantité de Gélatine qu'elle est susceptible de dissoudre à froid. Un grand nombre de sels, principalement ceux dont là saveur est très-stiptique, tels que le nitrate de Mercure, le persulfate de Fer, etc., occasionent dans la solution aqueuse de Gélatine, un précipité composé de Gélatine, de la base du sel et de l'Acide qui était uni à cette dernière. La Noix de Galle, l'é-corce de Chêne, et généralement toutes les substapces végétales astringentes qui contiennent l'Acide gallique et le Tannin, précipitent aussi la Gélatine en formant avec elle des composés plus ou moins insolubles. Traitée par lesagens chimiques très-énergiques, tels que le Chlore, l'Acide nitrique et l'Acide sulfurique, la Gélatine s'altère, se décompose et souvent se change en d'autres substances immédiates. Ainsi, par le Chlore, elle se précipite sous forme de flocons blancs, que Thénard considère comme composés de Chlore, d'Acide hydro-chlorique, et de Gélatine altérée. L'Acide nitrique finit par la convertir en Acide oxalique.

L'Acide sulfurique concentré, mis d'abord en macération avec la Gélatine, puis étendu d'eau soumise à l'ébullition, et saturé par la Craie, donne lieu, selon Braconnot de Nancy, 1°à des Cristaux sucrés, non susceptibles de fermentation, pouvant se sublimer par la distillation, et développer un produit ammoniacal; enfin qui, traités par l'Acide nitrique, donnent naissance à une substance acide, que Braconnot appelle Acide nitro-saccharique. 2°. Un liquide sirupeux incristallisable, duquel on a extrait de la matière sucrée cristal-lisable, une matière peu azotée qui empêchait celle-ci de cristalliser, de l'Ammoniaque, et une substance nouvelle blanche pulvérulente ou en Cristaux grenus, ayant le goût du bouillon, et précipitable seulement par le nitrate de Mercure. C'est à cette dernière substance que Braconnot a, donné le nom de Leucine, et il a découvert un nouvel Acide (nitro-leu-cique) qu'elle produit lorsqu'on la traite par l'Acide nitrique. D'après l'analyse de la Gélatine par Gay-Lussac et Thénard, ses principes constituans sont: Oxigène 27,207; Azote 16,998; Carbone 47,881; Hydrogène, 7,914.

Pendant long-temps on a cru que cette substance était toute formée dans la peau, le tissu organiaue des os, les tendons, etc., et qu elle ne faisait que se dissoudre dans l'eau à l'aide de l'ébullition. Fourcroy et Bostock l'ont considérée comme un principe immédiat du sang et de la plupart des liquides animaux, parce qu'on obtenait des précipités par la Noix de Galle dans ces liquides, après que par l'action de la chaleur on avait coagulé l'Albumine qu'ils contenaient. Mais outre que cette dernière substance ne se coagule pas lorsqu'elle est étendue d'eau, elle partage avec la Gélatine et plusieurs autres substances, la propriété d'être précipitée par la Noix e Galle. On admet aujourd'hui que la Gélatine n'est que le résultat d'un changement de composition que cer-

[page] 189

taines substances solides des Animaux éprouvent lorsqu'on les fait bouillir dans l'eau.

C'est de l'Ichthyocole (V. ce mot et ESTURGEON) qu'on extrait la Gélatine à son état de pureté le plus parfait. Mais on la retire en très-grande quantité des peaux non tannées, des oreilles, des cornes, etc., de plusieurs Animaux. Les os, soumis a l'ébullition dans l'eau, dont on augmente l'action par une haute pression, fournissent aussi une grande quantité de Gélatine. C'est de cette manière qû'on s'est procuré, dans les années de disette, assez de cette substance pour subvenir en partie à l'alimentation des classes indigentes. Un chimiste qui s'est principalement occupé des applications de la science aux besoins ae la so-ciété, Darcet a perfectionné le procédé de Hérissant, qui consiste à faire macérer les os dans l'Acide hydrochlorique, à les laver ensuite, et à faire bouillir dans l'eau le tissu organique qûi a conservé la forme de l'os.

Les usages de la Gélatine sont très-multipliés. On s'en sert principalement dans les arts sous le nom de Colle-Forte. Celle-ci est plus ou moins pure, selon la nature des substances animales qu'on emploie pour sa fabrication. La colle de Poisson ést employée à des usages pharmaceutiques et culinaires; elle sert à clarifier les vins en déterminant le dépôt des substances astringentes, et enveloppant comme dans un filet toutes les impuretés qui altèrent la transparence des liquides. Nous devons aussi mentionner la Gélatine ou le tissu organique qui lui donne naissance, comme l'élément principal de la substance qui joue le premier rôle dans le tannage des cuirs. (G..N.)

GÉLATINEUX. POIS. Espèce du sous-genre Cycloptère. V. ce mot. (B.)

GÉLATINEUX, BOT. CRYPT. Paulet donne ce nom comme générique,

à divers Champignons, dont les uns sont les Gélatineux à soies, les autres à bandes ou unis, et à papilles. Il les appelle aussi Champignons en gelée, ou Agarics Gélatineux à bandes; ce sont des Tremelles et des Hydnes. V. ces mots. (B.)

GELÉE DE MER. ACAL. Réau-mur, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de 1710, p. 478, pl. XI, fig. 27–28, donne ce nom à la Céphée Rhizostome de Lamarck, à cause de sa ressemblance avec la Gélatine ou Gelée animale. V. CÉPHéE. (LAM..X.)

GELÉE MINÉRALE, MIN. Quelques Minéraux, précipités de leur solution dans les Acides ou les Alcalis, retiennent tout le dissolvant ou au moins une grande partie; ce qui leur donne un aspect tremblottant, et une consistance à peu près semblable à celle de la Gelée végétale. La Silice et l'Alumine dites en Gelée, en sont des exemples. V. COAGULATION et PRÉCIPITé. (G.N.)

GELÉE VÉGÉTALE. BOT. On a donné ce nom à une substance extraite des Végétaux, soluble dans l'eau bouillante et qui, de même que la Gélatine animale, est susceptible de se convertir par le refroidissement en une masse molle et tremblottante, parce qu'elle retient entre ses particules une partie ou la totalité de son dissolvant. Thénard place la Gelée végétale au nombre des substances douteuses, parmi celles qui, ne cristallisant pas, peuvent varier et varient beaucoup en effet dans leur nature. Il est extrêmement probable que les Gelées de divers Végétaux ne sont pas identiques; que, par exemple, la Gelée de Tamarins, dont les propriétés se rapprochent beaucoup de celles des Mucilages ou de la Gomme, est bien différente de la Gelée de Lichen, qui offre beaucoup d'analogie avec l'Amidon, selon Berzélius. Quoi qu'il en soit, la Gelée se rencontre dans une grande quantité de fruits, dans les Groseilles, les baies de Sureau, der

[page] 190

Viorne, les Pommes, les Coings, etc. Elle y existe toute formée, puisque, par le simple repos de leur suc exprimé, elle se sépare en grande quantité. On ne peut pas dire que la chaleur occasione ici un changement dans la composition du tissu organique végétal; il serait tout au plus permis, en supposant un tel changement, de l'attribuer à la fermentation qu'éprouve le suc, et qui précède toujours l'apparition de la Gelée. (G..N.)

GÆLIDIE. Gelidium. BOT. CBYPT. (Hydrophytes.) Genre de l'ordre des Floridées que nous avons établi dans notre Essai sur les genres de Thalassiophytes non articulées, aux dépens des Fucus de Linné. Nous l'avons ainsi caractérisé: Hydrophytes à tubercules presque opaques, oblongs et comprimés, situés à l'extrémité des rameaux ou de leurs divisions, rarement épars sur les rameaux; organisation corolloïde; couleur pourpre ou rougeâtre devenant brillante à l'air, caractère desFloridées; feuilles nulles; divisions de la tige ou fronde plane ou très-comprimée. — Nous avons donné à ce groupe le nom de Gelidium parce que la plupart des espèces qui le composent peuvent se réduire presque entièrement en une substance gélatineuse par l'ébullition ou la macération. Les Gélidies forment un groupe particulier facile à distinguer des autres Floridées par plusieurs caractères. Néanmoins, Agardh n'a pas cru devoir l'adopter et en a placé des espèces dans la septième tribu de son genre Sphœwcoccus avec d'autres Plantes qui nous semblent en différer essentiellement. Stackhouse a fait deux genres particuliers des Gélidies cornées et à feuilles de Coronopus, sous les noms de Néréidée et de Coronopifoliée. Lyngbye, dans son Tenlamen, a conservé le nom de Gelidium sans y placer aucune de nos Gélidies, et a réuni sous ce nom une Laurencie et une Gigartine. Ainsi aucun de ces auteurs n'a cru devoir adopter le genre Gelidium tel que nous l'avons établi. Nous le regardons cependant comme un des plus naturels de la classe nombreuse des Floridées; en effet les Gélidies diffèrent des autres Hydrophytes par leur fructification; c'est, dans toutes les espèces, un tubercule comprimé, oblong, presque opaque, situé à l'extrémité des rameaux et de leurs divisions; toutes présentent ce caractère de la mauière la plus évidente, à l'exception dela Gélidie versicolore (Fucus cartilagineus, Gmel.), dont la fructification a quelques rapports avec celle des Gigartines, mais qui en diffère tellement par le faciès qu'il nous paraît impossible del'y classer; il vaudrait mieux en faire un genre particulier. Nous présumons que c'est l'examen de cette espèce qui a empêché Agardh et Lyngbye d'adopter le genre Gelidium. Si ces botanistes avaient examiné avec attention ou avaient eu à leur disposition les Gelidium spirræformis, Anthonini et Amansii, ils auraient vu que ces espèces remplissent l'intervalle qui semble exister entre le Gelidium corneum et le versicolor. L'absence des feuilles ou expansions planes sépare les Gélidies des Deles-series efles Chondrcs; les Laurencies, les Hypnées, les Dumonties, les Plocamies et les Champies, en diffèrent par l'organisation, la fructification et le faciès. Les Gigartines sont les Hydrophytes qui s'en approchent le plus, mais toutes ont pour fructification des tubercules arrondis ou subglobuleux, environnés d'une grande quantité de substance mucilagineuse qui rend la fructification semblable à un grain de raisin d'un millimètre environ de grosseur. La plupart des Gigartines ont la double fructification, tandis que l'on n'observe jamais ce phénomène dans les Gélidies, et que leur fructification, constamment tuberculeuse, est toujours comprimée, oblongue, et remplie en entier de capsules qui la rendent opaque; ces capsules ne forment point un globule au centre des tubercules comme dans les Gigartines, elles les remplissent en entier.

[page] 191

Ces faits nous engagent à conserver le genre Gelidium, quoique Agardh et Lyngbye l'aient rejeté. Tout ce que nous avons dit sur l'organisation ét la couleurdes Floridées peut s'appliquer aux Gélidies, remarquables par la variété et l'éclat des couleurs que développe dans ces Plantes l'action des fluides atmosphériques. Ces belles nuances, réunies à des formes élégantes, ont fait employer les Gélidies à former des tableaux qui ornent quelquefois le cabinet du naturaliste. Ces brillantes Hydrophytes semblent répandues dans toutes les mers de l'Ancien - Monde; néanmoins leur nombre est plus considérable dans l'océan Indien et dans les zônes chaudes et tempérées, que dans les régions froides des deux hémisphères où elles sont très-rares. Nous n'en avons encore reçu ni vu aucune espèce des côtes de l'Amérique; seraitce un groupe de Végétaux particulier, comme quelques autres, à l'Europe, à l'Asie et à l'Afrique ? Les Gélidies servent de nourriture à plusieurs peuples de l'Asie. A l'Ile-de-France, et sur toutes les côtes de l'océan Indien, les habitans en font usage dans les sauces pour leur donner de la consistance ou pour masquer le goût âcre et brûlant des épiceries qu'ils aiment avec passion. C'est avec des Gélidies que les Salanganes construisent les nids comestibles si renommés parmi, les Chinois et les autres nations riveraines de l'océan Indien et des îles asiatiques, qu'on les paie presque au poids de l'or, et que leur prix augmente chaque jour. — Le genre Gelidium est assez nombreux en espèces. Parmi les plus remarquables, nous citerons le Gelidium corneumdont les nombreuses variétés fatiguent le botaniste toujours tenté d'en faire des espèces particulières; le Gelidium versicolor, si commun au cap de Bonne-Espérance, et dont on fait des tableaux; le Gelidium coronopifolium qui se trouve en Europe, dans la Méditerranée, comme dans l'Océan; le Gelidium crinale, de la grosseur d'un crin de Cheval; et le Gelidium clavatum qui acquiert à peine un centimètre de hauteur. (LAM..X.)

GELINE. OIS. DeGaline, l'un des syn. vulgaires de la Poule domestique. V. COQ. (DR..Z.)

GELINETTE. OIS. Même chose que Gelinotte. V. ce mot. (DR..Z.)

GELINOTTE, OIS. Espèce du genre Tétras. V. ce mot. On applique le nom vulgaire de Gelinolte à plusieurs autres espèces du genre Tétras et à quelques-unes du genre Ganga. Ainsi on nomme:

GÉLINOTTE A FRAISE, le Tetraoumbellus, L.

GELINOTTE HUPPÉE D'AMÉRIQUE, le Tetrao Cupido.

GÉLINOTTE DES INDES, le Ganga à quatre bandes, Perdrix Indica, Lath.

GÉLINOTTE DE LAPONIE (Sonnini), le Tétras de Laponie.

GéLINOTTE DES SPALES (Sonnini), le Ganga unibaode.

GéLINOTTE DU SÉNÉGAL. (Buffon.) Syn. du Ganga velocifer. (DR..Z.)

GELONA. BOT. CRYPT. (Champignons.) Et non Gelone. Les espèces d'Agarics dont le chapeau est latéral, porté sur un stype ou sessile, ont reçu d'Adanson ce nom générique qui est tiré d'une des espèces nommée Gelone par les Italiens. Fries vient de rétablir ce genre sous le nom de Schizophyllus. (G..N.)

GELONIUM. BOT. PHAN. Genre de la famille des Euphorbiacées, et de la Diœcie Icosandrie, L. Ses fleurs sont dioïques; leur calice à cinq divisions réfléchies; dans les mâles, les étamines, au nombre de douze ou plus, saillantes, portées sur un réceptacle paisemé de tubercules glanduleux. Dans les femelles, deux ou trois stigmates sessiles, laciniés, surmontent un ovaire charnu, porté sur un disque glanduleux, à deux ou trois loges qui contiennent un ovule unique. Le fruit est une capsule à deux ou trois coques.

[page] 192

Ce genre renferme trois on quatre espèces originaires, l'une de Timor, les autres de l'Inde. Leurs tiges sont ligneuses; leurs feuilles alternes, entières ou dentées vers le sommet seulement, coriaces, très-glabres, luisantes et veinées; les fleurs disposées en faisceaux axillaires qu'accompagnent plusieurs bractées. Sous ce même nom de Gelonium, Gaertner avait établi un genre, synonyme de Tina, V. ce mot, qui appartient à la famille des Sapindacées. (A.D.J.)

GELOTOPHYLLIS. BOT. PHAN. (Pline.) Syn. de Ranunculus Illyricus. V. RENONCULE. (B.)

GELSEMINDM. BOT. PHAN. Chez les anciens, ce mot était souvent employé pour désigner les diverses espèces de Jasmin. Les premiers auteurs qui ont écrit sur les Plantes de l'Amérique septentrionale, Cornuli, Sloane, etc., l'ont appliqué à quelques espèces de Bignonia, telles que le B. radicans, L., B. Unguis Cati, L., etc. Le Bignonia sempervirens, L., était aussi nommé Gelseminum par Catesby; il est devenu le type d'un genre de la famille des Apocinées établi par Richard (in Michaux Flor. Boreal. Amer.), sous le nom de Gelsemium. V. ce mot. (G..N.)

GELSEMIUM. BOT. PHAN. Genre de la Pentandrie Monogynie, L., établi par Jussieu (Genem Plantarum, p. 150) et placé à la suite de la famille des Apocynées, parmi les genres non lactescens, et ainsi caractérisé; calice petit, à cinq dents; corolle beaucoup plus longue, infundibuliforme, dont le limbe est à cinq lobes étalés, presque égaux; capsule petite, plane, ovée, biloculaire et bivalve; valves carenées formant la cloison au moyen de leurs bords rentrans, et de cette manière pouvant être considérées comme deux fentes uniloculaires et polyspermes; semences planes, insérées sur les bords des valves. Le type de ce genre est la Plante que Linné a nommée Bignonia sempervirens, et quia été figurée par Catesby, 1, tab. 53, sous le nom de Gelseminum. Le professeur Jussieu a indiqué l'affinité du Gelsemium avec les Bignoniacées, et celle non moins grande avec les Apocynées; mais sa capsule, simple en apparence, semblerait le distinguer. Dans la description du Bignonia sempervirens, Linné n'avait mentionné que quatre étamines. En plaçant le Gelsemium dans la Pentandrie, Richard père (in Mich. Flor. bor. Amer., p. 121) a rectifié cette erreur soupçonnée par Jussieu. Le Gelsemium nitidum, décrit dans ce dernier ouvrage, est une Plante grimpante, très-glabre, à feuilles fanceolées, à fleurs jaunes, d'une odeur agréable, peu nombreuses et fasciculées. Elle croît dans la Caroline, la Géorgie, la Floride et la Virginie maritimes. (G..N.)

* GELSEMORO. BOT. PHAN. L'Arbre du Congo désigné sous ce nom, et qu'il ne faut pas confondre avec le Gelsomoro des Italiens, qui est le Mûrier, ne peut être reconnu sur ce qui en a été dit, encore que son écorce soit en usage, dit-on, dans lé pays comme une sorte de monnaie (B.)

GELSUM. BOT. PHAN. (Cœsalpin.) Syn de Mûrier. V. ce mot. (B.)

GéMAL. MAM. L'un des noms du Chameau chez les Arabes, (AUD.)

*GEMALLIE. CRUST. Leach (Dict, des Sc. nat., article Crustacés) inscrit ce nom dans la liste qu'il donne des genres de Crustacés publiés jusqu'à lui. Nous n'avons pu découvrir l'auteur de ce nouveau genre, et nous ignorons aussi quelles espèces il renferme. (AUD.)

GEMARS. MAM. Même chose que Jumar. V. ce mot. (B.)

* GEMEINER - ARSENIKKIES. MIN. (Wemer.) V. FER-ARSENICAL.

GEMELLA. BOT. PHAN. Genre établi par Loureiro (Flor. Cochinchin. 2, p. 796), mais qui, selon Jussieu et De Candolle, n'est qu'une répéti-

[page] 193

tion de l' A poretica de Forster. Celuici, aux yeux de Jussieu, Kunth et Aug. Saint-Hilaire, ne diffère pas assez du Schmidelia, pour constituer un genre particulier. V. SCHMIDELIE. (G..N.)

* GEMELLAIRE.Gemellaria.

POLYP. Savigny, dan3 le grand ouvrage sur l'Egypte, a figuré sous ce nom, des Polypiers flexibles de l'ordre des Cellariées, que nous avions d'abord regardés comme des Crisies, et dont, par la suite, nous avons fait un grovpe sous le nom de Loricaires dans notre Tableau méthodique des genres de l'ordre des Polypiers. V. LORICAIRES. (LAM..X.)

GEMINALIS. BOT. PHAN. Syn. de Sclarée et d'Hormin. V. ces mots, (B.)

* GÉMINÉ, E. Geminatus, ta. ZOOL. et BOT. Cet adjectif désigne que tels bu tels organes sont disposés par paires. Lorsque les feuilles naissent deux à deux d'un même point de la tige, comme dans un grand nombre de Solanées, elles sont géminées. Les pistils sont géminés dans l'Aigremoine, les Saxifrages, parce qu'il eu existe deux dans le même calice, etc. (A. R.)

* GEMINELLE. INF. Espèce du genre Dendrelle. V. ce mot. (B.)

GEMMATION. Gemmatio. BOT. PHAN. Ce mot a reçu différentes acceptions. Le plus généralement il s'entend de l'ensemble des diverses parties qui appartiennent aux bourgeons. Mais quelquefois il désigne l'époque de l'évolution de ces bourgeons ou la rupture des enveloppes qui forment le bourgeon. V. BOURGEON. (A. R.)

GEMMES. Gemmœ. MIN. Les anciens minéralogistes réunissaient sous ce nom, dans un même genre, toutes les substances qui fournissent aux artistes la matière des objets d'agrément que l'on désigne sous celui de Pierres précieuses. V. ce mot. (G. DEL.)

GEMMES. BOT. PHAN. V. BOURGEONS.

GEMMULE.Gemmula.BOT PHAN. Ce mot proposé par le professeur Richard, a été, avec juste raison, substitué à celui de Plumule, employé pour désigner les petites folioles ou rudimens des fenilles qui existent dans l'embryon. Tantôt la Gemmule qui se compose de petites feuilles embrassées les unes dans les autres est nue entre les deux cotylédons, tantôt elle est renfermée dans une sorte de gaîne formée par le cotylédon unique. V. EMBRYON, (A. R.)

* GEMMULARIA. BOT. CRYPT.

(Champignons.) Rafiuesque-Smaltz (Journal de physique, août 1819) nomme ainsi un genre qu'il caractérise de la manière suivante: Champignon tubéreux, souterrain, couvert de petites gemmules qui s'en détachent à certaine époque; chaume homogène crevassé sans veines dans son intérieur. Les deux espèces décrites par l'auteur sous les noms de Gemmularia leviuscula et G. rugosa, croissent en Virginie, dans le Kentucky, etc. On les confond avec les Truffes (Tuber), qui, selon Rafinesque, n'existent pas aux Etats-Unis d'Amérique. (G..N.)

* GÉMONE. REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre. V. ce mot. (B.)

GENCIVE, MOLL. L'un des noms vulgaires et marchands du Nerita Peloronta. V. NÉRITE. (B.)

GENCIVES. ZOOL. V. MÂCHOIRES.

* GENDARUSSA. BOT. PHAN. Espèce du genre Justicia. V. ce mot. (B.)

GÉNÉPI OU GÉNIPI. BOT. PHAN. Chaque pays a sa Plante sacrée, que le vulgaire regarde comme une panacée universelle. Celle qui dans les Alpes porte le nom de Génépi est, dans l'esprit des paysans, un remède souverain pour tous les maux; lorsqu'ils ne la possèdentpas dans leurs montagnes, ils vont la chercher très-loin, souvent aux risques de leur vie. Quand un chasseur ou un guide part pour une course lointaine, on lui recommande beaucoup de rapporter le Gé-

TOME VII. 13

[page] 194

népi. Quelle est donc la Plante si remarquable aux yeux de ces Hommes simples et ignorans pour qu'ils lui aient donné la préférence sur une foule d'autres que la nature a prodiguées sous leurs pas? Ce n'est autre chose que l'Arternis la glacialis, L., jolie Plante dont le feuillage, d'un blanc argenté, est très-amer et aromatique. L' Artemisia rupestris, L., que l'on a considéré comme le vrai Génépi des Savoyards, est une espèce rare et douteuse.

On mêle aussi dans les vulnéraires suisses, sous le nom de Genipi, les Achillea atrata, nana et moschata. Cette dernière espèce est, selon Haller, le Génépi de certaines contrées de la Suisse. (G..N.)

GÉNÉRAL, MOLL. Nom vulgaire et marchand, devenu scientifique, d'une espèce du genre Cône. (B.)

GÉNÉRATION, ZOOL. Pris dans sa plus grande généralité, ce mot exprime la fonction en vertu de laquelle un ètre peut en produire un autre qui lui ressemble par toutes les qualités essentielles. Dans la nature inorganique, il se passe un grand nombre de phénomènes qu'on a pu dans des temps éloignes de nous confondre avec une Génération analogue à celle qui se manifeste dans les Animaux. Ils en, diffèrent toutefois d'une manière évidente en ce qu'ils semblent toujours dus à un simple transport de particules élémentaires ou déjà composées qui se dégagent d'un état antérieur de combinaison pour rester isolées ou bien pour entrer dans un autre composé. Ces réactions purement chimiques paraissent dues le plus souvent à des effets galvaniques qui se produisent sans cesse dans le sein du globe, et que notre expérience actuelle permet non-seulement de concevoir théoriquement, mais encore d'obsei-ver en beaucoup de circonstances. Quoi qu'il en soit, par conséquent, le corps que nous voyons apparaître tout-à-coup dans certaines parties du globe, que nous voyons augmenter progressivement en quantité, ce corps n'a point été créé; il existait déjà; seulement une action quelconque est venue le séparer et l'amener au lieu où il se trouve aujourd'hui, sans lui donner aucune propriété particulière. Il n'eu est pas de même des phénomènes de la Génération organique. Celle-ci présente des particularités remarquables qui peuvent être ramenées cependant à un certain nombre de principes assez simples. Que l'on place un fragment de chair musculaire ou d'une matière animale analogue dans de l'eau, et qu'on abandonne le mélange à luimême, on observera bientôt, au moyen du microscope, une foule de petits globules dans le liquide, et l'on pourra se convaincre aisément que chacun d'eux est doué d'un mouvement spontané qu'il paraît peu capable de diriger, et qui ressemble assez, mais avec beaucoup plus de précipitation, aux oscillations de la lentille d'une pendule. V. MONADE. Toutefois ce mouvement est progressif. Le diamètre de ces petits êtres qui paraissent propres à réaliser la haute pensée des molésules organiques de Buffon, est absolument semblable à celui des globules élémentaires qui constituent la fibre musculaire. Ils sont nar conséquent aussi petits que la plus petite particule organique qu'il nous ait été donné d'observer encore, et cependant ils jouissent du mouvement volontaire, ou du moins d'un mouvement spontané, fonction qui semble supposer une organisation déjà compliquée. Si la faible puissance de nos moyens d'observation pose des limites à notre ardente curiosité, et ne nous permet pas de nous éclairer sur la véritable organisation de ces êtres, elle nous permet du moins d'étudier les transformations successives qu'ils peuvent subir, et d'examiner les phénomènes q ui en dépendent.

On a vu une matière organique morte, et que tout nous autorise à considérer comme inerte, se transformer en autant de petits êtres vivans qu'elle contenait de globules élémentaires. Ce fait donne déjà la

[page] 195

mesure de la singularité et del importance de ceux qui nous restent à examiner. On aperçoit bientôt deux de ces globules mouvans s'accolant complètement l'un à l'autre, de manière à produire un être nouveau, plus gros, plus agile, et capable de mouvemens mieux déterminés que ceux qu'on observe dans les simples globules. Ce composé binaire ne tardera point à attirer à lui un troisième globule qui viendra se réunir aux précédens et se souder intimement avec eux. Enfin un quatrième, un cinquième, et bientôt trente ou quarante se trouveront ainsi accolés et constitueront un Animal unique, doué de mouvemens puissans, énergiques, et muni d'appareils locomoteurs plus ou moins compliqués; enfin un être dent l'organisation savamment calculée repousse au premier abord toute idée d'une Génération aussi simple que celle dont on vient d'offrir l'histoire. Toutefois quelques jours d'une observation attentive et patiente suffiront pour convaincre de la réalité des résultats que nous venons d'exposer, et l'on pourra se former une idée juste de la nature de ces étranges Animalcules microscopiques désignés sous le nom d'Infusoires. Que d'ailleurs on prenne un de ces êtres tout achevé, et qu'on le tue au moyen de l'étincelle électrique, et bientôt on verra se désunir ces particules élémentaires, ces petits globules qui le constituent. Ils ne se sépareront point complètement, à la vérité, mais leur forme nettement dessinée donnera au cadavre de l'Animalcule un aspect framboisé qui permet au besoin d'en évaluer le nombre.

Tel est le phénomène de la Génération dans les Animaux microscopiques, et peut - être ce mode peut-il se retrouver aussi dans beaucoup d'autres espèces animales, tels que les Vers intestinaux, etc., qui offrent une organisation plus élevée.

Passons maintenant à l'autre extrémité de l'échelle, et jetons un coup-d'œil rapide sur les principales circonstances de la Génération dans les Animaux vertébrés. Deux êtres animés, l'un mâle, l'autre femelle, pris à leur naissance, commencent, dès leur entrée dans le monde, à exécuter toutes les fonctions qui caractérisent le règne auquel ils appartiennent. Leur sang circule, ils respirent, digèrent, sentent, se meuvent, et si l'on pénètre dans l'intérieur de leur organisation, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'ils possèdent aussi la faculté de produire plusieurs transformations sécrétoires. Cependant ils sont encore inhabiles à la Génération. Les organes que l'exercice de cette fonction exige ne mauquent pourtant pas, mais ils se montrent sous une forme rudimentaire bien suffisante pour indiquer la nullité de leur emploi. A une époque déterminée, ces appareils se développent d'une manière brusque et atteignent en peu de temps le degré de perfection nécessaire à l'objet qu'ils ont à remplir. Celui du mâle produit un liquide d une nature particulière qui est mis en réserve dans des cavités appropriées. Dans beaucoup de cas même, sa présence ne se manifeste qu'au moment. où il devient utile, et alors l'appareil de la Génération plus simple manque entièrement de réservoir. La femelle crée des ovules. Ce sont des corps particuliers sécrétés par les ovaires, et qui se composent généralement d'une matière liquide ou pulpeuse renfermée dans un sac membraneux de forme sphérique ou allongée. Lorsque ces préparatifs sont terminés de part et d'autre, les deux êtres sont devenus Capables d'en produire un troisième, et si l'acte par lequel ils arriveront à ce résultat varie beaucoup pour les détails, il est toujours le même quant à sa principale circonstance. Celle-ci consiste en ce que, d'une manière quelconque, la liqueur fournie par le mâle arrive en contact avec l'œuf produit par la femelle. Ce petit corps devient dès-lors susceptible d'un développement ul-

13*

[page] 196

térieur, et, pourvu qu'il so trouvé dans des conditions convenables de nutrition, se transforme, par degré, en un jeune Animal de mème espèce que le père et la mère desquels il provient.

Tels sont les divers phénomènes de la Génération des Animaux, réduits à leur expression la plus générale. Au premier coup-d'œil, les deux séries que nous venons d'indiquer semblent très-éloignées l'une de l autre. Un examen plus approfondi va montrer en quoi elles diffèrent réellement, et quels sont les caractères de ressemblance qu'on peut y rencontrer. Afin de procéder avec ordre dans cette discussion, on va parcourir en premier liéu les diverses circonstances de la reproduction des Animaux élevés, et quant à celles qui sont particulières à la formation des Animalcules infusoires, on ajoutera peu de chose à ce qui en a étè dit; leur histoire étant l'objet d'articles distincts dont Bory deSaint-Vincent s'çst chargé dans ce Dictionnaire.

De la Génération dans les Animaux susceptibles d' accouplement.

Elle se compose essentiellement de trois temps principaux qu'il importe de séparer pour établir quelque clarté dans notre examen. Il faut en premier lieu acquérir une bonne définition de la liqueur prolifique, apprendre comment elle se forme, étudier ses divers élémens et en apprécier l'importance. L'œuf fixera notre attention ensuite, et nous essaierons, s'il est possible, d analyser sa structure, de manière à assigner l'emploi des diverses parties dont il est formé. Après avoir acquis ces données, nous serons bien mieux en état de saisir les phénomènes qui arrivent au moment où l'œuf et la liqueur prolifique entrent en rapport, sous les conditions nécessaires a la fécondation, et nous suivrons avec plus de profit les changemens divers qu'il éprouve après cette époque, jusqu'au moment où nous aurons établi l'existence de tous les organes du nouvel être.

Parcourons en premier lieu les observations recueillies sur les fonctions du mâle; mais avant de passer à l'é-numération des expériences tentées sur ce sujet, disons quelques mots des organes préparateurs de la semence. On peut distinguer jusqu'à cinq sièges de sécrétion qui semblent tous concourir au résultat. Le premier, le plus général de tous, est le testicule, organe binaire dans les Animaux vertébrés, mais dont la forme et le nombre varient dans les autres classes. Chez les Mammifères, les testicules consistent, comme on sait, en une masse de vaisseaux sper-matiques entortillés, liés entre eux par un tissu cellulaire parenchymateux, au milieu duquel viennent se répandre les vaisseaux sanguins. Ils percent en petit nombre la membrane albuginée, et se réunissent en un conduit unique connu sous le nom d'épididyme qui se continue lui-même avec le canal déférent. Celui-ci amène dans l'urètre le liquide fourni par le testicule, et le verse dans la partie connue des anatomistes sous le nom de vérumontanum. Cette cavité reçoit aussi les aboulissans de divers organes sécréteurs. L'un des plus remarquables que l'on a pourtant considéré jusqu'à ce jour comme un simple lieu de dépôt pour la liqueur fournie par le testicule, porte le nom de ésicule séminale par analogie avec la* vésicule du foie à laquelle on la compare dordinaire. On verra qu'il est peut-être convenable d'établir quelques restrictions aux fonctions qu'on lui attribue généralement. D'ailleurs un grand nombre de Mammifères se trouve privé de ce réservoir quel que soit son emploi. La prostate verse dans le même lieu le iquide qu'elle sépare du sang. Cette glande que peu d'Animaux possèdent ne se trouve pas dans certaines espèces très-rapprochées par le reste de leur organisation de celles qui en sont munies. Enfin on a distingué dernièrement un appareil vésiculeux

[page] 197

plutôt que glandulaire qu'on a consiéré comme l'adjuvant des vésicules séminales, et auquel, en conséquence, on a donné le nom de vésicules accessoires. Il existe fort rarement. L'urètre recevrait les matières que chacun de ces organes est habile à praduire, s'il était possible que leur existence fût simultanée; mais les trois derniers manquent trop fréquemment pour qu'on puisse imaginer que leur coopération soit nécessaire à la production de l'agent fécondateur. La vésicule séminale ellemême peut être éliminée avec facilité, soit qu'on ne voie en elle qu'un simple lieu de dépôt, soit qu'on lui accorde le rôle d'organe sécréteur. Dans l'une et l'autre supposition, son absence fréquente démontre assez qu'elle ne joue qu'un rôle secondaire. Le testicule paraît donc l'organe essentiel à cette formation, et rien ne confirme mieux la vérité d'une telle conclusion que l'exemple d'une foule d'Animaux qui n'en possèdent pas d'autre. Les Oiseaux, beaucoup d'Animauix à sang froid, n'ont réellement que des testicules dont le liquide est porté jusqu'au lieu de l'émission par un canal droit ou fréquemment replié sur lui-même.

Passons maintenant à l'étude de la liqueur spermatique, et cherchons à fixer les idées des personnes que la physiologie intéresse sur un sujet qu on regarde aujourd'hui comme fort obscur, d'autant que la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette science, ont manifesté des opinions vagues ou douteuses sur ce point important. Personne n'ignore cependant que plusieurs naturalistes du plus grand mérite ont signalé et confirmé existence de certains êtres agités de mouvemens spontanés dans les liquides séminaux de presque tous les Animaux. Leur petitesse les avait dérrobés aux recherches jusque vers l'an 1.677. A cette époque, ils furent découverts par Ham et Leewenhoeck d'un côté, et par Hartsœker de l'autre, sans gu'il soit possible d'établir entre eux la priorité d'une manière bien précise. Leewenhoeck décrivit les Animalcules qui lui furent offerts par les semences de divers Animaux, et constata des différences assez notables entre eux. Mais les idées hypothétiques qu'il mit en avant, jetèrent beaucoup de discrédit sur les résultats de ses travaux, surtout à l'époque où le système de l'emboîtement prit faveur. On en était resté là, pendant un temps assez long, lorsque l'attention des observateurs fut de nouveau rappelée sur ce point par les recherches de Needham, dont les dissertations sont trop connues pour qu'il soit utile de les rappeler ici. Buffon s'en occupa beaucoup aussi vers la même époque, et nous examinerons plus tard les résultats qu'il obtint; ils étaient trop peu nombreux pour justifier la hardiesse des conclusions qu'il en avait déduites. Il paraît en outre que son instrument n'était pas favorable à de telles recherches, et que notre Pline était lui-même peu familiarisé avec l'emploi du microscope. Spallanzani fixa aussi son attention sur le même sujet; il le traita d'une manière plus positive et avec la sagacité qu'on admire dans tous les ouvrages dont ce savant a enrichi la physiologie. Il examina et décrivit les Animalcules d'un grand nombre d'Animaux, et remarqua toujours le plus parfait accord entre ses propres observations et celles de Leewenhoeck; mais il envisagea le sujet sous un point de vue particulier qui lui fut suggéré par ses propres travaux sur les Infusoires, et par les idées de Bonnet qui occupaient alors toute. l'Europe savante. Gleichen, naturaliste allemand, nous a donné des résultats analogues, et Bory de Saint-Viucent, qui s'est comme nous occupé de ce sujet, a observé de son côté un grand nombre d'Animalcules spermatiques pour lesquels il a proposé le nom de Zoospermes. Il a trouvé beaucoup d'harmonie entre nos descriptions et ce qu'il a lui-même vu dans la nature où nous avtons uniquement puisé.

Pour prouver qu'il est facile de

[page] 198

donner une description comparable des Animalcules, et surtout que ces êtres sont le produit d'une véritable sécrétion, il est à propos de rapporter quelaues-unes de ces descriptions et de nos expériences en commençant par les Mammifères. Parmi ceux-ci nous choisirons le Putois, à cause de l'extrême simplicité de son appareil générateur. Nous n'y voyons en effet que deux testicules ovales, à peu près dela grosseur d'une noisette, dont les canaux déférens viennent s'ouvrir dans l'urètre, à quelques lignes seulement au-dessous du col de la vessie. Arrivé dans cet endroit, le liquide spermatique suit la direction du canal et s'échappe à l'état de pureté par l'orifice du gland au moment de l'éjaculation. Si l'on examine au microscope le liquide éjaculé, on y remarque une foule d'Animalcules en mouvement, parfaitement semblables entre eux, pour la forme, la graudeur et le mode de locomotion. Leur extrémité antérieure est renflée, circulaire, mais raplatie, en sorte que lorsqu'ils se placent sur le côté, on ne la distingue plus du reste de l'Animalcule. La queue est longue, susceptible de flexion; et c'est à l'aide des mouvemens qu'elle exécute, que le petit être devient capable de locomotion. En général, la manière dont ces Animaux nagent, se rapproche beaucoup de l'allure des petits Têtards de Grenouille, dont ils ont en effet la forme et la vivacité. Dans le canal déférent, on rencontre un liquide laiteux, épais, qui renferme une masse si considérable d'Animalcules, qu'il serait impossible d'y rien distinguer, si l'on n'avait soin de le délayer avec un peu d'eau pure ou de salive. Il est très-vraisemblable, comme le pensait Leewenhoeck, que dans cet état la semence contient plus d'Animalcules que de véhicule liquide, en sorte qu'ils se trouvent entassés les uns sur les autres et à peine humectés. Ils ressemblent d'ailleurs en tous points à ceux qu'on trouve dans le liquide éjaculé. Ils ont la même forme, les mêmes dimensions, et se meuvent de la même manière. Comme eux, ils ne sont mêlés d'aucune matière organique étrangère. L'épididyme donne lieu à des remarques semblables. Si l'on prend le testicule et qu'on en coupe des tranches, soit à sa surface, soit à sa partie centrale, près de l'insertion de l'épididyme ou à l'extrémité opposée, qu on délaye dans un peu d'eau le liquide qui s'en écoule, et qu'on l'examine au microscope, on le trouvera toujours abondamment chargé d'Animalcules semblables entre eux et identiques avec les précédens. Seulement ils seront mélangés de globules graisseux et de petits fragmensde tissu cellulaire ou paren-chymateux. Ces corps étrangers sont dus à la facilité avec laquelle se déchire et se brise la masse du testicule dont ils proviennent évidemment. La faculté locomotrice des Animalcules cesse très-rapidement lorsqu'on les extrait ainsi des organes après la mort de l'Animal; mais elle dure davantage dans la liqueur obtenue par éjaculation. Elle se prolonge encore plus lorsqu'on laisse le liquide dans les vaisseaux; ainsi, quelques portions du canal déférent, délayées dans un peu d'eau ou de salive, chargent ces véhicules d'une foule d'Animalcules en mouvement; mais au bout de quinze à vingt minutes, on les trouve tous morts. Ils vivent ou se meuvent pendant deux ou trois heures sous les mêmes circonstances, si l'on fait usage de liqueur éjaculée. Enfin, si l'on extrait l'appareil générateur du corps de l'Animal et qu'on le conserve dans un linge humecté, on peut en obtenir des Animalcules vivans, quinze à dix-huit heures après l'opération, soit qu'on les prenne dans les canaux déférens, soit qu'on les retire des testicules eux-mêmes. Leur mort n'arrive pas d'une manière brusque. En effet, lorsque les Animalcules sont bien vivans, on remarque en eux des flexions rapides et alternatives de la queue, qui ne permettent pas de chercher ailleurs la cause de leur mouvement progressif. Presque

[page] 199

toujours ils se dirigent en avant, jamais on ne les voit rétrograder, mais bien souvent ils ne semblent avoir aucun but déterminé et s'agitent pendant long-temps sans changer de place d'une manière appréciable. Dans tous ces cas on observe une dégradation manifeste de vélocité depuis l'instant où on les a extraits de l'organe, jusqu'à celui qui marque le terme de leur faculté locomotrice. L'étendue de leurs mouvemens décroît progressivement, l'amplitude de leurs oscillations diminue peu à peu, et bientôt ils se montrent sans vie et flottans au gré du liquide dans lequel ils sont immergés.

Le CHIEN est l'Animal qui nous offre, après le Putois, les organes sécréteurs les moins nombreux. On n'y trouve en effet que les testicules et la prostate. Les vaisseaux sperma tiques, susceptibles d'être isolés les uns des autres, possèdent un diamètre d'un cinquième de millimètre, lorsqu'ils sont gorgés de semence. Ils se contractent un peu après l'évacuation. Ils sont repliés sur eux-mêmes en forme d'anse, et produisent ainsi des faisceaux parallèles. En essayant de les suivre pendant un trajet de plusieurs pieds de longueur, on les voit toujours continus, sans divisions ni anastomoses; et si l'on examine avec attention leur embouchure dans l'épididyme, on voit très-bien qu'ils y parviennent en petit nombre. Les canaux déférens versent dans l'urètre leur liquide au moyen de deux petites ouvertures placées sur les côtés d'une espèce de papille légère qui en marque la situation. C'est précisément dans cet endroit que se trouve la prostate. Elle est a peu près de la grosseur d'une fève, mais arrondie et partagée en deux lobes principaux, ce qui lui donne la forme d'un cœur renversé. Si on la divise, on voit qu'elle est composée d'un grand nombre de petits canaux parallèles entre eux et repliés dans l'endroit où ils atteignent la surface de la glande. Le liquide qu'ils séparent du sang, vient se rendre dans le canal de l'urètre sur les côtés du petit tubercule, qui porte les ouvertures des déférens. C'est là que ss môlenl les deux liquides, ils passent ensuite sans éprouver d'autre addition de matière organique jusqu'à l'extrémité de la verge, et s'écoulent goutte à goutte d'une manière uniforme à l'instant du coît. Le canal déférent et les conduits de la prostate amènent donc dans le vérumontanum des liquides distincts, et leur mélange produit la liqueur qu'on voit s'écouler du pénis, à l'instant de l'éjaculation. Dans les déférens, nous trouvons en abondance un liquide épais, blanc et rempli' d'Animalcules foit agiles. Ils sont plus petits que ceux du Putois, mais d'une forme analogue. Ils existent aussi dans l'épididyme, et se présentent dans l'un et l'autre cas parfaitement distincts et dégagés de toute matière hétérogène. Que l'on prenne des tranches du testicule en divers endroits, qu'on délaye le liquide qu'elles laissent échapper; et celui-ci montrera de même une foule d'Animalcules en mouvement, semblables en tous points aux précédens. Ils seront toutefois mélangés de graisse et de débris que nous savons être dus à la destruction du tissu de l'organe; ainsi, le testicule du Chien comme celui du Putois, émet des Animalcules et seulement des Animalcules, il les transmet à son canal déférent, et celui-ci les transporte dans le canalde l'urètre. Quant à la prostate, elle sécrète aussi un liquide opalin, blanchâtre, qu'il est facile de se procurer à l'état ae pureté, soit en prenant des tranches de cet organe et recevant sur une plaque de verre le liquide qu'on en fait sortir au moyen d'une compression graduée, soit en obtenant de la même manière celui qui transsude des canaux excréteurs de la glande. On peut encore, comme nous l'avons pratiqué fréquemment, laver l'intérieur du vérumontanum, comprimer l'organe et se servir de la liqueur qui est venue s'y rassembler. Dans toutes ces circonstances, on ne remarquera rien d'analogue aux Ani-

[page] 200

malculcs. Des globules nombreux, semblables à ceux du lait, flotteront dans le liquide, mais ils ne manifesteront aucune faculté locomotrice quelconque, seront toujours dépourvus de queue., et l'œil le moins exercé pourra, dès le premier essai, distinguer les liquides fournis par les canaux déférens, de ceux que l'on aurait obtenus de la glande prostate.

Chez les LAPINS, les vaisseaux spermatiques ont un quart de millimètre de diamètre; ils sont disposés en faisceaux et liés par un tissu cellulaire, au milieu duquel circulent les vaisseaux sanguins. Ceux-ci serpentent à peu près dans un sens perpendiculaire à l'axe du testicule, et se ramifient peu. La vésicule séminale possède des parois épaisses assez souples et ressemblant par leur texture à celles de la vessie urinaire. L'intérieur est revêtu d'une membrane muqueuse et présente une cavité simple, Sur sa paroi postérieure, on remarque un renflement glanduleux qui n atteint pas le sommet de la vésicule et se termine à peu piès aux trois quarts de sa hauteur, bon apparence est granuleuse, ce qui provient des petits culs-de-sac dont il est composé, et qui, se trouvant placés les uns à côté des autres, ne laissent voir que leur sommité. Cuvier considère cet appareil comme la prostate, et nous verrons que l'examen de la liqueur qu'il sécrète confirme cette opinion que le célèbre auteur de l'Anatomie comparée n'avait offerte qu'avec l'apparence de quelque doute. Dans le testicule, l'épididyme et les canaux déférens, on trouve une liqueur blanche, épaisse, qui renferme une foule d' Animalcules plus longs que ceux du Chien. La rapidité de leurs mouvemens est extraordinaire, et c'est peut-être de tous les Mammifères, celui qui possède les Animalcules les plus remarquables sous ce rapport. La prostate contient un liquide blanc, laiteux, dans lequel on trouve beaucoup de globules analogues à ceux du lait pour la forme et la grosseur, mais qui ne présente jamais d'Animalcules. Enfin, dans l'intérieur de la vésicule séminale, on rencontre un liauide gris jaunâtre dans lequel on distingue une foule d'Animalcules en mouvement. Ils sont mêlés de quelques corps étrangers très-gros, sphéroïdaux et globuleux, comme toutes les parcelles de mucus qui se détachent des membranes muqueuses. On n'a pas besoin d'ajouter aucun véhicule pour voir les Animalcules distincts et séparés, et lorsqu'on examine la liqueur avec attention, on reconnaît qu'ils sont accompagnés de petits globules semblables à ceux qu'on trouve dans la prostate.

Les organes de la génération possèdent chez le HéRISSON comme chez tous les Rongeurs, un développement fort considérable. Les testicules ont fourni un liquide blanchâtre qui transsudait des points incisés. Il fourmillait d'Animalcules qui s'y trouvaient comme à l'ordinaire mêlés de quelques particules étrangères. Ils étaient tres-grêles, leur tête paraissait circulaire, raplalie et marquée dans son centre d'une tache lumineuse. Leur queue longue semblait plus opaque que celle des Animalcules dont nous avons eu occasion de parler précédemment. L'épididyme et le canal déférent contenaient tous deux un liquide blanc de lait, visqueux et rempli d'Animalcules sans mélange de matières hétérogènes. Les vésicules séminales étaient gorgées d'un liquide blanc opalin qui jaillissait des grosses ramifications lorsqu'on les ouvrait. Celui-ci s'est coagulé lentement et d'une manière imparfaite, n'a point offert d'Animalcules, soit qu'on l'ait examiné pur avant et après la coagulation, soit qu'on l'ait délayé préalablement avec un peu de salive ou d'eau tiède. Il contenait seulement une foule de corps irréguliers de toutes les formes et de tous tes les grosseurs, et semblables sous plusieurs rapports à des débris de matières muqueuses dont ils avaient la transparence et l'aspect grenu. On arrive au même résultat, quelle que soit la partie des vésicules d'où l'on

[page] 201

tire la liqueur. Pour les vésicules accessoires, le liquide qu'elles renferment est clair, incoagulable spontanément, et son inspection microscopique ne montre que des globules rares de grosseurs variées, parmi lesquels on distingue aussi des vésicules graisseuses. On voit queles vésicules séminales du Hérisson n'ont point l'usage d'un réservoir destiné à rassembler le liquide fourni par le testicule. Elles sont remplies d'un liquide tout-à-fait particulier, et qu'elles sécrètent probablement elles-mêmes. Celui-ci se mélange à la liqueur des déférens, à celle des vésicules séminales, et c'est là ce qui constitue le sperme émis par l'Animal au moment de l'éjaculation.

Dans le COCHON D'INDE, les diverses sections du testicule laissent transsuder un liquide épais et blanchâtre, qui, délayé dans de la salive ou de l'eau pure, offre au microscope une foule d'Animalcules mouvans plus longs que ceux du Chien, du Lapin ou au Chat, mais très-rapprochés pour les dimensions ou la forme de ceux que nous avons reconnus dans le Putois. Leur tête est circulaire, plate, et marquée dans le milieu d'un cercle plus transparent que le bord. Leur queue est longue, assez large, ondulée dans l'état de mort ou pendant la progression. Mais lorsqu'ils sont agités sans locomotion sensible, elle est courbée en arc et semble inflexible. Ils sont d'ailleurs mêlés de matières hétérogènes qui ne peuvent provenir que du tissu du testicule et qui offrent la même apparence que les fragmens qu'op en détache. L'épididyme est gorgé d'un liquide blanc, d'apparence laiteuse. Pris à l'origine ou a la fin du canal, et délayé comme à l'ordinaire, il offre toujours des Animalcules en grand nombre et sans aucun mélange de substances étrangères. Leur (forme est identique avec celle des précédens. Le canal déférent donne lieu aux mêmes observations; les Animalcules s'y montrent nets et pleins de vie. La matière contenue dans les vésicules séminales est épaisse, transparente, opaline et comme pulpeuse; elle s'épaissit rapidement à l'air et devient alors concrète, blanche et friable. En se desséchant elle prend un aspect corné. On l'examine au microscope, seule ou délayée dans un peu de salive; elle ne présente que des globules transparens souvent agglomérés, mais faciles à séparer. Dans plusieurs expériences, nous n'avons pas trouvé d'autre substance dans les vésicules, mais quelquefois la base de ces boyaux était plus blanche qu'à l'ordinaire et contenait des Animalcules. Ceux-ci provenaient d'un peu de liquide reflué du canal déférent et se voyaient mêlés à une grande quantité de la substance propre aux vésicules. Dans quelques occasions, nous avons observé que la portion de liquide en contact avec la membrane muqueuse en contenait jusqu'au sommet des culs-de-sac. Ils étaient en mouvement dans l'un et l'autre cas, identiques avec ceux du canal déférent, mais disséminés dans une grande masse de la matière propre aux vésicules ellesmêmes. La liqueur des vésicules accessoires est transparente, très-fluide, incoagulable spontanément. Elle ne montre au microscope aucun Animalcule, mais seulement quelques globules gros, rares, différens en volume et d'un aspect qui rappelle celui des gouttelettes de graisse. Enfin on peut extraire des glandes de Cowper, au moyen des procédés que nous avons déjà fait connaître, un liquide blanc laiteux rempli de globules trèspetits, de la même dimension que ceux qu'on observe dans le lait. On voit donc qu'au milieu de tous ces appareils variés, la constance de l'emploi du testicule se fait remarquer de la manière la plus satisfaisante. Lui seul sécrète des Animalcules, et les autres glandes fournissent à la liqueur séminale des matériaux tout-à-fait différens dont nous ne saurions encore assigner, il est vrai, l'utilité, mais qui jouent probablement un rôle secondaire.

Les Animalcules du SURMULOT

[page] 202

ont une longueur considérable, se meuvent avec vivacité et nagent à la manière des Anguilles dont ils ont à peu près la forme, car leur tête est moins grosse relativement à la queue que dans les Animaux précédens. Elle offre ceci de remarquable, qu'elle est marquetée de points translucides lorsqu'on l'examine de champ, et ce caractère singulier se retrouve dans le Rat, la Souris blanche et grise. Vue de côté, la téte se distingue de la queue, car elle est dirigée d'une façon anguleuse qui la rend aisée à reconnaître, circonstance que nous n'avons observée que dans les Animaux qu'on vient de citer. Dans tous les autres, la tête est aplatie, mais elle se dirige selon l'axe de la queue.

Nous avons pu, grâces à la complaisante amitié de Colladon, membre distingué de la Société de Physique à Genève, soumettre à diverses reprises les liqueurs spermatiques de la Souris blanche et grise à un examen comparatif très-soigné. L'identité de leurs Animalcules est complète, soit pour la longueur absolue, soit pour la forme du renflement céphalique qui, comme on l'a déjà dit, présente des caractères particuliers.

Les Animalcules du CHEVAL, ceux de l'ANE, du TAUREAU, et les appareils générateurs du MULET, doivent, à leur tour, fixer notre attention. On conçoit l'utilité d'une comparaison semblable lorsqu'on réfléchit ȧ la possibilité reconnue du croisement entre ces trois espèces. De tous ces Animaux le Cheval était le seul que nous eussions examiné, lors de la publication de notre Essai sur les Animalcules spermatiques; depuis lors, nous avons eu de fréquentes occasions de vérifier nos premiers résultats. Les testicules et le canal déférent ont fourni toujours de nombreux Animalcules très-vivans, même douze heures après l'extirpation des organes. Leur tête est arrondie, marquée au centre d'un point globuleux et clair. Leur longueur totale est de o, mm 050 à 0 mm 055. Spallanzani, Gleichen et plus anciennement Hill avaient déjà reconnu leur existence dans la liqueur obtenue par éjaculation dans les haras. Plusieurs appareils générateurs de l'Ane ont été le sujet de pareilles observations. Dans tous, nous avons reconnu des Animalcules fort analogues à ceux du Cheval, mais qui semblaient avoir la tête plus ovale. Leur longueur totale était de 0, mm 060, c'est-à-dire à peu près la même. Gleichen nous paraît être le premier naturaliste quiles ait bien décrits, mais comme le dessin qu'il en a donné, de même que tous ceux que renferme son ouvrage, a été fait d'après une liqueur éjaculéc, on y trouve non-seulement des Animalcules, mais encore d'autres matières organiques fournies par les glandes secondaires de l'appareil mâle. Nous avons aussi observé soigneusement les liqueurs retirées du testicule ou de l'épididyme de plusieurs Taureaux. Nous avons même eu la facilité de comparer une fois les Animalcules que nous en obtenions avec ceux d'un Cheval dont on nous avait apporté les organes en même temps. La forme est analogue, mais ceux du Taureau ne nous offrirent pas ces taches circulaires et plus blanches qu'on rencontre dans les. Animalcules du Cheval et de l'Ane. Leur longueur est de 0, mm 058 à 0, mm062, c'est-à-dire semblable à celle que nous avons reconnue dans les Animaux précédens. Gleichen, qui avait beaucoup de facilité pour se procurer la liqueur émise par les Taureaux à l'instant du coit, en a fait le sujet d'un très-grand nombre d'observations. Ce sperme a, selon lui, l'odeur et la couleur de l'eau de colle, et il pense avoir trouvé beaucoup plus d'Animalcules dans celui des jeunes Animaux que dans celui des Taureaux plus âgés.

On conçoit qu'il est d'un haut intėrêt, pour rendre cette histoire complète, de comprendre dans notre investigation les organes du Mulet, de ce singulier Animal auquel on refuse, presque d'un commun accord, la faculté fécondante. Quoique beaucoup

[page] 203

d'écrivains aient supposé qu'il était capable d'engendrer, particulièremeut avec la Jument, nous n'avons pas encore trouvé sur ce point une seule preuve de fait. Parmi ceux qui sont les plus disposés à le croire, nous n'en voyons aucun qui puisse fournir des détails suffisamment précis. Les autres, au contraire, cilent en leur faveur une foule d'essais infructueux. Il en est de cette question comme de tous les cas où les personnes qui se vouent aux sciences sont appelées à se prononcer sur des résultats négatifs. Un témoignage positif suffirait pour annuler la valeur de tous les autres, quelque multipliés qu'ils fussent. Il devient donc fort epineux de prendre une opinion arrêtée; et dans la circonstance présente, nous nous bornerons à énoncer qu'il est fort probable, si l'on s'en tient à la majoritédes avis, que le plus grand nombre des Mulets n'est pas apte à la propagation. Dans les grandes fermes de l'Amérique où il se trouve d'immenses troupeaux de Mulets, on cite quelques exemples de fécondation. Les circonstances, en cette occasion, sont bien favorables, puisqu'on peut observer plusieurs milliers de Mulets mâles. Cependant les cas où ils ont paru propres à la propagation sont presque aussi rares et non moins équivoques que les observations faites en Europe. On conçoit d'ailleurs que l'on ne peut affirmer avec certitude que le Mulet soit inhabile à la Génération, mais on a du moins des preuves très-positives et plus que suffisantes pour montrer combien il est rare que l'exercice de cette fonction lui soit accordé. Quoi qu'il en soit dans le fond, il importait beaucoup à notre point de vue de savoir s'il existait des Animalcules dans ses appareils générateurs, et de connaître leur forme et leur longueur comparativement aux espèces d'où il provient. Nous nous sommes procuré un Mulet d'une douzaine d'années et qui montrait des signes d'ardeur non équivoques. On l'a tué, et nous avons examiné de suite tout son appareil générateur avec le plus grand soin. Il ne nous a pas été possible d'y rencontrer autre chose que des globules tels que ceux que nous rencontrons dans les Animaux impubères. Les testicules étaient remplis d'un fluide opalin très-abondant, et qu'on aurait confondu facilement à l'œil avec la liqueur spermatique la plus parfaite; mais sous le microscope, ou ne pouvait y apercevoir autre chose que des corpuscules immobiles. Les vésicules séminales et le canal déférent contenaient le même liquide et reproduisaient la même apparence. Les prostates offraient au contraire une liqueur jaune sale dans laquelle flottaient des globules rares et plus petits. Bory de Saint-Vincent nous assure avoir obtenu absolument les mêmes résultats sur divers Mulets dont il a eu occasion d'observer l'appareil générateur en Espagne. Gleichen, qui avait l'intime conviction de l'existence des Animalcules dans le Mulet, avoue pourtant qu'il ne lui a pas été possible d'en apercevoir. Il est vrai qu'il l'attribue plutôt à l'âge du Mulet qui avait plus de dix ans qu'à toute autre cause, et il pense que son expérience prouve seulement l'absence des Animalcules dans les vieux Animaux. Or, comme nous avons vu nous-mêmes des Etalons fort estimés, quoiqu'ils eussent plus de quinze ans, il nous est impossible d'admettre une telle explication. Gleichen cite encore des tentatives faites pour obtenir un accouplement fécoudant entre les Mulets et les Jumens. L'acte en lui-même se passait comme à l'ordinaire et sans difficulté, mais les femelles ne retenaient pas. Malgré toutes les preuves qu'il accumule ainsi contre sa propre opinion, car il croyait que les Animalculesétaient nécessaires à la Génération, il n'en conclut pas moins que le Mulet doit être habile à la reproduction comme toutes les autres espèces.

Nous avons pu faire aussi de fréquentes observations sur les Animalcules du Bouc. Ils ont une extrême vicacité dans leurs mouve-

[page] 204

mens, et se rapprochent d'une manière remarquable de ceux du Lapin, soit par la longueur, soit par la forme. Il en est de même des Animalcules du Bélier. Nous n'avons pas besoin de faire observer, quant à ces derniers, que les remarques dont Leeweuhoeck a publié le détail sont entièrement fausses. Il a cru reconnaître déjà chez eux les mœurs particulières de l'espèce et leur disposition à errer par troupes nombreuses. De telles hallucinations se réfutent d'elles-mêmes; elles ont discrédité, dès sa naissance, le système de la Génération, d'ailleurs fort bizarre, auquel cet habile observateur s'était arrêté.

La plupart des Oiseaux sont soumis à des alternatives nettement tranchées qui les rendent inhabiles à se reproduire hors de certaines époques, et les Moineaux, par exemple, ne sont pubères que vers la saison de leurs amours. On trouve alors leur testicule, volumineux, blanc, gorgé de semence, et celle-ci fourmille d'Animalcules dont la tête plate et circulaire se présente souvent de côté; leur queue, lougue et effilée comme une aiguille, se contourne peu dans leurs mouvemens, qui semblent s'exécuter d'une seule pièce. Mais il n'en est pas de même en tout autre temps, et le testicule, réduit au dixième de son volume, offre la teinte gris-jaunâtre qui est propre aux vaisseaux spermatiques qui le composent. Ceux-ci ne contiennent absolument aucune espèce de liquide, et l'on a beau le coinprimer, le diviser, en délayer des fragmens dans l'eau, rien ne peut y faire reconnaître des Animalcules. Le Moineau mâle n'est donc véritablement pubère qu'au printemps, et perd cette prérogative dès qu'il a accompli l'œuvre de la reproduction. Il eu est de même des Serius de Canarie, des Linottes, des Pinsons, des Cauards domestiques et des Coqs d'Inde. On se bornera a présenter ici quelques résultats propres à donner une idée précise de leur forme. Ceux du COQ, que. Leewenhoeck avait découverts et parfaitement dessinés, et que Gleichen lul-même avait eu l'occasion d'observer, peuvent fournir l'occasion d'admirer l'exactitude extraordinaire de l'infatigable scrutateur hollandais. Les Animalcules du Coq consistent en une tête oblongue qui se rétrécit tout-à-coup à sa base et se continue en une queue extrêmement fine qu'il est presque impossible de reconnaître aux premières observations. Mais si l'on se livre pendant quelques jours à cet examen, on parvient aisément à s'assurer de son existence, et alors l'Animalcule se montre tel que nous venons de le dépeindre. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le Coq, pris en toute saison, se prête facilement à ce genre de recherches, et se dérobe par conséquent à une loi qui pourrait sembler plus générale. Le PIGEON possède anssi des Animalcules, et leur forme, leur longueur les rapprochent singulièrement de ceux qu'on vient de décrire dans le Coq, tellement même qu'il serait impossible de dire en quoi ils diffèrent: On trouve que les organes de cet Animal en contiennent à une époque où il est impossible d'en obtenir des Moineaux, du Canard et du Coq d'Inde, ce qui porte à penser qu'il conserve sa puberté pendant toute l'année de même que le Coq domestique. Ceux du CANARD sont plus courts et ne se présentent qu'au printemps et au commencement de l'été. En automne on trouve les testicules secs et arides, d'une couleur jaune sale, et le déférent est entièrement vide.

La liqueur séminale de la GRENOUILLE commune, obtenue par émission spontanée, contient une telle quantité d'Animalcules, et leur mouvement est si rapide, que l'œil, armé du microscope, n'y aperçoit qu' une espèce de bouillonnement très-singulier. Mais lorsqu'on la délaie ou qu'on prend le liquide du testicule, le mouvement plus lent et les Animalcules plus isolés permettent d'en percevoir la forme sans difficulté. Ils sont fort courts, leur tête est oblongue, aplatie et mar-

[page] 205

quée dans son centre d'une tache plus claire que nous n'avons bien vue qu'au moyen de l'excellent microscope du professeur Amici. La Grenouille à tempes rousses a offert des Animalcules semblables en tout point, mais elle se distingue de la précédente par quelques particularités de son appareil générateur, qui paraissent singulières lors qu'on réfléchit à la ressemblance qui existe d'ailleurs entre ces deux espèces. Le testicule est beaucoup plus petit, l'uretère est plus large comparativement, mais il est privé de dilatation etse termine dans le cloaque par un simple orifice sans papille. La femelle offre des différences encore plus saillantes.

On trouve chez les CRAPAUDS des variations plus remarquables, mais elles ne portent que sur les arrangemens accessoires de l'appareil, et le testicule s'y voit toujours gorgé d'un liquide qui fourmille d'Animalcules plus ou moins longs.

Les Animalcules de la SALAMANDRE ont une forme très-remarquable et diffèrent entièrement de ceux décrits jusqu'à présent. Ils sont fort longs, fort grêles, et se terminent en avant par une tête obovale tellement plate que lorsqu'elle se présente sur le côté, on dirait qu'ils n'en ont pas du tout. Ils se meuvent d'une manière aussi fatigante que singulière. Leur corps entier se courbe en un arc très-régulier, mais qui change de direction à tout instant. Quelquefois ils exécutent cette espèce d'évolution pendant plus de dix minutes sans bouger de place. On les voit aussi, mais plus rarement, nager par des ondulations répétées et horizontales, à peu près à la manière des Serpens. Lorsqu'ils sont à sec, leur corps devient tres-flexueux. Mais ce qu'ils ont certainement de plus extraordinaire, c'est leur longueur absolue qui est égale à o,mm4. Sous ce rapport, ils s'éloignent étrangement des Animalcules précédens qui sont beaucoup plus courts. Malgré cette différence, il ne paraît pas que leur diamètre soit plus fort: bien au contraire, les Animalcules du Cochon d'Inde, par exemple, ont la queue plus épaisse et la tête bien plus grosse, quoiqu'ils soient à peu près cinq fois moins longs. La Salamandre palmée et la Salamandre terrestre possèdent aussi des Animalcules qui ne diffèrent que par la longueur de ceux que nous venons de décrire. Chez ces Auimaux, il suffît de presser le ventre au mâle vers le printemps pour faire sortir par l'ouverture du cloaque une liqueur qui en offre une quantité pro-digieuse.

La VIPÈRE, l'ORVET, quelques COULEUVRES, les LÉZARDS GRIS et VERTS nous ont fourni des Animalcules, et l'occasion de les examiner s'est renouvelée plusieurs fois pour chacune de ces espèces. En général, ils se rapprochent de ceux des Mammifères pour la forme et la longueur, quoique leur tête se trouve beaucoup moins marquée.

La laite des POISSONS fourmille de corps mouvans sur la forme desquels il y a beaucoup de variations dans les auteurs qui l'ont examinée. Pour le plus grand nombre, ils n'ont vu que des globules vivement agités; mais cette illusion provient évidemment de l'extrême ténuité de leur queue qui échappe aux yeux les mieux exercés. Au moyen de l'instrument d'Amici, notre ami le docteur Prévost a eu l'occasion de s'assurer que chacun de ces globules était bien réellement pourvu d'une queue.

Quant aux MOLLUSQUES, ils se prêtent merveilleusement à ce genre de recherches en raison de la dimension extraordinaire de leurs Animalcules, et dans l'Escargot, par exemple, ceux qu'on y rencontre en abondance ont près d'un millimetre de longueur absolue, et ressemblent beaucoup, pour le port et la forme générale, à ceux de la Salamandre. Ils ont le corps ondulé dans toute sa longueur, se meuvent avec assez de lenteur pour qu'on puisse aisément les suivre, et se terminent en avant par une tête obovale.

[page] 206

Ils nagent toujours de la même mamère que les Anguilles; mais quelquefois ils ont l'air d'être en repos complet, quoique leur tête pivote sur sa base en décrivant des oscillations fort rapides. Ce balancement peut durer pendant tiès-long-temps sans que l'Animalcule change de place. Pour les mesurer, on est forcé de prendre un grossissement moins fort qu'à l'ordinaire, car leur corps entier ne pourrait être perçu avec celui de trois cents diamètres, quoique son champ embrasse près de cinq pouces. Il semble qu'on devrait les voir à l'œil nu, puisqu'ils ont une demiligne de longueur; mais si l'on réfléchit à la ténuité de leur corps, on concevra comment ils peuvent échapper aux regards lorsqu'on ne fait pas usage d'une lentille. Les autres Escargots en possèdent aussi de semblables; les Limaces, les Lymnées en ont de même nature; mais on pourra voir, dans le tableau des mesures absolues, qu'ils sont généralement plus courts que ceux de l'Hélix pomatia.

Après avoir poursuivi dans ces principales classes du règne animal l'étude de la sécrétion spermatique, il importe de discuter les résultats principaux qui s'ensuivent. On a vu que le testicule était le seul organe constant et essentiel, tous les autres pouvant manquer dans le plus grand nombre des cas sans que a fonction généra trice en soit influencée. Cette circonstance prouve d'une manière presque incontestable qu'il est le siége de la sécrétion au moyen de laquelle s'opère la fécondation des œufs. Il semble aussi, d'après les mêmes recherches, que les Animalcules spermatiques ne se montrent que dans cet organe, et la liaison de ces deux lois de l'économie animale semble indiquer que ces êtres jouissent d'une importance réelle, et peut-être exclusive dans l'acte de la Génération.

Il est donc nécessaire de poursuivre leur étude sous ce point de vue, et de multiplier les faits afin d'éclairer la question sous toutes ses faces.

Les Animaux impubères sont inha biles à la reproduction, et l'étude attentive de leurs organes pouvait éclairer sur la cause prochaine de leur incapacité. Nous avons mis à profit toutes les occasions qui se sont présentées à nous depuis deux ans, et nous pouvons assurer, d'après un nombre d'expériences extrêmement considérable, que les Lapins, les Veaux, les Poulains, les Anons, les Cochons d'Inde de quelques mois, un grand nombre de Surmulots, de Souris du même âge, les Poulets et les petits Canards, enfin les Grenouilles jeunes, ne possèdent pas d'Animalcules spermatiques. La liqueur qu'on extrait de leurs organes contient les globules irréguliers qu'on observe dans les testicules du Mulet; mais elle est complètement privée de corps mouvans, et jamais nous n'avons pu découvrir au milieu des globules qui flottaient dans le liquide quelque objet qui rappelât par sa forme les Animalcules propres aux Animaux pubères. Nos prédécesseurs avaient déjà fait mention de cette circonstance, mais nous ne pensons pas qu'ils eussent apporté, dans leurs recherches, le scrunule et le soin que nous avons mis aans les nôtres, et qu'ils les eussent surtout variées et multipliées suffisamment pour donner à cette loi un caractère général et précis.

Après une époque de la vie, qui, sans être bien déterminée, varie peu dans chaque espèce, les Animaux deviennent stériles. Il était fort important de comparer les matières sécrétées dans cette période àvec celles que nous avions examinées, soit dans l'état adulte, soit dans le jeune âge, avant la manifestation des symptômes connus de la puberté. Sur ce point, nous n'aurons pas l'avantage d'offrir un grand nombre de résultats, et l'on conçoit qu'il est bien moins aisé de se procurer des êtres dans les conditions de vieillesse convenable. Cependant nous avons pu soumettre à l'examen les parties de la Génération d'un Etalon âgé de vingt-cinq années, et qui se trouvait hors de service depuis qua-

[page] 207

tre ou cinq ans, ainsi que ceux de quelques Chiens fort âgés dont nous avons pu disposer. Les organes n'étaient pas dans un état maladif; mais ils se trouvaient dépourvus d'Animalcules, et la liqueur qu'ils contenaient ressemblait, sous tous les rapports, à celle que nous avions observée dans les jeunes individus des mêmes espèces. Ce point de vue avait aussi, dans plusieurs occasions, été lo sujet de quelques recherches, et nous trouvons dans les auteurs qui s'en sout occupés des résultats parfaitement conformes à ceux que nous avons obtenus nous-mêmes.

Les données que nous venons d'ac-auérir établissent déjà suffisamment l'importance des Animalcules, et montrent qu'il existe une relation intime entre leur présence dans les organes et le pouvoir fécondateur de l'Animal. Il est doue indispensable d'en faire l'objet d'une étude particulière, et de définir exactement, les principales propriétés qui les caractérisent. Ce que nous avons dit sous le point de vue de la forme, de la motilité, etc., peut suffire pour le moment, et nous allons les étudier dans leurs rapports avec quelques agens physiques. Le sperme du Chien demeure parfaitement fluide et transparent, le mouvement s'y conserve pendant plusieurs heures. Ces deux circonstances le rendaient plus propre que tout autre aux observations suivantes. Nous avons mis dans des capsules d argent des quantités égales de liqueur spermatique. Nous avons laissé l'une comme terme de comparaison, et nous avons fait plonger dans l'autre une baguette métallique vernie jusqu'à son extrémité, de manière qu'en mettant en communication la baguette et la capsule avec les deux surfaces d'une bouteille de Leyde, fortement chargée, on excitait une étincelle qui passait en totalité au travers du liquide et non point à sa surface. Après quelques décharges, les Animalcules étaient complètement immobiles, tandis que ceux qu'on n'avait point électrisés s'agitaient tout autant qu'avant l'expérience, qui n'avait duré que cinq minutes. Nous avons fixé sur une glace deux fils de platine, dont les extrémités vis-à-vis l'une de l'autre étaient séparées par quelques lignes d'intervalle; cet appareil a été placé sous le microscope, et les fils ont été mis en communication avec deux branches de laiton, qui se rendaient dans des capsules pleines de mercure et portées par une table indépendante de l'appui du microscope. L'une d'elles communiquait à demeure avec l'un des pôles d'aîne forte pile; l'autre servait à établir ou rompre le circuit, au moyen de l'immersion ou de l'émersion du rhéophore. On a mis alors une goutte de liqueur spermatique entre les deux fils de platine, et le mouvement des Animalcules étant bien perçu, l'on a établi le circuit galvanique. Mais, soit qu'il ait été continu, soit qu'on ait donné des secousses, on n'a pu voir aucune altération dans le mouvement. Après avoir suffisamment constaté ce point, on a promené le microscope dans toute l'étendue du liquide, et l'on a vu que dans les portions contiguës au pôle positif ils étaient tous immobiles, tandis que soit auprès du pôle opposé, soit dans les autres parties du liquide, on les voyait aussi agités qu'avant l'expérience. Cet effet doit être attribué à l'action des Acides produits au pôle positif. Les expériences nouvelles sur les propriétés du courant galvanique fermé ne nous permettaient pas de négliger son action dans cette circonstance. Nous n'avons aperçu aucun effet sensible en nous servant de l'appareil précédent, dans lequel on avait substitué aux deux pointes de platine un fil entier du même Métal. Les expériences qui n'ont pas été troublées par l'effet calorifique, ont certainement mis en évidence la nullité d'effet du courant. Nous n'avons pas été plus heureux en nous servant d'un fort aimant, que nous avons mis en rapport avec le liquide, soit sous le mi-

[page] 208

croscope lui-même, soit ailleurs pendant un temps assez long.

On voit que ces diverses épreuves laissent beaucoup de doute sur l'irritabilité de ces petits êtres, et nous pensous, pour notre propre compte, qu'elles démontrent l'absence d'un système musculaire analogue à celui des grands Animaux.

Il résulte de tout ce qui a été dit, 1° que tous les Animaux mâles en état de puberté possèdent des Animalcules spermatiques. Les individus jeunes, ceux qui sont trop âgés, n'en offrent aucun indice, et les Oiseaux se font remarquer par l'absence complète de ces êtres, à toute autre époque que celle fixée par la nature pour leur accouplement. Le Coq domestique et le Pigeon échappent à cette loi.

2°. Que les Animalcules spermatiques existent dans le testicule à l'état de perfection complète; qu'ils sont transmis aux canaux déférens et n'éprouvent aucune altération dans ce trajet. Leur mouvement et leur forme ne sont point influencés non plus au moment du mélange des liquides sécrétés par les autres glandes, en sorte qu'ils arrivent au dehors tels qu'on les voyait déjà lorsqu'on les prenait dans les vaisseaux spermatiques euxmêmes.

3°. Que les vésicules séminales, les vésicules accessoires, la glande prostate et celles de Cowper ne fournissent jamais d'Animalcules, et que si l'on en rencontre quelquefois dans la vésicule séminale, ils proviennent évidemment des canaux déférens.

4°. Que le mouvement spontané des Animalcules spermatiques est intimement lié à l'état physiologique de l'individu qui les fournit. Cette circonstance suffit à elle seule pour les distinguer nettement des Animalcules infusoires. Ils en diffèrent encore par la constance de leur forme dans tous les êtres d'une même espèce, et toutes nos expériences démontrent qu'ils sont le produit d'une véritable sécrétion.

5°. Que l'étincelle électrique les tue; quc le courant galvanique ne les affecte pas, même dans un état d'iutensité suffisant pour décomposer l'eau et les sels que contient celle-ci.

6°. Qu'enfin, quelle que soit l'opinion qu'on adopte sur le rôle des Animalcules spermatiques, nous avons démontré qu'ils sont produits par le seul organe essentiel à la faculté fécondante, qu'ils existent dans tous les Animaux capables de reproduire leur espèce autrement que par bouture, qu'ils manquent au contraire dans tous ceux qui se trouvent inhabiles à la Génération, et que leur présence dans le liquide séminal est le véritable signe qui sert à le caractériser.

Tableau des mesures précises de quelques Animalcules spermatiques.

LONGUEUR
NOM LONGUEUR relative,
de en celui du
L'ANIMAL. millimètres. Chien pris
pour 10.
Putois 0,083 50
Chien 0,016 10
Lapin 0,040 25
Chat 0,040 25
Hérisson 0,066 41
Cochon-d'Inde. 0,083 50
Surmulot 0,166 100
Souris grise ou blanche. 0,080 50
Cheval. 0,055 34
Ane. 0,060 37
Taureau. 0,058 36
Bouc. 0,040 25
Bélier 0,040 25
Moineau. 0,083 50
Coq. 0,045 28
Canard. 0,032 20
Pigeon. 0,054 34
Vipère. 0,06b 41
Couleuvre de Razomowsky. 0,100 41
Orvet 0,066 41
Crapaud accoucheur 0,030 18

[page] 209

Grenouille 0,026 16
Salamandre à crête 0,400 250
Escargot (H. pomaria) 0,833 520
Lymnée (H. palustris).. 0,611 381

Dans les observations qu'on vient de parcourir, nous avons cherché, par diverses considérations, à établir le vrai point de vue sous lequel doivent être envisagés les Animalcules spermatiques. Nous allons maintenant faire connaître les expériences tentées dans le but de saisir les phénomènes qui se passent à l'instant de Ja fécondation dans les Mammifères, les Oiseaux, les Poissons et les Batraciens. Dans ces derniers, on s'aperçoit, au premier coup-d'œil, que la grappe des ovaires renferme réellement des ovules très-différens. Les uns sont extrêmement petits, d'une couleur jauneclair, et ne doivent être pondus qu'à des époques fort éloignées. Il en est d'autres qui se sont déjà colorés en brun et qui ont acquis un diamètre d'un tiers ou d'un quart de millimètre; ce sont les ovules de la saison prochaine. Enfin la presque totalité de l'ovaire se trouve remplie par des œufs sphériques partagés, sous le rapport de la couleur, en deux hémisphères égaux, l'un brun clair et l'autre d'un beau jaune. Ils ont un millimètre et demi ou deux millimètres de diamètre; et si on les considère avec attention, on observe d'abord qu'ils sont composés de deux sacs membraneux concentriques, l'un intérieur rempli de cette bouillie opaque, colorée, qui caractérise l'œuf, l'autre extérieur, très — mince, fort transparent et appliqué sur le précédent d'une manière si intime qu'on ne peut les bien distinguer qu'après la destruction ou le déchirement de l'ovule. On remaraue ensuite qu'il existe au centre de l'hémisphère brun une tache circulaire, très — régulière, jaune et marquée d'un point fort opaque dans son milieu. Celui-ci provient d'un petit trou dont les deux membranes sont percées, ce qui met à découvert la bouillie brune que renferme l'ovule. Pour s'en assurer, il suffit de vider l'œuf et d'examiner à la loupe les membranes transparentes qui sont restées intactes dans toutes leurs parties, sauf l'endroit qu'on a piqué pour faire évacuer la pulpe qu elles contenaient. Tel est l'état des organes à l'époque des amours. Les œufs sont prêts à sortir des ovaires, les trompes ont accumulé le mucus qui doit les recouvrir, il ne manque plus qu'une circonstance pour déterminer ces organes à se mettre en jeu. Il est bon de faire observer que bien souvent la femelle se débarrasse toute seule de ce poids incommode qui gêne tous ses mouvemens et qui distend d'ailleurs son abdomen de manière à rendre la respiration très-difficile. Bien entendu qu'alors les œufs restent complètement stériles et pourrissent au bout de quelques jours. Mais cette observation, qui se présente assez fréquemment, nous indique la cause prochaine de la ponte. Lorsque la femelle, au lieu d'être isolée, se trouve avec des mâles de son espèce, l'accouplement ne tarde pas à avoir lieu. L'un d'eux se place sur son dos, la saisit sous l'aisselle avec ses pates antérieures et se cramponne fortement au moyen des callosités qu'on remarque à la base des pouces de tous les mâies. Il la serre avec une force incroyable et reste dans cette position pendant plusieurs jours. Il est très-probable que la femelle éprouve alors un surcroît de gêne auquel se joint aussi sans doute l'excitation naturelle des organes générateurs. Ces deux causes réunies amènent le déchirement progressif des petits sacs de l'ovaire, et les ovules qui se détachent sont saisis par les trompes, amenés un à un daus la partie qui doit les recouvrir de mucus, puis enfin déposés à la base de ces organes dans les dilatations qui s'y observent. La couche de mucosité est régulièrement distribuée à leur surface, et elle a un millimètre d'épaisseur. Lorsque

TOME VII. 14

[page] 210

cette opération est terminée, l'accouchement commence, les œufs sortent de leur réservoir et sont évacués par l'anus peu à peu, et c'est alors seulement que le mâle répand sa liqueur séminale dont il les arrose à mesure. Toutes ces conditions sont donc parfaitement nettes et distinctes, et le phénomène se divise en deux parties bien caractérisées: la chute des ovules et leur arrivée dans la dilatation des trompes; leur expulsion hors du corps de la femelle qui coïncide avec la fécondation. Nous avons vu que la femelle pouvait, sans le concours du mâle, reproduire tous ces actes, mais, dans ce cas, les œufs qu'elle pond se gâtent au bout de quelques jours.

Les expériences par lesquelles nous avons cherché à établir les conditions de la fécondation sont nombreuses, et la plupart ont été répétées jusqu'à huit ou dix fois. Il devient important d'en rapporter quelques-unes: d'abord nous avons séparé deux Grenouilles accouplées. Les œufs étaient rassemblés dans les trompes, et prêts à sortir. On en a mis une partie dans de l'eau pure pour observer les changemens qu'ils y éprouveraient. Le premier phénomène qui s'est offert à nous consiste en une absorption d'eau que le mucus opère et de laquelle résulte un gonflement considérable de cette portion de l'œuf. Il est probable que celui-ci se trouve lui-même dans des conditions analogues, mais nous sommes forcés d'avouer qu'il ne nous a pas été possible de percevoir aucune altération dans son diamètre. Voici la table des dimensions de l'œuf enveloppé de sa couche de mucus, prise d'après une moyenne de vingt mesures.

Midi. A leur sortie de l'ovaire. on les plonge dans l'eau.

2mm 5
1 h. 30′ 5,
2 h. 30′ 6, 3
5 h. 30′ 7, 1
4 h. 30′ 7, 2
5 h. 30′ 7, 1
6 h. 30′ 7, 3

Il suit de-là qu'au bout de quatre heures d'immersion, l'absorption était complète et que le mucus était saturé d'eau. Depuis ce moment, l'œuf n'a plus offert de changement de cette espèce, et pendaut quelques jours on n'a pu reconnaître aucune altération dans ses diverses parties. Mais alors le mucus a commencé à perdre de sa consistance, et les matières renfermées dans l'œuf ont paru subir une décomposition chimique. On voyait d'abord paraître des taches blanchâtres sur la membrane d'enveloppe, la bouillie colorée que celle-ci reuferme disparaissait ensuite à sa partie supérieure où elle était remplacée par un liquide transparent et par quelques bulles gazeuses. Enfin la presque totalité de cette matière éprouvait une altération analogue, et au bout de quinze à vingt jours, il en restait à peine quelques flocons suspendus dans le liquide clair qui l'avait remplacée. Il est probable que ce sont ces divers phénomènes qui, par une observation trop superficielle, ont fait croire que l'œuf des Grenouilles pouvait acquérir un commencement de développement, même dans le cas où il n'avait pas été soumis à l'influence du liquide fécondateur. La putréfaction était perceptible à l'odorat au bout de quinze jours, quoique l'on eût eu le soin de changer l'eau qui baignait les œufs deux fois par jour.

Nous avons répété la même expérience sur une autre portion des œufs que nous avions trouvés dans cette femelle, et nous en choisissons l'histoire de préférence, parce qu'elles ont été strictement comparatives. Dans ce cas, au lieu d'employer de l'eau pure, nous avons fait usage d'une liqueur qui renfermait le suc exprimé des deux testicules du mâle. Mais avant de décrire les phéuomènes que nous avons observés, nous rappellerons qu'au centre de la partie brune de l'œuf, il existe, ainsi que nous l'avons déjà dit, une tache jaune circulaire. Après la ponte ou la chute dans les trompes, cette tache semble différer un peu de l'état sous lequel elle se

[page] 211

présente lorsque l'œuf est encore dans l'ovaire. En effet, la ligne qui en dessine le contour, au lieu d'être nettement circulaire, se trouve découpée irrégulièrement, comme frangée et d'un aspect très-nuageux. A l'intérieur de celle-ci, on remarque un autre cercle concentrique plus net et surtout plus régulier. Son centre est occupé par un point coloré dont nous avons fait connaître la cause. Nous insistons sur ces détails, et l'on en verra bientôt la raison. Cette partie n'est autre chose que la cicatricule, et doit servir de siège au développement du fœtus. En comparant avec soin les œufs que nous avions plongés dans l'eau pure et ceux qui avaient été mis en rapport avec le liquide exprimé des testicules, il nous a été d'abord impossible d'y reconnaître aucune différence; mais au bout de trois quarts d'heure ou une heure, ces derniers ont commencé à s'en distinguer par un petit sillon qui part de la cicatricule ou d'un point très-rapproché d'elle, et se dirige vers la circonférence de l'hémisphere brun, comme le ferait le rayon d'un cercle. A peine s'est-il manifesté, qu'il se prolonge également vers la partie opposée, et dans peu de minutes on le voit couper l'hémisphère en forme de diamètre. Bientôt il se continue à ses deux extrémités et attaque la partie inférieure jaune de l'œuf, mais il ne tarde pas à s'arrêter. Cette ligne, qui d'abord ne se dessinait à la surface de l'œuf que par une très-légère dépression, se creuse avec une inconcevable rapidité, et détermine la formation d'un nombre considérable de petites rides parallèles entre elles et perpendiculaires à sa propre direction, qui prennent naissance dans le sillon qu'elle produit. Celui-ci devient toujours plus profond et l'œuf se trouve bientôt divisé en deux segmens très-prononcés. A peine cette forme s'est-elle bien déterminée, qu'on voit les rides s'effacer pour la plupart, excepté toutefois deux d'entre elles situées à peu près vers le milieu du premier sillon, et par conséquent sur la cicatricule ou dans son voisinage. Cellesci, dans un espace de temps très-court, deviennent plus profondes, plus marquées, se dirigent vers l'hémisphère jaune qu'elles ne tardent pas à atteindre. La poition brune se trouve alors coupée en quatre segmens égaux par ces deux lignes qui dessinent une cioix sur sa surface. Bientôt la dernière devient tellement semblable à l'autre, qu'il serait impossible de les distinguer. Il se manifeste alors une nouvelle ligne, mais celle-ci passe à peu près sur la limite qui sépare les deux hémisphères brun et jaune, et coupe l'œuf circulairement comme une espèce d'équateur. Elle réunit ainsi les extrémités des précédentes, mais ce nouvel arrangement n'est pas plus stable que les autres, et à peine est-il achevé, que de tous côtés il se passe de nouveaux phénomènes. L'hémisphère brun était partagé en quatre portions égales; chacune d'elles se divise en deux au moyen de nouvelles dépressions parallèles au sillon qui s'était montré le premier. L'hémisphère jaune encore intact se trouve bientôt en vahi par les lignes primitives qui se prolongent rapidement et se rencontrent bientôt de manière à reproduire sur cette surface la forme que nous avons observée dans l'autre. Au même instant deux nouveaux sillons parallèles à celui qui s'était montré le second sur la partie brune viennent se dessiner sur elle d'abord sous la forme d'une trace légère, et bientôt ils atteignent une profondeur analogue à celle de leurs prédécesseurs. Cet hémisphère se trouve alors divisé en seize parties égales ou à peu près. La portion jaune continue à suivre la même série de changemens de forme, mais elle se trouve toujours devancée par l'autre qu'elle se borne pour ainsi dire à copier. A dater de cette époque, il se développe une quantité considérable de lignes qni apparaissent presque toutes à la fois; les unes partent du premier sillon et courent parallèlement au second, les autres prennent naissance dans celui-ci et

14*

[page] 212

se dirigent dans le même sens que le premier, enfin il en est plusieurs qui, sous forme de rayons, parcourent l'hémisphère du centre à la circonférence. Dès-lors la partie brune de l'œuf se trouve divisée en un certain nombre de granulations analogues à celles d'une framboise et dans lesquelles on ne pourrait reconnaître rien de régulier, si l'on n'avait suivi soigneusement toutes les circonstances de leur production. On en compte d'abord trente ou quarante, mais au bout de deux heures, elles se sont elles-mêmes sous-divisées, et leur nombre s'élève à plus de quatre-vingts. La fécondation avait été opérée à deux heures après midi, il était neuf heures du soir, et tous ces singuliers accidens avaient eu lieu d'une manière uniforme, continue, et sans qu'il fût possible de saisir un intervalle de repos. Les œufs se trouvaient alors gonflés complètement, et ils avaient atteint le même diamètre que ceux dont nous avons donné la mesure dans l'observation précédente. Afin d'être bien assurés de ne perdre aucune des modifications qui pourraient survenir dorénavant, nous avons suivi ces œufs d'heure eu heure pendant trois jours et trois nuits, en les éclairant au moyen d'une loupe qui concentrait la lumière d'une lampe, lorsque nous étions privés de soleil. A l'œil nu l'on peut aisément reconnaître et suivre toutes les lignes que nous venons de décrire, mais on les distingue mieux lorsqu'on s'arme d'une loupe faible et pure. A minuit, la division des granulations était encore plus avancée et l'on ne pouvait pas les compter. L'hémisphère jaune se trouvait précisément au point où nous avions vu, vers dix heures, la partie brune elle-même. A deux heures du matin, la surface de l'œuf n'offrait qu'un aspect chagriné, et les petits sillons qui lui donnaient cette apparence semblaient s'effacer progressivement. A quatre heures ils s'étaient presque entièrement oblitérés, et l'on n'en retrouvait les traces que dans une multitude de petites lignessinueuses, courtes et irrégulières, qui n'avaient pas le moindre rapport avec les formes précédentes. Enfin, à six heures, celles-ci s'étaient également effacées et l'œuf avait repris son apparence ordinaire; mais en l'examinant à la loupe, on le trouvait marqueté d'une foule de petits points noirs qu'on n'aurait pu distinguer à l'œil nu et qui n'ont pas tardé à disparaître à leur tour à mesure que les changemens subséquens se sont effectués. La cicatricule que nous avions perdue au travers de tous ces bouleversetnens reparaissait alors avec sa forme primitive, mais elle n'avait pas la même netteté. Elle consistait, pour ainsi dire, en une simple tache jaune circulaire, de laquelle partait une petite ligne brune qui passait par son axe. Cette ligne n'est autre que le rudiment de la moelle épinière autour duquel vont se développer tous les organes de l'Animal futur, ainsi qu'on peut aisément s'en convaincre, en suivant leur évolution pendant le troisième et le quatrième jours. Mais il serait difficile de décrire ces phénomènes sans entrer dans des détails que la nature de cet ouvrage nous interdit. Le cinquième jour toute l'organisation se trouve encore plus avancée, et l'Animal est devenu susceptible de mouvemens spontanés. Ce serait sortir de notre sujet que de le suivre plus loin.

On a pris deux testicules qu'on a brisés et délayés dans dix grammes d'eau pure. Cette liqueur a été divisée en cinq parties qu'on a employées de la manière suivante:

Poids des œufs. Poids de la liqueur. Ean ajontés. Rapport des œufs développés, à ceux qui out péri.
2 gram 2 gram 0 gram. 1: 8
Id. Id. 2 1: 5
Id. Id. 4 1: 2
Id. Id. 6 2: 2,5
Id. Id. 8 2: 1

Ce tableau montre suffisamment qu'il est indispensable de délayer la liqueur fécondante dans une cer-

[page] 213

taine quantité de véhicule si l'on veut lui faire produire son plus grand effet. Mais il ne nous apprend pas dans quelles circonstances la fécondation s'opèie complètement ou à peu près comme nous le voyons dans l'acte de l'accouplement. Nous avons donc essayé d'augmenter encore la proportion du vénicule, en conservant d'ailleurs les conditions énoncées ci-dessus.

Poids des crafs. Poids de la liqueur. Ean ajoatée. Rapport des œufs développés, à ceux qui ont péri.
2 gram. 2 gram 12 gram 6:1
Id. Id. 18 9:1
Id. Id. 24 10:1
Id. Id. 48 10:1
Id. Id. 96 10:1

Ces expérîences montrent que la quantité de véhicule doit être en poids douze fois plus considérable que celle des œufs sortant de la trompe, elles établissent encore que cette proportion peut aller jusqu'à cinquante fois ce poids sans qu'on éprouve une diminution notable dans le nombre des fécondations. Nous observerons ici que les œufs fécondés naturellement suivent à peu près la même proportion, et qu'on en trouve toujours huit, dix ou douze pour cent qui restent stationnaires, soit qu'ils n'aient pas été fécondés, soit qu'ils aient subi quelque altération organique.

Nous avons vu que le mucus absorbait la liqueur dans laquelle il était plongé; nous avons même pu nous convaiucre de l'importance de cette fonction relativement au phénomène de la fécondation. Il était nécessaire d'entrer plus avant dans les particularités de cette action, et de voir si la liqueur fécondante était absorbée en totalité, ou bien si le mucus refusant le passage aux particules solides qu'elle renferme ne s'appropriait que sa partie aqueuse seulement. Du sang mêlé à l'eau pure en proportion convenable pour lui donner une toibte rouge intense,

nous a servi dans un second essai. Le mucus s'est gonflé comme à l'ordinaire, mais il a pris une couleur rouge très-vive, et l'on n'a pu la lui enlever par des ablutions répétées d'eau pure, et même par un long séjour aans ce liquide. On y distinguait au microscope beaucoup de iragmens de matière colorante, mais nous n'avons pu y découvrir un seul globule de sang entier. Ce résultat ne doit pas surprendre lorsqu'on se rappelle la grosseur considérable des globules du sang de Grenouille dont nous avions fait usage.

La facilité avec laquelle nous avions obtenu ce résultat nous fit espérer que nous n'aurions pas trop de peine à réussir avec la liqueur fécondante elle-même. Nous avons donc répété sur des œufs de Grenouille l'opération que nous venons de décrire en faisant usage d'eau spermatisée, et nous avons trouvé de même le mucus pénétré à l'intérieur d'Animalcules vivans. Ils s'agitaient dans cette situation, mais ne pouvaient changer de place, à cause sans doute de la résistance que leur offrait la matière muqueuse.

Il était néanmoins possible, quoique les expériences précédentes parussent nous démontrer le contraire, il était possible que l'œuf saturé d'eau fût susceptible d'être fécondé. Pour éclaircir ce point de vue, nous avons lait les épreuves suivantes: nous avons pris des œufs que nous avons fait séjourner dans l'eau pure pendant des temps déterminés, et que nous avons plongés ensuite dans la liqueur fécondante. Voici nos résultats:

OEufs fécondés en sortant de l'ovaire, 25 féc. 3 inf. 8:1

Id. Après un séj. de

1 h. dans l'cau, 17 Id. 19 Id. 1:1 Id. Après un séjour de 2 heures, 7 Id. 23 Id. 1:3

Id. Après un séjour de 3 heures, 2 Id. 33 Id. 1:16

Id. Après un séjour de 4 heures, 0 Id. 47 Id. 0:47

Ces résultats nous montraient avec

[page] 214

évidence la diminution progressive que nos œufs avaient éprouvée dans leur aptitude à la fécondation, par leur séjour dans l'eau pure; mais pour la mettre à l'abri de toute objection, nous avions senti d'avance la nécessité d'établir par expérience la durée de cette faculté dans les œufs que l'on sépare du corps des femelles. Une partie de ceux que nous avions extraits dans les recherches ci-dessus a été mise dans une capsule qu'on plaça dans un appartement à 12°, sous une cloche doni on mouillait de temps en temps les parois intérieures à l'effet de prévenir la dessiccation des œufs. Nous avons vu qu'en sortant de l'ovaire, ils avaient été fécondés dans le rapport de 8 à 1;.

Après 12 h., 29 féc. 2 inf. 14: 1
24 27 Id. 3 Id. 9: 1
36 6 Id. 21 Id. 1: 3,5
48 0 Id. 17 Id. 0: 17

Ces faits suffisent pour lever tous les serupules qu'on aurait pu conserver sur les véritables conséquences de nos résultats précédens, en nous prouvant que la dutée de l'aptitude à la fécondation dépasse de beaucoup le temps pendant lequel nous avions maintenu nos œufs dans l'eau pure.

Les faits que nous venons de parcourir suffisent pour démontrer jusqu'à l'évidence la nécessité du contact matériel entre les œufs et la liqueur prolifique, pour qu'il en résulte une fécondation; cependant nous avons dû chercher à no,.s convaincre par des preuves plus positives encore. Spallanzani, dans ses experienses, cite un cas par lequel il établit assez clairement l'inefficacité de la vapeur spermatique pour produire la fécondation. Il prend deux verres de montre susceptibles de s'adapter l'un sur l'autre, place dans l'intérieur dix à douze grains de scmence, et fixedans la cavité de l'autre une vingtaine d'œufs. Au bout de quelques heures la liqueur a subi une évaporation sensible, et les œufs se trouvent humectes, mais ils restent entièrement inféconds, quoique le résidu de la semence soit encore très-propre à vivifier d'autres œufs. On sent qu'il se présente ici une objection assez grave qui se déduit de nos expériences précédentes. On a vu que la fécondation n'était bien assurée que lorsque la liqueur qu'on voulait essayer suffisait pour gonflerle mucus jusqu à son entire saturation. Guidés par cette donnée essentielle, nous avons repris cette recherche sous une autre for me. En opérant avec soin et sur des quantités plus considérables, les résultats montrent que la liqueur retirée par la distillation de la semence à de basses températures, est entièrement inhabile à la fécondation, tandis que le résidu conserve encore ses propriétés sous les mêmes circonstances. Ils prouvent aussi que les œufs ou la liqueur spermatique subissent peu ou point d'altération lorsqu'ils sont placés dans un air humide, quoiqu'il soit raréfié d'une quantité correspondante à une demi pression. Si l'on poussait l'exhaustion plus loin, il surviendrait peut-être des accidens.

Nous avons vu plus haut la marche décroissante qu'éprouvent les œufs relativement à leur aptitude à la fécondation, lorsqu'on les conserve hors de l'ovaire pendant un certain temps Il convient de rapporter ici les tentatives analogues qui nous ont servi à fixer la durée du pouvoir fécondateur dans la semence. On a préparé cinquante grammes de liqueur prolifique de la même manière que dans l'expérience précédente, et on en a fait cinq parties égales. Chacune d'elles, mise en contact avec quinze œufs, a fourni les résultats ci-dessous:

Après 0 h., 12 féc. 3 stér. 4: 1
12 10 5 2: 1
18 9 6 3: 2
24 4 11 1: 3
36 0 15 0: 15

La température de l'appartement varia de 18 à 22° centigrades. La li-

[page] 215

queur des trois premières expériences fourmillait d'Animalcules trèsagitési; celle de la quatrième en conseivait encore quelques-uns; enfin, dans la dernière ils étaient tous privés de mouvement spontané.

Mais on pourrait penser avec raison que l'altération de la semence tenait encore à d'autres causes, et que le temps nécessaire pour amener la mort des Animalcules serait bien suffisant pour décomposer tout autre principe fécondateur dont on supposerait l'existence dans la liqueur. C'est dans le but de nous éclairer sur ce point que nous avons examiné les divers moyens propres à tuer les Animalcules ou à les séparer de la semence. Il est aisé de les priver de vie, comme nous l'avons vu dans le précédent mémoire, mais la plupart des agens qui amènent leur mort sont trop violens pour être de nature à servir dans de telles recherches. Les Acides, par exemple, qui tuent si vite les Animalcules, sont également funestes aux œufs, en sorte qu'on ne pourrait tirer aucune conclusion de leur emploi. Il fallait donc trouver un principe assez puissant pour détruire leur faculté locomotrice et en même temps assez transitif pour que le liquide ne changeât pas de nature après en avoir éprouvé l'effet. Nous avons vu que l'étincelle d'une bouteille de Leyde remplissait toutes ces conditions lorsqu'elle était forcée de passer au travers du liquide. On a préparé vingt grammes de liqueur prolifique; on en a prélevé la moitié qu'on a placée à part; le reste a reçu six explosions électriques dans l'appareil dont nous avons déjà donné la description, et nous avons cessé lorsque nous avons vu que tous les Animalcules étaient bien privés de vie. Pour s'en assurer. on examinait quelques gouttes du liquide au microscope avec le plus grand soin. On a mis alors cette liqueur et celle qu'on avait réservée, chacune en contact avec quinze œufs dans des vases séparés; la première n'avait produit aucune fécondation; la seconde a fourni quatorze têtards. On a répété trois fois l'expérience avec un résultat semblable.

Toutes ces recherches étaient bien favorables à l'opinion qui place le principe prolifique dans les Animalcules spermatiques; nous avions bien vu aussi que lorsque la semence avait été doucement évaporée à siccité, puis délayée avec précaution dans l'eau, on n'obtenait point de fécondation, mais nous étions persuadés qu'il était facile d'imaginer des objections et d'en expliquer les résultats d'après d'autres vues. Nous avons repris alors les tentatives que nous avions précédemment faites, et qui semblaient propres à fournir des données plus concluantes dans un sens ou clans l'autre.

Lorsqu'on filtre la liqueur proliftque composée en délayant la matière des vésicules séminales dans l'eau, on ne parvient pas à séparer la totalité des Animalcules qu'elle renferme, bien que leur nombre diminue sensiblement. Nous avons essayé diverses méthodes; d'abord en la filtrant au travers d'une couche de verre très-fin, et nous n'avons pas été plus heureux. Alors on a pris des filtres sur lesquels on avait rassemblé un dépôt assez épais de Silice précipitée récemment, et lavée avec beaucoup de soin. Il est probable que ce moyen eût réussi, mais nous avons abandonné cette idée, nous étant apercus qu'il suffisait de multiplier les filtres pour parvenir au résultat que nous avions en vue. En effet la liqueur qui passe au travers d'un seul filtre contient beaucoup d'Animalcules, mais si l'on en combine deux, elle en renferme bien moins; ils deviennent très-rares lorsqu'on en met trois ensemble, et l'on n'en retrouve plus dès qu'on en emploie quatre à la fois. Cette donnée suffisait; cinq filtres emboîtés l'un dans l'autre ont été lavés avec de l'eau distillée pendant plusieurs jours; on a attendu qu'ils fussent vides, et on a préparé cent grammes de li-

[page] 216

queur fécondante avec douze testicules et autant de vésicules séminales. Celle-ci a été jetée sur le filtre, et l'on a eu soin d'y verser de nouveau les premières portions qui se sont écoulées; enfin on en a recueilli dix grammes dans l'espace d'une heure, et on les a reçus au fond d'un vase très propre. Nous avons cherché à y découvrir des Animalcules, mais tous nos soins ont été inutiles. Alors cette portion a été mise en contact avec quinze œufs d'un côté, et la liqueur restée sur le filtre a été versée sur une masse d'œufe très-considérable de l'autre. Ces derniers, au nombre de plusieurs centaines, ont été fécondés comme à l'ordinaire; les autres se sont tous gâtés au bout de quelques jours. L'expérience a été répétée deux fois avec le même succès, et nous avons par la suite vu avec étonnement qu'elle avait eu le même résuliat entre les mains de Spallanzani. Il l'a consignée dans son ouvrage comme une note de peu d'importance, ce qui nous avait empêchés de la remarquer auparavant. Si nous l'eussions connue, elle uous aurait épargné beaucoup dînutiles essais. L'expérience de Spallanzani est très-importante en ce qu'il a remarqué que les naissances diminuaient avec le nombre des filtres employés, et qu'enfin elles devenaient entièrement nulles quoique la liqueur exprimée des papiers conservât les propriétés fécondantes. Ces données précieuses sont en rapport avec ce que nous avons vu du nombre décroissant des Animalcules sous les mêmes circonstances, et ne peuvent plus laisser de doute sur leur rôle actif dans l'acte de la Génération. Après avoir constaté d'une manière aussi satisfaisante la nécessité des Animalcules relatif vement aux fécondations artificielles, on a dû chercher s'il était possible d'évaluer le nombre des œufs qu'on peut féconder avec une Quantité connue de ces singuliers êtres. Ces expériences demandaient de la délicatesse et du soin; nous avons lieu d'espérer que l'habitude d'en exécuter de ce genre nous a permis de surmonter les difficultés qu'elles présentent. Chacun pourra d'ailleurs former son jugement sur ce point en parcourant les détails dans lesquels nous allons entrer.

On a pris un mâle accouplé. Ses vésicules séminales, gorgées de semence, ont été délayées dans quinze grammes d'eau. Le mélange étant bien opéré, la liqueur a été jetée sur une gaze claire pour la débarrasser des débris qui eussent pu tromper l'œil. On en a placé alors une gouttelette sur un micromètre divisé en carrés. Elle en occupait soixante, et les Animalcules jouissaient tous d'un mouvement très-vif. On a compté ceux qui se trouvaient dans plusieurs carrés, et on a eu pour résultat.

6, 7, 6, 7, 5, 5, 6, 5, 8, 5, 5, 7, 6, = 15/14 = 6. pour chacun des carrés. On a plongé de suite le micromètre dans quarante grammes d'eau pure pesée d'avance, et après avoir agité doucement le liquide avec une baçuette jusqu'à ce que le mélange parût complet, on l'a partagé en fractions de cinq grammes.

Il est aisé de voir qu'elles devaient contenir 45 Animalcules

chacune. On les a mises alors séparément en contact avec un certain nombre d'œufs, et la table suivante indique les résultats obtenus:

Eau ajoutée aux cinq gram. de liq. fécond. Nombre des œufs employés. Id. second. Id. steril.
5 gram. 10 8 2
10 20 12 8
20 40 17 23
30 60 15 45
40 80 12 68
40 80 7 75
40 80 10 70
40 80 17 63
Total pour ces 5 expériences. 380 61 319

En comparant les résultats des cinq dernières expériences, on trouve

[page] 217

que deux cent vingt-cinq Animalcules n'ont fécondé que soixante-un œufs sur trois cent quatre-vingts. Il est donc bien prouvé que le nombre des œufs fécondés est de beaucoup inférieur à celui des Animalcules existans dans la liqueur prolifique. Cela paraîtra plus positif encore, lorsque nous ajouterons qu'après avoir répété J'expérience à plusieurs reprises, nous avons toujours trouvé des nombres inférieurs à ceux que nous venons de citer. Mais nous donnons la préférence à ce tableau, parce qu'il a été fait sur des quantités plus considérables que les autres.

Des expériences qui viennent d'être rapportées nous conclurons: 1° que les œufs pris dans la dilatation de l'oviducte éprouvent, à l'instant de leur immersion dans l'eau, une imbibition qui gonfle le mucus dont ils sont entourés. Si le liquide qu'on emploie renferme du sang, la matière colorante pénètre sans difficulté toutes les enveloppes. S'il contient des Animalcules spermatiques, ceux-ci ne sont point arrêtés à la surface, et parviennent jusqu'à l'ovule lui-même, sans perdre leur mouvement spontané.

2°. Que gonflés d'eau pure, les œufs ne tardent pas à se décomposer; mais lorsque celle-ci se trouve mélangée de semence, ils éprouvent des phénomènes de plissement fort singuliers; et qu'au bout de quelques heures, on distingue dans la région dela cicatricule un corps linéaire, renflé à sa partie antérieure. C'est le rudiment de la moelle épinière, autour de laquelle on voit s'opérer l'évolution de tous les organes.

3°. Quela liqueur spermatique a besoin d'être étendue d'eau dans certaines proportions pour jouir de tout son effet. Concentrée et pure, son action est moins assurée; trop délayée, elle s'affaiblit et finit par disparaître. Il en est de même si on l'évapore doucement à siccité, sans employer la chaleur. Quoiqu'on la dissolve de nouveau dans l'eau, elle ne reprend plus son pouvoir.

4°. Que l'œuf saturé d'eau n'est plus apte à la fécondation, et que la diminution de cette faculté paraît proportionnelle au séjour qu'il a fait ans ce liquide.

5°. Qu'après l'extraction du corps de l'Animal, les œufs perdent progressivement leur état normal; mais que ce genre d'altération n'est pas sensible avant la vingt-quatrième heure, à une température de 12° ou 15° C.

6°. Que la semence subit elle-même des modifications analogues; et qu'à mesure que les Animalcules meurent, elle devient inerte. L'effet total a lieu vers la trentième heure de la préparation, il commence à se faire sentir déjà au bout de dix ou douze heures.

7°. Qu'en distillant à de basses températures la liqueur fécondante, on voit la partie qui s'est réduite en vapeur rester tout-à-fait inerte, tandis que le résidu conserve toutes les propriétés du sperme.

8°. Que l'explosion d'une bouteille de Leyde tue les Animalcules, et détruit la faculté prolifique de la liqueur qui les renferme.

9°. Qu'un filtre suffisamment redoublé, arrête tous les Animalcules. La liqueur qu'il laisse écouler n'est pas propre à vivifier les œufe; celle qu'il conserve, produit au contraire les résultats particuliers au fluide séminal.

10°. Que le nombre des œufs fécondés est toujours inférieur a la quantité d'Animalcules qu'on emploie; et que si l'on compare les expériences les plus étonnantes de Spallanzani, avec la valeur qui exprime le nombre des Animalcules qui se trouvent dans une liqueur fécondante déjà très-délayée, on demeure convaincu que leur résultat n'a rien d'exagéré.

11°. Qu'enfin, la fécondation des œufs ne peut avoir lieu, tant qu'ils sont encore dans l'ovaire. Nous insistons sur ce résultat, à cause de ses conséquences, relativement à la classe des Mammifères.

[page] 218

Si l'on poursuit maintenant l'étude de la Génération dans les autres classes des Animaux vertébrés, l'on retrouvera des phénomènes analogues à ceux que les Batraciens ont présentés, avec des différences cependant, qu'on peut regarder comme spécifiques et qui n'atteignent pas le point fondamental de l'acte. En effet, dans les Mammifères, la fécondation n'a point lieu dans l'ovaire, puisqu'à aucune époque on ne rencontre les Animalcules spermatiques dans la poche qui renferme cet organe d'après les observations précédentes. En admettant ce premier résultat, il est aisé de voir que le moment de la fécondation est de beaucoup postérieur à celui de l'accouplement. Car alors l'œuf n'est réellement fécondé que lorsqu'il parvient dans la trompe ou la corne, et qu'il se trouve en contact avec la liqueur séminale. Les capsules de l'ovaire s'ouvrent, les ovules qu'elles renfermaient sont mis en liberté, ils sont reçus par le pavillon et amenés dans les cornes. Pour chaque ovule, ces divers mouvemens doivent avoir lieu dans un temps fort court; mais il n'en est pas de même lorsqu'il est question d'ovules différens; car il paraît, d'après les observations de De Graafet les nôtres, que, dans le Lapin et le Chien, il faut deux jours au moins pour que tous les œufs d'une portée se détachent des ovaires. Les ovaires d'une femelle en folie ne diffèrent de l'état naturel que par une circulation plus abondante. Les œufs possèdent un volume peu considérable, et tel qu'on l'observe sur des Animaux qui ne sont pas disposés à s'accoupler. Il n'en est pas de même après la copulation. Quelques œufs prennent alors un accroissement rapide, et l'on voit leur diamètre devenir en quelques jours trois ou quatre fois plus considérable. Enfin le tissu de l'ovaire se déchire, et l'on trouve à la place occupée par chaque œuf une cavité remplie de sérosité albumineuse. La fente se cicatrise avec rapidité, la cavités oblitère, et le tissu voisin devient le siége d'un dépôt muqueux, jaunâtre, qui sert à reconnaître les corps jaunes. Les ovules qu'on rencontre dans les cornes sont remarquables par leur petitesse. Ils ont, en effet, un ou deux millimètres de diamètre au plus, tandis que les vésicules de cet organe en possèdent un de sept ou huit millimètres au moins. Ce sont donc deux choses qu'il ne faut pas confondre, et très-probablement les vésicules et les œufs de l'ovaire contiennent dans leur intérieur les petits ovules des cornes qui s'y trouvent environnés d'un liquide destiné peut-être à faciliter leur arrivée dans l'utérus. Il nous est arrivé deux fois, en ouvrant des vésicules très-avancées, de rencontrer dans leur intérieur un petit corps sphérique d'un millimètre dediamètre. Mais différait des ovules que nous observions dans les cornes par sa transparence qui était beaucoup moindre. Il serait donc nécessaire de rechercher avec soin quel est le rapport qui existe entre les vésicules de l'ovaire et les ovules des cornes. Cela paraîtra plus important encore, si l'on réfléchit à l'influence singulière que cette circonstance inaperçue a toujours exercée dans les travaux relatifs à la Génération des Mammifères. On a dit et répété mille fois que ce phénomène offrait un mystère inextricable. Il l'aurait toujours été sans doute, si l'on s'était obstiné à chercher le lendemain de l'accouplement des œufs dans l'utérus, tandis que l'ovaire n'en avait point encore fourni. Enfin, quelques jours plus tard, à l'époque où les ovules se trouvent déjà dans les cornes, on en aurait toujours perdu l'observation, si l'on avait cru les trouver égaux en volume à ceux que l'on apercevait dans l'ovaire. Pour éviter dorénavant cette confusion d'idées qui a tant influé sur les recherches anatomiques, nous désirerions qu'on donnât le nom de vésicules aux corps particuliers renfermés dans l'ovaire, jusqu'à ce qu'on ait mieux étudié leur nature. On pourrait peut-être supposer que ces vésicules contiennent la liqueur sé-

[page] 219

minale des femelles. Cela paraîtrait encore plus probable, si l'on accordait quelque confiance à l'observation faite par Buffon sur des ovaires de Chienne. Mais, en premier lieu, nous remarquerons que c'est dans les corps jaunes qu'il a cru reconnaître des êtres semblables à ceux que l'on trouve dans la liqueur spermatique du Chien. Nous avons examiné, sous ce rapport, un grand nombre de vésicules plus ou moins avancées, et la liqueur limpide qu'on en retire ne nous a jamais offert, non-seulement des Animalcules, mais même des globules, comme on en observe dans le plus grand nombre des fluides animaux. Il est donc évident que les femelles ne coopèrent pas à l'acte de la Génération au moyen d'une liqueur semblable à celle que les mâles fournissent. L'observation de Buffon, si elle était exacte, prouverait donc seulement que la semence du mâle pourrait parvenir jusqu'à l'ovaire. Mais, sous ce point de vue, nos résultats, constatés avec soin et répétés à plusieurs reprises, ne sont point d'accord avec le sien. Le liquide des corps jaunes ne nous a pas offert plus d'Animalcules que celui des vésicules. D'ailleurs la négligence avec laquelle la dissection fut pratiquée dans l'expérience citée par Buffon, laisse concevoir aisément la possibilité d'un mélange entre la liqueur des cornes et celle des corps jaunes.

Les ovules des cornes sont d'abord ellipsoîdes, ils grossissent ensuite et deviennent pyriformes, et à mesure qu'ils s'accroissent, ils montrent un prolongement à chacun de leurs bouts. Ils conservent cette troisième modification jusqu'à ce qu'il se produise de nouvelles membranes qui altèrent alors l'aspect général, mais l'œuf primitif peut encore se reconnaître à sa forme au bout d'un temps assez long. Dans le premier état, on ne peut encore y reconnaître le fœtus. Peut-être se trouve-t-il situé à l'intérieur de la tache blanche circulaire qui s'observe sur leur enveloppe. A la seconde période, on le voit tout de suite. Sa position est déterminée par celle d'une espèce d'aire subcordiforme dans l'intérieur de laquelle il se montre comme une ligne à peu près droite, plus opaque que la membrane qui l'environne. Cette ligne s'allonge, s'entoure de diverses productions membraneuses qui proviennent d'un plissement de la membrane propre de l'aire. Son extrémité antérieure marque la place des vésicules cérébrales, son bout postérieur se dilate pour produire le ventricule rhomboîdal, et, dans sa partie moyenne, elle occupe la position propre à la moelle épiniere. La ligne primitive n'est donc autre chose que le rudiment du système nerveux. La plupart de ces résultats qui ont été obtenus avec beaucoup de difficultés sur des femelles de Chien et de Lapin se trouvent appuyés avec une rare netteté par d'anciennes observations faites sur les Marsupiaux. C'est à Geoffroy de Saint-Hilaire, qu'on est toujours sûr de rencontrer quand on attaque les questions élevées de la philosophie naturelle, c'est à ce profond anatomiste qu'était réservé le soin d'en apprécier l'importance. Il a saisi l'occasion de les rappeler aux amis de la science en écrivant l'article MARSUPIAUX du Dictionnaire des Sciences naturelles, et il a donné en même temps sa théorie de la Génération. Les vues ingénieuses qu'il a publiées à ce sujet sont tout-à-fait en harmonie avec nos expériences relativement aux époques de l'existence fœtale. Quant à la manière dont il conçoit la fécondation, nous différons de lui dans l'expression, puisqu'il n'a pas pris en considération les Animalcules spermatiques; mais il est possible que le fond de nos idées soit tout-à-fait le même d'ailleurs.

Dans les Oiseaux, nous retrouverons les mêmes points de la doctrine fondamentale, avec quelques variations dans les détails. Les expériences ont été faites sur des œufs de Poule ou de Canard, et elles ont conduit aux résultats suivans. La cicatricule

[page] 220

de l'œuf pris dans l'ovaire présente une tache blanche, circulaire, due à une membrane épaisse placée entre le vitellus et sa membrane d'enveloppe. Au centre de la cicatricule, on observe un point de couleur jaune, et d'après les observations récentes de notre excellent ami le docteur Prévost de Genève, celui-ci est dû à une petite vésicule transparente, entièrement semblable à celle qui se rencontre dans la corne des Mammifères, dès les premiers jours de l'accouplement. Si l'œuf se détache de l'ovaire et qu'il reçoive le contact de la liqueur fécondante dans l'oviductus, on retrouve toutes les formes que nous venons de décrire; mais la membrane blanche de la cicatricule s'est dilatée et s'est frangée sur les bords; d'un autre côté, la vésicule centrale porte sur sa surface externe une petite ligne facile à observer, et qu'on reconnaît aisément pour le rudiment de la moelle épinière, en suivant pendant vingt-quatre heures seulement le développement de l'œuf; car entre la vingtième et la vingtquatrième, on voit apparaître sur ses côtés les premiers points vertébraux. Mais si l'œuf a été privé de l'influence fécondante, la cicatricule change tout-à-fait de forme et d'aspect. Son point central s'efface; elle devient irrégulière et paraît criblée de petits trous. En la regardant au microscope, on voit qu'elle consiste alors en une membrane blanche opaque, plus épaisse au centre que vers ses bords, et percée de petites ouvertures qui lui donnent l'apparence d'une dentelle. D'ailleurs les Animalcules pénètrent dans l'organe femelle, à l'instant de l'accouplement; ils parviennent dans l'oviductus, où il est facile de les observer, mais n'arrivent jamais jusqu'à l'ovaire. Mais, chose remarquable, ces petits êtres qui, conservés à l'air ou dans des vases fermés, même à une température analogue à celle de l'Animal qui les fournit, ne tardent point à perdre leur mouvement spontané, le conservent au contraire dans l'oviducte pendant quinze ou dix-huit jours. Ce fait important, observé par notre ami Prévost qui consacre si noblement ses loisirs aux progrès de la physiologie, nous fournit une explication simple des expériences rapportées par Dutrochet, et desquelles il résulte qu'une Poule reste propre à pondre des œufs féconds, vingt jours après l'accouplement.

C'est ici une sorte de diminutif du fait remarqué par Huber sur la reine Abeille, qui conserve pendant si long-temps la propriété de produire des œufs féconds, sans renouveler l'acte de l'accouplement; phénomène mystérieux dont rien ne semblait annoncer une solution prochaine, lorsqu'un des collaborateurs de ce Dictionnaire est venu l'expliquer avec un rare bonheur par une observation fort simple. L'appareil génital femelle des Insectes se compose essentiellement de deux ovaires qui possèdent chacun un canal particulier pour la chute des œufs. Ces deux tubes se réunissent au sommet du vagin. Auprès de leur point de réunion se remarque une poche qui aboutit également dans le vagin par un canal particulier. Avant la découverte d'Audouin, tous les anatomistes avaient cru que le pénis du mâle se dirigeait droit dans le vagin et épanchait sa liqueur à la base des oviductes, d'où elle arrivait dans les ovaires. Il n'en'est rien pourtant; et le pénis vient au contraire s'engager dans cette poche latérale qui reçoit et conserve la liqueur fécondante sans en fournir aux ovaires. Les Animalcules s'y observent pleins de vie et doués d'un mouvement actif. De ce fait, il résulte comme conséquence évidente, que la fécondation n'a point lieu dans l'ovaire, qu'elle se produit au contraire au moment où les œufs qui en sortent, viennent passer au-devant de l'orifice de la poche que notre confrère nomme copulatrice, et pour laquelle nous proposerons le nom de vésicule d'Audouin. Il en résulte encore que si les Animalcules peuvent se conserver dans cette po-

[page] 221

che, la fécondation des œufs pourra se faire bien long-temps après l'acte même de l'accouplement. Ces diverses conséquences n'ont point échappé à la sagacité de l'investigateur, et son observation est un des faits les plus dignes de méditation que la science ait acquis depuis long-temps.

Ce qui se passe dans les Poissons, se rapproche tellement de ce que nous avons vu dans les Batraciens, que nous croyons peu nécessaire d'entrer ici dans de plus longs détails.

L'appareil mâle produit l'Animalcule spermatique. L'appareil femelle produit un ovule sur un point particulier duquel se trouve une laine membraneuse que Rolando désigne sous le nom de lame cellulo-vasculaire. Dans l'acte de l'accouplement, si les ovules sont sortis de l'ovaire, comme dans les Batraciens et les Poissons, l'Animalcule spermatique pénètre dans l'ovule et se greffe sur la membrane cellulo-vasculaire; si les œufs ne se détachent pas de l'ovaire avant ou pendant l'accouplement, mais après, les Animalcules sont reçus dans les cornes (Mammifères), dans l'oviductus (Oiseaux), dans une poche particulière (Insectes), et ils se greffent surl'ovule à mesure que celuici, détaché de l'ovaire, vient traverser l'organe qui les renferme. Le développement du fœtus, observé avec soin, nous montre que l'Animalcule n'est autre chose que le rudiment du système nerveux, et que la lame membraneuse sur laquelle il s'implante fournit, parles diverses modifications qu'elle éprouve, tous les autres organes du fœtus. Ainsi se trouve expliquée l'influence particulière au mâle et à la femelle dans la procréation de l'être auquel ils donnent naissance, ainsi se trouvent expliquées toutes ces ressemblances héréditaires qui ont tant occupé les philosophes du siècle dernier. Tout physiologiste qui aura soigneusement étudié l'ouvrage si riche en aperçus heureux de Geoffroy Saint-Hilaire sur les monstruosités; ceux des anatomistes allemands, de Rolando, et les belles observations de Serres, sur l'organogénésie, sera obligé de convenir que l'hypothèse de l'emboîtement est insoutenable aujourd'hui, et trouvera peut-ètie que celle que nous proposons satisfait aux conditions connues du problème.

Si l'on voulait remonter ensuite à la production de l'Animalcule spermatique lui-même, nous pensons qu'il faudrait la comparer à celle des Vers intestiuaux et des Animalcules communément appelés Infusoires. Quant aux premiers, on sait qu'en thèse générale les zoologistes allemands qui les ont ėtudiés avec tant de soin, ont fini par les regarder comme produits par une Génération spontanée. Relativement aux seconds, les expériences de Gleichen, de Spallanzani, de Fray, de Needham, de Bory de Saint-Vincent et de beaucoup d'autres naturalistes, sont également favorables à l'hypothèse d'une Génération spontanée. Mais avant d'adopter une opinion dans une question aussi délicate, il faudrait répéter les expériences de la plupart de ces observateurs avec un soin tout-à-fait scrupuleux, écarter les causes d'erreurs qu'ils ont pu négliger et surtout éviter l'extension qu'ont donnée à leurs opinions ceux d'entre eux qui ont cru à la Génération spontanée.

Fray, qui pense qu'une Mouche ou tout autre Insecte aussi compliqué a pu naître spontanément dans des matières animales pourries, et Spallanzani, qui croit que l'ébullition ne détruit pas les germes des Infusoires, professent l'un et l'autre des opinions qu'il est difficile à notre esprit d'admettre aujourd'hui. Il est donc important de faire de nouvelles recherches, et cclui qui aura le bonheur de mettre au jour sur cette question des faits clairs, précis et débarrassés de toutes les chances d'erreurs que la physique et la chimie peuvent nous permettre en ce moment de prévoir et d'éviter, celui-là, disons-nous, aura reudu à la physiologie un service éminent et

[page] 222

dont les conséquences sont incalculables. On a cru devoir se borner dans cet article à l'exposition d'une théorie générale relative aux Animaux susceptibles d'accouplement. Parmi les auteurs qui ont écrit sur cette matière, nous citerons avec éloge Geoffroy Saint-Hilaire et Rolando Ce dernier avait été conduit à cette conclusion par ses observations sur le Poulet: que le mâle fournit le système nerveux et la femelle le système vasculaire; conclusion si bien d'accord avec la nôtre, qu'elle nous autorise è regarder notre opinion comme une vérité démontrée.

On trouvera le développement de cet article et les planches nécessaires à son intelligence dans les Annales des Sciences naturelles, T. 1, p. 167, p. 274, p. 392: T. 11, p. 100, p. 129, p. 281; T. 111, p. 113, et dans les volumes suivans seront donnés les Mémoires qui n'ont pas encore paru. V. eucore CERCARIEES et ZOOSPERMES de ce Dictionnaire. (D.)

GENESIPHYLLA. BOT. PHAN. L'Héritier a décrit sous ce nom et comme type d'un genre qui n'a pas été adopté, une espèce de Xylophylle. V. ce mot. (A.D.J.)

GENESTROLE. BOT. PHAN. Nom sous lequel on désigne vulgairement le Genista tinctoria qui fournit une belle couleur jaune. V. GENêT. (AUD.)

GENêT. Genista. BOT. PHAN. Genre de la famille des Légumineuses et dela Diadelphie Décandrie, L., connu des plus anciens botanistes, et composé de Plantes faciles à distinguer par leur port, mais dont les caractères génériques sont peu tranchés. Linné adoptant quelques-unes des divisions de ce genre faites par Tournefort, et même par les botanistes qui ont précédé celui-ci, en a séparé particulièrement, sous le nom de Spartium, les espèces dont le calice est étalé en dehors, les filets des étamines appliqués contre l'ovaire et le stigmate velu en dessus, tandis que le Genista ne se composerait, selon l'illustre naturaliste suédois, que des espèces à calice bilabié, ayant l'étendard oblong, réfléchi en dehors, et laissant à découvert le pistil et les étamines. Tournefort avait en outre créé d'autres genres qui ne sont réellement que des subdivisions du Genista, et qui cependant ont été en partie reproduits par Mœnch et par d'autres auteurs modernes. Tels sont les genres Genistella, Genista-Spartium, Cytiso-Genista et Scorpius. Enfin, dans l'Encyclopédie méthodique, Lamarck a fait voir que le caractère du Spartium, L., assez exactement tracé pour quelques espèces, s'évanouit insensiblement dans les autres, et que tous oes prétendus genres, admis par Tournefort et Linné, pourraient se fondre en un seul, auquel on conserverait le nom de Genista. Cette opinion a été embrassée par le professeur A.-L. de Jussieu, qui, néanmoins, a proposé (Genera Plantarum,, p. 354) de distinguer génériquement avec Tournefort, les espèces monospermes de Spartium à feuilles très-peu nombreuses et à branches le plus souvent opposées. Voici les caractères du Genista, selon Lamarck et Jussieu: calice petit, campanulé, tantôt à un seul lobe latéral terminé par cinq petites dents, tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, à deux lèvres dont la supérieure est à deux dents droites et l'inférieure à trois; étendard oblong, cordiforme, relevé ou réfléchi; ailes divergentes concaves en dedans; earène pendante, bifide, ou entièrement bipéiale, ne recouvrant pas les organes sexuels; étamines monadelphes (quoique le genre soit placé dans la Diadelphie); stigmate velu longitudinalement d'un côté; légume ovale ou oblong, souvent renflé, contenant une ou plusieurs semences globuleuses ou réniformes. Ce genre a de si grands rapports avec le genre Cytise (V. ce mot), qu'il a été très-difficile de l'en distinguer par des caractères tirés uniquement des organes reproducteurs; aussi Lamarck ne considère-t-il les genres

[page] 223

Genista et Cytisus que comme deux divisioas d'un même groupe naturel, qui ne diffèrent réellement entre elles que par l'ensemble de la végétation, et surtout par la diversité du feuillage. Les Genêts sont caractérisés par leurs feuilles simples avec ou sans mélange de feuilles ternées. Linné avait placé dans les Spartium une espèce du cap de Bonne-Espérance, que Lamarck a réunie aux Genista, en lui conservant son nom spécifique. C'est le Genista sepiaria, qui est devenu, pour Thunberg, le type du genre Lebeckia où se rangent plusieurs autres Légumineuses du même pays, et parmi lesquelles on remarque le Spartium Cylisoides, L. fils, ou Cytisus Capensis. Ce genre, qui a été admis par Willdenow et persoon, paraît devoir être conservé. V. LÉBECKIF. Les Aspalathus, Plantes du cap de Bonne-Espérance, ont aussi beaucoup d'affinité avec les Genêts. Cependant leurs feuilles linéaires fas-ciculées, et un port particulier servent à les faire reconnaître au premier coup-d'œeil.

Le nombre total des espèces du genre qui nous occupe s'élève à environ quatre-vingts qui sont, pour la plupart, indigènes de la région méditerranéenne. On en trouve à peu près vingt en France, réparties en deux sections, d'après leurs rameaux inermes ou au contraire épineux, et parmi lesquelles nous signalerons comme les plus intéressantes à connaître, les espèces suivantes:

§ Ier. Rameaux non épineux.

Le GENÈt A BALAIS, Genista scoparia, Lamk., Spartium scoparium, L., est un Arbrisseau très-commun dans les environs de Paris, où ses belles fleurs printanières, et d'un jaune intense, produisent un effet très-pittoresque. Il abonde aussi en divers lieux du centre et du midi de l'Europe, mais on ne le rencontre pas dans une grande partie des Alpes. Ses rameaux s'élèvent jusqu'à un mètre; ils sont nombreux, roits, flexibles, anguleux, et portent des feuilles petites et légèrement velues.

LE GENÈT A BRANCHES DE JONC, Genista juncea, Lamk.; Spartium junceum, L. Ce charmant Arbrisseau s'élève ordinairement à. un mètre et demi; ses rameaux di oits, flexibles, lisses, munis de feuilles simples et peu nombreuses, sont remplies de moelle et ressemblent aux tiges du Scirpus lacustris, confondu par le vulgaire avec le Jonc. Il porte des fleurs jaunes, très-grandes, d'une odeur suave et qui naissent aux sommités des rameaux, en grappes droites, nues et un peu lâches. On rencontre cette espèce dans les lieux incultes de l'Espagne, de l'Italie et de la France méridionale. Il est cultivé comme ornement dans les jardins sous le nom de GENÈT D'ESPAGNE, dénomination qui doit être rejetée, afin qu'on ne confonde pas cette espèce avec le véritable Genêt d'Espagne, Genista Hispanica, L., dont les rameaux sont épineux. En faisant macérer dans l'eau l'écorce du Genista juncea, on peut en retirer une filasse très-propre à faire des tissus de bonne qualité.

Parmi les autres Genêts de cette section, nous nous contenterons d'indiquer: 1° le Genista sagittalis, L., jolie espèce que l'on trouve dans les terrains sablonneux et pierreux, depuis la Galice jusqu'au fond de l'Allemagne. On la reconnaît facilement à ses tiges bordées de plusieurs saillies produites par une membrane verte qui se rétrécit en manière d'articulation à la base de chaque feuille; 2° Genista tinctoria, L. Elle est assez commune sur les collines et au bord des forêts de l'Europe tempérée. Son nom lui vient de ses fleurs qui donnent une teinture jaune; aussi la nomme-t-on vulgairement Herbe à jaunir; 3° Genista pilosa, L. Elle se trouve dans les bois élevés, à Fontainebleau, en Bourgogne, dans le Jura, etc. Les feuilles et les tiges de cette Plante sont peu velues, comparativement à plusieurs autres Genêts, mais les calices et les légumes sont

[page] 224

couverts de poils couchés qui ont valu à l'espèce le nom spécifique imposé par Linné. Les trois especes que nous venons de citer faisaient partie du genre Genistella de Mœnch.

§ II. Rameaux épineux.

Le GENêT D' ANGLETERRE, Genista Anglica. Jolie espèce peut-être plus commune aux environs de Pans et dans la France occidentale qu'en Anglelerre. Nous avons observé qu'elle ne dépasse pas à l'est une ligne tracée par le cours de la Saône et au Rhône. Ses tiges sont grêles, épineuses et souvent couchées; elles portent au sommet de petites feuilles lancéolées etétróites; les fleurs sont jaunes, axillaires et portées sur de courts pédoncules.

Le GENêT D'ALLEMAGNE, Genista Germanica, L. Ses tiges sont Iameu-ses, très-épineuses, etcouvertesdans leur jeunesse de feuilles ovales, lancéolées, très-vertes; les fleurs sont jaunes, et disposées en grappes courtes au sommet des tiges. Cette Plante croît sur les collines des provinces méridionales et orientales de la France.

Le GENÈTD'ESPAGNE, Genista Hispanica, L., ressemble à la précédente, mais elle en diffère par sa tige plus basse, par ses épines vertes et très-rameuses, et parce qu'elle est beaucoup plus velue sur ses jeunes pousses. Dans celte espèce, comme dans les précédentes, les épines sont dues à la dégénérescence plus ou moins complète des feuilles. Leur origine est surtout bien visible sur le Genista Germanica.

Les autres Genêts sont des sous-Arbrisseaux qui n'offrent que peu d'intérêt, puisqu'ils ne se composent que de Plantes épineuses, petites et peu agréables à l'œil.

On a quelquefois et improprement nommé GENÈt ÉPINEUX, l'Ulex Europeus. (G..N.)

GENETTE. MAM. Espèce du genre Civette. V. ce mot. On a étendu ce nom à plusieurs autres Animaux congénères, avec des épithèles qui indiquaient leur patrie. (B.)

GENETTE. BOT. PHAN L'un des noms vulgaires du Narcissus poeticus, L. V. NARCISSE. (B.)

GENEVRIER. Juniperus. BOT. PHAN C'est un genre de la famille naturelle des Conifères et de la Diœcie Monadelphie, L., auquel on peut assigner les caractères suivans: les fleurs mâles forment de petits chatons ovoïdes, axillaires ou terminaux, composés d'écailles peltées, portées sur un axe commun et présentant à leur face inférieure quatre étamines sessiles uniquement formées par une anthère uniloculaire qui s'ouvre longitudinalement par son côté interne. Les fleurs femelles forment également de très petits chatons composés dun involucre, de plusieurs écailles épaisses, charnues, dont les plus intérieures sont quelquefois soudées entre elles, et forment une sorte d'involucre intérieur monophylle, qui recouvre les fleurs. Celles-ci sont au nombre de deux à trois, placées au fond de l'involucre où elles sont sessiles. Leur forme approche de celle d'une bouteille. Leur ovaire, qui est parfois adhérent, est globuleux; le calice se prolonge au-dessus de lui, et fonne un tube rétréci plus ou moins allongé. Le fruit est une fausse baie globuleuse et ombiliquée, renfermant deux ou trois noyaux osseux. La partie charnue est formée par l'involucre qui persiste et s'accroît. Les osselets sont de véritables fruits dont le péricarpe est dur, osseux et indéhiscent. La graine est dressée et se compose d'un endosperme charnu au centre duquel est placé un embryon renversé presque cylindrique, ayant la radicule très-longue et adhérente par sa base, et les cotylédons au nombre de deux. On compte au-jourd'hui environ vingt à vingt cinq espèces de Gencvriers. Ce sont en général des Arbrisseaux ou de petits Arbres résineux dont les feuilles sont persistantes, étroites, linéaires, roides ou imbriquées. Parmi

[page] 225

ces espèces, sept ou huit soot originaires d'Europç; trois de l'Amérique septentrionale; autant de l'Amérique méridionale, et le reste provient de l'Asie septentrionale et des diverses contrées de l'Orient. Plusieurs de ces espèces méritent d'être citées. Nous mentionnerons ici les suivantes:

GENEVRIER COMMUN, Juniperus communis, L.; Rich., Conif. inéd., tab. 5. C'est un Arbrisseau fort commun en France, dans les lieux incultes et rocailleux. Généralement, il est petit et rabougri, mais quelquefois il se développe davantage et forme alors un petit Arbre de quinze à dix-huit pieds d'élévation. Les feuilles sont ternées-verticillées, étalées, sessiles, linéaires, aiguës, roides; les fleurs dioïques; les chatons très-petits, solitaires et à l'aisselle des feuilles: les mâles sont sessiles et globuleux; les femelles sont portées sur un pédoncule court et recouvert d'écailles imbriquées; l'involucre se compose de plusieurs écailles épaisses et soudées entre elles. Il contient trois fleurs sessiles. Le fruit est une fausse