RECORD: Bory de Saint-Vincent, Jean Baptiste Georges Marie, ed. 1822-31. Dictionnaire classique d'histoire naturelle. 17 vols. Paris: Rey & Gravier. Volume 11.

REVISION HISTORY: OCRed by AEL Data 04.2014. RN1

NOTE: This work formed part of the Beagle library. The Beagle Library project has been generously supported by a Singapore Ministry of Education Academic Research Fund Tier 1 grant and Charles Darwin University and the Charles Darwin University Foundation, Northern Territory, Australia.


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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE.

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Liste des lettres initiales adoptées par les auteurs.

MM.

AD. B. Adolphe Brongniart.

A. D. J. Adrien de Jussieu.

A. F. Apollinaire Fée.

A. B. Achille Richard.

AUD. Audouin.

B. Bory de Saint-Vincent.

C. F. Constant Prévost.

D. Dumas.

D. C..E. De Candolle.

D..H. Deshaves

DB..Z Drapes

E. Edward

E. D..L. Eudes Deslonchamps.

F. D'Audebard de Férussac.

G. Guérin.

G. DEL. Gabriel Delafosse.

GEOF. ST.-H. Geoffroy St.-Hilaire.

G..N. Guillemin.

H.-M. E. Henri-Milne Edwards.

ISID. B. Isidore Bourdon.

IS. G. ST.-H. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire

R. Kunth.

LAT. Latrellie

La grande division à laquelle appartient chaque article, est indiquée par l'un des obserévation suivantes, qu'on trouve immédiatement aprés son atre.

ACAL. Acalèphes.

ANNEL. Annelides.

ARACHN. Arachnides.

BOT. CRYPT. Botanique. Cryptogamie.

BOT.PHAN. Botanique. Phanérogamie.

CHIM. Chimie.

CIRRH. Cirrhipèdes.

CONCU. Conchifères.

CRUST. Crustacés.

ECIIIN. Echinodermes.

FOSS. Fossiles.

GÉOL. Géologie.

INS. Insectes.

INT. Intestinaux.

MAM. Mammifères.

MICR. Microscopiques.

MIN. Minéralogie.

MOLL. Mollusques.

OIS. Oiseaux.

POIS. Poissons.

POLYP. Polypes.

REPT. BAT. Reptiles Batraciens.

— CHEL. — Chélonians.

— OPH. — Ophidiens.

— SAUR. — Sauriens.

ZOOL. Zoologie.

IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAUGIRARD, N 36.

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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE,

PAR MESSIEURS

AUDOCIN, Isicd BOURDON, Ad. BRONGNIART, DE CANDOLLE, G;. DELAPOSSE, DESHAYES, E. DESLONCHAMPS, DRAPIEZ, DUMAS, EDWARDS, H-M. EDWARDS, A. FÉE, D'AUDEBARD DE FÉRUSSAC, GEOFFROY SAINT-HILAIRE, Isid. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, GUÉRIN, GUILLEMOT, A. DE JUSSIEU, KUNTH, LATREILLE, C. PRÉVOST, A. RICHARD, et BORT DE SAINT-VINCENT.

Ouvrage dirigé par ce dernier collaborateur, et dans lequel on a ajouté, pour le porter au niveau de la science, un grand nombre de mots qui n'avaient pu faire partie de la plupart des Dictionnaires antérieurs.

TOME ONZIÈME.

MO-NSO.

O+PARIS.

REY ET GRAVIER, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

Quai des Augustins, n° 55;

BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS,

Rue de Vaugirard, n° 17.

JANVIER 1827.

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DICTIONNAIRE

CLASSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE.

MOC

MOBULA POIS. Dans son Ichthyologie sicilienne, Rafinesque établit sous ce nom, aux dépens des Raies, un genre qui pourrait bien rentrer parmi les Céphaloptères, et n'être que le Mobular de Duhamel que Cuvier regarde comme une espèce établie sur des Poissons mutilés, (B.)

MOBULAR. POIS. Duhamel cite sous ce nom une espèce douteuse de Raie du sous-genre Céphaloplère. (B.)

MOCAGA. BOT. PHAN. On donne ce nom, à Cayenne, à un Palmier qui est, dit-on, voisin de l'Avoir a ou Elais, mais sur lequel on n'a pas de renseignemens assez nombreux et assez exacts pour en constituer un genre distinct. (G..N.)

MOCANÈRE. Mocanera. BÔT. PHAN. Genre décrit par Linné fils (Suppl. 36) sous le nom de Visnea, auquel Jussieu a substitué celui de Mocanera, sous lequel il était counu aux îles Canaries dès avant la conquête. Ce genre a été placé à la fin de la famille des Onagraires. Mais il ne nous paraît avoir aucun rapport avec cet ordre naturel, ainsi qu'on le verra par la description suivante de son organisation, qui, faite d'après nature, s'éloigne en plusieurs points de celle qu'on lui avait attribuée. Le Mocanera Canariensis est un moyen Arbrisseau toujours vert. Ses tiges sont cylindriques et rameuses; ses feuilles, assez dures, sont alternes, elliptiques, très-courtement pétiolées, inégalement dentées, à dents peu profondes; leur face supérieure est glabre, et l'inférieure porte quelques longs poils couchés. Les fleurs sont solitaires ou géminées à l'aisselle des feuilles, portées sur des pédoncules recourbés, longs de quatre à six lignes et tomenteux, offrant chacun à leur sommet deux bractées fort petites et à peine perceptibles. Le calice est monosépale, persistant, à cinq divisions profondes et obtuses, dont trois extérieures, et deux plus intérieures, minces et membraneuses sur leurs bords; la corolle est monopétale, rotacée, à cinq lobes obtus et très-profonds. Les étamines sont en nombre variable. Le plus souvent ou en compte de dix-huit à vingt dans les individus cultivés, ainsi que l'a observé Bory de Sainl-Vincent dans la description qu'il a dounée de cet Arbrisseau dans le premier numéro des Annales générales des sciences physiques, publiées à Bruxelles. Ces étamines sont insérées à la base de

TOME XI. 1

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la corolle, plus courtes qu'elle, un peu inégales, avant leurs filets grêles, courts et glabres, leurs antnères terminales sagittées, introrses, terminées par une longue pointe à leur sommet et à deux loges. L'ovaire est libre, ovoïde, allongé, terminé en pointe à son sommet, qui se confond insensiblement avec le style, hérissé de poils. Le style est simple et velu à sa partie inférieure, trifide et glabre à son sommet, dont chaque division est terminée par un stigmate peu distinct. L'ovaire, coupé transversalement, offre trois loges contenant chacune deux, très-rarement trois ovules suspendus attachés vers la partie moyenne de l'angle interne de chaque loge. Le fruit, que nous n'avons pas vu, est une sorte de noix, charnue extérieurement, à deux ou trois loges contenant chacune deux graines et accompagnée à sa base par le calice qui est persistant. Notre description s'éloigne surtout du caractère tracé par Jussieu: 1° par la corolle, qui est bien certainement monopétale et non polypétale; 2° par la forme des anthères; 3° et enfin par l'ovaire qui est tout-à-fait libre.

Ce genre ne nous paraît avoir aucun rapport avec la famille des Onagraires, ni par son port, ni par les caractères des organes de la fructification. Il nous semble au contraire avoir une affinité bien réelle avec la famille des Ternstrœmiacées, et en particulier avec le genre Ternstrœmia. En effet, le calice, la corolle, les étamines et l'ovaire nous paraissent avoir la même organisation dans ces deux genres. Chaque fleur y est également accompagnée de deux bractées. Quant au fruit et à la graine, n'ayant pas encore eu l'occasion de les examiner dans le genre Mocanera, nous ne saurions assurer qu'ils offrent la même structure dans le Tenistrœmia, mais les descriptions qu'on eu donne ne s'opposent pas du tout à ce rapprochement que nous croyons naturel. On pourrait aussi lui trouver quelques rapports avec la famille des Ebénacécs, dont il se rapproche par la structure de sa fleur, mais l'organisation de son fruit l'en éloigne.

Notre savant ami Bory de Saint- Vincent a donné sur le Mocan des Canaries des détails historiques tres- eurieux, soit dans son Essai sur les îles Fortunées, soit dans la description que nous avons précédemment citée. Il paraît, d'après ce naturaliste, que les Guanches, peuples primitifs des Canaries, détruits par les Européens, faisaient usage du fruit de la Mocanère, qu'ils appelaient Yova; ils en préparaient une sorte de sirop épais, qu'ils nommaient Chacherquen, et qu'ils mêlaient à leurs ali— mens. C'était aussi pour eux un médicament très-usité. Cette espèce de miel artificiel devait être regardée comme une chose exquise, puisque les poètes de ces peuples en firent un objet de comparaison pour désigner la douceur par excellence. Néanmoins Bory de Saint-Vincent émet quelques doutes sur l'identité du Mocanera avec le Mocan des premiers habitans des Canaries. Il pense que le fruit du Caroubier ou celui du Myrica Paya, pourraient bien être le véritable Mocan des Guanches.

Le Mocanère est un joli Arbrisseau qu'on cultive dans les serres tempérées où il fleurit chaque année. Il lui faut une terre substantielle et consistante, et ou le multiplie par marcotte et bouture. (A. R.)

MOCHO ou MOCHOS. POIS. ( Delaroche. ) Nom donné, aux îles Baléares, à une variété de l'Atherina Hepsetus, L. F. ATHÉRINE. (B.)

MOCHUS. BOT. PHAN. ( Dodoens. ) L'Ervum Ervilia. (Césalpin.) Le Lathyrus sylvestris. (B.)

* MOCINNA. BOT. PHAN. Lagasca ( Gen. et Spec., p. 31 ) a établi sous ce nom un nouveau genre de la famille des Synanthérécs, Corymbifères de Jussieu, et de la Syngénésie Polygamie superflue, L. Les caractères essentiels qu'il lui attribue sont: un involucre ovale imbrique; une calathicle radiée; les fleurons de la cir-

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conférence peu nombreux; les akènes couronnés d'une aigrette formée de plusieurs paillettes lancéolées et subulées. Des caractères si incomplets ne permettent pas d'établir les affinités de ce genre; cependant on le dit voisin du Galinsoga. Il se compose de deux espèces ligneuses, Mocinna terrain et M. brachial a, qui croissent au Mexique, dans les environs de la Nouvelle-Salamanque, et à l'isthme de Panama. (G..N.)

* MOCO ou MOKO. MAM. Nom de pays d'un Rongeur récemment découvert au Brésil par le prince Maximilien de Neuwied, et décrit par cet illustre zoologiste sous le nom de Cavia rupestris. Cette espèce, type du nouveau genre Kerodon de Fr. Cuvier, est notre Kerodon sciureus. V. KÉRODON.

Buffon appelait SINGE DE MOCO le Tartariu, espèce du genre Cynocéphale. V. ce mot. (IS. G. ST.-H.)

MOCOCO. MAM. Espèce du genre Maki. V. ce mot. (IS. G. ST.-H.)

* MODAGAN. BOT. PHAN.(Rhéede.) Petit Arbre dont les fleurs sont pentendres, mouogynes et à cinq pétales. Soa fruit est en forme de poire, et rempli de beaucoup de graines menues. Il est impossible de determiner, d'après une description aussi insuffisante, ce que peut être le Modagun.

(B.)

MODÈQUE. Modecca. BOT. PHAN. Rhéede (Hort. Malab., vol. 8, t. 20-23) a décrit et figuré sous ce nom quatre Plantes qui out le port des Passiflores, mais qui s'en distinguent essentiellement par plusieurs différences dans les organes de la fructification. Dans son Genera Planlaram, Jussieu, en 1789, avait indiqué la formation, avec ces Plantes, d'un genre nouveau, et il reproduisit en 1805 (Auu. du Mus., vol. 6, p. 106) cette indication dans un Ménoire sur les Passifloées. Lamarck (Encyclop. T. IV, p. 208) avait, dès I'am IV de la république, constilué ce genre, en fixant aiusi ses caractères: calice monophylle, oampanullé, quinquéfide, à divisions ovales et pointues; corolle à cinq pétales vraisemblablement insérées au calice, et alternes avec les découpures de celui-ci; cinq étamines ( gynandriques ) moins longues que la corolle; ovaire supérieur stipité, ovale, surmonté d'un style trifide supérieurement; capsule pédicellée, ovale ou obronde, renflée, presque vésiculeuse, uniloculaire, polysperme, s'ouvrant en trois valves; graines attachées l'une près de l'autre à un plaeenta qui règne dans toute la longueur de la partie moyenne des valves. Linné avait oru que le genre Modecca pouvait être rapporté au Convolvulus; cependant par son port et ses vrilles, il ressemble aux Cucurbitacées; son fruit supète le rapproche encore plus des Passiflores, dont il se distingue surtout par l'absence de la couronne de filets, et par son fruit capsulaire à trois valves déhiscentes. Lamarck a réduit à deux les espèces décrites et figurées par Rhéede, et il leur a donné les noms de Modecca palmata et M. integrifolia. Il a de plus décrit une nouvelle espèce sous le nom de M. bracteata, Enfin, Fischer ( in Willd. Enum. Plant., suppl., p. 13) en a fait connaître une quatrième qu'il a nommée M. lobata. Ce sont des riantes sarmenteuses, munies de grandes feuilles simples ou multifides, et ayant des fleurs ordinairement disposées en grappes paniculées axillaircs. Elles croissent dans les Indes-Orientales. (G..N.)

MODIOLA. BOT. PHAN. Le genre établi sous ce nom par Mœnch ( Meth. Plant., 620), et qui a pour type le Malva Caroliniana, L., n'a pas été adopté. De Candolle en a fait une des sections du genre Mauve. V. ce mot. (G..N.)

MODIOLE. Modiola. CONCH. Lamarck est le créateur de ce genre, qu'il a démembré des Moules de Linné et de Bruguière. Antérieurement à ces deux savans, les auteurs systématiques ou les muséographes con-

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fondaient indistinctement avec les Coquilles qu'ils nommaient Moules de mer, des Coquilles qui n'avaient pas la moindre aualogie, et qu'ils gratifiaient du nom de Moules d'eau douce; ils ajoutaient même à tout cela des Coquilles plus différentes encore, telles que des Arches, comme Lister en donne l'exemple dans son Synopsis Conchyliorum. Lorsque Linné eut à réformer les auteurs anciens, il sépara les véritables Moules des autres genres qui y étaient confondus. Adanson (Voy. au Sénég.), sous le nom générique de Jambonneau, confondit les Moules, les Modioles et les Pinnes, et, sans doute par erreur du dessinateur, l'Animal d'une Modiole a été représenté en sens contraire, c'est-à-dire le byssus et le pied en sens inverse de ce qu'ils sont. Lamarck, en démembrant les Modioles de Linné, sentit combien ces deux genres étaient voisins, et ne les éloigna pas dans son premier Système. Lorsqu'il créa la famille des Byssifères, daus la Zoologie philosophique, il y plaça avec les Limes, Marteaux, Pinnes, etc., les Moules et les Modioles, mais ce dernier avec uu point de doute probablement, parce que ne s'en rapportant pas à la figure d'Adanson, il ignorait si les Modioles étaient, comme les Moules, de véritables Byssifères. Roissy, dans le Buffon de Sonnini, dit, d'après Poli, que les Modioles lithophages présentent des différences notables d'organisation avec les autres espèces qui vivent dans la vase comme les Moules. Lamarck n'a point fait cette distinction que l'on doit à Cuvier, qui a proposé de démembrer les espèces de Modioles de Lamarck, et de faire un genre Lithodome avec celles qui ont la propriété singulière de creuser la pierre. Cette distinction, qui n'est point suffisamment fondée, semblait motivée, à en croire Roissy (loc. cit.), sur ce que les Modioles lithophages sont dépourvues de byssus; mais ce savant a été dans l'erreur sur ce point, car Cuvier dit positivement que les Modioles lithodomes sont pourvues d'un byssus; ce que nous pouvons également confirmer, car nous avons sous les yeux l'Animal du Mytilus lithophagus de Linné. Quant aux présomptions de Roissy à l'égard de la place que l'on pourrait donner aux Lithodomes près des Saxicaves et des Pholades, elles ne sont point fondées; ce qui réunit ces différens genres, c'est l'existence des siphons, et les Lithodomes en sont entièrement dépourvus; ce qui prouve de plus en plus que le sous-genre de Cuvier n'est pas nécessaire, puisque l'organisation ne le confirme pas. Férussac a donc eu tort, dans ses Tableaux systématiques, de faire de ces Lithodomes, que Poli a nommés Callitricoderma, un genre véritable comme les Moules. Il les place dans la famille des Mytilacées, qui diffère de la famille nommée ainsi par Lamarck. V. ce mot. L'auteur que nous venons de citer, qui, dans l'Extrait du Cours, avait conservé sa famille des Byssifères, la démembra dans son dernier ouvrage, et cet exemple fut suivi par Férussac d'abord, et ensuite par Blainville ainsi que par Latreille. Blainville pense que le genre Modiole, ainsi que les Lithodomes, doivent être réunis aux Moules dans un même genre dont ils ne doivent former que des sections; et, de cette manière, se trouverait rétabli presque dans son entier le genre Moule de Linné. Le genre Modiole est caractérisé ainsi par Lamarck: coquille subtransverse, équivalve, régulière, à côté antérieur très-court; crochets presque latéraux, abaissés sur le côté court; charnière sans dent, latérale, linéaire; ligameut cardinal presque intérieur, reçu dans une gouttière marginale; une impression musculaire sublatérale, allongée, en hache; Animal semblable à celui des Moules. V. ce mot. Lamarck, dans l'énoncé des caractères, n'admet qu'une seule impression musculaire aux Modioles et aux Moules, ce qui l'a porté à ranger ces deux genres dans la grande division des Monomyaires, quoique réellement ces genres aient deux

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muscles adducteurs des valves, organisation qui doit les faire replacer dans la méthode parmi les Dimyaires, ainsi que plusieurs auteurs l'ont déjà fait.

Les Modicries sont encore peu nombreuses dans nos collections. Elles viennent de toutes les mers, et il est probable qu'en multipliant les recherches on en augmentera le nombre. On en compte presque autant à l'état fossile ou de pétrification qu'à l'état frais. Elles ne peuvent se diviser qu'en deux sections, de la manière suivante.

†Espèces libres, non cylindracécs.

MODIOLE DES PAPOUS,Modiola Papuana, Lamk., Anim. sans vert., T. IV, p. III, n° 1; Chemnitz, Conchyl. T. VIII, t. 85, fig. 757; Favanne, pl. 8, fig. B; Encyclop., pl. 219, fig. 1. C'est la plus grande, espèce du genre. Le plus souvent on la trouve décapée dans les collections. Dans cet état, elle est d'un heau violet; elle est couverte naturellement d'un épiderme brun. Lamarck cite avec doute le Lulat d'Adanson, et effectivement cette Coquille offre bien des différences avec la Modiole des Papous. Nous pensons que l'espèce d'Adanson est particulière, et. n'a point encore été rapportée dans les catalogues des auteurs.

MODIOLE TULIPE, Modiola Tulipa Lamk., Anim. sans vert., loc. cit. n°, 2; Chemnitz, Conchyl. Cab. T. VIII, t. 86, fig. 758 et 759; Encycl., pl. 221, fig. 1; Knorr, Verg. T. VI, L 15, fig. 3. Cette espèce, l'une des plus communes dans les collections, est probablement celle que Linné a désignée sous le nom de Mytilus Modiolus; mais la confusiou qui existe dans la synonymie, pour cette espèce, est telle qu'il est fort difficile de décider la question.

†† Espèces cylindriques, lithophages.

MODIOLE LITHOPHAGE, Modiola lithophaga, Lamk., Anim. sans vert. T. VI, p. 115, n° 32; Mytilus lithophagus, L., Gmel., p. 3351, n°6; Lister, Conchyl., t. 427, fig. 268; Bornn. Mus. Cœs. Vind, t. 7, fig. 4; Encyclop., pl. 221, fig. 6,7; Lithodomus, Cuvier, Règn. Anim. T. 11, p. 471. Espèce remarquable par les stries transverses qui sillonnent en tremblant la surface extérieure; elle est bien nacrée à l'intérieur. Lamarck en caractérise une variété dont les stries sont plus apparentés sur le côté postérieur. Elle se distingue aussi par la couleur qui est moins foncée; car dans le type de l'espèce la couleur est d'un brun noir foncé. Lamarck n'a pas connu cette Coquille dans toute sa grandeur; les deux variétés acquièrent jusqu'à douze centimètres ( quatre pouces et demi. ) Nous en possédons plusieurs individus de cette dimension. C'est sous le nom de Datte de mer que cette espèce est connue des marins. On la recherche beaucoup pour la délicatesse de son goût. Elle est abondante dans plusieurs parages de la Méditerranée, de l'Océan européen, dans l'Océan indien, et surtout aux îles de France et de Mascareigne, d'ou viennent les plus grandes. (D..H.)

MODIRA - WALLI. BOT. PHAN. (Rhéede, Malab., 7, t. 46 ) Syn. d'Anona uncinata, Lamk. Espèce d'Unone de De Candolle. (b.)

MODO. POIS. Espèce norwégienne du genre Pleutronecte. (b.)

MOEHRINGIE. Mœhringia. BOT. PHAN. Genre de là famille dés Caryophyllées, et de l'Octandrie Dyginie, L., ainsi caractérisé: calice à quatre folioles lancéolées aiguës, ouvertes; corolle à quatre pétales, ovales, allongés, entiers, plus longs que le calice; nuit étamines; ovaire globuleux, surmonté de deux styles; capsule ovale, presque ronde, à quatre valves, uniloculaire, et renfermant nn grand nombre de graines attachées à un placenta central. Le nombre des espèces de ce genre est: très-borné; les auteurs en ont décrit seulement trois espèces, parmi lesquelles on doit considérer la suivante, comme type du genre.

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La MOEHRINGIE MOUSSEUSE, Mœhringia muscosa, L., est une petite Plante vivace qui croît en gazons dans les fentes des rochers et dans les lieux fentes des montagnes subalpines de l'Europe. Sa tige se ramifie dès sa base, et porte des feuilles filiformes connces. Ses fleurs sont blanches, portées sur des pédicelles terminaux et axillaires, Le Mœhringia sedifolia de Willdcnow, qui croît au Col de Tende, dans les Alpes - Maritimes, avait été décrit et figuré par Balbia (Misc, bot., 20, t. 5, f. 2) comme une simple variété du M. muscusa. La troisième espèce est une Plante de l'île de Crète, décrite sous le nom de M. stricta dans la Flore de Grèce de Sibthorp et Smitlil (G..N.)

* MOEKISTOCÈRE. Mœlistocera. INS. Genre de l'ordre des Diptères, famille des Némocères, tribu des Tipulalres, mentionné par Latreille (Fam. Nat. du Règne ànim.), et dont Ce savant ne donne pas Ies caractères: il avoisine les Trichocères et les Hexatomcs. (G.)

MOELLE, ZOOL. V. Os.

MOELLE. boT. phan. On donne cé nom en botanique à cette substance spongieuse, légère et diaphane, formée presqu'eh totalité de tissu cellulaire, et qui dans les Végétaux dicotylédonés remplit le canal médullaire, Dans les Plantes monocotylédopées, au contraire la Moelle, au lieu d'être circonscrite par les patois de l'etui médullaire, forme eu quelque sorte toute la masse de la tige. Dutrochet lui a donné le nom de Médulle interne par opposition à celui de Médulle externe sous lequel il désigne l'enveloppe herbacée de la tige, qui n'en paraît, être en quelque sorte qu'une dépendance, et avec laquelle elle est en communication par le moyen des rayons ou insertions médullaires. La Moelle, ayons-nous dit, est composée de tissu cellulaire, parcouru quel-quefois par un petit nombre de vaisseaux. Ces cellules, qui constituent la Moelle, sont en général vides et ont leurs parois sèches et dia-phanes, lorsque le Végétal a pris tout son accroissement. Mais dans tes Plantes encore jeunes, ces cellules sont remplies d'un fluide diaphane et leurs parois parsemées de points verdâtres, que les uns regardent comme de nature glanduleuse, les autres comme Appartenant au système nerveux. Grew a comparé le tissu cellulaire de la Moelle à cette mousse légère qui se forme sur l'eau de savon quand on l'agite; Mirbel à l'écume blauche qui s'élève sur les liqueurs en fermentation. Jusqu'en ces derniers temps les divers physiologistes s'étaient tous accordés à oonsidérer les parois des cellules de la Moelle, et en général du tissu ccllulairè, comme simples, c'est-à-dire comme communes aux deux cellules contiguës. Mais cette opinion ai été combattue à la fois et presqu'en même temps en France et en Allemagne,' par Dutrochet et Link. Lorsqu'on soumet, dit le premier de Ces observateurs, à l'ébullition dans l'Acide nitrique, la Moefle de la Sensitive ou de tout autre Végétal, on voit toutes lés cellules se séparér les unes des autres, et se présenter domine autant de vésicules complètes, qui consérvent la forme que leur avait donnée la compression exercée par les cellules voisines. Ainsi partout où deux cèllulés se touchent, la parôi qui les sépare offre une double membrane (Dutrochet, Reeh. sur la Struct, des Végét., p. 10). Telle est aussi l'opinion du célèbre professeur Link (Philos: botanicci, p. 10), qui dit que par la coction dans l'esu on sépare les celIules de la Moelle, et en général de tous les ôrgatlès parenchymateux, en vésicules distinctes lés unes des autres. Cependant les parois contiguës des cellules finissent quelquefois par se souder, de manière à ce qu'on ne puisse plus les distinguer, et C'est dans oe sens alors qu'elles paraissent simples. En général les cellules de la Moelle sont plus ou moins régu-

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lièremeut hexagonales; quelquefois cependant elles sont allongées ou diversement comprimées. Leur forme paraît dépendre des obstacles qu'elles éprouvent dans leur développement. Ces cellules communiquent les unes avec les autres. Mais comment se fait cette communication? Les uns ont dit que leurs parois sont percées de pores visibles au microscope, et qui permettent le libre passage des fluides aériformes ou aqueux d'une cellule dans une autre. D autres au contraire, surtout en Allemagne, nient absolument l'existence de ces pores, tels du moins qu'ils ont été décrits par le professeur Mirbel. Rudolphi et Sprengel ont dit que la communication entre les cellules avait lieu par l'interruption des membranes qui forment les parois. Cette opinion a été combattue par Treviranus, Link, Bernhardi, Moldenhaver, Kyéser, lesquels admettent l'existence de pores qui, par leur ténuité, échappent entièrement à tous nos moyens d'investigation. Cependant il est hors de doute que les fluides d'une cellule passent dans celles qui lui sont continues, et c'est d'après ce fait seulement qu'on peut admettre la porosité des parois cellu-laires, bien que l'existence de ces pores ne pnisse être rigoureusement démontrée.

Quels sont les usages de la Moelle dans les phénomènes de la végétation? Il n'est pas facile de résoudre cette question. Le célèbre Hales, et depuis lui plusieurs autres physiologistes, ont considéré la Moelle comme l'agent essentiel de la végétation. Etant éminemment élastique et dilatable, elle agirait, dans cette hypothèse, à la manière d'un ressort qui presse sur tous les autres orgHnes et les sollicite à se développer. Cependant on a objecté à cette opinion, que la Moelle est un corps tout-à-fait inerte, sans force propre, et par conséquent ne pouvant exercer d'influence sur les autres parties du Végétal; c'est ce que semblent prouver les Arbres dont le tronc creux et dépourvu de Moelle n'en continue pas moins cependant à végéter. Dans ces derniers temps, Dutrochet a redonné une très-grande importance à cette partie dans les phénomènes de la vie végétale. Selon cet habile expérimentateur, c'est la Moelle qui forme et produit les vaisseaux qui dans les liges des Arbres dicotylédonés doivent constituer chaque année la nouvelle couche ligneuse. Les couches ligneuses de nouvelle formation, qui Se développent choque année, sont séparées des anciennes par une couche mince de Moelle ou Médulle centrale. Ccs couches de Médulle, généralement très-minces, ne sont pas toujours faciles à aperce voir. Dans le Rhus typhinum elles sout très-visibles, parce qu'elles sont d'une teinte plus foncée que les couches ligneuses. Au printemps, l'accroissement commence toujours par la formation de cette couche mince de Médulle. Bientôt, par sa propriété de donner naissance à des fibres longitudinales, cette couche de Moelle se couvre de vaisseaux qui finissent pàr constituer la nouvelle couche ligneuse. On voit que, dans cette hypothèse, la Moelle jouerait un des rôles les plus importans dans les phénomènes de l'accroissement et de la nutrition des Végétaux. V. Accroissement, Nutrition. (A. R.)

MOELLE-ÉPINIÈRE, ZOOL. V. Cérébro-Spinal..

MOELLE DE PIERRE, MIN. V. Agaric-Minéral.

MOELLERIA. BOT. PHAN. Scopoli a remplacé par ce nom celui d'Iroucana qu'Aublet avait donné à un de scs genres. Ce changement était d'autant plus inutile, que le genre d'Aublet est le même que le Casearia de Jussieu qui avait déjà plusieurs synonymes, V. Caséarie. (G.N.)

MOENCHIE. Mœnchia. BOT. PHAN. Ce genre, dédié à Mœnch qui, sous le nom d'Alsinella, le distinguait du Sagina auquel Linné l'avait réuni,

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appartient à la famille des Caryophyliées et à la Tétrandrie Tétragynie, L. Il présente les caractères suivans; calice à quatre folioles lancéolées, aiguës, conniventes; corolle à quatre pétales entiers, oblongs, un peu plus courts que les divisions calicinales; quatre étamines; capsule uniloculaire, à huit valves s'ouvrant seulement par le sommet, et contenant de très-petites graines scabres et réniformes. Ce genre n'a pas été admis dans le Prodrome du professeur De Candolle qui, en ce qui concerne la famille des Caryophyllées, a été rédigé par Seringe.

La MQENCIIIE GLAUQUE, Mœnchia glauca, Persoon; M. quaternella, Ehrart; Sagina crecta, L., est l'unique espèce du genre. C'est une petite Plante dont la tige est le plus souvent divisée à la base en plusieurs rameaux dressés, grêles, garnis de feuilles linéaires, connées à la base, glabres et d'un vert glauque. Les fleurs sont blanches, petites, portées sur de longs pédoncules dressés, axillaires et terminaux. On trouye cette Plante dans les lieux sablonneux et surtout parmi les Bruyères en Europe. Vaillant l'a figurée dans son Botanicon Parisiense, tab. 3, f. 2.

Un autre genre Mœnchia a été établi par Roth avec plusieurs Crucifères qui ont peu d'affinités entre elles. Tels sont les Myagrum sativum, Alyssum incanum, Draba aizoides et Thlaspi campestre, L. Ce genre n'a pas été adopté. (G..N.)

MOERZA. CRUST. Dans le Dictionnaire de Déterville, pour Maera. V.ce mot. (aud.)

(AUD.)

MOFAT. CONCH. Adanson ( Voy. au Sénég., pl. 18 ) a rangé sous le nom générique de Pétoncle les Bucardes et les Aréhes. Le Mofat appartient à ce premier genre; c'est une des espèces les plus rares et les plus intéressantes en ce qu'elle complète un petit groupe des Bucardes. Elle a reçu le nom de Bucarde grimacière, Cardium ringens, de Lamarçk, Anim. sans vert. T. VI, p. 4, n° 3. V. BUCARDE. (D..H.)

MOFETTE ou MOUFETTE, MIN. CHIM. Le Gaz azote a souvent été nommé Mofette atmosphérique; et l'on a étendu le nom de Mofette à plusieurs autres Gaz, soit délétères par eux-mêmes, soit incapables d'entretenir la respiration et la combustion. Ainsi les vapeurs épaisses qui se dégagent des mines, principalement en été, et surtout de celles qui sont fermées depuis longtemps avec les déblais, ont été nommées Mofettes. Ces vapeurs sont formées de divers Gaz, tels que l'Azote, l'Hydrogène carboné, l'Hydrogène sulfuré, l'Acide carbonique, etc. V. ces mots. (G..N.)

MOGHANIA. BOT. PHAN. Et non Moghamia. Nom donné par Jaunie Saint-Hilaire (Journal de Botanique, 3, p. 61 ) à un genre de Légumineuses établi sur l'Hedysarum strobiliferum, L., mais qui rentre dans le Flemingia de Roxburgh. V. ce mot. (g..n.)

* MOGIPHANES, BOT. PHAN. Genre de la famille des Amaranthacées, et de la Pentandrie Monogynie, L., réceramept établi par Martius (Nov. Gen. et Spec. Plant. Brasil., 2, p. 29) qui l'a ainsi caractérisé: calice coloré, membraneux, à deux folioles opposées, engainantes à la base et carenées, ordinairement accompagné d'une byactée persistante; corolle à cinq Détales à peu près égaux entre eux, lancéolés, dressés, presque libres, légèrement concaves, a estivation quinconqiale; étamines réunies en un tube membraneux; entre chacune des cinq étamines fertiles que porte ce tube, existent des languettes découpées au sommet et considérées par l'auteur comme des filets d'étamines; torus en forme de colonne, placé entre le calice et la corolle, supportant celle-ci ainsi que les étamines et l'ovaire, à cinq glandes qui par la dessiccation prennent l'apparence de cinq dents calleuses et triangulaires; enfin ce torus est articulé audessous de la corolle; style

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unique surmonté d'on stigmate capué utricule membraneux, ovoïde on oblong, sans valves, s'ouvrant irrégulièrement tantôt par le sommet, tantôt par la base; graine solitaire, oblongue, suspendue, comme dans tous les antres genres d'Amaranthacées, au moyen d'un funicule qui s'élève du fond de l'ovaire, ayant un tégument extérieur, coriace, luisant, une membrane intérieure blanche et très-mince; un embryon plus ou moins complètement circulaire, à cotylédons linéaires, incombans, à radicule conique dirigée vers le hile; et un albumen in traire et farineux. Ce genre se compose de Plantes que les auteurs avaient placées parmi les Gomphrena, les Ceiosia et les Alternanthera. Ainsi le Mogiphanes Brasiliensis se rapporte au Gomphrena Brasiliensis de Jussieu ou Philoxerus Brasiliensis de Rœmer et Schultes; le Mogiphanes straminea au Gomphrena patula de Wendland; le Mogiphanes diffusa est le Celosia diffusa du comte de Hoffmannsegg, et le Mogiphanes flavescens est synonyme de l'Alternanthera flavescens de Kunth. Outre ces Plantes, Martius (loc. cit.) a décrit et figuré quatre autres espèces sous les npms de Mogiphanes hirtula, ramosissima, multicaulis et villosa. Elles croissent toutes dans l'Amérique tropicale, et principalement dans le Brésil. Elles se plaisent à l'ombre des forêts et des haies. Ce sont des Herbes ou des Plantes sous-frutescentes, dressées, ou rarement diffuses, rameuses, velues ou pubescentes. Leurs feuilles sont opposées, portées sur de courts pétioles; les fleurs, dont les pédoncules sont allongés et ordinairement nus, forment des capitules globuleux, denses, ou des épis à peu près cylindriques. (G..N.)

MOGORI. Mogorium. BOT. PHAN. Ce genre de la famille des Jas minées et de la Diandrie Monogynie, L., ne différant des autres espèces du genre Jasmin que par le nombre de lobes de son calice et de sa corolle, doit lui être réuni. V. Jasmin. (A. R.)

MOGR1TE. BOT. PHAN. Syn. de Mogori. (B.)

* MOHOKO. OIS. V. le sous-genre Butor au mot Héron. (B.)

MOHRIA. BOT. CRYPT. (Fougères.) La Plante qui a servi de type à ce genre fut d'abord indiquée par Linné sous le nom de Polypodium Cafrorum, et placée ensuite par le même auteur dans le genre Adianthum dont elle se rapproche au premier coup-d'œil par la disposition de ses capsules. Plus tard, Lamarck et ensuite Swartz la réunirent aux Osmondes auxquelles elle ressemble par la structure de ses capsules. Enfin ce dernierauteur, dans son Synopsis Filicum, créa pour cette Plante le genre Mohria. Il appartient à la tribu des Osmondacées, et peut être ainsi caractérisé: capsules arrondies, sessiles, striées à leur sommet, s ouvrant latéralement par une fente qui s'étend de la base au sommet, insérées sur le bord de la fronde et recouvertes par ce même bord recourbé. On voit que la structure des capsules est la même que celle des genres Lygodium, Schizœa, Anémia, et diffère de celle des vraies Osmondes par la présepee d'une calotte striée au sommet et par sa déhiscence latérale; elles diffèrent en outre de tous ces genres par leur mode d'insertion sur le bord de la fronde et par la manière dont elles sont recouvertes par le bord de cette fronde; disposition assez analogue à celle des capsules de plusieurs Polypodiacées, tels que les Cheilanthes, Notholœna, etc. Ces Fougères sont petites, elles croissent par touffes; les frondes fertiles diffèrent des frondes stériles par leurs folioles plus petites cl enroulées en dessous; ces folioles sont cunéiformes cl lobées à leur extrémité. Long-temps on n'a admis qu'une seule espèce dans ce genre sous le nom de Mohria thurifraga. Desvaux en a distingué deux; l'une à laquelle il réserve le nom précédent et qui habite le cap de Bonne- Espérance, a les folioles des frondes stériles, à dentelures trés-aiguës,

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elles sont très-velues en dehors; Sckhuhr en a donné une bonné figure. L'autre que Desvaux nomme Mohria crenata, croît à l'île de Mascareigne, sur les plateaux élevés des montagnes) ses folioles sont simplement crénelées, à dentelures obtuses, et elles n'offrent que quelques poils épars à leur surface inférieure. (AD. B.)

MOIGNET. OIS. L'un des noms vulgaires de la Mésange à longue queue. (B.)

MOINÉ. ZOOL. Ce nom, dérisoirement introduit dans la science, y a été donné à des Singes lubriques, à un Phoque très-gras, à des Marsouins, ainsi qu'à un Squale vorace. On la encore appliqué à l'acariâtre Mésange à longue queue, A un Canard glouton, au Scarabé nasicorne qu'on trouve souvent dans les boues; à un hideux Vautour, à un Faucon Sanguinaire, enfin au plus triste des Mollusques du genre Cône. (B.)

MOINEAU et MOINEAU FRANC. OIS. C'est l'espèce la plus commune et peut-être la plus connue du genre Gros-Bec. On sait comme elle devient familière, et le tort qu'elle fait aux récoltes. Sa rapacité et sa multiplication ont fait mettre en plusieurs pàas sa tête à prix sans qu'on y soit parvenu à diminuer le nombre des individus. C'est d'ailleurs un Oiseau courageux, provocateur, ardent en amour, et susceptible d'éducation. On le nomme vulgairement Pierrot, dans les environs de Paris et dans la France septentrionale. C'est le Passerat des départernens méridionaux, V. Gros-Bec ainsi que pour la plupart des petits Oiseaux à qui ou a étendu le nom de Moineau. (B.)

MOIRE, moll. Espèce du genre Cône, Conus Stercus-muscarum, L. (B.)

MOIRE, BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Chèvrefeuille, (B.)

MOISISSURE.Mucor. BOT. CRYPT. (Mucédinècs.) Sous ce nom Linné et la plupart des auteurs anciens avaient réuni toutes les petites espèces de Cryplogames qui se développent sur les substances en décomposition, et dont l'aspect est filamenteux ou pulvérulent; mais ces petits Végétaux offrent, lorsqu'on les examine avec soin, des différences de structure très- remarquables qui les ont fait diviser en un grand nombre de genres; ainsi les genres Mucor et Byssus de Linné correspondent à presque toute la famille des Mucédinées, et le premier même renferme plusieurs Plantes qui font partie de celle des Lycoperdacées. Le Mucor Mucedo de Linné est restée le type du genre Mucor. C'est en effet la Moisissure la plus commune, celle qui se développe le plus fréquemment sur les substances en fermentation. Elle consiste dans des filamens rampans, entrecroisés et rameux, qui forment un réseau lâche à la surface de ces substances; de ces filamens il s'en élève d'autres simples, droits, terminés par une petite vésicule sphérique remplie d'un grand nombre de sporulcs libres. Ces vésicules d'abord presque transparentes deviennent ensuite opaques et noirâtres: elles se rompent et répandent au dehors les sporules qu'elles contenaient: c'est cette Plante que Bulliard a figurée (pl. 480) sous le nom de Mucor sphœrocephalus; le Mucor ramosus du même auteur appartient aussi à ce genre. Dans les ouvrages plus modernes, on a décrit plusieurs autres espèces de ce genre; tels sont les Mucor flavidus, Pers.; Mucor caninus, Pers.; Mucor murinus, Pers.; Mucor fimbria, Nées; Mucorcyanocephalus, Mart.; Mucor aureus, Mart.; Mucor armatus, Martius. Ces trois derniers ont été découverts au Brésil; nous pensons qu'on doit réunir à ce genre celui que Tode avait désigné sons le nom d'Ascophora, et qui paraît différer à peine des vraies Moisissures, et surtout du Mucor Mucedo, que quelques auteurs ont même rapporté à cette Plante. L'Ascophora ne se distingue en effet des

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Moisissures que parce que la vésicule se retourne à l'époque de la dispersion des sporules et reste comme une sorte de cloche au sommet du pédicelle. Le genre décrit par Ebrenberg sous le nom de Rhizopus, et dont il a parfaitement fait connaître la structure et le développement (Nova Jeta Acad. Nat. Cur. T. x), nous semble aussi devoir être réuni aux Moisissures. Enfin les genres Thielactis, Mart., et Thaémnidium, Link, n'en diffèrent que par des caractères assez légers, mais oe pendant méritent probablement d'etre distingués; ils composent avec quelques autres genres la tribu des Mucorées. V. ces mots. (AD. B.)

*MOISSONE. BOT. PHAN. Variété de Figue. V. Figuier. (B.)

MOISSONNEUR. OIS. Syn. de Frayonne ou Freux. V. CORBEAU. (B.)

MOJOBAMBA. BOT. PHAN. Liane indéterminée qui, selon Humboldt, paraît voisine des Méuispermes, et qui fournit aux Sauvages de l'Orénoque un violent poison dont ils enduisent leurs flèches, et qu'ils appellent Tiennas. (B.)

*MOKO. MAM. V. Moco.

MOKOKF ET MUKOKF. BOT. PHAN. Cé sont lés noms japonais sous lesquels Kœmpfer, dans ses Aménités exotiques, a déèrit et figuré une Plante dont Thunberg a formé son genre Cleyera. Ce genre a été placé définitivement par De Candolle dans la fa raillé des Terostrœmiacées, et Smith ainsi qUe Thunberg luimême, ont cru devoir le réunir au Temstrœmia. V. ce mot et CLBYEKA. (G..N.)

MOKOS. MAM, Nom japonais d'un Cétacé que Lacépède rapporte avec doute an Cachalot Macrocéphale. (IS. O ST.-H.)

MOKSEI. BOT. PHAN. L'Arbre ainsi désigné par Kæmpfer, eslYOlea fragrcuis de Thunberg. V. OLIVIER. (G.N.)

MOKUS. MAM. V. ECUREUIL COMMUN.

*MOKÜSIN. BOT. CRYPT. (Champignons.) Nom vulgaire à la Chine, d'un Phallus de Linné, duquel Fries a formé le genre Lysurus. V. ce mot. (AD. B.)

MOLAGO. BOT. PHAN. Syn. de Piment à la côte de Malabar. (B.)

MOLAIRES, ZOOL. V. Dents et MAMMIFÈRES.

MOLAN. CONCH. Nom imposé par Adanson (Voy. au Sénég., pl. 19, fig. 3 ) à une petite espèce de Solen que Linné rapporte au Solen Legumen. Il paraît assez probable que la citAtion est exacte, autant qu il est possible d'en jugér d'après la courte description et la figure médiocre d'Adanson. V. Solen. (D..H.)

MOLARITÉ et MOLAROSILEX. MIN. Nom donné par Lamétheric à la variété de Silex employée comme pierre meulière. (G. DEL.)

MOLDAVICA. BOT. PHAN. Tournefort avait établi sous Ce nom un genre qui a été réuni par Linné au Dracocephalum. ce mot. (G..N.)

*MOLDENHAWERA. BOT. PHAN. Schrader (in Gœtting. Anz. 1821, p. 718) a constitué sous ce nom un nouveau genre qui appartient à la famille des Légumineuses et à la Décanrlrie Monogynie, L. Le prince Maximilieu de Neuwied l'a décrit à peu près à la même époque sous le nom de Dolichomena. De Candolle ( Prodr. Syst Veg., 2, p. 488) l'a placé dans la tribu des Cassiées, et en a ainsi exposé les caractères: calice à cinq sépales soudés à la base; corolle àciuqpetales presqu'égaux et pourvus de longs onglets; dix étamines libres, glabres, dont neuf fertiles, plus petites que les ongles des pétales, la dixième stérile, trois fois plus longue que les autres, portant une anthère velue et différente de celles-ci; légume linéaire-obloug. Ce genre est, d'après son auteur, voisin du Cassia et du Tachigalia d'Aublct. Il ne renferme

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qu'une seule espèce, Moldenhawera floribunda, qui croît dans le Brésil. C'est un Anbre à feuilles une ou deux fois peunées, et à fleurs jaunes. (G..N.)

* MOLE. Orthagoriscua. POIS. Genre de l'ordre des Plectognathes dans la méthode de Cuvier, formé aux dépens des Tétrodons de Linné pour cette espèce considérable que sa figure étrange fit aussi appeler Poisson Lune. Ses caractères sont: des mâchoires indivises, comme celles des Diodons, avec un corps comprimé, sans épines, non susceptible des'enfler, et dont la queue est si courte et si haute verticalement qu'on dirait un Poisson dont on a coupé la moitié postérieure. La dorsale, la caudale et l'anale se confondent; il n'y existe pas de vessie natatoire; l'estomac est petit, et reçoit immédiatement Le canal cholédoque. On ne connaît guère que trois ou quatre espèces de ce genre singulier, dont la principale, Orthagoriscus Mo la, Cuv.; Tetrodon Mola, L., Gmel., Syst. Nat., xiii.T.I, p. 447; la Mole, Èucyclop., Pois., pl. 17, f. 54, habite nos mers, particulièrement la Méditerranée; elle y acquiert une assez grande taille, et pèse jusqu'à quatre et cinq cents livres. Presque arrondie en profil, mais comme tronquée vers la queue; son dos, assez tranchant, est d'un noir brillant tirant sur le bleu, mourant en s'approchant des flancs, qui deviennent argentés. Les nageoires sont également noires, les yeux ronds, grands et munis d'une membrane clignotante. La chair est assez bonne; il faut pour la manger arracher la peau qui est épaisse et coriace, D. 9 à 17; p. 10 à 17; a. 10 à 17. c. 4, 10 à 17.

On a aussi donné vulgairement le nom de Mole au Blennius Phycis, L. V. Blennie. (B.)

MOLÈNE. Verbascum. BOT. PHAN. Genre de la famille des Solanées et de la Pentandrie Monogynie, L., très-nombreux eu espèces fort difficiles à distinguer les unes des autres et offrant pour caractères communs: un calice monosépale, persistant, à cinq'divisions profondes; une corolle raonopétale, rotacée, à cinq lobes un peu inégaux; cinq étamines dressées, insérées à la base du limbe calyciual, ayant leurs filets libres, tantôt tous chargés de longs poils, tantôt tous ou deux ou trois seulement de glabres, généralement déclinés et un peu inégaux. L'ovaire est ovoïde, terminé insensiblement en pointe à son sommet, à deux loges, contenant chacune un très-grand nombre d'ovules attachés à deux trophospermes qui naissent de la cloison. Le style est quelquefois oblique, terminé par un stigmate simple arrondi ou réniforme. Le fruit est une capsule ovoïde pointue, enveloppée en partie par le calice, à deux loges polyspermes, s'ouvrant en deux valves par le milieu de leur cloison qui se sépare en deux parties. Les graines sont réniformes et à surface chagrinée.

Les nombreuses espèces de ce genre croissent pour la plupart dans le midi de l'Éurope et l'Orient. Ce sont des Plantes bisannuelles ou vivaces, dont la tige glabre ou toraenteuse atteint quelquefois une hauteur de cinq à six pieds; elle est toujours simple inférieurement, divisée supérieurement en branches dressées qui forment une panicule, etc. Les feuilles sont les unes radicales, les autres caulinaires. Les premières généralement très-grandes sont pétiolées et étalées en rosette à la surface du sol; les secondes sont alternes,.sessiles et quelquefois décurrentcs. Les fleurs assez grandes sont généralement jaunes, plus rarement purpurines. Les espèces de ce genre, quoiqu'elles produisent un bel effet, par leur vaste panicule do fleurs, ne sont pas cultivées dans les jardins d'agrément. Apparteuant à la famille des Solanées dont tous les Végétaux sont plus ou moins narcotiques et vénéneux, elles y forment une exception remarquable par l'innocuité de leurs propriétés médicales. En effet toutes les

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espèces de Molèoe sont émollientes et adoucissantes, et nullement narcotiques. Aussi les emploiet-on en médecine, particulièrement les feuilles et les fleurs du Bouillon-Blanc ( Verbascum Thapsus, L. ). Nous allons mentionner ici quelques-unes des espèces qui croissent communément dans l'Europe tempérée et méridionale.

§ I. Feuilles dècurrentes sur la tige.

MOLÉNE BOUILLON-BLANC, Verbascum Thapsus, L.; Rich., Bot méd., 1, p. 294. Cette espèce connue sous les noms vulgaires de Bouillon-Blanc eide Bon-Homme, est extrêmement commune dans tous les lieux incultes et sur le bord des chemins. Sa tige simple, blanche et tomenteuse, comme toutes les autres parties, est haute de deux à quatre pieds; les feuilles sont très-grandes, sessiles et décurreotes à leur base; les fleurs jaunes, grandes, formant un épi simple et très-long à la partie supérieure de la tige. Ces fleurs sont généralement réunies en petits groupes composés de deux à quatre fleurs chacun.

A cette première section appartiennent encore les Verbascum crassifolium, D. C., et V. Thapsoides, L.

§ II. Feuilles non dècurrentes.

MOLÉNE NOIRE, Verbascum nigrum, L. La Molène noire ou Bouillon-Noir, a sa tige haute de trois à quatre pieds, droite, cylindrique; ses feuilles alternes, pétiolées, très- grandes, crénelées, tomenteuses à leur face inférieure; ses fleurs sont jaunes, plus petites et plus nombreuses que dans le Bouillon-Blanc, formant une grappe presque simple. Les filets de ses étamines sont nérissés de longs poils purpurins. Cette espèce est commune dans les bois et sur les collines.

MOLÉNE SINUÉE, Verbascum sinuatum, L. Originaire des régions méridionales de la France, cette jolie espèce sc distingue facilement à ses feuilles radicales oblongues, prolondément sinueuses sur leurs bords, tomenteuses et blanchâtres. Celles de la tige sont presque sessiles et également sinueuses. Sa tige haute de deux à quatre pieds est simple; ses fleurs sont petites, jaunes, ayant les filamens de leurs étamines violacés.

MOLÉNE PURPURINE, Verbascum phœniceum, L., Jacq., Austr., 1.125. Cette espèce croît naturellement en Piémont, aux environs de Suze, de Turin, etc. Sa tige est simple, droite, offrant quelques poils rares, haute d'environ deux pieds; ses feuilles sont allongées, un peu sinueuses, glabres. Ses fleurs sont d'une couleur pourpre foncé, disposées en grappes simples ou rameuses à la partie supérieure de la tige.

Un grand nombre d'autres espèces se trouvent également en France; telles sont les Verbascumphlomoides L.; V. lychinitis, L.; V. pulverulentum, vill. V. mixtum, Ramond; V. alopecurus, Thuill.; V. Blattaria, L. Quant au Verbascum Myconi, L., il forme aujourd'hui le genre Ramondia. V. ce mot. (A. R.)

* MOLETTE, MOLL. Nom vulgaire que l'on donne à plusieurs espèces aes genres Trochus, Monodonte et Turbo, parce que leur forme aplatie et les épines dont le dernier tour est armé, leur donnent assez de ressemblance avec la Molette d'un éperon.

(D..II.)

MOLETTE, BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Thlaspi Bursa-Pastoris.L. (B.)

MOLI. BOT. PHAN. Pour Moly. V. ce mot. (B.)

* MOLICORIUM. BOT. PHAN. V. GRENADIER.

MOLINA. BOT. PHAN. Deux genres ont recu cette dénomination, et tous deux' ont été supprimes. Le premier avait été constitué par Ruiz et Pavon, sur des Synanthérées qui se distinguaient par leurs (leurs dioïques des espèces de Baccharis connues jusqu'alors; mais toutes les espèces américaines de Baccharis ayant offert ce caractère, on a du leur réu

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nir le Molina de Ruiz et Pavon. L'autre genre ainsi nommé par Cavanilles (Dissert. 9, p. 455), est le même que l'Hiptage de Gaertner. V. ce mot. (G..N.)

MOLINÆA. BOT. PHAN. Le genre de la famille des Sapindacées, établi sous ce nom par Comroerson et Jussieu (Genera Plant., 245), a été réuni au Cupania. et en forme la seconde section dans le Prodrome du professeur De Candolle, V. CUPANIE. (G..N.)

MOLINIE. Molinia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Graminées, et de la Triandrie Digynie, établi par Schranck et Kœler, aux dépens du Melica de.Linné, et ainsi caractérisé: lepicène à deux valves inégales, aiguës, renfermant deux à quatre fleurs, celle de l'extrémité avortée et remplacée par un petit corps rudimentaire; glumes coniques, beaucoup plus longues que les valves de la lépicène, lancéolées, pointues; style à deux branches; stigmates en goupillon; caryopses enveloppés par les valves de la glume, et marqués d'un sillon latéral. Dans la nouvelle classification des Graminées que Raspail vient de publier (Annales des Sc. Natur., juillet 1825), le genre Molinia est réuni au Cynodon de Richard. Il ne renferme qu'une seule espèce assez commune dans les prés et les forêts humides de l'Europe. C'est le Molinia cœrulea, Kœl.; Melica cœrulea, L.; A ira cœrulea, Pers. Celle Plante acquiert une taille assez élevée lorsqu'elle croît dans les forêts. Elle a le port d'un petit Roseau; son chaume semble n'avoir point de nœuds, mais on en trouve quelques-uns rassemblés à la base. (G..N.)

MOLLAVI. BOT. PHAN. Nom vulgaire de pays proposé pour désigner en fiançais le genre dédié à la mémoire du respectable l'Héritier. V. Héritière. (B.)

MOLLE ou TANCHE DE MER. POIS. Espèce du genre Gadc. V. ce mot. On a aussi donné le nom de Molle pour Mole. V. ce mot. (B.)

MOLLE, BOT. PHAN. Espèce du genre Schinus. V. ce mot. (B.)

MOLLERA. pois. Syn. de Phycis mediterraneus, Delaroche, aux îles Baléares. V. Gadk. (B.)

* MOLLTA. POLYP. Lamouroux, sans caractériser bien distinctement ce genre nouveau, formé aux dépens des Flustres, d'après deux figures données par De Moll, y renferme deux Escbares de cet observateur qui auraient leurs cellules distantes et presque pédicellées. Le genre Mollia doit être observé de nouveau sur le vivaut pour être adoplé. (B.)

MOLLIA. BOT. PHAN. l'Imbricaria crenulata de Smith, décrit primitivement par Solander, comme un Philadelphus, a formé le type d'un genre distinct auquel Gmelin a donné le nom de Mollia, et que Gaerlner a reproduit sous celui de Jungia. Mais cette Plante paraît rentrer dans l'Escallonia de Linné fils. V. ce mot. Willdenow établit un autre genre Mollia fondé Sur deux Plantes appartenant au genre Polycarpœa de Lamarck ou Ilagea de Ventenat. V. ce dernier mot.

Le nom de Mollia restant sans emploi, Martius l'a récemment appliqué a un nouveau genre de la famille des Tiliacces, et de la Polyandrie Monogynie, L., qu'il caractérise de la mamère suivante ( Nov. Gen. et Spec. Brasil. T. 1, p. 96): calice à cinq folioles linéaires, caduques, à estivation valvairej corolle à cinq pétales longs, onguiculés, tronqués, mucronés, à estivation quinconciale; étamines en nombre indéfini, ayant leurs filets réunis par la base en plusieurs phalanges, les extérieurs au nombre de vingt à vingt-cinq par phalange, et les intérieurs plus courts et en nombre indéterminé; les anthères incombantes, linéaires, à dux loges s'ouvrant longitudinalement par leur partie antérieure; ovaire supère, biloculaire, renfer-

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mant daps chaque loge plusieurs ovules fixés à la cloison; style simple, filiforme, surmonté d'un stigmate également simple; capsule ligneuse, obcordée, comprimée et ailée sur les deux bords, bilocuiaire, à deux valves loculicides, portant sur leur dos la cloison, et présentant à l'intérieur des loges plusieurs saillies transverses entre lesquelles les graines sont nichées par paires; celles-ci sont attachées à la cloison, nombreuses, comprimées et munies d'un rebord.

Une seule espèce, Mollia inisignis, Mart., loc. cit., t. 60, constitue ce genre. C'est un Arbre qui ressemble a un petit Tilleul, dont les feuilles sont alternes, ovales, simples, pétiolécs, glabres et vertes en dessus, couvertes en dessous d'une pubescence écailleuse.; les fleurs sont axillaires, pédonculées et agrégées. Cette Plante croit sur les collines boisées près de Barra, capitale de la province de Rio-Negro au Brésil. (G..N.)

* MOLLICINE. ACAL. Espèce du genre Equorée. V. ce mot. (B.)

* MOLLIENSIE. Molliensia. pois. Genre établi par Lesueur ( Journ, of the A cad. of natur. sciences, of Philadelph., vol. 11, D°i, 1821 ) dans l'ordre des Malacoptérygiens abdominaux, et de la famille des Cyprins. Son corps est assez comprimé, son dos élevé, sa queue large, sa tête plate en dessus et son museau assez pointu; sa dorsale très-haute, surtout en avant, a sa partie postérieure prolongée en un vaste lobe arrondi, qui atteint la moitié de la largeur de la nageoire caudale; cette dernière est très-large et arrondie; les pectorales sont moyennes, également arrondies et larges, et les ventrales très-rapprochées; mais ce qui caractérise principalement le genre Molliensie, c'est que l'anale, qui est assez petite et pointue, se trouve placée précisément entre ces dernières. Le corps est couvert de larges écailles qui s'étendent jusque sur les opercules, les prëopercules et les joues. Il n'existe encore qu'une es-pèce de ce genre, le Molliensia latipinna, qui est un Poisson des eaux douces de la Nouvelle-Orléans, assez petit, ayant l'iris de couleur de terre de Sienne avec des reflets dorés, et une petite tache noire allongée postérieurement au milieu de chacune des grandes écailles, de sorte qu'il en résulte une huitaine de lignes noires longitudinales sur chaque flanc; la dorsale est variée de lignes noirâtres, b. 4 ou 5; d. 14; a. 6; p. 16; v. 16. (B.)

MOLLINEDIA. BOT. PHAN Genre de la Polyandrie Polygynie, L., établi par Ruiz et Pavon (Syst. Veg. Flor. Peruv., p. 142 ) qui l'ont ainsi caractérisé: calice turbiné, presque fermé, à quatre divisions; corolle nulle, étamines nombreuses attachées sur le réceptacle, à anthères cunéiformes; ovaires multiples surmontés de styles subulés, et qui deviennent autant de drupes sessilcs sur un réceptacle plane. Ce genre a été rapporté aux Auonacées, dont eu effet il offre quelques caractères. Mais il n'a pas été mentionné dans la monographie de cette famille par Dunal. Jussieu (Ann. du Mus.T. XIV, p. 133 ) l'a rapporté avec doute à la première section de la famille des Monimiées 0u au moins l'une de ses espèces qui a les feuilles opposées. Il ne se compose que de trois Arbres ou Arbrisseaux qui croissent dans les grandes forêts du Pérou. Ruiz et Pavou les ont désignés sous les noms de Mollincdia repanda, ovala et lanceolata. (G..N.)

* MOLLIPENNES. INS. Duméril désigne ainsi une petite famille de l'ordre des Coléoptères, section des Héléroptères, renfermant quelques genres à élytres molles, tels que les Téléphores, les Lampyres et quelques autres analogues. (G.)

MOLLUGINE. Mollugo. BOT. PHAN. Ce genre, de la famille des Caryophyllées, et de la Triandrie Trigynie, L., est ainsi caractérisé: ca-

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lice à cinq folioles colorées intérieurement; corolle nulle; trois à cinq étamines; trois styles; capsule à trois valves, à trois loges, et contenant un grand nombre de graines. Dans le premier volume du Prodromus regni vegetabilis, publié par le professeur De Candolle, Seringe a fondu ensemble les genres Mollugo et Pharnaceum de Linné. Il en a décrit trente-trois espèces indigènes des climats équatoriaux du globe, et surtout du cap de Bonne - Espérance. Une espèce (Mollugo Cerviana, Ser., Pharnaceum Cerviana, L. ) fait exception à cette distribution géographique; car on l'a trouvée sur les côtes de Guinée et du Sénégal, en Afrique, en Asie, en Espagne, et jusqu'en Russie. Les Mollugines sont de petites Plantes herbacées dont les feuilles sont verticillées ou rarement opposées; leurs fleurs sont solitaires ou ombellées. C'est d'après leur inflorescence que les nombreuses espèces de ce genre ont été classées en deux groupes. Le premier, qui est l'ancien genre Mollugo de Linné, a les pédoncules uniflores et verticillés. Le second, ou le Pharnaceum du même auteur, les a bifides, en grappes et en ombelles.

Le nom de Mollugo désignait chez les anciens les Plantes du genre Galium. V. ce mot. (G..N.)

MOLLUSQUES. Mollusca. Les Mollusques occupent, par leur organisation, la première place entre les Invertébrés. Les rapports qui existent entre ceux qui sont le mieux organisés et les derniers échelons des Vertébrés, sont si évidens, que les naturalistes n'ont contesté la prééminence des Mollusques sur les autres classes, que pendant le temps où ils en ignoraient l'anatomie. Aujourd'hui que des savans du premier ordre ont jeté sur cette partie longtemps négligée des sciences naturelles tout l'éclat de leurs laborieuses recherches, cette question a été complétement résolue, et dernièrement rendue plus certaine encore par le savant Mémoire de l'illustre entomologiste Latreille. Aussi nous n'accumulerons pas ici les preuves de l'opinion généralement reçue, elle se déduira facilement de ce que nous exposerons plus tard sur les Mollusques. Nous avons traité aux articles CONCHIFÈRES, CONCHYLIOLOGIE et COQUILLES, de plusieurs parties des connaissances acquises sur les Mollusques. Dans le premier de ces articles, nous avons donné quelques idées générales sur cette classe, considérée en particulier et isolément; nous en traiterons ici dans ses rapports avec les autres parties de la Conchyliologie. A l'article CONCHYLIOLOGIE nous nous sommes attachés à donner d'une manière sommaire l'histoire des connaissances sur les Coquilles, considérées, comme on le faisait encore naguère, isolément, et sans y rapporter l'organisation des habitans de ces tests brillans et élégamment configurés qui font l'ornement des collections. Nous nous proposons ici d'ajouter l'histoire des progrès des connaissances anatomiques sur les Mollusques. Dans l'article COQUILLES, nous avons compris tout ce qui a rapport aux définitions technologiques; nous y avons ajouté des considérations générales sur les Coquilles, auxquelles nous renvoyons le lecteur; il y acquerra les connaissances qui servent d'introduction aux matières dont nous allons traiter.

L'étude bien entendue et systématiquedes Mollusques, considérée non- seulement d'après leur enveloppe, mais encore d'après les connaissances anatomiques, est toute moderne. On ne trouve dans les anciens auteurs que des recherches isolées, incomplètes, et pour ainsi dire des essais perdus et sans applications; l'esprit ne s'arrêtait dans ces temps, à ces sortes de recherches, que par pure curiosité, par admiration pour les œuvres de la création, sans penser à leur utilité réelle; aussi toutes les connaissances que nous transmettent les auteurs anciens sont - elles entachées de ce vice radical qui s'est opposé si longtemps à leur perfectionnement. Plu-

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sieurs ouvrages cependant doivent faire époque dans la science quoiqu'îls aient été publiés fort ancienacment; nous citerons celui de Belon: De Aquafilibus libri duo, publié en 1553, et dont quelques parties sont consacrées aux Mollusques. Les planches de cet ouvrage, ainsi que du suivant, se ressentent nécessairement du temps où elles ont été faites. Rondelet, De Piscibus, 1554, est supérieur à Belon pour l'exactitude des observations sur les Mollusques dont il a décrit un plus grand nombre. Les Coquilles sont quelquefois représentées avec l'Animal et l'opercule; ses figures, quoique grossières, ne laissent pas d'être usez exactes pour que l'on reconnaisse assez facilement plusieurs espèces. Il a séparé en deux parties ce qui a rapport aux Mollusques; dans la première sont réunies les Coquilles bivalves, parmi lesquelles se trouve l'Orrilie de mer; et dans la seconde, toutes les Coquilles univalves sont rassemblées. L ouvrage de Gesner, intitulé: De Piscibus et Aquatilibus, libri très, 1556, n'est qu'une compilation dans laquelle on retrouve exposées les idées des anciens sur les Mollusques et les Cóquilles. Cet ouvrage, sous ce rapport, est fort semblable à celui d'Aldrovande: De Animalibus et Anguibus, etc., 1606, où sont rapportées les opinions des anciens; des figures la plupart recopiées, très-gossières, permettant à peine la reconnaissance des objets représentés, accompagnent le telle qui aujourd'hui n'est presque plus consulté. Quoique public peu de temps après celui d'Aldrovande, le traité de la Pourpre de Fabius Columns en diffère bien essentiellement soos tous les rapports. Ce petit ouvrage fort rare., publié à Rome en 1616, est très-remarquable par l'esprit qui a dirigé son auteur. De tous les traités anciens, c'est sans contredit celui qui a été fait dans le but le plus convenable pour l'avancement de la science, et malgré l'imperfection des figures, il sera toujours recherché comme devant faire époque dans l'histoire de la Conchyliologie. Ce ne fut que long-temps après, vers la fin du même siècle, que parurent plusieurs ouvrages d'auatomie sur les ' Mollusques; d'abord, en 1678, l'Historia Animalinni Angliœ de Lister, dont la plus grande partie est consacrée aux Mollusques terrestres et fluviatiles de la Grande-Bretagne, et sur lesquels il a donné de bonnes observations utiles encore à consulter. Quelques années après, Lister que l'on peut considérer comme le père de l'anatomie des Mollusques, publia en 1694, 1695, 1696, plusieurs Mémoires d'anatomie; le premier est consacré sui- tout aux Coquilles terrestres et aux Limaces, dont les anatomies, bien imparfaites sans doute, sont représentées dans huit planches gravées. Le second des Mémoires traite de l'anatomie des Buccins marins et d'eau douce, c'est-à-dire des Limnées; le troisième enfin comprend l'anatoinie des Coquilles bivalves, d'eau douce et de mer, mais ce sont en général des dissectioqs très-imparfaites qui ne peuvent presque plus être utiles dans l'état actuel de la science. Enfin, dans le tome XIX des Transactions philosophiques de Londres, Lister a inséré l'anatomie du Peigne avec des figures; mais, comme les précédentes, elle laisse beaucoup à désirer. Dans le même temps, Muralt donnait, dans le Recueil des Curieux de la nature, 1689, ses observations anatomiques sur la Limace rouge. Harder, en 1679, dans son Prodtv mu s physiologicus, publiait son Examen anatomicum Cochyleœ terrestris domiporlœ; et enfin, Reisélius également dans les Miscellanea curiosorum naturœ, pour les années 1697 et 1698, publiait son Mémoire de Limace in ovo; de sorte que, sur-tout sur cette partie des Coquilles terrestres, on possédait un assez grand nombre de documens, qui ne se rattachaient cependant alors à aucun système, et qui long-temps furent oubliés, et ne profitèrent que peu, ou poiut du tout, aux auteurs

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qui suivirent; car, en effet, ce ne fut que fort long-temps après que l'on songea à établir un système basé sur les rapports des Animaux. Il était assez naturel, au reste, que l'étude anatomique des Mollusques commençât par ceux qui nous entourent, que nous voyons à chaque instant, et sur lesquels nous pouvons facilement multiplier nos recherches et nos obsevrations. Rumph, qui le premier nous donna une figure de l'Animal du Nautile, figure bien insuffisante et bien imparfaite, mais qui peut cependant être de quelque utilité à l'aide des notes que l'auteur publia, augmenta parses divers travaux le champ de l'observation, et éclaircit en plusieurs endroits les connaissances sur les Mollusques. Ce fat principalement dans le grand recueil des Miscellanea curiosorum naturœ, pour les années 1684 à 1688, que cet auteur inséra les Mémoires dont nous venons de parler. Nous ne mentionnons pas ici son ouvrage sur l'île d'Amboine, que Valentyn compléta, parce que nous l'avons déjà fait à l'article Conchyliologie. Reaumur s'occupa aussi des Mollusques, sur lesquels il publia plusieurs observa tionvque le temps a confirmées. Il existait entre les savans une discussion à l'égard de la formation du test des Mollusques; les uns prétendaient que cette partie solide prenait son accroissement par intussusception, comme les os des Vertébrés; les autres, au contraire, affirmaient avec beaucoup plus de raison que la Coquille n était formée que par super- position de couches. Réaumur entreprit des expériences qui pussent décider la question, et il en fit un assez grand nombre pour la mettre hors de doute; toutes les personnes qui les ont connues, et qui n'ont point eu d'injuste prévention, se rangèrent de son avis. Outre ce sujet, qui fut savamment traité par Réaumur, cet illustre académicien s'occupa aussi de diverses autres recherches sur les Mollusques. En 1710, parut son Mémoire sur les mouvemens progressifs des Mollusques et sur quelques autres de leurs mouvemens; Mémoire dont la suite ne fut publiée qu'en 1719. Non-seulement cet habile observateur y fait connaître le mécanisme des mouvemens des Mollusques de diverses classes, mais encore ceux des Etoiles de mer, des Oursins, etc. Un autre Mémoire, non moins intéressant qne le précédent, inséré comme eux dans les Mémoires de l'Académie, pour l'année 1711, est consacré aux différentes manières dont plusieurs espèces d'Animaux de mer s'attacheut au sable, aux pierres, et les uns aux autres. Le fait principal qui s'y trouve développé est relatif a la formation des byssus de la plupart des Coquilles bivalves, qui se fixent par ce moyen. Non-seulement Réaumur s'occupait avec succès d'observations longues et difficiles d'histoire naturelle proprement dite, mais il savait aussi se saisir des sujets d'application. C'est ainsi qu'il s'occupa ae la teinture pourpre, que l'on peut obtenir d'une Coquille désignée alors sous le nom de Buccin, à laquelle Lamarck a donné le nom de Purpura Lapillus, espèce fort commune sur nos côtes, et qui fournit une liqueur pourpre dont il serait peut-être possible de tirer parti. Des deux derniers Mémoires de Réaumur dont noue ayons à parler, le premier, de 1717, est consacré aux Pinnes marines et à la formation des Perles, et le second, de 1793, traite des merveilles des Dails (Pholades) et de leur phosphorescence. Cette propriété des Pholades, qui est connue depuis très- long-temps, a été le sujet de plus d'uue recherche. Nous en traiterons à l'article de ce genre.

Les travaux multipliés du savant auteur des Mémoires sur les Insectes, eurent une influence des plus marquées sur l'esprit des observateurs de cette époque. Il répandit le goût de l'observation, et son esprit, plein de j ustesse, de sagacité et de philosophie, peut servir d'exemple à ses successeurs, pour continuer à parcourir avec succès les routes qu'il avait ouvertes. Ce fut dans le même temps

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que Petiver donna, en 1713, son ouvrage intitulé: Aquatilium Animaiium Amboinœ icônes et nomina, ouvrage contenant de bonnes planches et d'excellentes observations. Il est un complément nécessaire aux travaux de Rumph et de Valentyn, son continuateur.

Un Animal qui ravage et qui détruit tous les bois employés à la construction des digues maritimes, qui le perce en tous sens, a été bien naturellement le sujet de plus d'une observation; il fallait effectivement observer avec soin pour bien connaître un ennemi aussi redoutable, et pour apporter remède aux destructions qu'il occasione, si cela est possible. C'est dans cette intention que fut publiée, dans l'année 1720, la Dissertation de Deslandes dans les Mémoires de l'Àcadémie; et plus tard, 1733, celle de Roussel, intitulée: Observations sur l'origine, la constitution et la nature des Vers de mer oui percent les vaisseaux, les piliers, les jetées et les es facades. Ce fut la même année, 1733, que Massuiet publia, à Amsterdam, ses Recherches intéressantes sur l'origine, la formation, etc., de diverses espèces de Vers à tuyaux. Ces auteurs, aussi bien que Sellius, qui ne fit paraître que vingt ans après son Historia natural is Teredinis, etc., commirent des erreurs graves dans les descriptions qu'ils firent des Tarets; et, puisque nous sommes sur ce sujet, nous mentionnerons sur-le-champ le Mémoire d'Adansou, qui fut communiqué, des l'année 1766, à l'Académie, mais qui ne fut inséré parmi les Mémoires de cette société savante que trois ans plus tard. L'auteur, après avoir décrit avec exactitude le Taret qu'il avait observé au Sénégal, réfute les opinions des auteurs qui ont parlé du Taret, et démontre jusqu'à l'évidence, et en se fondant sur la plus juste analogie, que l'on avait toejours pris pour la tete de l'Animal, son pied et réciproquement, et que l'on avait, eu tort de faire de ce Coquillage une classe à part; car il a la plus grande ressemblance avec les Pholades; aussi, depuis ce Mémoire d'Adanson, tous les auteurs se rangèrent de son avis; et aujourd'hui encore c'est son opinion qui est adoptée par les auteurs modernes et classiques. Pour reprendre la série chronologique que nous avons interrompue au sujet des Tarets, nous parlerons d'un ouvrage qui fait époque dans plusieurs parties de la zoologie, la Biblia naturœ de Swammerdam, dans laquelle on trouve peu de chose, il est vrai, sur les Mollusques, mais qui contient cependant. sur les Hélices et les Limaces, des anatomies très-bonnes, on peut dire les seules que l'on pût consulter avec avantage avant la publication des excellens Mémoires de Cuvier.

Comme on l'a dû remarquer, le goût de la saine observation se répandait de plus en plus; on sentait le besoin de multiplier les faits, de sonder les profondeurs de la nature, pour baser enfin des théories à peine ébauchées. Ce goût, il faut le dire, était dû surtout à Réaumur et à plusieurs des observateurs que nous avons cités. Nous ne nous arrêterons pas à quelques Mémoires publiés à la même époque, qui, quoique très- intéressans, ne sont point assez iraportans pour nous occuper, tels que les expériences de Duhamel du Monceau sur la Pourpre, Mémoires de l'Académie des sciences pour l'année 1739; le travail de Mœhring sur le poisson de certaines Moules publié en 1742; les Observations sur les Huîtres, par OEdmann, publiées en 1744 dans le Recueil de l'Academics scient. comment.; ainsi que le Mémoire intitulé Pisciculi testis Ostrearum inherentes, par Heyke, inséré dans le même recueil et dans la même année. Ce fut aussi à peu près dans le même temps, 1739, que Plancus publia la première édition de son important travail sur les Coquilles microscopiques; par ses observations un nouveau monde pour ainsi dire fut connu, et il produisit pour les Coquilles ce que l'ouvrage de Mül

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ler, sur les Animaux microscopiques, effectua dans les autres parties de la zoologie; ce furent là les premières observations dont le microscope enrichit la Conchyliologie; elles furent fécondées plus tard par l'infatigable micrographe Soldani, dont nous avons parlé a l'article Conchyliologie. L'ouvrage de Plancus eut une seconde édition beaucoup plus complète que la première, et publiée à Rome en 1760. Cet ouvrage, ainsi que celui de Soldani, sont encore les seuls qui puissent servir aux recherches nécessaires à ceux qui s'occupent des Poly thalames en particulier.

D'autres ouvrages d'une bien plus grande importance pour l'étude et la classification des Mollusques se préparaient. Guettard, rassemblant les faits épars publiés sur les Mollusques, apercevant les défauts de ces derniers, fut lepremier qui développa, dans son Mémoire intitulé Observations qui peuvent servir à former quelques caractères de Coquillages, fut le premier, disons-nous, qui développa l'excellente méthode qu'on négligea quelquetemps encore, mais qui fut adoptée comme la seule convenable. Il proposa d'é-tablir des genres, non-seulement d'après la coquille, comme l'avaient fait quelques écrivains, mais encore d'après l'Animal, qu'il a considéré, avec juste raison, comme devant donner les caractères les plus essentiels; c'est ainsi qu'il est arrivé à des coupes véritablement naturelles. On doit singulièrement regretter qu'il n'ait point étendu davantage ses observations; il forme plusieurs genres dont le premier est la Limace, le second le Limaçon ( genre Hélix ), le troisième le Buccin terrestre, qui renferme des Clausilies et des Maillots; le quatrième n'est qu'un démembrement peu nécessaire des Hélices pour celles qui sont aplaties et ombiliquées; lecinquième qui contient le Limaçon terrestre à opercule (Cyclostome), a été justement conservé; le sixième renferme les Planorbes; dans le septième, sous le nom de Vigneau, Demoiselle, Limaçon, Vivipare, fluviatile, sont rassemblées les véritables Paludines. Guettard, comme on le voit, avait dès-lors séparé des Coquilles que long - temps encore après lui on tint réunies, et que cependant, dans ces derniers temps, Draparnaud sépara sans le citer, quoique pourtant il soit le véritable auteur du genre Vivipare ( Paludine, Lamk. ). Dans le huitième genre il établit les caractères propres aux Buccins, qu'il nomme aussi, d'après le vulgaire, Moine, Cornet ou Pourpre. C'est sur l'observation de l'Animal du Purpura Lapillus, Lamk., que cette division est établie. Le neuvième genre est consacré au genre Nérite, genre conservé depuis. Le dixième est destiné aux Troques, qu'il nomme Guignettes; le onzième, auquel Guettard conserve le nom de Patelle ou Lepas, donné par les auteurs, renferme effectivement les véritables Patelles; le douzième genre caractérise très-bien le genre Lernéc de Linné, Aplysie des auteurs modernes; l'avantdernier genre, le treizième, sous le nom de Conque, Buccin fluviatile, réunit les Limitées; le quatorzième, enfin, est destiné au genre Valvée. D'après cet essai, que l'on peut considérer comme la première application que l'on ait faite pour les Mollusques de véritables principes zoologiques, on doit voir combien Guettara pensait juste, mais on n'aurait qu'une faible mesure de son savoir, si nous ne rapportions textuellement un passage de son Mémoire, dans lequel on trouve en peu de mots l'indication des caractères qui peuvent circonscrire de bons genres. Après avoir justement blâmé des auteurs de son époque, qui ne voyaient dans chaque être qu'un individu isolé de tout autre voisin ou congénère; après avoir blâmé les idées métaphysiques qui accompagnent presque de rigueur les observations publiées alors, il adresse les questions suivantes: « Qui peut, en effet, se refuser aux divisions qui ont été faites eu différens genres, a es Coquillages dont il a été question plus

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haul Pourraije avec raison confondre les Coquillages dont les yeux soul posés au bout de ces espèces de tuyaux auxquels on a donné le nom de corne, avec ceux qui les ont à la hase de ces tuyaux? Les Coquillages qui n'ont que deux de ces cornes, peuvent-ils se confondre avec ceux qui en ont quatre? Ceux qui ont ces espèces de cylindres attachés aux cornes, et qui portent chacun un çil, tandis que ces cornes en manquent, ne doivent-ils pas également être rangés sous un genre différent de celui où sont placés les autres? Mettrai-je les Coquillages qui n'ont que deux yeux posés intérieurement arec ceux qui les ont à l'extérieur, d'autant plus que les cornes de ces Coquillages sont aplaties et triangulaires? Outre cela, ces Coquillages qui forment leur coquille d'une partie qui la bouche exactement, et qu'on appelle communément opercule, ne doivent-ils pas être éloignes de ceux qui n'ont pas cette partie? Ne pourraiton pas même dire que les Coquillages dont l'opercule est cartilagineux, sont séparés naturellement de ceux où l'opercule est dur et comme osseux? Ce ne sera au reste qu'en faisant attention aux plus petites différences qui se trouvent dans ces Animaux, qu'on parviendra à découvrir, autant qu'il peut nous l'être permis, cet enchaînement que les êtres ont les uns avec les autres.» Personne, nous le pensons, ne disconviendra que les vrais principes de la Conchyliologie ne soient dès-lors posés par Guettard. Ces principes, qui furent si souvent méconnus après lui, trouvèrent cependant des hommes qui les employèrent habilement au profit de la science, et tentèrent, en agrandissant le champ de l'observation, d'établir sur ces principes des systèmes complets, systèmes que l'on apprécie d'autant plus aujourd'hui qu'ils sont restés plus long-temps dans l'oubli. Tels furent Linné et Adanson, mais ce dernier surtout.

Un esprit d'analyse et de philosophie s'est montré dès le temps de Linné, et a commencé même avant lui pour plusieurs parties des sciences naturelles; mais Linné, dont nous ne saurious trop étudier la méthode, a été le véritable fondateur de la réforme, le premier qui ait cherché à rattacher à un système naturel toutes les connaissances acquises par ses prédécesseurs et par lui-même, et à les coordonner d après des bases solides appuyées sur la saine observation. Pour les Mollusques, Adanson l'a précédé, et l'ouvrage de cet auteur, encore classique aujourd'hui, fut d'un grand secours au professeur d'Upsal, qui y trouva rassemblées une foule d'observations précises, rigoureuses sur uue suite considérable de genres; il y trouva des genres faits d'après l'Aniinal des Coquilles, comme Guettard en avait donné l'exemple.

A l'article Conchyliologie nous n'avons donné qu'un léger aperçu de l'ouvrage d'Adanson; nous allons entrer à 6on égard dans de plus amples détails. Adanson ne se contenu pas seulement d'un caractère pour l'établissement d'un seul système, il essaya toutes les combinaisons, d'abord pour la coquille seule, puis pour l'Animal, et divisa d'abord toutes les Coquilles en Limaçons et en Conques. Dans les Limaçons ou Coquilles univalves, il considère six choses: 1 ° les spires, 2° le sommet, 3° l'ouveriur e, 4° l'opercule, 5° la nacre, 6° le périoste. Ces six parties principales deviennent par leurs diverses combinaisons le sujet de onze tableaux systématiques, dans lesquels il les a épuisées toutes. Pour les Conques ou Coquilles bivalves, il fait le même travail; mais il y trouve sept parties principales: 1° les battans, 2° les sommets, 3° les charnières, 4° les ligamens, 5° les attaches, 6° la nacre, 7° le périoste. Sept tableaux donnent une idée des diverses combinaisons de ces sept choses principales. Adanson considère ensuite les divers rapports tirés de l'Animal; il y trouve cinq choses principales, qui sont: 1° les cornes, 3° les yeux, 3° la bouche, 4° la tra-

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chée, 5° le pied. Nous allons donner les titres seulement des tableaux qui concernent cette partie pour faire juger de leur utilité. Le premier, sur le nombre des cornes, divisé en trois sections: les Limaçons qui n'en ont point, eeux qui en ont deux, et ceux qui en ont quatre; le second, figure des cornes ( tentacules ): Limaçons dont les cornes sont coniques ou cylindriques, divisés en ceux qui ont un renflement à la base du tentacule, çeux qui en sont dépourvus; le troisième, sur la situation des cornes, à la racine de la tête ou à l'extrémité de cette partie. Deux tableaux sont consacrés à la place des yeux, soit sur la tête, soit sur les tentacules. Une première division renferme ceux qui n'ont point d'yeux, une seconde ceux dont les yeux sont sur la tête, au côté interne de la base des tentacules; la troisième ceux qui, avec la même disposition, ont les yeux à la base externe. Dans le second tableau, les Mollusques sont divisés en quatre classes: 1° ceux qui ont les yeux au côté externe, à la base des tentacules; 2° ceux qui ont les yeux au côté externe, un peu au-dessus de la base; 3° ceux qui ont les yeux au eôté externe, vers le milieu des tentacules; 4° enfin ceux dont les yeux sont au sommet des tentacules. La bouche n'a été considérée que de deux manières: les Limaçons à bouche sans trompe, avec des mâchoires, et ceux qui otot une trompe sans mâchoires. La forme de la trachée, on canal respiratoire, n'a offert què deux manières d'être, ou présentant une simple ouverture sur le côté de l'Animal, ou laissant sortir de son dos un long canal qui se relève vers lui. Quant au sillon du pied, Adanson a aussi formé un tableau, dans lequel une division pour les Mollusques qui n'ont point de sillons au pied, et le second pour ceux qui en ont un sur la partie antérieure.

Les Conques, considérées d'après l'Animal seulement, n'ont présenté que quatre parties principales: les trachées, le pied, et les fils ou le byssus. Le manteau est considéré de trois manières: 1° entièrement divisé en deux lobes; 2° divisé d'un côté seulement en deux lobes; 3° formant un sac ouvert seulement dans les deux côtés opposés. Pour les trachées ou siphons: 1° il y en a une seule en forme d'ouverture; il y en a deux également en manière d ouverture; 3° il y en a deux allongées en tuyaux séparés; 4° il y en a deux allongées en tuyaux réunis. Quant au pied, les Coqques ne présentent que trois circonstances: 1° ou elles n'en ont pas; 2° ou elles en ont un qui ne paraît point au dehors; 3° ou elles eu ont un qui paraît au dehors. Les fils ou le byssus, à l'égard des Conques, n'offrent que deux choses: celles qui en ont et celles qui en sont dépourvues.

C'est ainsi qu'Adanson, avant d'entrer en matière, combine une foule de systèmes différens, basés sur un caractère unique, et par cela même insuffisant pour foire des coupes naturelles. Quelques-uns de ces systèmes servent encore aujourd'hui pour l'établissement de grandes divisions, comme dans les Conques la forme du manteau, dans les Coquilles univalves, l'existence ou l'absence de l'opercule, etc. Nous renvoyons pour la connaissance du système d'Aanson, au tableau suivant (n° I ), qui en offre l'ensemble. On remarquera dansce système plusieurs défauts; ils dépendent surtout de ce que les groupes ont été formés d'après un seul caractère. C'est pour cela que les Oscabrions se trouvent pour la première fois rapprochés des Patelles, les Haliotides des Limaçons terrestres, les Pinnes, les Moules, les Avicules confondues en un seul genre. Mais ces défauts, quelque graves qu'ils paraissent, sont rachetés par une foule d'excellentes observations et de justes rapprochemens, comme celui des Taretset des Pholades, par exemple, que malgré cela Linné a tenus séparés et très-éloignés, les Pholades dans les Multivalves, et le Taret dans les Co-

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quilles univalves a spire non réguliere.

Ce serait ici le lieu de parler des ourvrages de Linné'; mais comme nous avons rendu compte de son système conchy liologique á l'article CONCHILIOLOGIE, nous y renvoyons, pour mentionner l'ouvrage de Ginnani, publié dans les années 1755 à 1757 sur les Coquilles marines de l'Adriatique, et celles terrestres et fluvialiles du territoire de Ravenne; ce travail, accompagné de nombreuses et bonnes figures, est fort rare à Paris, et me peut être consulté autant qu'il le mérite. Ce ne fut que plus tard, en 1761, que Bohatsh donna son ouvrage intitulé: De quibusdam Animalibus mariais, dans lequel il fut dirigé par de vrais principes de zoologie, tellement qu'on le consulte encore maintenant avec fruit; on y trouve des anatomies bien faites et bien représentées par de bonnes planches: les Mollusques dont il y est question sontl'Aplysie, la Téthys, la Doris, etc.

L'ouvrage d'Adanson et les observations de Guettard avaient fait sentir le profit que l'on pourrait tirer de Pétnde bien faite des opercules; ils devinrent le sujet de plusieurs Mémoires dont un des plus importans est celui de Hérissant, inséré dans les Mémoires de l'Académie de Paris en 1766. A cette époque une forte impulsion a été donnée aux sciences naturelles. Pallas, pour les Mollusques, posa en homme de génie les premiers fondemens de l'édifice que Von devait bientôt continuer. C'est dans les Miscellanea zoologica, surtout au sujet des Aphrodites, que l'on peut s'assurer de la justesse et de la sagacité de cet illustre observateur, lorsqu'il démontre combien Linné lui-même, en s'attachant plus spécialement aux caractères des coquilles qu'à ceux des Animaux, s'éloigne de l'ordre naturel; il fait voir, contre l'opinion du professeur d'Upsal, que les Limaces, qui comprennent pour lui un grand nombre de Mollusques nus, doivent être placées parmi les. Mollusques univalves; il divise, au reste, tous les Mollusques en deux grands ordres, les Mollusques univalves et les Mollusques bivalves, dans lesquels, à l'exemple d'Adanson, il fait rentrer les Tarets et les Ascidies.

Ce fut l'année suivante, 1767, que Geoffroy, dans son petit Traité des Coquilles terrestres et fluviatiles des environs de Paris, fit de nouveau l'application des principes de Conchyliologie établis avant lui; il se servit de l'Animal pour caractériser les genres qui, quoique peu nombreux, sont pourtant restés. Müller, ce savant auteur de plusieurs ouvrages importans pour la zoologie, outre la Faune danoise, donna aussi un système de Conchyliologie et un traité sur les Coquilles terrestres et fluviatiles; ce dernier ouvrage est plus parfait que celui de Geoffroy; il divise ces Mollusques en trois sections de la manière suivante:

† Coquille nulle.

Tentacules linéaires. LIMACE.

†† Coquille univalve.

α Tentacules linéaires.

1°. Au nombre de quatre. HELIX.

2°. Au nombre de deux. VERTIGO.

β Tentacules tronqués.

1°. Les yeux en dedans. ANCYLS.

2°. Les yeux par derrière. CARYCHIE.

γTentacules triangulaires. BUCCIN.

Δ Tentacules sétacés.

1°. Les yeux en dehors. NÉRITR.

2°. Les yeux en dedans. PLANORBE.

3°. Les yeux par derrière. VALVÉR.

†††Coquille bivalve.

Siphons doubles.

1°. Court. MOULE (Anodonte des auteurs modernes. )

2°. Allongé. TELLINE (Cyclade.)

3°. Nul. MYE ( Mulette. )

Le système général des Mollusques de Müller, dont nous avons parié à

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notre article Conchyliologie, est loin de présenter les perfectionnemens que l'ouvrage a Adanson et d'autres donnaient lieu d'espérer. Quelques ouvrages, publiés à peu près dans Iemême temps, apportèrent plusieurs matériaux a la science. Celui de Forskalb ( Descriptions Animalium, Avium, Piscium, Amphibiorum, Vermium, Insectorum quœ in itinere orientali observavit, 1775, et les planches du même ouvrage, publiées l'année suivante ); celui d'Othon Fabricius ( Fauna Groenlandica, etc., 1780); les divers Mémoires de Dicquemar sur plusieurs Animaux mollusques, insérés dans les Transactions philosophiques de Loudres, et dans le Journal de physique, pour les années 1779 à 1786; les Observations de Murray sur la reproduction des parties enlevées aux Limaçons et aux Limaces, 1776, question curieuse et importante que Spallanzani annonça le premier, et qui fut confirmée par Bonnet et George Tarenne, en 1808, dans son Traité de Cochvliopérie, comme nous l'avons dit à l'article Hélice. Enfin nous arrivons au temps où Bruguière donna en France une nouvelle impulsion à l'étude des Mollusques, par son travail de l'Encyclopédie; mais il faut l'avouer, ce savant écrivain ne profita pas autant qu'il l'aurait pu faire des travaux qui l'avaient précédé; il aurait dû moins s'attacher à la lettre de Linné, et quoiqu'il ait perfectionné son système, il le laissa cependant encore loin de ce qu'il aurait pu devenir entre des mains aussi habiles. Nous voyons, en effet, qu'il confond, dans son ordre troisième, les Vers Mollusques, des êtres fort étrangers les uns aux autres, et qui sont loin de se trouver dans leurs rappçrts naturels. Avec de véritables Mollusques, on trouve des Polypes, des Hydres, des Animaux subarticulés, des Animaux radiaires, et même un genre de Poisson (V. Myxine); il sépare cependant dans un ordre suivant, sous le nom de Vers Echinodermes, les Oursins que Linné avait confondus avec les Vers Mollusques. Son ordre cinquième, lesVers testacés, est divisé à la manière de Linné, en trois sections: la première, les Multivalves, la seconde, les Coquilles bivalves, et la troisième, les Coquilles univalves. La premièré de ces sections contient neuf genres qui, comme on peut le penser, réunis d'après la seule considération du nombre des pièces, doivent être fort étrangers les uns aux autres. Effectivement, à côté des Oscabrions, nous trouvons les Balanes et les Auatifes; à côté de ceux-ci trois genres parfaitement groupés, et que réunissent des caractères naturels, les Tarets, les Fistulanes (genre nouveau) et les Pholades, ce qui est évidemment imité d'Adanson. Après ces trois genres vient celui que Bruguière nomma Char, Gioenia ( V. ces mots), établi, comme on l'a reconnu depuis, sur une supercherie de l'Italien Gioeni. Les deux derniers genres de cette section qui ne sont pas plus en rapport avec les précédées que ceux que nous venons de mentionner, sont les genres Anomie et Cranie. La deuxième section, qui comprend les Coquilles bivalves, est divisée en deux parties, l'une pour les Coquilles irrégulières, la seconde pour les Coquilles régulières. Les six genres suivans se montrent dans la première: Acarde, Came, Huître, Spondye, Placune, Perne. On sait aujourd'hui que le genre Acarde a été établi sur des épiphyses vertébrales de certains Poissons. Dans la seconde il y a treize genres établis dans l'ordre qui suit: Mye, Solen, Pinne, Moule, Telline, Bucarde, Mactre, Donace, Vénus, Trigonie, Arche, Peigne, Térébratule. La troisième section, qui renferme les Univalves, est séparée en deux grandes divisions à la manière de Breyne: les Coquilles uniloculaires et Coquilles mulliloculaires; les premières sont divisées en Coquilles sans spire régulière, qui renferment neuf genres hétérogènes: Fissurelle, Patelle, Dentale, Scrpule, Arrosoir, Siliquaire; et en Coquilles à spire régulière, qui comprennent vingt-trois

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genres: Cône, Porcelaine. Ovule, Olive, Volute, Buccin, Pourpre, Casque, Strombe, Murex, Fuseau, Cerite, Vis, Toupie, Sabot, Bulle, Bulime, Hélice, Planorbe, Natice, Nérite, Haliotide, Argonaute. Les genres de Coquilles multiloculaires qui ont été si multipliés dans ces derniers temps par Montfort et d'autres, ne sont dans Bruguière qu'au nombre de quatre. Camérine, Ammonite, Nautile, Orthocérate. On ne peut disconvenir que Bruguière n'ait apporté des améliorations bien sensibles dans le système de Linné, que les genres plus nombreux n'y soient mieux circonscrits et mieux caractérisés. Outre ces changemens favorables, Bruguière en opéra encore d'autres par l'arrangement des figures de l'Encyclopédie; il y institua plusieurs genres que sa mort prématurée l'empêcha de caractériser; mais tous ont été adoptés par Lamarck, qui en a démembré plusieurs.

Pendant que Bruguière publiait le commencement du Dictionnaire encyclopédique par ordre de matières, que nous sommes chargés de finir avec notre collaborateur Bory de Saint-Vincent, Gmelin donnait une treizième édition du Systema Natures, dans laquelle il ne produisit presque aucun changement notable. Cependant les genres sont un peu mieux en rapport, et il en adopte quelques-uns de Forskahl et un de Müller; et du reste, pour les Testacés proprement dits, il ne fait qu'en indiquer un plus grand nombre d'espèces parmi lesquelles il a commis beaucoup d'erreurs de synonymie et beaucoup de doubles emplois. Ce fat seulement dans la même année que l'on introduisit en France, par une traduction, l'ouvrage de Molina, intitule: Essai sur l'Histoire naturelle du Chili, dont l'original date de 1782. Plusieurs des objets décrits dans cet ouvrage ne furent retrouvés que dans ces derniers temps par les naturalistes pleins de zèle et de savoir qui accompagnèrent le capitaine Duperrey dans son voyage de circumnavigation.

Un auteur, auquel la Conchyliologie doit d'immenses recherches anatomiques, qui le premier tenta de caractériser les genres de Mollusques d'après les Mollusques seuls, abstraction faite de la coquille, qui chercha à établir sur ce système une classification méthodique, Poli, médecin italien, commença, en 1791, la publication de deux volumes de son ouvrage qui furent terminés en 1796; ces deux volumes comprennent les Multivalves et les Bivalves, dont l'arrangement est le suivant: le premier de ces genres, Hypogœa, rassemble les Solens, les Pholades et le Tellina inœquivalvis de Linné; le second, Paronœa, les Tellines de Linné; le troisième, Calisla, les Vénus de Linné; le quatrième. Arthem is, Venus ex0leta, Cytherœa exoleta, Lamk.; le cinquième, Cerastes, le genre Cardium. La seconde famille contient deux genres qui nous semblent devoir s'éloigner beaucoup: le premier, Loripes, pour le Tellina lactea, L., Lucitia lactea, Lamk., à laquelle il se rattachera sans doute par la suite; une grande partie ou la totalité du genre Lucine et Limnœa, pour les genres Muletle, Brug., et Anodonte, Lamk. Les deux genres suivans, Chimera Pinna, L., et Callitriche (les genres Moule, Modiole, Lamk., et Lithodome, Cuv. ), forment une famille très-naturelle. Le genre Argus, qui correspond aux Peignes, aux Spontiyles et aux Limes, forme à lui seul une famille. Il en est de même du genre Axinœa ( genre Pétoncle, Lamk. ) Des quatre derniers genres, le genre Daphne répond à une partie du genre Arcbe; le genre Peloris aux Huîtres, Lamk.; le genre Echion aux Anomies, et le genre Criopus à l'Anomia imperforata. Cette manière dont Poli a envisagé les Mollusques l'a conduit à des groupemens très-naturels. Ses familles sont basées d'après la considération d'organes importans à l'Animal, et nullement d'après les coquilles.

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Il suivit donc une méthode diamétralement opposée à celle de la plupart de ses prédécesseurs. ( V. le tableau n° IL )

C'est ainsi que, par des travaux de cette importance, s'accumulaient les matériaux préparateurs de l'cre nou-velle à laquelle nous touchons. De-puis la publication de l'ouvrae de Poli jusqu'à l'apparition du Tableau élémentaire de l'Histoire Naturelle des Animaux, 1798, par Cuvier, rien ne parut sur les Mollusques. La nouvelle classification proposée par ce savant est le résultat, non-seulement de ses propres observations, mais encore de celles qui furent faites avant lui et des principes justement appréciés des Guettard, des Adanson, des Pallas, des Poli, etc. Cuvier le premier rapprocha convenablement les Mollusques des Poissons, et leà releva ainsi d'un degré dans la méthode, ce à quoi il fut conduit par les connaissances anatomiques. Il ne considéra plus la coquille comme indispensablement nécessaire pour établir les rapports, et l'existence ou l'absence de ce corps protecteur ne le détermina plus à séparer les Vers Mollusques des Vers testacés, comme l'avait fait Linné, et Bruguière sur ses traces; il suivit en cela l'opinion de Pallas, qui dès-lors demeura adoptée. Dans ce premier essai de Cuvier, les Mollusques sont divisés en trois grands ordres, les Céphalopodes, les Gastéropodes et les Acéphales. Les Céphalopodes contiennent quatre genres, les Sèches, les Poulpes, les Argonautes et les Nautiles. Ce dernier, outre les vraies Nautiles, renferme aussi comme sous-genres les Ammonites, les Orthocératites et les Camérines de Bruguière. Les Mollusques gastéropodes sont divisés en Nus et en Testacés; c'est dans la première de ces divisions que l'on trouve réunis pour la première fois les vrais Mollusques sans coquille que Linné et d'autres avaient séparés sans autres motifs des Mollusques testacés. Nous trouvons ici avec les Limaces les Téthys, les Aplysies, les Doris, les Tritonies ayant pour sous-genres les Eolides, les Phyllidies, les Scyllées, les Thalides et les Lernées. Les Gastéropodes testacés sont divisés en cinq parties; dans la première, on trouve le genre Oscabnon lui seul, parce que sa coquille est composée de plusieurs pièces. L'opinion d'Adanson, qui le premier avait proposé ce rapprochement des Oscabnons, des Patelles et autres genres voisins, quoique mal fondée, fut admise alors par Cuvier, et, depuis, presque tous les auteurs l'imitèrent. Dans la seconde, sous la dénomination générique de Patelle, il rassembla toutes les Coquilles patelloïdes qu'il distingua cependant en plusieurs groupes principaux que l'on peut considérer comme pouvant servir d'origine à autant de genres qui furent adoptés depuis. Dans le premier groupe, sont les véritables Patelles; dans le second, les Cabochons; dans le troisième, les Crépidules avec lesquelles sont confondues les Navicelles; dans le quatrième, sont rassemblées les Calyptrées à appendice intérieur; dans le cinquième, les Calyptrées à lame spirale, et dans le sixième enfin, les Patelles perforées au sommet dont Brugière avait fait son genre Fissurelie. La troisième division des Gastéropodes testacés comprend un assez grand nombre de genres réunis, il faut le dire, sur des caractères beaucoup trop étendus qui sont: coquille d'une seule pièce en spirale, à bouche entière, sans échancrure ni canal. Les genres Ormier, Nérite, Planorbe, Hélice, Bulime divisé en trois sections qui comprennent distinctement: la première, les Liinnées et les Mélanies confondues; la seconde, les Auricules; la troisième, les Agathines; Bulle, Sabot et Toupie. Ces deux derniers genres sont partagés en plusieurs parties; le genre Sabot en six: la première, pour le genre Scalaire; la seconde, pour les Dauphinules; la troisième, pour les Turritelles; la quatrième et la cinquième, pour les Turbos proprement dits, et la sixième, pour le

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genre Éperon, Calcar, de Montfort. Le genre Toupie est sous-divisé en quatre parties; la première, pour les Cadrans; la seconde, pour les Monodontes; la troisième, pour les Roulettes, et la quatrième, pour les Fripières. Dans la quatrième sous-division des Mollusques Gastéropodes testacés, sont rassemblés tous ceux dont la coquille a un canal à la base. Sous le nom générique de Murex sont réunis le genre Cérite, le genre Fuseau, les Rochers de Bruguière et le genre Pyrule. Sous le nom de Strorabes, on trouve les vraies Strombes et les Ptérocères; cette division contient encore les Casques. La cinquième et dernière division des Gastéropodes dont la coquille est munie seulement d une échanerure, comprend les Buccins avec l'indication des genres Tonne, Licorne, Harpe, Ricinule, Eburne et Vis; les Volutes, les Olives, les Porcelaines et les Cornets. Quoique plusieurs de ces genres, surtout dans la troisième sous-division, soient assez hétérogènes et peu en rapport, on doit voir cependant une amélioration bien sensible dans le système et surtout dans ses divisions principales.

Le troisième ordre des Mollusques, ou les Acéphales, renferme, comme dans les Mollusques céphalés, une première division; pour ceux qui sont sans coquilles, on y trouve deux genres, les Ascidies et les Biphores dont Lamarck plus tard a fait un ordre à part, sous le nom de Tuniciers. La seconde division renferme les Acéphales testacés sans pied et à coquille inéquivalve, les genres Huître, Spondyle, Placune, Anomie et Pétene; dans la troisième, cm trouve les Limes, les Pernes, les Avicoles avec l'indication des genres Pintadioe et Marteau, les Mour les, les Jambonneaux, les Anodontiles, Brug.; les Unios, et, ce qui est assez étonnant lorsque l'ouvrage de Poli est publié depuis plusieurs années, on y trouve aussi les Tellines, les Bucardes, les Madrés, les Vénus, les Cames, avec l'indication des Tridacnes et des Cardites de Bruguière, et les Arches. Cette division est certainement celle qui dans l'ouvrage de Cuvier contient les élémens les plus hétérogènes. Les Acéphales testacés de la quatrième division sont tous pourvus d'un pied; les val ves sont égales; la coquille est ouverte par les deux bouts; le manteau est fermé pardevant. Les Solens, les Myes, les Pholades, les Tarels, et comme sous-genres de ce dernier, les Fistulanes de Bruguière, sont les seuls qui s'y trouvent rassemblés d'une manière fort naturelle; la section suivante n'a pas beaucoup de rapports avec celle- ci; elle contient en effet les Acéphales testacés sans pied, munis de deux tentacules charnus, ciliés, roulés en spirale. Cette section, qui conduit assez naturellement à la suivante et dernière, contient le genre Térébratule, dans lequel se retrouve la coquille de l'Hyaie, et, avec toute celle de la Cranie, le genre Lingule, établi par Bruguière, et le genre Orbicule, découvert par Müller et confondu jusquelà parmi les Patelles, sous le nom ta Patella anomala. La dernière division des Acéphales testacés comprend des êtres dont on a fait depuis un ordre à part sous le nom de Cirrhipèdes. Cuvier n'y admet encçre que les deux genres de Bruguière, les Anatifes et les Balanites. Enfin, dans ce nouveau système de Cuvier, disparaît cette division artificielle d'Univalves, de Bivalves et de Multivalves; disparaît aussi cette séparation arbitraire des Mollusques mous des autres Mollusques a coquille, et commence à s'établir un véritable arrangement méthodique. ou peut même dire philosophique des Mollusques.

Cette méthode était sans doute susceptible de perfectionnement, et le temps est venu ou les travaux de Lamarck l'ont considérablement améliorée. Celui-ci, que Bory de Saint- Vinçent a si justement salué du titre de Linné français, était, depuis 1794,

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professeur de zoologie au Jardin des Plantes; il y commença ses ouvrages sur les Mollusques par un Mémoire touchant les Sèches, dans lequel est démontrée la nécessité de séparer les Sèches de Linné en trois genres: Sèches, Calmars et Poulpes. Ce fut parmi les Mémoires de la Société d'Histoire Naturelle que celui-ci fut inséré aussi bien que le suivant, qui ne parut que l'année d'après. Ce Mémoire important, qui est le prodrome de la nouvelle classification que Lamarck proposa en 1801 dans le Système des Animaux sans vertèbres, présente des définitions génériques beaucoup plus rigoureuses que celles qui avaient été faites jusqu'alors, et quoique Lamarck se soit plu à suivre la méthode de Bruguière, il doubla tout d'un coup le nombre des genres de l'Encyclopédie, et tout en se servant des observations de Cuvier sur les Animaux, il conserva cependant encore la division linnéeune de Coquilles univalves, bivalves et multivalves. Lamarck ne se contenta pas d'imiter Bruguière sur ce point, il le suivit encore dans les principales divisions. Ainsi les Coquilles univalves sont divisées en uniloculaires et en multiloculaires. Ces premières sont partagées ensuite d'après la forme de l'ouverture qui est versante, canaliculée ou échancrée à la base, ou qui est entière, ce que n'avait pas fait Bruguière, mais ce qui avait été parfaitement indiqué par Cuvier. On trouve les genres nouveaux suivans parmi ceux dont la bouche est versante, échancrée ou canaliculée: Tarière, Pyrule, séparés des Bulles, Ancille aujourd'hui Ancillaire, Colombelle, Marginelle, Cancellaire, Turbinelle, séparés des Volutes; les Fuseaux, les Pleurotomes, les Fasciolaires des Rochers, les Nasses des Pourpres, les Harpes des Buccins, les Ptérocères et les Rostellaires des Strombes. Dans les Coquilles à ouverture entière, il sépare les Cadrans des Toupies; les Monodontes, les Scalaires, les Turritelles, les Pyramidelles, les Cyclostomes des Sabots; les Hélicines, les Sigarets et les Janthines, qui étaient confondus avec les Hélices, en sont judicieusement retirés; les Agathines, les Lymnées, les Mélanies, les Ampullaires et les Auricules qui faisaient autant de sousdivisions du genre Bulime de Bruguière, sont élevés à la qualité de genres; il sépare encore les Stomates des Haliotides, les Crepidules et les Calyptrées des Patelles; mais, ce qui est singulier, Lamarck rejeta encore à la fin des Coquilles uniloculaires, et comme dans un incerœ sedis les genres Dentale, Siliquaire, Vermiculaire, Arrosoir et Argonaute, qui n'ont entre eux aucun lien, aucun rapport. Les genres de Multiloculaires sont augmentés seulement des Spirules et des Orthocères démembrés des Nautiles ainsi que des planorbites, des Baculites et des Orthocératites, qui forment autant de genres nouveaux.

Les Coquilles bivalves offrent aussi un certain nombre de genres nouveaux; elles sont divisées, comme dans Bruguière, en régulières et en irrégulières; dans ces dernières il n'y a que deux genres nouveaux, Vulselle et Marteau; parmi les premières, il s'en remarque un plus grand, nombre, les Glycimères, démembrés des Myes; les Sanguinolaires, des Solens; les Cyclades, des Tellines; Mérétrice ou Cythérée, des Vénus; Lutraire, Paphie, Crassatelle, des Mactres; Isocarde, des Cardites de Bruguière; Hippope, des Tridacnes; les Pétoncles et les Nucules des Arches; les Modioles, des Moules; et séparant ensuite les Anomies et les Cranies des Multivalves, il les reporte, avec juste raison, parmi les Coquilles bivalves irrégulières. Les genres Calcéole et Hyale sont également séparés des Anomies. Par la réforme que nous venons de mentionner, la section des Multivalves se trouve moins hétérogène; quoique non naturelle par son arrangement, elle est ici séparée en trois groupes convenables. Ce système, encore imparfait comme il est facile de le voir par

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le simple exposé qui vient d'être fait, derait recevoir en 1801 un perfectionement considérable dans l'ourage publié sous le titre de Systeme des Animaux sans vertèbres.

Lamarck employa avec avantage alors les observations de Cuvier et de poli, et en fit l'application à son système, en y rapportant, dans un ordre assez naturel, les nouveaux genres qu'il avait proposés. Le tableau ci-contre sera plus propre à donner une juste idée du système de l'auteur, et à en présenter l'ensemble. Dans ce système, où il est facile de remarquer un assez grand nombre de perfectionnemens, on voit d'abord qu à l'exemple de Cuvier, Lamarck met les Mollusques au premier rang parmi les Invertébrés, elles divise dèslors en deux grands ordres, d'après l'existence ou l'absence de la tête, ce qui avait été plutôt indiqué par Poli et par Cuvier d'après lui, qu'établi définitivement et de cette manière. Lamarck a encore admis, d'après Cuvier, les Mollusques sans coquilles, dont il a fait une division à part, aussi bien dans les Céphalés que dans les Acéphales. Dans les Céphalés ils sont divisés d'après le mode de locomotion, ce qui n'avait pas encore été fait; ils renferment d'ailleurs plusieurs nouveaux genres, et assez bizarrement les Oscabrions qui sont loin d'être nus, mais que Lamarck a placés près des Phyllidies, entraîné sans doute pas les rapports qu'il leur trouvait. Les Mollusques céphalés sont divisés en deux grandes familles, ceux qui sont nus et les Conchilifères. Nous avons parlé des premiers; les seconds sont sous-divisés en trois parties, celles qui ne sont point en spirale et qui recouvrent l'Animal, comme les Patelles; on trouve ici les Concholépas, qui ne sont autre chose que des Buccins. Mais si dans cet ouvrage Lamarck les a mal placés, c'est à lui aussi que l'on doit d'avoir saisi leurs véritables rapports dans un autre de ses ouvrages. La seconde division contient les Coquilles uniloculaires spirivalves, engaînant l'animal; on retrouve ici deux sous-divisions d'après la forme de l'ouverture, comme Cuvier, le premier, en avait montré l'exemple; ou elle est échancrée ou canaliculée à sa base, ou elle est entière. Dans ces deux grandes familles, nous voyons une série assez nombreuse de genres qui ne sont pas toujours dans leurs rapports naturels, et qui forment dans chacune de ces familles une série simple et continue. C'est à la fin de la seconde que se voient encore, après les Haliotides, les genres Vermiculaire, Siliquaire, Arrosoir, Carinaire, démembrés des Argonautes pour la première fois, et Argonaute, Les Dentales ne s'y trouvent plus quoiqu'elles aient dû bien plutôt rester parmi les Mollusques que les Vermiculaires, par exemple. La troisième division, qui renferme les Coquilles multiloculaires, est encore bien imparfaite quoiqu'elle renferme un genre de plus, Hippurite, qui fut introduit bien à tort dans cette section, car ce sont des Coquilles bivalves. Les Mollusques acéphalés sont divisés comme les Céphalés en Nus et Conchilifères. Ces premiers, outre les genres Ascidie et Biphore, contiennent de plus le genre Mammaire de Müller; dans les seconds, ce n'est plus de l'Animal que sont tirés les principaux caractères, mais de la coquille seule. Ainsi les deux grandes divisions reposent sur l'égalité ou l'inégalité des valves. Dans les Coquilles équivalves sont introduites les Pholades, séparées des Tarets, malgré l'opinion si connue et si juste d'Adanson; elles forment, du reste, une masse sans coupure dans laquelle les genres sont arrangés dans un ordre souvent peu naturel mais décroissant. Les Coquilles inéquivalves, qui contiennent aussi les Cirrhipèdes, sont divisées en trois groupes; dans le premier, par une erreur assez grave, Lamarck, considérant le tube des Tarets et des Fistulanes comme le développement d'une valve, les place dans les Coquilles inequivalves, quoique ce tube, comme l'avait fait voir

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Spengler et Adanson, contînt deux valves égales. Dans le second groupe, caractérisé par deux valves inégales, opposées ou réunies en charnière, se voit encore le genre Hyale, et après lui pour faire passage à la section suivante, sont placées à la fin les Orbicules et les Lingules, comme l'avait fait Cuvier. La dernière section contient les Anatifes et les Balanes. ( V. le tableau n° III. )

Ce système qui, dès l'époque de sa publication, fut généralement adopté, fut long-temps le seul suivi pour l'arrangement des collections, et quoiqu'imparfait sous bien des rapports, il a cet avantage d'être facile à comprendre. Jusqu'à présent, depuis l'époque de Linné, nous n'avons point vu s'établir de familles parmi les Mollusques; des séries plus ou moins naturelles de genres groupés d'après un caractère très-étendu, voilà ce que nous trouvons; c'est encore à Lamarck que l'on doit, comme nous le verrons plus tard, l'introduction de cette amélioration. Malgré ces changemens favorables dans la méthode, cependant plusieurs auteurs n'en tiennent presque pas compte, et s'attachant à la lettre de Linné ou au système linnéen perfectionné par Bruguière, ils cherchent à y introduire quelques genres plus ou moins bien faits. Bosc, dans le Buffon de Détervilie, est dans ce cas, puisqu'il conserve la méthode, cependent plusieurs auterus n'en tiennent presque pas compte, et s'attachant à la lette de Linné ou au système linnéen perfectionné par Bruguière, dans laquelle il ajoute les genres Fodie, très-voisin des Ascidies, et Oscane, près des Patelles, et dans les Bivalves les genres Onguline, Erodone et Hiatelle adoptés de Daudin.

Ce fut la même année que Cuvier donna sou Mémoire sur l'anatomie du Clio borealis; il ne trouva dans cet Animal aucun des caractères de ses Céphalopodes, avec lesquels Lamarck l'avait provisoirement placé; il y rencontra des conditions d'organisation particulières, avant plus de rapports avec celles des Gastéropodes qu'avec celles des Céphalopodes, et d'après cela il sentait la nécessité de ne point appliquer le nom de Gastéropodes cet être, puisqu'il n'avait point de pied pour ramper, et il ne le fit par alors; ce ne fut que deux ans après, lorsqu'il eut recueilli de nouveaux matériaux du voyage de Péron, qu'il eut connu l'Animal de l'Hyale et celui dont il fit son genre Pneumoderme, qu'il institua un ordre nouveau sous le nom de Ptéropodes. Ces Animaux ont en effet sur les parties latérales du corps des nageoires en forme d'ailes qui servent à leur locomotion. A peu près à la même époque, 1803, Draparnaud publia le Prodrome de son grand ouvrage sur les Coquilles terrestres et fluviatiles de France, ouvrage qui ne parut qu'après sa mort. Guidé par de bons principes de zoologie, Draparnaud n'admit et n'institua que de bons genres. Pour la distribution générale suivit la méthode de Cuvier, il établit ou adopta les genres Vitrine, Clausilie, Ambrette, Physe et Valvée; on doit aussi à cet auteur d'avoir été le premier à abandonner la manière peu naturelle dont Linné considérait les Coquilles pour la désignation de leurs diverses parties. C'est en les plaçant dans la position qu'elles conservent sur l'Animal marchant devant l'observateur que l'on doit les étudier; et cette méthode rationnelle, convenable surtout pour les Coquilles bivalves, a été généralement adoptée.

En 1802 commença à se publier, dans le Buffon de Sonnini, la partie des Mollusques par Montfort. Quoiqu'il en ait donné quatre volumes, à peine si on peut la considérer comme commencée, puisque ces quatre volumes sont consacrés uniquement à l'histoire des Sèches, des Poulpes, des Calmars et de quelques Coquilles multiloculaires. De Roissy, qui continua ce travail, et qui le termina en deux volumes qui parurent en 1805, rassembla et recueillit les faits nouvellement acquis dans la science, et les rattacha d'une manière fort convenable au système de Cuvier, qui lui servit de base fonda-

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tiontale, dans lequel il fit entrer tous les genres de Lamarck, le nouvel ordre des Ptéropodes de Cuvier, qu'il place entre les Céphalopodes et les Gastéropodes, ainsi que les genres de Daudin adoptés par Bosc, et ceux nouvellement établis par Lamarck sous le nom de Coronule et Tubicinelle, démembrés des Balanes de Linné. De Roissy ne fit aucun genre nouveau; il proposa seulement de changer le nom d'Ancille, donné par Lamarck à un démembrement des Volutes de Linné, en celui d'Anaulace, parce que Geoffroy avait déjà donné le nom d'Ancille à un autre genre, et de substituer le nom d'Egérie à celui de Galathée, employé par les entomologistes.

On piésumait déjà, par la description de Rumph, que les Coquilles des Polythalames appartenaient aux Céphalopodes; mais ce fait avait besoin d'être confirmé, et c'est ce que fit De Roissy par la description qu'il donna de l'Animal de la Spirule que Péron avait rapporté de son voyage autour du monde, et qu'il eut occasion d'examiner avec soin. L'ouvrage de De Roissy est rempli au reste d'excellentes observations, d'aperçus ingénieux bien capables de favoriser l'avancement de la science.

La seconde édition du Traité élémentaire d'Histoire Naturelle, par Duméril, parut en 1807, et put recueillir les nouveaux faits publiés sur les Mollusques. Cette partie, quoique traitée en peu de pages, contient cependant une innovation qu'il est bon de mentionner. En admettant le système de Cuvier il en conserve les principales divisions; seulement dans les Gastéropodes, il se sert des organes de la respiration pour les diviser en trois groupes: le premier, les Dermobranches, a les branchies externes en forme de lames ou de panaches, et il renferme les Doris, les Tritonies, les Scyllées, les Eolides, les Phyllidies, les Patelles, les Haliotides et les Oscabrions; il est bien certain que les Haliotides n'apparemment nullement à cette famille.Le second groupe est nommé Adélobranches: les Animaux qu'il contient ont un trou propre à l'admission de l'air sur les branchies, et les Aplysies que nous trouvons en première ligne, sont loin d'avoir ces caractères, car elles ont le manteau fendu largement, portent des branchies en panaches, et ne respirent point l'air. Duméril y place aussi les Sabots, les Nérites et probablement tous les genres dont la coquille a l'ouverture entière, et certes aucuns ne respirent l'air en nature. Ou y trouve aussi les Limaces, les Hélices et les Planorbes, les seuls qui puissent réellement rester dans cette division. Le troisième groupe des Gastéropodes, qu'il nomme Siphonobranches, est beaucoup plus naturel que le précédent; il répond parfaitement à la quatrième division des Gastéropodes du premier système de Cuvier. Dans les Acéphales, au lieu d'y réunir les Balanes et les Anatiles, il eu fait justement un ordre à part sous le nom de Brachiopodes, dans lequel il admet à tort les Lingules, les Orbicules et les Térébratules, sur l'analogie desquels il était difficile de commettre une erreur, puisque Poli, dans les belles planches de son ouvrage, avait donné l'anatomie des uns et des autres. Le savant voyageur Olivier ne se contenta pas de rassembler une foule d'observations curieuses sur plusieurs branches d'histoire naturelle; il en recueillit aussi sur les Mollusques, et enrichit la science d'un assez grand nombre d'espèces nouvelles. Ce fut la même année, 1807, que Férussac fils donna une nouvelle édition d'un opuscule de son père, et quoiqu'il n'y soit question que de Coquilles terrestres et fluviatiles, nous devons dire que ce petit ouvrage contient plusieurs faits curieux et deux nouveaux genres, le genre Mélanopside, fait avec les Coquilles nommées Mélanies par Olivier, et le genre Septaire, confondu avec les Crépidules, et qui en est certainement bien distinct.

Lamarck cependant cherchant toujours à perfectionner le système des

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Mollusques, dans lequel, comme nous l'avons fait apercevoir, on n'avait point encore établi de famille, fit enfin cette amélioration importante dans la Philosophie zoologique, publiée en 1809. Il partage le Règne Animal eu plusieurs degrés d'organisation, ce qui groupe d'abord les êtres analogues d'une manière plus ou moins exacte. Dans le quatrième degré sont compris les Crustacés, les Annelides, les Cirrhipèdes et les Mollusques; ces derniers sont cependant beaucoup plus avancés dans l'organisation que tous les autres. Les Cirrhipèdes ne comprennent toujours que quatre genres, les Tubicinelles, les Coronules, les Balanes et les Anatifes. Pour établir le passage de cette classe à la suivante, Lamarck suit une marche progressive, et commence par les Mollusques acéphales qui sont le premier ordre de Mollusques, et par une famille à laquelle il adapte, d'une manière fort convenable, le nom de Brachiopodes, appliqué par Duméril aux Cirrhipèdes et aux Brachiopodes mélangés et confondus; ici, cette famille des Brachiopodes comprend les trois genres Lingule, Tértébratule, Orbicule. La seconde famille, les Ostracées, qui correspond assez bien au genre. Huître de Linné, reuferme onze genres dans l'ordre suivant: Radiolite, Calcéole, Cranie, Anomie, Placune, Vulselle, Huître, Gryphée, Plicatule, Spondyle et Peigne. Cette famille, hétérogène dans ses élémens, a été divisée depuis en plusieurs autres; la suivante ou la troisième est désignée sous le nom de Byssifères; elle renferme, par le seul caractère d'un pied propre à filer un byssus des genres fort analogues que Poli avait rapprochés les uns des autres. Cette famille, d'après l'indication de De Roissy, se trouve interposée entre les Huîtres et les Anodontes, que Cuvier avait rapprochés. Elle se compose des neuf genres, Houlette, Lime, Pinne, Moule, Modiole, Crénatule, Perne, Marteau, Avicule. La quatrième famille, celle des Camacées, contient, avec le genre Came, les genres Brie et Dicérate, tous deux nouvea et de plus, hors leurs rapports n rels, et seulement sur le seul catère de l'inégalité des valves, les genres Corbule et Pandore.

Les deux genres Mulette et doute forment à eux seuls la quième famille, les Nayades. Ell suivie de celle des Arcacées ( g Arca de Linné), qui aurait été naturellement composée des Nucule, Pétoncle, Arche et Culée, auxquels se trouvent réun Trigonies, qui n'ont point avec de rapports suffisans. La sept famille, les Cardiacées, est et composée de genres dont les rapp ne sont pas bien établis. Les ge Tridacne et Hippope sont beau plus voisins des Cames que des dites, qui diffèrent à peine des néricardes, et surtout des Isoca et des Bucardes, les deux seuls res qui soient assez voisins. Lest ques, qui constituent la neu vièm mille, sont formées des genres V ricarde, Vénus, Cythérée, Don Telline, Lucine, Cyclade, GalatCapse. A l'exception du genre néricarde tous les autres constit une famille assez naturelle, et est à peu près de même de la suive les Mactracées, où on trouve les res Erycine, Onguline, Crassat Lutraire et Mactre; le genre Ery est ici établi pour la première et pour la première fois aussi, marck adopte celui des Ongul de Daudin. Les Crassatelles et Mactres, malgré le ligament int rieur et d'autres rapports qui lient aux Lutraires, sont plus voi des Vénus d'après l'opinion la généralement reçue aujourd'hui, famille des Myaires, qui est la du me, se compose des genres Mye, nopée et Anatine. Ces deux derm sont nouveaux, l'un, les Panopé établi par Ménard de la Grove, a retour d'Italie, et l'autre, les A tines, proposé par Lamarck et ado depuis. Dans un ordre bien nati viennent, a près les Myaires, les Sol

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cées qui, outre les trois genres Sangtuinolaire, Solen et Glycimère, contiennent aussi, et dans des rapports très-naturels dans le voisinage des Pholades, les genres Pétricole, Rupellaire et Saxicave. Les Pholadaires les suivent, et elles pourraient fort bien être séparées en deux groupes, l'un pour les Tarets et les Pholades, l'autre tour les Fistulanes et lés Arrosoirs; Ce singulier genre, que nous avons au précédemment confondu avec les Serpules, a été examiné avec beaucoup de soin par De Roissy, qui lé premier a jugé qu'il devait se rapprocher des Fistulanes, et trouva en effet sur le tube des Arrosoirs, deux petites valvesincluses dans l'épaisseur du tube, tandis que ces deux valves sont libres dans le tube des Fistulanes. La découverte que l'on fit depuis du genre Clavagelle a confirmé cette opinion. La deraière famille ou la douttième, est consacrée tout entière aux Acéphalés nus, réunis sous le noru d'Ascidiens, et qui se composent toujours des trois genres Ascidie, Biphore et Mammaire.

Le deuxième ordre des Mollusques est consacré aux Céphalés, divisés en trois grandes sections: les Ptéropodes, les Gastéropodes et les Céphalopodes. Les Ptéropodes ne se composent toujours que de trois genres: Hyale, Clio et Pummoderme. Lamarck, qui ordinairement cherche à établir les rapports et les passages aussi bien entre les grandes divisions qu'entre les genres, aurait désuivre les indications de De Roissy qui pensait avec juste raison que les genres voisins des Patelles et les Patelles ellesmêmes faisaient cette transition d'un ordre au suivant. Les Gastéropodes viennent immédiatement après les Ptéropodes, et sont subdivisés en trois sections: la première, pour ceux dont le corps est droit, réuni au pied dans toute ou presque toute sa longueur. Cette section contient quatre familles qui renierment tous les Mollusques nus: la première, les Tritomens, contient les genres Glaucie, Eolide, Scyllée, Tritonie, Téthys, Doris. La seconde, les Phyllidiens, réunit les Pleurobran ches, les Phyllidies, les Oscabrions, lés Patelles, les Fissurelles, les Emarginules. Cette seconde famille est peu naturelle; d'abord les Oscabrions y sont tout-à-fait étrangers aussi bien que les Patelles, les Fissurelles et les Emarginules. Dans les Laplysiens se trouvent avec les Laplysies et lés Dolabelles, les Bultées fort éloignées des Bulles, et les Sigarets qui n'ont avec elles aucun rapport. Les Limaciens qui suivent se composant des Onchidies, des Limaces, des Parmacelles, des Vitrines et des Testacelles.

Les Gastéropodes qui ont le corps en spiral cet qui n'ont point desiphon, sont partagés en huit familles: 1 ° les Colimacés qui suivent les Limaciens pour marquer les rapports des deux familles; on y trouve les genres Hélice, Hélicine qui s'en éloigne beaucoup puisqu'il est operculé, Bulime, Amphibulime, qui ne diffère point des Ambrettes de Drapanaud; Agathine et Maillot. 2°. Les Orbacées, les quatre genres Cyclostome, Vivi-pare, Planorbe, Ampullaire. 3°. Les Aurriculacées, famille composée des genres lés plus hétérogènes, les Auricules, les Mélanopsides, les Mélanies et les Lymnées. 4 °. Les Néritacées; celle-ci est tout-à-fait naturelle, et elle a été conservée par les auteurs; elle renfèrme les genres Néritine, Navicelle (Septaire de Férussac), Nérite et Natice. Quoique l'on ne connût alors en aucune manière l'anatomie des Navicelles, Lamarck cependant par ce tact particulier qui lui avai fait deviner des rapports si intéressans, ne s'était point trompé dans celui-ci; car l'anatomie l'a confirmé depuis. 5 °. Les Stormilacées, groupe naturel des genres Haliotide, Stomate et Stomatelle; ce dernier nouvellement proposé et publié pour la première fois. 6 °. Les Turbinacées, dont les Troques et les Cadrans sont éloignés fort à tort, comprennent les genres Phasianelle, Turbo, Monodonte, Dauphinule, Scalaire, Tur

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ritelle, Vermiculaire ( Vermet d'Adarison). 7 °. Les Iléléroclites portent justement le nom qui leur est imposé; car quels rapports y a-t-il en ellet entre les Volvaires, les Bulles et les Jautbines? 8°. Les Calyptracées réunissent des genres dont les caractères sont évidemment mal appréciés; les Crépidules et les Calyptrées ont des rapports entre eux; mais ils n'en ont nullement avec les Trochus et les. Cadrans qui cependant sont voisins l'un de l'autre.

La troisième division des Gastéropodes qui ont le corps en spirale et un siphon n'est partagée qu'en cinq familles. La première, les Canalifères, contient les genres Cérite, Pleurotome, Turbinelle, Fastiolaire, Pyrule, Fuseau et Murex; le genre Clavatule paraît être oublié. La seconde, les Ailées, les genres Ros tellaire, Ptérocère, Strombe. La troisième, les Purpuracées, les genres Casque, Harpe, Tonne, Vis, Eburne, Buccin, Concholepas rapporté à sa véritable place; Monocéros, Pourpre et Nasse. La quatrième, les genres Cancellaire, Marginelle, Colombelle qui n'a cependant point, de plis à la columelle, Mitre et Volute. Enfin la cinquième, les Enroulées, famille très-naturelle qui contient les six genres Ancille, Olive, Tarière, Ovule, Porcelaine et Cône.

La troisième grande division des, Mollusques est consacrée aux Céphalopodes dans l'arrangement des, quels nous trouverons des changemens notables: ils sont divisés en trois groupes. Le premier pour les tests multiloculaires; le second pour les tests uniloculaircs, et le troisième pour ceux qui n'out point de test; ils présentent cinq familles dont les trois premières pour le premier groupe, la quatrième pour le second, et la cinquième pour le troisième. La première famille, sous le nom de Lenticulacées, renferme les genres Miliolile, Gyrogonite, Rénulite, Rotalite, Discoibite, Lenticuline et Nummulite. A l'exception des genres Rotalite et Nummulile, tous les autres sont nouveaux.La seconde famille oompnrod les genres Lituolite, Spirolinite, Spirule, Orthocère, Hippurite et Bélemoite. Les deux genres Lituolite et Spirolinite sont nouveaux. La troisièmerenferme les genres Baculite, Turrilite, Ammonoceralite, genre nouveau, Ammonite, Orbulite et Nautile. Les Argonautacées qui ne sont nullement des Céphalopodes réunissent très-naturellement les Carinaires et les Argonautes. Enfin la dernière famille, les Sépialées, qui n'ont point de test; ne présente toujours que les trois genres Poulpe, Calmar et Sèche.

Tel est le système que Lamark donna en. 1809; quoiqu'il présente beaucoup moins d'imperfections que le premier, il n'était cependant point sans défauts, et nous les avons signalés à mesure que nous les avons rencontrés; nous avons dû rendre compte d'une manière assez détaillée de ce système, parce qu'ayant servi de base aux travaux que Lamarck a faits depuis, nous n'aurons plus par la suite qu'à indiquer les perfoctionnemens que ce savant y aura apportés.

Nous ne nous arrêterons pas à l'ouvrage de Denys Montfort qui parut en 1808 et i810. Dans ce travail, purement conchyliologique, l'auteur s'est borné à multiplier les genres de Multiloculaires microscopiques, d'après l'ouvrage de Soldani et celui de Fichtel et Moll; mais on doit avoir peu de confiance dans un ouvrage où on reconnaît à chaque page des supercheries et des changemens souvent notables dans les figures qu'il copie de ces auteurs. Pour la partie des Coquilles uniloculaires, partant d'un principe faux, et faisant de ce principe une application rigoureuse, il a dû tomber dans beaucoup d'erreurs. Toutes; les Coquilles qui dans les genres ne s'y rapportent pas rigoureusement, ou qui présentent avec le type de ce genre la moindre différence, Montfort eu fait un genre distinct; nous pouvons citer un exemple de cet abus dans le genre0 Rocher qu'il divise en douze genres, d'après le

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nombre des varices, la longueur du canal, la forme plus ou moins arrondie ou rétrécie de l'ouverture, ou autres caractères d'aussi peu de valoir; cependant il y a dans cet ouvrage plusieurs genres à conserver, car depuis ils furent proposés sous d'autres noms et généralement adoptés.

Lamarck, continuant toujours à perfectionner sa méthode, y fit des changemeas assez notables, et voulut prendre époque de ces améliorations. Il publia en conséquence une petite brochure intitulée: Extrait d'un Cours de zoologie, etc.; Paris, 1812. Avant de parler de cet ouvrage, nous devons mentionner le Mémoire de Pérou et Lesneur, inséré dans le tome XV des Annales du Muséum; dans ce Mémoire, les auteurs confondent tous les Animaux qui nagent librement dans les eaux, et qui n'étant point Céphalopodes, sont munis, soit de nageoires latérales, soit de nageoires verticales, placées ou sur le dos ou sur le ventre. Des êtres de types fort différens furent associés, et la plupart des nouveaux genres que ces naturalistes proposèrent, ne purent rester parmi les Ptéropodes où ils croyaient devoir les placer.

Cuvier avait donné, dans les Annales du Muséum, plusieurs Mémoires anatomiques sur les Mollusques, et ceux dont l'organisation fut entièrement dévoilée, ne durent plus laisser le moindre doute à Lamarck; ces matériaux habilement réunis contribuèrent puissamment au perfectionnement et aux modifications qu'il apporta dans son Système. Les Mollusques sont toujours divisés en deux ordres, les Mollusques acéphalés et les Mollusques céphalés.

Les Mollusques acéphalés sont euxmêmes divisés eu Testacés et en Nus; comme dans le premier Système, il les partage en Monomyaires et en Dimyaires: les Monomyaires contiennent, sans nul changement, les familles suivantes: Brachiopodes, Ostracées et Byssifères. Les Acéphalés dimyaires, ou à deux muscles, sont divisés en Inéquivalves et en Equivalves; dans les Inéquivalves on ne trouve qu'une seule famille, les Camacées, qui renferme toujours les Corbules et les Pandores. Les Equivalves contiennent le même nombre de familles: 1 ° les Naïades, 2° les Arcacées, 3 ° les Cardiacées, dans laquelle le genre Hyatelle est admis; 4 ° les Conques, divisées en fluviatiles et marines; dans ces dernières on trouve les deux genres Cyprine et Donacille, qui sont entièrement nouveaux; 5 ° les Mactracées; 6° les Myaires, desquels on a éloigné le genre Panopé pour le reporter à la suivante; 7° les Solénacées, desquels est démembrée la huitième famille, les Lithophages, entièrement nouvelle, composée des quatre genres Rupicole, Saxicave, Pélricole, Rupellaire; celui-ci est nouveau; 9° les Pholadaires, parmi lesquels est introduit le genre Clavagelle, qui fait le passage des Fistulanes aux Arrosoirs. Les Acéphalés nus n'ont éprouvé aucun changement.

Dans les Mollusques céphalés on remarque uu plus grand nombre de changemens, et ils sont plus importans; d'abord, au lieu de trois, on y voit cinq sections, qui sont dans l'ordre suivant: 1° les Ptéropodes, 2° les Gastéropodes, 3 ° les Trachélipodes, section nouvelle, 4 ° les Céphalopodes, 5° les Hétéropodes, section également nouvelle.

Les Ptéropodes, au lieu de trois genres, en offrent cinq. Les genres Cléodore et Cymbulie sont adoptés de Péron. Les Gastéropodes sont distingués des Trachélipodes d'après le lieu de l'insertion du pied sur tout le ventre, dans les premiers seulement au col, et par un pédicule dans les seconds. Les Gastéropodes contiennent, outre les familles indiquées dans le précédent système, les Tritoniens, les Phyllidiens, séparés en nus et en Conchylifères; ces derniers composés des Oscabrions, des Ombrelles, nouveau genre, des Patelles et des Haliotides, mais avec un point de doute; et de plus, les Calyptra-

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ciens, qui se trouvent ici justement parmi les vrais Gastéropodes débarrassés des genres Cadran et Trochus, mais contenant de plus les genres Cabochon, pris de Montfort, Fissurelle et Emarginule, séparés des Phyllidiens. Les Laplysiens contiennent les Acérés de Cuvier, et les Bulles rapprochées des Bullées, les Sigarets qui y sont placés à tort, les Dolabelles et les Laplysies; enfin les Limaciens.

Les Trachélipodes contiennent tous les Mollusques à coquille spirale avec ou sans siphons; ils sont partagés en deux grandes sections, les Trachélipodes sans siphons et les Trachélipodes avec un siphon. Dans la première se voient six familles: 1° Colimacées, dans lesquelles sont introduits à tort, puisqu'ils sont operculés, les Cyclostomes, les Hélicines ainsi que les Auricules; 2° les Lymnéens, famille nouvelle faite avec les Lymnées rapprochées des Physes, des Planorbes et des Conovules; mais ceux-ci, avec juste raison, suivis d'un point de doute; 3 ° les Mélaniens, famille nouvelle, dans laquelle sont rassemblés les genres Mélanie, Mélanopside et Pyrène, genre nouveau; 4° les Périsiomiens au lieu d'Orbacées, desquels on a ôté les genres Planorbe et Cyclostome pour y mettre le genre Yalvée; 5 ° les Néritacées; 6° les Janthines formant à elles seules une famille sans nom particulier; 7° les Plicacés, famille nouvelle dans laquelle se trouvent les deux nouveaux genres Tornatelle et Pyramidelle; 8° les Scalariens, également famille nouvelle, faite avec les genres Vermet, Scalaire et Dauphinule, démembrée de la famille des Turbinacées; 9° les Macrostomes, encore nouvelle famille, pour les genres Stomate et Stomatelle, séparés, on ne sait trop pour quels motifs, des Haliotides; 10° enfin les Turbinacées, auxquelles sont joints les Cadrans et les Troques, séparés des Calyptraciens. Les Trachélipodes à siphon saillant, dont la coquille est munie à la base d'un canal ou d'une échancrure, contiennent les familles suivantes: 1° les Canaliferes. où sont rétablies les Clavatules oubliées dans le précédent système, et de plus les deux genres nouveaux Ranelle et Struthiolaire, démembrés des Rochers: Montfort avait indiqué le premier Sous le nom d'Apollon et de Crapaud; 2° les Ailés, 3 ° les Purpurifères, avec les deux nouveaux genres, Cassidaire démembré des Casques, et Ricinule des Pourpres; 4° les Columellaires, dans lesquels Lamarck a fort judicieusement placé les Volvaires, qui faisaient antérieurement partie des Hétéroclites; 5 ° les Enroulées ou les Ancilles ont changé leur nom contre celui d'Ancillaire.

Les Mollusques céphalopodes sont toujours divisés en Testacés multiloculaires ou monothalames, et en Céphalopodes non testacés. Les Céphalopodes multiloculaires renferment les Orthocérées dont la coquille est droite ou presque droite et sans spirale; il s'y trouve les genres Bélemnite, Orthocère, Nodosaire, genre nouveau, et Hippurile; les Lituolées, dont la coquille est en partie spirale; le dernier tour se terminant en ligne droite. Elle ne contient que les trois genres Spirule, Spiroline, Lituole; les Cristacées, famille nouvelle, formée des genres Rénulite, Cristallaire et Orbiculine; ces deux derniers entièrement nouveaux; la quatrième famille est nouvelle sous le nom de Sphérulées; elle renferme les genres Miliolite, Gyrogonite et Mélonite, genre nouveau; la cinquième, les Radiolées, est créée pour la première fois pour les genres Rotalie, Lenticulaire et Placentule; ce dernier n'avait point encore été fait. Les genres qui constituent les Nautilacées, ne contiennent plus que les Coquilles dont les cloisons sont simples; dans ce nombre sont les Discorbes, les Sidérolites, genre nouveau, Vorticiale, également nouveau, Nummulite et Nautile. La dernière famille, les Ammonées, est consacrée aux Coquilles dont les cloisons sont profondément sinueuses, et nous y trouvons, depuis les Coquilles dis-

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coïdes jusqu'à celles qui sont droites, les genres Ammonite, Orbulite, Turrilite, Ammonocératite et Baculite. La seconde division des Céphalopodes, celle qui ne contient que des Coquilles monothalames, renferme un seul genre, le genre Argonaute. La troisième division est destinée aux Céphalopodes non testacés qui, outre les trois genres que nous avons indiqués dans le premier système, renferment de plus le genre Calmaret, nouvellement institué.

La cinquième et dernière section des Mollusques, que Lamarck regarde comme celle qui contient les Animaux les plus parfaits des Invertébrés, et les plus voisins des Poissons, contre l'opinion généralement reçue, a été désignée par le nom d'Hétéropodes: elle ne renferme que les trois genres Carinaire, Firole, Phylliroë. Ces deux derniers ont été confondus par Péron et Lesueur parmi les Ptéropodes, dont ils diffèrent essentiellement.

Dans ce Système de Lamarck, où l'on trouve des changamens notables, surtout dans les Mollusques céphalés, et, parmi ceux-ci, dans les Céphalopodes, où la méthode s'est accrue d'un assez grand nombre de genres, de familles mieux caractérisées, et dans un ordre plus naturel, ce savant zoologiste a su profiter des travaux faits avant lui. Loin de négliger la connaissance des Mollusques, il a cherché au contraire à s'appuyer sur leur organisation, pour créer ses divisions principales, souvent de plus secondaires comme les familles, et le plus souvent ne faisant le genre que d'après la coquille seule, quoique cependant un grand nombre se soient confirmés par l'anatomie. Il faut dire que Lamarck avait eu, pour arriver à ce perfectionnement, des matériaux bien précieux, les excellens Mémoires de Cuvier sur les Mollusques, répandus dans les Annales du Muséum. Depuis le commencement de la publication de ce recueil important, ces Mémoires furent recueillis et réunis à d'autres qui n'avaient point encore été publiés, et ils formèrent un volume intitulé: Mémoires pour servir à l'histoire et à l'analomie des Mollusques, qui a paru en 1817, et dont nous rendrons compte lorsque nous serons arrivés à cette époque. Nous n'avons point de travaux bien importans à mentionner; quelques Mémoires qui ont éclairci plusieurs points d'anatomie méritent d'être cités. En 1813, le Mémoire de Meckel sur les Mollusques pleurobranches, ainsi que celui sur l'ordre des Ptéropodes; en 1814 et années suivantes, plusieurs Mémoires d'anatomie comparée, dans lesquels il est souvent question des Mollusques, par sir Everard Home: ils furent insérés dans les Transactions philosophiques; en 1816, le Mémoire d'Erman sur le sang de quelques Mollusques, publié à Berlin; en 1815, celui de Lesueur et Desmarest, sur le Botrylle étoilé de Pallas; il est inséré dans le Journal de physique, tome LXL; celui de Sliebel intitulé: Dissertatio de anatome Limnei stagnalis, Goett., 1815. Un travail beaucoup plus important, qui parut dans le Journal de physique en 1814, est celui du savant professeur de Blainville. Il fut le premier qui donna une importance réelle et justement appréciée aux organes de la respiration. Dans sa Méthode de classification, il reconnaît que la coquille, pour les Mollusques qui en ont, est un corps essentiellement protecteur de ces organes. Il distingue les Mollusques d'après la symétrie ou la non symétrie des branchies, ce qui entraîne la symétrie ou la non symétrie de la coquille; et d'après cette considération comme d'après celle de la position et de la forme des branchies, ce savant zoologiste a établi plusieurs ordres nouveaux qui plus tard devinrent le sujet de Mémoires particuliers qui fureut insérés dans le Bulletin de la Société philomatique. Ils ont pour objet les Ptérodibranches, Polybranches, Cyclobranches et Inférobranches. Quelques genres nouveaux furent en même temps proposés.

On a dû remarquer que depuis

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l'époque de Bruguière, c'est-à-dire celle où la Conchyliologie a pris en France un nouvel et plus puissant essor, nous n'avions eu aucune occasion de citer des ouvrages systématiques produits par des sa vans étrangers; c'est qu'en effet, en Angleterre aussi bien qu'en Allemagne, on eut une si grande vénération pour les travaux du grand Linné, qu'ils devinrent pour ainsi dire l'objet d'un culte; on aurait regardé comme sacrilége la main qui y aurait touché. Il est bien facile de sentir le résultat de l'application d'un tel principe; la science resta stationnaire, et ce n'est que depuis un petit nombre d'années que l'Allemagne a produit quelques ouvrages dans lesquels leurs auteurs ont cherché à faire adopter les améliorations apportées dans la science. L'ouvrage d'Oken se présente le premier. L'auteur entraîné par une idée première, celle de la combinaison quaternaire, y a moulé son système des Mollusques; ainsi on y trouve quatre ordres dans la classe, dans chaque ordre quatre tribus, dans chaque tribu quatre familles, et dans chaque famille quatre genres. On prévoit d'avance quel a dû être le résultat d'un pareil système, qui, en opérant une diminution considérable dans le nombre des genres, n'a pourtant rien apporté d'utile à la Conchyliologie; on y trouve des changemens dans des noms génériques adoptés depuis long-temps en France, et quelques changemens de rapports qui sont loin d'être naturels; quelques familles même présentent une confusion dont il est difficile de se rendre compte; une entre autres qui contient les Anomies, les Térébratules, les Lernées et les Balanes; une autre, celle des Limacées, qui réunit la Cimbulie, le Clio borealis, les Argonautes et les Sèches. Les nouveaux genres qui se remarquent dans ce système, sont ou mauvais ou peu importans; ce sont en général des démembremens de genres déjà faits et qui n'en avaient nullement besoin.

En 1814 parut à Palerme le Traite de Somiologie de Rafinesque, où il proposa quelques changemens dans l'arrangement des Mollusques, et quelques nouveaux genres; le plus important est l'Ocythoé pour les Poulpes, où la paire supérieure des pieds est élargie en une membrane assez large comme cela se remarque dans le Poulpe de l'Argonaute, qui s'en sert, dit-on, comme de voile pour voguer à la surface des eaux.

L'étude des Mollusques agrégés avait été long-temps négligée, ou pour mieux dire on ne connaissait encore presque rien de positif sur ces Animaux singuliers, lorsque Lesueur et Desmarest publièrent leurs travaux sur cette partie des Mollusques. Ce fut d'abord Lesueur qui démontra que le genre Monophore de Bory de Saint-Vincent que, sans égard à l'antériorité et à la propriété du nom, Péron avait mal a propos nommé Pyrosome, n'était que l'assemblage dun grand nombre de petits Animaux, ce qu'il confirma ensuite avec Desmarest, par l'examen des Botrylles; et Savigny, dont l'ouvrage est de 1816, donna une nouvelle importance à ce sujet par son excellent travail sur les Alcyons, que l'on désignait ordinairement par le nom d'Alcyons à double ouverture, et qui sont des réunions d'une foule de petits Animaux voisins des Mollusques par leur organisation. Non-seulement Savigny jeta un jour nouveau sur ces êtres, mais il étendit encore son travail à tous les Mollusques agrégés qu'il partagea en deux ordres, les Ascidies téthides et les Ascidies thalides; les premières sont partagées eu deux familles selon qu'elles sont fixées ou qu'elles sont libres; cette famille, sous le nom de Téthyes, est divisée en Téthyes simples et en Téthyes composées, qui Renferment un grand nombre de genres nouveaux. La deuxième famille, les Lucies, est également divisée en Lucies simples et en Lucies composées; mais il n'y en a que de cette dernière section, qui contient

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à elle seule le genre Pyrosome; le deuxième ordre ne contient qu'une seule famille, les Thalides, qui ellemême renferme le seul genre Biphore et ses deux sous-genres.

Nous touchons enfin à une époque où deux célèbres zoologistes français, Cuvier et Blainville, proposèrent aussi leurs travaux sur les Mollusques.

Cuvier, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, publia, dès le premier volume des Annales du Muséum, en 1802, ses Mémoires sur les Mollusques: la manière claire et précise dont il les décrit, l'histoire du genre dont il traite qu'il ajoute à son travail, et les anatomies qui sont faites avec une perfection et une clarté dont Poli seul avait donné l'exemple, ces Mémoires dont on a fait un précieux recueil. doivent servir de modèles à tous les zoologistes qui, jaloux de faire faire à la science des progrès assurés, voudront s'occuper des mêmes matières. Ce ne fut qu en 1816 que ces divers Mémoires de Cuvier furent rassemblés; nous allons les indiquer sommairement: 1 ° sur l'Animal de la Lingule, 2 ° sur celui de la Bullœa aperta, 3 °; sur le Clio borealis, 4 ° sur le genre Tritonie, ces quatre Mémoires publiés en 1802; 5 ° sur le genre Aplysie en 1803, et en 1804,6 ° sur la Phyllidie et le Pleurobranche, 7 ° sur la Dolabelle, la Testacelle et la Parmacelle, 8° sur l'Onchidie; en 1805, 9° sur la Scillée, l'Eolide, le Glaucus, avec des additions au Mémoire sur la Tritonie; en 1808, 10° sur la Limace et le Colimaçon, sur le Limnée et le Planorbe; en 1808, 11° sur le genre Thétis, 12° sur la Janthine et la Phasianelle, 13° sur la Vivipare d'eau douce, les Turbos, les Trocbus, etc., 14° sur le Buccinum undatum; en 1810, sur les Acères ou Gastéropodes sans tentacules apparens. A ces divers Mémoires furent ajoutés, lors de la publication du recueil, plusieurs autres Mémoires, celui sui les Haliotides, les Sigarets, la Patelle, la Fissurelle, l'Emarginule la Crépidule, la Navicellc, le Cabochon, l'Oscabrion et la Ptérotrachée; celui sur les Thalidies et les Biphores, et celui sur les Ascidies: Ces précieux matériaux donnés à la science furent bientôt mis en œuvre par leur savant auteur; ils servirent de base pour établir le système des Mollusques qui fait partie du Règne Animal, et dont nous avons présenté le tableau à l'article Conchyliologie; il est nécessaire de l'y consulter. Les Mollusques sout divisés en six ordres, les Céphalopodes, les Ptéropodes, les Gastéropodes, les Acéphales, les Brachiopodes et les Cirrhopodes. Ces ordres, qui sont placés sur la même ligne, devraient présenter entre eux des degrés égaux d'organisation, soit en remontant, soit en descendant. On conviendra cependant qu'il existe une plus grande distance entre les Gastéropodes et les Acéphales, par exemple, qu'entre les Ptéropodes et les Gastéropodes, qu'il en existe également plus entre les Acéphales et les Cirrhopodes, qu'entre les Acéphales et les Brachiopodes. Les Céphalopodes ne sont point encore divisés en Décapodes et en Octopodes; ils présentent seulement une série de sept genres et un grand nombre de sous-genres. Les Ptéropodes, qui suivent, sont partagés en deux sections, la première pour ceux qui ont une tête apparente, et la seconde pour ceux qui sont sans cette partie; on y trouve lie seul genre Hyale, qui, d'après Blainville, est pourvu cependant d'une véritable tête.

Les Gastéropodes sont divisés en sept familles, les Nudibranches, les Inférobranches, les Tectibranches, les Pulmonés, les Pectinibranches, les Scutibranches et les Cyclobranches, divisions qui sont établies essentiellement sur l'organe de la respiration, sur la position, la forme et la nature du fluide qu'il assimile. Dans les Nudibranches nous trouvons deux genres nouveaux démembrés des Doris, et qui en sont voisins.Dans le Traité d'anatomie comparée, les Patelles étaient placées avec les

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Phyllidies dans la même famille; elles en; sont justement rejetées ici, et les Inférobranches ne se composent plus que des Phyllidies et des Diphyllides; ce dernier genre est nouveau. Dans les Tectibranches on trouve un nouveau genre, le Notarche avec les Acères de Müller, qui comprennent les deux genres Bulle et Bullée. Les Pulmonés se divisent en Pulmonés aquatiques et Pulmonés terrestres, d'après la nature du fluide dans lequel les Mollusques vivent; tous respirent l'air. Dans ces derniers on remarque l'Onchidie, l'Auricule, le Mélampe, l'Actéon et les Pyramidelles, qui ont une organisation assez différente des Planorbes, des Limnées et des Physes, du moins pour ceux de ces genres dont l'organisation est connue; les Pectinibranches se distinguent en Trochoïdes, Bucçinoïdes et en Cachés. Les Trochoïdes, avec les genres Sabot, Toupie et Nérite, contiennent aussi le genre Conchylie qui présente d'une manière peu rationnelle et à titre de sous-genres, les Ampullaires, les Mélanies, les Phasianelles et les Janthines. Dans le genre Sabot, et comme sous-genre, nous trouvons les Cyclostomes terrestres, qui, quoique pourvus d'une cavité pulmonaire dans laquelle ils reçoivent l'air, ayant du reste beaucoup de rapports par l'opercule, et les mêmes caractères avec les autres Mollusques pectinibranches de ce genre sont là placés plus naturellement que dans le voisinage des Hélices. La sixième famille des Gastéropodes, les Scutibranches, est nouvelle; ces Scutibranches sont divisés en symétriques et en non symétriques; dans ces derniers se trouvent les genres Hormier, Cabochon et Crépidule, et dans les seconds, et bien à tort, hors de tous les rapports, les genres Septaire, Carinaire et Calyptrée, avec les Fissurelles et les Emarginules. Dans les Cyclobranches, nouvelle et dernière famille des Gastéropodes, on voit les genres Patelle et Oscabrion. De ce Premier genre, Cuvier indique dans une note qu'il faudra eu séparer les genres Pavois et Ombrelle, ce qui avait déjà été fait par Montfort et par Lamarok. Il est certain que les Oscabrions présentent des différences si notables qu'ils ne sont point dans leurs rapports.

Les Acéphales, comme dans l'origine, sont divisés en Testacés et en Nus (1). Les Testacés, d'après la méthode de Lamarck, se partagent en ceux qui n'ont qu'un muscle et ceux qui en ont deux. Les premiers sont contenus dans la seule famille des Ostracées, les seconds le sont dans quatre familles, les Mytilacés, les Bénitiers, qui font partie des Monomyaires de Lamarck, les Cardiacés et les Enfermés. Les Acéphales sans coquille présentent deux sections qui ne sont point basées, comme Savigny l'avait proposé, sur la fixation ou la liberté de ces Animaux, mais bien d'après leur manière d'être; ainsi la première contient les Biphores et les Ascidies, et la seconde les Botrylles, les Pyrosomes et les Polyclinum, adoptés pour la plupart de Lesueur et Desmarest, et de Savigny; les genres de ce dernier surtout restreints à un fort petit nombre.

Les Brachiopodes n'offrent rien de nouveau; ils forment l'avant-dernier ordre ou le passage des Acéphales aux Cirrhopodes qui terminent les Mollusques, et établissent fort bien le passage des Animaux articulés. Ce Système des Mollusques, que Cuvier aurait pu rendre plus parfait s'il avait profité davantage des travaux de Lamarck, est fondé sur ce que l'observation a de plus précis et de plus positif; il diffère essentiellement de ceux proposés par Lamarck, et la raison en est facile à connaître. Lamarck a attaché une importance assez grande aux caractères de la coquille; au

(1) Dans le Tableau systématique des Mollusques, d'après la méthode de Cuvier, que nous avons donné à l'article Conchyliologie, on voit dans les Acéphales trois divisions, ce qui vient de ce que les Enfermés qui devraient etre sous la même accolade que les Testacés à deux muscles, se trouvent par erreur hors du plan.

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contraire, Cuvier ne les a considérés que très-secondairement; l'un a admis des sous-genres; l'autre, plus rationnellement peut-être, d'après notre manière de penser, n'en a point fait, ce qui, nous le croyons, est mieux pour la simplicité d'un système.

Ce fut vers la même époque que Blainville publia ses Mémoires sur les Mollusques dans le Journal de Physique, en les rattachant cependant à son système général du Règne Animal. Il commence d'abord par détacher des Mollusques, comme devant former un sous-type qui fait le passage des Animaux articulés aux Mollusques, les Cirrhopodes, ce qui avait été bit avant lui; mais il propose, et nous pensons comme lui, d'en rapprocher les Oscabrions qui, sous bien des rapports, sont fort éloignés des Patelles ou des Phyllidies. Dans les vrais Mollusques, Blainville admet sous la dénomination de Céphalophores et d'Acéphalophores, la division de Lamarck de Céphalés et d'Acéphales. Les autres divisions, comme nous l'avons déjà dit, sont tirées de la symétrie ou de la non symétrie de l'organe de la respiration et de la coquille. Les Acéphalophores sont partagés en trois sections ou ordres, toujours d'après la forme et la disposition des organes de la respiration: le premier les Palliobranches; le second les Lamellibranches et le troisième les Hétérobranches. Nous avons parlé de ce travail à l'article CONCHYLIOLOGIE et nous y renvoyons.

Par une singularité qu'il est difficile d'expliquer, la plupart des Mollusques Ptéropodes et Hétéropodes, d'après l'opinion du savant dont nous citons les travaux, avaient été étudiés à l'envers, c'est-à-dire que l'on avait constamment pris la face abdominale pour le dos et réciproquement. Cette opinion appuyée sur l'analogie de position des organes dans les Mollusques, paraît bien probable pour beaucoup de ceux dont il est ici question; pour la Carinaire cependant, il paraît qu'il n'en est pas ainsi, comme le dit Blainville. Nous apportons d'abord les observations de notre savant collaborateur et ami Bory de Saint-Vincent, celle de Péron et Lesueur confirmée par une autre qui nous a été communiquée manuscrite par Marmin, amateur fort distingué de Conchyliologie, qui luimême l'avait reçue d'un pharmacien de Nice, qui lui envoya tout à la fois l'Animal, la coquille, les dessins faits sur le vivant et en couleur, ainsi que plusieurs observations faites pendant la vie de l'Animal qu'il vit nager, et se tenir constamment dans la même position, la coquille en bas, ainsi que le cœur, les branchies, etc., qu'elle contient; et la nageoire que Blainville considère comme une modification du pied, est constamment tournée en haut. Il serait bien nécessaire, et les voyageurs seuls le pourraient facilement, de recueillir de nouvelles observations sur cette question assez importante; quoi qu'il en soit, les observations de Blainville, en ramenant la discussion sur ce point, ne sont pas moins intéressantes et même nécessaires.

Dans un Mémoire publié par le même auteur sur l'ordre des Polybranches, il y rapporte le genre Glaucus qu'il décrit complètement, et il ajoute dans cette famille le nouveau genre Laniogère intermédiaire entre les Glaucus et les Cavolines.

Dans deux autres Mémoires, le premier sur les Cyclobranches, qui réunissent les Doris et les Onchidies, on trouve un nouveau genre très- voisin de ce dernier, sous le nom d'Onchidore; dans le second, sur les Inférobranches dont les Oscabrions ne font plus partie; un nouveau genre y est établi sous le nom de Linguelle. Nous pourrions ajouter à ces divers travaux de Blainville, les articles qu'il a publiés dans les volumes du Dictionnaire des Sciences Naturelles, parmi lesquels on en remarque plusieurs où sont décrits pour la première fois des Mollusques nouveaux peu ou mal connus; pour

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ceux-là, nous aurons occasion un peu plus tard d'en parler et de les rapporter. Si à ces divers travaux nous ajoutons ceux de Leach sur les Cirrhipodes où les tests de ces Animaux sont soumis à une rigoureuse analyse et pour lesquels plusieurs genres nouveaux sont établis, nous connaîtrons à peu près tout ce qui a été publié d'important sur les Mollusques, avant que le dernier ouvrage de Lamarck ait paru; ainsi ce grand zoologiste, dans l'établissement de son nouveau Système, put profiter d'une foule de bons travaux, et son esprit, plein de justesse et de sagacité, sut s emparer de ces matériaux, les coordonner pour arriver enfin à un Système qui, en admettant les connaissances anatomiques nouvellement acquises, n'a pourtant pas eu le tort de rejeter tout-à-fait les rapports des coquilles lorsque surtout ceux des Animaux eux-mêmes manquaient. Quoiqu'on trouve encore quelques imperfections dans cette œuvre du profond génie et du vaste savoir de Lamarck, la lucidité de ce Système est telle qu'il y a fort peu de savans en France qui ne l'aient adopté, et il a décidé en Angleterre et en Allemagne la réforme que plusieurs hommes s'efforçaient en vain de faire arriver parmi les sectateurs trop zélés de l'immortel Linné.

D'abord La mark a séparé des Mollusques. sous le nom ae Tuniciers, les Mollusques Acéplialés nus que tous les auteurs avaient admis parmi ceux-ci; non-seulement il en fait une classe à part, mais il les éloigne de tous les Animaux articulés. Cette méthode qui a été blâmée récemment par Blainville, dans son Traité de Malacologie, est pourtant appuyée de la part de Lamarck de faits nombreux et de judicieux rai sonnemens, forcé, dit-il, de conserver une série simple et de coordonner les divers Animaux, d'après le degré d'organisation, quoique réellement la nature ail produit deux séries. Il était évident que les Tuniciers étaient très-rapprochés des Radiaires Fistulides, et avaient une organisation bien moins avancée que les. Vers et les Insectes. Blainville convient qu'il existe de grands rapports entre les Actinozoaires et les Tuniciers, et s'il en existe, comme cela n'est pas douteux entre ceux-ci et les Mollusques, il est bien évident qu'en admettant une série simple, Lamarck se trouvait dans la nécessité de rompre des rapports, soit en rapprochant les Tuniciers, et avec eux tes Actinozoaires. des Mollusques, soit en éloignant les Tuniciers pour les rapprocher des Actinies, ce qui lui a paru plus conforme à la nature. Lamarck est loin de rejeter les rapports qui existent entre les Tuniciers et les Mollusques; mais il faudrait les détacher en rameau latéral. Pour le prouver, nous rapporterons textuellement ce qu'il a dit, Tom. III, pag. 90, Animaux sans vertèbres: « Ainsi se montre la série des Animaux inarticulés, commençant par les Infusoires, se continuant par les Polypes, les Tuniciers, les Acéphales, et se terminant avec les Mollusques dont les derniers ordres sont les Céphalopodes et les Hétéropodes.»

Lamarck a aussi séparé des Mollusques et dans des classes de la même valeur, les Cirrhipèdes et les Conchyfères, les anciens Acéphales. Il en a été question aux deux articles de ce Dictionnaire qui les concernent, et nous y avons ajouté un tableau des familles, d'après Lamarck; ainsi sous la dénomination de Mollusques, ce savant zoologiste n'entend plus que les Mollusques Céphalés dont nous avons présenté le tableau à l'article Conchyliologie. En comparant ce tableau à ce que nous avons dit précédemment du système établi dans l'Extrait du Cours, on se formera une idée suffisante des changemens qui ont été apportés dans la métboae, changemens qui sont presque tous des améliorations. Quoi que l'on puisse dire, et quoique les bases du Système paraissent quelquefois artificielles, il n'en est pas moins cons-

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tant que de toutes les méthodes, c'est celle de Lamarck qui est la plus naturelle, celle qui offre les rapports les mieux établis, celle qui est la plus simple, d'une application plus facile, et dont la mémoire se charge sans se fatiguer; elle présente l'avantage de la méthode linnéenne, quoiqu'elle soit sans comparaison beaucoup plus complète, et qu'elle présente un nombre considérable de genres. Le défaut le plus grave que l'on ait reproché à la méthode de Lamarck, c'est de n'avoir pas employé des caractères de même valeur pour séparer, soit les familles, soit tes genres: on voit en effet quelques inégalités que le temps et de nouvelles observations feront disparaître. D'autres zoologistes, comme nous l'avons dit, reprochent à Lamarck d'avoir donné trop d'importance aux caractères des coquilles, ce qui est vrai pour plusieurs genres; mais il faut ajouter que la plupart de ceux-là sont peu ou point connus sous ce rapport; enfin il faut ajouter que la presque totalité des Mollusques du grand ouvrage de Lamarck a été publiée lorsque déjà le célèbre professeur, à la suite de ses longues et laborieuses recherches, était tombé dans la cécité la plus absolue, ce qui l'a empêché de revoir par lui-même ses travaux, à mesure de leur publication, et d'y apporter les changemens que les découvertes récentes rendaient nécessaires.

Pendant que l'ouvrage de Lamarck se continuait et se terminait, Férussac entreprit un ouvrage général sur les Mollusques terrestres et fluviatiles; mais ce travail d'un prix excessif parait être interrompu. Les premières livraisons sont composées de planches admirablement exécutées par Huct et Bessa, nos plus habiles peintres d'histoire naturelle, et gravées par Coutant; mais nul ordre n'est établi dans ces planches où l'on dirait que de belles figures sont jetées au hasard, puisque, dès le commencement, il s'en trouve de supplémentaires, et qui souvent ne sont point accompagnées de texte explicatif; plusieurs parties de discours, qui dans les dernières livraisons servent déjà de supplément à ce qui a été dit dans les précédentes, s'y contrarient à chaque page; on y trouve un système nouveau pour le genre Hélice lui seul, auquel on réunit presque tous les genres qui en ont été successivement dé-membrés par les zoologistes modernes, en leur donnant de nouveaux noms formés des racines Helico et Cochlo, auxquels sont ajoutées des épithètes caractéristiques, et un système général des Animaux Mollusques, créé pour mettre en rapport es Hélices et autres genres terrestres et fluviatiles avec le reste des Mollusques. Tel est l'aperçu d'une entreprise qui a besoin d'être terminée pour être jugée convenablement.

Ce fut aussi en 1820 que Schweigger publia en Allemagne un Traité sur les Animaux sans vertèbres inarticulés; les Mollusques y sont distribués d'après le Règne Animal de Cuvier, mais dans un ordre inverse, c'est-à-dire croissant en organisation, dans lequel il a introduit les genres de Lamarck; quelques noms nouveaux et particulièrement pour les ordres des Gastéropodes de Cuvier, et pour quelques genres, sont les seules choses notables qu'il y ait dans cet ouvrage, qui du reste pour les Mollusques n'a apporté aucun fait nouveau.

Nous pourrions presque en dire autant de la méthode de Goldfuss; elle est cependant plus parfaite, et présente l'introduction d'un principe qui serait fort bon s'il pouvait s'appliquer rigoureusement à tons les Mollusques; c'est de la forme du pied que sont tirées les principales divisions; aussi ce savant zoologiste a-t-il soin d'adopter toutes les divisions qui ont été faites antérieurement par les auteurs d'après ce caractère: il conserve donc les Céphalopodes, les Ptéropodes, les Brachiopodes, les Gastéropodes et les Cirrhipodes, auxquels il ajoute les Pélécipodes pour les Acéphales testa

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cés, et les Apodes pour les Acéphales nus; enfin les Crépidopodes pour l'ordre qu'il établit uniquement pour les Oscabrions. On doit blâmer Goldfuss d'avoir fait une innovation peu heureuse, celle d'avoir placé hors de tous les rapports les Brachiopodes entre les Ptéropodes et les Gastéropodes; quelques autres innovations plus heureuses parmi les Gastéropodes surtout, et son ordre des Pélécipodes se remarquent dans cette méthode.

Plusieurs Mémoires de différens auteurs ont paru à peu près à la même époque; en Italie, un très-bon travail de Ranzani sur les Mollusques articulés et les Acéphales; en Amérique, aux Etats-Unis, les Mémoires de Say, ceux de Lesueur qui habite maintenant ce pays ou il a découvert plusieurs genres nouveaux parmi les Céphalopodes, quelques autres parmi les Nucléobranches et un grand nombre d'espèces nouvelles; le même auteur nous a donné aussi dans les Mémoires de la Société des Sciences Naturelles de Philadelphie une anatomie détaillée et bien faite de la Firole. Nous pourrions citer aussi le Mémoire de Rafinesque inséré dans le T. IV des Annales des Sciences Naturelles de Bruxelles, dans lequel sont poussées à l'extreme les divisions génériques dans les genres Mulette et Anodonte de Lamarck, et sur de simples modifications dans les formes qui varient beaucoup. En Angleterre nous pouvons mentionner les différens ouvrages de MM. Sowerby qui ont introduit, plus qu'aucun autre, les méthodes nouvelles, en adoptant les genres de Lamarck, dans le Mineral Conchology d'abord, qui renferme un assez grand nombre de genres nouveaux qui seront conservés, et ensuite dans le Genera of Shells, où ils font connaître, par de bonnes figures et des descriptions bien faites, tous les genres qui ont été publiés jus-qu'ici, à moins que ces genres ne soient trop artificiels; ils en ajoutent même quelques-uns qu'ils proposent, tels que Pholado mye, Oniscie, Co- nélix, Piléole, Siphonaire et Astarté (Crassine, Lamk). Le premier de ces genres est un des plus intéressans à tous égards, il fait connaître positivement la place que doivent occuper dans la série générique une quantité de Coquilles pétrifiées des terrains secondaires dont on ne savait que faire; le second est moins important, il est démembré des Cassidaires de Lamarck; il en est de même du troi-sième, établi pour les Mitres qui ont la forme d'un cône. Le quatrième est fort voisin des Navicelles, et intermédiaire entre ce genre et les Néritines; le cinquième est démembré des Patelles; il est établi sur de bons caractères, et il en est de même du genre Astarté que Lamarck a proposé depuis sous le nom de Crassine.

L'Angleterre doit aussi à Gray une Classification méthodique des Mollusques, d'après leur structure interne; ce fut en 1812 qu'elle fut insérée dans le London medic. Reposit.

Cette méthode qui, nous pouvons l'assurer, ne sera jamais adoptée à cause de la longueur et de la difficulté des noms, divise les Mollusques en sept classes: 1° les Anthobrachiophora ( Céphalopodes ); 2° Gastéropodoféra (Gastéropodes); 3 ° Gastéroptérophora; 4 ° Stomatoptérophora (Ptéropodes); 5 ° Saccophora ( Acéphales nus ); 6° Conchopnora ( Acéphales tes tacés ); 7° Spirobrachiophora (Brachiopodes). Ces ordres répondent à ceux de Cuvier; il n'est pas question des Cirrhopodes, mais les Gastéropodes sont divisés en deux ordres, les Gastéropodoféra pour la presque totalité de Gastéropodes, et les Gastéroptérophora pour le genre Ptérotrachea qui rassemble les Carinaires et les Argonautes; un autre changement que l'on doit remarquer, et qui est loin d'être rationnel, est d'avoir placé les Acéphales nus avant ceux qui ont une coquille, et de les avoir mis ainsi en rapport avec le dernier ordre des Mollusques, les Ptéropodes. La plupart des sous-divisions de ces ordres sont établies d'après la considération des organes de

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la respiration, et les groupemens de genres ou les familles, surtout parmi les Gastéropodes, sont formés assez rigoureusement sur l'opercule, ce qui conduit à des rapports fort naturels. Nous ne pouvons rendre compte complétement de cette méthode qui, du reste, n'offre pas d'autres aperçus nouveaux. On y remarque plusieurs genres non connus, tels que Phythia pour l'Auricula Myosotis de Draparnaud, genre que nous croyons inutde; Bithynia pour quelques Paludines; Velutina pour la Bulla velutina; Mitrula pour le Patella chinensis, aujourd'hui dans les Calyptrées, Diodora pour la Patella apertura, Laminaria pour quelques Pleurobranches. Dans le même temps que Gray publiait l'ouvrage dont nous venons de parler, il paraissait dans le Journal des Sciences de la littérature et des arts à Londres, les genres des Coquilles de Lamarck, dans l'excellente intention de faire adopter par les zoologistes anglais, les divisions nouvelles, et deles substituer au système de Linné qui était presque uniquement suivi.

Des travaux qui n'ont qu'un inté-rêt local, dont les bases sont les mêmes que celles de Draparnaud, ont été entrepris en 1821, l'un pour la Suède, l'autre pour l'Allemagne, sur les Coquilles terrestres et fluviatiles de ces deux pays; l'auteur du premier est Nilson, son ouvrage porte le titre d'Histoire des Mollusques terrestres et fluviatiles de la Suède; celui du second est Pfeiffer dont l'ouvrage est intitulé: Arrangement systématique des Coquilles terrestres et fluviatiles de l'Allemagne; de bonnes planches où plusieurs Animaux sont représentés ainsi que toutes les Coquilles de l'Allemagne, quoique le plus grand nombre ait été figuré par Draparnaud, accompagnent le texte; on y trouve même un nouveau genre sous le nom de Pisidium pour quelques Cyclades dont les siphons sont à peine saillans.

De retour d'un voyage long et périlleux, pendant lequel ils avaient rassemblé d'immenses collections zoologiques qu'ils eurent la douleur de perdre au moment de venir en enrichir leur patrie, Quoy et Gaimard rapportèrent cependant quelques débris précieux pour les Mollusques; ils les décrivirent et les firent figurer dans le magnifique Atlas du Voyage de l'Uranie. La plupartfu rent communiqués par eux à Blainville qui en fit de très-bonnes anatomies qui se trouvent dans le même ouvrage. Les genres Hyponice, Cône, Volute, Porcelaine, Ovule, Vis, Ricinule, Ptérocère, Navicelle, sont depuis lors suffisamment connus; les genres Cliodite et Timorienne furent établis sur des Mollusques nouveaux, l'un très-voisin des Clios, l'autre nous a semblé peu éloigné des Biphores. Nous ne parlerons pas ici des espèces nouvelles dont ils enrichirent plusieurs genres, surtout ceux des Hélices et des Biphores. Les mêmes naturalistes ont publié successivement et principalement dans les Annales des Sciences Naturelles plusieurs Mémoires sur divers Mollusques, mais surtout sur ceux des classes inférieures que Lamarck a réunis sous le nom de Tuniciers. Ces Mémoires sont extraits de l'ouvrage précité.

Pendant la même année parurent, à quelques mois de distance, deux ouvrages importans sur les Mollusques: le premier est l'article Mollusque du Dictionnaire des Sciences Naturelles par Blainville; le second est un Tableau systématique des Mollusques par le célèbre entomologiste Latreille, qui le communiqua d'abord à l'Académie des Sciences, et le publia ensuite dans le T. III des Annales des Sciences Naturelles. Ces deux ouvrages importans furent complétés plus tard par leur auteur. Blainville, de son article Mollus-que auquel il apporta des changemens notables, fit son Manuel de Malacologie qui ne parut qu'en 1825, et Latreille fondit son Tableau dans les familles du Règne Animal qu'il publia également en 1825.

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Nous rendrons compte d'abord du système de malacologie proposé par Blainville, dans lequel son savant auteur cherche à faire accorder les caractères des coquilles avec ceux des Mollusques qui les habitent. Il donne le nom de Malacozoaires aux Mollusques, et celui de Malacologie à la science qui en traite; il rassemble dans cette classe des êtres, les mêmes Animaux que Cuvier; il nomme type des Mollusques les vrais Mollusques, c'est-à-dire les Céphalés et les Acéphalés de Cuvier, et sous-type les Cirrhopodes du même auteur qu'il nomme Malentozoaires ou Mollusarticulés. Les Malacozoaires sont divisés en trois classes ou en trois degrés d'organisation: la première, les Céphalophores (Céphalopodes); la seconde, les Paracéphalophores ( les Gastéropodes ), et la troisième, les Acéphalophores (les Acéphales).

La première classe, les Céphalphores, est divisée en trois ordres; le premier, les Cryptodibranches, renferme deux families caractérisées d'après le nombre des tentacules ou des pieds. La première, sous le nom d'Octocère, renferme les Poulpes avec les sous-divisions des Eledones de Leach et des Ocythoés de Rafinesque. La seconde famille ou les Decacères réunit les deux genres Calmar et Sèche dont le premier est divisé en six sous-sections pour les genres Sépiole, Cranchie de Leach; les Onychotenthis de Lichtenstein; les Calmars, Flèches, Plumes et Spiotenthis de Blainville. Le genre Sèche n'a aucune sous-division. Ce premier ordre très-naturel ne renferme aucun corps sur lequel Blainville ait conservé le moindre doute; il a séparé dans le second ordre qui porte e nom de Cellulacées, presque toutes les Coquilles polythalames que Férussac avait placées parmi les Décapodes; ces Cellulacées sont partagées en trois familles, les Sphérulacées pour les genres Miliole, Mélonie, Saracinaire et Textulaire, tous deux nouveaux genres proposés par De france pour de petites Coquilles fossiles. C'est en vain que nous avons cherché le rapport des Milioles et des Mélonies, soit d'après le mode d'enroulement, soit d'après la structure; la forme seule a quelque rapport. Les deux autres genres en ont moins peut-être encore que les deux premiers; car ils ne sont point enroulés, mais à loges alternes. Ces deux genres au reste, Saracinaire et Textulaire, autant du moins que l'on peut en juger d'après les figures, pourraient bien n'en faire qu'un seul, et ce petit genre que Defrance a trouvé à l'état fossile dans les sables d'Italie, se trouve vivant dans les mers de l'Inde, et nous pouvons assurer que la dernière cloison est ouverte. La seconde famille, les Planulacées, contient les deux genres Rénuline de Lamarck et Pénérople de Montfort, auxquels sont rapportés dans le premier le genre Frondiculaire de Defrance, et au second son genre Plumulaire. La troisième famille, les Nummulacées, contient des genres plus naturellement groupés: 1° les Nummulites parmi lesquels sont rapportées les Licophres de Montfort, qui sont des Polypiers; 2° les Hélicites de Guettard, les espèces dont la surface est marquée d'ondulations profondes et dont la structure interne est la même que celle des Nummulites; il y rapporte aussi l'Egéone de Denvs Monttort; 3° les Sidérolites desquels sont rapprochés les Tinopores de Montfort; 4° l'Orbiculine qui rassemble les genres Ilote, Hélénide et Archidie de Montfort, qui nous paraissent des Coquilles cellulées assez éloignées des Nummulites; 5° le Placentule dans lequel se trouvent les genres Eponide et Florilie de Montfort, dont l'ouverture est à la base, comme dans les Rotalites, et non symétrique sur la carène, comme dans les Nummulites; 6° enfin les Vorticiales qui comprennent les genres Cellulie, Théméone, Sporulic et Andromède de Montfort. L'ordre troisième des Céphalopodes porte le

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nom de Polythalamacées; il est divisé en sept familles; les Orthocères qui comprennent les Bélemnites, les Conulaires, nouveau genre proposé par Miller, les Conilites pour les genres Achéloïte, Animome et Thalamule de Montfort; les Orthocères qui, avec les Coquilles qui appartiennent véritablement à ce genre, réunissent encore les Nodosaires, les Réophages et les Molosses qui ont une organisation différente; les Baculites se trouvent ici former le dernier genre de cette famille, quoiqu'elle appartienne bien plutôt, ce nous semble, à celle des Ammonées. La seconde famille, celle des Litnacés, est partagée en deux sections; la première pour les genres dont les cloisons sont simples, et la seconde pour ceux dont les cloisons sont sinueuses; ainsi dans la première se trouvent les genres Ichthyosarcolithe, genre encore mal connu et d'une organisation particulière, Lituole, Spirule, auquel sont rapportés les genres Hortole de Mont fort, Spiroline et Lituite. Dans la seconde section se trouvent, sur un caractère mal apprécié selon nous, comme pour les Baculites, les genres Hamite et Ammonocératite, ce dernier est ledouble emploidu précédent. Il nous semble qu'il serait naturel de séparer les Cloisonnés en deux parties qui ne devraient jamais se confondre: ceux dont les cloisons sont simples, qui forment une série dans laquelle toutes les formes, depuis la discoïde jusqu'à la droite, se rencontrent, et l'autre pour ceux dont les cloisons sont sinueuses et qui offrent une série non moins complète. La troisième famille est celle des Cristacés; elle renferme des corps dont les cloisons sont simples et qui n'ont plus que des rapports fort éloignés avec les Coquilles qui terminent la famille précédente. Le genre Crépiduline est nouveau, il contient d'une manière fort naturelle les genres Astacole, Cancride et Périple de Montfort; le genre Oréade adopté de Montfort, ainsi que le genre Linthurie, qui représente sans doute ici les Cristellires de Lamarck, et dont se trouvent séparés pour être reportés dans une autre famille, les genres Sphicutérule, Hérione, Rhinocure et Lampadie, qui ont pourtant avec lui les rapports les plus intimes. La quatrième famille de cet ordre, les Ammonacées, n'est plus, caractérisée à la manière de Lamarck, d'après le mode d'articulation du test; aussi, comme dans les familles précédentes, elle renferme des genres à cloisons sinueuses et à cloisons unies, tel que le premier genre, par exemple, les Discorbites de Lamarck proposées par Lamarck pour une Coquille microscopique de Grignon, qui, outre qu'elle manque de siphon, caractère très-essentiel que Blainville semble avoir oublié, est fermée par une dernière cloison, et ne pouvait conséquemment contenir l'Animal ni en partie ni en totalité. Après ce genre, vient celui des Scaphites qui n'a avec lui aucun rapport, mais qui avoisine les Ammonites qui suivent. Après ce genre, vient celui des Simplégades adopté de Montfort, genre qui n'a pas les cloisons simples, puisqu'elles sont sinueuses et même subarticulées. A ce genre, est joint et véritablement hors de tous les rapports, le genre Ammonie du même auteur, établi, comme tout le monde sait, pour le Nautile ombiliqué; le genre Planulite s'y trouve égalemeut réuni, et à l'égard des cloisons de cette Coquille que Monfort dit être simples, uous avons quelques motifs d'en douter; d'autant que ce serait, ce nous semble, le seul exemple d'un Nautile à siphon marginal, et nous avouons n'en avoir point encore vu. Il en est de même du genre Ellipeolite qui est si voisin des Ammonites. Comment Blainville s'en est-il uniquement rapporté à Montfort, lorsque les belles planches de l'ouvrage de Brongniart sur les environs de Paris font voir les cloisons des Ellipsolites plus profondément découpées que la plupart des Ammonites. Le genre Amalté de Montfort est encore ajouté avec les précédens parmi les Simplégades et

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peut-être avec plus de raison, si la description et la figure de Monfort sont suffisamment exactes pour qu'on doive y avoir une entière confiance.

Toujours conduit par les caractères tirés de la forme du test, Blainville rassemble, dans la cinquième famille, les Nautilacées, des genres assez hétérogènes; ainsi on y trouve le genre Orbulite de Lamarck, dans lequel sont rapportés les Aganides et les Pélaguses de Montfort. Ce genre Orbulite n'est qu'un démembrement très-artificiel des Ammonites dont il termine ou commence la série. C'est à tort qu'est rapporté à ce genre le Nautile zig-zag qui doit rester parmi les véritables Nautiles. Le genre Na utile vient après celui de l'Orbulite; dans ce groupe, Blainville réunit justement les Angulites et les Océanies de Montfort, ainsi que son Bisiphite qui ne porte point deux véritables siphons; mais qui offre sur le retour de la spire une dépression médiane qui, dans la séparation des cloisons, se casse toujours dans les espèces pétrifiées, et offre ainsi l'apparence de deux siphons, quoiqu'il n'en existe réellement qu'un seul, comme nous nous en sommes assuré plusieurs fois.

A côté des Nautiles et dans la même famille, se trouve le genre Polystomelle adopté de Lamarck, qui rassemble les genres Géopone, Pélore, Elphide, Phonème, Chrysole et Mélonie de Monfort, genres dont aucun n'est siphoné, mais seulement perforé. Cette famille se termine par le genre Lenticuline qui ne peut être adopté, puisque c'est absolument le même mie le Nummulite, et dans lequel Blainville accumule un grand nombre de genres de Montfort dont les uns sont perforés, les autres ne le sont pas. Il nous suffira de les citer pour montrer qu'ils sont loin d'être dans leurs rapports naturels: Patrocle, Nonione, Macrodite, Robule, Lampadie, Pharame, Anténore, Clisiphonte, Rhinocure, Hérione, Sphicutérule.

La sixième famille, les Turbina cées, contient deux genres seule ment, les Cibicides et les Rotalites; ee dernier genre réunit, outre le Rotalite trochidiforme de Lamarck, les genres Storille, Cidarolle et Cortale. La dernière famille enfin est pour le genre Turrilite qui est un des derniers degrés des Coquilles Siphonophorés, à cloisons sinueuses, qui se trouve ainsi isolé de ses véritables rapports naturels.

Il est bien évident, d'après ce que nous Tenons d'exposer, que Blainville a pris des caractères sur des choses trop variables pour arriver à des coupes naturelles; il a trop donné d'importance à la forme extérieure, d'où il résulte un assez grand nombre de rapprochemens forcés; et n'ayant aucunement pris garde à' la présence, à l'absence et à la position du siphon, Caractère que nous pensons devoir être de première importance, on voit dans une même famille, des Coquilles qui different aussi essentiellement que d'avoir ou de ne pas avoir de siphon; de l'avoir marginal, central ou abdominal.

La dernière classe des Malacozoires est nommée Paracéphalophores; elle représente les Mollusques Gastéropodes de Cuvier, et elle comprend trois sous-familles: 1° les Para céphalophores dioïques; les Paracéphalophores monoïques et les Paracéphalophores hermaphrodites. Cette division est certainement des meilleures; car elle indique d'une manière claire et précise des termes particuliers dans l'organisation. La premièie sous-classe contient deux ordres, les Siphonobranches qui équivalent aux Pectinibranches buccinoïdes de Cuvier, et renferment toutes les Coquilles canaliculées ou échancrées à leur base, et les Asiphonobranches qui contiennent toutes les Coquilles à ouverture entière. Ce premier ordre des Siphonobranches se compose de trois familles: la première, les Si phonostomes, comprend dans l'ordre suivant les genres Pleurotome avec les Clavatules, Rostellaire, qui a certainement plus de rap

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ports avec les Strombes; l'Animal étant inconnu, ou pouvait suivre ligonreusement l'indication des coquilles: Fuseau, Pyrule, Fasciolàire, Turbinelle, qui ont tous entre eux les rapports les plus évidens. Us genres qui ont uu bourrelet persistant an bord droit sont dans cette famille; on y voit les Colombelles qui nous semblent bien plutôt appartenir aux Coquilles échancrées; Triton, dans lequel sont confondus, il nous semble a tort, les Struthiolaires qui avoisinent les Rostellaires par la manière dont le canal de la base se termine, Ranelle et Rocher.

La seconde famille de l'ordre est consacrée aux Entomostomes qui rassemblent les genres suivans: Cérite, dont notre genre Tristome, le genre Nérinée de Defrance, ainsi que les Pyrènes de Lamarck, font partie à titre de sous-sections dans le genre: de ces différentes coupures, le genre Potamide seul nous semble rapproché naturellement. Notre genre Tristome, qui offre la particularité remarquable d'avoir une ouverture dorsale sur le dernier tour, et qui a certainement des rapports de forme avec les Cérites, pouvait cependant bien eu être séparé d'après ce caractère. Le genre Nérinée est plus rapproché des Pyramidelles que des Cérites; le genre Pyrène enfin a une analogie beaucoup plus marquée avec les Mélanopsides qu'avec tout autre genre. Les Mélanopsides, il est vrai, viennent après, aussi bien que les Planaxes qui ne sont peut-être que des Mélanopsides marins; le genre Alène est nouveau, il fut proposé sur la connaissance de l'Animal d'une espèce du genre Vis de Lamarck, et comme cet Animal a présenté des différences notables avec celui auquel Adanson avait aussi donné le même nom, on a dû créer pour lui un nouveau genre; ainsi toutes les Coquilles allongées, turriculées du genre Vis de Lamarck, passent dans le nouveau genre, tandis que les espèces Bucciuoides, qui ne sont peut-être que des Buccins, restent dans le genre Vis. Après les Vis viennent les genres Eburne, Buccin, Harpe, Tonne, Cas sidaire, Casque, Ricinule, Cancellaire, Pourpre, Concholepas.

La troisième famille est consacrée aux Angistomes; sous celte dénomination sont réuniés toutes les Coquilles à ouverture étroite; on y trouve d'abord les Strombes, auxquels sont joints les Plérocères, et par l'analogie qu'il y a entre les jeunes coquilles des Strombes avec les Cônes ou arrive à ce genre. Cette comparaison n'est certainement point exacte; les coquilles doivent se comparer, pour en établir le rapport, sur des individus de même âge, puisque tous les zoologistes savent combien, dans certains genres, elles offrent de différences. Les Cônes viennent donc après les Strombes, les Tarières, les Olives, les Ancillaires, les Mitres, les Volutes, les Marginelles, les Péribolles, que Blainville a reconnu depuis avoir été fait pour de très- jeunes Porcelaines; les Porcelaines et les Ovules suivent dans l'ordre que nous venons d'indiquer.

Le second ordre, les Asiphonob ranch es, renferme tousles Pectinibranches trochioïdes de Cuvier. Ils sont divisés en cinq familles: la première, les Goniostomes, renferme les genres Cadran, auquel sont réunis les genres Eumphale de Sowerby, et Maclurite de Lesueur, qui sont absolument semblables, et Toupie, où se trouvent rapportés des genres Entonnoir, Fripière, Eperon de Montfort; Roulette de Lamarck; Tertaire, Télescope et Cantharide de Montfort. Parmi ces genres, nous pensons que les Roulettes doivent être conservées en genre; que les Télescopes ayant un très-grand sinus sur la lèvre droite, sinus qui caractérise plusieurs espèces de Cérites, et que les Trochus n'offrent jamais, doivent bien plutôt faire partie de ce genre; quant aux Cantharides, elles ont des rapports avec le Vignau, comme Ta indiqué Férus sac, et ce doit être vers ce genre que ce démembrement doit se trou

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ver. La seconde famille qui rassemble les Coquilles à ouverture ronde, porte à cause de cela le nom de Cricostomes. Le premier genre est celui des Sabots, qui réuni ties Monodonles, les Littorines de Férussac, et un assez grand nombre d'autres sous-divisions. Viennent ensuite les genres Pleurotomaire, dont les coquilles sont aussi bien trochiformes que turbiniformes; Dauphinule, Turritelle, Prolo, Scalaire, Vermet, Siliquaire, Magile, ces deux derniers pour la première fois rapprochés des Vermets, avec lesquels ils ont sans contredit de l'analogie, mais qui n'est point confirmée par la connaissance des Animaux; Valvée, Cyclostoine, Paludine, et on arrive ainsi à la troisième famille des Ellipsostomes qui se compose des genres Mélanie, Rissoaire, Phasianelle, Ampullaire, Hélicine et Pleurocère. Les Hémicyclostomes, qui forment la quatrième famille, se composent des genres Natice, Nérite (les genres Néritine de Lamk., et Péléole, compris dans ce dernier) et Navicelle. Cette famille, comme on le voit, est absolument semblable à celle des Néritacées de Lamarck. Ainsi se sont confirmés les rapports que Lamarck avait indiqués depuis long-temps entre les Néritines et les Navicelles, rapports que nous avions adoptés contre l'opinion de Cuvier et Férussac, et que ce dernier a vivement défendue contre nous. Le genre Janthine, qui forme à lui seul la famille des Oxistomes, qui est la cinquième et dernière de l'ordre, présente effectivement, soit dans sa coquille, soit dans son Animal, des trails particuliers qu'il est fort difficile de mettre en rapport avec les autres Mollusques.

Ici commence la deuxième sous-classe, qui est destinée aux Paracéphalophores monoïques; tous les individus portent les deux sexes, mais ils ont besoin d'un accouplement réciproque.

Deux grandes sections partagent cette sous-classe; la première pour les Mollusques dont les organes de la respiration et la coquille, quand elle existe, ne sont point symétriques; la seconde pour ceux dont les organes de la respiration sont symétriques, et par suite le corps protecteur lorsqu'il existe. Trois ordres partagent cette première section: 1° les Pulmobranches (Pulmonés terrestres et fluviatiles de Cuvier), 2° les Chismobranches, 3° les Monopleurobranches.

Les Pulmobranches contiennent trois familles: la première, les Limnacées, correspond exactement aux Limnéens de Lamarck, et elle renferme les mêmes genres Limnée, Physe et Planorbe. La seconde famille, les Auriculacées, est bien séparée des autres Pulmonées, comme Férussac en a donné l'exemple; nous ne trouvons ici que les genres Piétin, auquel sont rapportés les Tornatelle et Conovule; Auricule renfermant les genres Scarabe et Carychie; enfin les Pyramidelles, qui sont rapprochées des Auricules, aussi à l'exemple de Férussac, et seulement d'apres quelques analogies tirées des coquilles, car l'Animal n'est point connu. La troisième famille est celle des Limacinées; elle est divisée en deux sections: la première renferme les Mollusques dont le bord antérieur du manteau est renflé en bourrelet et non en bouclier: ils ont une coquille; les genres Ambrette, Bulime, Agathine, Clausilie, Maillot, qui comprend les Grenailles de Cuvier les Giboes de Montfort, les Vertigos de Cuvier, et Partule de Férussac. Ce dernier genre nous semble plus voisin des Bulimes, Tomogère ( Anastome, Lamk.) et Hélice. La seconde section est pour les Mollusques dont le bord antérieur du manteau est élargi en une espèce de bouclier, la coquille nulle ou presque membraneuse; les genres qui composent cette section sont les suivans: Vitrine, auquel est réuni l'Hélicarion de Férussac, Testacelle, Parmacelle, Limacelle, genre nouveau mais douteux de Blainville, comme il se plaît à l'avouer lui-même; Limace renfermant le genre Arion que Férussac a

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établi sur un caractère de trop peu de valeur, et les deux genres Philomique et Eumèle de Rafinesque; Onchidie auquel est rapporté le genre Véronicelle de Blainville, et par conséquent le genre Vaginule de Férussac; Blainville ne pouvant admettre ce que dit Buchanam, que son Onchidie du Typha a les sexes séparés, avouant an reste qu'il a pu se tromper sur l'existence de la coquille.

L'ordre second, les Chismob ranches, ne contient qu'un fort petit nombre de genres; Coriocelle, genre nouveau élabli par Blainville, et tort voisin du Sigaret qui suit; celui du Cryptostome vient ensuite: il a été également proposé pour un Mollusque voisin des Signets par Blainville; le genre Oxynoé de Rafinesque, genre douteux comme le plus grand nombre de ceux qu'il a proposés; Slomatelle qui n'y est rapporté que par analogie, ear l'Animal en est inconnu; enfin le genre Vélutine, proposé par Blainville et par Gray, sous le même nom, termine cet ordre.

L'ordre suivant, qui est le troisième, les Monopleurobranches, commence par la famille des Subaplysiens, qui se compose des genres Berthelle, genre nouveau proposé par Blainville pour le Bulla Plumula de Do-novan; Pleurobranche, Pleurobranchidie, également nouveau, établi par Blainville pour un Mollusque voisin des Pleurobranches, mais qui n'a point de coquille.

La seconde famille de cet ordre, sous le nom d'Aplysiens, est consacrée aux genres Aplysie, Dolabelle, Bursatelle, nouveau genre des mers de l'Inde, qui n'a aucune trace de coquille, Notarche qui n'en a point non plus, et Elysie, genre observé d'abord par Risso, et rapporté par lui au genre Notarche, mais que Blainville en sépare provisoirement sur le doute qu'n conserve à l'égard de la terminaison de l'anus et de l'organe mâle.

La troisième famille est celle des Patelloïdes; elle contient les genres Ombrelle, Syphonaire dernièrement proposé par Sowerbv, et auquel Blainville rapporte le Mouret d'Adanson; Tylodine, genre douteux de Rafinesque.

Les genres Belléronhe, très-judicieusement rejeté par Defrance des Coquilles multiloculaires, Bulle, Bullée, Lobaire, Sormet adopté d'Adanson, Gastéroptère et Atlas, composent la quatrième famille, celle des Acères, qui termine la première section de la deuxième sous-classe. La deuxième section qui contient des Animaux symétriques, est partagée en cinq ordres; le premier, les Aporobranches, correspond assez bien aux Ptéropodes de Cuvier; il contient les genres Hyale, Cléodore, Cymbulie et Pyrgo, nouveau genre proposé par Defrance, qui le met parmi les Polythalames, et que Blainville rapporte ici à une place moins convenable. Les genres que nous venons de citer forment la première famille de l'ordre des Thécosomes; la seconde famille, les Gymnosomes, est composée des genres Clio, qui contient le genre Cliodite de Quoy et Gaimard, et Pneumoderme. La troisième famille, les Psilosomes, est composée d'un seul genre, du genre Phylliroë, que Lamarck place dans les Hétéropodes avec les Carinaires et les Firoles. Les Polybranches composent le second ordre; ils sont divisés en deux familles, d'après le nombre des tentacules; la première, les Tétracères, renferme les genres Glaucus, Laniogère, genre nouveau proposé par Blainville pour un Mollusque de la collection britannique, Tergipe, Cavoline, Eolide. La seconde famille, les Dicères, contient les genres Scyllée, Tri tonie et Théthys. L'ordre troisième, celui des Cyclobranches, est formé des genres Doris, Onchidore, genre nouveau observé à Londres par Blainville, Péronie, auquel ce savant réunit les Onchydies marines de Cuvier. Le quatrième ordre, quoique renfermant les deux genres Phyllidie et Linguelle, est très-différent de la famille des

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Phyllidiens de Lamarck. Le genre Linguelle est fort curieux; il est voi sin des Phyllidies, et Blainville, qui l'a établi pour la première fois, présume que ce pourrait bien être le même que le genre Diphyllide de Cuvier.

L'ordre cinquième, les N ucléobranches, quoique présentant des Animaux symétriques, semble assez éloi-gné, quant à l'organisation, des Mollusques précédens, car ceux-ci sont essentiellement nageurs; les autres, au contraire, pour le plus grand nombre, rampent sur un pied plus ou moins grand. La première famille de cet ordre porte le nom de Nectopodes, et représente les Hétéropodes de Lamarck, moins le genre Phylliroé que nous avons vu ailleurs; il reste dans celle-ci les genres Firole et Carinaire; les genres Firoloïde et Sagittelle de Lesueur sont rapportés à ce premier.

Le nom de Pteropodes, donné ici à la seconde famille, ne s'applique plus du tout aux mêmes Animaux que Cuvier et Lamarck avaient désignés sous ce nom, puisqu'elle renferme les genres Atlante, découvert par Lesueur, Spiratelle, genre Limacine de Lamarck, ôté des connexions, indiqué par ce zoologiste avec les Clios, les Cléodores, etc., pour être reporté ici avec le genre que nous venons de citer, et les Argonautes que, d'après l'analogie de la coquille, Blainville rejette des Céphalopodes.

La troisième sous-classe des Mollusques paracéphalophores, contieut ceux qui sont hermaphrodites, et pour lier cette sous-classe à la précédente, elle commence par ceux des Animaux s'y rapportant qui sont symétriques et dont la forme du corps allongé a quelques rapports avec ceux qui terminent le dernier ordre. Cette sous- classe se divise aussi, comme la précédente, en Mollusques symétriques et en Mollusques non symétriques. L'ordre premier de la première section, les Cirrhobranches, contient celui de tous les Mollusques qui est le plus symétrique, et dont nous avons fait connaître en détail l'anatomie singulière; nous voulons parler du genre Dentale, dont l'intestin médian et droit se termine à la partie postérieure et médiane du corps de l'Animal; nous renvoyons au mot DENTALE, au Supplément, pour plus de détail. L'organisation de ce genre est si particulière on peut le dire en passant, que c'est bien justement que Blainville en a fait un ordre particulier, et son examen ultérieur nous a cou firme dans la place qu'il lui a assignée.

Le second ordre renferme les Cervicobranches, et la première famille, sous le nom de Rétifères, contient le genre Patelle lui seul; Blainville, dont nous n'admettons pas l'opinion, croit que la série de lames qui sont dans les Patelles, entre le pied et le manteau, ne sont point des organes branchiaux, qu'il trouve, à ce qu'il prétend, dans les parois de la cavité cervicale en forme de petites lignes très-fines qui s'entrecroisent, et qui paraissent n'être autre chose que des libres musculaires. La seconde famille, sous le nom de Branchifères, rassemble naturellement les genres Fissurelle, Emarginule et Parmophore.

La deuxième section de cette sous- classe n'a qu'un seul ordre, les Scutibranches, qui est partagé en plusieurs familles, 1° celle des Otidés, composée des genres Haliotide et Ancyle, rapprochés peut-être pas très- naturellement, comme Blainville le dit lui-même, mais il l'a fait d'après la considération des branchies qui sont placées du même côté, c'est-à-dire à gauche; 2° les Calyptraciens, famille adoptée de Lamarck, et formée des genres Crépidule, Calyptrée, dont nous avons donné une anatomie, Cabochon, Hipponice et Notrême, ce dernier, fort douteux, proposé par Rafinesque; mais les précédens, surtout les Cabochons et les Hipponices, forment le passage le plus naturel, entre les Univalves et les Bivalves, rapports qui avaient été déjà sentis par Roissy dans le Buffon de Sonnini.

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Les Acéphalophores, ou la troisième classe des Mollusques, renferment les mêmes Animaux que celle de Cuvier, à l'exception des Cirrhopodes, c'est-à-dire qu'ils réunissent les Conchifères et les Tuniciers de Lamarck. Cette classe est divisée en quatre ordres de même valeur: le premier, sous la dénomination de Palliobranches ( Brachiopodes des auteurs), rassemble en deux sections, pour les Coquilles symétriques et les non symétriques, les genres Lingule, Térébratule, Thécidée, Stroplionème, Pachyte, nouveau genre de Defrance, démembré des Plagiostomes pour ceux qui sont symétriques; Dianchore, nouveau genre de Sowerby, bien voisin du précédent, et Podopside pour la première section, Olbicule et Crame pour la seconde.

L'ordre suivant correspond à la famille des Rudistes de Lamarck, et il en porte le nom: les Sphérulites, les Hippurites, qui en sont rapprochées, ainsi que les Radiol îles qui ne sont qu'un seul et même genre, comme nous l'avons démontré dans une note où nous établissons le même rapprochement que Blainville, avant que son Traité eût paru; Birostrite qui nous semble être le même genre que la Sphérulite, et Calcéole qui est une Coquille libre et beaucoup plus régulière que les précédentes dont la plupart vivaient fixées.

Le troisième ordre le plus considérable, qui contient la presque totalité des Acéphales Conchilifères, est distribué en familles, d'après la forme du manteau, surtout en y combinant aussi la présence ou l'absence du pied, etc. La première famille, les Ostracées, correspond assez bien à celle qui a reçu de Lamarck le même nom; elle renferme les Anomies, les Placunes, le genre Harpace adopte de Parkinson, mais doublement à tort, car il a été établi pour une espèce de Plicatule que Lamarck plaçait dans les Placunes, et doit en conséquence appartenir à la famille suivante; celle-ci se termine par les deux genres Huître et Griphéce. La seconde famille, les Subostracées, se rapporte fort bien à celle que Lamarck a nommée Pectinides; les caractères tirés de la disposition des branchies qui ne cachent pas entièrement l'abdomen, et ceux tirés d'un pied rudimentaire et byssifère, réunissent très-bien et invariablement les genres Spondyle, Plicatule, Hinnite, genre nouveau proposé par Defrance pour des Coquilles adhérentes et intermédiaires entre les Spondyles, les Plicatules et les Peignes, Peigne, Houlette et Lime. La famille des Margaritacées, qui est la troisième, est la même que les Malléacés de Lamarck; elle admet ici quelques genres de plus proposés nouvellement, et en outre le genre Vulselle justement rapproché; outre les genres Vulselle, Marteau, Porne, Crénatule et Avicule, comprenant le genre Pinladine, on trouve les genres Inocérame, Catille, Pulvinite de Defrance et Gervilie du même auteur. La quatrième famille, les Mytilacées, est aussi semblable à la même de Lamarck; elle coutient les Moules auxquelles sont réunies les Modioles et les Pinnes. Dans ces quatre familles, Blainville a suivi presque rigoureusement l'arrangement de Lamarck; mais pour la cinquième il s'en écarte notablement, puisqu'elle est formée par les Arcacées qui contiennent le même nombre de genres, à l'exception du genre Cucullée qui est placé comme section parmi les Arches. La sixième famille, les Submytilacées, comprend sous le seul caractère de manteau fendu et d'une ouverture pour l'anus, des genres qui, par leur aspect, semblent s'éloigner beaucoup; Lamarck avait cru devoir les séparer, malgré l'exemple de Poli, et Blainville revient à l'idée du zoologiste italien; mais il a soin de diviser cette famille en deux parties: la première qui comprend les Naïades, et la seconde une partie de scs Cardiacées. Les Naïades sont réduites à deux genres, les Anodontes et les Mulettes; parmi les premiers figurent le genre Iridine dont nous avons vu l'Animal que

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nous a communiqué le savant voyageur Cailliaud, et qui par l'organisation de son manteau est fort différent des Anodontes, puisqu'il a deux siphons. Dans le genre Mulette, les llyries et les Castalies de Lamarck y sont rapportées. La seconde section de la famille est formée du genre Cardile lui seul; il est vrai qu'à ce genre sont rattachées les Vénéricardes et les Cypricardes de Lamarck.

Quoique les Acéphales, dont les lobes du manteau ne sont point réunis, se terminent ici, cette particularité si remarquable, qui semblerait suffisante pour établir pour eux une divisiou, n'est nullement indiquée, et elle ne l'est pas non plus pour ceux qui suivent, qui commencent à avoir réunis en plusieurs endroits les bords de ce manteau. La famille des Camacées, qui est la septième de l'ordre, se compose de Coquilles régulières et irrégulières; les irrégulières comprennent les genres Came, Dicérate et Ethérie; les régulières contiennent les genres Tridacne et Hypope; mais nous pensons que c'est tort que ce dernier genre se trouve dans cette famille; car outre qu'il est réellement monomyaire, la charnière présente aussi des différences considérables, et la régularité des valves doit l'éloigner aussi des Camacées: il en est de même, ce nous semble, des genres Isocarde et Trigonie. La huitième famille, celle des Conchacées, correspond à plusieurs de celles de Lamarck; elle est sonsdivisée en trois sections: la première renferme les Coquilles régulières à dents latérales écartées, et la forme du pied n'est pas prise en considération pour la séparation des groupes, comme l'avait fait Lamarck. Le genre Bucarde, qui commence, se trouve à côté des Donaces avec les Capses; comprises, des Tellines qui renferment le genre Tellinide de Lamarck, Lucine auquel est justemement réuni le Loripes de Poli, mais à tort, selon nous, l'Amphidesme, et plus à tort le genre Corbeille; Ciclade qui présente comme soussection les genres Cornée de Megerle, Cyrène de Lamarck, et Galathée du même. Dans cette même section, se trouvent encore les genres Mactre, Cyprine et Erycine; ainsi le caractère du ligament interne ou externe, qui avait servi à Lamarck pour établir des rapprochemens assez naturels, n'est pas employé ici; et la seconde section, qui est destinée aux Coquilles régulières sans dents latérales écartées, commence par le genre Crassatelle qui est suivi du grand genre Vénus dans lequel on trouve seize groupes dont les genres Cythérée, Lamk.; Arthémis, Poli, Vénus, Lamk.; Astarté, Sow.; Micoma et Nicania, Leach, font partie. La troisième section renferme les Coquilles irrégulières, et on y trouve rassemblés, d'une manière certainement peu naturelle, les genres Vénérupe comprenant les Saxicaves, Coralliophage, genre nouveau formé aux dépens des Cypricardes de Lamarck, pour celles qui sont perforantes; Clotho établi par Faujas, tous trois naturellement groupés, mais dont on a rapproché a tort les Corbules, les Sphènes et les Ongulines.

Dans la neuvième famille, les Pyloridées, Blainville s'est servi du ligament interne ou externe pour y établir deux groupes; dans le premier où sont rassemblées les Coquilles à ligament intérieur, on trouve les genres Pandore, Anatine, Thracie; deux genres sur lesquels nous avons des observations curieuses relatives à la charnière, Mye et Lutricole, nouvelle dénomination' pour rassembler les genres Ligule de Leach,. et Lutraire de Lamarck. Dans la seconde seotion, pour les Coquilles dont le ligament est extérieur, on trouve le genre Psammocole, dénomination nouvelle au moyen de laquelle les genres Psammobie et Psammotée sont réunis; le genre nouveau Soletelline démembré des Solens pour les espèces ovales voisines des Tellines et des Psammobies; Sanguinolaire, Solecurte, éga

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lement genre nouveau démembré des Solens pour les espèces ovales dont le Solen strigillatus fait partie; enfin la genres Solen, Solémye, Panopée, Glycimère, Saxicave, Byssomie de Guvier; Rhomboïde, genre nouveau établi sur I'Hypogœa barbata de Poli; Hyatelle, Gastrochène (Fistubne, Lamk.), Clavagelle et Arrosoir. Ces deux derniers genres qui ont, quant à la coquille, une organisation si particulière, s'éloignent par leurs rapports des genres précédens, et peutêtre que le genre Fistulane devrait être compris avec les deux autres. La dernière famille des Acéphalophores testacés, sous le nom d'Adesmacés, réunit d'une manière fort naturelle des genres dont Lamarck, avec les trois derniers de la précédente famille, avait fait deux familles assez hétérogènes. Ces genres sont: Pholade, Térédine, Taret, Fistulane pour quelques espèces du même genre de Lamarck, et Cloisonnaire. Nous ferons observer que le genre Fistulane, tel que Blainville le concoit, ne devra pas être conservé; on en verra les motifs à notre article Fistulane de cc Dictionnaire auquel nous renvoyons.

C'est ainsi que se termine ce grand ordre des Lamellibranches, daus l'arrangement duquel il y a des améliorations nombreuses, des rapprochemens fondés sur une grande connaissance des Mollusques.

Le quatrième ordre contient les Mollusques Acéphales nus, sous le nom d 'Hétérobranches; ils sont divisés en deux familles, les Ascidiens et les Salpiens; l'une et l'autre de ces familles est partagée ensuite eu deux tribus. Dans la famille des Ascidiens, la première tribu est pour ceux qni sont simples; on y trouve les genres Ascidie, Bipapillaire, Fodie, genre établi par Bosc. Dans la seconde tribu qui ne contient que des Ascidiens agrégés, on rencontre les genres Pyure, Distome, Botrylle, auquel sont rapportés les genres Diazoma, Polycline de Savigny, et Polycycle de Lamarck; Synoïque, qui réunit les genres Aplidium, Eucœlium et Didermum de Savigny. Les Salpiens ne comprennent que deux genres, et chaque genre forme une tribu: la première pour les Salpiens simples qui renferment le genre Biphore divisé en huit groupes parmi lesquels se voient les genres Monophore et Timorienne de Quoy et Gaimard. Les Salpiens agrégés contiennent le genre Pyrosome lui seul.

Le sous-type des Mollusques, que Blainville nomme Malentozoaires ou Mollusarticulés, se compose de deux classes fort différentes d'êtres; les Animaux que renferme la première sont intermédiaires entre les derniers Acéphales et les Entomozoaires, tandis que ceux de la seconde, dans laquelle Blainville rapporte les Oscabrions, lient les Mollusques Céphalés aux Entomozoaires; aussi voici à cet égard ce que dit ce zoologiste, pag. 592 de son Manuel: « Le passage des Malacozoaires aux Entomozoaires se fait dans deux lignes, des Malacozoaires Acéphalés aux Entomozoaires Hétéropodes parles Nématopodes, et des Malacozoaires Céphalés aux Entomozoaires Chétopodes par les Polyplaxiphores; en sorte que les deux classes, que nous réunissons dans notre sous-type des Malentozoaires, sont nécessairement fort différentes.»

La classe première porte le nom de Nématopodes, elle correspond aux Cirrhipodes des auteurs, et elle est divisée en deux familles qui coïncident avec les genres Anàtife et Balane de Bruguière; dans la première, se voient les genres: Gymnolèpe de Leach, auquel est joint le genre Cinéras du même auteur; Pentalèpe qui réunit les genres Pentalasmis et Pollicipède de Leach; Polylèpe qui est presque le même que le Scalpellum de Leach; et enfin Litholèpe, genre nouvellement proposé par Sowerby. La famille des Balanides contient les genres Balane, Ochthosie, nouveau genre de Ranzani, Conie, Creusie, Chtamale établi par

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Ranzani, et Coronule; ce dernier genre est sous-divisé en Chélonobies de Leach, Cétopire de Ranzani, Diadème de Ranzani, et Tubicinelle de Lamarck.

La seconde classe, sous le nom de Polyplaxiphores, ne contienl que le seul genre Oscabrion auquel est réuni le genre Oscabrclle de Lamarck.

De tous les systèmes établis jusqu'à ce jour, c'est sans contredit celui de Blainville qui repose sur le plus grand nombre d'observations anatomiques, les seules sur lesquelles on doive à l'avenir faire de nouveaux essais. Il a rendu de trèsgrands services à cette partie des sciences naturelles, en faisant connaître un grand nombre d'Animaux sur lesquels il restait du doute, et quoiqu'il en existe encore un certain nombre sur lesquels nous sommes dans l'ignorance la plus complète ou sur lesquelles nous avons seulement quelques données incertaines, nous devons considérer le Manuel de Malacologie comme une mine précieuse dans laquelle les zoologistes puiseiont d'utiles matériaux, et trouveront une méthode qui, à l'exception de quelques rapports de détails et quelques autres évidemment forcés, suivant notre manière de voir, restera à la science comme une base solide à laquelle on pourra rattacher désormais les faits nouveaux, et fera honneur aussi bien à son auteur qu'au siècle qui la produit. Ce que lon voit aussi avec plaisir, c'est la bonne foi que Blainville a mise dans la rédaction de son Genera, et qui doit inspirer plus de confiance aux zoologistes. On reconnaît aussi dans la marche qu'il a suivie, la route tracée par Adanson, Lamarck et Cuvier; on voit également qu'il a partout cherché à appliquer les principes posés par ces grands maîtres, principes que Blainville a rendus plus certains et plus rigoureux.

Nous nous proposions de rendre comptedela méthode de Latreille, de la meme manière que nous l'avons fait pour celle de Blainville, mais cola nous entraînerait trop loin, et nous craignons déjà d'avoir trop étendu cette partie de notre article. Nous nous contenterons de donner le tableau analytique de la méthode du savant entomologiste, qui du reste rentre assez dans celle de Lamarck sous beaucoup de rapports. On pourra facilement comparer ce tableau avec ceux que nous avons donnés à l'article Conchyliologie pour le système de l'illustre professeur.

Deux ouvrages importans ont été publiés à peu de distance sur le même sujet; l'un parut à Leyde en 1825. De Haan en est l'auteur; il a pour titre: Monographiœ Ammoniteorum et Goniatiteorum specimen. L'autre a paru dernièrement dans les Annales des Sciences naturelles. C'est un grand travail de D'Orbigny fils sur les Céphalopodes et spécialement ceux qui ont une coquille microscopique. Nous terminerons cette histoire des. Mollusques par ces deux ouvrages.

De Haan divise tous les Céphalopodes en ceux, 1° qui sont adhérens a leur coquille par un ligament postérieur, ou parce que celleci est retenue dans l'intérieur de l'Animal; 2° en ceux qui sont libres, c'est-à-dire qui ont une coquille non adhérente ou qui n'en ont pas du tout; l'Argonaute est ici placé. Les Céphalopodes adhérens, qui renferment tous les Céphalopodes a coquille, sont divisés, d'après l' existence ou la non existence du siphon, en deux grandes familles, les Siphonoïdes et les Asiphonoïdes,. qui elles-mêmes sont partagées en plusieurs tribus; la première famille en trois, les Ammonités, les Goniatités et les Nautilacés; la seconde en deux seulement, les Microscopiques et les Contabulés. Ce caractère si saillant et si bon tiré du siphon est employé dans la méthode de De Haan pour la première fois et avec le plus grandavaulage.D'Oi bigny, sansavoir eu connaissance de l'ouvrage dont il est ici question, a employé le même caractère. Après avoir proposé cette

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classification générale, De Haan abandonne tous les Céphalopodes qui ne sont point siphonophores, pour s'occuper spécialement de ceuxci. Nous avons vu qu'ils étaient divisés en trois familles: la première, celle des Ammouites, commence par legenre Turlite (Turrilite, Lamk.), qui est suivi du nouveau genre Planite de De Haan qui correspond aux genres Planuliteet Ellipsolite de Montfort; le troisième estle genre Ammonite, le quatrième le genre Globite pour les Orbuliles de Lamarck; le cinquième, le genre Hamite de Sow.; le sixième pour les Baculites; le septième pour un nouveau genre démembré des Ammonites sous le nom de Cératite, commence la famille des Goniatités; le genre Goniatite établi pour les genres Pelagus et Aganide de Montfort. Dans son genre Rhabdita, qui est le troisième et dernier de la famille des Goniatités, De Haan comprend le genre Tiranite de Montfort et le genre lchthyosarcolite de Desmarest. Nous pensols que cette réunion n'est fondée que sur la connaissance imparfaite de ce dernier genre, car si De Haan avait su quel'Ichthyosarcolite est une Coquille enroulée à la manière des Spirules, avec cette différence cependant que les loges ne sont pas percées par le siphon, qui paraît etre en dehors dans l'épaisseur d'un test qui semble avoir été composé de petits tubes adossés et réunis, il ne l'aurait pas joint aux Tiranites qui sont des Coquilles droites d'une structure fort différente.

La famille des Nautiles se compose d'une série de genres qui commence par les Nautiles, les Discites, qui est proposée pour des Coquilles très-aplaties qui se trouvent dans les Chistes et que l'on considère ordinairement' comme des Ammonites accidentellement comprimées; le genre suivant, Omphalia, était peu nécessaire, puisqu'il est fait pour un Nautile ombiliqué; le genre qui suit ceux que nous venons de mentionner et qui se trouve ici absolument hors ce ses rapports naturels, est le Scaphite, car il ne suffit pas que ni sowerby ni Parkinson, n'aient pas figuré les cloisons profondément découpées de cette Coquille; il faut que l'observation directe confirme cette opinion, et Dc Haan a été complètement dans l'erreur. Nous possédons une Scaphitc sur laquelle on voit plusieurs parties de cloisons semblantes en tout à celles des Ammonites. Les genres Spirule, Lituite et Bélemnite terminent la familledes Nautiles, et le dernier genre est d'autant mieux placé qu'il fait le passage, par notre genre Béloptère, aux Sèches et aux autres Céphalopodcs libres. Le système des Céphalopodes dont nous venons de rendre compte, est certainement un des meilleurs que l'on ait encore proposé pour celte partie difficile des Mollusques, et la classe que De Haan n'a point traitée d'une manière spéciale, celle qu'il a désignée par le nom d'Asiphonoïdes, a fait le sujet d'un très-grand travail de D'Orbiguy fils, qui a jeté un grand jour sur l'arrangement des Céphalopodes microscopiques, sur lesquels il a fait unc fouled'observations du plus grand intérêt.

Cette méthode cependant, quelque parfaite qu'elle paraisse, et quoique Férussac ait eu soin, en la présentant à l'Académie, de la montrer, dans une sorte d'avant-propos, comme un objet de reconnaissance offert aux savans qui s'occupent de Conchyliologie, ne laisse pas que d'avoir besoin d'être examinée dans ses détails. L'auteur divise tous les Céphalopodes en trois ordres, les Cryptodibranches, les Siphonifères et les Foraminiferes. Latreille a justement reproché à D'Orbigny d'avoir adopte pour le premier ordre la dénomination de Crvptodibranches, attendu que les Céphalopodes qui y Sont tous compris ne sont pas les seuls auxquels cette épithète convienne. Les dénominations des ordres prises sur des caractères différeus, ont le grave inconvénient de mettre souvent une grande inégalité dans la valeur des coupés, puisqu'elles reposent sur des

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caractères de l'organisation opposés ou comparés à d'autres pris de la coquille. Ces Cryptodibranches renferment deux familles, les Octopodes et les Décapodes empruntés de Leach; dans la première se voient les genres Argonaute, Bellérophe, Poulpe, Elédou et Calmaret, ce dernier avec un point de doute. Ce rapprochement, sans aucune coupure de genres à coquille engainante, comme on le suppose pour les Argonautes, et d'autres sans coquilles comme les Poulpes, etc., est évidemment peu natuiel; en supposant même quele Poulpe de l'Argonaute soit le constructeur de la coquille, on pourrait encore en faire une sous-famille avec le genre Bellérophe qui en est voisin. La preuve que cela pourrait se faire se trouve dans le système de D'O bigny, qui, sur un caractère de coquille, a séparé les Spirules des Décapodes. Pourquoi, d'après des caractères équivalens, n'avoir pas séparé les Argonautes et les Bellérophes des Octopodes? Cette famille des Décapodes se compose des genres Crsnchie, Sépiole, Onychoteuthe, Calmar, Sépioteuthe et Sèche. Le second ordre est bien justement dénommé; lès Siphonifères se groupent en effet d'une manière fort naturelle d'après ce seul caractère. Dans l'arrangement adopté par D'Orbigny, le genre Spirule qui fait à lui seul la famille des Spirulées, se trouve le premier et suit immédiatement les Sèches; après lui vient la famille des Nautilacées qui comprend les genres Nautile, Lituite et Orthocératite, qui sont suivis de la troisième famille, les Ammonses, dans laquelle se trouvent les genres Baculite, Hamite, Scaphite, Ammonite et Turrilite. La quatrième et dernière famille de cet ordre a été nommée par D'Orbigny les Péristellées. Elle se compose seulement des deux genres Ichthyosarcolite et Bélemnite. Si D'Orbigny eût apprécié convenablement notre genre Béloptère (V. ce mot au Suppl. ) qui est un passage évident des Sèches aux Bélemnites, il aurait certainement disposé les familles et les genres différemment; c'est ainsi qu'après les Sèches seraient venus les Béloptères et les Bélemnites que leurs rapports font présumer appartenir aux Octopodes; après ces deux genres seraient arrivés I'lchthyosarcolite, la Spirule, la famille des Nautilacées et celle des Ammonées, qui auraient tei miné l'ordre des Siphonifères. L'ordre troisième, celui dont s'est occupé le plus spécialement D'Orbigny, sous le nom de Foraminifères, contient toutes les. Coquilles microscopiques, poly thalames, dont les cloisons sont percées et ne sont point munies d'un siphon. Déjà par une trèsheureuse idée, D'Orbigny, après avoir étudié les Coquilles microscopiques, pendant plusieurs années, après les avoir dessinées avec le plus grand soin sous toutes leurs faces, eutreprit de rendre leur caractère sensible à tous les yeux, en sculptant sur une échelle de grossissement d'un pouce et plus, une coquille de chaque genre, de manière à la faire servir de matrice pour en mouler en plâtre un nombre indéterminé; ces modèles de Céphalopodes au nombre de cent, ont été donnés en quatre livraisons; ils renferment les types des genres, des sous-genres et souvent les principales espèces de chacun d'eux, ce qui reridra leur étude désormais aussi facile quagiéable; outre cela, D'Orbignya accompagné son Prodrome d'un certain nombre de figures où tous ses genres malheureusement ne sont pas figurés: quoi qu'il en soit, avec les modèles, les figures et le texte du Mémoire, on a les matériaux suffisans pour se rendre compte de l'ensemble au travail.

Ce, grand ordre des Foraminifères est divisé en deux sections inégales; la première pour les Coquilles dont chaque loge est formée d'une seule cavité; la seconde pour celles où les loges sont composées de plusieurs cavités. Dans la première section se rencontrent les quatre familles suivantes: les Stichostègues, les Enallostègues, les Hélicostègues et les Agathistègues; la seconde section

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contient une famille seulement; elle porte le nom d'Entomostèeues. Sur soixante-cinq genres que l'on avait établissurces corps avant D'Orbigny, vingt-deux seulement sont conservés par lui; il en ajoute trenteun, d'après ses propres observations, ce qui en porte le nombre total à cinquantetrois; dans la première famille des Stichostègues, il y en a huit: Nodosaire, Linguline, Frondiculaire, Rimuline, Vaginuliue, Marginuline, Planulaire, Pavonine. Le premier de ces genres renferme quaranteneuf espèces partagées en cinq sous-genres; les gemes Orthocère et Nodosaire de Lamarck sont compris dans celui-ci; le second genre, Frondiculaire, est adopté de Defrance, et quoiqu'il semble fort éloigné du précédent par sa forme générale, ainsi que par celle des loges, il a cependant un accroissement semblable, et, comme lui, des loges simples et une ouverture centrale. Les deux genres suivans, Linguline et Rimuline, sont nouveaux; mais ce dernier et les suivans sont compris dans une section qui renferme toutes les Coquilles à ouverture marginale. Le genre cinquième, Yaginuline, contient encore quelques Coquilles du genre Otthocère de Lamarck; l'Orthocera Legumen, qui, d'après le mode d'accroissement, est bien placé, mais qui, d'après l'ouverture en fente au milieu des cloisons, ne se rapporterait pas trèsbien aux caractères des autres genres qui ont cette ouverture ronde; le suivant, Marginnline, démembré également des Orthocères de Lamarck, Orthocera Haphanus de cet auteur, présente trèsbien ce caractère, aussi bien que le genre suivant, Planulaire de Defrance, dont les loges sont plus obliques, mais du reste d'une forme très-voisine du genre précédent. Le dernier genre de cette famille, Pavonine, ne nous semble point à sa place, puisque la dernière loge est garnie d'un grand nombre d'ouverinres, et la coquille à l'intérieur parait être eelluleuse entre les loges, ce qui serait, à ce que nous pensons, des motifs suffisans pour reporter ce corps vers la dernière famille de l'ordre. Ainsi dans cette première famille, nous trouvons des Coquilles à ouverture ronde sur un prolongement de l'axe, soit que cet axe soit cential ou latéral, une ouverture ronde sans prolongement, une ouverture en fente, et enfin un grand nombre d'ouvertures sur la dernière. Cet arrangement ne nous semble pas naturel, puisque des caractères aussi importans ne se trouvent pas d'accord.

La deuxième famille, sous le nom d'Enallostègues, contient sept genres partagés en deux sections: le premier, Bigénérine, est fort singulier: après avoir commencé sa coquille par des loges alternes, il la termine en ligne droite avec l'ouverture centrale semblable à celle des Orthocères de D'O bigny. Le genresuivant est adopté de Defiance, et porte le nom de Textulaire; il est composé de loges alternes d'un bout à l'autre, et il a Une ouverture semi-lunaire au bord interne de chaque loge. Le genre Vulvuline vient ensuite; les loges sont également toutes alternes, mais la fente est an sommet dans l'axe médian de la coquille. Le quatrième genre, Dimorphine, d'après les caractères que lui donne D'Orbigny, aurait beaucoup de rapports avec Je second; comme lui, il commence avec des loges alternes et finit en ligne droite et en loges simples sur un seul axe central. Les Polymorphines forment le cinquième genre; toutes les loges sont alternantes, embrassantes et d'une manière plus on moins complète, la dernière portant au centre une ouverture ronde. Le sixième genre, Virguline, eh diffère par Pouverture qui est en forme de virgule; le genre Sphéroïdine, qui est le septième et dernier, s'éloigne un peu des précédons par sa forme.

La troisième famille, les Hélicostègues, est la plus considérable; elle renferme vingt-six genres séparés naturellement en trois sections, d'a-

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près la forme et l'élévation de la spire; la première est pour les Turbinoïdes, la seconde pour les Ammonoïdes et la troisième pour les Nautiloïdes. Les genres, pour le plus grand nombre nouveaux, sontrangés dans l'ordre indiqué par le tableau; les Coquilles dont la spire est la plus élancée commencent la série qui se termine par celles qui sont discoïdales, et qui n'offrent plus d'ouverture, tels que les Nummulites, les Sidcrolites, etc. La quatrième famille, les Agathistègues, ne contient plus de Coquilles en spirale proprement dite, mais à loges diversement pelotonnées sur un axe ayant deux, trois ou cinq loges apparentes, les loges ayant une ouverture terminale. Les six genres Biloculine, Spiroloculine, Triloculine, Arliculine, Quinquéloculine, Adélosine, qui y sont compris, sont presque tous des démembremens du genre Miliolite de Lamarck. Il y a certainement plusieurs de ces genres qui ne seront point admis, le nombre des loges visibles étant un caractère de fort peu d'importance. La dernièré famille, les Entomostègues, rassemble toutes les Coquilles multiloculaires dont chaque loge est divisée en plusieurs petites cavités ou par un grand nombre de tubes plus ou moins réguliers; dans les unes, il y a une simple ouverture contre le retour de la spire; dans les autres, il y a un grand nombre de pores terminaux qui se voient à la place d'une ouverture unique. Dans notre manière d'apprécier la valeur des caractères, nous aurions de cette famille composé un ordre de valeur égale à celle des Foraminifères, et nous l'aurions divisé en deux familles: la première pour les Coquilles qui ont une ouverture unique, et la seconde pour celles qui en ont un grand nombre qui correspondent aux tubes dont leurs loges sont formées. Les cinq genres que' D'Orbigny place dans cette: famille ne sont point naturellement rapprochés, puisqu'il n'existe entre eux qu'un seul caractère qui est pris trop exclusivement. Nous nous serions plus exclusivement étendu sur ce travail de D'Orbigny, excellent et patient observateur, si nous ne nous proposions de traiter de chacun de ses genres en particulier, soit dans le reste de ce Dictionnaire, soit dans son Supplément.( V. le tableau n° IV. )

Nous avons donné à l'article COQUILLE la définition de toutes les parties qui constituent le test des Mollusques; nous terminerons celuici en présentant celle des différens organes ou des différens appareils dont sont pourvus les Mollusques, en y ajoutant quelques considérations générales. Nous suivrons dans la distribution des matières l'ordre anatomique; ainsi nous examinerons: 1° l'enveloppe charnue extérieure, la peau et ses dépendances; 2° lesystème musculaire; 3° les organes de la circulation; 4° ceux de la respiration; 5° le système nerveux; 6° les organes de la digestion; 7° enfin les organes générateurs.

La peau dans les Mollusques se compose presque généralement de deux parties: la peau proprement dite, qui adhère à la surface du corps du Mollusque, et qui en revêt directement les organes, et le manteau qui n'en est qu'une dépendance, et qui est destiné à revêtir les Mollusques plus ou moins complètement. Il n'est pas de Mollusque sans peau, il en existe un certain nombre sans manteau. Ce nom de manteau fut d'abord donné à l'enveloppe cutanée et charnue qui revêt l'intérieur des Coquilles bivalves; et qui, ployée en deux sur le dos de l'Animal, semble le revêtir comme un manteau. On a fait ensuite l'application du même mot à' cette partie considérablement modifiée dans les Mollusques céphalés conchifères ou nus. Daus les Mollusques acéphales, le manteau est une membrane mince, transparente, vasculaire et cellulaire, composée de deux feuillets réunis par des mailles assezpetites qui se communiquent. Les Mollusques conchifères

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sont symétriques dans presque toutes leurs parties, et le manteau lui-même, formé de deux parties semblables, une à droite et l'autre à gauche de l'Animal, est symétrique aussi;on nomme lobes ces deux parties du manteau. Les bords sont épaissis, musculaires, contractiles; ils correspondent aux bords de la coquille; ils présentent plusieurs modifications; ils sont libres lorsqu'ils n'adhèrent entre eux que par le dos de l'Animal, dans les Huîtres, par exemple; ils sont adhérens, lorsqu ils se réunissent plus ou moins complètement dans leur étendue, en laissant cependant une ou plusieurs ouvertures. Ou le manteau est simplement perfore, c'est-à-dire que dans l'endroit de la réunion des deux lobes, il existe deux ou trois trous sans prolongemens, ou il est siphonifère, c'est-à-dire qu'une ou deux de ces ouvertures ( les postérieures ) se prolongent en tubes contractiles et rétractiles; le bord libre de ces ouvertures ou de ces tubes est simple ou tentaculaire, selon qu'il est muni ou non de petits appendices charnus contractiles, en forme de tentacules. Lorsque les tubes existent, il est de règle générale, qui souffre cependant quelques exceptions, qu'ils sont retirés en dedans par un muscle particulier, étalé, raxonnant, dont l'impression se voit très-bien en dedans des valves, comme dans les Mactres, les Vénus, etc.; le manteau est fermé lorsque la suture des deux lobes a lieu dans tout le bord inférieur; les trois ouvertures subsistent, deux pour les siphons, et une pour le pied; mais ces ouvertures sont opposées: l'une est antérieure, les deux autres postérieures; toute la partie ventrale des lobes du manteau est réunie comme dans les Solens. Le manteau devient plus tubuleux encore dans les Tarets où il ne montre plus les traces de la réunion de ses deux parties. Sous le rapport de la forme tubuleuse de cet organe, on pourrait arriver aux Mollusques céphalés par les Dentales dont le manteau, ainsi que le pied, ont des rapports avec ces organes dans les Solens. Dans les Mollusques céphalés, le manteau n'a plus la même forme, il n'a même plus sous ce rapport la moindre ressemblance avec celui des Acéphales. Dans les Mollusques nus limaciformes, il se présente d'abord sous forme rudimentaire. Dans les Limaces, il for me sur le dos un épaississement charnu auquel on a donné le nom de bouclier; il s'étend davantage dans les Parmacelles, les Vitrines; il s'empare de tout le dos, en se confondant avec la peau, se reconnaissant seulement par un sillon qui le sépare du pied dans les Doris et autres genres analogues; il dépasse même quelquefois beaucoup le pied ou se confond avec lui, comme dans les Aplysies.

Dans les Mollusques conchiféres, le manteau adhère et se confond en s'amincissant beaucoup avec la membrane qui recouvre la partie des viscères ordinairement tournée en spirale; il enveloppe l'Animal dans tout son contour, revêt la coquille vers son ouverture, et quand il est épaissi dans son bord libre, on donne à ce bord le nom de collier, comme dans les Hélices. Ce manteau contient ordinairement dans une cavité qui lui est propre,. une poche qui renferme les branchies ou organes de la respiration, qui communique avec le fluide ambiant, soit par un simple trou comme dans les Hélices, soit par une fente, soitenfin par un canal plus ou moins long, droit ou recourbé, se prolongeant en avant au-dessus de ta tête de l'Animal. Ce canal n'existe que dans les Mollusques dont la coquille est canaliculée ou échancrée à la base, comme les Fuseaux, les Casques, les Volutes, etc. Quelquefois le manteau, qui est très-ample et très-contractile, recouvre la coquille dans son entier, la polit en y déposant successivement plusieurs couches de matières calcaires diversement coloriées, comme les Porcelaines, les Ovules, sans doute les Olives, les Ancillaires, les Tarières et les Marginelles. Dans les Mollusques

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céphalopodes, le manteau est redevenu presque rudimentaire, et il disparaît entièrement dans les Hétéropodes, à moins qu'ou ne veuille en retrouver des traces dans l'enveloppe du nucléus de cette classe.

La peau des Mollusques est d'une nature particulière propre à cette partie des êtres; elle est molle, visqueuse, et susceptible de prendre presque toutes les formes, de s'appliquer exactement sur tousles corps; elle paraît jouir d'une grande sensibilité, et elle est si intimement unie au système musculaire cutané, qu'elle en reçoit tous les mouvemens et les moindres contractions: cette propriété se remarque surtout au plan locomoteur. La peau, dans certains Mollusques, est entièrement lisse, comme celle de la plupart des Mollusques Acéphalés et de plusieurs Mollusques Céphalés; elle est rugueuse et tuberculeuse, selon la grosseur des aspérités qui la recouvrent; elle paraît plus épaisse sur les flancs, le os, ou sous le pied de l'Animal, que dans la partie qui est constamment couverte de la coquille et qui contient les viscères. Dans les Mollusques sans coquille, la peau est d'une égale épaisseur, se confond souvent avec le manteau d'une manière intime; la peau des Mollusques est toujours imprégnée pendant leur vie d'une quantité assez notable de mucosités, qui en est constamment sécrétée, aussi bien que par les bords du manteau. Malgré l'abondance de cette sécrétion; on n'a point encore reconnu une quantité de cryptes muqueux qui soit en rapport. Dans les Limaces et même certaines espèces de ce genre, on voit postérieurement, dans une petite cavité, la réunion de plusieurs glandes muqueuses qui rendent plus abondante la traînée muqueuse que ces Animaux laissent derrière eux. La peau et ses annexes déterminent la forme du corps et limitent le Mollusque dans l'espace; sous ce rapport de la forme, le Mollusque est très-variable, puisqu'il a un corps contractile dans tous les sens. Cependant cette forme chez lui est toujours déterminable d'une manière générale en ce que l'Animal de chaque espèce est forcé par son organisation de conserver celle qui lui est propre; ainsi il pourra s'allonger, se raccourcir, se contracter, et prendre, suivant les circonstances, une forme différente; mais elle découle toujours de sa configuration première qui est constamment la même dans l'état de repos. D'après la forme, les Mollusques sont plats, linguiformes, étroits, allongés, bossus, turriculés, etc., etc., dénominations qu'il serait inutile de rapporter toutes; il suffit d'en citer quelques-unes pour faire comprendre toutes les autres lorsqu'elles se présenteront, sans qu'il soit nécessaire d'en donner les définitions.

Le système musculaire est fort différent et dans les Conchifères et dans les Mollusques Céphalés. Dans les Acéphales composés essentiellement de deux parties priucipales, qui, par leur écartement, permettent à l'Animal de jouir de toutes ses fonctions, on trouve un ou deux muscles dont les efforts sont en opposition avec un ligament élastique qui tend sans cesse à ouvrir la coquille; il suffit en effet que les muscles adducteurs soient dans le relâchement pour que la coquille s'entr'ouvre; ce muscle, ou ces deux muscles, que l'on nomme adducteurs des valves, forment là partie la plus simple du système des Mollusques Acéphalés; l'épaississement du manteau qui constitue son bord est contractile, aussi y observel on une foule de petits faisceaux charnus destinés à opérer cette rétraction. Ceux qui n'ont pas de pied, tels que les Huîtres, par exemple, ont un système musculaire visible, borné au seul muscle adducteur des valves; presque toutes les autres parties du corps sont contractiles; mais la fibre est répandue et confondue d'une manière inextricable. Ceux qui ont un pied, soit pour filer un byssus, soit pour ramper dans le sable, outre que cet organe est essentiellement musculaire

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et coriace, susceptible de prendre diverses formes, et qu'il a, malgré cela, une forme déterminée, suivant les genres et les familles, il est pourvu de plusieurs paires de muscles destinés à opérer certains mouvemens et surtout ceux de porter le pied en avant, en arrière, ou de le retirer tool entier en dedans de la coquille. Un autre muscle dont sont pourvus les Conchifères, mais seulement ceux qui ont des siphons, est le muscle rétracteur de ces parties dont les fibres rayonnantes laissent sur la coquille une impression particulière, quoique cependant quelques-uns d'entre eux aient des siphons et ne paraissent point avoir de muscles particuliers pour leurs mouvemens.

Dans les Mollusques Céphalés, da us ceux qui ont l'organisation la plus simple, on trouve, comme dans les Hipponices, un muscle d'attache qui a beaucoup d'analogie avec ceux des Conchiferes; il sert à opérer les mêmes mouvemens, mais le reste du système musculaire est déjà fort différent; il existe une tête, et plusieurs faisceaux charnus sont chargés d'en opérer le mouvement; il y a une bouche, des mâchoires, une véritable mastication qui ne peut s'exécuter qu'à l'aide de muscles propres situés de chaque côté de la tête; la tête a des tentacules qui sont rétractiles ou contractiles, qui jouissent quelqnefois en même temps de ces deux propriétés; il faut encore des muscles particuliers pour exécuter ces mouvemens; la tète elle-même et une partie du corps sortent et rentrent dans la coquille; un muscle puissant, qui s'attache à la columelle, opère ces mouvemens.

On pourrait diviser les muscles des Céphalés en plusieurs groupes, d'après les régions qu'ils occupent, nommer Céphaliques ceux qui sont pour la tête; on les diviserait en boccaux et en tentaculaires; Trachéliens ceux du col; Abdominaux, ceux du corps; mais dans ces deux régions, à l'exception du muscle columcllaire qui les traverse, les muscles sont intimement confondus avec la peau, de manière qu'il n'est point possible d'en reconnaître des faisceaux particuliers, et qu'ils agissent tous dans l'acte de la progression qui se fait presque uniquement par reptation et quelquefois par natation.

Si le système musculaire offre des différences notables dans les différentes classes de Mollusques, le système des organes de la circulation n'en offre pas moins. Dans les Conchifères, noua voyons ces organes composés d'un coeur et de ses oreillettes, de vaisseaux artériels et de vaisseaux veineux; le cœur est prèsque toujours symétrique, placé vers le dos dans la ligne médiane, où il eat traversé presque constamment par l'intestin rectum; il est charnu, de forme assez peu variable, fusiforme; il est composé d'un seul ventricule, d'une oreillette, soit simple et non symétrique comme dans les Huîtres, soit double et symétrique comme dans les Vénus, les Mactres, les Bucardes, etc., etc., en un mot, dans tous les genres à coquille régulière. C'est de ses extrémités que partent antérieurement et postérieurement deux aortes, la postérieure au-dessous du rectum pour se répandre dans les parties postérieures du corps, et l'antérieure, beaucoup plus grosse, se distribue aux parties antérieures et à presque tous les viscères. Des extrémités capillaires des artères, aussi bien que par des radicules, naissent les veines dont les rameaux et les branches se réunissent de tous les points du corps en plusieurs troncs qui se rendent dans le réservoir commun des veines; il est placé audessous du cœur dans la ligne médiane. C'est de ce réservoir que sortent deux gros vaisseaux pulmonaires qui se distribuent à l'une des faces des feuillets branchiaux d'une manière fort régulière, et donnent naissance à un autre ordre de vaisseaux qui reçoivent le sang vivifié par l'acte de la respiration, et le portent dans les oreillettes ou dans l'oreillette qui

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s'insère par un pédicule plus ou moins long sur le ventricule, à la partie antérieure, lorsqu'il n'est point symétrique, dans les parties latérales, quand il est symétrique; le sang rentre ainsi dans la circulation aortique, pour recommencer à l'aide des pulsations du cœur un trajet semblable. Cette circulation, comme on le voit, présente une grande simplicité; c'est un cercle unique que le sang doit parcourir, et celle circulation, quant a la simplicité, est la même dans tous les Mollusques quels qu'ils soient. Si les Mollusques Acéphales ont en général le cœur symétrique et deux oreillettes symétriques aussi, les Mollusques Céphalés n'ont point ces organes symétriques, lorsque la coquille ne l'est pas; ils le sont au contraire lorsque la coquille est parfaitement symétrique. Nous avons vu que dans les Mollusques Céphalés, le manteau formait audessus du col ou sur le dos et quelquefois sur les parties latérales de l'Animal une cavité destinée à contenir les branchies. On doit être sûr, d'une manière générale, que le cœur est voisin de ces parties; il est placé ordinairement vers le dos enveloppé d'un péricarde dans lequel il se meut. Si les branchies sont plus en arrière ou plus en avant, le cœur luimême est aussi plus postérieur ou plus antérieur; le cœur, ainsi que les oreillettes, n'offre point de valvules comme dans des types d'Animaux d'une organisation plus avancée, à l'exception cependant des Sèches et des Poulpes; les gros vaisseaux même à leur entrée ou à leur sortie du cœur en sont dépourvus, et ce défaut de valvules s'expliquerait trèsbien si la circulation était dans les Mollusques acéphalés ou céphalés, ce qu'elle est dans es biphores, d'après les Observations de Kuhl et Van-Hasselt qui prétendent que la circulation, après s'être exécutée pendant quelque temps du cœur par l'aorte vers les parties du corps, s'arrête un moment pour reprendre par les veines et leurs anastomoses un sens toutàfait contraire. La distribution des vaisseaux est fort différente dans les Céphalés de ce que nous l'avons vue dans les Acéphalés; le cœur fournit une aorte unique qui se divise bientôt en deux troncs, l'un pour lu partie antérieure et l'autre pour la partie postérieure du corps, et quelquefois ces deux troncs naissent immédiatement du cœur. Le tronc antérieur fournit les branches à la tête, au col et souvent à une partie des organes de la génération; le tronc postérieur les distribue au reste des viscères et à la partie postérieure du corps, au foie, aux intestins, à l'ovaire, etc.; il fournit aussi une branche pour le manteau, quelques autres pour la peau et pour le pied. Nous avons dit ailleurs, et Blainville l'avait fort bien senti, que les Patelles et les genres qui les avoisinent ont des rapports avec les Acéphales; nous en avons déjà fait remarquer plusieurs, et les organes de la circulation qui sont symétriques, ainsi que les organes de la respiration, nous offrent une nouvelle analogie. Dans les Mollusques qui respirent l'air en nature, on trouve une cavité pulmonaire qui remplace les branchies; les vaisseaux branchiaux s'y étalent, s'y divisent un grand nombre de fois; mais pour le reste, le système vasculaire se distribue comme dans les autres Mollusques. Dans les Céphalopodes, du moins dans les Poulpes et probablement aussi dans les Sèches, l'organisation beaucoup plus compliquée et beaucoup plus parfaite a rendu nécessaires des organes de circulation beaucoup plus parfaits que dans les autres types; ainsi, outre un cœur central qui envoie le sang dans toutes les parties, il existe aussi des cœurs latéraux, un de chaque côté, qui donnent une impulsion particulière à la circulation pulmonaire, puisqu'ils se trouvent à l'origine des vaisseaux branchiaux, et de plus on trouve dans ces Mollusques de véritables valvules à l'entrée des veines dans ces cœurs.

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Les organes de la respiration sont, comme tout le monde sait, en rapports intimes avec ceux de la circulation, et ils existent dans une telle dépendance, que dès que la circulation paraît dans les êtres, la respiration commence; sans cela, la destruction de l'être serait prompte, ce qui rendrait la fonction nuisible: on ne peut le supposer d'après les lois immuables de la nature. Les Mollusques vivent dans l'eau pour le plus grand nombre; leur, respiration a dé être appropriée à l'assimilation du liquide ambiant; aussi est-ce d'une respiration branchiale qu'ils sont presque tous pourvus. Les branchies sont fort différentes, selon les diverses dasses de Mollusques dans lesquels on les examine. Dans les Brachiopodes, la Lingule, par exemple, les branchies sont sérialement disposées dans le manteau et dans chacun de ses lobes; dans les autres Mollusques Acéphalés, les branchies forment des paires de lames qui s'étendent de chaque côté du corps; elles sont symétriques, et forment deux paires, une de chaque côté: cette torme lamellaire a fait donner aux Mollusques qui les offrent, le nom de Lamellibranches. Dans les groupes inférieurs des Mollusques Céphalés, les branchies restent encore symétriques et elles tiennent un peu de la nature de celles des Lamellibranches, par la disposition des cirres dont elles sont composées; d'autres Mollusques commeles Patelles, au lieu de grandes lames continues comme les Lamellibranches, ont pour brancbies et tout autour du pied une foule de petites lames verticales qui sembleraient être une décomposition ou une modification de celles que nous venons de citer. Les branchies, de symétriques qu'elles étaient, deviennent bienôt impaires en conservant leur simdicité et leur roideur, comme dans les Caly ptrées et les Grépidules; elles ferment des espèces de peignes cirrheux dans la cavité branchiale; cette aature de branchies est un passage manifeste à celles qui, en conservant la forme pectinéc, sont plus molles et plus charnues: Cuvier a donné aux Mollusques qui les portent le nom de Pectinibranches. Toutes les branchies dont nous venons de parler sont placées en dedans du manteau dans une cavité particulière de cette partie; mais il existe des Mollusques qui portent leurs branchies tout-à-fait au dehors, soit sur le dos, soit sur les côtés, comme dans les Scyllées, les Tritonies, les Doris, etc. Dans les Mollusques qui respirent l'air, les branchies sont fortement modifiées, ou plutôt elles n'existent plus; à leur place, on voit une cavité plus ou moins spacieuse tapissée de toutes parts de nombreux vaisseaux sur lesquels l'air parvient par un simple trou ou par une échancrure. Les Mollusques Céphalopodes sont Pectinibranches, aussi bien que la plupart des autres Mollusques qui ne rentrent pas cependant dans l'ordre que Cuvier a nommé ainsi. Le nombre de branchies est peu variable; elles sont presque toujours paires; il y en a une ou deux paires dans les Conchifères, dans les Céphalés une paire, dans les Fissurelles, Emarginules, etc. Il n'existe plus qu'une seule branchie duns les Caly ptrées, Crépidulcs, etc. Tout en restant impaire, la branchie se dédouble en plusieurs parties, comme dans les Aplysies; la branchie devient sériale par le grand nombre de ses divisions, comme dans les Patelles, les Phyllidies., etc.; ou bien elles forment des arbusculcs extérieurs, soit autour du corps, soit autour de l'anus, et leur nombre est alors encore assez considérable; quant à leur position, elle est également assez variable dans les familles ou dans les ordres; elles sont latérales dans les Acéphalés, excepté dans les Brachiopodes où elles sont supérieures et inférieures, et elles sont en général supérieures dans les Céphalés: mais elles peuvent être cervicales, c'est-à-dire placées sur le col, ou dorsales, placées sur le dos; elles

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sont latérales, soit à droite, soit à gauche, quelquefois médianes, rarement ventrales ou pendantes sous le ventre. Les branchies ont fourni de bons caractères pour le groupement des ordres et des familles; ce caractère a été d'autant plus utile, qu'il repose sur des organes en général faciles à observer dans les Animaux Mollusques; on s'est servi de leur nombre, de leur position et de leur nature; on a combiné ces divers états avec d'autres caractères pris de différens organes, et ou a établi ainsi, en donnant à l'un de ces caractères ou à plusieurs une prédominance sur les autres, divers systèmes dans lesquels on s'est efforcé de placer ces Animaux dans l'ordre le pus naturel.

Le système nerveux est beaucoup plus avancé dans les Mollusques que dans les autres Invertébrés; on leur trouve en effet, outre un anneau cérébral, des ganglions diversement répandus, mais ils sont dépourvus du cordon ganglionnaire médian des Insectes et des autres Animaux articulés. Dans les Acéphales, le système nerveux est si difficile à étudier, qu'ou a douté pendaut long-temps qu'il existât reellement; aujourd'hui il ne reste plus le moindre doute à cet égard, et Blainville qui, à ce sujet, a fait des recherches assidues sur les Moules où les nerfs sont plus faciles à apercevoir que sur d'autres Mollusques Acéphales, dit, page 144 de son Traité de Malacologie: « Il est composé ( le système nerveux de la Moule) de trois paires de ganglions. La première, la plus antérieure, est certainement placée sous l'œsophage, ou mieux sous le muscle rétracteur antérieur du pied, en partie recouverte par Je bord postérieur de la réunion de la seconde paire de tentacules labiaux. Les ganglions qui la constituent sont de forme triangulaire et de couleur blanche, opaque; ils fournissent, 1° un filet transversal très-fin qui leur sert de commissure entre eux; 2° plus en arrière, un rameau plus gros qui se distribue au muscle adducteur antérieur et aux appendices labiaux; et 3° enfin, en arrière, un très-gros filet qui se porte en dehors, s applique sur la membrane du foie, traverse obliquement le muscle rétracteur antérieui du pied, suit les côtés de l'abdomen au-dessous de la terminaison de l'ovaire, et va se réunir au ganglion postérieur. La seconde paire de ganglions, la seule fui puisse être regardée comme à peu près supérieure au canal intestinal, est placée au-dessus du muscle rétracteur antérieur du pied, appliquée immédiatement sur lui, au-dessous du foie contre lequel elle est collée. C'est un ganglion géminé ou divisé en deux parties latérales par un sillon médian d'une consistance plus molle, d'un aspect plus pulpeux que les deux autres paires. On en voit sortir en avant un filet très-fin qui va peut-être se joindre au ganglion antérieur, ce que nous ne voulons pas assurer; et en arrière un autre filet qui se rend aux muscles de l'abdomen. La troisième paire des ganglions est tout-à-fait en arrière, au-dessous et un peu en dehors, à la partie antérieure du muscle adducteur postérieur. Celui d'un côté est séparé de celui de l'autre par toute l'épaisseur du muscle. Ils fournissent, 1° un filet de commissure transversal très-fin; 2° en arrière, un filet plus gros qui pénètre dans le muscle lui-méme; 3° de leur angle externe et postérieur, deux filets qui se portent en arrière, probablement aux bords du manteau. Enfin leur angle antérieur et externe reçoit le gros cordon d'anastomose du ganglion antérieur.»

Cette disposition du système nerveux décrit par Blainville doit peu différer dans les autres Mollusques Acéphales, et quoiqu'on ne le connaisse point encore, dans les différentes familles de cette classe, on doit s'attendre à le trouver conforme a ce que Blainville rapporte

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avec les variations que la disposition différente ou le manque des organes doit apporter daus les divers groupes. Jusqu à présent, et ce serait un sujet fort intéressant de recherches et d'observations, on n'est pas encore certain que l'anneau nerveux cervical soit complet dans les Acéphales, ce qui semble probable; mais l'observation manque. Dans les classes inférieures des Céphalés, dans ceux qui se rapprochent le plus des Acéphales, le système nerveux, quoique plus avancé, reste cependant encore dans une plus grande simplicité. Néanmoins et sans aucun doute l'anneau cérébral se complète, les filets nerveux et les ganglions sont plus isolés, plus solides, beauooup plus distinots des parties qui les environment, et ils offrent des systèmes bien consinns et bien réguliers pour chaque ordre de fonctions. Dans les Patelles, les Emarginules, les Fissurelles et les genres voisins, le cerveau se compose d'un anneau qui embrasse l'œsophage; il présente deux petks renflemens ganglionnaires, latéraux, pen sensibles, qui fournissent des filets aux tentacules et à la masse buccale. La partie inférieure de l'anneau cérébral offre une autre paire de ganglions beaucoup plus gros qui donnent des nerfs aux visesres, au manteau, aux brauohies et aux muscles. A mesure que l'on arrive à des Animaux plus parfaits; le système nerveux se perfeetionne; aussi dans les Haliotides, par exemple, le ganglion des viscères se délache du cerveau pour descendre jusqu'à la partie antérieure du musale d'attache, pour envoyer dés filéts aux muscles de la locomotion, ainsi qu'à l'estomac, aux intestins et sux autres viscères. Dans les Mollusques Turbinés, il diffère peu de ce que nous l'avons vu dans les Haiiotides; cependant il est assez constant que les principaux filets partent des ganglions cérébraux pour fournir ensuite des ganglions viscéraux, suivant les systèmes dh ils se répandent; ainsi il y en a un oculotentaculaire qui distribue des filets aux tentacules et à la bouche, un autre péni-vaginal pour les organes antérieurs de la génération. Des filets sont particulièrement destinés au pied, les autres au cœur, aux vaisseaux dont ils suivent les ramifications, et se répandent ainsi profondément dans tous les viscères.

Dans les Céphalopodes, le système nerveux est encore plus parfait que nous ne venons de le voir dans les Gastéropodes et les Trachélipodes; il existe pour la première fois une cavité crânienne, il est vrai, cartilagineuse, qui contient un ganglion cérébral fort gros. Ce ganglion se joint avec celui qui est sous-œsophagien par des branches latérales qui complètent l'anneau cérébral; ce cerveau fournit des nerfs acoustiques, une paire de gros nerfs ophtalmiques, des nerfs nombreux pour les muscles et pour l'enveloppe commune en forme de sac; d'autres particuliers pour le cœur et les branchies; enfin chaque viscère important a le sien propre, plusieurs rameaux pour la masse buccale, deux fort gros pour l'estomac, l'intestin et le foie; un autre enfin pour les organes de la génération.

Nous avons vu se perfectionner successivement les divers systèmes que nous avons rapidement examinés dans les Mollusques, et le système nerveux a suivi en cela la loi commune; il se montre plus parfait lorsque les organes eux-mêmes le sont devenus. A peine sensible dans les Mollusques des classes inférieures, il est presque aussi parfait que celui des Vertébrés dans les classes supérieures; cette relation des organes est tellement constante et soumise à des lois si peu variables, que le zoologiste connaissant un système d'organes, peut en déduire à priori tout le reste de l'organisation; si en effet on parle d'un Mollusque qui a une tête, des tentacules, des yeux, une masse buccale, Un système digestif, un cœur, nous avons sur-le-champ l'idée des muscles propres au mouve

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ment de la tête, delà bouche, et conséqucminent des muscles masticateurs, de déglutition, des muscles propres, des tentacules, etc., des nerfs pour leur sensibilité; d'un cerveau pour eu transmettre l'impression; l'œil entraîne un nerfoptique; le système digestif, des glandes et des sécrétions, etc.; un cœur veut des branchies ou une respiration, etc.

Les organes de la digestion, dans les Acéphales, se composent d'une ouverture buccale sans mâchoires, ordinairement ronde, petite, profondément placée antérieurement, garnie de lèvres fort courtes qui se continuent à deux paires de palpes labiaux, une de chaque côté. Cette ouverture communique sans intermédiaire avec l'estomac, qui est plus ou moins pyriforme, très-mince, enveloppé de toute part par le foie, qui est dépourvu de canaux biliaires; il verse dans l'estomac le produit de la sécrétion par des pores béants assez nombreux; l'estomac se termine postérieurement en un cul-de-sac, audessus duquel se trouve l'ouverture pylorique où commencent les intestins qui, après plusieurs circonvolutions dans le foie et dans l'ovaire, se continuent par un rectum qui est toujours dorsal et médian; ils se terminent par une ouverture anale qui transmet au dehors les excrémens, soit au moyen d'un tube ou siphon anal, soit qu'il soit libre ou dépourvu de tube.

Dans les Mollusques Céphalés la partie antérieure du système digestif se complique: d'abord dans les classes inférieures, on trouve une bouche soruvent armée de mâchoires, pourvue d'une langue cartilagineuse. Les alimens broyés et goûtés passent dans un œsophage plus ou moins long avant de parvenir jusque dans l'estomac; cet estomac est assez ample, encore enveloppé par le foie, qui commence à avoir des canaux de sécrétion; il existe des glandes salivai res dont les Acéphales sont dépourvus; les intestins plus ou moins longs se replient dans Je foie et l'ovaire, sont quelquefois diversement boursouffés et se terminent par un anus ordinairement flottant, soit antérieurement, comme dans les Patelles, soit sur le côté gauche de l'Animal, dans le sac branchial. Cet arrangement est à peu près le même dans les Mollusques Gastéropodes et Trachélipodes; seulement quelquesuns ont la bouche munie aune trompe. Un seul Mollusque fait exception à cette règle, c'est l'habitant des Dentales qui a les organes digestifs symétriques; l'intestin, droit dans sa direction, est terminé postérieurement dans la ligne médiane. Quelques Mollusques ont deux estomacs, l'un souvent garni de pièces osseuses ou cartilagineuses, a quelques ressemblances avec le gésier des Oiseaux; l'autre est simple et membraneux, et communique avec le premier par un second œsophage. Celte disposition se remarque dans les Aplysies, les Bulles, etc., etc. Dans les Céphalopodes, la tête est armée de mâchoires solides, cornées, semblables à un bec de Perroquet. On trouve dans ce bec une langue épaisse, charnue, ayant des mouvemens propres, étant musculaire comme celle des Quadrupèdes; elle est garnie de crochets au moyen desquels les alimens descendent lacérés dans l'œsophage; cet organe est assez long et grêle: il se termine par une première poche que Cuvier nomme jabot. C'est un estomac membraneux, long, légèrement boursouflé, qui se rend à un autre estomac charnu et trèsusculeux, qui a une organisation semblable à celle du gésier des Oiseaux. Il est revêtu à l'intérieur d'une membrane subcartilagineuse qui se détache facilement, pareille en tout à celle des Oiseaux. L'intestin ne commence pas encore après cet appareil, déià fort considérable; le duodénum après le gésier se gonfle en une troisième pôche tournée en spirale, qui, recevant les vaisseaux biliaires, est destinée sans aucun doute à opérer le mélange de ce fluide avec les alimens

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soomis à une lacération et à une digestion stomacale complète; c'est de cette dernière cavité que naît l'intestin assez régulier dans sa grosseur. Après avoir fait plusieuis replis il se termine par l'anus placé antérieurement dans l'entonnoir.

La disposition des organes de la digestion est telle dans les Mollusques que l'on peut en déduire presque à priori la nature desalimens qu'ils sont susceptibles de prendre. Ainsi, dans les Acéphales, on prévoit qu'il n'y a ni suçoirs, ni mâchoires, ni masses buceales; que cette partie est formée d'une simple ouverture; les alimens ne peuvent être que des parties animales ou végétales atténuéespar la putréfaction et réduites presqu'à l'état moléculaire. Dans les Céphalés, au contraire, l'existence de mâchoires, d'une bouche compliquée, de muscles, de crochets cornés, d'une trompe, de mâchoires puissantes semblables à un bec d'Oiseau, indiquent, dès le premier aperçu, que les Animaux qui sont pourvus de pareils organes doivent mâcher, déchirer des alimens, soit végétaux, soit animaux.

Les organes de la génération réduits dans les Conchifères à l'organe femelle seulement, ce qui rend impossible toute espèce d'accouplement, se composent d'un ovaire qui occupe l'intervalle des muscles du pied et les interstices des lobes du foie; il forme la presque totalité de la masse abdominale. Cet organe considérable communique en dehors par un oviducte qui s'ouvre entre les feuillets branchiaux. Dans le temps de la ponte des œufs, les oviductes se gonflent, et souvent s'accroissent entre les deux feuillets du manteau. Pendant ce temps l'oviducte se remplit d'un liquide laiteux à travers lequel les œufs sont obligés de passer avant d'entrer dans l'épaisseur des feuillets branchiaux ou ils sont déposés jusqu'au moment ou le petit Acéphale, pourvu de sa coquille, peut sortir vivant du sein de sa mère. Dans les Acéphales qui vivent fixés aux corps sous-marins, le petit Animal, en tombant hors de la coquille de sa mère, se fixe dans l'endroit où il s'arrête. Cette simplicité de la fonction de reproduction dans les Acéphales, a été contestée il y a peu de temps par Prévost de Genève, qui a annoncé avoir découvert des Animaux spermatiques dans certains individus de la Mulette des peintres, ce qui supposait l'existence d'un organe mâle. C'est en vain que Blainville a cherché cet organe sur un grand nombre de la même espèce de Mollusques ainsi que sur des Anodon tes, il n'y a rien trouvé; nous avons fait les mêmes recherches sur un assez grand nombre de Mulettes de noire rivière, et toutes ont été sans résultat à cet égard. Bory de Saint-Vincent qui, à cette époque, s'occupait de la recherche des Zoospermes dans toutes les classes d'Animaux, nous a déclaré n'avoir, pas plus que nous et Blainville, réussi à trouver ce qu'avait annoncé Prévost. Il serait du plus grand intérêt que l'observateur genevois nous donnât de nouveaux détails et nous mit à même de répéter sûrement scs expériences.

Les Mollusques Céphalés, dans les genres qui avoisinent le plus les Conchifères, n'ont aussi qu'un organe femelle, un ovaire unique terminé par un seul oviducte toujours d'un seul côté, dirigé d'arrière en avant et se terminant lc plus souvent ù droite, rarement à gauche dans la cavilé branchiale; nous n'avons pas dit collectivement la classe des Céphalophores hermaphrodites de Blainville, parce que, parmi les genres qu'il y rapporte, il y en a quelquesuns, et la Calyptrée entre autres, qui sont Céphalés dioïques puisqu'ils portent les deux sexes. Dans les Céphalés dioïques, on trouve les deux sexes réunis sur un même individu qui a besoin pourtant d'un accouplement réciproque de la part d'un autre individu do la même espèce; les deux individus accouplés sont également fécondés. Chaque individu porte donc

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à la fois des organes maies et des organes femelles. Les organes mâles se composent d'une verge ou organe excitateur qui est le plus souvent rétractile, à la manière des tentacules des Limaces et des Limaçons; dans d'autres elleest seulementcon tractile; extérieur alors et de forme assez variable selon les genres et même les espèces, cet organe est ordinairement placé sur le col, ou sort du col près du tentacule droit, qui, dans l'état de repos, offre un petit mamelon à sa base. A la base de la verge se voit un canal déférent qui se colle au second oviducle en faisant des plis nombreux, et se termine à un testicule. Tel est l'état de simplicité de l'organe mâle des Mollusques Céphalés dioïques; dans quelquesuns d'entre eux on trouve de plus à la terminaison du canal défèrent, un organe multifide que plusieurs zoologistes considèrent comme une vésicule séminale; Blainville est porté à croire que ce n'est qu'une glande prostate.

L'organe femelle principal est un ovaire généralement assez gros placé dans la partie postérieure du corps avec le foie. Cet ovaire donne naissance à des canaux dont la distribution et l'accroissement successif, par la réunion de leurs diverses branches, ressemble beaucoup à ceux d'un organe sécréteur d'un fluide, plutôt qu'à celui qui, dans d'autres Animaux, est destiné à contenir les œufs. Ces divers canaux donnent naissance à un oviducte plus ou moins infléchi sur luimême, qui se lie intimement avec la partie mâle, s'élargit en une sorte de poche que quelquesuns pensent être une matrice, et que les autres croient être une continuation de l'oviducte. Celte opinion, au reste, paraît fort plausible, et nous l'adopterions de préférence à la première. Cette seconde partie de l'oviducte sécrète une liqueur visqueuse et s'en remplit; dans l'endroit où se termine à l'extérieur la seconde partie de l'oviducte, aboutit aussi un canal qui descend d'une sorte de vessie dont on ignore l'usage, et qui est contenue dans la cavité commune aux viscères. Dans quelques Mollusques, et uniquement dans ceux qui sont pulmonés, on remarque, outre les parties que nous avons indiquées, une cavité particulière qui contient une tige osseuse qui est lancée par l'Animal contre celui avec qui il va s'accoupler, pour l'exciter sans doute à un plus haut degré. Les Mollusques qui portent les deux sexes séparés, offrent dans les organes de la génération peu de différences avec ce que nous les avons vus. Dans les Mollusques dioïques, les femelles ont le renflement de l'oviducte ou matrice beaucoup plus constant; les mâles ont la verge toujours extérieure, contractile et non retractile, et les vésicules multifides sont remplacées par une seule cavité placée à la terminaison du canal déférent. Quoique l'on connaisse en général assez bien les organes de la génération des Mollusques, l'observation n'a pu encore répandre sur le mode de cette fonction un jour suffisant. On ne sait pas dans l'acte de la génération quelles sont les parties qui entrent en contact immédiat; on ne sait point quelle part chaque organe prend pendant la copulation; quelle est la nature du fluide qu'il sécrète, s'il est versé en une ou plusieurs fois; quels sont les organes du sexe femelle qui le recoivent. Nous pensons cependant qu'a l'aide de la grosseur des Zoospermes des Mollusques qui sont, par cela même, plus faciles à observer, comme l'ont constaté les savantes observations de Dumas et de Bory de Saint-Vincent, qu'on pourrait, après l'accouplement des Hélices ou des Limaces, par une dissection bien faite, retrouver la liqueur du mâle dans certaines parties des organes femelles et constater parlà quelles sont celles qui entrent en contact avec l'organe mâle. Quant à la manière dont les œufs se conduisent dans les organes femelles avant d'être déposés par la mère, quels sont les contacts qu'ils éprouvent pour qu'ils soient iécondés, on l'ignore aussi piesque entièrement.

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Les organes de relation ou des sens paraissent en général peu développés dans les Mollusques, quoique cependant ceux des classes supérieures les aient tout aussi parfaits que certains Vertébrés. Le toucher paraît être le sens le plus parfait dans les Mollusques. Répandu dans toute leur peau molle et muqueuse, il perçoit le moindre attouchement, le moindre choc, et le transmet bientôt à l'Animal. Ce sens, dans les Conchifères, réside, à ce qu'il paraît, plus particulièrement dans les bords du manteau, qui au moindre attouchement se retirent, et l'Animal se renferme dans sa coquille; le pied peut être touché sans que l'Animal paraisse le sentir aussi vivement. Dans les Mollusques Céphalés, le sens du toucher réside dans tout le corps comme dans les Acéphales, et, déplus, il a les organes spéciaux, dans les tentacules, placés sur la tête, aussi bien pour porter les organes de la vue que pour avertir l'Animal par le toucher des obstacles qui se présentent devant lui. La sensibilité de la peau des Mollusques Céphalés doit être peu développée dans ceux qui ont le corps nu et la peau continuellement exposée à différentes impressions. Parmi ces Mollusques, ceux qui ont la peau rugueuse doivent l'avoir moins sensible encore, d'autant que dans ce cas elle devient dure et subcoriace.

La préhension des alimens se fait de deux manières fort différentes dans les deux grandes divisions des Mollusques; les Acéphales, comme nous l'avons dit, n'ont point de mastication; ils doivent donc éprouver fort peu de sensations par le goût; cependant il faut qu'ils en éprouvent, car sans cela ils avaleraient indistinctement toutes les substances qu'ils rencontreraient. Il est à présumer que les palpes labiaux, qui garnissent l'ouverture buccale, et qui reçoivent un gros rameau nerveux du ganglion cérébral, sont destinés aux perceptions du goût, ou tout au moins ils sont destinés à faire rejeter les substances nuisibles ou inutiles à la nutrition. Dans les Céphalés, il se fait un broyement des alimens dans une cavité buccale muuie d'une langue cornée et quelquefois charnue, ce qui suppose une sensation plus développée; ce qui le prouve, c'est que ces Animaux font choix des alimens, comme on peut le remarquer dans les Hélices et les Limaces, etc. Dans les Céphalopodes, cette sensation doit être plus développée encore, puisqu'ils out une langue charnue.

La vision dans les Acéphales est entièrement nulle, et elle doit être bien faible dans les Mollusques Céphalés qui ont simplement des points oculaires, et quoique ces organes soient déjà assez compliqués, malgré la petitesse de leur volume, ils sont, à ce qu'il paraît, d'une utilité bien peu considérable aux Mollusques qui eu sont pourvus; les yeux sont toujours placés sur la tête et sur les tentacules, soit à la base, soit au milieu sans pédoncules, soit au milieu et pédonculés, soit enfin au sommet de ces organes: quand il y a une seule paire de tentacules, ils sont oculifères; mais quand il y en a deux paires, les inférieurs sont buccaux et les supérieurs portent les yeux. Dans les Céphalopodes, l'organe de la vue est porté à un degré de perfection vraiment étonnant; les yeux sont grands, couverts de paupières formées de la même manière que ceux d'Animaux déjà très-avan-cés dans l'échelle organique, dépourvus cependant de cornée transparente, de chambre antérieure et conséqnemment d'humeur aqueuse, et, ce qui étonne davantage, d'une véritable choroïde.

Le sens de l'ouïe n'existedansaucun Mollusque, à l'exception des Céphalopodes qui offrent un rudiment de l'organe ae l'audilion; aussi voiton que les Mollusques sont absolument insensibles au bruit, quelque rapproché et quelque fort qu'il soit. Si en frappant l'eau, on les voit quelquefois se contracter, cela dépend de la vibration ou du mouvement du liqui

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de, et non du sou qu'il leur a transmis. L'oreille des Céphalopodes consiste en deux cavités creusées dans la partie la plus épaisse de l'anneau cartilagineux; ces cavités sont hémisphériques, lisses, et contiennent un bulbe ac même forme qui recoit un nerf acoustique, et qui contient, fixé à Sa paroi postérieure, un osselet hémisphérique; celte oreille n'a aucune communication avec le dehors et ne présente sur la tête aucun signe de son existence.

Un assez grand nombre d'observations tendraient à faire croire que les Mollusques sont pourvus de Fodorat; on voit en effet que les Hélices et les Limaces sont attirées par les odeurs de certaines substances qu'elles préfèrent pour leur nourriture. Celte perception se produit-elle par toute la surface cutanée qui a quelque ressemblance avec une membrane muqueuse? ou se fait-elle par un endroit déterminé du corps? c'est ce que l'on ignore et. ce que l'on ignorera sans doute long-temps encore; mais il est certain qu'il n'existe chez eux aucun organe spécial de l'odorat.

La locomotion des Mollusques varie autant que les organes qui sont destinés à la produire; elle est complètement nulle dans les Acéphalés fixés par leur coquille, comme dans les Huîtres, les Spondyles, etc. Le Mollusque a quelques mouvemens très-bornés, il est vrai, lorsqu'il est fixé par un byssus, et ce mouvement est plus borné encore dans les Acéphalés lithophages qui se creusent des loges plus ou moins profondes dans les pierres ou dans les Polypiers; aussi dans tous ces Animaux, on ne trouve que des rudimens des organes de la locomotion. Les Mollusques qui vivent dans le sable ont aussi peu de mouvemens; ils se réduisent én général à monter et à descendre dans un trou qui contient juste I'Animal et sa coquille, comme dans les Solens, par exemple; dans d'autres, comme les Mactres, les Vénus, les Cythéréçs, les Mulettes, etc., le Mollusque, à l'aide de son pied et de l'entrebâillement des valves, rampe sur le sable en y creusant un sillon; mais ce mouvement n'est pas une véritable reptation, comme dans les Gastéropodes. Il s'exécute par un mouvement de bascule opéré par le pied qui prend son point d'appui dans le sable et pousse, comme un levier, la coquille en avant. Dans les Bucardes, outre cette progression qui est la plus ordinaire, la longueur du pied ployé dans son milieu donne au Mollusque, en l'appuyant sur le sable et en le redressant promptement, la faculté de faire un saut, comme s'il était mû par un ressort. Quelques Mollusques Céphalés vivent fixés aux rochers comme les Coquilles bivalves: nous citerons les Hipponices; aussi le pied est à l'état rudimentaire et remplace le second lobe du manteau des Acéphales. Les Mollusques Céphalés désignés par le nom de Gastéropodes rampent tous comme les Limaces, par exemple, à l'aide du disque charnu que Fou nomme pied; dans les Ptéropodes, la locomotion est une véritable natation qui s'opère au moyen d'appendices latéraux ou de nageoires. Les Hétéropodes sont aussi des Mollusques nageurs qui ont une nageoire dorsale verticale, et une autre caudale ou postérieure, verticale aussi. Les Céphalopodes enfin ont une natation fort active; ils se dirigent dans tous les sens, comme le peuvent faire des Poissons; quelquesuns cependant sont dépourvus de nageoires, comme les Seches; d'autres en sont munis d'une paire seulement, à l'extrémité postérieure du corps; mais les bras, ces moyens puissans de préhension, servent aussi à la natation et aux divers mouvemens du Mollusque.

Nous aurions pu terminer cet article par des considérations sur l'importance que les divers zoologistes donnent aux différens organes pour établir des principes de classification méthodique et naturelle; le peu d'u-

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niformilé qui existe, à cet égard, dans les divers travaux des naturalistes, fait désirer une discussion approfondie de la valeur des caractères les plus essentiels devant être pris sur les organes les moins variables. Nous nous proposons de traiter cette question a l'article SYSTÈME. (D..H.)

MOLOBRE. Molobrus. ins. Genre de l'ordre des Diptères, famille des Némocères, tribu des Tipulaires, établi par Latreille aux dépens du grand geme Tipula de Linné et auquel Meigen a donné le nom de Sciara. Les caractères de ce genre sont: des yeux lisses, distincts, rapprochés sur le vertex; palpes filiformes; antennes sétacées, simples, beaucoup plus longues que la téte, de quinze a seize articles; ailes couchées sur le corps; yeux composés, presque en forme de croissant. Ce genre se distingue des Mycélobies qui en sont très-voisins, par les yeux qui dans ces derniers sont ovales et sans échancrure, et par la disposition des petits yeux lisses. Les genres Platyure, Sciophile et Campilomyze en sont séparés par des caractères tirés des yeux, des formes. du corps et du port des ailes. Enfin les Céroplates en sont éloignés par leurs antennes en massue perfoliéc et presque en forme de râpe. L'espèce qui sert de type à ce genre est la Tipula Thomœ, L.; elle est très-commune dans les lieux frais et humides des jardins et des bois. Elle est longue d'environ trois lignes, toute noire, avec l'abdomen conique, et a, de chaque côté, une ligne d'un jaune safran. Meigen et Fabricius la rapportent au genre Sciara. Le premier l a figurée, Dipt., part, 1, tab. 5, fig. 15-17. (G.)

MOLOCHIA. BOT. PHAN. (Sérapion.) Le Mouron. (B.)

MOLOCHITES. MIN. Léman, le premier, a reconnu un Jade dans cette pierre arabique mentionnée par Pline. (B.)

MOLON. BOT. PHAN. (Pline.) La Filipendule selon C. Bauhin. (B.)

*MOLONA. BOT. PHAN. Les habitans de la province de Truxillo, au Pérou, donnent ce nom an Rhamnus senticosa de Kunth, que Rœmer et Schultes ont mal à propos rapporté au genre Colletia de Ventenat. (G.N.)

MOLOPS. Molops. ins. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Penlamères, famille des Carnassiers terrestres, tribu des Carabiques, établi par Bonelli, et ayant pour caractères: les deux tarses antérieurs des mâles seuls dilatés; crochets des tarses simples ou sans dentelures; point d'étrauglement ou de dépression brusque à l'origine de la tête; articles dilatés des tarses antérieurs des mâles, en foi me de cœur ou de triangle, ne formant point de palette, soit carrée, soit orbiculaire; antennes composées d'articles courts etpresque en forme de chapelet. Le genre Molops se distingue du genre Percus qui en est le plus voisin, parce que le rebord extérieur des étuis de ces derniers se termine à Pangle extérieur de leur base et ne se replie point, comme dans tous les autres genres, sur elle. Les Pterosliques, les Abax et les Platysmes en diffèrent par leurs antennes qui ont des articles plus allongés et par les formes du corps et du corselet. Ce genre est formé aux dépens du grand genre Carabe de Linné et de Fabricius, ou des Harpales et des Féronies de Latreille. On peut y rapporter les Carabus elatus, Fabr.; Scarites gagates, Panz., Faun. Ins. Germ, XI, 1; Car abus terricola, Fabr.; Scarites piceus, Panz., loc. cit., 11. (G.)

MOLORQUE. Molorchus. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères établi par Fabricius et comprenant les Nécydales de Latreille qui ont les étuis très-courts. V. NÉCYDALE. (G.)

MOLOSSE, MAM. V. VespertiLION.

*MOLOSSE, REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre. V. ce mot. (B.)

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MOLOSSE. Molossus. MOLL. Blumenbach, dans son Specimen archœologiæ telluris, etc., pag. 21, pl. 2, fig. 6, a mentionné et figuré un corps fort singulier qu'il a confondu avec les Orthocératites, sous le nom d'Orthoceralites gracilis. C'est avec ce corps que Montfort a fait son genre Molosse qu'il caractérise de la manière suivante: coquille libre, univalve, cloisonnée, droite, conique, fistuleuse et intersectée; cloisons unies, faites en tambour; siphon latéral continu, rond, servant de bouche; sommet pointu; base horizontale. Cettecoquille, changée en fer sulfuré, est-elle dans son entier? le test a-t-il été remplacé par la matière étrangère? les cloisons seules existent-elles, le test ayant disparu, ou bien l'inverse est-il arrivé? Il faudrait pouyoir répondre à ces questions d'une manière satisfaisante pour pouvoir se faire une idée exacte du Molosse. Ne sérait-ce pas un corps semblable à ceux figurés par Schlotheim dans son Petrefactenkunde, troisième cahier, pl. 19, fig. 8, 9, sous le nom de Tentaculites, et qui aurait été mal figuré ou mal vu par Blumenbach, et par suite plus mal recopié par Montfort? Lamarck n'a pas mentionné le Molosse; Cuvier a imité Lamarck. Férussac l'a placé dans la famille des Nodosaircs, et si ce corps est suffisamment connu, c'est là la seule place qu'il doit occuper. Blainville, dans son Traité de Malacologie, a reporté les Molosses ainsi que les Nodosaires dans le genre Orthocère, ce qui rend celui-ci, à bien dire, un incertœ sèdis par les différentes Coquilles qu'il renferme. Latreille a mentionné les Molosses dans la tribu des Orthocérates, à la fin, dans la dernière section, qui comprend les Coquilles noueuses ou annelées transversalement; ils sont en rapport avec les Echidnées, les Raphanistres, Réophages, Nodosaires et Spirolines. Nous renvoyons à OrtiHoCÉRATES, ORTHOCÈRES ct NODOSAIRES. (D..H.)

MOLOSSUS. mam. Nom scientifique du Dogue, race ou espèce de Chiens domestiques. (B.)

*MOLOXITA. OIS. Et non Moloxirna. Espèce du genre Merle, (B.)

MOLPADIE. Molpadia. echin. Genre d'Echinodermes sans pieds, établi par Cuvier (Règ. Anim. T. Iv, p. 23), dont les caractères sont: corps coriace, en forme de gros cylindre ouvert aux deux bouts; organisation intélieure à peu près semblable à celle des Holothuries; bouche privée de tentacules et garnie d'un appareil de pièces osseuses moins compliqué que celui des Oursins. Ce genre ne renferme qu'une espèce dont l'extrémité où est l'anus finit en pointe; Cuvier l'a nommée Molpadia holothurioides; elle vit dans la mer Atlantique. (E. D..L.)

*MOLPADIE. Molpadia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthélées, et de la Syngénésie superflue, L., établi par Cassiui (Bulletin de la Soc. Philom., novembre 1818) qui ne savait pas ce mot consacré dans la zoologie, et qui l'a placé dans la section des InuléesPrototypes, en fixant ainsi ses caractères: involucre presque orbiculaire, formé d'écailles imbriquées; les extérieures ovales-oblongues, coriaces et appliquées dans leur partie inférieure, foliacées et étalées en forme d'appendice à leur sommet; les intérieures appliquées, linéaires-oblongues, terminées par un appendice étalé, arrondi, légèrement scarieux et frangé sur les bords; réceptacle très-large, plane, garni de paillettes subulées; calathide radiée; les fleurs du centre nombreuses, régulières et hermaphrodites; celles de la circonférence sur un seul rang, nombreuses et femelles; corolle des fleurs centrales ayant le tube très-aigu en dehors; celles de la circonférence en languettes linéaires très-longues; anthères munies à la base d'appendices longs et barbus; ovaires oblongs, cylindriques, glabres, surmontés d'une aigrette très-courte, cartilagineuse, offrant quelquefois une lon

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gue soie à peine plumeuse. Ce genre est fondé sur une Plante qui offre des rapports avec les Inula et les Buphtalmum; aussi les auteurs l'ont-ils placé dans ces deux genres. Tournefort en faisait le type de son genre Asteroides, mais if lui associait un véritable Buphtalmum.

La MOLPADIE ODORANTE, Molpadia waveolens, Cass., Buphlalmum cordifulium, Waldst. et Kitaib., Inula macrophylla, Marsch., I. Caucasica, Pers., est une fort belle Plante herbacée dont toutes les parties exhalent une odeur agréable. Sa tige élevée, presque simple, pubescente, porte des fouilles alternes ou opposées. Les feuilles radicales sont tres-grandes, petiolées, cordiformes, irrégulièrement dentées en scie, ridées et glabres sur leur face supérieure, marquées de nervures sur leur face inférieure et parsemées de poils et de glandes remplies d'huile volatile odorante. Les fleurs sont jaunes, trèsgrandes, solitaires au sommet de la tige ou des rameaux axillaires. Cette Plante croît dans les contrées orientales de l'Europe, et au Caucase. (G..N.)

* MOLTKIE. Moltkia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Borraginées et de la Pentandric Monogvnie, L., établi par Lehmann ( N. Schrift. der Naturf. gesellsch. z. Halle, 3, 2, p. 4) qui l'a ainsi caractérisé: calice à cinq divisions profondes, linéaires, lancéolées, dressées; corolle cylindracée, presqu'infundibuliforme, plus longue que le calice; gorge nue; cinq étamines dont les filets plus longs que la corolle, les antheres oblongues, incombantes; stigmate échancré; akènes grands, ovés, difformes, uniloculaires, rugueux, fixés au fond du calice, non perforés à la base; deux ordinairement plus grands. Ce genre est formé aux dépens des Onosma de Willdenow, et ne paraît pas eu être très-distinct. Il comprend seulement deux espèces: la première, Moltkia punctata, Lehm., est une plante de la Galatie dont les feuilles radicales sont obovées, lancéolées, obtuses, hérissées de poils nombreux; les fleurs sont presque sessiles, alternes, tournées du même côté, accompagnées de bractées lancéolées, aiguës, plus longues que le calice. Les akènes ou noix sont marqués d'impressions punctiformes. L'autre espèce, Moltkia cærulea, était I'Onosma cœruleum de Willdenow, Plante d'Arménie, à feuilles caulinaires, oblongues, lancéolées, aiguës, presque soyeuses, à corolles beaucoup plus longues que le calice, et à noix rugueuses. Lebmann a donné deux bonnes figures de ces Plantes dans l'ouvrage publié sous le titre d'Icones rariorum Plantarum è familid Asperifoliarum, t. 43 et 44. (G..N.)

MOLUCCA, BOT. PHAN. D'anciens botanistes désignaient sous ce nom le genre appelé Molucella par Linné. V. MOLUCELLE. (B.)

MOLUCELLE. Molucella. BOT. PHAN. Genre de Plantes de la famille des Labiées et de la Didynamie Gymnospermie, caractérisé par un calice campanule évasé, plus grand 'que la corolle, et à cinq ou dix dents épineuses; par une corolle à deux lèvres écartées; la supérieure convexe, entière ou légèrement échancrée; l'inférieure à trois lobes, dont le moyen est plus grand et obcordlforme. Le style est de la longueur des étamines, et le fruit sc compose de quatre coques placées au fond du calice.

Ce genre dont on ne connaît qu'uu petit nombre d'espèces se distingue surtout par la grandeur de son calice. Une seule espèce croît en Europe, c'est la Molucelle ligneuse, Molucella frutescens, L., Al lion., Ped., n. 122, T. ii, fig. 2. C'est un petit Arbuste haut d'un à deux pieds, croissant dans les lieux arides et sur les rochers, en Provence, en Italie. Sa tige est carrée, rameuse et dichotome, munie d'aiguillons géminés. Ses feuilles opposées sont pétiolées, ovales, pubescentes, marquées de trois à cinq grosses dents. Le* fleurs sont blanchâtres, réunies on

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petit nombre à l'aisselle des feuilles supérieures.

On cultive encore dans les jardins de botanique la Molucella lœvis, L., qui est annuelle et originaire de la Syrie. (A. R.)

MOLUE. POIS. Vieux nom français de la Morue. V. GADE. (B.)

MOLUGINE. BOT. PHAN. Pour Mollugine. V. ce mot. (B.)

MOLUQUE. BOT. PHAN. Pour Molucelle. V. ce mot. (B.)

MOLURE. REPT. OPH. Espèce du genre Couleuvre. V. ce mot. (B.)

MOLURIS. Moluris. ins. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Hétéromères, famille des Mélasomes, tribu des Piméliaires, établi par Latreille et ayant pour caractères: mâchoires découvertes en dessous jusqu'à leur base et point cachées par le menton; corselet presque rond; abdomen ovale; antennes un peu plus grosses vers leur extrémité, terminées par un article ovoïde. Ce genre se distingue des Pimélies, des Eurychores, aes Akis et des Erodies par le dernier article des antennes qui, dans ceux-ci, est très-petit comparativement au précédent. à peine saillant dans quelquesuns et en forme de cône très-court. Les Tentyries s'en distinguent par les antennes qui finissent par deux à trois articles globuleux et qui sont partout de la même grosseur; les Tagénies en sont éloignées par leur corps linéaire et leurs antennes presque perfoliées, et les Sépidies en sont séparées parla forme du troisième article de leurs antennes et par celle du corselet. Le corps des Moluris est allongé, ovale, très-convexe; leur tête est plus étroite que le corselet, inclinée perpendiculairement, enfoncée jusqu'aux yeux dans le corselet; les antennes sont filiformes, insérées sous un rebord de la tête, composées de onze articles; le premier assez long, gros; le second très- court, conique; le troisième le plus long de tous, cylindrique; les suivans obeoniques; les quatre derniers un peu plus gros que les autres; les dixième et onzième turbinés; ce dernier ovale, globuleux. Le labre est coriace, avancé, entier, en carré transversal; les mandibules sont écbancrées vers leur extrémité; les mâchoires ont leur lobe intérieur muni d'un onglet; leurs palpes sont filiformes, de quatrearticles; le dernier un peu plus court que le précédent, presque triangulaire, comprimé; les palpes labiaux sont de trois articles. La lèvre est crustacée, avancée, fortement écbancrée; le menton est court, large, en carré, transversal; son bord supérieur est presque droit. Le corselet est plus étroit que l'abdomen, convexe, presque globuleux, tronqué en avant et à sa partie postérieure. L'écusson est nul, les élytres sont très-convexes, soudées ensemble et embrassant l'abdomen. Les ailes n'existent pas. L'abdomen est grand, ovale, tronqué antérieurement; les pates sont assez fortes, avec les jambes étroites; les postérieures longues, un peu camrées; toutes les jambes ont deux courtes épines à leur extrémité. Les mœurs des Moluris nous sont inconnues; il est trèsprobable qu'ils ont les mêmes habitudes que les Pimélies; ces Insectes sont originaires de I'Afrique et des contrées de l'Asie qui en sont voisines; le genre est assez peu nombreux en espèces, parmi lesquelles nous citerons:

Le MOLURIS STRIÉ, M. striata, Latr.; Pimelia striata, Fab., Oliv., Entoro. T. III, Pimel., pag. 4, n. 2, pl. 1, fig. it. Il est long de quinze a seize lignes, d'un noir foncé luisant, avec les élytres lisses, ayant chacune la suture et trois lignes a'uu rouge de sang. Cette espèce se trouve au cap de Bonne-Espérance. On peut encore rapporter à ce genre les Pirnelia gibbosa, brunnea, hispid a, lœvbgata, hirlipes et globularis d'Olivier. (G.)

MOLVAETMOLVE. POIS. (Rondelet. ) V. GADE.

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MOLY. BOT. PHAN. Homère mentionne le premier cette Plante qui préservait des enchantemens et dont les fleurs étaient blanches; on ne sait ce qu'entendait désigner par ce nom le prince des poëtes grecs, Le Moly de Théophraste a été rapporté à l'Alium magicum. Pline en cite deux qui ont les fleurs jaunes, mais il est douteux qu'aucun soit notre Alium Moly, surtout celui qu'on découvrit aux environs de Rome, parmi les rochers dans lesquels s'enfoncait si bien sa racine, qu'il fallut les briser par de grands efforts pour l'obtenir, encore ne l'eulon pas toute, ce qu'on en put extraire n'ayant guère que trois pieds. Pline ne dit pas ce qu'on fit de cette racine, mais on est forcé de convenir même au sujet des Moly, qu'il n'est pas une production naturelle que le compilateur romain ne rende méconnaissable par les contes populaires et les impossibilités dont il surcharge scs descriptions. Quelques modernes ont donné le nom de Moly à l'Éphémère de Virginie qui n'était pas connue des anciens. (B.)

MOLYBDÈNE, MIN. Métal qui a beaucoup d'analogie avec le Titane et le Tungstène, et qu'on trouve dans la nature à l'état d'Acide libre, de sulfure et de combinaison avec l'oxide de Plomb. On n'a pu encore l'obtenir qu'en petits grains détachés, grisâtres, cassans et infusibles, qui se transforment par la chaleur en oxide blanc. L'Acide molybdique se rencontre sous la forme d'un enduit jaunâtre à la surface du sulfure du Molybdène: il est formé d'un atome de Molybdène et de trois atomes d'Oxigène, ou, en poids, de soixante-sept parties de Molybdène et trente-trois d'Oxigène. Il est un peu soluble dans l'eau, qui prend une belle teinte bleue quand on y plonge un barreau de Zinc. Pour ce qui concerne la combinaison de cet Acide avec l'oxide de Plomb, V. PLOMB MOLYBDATÈ.

MOLYBDÈNE SULFURÈ, Wasserbley, W. Substance métalloïde, d'un gris de Plomb, facile à gratter avec le couteau; composée de lames séparables; flexible sans élasticité; onctueuse au toucher; tachant le papier en gris métallique, et formant des traits verdâtres sur la porcelaine; pesant spécifiquement 4,7; cristallisant en prismes hexaèdres réguliers, trèscourts et semblables à des lames hexagones; volatile en fumée blanche par Taction du chalumeau, en donnant une odeur sulfureuse. Elle est composée de deux atomes de Soufre et d'un atome de Molybdène, ou, en poids, de quarante parties de Soufre, et soixante de Molybdène. On la trouve toujours en cristaux, ou en lames disséminées dans les roches, quelquefois en rognons ou petites couches à structure feuilletée. Elle appartient en général aux terrains anciens, principalement à ceux de Granite et de Micaschiste, et sa gangue immédiate est ordinairement une matière quartzeuse. On la trouve aussi dans les gîtes métallifères, surtout dans ceux d'Etain d'Altenberg, de Zinnwald, de Cornouailles; dans le Greisen des montagnes de Blon, près de Limoges. Cordier Ta observée dans la roche du Talèfre, au pied du Mont-Blanc. Enfin on la rencontre très-fréquemment dans les terrains primitifs de l'Etat de NewYorck, aans l'Amérique septentrionale. (G. DEL.)

MOLYBDENITE, MIN. (Kirwan.) Syn. de Molybdène sulfuré, (G. DEL.)

*MOLYBDIQUE. MIN. V. Acide et Molybdène.

MOMBIN ET MONBIN. BOT. PHAN. Noms d'une espèce du genre Spondias de Linné, et que dans le Diclionnairede Déterville on a étendu au genre lui-même. V. Spondias. (A.R.)

* MOMIE, moll. Espèce du genre Maillot. V. ce mpt. (B.)

MOMORDIQUE. Momordica. BOT. PHAN. C'est un genre de la famille des Cucurbitacées et de la Monœcie Monadelphie, L., caractérisé par

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des fleurs unisexuées et monoïques; les mâles ont un calice campanulé à cinq divisions profondes, ovales, allongées, aiguës; une corolle monopétale, également campanulée, ayant ses cinq incisions extrêmement profondes. Les étamines au nombre de cinq sont, comme dans le plus grand nombre des autres Cucurbitacées, réunies en trois faisceaux; deux des faisceaux composés chacun de deux étamines, et le troisième seulement formé d'une étamine dans les fleurs femelles. Le calice est ovoïde, allongé à Sa base où il adhère avec l'ovaire infère; la corolle est la même que dans les fleurs mâles. Le style est court, trifide et portant trois stigmates légèrement échancrés. Le fruit est une sorte de baie ou péponide charnue ou desséchée, s'ouvrant en trois valves et avec élasticité. Les Momordiques sont des Plantes herbacées, grimpantes ou étalées, munies de vrilles tordues en spirale. Les feuilles sont alternes, pétiolées, découpées en lobes palmés. Les fleurs sont pédonculées, munies chacune d'une bractée, plus ou moins rapprochée de leur base.

La MomordicaElaterium, L., ayant été retiré de ce genre pour former le genre Ecballium ( V. ce mol ), toutes les autres espèces de Momordiques sont exotiques.

Parmi ces espèces, nous citerons ici la Moinordique Balsamine, Momordica Balsamina, L. Celte espèce est originaire de l'Inde. Elle est annuelle. Sa tige est rameuse, divisée en ramifications nombreuses, grimpantes au moyen des vrilles dont elles sont armées. Ses feuilles sont pétiolées, orbiculaires, divisées assez profondément en cinq lobes, grossièrement dentées et aiguës, luisantes à leur face supérieure. Les fleurs d'un jaune pâle sont solitaires, mumies d'une petite bractée séssile, cordiforme et dedticutée. Les fruits sont des baies ou péponides tuberculeuses, du volume d'une grosse prune, d'one belle teints jaune orangé, ou d'un rouge vif, s'ouvraut irrégulièrement en trois valvès. Ces fruits sont vulgairement connus sous le nom de Pommes de Merveille. (A. R.)

MOMOT. OIS. Priorities, Illig.; Momotius, Briss.; Baryphonus, Vieillot. Genre de l'ordre des Omnivores. Caractères: bec robuste, dur, long, épais, convexe en dessus, fléchi vers la pointe qui est comprimée; bords des mandibules dentelés en scie; narines situées à la base du bec, un peu obliquement, en partie cachées par les plumes du front; quatre doigts; trois en avant, inégaux: l'interne très-court, soudé à la base; l'externe uni à l'intermédiaire jusqu'à la seconde articulation; ailes courtes, les trois premières rémiges étagées, les quatrième et cinquième les plus longues.

La défiance naturelle des Momots et leur caractère toüt-à-fait sauvage se sont jusqu'ici opposés à l'étude suivie de leurs mœurs et de leurs habitudes, de manière que leur histoire est encore très-pett connue. Plusieurs auteurs en ont parlé en sens divers, mais, les traits principaux qu'ils allèguent contradictoirement ne se trouvant ni les uns ni les autres entièrement d'accord avec la conformation de l'Oiseau, nous avons préféré les passer Sous silence, plutôt que de nous exposer à répéter des erreurs. Le peu de faits qué nons rapporterons, nous les puiserons dans des notes que nous avons extraitesdes journaux dedifférens voyageurs dont le talent d'observation et la véracité ne sont point contestés. Les Momots habitent Ici forêts les plus épaisses des contrées éq'nâtoriales du nouveau continent; rarement ils se montrent dans des plaines qùi confinent lès forêts; leur Vol, en raisdn de là longueur des deux rectrices intermédiaires et dé la brièveté des ailes, est'lourd) et tres-limité; àussi ces Oiseaux condamnés en quelque sorte à terminer léur eàistende aux lieux où ils l'ont reçne, sont-ils essentieltement ènsàniers, c paràissent-ils avoir perdu toute con

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lenance lorsqu'un événement quelconque les a transportés subitement bots du cercle borné dans lequel les retfreint une habitude journalière. a tu de ces Momots égarés, livrés à toutes les inquiétudes de leur position, s'abattre épuisés de besoin et de fatigue, après de vaines et pénibles excursions dans le voisinage, peut-être de l'endroit même qu'ils cherchaient avec des efforts que leur naturel trop sédentaire rendait impuissans. On a toujours; considéré tes Momots comme Omnivores, et même dans la classification méthodique que nous avons adoptée, ils sont ranges comme tels; néanmoins cela n'est pas conforme à l'observation, ear l'on n'a jamais pu faire manger des graines à ceux que l'on a cherché à élever en captivité; et cette observation avait été laite déjà depuis long-temps par D'Azarn. Ils paraissent préférer à toute autre nourriture et même aux fruits, les Insectes, les Vers et les lambeaux de chair; ils avalent aussi les petits Quadrupèdes, après leur avoir brisé les os en les foulant avec les pieds; et de jeunes Oiseaux trouvés dans l'estomac de quelquesuns de ceux que l'on a écorchés, portent à croire qu'ils visitent les nids pour dévorer la progéniture qui les habite. Ils ne s'occupent point de la nidification: des trous pratiqués en terre et dans lesquels on a surpris des couveuses, prouvent qu'ils s'emparent de quelque terrier abandonné et qu'ils y déposent leur ponte consistant en trois œufs d'un blanc verdâtre, tachetés de brun. Le chant de ces Oiseaux est terat-à-fait désagréable; il est en même temps aigu et grave, selon les diverses inflexions; c'est sans doute de ce chant ou de ce cri que les Momots ont été primitivement nommés par les aborigènes Houtou dans divers cantons et Tutu dans d'autres. Les Momots avaient éié d'abord confondus avee les Toucans par Linné. D'Azara le premier en a invoqué la séparation, et depuis elle a été effectuée dans les différentes distributions méthodiques qui ont paru.

MOMOT DU BRÉSIL. V. MOMOT HOUTOU.

MOMOT DE DOMBEY. V. MOMOT A TÉTE ROUSSE.

MOMOT HOUTOU, Momot us Brasiliensis, Lath.: Baryphonus cyanocephalus, Vieill., Buff., pl. enl. 370. Parties supérieures vertes; espace oculaire nu d'un noir profond, entouré d'un trait bleu dans sa partie postérieure; sommet de la fête étant a'un bleu d'aigue-marine brillant; nuque d'un bleu de saphir, séparé du précédent par une tache noire; quelques traits d'un bruh mairon sur le haut du cou; grandes tectrices alaires et rémiges primaires d'un bleu changeant en aigue-marine; petites tectrices alaires et rémiges secondaires vertes; rectrices très étagées y vertes à leur origine; puis dans les intermédiaires surtout d'uu bleu changeant en violet; les deux du milieu beaucoup plus longues, ébarbées à un pouce environ de leur origine, jusqu'à un poüce ou deux de leur extrémité dans cet intervalle; les barbulcs paraissent avoir été usées pat le frottement, car on observe que dans les jeunes, les barbes sont entières dans toute la longueur des rectrices; parties inférieures d'un vert obscur, avec quelques taches longitudinales noires et souvent bordées de blpu sur la poitrine; bec noir; pieds bruns. Taille, dix-huit pouces.

MOMOT A TÈTE ROUSSE, Momotus ruficapîllus, Dum. Parties supérieures vertes; sommet de la tête d'un brun rougeâtre; tectrices alaires vertes frangées de verdâtre; rémiges d'un bleu verdâtre, brillant; rectrices bleuâtres, les deux intermédiaires dépassent de beaucoup les autres qui Sont étagées; parties inférieures d'un vert roussâtre; bec et pieds noirâtres. Trille, quatorze à quinze pouces.

MOMOT TUTU, Baryphohus Cyanogaster. Nom que Vieillot a imposé à une variété du Momot à tête rousse, dontla moitié inférieure de la poi-

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trine et le reste des parties inférieures sont d'un bleu assez vif.

MOMOT VARIÉ. Même chose que le Momot Houtou dont il n'est qu'une variété. (DR..Z.)

MOMOUL. OIS. ( Sonnini. ) Pour Monaul. V. ce mot. (B.)

MONA, MONO, MONINA et MONNINA. mau. Noms et diminutifs sovis lesquels on a désigné les petits Singes dans beaucoup de relations de voyages, et qui purement espagnols n'ont qu'une signification vague et arbitraire, dont les naturalistes empruntèrent celle de Mone qui désigne une espèce de Guenon. (B.)

MONACANTHE. Monacantha. pois. Sous-genre de Baliste. V. ce mot. (B.)

MONACHELLE. POIS. Espèce du genre Spare. V. ce mot. (B.)

MONACHNE. BOT. PHAN. Palisot Beauvois (.Agrost., p. 49, t. 10, fig. 9, 10 ) appelle ainsi un genre nouveau qu'il établit pour le Saccharum replans de Lamarck, qui en eflet n'appartient pas au genre Saccharum. Mais ce nouveau genre Monachne ne diffère des Panicum que par l'absence d'une des écailles de la lépicène, et Trinius dans son Agrostographie l'y a réuni. V. PANIC. (A.R.)

*MONACTINERMA. BOT. PHAN. C'est-à-dire qui n'a qu'un seul rang de rayons. Genre proposé par Bory de Saint-Vincént (Ann. gén. des Scien. phys. T. it, pag. 138), pour les Passiflores à calices quinquéfides, et munis d'un nectaire ou couronne à un seul rang. V. PASSIFLORE, (A. R.)

*MONACTIS. BOT. PHAN. Ce genre établi par notre collaborateur Kunth ( Nov. Gen. et Spec. Plant. œquin. 4, p. 236), appartient à la famille des Synanthérées, tribu des Hélianlhées, et à la Syngénésie superflue, L. Il est ainsi caractérise r involucre cylindracé, tubuleux, composé d'un petit nombre de folioles presque imbriquées, lancéolées, aiguës, membraneuses; les extérieures plus petites: réceptacle plane, couvert de paillettes lancéolées, linéaires, aiguës, carenées et diaphanes; calathide radiée; les fleurs du disque au nombre de cinq à dix, hermaphrodites, ayant une corolle tubuleuse, renflée à la base, et dont le limbe est campanule à cinq lobes ovés, lancéolés et réfléchis; les étamines ont des filets capillaires, des anthères linéaires, à peine cohérentes, nues à la base, terminées au sommet par des appendices ovales et légèrement obtus. L'ovaire est linéaire, depourvu d'aigrette, surmonté d'un style filiforme que terminent deux branches stigmatiques saillantes. Le rayon ne se compose que d'une seule fleur femelle, dont la corolle offre un tube court, comprimé, à languette elliptique, oblongue et tridentée; l'ovaire est comme celui des fleurs hermaphrodites. Les akènes ne sont poiut connus. Ce genre est trèsvoisin du Flaveria de Jussieu et de l' Ogiera de Cassini; il se distingue du premier par son réceptacle paléacé et du second par son port, et la ûeur soli-taire quncompose son rayon et qui lui a fait imposer le nom de Monactis. Le Monactis flavcrioid.es, Kunth, toc. cit., tab. 4o3, est un Arbre à rameaux alternes qui se divisent en petites branches flexueuses, légèrement glabres. Ses feuilles sont alternes, pétiolées, ovales-oblongues, cunéiformes à la base, se terminant légèrement en pointe, offrant quelques petites dents trèséloignées, coriaces, marquées de nervures réticulées et proémiuentes, vertes et rugueuses supérieurement, tomenteuses et blanchâtres en dessous. Les fleurs presque sessiles et de couleur jaune, sont disposées en corymbes terminaux et trèsrameux. Cet Arbre croît dans la province de Bracamora, sur les rives du fleuve des Amazones. Une seconde espèce a été décrite par l'auteur du genre sous le nom de Monactis duhia. Mais cette Plante qui habite le royaume de Quito, est dioïque, et dans l'opinion de Kunth

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luimême, elle pourrait peutêtre Caire partie du genre Bailliera d'Aublet. (G..N.)

*MONADAIRES, MICR. Première famille de l'ordre des Gymnodés, de la classe des Microscopiques, c'est-à-dire celle qui, dans un tema naturae, doit commencer ou terminer le catalogue des êtres vivans, selon qu'on y procède dans l'ordre ascendant ou descendant. Ce sont lès plus simples des créatures vivantes; chaque individu, infiniment petit, parfaitement translucide, sans la moindre apparence d'organe quelconque, de forme parfaitement arrêtée, et ne paraissant ni contractile ni extensible, n'offre au plus fort grossissement, aucune apparence d'une molécule constitutrice; les infusions seules ou les liquides corrompus en produisent d innombrables quantités. Il est impossible d'y reconnaître même le moae de reproduction tomipare. Résultat d une génération spontanée, dans le sens raisonnahle qu'on doit attacher à ces mots unis, tous les individus d'une même espèce y apparaissent à la fois absolument ac la même taille, on dirait donc une molécule vivante individualisée; c'est-à-dire notre troisième forme primitive de la matière [V. ce mot) rendue à sa liberté par la dissolution des corps organisés qui en tenaient les individus moléculaires captifs. L'existence des Monadaires est donc encore l'une des merveilles par lesquelles se manifeste le grand cercle que se traça cette création qu'ils commencent, comme premier principe agissant qui se puisse développer, et qu'ils terminent lors de la dissolution des corps. Nous voyons ces Monadaires reprendre la liberté propre à chacun d'eux dès qu'ils cessent d'être asservis à quelque existence de communauté. L'on peut conséquemment dire de ces Microscopiques en considérant le rôle qu'ils jouent dans l'ensemble de l'univers, qu'ils en sont comme lalpha et l'oméga. Si le temps venait jamais de substituer des formules philosophiques aux paroles impropres qui font dans une haute leçon de morale intervenir les cendres de nos foyers, le ministre de la Religion pourrait rappeler l'Homme superbe à la petitesse de son origine en lui disant: Souvienstoi que tu n'es que Monadaires et que tu te dissoudras en Monadaires.

Les genres de la famille des Mona-daires sont les Lamcllines, les Monades, les Ophthalmoplanifles et les Cyclides. V. ces mots. (B.)

MONADE. Monas. MICR. Genre de la famille des Monadaires, dans l'ordre desGymnodés, et de la classe, des Microscopiques, caractérisé par l'extrême simplicité du corps, parfaitement sphérique dans les espèces qui le composent. Les Monades sont des soi tes d atomes bien dignes d'intéresser les naturalistes philosophes à quion ne sauraittropen recommander l'étude. Première modification de la matière passant à l'existence animale, les différences qui en singularisent les espèces sont fort difficiles à saisir; cependant nous sommes parvenus à connaître exactement plusieurs d'entre elles. Beaucoup de figures données par les micrographes, sont accompagnées de points qui les représentent confusément observées. Leur mobilité est prodigieuse; on dirait que la plupart roulent les unes sur les autres. En mourant sun le porteobjet du microscope par dessèchement, elles semblent, avonsnous déjà dit, affecter une disposition sériale, comme Ta fort bien représenté Müller, tab. 1, fig. II, a a. Les priucipales espèces de ce genre sont:

Le Monade Principe, Monas (Termo) spherica, bullata, continuo moiu quasi in olla igni superposita diseurrenst N.; Bonnan., Obs., p. 174; Monas Termo, Müll., lnf., p. 1, t. 1, f. 1; Encycl., Vers. III., pl. 1, f. i;Gmel., Syst. Nat. xm, T. 1, p. 3908; Animalcules du dernier ordre, Spall., Opusc. phys. T. i, p. 35 et 36. Cet

TOME XI. 6

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être, terme ou principe de l'existence organique, apparaît par myriades et très-promptement dans les infusions de substances animales et végétales; il y disparaît à mesure que des corps organisés moins simples ou plus grands se développent, comme s'ils étaient la molécule dont ces créatures se forment; il est le type de cette modification primitive de la matière que dans le T. x de ce Dictionnaire nous avons appelée AGISSANTE.

Le Monade POUSSIER, Monas ( Puluiseulus) margine vivente., N.; Müll., Inf., p. 7, t. 1, fig. 5, 6; Encycl., pl. 1, fig. 9, A C. Plus grosse que la précédente, obronde, vacillante et courant sur le porteobjet; déjà compliquée d'un peu de matière verte, elle finit par s'en saturer au point d'en perdre le mouvement; et c'est elle qui, enchaînée alors dans de la matière muqueuse, finit par perdre toute vie et par former, avec d'autres individus de son espèce, des membranes vertes qui ont tellement l'apparence de petites Uivacées, qu'il est souvent impossible de les distinguer de ces Végétaux mêmes avec le secours du plus fort microscope.

Les Monas Enchelioides, N.; Precatoria, N.; Lens, Müll.; .Punctum, Müll., et Bulla, N., que nous avons décrits dans le Dictionnaire de l'Encyclopédie méthodique, sont les autres espèces constatées de ce genre, (B.)

MONADELPHIE. BOT. PHAN. Nom de la seizième classe du système sexuel de Linné, ayant pour caractères: plusieurs étamines réunies en un seul faisceau ou tube par leurs filets, dans une élendue plus ou moins considérable. Cette classe,â laquelle appartiennent toutes les Malvacées, se compose de cinq ordres, savoir: Monadelphie Pentandrie, Monadelphie Décandrie, Monadelphie Ennèandrie, Monadelphie Dodécandrie et Monadelphie Polyandrie. V. SYSTÈME SEXUEL, (A. R.)

* MONADINE. MIOR. Espèce du genre Ênchéiide. V. ce mot. (B.)

MONANDRIE. BOT. PHAN. Nom de la première classe du Système sexuel de Linné, qui renferme tous les Végétaux phanérogames ayant une seule étamine. On compte deux ordres seulement dans celte classe peu nombreuse, savoir: la Monaudrie Monogynie et la Monandrie Digynie. V. SYSTÈME SEXUEL. (A. R.)

MONARDE. Monarda. BOT. PHAN. Genre de la famille des Labiées et de la Décandrie Monogynie, composé d'un assez grand nombre d'espèces, presque toutes originaires des diverses contrées de l'Amérique septentrionale. Ce sont des Plantes vivaces, ayant les fleurs rouges ou jaunes, axillaires ou réunies en tête ou au sommet des ramifications de la tige. Leur calice est tubuleux, cylindrique et à cinq dents; leur corolle, également cylindrique, a son limbe divisé en deux lèvres, la supérieure étroite, dressée et entière, enveloppant les étamines; l'inférieure plus large, réfléchie et à trois lobes, celui du milieu ctant plus long. Les étamines sont au nombre de deux dressées contre la lèvre supérieure de la corolle, qui les enveloppe. Parmi les espèces de ce genre, dont un grand nombre sont cultivées dans les jardins comme Plantes d'agrément, nous citerons les suivantes:

MONARDE A FLEURS ROUGES, Monarda didyma, L.; M. purpurea, Larak., III., t. 19. Cette espèce vulgairement désignée sous les noms de Thé d'Oswego ou de Pensylvanie, est une trèsbelle Plante, ayant sa tige haute d'environ deux pieds; ses feuilles opposées, ovales, acuminées, aiguës, dentées, finement pubescentes en dessous, parsemées à leur face supérieure de points glanduleux. Les fleurs sont d'un rouge écarlate, ainsi que les bractées qui les accompagnent; elles forment au sommet des tiges, une sorte de tête globuleuse. Les feuilles de cette Plante répandent une odeur trèsagréable. Dans quelques parties de l'Amérique septentrionale 0n se sert de

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leur infusion pour remplacer celle du Thé de la Chine.

MOTARDE FISTULEUSE, Monarda jUfuïosa, L., Gaertner, de Fruct., t. 66. Originaire du Canada, cette Monarde est plus grande que la précédente. Sa tige rameuse, articulée, velne, porte des feuilles pétiolées, orales, lancéolées, arquées, dentées, trèslongues, d'un vert pâle. Les fleurs qui sont violacées et tubuleuses forment des capitules terminaux, (A.R.)

MONARRHÈNE. Monarrhenus. BOT. PHAN. Genre de la famille des Syuanthérées et de la Syngénésie nécessaire, L., établi par Cassini qui l'a placé dans la tribu des Vernoniées. Il présente les caractères essentiels suivans: involucre oblong campanulé, formé d'écailles imbriquées; les extérieures ovales, oblongues, obtuses, concaves, appliquées, coriaces et velues au sommet; les intérieures étalées, longues, linéaires, scarieuses, luisantes et légèrement frangées sur les bords et au sommet; réceptacle petit, plane et absolument nu; calatnide oblongue, n'ayant au centre qu'une fleur régulière et mâle, et a la circonférence un grand nombre de fleurs tubuleuses et femelles. La fleur centrale mâle offre un rudiment d'ovaire extrêmement court et surmonté d'une longue aigrette soyeuse; sa corolle est à cinq divisions munies de glandes sur leur face extérieure; leurs étamines ont le filet large et membraneux; le tube des anthères saillant hors de la corolle, et pourvu d'appendices au sommet ainsi qu'à la base. Les fleurs de la circonférence présentent un ovaire oblong, un peu aminci inféneurement, strié, pourvu à la base d'un gros bourrelet cartilagineux, et surmonté 'd'une aigrette comme celle de la fleur centrale. La corolle est fabuleuse, grêle, divisée en trois ou juatre divisions longues et étroites. le style est à deux branches, longes, grêles, glabres et divergentes. U genre Monarrhenus se rapproche faucoup du Tessaria de Ruiz et Pavon ou Gynheteria deWilidenow. Il se compose de deux espèces que Lamarck a décrites, dans I'Encyclopédie, comme variétés d'une même espèce qu'il nommait Conyza salicifolia f Cassini les a nommées Monarrhenus pinifolius, et M. salicifolius. Ce sont des Plantes ligneuses à rameaux couverts de feuilles linéaires et entières, à fleurs nombreuses disposées en panicules ou en corymbes. Elles croissent dans les îles de France et de Mascareigne. (G..N.)

MONAS. MICR. V. MONADE.

MONASE. Monasa. OIS. (Vieillot.) Syn.deBarbacan,. V.Tamatia. (B.)

MONAUL. Monaulus. ois. Genre de la méthode de Vieillot qui correspond à notre genre Lophophore. V. ce mot. (DR..Z.)

MONAVIA. BOT. PHAN. (Adanson ). Syn. de Mimulus. V. ce mot. (B.)

MONAX. MAM. Espèce du genre Marmotte. V. ce mot. (B.)

MONBIN. BOT. PHAN. F. Mombin et Spondias.

MONDAIN, OIS. Race de Pigeons domestiques. (B.)

* MONDÉ ET MONDI. MAM. V.COATI.

MONE.MAM.V. GUENON et MONA.

MONEDULA. OTS. Nom scientifique du Choucas. V. Corbeau, (B.)

MONÉDÜLE. Monedula. ins. Genre de l'ordre des Hyménoptères, section des Porte-Aiguillons, famille des Fouisseurs, tribu des Bembecides, établi par Latreille et ayant pour caractères: labre en triangle allongé; mâchoires et lèvre formant une promuscide fléchie; côté interne des mandibules ayant deux ou trois dentelures; palpes maxillaires atteignant au moins l'extrémité des mâchoires, de six articles: les labiaux de quatre; cellule radiale et la dernière des cubitales séparées par un intervalle remarquable.

Ces Hyménoptères ressemblent, au

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premier coupd'œil, aux Bembex; mais ils en diffèrent cependant d'une manière trèsfacile à distinguer, par les palpes dont les maxillaires n'ont crue quatre articles et les labiaux que deux. Les Stizes en sont bien séparés par leurs parties de la bouche qui ne forment point de fausse trompe ou de promuscide. Les Monédules sont propres à l'Amérique; leur organisation est entièrement la même que celle des Bembex, et il est probable que leurs habitudes sont aussi semblables. Nous citerons:

La MONÉDULE VESPIFORME, Monedu la vespiformis, Latr.; Bembex signata, Fabr., Rœm., Gen. Ins., tab. 27, fig. 9. Son corps est noir, le corselet a quatre raies jaunes longitudinales, l'abdomen a des taches jaunes ondées. On la trouve à Cayenne et à Surinam. (G.)

* MONENTELES. BOT. PHAN. Genre de la famille des Synanthérées et de la Syngénésie frustranée, L., récemment établi par Labillardière (Sertum Austro-Caledonicum, p. 42, t. 43 et 44), et caractérisé ainsi: involucre composé de folioles dont les extérieures sont nombreuses, disposées sur plusieurs rangs, oblongues, acuminées, presque égales, couvertes d'une laine épaisse; les intérieures du double plus longues, lisses, colorées, scaneuses, appliquées; réceptacle plane et nu; calatbide composée de fleurons nombreux, tous femelles ou stériles, à l'exception d'un seul qui est placé au centre, et renferme des étamines et un pistil; la éorolle de ce fleuron est infundibuliforrae, à cinq divisions peu profondes; ses étamines syngénèses sont à peine saillantes, et le style est à deux branches stigmatiques; l'akène est obové, surmonté 'une aigrette poilue, ainsi que les akènes des fleurons femelles ou stériles. Ce genre est placé par son auteur auprès de I'Elychrysum, à cause de la forme de l'involucre et de son unique fleur centrale et hermaphrodite, au milieu de tant de fleurs femelles et stériles. Ce dernier caractère se présente aussi dans le Tessaria de la Flore du Pérou; mais les deux genres diffèrent par leur réceptacle et Tear involucre. D'après les caractères, le genre Monenteles est aussi trèsvoisin du Monarrhenus de Cassini. L'auteur a décrit et figuré deux espèces, sous les noms de Monenteles spicatus et M.sphacelatus. Ce sont des Plantes herbacées, à racines vivaces, à tiges dressées touffues, et ailées par la décurrence des feuilles. Les calalhides de fleurs sont disposées en capitules formant des épis continus ou interrompus. Elles croissent dans la Nouvelle-Calédonie.

Le Gnaphalium redolens de Forster pourrait bien être une espèce de ce genre. (G..N.)

MONERMA. BOT. PHAN. Genre de la famille des Graminées, établi par Pal isot-Beauvois (Agrost., p. 116, t. 30, f. 10) pour quelques espèces de Roltboella qui offrent les caractères suivans: les fleurs sont disposées en épis simples et articulés. Les épillets sont uniflores, sessiles et alternes à chaque dent de l'axe. Chaque épillet à moitié enfoncé dans une excavation de l'axe commun, se compose d'une lécipène à deux valves, aont l'intérieure, plus petite et plus mince, est le plus souvent soudée en partie avec le rachis, et l'externe est cartilagineuseet striée; d'une glume formée de deux paillettes minces et mutiques, d'une à trois étamines, de deux paillettes lancéolées, et d'un ovaire surmonté de deux styles et de deux stigmates plumeux. Le fruit est nu.

A ce genre Beauvois rapporte les Roltboella repens, subulata et monandra. V. Rottboelle. (A. R.)

MONET. OIS. L'un des noms vulgaires du Moineau et du Mouchet. (DR..Z.)

MONETIA. BOT. PHAN. V. AZIMA.

* MONGOLES, MAM. V. HOMME.

MONGOUS. MAM. Espèce du genre Maki. V. ce mot. (B.)

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MONGUL. MAM ( Vicq d'Azyr. ) Syn. d'Alagtaga. Espèce de Gerboise. V. ce mot. (B.)

MONIÈRE OU MONNIÈRE. Moniera, Monieria et Monniera. BOT. PHAN. Les auteurs varient sur la manière d'écrire ce mot; nous avons cru devoir suivre de préférence Aublet qui le premier a établi ce genre. Il appartient à ces Rutacées anomales dont quelques botanistes ont proposé de faire soit une tribu, soit même une famille distincte, sous le nom de Cuspariées. Son calice persistant présente cinq divisions profondes, soutes inégales entre elles, dont trois trèscourtes et deux plus longues que la corolle. Celle-ci est tubulée et son limbe se partage en cinq lobes, qui sont comme disposés en deux lèvres, la supérieure unilobée, l'inférieure quadrilobée: telle est son apparence, mais l'analogie fait reconnaître ici cinq pétales inégaux qui se sont soudés en partie. Au tube de la corolle sont accollés cinq filets alternant avec ses lobes, aplatis et barbus; deux seulement portent adossées à leur sommet des anthères cordiformes; les trois autres sont stériles. On remarque aussi au dedans et à côté de ces dernières une écaille hypogyne, allongée et bidentée au sommet; cinq ovaires sessiles, rapprochés, glabres, renfermant chacun deux ovules, et de leur sommet naissent autant de styles soudés en un seul que termine un stigmate en tête, quinquélobé. Le fruit se compose de cinq capsules monospermes par avortement. La graine sous un test tuberculeux présente un embryon dépourvu de périsperme et dont les cotylédons sont lisses, bifides à leur base, pliés dans leur longueur, de manière que l'un embrasse l'autre, et que tous deux à leur sommet recouvrent en partie la radicule dirigée obliquement en avant et en bas, vers le point correspondant au hile. Le Montera trifolia est la seule espèoe connue de ce genre; c'est une Plante herbacée et velue qui croît dans la Guiane et se retrouve à Cumana et au Brésil; elle est commune sur les rivages de la mer. Ses feuilles alternes ou presque opposées se composent de trois folioles parsemées de points transparens extrêmement fins. De leurs aisselles naissent des pédoncules simples et nus inférieurement, puis bifurqués et chargés de fleurs presque sessiles et disposées d'un seul côté. V, Aublet, Plant. Guian., tab. 293, et Adr. de Juss., Rutac., tab. 22, n.31. (A.D.J.)

MONILIE. Monilla, BOT. CRYPT. (Mucédinées.) Ce genre établi par Persoon, aété divisé par Link en plusieurs autres genres tels que Aspergillus, Alternaria, Torula, Oideum, Epochnium; les caractères qui distinguent ces genres sont si légers que plusieurs d'entre eux nous paraîtraient devoir être réunis; tels sont les genres Torula et Monilia de Link et Hormiscium de Kunze, qui ne diffèrent que par la forme des articulations ovales dans les Monilia et sphériques dans les Torula et les Hormiscium. Le genre Monilia peut être ainsi caractérisé: filamens simples, roides, droits, légèrement entrecroisés, rapprochés par touffes, composés d'articles moniliformes qui se séparent à l'époque de la maturité en autant de sporidies globuleuses ou ovales. Le genre Alternaria de Nées ne diffère des Monilies qu'en ce que les articles ovoïdes, au lieu d'être continus, sont séparés par des espaces plus grêles. Toutes ces Plantes qui appartiennent au groupe des Byssoïdées croissent sur les Végétaux morts et souvent en partie pourris. Leur couleur est en général noirâtre ou d'un brun foncé. (AD. B.)

MONILIFERA. BOT. PHAN. ( Séb. Vaillant. ) Syn. d'Ostéosperme. V. ce mot. (B.)

* MONILIFORME. BOT. PHAN. C'està-dire en forme de chapelet. On donne ce nom adjectif à des organes allongés, divisés en petites masses par des étranglemens rapprochés les uns

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des autres. C'est dans ce sens qu'on dit vaisseaux moniliformes, poils et légumes moniliformes. (A. R.)

* MONILIFORMIE. Moniliformia. BOT. CRYPT. (Hydrophytes.) Dans un des articles dont il enrichit ce Dictionnaire (T. VII, p. 71), feu notre ami et collaborateur Lamouroux avait meutionné sous ce nom, à la suite du genre Fucus, et dans la liste des genies de la famille des Fucacées, un genre qu'il n'a pas eu.le temps de faire connaître; nous supposons que le Fucus moniliformis de Labillardière qu'Agardh rapporte à son Cyslosceira Banskii, en devait être le type. Cette Plante singulière paraît en effet être bien déplacée parmi les Cystoceires. (B.)

* MONILINE. Monilina. BOT. CRYPT. (Confervées.) Genre confondu avec les Conferves proprement dites par Lyngbye, et qu'il serait facile de confondre avec la plupart de nos Salmacidcs, après que l'accouplement totalement achevé a fait disparaître les filamens internesà spirale pour ne laisser subsister que ceux qui sont remplis de gemmules, si l'on n'observait que ces Monilines ne présentent aucune sorte de trace de stigmates qui puissent faire supposer le moindre rapprochement de deux filamens. Des valvules comme dans les Conferves proprement dites y interceptent des articulations bien visibles, et cellesci contiennent une matière colorante disposée en boules ou glomérules sphériques qui présentent parfaitement l'aspect des Zoocarpes d'un Tirésias, mais qui n'en ont pas l'animalité. Si ces Monilines s'accouplaient, elles ne différeraient du genre Léda, que parce que la gemmule serait solitaire au lieu d'etre deux par deux entre chaque valvule. Vus au microscope, les filamens des Monilines ont parfaitement l'air des colliers de perles, ce qui leur mérite le nom par lequel nous les désignons. Le Conferva floccosa de Lyngbye et le véritable punctalis de Müller sont des exemples de ce genre. (B.)

* MONILINES. Sousgenre de Batrachosperrnes. V. ce mot. (B.)

MONIME. Monimia. BOT. PHAN. Genre établi par Du PetitThouars, aux dépens de I'Ambora, formant le type de la nouvelle famille des Monimécs et offrant les caractères suivans: les ûeurs sont dioïques. Les fleurs mâles se composent d'un involucre globuleux à quatre dents, s'ouvrant eu quatre lobes profonds, étalés et réfléchis. La face interne de cet involucre qui est charnu, est toute couverte d'étamines, à filamens courts et à anthères composées de deux loges distinctes, s'ouvrant chacune par un sillon longitudinal. Les fleurs femelles se composent également d'un involucre ovoïde, ouvert seulement à son sommet, où il se termine par quatre ou cinq dents. Cet involucre creux intérieurement, a toute sa face interne tapissée de poils roides, et de son fond naissent huit à dix pistils dressés, sessiles, eutremêlés de poils et dont les stigmates linéaires sont saillans audessus de l'orifice de l'involucre. Le fruit se compose de l'involucre devenu charnu et à peu près de la grosseur d'une cerise, ombiliqué à son sommet, par l'orifice duquel sortent encore les restes des stigmates, et contenant dans sou intérieur les pistils devenus les véritables fruits. Ceuxci sont irrégulièrement ovoïdes, un peu anguleux, à cause de la pression qu'ils exercent les uns sur les autres. Ce sont autant de petites drupes un peu charnues extérieurement, contenant un noyau osseux, épais, uniloculaiée et monosperme. Lagraine qui remplit exactement la cavité du péricarpe est pendante; on voit régner sur un de ses côtés un raphé qui va aboutir à une chalaze placée à son extrémité opposée. Le tégument propre recouvre un gros endosperme charnu, huileux, qui contient dans sa partie supérieure un embryon renversé comme la graine, trèscourt, ayant sa radicule conique et obtuse, ses deux cotylédons écartés l'an de

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I'autre par une partie de l'endospenne.

Ce genre ne se compose que de deux espèces: Monimia ovalifolia, PetitThouars, PI. Afriq., t. 9, f. 1, et Monimia rotundifolia, id. Cette dernière espèce a été décrite et figurée par notre collaborateur Bory de SaintVincent Je premier, sous le nom d'Am bora tomentosa, dans son Voyage aux îles australes d'Afrique. L'une et l'autre croissent aux îles de France et de Mascareigne. Ce sont des Arbres de moyenne taille, à feuilles opposées trèsentières, rudes au toucher et couvertes de poils étoilés. Les fleurs sont dioïques, disposées en grappes à l'aisselle des feuilles. Le genre Monimia vient naturellement se placer auprès de I'Ambora. Il en differe surtout par ses fleurs femelles qui sont distinctes les unes des autres et en petit nombre dans l'inrolucre, tandis qu'elles sont plongées dans les parois de l'involucre et en trèsgrand nombre dans I'Ambora. (A. R.)

MONIMIÉES. Monimieœ. BOT. PHAN. Cette famille qui a pour type les genres Monimia et Ambora, primitivement placés dans l'ordre des Urtiçées, a été d'abord indiquée par Du Petil-Thouars, puis établie par Jussieu qui a publié sur ce sujet un mémoire intéressant, Ann. du Mus., XIV, p. 116. Jussieu dans ce mémoire forme la famille des Monimiées, nonseulement des deux genres que nous venons de citer, mais il y réunit encore les genres Ruizia ou Boldea, Pavonia ou Lau relia, Citrosma et Atherosperma. Néanmoins il forme une section séparée du Pavonia et de I'Atherosperma, en disant que cette section pourra former une famille distincte. Il y ajoute, comme type d'une section supplémentaire, le genre Calycanthus, placé auparavant à la suite des Rosacées. Mais ce genre constitue, avec le Chimonanthus de Lindley, une petite famille trèséloi gnée de celle-ci, et connue sous le nom de Calycanthées. V. ce mot.Dans ses Remarques générales sur la végétation des Terres-Australes, Robert Brown établit sous le nom d'Athérospermées une famille distincte pour le Pavonia et I'Atherosperma, et quelques autres Plantes de la NouvelleHollande dout cet illustre botaniste n'a pas encore donné la description. Il résulte delà que la famille des Monimiées, telle que l'entend le célèbre botaniste anglais, se trouverait réduite aux seuls genres Monimia, Ambora et Ruizia. Voici quels sont ses caractères: ce sont des Arbres ou des Arbrisseaux à feuilles opposées dépourvues de stipules, et a fleurs unisexuées. Ces fleurs offrent un involucre globuleux ou caliciforme et dont les divisions sout disposées sur deux rangées; dans le premier cas, cet involucre qui présente seulement quatre ou cinq petites dents à son sommet, se rompt et s'ouvre en quatre divisions profondes et assez régulières, et toute leur face supérieure est recouverte d'étamines à deux loges et à filamens courts. Dans le second cas (Ruizia), les étamines tapissent seulement la partie inférieure et tubuleuse de l'involucre; les filamens sont plus longs, et vers leur partie inférieure ils portent de chaque côté un appendice irrégulièrement globuleux et pédicellé. Les fleurs femelles se composent d'un involucre absolument semblable à celui des fleurs mâles, c'est-à-dire globuleux ou ovoïde et à quatre dents pour les deux genres Monimia et Ambora, et presque campanulé et à divisions disposées sur deux rangs dans le genre Ruizia. Dans les genres Monimia et Ruizia, on trouve au fond de cet involucre huit à dix pistils dressés, entremêlés de poils, entièrement distincts les uns des autres. Dans I'Ambora au contraire, ces pistils sont extrêmement nombreux, entièrement renfermés dans l'épaisseur même des parois de I'involucre, dans toute son étendue de la base au sommet, ne se manifestant dans sa cavité que

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par autant de petits mamelons colloïdes allongés, irréguliers et à surface tuberculeuse, qui sont les véritables stigmates. Du reste chacun de ces pistils est à une seule loge qui contient un seul ovule pendant du sommet de la loge. Dans les genres Ambora et Monimia, I'involucre est persistant. Dans le premier, il prend beaucoup d'accroissement, devient charnu et s'évase dans sa partie supérieure, de manière à prendre la forme d'une coupe. Dans le second, il prend peu d'accroissement et reste clos. Les fruits qui dans I'Ambora sont retenus daus l'épaisseur même des parois de l'involucre, sont autant de petits drupes doul le noyau est uniloculaire et monosperme. La graine est renversée; de son point d'attache à sa base, règne sur l'un de ses côtés un raphé légèrement proéminent qui va se terminer à la cbalaze apparente extérieurement sous la forme d'une tache brunâtre. Cette graine se compose d'un tégument propre assez mince, recouvrant un trèsgros endosperme charnu. L'embryou est placé à la partie supérieure, mais dans l'intérieur de l'endosperme, il offre la même direction que la graine, c'est- à-dire qu'il est renversé comme elle. Dans les deux genres Monimia et Ruizia, il offre un caractère particulier dont il existe assez peu d'exemples dans le règne végétal: les deux cotylédons sont écartés l'un de l'autre, et leur écartement est rempli par l'endosperme. L'Ambora n'offre pas ce caractère.

Maintenant si nous comparons les caractères de la famille des Monimiées ainsi limitée, à ceux de la famille des Athérospermées exposés dans le second volume de ce Dictionnaire, nous verrons que les différences qui existèntentre ces deux groupes sont si peu importantes ou se nuancent tellement de l'une à l'autre, que probablement il faudra revenir à l'opinion de Jussieu et n'en former que deux sections d'un même ordre naturel. En effet les seuls caractères distinctifs entre ces deux familles consistent: 1° dans la structure des étamines; 2° dans la position de la graine. Les étamines en effet, dans le Pavonia et I'Atherosperma, ont la même organisation que dans les Laurinces, c'est-à-dire qu'à la base des filets on trouve deux appendices irrégulièrement globuleux et à surface glanduleuse, et que les anthères s'ouvrent par le moyen d'une sorte de plaque qui s'enlève de la partie inférieure vers le sommet. Mais déjà l'un de ces caractères s'observe dans le Ruizia, dont les filets staminaux sont munis vers leur base de deux appendices pédicellés. Quant à l'adnexion de la graine, elle est entièrement opposée dans les deux familles, c'est-à-dire qu'elle est dressée dans les Athérospermées. Mais I'organisation est absolument la même dans l'une et dans l'autre, et les deux caractères du mode de déhiscence des anthères et de la position de la graine, ne nous paraissent pas suffisans pour former deux familles. Nous croyons donc que la famille des Monimiées doit être rétablie telle que Jussieu l'avait proposée, c'est-a-dire formée de deux sections ainsi caractérisées:

Sect.1re. AMBORÉES

Anthères s'ouvrant par un sillon longitudinal; graines renversées.

Ambora, Juss.; Monimia, Du Petit-Thouars; Boldea, Juss., ou Ruizia, Ruiz et Pavon.

Section 2. ATHÉROSPERMÉES.

Anthères s'ouvrant de la base au sommet par le moyen d'une plaque ou valvule; graines dressées.

Laurelia, Juss., ou Pavonia, Ruiz et Pavon; Atherosperma, Labillard.; Citrosma, P.

Les Monimiées ont beaucoup d'affinité, d'une part avec les Urticées auxquelles I'Ambora avait d'abord été réuni; mais elles en diffèrent surtout par leurs graines munies d'un endosperme; elles se rapprochent aussi des Laurinées par le groupe

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des Athérospermées; mais les Laurinées manquent également d'endosperme. (A. R.)

MONINE. BOT. PHAN. Pour Monnine. V. ce mot. (G..N.)

MONITOR, REPT. OPH. On lit dans l'un des Dictionnaires d'Hisloire naturelle antérieurs au nôtre: Cuvier, dans son ouvrage sur le Règne Animal, a prouvé que le genre Tupinambis devait porter ce nom.» Dans l'Histoire du Règne Animal, nous trouvons en effet que l'illustre professeur propose ce changement, mais nous ne trouvons pas qu'il en ait prouvé I'utilité: « les MONITORS, dit-il, sont appelés nouvellement, par une erreur singulière, TUPINAMBIS,» et ce savant ajoute en note: « Marcgraaff, parlant du Sauve-Garde d'Amérique, dit qu'il se nomme Teyu Guaçu, et chez les Topinamboux Temapara Tupinambis. Séba a pris Tupinambou pour le nom de l'Animal, et tous les autres naturalistes l'ont copié.» Séba a certainement eu tort de prendre un nom de peuplade pour un nom de Lézard; mais enfin, ce nom, indifférent en luimème, avait été à peu près consacré en français depuis Lacépède, et l'on ne voit pas pourquoi Monitor lui devrait être préféré, puisque ce dernier nom est fondé sur un préjugé ridicule qu'il est bien plus dangereux d'adopter que le mot Tupinambis; Monitor vient de l'idée où sont les sauvages, qu'ennemis des Crocodiles et amis de l'Homme, les grands Lézards avertissent celui-ci par leur sifflement de l'approche d'un dangereux ennemi; Cuvier convient luimême qu'une telle assertion « n'est rien moins que constatée; mademoiselle Mérian, ajoute-t-il, a la première fait mention du nom de SauveGarde ( autre synonyme non moins impropre deTupinambis), en avouant qu'elle en ignorait la raison; Séba paraît être celui qui a imaginé cette raison, ou l'a apprise de quelque voyageur, lequel l'aura probablement inventée pour expliquer le nom.» Pourquoi donc préférer ce nom, qui se trouve le résultat d'une invention mensongère, à celui qui ne manque qu'à l'observation d'un génitif; appeler Monitor ou Sauve-Garde un Reptile qui n'avertit pas, ou qui ne sert de sauvegarde a persoune; et supposé que Tupinambis soit un si mauvais nom qu'il ne puisse être conservé, pourquoi s'en tenir à un plus mauvais encore? En attendant que ces questions soient résolues, nous renverrons à TUPINAMBIS pour ce qui concerne I'histoire des Monitors, que nous ne saurions consentir à regarder comme des sentinelles avancées contre les Crocodiles, (B.)

MONJOLI. BOT. PHAN. Nom proposé par quelques botanistes français pour désigner le genre Varronia. V. ce mot. (B.)

MONKA. BOT. CRYPT. ( Champignons.) Genre établi par Adanson, caractérisé trop imparfaitement pour qu'on ait pu l'adopter. Il paraît, d'après la figure de Batarra qu il cite, correspondre au genre Verpra de Fries. V. ce mot. (AD. B.)

MONNAIE, MOLL. Espèce du genre Cranie. V. ce mot. On a aussi appelé MONNAIE DE GUINÉE le Cyprœa Moneta, L. (B.)

MONNIERA. BOT. PHAN. Patrick Browne, dans son Histoire de la Jamaïque, avait constitué un genre Monniera que Linné réunit aux Gratioles. Il a été rétabli par Michaux et Persoon pour quelques espèces de l'Amérique du Nord, de l'Afrique et de Java. Si ce genre mérite d'être adopté, il sera nécessaire d'en changer la dénomination, vu l'admission du genre Montera d'Aublet. (G..N.)

MONNIÈRE. BOT. PHAN. Pour Monière. V. ce mot. (G..N.)

MONN1NE. Monnina. BOT. PHAN. Et non Monina. Ce genre, créé par Ruiz et Pavon ( Syst. Flor. Peruv., 1, p. 169), appartient à la famille des Polygalées et à la Diadelphie Octandric. Kunth ( Nov. Gen. et Spec. Plant. œquin., 5, p. 409) en a ainsi exposé les

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caractères: fleurs résupinées; calice irrégulier, caduc, à cinq folioles imbriquées pendant la préfloraison; trois extérieures petites, deux intérieures et latérales tresgiandes, pétaloïdes; corolle à ciuq pétales insérés audessous d'uue glande hypogvne, irréguliers et caducs; le pétale supérieur trèsgrand et en forme de casque; les latéraux trèspetits, ayant l'apparence de petites écailles, quelquefois nuls; les deux pétales inféneurs carénés, conligus, terminés eu languettes, libres sur les côtés, soudés par leurs autres bords et formant, avec les étamines, un tube comprimé, munis intérieurement et vers leur partie moyenne d'une sorte de repli transversal et en forme de sac; étamines au nombre de huit, presqu'égales entre elles et cachées sous le pétale supérieur, insérées au même point que les pétales inférieurs; lilets soudés avec ceux-ci dans toute leur longueur; anthères oblongucs, dressées, s'ouvrant à l'intérieur par une fente transversale située près du sommet; ovaire supère appuyé sur une glande hypogyne épaisse du côté externe, uniloculaire, renfermant un ovule suspendu piès du sommet; style terminal combé et caduc; stigmate à deux lobes, le supérieur deutiforme, l'inférieur plus grand, arrondi, hérissé de papilles; fruit drupacé, oblong, presque rond ou obové, muni dans quelques espèces d'un rebord membraneux, uniloculaire, indéhiscent, poui vu d'un sarcocarpe mince et d'un eudocarpe ligneux coriace; graine solitaire pendaute, recouverte de deux légumens très-minces, l'extérieur membraneux, l'intérieur (qui est peutêtre I'endosperme charnu et adhérent le plus souvent au tégument extérieur; cotylédons oblongs, charnus; radicule supère presque ronde.

Ce genre a été reproduit comme nouveau sous le nom d'Hebeandra par Bonpland dans le Magasin des Curieux de la Nature pour 1808. Il renferme environ trente espèces que De Candolle (Prodrom. Syst. Veget,1, p. 340) a disposées en deux sections: la première caractérisée par le fruit aptère, à laquelle il donne le nom d'Hebeandra, pour rappeler les Plantes décrites par Bonpland, et qui renferment la majeure partie des Mounines; la deuxième uommée Pterocarya, remarquable par ses drupes ceints d'une aile membraneuse, et qui se compose des M. macrostachya et M. pterocarpa de Ruiz et Pavon, ainsi que d'une nouvelle espèce à laquelle De Candolle donne le nom d' angustifolia. Cette dernière section mériterait, selou Kunth, d'être distinguée comme genre particulier; mais on ne saurait lui conserver le nom de section que le professeur de Genève lui a imposé, attendu qu'il existe un genre Pterocarya récemment établi dans la famille des Juglandées. Les Monnines sont des Arbrisseaux, des Arbustes ou des Herbes, indigènes de l'Amérique méridionale. Leurs feuilles sont éparses, simples, entières, portées sur des pétioles articulés à la base. Il n'exi te point de stipules. Les fleurs fo ment des épis tantôt simple, tantôt composés, axillaires au sommet des petites branches. Ces fleurs sont éparses, bleuâtres, ou violacées, portées sur des pédicelles accompagnés de trois bractées caduques. Parmi les espèces dont Kunth a donné d'excellentes descriptious, nous. citerons celles qu'il a figurées (loc. cit., tab. 501-505) sous les noms de M. révolu ta, cestrifolia, phytolaccœfolia, nemorosa et pubescens. Aux belles figures de ces Plantes, sont jointsles détails d'analyse propres à éclaircir les caractères singuliers que nous avons exposés plus haut. (G..N.)

MONNOYÈRE. BOT. PHAN. Du vieux français Monnoie pour Monnaie. L'un des noms vulgaires du Thlaspi arvensis et de la Lysimache Nummulaire. (B.)

MONO. MAM. Même chose que Mona. V. ce mot. (B.)

* MONOCARYUM. BOT. PHAN. Sous ce nom, R. Brown ( Observ. on

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the Plants of Afric, collect, by d'Oudney) constitue une section dans le genre Colchicum, fondée sur I'Hyposis fascicularis de Linué, dont I'ovaire u'est pas adhérent au tube eu périanthe. (G..N.)

MONOCENTRIS. POIS. (Schneid.) Syn. de Lépîsacanthé. (B.)

MONOCERA. BOT. PHAN. Le genre établi sous ce nom par Elliot (Sketch of botany), et qui a pour type le Chloris monostachya, Michx., avait eté nommé précédemment Campuloms par Desvaux. V. ce mot. (G. N.)

MONOCERAS. BOT. PHAN. Pour Menoceras. V. ce motau Supplément. (G..N.)

MONOCEROS. ZOOL. C'cst-à-dire uïnaat qu'une corne. Ce nom, synonyme de Narwal et de Licorne (V. ces mots) pour la plupart des auteurs, a été éteudu, par plusieurs naturalistes, à d'autres Animaux qui ne sont point des Mammifères. Ainsi ou a appelé MONOCÉROS, le Manucode parroi les Oiseaux; le Nason Licornet et diverses Balistes parmi les Poissons; plusieurs Coquilles qui forment aujourd'hui un genre parmi les Mollusques; un Coléoptère du genre Oryctcs parmi les Insectes, etc. (B.)

* MONOCERQUE. Monocerca. MICR. Genre de la famille des Thikidees, de l'ordre des Stomobléphnrés, voisin des Furculaircs, dont il diffère en ce que la queue par laquelle se termine le corps postérieurement, est simple et non double; du reste, les caractères sont les mêmes. Le corps libre, contractile, est contenu dans un fourreau; la queue, qui consiste en uu seul appendice, est évidemment articulée vers l'extrémité postérieure et amincie du fourreau. Nous n'en connaissons encore que deux espèces constatées, où I'orifice buccal est circulairement garni de cirres vibra tiles: 1° Monocerca vurticellaris, N.; V'ortictlla tremula, Müll., Inf., p. 289, tab. 41, fig. 4,7; Encycl., Vers. III., pl. 21, fig. 20, 23. Fort voisine, quant à la forme gé-nérale, de la Furculaire (rangée, elle en diffère principalement par son appendice caudal, simple, court, ordinairement infléchi eu virgule; l'ouverture antérieure lobée; audessous, vers une sorte de rétrécissement, se distingue un point noir toujours agité qui semble avoir quelque rapport à la circulation; cette espèce, trèscontractile, se déforme et nage avec rapidité; on la trouve dans les infusious de Plantes marines, particulièrement dans celle de I'Ulva Linza; 2° Monocerca longicauda, N.; Trichoda Rattus, Müll., Inf., p. 205, fab. 29; Encycl. Vers. III., pl. 15, fig. 15, 17; Rattulus carinatus, Lamk., Anim. sans vert. T. II, p. 24. Voisine, quant à la forme générale, de la Furculaire à longues soies; ayant le corps cylindracé en cône allongé, dont l'orifice trèsouvert, quand l'Animal ne se ferme point, formeraitla base au côté tronqué; postérieurement atténué en pointe que termine une queue filiforme plus longue d'un tiers que le corps et fléchie sur un côté selon un angle de cinquante degrés environ. Cette espèce se trouve dans l'eau douce des fossés marécageux. (B.)

* MONOCHAME. Monochamus. INS. Genre de I'ordre des Coléoptères, section des Tétramères, famille des Longicornes, établi par Megerle et adopté par Latreille qui ne donne pas ses caractères. Les Insectes qui servent de type à ce genre, sont les Lamia su tor, dentator et farinosus de Fabricius, et quelques autres espèces d'Olivier. (G.)

* MONOCHÈLE. Monoclieles. INS. Genre de Coléoptères lamellicornes, mentionné par Latreille (Fam. Nat. du Règne Anim.) et dont il ne donne pas les caractères: il est voisin du genre Hoplie.

MONOCHIRE. Monochirus. POIS. Sousgenre de Pleuronecte. V ce mot. (B.)

MONOCLE. Monoculus. CRUST. Linné a formé sous ce nom un genre

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qui compose à présent un ordre entier, celui des BRANCHIOPODES. V. ce mot et ENTOMQSTRACÉS. (G.)

* MONOCLEA. BOT. CRYPT. ( Hépatiques.) La Plante qui seule compose jusqu'à présent ce genre, a été découverte par Forster dans les îles de la mer du Sud et nommée par lui Anthoceros univalvis. Hooker en a formé le genre Monoclea, dont il a donné une figure et une description excellente dans ses Musci exotici; il est caractérisé ainsi: capsule sortant d'un calice sessile sur la fronde, portée sur un pédoncule simple plus ong que le calice, uniloculaire, à une seule valve, s'ouvrant longitudinalement d'un seul côté; columelle nulle. Ce genre diffère beaucoup, comme on peut le voir, de I'Anthoceros, dont il se rapproche cependant par son aspect général; sa fronde est rampante, appliquée sur la terre, lobée comme celle dà Marchantia ou du Jungermannia epiphylla; les capsules sortent d'une gaine ou calice placée près du bord de la fronde; elles sont portées sur un pédoncule long et grêle; la capsule est ovoïde, allongée, et s'ouvre latéralement par une fente longitudinale; les sporules sont nombreuses, entremêlés d'élalersou fils en double spirale, (AD. B.)

MONOCLINES, BOT. Ce mot est quelquefois employé par opposition à celui de Diclines, pour désigner les Plantes qui ont les deux sexes réunis dans la même fleur; il est conséquemment synonyme d'Hennaphrodites. (G..N.)

MONOCLONOS. BOT. PHAN. L'un des synonymes d'Armoise chez les anciens. (B.)

MONOCONCHA. MOLL. Cette section, dans le système de Klein (Méthod. Ostrac., p. 114), réunit comme passage des Univalves aux Bivalves tontes les Coquilles patelioïdes; c'est encore aujourd'hui l'opinion des plus savans zoologistes. (D..H.)

MONOCOTYLEDONS, BOT. PHAN. On nomme ainsi les Végétaux dont l'embryon n'offre qu'un seul cotylédon, et, que pour cette raison, on appelle embryon monoçotylédoné. Ces Végétaux, qui constituent l'un des trois groupes primordiaux du règne végétal, indépendamment de la structure de leur embryon, offrent, dans leur port, leur organisation et leur accroissement, des caractères qui servent à les faire distinguer facilement, sans avoir recours à l'inspection de leurs graines. L'embryon, dans les Plantes monocotyiédonées, est presque toujours accompagné d'un, enosperme charnu ou farineux, avec lequel il forme la masse de la graine. Quelquefois cependant il est épispermique, c'est-à-dire immédiatement recouvert par I'épisperme ou tégument propre de la graine, ainsi qu'on l'observe dans les Naïades, les Hydrocharidées, les Juncagînées, les Butomées, etc. L'embryon, accompagné d'un endosperme, varie beaucoup et dans sa forme, et dans sa position relativement à ce corps. Ainsi tantôt il est simplement appliqué sur un des points de la surface externe, qui, dans cet endroit, est creusée d'une fossette plus ou moins profonde, comme dans les Graminées par exemple; tantôt il est renfermé dans l'intérieur même de l'endosperme. L'embryon monoçotylédoné examiné à l'extérieur ne présente aucune fente ni division. Il est assez généralement cylindroïde, mais néanmoins sa forme est trèsvariable. Comme l'embryon dicotylédoné, il offre deux extrémités, l'une radiculaire, l'autre cotylédona ire. A l'état de repos, c'est-à-dire avant la germination, il est fort difficile de distinguer et de reconnaître ces deux extrémités qui sont tout-à-fait simples et indivises. Cependant cette distinction est trèsimportante, puisque c'est elle qui sert à déterminer la position de l'embryon relativement à la graine. Lorsque l'embryon est accompagné d'un endosperme, le professeur Richard a indiqué, d'après sa longue expérience dans l'étude

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des graines, un moyen certain de reconnaître les deux extrémités de l'embryon. En effet, l'extrémité radiculaire est toujours celle qui est la dus voisine de l'extérieur de l'endosperme. Mais ce moyen certain, dans tous les cas d'embryon endospermique, ne pouvant servir pour les embryons épispermiques, on est fréquemment forcé d'avoir recours à la germination pour arriver au même résultat.

L'embryon des Végétaux monocotyledons est essentiellement composé de trois parties, savoir.: 1° le corps cotylédonaire qui est, en général, plus on moins allongé, tantôt mince, tantôt épais et charnu, toujours parfaitement simple et indivis; 2° la gemmule quiest toujours renfermée dans I'intérieur du cotylédon, lequel lui forme quelquefois une sorte d étui ou de gaine. Généralement elle est trèspetite et sous la forme d'un corps conique placé, non au milieu du cotylédon, mais plus rapproché d'un de ses côtés, excepté dans le cas où le cotylédon est mince et en forme de gaine, recouvrant la gemmule. Cette gemmule présente intérieurement les rudimens de petites feuilles emboîtées les unes dans les autres; 3° le corps radiculaire qui est également simple. A l'époque delà germination ce corps se tuméfie, se rompt, et de son intérieur sortent une ou plusieurs radicelles, qui s'allongent et deviennent les véritables racines de la Plante. Avant la germination, ces radicelles étaient recouvertes par le prolongement de la base del'embryon, formant en quelque sorte un petit sac, auquel on a donné le nom de Coléorhize. La coléorhize n'est donc pas un organe particulier, c'est simplement une partie de l'embryon. Quelquefois, outre les trois parties que nous venons de décrire, le cotylédon, la gemmule ou la radicule, l'embryon présente encore une autre partie généralement épaisse, tantôt sous la forme d'un disque ou d'un écusson, tantôt renflée et plus ou moins globuleuse. Cet organe, sur la nature duquel tous les botanistes ne sont pas eucore d'accord, a été considéré par Gaertner comme l'analogue du jaune de l'œuf chez les Oiseaux, qui lui a dônné pour celte raison le nom de Vitellus; Jussieu considère cet organe comme le cotylédon. Mais le professeur Richard, soit dans son Analyse du fruit, soit dans son Mémoire sur les embryons endhorizes, a prouvé que ce corps n'est qu'une dépendance de la radicule.

Le caractère que présente la radicule dans les Plantes unilobées, d'être constamment renfermé dans une poche ou coléorhize, c'est-à-dire d'être intérieure, tandis qu'elle est nue et extérieure dans les Dicotylédonés, a suggéré au professeur Richard, qui le premier avait fait cette observation, l'idée de puiser dans ce caractère la distinction des Végétaux phanérogames en deux grandes divisions, les ENDORHIZES, qui ont leur radicule intérieure et coléorhizée, et les EXORHIZES, chez lesquels la radicule est nue et extérieure. Cette division correspond exactement à celle des Monocolylédonéset des Dicotylédonés, puisque les Végétaux à radicule coléorhizée sont tous monocotylédonés, et ceux à radicule nue, dicotylédonés. Ce mode de division des Végétaux, sous un autre point de vue que celle fondée sur le nombre des cotylédons, a été combattu par plusieurs botanistes. Mais les faits qu'on a cités contre, nous paraissent pour la plupart ou avoir été inexactement observés ou mal interprétés. Ainsi Henri Cassini a publié, dans le Bulletin des Sciences de la Société philomatique, une description de la germination des graines du Radis, 'après laquelle ces graines auraient leur radicule coléorhizée. Mais nous pouvons assurer que ce fait est tout-a-fait inexact, et voici probablement ce qui y a donné lieu. Les racines de Radis que nous mangeons offrent, à leur partie supérieure, deux espèces d'oreillettes membraneuses, naissant du collet de la racine, immédiatement

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appliquées contre elle, au point qu'an premier abord celleci paraît êtie primitivement sortie du milieu de ces deux corps. Mais si l'on observe les phases successives de la germination de ces graines, on voit comment se sont formées ces deux oreillettes. D'abord le corps radiculaire s'allonge, prend un accroissement de deux ou trois pouces, sans qu'on voie la moindre trace de coléorhize et de déchirement. Si l'on coupe la radicule en longueur, peu de temps après qu'elle est sortie de la graine, on ne voit aucun indice ni de poche, ni de mamelon coléorbizé. La racine continue à s'accroître, elle se renfle et prend la forme qu'elle doit conserver. C'est alors que l'on voit se former sur ses côtés deux fentes irrégulières et longitudinales, qui n'entament que sa partie corticale, et qui, se joignant l'une à l'autre par une sorte de déchirure irrégulière, détachent l'écorce de la racine dans sa partie supėrieure et forment ces deux oreillettes qui persistent à la partie supérieure de la racine. C'est donc une véritable décortication, mais qui n'a rien d'analogue à la sortie d'une racine coléorhizée de la poche qui la contenait. Plus récemment un ingénieux expérimentateur, que nous avons plusieurs fois cité dans le cours de cet ouvrage, Dutrochet enfin a publié des observations dont il nous paraît avoir tiré des conséquences inexactes; s'occupant du mode d'accroissement des racines, il a observé que les radicelles qui naissent du corps des racines dans les Dicotylédones comme dans les Monocotylédones percent l'épiderme pour pouvoir se développer à l'extérieur, et de-là il a conclu que toujours la racine était coléorhizée. C'est ici le cas de faire voir combien dans les sciences il est important de bien définir le sens que l'on doit attacher aux mots qui représentent les organes; car autrement on pent appliquer le même nom à des parties entièrement différentes. Tous les botanistes, jusqu'à présent, ont défini la coléorhize: la partie inférieure de l'embryon, contenant dans son intérieur les rudimens de la radicule. D'après cette définition, qui n'est pas arbitraire, mais qui est fondée sur la nature même de cet organe, peut-on donner le nom de coléorhize à une partie n'appartenant plus à l'embryon, à une portion d'épiderme recouvrant un bourgeon radicellaire? Nous ne le pensons pas. Autrement le langage de la science ne serait plus que confusion et désordre. Nous ne nous sommes étendu sur ces deux observations, que parce que, récemment encore, le patriarche de la botanique française les a citées comme des faits qui s'élèvent contre la division des Endorhizes et des Exorhizes. Il nous a paru nécessaire de les réduire à leur juste valeur.

Ainsi que nous l'avons dit précédemment, ce n'est pas seulement par la structure de leur embryon que les Monocotylédons diffèrent des Plantes dicotylédonées, ils offrent encore dans leur port, dans la disposition extérieure et intérieure de leurs divers organes, des différences qui servent à les distinguer. Les Monocotylédons, dans lesquels on trouve très-pen d'Arbres, à l'exception de la famille des Palmiers, ont en général les nervures de leurs feuilles simples et parallèles, tandis que, dans les Dicotylédons, elles sont rameuses et anastomosées. Cependant cette règle n'est pas sans exception, et dans les Dioscorées, les Aroïdées, qui sont monocotylédones, on trouve des espèces dont les feuilles ont leurs nervures irrégulièrement rameuses. Dans le nombre assez limité de Monocotylédons qui ont leur tige ligneuse, cette tige diffère beaucoup de celle des Arbres de nos forêts qui sont Dicotylédonés. Elle est cylindrique, c'est-à-dire aussi grosse à son sommet qu'à sa base, quelquefois même plus renflée dans sa partie moyenne, généralement simple et sans ramifications, très-rarement divisée en branches qui offrent les mêmes caractères que le corps principal de la tige

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que l'on désigne alors généralement sous le nom de Stipe.

La différence de l'organisation intérieure et du mode d'accroissement nest pas moins grande lorsque l'on compare le stipe d'un Palmier au tronc du Chêne ou du Tilleul. Au lieu d'un canal central contenant la moelle, et de couches concentriques de bois disposées autour de ce canal, an lieu d'une écorce formée également de plusieurs lames distinctes, le stipe d'un Palmier n'est qu'une masse de tissu cellulaire, au milieu de laquelle sont épars et sans ordre des faisceaux de fibres longitudinales, Ici plus de canal médullaire, plus de bois disposė par zônes, plus d'écorce distincte. Dans les Dicotylédons l'accroissement se fait à l'extérieur, c'est-à-dire que chaque année il se forme entre le bois et l'écorce unê nouvelle production qui s'organise en un feuillet d'écorce et en une couche de bois. Dans les Monocotylédons, au contraire, l'accroissement se fait par le centre même de la tige, d'où il part chaque année un nouveau bourgeon central et terminal, qui prolonge la tige à sa partie supérieure. Il résulte de-là que les fibres les plus anciennement formées, et par conséquent les plus dures, doivent se trouver à l'extérieur de la tige, tandis que le contraire a lieu dans les Dicotylédons où le bois le plus dur occupe le centre du tronc. Assez récemment notre ami, le professeur Lestiboudois de Lille, a publié un Mémoire trèsintéressant sur l'organisation de la tige des Monocotylédonés. Loin d'admettre l'opinion générale des botanistes qui regardent le stipe comme dépourvu de système cortical, il le considère au contraire comme uniquement formé par ce système. En effet, dit-il, le caractère essentiel du système cortical, c'est de s'accroître par sa face interne, tandis que le système ligneux on central s'accroît extérieurement. Or, dans les Monocotylédons, la tige s'accroît uniquement par son centre. Quelque génieuse que soit cette opinion, nous ne saurions la partager en entier. Car pour bien apprécier la nature du stipe des Palmiers, il faut examiner comment il se forme. Or nous voyons que c'est par la soudure successive de la base des feuilles entre elles que se développe et se forme le stipe des Monocotylédons. Il est évident dès-lors qu'un pareil organe ne doit rien avoir qu'on puisse comparer à la tige des Dicotylédons. Ce n'est pas une tige, en effet, c'est bien plutôt une sorte de bulbe trèsallongé, dont les écailles ou feuilles, en s'entregreffant et se développant successivement les unes au-dessus des autres, finissent par former unè sorte de colonne analogue à la tige. Cette ressemblanċe, nous dirions presque cette identité de nature du stipe avec le bulbe, nous paraît bien facile à prouver. En effet, un bulbe proprement dit est une sorte de bourgeon radical formé d'écailles, et du centre duquel s'élève chaque année une nouvelle pousse. Mais ces écailles ne sont pas toujours distinctes les unes des autres; elles sont quelquefois soudées et confondues comme dans le Colchique, les Glayeuls, etc.; par conséquent, sous ce rapport, il n'y a aucune différence entre le stipe et le bulbe. D'autres fois les écailles qui forment le bulbe, au lieu de rester courtes et de ne constituer qu'un corps ovoïde ou arrondi, s'allongent considérablement, et le bulbe est cylindrique et. analogue à la tige, quoique formé d'écailles encore distinctes les unes des autres. Ainsi il n'est aucun botaniste qui ne reconnaisse avec nous que la prétendue tige des Bananiers ne soit un véritable bulbe formé de tuniques trèsallongées. De ce bulbe au stipe des Palmiers la nuance est presque insensible. Nous pensons donc que l'on peut considérer le stipe des Monocotylédons comme une sorte de bulbe, dont les écâilles se sont soudées, et, en se développant les unes au-dessus des autres, ont fini par former un corps cylindroïde ayant l'apparence extérieure de la

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tige, mais la même organisation et le même mode de développement que les bulbes en général, qui, comme on sait, ne se rencontrent que daus les Plantes monocotylédonées

Le groupe de Végétaux dont il est question dans cet article, présente un caractère fort remarquable. Toutes les Monocotylédonées n'out jamais qu'une seule enveloppe florale ou périanthe simple. Quelquefois ce périanthe est formé de parties délicates et colorées à la manière des pétales, d'autres fois elles sont vertes et foliacées; dans le premier cas, Linné considérait ce périanthe comme une corolle et il le nommait calice dans le second cas Mais la nature d'un organe ne peut être appréciée d'après un caractère aussi vague que sa couleur. Dans les Végétaux, c'est la position relative qui détermine la véritable nature des parties; et. d'après cette considération l'enveloppe unique des Monocotylédons a été reconnue par Jussieu et par tous les botanistes sectateurs des familles naturelles, comme un véritable calice (V. ce mot). Cependant il est quelques familles de Monocotylédonées, où les divisions calicinales étant disposées sur deux rangs, celles qui composent la rangée intérieure sont minces, colorées comme les parties de la corolle, tandis que celles de la rangée extérieure. sont vertes, foliacées et analogues au calice. Ainsi dans les Tradescantes, les Hydrocharidées, on serait tenté d'admettre un calice et une corolle, si en examinant les choses de plus près, on ne reconnaissait que les trois divisions internes et pétaloïdes naissent absolument du même point que les externes et par conséquent constituent avec ces dernières un seul et même organe. Le professeur De Candolle, sans se prononcer sur la nature du périanthe simple des Végétaux à un seul cotylédon, a proposé de lui donner le nom de pèrigone, qui ne préjugerien sur sa nature calicinale ou péta loïde.

Tels sont les caractères les plus saillans qui distinguent les Plantes monocotylédonées et en forment un groupe si distinct. Doit - on, à l'exemple de quelques botauistes modernes, réunir à ce groupe quelques familles de Plautes cryptogames, telles que les Fougères, les Lycopodiacées, les Marsiléacées et les Equisétacées? Nous ne le pensons pas: car ces Végétaux n'ont réellement pas d'organes sexuels, et par conséquent pas de graines et pas d'embryon. Elles se reproduisent au moyen d'organes particuliers, analogues dans leur nature aux bulbilies ou bourgeons libres. Et de ce que ces corpuscules reproducteurs en se développant ont quelque ressemblance avec la germination de l'embryou, il ne nous paraît pas rigoureusement nécessaire de les considérer comme entièrement semblables. Nous croyons donc que dans l'état actuel de la science, les familles précédemment nommées doivent encore être classées parmi les Plautes acotylédones ou cryptogames.

L'étude des familles de Plantes monocotylédones présente beaucoup de difficultés, soit à cause de la délicatesse de leurs parties, soit parce qu'elles se conservent moins facilement dans les herbiers. Aussi cette grande division du règne végétal est-elle celle où le nombre et les limites des familles sont le moins bien déterminés. Nous allons présenter ici la liste des familles qui out été proposées dans cette grande division, eu prévenant toutefois que nous ne regardons pas comme définitivement établies toutes les familles que nous allons citer. V., pour de plus grands détails, chacun des noms des ces familles.

Etamines hypogynes.

MONOHYPOGYNIE.

Fluviales, Juss.; Aroïdées, Juss.; Cyclanthées, Poiteau; Balanophorées, Rich.; Saururées, Rich.; Typhinées, Juss.: Pandanées, R. Br.; Graminées, Juss.; Cypéracées, Juss.

Etamines pèrigynes.

MONOPÉRIGYNIE.

Restiacées, R. Br.; Joncées, R.

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Br.; Alismacées, Rich.; Cabombées, Rich.; Nymphėacées, Rich.; Nélumbiacées, Rich.; Commelinées, Vens.; Juncaginées, Rich.; Butomées, Rich.; Podostémées, R. Br.; Colchicées, Juss.; Pontédëriées, Kunth; Liliacées, Juss.; Broméliacées, Juss.; Palmiers, Juss.; Asparaginées, Juss.; Hémérocallidées, R. Br.; Hypoxidées, R. Br.; Narcissées, Juss.; Iridées, Juss.; Hoemodoracées, R. Br.

Etamines épigynes.

MONOÉPIGYNIE.

Dioscorées, R. Br.; Musacées, Juss.; Amomées, Rich.; Orchidées, Juss.; Hydrocharidées, Juss.(A. R.)

* MONOCULUS. CRUST, V. MONOCLE.

MONODACTYLE, POIS. (Lacépède.) V. ACANTHOPODE et FALCIFORME.

* MONODACTYLUS. MOLL. Les Strombes, dont l'aile se termine en arrière par une pointe ou un canal plus ou moins long, comme le Strombe Aile-d'Ange, l'Oreille de Diane, etc., ont servi à Klein (Nov. Method. Ostrac., p. 98, pl. 6, n° 106) pour établir ce genre qui ne peut etre aujourd'hui considéré que comme une sous-division des Strombes. V. ce mot. (D..H.)

MONODELPHES. MAM. (Blainville.) V. MAMMALOGIE et MARSUPLAUX.

MONODON. MAM. V. NARWAL.

MONODONTE. Monodonta. MOLL. Ce genre créé par Lamarck est un des plus artificiels qu'ait proposé le savant auteur des Animaux sans vertèbres; il l'a démembré des Turbos et des Troques, et il a pris dans ces deux genres de Linné toutes les espèces dont le bord gauche est séparé du bord droit par une et quelquefois par plusieurs éminences ou dents colurnellaires. Ce genre est d'autant plus artificiel que l'on a reconnu depuis sa création, que les Animaux ne différaient en rien de ceux des Turbos ou des Troques. Cet unique caractère d'une ou plusieurs dents coluraellaires ne peut servir en en joignant d'autres tirés de la forme, qu'à établir dans les genres Turbo, Monodonte et Trochus réunis, différens groupes que l'on peut arranger de manière à arriver insensiblement de la forme des Turbos à celle des Troques, par tous les intermédiaires. V. TURBO et TROQUE. (D..H.)

MONODONTIER. MOLL. Nom donné par Lamanck, dans le Système des Animaux sans vertèbres, 1801, à l'Animal des Monodontes. V. ce mot ainsi que TURBO et TROQUE. (D. H.)

MONODORE. Monodora. BOT. PHAN. Genre de la famille des Auonacées, établi par Dunal (Monographie des Anouacées, p. 34) qui l'a ainsi caractérisé: calice à trois parties; pétales au nombre de six, disposés sur deux rangs; les extérieurs oblongs, lancéolés, très-ondulés; les intérieurs ovales plus épais et plus courts que les extérieuis; anthères nombreuses, presque sessiles, ramassées autour de l'ovaire et plus petites de la moitié que celui-ci; ovaire unique, ovale, rétréci au sommet, glabre et couronné par un stigmate sessile; baie simple, presque globuleuse, glabre, uniloculaire, renfermant un grand nombre de graines ovales - oblongues, placées sans ordre apparent dans la substance pulpeuse qui occupe l'intérieur du fruit. Dans ce genre, la structure du fruit s'éloigne totalement de celle qu'on observe dans les autres genres de la famille des Anonacées; aussi sera-t-il intéressant d'examiner les ovaires et les jeunes fruits. Les deux e-pèces qui le constituent, avaient été placées parmi les Anona par Gaertuer et Jacquin. Celle qu'on doit regarder comme type est le Monodora Myristica, Dunal, ou Anona Myristica de Gaertner (De Fruct., 2, p. 194, t. 125). C'est un Arbre indigène de la Jamaïque, dont les rameaux sont cylindriques et glabres; les feuilles alternes, portées

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sur de courts pétioles, glabres, oblongues, légèrement obovales, coriaces, luisantes en dessus, glaucescentes en dessous et marquées de nervures pinnées. Les fleurs sont grandes, solitaires sur des pédicelles latéraux, et accompagnées de bractées. L'auteur du genre Monodora n'y a réuni l'Anona microcarpa de Jacquin (Fragm. Bot., p. 40, t. 44, fig. 7), que d'après la description et la figure du fruit de cette Plante qui croît à la Nouvelle-Hollande; les autres parties de la Plante sont inconnues.(G..N.)

MONODYNAMIS. BOT. PHAN. Gmelin (Syst. Veget., 1, p. 10) nommait ainsi, d'après Willdenow, un genre qui a reçu de Schreber le nom d'Usteria. Quoique cette dernière dénomination soit venue plus tard, elle n'en a pas moins été universellement adoptée. V. USTÉRIE.(G..N.)

MONOECIE. Monœcia. BOT. PHAN. Vingt - unième classe du Système sexuel de Linné, renfermant tous les Végétaux phanérogames à fleurs unisexuées, portées sur un même individu. Linné a divisé cette classe en onze ordres, savoir: 1° Monoæcie Monandrie; 2° Monoæcie Diandrie; 3° Monoecie Triandrie; 4° Monoæcie Tètrandrie; 5° Monoæcie Pentandrie; 6° Monoæcie Hexandrie; 7° Monoæcie Heptandrie; 8° Monœcie Polyandrie; 9° Monœcie Monadelphie; 10° Monœcie Syngénésie; 11° Monœcie Gynandrie. V. SYSTÈME SEXUEL. (A. R.)

* MONOEPIGNIE. BOT. PHAN. V. MONOCOTYLEDONS.

* MONOGAMIE. Monogamia. BOT. PHAN. L'un des ordres de la dixneuvième classe du Système sexuel de Linné ou de la Syngénésie, contenant les Plantes syngénèses dont les fleurs sont distinctes les unes des autres et munies chacune d'un calice propre. V. SYSTÈME SEXUEL, (A. R.)

MONOGRAMMA. BOT. CRYPT. (Fougères.) Ce genre, d'abord établi par Schkuhr, a été étudié avec plus de soin depuis par Desvaux (Journal de Botanique, 1813, T. III, p. 21). La Plante qui lui sert de type, avait d'abord été indiquée par Poiret, d'après Commerson, sous le nom de Pteris graminea. Commerson, dans ses manuscrits, lui avait donné le nom de Pteris monogramma. Ce nom spécifique a été adopté depuis par Schkuhr et Desvaux comme nom de genre; enfin le Cœnopteris graminea de Schkuhr et le Grammitis pumila de Swartz sont encore la même Plante: cette Plante, ainsi transportée de genre en genre, offre les caractères distinctifs suivans: les capsules sont réunies en un seul groupe linéaire, le long de la nervure moyenne de la feuille qu'elles couvrent entièrement; deux tégumens épais naissant de chaque côté de la fronde, se touchent vers la ligne médiane et s'ouvrent de dedans en dehors. Le genre dont le Monogramma nous paraît se rapprocher le plus est le Vittaria; la forme des frondes et la texture des tégumens sont les mêmes; mais les groupes de capsules, au lieu d'être marginaux, sont réduits à un seul sur la ligne médiane. Desvaux a décrit trois espèces de ce genre: le Monogramma linearifolia, espèce nouvelle de la Guiane; le M. graminea, Schkuhr, de l'île Maurice, et le M. furcata, Grammitis graminoides, Swartz, Syn. Filic., qui habite la Jamaïque. Toutes ces espèces ont la fronde simple ou seulement légèrement divisée au sommet. (AD. B.)

* MONOGRAPHIS. BOT. PHAN. Du Petit-Thouars (Hist, des Orchidées des îles d'Afrique) donne ce nom à l'une des Plantes de son genre Graphorchis. Cette Plante, selon la nomenclature universellement admise, doit être nommée Limodorum concolor. Elle croît à l'île de Mascareigne. (G..N.)

* MONOGYNIE. BOT. PHAN. Nom du premier ordre des treize premières classes du Système sexuel de Linné, caractérisé par l'unité de pistil ou de stigmate. V. SYSTÈME SEXUEL. (A. R.)

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* MONOHYPOGYNIE. BOT. PHAN. V. MONOCOTYLÉDONS.

MONOIQUES. BOT. PHAN. On appelle ainsi les Végétaux qui ont les fleurs unisexuées, mais réunies sur un seul individu; tels sont: le Noyer, les Pins, le Blé de Turquie, etc.

(A. R.)

MONOMÈRES. Monomera. INS. Dernière section de l"ordre des Coléoptères, établie par Latreille, et renfermant des Insectes qui n"ont qu"un seul article aux tarses. Cette section ne se compose que d"un seul genre formé du Dermestes armadillo de Degéer, auquel Leclerc de Laval a reconnu ce caractère. Fischer en a formé le genre Clambus. V. ce mot au Supplément.

(G.)

* MONOMYAIRES. CONCH. Lamarck a divisé les Conchifères en deux grands ordres, les Dimyaires et les Monomyaires. Cette division est fondée sur le nombre des impressions musculaires que l"on observe dans l"intérieur des valves et qui indiquent si l"Animal qui les habitait avait un on deux muscles adducteurs. Cette méthode qui semble ne pouvoir donner lieu à aucune discussion, est pourtant susceptible de controverse à l"égard de plusieurs genres que Lamarck range parmi les Monomyaires, et d"autres auteurs parmi les Dimyaires; il y a peu de naturalistes qui aient adopté cette division de Lamark. V. CONCHIFÉRES et MOLLUSQUES.

(D..H.)

MONOMYCES. BOT. ORYPT. (Battara.) Synonyme d"Agaric. V. ce mot.

* MONONYCHE. Mononychus. INS. Genre de Charanson mentionné par Latreille (Fam. Nat. du Règne Anim.) et dont il ne donne pas les caractères. Il est voisin des Cryptorhinques et des Orobitis.

(G.)

* MONOPÉRIGYNIE. BOT. PHAN. V. MONOCOTYLÉDONS.

* MONOPÉTALE. BOT. PHAN; Ce terme s"applique soit à la corolle lorsqu"elle est d"une seule pièce, et dans ce cas ou dit corolle monopéiale; soit aux Plantes qui ont une corolle monopétale. C"est dans ce dernier sens que les Végétaux dicotylédonés ont été divisés en trois grandes sections, les Apétales, les Monopétales et les Polypétales. V. COROLLE et MÉTHODE NATURELLE. (A. R.)

* MONOPHLEBE. Monophlebus. INS. Genre de l"ordre des Hémiptères, section des Homoplères, famille des Gallinsectes, établi par Latreille (Familles Naturelles du Règne Animal) et dont il ne donne pas les caractères; il dit seulement qu"il diffère des Dortbésies et des Cochenilles, parce que les antennes sont moniliformes et composées d"environ vingtdeux articles.(G.)

MONOPHORE. Monophora. MOLL. Dans son Voyage aux îles d"Afrique, Bory de Saint-Vincent eut le premier occasion d"observer et de figurer l"agrégation d"Animaux qui, formant un tube avec une seule ouverture, lui parut devoir porter le nom de Monophore. Depuis, Péron les ayant aussi observés, changea ce nom significatif et toujours convenable pour celui de Pyrosorae, parce que les Monophore ont la propriété phosphorescente; mais ce nom ne leur convient pas, car ils ne sont pas les seuls qui jouissent de la faculté de répandre de la lumière. Cependant Cuvier ayant, sans citer l"auteur de la découverte du genre, adopté le nom vicieux donné par Péron, celui-ci a prévalu. V. MER, SALPA et PYROSOMES.

* Enfin, pour utiliser le nom introduit par notre collaborateur, Quoy et Gaymard, dans le Voyage de l"Uranie, ont nommé Monophore un genre très-voisin des Salpa et qui paraît n"avoir, comme son nom l"indique, qu"une seule ouverture vers l"extrémité la plus grosse. Comme ces deux savans naturalistes n"ont pu conserver que des dessins de ce genre, il serait possible, ainsi que le

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croit Blainville, et par analogie, qué la seconde ouverture qui est quelquefois très-petite dans quelques Biphores, ait échappé à leurs recherches assidues. On doit rester dans le doute jusqu"au moment où on aura fait de nouvelles observations. Pour se convaincre du rapport qui existe entre ces genres, il suffira de voir la fig. 4 et 5 de la pl. 17 de l"Atlas du Voyage de l"Uranie.(D..H.)

* MONOPHYLLE. BOT. PHAN. Ce mot est employé pour désigner tout organe foliacé qui n"est pas divisé jusqu"à sa base. Ainsi, un calice est dit monophylle lorsqu"il n"offre pas plusieurs folioles distinctes. Ce terme entraîne souvent dans de fausses idées sur la structure des organes. Qu"un organe, par exemple, soit formé par l"assemblage de plusieurs folioles légèrement soudées dans la partie inférieure, on le dira monophylle, et le lecteur croira qu"il s"agit d"une seule pièce diversement découpée. Aussi la plupart des botanistes modernes préfèrent-ils se servir d"une périphrase qui exprime l"état exact de l"orgaue, que d"employer un adjectif aussi impropre que Monophylle.(G..N.)

MONOPHYLLUM. BOT. PHAN. Nom que Lobel, Gesner et d"autres anciens botanistes donnaient au Convallaria bifolia, L., dont on a fait le genre Maianthemum, et qui quelquefois n"a qu"une seule feuille. V. MALANTHÈME.(G..N.)

* MONOPHYLLUS. MAM. Nom donné récemment par Leach à un genre qu"il propose d"établir parmi es Chauve-Souris, V. VESPERTILION (18.G.ST.-H.)

MONOPIRA. POLYP. Rafinesque, avec sa brièveté ordinaire, propose sous ce nom un genre formé de deux Polypiers des mers de Sicile qu"il dit avoir le corps simple et la bouche unique. L"un est le Monopira recurvata, et l"autre le globutosa.(B.)

MONOPLEUROBRANCHES. Monopleurobranchiata. MOLL. Cé mot qui signifie Animal portant une seule branchie sur le côté, a été proposé et employé par Blainville dans son Traité de Malacologie pour son troisième ordre des Mollusques qu"il caractérise de la manière suivante: organes de la respiration branchiaux, situés au côté droit du corps et mis à couvert plus ou moins complètement par une partie du manteau operculiforme, dans laquelle se développe souvent une Coquille plane plus ou moins involvée, a ouverture très-grande et constamment entière; tentacules nuls, rudimentaires ou auriculiformes. Blainville partage son ordre des Monopleurobranches en quatre familles; la première, sous le nom de Subaplysiens (V. ce mot), renferme les genres Berthelle, Pleurobranche et Pleurobranchidie. La seconde famille, les Aplysiens, contient les genres Aplysie, Dolabelle, Bursatelle, Notarche et Elysic. La troisième, les Patelloïdes, comprend les trois genres Ombrelle, Siphonaire et Tylodine. La quatrième enfin, sous le nom d"Acàre, r"enferme les genres Bulle, Bellérophe, Bullée, Lobaire, Sormet, Gastéroptère et Atlas. Nous renvoyons pour plus de détails aux familles et aux divers genres qu"elles renferment. (D..H.)

MONOPTÈRE. Monopterus. POIS. Ce genre a été établi par Lacépède d"après un dessin de Commerson, qui représente un Poisson dépourvu ae toute nageoire, si ce n"est la caudale. Cuvier ne paraissant pas croire qu"une image suffît pour établir un genre solide, ne l"a même pas mentionné. Il paraît que le Monoptère, long de deux pieds, est un excellent manger. Il est commun dans le détroit de la Sonde et doit être rangé dans le sous-genre Sphagebrancne parmi les Murènes, V. ce mot. (B.)

MONOPTERHIN. Monopterhinus. POIS. Blainville établit sous ce nom un sous-genre de Squales. V. ce mot.(B.)

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MONORCHIS. BOT. PHAN. Nom spécifique d"une Orchidée d"Europe (Ophrys Monorchis, L.) qui est devenue le type d"un genre nouveau, nommé Herminium par R. Brown, et adopté par le professeur Richard dans son travail sur les Orchidées d"Europe. V. HERMINION.(A.R.)

MONORCHTTE. FOSS. V. PRIAPOLITE.

* MONOSÉPALE. BOT. PHAN. On désigne, par cet adjectif, le calice lorsqu"il est d"une seule pièce, ou pour parler plus exactement lorsqu"il est composé de plusieurs pièces soudées en tout ou en partie. (G..N.)

MONOSPERMALTHÆA. BOT. PHAN. (Isnard.) Syn. de Waltheria. V. cemot. (B.)

* MONOSTICHA. BOT. CRYPT. (Persoon.) V. SPHÆRIE.

MONOSTOME. Monostoma. INT. Genre de l"ordre des Trématodes, ayant pour caractères: corps mou, aplati ou cylindroïde; pore antérieur solitaire. Les Monostomes ressemblent beaucoup aux Amphistomes par leurs formes et leur organisation; seulement ils n"ont qu"un suçoir ou pore qui est antérieur; il est même incertain si, parmi les Monostomes, il n"y a point quelques espèces qui soient ae véritables Amphistomes, mais dont on n"a pu distinguer le pore postérieur à cause de sa petitesse ou parce qu"il était fortement contracté. Comme tous les Trématodes; ce sont des Aniniaux mous, contractiles dans tous leurs points, couverts d"une peau mince renfermant un parenchyme parcouru par trois sortes de vaisseaux diversement disposés suivant les espèces. Les uns, destinés à la nutrition, ont une communication directe avec le pore antérieur: ils sont en général très-grêles, trèsnombreux, et souvent anastomosés; ils ne sont pas toujours entièrement visibles; on n"aperçoit que leurs principales branches, à moins qu"ils ne soient remplis par des matières colorées. Les deux autres sortes de vaisseaux sont destinés à la génération; les uns, et ce sont les plus grands, renferment des œufs à différens degrés de maturité; ils sont plus ou moins repliés et tortueux, et en général colorés, ou plutôt ce sont les œufs qu"ils contiennent; les vaisseaux séminifères sont également repliés; les uns et les autres aboutissent probablement au cirrhe qui, dans les Monostomes, est placé à peu de disance du pore, et rarement saillant; il ressemble à une petite papille diversement configurée. Le pore est conformé comme ceux des Distomes et des Amphistomes; il est affermi par un anneau musculeux; sa forme varie suivant les espèces et lors des mouvemens; dans quelques espèces, il est tout-à-fait terminal, et dans d"autres, quoique placé à l"extrémité antérieure, son ouverture est située eu dessous; on dit alors qu"il est infère. Le corps des Monostomes est souvent tout; d"une venue ou sans aucunes marques particulières; il y a quelques espèces dont la tête est distinguée du corps par un rétrécissement ou un renflement qu"on désigne alors sous le nom de col. Les Monostomes ne parviennent qu"à de petites dimensions; la plus grande espèce connue, Monostoma filicolle, atteint environ quatre pouces; ils sont hermaphrodites ou peutêtre androgynes; ils sont en général assez rares; on les trouve dans les intestins, les cavités abdominale et thorachique, et même entre les muscles des Animaux vertébrés. Rudolphi les partage en deux sections: les Monostomes a pore infère ou hypostomes, et ceux dont le pore est terminal; il y a en outre les espèces douteuses. Ce genre renferme environ vingt-cinq espèces connues.

Dans nos recherches helminthologiques, nous n"avous trouvé qu"un très-petit nombre d"espèces de Monostomes parmi lesquelles il y en a une qui n est point décrite dans les ouvrages de Rudolphi, et que nous ferons connaître; elle est remarquable par la forme de sa tête, qui ressemble à un petit chapeau à trois

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cornes: nous l"avons trouvée dans les cœcums de l"Huîtrier d"Europe (Hœmatopus ostralegus), et lui avons donné l"épithèle spécifique de Trigonocephalumn, à cause de la forme de sa tête; nous la caractérisons ainsi: tête cachée et subtrigone, ayant le pore mitoyen orbiculaire, inférieur, avec le corps égal et allongé. (E. D..L.)

* MONOSTROITES. ECHIN. Nom donné par Mercati à un Echinoderme fossile qui doit probablement se rapporter a la variété β du Clypeaster oviformis de Lamarck. (E.D..L.)

* MONOTHALAMË. MOLL. Expression synonyme de Coquille uniloculaire. V. COQUILLES et MOLLUSQUES.(D..H.)

* MONOTHYROS. MOLL. L"un des anciens synonymes d"Univalves. (B.)

MONOTOCA. BOT. PHAN. Genre de la famille des Epacridées, établi aux dépens du grand genre Styphelia par R. Brown (Prodrom. Flor. Nov.-Holland., 1, p. 547) quil"a ainsi caractérisé: calice muni de deux bractées; corolle infundibuliforme dont le limbe et la gorge sont imberbes; disque hypogyne, cyathifoime, lobé; ovaire monosperme; drupe bacciforme. Ce genre se compose d"Arbrisseaux ou d'Arbustes indigènes de la Nouvelle-Hollande. Leurs feuilles sont éparses; leurs fleurs sont petites, blanches, souvent dioïques par avortement; elles forment des épis axillaires rarement terminaux. Les cinq espèces décrites par R. Brown sont distribuées en deux sections. La première renferme des Arbrisseaux dioïques, ayant des bractées caduques. Ce sont les Monotoca elliptica, Br., ou Styphelia elliptica de Smith; M. albens, Br.; et M. lineata, Br., ou Styphelia glauca, Labill. (Nov.-Holl. 1, p. 45, t. 61). La seconde section, où les fleurs sont hermaphrodites, et les bractées persistantes, se compose du M. scoparia, Br., ou Styphelia scoparia de Smith; et du M. empetrifolia, Br. (G..N.)

MONOTOME. Monotoma. INS Genre de Coléoptères établi par Herbst et dont nous ne connaissons pas les caractères. Il ne renferme qu"une espèce, c"est le Lyctus picipes de Paykul (G)

MONOTRÊMES. MAM. Ce nom, créé il y a quelques années par Geoffroy Saint-Hilaire, et aujourd"hui adopté par presque tous les zoologistes, désigne d"uue manière générale un petit nombre d"espèces récemment découvertes à la Nouvelle-Hollande, et chez lesquelles on retrouve le plan d"organisation qui caractérise la classe des Mammifères, mais avec des modifications si remarquables et des anomalies si nombreuses, qu"on est encore incertain sur la véritable place qui leur est assignée dans la série animale par leurs rapports naturels. On ne connaît, dans cette singulière famille, que deux genres, celui des Echidnés (Echidna) et celui des Or nithorhynques (Ornithorhynchus), qui tous deux ne se trouvent composés, dans l"état présent de la science, que d"un très-petit nombre d"espèces, mais qui néanmoins, suivant Latreille, devraient être considérés comme formant deux ordres particuliers. Cette opinion de notre célèbre compatriote ne sera peutêtre pas admise par tous les naturalistes; mais du moins doit-on convenir qu"elle exprime bien mieux le degré d"affinité qui existe entre les Ornithorhynques et les Echidnés, et qu"elle est ainsi beaucoup plus juste que celle d"Everard Home, suivant laquelle on devrait réunir tous les Monotrêmes dans un seul et même genre. Les différences organiques que l"on remarque entre l"Ornithorhynque et l"Echidné, sont eu effet trèsnombreuses, et en même temps d"une haute importance; et cela est si vrai que la plupart des auteurs qui ont eu à décrire ces deux Animaux, même sous le point de vue le plus général, ont fait successivement", et non pas en même temps, l"histoire de chacun d"eux, tant ils trouvaient peu de

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caractères communs à l"un et à l"autre. Nous suivrons leur exemple à cet égard: il nous a semblé plus convenable en effet de faire connaître avec tout le détail nécessaire, chaque genre dans son article spécial, en nous bornant ici à indiquer les opinions émises par les plus célèbres naturalistes sur les rapports naturels des Monotrêmes.

L"Echidné épineux, Echidna Hystrix, est le plus anciennement connu des Animaux de cette famille: Shaw le décrivit vers 1792 dans ses Naturalist"s Miscellany; mais, sans se douter des nombreuses anomalies qui signalent l"organisation de l"espèce qu"il avait eu le bonheur de publier le premier, ce naturaliste la considéra seulement comme une nouvelle espèce de Fourmiliers, et la décrivit sous le nom de Myrmecophaga aculeata. Au reste, suivant cette manière de voir elle-même, la découverte de l"Echidné était déjà d"un assez grand intérêt pour la zoologie: car jusqu"alors tous les Fourmiliers connus se rapportaient à deux sections, celle des Fourmiliers ordinaires ou des Fourmiliers d"Amérique, et celle des Fourmiliers écailleux ou des Fourmiliers de l"ancien continent (les Pangolins); et la nouvelle espèce devenait ainsi le type d"un troisième sous-genre non moins remarquable par la nature de ses tégumens, celui des Fourmiliers épineux ou des Fourmiliers de l"Australasie. La publication de l"Ornithorhynque suivit de près celle de l"Échidné; elle fut faite quelques années plus tard, à peu près en même temps et par Blumenbach (Manuel d"Hist. Nat.) et par Shaw (loc. uit.): tous deux considérèrent le nouveau Quadrupède comme le type d"un genre particulier, qui fut appelé par ce dernier Platypus, et par Blumenbach Ornithorhynchus: on a déjà vu que le nom donné par l"illustre naturaliste allemand est celui qui a prévalu. Les deux auteurs que nous venons de citer avaient l"un et l"autre assigné au nouveau genre les mêmes caractères; et la phrase dans laquelle ils avaient renfermé les principaux d"entre eux, était presque textuellement la même: tous deux avaient principalement remarqué ses mandibules aplaties en forme de bec de canard, et ses pieds palmés: mais ils ue s"étaient pas accordés sur la famille dans laquelle il convenait de le placer. Blumenbach l"avait, à cause au caractère que présentent ses pieds, rapproché des Mammifères palmipèdes; mais Shaw avait été plus heureux; il l"avait mis à la suite des Myrmecophaga, et parce que l"Ecbidné était toujours considère comme appartenant a ce genre, le Platypus ou l"Ornithorhynque se trouva occuper la place que lui assignaient ses véritables rapports naturels. Au reste ce rapprochement était moins le fruit d"une étude savante de ces rapports qu"un simple effet du hasard: ce ne fut en effet que lorsqu"Everard Home eut fait ses belles recherches sur l"organisation de l"Echidné et de l"Ornithorhynque, que l"on comprit enfin la nécessité de réunir ces deux Animaux. L"illustre zootomiste anglais s"occupa d"abord de ce dernier dans une Dissertation qu"il lut à la Société royale de Londres, vers la fin de 1801, et qu"il publia dans les Transactions philosophiques, en 1802: ce travail fut bientôt suivi d"un Mémoire surl"Ecbidné, qui parut dans le même recueil et dans la même année. Home porta enfin l"attention des naturalistes sur les organes sexuels des Monotrênies; il montra qu"ils différaient par un grand nombre de caractères de fa plus haute importance de ceux des Mammifères normaux; et pensant qu"ils se rapprochaient davantage de ceux des Squales et de certains Reptiles, il alla jusqu"à émettre l"opinion que l"Ornilhorhynque et l"Echidné aevaient être Ovovivipares, comme eux. Il ne les considérait plus comme de véritables Mammifères, mais bien comme une tribu intermédiaire à la classe des Mammifères, à celle des Oiseaux et à celle des Reptiles, et formant ainsi une sorte de passage de l"une à l"autre.

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C'est en rendant compte (dans le Bulletin de la Société philomatique, n° 77, p. 125) de ces idées d'Everard Home, que Geoffroy Saint-Hilaire sėpara l'Ornithorhynque et l'Echidné des Edentés, parmi lesquels on les a vait généralement placės jusqu'alors, et qu'il établit pour eux, sous le nom de Monotrêmes, un ordre particulier auquel il assigna ces caractères indicateurs: Doigts unguiculés; point de véritables dents; un cloaque commun, versant à l'extérieur par une seule issue. C'est, comme on le voit, à ce dernier caractère que se rapportait la nouvelle dénomination de Monotrêmes. Cet ordre, établi par Geoffroy Saint-Hilaire, fut adopté quelques années après par le savant Desmarest (nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle), qui le plaça, d'après des vues particulières, entre les Rongeurs et les Edentės; et nous le retrouvons encore plus tard dans le Prodromus d'Illiger (1811), mais avec une nouvelle dénomination, celle de Reptantia, par laquelle le naturaliste allemand rappelait à la fois et la marche rampante des Monotrêmes, et leurs rapports avec les Reptiles.

Ainsi ces Animaux, placés d'abord dans l'ordre des Edentés, furent eux-mêmes regardés comme constituant un ordre distinct: on alla bientôt plus loin encore, et on les considéra comme une classedistincte: opinion que nous avons vu naître des recherches de Home, et qui ne pouvait manquer de trouver faveur parmi les naturalistes, puisque la plupart d'entre eux étaient disposés à croire les Monotrémes ovipares, et que l'absence des mamelles passait aux yeux de tous pour un fait presque démontré. On voit donc que l'idée qui fait de cette tribu une cinquième classe de Vertébrés, devait naturellement être adoptée par uu grand nombre de zoologistes; et elle a été en effet développée successivement depuis 1806 jusqu'à nos jours par Duméril, Tiedemann, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, Van der Hoeven, Latreille et Quoy. Plusieurs de ces naturalistes n'osèrent pas, il est vrai prononcer le nom de classe nouvelle, mais tous remarquèrent que l'Ornithorhynque et l'Echidné ne sont pas de véritables Mammifères. Ainsi Tiedemann (1808) pense qu'on ne peut les rapporter à aucun des ordres établis, a cause des nombreuses anomalies de leur organisation, et il les place dans une sorte d'appendice; et Duméril, dans sa Zoologie analytique, publiée deux années auparavant, montre qu'ils s'éloignent des Mammifères par une foule de considérations d'une haute importance, au nombre desquelles il cite les suivantes: 1° point de mamelles, 2° un cloaque, 3° point de dents enchâssées, 4° point de lèvres charnues, 5° palais osseux, à os intermaxillaires séparés, 6° point de méat auditif, 7° deux os claviculaires, dont un analogue à la fourchette des Oiseaux, 8° les bras articulés en charnière sur les deux os de l'épaule, 9° le péroné beaucoup plus long que le tibia, 10° les phalanges très-courtes, à doubles poulies, 11° un sixième doigt unguiculé au pied de derrière. «Tous ces caractères, ajoute le célèbre naturaliste, semblent ėloigner l'Ornithorhynque et l'Echidné de l'ordre dans lequel ils sont placés; ou observe au contraire des dispositions semblables dans plusieurs Oiseaux, et surtout chez un grand nombre de Reptiles.»

On voit que ces deux savans s'expriment avec doute; l'illustre auteur de la Philosophie zoologique fut plus hardi: il créa pour les Monotrêmes une classe nouvelle qu'il caractérisa de la manière suivante: «Point de mamelles; point de dents enchâssées; point de lèvres; un cloaque ou orifice commun pour les organes génitaux, pour les excrémens et les urines, et le corps couvert de poils ou de piquans.» Ce ne sont pas, ajoute-t-il, des Mammifères; car ils sont sans mamelles, et probablement Ovipares: ce ne sont pas des Oiseaux; car les poumons ne sout

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pas percés, et ils n'ont pas les membres en forme d'ailes: ce ne sont pas des Reptiles; car ils ont un cœur à deux ventricules.»Ces idées ont été depuis développées par divers naturalistes, et confirmées par diverses recherches de Geoffroy Saint-Hilaire et de Van der Hoeven; tout récemment Latreille les a trouvées assez bien établies pour ne pas craindre de les adopter dans son ouvrage sur les Familles naturelles du Règne Animal. Toutefois on doit bien se garder de les admettre comme ayant tout le degré de certitude désirable; car, d'une part, les mamelles ont été récemment trouvées par Meckel chez l'Ornithorhynque, ce qui le prive de l'un de ses caracteres distinctifs les plus remarquables; et, de l'autre, avant même cette découverte, plusieurs naturalistes non moins éminens que ceux qui penchent pour l'opinion contraire, avaient déjà essayé de démontrer que les anomalies que présente le groupe des Monotrêmes, ne sont pas d'une assez haute importance pour motiver son élévation au rang d'une classe distincte. Cette manière de voir est principalement celle de Spix, de Blainville, de Cuvier et de Meckel qui a apporté en sa faveur une preuve de la plus haute importance par sa découverte des mamelles chez l'Ornithorhynque. Dès 1811, le premier de ces naturalistes s'était élevé contre les idées de Lamarck, en remarquant au sujet des Monotrêmes, que leur corps couvert de poils, leurs poumons librement suspendus, la présence du diaphragme, l'existence de rudimens de dents mâchelières, et la grande ressemblance qui existe, selon lui, entre leur squelette et celui des Mammifères, et particulièrement celui des Tatous, ne semblent pas permettre de les placer dans une classe particulière. Telleest aussi l'opinion de Cuvier, qui fait des Monotrémes une simple famille dans son ordre des Edentés, et celle de Blainville qui l'a surtout développée avec beaucoup de détail. Ce célèbre zootomiste (dans sa Dissertation sur la place que la famille des Ornithorhynques et des ėchidnés doit occuper dans les séries naturelles, 1812), après avoir décrit tous les organes des Monotrêmes, et les avoir comparés à ceux des autres Vertébrés, arrive à ces conclusions: «Avec les Mammifères, les rapports deviennent tellement nombreux et sont tirés d'organes si importans; les dissemblances sont au contraire en si petit nombre et de si peu de valeur, qu'il sera de toute évidence pour l'observateur qui pèsera les uns et les autres, que l'Ornithorhynque et l'Echidné doivent appartenir évidemment à la classe des Mammifères.» Il montre ensuite que les Marsupiaux sont les êtres dont ils se rapprochent davantage: les ressemblances avec eux sont, dit-il, «un trou au condyle interne du fémur; la longueur du péroné et son articulation plus ou moins immédiate avec le fémur; les os marsupiaux; la symphyse pubienne fort lougue, l'ischion en formant une assez grande partie; un orifice extérieur commun au rectum et aux organes de la génération; l'appareil de la génération femelle séparé en deux portions distinctes qui s'ouvrent chacune dans le vagin sur les côtés de l'ouverture de la vessie; le vagin et l'urèthre ne formant qu'un seul et unique canal; l'épididyme très-gros et très-séparé du testicule; la portion membraneuse de l'urèthre extrêmement longue; le pėnis constamment renfermé dans l'intérieur du bassin et dirigé en arrière; sa racine libre et suspendue dans les chairs; la forme très-singulière du gland, et le foie sans ligament falciforme.» Enfin Blainville indique de la manière suivante les caractères qui écartent les Monotrêmes des Mammifères: «L'absence d'apophyse transverse aux vertèbres dorsales; le passage des nerfs vertébraux dans le corps d'une seule vertèbre; les côtes articulées par leur tête seulement et composées ae deux portions osseuses réunies par un petit

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cartilage intermédiaire; l'élargissement et l'aplatissement considérable des côtes asternales; la modification de la première pièce du sternum; la présence d'un os particulier sur les parties latérales de celle-ci; la modification des os de l'épaule; un ergot corné aux pieds postérieurs des mâles; la séparation des os incisifs dans une espèce, et, dans l'autre, au contraire, l'ouverture extérieure des narines entièrement formée par ces os; deux seuls osselets à l'ouie; la saillie de deux des canaux semi-circulaires et de l'ampoule de l'un d'eux, dans l'intérieur du crâne de l'Ornithorhynque; l'échancrure de la partie supérieure du grand trou occipital; la valvule tricuspide en grande partie charnue; la terminaison des uretères au-delà de l'ouverture de la vessie dans l'urèthre; les cornes de la matrice s'ouvrant dans le vagin la près de l'ouverture de l'orifice de la vessie et des uretères; la terminaison du canal de l'urèthre par plusieurs ouvertures à l'extérieur.» C'est en pesant la valeur de ces caractères qui tous éloignent les Monotrêmes des Mammifères et de ceux qui les rapprochent au contraire de cette classe, que Blainville a conclu que la masse des ressemblances l'emportait de beaucoup sur celle des dissemblances, et que les Monotrêmes ne doivent pas ainsi former une classe distincte. Quant à la question de savoir à quel groupe ils doivent être rapportés parmi les Mammifères, Blainville pense qu'ils forment une petite famille distincte dans l'ordre des ėdentés, si l'on veut continuer à se baser pour les divisions secondaires sur les organes de la digestion; ou bien dans la sous-classe des Marsupiaux ou Didelphes, si l'on croit devoir considérer en première ligne l'appareil de la génération. C'est à cette dernière opinion que ce savant zootomiste s'est définitivement arrêté, ainsi que nous l'avons dit ailleurs (V. MAMMALOGIE et MARSUPIAUX); et son exemple a même été suivi tout récemment par un autre zoologiste.

Telles sont les principales opinions émises sur les rapports naturels des Monotrémes et sur la place qu'ils doivent occuper dans la série animale. On voit que la question a été résolue de plusieurs manières fort différentes et même contradictoires; mais qu'elle ne peut véritablement être décidée d'une manière définitive, que lorsque le mode de génération ae l'Ornithorhynque et de l'Echidnė sera enfin bien connu, et lorsqu'on saura avec certitude s'ils sont Vivipares, à la manières des Mammifères, ou Ovipares. A la vérité les naturels de la Nouvelle-Hollande affirment avoir connaissance des œufs de l'Ornithorhynque (V. ce mot), et ils en ont même donné au chirurgien anglais Patrick-Hill, une description assez détaillée pour que l'on soit disposé à la regarder comme exacte. Mais comment concevoir que ces œufs puissent avoir, comme ils le prétendent, la grosseur de ceux de la Poule, quand on sait qu'ils doivent, dans la ponte, traverser le bassin, et que le, diamètre de cette cavité est de beaucoup moindre que celui qui leur est ainsi attribué? Cette objection trèsbien fondée et qui semblait même donner gain de cause à ceux qui ne voient dans les Monotrêmes que de véritables Mammifères, n'est cependant pas péremptoire: car une disposition très-remarquable des organes femelles de la génération a fourni å Geoffroy Saint-Hilaire la preuve qu'il n'est pas impossible de concilier avec l'étroitesse du bassin, le volume considérable des œufs (V. ORNITHORHYNQUE). Ainsi le témoignage des naturels de la Nouvelle-Hollande, absolument inadmissible suivant les uns, ne doit nullement être rejeted comme faux, suivant les autres; et nous ne trouvons encore ici qu'incertitude, doutes et contradictions Espérons cependant que cette importante question ne tardera pas å être résolue d'une manière définitive: lorsqu'on sait que les côte de la Nouvelle-Hollande vont étr explorées par Quoy et Gaimard, n

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doit-on pas avoir la presque certitude que la science va être redevable à leur zėle de tous les documens dont elle a besoin, de renseignemens recueillis avec autant d'empressement que de soin, et d'observalions faites avec autant d'exactitude que de talent? (18. G. ST.-H.)

MONOTROPE. Monotropa. BOT. PHAN. Linné a constitué sous ce nom un genre de la Décandrie Monogynie, dans lequel il léunissait des Plantes très-remarquables par un port particulier et analogue à celui des Orobanches. Nuttall (Genera Plant. of north Amer., 1, p. 271) qui a repris avec soin l'étude de ces Plantes, en a de nouveau séparé l'Hypopithys de Dillen confondu par Linné avecles Monotropa. V. HYPOPITHYS. Ainsi l'espèce européenne du genre dont il est ici question, s'en trouve exclue, et il n'y reste que celles de l'Amériqae du nord. Après cette réforme, Nuttall exprime de la manière suivante les caractères du Monotropa: calice nul ou remplacé par deux ou trois bractées; corolle marcescente, pseudo-polypétale, c'est-à-dire monopétale, profondément divisée en cinq segmens offrant chacun à la base un capuchon nectarifère; anthères réniformes, horizontales, uniloculaires, émettant leur pollen par deux trous transversaux et situés vers le milieu de chaque anthère; stigmate orbiculaire, nu; capsule à cinq loges et à cinq valves, renfermant des graines nombreuses trèspetites et subulées. Les Monotropa Morisoniana, Micbx., et M. uniflora, L., sont les seules espèces légitimes de ce genre; le M. lanuginosa, Michx., fait partie des Hypopithys. Ce sont des Plantes parasites sur les racines des Arbres, dépourvues de feuilles vertes, et ne présentant à la place de celles-ci que des écailles blanchâtres ou jaunâtres. Leurs tiges n'ont pas l'odeur musquée des Hypopithys auxquels elles ressemblent par la couleur, la consistance et le mode d'inflorescence qui les termine. (G..N.)

* MONOTROPĖES. Monotropeœ. BOT. PHAN. Dans son Genera of north Amer. Plants, vol. 1, p. 272, Nuttall a proposé d'établir, sous ce nom, une petite famille naturelle qu'il a ainsi caractérisée: calice supère, à cinq divisions persistantes, quelquefois nul, on ne se présentant que sous la forme de bractées irrégulières; corolle périgyne, monopétale, persistante, divisée très-profon-dément de manière à sembler polypétale; étamines en nombre défini et double de celui des pétales, insérées à la base de ceux-ci, à filets distincts, à anthères horizontales adnées aux filets, ordinairement uniloculaires, s'ouvrant de diverses manières, mais jamais par des pores terminaux; ovaire supérieur surmonté d'un seul style, et d'un stigmate simple discoïde; fruit capsulaire, à cinq loges et à cinq valves, les cloisons se réunissant à la base et formant un axe; graines nombreuses très-petites, situées au centre d'un épisperme membraneux et samaroïde, quelquefois ailées au sommet. Les Plantes oui forment le type de cette petite famille ont un port singulier qui ressemble à celui des Orobaucnes. La structure de leurs anthères et de leurs graines est semblable à celles des Pyrola qui étaient placés dans la famille des Éricinées. En conséquence Nuttall a proposé de composer le nouvel ordre naturel des Monotropées, avec les trois genres Monotropa, Hypopythis et Pyrola. (G..N.)

MONSIEUR. BOT. PHAN. Variété de Prunes.

MONSONIE. Monsonia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Géraniacées, et de la Monadelphie Dodécandrie, L., établi par Linné fils (Supplem., p. 342), et qui prėsente les caractères suivans: calice à cinq sépales égaux mucronés au sommet; corolle à cinq pétales égaux oblongs, élargis supérieurement, et du double plus grands que le calice; quinze étamines monadelphes à la base, sou-

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vent réunies dans le reste de leur étendue en cinq faisceaux de trois étamines chacun, portant des anthères ovales; ovaire supère, pentagone, surmonté d'un style conique, et d'un stigmate à cinq lobes un peu épais; fruit à cinq carpelles capsulaires dont les arêtes ou styles persistans se tordent en spirale après la fleuraison. Toutes les espèces de ce genre croissent au cap de Bonne-Espérance. Elles sont au nombre de huit, et De Candolle (Prodrom. Syst. Veget. 1, p. 738) les a disposées en trois sections de la manière suivante.

Sect. 1. SARCOCAULON. Tige frutescente, charnue, hérissée d'épines; feuilles ovales ou oblongues entières ou à peine dentées; pédoncules uniflores munis à leur base de deux bractées extrêmement petites; pétales entiers; étamines seulement réunies par la base et ne formant pas cinq faisceaux. Cette section mériterait peutêtre d'être élevée au rang de genre. Elle se compose de trois espèces, savoir: 1° Monsonia l'Herilieri, D. C., ou M. spinosa de l'Héritier et Lamarck; 2° M. Patersonii, D. C.; 3° M. Burmanni, D. C. Cette dernière espèce est le Geranium spinosum de Burmann (Geran., n. 2), figuré par Cavanilles (Dissert., 4, p. 195, t. 76), et qui, malgréses dix étamines, est voisin, par son port et la structure de son fruit, des espèces prėcédentes.

Sect. 2. OLOPETALUM. Tige herbacée; feuilles presque ovales dentées; stipules et bractéoles subulées, endurcies; pédoncules à une ou deux fleurs portant sur leur milieu deux à quatre bractéoles; pétales obovales entiers; étamines à cinq faisceaux. Cette section renferme le Monsonia ovata de Cavanilles (Dissert. 4, p. 193, t. 113, fig. 1); et le M. biflora, espèce nouvelle rapportée du Cap par Burchell.

Sect. 3. ODONTOPETALUM. Tige herbacée; feuilles lobėes ou multifides; pédoncules uniflores, trèslongs, portant sur leur milien six à huit bractées verticillées; pétales oblongs grossièrement dentés au sommet; étamines pentadelphes. Cette section se compose des trois espèces suivantes: 1° Monsonia lobata, Willd., figuré dans le Botanical Magazine, t. 5. C'est le M. Filia de Linné fils; 2° M. pilosa, Willd.; M. Filia de Persoon, Geranium Monsonia de Thunberg; 3° M. speciosa, Linné fils, Cavan., loc. cit., 3, t. 74, fig. 1. C'est le Geranium speciosum de Thunberg.(G..N.)

MONSTERA. BOT. PHAN. (Adanson). Syn. de Dracontium. V. ce mot.(B.)

MONSTRE. ZOOL. Ce mot imaginé dans des temps de superstition grossière, fut d'abord étendu à tout ce qu'il est possible de rencontrer de plus effrayant et de plus horrible à considérer. Mais enfin on l'employa dans une acception plus restreinte pour désigner tout enfantement extraordinanc, toute production prétendue désordonuée, toute chose insolite; sujet d'épouvante d'autant plus grand que l'ignorance l'interprétait en y faisant concourir les conjectures les plus singulières, les suppositions les plus absurdes. Cependant il n'est point de Monstres dans le sens de ces opinions exagérées et ridicules. Nous allons demander à la science de l'établir.

I. SOMMAIRE HISTORIQUE DES FAITS DE LA MONSTRUOSITÉ.

L'antiquité, effrayée de l'apparition des Monstres, en avait pris l'idée qu'ils étaient placés hors du domaine des choses naturelles. Sur la nouvelle d'une naissance extraordinaire, les populations s'en affligeaient comme d'un malheur universel: on notait d'infamie, ou même l'on punissait de mort les mères de ces productions réprouvées. L'indignation publique croissait en raison de l'origine attribuée à ces désordres d'organisation; car ilsétaient regardés comme un signe de la colère des dieux, comme la punition d'une dépravation portée à son comble. Ainsi uu Monstre ue

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fut point seulement d'abord un être vicié par des imperfections corporelles, mais de plus, dans l'idée que l'on s'en formait, on y faisait entrer des notions puisées dans le monde moral, le soupçon de copulations coupables, et nombre d'autres préoccupations d'csprit enfantées parl'ignorance et le fanatisme. Un Monstre a donc paru quelque chose d'affreux et d'indéfinissable, quelque chose que la nature, abandonnée sans doute à d'inexplicables caprices, voulait et ne voulait pas, qu'elle faisait et défrisait aussitôt; ébauches informes qui naissaient pour mourir au même moment, réalisant ainsi ce qui ne peut être, montrant, ensemble confondus, les deux termes inconciliables de l'existence.

Cependant au sortir des ténèbres du moyen âge, on ne prit point les choses autant au sérieux. Ce qui avait paru si affreux ne fut considéré dans la suite que comme propre à en imposer à l'imagination. Mais alors rechercher les Monstres dans ce but, ce n'était rien apprendre louchant leur essence: s'étonner en les voyant n'est pas savoir. Toutefois on entrait déjà de cette manière, mais sans s'en douter, dans des voies d'investigation. On sut que les Monstres étaient assez souvent reproduits: cette fréquence de leur apparition les fit regarder comme compris dans les desseins impénétrables de la Providence: ces réflexions excitèrent le zèle; mais enfin tout cela n'aboutit qu'à faire rechercher les Monstres pour en faire des pièces de cabinet. A ce moment d'en juger, on comprit qu'il les fallait cataloguer, nommer, expliquer même, et c'est alors que l'on inscrivit, au bas de chaque sujet, en changeant de l'un à l'autre les dénominations qualificatives, des définitions comme la suivante: Monstrum, seu ludus naturœ informis, horribilis, incomprehensibilis, ex femind natus. C'était agir comme si l'on eût réellement découvert que la nature fût susceptible de caprices, qu'elle voulût se jouer de notre espèce, et qu'il lui arrivât de s'accorder des jours de saturnales pour produire hors d'à-propos, et pour donner lieu à des existences ridiculement établies (1). Cependant des objets rassemblés, que l'on peut embrasser dans leur ensemble, qui laissent saisir des vues de rapports et de différences, parlent trop vivement à l'esprit pour que l'on ne s'empresse bientôt de les comparer et de les étudier sérieusement. Quelques esprits privilégiés comprirent de fort bonne heure quel parti la science saurait un jour en tirer. Les Monstres étaient déjà devenus pour eux une création insolite, mais qui, à quelques égards, était établie dans la règle, ou du moins dont on pouvait déduire de hautes et importantes conséquences physiologiques. Ainsi l'on vit de savans académiciens, de 1700 à 1720, contre-éprouver par des études de la Monstruosité quelques théories que l'on cherchait à introduire dans la science; les uns s'autorisant de l'absence du système cérébro-spinal chez quelques Monstres pour rejeter la doctrine des esprits animaux qu'on supposait s'engendrer dans le cerveau, et d'autres cilaut l'absence du cœur chez les Acéphales, pour s'élever contre le sentiment que le cœur est le premier organe formé et le principal régulateur de la machine. Cette troisième époque passa inapeiçue, et l'on revint sur ses pas, pour tomber, par rétrogradation, dans une quatrième où le demi-savoir fit naître des doutes et des perplexités sans nombre.

(1) Jusque dans un des ouvrages du grand Leibnitz, de ce sage si sévère dans la recherche de la vérité, on trouve une semblable manière de concevoir les désordres de la Monstruosité. Venant à rappeler un certain renversement de viscères, chez un soldat des Invalides disséqué par Méry en 1686, et dont le public s'occupa heaucoup alors, Leibnitz dans ses Nouveaux Easais de l'entendement humain, page 280, dit à ce sujet que la nature
Peu sage et sans doute en débauche
Plaça le foie au côté gauche
Et de même vice versâ
Le cœur à la droite plaça.

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Les mouvemens de Vallisuiéri qui repousse les observations de son élève Vogli, qui profite de son caractère de maître pour nier à celuici qu'il eût vu un Monstre privé du cœur, font connaître ces temps d'indécision. Mais bientôt la question de la Monstruosité est examinée avec plus de fermeté: une lutte vive s'engage entre Winslow et Lémery: leur dé–bat roule sur la question de savoir si la cause de la Monstruosité est dans le germe avant son développement, ou si, sous l'influence de circonstances étrangères, elle vient saisir le germe, pendant que celuici poursuit le cours de ses développemens. Les faits nécessaires dans une aussi haute question manquant à chacun, la science profita peu de cc débat qui, ayant occupé dix ans le monde savant, devint célébré, puis demeura presque oublié. Nous considérons, au contraire, comme un événement remarquable, une thèse inaugurale soutenue en 1762, et qui nous a été conservée par Sandifort; elle est de Charles Werner Curtius, et fait trèsbien connaître un Monstre acéphale. Nous n'hésiterions point à désigner ce travail comme pouvant à lui seul caractériser une sixièmè époque, si l'auteur eût agi sous l'influence d'un esprit affranchi des idées de son temps, et s'il se fût douté de la révolution que ses procédés préparaient pour les âges futurs. Encore aujourd'hui le travail de Curtius n'est qu'un germe, au point que son nom est à peu près resté inconnu. Nous allons nous expliquer à ce sujet. Nous ne marcherons véritablement sur les faits de la Monstruosité que s'il nous arrive d'en présenter nettement les réelles conditions. Or, c'est ce qu'on ne fait point par le plan d'études qui est suivi, et bien mieux, ce que ne sauraient faire les anatomistes, seulement occupés de l'étude particulière de l'Homme; avançant cette proposition, c'est, nous le savons, nous écarter beaucoup du sentiment de Dugès, professeur nommé à l'une des chaires de la Faculté de Montpellier, celle des accouchemens. Il est d'avis de rejeter les lumières à demander aux études de l'histoire naturelle, de repousser toute intervention de la part des naturalistes: il croit qu'il n'y a encore rien de fait relativement à la Monstruosité; que tout doit être repris et remanié à neuf; mais que surtout la reconstruction de l'édifice ne doit être entreprise et n'est possible avec chance de succès que par un maître habile dans l'art des accouchemens.

Cependant si l'on se prive de considérer son sujet d'une certaine hauteur, que donnera l'investigation anatomique, même la plus attentive. Qu'y a-t-il de possible que n'ait déjà fait Curtius avec une rare habileté? Je vois l'anatomiste humain très-bien informé des conditions de l'organisation de l'Homme normal, je le vois se laissant prévenir par un fait irrécusable, c'est-à-dire par l'idée que le sujet qu'il examine est né d'une Femme. Dès-lors il est sous le joug des raisonnemens suivans: « Le produit utérin d'une Femme, c'est un être humain; dans toute production ayant cette origine, on doit en toute place explorée trouver l'Homme, rencontrer des organes humains: là doit être le cœur, mais il manque; ici se doivent trouver le foie, le pancréas, la rate, les organes des sens, la tête; et tous ces organes manquent entièrement,» La seule conclusion où mène cette recherche attentive, c'est que dans un tel Monstre, l'on trouve l'Homme, moins le plus grand nombrede ses organes fondamentaux. Or, que sérieusement l'on se rende compte d'un tel fait, on ne saurait se refuser à la conclusion suivante: on est allé demander à cet être de montrer ce qu'il ne possède point, de manifester des conditions humaines qui ont disparu ou qui ne lui ont jamais été attribuées. Mais attendez; car voici d'autres conséquences.

1°. Que vous auraient appris les détails recueillis par l'investigation anatomique, que vous n'ayez su déjà d'avanee par l'observation de l'ensemble? Réellement vous n'êtes plus,

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quant aux points envahis par la Monstruosité, vous n'êtes plus sur rien d'humain: c'est un tout autre ensemble organique, et c'est uniquement ce qu'il vous importe de considérer sans préoccupation, sans le souvenir décevant qu'une Femme avait cependant engendré cette totalité d'organes. En effet, si le savoir se fonde uniquement sur les considérations de ce qui est, c'est cela seul qu'il faut étudier; cela seul, dès qu'il existe là une essence sui generis, un ensemble de propre et personnelle valeur, un groupe enfin de faits anatomiques et physiologiques liés les uns aux autres.

2°. Mais l'on ne doit point s'en tenir à cet aperçu; car inutilement vous cherchez l'Homme dans un système d'orgaues où le cœur, la tête, le cerveau, les organes des sens, les poumons, la rate, le pancréas, le foie, l'estomac lui-mêine ma nouent. Il y a mieux: cet être engendré par la Femme, n'offre pas même un équivalent du dernier des Mammifères pour le degré de l'organisation; que disonsnous! pas même l'équivalent d'un Reptile, d'un Poisson, d'un Mollusque, d'un Crustacé: ce qu'a donc produit la Femme, c'est quelquechose de plus descendu dans l'ordre des compositions organiques. Suivez et arrivez plus bas, par conséquent, pour chercher et pour espérer de rencontrer des êtres aussi près de conception et qui ressemblent à un Acéphale; voyez s'il n'y a pas de ces êtres dits Invertébrés, 'qui comme lui manquent des organes centraux, au moyen desquels certaines conformations plus compliquées et pleinement pourvues, existent et prennent la tête des Animaux. Certes ce n'est point ainsi que Curtius aborda, en 1762, la question de la Monstruosité: mais s'il ne s'est point porté avec autant de fermeté et de résolution sur le cœur même de la question, il a pourtant fait tout ce qui était alors véritablement nécessaire: il est à son insu entré dans la seule voie de recherches qui étaitalors praticable; afin qu'il fût rendu un nouveau témoignage à ses assertions sur le manque d'une partie des principaux viscères, Curtius appela à son secours l'art du dessin: il accompagna son travail de plusieurs planches. Or le dessin ne donne point des faits généraux et n'établit aucune théorie; il s'en tient à exposer ce qui est; et, en effet, pendant qu'on l'emploie et qu'on se tourmente pour établir une longue et fidèle énumération de ce qui manque, le dessin dit ce qu'il fallait considérer; il le dit en montrant ce qui est à la place de tant de choses cherchées: il présente un système complet d'organisation; il donne enfin un tableau exact de toutes les parties qui sont les moyens d'existence des Monstres acéphales. Curtius, en multipliant et en soignant ses dessins comme il l'a fait, a donc rendu à la science un véritable service. Mais enfin ses recherches, et tant d'autres faites auparavant et suivies depuis, ont fait voir la Monstruosité eomme une perturbation de l'organisation régulière susceptible de deux modes diflérens: on a reconnu que les dissemblances des monstres, à l'égard de leurs parens, provenaient ou d'organes absens ou d'organes surnuméraires; ce que l'on a exprimé par les noms de Monstres par défaut et Monstres par excès: et comme l'on n'admettait que deux classes d'êtres, les uns réguliers et les autres irrégulièrement conformés, ceux-là tenant l'esprit dans une principale et continuelle préoccupation, l'on ajoutait à l'égard de ceux-ci qu'ils péchaient par le moins ou par le plus d'organisation.

Toutes ces idées prirent plus de fixité et se développèrent avec plus de netteté, quand elles vinrent à être fécondées par les travaux mémorables de Tiedemann, Meckel et Serres. L'idée de Monstruosité par défaut exprime un fiait sensible; mais celle d'une Monstruosité par retardement dans le développement de quelque» parties organiques, présentait quelque chose de plus précis, de plus

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profondémeut étudié, et s'élevait jusqu'à un certain point au caractère d'une explication. Nos propres recherches nous avaient amené sur ces conséquences que nous exposâmes et discutâmes dans un écrit (1) lu le 19 mars 1821 à l'Académie royale des Sciences: Meckel, qui habitait alors Paris, était présent à cette séance; les travaux de ce savant sur les Monstres nous étaient alors inconnus: il voulut bieu nous faire part de ses droits à la priorité de la théorie du retardement du développement; et, de plus, il prit la peine de les établir dans une phrase qu'il rédigea lui-même, et que nous placâmes textuellement à la fin de notre Mémoire. Nous reproduisons cette phrase pour faire connaître les progrès que la science avait faits en 1812. « Meckel aurait, dès 1812, établi que l'Hydrocéphalie de naissance est toujours, ou du moins le plus souvent, un retardement du développement du cerveau, qui ne s'élève pas à la forme qu'il devrait prendre conformément au type de l'espèce.» Nous devons ici une explication, non pour établir que les conséquences auxquelles nous étions arrivé étaient plus explicites, mais pour nous excuser de ne nous être point tenu alors au courant de ce qui avait été fait avant nous.

Notre but ne fut point d'abord de nous occuper des questions de la Monstruosité pour elles-mêmes; naturaliste, nous craignions au contraire de nous détourner d'anciens travaux pour lesquels nous nous sentions plus de goût et de capacité. Cependant, pour donner à ces travaux une direction plus générale, nous nous étions livré à des recherches d'anatomie comparative, dont les résultats nous parurent assez importans pour être de toute manière vérifiés. Ces soins, dont nous nous occupions trop ardemment, nous intenlirent tout retour à notre point de départ. En effet, les recherches que nous nous étions bien promis de restreindre à la considération des seuls Animaux vertébrés, nous avaient fait découvrir une méthode rigoureuse, des règles que nous jugions certaines pour arriver, mieux qu'on ne l'avait fait et qu'on n'avait pu encore le faire, sur la détermination des parties organiques, base de l'étude de toute anatomie générale; c'était même bien moins les organes, que les matériaux dont les organes sont constitués, que cette méthode mettait en évideuce. Or il nous parut que tout l'avenir des travaux sévères en organisation dépendrait de cette découverte. Cette méthode avait-elle en effet le caractère de généralité et de certitude que nous lui avions reconnu? elle formait un véritable instrument de découvertes. La vérifier, l'éprouver sur tous les êtres les plus détournés du plan général, sur toutes les conformations dites désordonnées, voilà ce que nous fûmes vivement excité à faire. Nous étions entraîné malgré nous. Ainsi nous nous portâmes sur les Insectes, les Crustacés et tous leurs analogues, pour essayer, par l'emploi de cette méthode, de leur trouver quelques rapports, jusqu'alors inaperçus, avec les Animaux déclarés seuls en possession du système vertébral: et c'est aussi pour ce besoin, et dans le même esprit, que nous nous a visâmes d'étudier les êtres de la Monstruosité, persuadés que nous ne pouvions trou ver d'organisation plus remplie d'élémens contradictoires, et plus désordonnés. C'était une méthode que nous voulions éprouver, mais elle à son tour nous mena bientôt, et d'abord presqu'à notre insu, sur les rapports les plus singuliers, les plus nouveaux et les plus néces–saires dans l'état actuel de la science. Voilà comme nous entrâmes dans l'examen des faits de la Monstruosité: préoccupé de recherches de visu, nous ne nous détournâmes point pour celles d'érudition; bien entendu qu'il n'était nullement entré dans

(1) Des faits anatomiques et physiologiques de l'anencéphalie. Philosophie anatomique, T. 11, p. 125. V., pour la phrase citée, p. 153.

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notre pensée de nuire aux droits d'autrui, et l'ayant au même moment montré, quand nous reçûmes, avec une bien sincère reconnaissance, l'avis et les renseigncmens que nous tînmes de la complaisance de Meckel. Nous écrivîmes donc, de 1820 à 1822, plusieurs Mémoires, dans le but unique de poursuivre la vérification de notre méthode de détermination (1), quant à son exactitude et à sa valeur intrinsèque: puis, cette méthode, réagissant à son tour par sa faculté toute-puissante d'investigation, nous porta sans hésitation sur la connaissance précise de beaucoup de faits de monstruosité, qu'il n'était venu encore à l'esprit de personue d'examiner. Nous avons réuni ces travaux en un volume, le second de notre Philosophie anatomique: or c'est en écrivant les dernières pages de cet ouvrage que nous nous sommes aperçu (et nous l'avons dit alors avec sincérité) que nous venions de donner un traité sur plusieurs points de la question elle-même, sur une partie des faits organiques embrassés sous le nom de Monstruosité. Nous avons continué, depuis 1822 jusqu'à ce jour, à écrire sur ces mêmes questions; mais depuis cette époque, nous avons traité de ces maueres ex-professo et pour elles-mêmes: et ce sont en effet les conséquences de ces curieuses questions de physiologie, que nous nous sommes proposé de suivre et de multiplier.

II. CLASSIFICATION ET NOMENCLATURE.

Porter son attention sur les Monstres pour les réserver à titre de pièces de cabinet, pour provoquer la surprise ou les offrir comme un objet de spectacle, fut de peu de durée; car l'étonoement cesse par le retour des mêmes faits, comme l'intérêt des spectacles s'use par la jouissance. On vil donc alors les Monstres comme un sujet d'instruction. Mais il fallut d'abord établir ce qu'ils étaient: on se prit ainsi à les décrite. Cependant ces êtres paradoxaux n'arrivaient ordinairement qu'à des médecins plus exercés dans la pratique des accouchemens qu'occupés à de véritables recherches scientifiques, et de plus les Monstres n'apparaissaient qu'à d'assez longs intervalles. Comme il n'existait ni antécédent, ni modèle à suivre, les faibles travaux qui furent successivement publiés restaient sinon inconnus, du moins indifférens à chaque auteur. Chacun donc s'abandonna à ses propres inspirations ou le plus souvent aux impressions que le sujet se trouvait fournir. En définitive, on vint à décrire un grand nombre de défauts de conformation, à signaler les modifications les plus variées de l'organisation régulière. Or il arriva que ces travaux, bien qu'isolés les uns des autres, eurent quelques résultats commuus: ils se rencontrèrent dans deux idées qui devinrent dominantes.

1°. Le mol Monstre avait changé d'acception, car on ne l'employait plus que pour rappeler un état de l'organisation frappée de perturhalious et viciée par l'excès, l'altération ou le défaut de certains organes. Cela étant, tout Animal se maintenant partout dans des rapports d'ordre et d'harmonie et naissant sous les mêmes conditions que ses parens, était l'opposé de celui-là, et formait l'être normal, quand un Monstre se définissait par des qualités contraires: un Monstre par conséquent était cet être normal, que diverses perturbations dans le développement de certains organes altéraient quelque part et rendaient vicieux sur un ou plusieurs points. Bonnet exprima cette idée dans la définition suivante:« Un Monstre, a-t-il écrit, est une' production organisée, dans laquelle la conformation, l'arrangement ou le nombre de quelques unes des parties ne suivent pas les règles ordi

(1) V. sur cette méthode et ses règles le discours préliminaire du tome second de notre Philosophie anatomique, principalement lès deniers paragraphes.

TOME XI. 8

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naires.» C'était étendre cette définition jusqu'aux plus légères anomalies; mais en voyant comment de réelles monstruosités et de simples variétés se suivent dans un ordre continu et insensiblement gradué, on trouve que le vice apparent de la définition de Bonnet disparaît devant un examen physiologique. Cependant Andral fils, dans son excellent article Monstruosité du Dictionnaire de médecine, rejette dans une classe à part tous les vices peu considérables de conformatiou qui persistent après la naissance. « Il désigne sous le nom de monstruosité toute aberration congéniale de nutrition; d'où résulte, pour l'être qui la présente, une conformation d'un ou de plusieurs de ses organes différens de la conformation qui appartieut à son existence extra-utérine, à son espèce, ou à son sexe.»

2°. En parcourant tous les travaux sur les Monstres, chaque description qu'on en a donnéc, on croit s'apercevoir que le nombre des difformités est infini, pouvant à peu près s'étendre à tous les points profonds ou superficiels des organes. Dans leur article Monstruosité du grand Dictiounaire de médecine, les professeurs Chaussier et Adelon en ont pris cette opinion: « Insistant sur la bizarrerie de tant d'apparences diverses, on est jeté dans des différences sans fin, ont dit ces savans professeurs, en sorte qu'il faudrait décrire tous les genres de Moustres qui ont paru, puisqu'il n'en est aucun qui n'offre quelque chose de spécial.» Des travaux aussi nombreux, des diversités aussi considérables ont fait désirer d'y introduire de l'ordre. Les Monstres peuvent-ils être classés? On ne s'est point fait préparatoirement cette question, qu'on aurait nécessairement fait suivre de recherches sur la meillcure méthode de ranger ces productions; mais on y a de suite voulu appliquer les procédés des naturalistes qui distribuent les Animaux en ordres, genres et espèces. Cependant y avait-il parité?

Un Animal est un être à part, bien isolé, parfaitement circonscrit eu égard à toutes les conditions de son existence. En peut-il être de même d'un Monstre? Daprès ce que nous avons dit plus haut, c'est un être bien conformé dans le plus grand nombre de ses organes, et vicieux dans le surplus; un être qui a résisté à sa tendance pour une parfaite et prédestinée construction: un tel être vicieusement établi est ainsi le contraire de l'être normal.

Que de questions secondaires dépendent de cet énoncé? Car confondrez-vous les parties conservées dans l'état régulier avec celles transformées par des altérations désordonnées? Il devient ajors difficile d'adopter pour des Monstres ainsi composés une classification qui s'étende aux divers Animaux. N'embrasserez-vous au contraire que les faits mêmes de la monstruosité? Il ne vous reste que des qualités négatives peu propres à fournir des élémens pour un édifice. Dans ce qui fut entrepris, ou se régla d'après des idées à priori dont quelques-unes donnent avec quclque bonheur de premières coupes. Bonnet et Blumenbach divisèrent les Monstres en quatre classes; les uns, parce qu'ils possédaient en organisation au-delà du type ordinaire; d'autres, parce qu'ils étaient restés eu deçà; ceux-ci à cause d'altérations dans la structure des parties; et ceux-là en raison de connexions interverties. Buffon fit preuve de goût en écartant cette dernière considération, et en restreignant à trois l'ancienne subdivision: mais depuis, Meckel, d'accord sur ce point avec Buffon, adopta pourtant une quatrième classe qu'il composa des sujets hermaphrodites. Ceci était bien loin de pourvoir à tous les besoins: puis, en admettant qu'il y cût quelque parité avec les procédés des naturalistes, de telles coupes pouvaient tout au plus correspondre aux divisions primordiales, au moyen desquelles les Animaux vertébrés sont partagés en qua-

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tre classes; elles pouvaient servir à distinguer des systèmes organiques aussi dissemblables entre eux que le sont les groupes dits Mammifères, Oiseaux, Reptiles et Poissons; mais ces partages faits de haut rendaient toutefois nécessaire pour chacun des groupes un arrangement de subdivision, qui permît de poser les élémens caractéristiques de chaque sorte de Monstruosité en particulier. On a cru dans ces derniers temps qu'étendre les données déjà introduites dans la science, que multiplier les premières divisions, ce serait adopter pour les Monstres un mode de classification analogue à celui pratiqué pour les êtres de la zoologie. Mais combien au contraire on s'éloignait du but! Ce n'est pas tout que d'emprunter à une langue morte des racines, que d'arriver sur les faits avec des mots grecs: en faire un signe pour un nombre quelconque de combinaisons que l'on distingue et que l'on établit à priori, ce n'est pas suivre la méthode des naturalistes: c'est imaginer un cadre à l'avance qui appelle les faits disponibles selon une règle quelconque et voulue arbitrairement, et qui en délaisse le plus grand nombre, lesquels y appartiennent par la liaison des faits. La différence est manifeste; les naturalistes, au début de leurs recherches, ne descendent jamais des hauteurs de leur sujet jusqu'aux faits particuliers; mais partant de conditions acquises sévèrement touchant chaque être en particulier, ils remontent de l'espèce au genre, du genre à l'ordre et de l'ordre à la classe; et c'est quand ils ont successivement groupé des faits isolément et soigneusement examinés, qu'ils voient d'ensemble tous les êtres du même rang, et qu'ils jugent des hautes conditions qui en établissent les communs rapports.

Ce qu'on a fait pour les êtres de la monstruosité est tout le contraire. Ainsi Malacarne admet seize classes de Monstres; on trouve que de sages combinaisons de son esprit avaient d'abord formé ses motifs, comme celarésulte par exemple des considitions, qu'il met en avant et qrapportent à de certaines proport des parties ou de tout l'ensembl corps; mais l'exéqution ne fut Leureuse. En effet la petitesse corps entier caractérise ses Mic mies, la petitesse d'un seul mer ses Micromélies, le contraire ou cès de volume du corps ses Mact mies, le trop de grandeur d'un membre ses Macromélies, l'abs d'un membre ses Atelies la muli cation du corps entier ses Poimies, etc. Le aocteur Breschet i pris et étendu cette méthode au Déviation organique, dans le six volume du nouveau Dictionnair médecine. A la première vue, nouvelle classification, qui est foi sur plusieurs sortes de subdivis et qui s'étendà tous les cas prést possibles, promet de mieux s chaque fait particulier; mais loir là, nous devons eu convenir: pique, quand cette classification; court plusieurs degrés, qu'elle cend des généralités, et que, che faisant, die signale quelques co tions organiques, elle u'en point au but principal d'une clarification, lequel est finalement noncé net et précis d'uu être particulier: elle arrive au der terme des subdivisions pour app dre qu'il est définitivement une sorte d'affection susceptible de m fier le sujet normal. Mais un Moc comprend le plus souvent jusqu'ià huit de ces sortes d'affections, signalerez-vous toutes par les sihuit noms grecs crées ad hot qui expriment chacune d'elles le faudra bien sans doute; car i vous êtes privé du droit de vou tenirà une seule considération, que toutes les conditions organii qu'expriment vos dénomination trouvent cumulées dans le mêtre. Cent mots grecs, dont plusi avaient déjà des équivalons dar science, comme par exemple le me hypodiastèmatocaulie qui est becoup trop long et qui n'est

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plus clair que l"ancien mot hypospadias, ne sont qu'une suite de formes inutiles à apprendre et d"ailleurs trop difficilesà retenir pour remplacer dans des descriptions les termes simples et ordinaires, dont chacun dans sa langue trouve abondamment et sans effortsà faire usage. Ainsi, qu'on place les uns après les autres les noms suivans, Acéphalocarpie, Acèphalodaclylie, Symphy sodactylie, Macrodactylie et plusieurs autres, on énoncera bien moins clairement les conditions organiques d'un Monstre Acéphale, que si l'on se borneà l'emploi de la phrase suivante et correspondante: Un tel Monstre est sans tête, sans bras, et se distingue encore par les doigts de ses pieds réunis et volumineux.

Si tous ces essais de classification n'ont été qu'une apparente et défectueuse imitation des procédés des naturalistes, c'est qu'on a toujours négligé l'idée-inère d'une pareille question; c'est qu'il n'est venu à l'esprit de personne de se demander, s'il devenait possible de ramener chaque Monstre à l'idée abstraite d'un être de la Monstruosiié. Leibnitz, dans ses Nouveaux Essais sur l'Entendement humain, page 270, discute ce point. « On devra, dit-il, déterminer si les Monstres forment réellement une espèce distincte et nouvelle; et cependant, ajoute-t-il, un Monstre sera nécessairement de son espèce, si la nature intérieure d'aucune autre ne s'y trouve; car que l'on ne s'arrête pointà la naissance, c'est aux marques intérieuresà prononcer.» Ainsi ce grand philosophe est conduit, par la rigueur de ses raisonnemens, à exclure l'une des deux indications que l'on consulte pour juger de l'essence des espèces, celles de la race et de la forme, quand, ce qui a lieu chez les Monstres, ces indications se contredisent, età préférer les notions de la forme, seules propresà exposer ce qui est, à celles de l'origine, décevantes et trompeuses dans les déviations organiques. Nous sommes arrivé, non spéculativement, mais par une étude approfondie et directe du sujet, aux mêmes conséquences; nous y voyons concourir deux ordres de considérations.

1°. Qu'y a-t-ilà conserver et à éliminer dans l'examen d'un Monstre? Ainsi qu'on l'a vu plus haut, un Monstre est un être régulier dans la plus grande partie, et irrégulier dans la moindre partie de ses orga nes. Là où le Monstre est dans la règle, sa condition d'un êtreà part et normal se fonde sur une certaine somme d'organes dans des rapports donnés, et, nous le supposons, parfaitement connus: là, au contraire, où il s'écarte de la règle, c'est une autre somme d'organes dans des rapports fort compliqués, inconnus et qu'il convient de rechercher. Voilà par conséquent deux parts distinctes, bien qu associées dans le même être, bien que, par une sorte de génération, l'une dépende de l'autre. Cependant qui vous empêcherait de saisir ces distinctions? pourquoi n'en profiteriez-vous pas pour simplifier votre problême; pour,à l'instar des géomètres, éliminer ce qui est connu, et pour vous en tenir enfin aux seules choses de la monstruosité, lesquelles au fond constituent l'uuique sujet de vos recherches? Nous nedemandons que ce qui est tout naturellement indiqué et universellement pratiqué dans de certaines affections pathologiques. Car est-il question dedécrire tous les phénomènes morbides d'un ulcère, on s'en tient auxconsidérations du tissu nouvellement transformé, et il ne vientà l'esprit de personne de comprendretout le reste du sujet normal parmiles élémens d'un pareil travail, quoique l'être régulier soit la gangue etqu'il ait fourni la matière de la déviation morbide. Les Monstres ne diffèrent en effet de l'exemple que nousinvoquons ici, que, parce que,à leurégard, la déviation organique datedu développement fœtal et quellese trouve embrasser une plus grande

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étendue de la périphérie de l'être. Pour présenter notre idée sous une image grossière, mais qui parle nettement aux sens, nous comparerons les faits de la monstruosité aux faits de pourriture qui attaquent les fruits pulpeux. Si les phénomènes de la pourriture suivent une marche régulière et indépendante de la nature des fruits générateurs, il est inutile de revenir sur les gangues, poires, pommes, abricots et pêches; il suffit d'en détacher idéalement les portions pathologiquement affectées. On peut donc, et on doit alors, examiner à part le tissu et la composition de cette nouvelle pulpe; en définitive tous les faitsà observer forment un ensemble de circonstances susceptibles d'être étudiées et méditées séparément. Cependant pour que ces réflexions soient en tous points applicables aux faits de la monstruosité, il faut encore que ceux-ci soient assujettis à une marche régulière et en quelque sorte indépendante, dont la preuve soit fournie par le retour des mêmes faits dans des circonstances données. C'est cela que nous allons examiner.

2°. Sansavoir fondé nos recherches sur les données précédentes, nous avions déjà fixé notre attention sur l'apparition fréquente de certaines monstruosités: ce retour des mêmes aberrations, en se faisant remarquer par la fixité de leurs caractères, semblait reproduire des formes aussi arrêtées que toutes celles de la zoologie normale, que les formes produites par la succession des êtres réguliers: à la place de l'organisation prédestinée, d'un arrangement conforme au type normal, c'est un autre ordre de régularités: c'est réellement une autre création que l'on peut et opposer et comparer aux développemens toujours conditionnels de la première, à ces enlacemens d'orga nes, à toutes ces formations incommutables qui composent le mouvement et qui assurent le retour périodique des productions régulières. La somme d'organes constituant les choses de la monstruosité forme ainsi une œuvreà part, bien limitée, bien circonscrite, et établie suivant certaines règles. De-là, à l'idée d'un êtreà part, d'une espèce établie en raison de ses marques intimes ( Leibnitz ) ou de ses propres caractères, la conclusion nous paraît logique; mais enfin pour que cela devînt une proposition inattaquable, il fallait en outre démontrer que tous ces rapports ne tenaient pointà une coïncidence accidentelle; or l'investigation anatomique nous a donné ce fait péremptoirement. Qu'un organe tombe dans l'atrophie ou même vienneà disparaître entièrement; tous ceux de son pourtour sont de proche en proche repoussés de la circonférence au centre; ils s'appuient les uns sur les autres, ils entrent dans de nouvelles connexions, et donnent ainsi naissance à des composés nouveaux, à des formes insolites, enfinà du merveilleux pour notre ignorance'; à quoi en effet les espèces régulières, les seules jusqu'alors qui aient été étudiées, ne nous avaient pas accoutumé. Voilà ce que nous avons souvent observé, ce que nous avons vu dans les Anencèphales, chez lesquels il arrive, au système cérébrospinal, d'être remplacé par un fluide d'un volume énorme. A l'ordinaire, la pulpe contenue n'est autre qu'un simple filet médullaire rentlé pardevant; et le contenant, ou la tige vertébrale qui en suit les contours, est disposé en un étui resserré en arrière et dilaté en avant, sous la forme connue et nommée boîte crânienne. Cet arrangement, les faits de la monstruosité qui caractérisent les Anencéphales le rendent impossible; la poussée de la masse volumineuse du fluide, tenant lieu de la pulpe médullaire, fait que l'étui vertébral et la boîte crânienne apparaissent comme fendus longitudinalement, renversés sur les côtés et définitivement établis en table. Nous avons vu plusieurs de ces Monstres et nous en avons décrit jusqu'à dix espèces.

Nous citerons encore le cas où ce

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sont des parties nerveuses olfactives qui manquent. Les yeux sont-ils privés de leur diaphragme ordinaire? eux et toutes les parties qui s'y rapportent s'approchent au contact, et viennent se confondre sur la ligne médiane pour ne former plus qu un seul œil: ce qui n'empêcne pas que les vaisseaux nourriciers dépendant de la carotide externe ne continuent de servir à l'accroissement de la face et du museau; actions discordantes, d'où résultent des formes bizarres et surprenantes; et en effet les tégumens nasaux sont prolongés et établis sous l'apparence d'une trompe. Nous connaissons l'ensemble de ces désordres ou de ces nouveaux arrangemens, sous le nom générique de Rhinencéphale. Nous nous borneronsà la citation de ces exemples: ils suffisent pour faire voir que la Monstruosité prend généralement ses motifs dans l'atrhophie ou l'hyperthrophie d'organes profonds et fondamentaux. Les diverses espèces d'une classe entière en sont donc pareillement susceptibles, et nous l'avons effectivement vérifié pour les Rhinencéphales, que nous avons trou vés établis de la même façon dans les espèces Homme, Chat, Chien, Cochon, Cheval, Brebis et Veau; mais de plus, il résulte encore de ce qui précède, qu'un ordre nouveau remplace l'ordre ancien, ou l'arrangement du type normal, c'est-à-dire qu'un ordre qui se fonde sur le concours d'organes diversement proportionnés, reproduit un autre système, et l'on peut ajouter un nouvel être. Si l'on en doutait, c'est qu'on aurait négligé de réfléchir à ce qu'exige de combinaisons la 'moindre formation animale. Mais il y a mieux; nous n'en sommes pas réduità rendre probable la possibilité d'établir une zoologie pour les êtres de la monstruosité sur les mêmes bases qu'est fondée la zoologie des êtres réguliers: nous n'avons qu'à rappeler ce qui a déjà reçu un commencement d exécution. Déjà en effet plusieurs genres ont été traités avec les formes et dans l'esprit de la zoologie générale. Nous citerons les genres Anencéphale, Notencéphale, Hypérencéphale, Podencéphale, Thlipseneéphale, Aspalosome, Hypognathe, etc. Nous avons décrit huit espèces d'Anencéphales dans le douzième volume des Mémoires dù Muséum d'Histoire Naturelle, et deux de plus dans les Annales des sciences naturelles, T. VII, page. 557: ces espèces sont Anencephalus drocensis, A. sequanensis, A. icthyoides, A. sannensis, A. mosensis, A. occipitalis, A. mumia, A. perforatus et A. evisceratus; lescaractères du genre et ceux des espèces sont exprimés dans les formeset le langage linnéens, en mêmetemps que figurés avec le plus grandsoin. Nous renvoyons égalementànotre Dissertation des Hypognathes, comme à un autre exemple de l'emploi de cette méthode: on trouvecette Dissertation dans le treizièmevolume des Mémoires du Muséumd'Histoire Naturelle: le genre Hypognathe n'est composé que des troisespèces suivantes; Hypognathus rupealis, Hypogn. capsula, Hypogn, monocephalus. Ces travaux sont del'ordre de ceux que les naturalistes connaissent sous le nom de Monographies, et l'on sait quelle importance y attachent les hommes quis'intéressent aux réels progrès de lascience. L'esprit, en se concentrantsur un petit nombre d'êtres dontles rapports et les différences sontplus facilement appréciés et discutés, saisit dans ce positif des faits jusqueaux plus petites nuances. En supposant que nous ayons adopté avecquelque bonheur ce même modepour les êtres de la monstruosité, viendrons - nousà conclure qu'enfin une classification des Monstresexiste? Non, telle n'est, ni ne sauraitêtre notre conclusion. Nous ne possédons eucore que quelques élémenspour une classification qui embrassetous les faits: gardons-nous doncde leur demander au-delà de cequ'ils contiennent. Mais continuons à décrire età déterminer les êtres

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de la monstruosité: multiplions à leur sujet les travaux monographiques et laissons faire au temps et à nos successeurs; car il ne faut pas oublier que nous ne faisons qu'ouvrir cette voie, que nous sommes à peine entrés dans cette nouvelle carrière. Plus tard des rapports seront saisis: on s'apercevra que de semblables caractères conviennent à plusieurs monographies: on réunira celles-ci, d'après leurs communs rapports: c'est ainsi qu'en leur temps, ces travaux seront liés par l'utile échafaudage et les ressources des classifications, que seront formés des groupes de plus en plus élevés, les ordres et les fîmes; et l'on y procédera avec d'autaft plus de facilités et de certitude de succès, qu'au point de déppct les faits auront été plus sévè rement établis, c'est–à-dire que les monographies de genres auront élé le firpit d'observations plus attentives et plus persévérantes. Tout ce que nous pouvons conclure pour le moment, c'est que la méthode des nataralistes est applicable aux êtres de la menstruosité. Les plus grandes déviations ou les écarts qui portent sur les parties les plus essentielles, constituent les faits principaux ou les faits génériques; et les déviations au contraire qui ne modifient l'organisation normale, qu'en des parties moins liées aux fonctions de la vie, constituent des faits de deuxième ordre, ou les faits spécifiques. Ne pourrait-on traiter des Monstres que pour en présenter une sévère détermination et que pour les inscrire avec rigueur parmi les êtres de la zoologie pathologique, ces recherches ne seraient point indignes des plus grands talens: les naturalistes, occupés de faire connaître les êtres de la zoolo gie normale, ne se proposent point un but plus élevé.

III. CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES.

Les études de la monstruosité sont de plus appelées à répandre de grandes lumières sur les hautes conditions de l'organisation. Une scule anatomie, celle de l'Homme, avait d'abord presque uniquement occupé, et avait donné lieu, vers la fin du siècle dernier, aux plus grandes découvertes qu'il fût possible de faire dans un champ qui imposait de trop étroites limites aux observateurs. Mais tout-à-coup ce théâtre vint à s'agrandir. L'anatomie des Animaux, devenue le sujet des plus heureuses investigations, accrut et féconda par de nombreux objets de comparaison une étude jusque-là beaucoup trop circonscrite. Ce fond, où. il nous était donné de venir puiser les élémens des connaissances physiologiques, donna facilement de premier's fruits: cependant scruté et comme interrogé de nouveau, les réponses devinrent plus difficiles à obtenir et moins satisfaisantes: un état stationnaire fit connaître que l'on s'était comme épuisé dans cette direction. Il fallut donc ouvrir de nouvelles routes, et l'on en vint à distinguer plusieurs sortes d'anatomie comparative, au nombre desquelles figurent en première ligne l'anatomie pathologique, mais surtout l'anatomie des êtres de la monstruosité. Ce qu'il parut désirable de savoir, on demanda aux déviations organiques de le dire (1). Quel spectacle en effet que celui de l'organisation dans ses actes irréguliers, de la nature soumise à des troubles, embarrassée dans ses évolutions, surprise enfin comme dans des momens d'hésitation et d'impuissance? Pour quiconque en effet a examiné et s'est rendu compte de toutes les modifications possibles de l'organisation, il est évident que ses formes diverses se nuancent et sortent toutes d'un seul et même type. Mais quelle preuve en sauriez-vous alléguer, qui ne vous exposât à la contradiction, si vos supputations embrassent uni-

(1) Corréa de Serra nous écrivait un jour: « Je me plais et m instruis avec vos Monstres; ee sont d'aimable et francs bavards, qui racontent savamment les merveilles de l'organisation, disant toujours fort à propos et ce qui est efcoa qui ne saurait être.»

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quement des Animaux réguliers? Que vous remplaciez au contraire ces élémens, en demeurant fixé sur les êtres de la monstruosité, que de variétés dans les faits! que d'heureux contrastes! que de moyens de recherches et de convictions! que de preuves enfin à fournir! Car vous savez où tendait l'effort pour bonne et régulière formation (nisus formativus): tel organe eût été produit, et vous voyez ce que la monstruosité vient au contraire vous donner en remplacement. Ainsi pour le peu que vous soyez aidé ou seulement heureusement inspiré sur l'obstacle intervenu, vous savez sans difficulté et avec certitude ce qui devait arriver, et vous pouvez y comparer ce qui est, ce qu'a rendu nécessaire une autre condition donnée. L'esprit qui domine tant d'élémens divers, les oppose les uns aux autres et finit par acquérir la conscience du jugement qu'il en devra porter. Cependant quelles sont les perturbations qui luttent avec succès contre l'action du nisus formativus (tendance à formation régulière), quelle est effectivement la nature de l'obstacle, dont l'intervention fait dévier l'organisation de sa direction normale et la prive de sa forme attendue pour la soumettre à une nouvelle marche, pour la reproduire sous une toute autre forme? Cette recherche fut une des premières dont nous nous occupâmes. Nous trouverons à faire plus tard une très-heureuse application du principe que tout développement organique procède d'abord et se répand de la circonférence au centre (1). Mais c'est tout le contraire qu'on observe dans les monstruosités dites éventrations, c'est-à-dire dans les monstruosités chez lesquelles les viscères font hernie à l'extérieur du tronc. Or le nisus formatious, ou le cas d'une formation régulière, ne se maintient dans ses allures habituelles, que s'it parvient, en y appliquant la liaison intime et l'engrenage continu des divers organes, à développer une action de tirage; laquelle range et retient ces organes dans l'intérieur des cavités du tronc. Pour qu'il en soit autrement, il faut qu'une contre-action s'exerce avec plus d'éuergie, et une telle contre-action n'est et ne peut être qu'un autre et plus puissant tirage s'exerçant en sens contraire. Voilà ce qu'il nous restait à trouver et ce qu'il ne fallait pas désespérer de rencontrer, même après quelques essais infructueux, attendu qu'il y a deux époques à distinguer dans le développement des faits de la monstruosité: une première, pendant laquelle commencent les phénomènes et se règlent les conditions des déviations organiques, et la dernière, quand le Monstre, long-temps après qu'il est définitivement établi, quitte sa gangue nourricière ou le domicile maternel. Or il arrive le plus souvent que, dans l'intervalle de ces deux époques, les moyens du tirage extérieur s'usent et se détruisent, sans anéantir de plus anciens effets, sans rendre à l'état normal la position respective des viscères. Il y a persévérance des difformités primitives, celles-ci n'étant plus même conservées en vestiges. Nous ne devions, nine pouvions nous en tenir à ces déductions, à ces prévisions de l'esprit; mais heureusement nous n'avons point tardé à les remplacer1 par des observations positives. L'Hypérencéphale, l'un des genres que nou3 avons décrits dans le deuxième volume de notre Philosophie anatomique, nous a le premier montré des brides tégumentaires étendues du sujet à la périphérie formant les enveloppes de l'œuf: elles existaient chez ce Monstre, sous la forme d'une lame mince et très-large, allant d'abord de la tête au placenta, puis se continuant en festons fraîchement déchirés sur toute la longueur des viscères. Nous avons retrouvé, depuis, de pareilles brides ou membranes sur d'autres su-

(1) L'illustre médecin de l'hôpital de la Pitié, le docteur Serres a fait de cette loi l'une des bases de sa nouvelle doctrine physiologique.

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jets; et de plus, dans de très-récentes expériences, nous étant proposé d'agir sur des œufs que nous faisions couver par la chaleur artificielle, il nous est souvent arrivé, en élevant audelà de 32° la température du four, de porter le trouble dans le développement fœtal et d'amener plusieurs Poulets à s'approcher d'une des extrémités de leur coquille et à y contracter adhérence. Des brides, lames ou membranes, interposées entre le sujet en développement et entre les membranes ambiantes du placenta, paralysent l'action vitale, ou l'entraînent violemment dans des voies détournées: or ces membranes sur-ajoutées par la monstruosité exercent leur influence de deux manières; d'abord mécaniquement, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, en tant qu'elles font l'office d'une lame de suspension quant au fœtus. Effectivement on conçoit que fixées d'une part aux membranes ambiantes de l'œuf ou du placenta, et attachées de l'autre à quelques organes du fœtus, elles tiennent ces organes en particulier dans un tiraillement qui est d'autant plus puissant et plus efficace pour les entraîner au dehors, que le poids, les mouvemens et peut-être les soubresauts du fœtus agissent en sens contraire. Les lames placentaires ont, en second lien, ce résultat, qu'insérées sur plusieurs organes du sujet et sy distribuant à la manière d'un diaphragme vertical, ells privent les vaisseaux qui ordinairement rampènt à la surface de ces organes, de revenir les uns sur les autres, de s'y anastomoser et de s'y employer à une sorte de tissage: elles exercent en outre une influence toute contraire, s'il leur arrive de servir de véhicule au système vasculaire pour entraîner celui-ci du sujet au placenta, ou vice versá, d'où résultent les plus singuliėres et les plus fâcbeuses aberrations. A l'existence de pareilles brides ou membranes, cause prochaine et manifeste de la monstruosité, se rattachent naturellement plusieurs explications: 1° considérées comme lames de suspension et comme exerçant un tirage à l'égard de quelques organes, elles ne sont que momentànément dans ce rôle: elles marchent à dépérissement, quand le sujet passe de l'état d'embryon pour entrer dans celui de fœtus: ce n'est plus alors le placenta qui est une ordonnée toute-puissante à l'égard du sujet; le contraire a lieu: le fœtus est proportionnellement plus nourri et croît davantage, lc placenta bien moins: arrive alors une époque de réaction et de lutte, où les viscères obéissent à d'autres tractions; celles intérieures et normales essaient de se soustraire à leurs primitives adhérences: car à ce moment, le fœtus devient plus lourd, et il est en outre, par une plus grande vitalité, sujet à des sursauts brusques et violens: c'est le moment où les brides placentaires se déchirent. Voilà le fœtus rendu à ses conditions normales, occupant le centre de la cavité placentaire, étant également et de toutes parts entouré des eaux de l'amnios. Ses liens se trouvant rompus, les tėgumens communs viennent se répandre sur les parties qui en étaient dépourvues. Toutefois ce retour aux conditions normales ne produit son effet que pour les nouvelles couches dont les développemens successifs viennent accroître l'organe monstrueux: comme celui-ci a crû d'abord, il se maintient avec plus ou moins de fixité. Ainsi se renferment dans l'intérieur de l'être des organes mal conformés ou rangés dans un ordre inverse de celui de leurs véritables connexions; ainsi, sans qu'il soit nécessaire de déclarer à cet effet la nature peu sage et dans un excès de débauche, s'explique le cas cité par Leibnitz, lequel avait paru si extraordinaire; le cas du soldat des Invalides, chez lequel Méry avait trouvé le foie à gauche et le cœur à droite. Nous connaissons beaucoup d'exemples semblables; et, chose admirable! les faits bien exa-

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minés et bien sentis ne dérogent en rien à notre théorie sur les connexions: car c'est la masse entière des viscères qui est atteinte: tout entière, elle a roulé comme autour d'un axe, de telle sorte que chaque viscère garde respectivement et à l'égard de ses voisins sa propre et véritable connexion: il n'y a d'anomalie qu'en ce qui concerne le contenu par rapport à tout le contenant, ou à ta cavité du tronc.

2°. Si nous considérons les brides ou lames placentaires comme devant empêcher les rameaux vasculaires qui s'étendent sur leurs flancs, de se rencontrer, de s'anastomoser et de travailler de concert à la formation des organes, là où ces vaisseaux auraient dû apporter le fluide assimilable; ce sont d'autres effets non moins énergiques, et non moins susċeptibles de produire les plus grands désordres. Ces rameaux recoiventde leurs troncs, maintenus dans l'état normal, un sang qui est lui-même dans l'état de règle. Ce n'est donc qu'à partir des dernières ramifications que commencent les désordres de la monstruosité, dès qu'en effet c'est seulement en ce lieu que se fait une distribution irrégulière des fluides. Or à ces causes répondent des effets nécessaires: les organes que ces fluides eussent nourris et fait prospérer, ne sont point produits. Mais remarquez: ils manquent à l'un des points de la périphérie de l'être, à l'extérieur et comme dans une région écartée et terminale. Cette aberration si grande qu'elle consiste dans un fait de non existence, n'influe cependant en rien sur le reste du sujet; l'organe monstrueux se construit et par le fait ou de l'atrophie, ou de l'absence d'une partie, et en même temps par une réunion insolite des organes qui entourent la partie absente, sans que tout le reste du sujet soit empêché de céder à l'essence du nisus formativus: et en effet, il ne saurait y avoir de réaction possible ou du moins nécessaire pour ce qui arrive à l'extrémité d'une branche rameuse. En définitive sur quelques points, il y a retardement dans le développement, quand dans tout le reste du sujet il y a au contraire continuation des phénomènes vitaux, marche soutenue et constante dans la distribution des fluides assimilables, enfin œuvre tout entière abandonnée à l'influence du nisus formativus, et par conséquent œuvre parfaite. Nous suivons, comme on le voit, pas à pas dans ce qui précède tous les faits de la célèbre théorie de l'arrêt du développement; mais nous voyons plus loin sans doute qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent, si nous ne nous en tenons point à n'y remarquer qu'un fait, si nous r'ussissons à montrer que l'arrêt des développemens dépend de causes aussi simples. Ces explications mènent à plusieurs autres. Toute monstruosité étant, comme on l'a d'abord aperçu, une désorganisation effective eu égard à ce qui devait avoir lieu, une constitution irrégulière remplaçant ce qui devait être régulier, n'est cependant désorganisation ou irrégularité que relativement. Effectivement, si nous n'avons pas le type attendu, n'est-il pas quelqu'autre chose qui vientle remplacer? S'il en est ainsi, c'est seulement quitter une forme pour retomber dans une autre: et en considérant ce résultat en soi, c'est un simple événement pathologique, auquel il n'aurait manqué jusqu ici que d'avoir été embrassé sous son vrai point de vue. La monstruosité fournie par l'Homme ne crée point nécessairement des organes de structure humaine. L'Homme, dans ce cas, est comme une gangue sur laquelle l'organe monstrueux s'est construit et dėveloppé: mais, quoi qu'il arrive, la monstruosité ne saurait recevoir de cette circonstance son vrai caractère, son caractère primitif; car il n'est pour elle, s'il s'agit d'une monstruosité par défaut, il n'est, disons-nous, pour elle rien d'essentiel que dans l'absence d'une partie et que dans le mode de rapprochement et desoudure des bords ayant dû servir d'enceinte à la partie absente. Toutefois, dans

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l'hypothèse donnée, la spécialité des formes humaines ne peut manquer d'arriver à son tour, mais évidemment pour n'être plus qu'un sujet de considérations secondaires; puisque la monstruosité fait concourir à l'événement des parties qui se soudent les unes aux autres, qui acquièrent ainsi de nouvelles relations, et qui, au-delà du point où elles sont respectivement en contact, conservent plus ou moins décidément les formes de l'état normal, et, dans ce cas-ci, les formes humaines. Cependant un Monstre qui périt en naissant à cause d'un arrêt dans le développement de quelques parties essentielles, succombet-il à titre d'être souffrant et malade? nous ne le croyons point, quant aux cas précédemment exposés: nous dirons plus bas sur quoi se fonde cette réserve. Un Monstre n'est alors qu'un fœtus sous les communes conditions, mais chez lequel un ou plusieurs organes n'ont point participé aux transformations successives qui font le caractère de l'organisation. L'être organisé qui se présente sous celle forme, n'est point malade dans l'acception reçue de ce mot, il est seulement monstrueux, en ce sens qu'il ne jouit pas d'une organisation aussi perfectionnée, aussi riche que celle qui appartient au type de l'espèce dont il fait partie. Il ne lui est donné, par les conditions de sa viabilité réglées par une somme quelconque et le concert plus ou moins parfait de ses organes, d'exister que dans un milieu aquatique; par conséquent quand il quitte le domicile maternel et qu'il cesse d'être baigné par les caux de l'amnios, la force et la prospérité de ses organes l'abandonnent; et il meurt, comme fait le Poisson le plus vigoureux, après que le pêcheur l'a retiré des eaux. Ce n'est point un malade qui succombe; et il est facile de s'en convainere aux formes rebondies et brillantes de santé, aux chairs vives et bien nourries, et à l'abondance du tissu graisseux, qui caractérisent les Monstres faisant partie de nos genres Anencéphate, Notencéphale, etc. Ajoutons qu'une essentielle différence à saisir entre les Monstres, entre un Acéphale, par exemple, et les êtres réguliers, c'est que ceuxci doivent à une plus grande complication d'organes une viabilité qui s'étend à deux ordres d'existence, lorsque, tout au contraire, un Acéphale privé de certains organes qui le puissent mettre en relation avec les fluides du monde aérien, n'est susceptible que de l'une de ces existences, celle de la vie intra-utérine. A examiner ces constructions organiques sous ce point de vue, ni celle-ci, ni aucune production quelconque ne sont absolument défectueuses; chacune est nécessairement renfermée dans les limites de ses propres forces actives, et elle est par conséquent soumise à une puissance de développement toujours et également réglée; un Monstre, dans le cas de nos précédentes explications, et un être régulier, ne diffèrent que pour être établis avec ou sans entraves du côté des membranes ambiantes et placentaires: ce sont donc deux œuvres parfaites, si l'on juge d'elles en elles-mêmes, par ellesmêmes, et conformément à leurs données premières; car ces constructions organiques se sont développées depuis la première molécule jusqu'à l'être des dernières journées de la gestation, avec aisance et méthode, dans un ordre admirable sans doute, puisque le principe des formations a vaincu souverainement toutes les difficultés que fait naître une complication infinie. Ce n'est que quand les deux fœtus quittent le domicile maternel que la scène change de l'un à l'égard de l'autre. D'abord tous deux cessent de vivre à la manière des Animaux qui sont plongés dans un fluide aquatique: ils y avaient respiré aumoyen de leurs vaisseaux cutanés. L'un des fœtus (l'Acéphale) est-il sans poumon, il ne vivra pas une seconde fois: c'est pour toujours qu'il a cessé d'exister. Mais le fœtus, que nous distinguons en le disant établi régulièrement, possède au contraire un organe vierge, cc poumon; or-

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gane tenu en quelque sorte en réserve pour le moment où l'être régulier parviendra dans le monde aérien; il profite, à ce second moment, de ce qu'il est arrangé sur les données des deux milieux respiratoires, de ce qu'il peut par conséquent respirer dans l'air et y venir puiser le feu de la vie; il continue d'exister, ou plutôt une nouvelle et deuxième existence commence pour lui. Cela posé, c'est donc voir l'Acéphale comme un être complet? Oui, sans doute, nous ne reculons point devant cette conséquence, dès que l'Acéphale a satisfait aux conditions qui ont décidé de sa formation. Mais, dira-t-on, quelle est donc l'existence d'un être qui commence et qui continue de croître dans une bourse fermée jusqu'à ce que celle-ci en soit affectée et réagisse pour l'expulser? Nous répondrons que c'est déplacer la question que de la faire dépendre de choses en dehors du sujet; ni le milieu qu'il habite, ni la durée de la vie n'importent ici: qu'il ait vécu un certain temps, c'est assez. Or un Acéphale humain vit plus long-temps que beaucoup d'Animaux réguliers, moins il est vrai que certains autres, bien moins sans doute qu'il eût pu le faire s'il lui avait été donné de vivre après sa sortie de la bourse utérine. Des jours, des années d'existence, qu'est cela pour la nature? nos plus grandes longévités, que sont-elles en effet eu égard à sou essence d'éternité? Considéré sous un autre rapport, un Acéphale est aussi un être complet; on admet généralement aujourd'hui que toutes les organisations sont des modifications d'une seule et même; donc nous avons dû et pu conclure qu'une anomalie ou une monstruosité dans une espèce donne le plus souvent l'état normal d'une autre. Ces vues effectivement coïncident merveilleusement avec cet autre principe entrevu par nous en 1807, et si bien démontré par le docteur Serres dans son Exposition du développement du cerveau, avec ce principe d'embryogénie; savoir, que le fœtus humain s'organise peu à peu, qu'il passe successivement d'une structure simple à une plus compliquée, et qu'il suit, daus son développement, une progression dont tous les degrés sont en rapport avec ceux de l'échelle animale. Or voyez ce qui établit la distance de l'Acéphale à l'être régulier; il est évident que c'est une moindre quantité d'artères, et, à cause de celles-ci, que c'est décidément l'absence de quelques parties qu'eût produit l'alimentation de ces vaisseaux. Le sujet monstrueux existe donc alors sous la condition d'un Animal régulier, avant que celui- ci fût pourvu de ce système vasculaire; l'être monstrueux correspond ainsi à l'un des étals par lesquels l'être utérin passe d'une structure très-simple à une structure plus compliquée; or, tout aussi bien qu'un Animal des séries inférieures, celui-là est un être complet. Mais arrivons cependant à la plus notable de ses différences. Les êtres monstrueux, qui meurent en naissant, n'existent dans le sein de leur mère que sous la raison d'un accroissement continuellement progres sif; c'est même l'excès de cet accrois sement qui fatigue et qui contraint le sac utérin à se débarrasser d'un fardeau que l'utérus, au terme de son extension possible, n'est plus capable de contenir. Les êtres réguliers, au contraire, n'ont pas plutôt fournià tout leur accroissement possible, qu'une portion de leur système organique est consécutivement mise en jeu, et que sa plénitude amène des rénovations d'organes, et en définitive la reproduction d'êtres nouveaux. Ainsi d'un côté, c'est une réaction d'organes qu'un concours fortuit et singulier de circonstances et de chances fait éclore et qui ne laisse après soi aucune trace; et de l'autre c'est un système plus compliqué, à la fois mieux concerté, et qui doit à un jeu vital plus énergique et plus persévérant, d'être reproduit par voie de génération.

Notre célèbre ami, le docteur Serres, fait dépendre d'une autre cause

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les phénomènes des déviations organiques: « Il considère ( Essai sur une Théorie des monstruosités animales, 1821) que l'hypertrophie d'une partie organique et que l'atrophie d'une autre en correspondance tiennent toujours à l'antagonisme de leurs artères nourricières, quand il arrive à ces artères d'avoir le diamètre de leur calibre établi différemment qu'à l'ordinaire. Cela posé, poursuit l'auteur, les variations nombreuses que présentent les monstruosités des Animaux et de l'Homme, ou les embryogénies animales sont circonscrites dans de certaines limites, et relatives aux deux principes suivans; savoir: le système sanguin, 1° excédant ses limites ordinaires; 2° ce système resté en deçà sans pouvoir atteindre au terme moyen.» Toutefois cette manière de voir a été contredite par Béclard le premier (Leçons orales sur la Monstruosité, 1822), par Ollivier, Dugès, Andral fils, et en dernier lieu par le baron Cuvier, dans son Analyse des Travaux de l'Académie des Sciences, juin 1826. Cette controverse fut fondée sur le principe qu'effectivement dans tous les organes le volume des artères est toujours dans un rapport direct avec le volume de ces mêmes organes; que, si ces organes deviennent accidentellement plus volumineux, leurs artères augmentent aussi, et qu'enfin s'ils viennent à s'atrophier, les vaisseaux qui leur apportent le sang s'atrophient également. On a donc pensé qu'il devenait trop difficile de décider ce qui, dans cette connexion de phénomènes, est cause on effet, et que l'auteur de la nouvelle théorie n'avait point suffisamment établi, à l'égard des rapports qui existent entre le développement des artères et celui des parties dans lesquelles celles-ci se distribuent, que le premier de ces phénomènes est la cause du second. Cependant ces objections et les observations qui les ont motivées doivent-elles véritablement prévaloir sur des études spéciales et aussi approfondies que èelles entreprises par le docteur Serres? et, en effet, son travail long-temps réfléchi et dû à un très-laborieux emploi du scalpel, serait-il détruit par ce recours à des considérations générales, par l'application de principes de physiologie aussi peu certains? Nous croyons au contraire ce savant anatomiste dans de grandes voies d'investigations: il n'a point songé à imiter, mais il reproduit toutefois des procédés mémorables. Ainsi Coulomb suppose deux courans de fluides électriques, et il comprend dans la plus heureuse explication tous les phénomènes d'électricité connus de son temps. Serres n'en est pas réduit à supposer; seulement il distingue, il a saisi le fait prédominant, selon lui, de la structure des Monstres par excès: frappé des conséquences de la duplicité de leurs principaux troncs artériels, il voit, sous la dépendance de cette cause, un ordre admirable, là où, avant lui, on ne croyait qu'à des désordres incompréhensibles. Mais ce n'est point encore ici le lieu de nous expliquer sur cela davantage.

Nous arrivons présentement à l'un des points vivement controversés parmi les physiologistes, et sur lequel nous avons annoncé que nous reviendrions. Les faits de la monstruosité dépendi aient-ils plutôt d'autres causes, ou bien, au moins, tous dépendraient-ils d'une seule et même? L'on n'a sans doute point oublié ce que nous avons dit au commencement de ce chapitre, de l'arrêt du développement, des brides répandues du fœtus à ses membranes ambiantes, et généralement de ces obstacles d'une grande simplicité, que nous avons pu et que nous avons cru devoir considérer comme des élémens divers pour une ordonnée nouvelle, comme servant d'intervention sur un point pour entraîner l'organisation dans d'autres voies, et comme l'occasion enfin d'une altération, non dans la santé du sujet, mais seulement dans les formes. Avant que nous eussions exposé ces idées, la plupart des médecins n'avaient aperçu dans les dévia-

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tions de la monstruosité qu'un sujet d'affection pathologique; ils voyaient le fœtus sous les communes conditions de tous les êtres de la nature vivante, et par conséquent ils le jugeaient passible des mêmes maladies que ses parens. Un travail morbide très-compliqué et des guérisons malheureuses ne pouvaient-ils point désordonner l'organisation, occasioner des vices de conformation, enfin ce que l'on nomme des événemens ou des faits de monstruosité? Ajoutons que théoriquement parlant, il eût été absurde de prétendre qu'il n'en pût être jamais ainsi. Ces idées, les seules qui eussent autrefois répondu d'une manière satisfaisante aux recherches des physiologistes, furent exposées et soutenues par des savans du plus grand mérite: Morgagni, Haller, Sandifort, Lecat, Ackermann, Chaussier, Adelon, Béclard, etc. Or, en choisissant quelques faits (1) parmi ceux de la monstruosité, il devenait difficile de se refuser à croire que ces idées ne reposaient point sur une démonstration évidente. Mais cela, dont nous convenons aujourd'hui, nous ne le sûmes pas d'abord; et, au contraire, nos études ne nous avaient donné de faits que pour les vues et les explications que nous avons présentées plus haut. C'est donc d'après leur influence exclusive que nous avons écrit le deuxième volume de notre Philosophie anatomique. Car du fait général, qu'établissent la simplicité et l'unité d'action et de moyens, qui forment le principal caractère des lois primordiales auxquelles l'éternelle sagesse a soumis la marche de l'univers, nous avions conclu aux faits particuliers de la monstruosité. Mais nous avons dû abandonaer cette opinion exclusive, quand d'autres faits nous eurent éclairé. Ce fut il y a trois ans, et à l'occasion d'un genre de Monstres que nous avons nommé Thlipsencéphale. Nous pouvons dire aujourd'hui un genre; car nous avons sous les yeux les fruits de quatre enfantemens reproduits exactement de la même façon; c'est par conséquent un genre composé de quatre espèces distinctes. Nous avons publié dans le neuvième volume des Actes de la Société médicale d'Emulation, l'un de ces faits de monstruosité sous ce titre: Sur un Fœtus né à terme, blessé dans le troisième mois de son âge, et devenu monstrueux à la suite d'une tentative d'avortement. Nous ne devons entrer ici dans aucun détail, mais nous ne nous ferons cependant point difficulté d'agir différemment aujourd'hui. Outre l'intérêt du sujet, les faits propres aux Thlipsencéphales procurent de plus l'avantage d'offrir une sorte de type pour de nouvelles généralités; ils commencent effectivement pour nous une autre série d'événemens: ils nous révèlent une autre classe de déviations organiques.

Nous n'avons connu de pareils désordres que dans l'espèce humaine. Un vouloir criminel, des pratiques coupables les produisirent. On veut détruire, frapper de mort un embryon qui, sous l'influence de la tendance à bonne et parfaite formation, se développe régulièrement daus le sein maternel. Cependant cet attentat n'a pu être entièrement consommé: l'on n'a réussià introduire, parmi les élémeus et le travail de l'organisation, qu'une cause de perversion, que le germe d'une lésion persévérante. Voilà ce que nous avons su, à n'en point douter, ayant obtenu la confiance et l'aveu des mères étant dans ce cas; voil à ce que nous avions en effet pressenti, quaud nous eûmes observé, chez les sujets euxmêm qes, les ravages d'une maladie flagrante. Un Thlipsencéphale a toutes les parties de son corps établies selon la réglé, hors le système placé sous l'affection de la lésion morbide; lequel système est le cérébro-cervical:

(1) Le célèbre académicien Chaussier a rapporté un fait de scission du bras arrivé dans le sein maternel; l'enfant était né avec un moi gnon et l'on a trouvé les débris de ses os d'avantbras engagés dans le placenta. Ce fait ne pou vait s'expliquer par la théorie de l'arrêt de développement.

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bien différent à cet égard de ce que sont tous les Monstres Hypérencéphale, Anencéphale et Notencéphale simplement arrêtés dans leur développement; ses formes sont belles; son corps, les bras, les jambes, les mains, les pieds, même le bas de la figure, conservent les proportions harmonieuses de l'être régulier; et comme celui-ci, il naît aussi au terme ordinaire de là gestation; les au tres Monstres toujours plus tôt. Une partie de la moelle épinière, les portions répandues dans les vertèbres cervicales, sont fortement injectées: l'encéphale disparaît presque entièrement, étant à peine reconnaissable dans ses différens lobes rudimentaires, affaissés et écartés; car alors ceux-ci ne sont guère formés que de vaisseaux sanguins évidés et devenus squirrheux; la boîte cérébrale est enfin amenée aux formes qui caractérisent le crâne des Anencéphales; elle est ouverte à sa partie supérieure et composée de parties réduites qui se partagent en deux masses, et qui se rangent l'une à droite et l'autre à gauche. Nous ne croyons pas nous tromper, en attribuant à l'action de la maladie cette atteinte portée aux formes régulières qui préexistaient à celle-là; en y attribuant ainsi tous les désordres qui surviennent successivement plus tard. Parfaitement informé, nous avons suivi et nous avons pu comprendre tous les progrès de là maladie. Nous avons avancé que les Thlipsencéphales sont d'abord des fœtus réguliers qui se désordonnent à la suite de tentatives criminelles; nous prouvons sans doute qu'il en est ainsi, eu faisant remarquer qu'on ue peut songer et qu'on ne s'occupe en effet à agir sur l'embryon qu'après les premiers mois de son existence, que si la grossesseest décidément reconnue. Dans les deux cas qui éveillèrent notre attention, le résultat fut le même; toutefois les moyens différens. Une des mères a cru qu'elle réussirait à se faire avorter, et peut-être qu'elle périrait elle-même, chance qu'elle envisageait sans horreur, si elle se couvrait le bas-ventre de plaques et buses, de manièreà empêcher le libre accroissement de son fruit. Nous avons donné tout au long l'histoire de sa doulouveuse agonie dans notre Mémoire précité et imprimé parmi ceux de la Socièté médicale d'Emulation. L'autre mère fut plusieurs fois et violemment frappée par son mari, que l'idée de l'augmentation de sa famille avait rendu furieux, et qui dirigeait ses coups meurtriers vers la région utérine. La malheureuse épouse était grosse de deux à trois mois; après ce traitement barbare, son ventre grossit extraordinairement durant quinze jours; elle fut, à l'expiration de ce temps, dans la situation d'une femme qui allait accoucher: il lui parut que les eaux perçaient. Elle consulta; on prévit une fausse couche; mais laborieuse, forte et courageuse à l'excès (1), elle conserva jusqu'au neuvième mois son fruit, lequel fut un Thlipsencéphale, conformé exactement comme celui dont nous avions précédemment donné l'histoire. Aucune bride tégumentaire, aucune membrane n'attachent et ne suspendent ces Monstres au placenta: leurs moyens de déviation sont autres; nous ne faisons encore que de les entrevoir, et nous ne pouvons nous permettre d'en faire ici mention. A ce mode de déviations organiques appartiennent grand nombre de faits dont nous sommes informé par la littérature médicale; une monstruosité de Cheval, dont nous avons traité dans les Annales des Sciences naturelles, avril 1825, sous le nom d'Hématocéphale, et sans doute toutes les acéphalies complètes.

De ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure que les faits de la monstruosité se placent sous deux considérations différentes: que les

(1) C'était une Marchande de comestibles (volailles et légumes), chargée pesamment à dos tous les jours et allant de rue en rue offrir sa marchandise.

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uns reconnaissent pour cause un arrêt dans le développement sur quelques points, et les autres une rétrogradation dans des effets déj à produits. Ainsi la monstruosité tiendrait dans le premier cas à un affaiblissement de l'action vitale, à une sorte d'impuissance de produire, et dans le second, à un excès d'énergie, pervertissant ce qui est bien, et créant des conditions morbides dont le dernier terme d'activité est ordinairement une transformation des parties envahies, et cette sorte d'altération des organes connue sous le nom de squirrhe.

Nous terminerons ce chapitre par quelques considérations sur la manière dont le système osseux se comporte sous l'influence des faits de la monstruosité. Or voici ce qu'en thèse générale nous avions d'abord trouvé par rapport à ce système: nul autre ne donne des indications aussi certaines sur les réelles affinités zoologiques; nul autre n'explique mieux le rapport et les réactions réciproques des divers élémens entre eux. Cette prédominance s'étend aussi beaucoup plus loin, puisque plusieurs systèmes peuvent manquer, et qu'il reste néanmoins plus ou moins de traees des pièces osseuses.

Premièrement. Nous avons vu cette prédominance persister des Animaux vertébrés aux Crustacés; quand, en janvier 1820, nous fîmes de ces rapports l'objet d'une communication à l'Académie des Sciences, on nous écouta à regret, avec quelque peine; le dirons-nous? ceci alla même jusqu'à une certaine révolte des esprits. Le moyen effectivement de croire à la composition d'un squelette, à l'existence d'une série de vertèbres chez des Animaux qu'on avait toujours nommés Invertébrés? Cependant Cicéron a dit (de Divinat., lib. 21, cap. 22): « Voit-on souvent une chose, on ne l'admire point, quoiqu'on en ignore la cause; mais si ce qu'on n'avait point encore vu arrive, on le regarde comme un prodige.» Une idéc nouvelle est ainsi traitée, et la première disposition des esprits n'est point de l'examiner, mais de la rejeter; cependant nous sommes revenu sur noire communication, et dans une suite de Mémoires (imprimés aussitôt dans le Journal Complémentaire, et repris de là spontanément par les Journaux de Bruxelles et de Leipsick), nous sommes parvenu à rendre expressifs et sensibles les premiers rapports que nous avions saisis. Ceci, il est vrai, avait sa difficulté; en effet, si l'on compare les êtres d'un genre bien établi, lout-à-fait naturel, on observe entre eux des rapports si nombreux, que cela va jusqu à presque ressemblance; les différences très-minimes; dans ce cas, sont évidemment recherchées et deviennent les élémens des caractères spécifiques: mais si ce sont des Animaux de classes diverses que l'on vienne à comparer, les différences comme les rapports sont moyennement et réciproquement nombreux; il y a presque balance: au contraire si vous comparez les êtres de deux embranchemens, tels que sont, par exemple, un Mammifère et un Crustacé, les rapports diminuent de plus en plus, et les différences augmentent dans une proportion notable. Dans ce dernier cas, les rapports ne s'aperçoivent plus tout d'abord; mais plus ils sont masqués, plus ils sont difficilement observables, et plus aussi il est du devoir du naturaliste de s'occuperà les chercher, de s'exercer à les découvrir, et d'être persévérant jusqu'à ce qu'il en ait doté la science et la philosophie.

Cependant on ne formait plus qu'une seule objection contre nos aperçus de 1820, au sujet du squelette retrouvé dans l'essentiel chez les Crustacés, comme on le sait établi chez les hauts Animaux vertébrés; c'était que les tégumens recouvraient immédiatement toutes les parties osseuses. Or ce n'était là chez les Crustacés, répliquai-ton, ce n'était-là que de la peau osseuse. En vain nous répliquâmes qu'on voyait ainsi con-

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formés quelques-uns des Animaux supérieurs; que les derniers anneaux coccygiens, aussi bien que tout ou partie des élémens crâniens, se trouvaient de même constitués par de la peau appliquée sur les os; et qu'enfin le tronc tout entier du genre si remarquable des Tortues réalisait à tous égards, les mêmes conditions controversées, tout le pareil système tégumentaire des Crustacés. On exigeait plus et d'autres preuves; et la monstruosité fut appelée à en donner de très-positives, on pourrait ajouter, de surabondantes. Effectivement, des arrêts de développement, résultats des faits de la monstruosité, amènent et produisent chez les Animaux supérieurs des arrangemens qui, au lieu d'élever l'organisation au degré de complicatious et de richesses propres aux êtres parfaits et normaux, la laissent dans les imperfections et les incapacités de l'état embryonnaire. Nous pourrions citer un grand nombre de faits à l'appui de cette proposition; mais nous nous en tiendrons à un seul que nous fournissent certains Monstres, dont nous avons entretenu l'Académie royale des Sciences, le 28 août 1826, et auxquels nous avons donné le nom générique d'Hétéradelphes (frères jumeaux très-dissemblables). Ce nom s'applique à des Monstres formés de deux individus, dont l'un, ayant déjà subi toutes les transformations de la vie utérine, est entré dans le monde extérieur, où il s'est définitivement enriehi de tous les organes que les progrès successifs des âges développent chez les Animaux parfaits; et dont l'autre individu au contraire, retenu et persévérant dans une des formes ou existences de la vie utérine, étant de plus privé d'un ou de plusieurs tronçons corporels, quelquefois seulement de la tête, et d'autres fois de la tête et d'autres tronçons adjacens, semble sortir du centre de la région épigastrique de son grand frère. Ce second individu est un parasite qui n'a point ou fort peu de viscères, qui n'existe point par lui-même, qui consiste en tégumens, et dont les tégumens sont nourris par les vaisseaux cutanés du sujet adulte. Dans l'Hétéradelphe Ake vu en Chine par le docteur Livingstone (V. London medical and physical Journal, 46, p. 258), et sur lequel nous avons donné notre article d'août 1826, comme dans celui décrit par Montaigne (Essais, lib. 2, chap. 30), dans celui de Winslow ( Acad. des Scienc., ann. 1734), et dans l'Hétéradelphe de Moreau (Descript., pl. 21), l'individu imparfait consiste dans un système tégumentaire entier, simulant en dehors un enfant qu'on croirait complet, s'il ne lui manquait la tête. En effet, là sont uniquement les quatre tronçons du système tégumentaire, comme ils existent chez l'embryon, sauf que les lames profondes de la peau sont élevées au maximum de composition, c'est-à-dire ont passé à l'état osseux; mais d'ailleurs les conditions subséquentes et qui signalent l'âge suivant ou l'époque fœtale, comme la formation des viscères, principalement du cœur en dedans des tronçons, et celle des muscles entre les lames tégumentaires, manquent entièrement; tous les os eux-mêmes ne sout pas produits. Tels sont ceux de l'épine dorsale; les périostes, comme dans la Lamproie, où ceux-ci sont nommés la corde, existent, fort près de donner les étuis osseux, ou en fournissent effectivement en plus ou moins grande quantité chez quelques individus. Nous tenons ces faits non-seulement de Winslow et de quelques autres anatomistes, mais plus particulièrement de nos propres expériences et recherches sur des Hétéradelphes de l'espèce du Chat. Dans ces divers cas de monstruosité, où l'arrêt de développement se balance en dedans de certaines limites, et se prononce surtout assez près de l'époque des premières formations, nous lisons clairement dans les faits de premier âge utérin ou d'embryon; nous le faisons avec d'autant plus de

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bonheur que nous procédons sur un produit et à la fois stationnaire et de plus amené sous l'œil de l'observateur à un volume assez considérable. Or, ce que nous venons à savoir ici d'important, c'est que le système osseux fait partie du système tégumentaire, qu'il en est l'état complétif ou celui de son maximum de composition, et que chacun des cinq tronçons tégumentaires en produisant plus tard des os distincts, montre une composition particulière. Il n'y a donc plus lieu d'être surpris qu'il en soit des embryons Hétéradelphes comme des Crustacés, qu'ils aient les uns et les autres la peau sur les os; dans ce cas, loin de conclure à l'hétérogénéité de leur nature, on doit les tenir pour comparables, les embrasser sous le même aspect, comme des Animaux qui appartiennent au même degré organique. Si plus tard des fibres musculaires sont produites par des conditions de second âge ou de l'âge fœtal, elles arriven! entre les lames externes des tégumens, alors simplement composées de tissu cellulaire, et entre les lames profondes, étant transformées et déjà ossifiées; les os sont alors successivement repoussés du dehors en dedans. Voilà ce qui se voit en vestiges chez de certains parasites Hétéradelphes, quand cela ne se montre point ainsi chez les Crustacés; ceux-ci restent toujours dans la vie d'embryon. Il n'est pas entre eux d'autres différences essentielles qui les distinguent.

Secondement. D'autres faits touchant l'essence du système osseux que nous révèlent aussi les conditions variables de la monstruosité, ce sont de certains modes dans la précocité de soudure des diverses sortes d'élémens osseux. Chaque embranchement zoologique montre une conduite propre à cet égard; le premier, qui se compose des Mammifères, des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, a sa vertèbre formée de neuf élémens; l'impair est le corps vertébral ou l'ánneau central répandu autour de la moelle épinière; cette pièce porte dans notre Tableau synoptique, dit Système crânien, le nom de Cycléal. Le second embranchement, dans lequel sont les Insectes, les Crustacés, etc., montre une toute semblable vertèbre, sauf que l'élément impair ou le cycléal, est étendu à quatre pièces différentes. Il y a quelque chose qui forme ici une ordonnée générale, et c'est un motif fort simple. Chez les Animaux du premier embranchement, l'être ou les tronçons dont il est formé, sont construits autour du cycléal; à l'égard des Animaux du deuxième embranchement, c'est au contraire en dedans du cycléal que sont leurs viscères et généralement tous leurs appareils. Dans le premier cas, les élémens osseux sont extrêmement petits et se soudent dès leur première apparition; de tels Animaux ont le cycléal en un bloc que la théorie entrevoit seulement comme composé de quatre parties; mais dans le second cas, le cycléal est un anneau très-étendu; chaque portion trouve sur son périoste, qui est le derme, un appui qui en favorise l'isolement; il y a ainsi moyen de constater chez les Animaux du deuxième embranchement un développement lent, que ne peuvent presque jamais montrer les Animaux du premier. Il faut distinguer quant à cette dernière proposition. Elle est vraie en l'appliquant aux conditions normales des hauts Animaux vertébrés; elle ne l'est plus sous l'influence des faits de la monstruosité. En effet les séparations et distinctions que la théorie, comme nous l'avons vu plus haut, laissait entrevoir, la monstruosité les montre parfaitement. Des arrêts de développement, qui sont venus apporter une passive influence sur le derme, avant que celuiei soit parvenu à son état complétif, avant qu'il ait acquis son maximum de composition, lequel nous savons être l'ossification de ses lames profondes; des arrêts de développement, disons-nous, ont prédisposé des conditions, de façon à contraindre les

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élémens de chaque cycléal à paraître assez écartés les uns des autres pour ne point d'abord, et s'il y a persévérance, pour ne jamais se souder. Nous citerons en preuve de ce que nous avançons présentement l'Anencephalms perforatus; c'est le Monstre qu'a le premier, et dans sa thèse inaugurale, décrit le professeur Lallemand de Montpellier, et que nous avons appelé de ce nom, de ce qu'il présente un double spina bifida, ayant porté ses effets sur treize ver tèbres, sur les sept cervicales, et les six premières du dos. L'œsophage, ou le point qui Je devrait un jour produire, avait été attaché aux portions dorsales du derme: une monstruosité s'en est suivie; et en ce qui concerne notre présente question, les portions droites du cycléal se sont distribuées à droite de l'obstacle qui avait ainsi commandé d'aussi nombreuses déviations; les portions à gauche se sont de même placées sur la gauche; et le tout ensemble a fait un anneau osseux dont chaque moitié était composée de treize demicorps vertébraux. Le docteur Serres cite plusieurs autres cas semblables; il les a recherchés avec un soin extrême, fondant sur la considération de ces curieuses anomalies, de ces faits de Monstruosité, sa doetrine du développement excentrique, de laquelle sortait comme une loi secondaire que toute production organique, placée sur la ligne médiane, devait sa condition d'élément impair, à la rencontre et à la précoce soudure de deux parties, l'une arrivant de ladroite et l'autre de la gauche.

Troisièmement. La Monstruosité se refuse le plus possible à la suppression d'un ou de plusieurs os appelés à une coexistence commune par les conditions normales; avant qu'elle en vienne là, elle les tourmente de bien des manières; et véritablement on dirait qu'elle agit avec un discerne ment exquis pour profiter des plus petites chances, afin de faire admettre un élément que des voisins devenus trop volumineux tendent à repousser, ou même semblaient s'accorder pour condamner à une totale exclusion. Cependant que cette suppression soit décidément effectuéc par quelque prédominance accidentelle, ou que chaque os soit seulement restreint et rendu rudimentaire, vous trouvez à lire dans les conditions nouvelles, dans les irrégularités des pièces adjacentes, les réels motifs de ce qui est advenu; principalement si, de plus, en venant à réfléchir à ce que seraient devenues ces mêmes pièces, si elles se fussent maintenues dans la règle; disposition qu'au surplus on est parfaitement à même de connaître par les êtres normaux. La loi, dont nous avons traité dans le paragraphe précédent, préside invariablement à ces arrangemens. Car les os sont-ils extrêmement atténués, ils se joignent et se soudent de bonne heure, et souvent même à leur première apparition, avec d'autres très-petits os qui sont dans leur système de connexion; voilà ce que les Hypegnathes nous ont montré à l'égard de leur tête imparfaite. Ce qu'ont montré encore les mêmes Animaux, c'est un système plus ou moins complet de parties osseuses sans aucune trace de fibres musculaires. Nous nepouvons nous permettre d'entrer icidans aucun détail; sans quoi nous devrions citer les formes très - variées de plusieurs pièces crâniennes des Anencéphales, celles qui nous ont engagé à nommer l'une de ces espèces Anencephalus icthyoides, celles de l'An, de Got., etc. En dernière analyse dans le jeu des formes, variables à l'infini, sous lesquelles la monstruosité fait apparaître les pièces osseuses, il y a tant d'influences parfaitement manifestes à considérer, tant de résultats certains à recueillir, et en général une si grande instruction à retirer de ces nouveaux arraugemens et autres règles, que nous ne pouvons trop recommander d'y donner la plus grande attention.

IV. PHYSIOLOGIE.

Nous ne nous sommes encore, dans

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le chapitre précédent, occupé qu'à présenter les causes les plus prochaines, et si nous pouvons nous permettre cette expression, les seules et simples causes anatomiques, celles que des recherches attentives nous ont permis de poursuivre et d'aller observer dans le spectacle des infinies modifications de la structure organique. Nous allons présentement essayer d'entrer plus avant dans ce sujet, discuter de hautes questions qui ont long-temps exercé la sagacité des hommes les plus éclairés, que ne purent résoudre les plus illustres physiologistes du siècle dernier. Ce qui aura toujours lieu, surtout s'il s'agit de matières très-difficiles à pénétrer, on n'avait recueilli que fort peu de faits, et ceux-là ne se prêtaient point encore aux spéculations d'une saine philosophie, que l'on s'était cependant formé des opinions sur les causes de la monstruosité; or ces opinions étaient émises, qu'on entreprit après coup des recherches pour essayer de les prouver. On doit principalement se rappeler, comme pouvant porter sur ces souvenirs, le célèbre débat qui de 1724 à 1743 intervint entre Winslow et Lémery. Toute l'Europe savante y prit pait, et nous citerons en particulier deux grandeurs intellectuelles de cette époque; d'abord Haller qui, après avoir, a -t-il dit, soigneusement examiné quatre à cinq cents relations de Monstres, se prononça, dans deux dissertations publiées ad hoc, en faveur de Winslow; et en second lieu Fontenelle, qui, avec le goût et l'heureuse facilité de son talent, écrivit un résumé des plaidoyers prononcés devant l'Académie des Sciences par les célèbres anatomistes qu'une aussi belle thèse avait excités l'un contre l'autre.

Fontenelle, dans son penchant en faveur de Winslow, ne se montra pourtant point aussi décisif qu'Haller: loin d'admettre qu'il ait mis la question hors de doute, « il reconnaît que c'est à peine s'il a agi par une espèce d'enchère, là où il ne faut effectivement que donner la préférence à celui des deux partis qui allègue les meilleures raisons, c'est-à-dire les plus vraisemblables: car, ajoute-t-il, de preuves sans réplique, ou de démonstrations absolues, il ne saurait y en avoir.»

Nons avons dit plus haut (Sommaire historique) que cette discussion était prématurée et avait précédé les faits: on peut en juger par le morceau élégamment écrit de Fontenelle et qu'il lut dans la séance publique de l'Académie des Sciences pour l'année 1742; on peut, disionsnous, en juger par les bases que lui offraient les idées de son siècle et qu'il fut très-scrupuleux à reproduire, par les bases dont il a fortifié ses raisonnemens. «Lecœur, ditil, est la première de toutes les parties où l'on apercoit le mouvement, punctum saliens: c'est vraisemblablement le principe du mouvement à l'égard de toutes les autres;» puis faisant de cet axiome une application aux faits de la monstruosité: « Comment alors, ajoute Fontenelle, le cœur viendrait-il à se détruire dans une poitrine naissante?» C'est encore un des principes de cette époque qu'il n'y a pas « de génération, a moins que les corps organisés ne proviennent d'œufs ou de germes qui les contiennent en raccourci; en sorte qu'on ne pouvait ouvrir de réelles disputes sur les Monstres, ou qu'en admettant que l'auteur de la nature si sage, si régulier et si constant dans toutes ses œuvres, se fût réservé de produire directement des Monstres, ayant créé dans cette vue et à l'avance des germes monstrueux; ou bieu qu en admettant la confusion de deux ou plusieurs germes dans le sein maternel.»

Duverney, long-temps avant, en 1706, avait le premier émis, ou plutôt avait renouvele, l'opinion que les Monstres viennent d'œufs ou de germes primitivement monstrueux, et qu'ils sont organisés avec autant d'art et de sagesse et pour une

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fin aussi déterminée, que ce que nous appelons les Animaux parfaits. Lémery opposa d'abord (1724) à Duverney et plusieurs années après (1745) à Winslow, son illustre antagoniste, une vue toute différente en termes nets et bien tranchés; car il exclut absolument toute conformation monstrueuse d'origine: cependant Lémery succomba bientôt, et dès qu'il eut exposé en détail les causes accidentelles, qui formaient, suivant lui, obstacle aux développemens organiques: aucune de ses preuves, dans l'extension qu'il leur donna, n'était admissible. Ainsi Buffon conçut heureusement, et de haut, une grande idée, sa belle loi sur la patrie des Animaux, lequels habitent chacun exclusivement la zône torride d'un contiuent; et, entré dans les détails, il ne s'aperçut pas de l'insuffisance de ses preuves, ae la faiblesse des étais qu'il proposait à la conviction de ses lecteurs.

Winslow se montra plus indécis: conduit par ses faitsà des idées qu'il supposait se contredire, il modifia dans la suite de premiers aperçus, et enfin il crut devoir s'arrêter aux propositions suivantes. Il pensa: 1° qu'en général les deux systèmes des fœtus monstrueux d'origine et des fœtus monstrueux par accident, pouvaient être employés selon les différens cas des conformations extraordinaires; 2° que dans d'autres cas, on ne doit employer qu'un de ces deux systèmes, lorsqu'on n'a pas de raison suffisante à donner en faveur de l'autre; 3° qu'il y a des cas où l'on est obligé de recourir à l'un et à l'autre, en ce qu'aux conformations extraordinaires d'origine, il peut en être survenu d'autres par accident; 4° et qu'enfin il se trouve plusieurs cas où les plus habiles physiciens et anatomistes se voient fort embarrassés à choisir entre les deux systèmes.

Les Monstres par défaut n'entraient point ou peu dans ces supputations. Le mélange et la confusion de plusieurs germes présentaient quelque chose que l'esprit devait concevoir, mais non cependant sans difficulté; car Fontenelle, qui avec Lémery principalement, et généralementavec toute l'école dominante alors, faisait de cette théorie dériver l'explication des monstruosités par excès, ne sait finalement qu'en penser. Essayant d'appliquer ces idées théoriques aux Monstres sexdigitaires, il est entraîné à attribuer la production des quatre doigts surnuméraires à la livraison qu'en aurait faite un second fœtus ayant depuis disparu: mais cependant il s»arrête devant cette explication, en venant à réfléchir aux chances minimes de probabilités, pour qu'il arrivât que les quatre doigts surnuméraires se détachassent à point nommé, et vinssent se placer et se coordonner près et avec les doigts normaux.

Nous rappelons, mais nous ne discutous point ces explications: nous nous bornerons à remarquer qu'elles survivent à la ruine d'un ancien édific physiologique qui leur avait donné naissance. L'on avait perdu de vue la connexion, la filiation de Celles-ci à celui-là; et sans s'en douter, l'on continuait à employer ce qu'on pourrait nommer des conséquences présentement privées de leurs prémisses. Cependant montrons que l'ancien édifice physiologique avait croulé: 1° adoptant l'idée de germes primitivement viciés, l'on avait mêlé aux questions de la monstruosité l'une des théories les plus ardues de la science; ce qui prouvait qu'on n'apercevait point là de difficultés. Or expliquer avec le secours de pareilles théories, n'était-ce point s'abandonner à des abstractions, recourir à de pures suppositions? L'on est au contraire bien éloigné aujourd'hui d'accorder autant de confiance qu'on le faisait autrefois à la doctrine de l'évolution des germes, c'est-à-dire de croire à leur préexistence éternelle, de les voir comme contenant tout l'être en raccourci.

L'étude plus approfondie qu'on a faite des développemens organiques, y fait à chaque succession aperce-

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voir plutôt des effets qui se produisent les uns à la suite des autres, des causes absolument prochaines et actives déchelon en échelon. Dans cet état, l'hypothèse des germes originairement monstrueux tombe d'ellemême. Bien mieux, c'est que ce sont les faits eux-mêmes de la monstruosité qui, examinés dans toute leur valeur, mettent à même d'entrer dans la question de la préexistence des germes en général, tout autant du moins qu'il y a prise pour examiner cette question physiologiquement. Nous avons traité ce sujet avec soin dans notre ouvrage sur les Monstruosités humaines, et nous nous bornerons ici à y renvoyer.

2°. Ce que les physiologistes, du temps de Fontenelle, pensaient du cœur, de sa première et subite apparition, de sa prédominance d'action dans la composition de l'embryon, est aujourd'hui reconnu faux. Le savant et illustre anatomiste Serres a ajouté à ee qu'on était à ce sujet parvenu à connaître, que bien loin que le cœur (ee que cet organe fait seulement beaucoup plus tard) soit d'abord dans le cas, par ses nombreuses artères dont on le disait autrefois l'unique centre, d'aller se distribuer et porter la nourriture à la périphérie de l'être; loin, disons-nous, que le cœur remplisse d'abord ces hautes fonctions, il est au contraire le point où aboutissent des vaisseaux séparés, arrivant sur lui des membranes ambiantes et externes. Ce fait sans doute est fondamental pour la théorie des Monstres, puisqu'un grand nombre (entre autres les sujets qui ont double ou le train de devant ou le train postérieur) doivent recevoir les conditions de leur difformité future, bien avant que le cœur soit formé. On ne fit point entrer en ligne 'de còmpte une considération d'une aussi grande importance (1), quand on se décida contre la théorie qui faisait dépendre dans une condition secondaire et prochaine certaines modifications de l'être organique, des influences du système sanguin resté en-decà, ou porté au-delà de ses dimensions et limites naturelles.

Nous passerons légèrement sur œt ordre de faits, dont le docteur Serres s'est occupé et donnera plus tard les développemens; non que, l'intérêt du sujet ne le recommande

(1) Nous y revenons dans cette note. - Harvey porte, dans la Zèogénie, cet esprit investigateur qui lui dévoite le mécanisme admirable do la circulation. Il observe les premiers rudimeus du cœur du poulet: il imagine aussitôt que ce point qu'il voit palpiter est la racine de tout l'être: il croit lui voir projeter ses rameaux dans tous les organes, et il annonce que l'Animal se forme du centre à la circonférence. "C'est ainsi que dans le discours préliminaire, page XXII, de son Anatomie du cerveau, le docteur Serres signale le premier établissement de la loi générale du développement central des Animaux. On avait interprété la nature en sensinverse: Serres le reconnut, en venant étudier plusieurs cas de la monstruosité; mais Harvey, Malpighi, Boerhaave, Haller, Albinus, etc., durent faire autorité, tant que les études furent restreintes aux faits qu'its avaient observés: or c'est le développement du poulet qu'ils avaient examiné. On a cru jusqu'ici qu'en effet nul autre développement ne devait présenter à l'observateur plus d'avantages, dès qu'on peut d'beure en heure, et jusqu'à son éclosion, examiner un fœtus d'Oiseau. La vérité est que c'est l'être organique le plus ingrat, 'si les études doivent tendre à rechercher les premières époques de formation: il n'y en a point de propres à l'embryon qui soient discernables chez un Oiseau, ches l'Animal qui a le système respiratoire élevé comme fonction au plus haut degré: mais d'un autre côté, les travaux d'Harvey et de ses illustres successeurs né restent pas moins recommaadables, si on les emploie selon leur portée et qu'on les intercalle dans l'ordre des développemens. Ainsi ils sont sans valeur et ils le cèdent à l'heureuse découverte de Serres, quand il s'agit d'expliquer la formation de l'embryon: le développement excentrique seut y pourvoit. Mais si l'embryon est entré dans lesépoques suivantes, s'il est constitué fœtus par l'acquisition du cœur et de beaucoup d'autres principaux organes, il est évident alors qu'il fant reprendre les théories d'Harvey, que le cœurpourvoit à l'accroiesement des parties de la périphérie du corps, et que les deux déveluppemens, le concentrique et l'excentrique, agissent respectivement. Nous ne pouvons en dire 'davantage pour le moment: mais nous croyons avoir assez-fait pour répondre à de certaines observations et pour calmer quelques irritatious, lesquelles puisaient cependant d'honorables motifs dans le juste respect dû à d'ancieus et mémerables travaux.

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puissamment, mais uniquement parce que nous n'avons point fait, comme ce savant, assez d'études pour en traiter aussi convenablement. Une semblable réserve, comme on l'a déjà vu plus haut, n'a point arrêté autrefois; et en effet, du moment que l'on eut pris le parti d'attribuer, sans examen et tout-à-fait à priori, au phénomène de là greffe, toutes les parties multiples des Monstres par excès, on fut disposé àadmettre toutes les combinaisons de soudure les plus étranges, comme si toutes les artères d'un lieu pouvaient confusémeuj s'aboucher avec les artères d'une toute autre région: le'docteur Serres, appuyé sur le principe des connexions, s'est avec juste raison élevé contre une telle conséquence. Si l'on pouvait désirer de plus amples renseignemens, on les trouverait dans un extrait de ses travaux sur la monstruosité que nous avons fait, et qui est imprimé, T. XIII des Mémoires du Muséum d'Histoire Naturelle.

3°. Ce qui rentre dans la théorie du docteur Serres, et ce que nous eu donnons comme une de ses plus heureuses applications, œ sont les conséquences que nous avons trouvé à déduire du fait suivant. Il n'en est pas, nous croyons, qui soit plus important pour montrer combien de combinaisons, de révélations instructives et d'indices certains, la monstruosité apporte et apportera surtout un jour à l'esprit, pour apprécier le principe des formations organiques et pour en suivre les effets successifs.

Un rein est descendu dans le bassin d'un enfant, et son artère, renonçant au point de son insertion ordinaire, quitte l'aorte plus has et naît du milieudes iliaques primitives (Observation d'un de nos élèves, Joseph Martin, consignéc dans les Annales des Sciences Naturelles, janvier 1826). Est-ce là un fait qui contredise la généralité, que nous désignons sous le nom de Principe des connexions? Nous en avons pris d'abord effectivement quelque souci, ce qui nous a rendu désireux de faire suivre l'observation même de remarques et d'une discussion à ce sujet. Mais enfin nous n'avons point tardé à faire rentrer cette anomalie dans la loi générale, en venant à considérer que toutes les premières formations se répandent de la circonférence au centre. Et en effet, une artère n'est épanouie et génératrice qu'à son extrémité diffluente. Il suffit que là, elle, ses dérivés et ses résultats ne manquent point à leurs relations réciproques, pour qu'on doive reconnaître qu'il n'est nullement dérogé au principe des connexions. S'il est un obstacle, une bride qui retienne l'organe éloigné du lieu, où ses vaisseaux vont se réunir et s'insérer sur le tronc aortique, ces vaisseaux gagneront l'aorte au plus près, par conséquent différemment qu'à l'ordinaire. Ainsi et l'observation et les remarques dont celle-là a fourni le sujet, nous ont révélé une voie de plus et des ressources d'explication, qu'on peut appliquer à la plupart des monstruosités par excès.

4°. C'est très - heureusement que nous avons pu étendre ce point de doctrineà des considérations de Veaux à deux têtes, à nos Hypognathes, que nous avons décrits dans le treizième volume des Mémoires du Muséum d'Histoire Naturelle; ainsi le fait curieux des Hypognathes nous avait déjà procuré quelques inspirations conduisant sur cette interprétation. Car c'est à l'occasion de ces Monstres et à cause de ce qu'ils nous ont appris, que nous nous permettons de dire que ce n'est pas toujours servir utilement les sciences que de laisser sonesprit planer sur la surface d'un certain nombre de faits, et que mieux vaut souvent en examiner un seul plus profondément, et en déduire, dans des cas d'extrêmes difficultés, des conséquences d'une grande influence par la suite. Or voilà ce que les Hypognathes nous ont montré, répété trois fois. De la mâchoire inférieure d'un Veau complet, naît à elle adossée, en partaut de sa symphyse,

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une autre mâchoire inférieure, laquelle se termine comme à l'ordinaire à ses condyles; puis, sur ceuxci, commè sur un pédicule, s'établit un crâne plus ou moins réduit et plus ou moins rudimentaire. Ainsiune tête privée des orgaues des sens et du cerveau, uniquement formée des systèmes osseux et tégumentaires, devient, elle seule, l'addition dont s'enrichit ou plutôt dont vient à souffrir le sujet entier: on ne peut attribuer cet excédant d'organes à une rencontre fortuite, à un effet de bizarre amalgame; la répétition des mêmes faits montre là l'indice d'un choix, une action soutenue et concertée des systèmes vasculaires, un arrangement qui, sous une condition donnée, est dans un ordre absolu de nécessité. Voilà ce que ne put admettre Winslow; ses travaux sont considérables; il disséqualt et observait parfaitement; il essayait ensuite de conclure avec ses faits; mais il était bientôt découragé et arrêté dans cet élan; ce qu'il ne se dissimulait pas, finissant presque toujours, au contraire, par convenir des difficultés qui assaillaient son esprit, et ce qu'il racontait, en les énumérant par 1°, 2°, 3°, etc.

Le mécompte de Winslow provint de ce qu'il n'aperçut pas qu'il n'avail examiné que des faits incom plets, et qu'il attribuait aux conséquences finales du phénomène de la monstruosité des effets qui appartenaient à ses commencemens. L'anatomiste ne pouvait observer et n'observait en effet que des résultats. Il faut dans ce cas remonter plus haut, presque gagner le commencement des formations animales, si l'on veut reconnaître ce qui est susceptible d'en troubler les fonctions. Nous fîmes surtout cesréflexions quand nous en vînmes à étudier anatomiquement les Hypognathes. Nous n'entreprîmes jamais, sans doute, un sujet plus désespérant par ses difficultés; cependant nous nous rassurâmes, dès que nous eûmes compris que nous avions sous les yeux des faits consécutifs, et que, physiologiquement parlant, nous ne devions presque aucune attention aux faits observables, n'étant compétens dans leur insuffisance que ponr un résultat exprimant l'état du moment, mais non les motifs d'anciens désordres. Et, en effet, nous vîmes que celle des deux têtes des Hypognathes qui forme comme un horsd'œuvre chezces Monstres, semblait, par la distribution de ses vaisseaux, et par la continuité de ses parties tégumentaires, émaner de la tête grande et régulière du sujet entier, ressortissant à un système actif et tout-puissant, et en étant avivée et Parfaitement entretenue. Or, rechercher dans de telles circonstances, les seules manifestées à l'observateur, les faits et les motifs de l'ancienne soudure de ces deux têtes, c'était sans doute se placer sous les diverses impossibilités aperçues par Winslow, et dont il composait sa série de difficultés. Nous aurions dû dans ce cas expliquer comment les vaisseaux artériels, après leur distribution dans la tête et la mâchoire normales, avaient le discernement de recommencer en sens contraire, et par une distribution inverse, une autre élaboration pour la seconde tête, qui toute réduite qu'est celle-ci, a cependant exigé tout autant d'efforts et les mêmes combinaisons et complications que la grande.

De pareilles difficultés n'existent point au contraire, si nous admettons que les faits de la monstruosité ont précédé la composition des principaux systèmes du sujet normal, principalement celle du cœur. Les élémens tégumentaires des deux têtes ont d'abord distinctement existé. Or, puisque toutes les premières formations se répandent de la circonférence au centre, les tégumens de chaque tête renferment, au dedans de leurs feuillets, de premiers vaisseaux qui les établissent et qui les nourrissent un temps quelconque, avant que ces vaisseaux rentrent dans d'autres acquérant un plus grand calibre, et que ceux-ci, par une ramification

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convergente, viennent se perdre dans un tronc principal. Cela posé, et seulement dans ce cas, se conçoit le travail régulier, isolé et bien distinct, d'où sortent deux têtés organisées séparément; et c'est encore sous cette même raison que l'on comprend comment les vaisseaux semblables de chaque tête, s'ils se rencontrent et se touchent, s'anastomosent, et finalement opèrent ces greffes ou réunions de parties si bien systématisécs, tellement bien coordonnées, qu'il n'y a de plausible que cette explicatiou pour en rendre compte. Il n'est point temps eucore d'en dire plus à cet égard.

Cependant, dira-t-on, il n'y aurait de produit à l'égard des Hypognathes, pour l'un des sujets, que le troncon tégumentaire qui se rapporte á la tête informe. Voudraiton présenter cette circonstance à titre d'objection? il est facile et il suffit de douner cette réponse: C'est un fait, et il le faut bien accepter comme tel, comme ayant reçu ce caractère. Mais de plus, c'est un fait qui se justifie en outre par sa répétition dans des fœtus isolés, comme, par exemple, dans les différens cas d'acéphalies complètes. Et en effet, veuillez consulter la dissertation d'Elben (1), savante compilation dans laquelle le plus grand nombre de ces faits connus sout rassemblés, et vous irouverezdes Acéphales dans les cinq conditions possibles; savoir: 1° l'Acéphale publié par Bonn, et représenté dans la Dissertation d'Elben, pl. 7, fig'. 1, lequel, formé d'un seul tronçon, renferme les organes générateurs et urinzires; 2° l'Acéphale publié par Guignard, pl. 4, fig. 1, qui est composé du dernier et de l'avant-dernier troncon; 3° l'Acéphale de Vogli, pl. 20, fig. 1, réunissant les tronçons sacré, abdominal et thoracique; 4° l'Acéphale de Katzki, pl. 1, fig. 4, ayant de plus que le précédent le tronçon brachial ou cervical; et enfin l'Acéphale de Curtius, pl. 4, fig. 1, qui réunit aux quatre autres le tronçon ciânien; car la tête ne manque point dans ce Monstre, elle y est seulement réduite, rentrée et cachée.

Voyez d'autres Monstres par excès, ou les Hermaphrodites complets; c'est l'inverse comme situation des parties qu'ils présentent, et cependant ils ne réalisent pas moins, à cela près, les faits de monstruosité propres aux Hypognathes, puisqu'un Hermaphrodite complet est, en detnière analyse, un sujet entier, auquel s'ajoutent les organes du dernier tronçon d'un autre individu. Que l'on réfléchisse aussi à ce qu'apportent à l'esprit les conformations décrites par Bénivenius, Columbus, Schenkius, Ambroise Paré, Aldrovande, Licétus, Winslow, Moreau de la Sarthe, Montaigne, auxquelles il faut joindre un dernier exemple, observé vivant à Macao et à Canton en 1825. Nous voulons parler de ces sujets, bien conformés d'ailleurs, de la région épigastrique desquels pend un frère avec l'apparence, la structure, et généralement toutes les imperfections d'un Acéphale dans l'état d'embryon. Tous ces faits de monstruosité qu'Aldrovande a réunis sous les noms de Monstrum bicorpor monocephalon, et dont nous avons dit plus haut avoir formé le genre Heteradelphus (frères jumeaux dissemblables), sont, dans une autre manière, une exacte et parfaite répétition des différens degrés de composition que montrent les Acéphales isolés, dont nous venous de parler d'après Elben. Il est de ces Heteradelphus, comme le sujet (1) vu à Naples, eu 1742, par le marquis de L'Hôpital, qui ue présentent que la croupe; il en est d'autres, comme la fille dite aux deux ventres, décrite par Winslow, dans l'Académie des Sciences, annéc 1733, p. 366, lesquels présentent et la croupe et le

1) De Acephalis, sive Monstris corde caillebus, auctore Elben, Berolini, 1821

(1) Cet Heteradelphus est figuré, pl. 21, dans la Description des principales monstruosités, etc, publiée par Moreau de la Sarthe.

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bas-ventre; enfin sont aussi d'autres Heteradelphus, comme l'individu dernièrement vivant en Chine, et trois autres qu'Aldrovande a figurés dans son Histoire des Monstres, p. 611, 613 et 614, chez lesquels tout le sujet, moins la téte, est apparent (1). Nous avons lu dans un Traité récent sur la monstruosité, à l'occasion des Heteradelphus, que le plus petit sujet est ou renfermé dans la substance de l'autre, ou aurait été détruit. Cela ne résulte en aucune façon des précieuses observations d'anatomie que Winslow nous a laissées, et qu'il a insérées dans le Recueil de l'Académie des Sciences, année 1734. C'est, nous pensons, à d'autres conséquences que mènent ces faits d'acépnalies, soit qu'il arrive aux Acéphales de rester séparés de leur jumeau normal (les Acéphales décrits par Elben), soit qu'ils parviennent à se souder ensemble et à croître très-inégalement (les Heteradelphus). Si nous pouvions invoquer ici tous les faits que nous ont procurés l'ensemble de nos recherches sur les Animaux des moyens rangs de l'échelle zoologique, Animaux si peu connus quant aux rapports de leur siructure, nous arriverions, en y réunissant toutes nos observations sur la monstruosité, à la démonstration de ce fait; savoir, en premier lieu, que l'être en général commence par un sac que l'on peut idéalement distribuer en cinq compartimens essentiellement distincts; lesquels, produisant plus tard, de chaque côté de leur surface, les organes de l'état régulier, finissent par donner, d'abord, quant au squelette, simultanément, mais distinctement, les vertèbres crâniennes, les cervicales, les thoraciques, les lombaires, et puis les sacrées ou coccygiennes; et ensuite, les organes qui correspondent à ces segmens de système osseux, et qui se composent des organes des sens, de la respiration, de la circulation, de la digestion et dela génération.

Passant de ces considérations à celles des déviations organiques, il reste sensible qu'il suffit d'un froncement, d'un repli, d'une contraction quelconqueet persévérante sur un point, ou enfin de la moindre affection pathologique, pour changer la loi de développement de chacun des cinq compartimens, c'est-à-dire pour y introduire un élément de monstruosité qui d'abord est de peu d'importance, mais qui en prondra dans la suite en développant ses fruits; car dans ce cas, le système osseux et les viscères intérieurs en retiendront des causes de déviations, des ordonnées pour des formes insolites. Cela posé, qu'un seul, ou si l'ou veut, deux, trois et quatre compartimens ou tronçons, soient séparément saisis par une de ces causes capables d'interrompre ou de changer le cours naturel des développemens, il n'y aura plus d'exposé au nisus formativus, que les quatre cinquièmes, ou les trois cinquièmes, ou les deux cinquièmes, ou seulement un cinquième de l'être ayant dû être, produit.

5°. Nous arrivous enfin à l'explication admise généralement, et qui est appliquée indistinctement à tous les cas de monstruositépar excès. Sur l'idée que la nature tend dans toutes ses œuvres à la simplicité et à l'unité de ses voies et moyens, et que rien n'autorise à croire que cette marche

(1) Les parties osseuses du petit frère acéphale sont immédiatement revêtnes parla peau, à moins que celle-ci, ce qui arrive fréquemment, ne soit soulevée et distendue par quelqu'amas de substance graisseuse; nous avons déjà remarqué plus hant qu'il en était ainsi de la deuxième tète petite et incomplète des Hypognathes, et nous rapportons comme appartenant au même fait, l'adhérence du derme et du tissu osseux chez les Crustacés et chez les Insectes. La raison de ces rapports est dans le degré organiqué de ces productions; toutes sont des embryons qui ne se forment encore que de la peau et du tissa osseux subjacent. celui-ci n'étant qu'un état plus avancé et complélif de la composition de celle-là; et alors ce n'est que plustard que des viscères sont snrajoute's chez les embryons en dedans du tronc, puis des muscles entre les lames téguraentaires. Ce progrès dans le développement n'a lieu ni chez l'Acéphale hétéradelphe, ni chez le Crustacé, uniquement de ce qu'ils restent, l'un comme l'autre, toute la vie dans la condition d'un embryon.

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doive étre interrompue, quand il s'agit de l'agglutination gF de la pénétration des êtres, sM Végétaux, soit Animaux, on s'est cru fondé à rapporter la réunion des parties multiples des monstruosités par excès, à ces phénomènes que l'on connaît sous le nom de greffe des Végétaux. Quand ce sujet est embrassé de haut et dans toute sa généralité, on ne peut disconvenir que les procédés soieut les mêmes. Cependant l'on ne saurait y accorder la même confiance dans les applications particulières, ainsi qu'on l'a fait. La grefle est bien connue des jardiniers qui la pratiquent journellement, mais elle l'est sans doute moins sous le point de vue physiologique. En importer les idées théoriques d'ensemble et comme tout d'une pièce pour expliquer les soudures des parties animales, c'est n'avoir pas donné d'attention à la différence des matériaux mis en jeu. Or voici quelques remarques à ce sujet. D'abord à l'égard des Végétaux eux-mêmes la greffe ne s'accommode pas de toute rencontre fortuite. Il n'y a point en effet ca price dans un-phénomène qui exige des préparations assez minutieuses, ou bien qui s'effectuant naturellement dans les bois, n'a lieu que si quelques circonstances déterminées lui sont spontanément fournies. La règle est que le liber de l'un des Végétaux soit à nu et mis en contact avec le liber de l'autre; l'homogénéité des parties qui se touchent les porte à se réunir et à se confondre. Or, est-ce bien en tous points cela qui a lieu à l'égard des monstruosités animales par excès? ei doit-il suffire que l'épiderme soit d'un et d'autre côté soulevé, pour que deux membres, je suppose, s'attachent et demeurent greffés? C'est ce qu'eu adoptant, à priori, la doctrine de la greffe des Végétaux pour en faire aux Animaux uneapplication, sans avoir réfléchi à la différence des cas particuliers; c'est, disonstous, ce que l'on a malheureusement supposé. De tels cas particuliers montrent d'abord des chances infiniment nombreuses pour que la greffe des Végétaux réussisse, quand, au contraire, il n'est que des chances fort rares pour opérer celle des Animaux. C'est que le liber, tissu homogène dans toute son étendue, est partout composé de matériaux similaires; un nœud vital est dans chaque point de la trame alvéolaire, et il ne peut manquer d'arriver que toutes ces parties rencontrent dans l'autre liber une combinaison toute semblable; d'ou leur aptitude à se réunir.

Les choses se passent autrement et plus difficilement quant à la greffe de deux fœtus; la périphérie de leur corps n'est point composée de parties similaires; c'est, suivant chaque région, un système à part de vaisseaux et de nerfs quant à l'entrelacement de chaque élément. Approchez, mettez en contact deux appareils de vaisseaux et de nerfs qui se rencontrent par le travers de leurs filets; nous le demandons, quelle force, quels motifs les porteraient à se prendre, à se conjoindre? Ils sont superposés, ils restent adossés les uns à l'égard des autres; mais d'ailleurs il y aura refus d'entrelacement, d'agglutination; ce que l'on conçoit ne pouvoir s'exercer qu'aux extrémités mêmes des cimes vasculaires et nerveuses. Mais qu'au contraire il arrive à deux appareils semblables de s'approcher face à face, qu'on me passe cette expression; qu'il arrive aux bouches terminales d'un nombre quelconque de filets vasculaires et nerveux de rencoutrer de semblables bouches terminales, qui gardent respectivement les mêmes distances, de façon qu'il y ait coïncidence entre tous les élémens similaires; il y aura le même entraînement que dans les parties homogènes du liber, la même disposition à la soudure des contenans et au mélange des fluides contenus, la même nécessité à s'anastomoser. Or, pour qu'il y ait uné aussi exacte coïncidence entre deux houppes de cimes vasculaires et nerveuses, il faut que chaque houppe provienue de sujets différens; c'est ce que don-

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neut eu effet deux jumeaux contenus dans l'utérus de leur mère. Que le diaphragme qui les sépare soit pathologiquement rompu, et que ces jumeaux se rencontrent dos à dos, ou ventre à ventre, ou tête contre tête, ou face contre face, ou par l'entre deux des jambes, etc., et vous aurez tous ces singuliers accouplemens que vous présentent les Traités iconographiques sur les Monstres. Observez qu'il n'y est question que de tels accouplemens, bien qu'il passe pour avéré qu'en ce genre de désordres l'on trouve réalisés tous les cas imaginables. Une revue de ces Traités, faite dans cet esprit, peut fournir une preuve péremptoire en faveur de notre proposition. Or nous ne craignons point d'affirmer qu'aucun de leurs Monstres doubles ne soit le produit de fausses correspondances, dans le sens que nous attachons à ce mot. Là en effet ne se rencontrent jamais deux sujets approchés et soudés par des parties diverses; là ne se voit aucune alliance du ventre avec une extrémité, du ventre avec le dos, de la tête avec une partie du tronc, etc.; si, comme dans le double Monstre décrit, en 1706, par Duverney, les deux individus conjoints sont opposés l'un à l'autre, ils se sont cependant rencontiés par des ramifications vasculaires et nerveuses de même nature: on connaît plusieurs exemples de cette singulière monstruosité et toujours les têtes étaient placées du même côté; ce qui sans doute était inévitable, pour que les cimes vasculaires et nerveuses ne se rencontrassent point à contre-sens, mais le fissent au contraire dans une mesure parfaite d'homogénéité. Que ces faits présens à l'esprit, vous veniez à considérer toutes les monstruosités par excès bien authentiques, d'après les vues de la loi que nous venons d'exposer, et que vous vous rappeliez en même temps que les fluides, dans les premiers momens de la gestation, se répandent de la circonférence au centre, second principe pour l'explication des monstruosités par excès, vous ne serez plus surpris que chaque Monstruosit le nécessaire résultat de ces sortes d'action? Sans doute; il paraîtra et il demeure maintenant superflu que nous insistions, comme nous le faisions autrefois, sur la singularité que tant et de bizarres déviations organiques soient si exactement répétées que c'était le cas d'y voir une association parfaitement distribuée d'organes et d'y donner un nom générique. Quelque chose au milieu de ces confusions trahissait en effet un ordre admirable; on ne pouvait presque plus dire que c'étaient des aberrations organiques; il devenait nécessaire d'y voir un autre ordre quelconque, venant remplacer l'ordre et les arrangemens attendus. Il sera donc effectivement inutile aujourd'hui d'insister sur de telles et d'aussi curieuses conséquences, s'il est manifeste que celles-ci découlent naturellement des nécessités ou de l'effet des deux lois que nous venons d'exposer. Nous prévoyons des objections tirées de quelques pratiques chirurgicales ou de quelques reuversemens de parties visibles à l'extérieur; mais nous nous réservons de les établir et d'y répondre ailleurs. Enfin la remarque suivante ne sera sans doute point considérée comme superflue; notre illustre ami, le docteur Serres, ne manqua point de dire ce qu'il puisa d'inspirations dans nos vues sur l'unité de formation des systèmes organiques, quand il écrivit son bel ouvrage sur le cerveau; mais il nous a, nous nous plaisons à le déclarer, vraiment payé au centuple, ayant fourni à ce qui précède son admirable loi du dèveloppement excentrique.

Nous ne pouvons renvoyer à aucun de nos écrits, qui donnât le complément de ces nouvelles idées, puisque nous publions celles-ci aujourd'hui pour la première fois. Extraites d'un Mémoire assez étendu et qui pour paraître attend la confection des dessins et gravures qui doivent l'accompagner, nous avons le regret de nous en tenir ici à énoncer seulement

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ce qu'il serait si important d'amener à parfaite démonstration. Nous n'userons d'aucune dissimulation et nous dirons avec franchise que nous ne pensons pas être encore parvenu, dans nos recherches, à un résultat plus utile par ses nombreuses conséquences. Car, quand nous n'annoncions tout à l'heure qu'une loi trouvée pouxr l'explication des phénomènes de la monstruosité, c'est que nous nous plaisions à rester dans la spécialité de notre sujet. On voudra par la suite et l'on saura un jour considérer les choses de plus haut; et, celles-ci étant embrassées sous ce plus haut point de vue, la monstruosité n'y interviendra plus que comme un cas particulier, eu égard au phénomène plus général de la formation des organes. Car, à vrai dire, en quoi consiste effectivement l'essence de la monstruosité? Evidemment sans doute à offrir un heureux mélange decirconstances, la coïucidence d'une multitude de parties respectivement semblables à droite et à gauche, leur terminaison en filets et ramifications capillaires, et le double concours de tous ces élémens agissant en vertu de rapports mutuels dans une parfaite correspondance, et finalement obtenant de se saisir et de se pénétrer même, en vertu de l'attraction que la matière manifeste toujours pour elle-même, s'il y a homogénéité entière dans ses élémens en contact (1).

Toute anastomose rie deux vaisseaux similaires, sortis chacun d'une mèrebranche, si elle est secondée par les relations respectives et le concours actif de tontes les parties de son système, est formatrice des organes, en tant qu'elle donne lieu au phénomène de l'assimilation des fluides nourriciers. Le fœtus (nous ne disons pas l'embryon, parce qu'il n'y a point encore moment propice pour étendre à celui-ci les mêmes explications), le fœtus offre une dispositionde vaisseaux et de nerfs qui amène sur les lignes médianes, des cimes vasculaires et nerveuses, venues, celles-ci des parties droites et celles-là de gauche, étant respectivement semblables et prolongeant leurs ouvertures terminales les unes sur les autres, et, si l'on peut se permettre de le dire dans ce cas-ci, face à face. Voilà donc dans un sujet unique et simple, dit l'être normal, une disposition qui reproduit exactement celle dont nous avons fait dépendre les phénomènes de la monstruosité par excès: c'est que chaque Animal est la réunion de deux moitiés semblables. L'axe qui les sépare, compose par conséquent une série de points, où de chaque côté aboutissent nécessairement de semblables extrémités, soit vasculaires, soit nerveuses; dans ce cas, et conformément à de telles données, les fonctions assimilatrices se poursuivent sans trouble. C'est donc et toujours inévitablement, comme dans les phénomènes de la monstruosité par excès, que s'établissent les organes des deux moitiés d'un sujet simple. Alors voilà ramenés au même point et les phénomènes qui produisent les êtres uniques et réguliers, et ceux qui donnent les êtres doubles etmonstrueux, c'est-à-dire voilà que nous n'apercevons plus cutie eux d'autres différences, savoir: «Que les premiers sont formés par une sorte de minimum d'action, le concours de deux parties semblables,

(1) Y a-t-il une autre loi pour la composition de tous les autres corps naturels? Nous ne le croyons pas. L'attraction newtonienne nous parait au contraire devoir exercer son action aussi bien à petite distance que dans les grands espaces de l'univers. On ne le pense point ainsi aujourd'hui en physique, parce qu'on n'a point encore trouvé les lois secondaires d'arrangement des molécules, qui puissent déterminer celles-ci à bien s'offrir face à face, à multiplier de l'une à l'autre et vis-à-vis l'unede l'autre le plus de points exactement similaires et à les mettre parlà dans le cas de se saisir et de s'enchevêtrer. Ceci, que nous avons le très-grand tort de placer ici saos rendre compte des idées intermédiaires qui s'y rapportent, conduirait à penser qu'il n'y a qu une seule loi pour la consolidation de la matière, ou autrement, pour la composition de tous les corps solides inorganiques ou organisés, etquece serait la loi même de gravitation des corps, sur laquelle se fondent les explications du système de l'univers planétaire.

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quand lus seconds le sont au contraire par l'emploi quadruple de cette même action; laquelle consiste dans la réunion accidentelle et le jeu de quatre systèmes du même rang. Il faut prévenir une sorte d'objection. L'on s'étonnera et l'on voudra peut-être argumenter de ce qu'une loi d'une application aussi universelle, nous voulons dire, de ce que le principe de la composition des organes n'est révélé que par un cas particulier et ne ressorte point encore clairement de l'ensemble des théories de l'organisation, principalement des faits normaux. On pourrait déjà répliquer à ce sujet que jusqu'à présent la physiologie s'est à peu près contentée de connaître quelques résultats des fonctions et ne s'est d'ailleurs point enquise des motifs qui y donnent lieu; mais cette autre réponse satisfera probablement davantage. En effet, l'organisation variée des êtres de la monstruosité était seule dans le cas de nous donner à la fois et le premier sentiment d'opérations aussi simples et des preuves pour notre conviction. En connaissant d'abord le but, vers lequel tendent les efforts de certains développemens organiques, quand ils se poursuivent sans obstacles, les Animaux réguliers étant l'objet à produire, et en conuaissant ensuite toutes les formes diversement imparfaites de la monstruosité dans une même espèce, nous avons une échelle d'organes pour ainsi dire successivement essayés. Nous voyons tel sujet frappé au plutôt d'un arrêt de développement, tel autre qui l'est plustard, un troisième qui offre un plus grand degré de développement, et ainsi de suite. Ces caractères d'imperfection dans une série graduée deviennent des termes de comparaison, que l'esprit peut saisir et dont il tire tout naturellement des conséquences bien autrement instructives que d'un fait unique, alors seulement visuel et n'étant le plus souvent de ressources que pour une donnée d'anatomie, que pour une description anatomique.

Nous nous arrêtons ici quant à la monstruosité par excès; nous ne nous dissimulons pas ce qu'il faut encore faire d'études et recueillir d'observations pour développer et pour perfectionner, ainsi que le réclament les besoins de la science, les idées sommaires que nous venons de présenter. En traitant dans le chapitre précédent des causes prochaines de la monstruosité par défaut, nous ne nous sommes étendu que sur celles de ces causes qui agissent mécaniquement et directement d'organes à organes. Mais ilen est d'autrement provocatrices pour entraîner l'organisation dans des voies de désordres, et qu'il nous reste ici à faire connaître. Nous parlerons d'abord d'une de ce genre, qu'une opinion très-répandue considère comme principalement prédis osante: c'est l'influence attribuée à l'imagination de la mère sur le développement du fœtus. De-là vient qu'on a presque toujours cru trouver dans les marques empreintes d'origine sur la peau, connues sens le nom d'envies, d'essentiels rapports avec des objets que la mere prétendait avoir désirés pendant sa grossesse; de-là vient encore qu'on a aussi souvent insisté, à l'occasion de diverses défectuosités, sur une ressemblance avec certaines choses du dehors qui avaient été ou grand sujet d'effroi pour une mère enceinte. Quand un Monstre survient au sein d'une famille, il étonne, excite et trouble toutes les imaginations. Winslow ni personne n'auraient connu le cas de la fille hétéradelphe, observée en 1733, sans la circonstance que les scrupules d'une religieuse de garde à l'hôpital auprès de cette fille monstrueuse provoquèrent. Cela donna lieu à l'examen de cette question, si l'ecclésiastique chargé de distribuer les secours spirituels donnerait l'extrême-onction aux deux corps ou seulement à l'un des deux; on appela à cet effet Winslow en consultation.

Le premier soin d'une famille où paraît une monstruosité cst donc

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d'empêcher que la nouvelle ne s'en répande. Un aussi grave événement, quand il accable une malheureuse mère, s'empare de ses sentimens et de toutes ses facultés; le spectacle de son enfant dégradé la porte à un retour sur elle-même, et elle succombe presque toujours sous l'humiliation d'avoir ainsi fourni le sujet de la plus rare et de la plus affligeante exception. Cette infortunée, sans songer que ses habitudes intellectuelles et des connaissances très-bornées la rendent peu propre à aborder un aussi important sujet de méditation, ne se donne au contraire point de cesse qu'elle n'ait découvert ce qui l'aura extraordinairement agitée durant sa grossesse, et ce qui aura causé par conséquent le développement désordonné de l'être que ses flancs ont porté. La part qu'elle a à l'événement, les agitations de son esprit qui l'y ramènent sans cesse, et un certain besoin d'en reparler continuellement, font qu'elle se persuade qu'à sa seule perspicacité est réservé d'en démêler la cause. Ces préoccupations gagnent même les amis et les personnes appelées à donner des soins aux femmes en couche. Ainsi la mère de l'Anencéphate de Bras(Mém. du Mus. d'Hist. Nat T. XII, p. 233 et 273), est la victime de quelques brutales plaisanteries; son beau-père la veut guérir de son aversion pour les Crapands, et croit y procéder efficacement en la venant surprendre un matin, et en la réveillant avec un de ces Animaux qu'il lance inopinément sur son lit. Cette violence s'adresse à une femme jeune et que rendaient intéressante les grâces et les aimables qualités de son sexe; elle en est bouleversée, et reste malade jusqu'au terme de sa grossesse; enfin elle met au jour un enfant mal conformé que son accoucheur et plusieurs femmes présentes s'accordent à dire semblable à un Crapaud. Nous avons vu ce Monstre et nous l'avons décrit et classé selon ses affinités organiques: c'était un Anencéphale.

Toutes ces opinions particulières, concues et propagées dans de semblables conjonctures, ont successivement servi à fonder la croyance populaire touchant l'influence des regards sur le développement des embryons. Attentif à ce qui enpouvait être, toutes les fois que nous l'avons pu, nous n'avons point trouvé que cette croyance supportât un examen sévère; car d'une part, il n'y a jamais une réelle ressemblance entre les produits de la monstruosité et les objets dont on prétend que l'imagination d'une mère aurait été occupée; et de l'autre, ce n'est guère qu'après l'événement que les femmes parlent de la coïncidence de ces ressemblances; on ne cite effectivement aucune monstruosité qui ait été soupçonnée à l'avance et prédite. Enfin il faudrait étendre cette influence des regards jusqu'aux Animaux, ouxquels il serait sans doute dérisoire d'attribuer un semblable pouvoir d'imagination, et qui cependant engendrent des Monstres tout autant et dans les mêmes conditions que les êtres de race humaine.

Mais on peut, nous croyons, arriver sur cette question avec des faitsembrassés de plus haut et à tous égards parfaitement concluans: c'est en.comparant dans quelle proportion aux enfans légitimesnaissent les en fans naturels. Les contentions de l'esprit, le chagrin et lesmaladies qui en peuvent résulter, seraient-elles en effet prédisposantes à ladifformité des fœtus, comme on devrait conclure de la théorie qui accorde unesi grande influence aux regards Ceci admis, il faudrait, parce quel'imagination exerce sur nos sens une influence toute-puissante, que celtecause agît également sur le fœtus, où n'existe cependant encore aucune facultéde perception, comme sur sa mère, c'est-à-dire que cette cause se propageâtdans la même raison sur un commencement d'opérations organiques, s'élaborantpéniblement vers un point reculé de la tige maternelle, comme sur cette tigeellemême, riche d'organisation et douée,

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des moyens les plus étendus. Une vive et subite émotion, un dégoût momentané, auraient donc plus de prisesur l'ame qu'une continuelle préoccupation de l'esprit, que les mouvemensdésordonnés d'une conscience toujours en reproche. Que de tourmens d'esprit, que de remords, et par conséquent que d'altérationsdans toutes les voies organiques chez une jeune fille timide et séduite! Toutefois le bourgeon en développe ment sur cette tige qui se flétrit, ne s'enressent en aucune façon; tout au contraire, le plussouvent ces excitations n'en favorisent que mieux la production.

Il faut en effet que les peines morales n'influentpas autant qu'on l'a cru, sur le développement des germes. Ilsuffit, pour en être convaincu, de consulter les registres de nais sance d'unegrande population. Ainsi les Recherches statistiques sur la ville de Paris, ennous donnant exactement le nombre des naissances à Paris pendant l'année 1821, nous établissent celles-ci distribuées comme il suit;enfans légitimes 15,980; enfans naturels 9,176, formant un total de 25,156naissances. Le rapport des premiers chiffres aux seconds estdonc, à peu de chose près, la proportion 3 à 2. Par conséquent plus de neufmille femmes ou les 2/5 du nombre total sont devenues mères à Paris, sans avoircraint d'encourir la réprobation de la société. On doit croire que sur cenombre le quart ou deux à trois mille le devinrent pour la première fois, roulant sans doute continuellement clans leur esprit les déplorablescirconstances deleur séduction, et restant de cettemanière pendant les longues journées de leur grossesse sous l'accablement desémotions les plus dangereuses. Maintenant qu'on vienne àréfléchir au petitnombre de Monstres, qui ont paru pendant l'année1821;est-ce un ou deux? on l'ignore.Dans ce cas sansdoutel'on sera disposé à conclure qu'un profond chagrin n'est point une causeprédisposante à la monstruosité. Ajoutons que si les tourmens d'une amedéchirée, en causant le dépérissement de la mère, devaient réagir sur sonfruit, ce serait d'une manière géncralesur tous ses organes au prorata et nonséparément, et uniquement sur une seule partie organique, comme cela se voitchez les Monstres.

Mais si nous ne pouvons apercevoir dans ce qui précède que les choses se gouvernentpar les sentimens moraux, et si au contraire nous restons persuadés que ni lesagitations de l'esprit ni les douleurs de lame n'outaucune prise surl'organisme pourl'entraîner dans des voies insolites etdésordonnées, il n'enpeut être demême d'avis ou de nouvelles ditessans précaution et pouvantprécipiter une femme enceinte dans untrouble des sens. Trois MonstresAnencéphalessont très-certainementdus à ces causes accideutelles, savoir:1' Anencèphale deBras dont la mèrese trouva mal, étant surprise etépouvantée par la vue d'unCrapaud;1 Anencèphale de Patare dont la mèrene fut jamais bien remise d'unefrayeurqu'elle éprouva, quand deuxfemmes appostées vinrent l'assaillirdans l'obscurité, et l' Anencèphale dela Seine dont la mère tomba évanouieà la nouvelle, ditesans ménagement, que son mari aurait péri dans l'incendic de Bercy, village desenvironsde Paris. La grossesse de ces femmes, jusqu'àces causes provocatrices, étaitdans un état prospère; mais leurbonne santé futdès-lors altérée etcontinua de décliner jusqu'à leur facheuse délivrance. Nousavons raconté ces faits en détail dans le Mémoire déjà cité et inséré parmiceuxdu Muséum d'Histoire Naturelle etdans notre Philosophie anatomique, T. II, page 518.

Nous appliquons principalementaux Anencéphales les causes prochaines de lamonstruosité, dont nousavons parlé dans le précédent chapitre, savoir: le retardement dans ledéveloppement etl'explication que nous avons donnée de ce phénomène,

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lorsque nous l'avons vu dépendre de l'existence de brides placentaires; mais entre l'action de ces causes et celle des causes premièresproduisant un ébranlement dans l'organisme, on peut saisir diiférens temps, etl'on doit en effet suivre pied à pied chaque fonction intermédiaire, si l'onveut bien comprendre la relation de cés causes diverses, dont nous n'avons encore aperçu que les termes extrêmes. Or voici comme nous concevons cette marche: nous ne voyons de prise à ces phénomènes qu'à 1 époqueoù l'embryon est à peine forme et ou il occupe déjà le centre de ses membranesambiantes; les eaux de l'amnios étant pour le surplus répandues autour de lui.Qu'une Femme enceinte et dans cet âge de gestation soit subitement et vivementimpres sionnée, et que la perturbation géné raleainsi survenue dans les fonctions de ses organes procure en particulier unesur-excitation violente à l'utérus, il y a dès-lors et nécessairement contraction et par conséquent plisse ment de cette poche musculeuse. Les membranesde l'œuf répandues à sap eriphérie intérieure s'en ressentent à leur manière, c'est-à-dire s'en déta chent vers un ou plusieurs points deleur superficie;cette séparation opérée violemment y occasione des déchirures, des percées, de légèresfissures sans doute, mais à traverslesquellessuinte et se répand lefluide amniotique. Cependant la matrice ne cesse de peserde tout l'ascendant de ses contractions ordinaires sur le noyau en voie dedéveloppement dans son sein; voilà parconséquent l'œuf qui se vide de seseaux, et les enveloppes ambiantes quipour cette raison se replient, s'affaissent etretombent sur l' embryon; enveloppant, touchant et pressant celui-ci detoutes parts, les membranesplacentaires contractent inévitablement quelquesadhérences avec l'embryon; et cela marche d'autant plusvite et se répand surd'autant plus desurface, qu'il est plus de perforations aux enveloppes fœtales, plus

de points rompus et sanguinolens. C'est le momentoù commence la monstruosité car tous les développe mens successifs continuant àavoir lieu conformément à deux ordon nées, que la nature des choses sou met àse faire de mutuelles conces sions; ordonnées qui sont la ten dance à formationrégulière (nisus formativus) et de nouvelles exigences ou un tirage des bridesplacentaires l'organe qui croît empreint de ces mutuelles actions etconcessions pa raît sous une condition nouvelle, laquelle atteste ainsi lapuissance des déviations organiques. Ainsi se mon trent une renovation dechoses, et comme un être refait, puisque celui ci est réellement reconstruitsous ces formes qui nous surprennent tou jours et que nous disons celles de lamonstruosité, par opposition à la forme attendue et normale; ici donc où lacause provocatrice n'est que faiblement modificatrice, il n'inter vient qu'unléger dérangement dans les membranes de l'œuf, mais non un trouble grave ou unemaladie de l'embryon; il n'y a que retardement de développement dans lesparties atteintes par des adhérences.

Mais si la cause perturbatrice a un caractère d'uneintensité telle, qu'elle agisse encore plus sur l'embryon que sur les membranesde l'œuf, ou tout à la fois sur les deux, la monstruosité sc ressent desviolences qui l'ont provoquée (1). Ce n'est plus unsim

(1) Dès lc commencement du seizième siècle, on avait déjà cu recours à descauses mécani ques pour expliquer les altérations, les vices, les dcplacemensdes organes ct généralement les nombreux désordres qui constituent les faits dela monstruosité. Cette vue fait honneur aux physiologistes de cette époque; ainsi Ambroise Paré, à la date de l533, avaitaperçu treize causes possibles de ces désordres, dont la hui tième correspondaux motifs que nous avons ci dessus allégués. Nous citerons en entier le passage qui s y applique: il est curieux. Disons d'abordqu'il était inévitable que ce grand chirurgien ne se laissât surprendre parquelques opinions de son temps et qu'il ne leur payât ainsi un tribut: mais dans les points où il s est abandonné à songénie, on rend justice à l'un des plus grands talcns qui aient honore la F rance.Voici ce passage qu'on Ut livre 25, pag. 753:

TOME XI. 10

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ple dérangement, une ordonnée quelconque pourl'avenir des développemens qui en résultent c'estune maladie grave qui accable le foetus; il succombe le plus souvent;événement dont on ne s'occupe guère cjue dans l'intérêt de la mère et que l ouconnaît sous le nom d'avortement. Cependant si le fœtus survit aux vicissitudesdont il est l'objet, à une lutte très-singulière qui s'engage entre les effetsde la bonne sauté de sa mère et les excitations de scs propres souffrances, ils'ensuit un Monstre d'une condition et de formes particulières; nous en avons déjà parlé sous le nom de Thlipsencéphale. De telsMonstres ont cela de particulier qu'ils sont, hors la partie placée sousl'influence morbide, parfaitement conformés; nous n'avons traité que de l'und'eux dans notre Mémoire imprimé parmi ceux de la Société médicaleci'Emulation. Julie sa mère, ayant atteint le troisième mois de sa grossesse, ne peut plus se dissimuler sa position, qui està scs yeux le plus grand des malheurs; elle rêve aux moyens de s'y soustraire.Ne pourrait- elle pas prévenir, ou même empêcherl'accroissement de l'être qu'elle porte en son sein? Elle s'arrête à l'idée dese plastronuer le ventre, de manière à placer au dehors une force vive, réagissante et destructive des déve- loppemeosintérieurs. Nous avons vu le corset bardé de buses épais employé à cet usage; la mère et i'enfimi périrontsans doute, se disait-elle souvent; mais cet avenir faisait l'uniqueconsolation de son affreux désespoir. Cependant il n'en fut point ainsi; ces coupables manœuvres n'aboutirent qu à frapperd'une lésion profonde le système cérébro-spinal du fœtus et principalement sonencéphale. Nous croyons inutile de rappeler ce quenous en avons dit dans noire Mémoire, ayant d'ailleurs à raconter d'autresévénemens de ce genre, à l'égard desquels nous avons des renseiguemens plusdétaillés et plus instructifs.

Une femme de la commune de Montmartre, dite Thérèse, mit depuis au inonde unThlipsencéphale, si semblable au Monslre enfanté par Julie, que nous avonspeine à saisir un caractère pour les différencier comme espèce. Thérèse étaitdéjà mère de cinqenfaus, ayant de vingt-huit à trente ans; elle fut un jourindignement maltraitée, frappée violemment du genouvers la région utérine et ensuite foulée aux pieds par son mari, qui, lasachant grosse d'un sixième enfant, avait conçu l'affreux dessein de la blesseret de faire périr son fruit. Ces cruautés n'atteignirentaussi qu'en partie, comme dans l'exemple précédent, le résultat attendu.Thérèse se sentit blessée, et n'en put douter quelquesjours après en voyant son ventre grossir extraordinairement. Elle voit lasage-femme qui lui donnait ordinairement des soins;tout porte à croire qu'elle est au moment de faire une fausse couche. Ceci seserait sans doute réalisé à l'égard de toute autre Femme j mais Thérèse est le plus rare exemple d'énergie morale, de courage et (leforce de tempérament. Elle est malade, mais son travail est la seule ressourcede sa famille, de ses cinq enfans, de sa mère infirme, et même du malheureuxartisan de ses maux; elle souffre, et n'en continue pas moins à aller de rueen rue offrir des comestibles, légumes et volaille, qu'elle porte à dos et dansune hotte;

* Les causes des Monstres sont plusieurs: lapremière, la gloire de Dieu. La seconde, son ire. La troisième, là trop grandequantité de semence. La quatrième, la trop petitequantité. La cinquième, l'imagination La sixième, l'an- gustic ou petitesse de la matrice. La septième, 1 assiette indéceute dela mère, comme si, étant grosse, elle se fut tenue trop longuement assise, les cuisses croisées ou serréescontre le ventre. I.a huitième, chiite ou coups donnés contrele ventre de la mère 'étant grosse d'enfant. La neuvième, les maladieshéréditaires ou accidentelles. La dixième, pourriture ou corruption de lafemme. La onxième, mixtion ou mè lange de semmence. Ladouzième. l'artifice des mèchans bèlitres del'ostière. La treizième, les dèmons et les diables.

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quelquefois elle succombe sous le poids d'une charge énorme, surtout dans la quinzième journée après sa blessure. Elle était alors aussi grosse que le sont les femmes entrées dans leur neuvième mois. Tout-à-coup elle est surprise par une crise violente, le col de l'utérus s'est ouvert, et Thérèse est inondée; ce qui coule est un fluide sanguinolent mêlé de matières épaisses et un peu consistantes. Le ventre est à la fin réduit au volume correspondant à celui de son âge de gestation; elle atteint le sixième mois de cette époque, après trois mois d'un état de malaise pendant les quels elle reste sujette à un écoulement; au neuvième mois elle était extraordinairement grosse. Exposons ce qui est propre au Thlipsencèphale, lequel naquit au terme ordinaire de la délivrance des Femmes. La moelle allongée est dans un état d'extrême inflammation: on n'aperçoit point de cervelet; mais on voyait à sa place, et au lieu de son insertion, une capsule membraneuse qui paraissait les racines d'un arrachement récent de la bourse cérébelleuse, et nu centre de la capsule étaient deux orifices, sans doute à cause et par suite de la rupture et séparation des artères vertébrales. Le cerveau proprement dit était composé de ses lobes comme à l'ordinaire, mais ils étaient réduits à une petitesse extrême, et ne se composaient guère que des vaisseaux affaissés les uns sur les autres, avec apparence et caractère de squirrhe; quelque peu de matière cérébrale était là disséminé, un peu plus dans la glande pinéale. La boîte cérébrale était ouverte; et ses parties, ordinairement ouvertes, étaient renversées à droite et à gauche; les rochers, nonretenus par l'occupation réagissante des organes encéphaliques, avaient crûextraordinairement, et formaient en travers un relief très-sensible qui tenaità distance les vestiges du cervelet et les parties cérébrales.

Or voici ce qui nous paraît résulter de ces faits: il y a eu, non plus suspension et retard, mais rétrogradation de développement dans le temps où la maladie avait exercé ses ravages. Cette condition inattendue dans les phénomènes de la monstruosité, mérite sans doute qu'on s'en occupe. Nous disons inattendue dans un point de vue particulier; car nous croyons bien qu'on en avait entrevu quelque chose, et que c'est ce la qui avait porté quelques physiologistes à n'admettre que des maladies du fœtus pour expliquer les prétendus désordres de la monstruosité. Quoi qu'il en soit, nous ne fûmes parfaitement au courant des faits qu'à dater de la naissance du second de nos Thlipsencéphales, et nous avons dû en effet adopter la conclusion précédente, dès qu'il paraît certain que la connaissan ce de leur état ne fut révélée aux mères de'ces Monstres que trois mois après qu'elles étaient enceintes, et que jusque-là aucune perturbation n'était venue déranger le cours naturel des choses. L'encéphale à trois mois, et principalement les lobes cérébraux, sont plus considérables que nous ne les avons observés à neuf mois, ou au terme de la grossesse; mais de plus les méninges renfermaient alors une quantité relativement plus considérable de pulpe cérébrale qu'au moment de la naissance. Les cimes des artères carotides internes et vertébrales auront été ébranlées, dérangées et peut-être rompues: elles auront produit un fluide séreux dans lequel les parties pulpo-cérébrales se seront dissoutes; rénovations et actions de tous les momens, qui auront fourni aux pertes quotidiennes éprouvées par la mère du deuxième Thlipsencèphale, durant trois mois consécutifs. La rétrogradation du développement est surtout un fait ma nifeste à l'égard du système osseux. Le crâne d'ordinaire est déjà à trois mois établi à peu près sous les formes qu'il doit conserver à toujours; les frontaux s'étendent en arrière, les pariétaux sont répandus sur lesflancs, et l'occipital supérieur forme à la nuque, et sur la ligne médiane, un os ample et complet, que les analo-

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gies concernant les pièces du cerveau nous disentcomposé de quatre parties élémentaires. Il faut donc que d'anciennes souduresviennent à se rompre; car nous avons vu qu'à neuf mois les quatre élémens del'occipital étaient séparés et renversés sur les côtés;le pariétal avait perdu sa forme carrée et bombée et avait passé à celled'unebandelette étroite; et enfin les frontaux n'avaient plus ou presque plus enarrière de parties de recouvrement. Ily a eu donc rétrogradation et transformation de toute la boîte cérébrale. Dans desexpériences où nous avons fait couver par la cha leurartificielle des œufs dePoule, nous avons plusieurs fois été à même de nous convaincre de ce résultat. Nous avons vu le fœtus se coller par l'un de ses flancs à la membrane de la coquille, et l'œil, ainsirenfermé, diminuer successivement, et se réduire au point de nous faire croired'a bord qu'il était tout-à-fait atrophié; ce ne fut qu'après une anatomie fortattentive que nous en avons retrouvé toutes les parties constituantes. Or, cephénomène de rétrogradation nous a incontestablement apparu avec toutes sescirconstances, ayant pu les suivre visiblement, et ayant vu en effet trèsdistinctement à travers les parois de la coquille, le fœtus quitter le cen tredu sphéroïde, s'approcher suc cessivement du grosbout, gagner la cloison membraneuse qui cir conscrit l'espace rempli d'air, yadhérer, puis y périr d'hémorrhagie. Sous une condition donnée et que nous avions pu régler, le fœtus était entraîné dansun mouvement de circulation.

Il faudrait, dira-t-on, pour que cette suite de corollaires obtînt le créditqu'on ne doit qu'à la vérité, qu'on eût établi, sans qu'on pût le moins dumonde en douter, que pendant les premiers temps de la gestation l'êtreorganique se fût développé régulièrement. Car enfin, puisqu'une théorie qui a long-temps dominé dans la science, avait accoutumé lesesprits à concevoir et à admettre des germes monstrueux dé tonte éternité, c'était aux nouvelles opinions à faire d'abord table rase: l'on devaiteffectivement commencer par montrer la fausseté des anciennes, et tireravantage de ce que la thèse anciennement et si généralement soutenue alors, nereposait que sur de simples spéculations de l'esprit. Nous avons cru aucontraire possible d'en examiner les fondemens au moyen, soit d'observationsdirectes, soit d'expériences répétées et même persévérantes.En premier lieu, nous devons considérer, comme autant d'ex périences tout aussi concluantes quesi nous les avions nous-mêmes dirigées, les malheurs qui ont accable plusieursdes femmes dontnous avons parlé dans le cours de cet article. Ainsi unenouvelle douloureuse don née sans ménagement ( Anencéphale de la Seine), une surprise nocturne ( Anencéphale dePatare), et un sursaut violent à la vue effrayante d'un Crapaud ( Anencéphalede Bras) apportent, dans des développemens utérins qui se poursuivaient selonla règle, des troubles qui sont res sentis plus ou moins vivement jusqu à lafin de la grossesse. De plus cruels traitemens, soufferts par les mères desThlipseacéphales, sont sui vis des mêmes effets. Ilest ainsi évi dent que sans les circonstances que nous venons de rappeler tousles fruits utérins sur lesquels elles out porté, et qui leur doivent d'avoirété eu traînés dans les affigeans désordres qui les ont constitués monstrueux, seraient restés abandonnés à l'action persévérante du nisus format vus: ilseussent tous poursuivi dans le sein maternel le cours habituel de leursdéveloppemens possibles; et par conséquent alors, si nous n'avons donné là quede justes déductions, nous sommes parfaitement autorisé à ajouter comme ladernière et définitive conclusion de ce qui précède, que la monstruosité n'estpoint inhé rente au germe. En second lieu, nous noussommes occupé de la produire elle-même, et y ayant réus-

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si, nous pouvons nous appuyer sur desconsidérations dont nous nous sommes rendu maître, et qui nous paraissentdécisives pour confirmer ce dernier résultat. Nous avons profité d'un fourd'incubation artificielle établi au village d'Autcuil près Paris, et qui est enplein rapport; nous avous mis auprès d'œufs destinésà donner et donnant effectivement des poulets bien venans, une certainequantité d'autres œufs que nous soumettions à diverses épreuves. Notre butétait de mal pro duire, d'entraîner l'organisationdans des voies insolites et, sous des conditions notées, mesurées et bien distinctes, de créer à volonté des Mons tres. Nous en avons obtenu de plusieurs sortes, comme on peut le savoir en consultant un article que nous avons publié sur cela, et que nous avons intitulé: Sur des Déviationsorganiques provoquées et ob servées, etc. ( Mém. du Mus. d'Hist. Nat- T. XIII ). Nous avons plus haut parlé d'un fœtus de poulet quise portait du centre à la circonférence: nousrappelons ce fait sous le rapport des adhérences du fœtus avec ses membranesambiantes. Nous avons encore observé, dans un autreéta blissement du même genre, à Bourg-la-Reine, près Paris, un résultat nonmoins satisfaisant. Cet établissement commence; iln'est pas encore gouverné avec les lumières nécessaires pour en assurer leplein succès. On s'est d'abord contenté de placer au centre d'une grandechambre un poële que l'on chauffe de façon que la températuredu pourtour de la pièce soit a une certaine hauteur maintenue à trente—deuxdegrés. L'air de la pièce rivée par cette action desséchantede l'humiditénécessaire à l'acte de la respiration, n'est point d'abord unobstacle auxpremiers effets de l'incubation, mais il le devient, dès quele fœtus, bientôt formé, éprouve lebesoin de respirer: les huitdixièmesdes œufs saisis par ces conditions défavorables n'éclosent point; etdans lenombre des poulets qui échappent, près de moitié naissent avec lesdoigts recourbés en dehors. Ce résultat fut étendu à deux mille œufs mis en expérience;or, soit dans mes recherches à Auteuil, soit dans l'essai pratiqué plus engrand à Bourg-la- Reine, il n'y eut très-certainement, à quelques-uns près, quedes œufs sains et prédestinés à une éclosion normale, d'employés. Lesconditions dans lesquelles ces œufs furent placés les ont donc seules entraînésdans les déviations et désordres observés; car cen'est jamais un nombre aussi considérable d'œufs que l'on suppose êtremonstrueux de toute éternité. On a dû le restreindre, eton l'a fait cor respondre eu effet au nombre des individus mal conformés quel'on rencontre. Enfin nous ajouterons que la répétition de la même sorte demonstruosité, observée en grand à Bourg-la-Reine, forme une dernière preuve enfaveur de notre conclusion, que ce sont les conditions défavorables, tantôtprescrites et tantôt accidentelles de l?incubation, qui ont fait dévierl'organisation de sa marche habituelle. Dans quelques argumens dirigés contrela proposition précédente, on a invoqué desexceptions bien connues: il est des œufs mal conformés, et qui alorscontiennent nécessairement en eux-mêmes la raison de leur ultérieur et vicieuxdé veloppement. Ainsi deux jaunes contenus dans une même coquille doi vent, malgré l'exiguité de leur cel lule, donner deuxOiseaux, ou, à cause même de cette exiguité, une monstruosité par excès. Cettecon clusion est juste, et nous avons nous même untravail prêt, une planche toute gravée où nous rendons compte de ces faits avecdes circonstances nouvelles et très-curieuses. Qu'un jaune soit à chaque boutde la coquille maintenu par des chalazes inégales ou incomplètes, il est encorevraisemblable que cette disposition des membranes aura de l'influence sur ledéveloppement du fœtus; mais ces faits ne prouventrien en faveur de la thèse des germes monstrueux de

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toute éternité; ils établissent seulement que lespoules qui produisent de ce œufs mal conformés ont leur oviductus affectépathologiquement.

Il est tout simple que certaines maladies des mères influent sur le développementdes embryons qu'elles nourrissent; ceux-ci peuvent être malades consécutivement, comme nous avons vu qu'ils le deviennentpar des blessures du dehors. Ces remarques sont sans doute minutieu ses, mais nous les avons crues nécessaires pour enlever lesderniers appuis à l'ancienne opinion des germes monstrueux et des germescontenant en raccourci tout l'être comme il doit un jour apparaître.

Nous terminerons article, en désirant fixerl'attention de nos lecteurs sur les deux réflexions suivantes.

Premièrement. Si l'on venait à trouver quenous eussions donné dans le cours de cet écrit quelques nouveaux et judicieuxapeiçus sur la monstruosité, nous aurions dù entièrement ce succès à la méthoded'inves tigation que nous avons suivie, aux règles qui en font partie, etsurtout au principe qui forme la conclusion la plus élevee de nos recherches; haute manifestation de l'essence des choses quenous avons exprimée et proclamée sous le nom d Unité de compositionorganique.

Secondement. La nécessité d'un ordre quelconquedans la production d'organes et de formes insolites, et généralement la placeque doivent occuper les êtres de la monstruosité parmi les diverses existencesde l'u nivers, ont de tout temps singuliè rement etdifféremment embarrassé les philosophes. Un seul trait de Montaigne paraîtcomme un fidèle résumé de tout ce qui précède: ce célèbre moraliste donne (Essais, liv. 2, châp. 3o) une fort bonne description d' un Enfant monstrueux, lequel se rapporte à notre genre Hé téradelphe; puis, passant de ce faitparticulier à toutes les hauteurs de son sujet, il prouve qu'il a profondémentsenti les phénomènes de la monstruosité, quand il ajoute: « Ce que nousappelons Monstres ne le sont pas à Dieu,?qui voit dans l'immensité de sonouvrage l'infinité des formes qu'il y a comprises.» Cet ad mirable résumé detout ce qn'il est possible d'apprendre sur la monstruosité, Montaigne le dut entière ment à sa force de méditation. Les Anciens, qu'il futpar ses contem porains tant accusé d avoir reproduit, d'avoir copié jusqu'à la satiété, lui avaient'donné leuis faits, mais nullement imposé leurs folles doctrines. Car il ne lui est pas arrivé de dire avecAristote que les Monstres sont des manquemens aux lois générales, et pour ainsidire des actes de pré varication; et avec Pline, quela nature, ingénieuse à produire, les avait formés pour nous étonner et pour sedivertir: ludibria sibi, nobis miracula ingeniosa fecit natura. Le pluséloquent écrivain du siècle, Châteaubriand, s'estaussi expliqué au sujet des Monstres. « Il les voit ( Géniedu Christianisme, liv. 5, chap. 3) comme privés de quelques unes de leurscauses finales: ce sont, ajoute-t-il, autantd'échantillons de ces lois du hasard, qui, selon les athées, doiventenfanter l'univers. Dieu aurait permis ces productions de la matière, pour nous apprendre ce qu'est la création sans lui.» Ainsi le doigtde Dieu, manifeste dans la p roduction des êtres réguliers et parfaits, seserait retiré des êtres de la monstruosité, chez qui l'on peutau plusapercevoir des différencesd'âges ou d'espèces, et qui semblentexister pourmontrer la très-grandeaptitude et l'infinité de ressources del'organisationpour la diversité? Ainsile doigt de Dieu n'interviendrait enaucune façon dansla production desderniers, pourtant non moins que lespremiers, assujettis à unerègle fixe, mais chez lesquels seulement une autre règle, un nouvel ordre et desfaitsnon moins nombreux et non moinsadmirables par leur savante complication, remplacent les règles, ordre

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et arrangement de ce que, jugeant d'après nos habitudes et notre degré d'instruction, nous nommons l'état normal? Montaigne, arrivé à d'autres conclusions que Châteaubriand, nous paraît renfermé plus heureusement dans le cercle d'une philosophie plus indépendante. C'est qu'il se serait tenu constamment en garde contre toute philosophie sub imperio magistri, surtout contre la philosophie dite des causes finales, dont le moindre inconvénient est, pour qui l'admet et qui s'y confie, d'agir sans mission, et de se porter pour interprète de faits incomplètement observés et conséquemment inexplicables actuellement.

Les Monstres ne le sont pas à Dieu; oui, sans doute, dès qu'ils sont entrés dans l'ordonnance et la composition de l'univers au même titre que les Animaux réguliers, dès que les uns comme les autres sont également des degrés divers d'organisation. Ainsi ramenés à leur véritable essence, les Monstres ont aussi une utilité pratique; et par conséquent il est logique et nécessaire d'ajouter que bien loin qu'ils doivent et puissent être considérés comme en dehors de la main de Dieu et comme une objection contre la Providence, ils rendent le plus éclatant témoignage à la bonté et aux sages prévisions de l'Intelligence suprême: car amenés de temps à autre sur la scène des productions vivantes et s'y montrant avec des caractères d'imperfection dans une série graduée, ils deviennent de précieuses ébauches à consulter. Ce sont autant de moyens d'étude offerts à la faiblesse de notre intelligence, des combinaisons plus simples, tenues comme en réserve, pour doter l'Homme de plus de lumières, pour développer progressivement le ressort de sa pensée, et pour le rendre digne enfin de sa plus haute destination ici bas, celle de connaître et de rendre de moins en moins impénétrable pour son esprit l'action du CRÉAREUR sur les objets créés. (GEOF. ST.-H.)

* MONSTRUOSITÉ. Monstrum, Monstrositas. BOT. PHAN. Dans son excellenteThéorie élémentaire de la botanique, De Candolle définit ainsi la Monstruosité: tout dérangement dans l'économie végétale qui altère sensiblement la forme des organes, qui semble originel et qui n'est presque jamais dû à une cause accidentelle visible. Il nomme simplement déformation, toute altération dans la forme des organes due à une cause accidentelle et visible. Plus généra lement, on confond sous le nom de Monstruosités, tout ce qui sort de l'état habituel des êtres, et qui paraît avoir subi un dérangement dans l'organisation; c'est alors une fausse notion de la nature réelle des êtres et qui peut entraîner dans de graves erreurs de physiologie et de classification. En effet, la symétrie et la forme des organes sont altérées naturellement dans une infinité de Plantes; et comme cette altération se reproduit presque constamment, on en a faussement conclu qu'elle représente leur état normal; tandis qu'il serait exact de dire que la structure habituelle de ces organes est une véritable Monstruosité. Toutes les fleurs irrégulières, tous les fruits à car pelles simples et à cordons pistillaires unilatéraux, par exemple, ne sont que des anomalies constantes, et quand on les a vus quelquefois se régulariser ou s'élever au nombre qu'affectent ces mêmes organes dans des Plantes analogues, on a dû reconnaître dans ces changemens, au lieu de Monstruosités, des retours de la nature vers l'ordre Symétrique et primitif. Ainsi la Pélorie de plusieurs Linaires est l'état normal de ces fleurs; les Légumineuses et les Rosacées à carpelles multiples, comme certaines variétés de Gleditsia inermis, de Cerasus caproniana, nous donnent la véritable structure des fruits dans ces familles. C'est par l'étude des avortemens, des dégénérescences et des soudures d'organes, qu'on parvient a reconnaître ce qui est lanature véritable ou ce qui,, au con-

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traire, constitue la Monstruosité d'une Plante. Afin d'éviter d'inutiles répétitions, nous renvoyons le lecteur à chacun de cesmots où la question est traitée avec tous lesdéveloppemens nécessaires. V. AVORTEMENT, DEGENERESCENCES et SOUDURI. (G..N.)

*MONTABIER ET MONTABéE. BOT. PHAN. Orthographe vicieuse deMoutabea. V. Moutabier. (B.)

MONTAGNARD, OIS. Variété pré sumée de la Cresserelle.Elle se trouve en Afrique. V. Faucon. C'estaussi le nom d'un Couroucou, d'un Ac cepteur d'Europe etd'un Grèbe. (DR..Z.)

*MONTAGNARDE, OIS. Espèce du genre Chouette. V.ce mot. (B.)

MONTAGNES, géol. On entend généralement par ce motun ensemble d'inégalités plus ou moins considérables,élevées sur la croûte du globe; il s'étend à la généralité de ces grandes masses qui, toutes imposan tes qu'elles puissent paraître, ne sont immenses que relativemen ta notre pe titesse. En effet les plus sourcilleuses cimes de cesgigantesques reliefs ne sont pas à la surface anfractueuse de notre planète, ce que les plus petites aspérités d'une Orange sont à lapeau de ce fruit; du moins, selon leTraité de Géognosie de J.-F. d'Au buisson des Voisins, où l'on n'enlit pas moins à quatrelignes de-là: Que les Montagnes montrent à découvert la structure intérieurede laterre.» La plus haute Montagne del'univers n'équivaut guère au troismillièmede son diamètre. Peut-ond'après une telle donnée déduire raisonnablement lamoindre conjecturesur la nature de ses profondeurs? Sil'on voulait figurer les cavités et lesélévations dusol sur la grande sphèrede carton qui se voit dans une dessalles de laBibliothèque royale, lesAndes tant citées ne s'y élèveraientpas d'une ligneau-dessus de l'Océanverni qui en borderait les bases.

On sent bien que nous ne perdrons pas de place et de temps a définir ce quesont dans les Montagnes la cime, les flancs et les pieds; pour ceux qui ne lesauraient pas, nous renverrons encore au Traité de Géog nosie de J.-F. d'Aubuisson des Voi sins, où l'on trouve, entre autresnouveautés, que les cimes des Mon tagnes varient quant à la formel!...

Comme l'aspect de la mer, pour qui l'apercoit la première fois, est un objetd'etonnement profond, de même les Montagnesproduisent sur qui n'en avait jamais vu, un sentiment indéfinissabled'admiration. Il faudrait être de roche comme ces Montagnes même pour ne pastrouver de délices véritables à s'égarer dans les vallons qu'y creusèrent leseaux dont le murmure semble être un langage; à gravir sur leurs pen tesvariées, aux faîtes desquelles l'oeil embrasse l'espace; à se reposer enfin surles al tiers sommets où se présente au voyageur un spectacle si nouveau, qu'oubliant le reste des Hommes dont il est séparé par mille précipices, sonimagination s'exalte involontairement pour planer à la surface du globe, commesi rien ne l'attachait plus à cette terre qui fuit sous ses pas et s'arronditau loin en un vaste cercle. Au centre d'un. panorama pompeux, d'abord en touréde glaces éternelles et de nei ges durcies, on voit aux limites infé lieures del'éblouissante solitude, des rocs énormes s'élever ou s'abîmer les uns sur lesautres comme pour donner l'idée de la nature en débris;une verdure tendre commence à tapisser les intervalles de tels fracassemens, tandis que d'autochtones et obscures forêts en ombragent les racines entassées. Des cimes sans nombre, dis tinguées les unes des autres par quel quephysionomie particulière, qu'im priment mille brisures, se confon dentcependant au loin en s'abaissant vers la plaine, ou en s'élevant fièrement versle ciel; les rayons du jour et de longues ombres portéesy produisent les plus étranges effets d'opposition; des teintes générales derose au soleil levant, et d'azur plus ou moins Yif à l'appro-

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ehe du soir, répandent sur leur ensemble, enl'animant d'une certaine mobilité, un jeu de coloration alternative quitriomphe de la monotonie résultant de la fixité des masses. On dirait, audernier crépuscule, les vagues bleuâtres d'une mer ou le mouvement seraitsubitement suspendu, et lorsu'on a long-temps promené d'avides regards sur lesmerveilles at mosphériques et terrestres qui fontd'une masse de Montagnes untableausi imposant, loin d'en être fatigué, on ne s'arrache point à leurcontemplation sans une sorte de regret.Au moment de descendre des picschenusqu'il a si souvent gravis en tantde climats divers, l'auteur de cetarticle n'ajamais pu se soustraire ausentiment le plus pénible; il luisemblait quitter leciel pour se replonger dans une vallée de larmes;aussi n'est-il pas surpris quetousles voyageurs qui visitèrent commeloi des montagnes, en aient toujoursécritavec enthousiasme et se soientcomplus dans la description poétiquede cesbeautés qu'accompagne unmajestueux désordre. Nous avonspartage celaisser-aller; parvenuautrefois au - dessus des régions ou gronde la foudre, ouse heurtentdans leur allure errante, les nuages poussés par les vents, et versles limites de l'atmosphère où sa raréfaction, agissant sur nos organesrespiratoires, volatilise pour ainsi dire lesidées, nous essayâmes autrefoisderendre ce que nous avions éprouvé, lorsque recueilli pour y passer lanuitdans une grotte silencieuse sur lefaîte presque inaccessible d'unpicimmense, le calme de tous les élémens vint plonger la nature dans lerepos, et cacher a nos yeux tout ce quinous pouvait être un objet de distraction. Nouséprouvions comme unesorte de fièvre, comme unetempêted'esprit, en nous retraçant tant degrandes scènes offertes à nosregardsémerveillés durant une journée demarche pénible; les grands effetsnousen étaient restés comme les tableaux fugitifs offerts dans un songe où lalumière est douteuse et mêlée d'ombres indéfinissables. En lisant depuisSpallanzani, nous avons été frappés du rapport des sensations qui nous furentcommunes en des lieux pareils, et nous transcrivons lepas sage où ce savant raconte ce qu'il éprouva au faîte du mont dout leséruptions ébranlent quelquefois la Sicile. « Assis sur ce grand théâtre, j'éprouvai, dit Spallanzani, un plaisir indicible àcontempler tous ses différens points de vue; je jouis sais au-dedans demoi-même d'un singulier contentement..... j'éprou vais la température la plusamie de l'Homme, et l'air subtil que je res pirais, comme s'il avait étéentière ment vital, produisait une vigueur, une gaieté, une agilité, unevivacité telle dans mes idées, qu'il me sem blait presque que j'étais devenu céleste.» (Voy. dans les Deux-Siciles, T. i, p. 278. ) Et qu'on ne croie pas que les ténèbres ôtent aux régionsalpi nes leur grand caractère; elles le ren dent au contraire plus imposant, s'il est possible. Qu'elles sont belles ces nuits paisibles du sommet deshautes Montagnes où règne en tout temps un silence que rend plus austère lascintillation des astres parlant en quelque sorte à la pensée; l'imagi nationdomine toute autre faculté. A peine éprouve-t-on le besoin du sommeil; le ventglacial qui agite les rameaux des humbles buissons, ou qui vient à siffler dansles fentes du rocher, incommode à peine; on ne s'en aperçoit qu'au frémissement plaintif qu'il occasione de temps à autre, et si l'oreille y de vientattentive, le cœur est tenté d'y répondre; on voudrait parler, converser avecdes choses qui ne semblent plus être muettes; mais rien ne répond, etrentrant en lui-même, l'observateur ému y trouve la conviction d'un néant quel'orgueil humain se dissimule.

Si le voyageur parvient au sommet culminant d'une île, tel que le pic deTénériffe, par exemple, ou sur les Sa-

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lazes de Mascareigne, il y jouira de plusieurs beautés que nos hautes Alpes, nos pompeuses Pyrénées, ou tout autre système continental, nelui montreraient pas. Aux idées d'immensité qu'inspirent ces sites dominateurs, se mêle la pensée d'un étrange isolement; la mer paraissant s'unir au loin avec les cieux, sépare le naturaliste du reste de l'univers et forme, pour rapporter toutes ses facultés morales sur le point qu'il occupe, un cadre que son esprit n'ose franchir. Les Monts volcaniques présentent des accidens plus dignes encore d'admiration, lorsque des éruptions viennent animer leur comble et leurs flancs entr'ouverts, par les ardeurs d'un incendie. Nous avons joui plus d'une fois de ce spectacle admirable, et pour en donner une idée, nous citerons le dôme de Mascareigne, tel que nous le distinguions de la cime du Piton rond, il y a plus de vingt ans; son image nous est toujours présente; s'élevant fièrement, il cachait le soleil brillant encore pour l'autre côté de l'île; sa croupe boisée et toute parsemée de Vésuves éteints qui ne sont que des monticules par rapport à la masse de l'énorme fournaise, contrastait par une belle verdure avec la teinte sombre et fuligineuse de la région brûlée s'étendant sur notre gauche, comme un désert aride, scorieux, de couleur matte, ou diapré de reflets métalliques: ce dôme imposant, d'une singulière régularité, surmonté d'un mamelon tronqué, couronnait le tableau; il était la cheminée du volcan, par laquelle les feux souterrains semblent communiquer avec ceux du ciel; et quand la nuit vint envelopper le pays de ses ombres les plus épaisses, une horreur nouvelle accrut notre surprise. Les crêtes et la masse des Monts se dessinèrent en encre sous un ciel ténébreux; un cratère exhala des colonnes de fumée ardente qui se dissipaient dans les airs, ou coloraient en feu quelques nuages errans dans les régions les plus élevées de l'atmosphère; au loin, et parmi des crêtes confuses, éclairées par une lueur sanglante, un fleuve embrasé, dont on ne pouvait apercevoir la source, promenait lentement ses flots incandescens sur un sol en deuil dont l'éclat des matières fondues rendait la teinte d'autant plus sinistre. Nulle magnificence descriptive, ni les tableaux qu'en pourraient essayer les plus habiles peintres, ne suffiraient pour rendre les effets majestueux que produit dans les éruptions volcaniques le contraste étonnant de la lumière et des ténèbres, luttant pour éclairer ou obscurcir les formes de la Montagne en travail. V. VOLCANS.

Il n'est pas surprenant que, dans leur admiration pour les Montagnes et dans l'effroi qu'inspirent de tous temps celles qui s'embrasent, les géologues aient donné tant d'importance au rôle que ces inégalités de notre terre remplissent dans son histoire. On a regardé les unes comme la charpente et l'ossature du globe, on attribua aux autres des révolutions physiques par lesquelles la contexture de l'univers aurait été bouleversée; mais pour qui se sera familiarisé avec les Montagnes à force de les revoir, les idées changeront totalement. L'importance de leur étude, par rapport aux données qu'on en pourrait obtenir pour l'histoire physique de l'univers, diminuera beaucoup, et lorsqu'on sera parvenu par la réflexion à se prémunir contre tonte espèce d'illusions, et surtout contre ce penchant qui entraîne trop souvent les géologues à tirer des conséquences générales des faits de localité; on sentira combien des théories publiées sur la contexture des Montagnes, sur les causes de leur figure et de leur subordination géographique, sur leur enchaînement ou leur distribution à la surface de la terre, avec les variations atmosphériques qui doivent résulter do leur élévation; on sentira, disonsnous, combien de pareilles théories, tant célébrées qu'elles aient été, sont

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vaines et assises sur des bases mal assurées. On a vu des physiciens et des géologues, pour avoir gravi sur le Mont-Blanc, et pour avoir visité quelques autres points des Alpes proprement dites, décider quelle devrait ètre la constitution de toutes les autres inégalités de la terre. On en a ru, pour avoir mesuré d'autres points plus éloignés et compilé quelques relations lie voyages, assigner l'influence de l'élévation du sol en islandaise ou au Thibet, sur la totalité di la nature organisée; enfin, il en fut qui, au retour d'une promenade au Vésuveou dans le Vivarais, firent l'histoire des Volcans par les efforts desquels, si on les en croit, tonte notre planète aurait changé de face. L'examen dune étendue de la terre toujours très-bornée par rapport à l'immensité de sa surface, de quelques couches confuses, et d'un ou deux systèmes de Montagnes, nesuffit pas pour discourir sur la formation de l'univers et sur les substances dont il est composé intérieurement; la science sous ce rapport est tout-à-fait dans l'enfance; ceux qui font de la géologie sur de telles données, construisent la tour de Babel au sommet de laquelle se trouvera nécessairement la confusion des langues; ils seront probablement démentis parles voyageurs à venir dans la plupart de leurs assertions, avant que le siècle présent se soit écoulé. Nulle branche de la géographie physique n'a été encore plus imparfaitement traitée, et la principale cause des erreurs où l'on est tombé, à l'égard de l'importance des Montagnes, est l'esprit dans lequel on se hâta d'en discourir et de les tracer sur les cartes. On a vu au mot BASSIN, combien il était irréfléchi d'en marquer aux sources des moindres cours d'eaux ou pour circonscrire les régions qu'arrosent les fleuves et les rivières. Dans l'article MER, nous avons prouvé combien il était déraisonnable de faire faire le tour du monde à des chaînes qui ne sauraient exister, et lorsqu'on s'est occupé dans ce Dictionnaire de la géographie physique, sous le rapport de l'histoire naturelle, on a démontré combien l'influence des Montagnes, toute importante qu'elle puisse être sur les productions de la nature, est loin d'être soumise à des règles aussi fixes qu'on l'a prétendu; le peu de données certaines auxquelles on puisse s'arrêter dans l'étatactuel de nos counaissances, sont les suivantes.

Les Montagnes ne sont point liées les unes aux autres, de manière à y former de grandes chaînes non ou peu interrompues. Elles s'y distribuent au contraire ordinairement en masses irrégulièrement ramifiées, la plupart du temps s'appuyant à des plateaux que leurs cimes surmontent, mais qui paraissent en être comme les noyaux. Peu d'îles montueuses ont fait partie des grandes terres voisines; ce ne sont que les plus rapprochées qui dans certains cas en purent être arrachées par suite de commotions locales survenues à diverses époques. Ou ne saurait trouver dans les Montagnes, de preuve qu'elles aient été formées à la fois. La plus grande confusion se montre partout dans leur ensemble. Les unes doivent être beaucoup plus modernes que les autres, et n'ont pas dû s'élever aux mêmes époques. Chercher dans leurs flancs entr'ouverts et dans les accidens qui en caractérisent les coupures, les pentes ou les cimes, à reconnaître l'état primitif des choses, est une occupation à peu près vaine, en ce sens qu'elle ne peut rien établir de réellement commun à toutes, et qui puisse décider de la composition de la masse planétaire, par rapporté laquelle on a vu qu'elles n'étaient presque rien; et puisqu'un géologuea comparé les Montagnes aux inégalités de la peau d'une Orange, nous ferons remarquer à l'auteur de la comparaison, combien il aurait une idée fausse de la contexture interne d'un tel fruit, s'il ne lui était donné que d'en connaître l'écorce. Eût il compté toutes les petites glandes qui s'y élèvent, sondé la profondeur de chaque pore, et pénétré au-dessous de la con-

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ehe colorée, sans passer les limites de la partie blanchâtre qui vient au-dessous, il ne pourrait se faire la moindre idée de la pulpe et des semences. On a eu tort d'imaginer que les Montagnes nécessairement enchaînées les unes aux autres, ou enfilées pour ainsi dire en manière de colliers de perles, suivissent des directions générales et différentes dans l'Ancien et le Nouveau-Monde. C'est Buffon qui crut découvrir qu'en Amérique les grandes chaînes couraient du nord au sud, et dans l'ancien de l'est à l'ouest. La fausseté de cette proposition bizarre est lous les jours de plus en plus démontrée. Il est pourtant assez constant que les enchaînemens de Montagnes ont l'un de leurs côtés plus escarpé quel'autre; à cet égard, es Pyrénées donnent une idée palpable de cette disposition générale; vers le midi, ils s'élèvent presque partout, principalement le long du royaume de Léon, comme des murailles aussi énormes que brusques, tandis que du côté du nord ils s'abaissent en pentes souvent fort adoucies. Une telle disposition dans les masses montagneuses, paraît indiquer un soulèvement propre à chacune, dont l'action eût été directe sous la base de l'escarpement; il arrive ordinairement que des contre-chaînes plus basses s'élèvent à peu près parallèlement, vis-à-vis le flanc abrupte, et lui opposent au loin des escarpemens bien moins considérables, comme si ces contre-chaînes étaient l'autre côté du sol rompu par le soulèvement qui produisit chaque système. Ailleurs de vastes contrées montagneuses n'offrent point d'escarpement général sur l'un des côtés de leur longueur; elles s'abaissent indifféremment de tous les côtés en monticules; on peut y reconnaître alors d'anciennes bosses de la croûte terrestre sillonnées par les cours d'eaux, qui en rayonnant pour ainsi dire, de la circonférence au centre, y ont causé les anfractuosités par lesquelles un plateau plus ou moins étendu devint un composé de gorges, de pics, de contre-forts et d'auastomoses.

Nous avons, eu parlant de la diminution des eaux de la mer (T. X, p. 415), indiqué quelle futla cause de élévation de ces Montagnes dont les sommets durent saillir d'abord au-dessus des flots pour faire de la terre d'alors divers archipels, représentés aujourd'hui, à quelques modifications près, par l'ancien et le nouveau continent; nous ne reviendrons pas sur ce chapitre, n'entendant point donner une théorie de la terre. Nous n'examinerons pas non plus quel rôle la charpente pierreuse, d'où résulte la solidité des montagnes, joue dans l'ensemble de celles-ci, c'est au mot Roches qu'il en sera traité; il suffit dans cet article de dire un mot sur la distinction qu'on a dès long-temps établie entre divers ordres de Montagnes, sous les noms de PRIMITIVES, de SECONDAIRES, de TERTIAIRES, etc. Encore que la propriété de telles désignations ne pût soutenir l'examen grammatical, elles sont généralement adoptées; exprimant d'ailleurs à certains égards ce que voulurent dire leurs inventeurs, force nous est de les conserver. Ces noms prouvent en outre qu'au fond, tout le monde est frappé des preuves multipliées que fournissent les Montagnes, à la manière de voir de ceux qui croient fermement à la diminution lente, continue et graduelle des eaux. En effet, on entend par Primitives, les Montagnes les plus élevées, celles conséquemment dont les sommets apparurent avant tout autre à la superficie de l'amnios terrestre; par Secondaires, Tertiaires (et l'on pourrait augmenter ce nombre de noms comparatifs), celles à qui leur hauteur ne permit d'apparaître que dans un ordre successif de diminution. Quant au mot de Formation très-employé aujourd'hui en géologie, il est moins propre à l'histoire des Montagnes qu'à celle des TERRAINS, et c'est à ce mot qu'il en sera question; nous préviendrons seulement le lecteur qu'on a plusieurs fois, en divers ouvrages,

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sons la désignation de Terrains, traité des Roches, des substances métalliques, et d'autres corps très-distincts qui se trouvent à la vérité être des élémens nécessaires d'un terrain quelconque, mais qui ne sont pas les terrains même, selon l'acception française du mot. Comme nous ne croyons pas que l'étude des sciences naturelles dispense du respect qu'on doit aux lois du langage, une pareille négligence sera soigneusement évitée dans ce Dictionnaire classique.

Les Montagnes dites primitives étant les pins élevées, atteignant aux seraines limites de l'atmosphère où les conditions nécessaires à l'organisation végétale et animale n'existent plus, leurs sommets, demeurent frappés de mort, silencieux et dépouillés, lorsqu'un froid rigoureux ne les revêt pas de frimas éternels pareils à ceux des pôles. Ces hautes régions demeurent ordinairement encombrées de glaciers qui ne se fondent jamais et de neiges durcies dont la masse, en beaucoup d'endroits, paraît augmenter parce que chaque hiver en ajoute plus que les étés n'en rendent à l'état aqueux. Ces glaciers et ces amas de neiges sont comme des réservoirs placés au-dessus de la terre pour son arrosement; ce n'est jamais par leur surface qu'on les voit diminuer; celte surface au contraire est la plupart du temps très-dure, inégale comme une mer clapotense, polie et brillante; le pied le mieux affermi risque d'y glisser, et l'on ne peut la parcourir qu'à l'aide d'uue chaussure armée ne crampons; nous l'avons souvent vue aussi résistante, aussi sèche aux rayons du soleil de midi qui la rendaient éblouissante, et faisaient monter le thermomètre de Reaumur jusqu'à quinze degrés au-dessus de zéro, qu'elle l'était pendant la nuit où le mercure descendait au-dessous de six. Aux-mêmes lieux, quelque cassure profonde dans la masse du glacier, quelque écartement de ses irais, quelque affaissement général, laissaient entrevoir des espaces du sol mis à nu, exposés au jour, et devenus de petites prairies de mousses et autres timides Plantes alpines, ou bien des lagunes d'une admirable pureté. On reconnaissait, dans ces lagunes, et dans les filets d'eau courante qui arrosait la végétation, le résultat d'une fonte inférieure, s'opérant aux limites contiguës du glacier et du sol. C'est toujours pardessus que les couches de neige se fondent sur les monts où leur séjour est très-long ou continuel. C'est par l'influence de la chaleur exhalée du globe même que cette opération a lieu, et peu ou point par l'influence solaire annihilée pour ainsi dire à la surface des glaciers. Ce fait, que nous donnons pour certain, est donc encore une preuve de l'erreur étrange que nous avons déjà trouvé occasion de relever (T. X, p. 408), et dans laquelle tomba un voyageur qui, n'ayant jamais gravi sur une Montagne de deux cent toises, n'en imprimait pas moins: La source unique de la chaleur de notre globe, c'est le grand astre qui l'éclaire; sans lui, sans l'influence salutaire de ses rayons, bientôt la masse entière de la terre congelée sur tous les points ne serait qu'une masse inerte de frimas et de glaçons. Alors l'histoire de l'hiver des régions polaires serait celle de toutes les planètes.» Nous ne savons pas ce qui se passe dans les autres planètes où nous n'avons jamais été, et quelles y peuvent être les effets de l'influence du grand astre qui les éclaire; mais nous savons fort bien, pour l'avoir éprouvé sur quelques-unes des grandes hauteurs de la nôtre, que le grand astre, dont la présence radieuse fait resplendir la surface des glaciers, la fait rarement fondre; c'est de la planète au contraire que vient évidemment la chaleur; aussi voit on les Primevères, les Saxifrages, les Androsaces, les Sablines, les Silènes, les Violettes, et autres mignonnes parures d'une nature plus hàtee de former des fleurs que du feuillage, s'épanouir avec une surprenante promptitude à la racine des glaciers, à mesure que leur

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masse se fond pour découvrir le sol, tandisqu'on voit geler ces Plantes dans nos jardins de botanique quand on a l'imprudence de les y cultiver en pleine terre. Dans nos régions inférieures où le grand astre exerce une si grande puissance, ce n'est pas la chaleur qui tue de tels Végétaux; elle peut les y modifier seulement s'ils parviennent à s'y acclimater, c'est le froid au contraire qui les fait périr, parce qu'ils ne le connaissaient pas sur leurs Montagnes, où la neige et la glace les tenaient abrités comme en orangerie, et réchauffées par la douceur de la température émanée du sol. C'est encore à cette chaleur terrestre qu'on doit attribuer la chute des avalanches ou lavanges si fréquentes dans les Montagnes à glaciers. Si la chaleur attribuée au grand astre par Péron, était l'agent unique qui rend l'eau congelée à sa forme liquide, celle-ci accumulée sur les Montagnes où le soleil brille du plus vif éclat, fondant en sa présence de l'extérieur à l'intérieur, s'écoulerait naturellement sans entraîner la moindre partie de la masse concrète; mais la surface pétrifiée du glacier repousse, en les réfléchissant, les rayons du jour, tandis qu'en dessous s'opèrent par une fonte perpétuelle qui a souvent lieu dans une complète obscurité à d'assez grandes profondeurs, des cavités considérables, d'où suivent les plus épouvantables affaissemens; d'énormes quartiers d'eau solide ainsi déplacés et se détachant, vont rouler avec fracas vers les régions inférieures, entraînant avec eux d'autres glaçons, des forêts, et jusqu'aux rochers gissans dans le trajet. Ce sont encore ces affaissemens du dessous qui causent, dans l'étendue des amas de neiges éternelles durcies, ces larges fissures qui ne permettent guère d'en parcourir la totalité, et qui, dans leur profondeur, présentent comme des précipices où le bleu le plus beau passe par toutes les teintes, depuis celle de l'azur du ciel le plus tendre jusqu'à celle de l'indigo. Dans certains aspects les cassures des grandes masses d'eau congelée offrent constamment la même couleur, et les lagunes qui se forment à leur base ou dans plusieurs de leurs cavités partagent cette propriété de ne transmettre que des rayons bleus; la surface réfléchissant probablement les autres.

Autant on est frappé de la dureté des parties extérieures d'un glacier brillant à l'ardeur du soleil, autant on l'est de voir le sol sur lequel il repose, lorsque des rochers nus ne lui servent pas immédiatement de support, réduit en boue, qu'entraînent en coulant des milliers de petits filets d'eau formés par les gouttes de la glace fondant inférieurement; c'est ce que dans certains cantons on nomme le sourcillement, c'est-à-dire l'effet de très-petites sources, et cette expression, pour n'être point admise, n'en rend pas moins fort bien la chose; c'est ce sourcillement qui forme bientôt, à peu de distance, d'innombrables ruisselets, et qui alimente ces beaux lacs d'azur, origine et premiers réservoirs des rivières. Le rôle de ce sourcillement, dans l'économie du globe terrestre, peut être comparé à celui que remplissent, dans l'économie animale, ces premières ou dernières ramifications veineuses en préparant le retour du sang'vers l'organe qui en est le réservoir; nous n'y tronvons point d'analogie directe avec.un système artériel; c'est l'évaporation, exercée sur les mers, qui remplit invisiblement les fonctions de ce dernier appareil, et qui ne se met pas plus directement en rapport avec les sourcilles, sortes d'oscules veineux, que les extrémités artérielles ne s'y mettent avec les sources de nos veines.

Voici comment a lieu la circulation par l'intermédiaire des glaciers; l'eau, après s'être évaporée à la surface des mers et des terres humides, se cristallise en neige qui vient se déposer à la surface des glaciers, sous formed une couche destinée quelque jour à se trouver l'inférieure, quand celles où elles'est superposée se seront successivement fondues. Les pluies demeurent étran-

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geres à cet intarissable phénomène; elles sont, comme on l'a vu au mot MÉTÉORES, le résultat de la fonte des neiges déterminée souvent par l'étincelle électrique; elles ne tombent point aune tombent que très-extraordinairement au-dessus de la région des neiges éternelles, ou l'atmosphère raréfiée semble s'être purgée de ces vapeurs que leur poids retient flottantes sur les couches assez épaisses pour les soutenir, et que le vulgaire appelle l'air. Les pluies étaient d'ailleurs inutiles où nulle végétation n'avait besoin d'arrosement; elles sont réservées pour ces pentes inférieures où la nature paraît se montrer d'autant plus prodigue de Végétaux magnifiques, qu'à peu de mètres au-dessus elle détient totalement stérile.

Le voyageur qui, descendant du sommet d'un Mont primitif, s'arrache à la majesté d'un spectacle où le ciel avec ses astres et l'eau sous ses formes concrètes, brillent à l'envi dans un silence de mort, voit la nature changer graduellement de physionomie à mesure qu'il rentre dans cette sphère inférieure où il vit habituellement. Ayant déjà fait connaissance pendant son ascension avec les objets qu'il va retrouver, les changemens qui s'opèrent autour de lui sont moins frappans au retour que lorsqu'il gravissait. Il ne reverra plus de glaces solennelles; celles des planies, durant l hiver, ne sont que les tristes et passagers résultats d'une saison rigoureuse dont le printemps le dédommagera. Au faîte des Monts à glacier, il n'existe à proprement parler jamais de printemps, une seule saison v règne, on la pourrait appeler polaire, car la nature s'y montre comme aux pôles, muette, aride, resplendissante, invariablement monotone; aussi nous avons dit ailleurs. «Qu'on pourrait considérer les deux moitiés du globe comme deux Montagnes immenses, opposées base à base, dont la ligne équatoriale serait le vaste pourtour, et dont les deux pôles seraient les cimes arrondies avec leurs éternels glaciers.» Et comme à mesure qu'on s'élève dans les Alpes, on trouve sur leurs flancs des régions variées, où selon l'exposition, les abris, la nudité, la sécheresse, l'arrosement et autres causes d'humidité et de chaleur, mille observations climatériques se peuvent observer; de même à mesure qu'on s'élève sur l'une des deux grandes Montagnes terrestres de leur base commune à leurs sommets distincts, c'est-à-dire de l'équateur aux pôles, on est frappé des perturbations occasionées, dans des proportions plus considérables, par les mers, par les bassins, par les déserts dépouillés ou par les ramifications des Montagnes sur la physionomie des lieux. De telles variations par rapport aux hauteurs respectives de la surface du globe les moins imparfaitement observées jusqu'à ce jour, ont été soigneusement traitées par notre collaborateur Guillemin dans la section botanique à l'article Géographie du présent Dictionnaire, et pour éviter toutes répétitions inutiles, nous y renvoyons le lecteur.

La limite des neiges éternelle; et des glaciers n'est pas la même sous toutes les latitudes dans les hautes Montagnes primitives; elle commence à diverses élévations, selon qu'on s'éloigne de la zône torride pour remonter vers le nord. On a imaginé que celle limite marquait une grande courbe partant des pôles et passant entre deux mille quatre et deux mille cinq cents toises au-dessus de la surface de l'Océan sous l'équateur; on a ensuite imaginé au-dessous de cette ligne d'autrès lignes, dites Isothermes ou d'égale température annuelle moyenne, en supposant que ces isothermes circonscrivaient exactement les zônes de propagation ascendante des Plantes et des Animaux. Cette théorie a Lit fortune, mais on n'y doit pas accorder plus d'importance que ne lui en accorde sans doute son auteur même, qui a fort bien senti que le phénomène de la hauteur à laquelle se conservent les neiges dans la saison la plus chaude de l'année,

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est très-compliqué et dépend autant des inflexions de ses Lignes isothermes, que de celle des inflexions des isothères, lesquelles sont des lignes de température égale des étés. Tant de circonstances locales influent sur l'état de l'atmosphère, qu'il est prèsqu'impossible d'établir des règles certaines sur de tels points de géographie physique. Les observations exactes ne sont d'ailleurs pas assez nombreuses. Quelques faits partiels recueillis par Pallas, Saussure, Dolomieu, Raroond, Deluc, Cordier, Humboldt, Bréislak, de Buch, et par nous-même, pourraient un jour servir de matériaux à quelque bon ouvrage de ce genre; mais quel voyageur vit et compara assez de Montagues pour étendre à toutes celles de l'univers des raisonnemens faits d'après l'examen de quelques points élevés des Cordilières du Mexique, des îles africaines, de la péninsule Ibérique y compris les Pyrénées, de l'Auvergne, des Alpes, de l'Italie, de l'Etna, du Hartz, des Monticules de la Saxe ou de la Bohême, des cbaînes scandinaves et des hauteurs de l'empire britannique? Que sait-on de très-positif sur le Caucase dont pouitant on a beaucoupécrit, sur le plateau d'Asie, sur les sommets de la Chine, sur cet Hymalaya dont on exagère probablement la hauteur? Qui mesura les Gâtes, le Bélour, ou le Bucktiri, et qui nous pourrait dire à quels systèmes se rattachent ces Monts asiatiques ou s'ils sont isolés? Sait-on rien des chaînes de l'Arabie ou de ces sommets de l'Abyssinie dont Bruce rapporte que les entassemens sont si étranges, et que nous croyons avoir fait primitivement partie de la même terre que la presqu'île arabique? Quant aux autres inégalités de l'Afrique et de l'Atlas lui-même, si voisin de nous, ces Moniagnes, dont aucune ne fut mesurée, sont tracées au hasard sur les cartes. En jetant les yeux sur le catalogue des hauteurs connues du globe, on ne trouvera qu'une soixantaine de points connus pour le Nouveau-Monde, dont près des deux tiers, veis son milieu seulement, ont été dé terminés par Humboldt. Le reste, soit au sud soit au nord', moins quatre ou cinq sommets des Etats-Unis ou de la côte nordest, est absolument inconnu. Une telle pauvreté de renseignemens ne commande-t-elle pas la plus grande économie de comparaison entre le connu et l'inconnu?

Pour préciser l'élévation à laquelle telle ou telle ligne isotherme exerce son influence sur telle ou telle production organisée de la nature, il ne suffit pas d'avoir mesuré avec un baromètre ou géodésiquement, à quelle hauteur sur telle ou telle Montagne on a rencontré un Végétal plutôt qu'un autre, et jusqu'où le même Végétal a persévéré; selon les diverses expositions sur une même Montagne, la même Plante commencera et finira d'y paraître plus bas ou plus haut. Nous avons vu dans beaucoup de chaînes ou n'existaient pas de glaciers véritables, mais où persévéraient toute l'année des masses de neiges indestructibles, ces masses, nommées ventisqueros sur les Monts d'Andalousie, résister sur certains points à deux et trois cents toises au-dessous des lieux où elles persévéraient ailleurs. Nous avons encore vu, en traversant les parties les plus élevées des grandes Pyrénées du groupe asturien, à l'est de la vallée de Navia de Suarna, des neiges amoncelées aux mois de juillet et d'août, à la lisière inférieure de plusieurs massifs d'Arbustes, tandis que les sommets élevés de plus de trois cents toises au-dessus de ces neiges en étaient totalement dépouillés. On observe souvent, en allant directement de Madrid à Saint-Ildefonse, à travers une partie du système carpétano-vetloni que, où la neige ne fond pas tous les ans, que c'est dans quelques fondrières situées bien au-dessous des points culminans que cette neige se conserve. On sait que sur l'Etna, les neiges permanentes commencent dès 1300 toises et au-dessous, lorsque par la latitude de la Sicile elles ne devraient commencer que vers 1418.

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L'exposition générale vers le nord, ou vers le sud, exerce nécessairement une grande influence sur la permanence ou la fonte des neiges; néanmoins sous la même latitude, sur un même contrefort et du même côté d'une chaîne, une espèce alpine peut se rencontrer bien au-dessous, ou bien au-dessus de la ligne où elle se rencontre à de faibles distances, et nous pourrions même citer beaucoup de ces Plantes qui descendues en plaine, par certaines vallées, s'y perpétuent, mais toujours sous l' influence alpine, car elles ne se reproduiraient pas si on les semait en des lieux éloignés des cimes d'où elles émigrèrent.

Il est bien vrai qu'au-dessus d'une certaine élévation disparaissent quelques formes végétales que les forêts n'ombragent les pentes des Montagnes que jusqu'à certaine hauteur; et que peu après la ligne des neiges permanentes, cesse ordinairement toute végétation; mais on tomberait dans une multitude d'erreurs si l'on prétendait trop préciser les choses; aussi suffit-il d'avoir voyagé et observé pour sentir, par exemple, combien se compromettrait un géologue qui, ayant visité Ténériffe, après tant de voyageurs qui herborisèrent dans cette île, sans parler des voyageurs qui doivent y herboriser encore, appelant la botanique au secours de ses systèmes, fixerait rigoureusement une région des Dragoniers, des Lauriers ou des Fougères, attendu premièrement que cette derrière n'existe pas, et que les autres sont très-irrégulièrement étendues. Nous croyons devoir conséquemment engager tout savant qui préparerait an grand travail sur les Canaries, à imiter sur le chapitre des zônes végétales la sage circonspection de Humboldt, auquel on pourrait peut-être reprocher d'avoir mis ailleurs trop de rigueur dans quelques-unes de ses calculs touchant les Plantes, mais qui au sujet des cinq régions végétales du Pic (Voyage, T. I, p. 403 et suiv.), a dit des choses excellentes, et dont nous pouvons garantir l'exactitude. Dans cette circonstance, Humboldt a laissé à chacune de ses zônes la latitude nécessaire pour que leurs limites se pussent confondre avec celles des zônes voisines; le savant voyageur ne les a pas précisées à une toise près; il a dû reconnaître qu'on ne peut citer une créature qui soit pour ainsi dire emprisonnée entre deux nivaux barométriques. Le Végétal que nous avons trouvé être le plus étroitement soumis à la règle des hauteurs, est le Calumet de Mascareigne (Nastus, Juss.), magnifique Bambusacée alpine, qui ne commence à se montrer dans l'île qu'elle orne, qu'à six cents toises environ au-dessus du niveau de l'Océan, pour cesser entre huit ou neuf cents et former ainsi, l'île étant ronde, une ceinture tempérée entre la région torride et la région froide; ceinture qu'interrompt, seulement en un point, l'aride pays brûlé du Volcan. Si l'île eût eu cinq ou six cents lieues du nord au sud, et qu'ayant vérifié le'fait du cantonnement du Nastus sur vingt lieues de son contour, nous eussions décidé que ce phénomène se reproduirait exactement d'une extrémité à l'autre du pays, nous eussions commis au moins une imprudence. Mascareigne étant trop circonscrite pour que de l'une de ses extrémités a l'autre on puisse reconnaître d'effet climatéri que subordonné au parallélisme, nous n'hésitérions point à tracer la ceinture formée par les Nastus sur une carte, les hauteurs du pays y étant suffisamment reconnues.

Au moment où nous achevions ce paragraphe de notre article MONTAGNES, on nous remet un Mémoire de Ramond sur l'état de la végétation du Pic-du-Midi de Bagnères, ouvrage digne de la plume de l'un de nos meilleurs écrivains, et rempli d'observations excellentes qui, en confirmant ce qui vient d'être dit, ajoutent de nouveaux faits à l'histoire des grandes inégalités du globe; nous procurerons à nos lecteurs un véritable plaisir, en substituant à ce

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que nous voulions encore en dire, quelques passages extraits d'un travail auquel nous engageons les naturalistes à recourir, parce que toutes les parties en sont également bien traitées. « On s'est plu depuis long-temps, dit l'infatigable investigateur des Pyrénées, à considérer la distribution des Plantes sur le penchant des Montagnes, comme une représentation de l'échelle végétale, prise de la base de ces Montagnes au pôle. C'est un de ces grands aperçus qui naissent d'un premier coup-d'œil jeté sur l'ordonnance de la nature, et qui appartient à l'instinct de la science, plutôt qu à ses méditations.... Nul doute que l'abaissement progressif de la température ne dispose les Végétaux à se ranger sur les divers étages des Monts comme aux différentes zônes de la terre. Il est reconnu par exemple que les Arbres s'arrêtent à certaines hauteurs, comme à certaines latitudes, et qu'il y a une analogie remarquable entré les Plantes voisines des glaces arctiques; mais on doit s'attendre aussi à trouver cette conformité plus ou moins modifiée par la nature des deux stations et les circonstances qui les distinguent. Des températures qui semblent pareilles, à ne considérer que leur terme moyen, sont loin d'avoir la même marche et d'être pareillement graduées. On ne retrouve au nombre de leurs élémens, ni le même ordre de saisons, ni une succession semblable des jours et des nuits. L'état de l'air, le poids de ses colonnes, sa constitution et ses mélanges, la nature des météores dont l'atmosphère locale est habituellement le théâtre, viennent encore apporter, dans la similitude générale, des dissemblances particulières. Ensuite les terrains ont leurs exigences; la dissémination, les migrations des Végétaux ont leurs caprices; et les diverses régions du globe, diversement dotées dans les distributions primitives, livrent à l'influence de climats analogues des séries d'espèces toutes différentes. Ainsi la similitude qui paraît régner entre la végétation alpine et la végétation polaire, doit se borner à des ressemblances générales, et porter plus rarement sur les espèces, plus souvent sur certains genres et certaines classes. Les observations de détail qui tendent à spécifier exactement les faits parviendraient seules à fixer le caractère de ces classes. Considérée sous ce point de vue, la végétation des hautes cimes acquiert un nouvel intérêt, et celle du Pic-du-Midi devient un objet de comparaison de quelque importance, par le nombre des espèces qui se trouvent réunies sur un point aussi caractéristique et dans un espace aussi borné. Ce Pic est situé sur la lisière de la chaîne Pyrénaïque, et les longues crêtes dont il forme le comble, n'offrent à la vue aucune autre sommité saillante, si ce n'est le Pic-de-Montaigu qui en est éloigné de deux lieues, et lui est inférieur de 560 mètres.»

On voit que Ramond ne pouvait choisir un lieu plus heureusement situé pour point de départ des comparaisons à l'aide desquelles on le voit jeter un si grand jour sur la végétation des grands sommets. Le Pic-du-Midi de Bagnères, tel qu'il nous le dépeint, est une île dans l'océan atmosphérique; sous le 42° 56' de latitude, son élévation est de 2924 mètres au-dessus des mers. Le maximum thermométrique en assimile le climat à celui des contrées fort avancées vers le pôle, mais pour compléter la certitude, il faudrait en outre avoir constaté le minimum. La chose ne paraît guère praticable sur un écueil jeté dans la région des tempêtes; cependant Ramond, qui n'y a guère observé son thermomètre qu'à 16 ou 17 degrés, évalue qu'il doit descendre annuellement à 26 ou 28, et même à 30 et 35 dans les hivers rigoureux: « Ainsi, dit-il, sous le rapport des extrêmes de la température, ce n'est rien exagérer que de comparer le climat du Pic-du-Midi à celui des

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contrées comprises entre le 65° et le 70° degré de latitude.» C'est donc avec pleine raison que notre illustre confrere compare le théâtre déjà méridional de ses observations avec cette Ile Melville dont l'intrépide capitaine Parry récolta les Plantes sous le ciel des Ourses, pour les rapporter au savant R. Brown qui nous les a fait connaître. Ramond a remarqué combien les hivers de cette île affreuse sont plus âpres que ceux du Pic-du-Midi; mais on sait que pour les Végétaux, l'abondance des neiges an nulle les différences, et les étés des deux points comparés ont beaucoup de ressemblance. Le caractère du vrai savoir étant la circonspection, Ramond ajoute: « Je conviens que ces analogies sont incomplètes, et que le caractère des climats ne réside pas uniquement dans les extrêmes de la température; mais ce sont au moins des ressemblances qui ont leur valeur. L'île Melville nous fournit cent seize Végétaux: c'est dix-sept de moins que n'en possède le seul sommet du Pic-du-Midi; mais nonobstant son indigence, cette Flore hyperborée est une flore générale et complète.» Selon nous, celle du Pic-du-Midi ne l'est pas moins, quoique l'auteur, dans l'esprit de modestie qui brille en son talent, ne la proclame pas irréprochable; voilà donc deux termes connue, d'après lesquels on peut enfla introduire l'arithmétique dans la science des Plantes; toute autre tentative fut jusqu'ici aussi futile que prétentieuse; un savant français aura, pour ne pas s'être trop pressé de se singulariser par de vaines assertions, indiqué la véritable voie qu'il faut suivre, afin de ne plus s'égarer dans le dédale où nous poussaient ses devanciers. Cette voie doit être, pour ainsi dire, jalonnée par la composition de Flores soigneusement étudiées; tous les essais de ce genre où les moindres espèces seraient omises, ne peut être qu'un élément d'erreurs. Mais pour qu'ou puisse les compléter, les Flores ne doivent pas embrasser de vastes régions, telles que l'espace contenu entre deux tropiques. Quiconque voudra contribuer aux progrès de cette branche de la géographie physique dont la station des êtres organisés dépend, doit désormais travailler à la composition rigoureuse de Flores et de Faunes de points de globe parfaitement circonscrits, et d'abord peu étendus, comme Gaudichaud et D'Urville l'ont fait pour les Malouines, le docteur Antomarchi pour l'accusatrice Sainte-Hélène, Ramond et le capitaine Parry pour le Pic-du-Midi et pour l'île Melville. Les catalogues bien faits des productions naturelles de Tristan d'Acuna, de l'Ascension, de Belle-Ile, d'une Orcade, de deux ou trois petites Antilles, de trois ou quatre rochers de l'océan Pacifique, et de quelques Kourilles, comparés à ceux es principales cimes de l'univers, considérées à la manière de Ramond, comme autant d'îles au milieu des flots de l'air, apporteraient plus de connaissances positives dans la géographie naturelle, que ces vastes, mais incomplets catalogues, audacieusement publiés comme l'état de situation des cohortes vivantes à la surface de quelque empire que la politique circonscrivit contre nature.

Le Pic-du-Midi n'a point de neiges permanentes; rarement quelques-uns de ces tas appelés Ventisqueros par les Espagnols, y persistent d'une année à l'autre, quand, à peu de distance, sur les flancs de Neouvieille et du Pic-Long, existent des glaciers fort étendus à une hauteur bien moindre. Ramond en explique fort bien la raison, et passant au chapitre de la végétation sur une Montagne qu'il a escaladée trentecinq fois en quinze années différentes, il déclare qu'il lui serait néanmoins difficile de fixer précisément l'instant où l'on voit poindre les premières fleurs, a En juin et souvent au milieu de juillet selon lui, les pentes sont encombrées de frimas, et quand même telle ou telle pointe de Rocher s'en trouverait accidentellement dégagée, l'accès des cimes est trop pé

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rilleux pour qu'on soit tenté d'y aller épier les premiers développemens de la végétation; d'ailleurs les années diffèrent beaucoup entre elles, soitpour la quantité de neiges accumulées, soit pour l'époque de déblaiement; ces variations avancent ou retardent la floraison d'une quinzaine de jours. Cependant il paraît qu'il n'y a point de fleurs avant le solstice, et qu'il y en a quelques-unes vers le premier de juillet. C'est donc avec notre été que le printemps du Pic commence. Les premières fleurs appartiennent principalement aux familles des Véroniques et des Primulacées. En août la floraison devient générale: on entre en été. Elle se soutient en septembre; plusieurs espèces même ne s'épanouissent qu'alors. C'est le mois le plus favorable à l'ascension du Pic, celui ou le temps est le plus assuré, le ciel le plus pur, l'air le plus transparent, l'horizon le plus net; ces avantages sont ceux de l'automne; ils ne se prolongent guère au-delà du terme marqué par les bourrasques de l'équinoxe. Dès les premiers jours d'octobre la floraison a achevé de parcourir son cercle. Passé le 10 ou le 15 il n'y a plus rien. L'automne du Pic a cessé quand le nôtre a commencé. Ainsi trois mois et demi constituent à peu près toute la belle saison de cette cime. Le reste appartient à l'hiver, et sa rigueur est loin encore de s'épuiser dans les huit à neuf mois qui lui sont dévolus; il gèle en juillet, en août il tombe de la neige; et rien de moins extraordinaire que de voir au milieu de l'été le Pic blanchir à la suite d'un orage.»

Sous un tel climat existent cent trente-sept espèces de Végétaux, dont soixante-deux Cryptogames et soixante-onze Phanérogames. Quelques minces Lichens ont peut-être encore échappé à l'auteur, et cependant les espèces de cette grande famille entrent pour cinquante-une dans la Cryptogamie du Pic-du-Midi, où il ne reste, afin de compléter le nombre soixante-deux que onze pourune Hépatique, six Mousses et quatre Fougères. Les Plantes phanérogames excitant surtout l'intérêt de Ramond, il pense que peu lui sont échappées; elles constituent cinquante genres appartenant à vingt-trois familles: « Les Syngénèses, dit-il, forment à elles seules plus d'un sixième du total; les Cypéracées, réunies aux Graminées, un sixième; les Crucifères un douzième; les Lysimachies, les Joubarbes, les Saxifrages, les Rosacées, les Légumineuses, chacune un dix-huitième. Les autres familles sont réduites à une ou deux espèces, et au terme de là liste figure une Amentacée, le Salix retusa, Arbre par la conformation, sous-Arbrisseau par la stature, Herbe par l'aspect et les dimensions, unique représentant de sa tribu à une élévation qui laisse loin au-dessous d'elle ces grands Végétaux dont la résistance échouerait contre les ouragans des cimes: ici rien ne subsiste que ce qui rampe, se cache, ou plie.» Ayant trace ce tableau, l'auteur, toujours étranger à l'esprit de système, reconnaît que les nombres qui expriment le rapport des diverses familles entre elles, sont loin de s'accorder avec ceux que des comparaisons plus étendues ont fournies aux laborieuses recherches des Brown, des Wahlenberg, et surtout aux vastes considérations développées par Humboldt dans la partie de ses travaux sur la distribution des formes végétales. Il en devait être ainsi: Ramond opéra sur des faits, les autres sur des hypothèses. Cependant il faut en convenir, de telles différences n'auraient rien qui dût nous surprendre, les calculs faits par ceux qui prennent des herbiers pour base fussent-ils exacts? Un groupe de cent trente-trois espèces, examiné en un seul et même lieu, est loin d'offrir des données assez larges aux compensations qui ramèneraient les exceptions à la règle; les rochers appelant les Lichens, il n'est pas surprenant que de telles Plantes aient acquis une si grande prépondérance sur un pie

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où n'existe ni terre substantielle, ni ombrage, ni humidité interne. L'île Melville offre donc dix-sept espèces de moins que le sommet si parfaitement décrit par Ramond, et Je rapport des familles et des genres dans lesquels se rangent ces espèces change considérablement; sur quarante-neuf Cryptogames il n'y a que quinze Lichens au lieu de cinquante-un, tandis que trente Mousses y verdoient au lieu de six. Eu poussant plus loin la comparaison, nous entrerions dans le domaine de la géographie botanique; il est temps de résister au plaisir de citer Ramond pour nous restreindre à ce qui concerne plus directement les Montagnes.

Notre passion pour les recherches de tout genre en histoire naturelle, le devoir qui plus tard nous commanda des reconnaissances sans nombre, depuis le Niémen jusqu' à l'extrémité méridionale de l'Espagne, afin de figurer les formes du sol, nous ont également porté, durant près de vingt ans, à observer soigneusement les Montagnes sous tous les points de vue, et nous avons presque partout reconnu qu'il n'existait pas la moindre ressemblance entre ce que sont plusieurs d'entre elles et ce qu'on en trouve imprimé dans beaucoup de livres. Il n'était réellement en Europe que les points pyrénaïques, dès long-temps si bien observés par le savant Ramond, le centre volcanique de la France exploré par Desmarest père, Faujas et l'illustre Montlosier, les Hautes-Alpes et le reste de la Suisse, l'Etna, diverses parties des Apennius, les anfractuosités plus ou moins élevées de la Germanie, où l'étude bien dirigée de la minéralogie a formé de bonne heure d'excellens géologues, enfin les chaînes Scandinaves et les inégalités des îles Britanniques, qui pussent être réputées passablement connues avant que nous eussions a jouté à la masse des faits recueillis par nos prédécesseurs et nos maîtres, ceux que nous avons publiés sur les systèmes alpins de la péninsule Ibérique, systèmes qui ne sont pas des ramifications des Pyrénées, comme on l'imprimait encore naguère, et comme on le grave toujours sur les cartes routinières reproduites par les spéculateurs en géographie. Les hauteurs, en quelques points de l'Amérique, ont été fort bien décrites par Humboldt; mais nous le répétons parce que la vérité doit être souvent répétée, il n'existe pas dans tout cela de matériaux suffisans pour établir des théories qui puissent satisfaire celui dont la vérité est l'unique besoin. La publication hâtive de systèmes conçus d'après des faits de localités, entraîne dans mille fausses routes les jeunes voyageurs qui n'ont pas encore secoué l'autorité d'une école; n'observant qu'à travers les idées qu'on y développe, ils voient trop souvent les choses moins comme elles sont que comme on leur a dit qu'il les faut voir, et ne cherchant que des preuves à l'appui des vues qu'on leur donna comme les meilleures, ils négligent long-temps les voies que semble leur indiquer la nature même.

Pour terminer ce qui concerne le chapitre des Montagnes primitives, généralement les plus hautes du globe, nous donnerons un aperçu de l'élévation des limites de la neige permanente sur leurs pentes ou sur leurs cimes, et selon les climats géographiques, qu'il ne faut pas confondre avec ce que, dans notre Résumé de la Géographie d'Espagne, nous avons appelé climats naturels. Nous devons faire observer que cette ligne des neiges permanentes n'a guère été calculée que pour l'hémisphère boréal; qu'elle sera probablement plus basse pour l'hémisphère austral; qu'elle s'abaisse ou s'élève sur les mêmes systèmes de Montagnes, selon l'exposition du nord ou du sud; et qu'il se trouve des cimes sous un même parallèle, où se remarquent de grandes variations, ainsi que nous l'avons signalé tout à l'heure en parlant de l' Etna. Nous avons de fortes raisons de croire qu'on renoncera quelque jour à l'idée de mesu-

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rer la limite dont il est question, d'après la latitude des lieux, et qu'on se bornera à exprimer ce phénomène si remarquable dans l'histoire des Montagnes, en signalant, pour chacune individuellement, la hauteur du zéro perpétuel, sauf à faire monter ou descendre ce terme sur chaque sommet, selon que l'été aura été plus ou moins chaud.

toises. mètres
Sous l'équateur aux Andes 2460 4795
Sous le iqe degré, au Mexique 2350 4580
Sous le 28° 17 ', au pic Ténériffe. 1700 3313
Sous le 30 degré, pentes méridionales de l Hymalaya 1950 3800
—— pentes septentrionales des mêmes Montagnes 2605 5077
Sous le 37° 10', à la Sierra-Névada d'Andalousie, pentes septentrionales seulement 1300 2534
Sous le 37° 45' à l'Etna 1418 2763
Entre les 41 et 43°, au Caucase. 1650 3216
Entre les 42 et 43°, sur les Pyrénées, pentes méridionales 1300 2534
—— pentes septentrionales 1450 2826
Entre les 45 et 47°, dans les Alpes. 1370 2670
Entre les 61 et 62°, en Norvège 850 1657
Sous le 65°, en Islande 550 1072
Entre les 65 el 70°, eu Laponie 366 713
Entre les 75 et 78°, 4 la Nouvelle-Zemble et au Spitxberg 150 296

Contre les Monts primitifs, au noyau desquels on ne saurait retrouver les moindres indices de rien qui ait vécu, s'appuient des Montagnes moins élevées, où se lient et s'anastomosent des chaînes, des contre-forts, et des éperons qu'isolent en partie des cols et des vallées plus ou moins larges. Ces systèmes dont le Calcaire semble former la masse, sont appelés Secondaires. Ils durent être, en effet, postérieurs à l'élévation des nœuds primitifs qui viennent de nous occuper, et auxquels l'observation prouvera tôt ou tard que tous les systèmes secondaires se rattachent ou furent originairement subordonnés. La substance constitutrice s'y montre souvent tellement homogène et compacte, qu'en la désignant sous le nom de Calcaire alpin, on lui étendit le nom de primitif; en effet, le Calcaire ainsi désigné, est primitif par rapport à tout autre Calcaire que nous offre la croûte terrestre; mais de ce qu'on n'y retrouve nulle trace reconnaissable d'êtres organisés quelconques, il ne s'ensuit pas qu'une création d'êtres organisés, absolument effacés quant aux formes, n'en ait pas préparé la modification matérielle, c'est-à-dire la masse. Buffon avait pensé que tout Calcaire possible devait l'existence aux débris animaux. Cette grande idée, qui a trouvé des approbateurs et des antagonistes, nous paraît fondée à certains égards. L'animalité ne crée point le Calcaire, mais elle l'extrait des fluides qui en tiennent les élémens en solution; et quand le globe fut recouvert par les eaux, des Animaux marins ayant commencé le départ de cette substance, il est très-possible que des changemens survenus plus tard dans la nature de ces eaux par quelque catastrophe physique dont nous n'essaierons pas de rendre raison, aient opéré son remaniement; comme il arrive dans ces fosses où des maçons éteignent des pierres calcinées remplies de Cérites ou autres Coquilles parfaitement reconnaissables, lesquelles disparaissent à jamais pour se délayer en une masse de Chaux parfaitement homogène. C'est postérieurement à une telle opération, faite en grand dans la nature, que la vie put recommencer pour servir d'agent à la reconstruction d'un nouvel univers autour d'un premier monde dissous et précipité en dépôts sédimenteux sur les rochers qui formaient son noyau. Ces rochers servant de support aux sédimens du vieux monde, soulevés au-dessus de l'Océan d'alors, comme on l'a vu à l'article MER, portaient sur leurs pentes de vastes couches de ce Calcaire de remaniement, aujourd'hui nommé primitif, et à travers lesquelles les eaux pluviales ne tardèrent pas à creuser des vallées, tandis que le dessèchement y causait d'immenses crevasses; celles-ci, agrandies par le temps, séparent aujourd'hui de plusieurs lieues des fragmens qui furent autrefois contigus, ou sont devenues ces vastes cavernes propres au Calcaire alpin; de tels accidens prou-

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vent que la masse pâteuse a éprouvé un retrait considérable par le dessèchement; l'affaissement des souterrains résultés d'une telle cause, a changé et modifié à plusieurs reprises la croûte terrestre, dans le silence des âges effacés. D'innombrables débris, détachés par des milliers de convulsions, ont recouvert en glissautdes espaces où la Roche primitive présentait originairement sa surface aride, et l'on dit aujourd'hui que tel ou tel Calcaire y est superposé à telle ou telle autre Roche primitive; d'autres fois, de ces Roches éternelles, dont les parties constitutives semblent présenter le type de la matière brute, ont au contraire roulé en masses considérables, et loin des cimes qu'elles couronnaient; leurs quartiers anguleux ont tracé des silons profonds quand ils ne bondissaient point, et s'étant plus ou moins enfoncés aux lieux où les retint enfin leur poids, y formèrent ces blocs usés par les influences atmosphériques, et qu'on trouve épars ou entassé dans certains cantons granitiques comparables au champ de bataille des Titans. De-là cette idée bizarre qu'une certaine école de géologie tente d'accréditer, que les Granites font partout supérieurs aux Calcaires; on établit cette théorie en généralisant les conséquences de deux ou trois accidens partiels dont la cause s'explique cependant d'une manière très-contraire. On s'étaie pour prouver la prétendue disposition superficielle au Calcaire de Roches primitives, de ce que l'on a trouvé des fragmens de celles-ci gissans jusque sur des coulées de lave. Pour nous qui avons vu des masses de Basalte très-dur et très-compacte, grosses comme l'arc de triomphe du Carrousel, soulevées majestueusement par les flots incandescens d'un courant en marche, demeurer surnageautes au-dessus des scories, s'y encroûter à moitié, tandis que le courant se refroidissait à leur base; s'y élever en forme de monticule d'un bleu ardoisé, quand la surface sonore et spongieuse des scories fut entièrement figée, nous pensons qu'il est très-imprudent de prétendre renverser une théorie reçue comme incontestable, à l'aide de faits qui ne prouveraient rien, les exemples en fussent-ils plus multipliés qu'ils ne le sont, Nous le répétons, les auteurs qui écrivent sur ce qu'on appelle Formations et sur les Montagnes, se font une idée trop importante des points du globe qu'ils ont examinés; ils n'ont donc pas vu le beau plan en relief d'une partie de la Suisse et des Hautes-Alpes, qu'avait très-habilement construit le général Psyffer, et dont il y a quelques vingt ans environ, on montrait à Paris, sur le quai Voltaire, une copie perfectionnée. Ce chef-d'œuvre topographique représentait avec une merveilleuse perfection, quatorze lieues environ de pays, à une telle échelle que les grands sommets s'y élevaient de deux a trois pouces au-dessus d'une table supposée le niveau de la mer; les lacs et les cours d'eau y étaient représentés par de petites portions de miroirs parfaitement ajustées; les forêts y étaient très-bien marquées avec de la râclure de draps verts de diverses nuances; la végétation inférieure s'y trouvait exprimée avec discernement; les glaciers surtout étaient distinctement rendus avec leur teinte de neige et d'azur; on avait poussé l'exactitude jusqu'à tailler les pentes abruptes dans les mêmes Roches qui composent les coupures correspondantes sur les Alpes.

Dans ce temps on bâtissait quelques maisons à côté du lieu où sevoyait la Suisse en miniature; des tombereaux y venaient bouleverser le sol et transporter des décombres sur un pavé culbuté. Après tout le désordre causé par les pieds des chevaux et par les roues des voitures, survint une pluie d'orage; du sable de la boue, de la chaux, du mortier délayé, des pierres de divers nature avec les crêtes des ornières, ne tardèrent pas à former des Alpes en diminutif parfaitement pareilles à

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celles de Pfyffer. On y voyait leurs cimes, leurs contre-forts, leurs rocs, leurs vallées, leurs rivières avec leurs lacs; et quand deux jours de soleil eurent occasioné, dans cette formation d'un cataclysme de l'avant-veille, des crevasses et des éboulemens, la ressemblance devint complète. Nous avons depuis observé bien souvent de ces Alpes du moment, et pris, en considérant sérieusement ce qui n'était que de méprisables tas de boue aux yeux des passans, une profonde idée du néant et de l'orgueil humain; nous avons toujours reconnu les substances qui concouraient aux Formations nées sous nos pas, et suivi leurs transports au point de pouvoir nous dire: Ce petit attérissement a été créé aux dépens de telle ou telle élévation; ce fragment appartient à cet autre; ce caillou qui représente ici un rocher s'est détaché de cette pierre; mais lorsque multipliant l'échelle de nos Monts de Pygmées, nous la portions à celle du Mont-Blanc par exemple, quelques pouces de distance devenant des milliers de toises, nous concevions comment des terrains qui, séparés de plusieurs lieues, et placés à des niveaux très-différens, eussent été regardés, par les géologues, comme d'époque et d'origine diverses dans un vaste système de hauteurs, se trouvaient dans le gâchis, objet de nos méditations, le résultat des affaissemens et des transports occasionés par quelques gouttes de pluie. Ailleurs des quartiers de pierre arrachés du pavé, tout en désordre, formaient des pics saillans à nos pieds; et comme nous connaissions leur origine, nous résolûmes de nous tenir en garde contre quiconque viendrait soutenir que les Roches, constitutrices du noyau des Monts primitifs, doivent être partout superposées à des Roches qui ont vécu, parce que ces Roches qui ont vécu nous cachent quelquefois les racines de celles dont la composition préoéda toute existence organique.

Les Montagnes où se distinguent des débris d'êtres autrefois animés, souvent tellement bien conservés qu'on peut reconnaître à quelles espèces ces débris durent appartenir, méritent plus particulièrement le nom de Secondaires, qui néanmoins ne saurait être employé que relativement aux systèmes primitifs desquels dépendent ou dépendirent originairement, ces Montagnes de formation nécessairement postérieure. On a vu aux mots CALCAIRE, FOSSILES et GÈOLOGIE, quelle est la nature et la composition des couches et des bancs pénétrés de débris marins. Férussac, dans notre article GÈOGRAPHIE (p. 368), essaya de réduire en axiomes, d'après ce qui avait été dit dans plusieurs autres parties du présent Dictionnaire, la théorie de telles formations. Aux mots Roches et Terrains, on achèvera l'histoire anatomique des Montagnes, qu'on nous passe cette expression; il n'en reste plus à dire que quelques mots sur ce qui concerne leur disposition extérieure et l'influence qu'elles exercent sur les créatures réparties à leur surface. On sait que leur masse jouit d'une force d'attraction considérable qui se manifeste particulièrement sur les vapeurs; nous avons vu comment elles deviennent par-là les nourricières de la plaine pour laquelle on les voit très-distinctement préparer des rivières et des fontaines; outre l'arrosement du globe dont la nature les établit comme les principaux agens, elles sont encore destinées, par le dépouillement qu'y occasionent les cours d'eau, à augmenter la surface des régions bassesqui les supportent; leurs cimes attirant les résultats de toute évaporation, les vapeurs se condensent autour d'elles en nuages et leur forment ordinairement un diadème de brumes condensées (V. Météores). C'est en s'élevant au-dessus de ce couronnement céleste que l'auteur de cet article vit son ombre portée à la face d'une mer de lait; le profil de sa tête y était environné d'une auréole formée des suaves couleurs de l'iris

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Ce phénomène avait été auparavant observé dans les Andes par Bouguer; nous l'avions décrit, dés l'an 1802, dans un de nos ouvrages. Ramond rapporte que Mirbel, Du Petit-Thouars et Baunier ont vu la même chose; et puisqu'au sujet d'une auréole nous trouvons une nouvelle occasion de citer cet élégant et savant écrivain, nous renverrons encore le lecteur à ce beau Mémoire dont il a été plus haut rapporté quelques excellens passages.

Nous avons observé sur le faîte des Montagnes de Ténériffe et de Mascareigne, que le thermomètre s'élève ou s'abaisse très-brusquement selon que le soleil se lève ou se couche; la température y change avec une excessiverapidilé. Ainsi, à une hauteur de prés de dix-huit cents toises, sous la Zône-Torride, le mercure étant à trois et quatre au-dessous de zéro, à l'instant oùle disque de l'astre levant commençait, sans crépuscule, à montrer son bord radieux, le métal liquide montait jusqu'à cinq au-dessus de glace avant la fin de l'apparition totale; nous avons observé plus tard le même phénomène, sur le pic de Veléta dans le système Bétique en Espagne, et trouvé dans le mois d'août de l'année 1810, célèbre par son excessive chaleur, que le thermomètre qui, un peu avant la pointe du jour, ou la nuit est le plus froide, marquait de quatre à cinq au-dessous du point décongélation, montait presqu'à 6° durant le lever du soleil; la progression était moins prompte ensuite jusque vers le point le plus chaud du jour, qui à deux cents toises au-dessus des amas de neiges non fondantes, égalait douze, quatorze et même quinze, selon le calme ou les brises qui régnaient dans l'atmosphère. Une progression descendante moins considérable, mais non moins remarquable, s'observait durant le coucher du soleil.

Les géographes, qui jusqu'ici n'ont pas adopté une nomenclature uniforme, ainsi que nous l'avons fait sentir à l'article Mer, ayant appelé Chaînes des massifs de Montagnes, quelques-uns ont imaginé que toutes les Montagnes s'enchaînaient; cette erreur provenue d'un abus de mots, a donné lieu à ces bizarres planisphères où nous avons déjà dit qu'on fit faire aux Alpes le tour du monde, tantôt par dessus, tantôt par dessous les flots. En dépit de telles rêveries, on observe chez la plupart des groupes de Montagnes qu'on liait les unes aux autres, des séparations très-considérables qui proscrivent toute idée d'unité. La division la plus naturelle qu'on en puisse faire doit consister en Systèmes, et nous comprenons par ce mot: des amas de grandes inégalités de la surface du globe, composés de points culminans d'une même formation de Roches, d'où rayonnent ou descendent parallèlement, causés par des fracassemens ou séparés par l'action des eaux courantes, des contre-forts de nature diverse, lesquels s'abaissent graduellement jusqu'aux coteaux qui en forment comme les racines, et que limitent des plaines ou des mers. Chaque système fut originairement une île et apparut à la place continentale qu'il domine à son tour et en raison de la quantité d'eau dont l'Océan environnant s'était appauvri. Qu'on suppose une diminution de deux ou trois cents toises encore, plusieurs archipels seront métamorphosés en systèmes de Montagnes, où des îles actuelles se trouveront dés sommets et les détroits des cols; ce qui cependant n'établit pas que ces systèmes existent déjà tout formés sous les eaux; il faudra, pour en compléter les formes, alpines, que le dessèchement y cause des crevasses au moyen desquelles plus d'une couche calcaire que préparent horizontalement des Animaux sera soulevée, renversée et déchirée par les eaux pluviales après l'exondation.

Les Montagnes ont jusqu'ici été si légèrement observées, les faiseurs de cartes en ont guilloché le globe dans un tel esprit de caprice et d'invention,

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qu'il est très-difficile d'établir s'il s en trouve en beaucoup de contrées où l'on en marqua, et su nes'en trouve pas dans plusieurs autres où l'on n'en a point buriné; il suffisait qu'un voyageur eût signalé quelque colline sur une plage nouvelle par un nom propre, pour qu'on gravât des Alpes où n'existent peut-être que de simples monticules; avait-on entrevu embouchure d'une rivière sur une côte inconnue, on lui dessinait aussitôt un beau bassin environné d'un grand mur de hachures: existaitil une pointe de terre avancée dans la mer, il lui fallait aussitôt une charpente, et comme la Bretagne est, par exemple, formée d'un système granitique très-prononcé, on la liait aux Vosges et aux Alpes par un chaînon imaginaire destiné à séparer le bassin de la Loire de celui de la Seine, tandis que d'un autre côté on poussait un puissant contrefort des Pyrénées de Bigorre à la Tour de Cordouan pour charpenter le pays de Médoc, baigné par la Gironde et par l'Océan. Cependant l'espace qui s'étend de Bordeaux à la Têle de Buch, et sur lequel on dessinait des Montagnes dans les cartes antérieures à celle de Cassini, est uni comme une table; son point le plus élevé ne l'est pas de six toises au-dessus des moyennes eaux du bassin d'Arcachon ou de la Gironde. C'est dans cet esprit que, vers l'est, on a uni les Pyrénées aux Cévennes, pour en faire un éperon des Alpes, et qu'on a poussé la chaîne Pyréna que jusqu'à Cadiz pour l'unir à l'Atlas, aux monts de la Lune, etc.; de même en Amérique on a épaudu les Andes sans interruption, a un côtéjusqu'au cap Horn, et de l'autre jusque vis-à-vis le Kamtschatka, où par les Kourilles on les rattache aux volcans d'une presqu'île à peine connue, puis au grand plateau de la Tartarie, puis au Caucase, puis enfin jusqu'à nos chaînes européennes!.... Toutes ces liaisons sont imaginaires, l'avenir le prouvera. Nous ne pouvons cependant assigner encore la circonscription des divers systèmes telle qu'elle résultera d'une connaissance plus approfondie de la surface du globe; mais nous croyons entrevoir l'existence de plusieurs systèmes principaux isolés les uns des autres; de plus petits leur sont intermédiaires, ou sont épars çà et là. Il serait maintenant impossible d'énumérer ces derniers, les grands euxmêmes étant fort mal déterminés quant aux formes et à l'éténdue; on s'est jusqu'ici bien plus occupé de leur hauteur et de leurs productions botaniques ou minérales, que de leur disposition topographique, qui fut long-temps si mal rendue, que la confusion s'en augmenta; on les représentait de profil quand on était sensé voir le pays à vol d'oiseau; on en chargeait le papier partout où restait du blanc; selon la place qui demeurait à la disposition du dessinateur, se traçaient des pics et des rochers plus ou moins élevés, tantôt enchaînés les uns aux autres pour former une sorte de rampart, tantôt jetés au hasard, de façon à imiter les vagues d'une mer clapoteuse ou des taupinières. Ce n'est guère que vers le milieu du sièole dernier qu'on essaya de rendre raisonnablement la topographie; ce sont des ingénieurs et des officiers français qui en eurent l'honneur, et le dépôt de la guerre, établissement d'une grande utilité, formé durant la révolution, perfectionna l'art de représenter raisonnablement le terrain. On n'en disputa pas moins, et l'on n'en dispute pas moins encore, pour savoir comment les ombres doivent être projetées, et s'il faut ou non un côté de jour avec un côté sombre afin d'exprimer convenablement les pentes selon des coupes horizontales. Pour nous qui avons fait une étude suivie de ce genre de dessin, sans maître et constamment d'après nature, nous pensons que l'une et l'autre méthode a ses inconvéniens quand on s'y tient exclusivement; il les faut savoir combiner. Nous donnâmes un premier essai de notre manière dans une carte de

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Mascareigne publiée dès l'an XI de la république; cette carte produisit quelque effet chez les graveurs; plusieurs ont eu le bon esprit de profiler de l'excellente leçon qui leur fut dounée en cette occasion par le burin de Blondeau, l'un des premiers artistes en ce genre, et dont notre plan de la Réunion commença la belle réputation méritée. Depuis, nous avons eu beaucoup d'occasions de constater la supériorité d'une méthode combinée qui consiste à représenter avec vigueur les points censés les plus voisins de l'œil, en décroissant de ton selon les abaissemens, et eu traçant des hachures mourantes qu'on doit diriger selon la roule que prendrait une goutte de pluie tombée sur le terrain et coulant selon sa déclivité. Quelques tons clairs pourront être jetés avec goût et économie çà et là dans les sommets, lorsqu'on n'aura pas à craindre qu'ils y produisent à l'œil l'effet de pentes douces ou de plateaux; quant aux escarpemens à pic formés de rocs, on peut y ménager tous les blancs qu'on jugera nécessaires à l'effet, parce que les accidens qu'on y représentera donneront suffisamment l'idée de leur importance, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des tons foncés pour la faire apprécier. Il n'est pas d'accident de Montagne qu'une main exercée ne puisse très-bien exprimer, et que l'auteur de cet article ne soit parvenu à rendre parfaitement reconnaissable, selon le témoignage des grands capitaines sous les ordres immédiats desquels il eut l'honneur de servir sa patrie, et qui jugèrent plus d'une fois, la veille a une bataille, et d'après ses reconnaissances, du terrain sur lequel ils devaient opérer et vaincre.

On a appeléTertiaires les hauteurs dont la formation paraît être plus moderne que celle des systèmes secondaires; la confusion qui règne souvent dans les fragmens dont ces Montagnes tertiaires se composent, prouve que leur origine résulte de révolutions physiques qui ne pouvaient avoir lieu avant que des Monts antérieurs eussent existé, et qu'il se fût même opéré de grands fracassemens dans ceux-ci. Des Montagnes de ce genre, c'est-à-dire postérieures à toutes autres, se peuvent aussi former chaque jour aux dépens d'un sol qui s'élève ou qui s'affaisse, et que travaillent les eaux pluviales ou quelqu'un de ces débordemens appelés déluges par les historiens. Quant à l'élévation ou bien à l'abaissement du sol que nous croyons pouvoir changer la physionomie de la croûte du globe en divers lieux, il est impossible d'en révoquer en doute les immenses effets. Nous ne connaissons pas assez la nature des couches dont se forme le globe, même à peu de profondeur, pour prononcer qu'il u'est pas de ces couches qui, sur de grandes étendues, ne puissent absorber de l'eau, et s'en pénétrer au point de se gonfler comme le font des éponges préparées introduites dans les plaies d'un blessé et qui les dilatent; on sent que par un pareil mécanisme opéré en grand dans l'univers, des contrées entières ont dû se soulever, et nous avons ou dire qu'un géologue, dont plusieurs opinions ont acquis beaucoup de poids, attribuait à de telles causes le soulèvement général des régions scandinaves, en expliquant par elles la diminution eu profondeur des eaux de la Baltique. Quoi qu'il en puisse être de l'élévation générale attribuée à ces régions du Nord, on en eut des exemples ailleurs, tandis qu'au contraire des couches inférieures plus facilement pénétrables par l'eau que celles où cet élément ne produisit que de la dilatation, ont dû, en se délayant, être entraînées; il est alors demeuré des vides inférieurs dont l'effondrementa produit en petit ce que nous retracent en grand les systèmes primitifs, c'est-à-dire des cassures abruptes, des précipices, et l'élévation de quartiers de terrain qui ont plus tard reproduit toutes les formes que nous reconnaissons dans les

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Montagnes antérieures. Il n'est pas jusqu'aux vents qui n'aient le pouvoir de modifier le terrain au point de produire des espèces de Montagnes; mais celles-ci sont mobiles et changeantes comme la cause qui les élève, qui les abaisse ou qui les promène.V. DUNES.

Les plus hautes Montagnes connues paraissent être celles de l'Asie mitoyenne sur les confins du Thibet et des Indes; les Andes, dans l'Amérique méridionale, sont les secondes en élévation; nos Alpes, si imposantes, ne viennent qu'ensuite. Pour connaître les différences qui existent entre elles sous le rapport de leur hauteur, et pour les mesurer, on a imaginé divers procédés. Le meilleur est, sans contredit, celui du nivellement; mais comme c'est une opération longue et difficile, on ne l'emploie que dans le cas où pour établir quelque canal à travers des cols et ce que le général Andréossy a proposé de nommer Dépressions, il est essentiel d'obtenir des résultats de la dernière rigueur. Au reste, on peut simplifier cette méthode, ou du moins la généraliser à de grandes distances autour de soi, en notant, à chaque station, à quel point des lieux où s'étend la vue, correspond la station. C'est par ce moyen que nous avons essayé avec succès de déterminer quelle devait être la forme des rivages de la Caspiennne desséchée, représentée de nos jours par le bassin de Grenade, en Andalousie, à mesure que l'eau s'en retirait de cent mètres en cent mètres. Une seconde manière de déterminer la hauteur des Montagnes consiste dans les opérations géodésiques. On devrait croire que celles ci ne sauraient tromper, cependant on voit les hommes les plus habiles qui en ont fait usage dans la détermination d'un même point, ne pas être tombés d'accord; ainsi, Feuille, Pin gré et de Borda, qui mesurèrent le pic de Ténériffe par des triangles, ne l'évaluèrent pas de la même façon, et les deux derniers trouvèrent eux-mêmes des résultats différons entre plusieurs de leurs travaux. Pour obtenir plus de célérité dans la mesure des hauteurs du globe, c'est le baromètre qu'on emploie ordinairement. La commodité de cet instrument le rend préférable; il faut seulement prendre garde de le casser dans les excursions alpines où les chemins ne sont pas ordinairement faciles.

On sait que si l'on plonge dans un petit vase rempli de mercure, l'extrémité d'un tube de verre, fermé par le haut, et dans lequel on a opéré le vide, la pression atmosphérique exercée à la surface du métal liquide, contraint celui-ci à refluer dans le tube où rien ne lui oppose de résistance, et à s'y élever jusqu'à ce que le poids de la colonne de mercure introduite dans ce tube contrebalance la pression, c'est-à-dire que le mercure monte jusqu'à ce que le poids de sa colonne soit égal à celui de la colonne de l'atmosphère reposant sur le vase où le tube plonge. La découverte de ce fait illustra Toricelli. Pascal l'appliqua à la détermination de ces Monts de l'Auvergne, dont nous devons à l'éloquent et savant Montlosier une si bonne description; il sentit qu'à mesure qu'on élèverait le baromètre au-dessus de la surface du globe, les colonnes atmosphériques qui agiraient sur lui devenant plus courtes, et conséquemment plus légères, le mercure, moins pressé par leur poids, baisserait dans son tube. Il ne s'agissait plus que de trouver des règles ou formules qui donnassent le plus exactement possible les élévations correspondantes à des longueurs de colonnes barométriques connues; c'est à les établir que plusieurs géomètres et l'illustre Laplace particulièrement ont mis tous leurs soins, et ils y sont parvenus. On consultera utilement à ce sujet la note XI qui termine le tome Ier de la Géognosie de D'Aubuissondes-Voisins; auteur dont nous ne partageons pas toutés les idées, mais qui nous paraît être à l'abri de la critique en ce qui concerne l'application du tube de Toricelli à la

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mesure de la hauteur des Montagnes.

Quelques essais ont été faits pour rendre sensibles à l'œil les rapports d'un grand nombre de hauteurs calculées; le premier qui en forma un tableau comparatif de quelque mérite fut, en 1806, Méchel, à Berlin; cent quarante-quatre points sont relatés en toises, dans son travail, avec une échelle sur les côtés du cadre, où la hauteur du mercure dans le baromètre est exprimée en pouces pour les hauteurs correspondantes. Le ballon dans lequel le célèbre Gay-Lussac s'éleva à trois mille six cents toises dans l'atmosphère, y montre la plus grande hauteur où l'Homme soit encore parvenu. La disposition du tableau de Méchel est claire, mais disgracieuse, les Montagnes y étant renoues par des pointes qui ressemblent aux dents d'un vieux peigne ébréché. Après Méchel, quelques graveurs ont reproduit des tableaux comparatifs, et les coupes de terrains et de Montagnes ont pris faveur sous les auspices d'un savant qui sans doute aujourd'hui en reconnaît l'inconvénient par les raisons qu'on trouve déduites dans notre Résumé Géographique d'Espagne (V. p. 73 ). Il faut distinguer des essais malheureux qui ont été faits dans ce genre, celui de Louis Bruguière, si bien gravé par Ambroise Tardieu, et celui de Perrot. Ces deux compilations assez ingénieuses ont paru en 1826; on n'en saurait trop recommander l'acquisition aux géologues qui veulent, d'un coup-d'œil, juger des principales Montagnes de la terre. Dans le tableau de Perrot on en trouve un plus grand nombre, mais il s'y est glissé un peu du défaut que nous avons signalé dans celui de Méchel et plusieurs noms mal orthographiés. Bruguière a fort habilement évité l'inconvénient qui déplaît â l'œil, en donnant à chaque sommet sa forme réelle; le tableau dont il est question représente un rideau de Montagnes artistement groupées, que couronnent leurs neiges à la hauteur requise, et parmi lesquelles se distinguent les cratères avec les fumées qui s'en exhalent.

Hauteurs déterminées de quelques points du globe, entre lesquelles se trouvent celles des principales Montagnes.

DANS L'OCÉAN ARCTIQUE.

toises. mètres.
Pointe-Noire (Spitzberg) 703 1370
Le Parnasse(ile St.-Charles) 618 1204
Snœfiels-Jockul (Islande) 800 1550
Ronaberg (île Schéland) 644 1255
L'Heckla (Islande) 519 1013
Mont Skaling (iles Féroër). 340 662
Ile Kilda 300 585

DANS L'OCÈAN ATLANTIQUE.

Pic de Ténériffe 1920 3742
Monton de Trigo ( Ténériffe ) 1482 2888
Pic des Acores 1237 2412
Monts deGuimar(Ténériffe). 1225 2387
Pic de los Muchachos (île de Palme dans les Canaries) 1193 2326
Pic de San-Antonio (îles au Cap-Vert) 1157 2255
Pico Ruivo (île Madère) 965 1880
Volcan de Fuégo (îles du Cap-Vert) 667 1319
Sommet de Tristan d' 550 1072
Acuna. Pic de Diane (île Sainte-Hé-lène ) 420 819
Enchold 419 816
Mont de Hallay 386 752
Montagne St.-Picrre (l'Ascension) 347 676
Volcan de Lanccrotte (Canaries) 292 569
Pic de la Corona (île de Palme dans les Canaries) 292 569
Longwood 275 537
Lagnna (Ténériffe) 264 514

DANS L'OCÈAN INDIEN.

Piton des Neiges (île de Mascareigne) 1955 3810
Le Bénard 1900 3703
Montagne d'Ambotismène (Madagascar) 1800 3508
Cimandef (île Mascareigne) 1700 3313
Le Volcau 1400 2729
Plaine des Chicots, au sommet 1200 2339
Pic d'Adam ( île Ceylan ) 1166 2273

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toises mètre
Plaine des Fougère, au sommet (Mascareigne) 872 1700
Couli-Candy (île Ceylan) 847 1651
Morne du Bras-Panon (île Mascareigne) 800 1559
Piton de Viller, sur la plaine des Caffres 625 1217
Piter-Bot (île de France) 432 842
Le Pouce 424 826
Montagne du Corps-de-Garde, au signal 394 769

DANS L'OCÈAN PACIFIQUE ET LA POLYNÈSIE.

Mowna-Roa (îles Sandwich). 2577 5024
Mont Egmon (Nouvelle-Zélande) 2371 4621
Opbir (île de Sumatra) 2026 3950
Principal sommet d'Otahiti. 1704 3323
Parmazan (îleBanca) 1572 3063
Mont Tobronu (Otahiti) 1500 2923
Mont d'Arfack (Nouvelle-Guinée) 1488 2901
Mont Gété (île Java ) 1327 2588
Pic de Jesso (empire du Japon) 1184 2307
Sommet de Bou u (Moluques) 1088 2121
Sommet de la N ivelle-Calédonie 533 1030
Corne du Buffle (île Waigiou) 485 945
Pitou de Borabora (îles de la Société) 365 712
Piton d'Oualan (îles Carolincs) 337 657

DANS LE CONTINENT AUSTRALASIEN.

Plateau dans la terre de VanDiémen 1000? 1950?
Plus haute cime des Montagnes Bleues ( Nouvelle-Hollande) 591 1152
La Tête-Noire dans les mêmes Montagnes 548 1068
Hauts de la rivière des Poissons 415 809
— de celle de Cambell 347 676
— de celle de Cox 336 661
Lac George 331 645
Lac Barthurst 326 636

DANS LE CONTINENT AMÉRICAIN NÉRIDIONAL.

Le Cbimborasso (dans les Andes) 3350 6530
Le Cayambé 3120 6083
L'Antisana 2992 5832
Le Cotopaxi 2950 5750
L'Altar de los Colla dos 2730 5320
Hinissa 2717 5294
Le Sangay 2678 5219
Le Sinchulahua 2570 5009
Le Cotocachi 2570 5009
Le Tingarahua 2543 4958
Le Rucu-Pichincha 2490 4853
El Corazon 2469 4814
El Carquairazo 2450 4776
Plaine de Tapia 1490 2904
Volcan d'Aréquipa 1371 2693
Sommet du Turimtquiri (Montagnes de la Nouvelle-Andalousie) 1050 2046
Cuchilla de Guana-Guana 548 1068
Plateau de San-Angustin 533 1039
Plateau du Cocollar 408 790
Cerro del Impossible 297 579
Pic Duida (dans la Sierra de Parima) 1309 2551
La Silla (Caracas) 1350 2631
Le Brigantin 1255 2446
Collado de Buenavista 835 1627
Point le plus élevé du chemin de la Guayra à Caracas 763 1487
La Venta 622 1212
El Salto 465 906
Paramo de Mucuchies (Sierra-Névada de Mérida) 2120 4132

Quelques lieux habités des mêmes régions.

Métairie d'Antisana (dans les Andes) 2104 4101
Polosi 2052 4000
Ville de Micuipampa (au Pérou) 1856 3618
Tusa (sur le plateau de Quito) 1517 2957
Quito, sur la grande place. 1491 2908
Ville de Caxamarca (au Pérou) 1467 2860
Santa-Fé de Bogota (Colombie) 1365 2661
Cuenca 1351 2633
Popayan 910 1775
Mérida 826 1610
Village de San-Pedro 584 1138
Caracas 446 869
Truxillo 420 818
Tocuyo 322 627
La Vittoria 284 583
Villa de Cura 260 518
Nueva Valencia 247 481

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DANS LES ANTILLES.

toises mètres.
Montagnes Bleues (Jama-que) 1137 2218
La Soufrière (Guadeloupe). 778 1557
Montagne pelée (Martinique) 665 1298
Volcan de Saint-Vincent 500 975

DANS LE CONTINENT AMÉRICAIN SEPTENTRIONAL.

Le plus haut pic des Monts Rocailleux 2905 5662
Le Mont Ssint-Élie (côte nord-ouest) 2828 5513
Volcan de Propocatepetl (Mexique) 2771 5400
Pic d'Orizaba 2717 5295
Sierra-Névada 2255 4786
Névado de Toluca 2372 4621
Montagnes du Beau-Temps (côte nord-ouest) 2334 4549
Pic James (Montagnes-Rocailleuses) 1873 3652
LeWashington (États-Unis). 1037 2021
Pic (d'Otter (Virginie 666 1297

Qnelques lieux habités des mêmes régions.

Mexico 1168 2277
Valladolid 1001 1951
Xalapa 677 1319
Cincinnatus (Etats-Unis) 85 165

(Les lacs Supérieur, Erié el Ontario, dans Ie bassin du fleuve Saint-Laurant, sont à 100, 88 et 34 toises 195, 171 et 68 mètres )

DANS L'ANCIEN CONTINENT MÉRIDIONAL.

AFRIQUE.

Point culminant des monts

Geesh 2553 4679
L'Atlas, au sud d'Alger 123l 2400

(La hauteur moyenne des cols de la chaîne de l'Atlas est évaluée à 500 toises.)

Monts Karrec (Afrique méridionale) 1050 2046
Schwecberge 917 1787
Montagne de la Table 601 1190
Kamberg 452 882
La Sierra-Léone (Guinée). 435 848
Pic de Sucre (dans la Sierra-Léone) 394 769
La Tête du Lion 370 721
La Croupe du Lion (cap de Bonne-Espéranca) 178 347

DANS L'ANCIEN CONTINENT SEPTENTRIONAL.

ASIE.

toises mètres.
Dhawalagiri (Hvmalaya) 4390 8556
Jawahir 4026 7848
Jamautri 3987 7772

(La hauteur moyenne des cols de ce système est de 2462 toises.)

Petcha ou Hamar (Chine) 3286 6404
Autre pic sur la frontière de Chine 2634 5135
Montagnes de Sochouda 1988 3874
L'Alta, au sommet d'Italitz-Koi (Tartane) 1678 3270
Petit Alta 1093 2130
Elburz (dans le Caucase) 2795 5447
Kasbeck 2399 4677
Mont Ararat 1800 3500
Plateau de Daba 2334 4549
Mont Olympe (Malaca) 1900 3703
Volcan d'Awatscha (Kamtchatka) 1501 2925
Tumel-Maxecb 1482 2910
Montagne de Me-Lin 1282 2498
Mont Ida (dans l'Anatolie). 907 1768
Le Liban 1500 2924
Mont-Carmel 344 670
Mont-Thabor 313 610

(En Asie, le désert de Coby, qui représente le fond d'une antique Caspieune, est élevé de 550 toises ou 1072 mètres, et le plateau du pays de Mysore a 400 toises ou 779 mètres; les steppe de Bucharie passent pour avoir 186 toises ou 362 mètres seulement)

Quelques lieux habités de l'Asie.

La ville de Beidara 1185 2309
Le village de Kégcn (Caucase) 911 1834
La vallée du Népaul 640 1247
La ville d'Aunenour (Caucase) 445 865

EUROPE.

Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée des élévations calculées dans ce fragment de l'ancien continent septentrional, que d'extraire d'un excellent chapitre de la Géographie universelle de Malte-Brun (tome VI, page 28 et suivantes) une liste des points principaux, où nous réduirons en toises et en mètres les hauteurs qui s'y trouvent exprimées eu pieds, sans tenir compte des fractions; nous n'y changeons

[page] 176

qu'en quelques points la nomenclature avec la distribution des systè mes de montagnes.

Système Ouralien qui, séparant l'Asie de l'Europe, s'étend du sud au nord, depuis le cinquantième degré de latitude environ jusque vers le cercle polaire arctique.

toises. mètres.
Pawdinskoi-Kamen 1057 2036
Komchesfskoi 1416 2761

(Le plateau de Walda, au centre de la Russie d'Europe, dont les eaux s'écoulent dans la Caspienne, dans la mer Noire et dans la Baltique, passe pour avoir 208 toises, ce qui nous parait être fort exagéré.)

Système Hyperborèen, parfaitement isolé du reste des Montagnes de l'Europe; il s'étend de d'extrensité sud-ouest de la Norvège jusqu'au cap Nord. Le centre, appelé chaîne Dofrine, en est le point le mieux caractérisé. Le reste se compose de hauts plateaux sur lesquels s'élèvent çà et là quelques chaînes à peu près indépendantes les unes des autres.

toises. mètres.
Dofre (Norvège centrale, glacier) 1161 2263
Snée-Hoettan ou Bonnet-de-Neige 1389 2606
Sylt-Field 1109 2161
Kœl-Field 1069 2073
Tron-Field 1004 1957
Swucku (Mont Sévons) 803 1565
Transtrund 549 1070

(Entre la Suède et la Norvège existe ici le désert de Svarteborg, élevé de 300 toises.)

toises. mètres.
Sogne-Field (glacier dans la Norvège occidentale) 1229 2395
Folgefond 1131 2204
Lang-Field 1128 2179
Fille-Field 1007 1963
Hallingdal 1002 1953
Snée-Breen ou Dôme-Neige. 1000 1949
Hardanger 984 1818
Suletind 920 1793
Gousta 846 1649
Guta-Field 8l6 1592

(Le plateau qui supporte cette chaîne entre environ pour 500 toises dans la haulear de ses sommets.)

toises. mètres
Sulitielma (Laponie) 960 1871
Linayegna 948 794
Tulpayegna 675

1312

Saulo 634 1235

(Le plateau de Laponie entre pour 232 toises dans la hauteur de ses Montagnes.)

Une chaîne maritime forme parallèlement à la côte de Norvège, depuis le soixante-huitième degré environ jusqu'au cap Nord, vers le soixante-dixième et demi, un système d'tles ou de promontoires fort éleves, et qui sont:

toises. mètres.
Joke-Field (Péninsule) 683 1331
Le glacier de l'île de Vaag. 666 1298
Le glacier de 1'île de Hind. 666 1298
Le glacier de l'ile de Seyland. 650 1257
Voriedader 616 1200
Strovands Field 616 1200
Le cap Nord 261 509

(La Suède méridionale offre des plateaux élevés enrre lesquels la Ramsgilla et le Taberg dans le Smoland ont 179 et 172 toises, et le Kinekulle dans la Westrogothie, 156. Les lacs Vetter et Venner y sont à 49 et 24 L'ile de Bornholm, dans la Baltique, en a 66.)

Montagnes Britanniques.

Ces Montagnes en méritent peine le nom. Dans l'Ecosse, qui est toute hérissée, elles sont les plus considérables et paraissent former un système complètement isolé, composé de chaînes à peu près parallèles du nord-est au sud-ouest, et auxquelles se rattachent les Orcades et les Hébrides. L'Irlande n'offre guère que dès collines prononcées.

toises. mètres.
Ben-Nevis (Écosse) 686

l337

Cairn-Grom 675 1315
Ben-Lawer 625 1218
Ben-Mor 602 1174
Ben Wevis 581 1l32
Ben Lomond 504 982
Ben-Vorleih 530 1033
Cheviot-Hill 414 807
Sommet de Hoy (îles Orcades) 270 523
Cross-Feil (en Angleterre, comté de Cumberland). 522 1017
Hellwyl 511 995
Snewdon et Shéhalien (au pays de Galles) 533 1039
Cader-Idris 555 1082

[page] 177

toises mètres
Skiddan 392 697
Peo-Ladi 515 1004
Bladclarg 451 887
Macgillicuddy (en Irlande) 532 1037
Sliabh-Donard 525 1023
Knockmeldown 450 877
Chroug-Patrick 444 865

(On prétend qu'un sommet appelé Cahir-Canningh s'élève a près de 700 toises, mais le fait est douteux. Les lies d'Arran et de Mann, l'une à l'ouest, l'autre à l'est de l'Irlande, passent pour avoir à leur point culminant 460 et 272 toises.)

Montagnes Germaniques.

Système Sclavonique. Encore que plusieurs savans, et Beudant entre autres, aient fort bien fait connaître certains points de ce système, sa masse et sa circonscription sont cependant des choses hypothétiques sur nos meilleures cartes, tant la géographie physique est peu avancée, même dans les Etats européens. On y rattache les monts qui, formant les parties orientales de la Transylvanie, ont fait évidemment partie des Monts de la Grèce avant l'époque où le Danube en opéra la séparation vers Neu-Orschova. Il serait possible qu'une grande dépression qui existerait vers les limites de la Buchowine, partie de la Gallicie, séparât encore les monts Transylvains des Krapacks qui distinguant, en forme d'arc, la Hongrie de l'ancienne Pologne, sont le noyau du système Sclavonique. Malgré qu'on ait coutume d'unir ces Krapacks au système suivant, comme dans les plus modernes traités de géographie on s'obstine à unir les Alpes aux Pyrénées, et celles-ci au mont Caucase, une vaste dépression, dans le sens où le général Andréossy emploie ce mot, ne les en sépare pas moins. Cette interruption notoire est un plateau simplement accidentel, car il ne faut pas imaginer que les premières sources de la Vistule ou des affluens opposés de l'Oder et de la Waag, tributaire du Danube, s'échappent des sommets fort élevés. Les vainqueurs d'Austerlitz, qui parcoururent la Moravie d'une extrémué à 1 autre, et ceux qui, sur les traces des fuyards, pénétrèrent vers la Silésie autrichienne, ou qui ont été de Brunn à Cracovie, savent fort bien qu'il n'y a proprement pas de chaîne à traverser, et que le sol de ces lieux, pour être assez profondément anfractueux, ne peut être raisonnablement appelé un pays de Montagnes.

toises. mitres.
Ruska-Poyana (groupe oriental, appelé Alpes Bastaniques par Malte-Brun). 1550 3021
Gailuripi 1500 2923
Buthest (du côté de la Transylvanie) 1360 2651
Buthest (du côté de la Valachie) 1066 2077
Rétirzath 1330 2592
Leutschitz 1323 2578
Budislaw 1248 2433
Uénokar 1232 2401
Sural 1187 2322
Kukuratzo 780 1520

(La ville de Kronstadt, vers le centre du groupe et près des frontières de la Valachie, est élevée, dit-on, de 316 toises.)

Lomnitz (groupe karpathique ou central, selon Beudant) 1324 2580
Krywan 1859 3623
Pietrosz 1137 2216
Présiba 1004 1957
Babia-Gora 905 1760
Krywan de Thurecz 902 1758
Czerna- Gora 800 1559
Gurabor 746 1454

( Le lac Vert, dans cette région, est élevé de 790 toises environ.)

Alt-Vater (groupe occidental, s'abaissant vers la Moravie et la Silésie) 761 1464
La Baude 740 1442
Peterstein 706 1434
Lissa-Hora (près de Teschen) 711 1385
Hackscha 680 1325

(Le plateau du pays est évalué dans ces hauteurs a près de 200 toises. Celui de la Moravie, entre les monts qui viennent de nous occuper et une partie des suivans, est, à Bruno, de 86 toises.)

Système Silésien, Celui-ci, distingué du précédent par des plateaux tourmentés qui sont loin de l'y ratta-

TOME XI 12

[page] 178

cher comme système, est distingué du suivant par la coupure brusque qu'occasional l'Elbe; il sépare le haut bassin de ce fleuve de la vallée supérieure de l'Oder, et s'étend dans une ligne à peu près droite du sud-est au nord-ouest. Un contre-fort assez puissant s'en échappe dans la direction du sudouest comme pour isoler la Bohême de la Moravie. Ce contre-fort s'abaisse vers le Danube qui en rompit, entre Lintz et Passau, les dernières pentes long-temps rattachées à cet autre contre-fort qui, descendu du Camergut, liait les monts de Bohême aux Alpes, frontières du Saltzbourg et de Styrie, par Wolfseck, Gmunden et Halstadt.

toises. métres.
Schneeckuppe (Riegen-Ge-bürge) 825 1608
Sturmhaube ou le Grand Casque 736

1531

Hohe-Eule 507 1085
Otterstein 526 1025
Schneeberg 511 995

(La ville de Glatz, dans la principale vallée de cette région, est à 210 toises. Le Leuchberg, sommet Basaltique, en a, selon de Buch, 457 environ.)

Kreutzberg (dans le contrefort entre la Bohême et la Moravie) 340 662
Rotschotte 237 462
Steinberg 540 1064
Plœckenstein 696 1357
Le Rocher d'Hohenstein 670 1306
Postling (vers le Danube, vis-à-vis de Lintz). 301 586

Dans le plateau de la Bohême s'élèvent quelques

Montagnes isolées qui s'écroulèrent sans doute des systèmes voisins. La plus remarquable est le groupe appelé Mittel-Gebürge dont les sommets sont:

Donneberg 418 815
Hœltseh 359 700

(La ville de Budweis est sur une plaine de 196 toises; l'observatoire de Prague, vers le centre du bassiu, en a 92; et l'on cite, non loin de cette capitale, un coteau de vignobles à Melnick, au-dessus du 50e degré nord, qu'on estime à 100 toises, ce qui est beaucoup sous un tel parallèle.)

Système Teutonique. Celui-ci, fort sinueux dans son étendue, séparé du Silésien par la fracture qu'occasional l'Oder, forme le véritable noyau central de l'ancienne Germanie. Descendant du nordest au sudouest, il limite d'abord la Bohême et la Saxe et vient s'identifier au plateau de cet ancien Palatinat, qui fait maintenant la partie septentrionale de l'heureux royaume de Bavière. Le Hartz en forme le centre avec les hauteurs de la Thuringe; il vient enfin se fondre sur les rives du Rhin ou les Vosges, et les hauteurs des Ardennes en dépendirent certainement avant que ce fleuve et la Moselle l'eussent divise dans ses extrémités occidentales, comme l'Oder en brisa les rocs orientaux. Les hauteurs de la Franconie et de la Souabe, où s'élève le groupe appelé Forêt-Noire, n'en sont que des dépendances qui s'unissaient peutêtre d'un autre côté au Jura; alors le Rhin ne s'était pas violemment fait jour à Bâie ni a Bingen; l'Alsace était un grand lac, et la vallée du Rhône communiquait à celle du Danube par les parties de la Suisse que les Alpes ne surchargent pas. Les berceaux des races humaines, que nous avons appelées Celtique et Germaine dans l'espèce Japétique (V. HOMME), étaient séparés de celui des races Pelages par un vaste bras de mer; deux cents toises au plus de diminution dans la masse des eaux, à la surface du globe, ont suffi pour faire disparaître ces premières limites posées originairement par la nature entre des peuples autochtones divers.

toises métres
Schneekopf (groupe oriental, dit Ertz-Gebürge) 552 1076
Anersberg 492 959
Lausche 401 781
Fichtelberge (Saxe) 622 1202
Beerberg (Thuringe) 497 969
Schneekopf 495 965
Inselberg 465 906
Broëkeu ou Blocksberg (dans le Hartz, groupe central.) 562 1095
Bruchberg 503 980
Kreutzberg 459 894
Winterberg 447 871
Dammersfeld 421 828
Feldberg 433 844

[page] 179

toises
Ment Meisoer (Basaltique). 364 709
Saltxbnrgs-Kopf (Westerwald) 434 846
Lœvenberg (groupe volcanique de Siebenbergen). 312 608

La Forêt-Noire, que nous avons dit s'étendre dans la Souabe, et se rattacher aux monts Germaniques par le plateau de la Franconie, domine un pays généralement assez uni, mais où les moindres cours d'eau se sont creusé des vallées souvent très-profondes, dans lesquelles on se croirait en un pays de Hautes-Àlpes. Entre les rivières qui s'y sont le plus encaissées de puis le Mein jusqu'au Danube, on doit citer la Taube, l'Yaxt et la Kocher. Les points les plus élevés y sont:

toises. métres.
Le Feldberg (Forêt-Noire proprement dite) 768 1497
Le Bœlchen 728 1419
Le Kandel 651 1260
Le Kohlgorten 647 1261
Le Strenberg (en Souabe) 462 900
Le Rostberg 448 873
Le château de Hobeozokern. 437 852

(Les sources du Danube, dans cette région, ma sont guère qu'à 200 toises ou 390 mètres.)

L'Allemagne septentrionale, terre d'alluvion, récemment sortie des eaux, ne présente aucune Montagne; quelques monticules, qui ne sont que des rocs épars ou de hautes dunes fixées, y sont jetées ça et là; les plus remarquables sont au-dessus des lacs voisins ou dans la Baltique.

toises. mètres.
Perleberg (dans le Mecklenbourg) 104 203
Le cap Stubben-Kammer (dans l'ile de Bugeo) 92 179

(Le Jutland a aussi un sommet de 200 toises appelé l'Himmerbierg. L'Eiffeld, entre la Meuse et la Moselle, est un groupe dont plusieurs cimes atteignent 270 toises que remplissent des volcans éteints fort bien conservés; il a appuie contre un plateau considérable, depuis Mont-joie, non loin d'Aix-la-Chapelle, jusque dans le pays de Luxembourg dans les Ardennes. Ce plateau est couvert de vastes et profoods marais appelés Fanges où les neiges persistent durant près de huit mois quand les étés ne sont pas trop chauds, fait très-remarquable à une telle latitude. Le plateau des Ardennes n'a guère moins de 300 toises.)

Monts de la Grèce.

« De toutes les parties de l'Europe, c'est la Grèce, dit l'auteur de l'un des volumes de nos Résumés de Géographie (de la Turquie d'Europe, page 11), dont la géographie est la moins certaine; la science naquit chez les Grecs, et c'est leur pays qui nous demeure précisément presque inconnu sous le rapport de sa constitution topographique.» L Hellène auquel nous devons l'ouvrage dont on vient de citer quelques ligues, dit son pays fort montagneux, déchiré par d'innombrables torrens, et présentant quelques vallées riantes de loin en loin, a On peut assurer, ajoute-t-il, qu'un seul système de Montagnes sert de charpente à la contrée, et qu'on n'imagine pas, comme l'ont représenté les graveurs, jusqu'à ce jour où M. Lapie nous a donné une excellente carte, que ce système énorme se lie étroitement et sans interruption aux Alpes devenues presque entièrement autrichiennes: les monts Illyriens n'en font nullement partie, ils sont au contraire sensiblement sépares de l'éperon des Alpes Carniques, projetées vers le nord-ouest par les plaines de la Croatie turque et de la Dalmatie méridionale qui avaient jusqu'ici disparu sous le burin des artistes. Le système des Montagnes grecques est donc un noyau isolé qui, lorsqu'il fut détaché de l'Asie-Mineure, devint évidemment une île à laquelle s'unirent peu à peu d'autres îles aux dépens des archipels qui l'environnaieut.» Ici, d'après le témoignage d'un homme du pays, il est arrivé un échange de territoire entre deux parties de l'ancien continent, au moyeu duquel la Grèce devint un morceau de l'Europe, d'asiatique qu'elle était. Nous l enverrons pour de plus amples détails à l'excellent petit volume du citoyen grec qui divise les Montagnes de sa patrie:

. En Dardaniennes, lesquelles s'étendant du sud-est au nord-ouest, séparent dans toute sa longueur la Bosnie et la Servie de la Dalmatie et de l'Albanie; elles sont granitiques, contienuent des sommets de 8 à 900 toises, et comprennent les pays des Monténégrins.

2°. En Helléniques, dont la chaîne descend presque directement vers 12*

[page] 180

le Midi, jusques et y compris ce que les anciens appelaient le Pinde, aujourd'hui Metzovou-Vouna, séparant ainsi le bassin de l'Aspropotamos ou Achéloüs de celui de Salamarria qui fut le Pénée. Cette chaîne se courbe ensuite presque à angle droit pour s'étendre directement vers l'est où, sous le nom d'e Délacha, ses racines orientales semblent correspondre avec le nord de l'Eubée qui en est comme une continuation. L'Olympe, antique séjour de dieux discrédités par d'autres dieux modernes, et dont la direction est parallèle aux côtes de la mer Ægée, paraît en être une dépendance. Les monts Àcrocéraunieus à l'opposé, qu'on dit présenter des neiges éternelles et qui contribuent à rétrécir le canal de Tarente, dépendent du système Hellénique.

3°. En Thraciennes, qui comprennent les monts Rhodopes sur une longueur de près de cent vingt lieues, et par lesquelles se lia l'Asie-Mineure à la Grèce lorsque la Propontide ne les séparait pas. La presqu'île Chalcédique, dont 1'Athos termine l'un des trois caps, s'y unit par le Pangée.

4°. En Cimmèriennes. Celles-ci comprennent, sur une étendue à peu près égale au système précédent, l'Hémus, depuis le Scardus jusqu'à la mer Noire, et, séparant la Macédoine de la Bulgarie, sont appelées en général monts Balkan par les Turcs. « Au point de jonction du système Cimmérien, et du nœud central des monts de la Grèce, dit l'auteur du Résumé de Géographie que nous citons, se rattache un puissant contre-fort dont les sinuosités et les brisemens divers affectent d'abord une direction générale vers le nord-ouest, comme pour séparer le bassin de la Morava de celui du Danube inférieur dont les plaines furent sans doute un golfe de l'Euxin, quand cette mer, pesant de tout le poids de ses eaux sur le point où se voit aujourd'hui le Bosphore, ne s'y était pas encore ouvert un dégorgeoir.» L'extrémité de ce contre-fort, après avoir décrit une sorte d'arc, correspond aux monts d'Orchova qui s'élèvent dans le territoire d'Hermanstadt en Transylvanie et dépendans des monts Karpathes, comme on l'a vu plus haut (p. 177 du présent article).

La hauteur d'aucune Montagne continentale de la Grèce n'a été encore régulièrement calculée; nous ne trouvons à ce sujet que de simples évaluations qui portent:

toises.
Les monts Acrocérauniens, à 17 ou 1800
L'Orbélus (en Macédoine), à 15 ou 1650
Les points culminans de 1'Hémus, à 1000 ou 1200
L'Olympe, à 9 ou 1100
Le mont Athos, à 1000 ou 1100
Le Pinde, a 12 ou 1300

On a déterminé beaucoup plus exactement les principales îles dépendantes de la Grèce, savoir:

toises. mètres.
Mont-Noir (Céphalonie) 666 1298
Mont Ida (aujourd'hui Pris-torit), en Crète 1220 2378
Ligrestosowo, ou Mont-Blanc 1184 2307
Lassite 1166 2272
Kentros 575 1121
Vrisina 441 859
Sommet de Naxos 516 1006
Cocyla (Scyros) 405 789
Mont Saint-Élie (Mylos) 400 780
Sommet de Paros 395 770
Delphi (Scopélos) 359 600
Sommet de Théra 301 586
Veglia (Astypala) 228 444

Les Alpes proprement dites.

Le plus important de l'Europe par la hauteur de ses sommets, ce système paraît être, quant à l'élévation, le troisième du globe. Il forme la distinction naturelle des bassins du Danube, du Rhône et du Pô; son étendue de l'est à l'ouest, depuis le Kahlenberg, en Autriche, jusqu'au mont Ventoux, en France, est d'environ deux cents lieues; son massif principal est situé entre la Suisse, l'Italie et la France. Les pentes méridiona-

[page] 181

les en sont bien plus longues que celles qui regardent le nord, et leurs racines de ce côté sont très-basses, et à peine élevées au-dessus du nivean de l'Adriatique, tandis que, vers la Germanie, elles consistent en plateaux qui, tels que ceux de Bavière, de Souabe et d'Helvétie, atteignent de cent à deux cents toises. Quelques géographes ont rattaché au système dont il est question, toutes les hauteurs de l'Europe, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Il est, en effet, possible que ces hauteurs aient bit originairement partie d'un même fragment de la croûte du globe, brisé plus tard, et l'on pourrait reconnaître la grande cassure qui les disjoignit, dans l'intervalle régnant aujourd'hui en arc de cercle entre les Alpes, durant toute leur longueur, le système Celtique séparé par le Rhône, et le système Germanique qui l'est par le Danube. L'écartement considérable opéré dans celte direction, vers l'époque où les crêtes des monts apparurent à la face des flots, des fragments de rocs y demeurèrent épars; ils y sont devenus des sommets et des contreforts; mais ils furent des îles d'antiques caspiennes et de lacs que nous représentent aujourd'hui de vastes plaines; les barrières qui interceptaient ces eaux captives se sont brisées en divers points, et les parois en sont devenues celles de la vallée du Rhône jusqu'à l'extrémité du Léman, de L'Aar jusqu'au confluent de cette rivière avec Je Rhin, du Rhin lui-même; depuis le fond du lac de Constance jusque vers Bâle; enfin du Danube, depuis les sources de ses premiers affluens, jusqu'au-dessus de Bude où ce fleuve change tout-à-coup de direction à angle droit, parce qu'à ce point de torsion fut long-temps son embouchure, quand la Hongrie était une caspienne alimentée par les eaux du grand fleuve.

Les Apennins sont évidemment un rameau du grand système alpin, que nulle dépression ne sépare suffisamment pour qu'on en puisse traiter sous un autre titre. Il forme la charpente de la presqu'île italique, sur deux cent quatre-vingts lieues de longueur dans une direction sinueuse du sud-est au sud-ouest, depuis la pointe la plus méridiouale des Calabres, jusqu'entre Savone, Gênes et Acqui où l'Apennin se rapproche plus que jamais des rivages pour s'unir au groupe appelé des Alpes maritimes. Quelques points, dans son étendue, présentent des volcans éteints ou brûlans, entre lesquels l'Etna, le plus considérable de tous ceux de l'Europe, paraît en avoir détaché la Sicile que nous croyons appartenir au groupe dont il est question.

toises. mètres.
Colmo di Lecco (Apennin septentrional) 546 1064
Monte-Simone 1091 2126
San-Pelegrino 807 1573
Alpes de Doccia 690

1345

Monte-Barigazo 619 1206
Boseo-Lemgo 696 1356
Sasso-Simone 633 1234
Monte-Amiata 906 1776
Radicofani (Toscane) 478 933
Mont Socrate. 355 692

(Les villes de Viterbe el de Sienue, dans cette région appelée de l'Anti-Apennin, sont à 206 et 177 toises.)

Monte-Velino (Etats de l'Eglise) 1312 2557
Monte-Sybilla 1178 2296
Sasso-d'ltalia 1492 2908
Monte-Cavo (près Frosinone) 654 1275
Monte-Amoro ou La Majella (royaume de Naples) 1428 2783
Monte Castria 968 1887
Monte-Pennino 808 1575
Terminillo 1100 2144
Monte Génaro 654 1275
Roca di Papa 372 725
Le Vésuve 584 1138
Monte Bolgario(prèsSalémi). 582 1134
Monte Calvo (sommet du Gargano) 800 1559
Sila (Calabre ) 772 1505
L'Etna (Sicile) 1711 3335
Pizzo di Case 1018 1984
Coro di Mofera 977 1904
Portella dell Aréna 805 1569
Piano di Troglio 775 1510

[page] 182

toises mètres
Monte-Cucéio (près Palerme) 503 980
Monte-Giuliano (l'Erix des anciens) 421 820

Les sommets de quelques Iles dépendantes physiquement de l'Italie ont aussi été mesurés; mais on n'a aucune donnée certaine sur les Montagnes de la Sardaigne dont les plus Considérables appelée de Limbara, de Villa-Nova, de Génarente, d'Arizzo et de Fonny, passent pour conserver leurs neiges durant l'été. Les hauteurs insulaires déterminées sont les suivantes.

toises. mètres.
Monte Rotondo (Corse) 1377 2684
Monte d'Or 1367 2664
Monte Capanna (île d'Elbe) 600 1169
Epoméo (île Ischia) 394 768
Anacaprî 306 596
Montagnuolo (île Felicudi). 478 922

Les Alpes maritimes, établissant Une continuation à l'Apennin par le nord-ouest, forment une séparation naturelle, que ne respecta pas toujours la politique, entre la France et l'Italie, en se ramifiant d'un côté vers le Dauphiné et de l'autre vers le Piémont. Les points déterminés de ce groupe sont:

toises mètres.
Caoume (près de Toulon). 408 795
Saint-Pilon 505 984
Mont de Lure 900 1754
Mont Ventoux 1133 2208
Mont Charance (près Gap). 800 1559
Col de Tende 910 1773
Le Parpaîilon (près Barcelonnette) 1400 2729
Le Siolane 1512 2947
Mines de charbon de Saint-Olup 1080 2105
Le Chafiol le Vieux 1704 3321
Le Loncira 2258 4401
Le Loupilon 2210 4307
Le Pelon de Vallomse 2218 4322
Le Joselmo 2167 4223
Plus grand sommet du Mont-Viso 2162 4213
Mont-Viso de Ristolas 2054 4003
Mont Genèvré 1843 3592
Mont-Conis 792 3493
toises mètres
Pic de Pelladonne (chaîne du Dauphiné qui aboutit au Rhône) 1600 3118
Le Chevalier 1167 2274
Les Richardières 1207 2352
La Chamechaude 1073 2091
Le Gardgros 750 1462

(Les sources du Pô, dans ce groupe, sont a 1001 toises de hauteur; le passage du Mont-Cenis, qui est l'une des grandes communications de la France, s'élève à 1059, et le lac de celle Montagne est à 982.)

On appelle Pennines les Alpes les plus élevées; leurs sommets ailiers, Couverts de glaciers éternels, sont encore dominés par le Mont-Blanc qui en forme le centre.

toises. mètres.
Mont Iseran 2076 4046
Mont Valaisan 1709 3331
Mont Saint-Bernard 1500 2923
Le Cramont 1402 2732
Mont-Blanc 2465 4804
Le Buet 1579 3077
Aiguille de l'Argentiére 2094 4081
Le Grand-Saint-Bemard 1700 3372
Mont Rosa 2405 4687
Mont Cervin ou Malter-Horn 2310 4502
Breithorn 2002 3902

(Dans ce groupe, le passage du Saint-Bernard est de 1123 toises; le col de la Seigne a 1258; celui du Bonhomme a 1255; celui du Géant a 1063; le passage du Grand-Saint-Ber-nard a 1279; celui du mont Cervin a 1750, et la roule du Simplon a 1039; le Prieuré de Chamouny est à 542.)

Du Groupe da Saint-Gothard, descendent le Rhône dont la vallée supérieure est appelée Valais, la Reuss ou Vallée d'Uri, jusqu'au lac de Lucerne, les deux sources du Rhin au pays des Grisons, et les affluens du Pô qui forment le lac Majeur; ce groupe est lié au précédent, et occupe le point central du midi de la Suisse; on y distingue les sommets suivans:

toises mètres.
Petchiroa 1662 3239
Pettina 1431 2788
Fieuda 1591 3102
Furca (ou Montagne de la Fourche) 2195 4273
Stella 1747 3405
Piz-Pisoc 2000 3898

[page] 183

(Le passage du Saint-Gothard, à travers ces Montagnes, est élevé de 1065 toises. et les sources de la Reuss, de l'Aar et du Rhôue, y sont à 1108, 913 et 832.)

Du Groupe du Saint-Gothard descendent trois chaînes principales, la première entre le canton de Berne et le Valais; la seconde entre les cantons de Berne et d'Uri; la troisième entré les quatre petits cantons et le pays des Grisons; les principaux sommets de ces chaînes sont les suivras:

toises. métrés.
Grinaselberg (première chaîne helvétique, entre Berne et le Valais) 1597 3113
Finsteraarhorn (pic sombre d'Aar) 2204 4296
Schreckhoan (pic Terrible). 2195 4278
Wetterhorn 1956 3812
Pieschborn 2083 4060
Eiger 2044 3984
Mooch (le Moine) 2111 4114
Jungfrau (laVierge) 2145 4181
Doldenhorn 1881 3666
Blumli 1882 3668
Breithorn 1949 3799
Oldenhorn 1605 3128
Diablerets 1664 3243
Dent de Morcle 1491 2906
Nièsen (éperon septentrional) 1223 2384
Muthorn (deuxième chaîne helvétique, entre les cantons de Berne et d'Uri ). 1633 3183
Gallenstock 1920 3742
Sussenborn 1818 3545
Spitzli (ou la Petite-Aiguille) 1780 3469
Titlis 1785 3479
Stemberg (chaînon qui s'étend au nord-ouest) 1556 3033
Bisistock 1095 2134
Janchlistock 1244 2433
Scheinberg 1019 1986
Hoch-Gant 1135 2212
Mont-Pilat (près de Lu-cerne) 1180 2300
Sehlossbérg (chaînon qui s'étend au nord-est) 1604 3302
Wollenstok 1346 2623
Wendistock 1597 3113
Trithorn (troisième chaîne helvétique, qui se rattache au pic de Stella) 1191 2321
Ober-Alpstock 1707 3327
toises mètres.
Crispait 1091 2126
Piz-nussein (partage de la chaîne) 2166 4222
Dœdi (branche orientale à l'est de Glaris) 1972 3843
Bistenberg 1605 3128
Hausstock 1478 2881
Hoe-Kisten 1714 3341
Martinsloch 1596 2952
Scheibe 1561 3042
Twistols (branche qui accompagne le Rhin jusque vers le lac de Constance) 1629 3155
Groskuhfirst 1159 2259
Kamor 636 1239
Hochsentis 1269 2473
Leistkamm 1075 2095
Schnee-Alp 672 1310
Silter (près d'Appenzel) 672 694
Mont Zurich 373 727
Scharhorn 1699 3311
Klaridanberg 1671 3257
Ross-Stock 1341 2614
Rufli ou Rossberg 806 1571
Rigi 946 1843

(Les régions alpines, dont nous venons de signaler les hauteurs, abondent en lacs soit vers leurs régions supérieures, soit vers leurs racines; l'élévation des principaux, remarquables par leur étendue, par leur situation ou par les beautés de leurs rivages agrestes, a été mesurée.)

toises. mètres.
Le lac de Thun 296 576
——de Sempach 265 516
——de Lucerne 225 438
——de Zug 220 428
——de Zurich 213 415
——de Constance 181 353
——du Beat 353 688
—— de Bienne 221 431

Les Alpes Rhétiennes sont cet amas qui so ramifie depuis le pays des Grisons jusque dans la Bavière et le pays de Salzbourg par le Tyrol qui en est à peu près le centre. L'Inn s'en échappe vers le nord pour grossir le Danube; et les pentes méridionales sont tributaires du Pô.

toises. mètres.
Dachberg (la grande chaîne) 1609 3136
Vogelberg 1712 3337
Muschelhorn 1713 3339
Aporthorn 1712 3337
Reinwald (forêt du Rhin) 802 1583

[page] 184

toises. mètres
Le Bernardin 1551 3023
Tomba-Horn 1640 3196
Septimer 1500 2924
Longino 1463 2843
Err (sommet des monts Juliens ). 2166 4212
Ortelles 2402 4682
Hoch-Theroy. 1945 3796
Platey-Kogel 1624 3165
Greiner 962 1890
Scheneiber 1394 2717
Brenner 1010 1968
Habicht 1375 2680

(Dans cette chaîne, qui se rattache encore au mont Stella, le passage d'Airolo à Medel, est à 1120 toises; celui de Splugen à 993, celui du Julier à 1140, et le lac de Refen à 957.)

toises. mètres.
Malixerberg (petite chaînedu nord) 1256 2448
Rothe-Horn 1496 2916
Scesaplana 1534 2990
Kamm (près Magenfeld) 1266 2467
Piz-Linard 2100 4097
Hochwogel (entre le Tyrol etla Bavière ) 1366 2662
Zugspitze 1291 2517
Wetterstein 1269 2474
Solstein 1517 2957
Almenspitze 1343 2617
Watzmann (où la chaîne aété brisée par l'Inn) 1509 2941
Breithorn 1212 2362
Sasso del Fero (petites chaînes du sud) 505 984
Pizzo di Onsera 501 976

(Tandis que du côté du nord le lac de Tegern se trouve á 388 toises, du côté du sud, ceux de Lugano et de Côme ne sont qu'à 146 et 109, et lorsque le plateau de Munich est à 261, celui de Milan n'est qu'à 81.)

toises. mètres.
Mont Gario (Valteline) 1838 3582
Mont Legroncino 970 1891
Mont Lignone 1355 2641
Mont Baldo (monts Euganéens) 1157 2255
Mont Magloire 1143 2228
Monte di Nago 1065 2076

Les Alpes Noriques composent le groupe qui, s'étendant en Autriche, y limite au sud la vallée du Danube et se ramifie entre cette province, la Styrie et la Carinthie. Il y existe des glaciers éternels que nous avons entrevus.

toises. mètres
Le Grand Glockner 2169 4208
Le Hohenwart 1732 3376
Wisbac-Horn 1801 3510
Gross-Kogel 1516 2955
Le Taurn de Rauris 1343 2617
Hohe-Narr (au nord de la Carinthie) 1772 3454
Rauh-Eckberg (à l'est de Saltzbourg) 1226 2479
Wilden-Kogel 909 1772
Traunstein 1506 2927
Kappeinkarstein 1263 2462
Kalmberg 926 1805
Grossemberg 1397 2723

(Dans cette partie des Alpes Noriques, la ville de Salzbourg est à 218 toises, et les lacs d'Halstadt et de Gmunden à 259 et 200.)

toises. métros.
Pics de Winnfeld (chaînon séparant la Styrie de la basse Autriche et venant expirer au Kahlemberg contre le Danube un peu au-dessus de Vienne) 1242 2361
Hoch Gailing 970 1891
Schneeberg 1087 2119
Semmering 736 1434
Kahlemberg 226 440

Les Alpes Carniques et Juliennes, qui se ramifient sur les frontières du pays vénitien en Carniole et en Illyrie, jusque vers la Croatie, terminent àl'est le système Alpin, et comme nous l'avons vu en parlant des monts de la Grèce, ne paraissent pas se lier immédiatement à ces monts par ce qu'on appelle Alpes Dinariennes, ainsi qu'on l'a supposé. Leurs sommets connus sont les suivans:

toises. métros.
Mont Maréro 787 1534

(Les sources du Tagliamento et de la Piave sont ici à 690 et 663 toises.)

toises. métros.
Kranneriegen 974 1898
Terglow 1549 3019
Karst (au nord de Trieste) 247 484
Snisnik (sommet presque toujours couvert de neiges des Alpes Dinariennes) 1103 2148
Kleck 1047 2041
Plissavisza 900 1754
Mont Bardani 694 1353
Mont Biocava 813 1585

[page] 185

Montagnes de la France.

Nous ne comprendrons point, sous cette dénomination générale, les Pyrénées qui forment un système à part et commun à l'Espagne. Il ne sera question ici que des hauteurs propres à la France, évidemment séparées vers le sud du système Pyrénaïque, comme nous l'avons prouvé dans notre Résumé de Géographie de la Péninsule (cliap. I, p. 8 et suivantes), par les bassins opposés de l'Aude et de la Garonne, qui offrent les traces du détroit par lequel la Méditerranée communiquait origineirement avec l'océan Atlantique (V. MER). Les véritables Montagnes de la France nous paraissent constituer un grand système principal que nous appellerons Celtique et duquel les systèmes Jurassique et Armorique, bien moins considérable, demeurent indépendans.

Système Celtique. La crête de ce système interrompue par plusieurs dépressions, selon le sens qu'a donné à ce mot le général Andréossy, commençant au sud-ouest par les Montagnes Noires entre le Tarn, l'Aude et l'Hérault, devient ensuite les Cévennes; elle fut fracassée vers le milieu de son étendue par de violentes commotions volcaniques, dont Faujas, l'illustre Montlosier et Desmarest ont savamment décrit les vestiges; se liant aux Vosges par les hauteurs adossées au plateau de Langres, elle vient enfin expirer au mont Tonnerre vers le Rhin mitoyen. Dans son exposition occidentale, ses versans s'allongent en s'adoucissant; la Dordogne, la Loire, la Seine et l'Escaut s'en échappent avec quelques chaînons interposés qui se ramifient çà et là comme pour former de petits bassins particuliers à divers affluens des fleuves principaux; mais il est faux, malgré l'expression vigoureuse que donnent encore certaines cartes célèbres, au terrain compris entre plusieurs de nos grands bassins occidentaux, que les ramifications du système Celtique forment entre la Loire et la Seine ou la Somme et l'Escaut, par exemple, de ces contre-forts destinés à unir sans interruption les petites cimes granitiques de Bretagne pat les hauteursde l'Orne, ou l'Angleterre par le Pas-de-Calais, avec les Alpes de la Suisse. Il suffit d'avoir couru la poste de Paris à Orléans par le pavé, ou d'avoir été de Lille à Bruxelles par la grande route, pour être convaincu de la non-existence des monts que l'on avait coutume de graver entre ces villes et dont les canaux de Briare et de Flandre ont fait pour ainsi dire justice. Autant le versant occidental du système Celtique est allongé, autant l'oriental est brusque ou raccourci; en supposant les eaux de la mer élevées de deux cents toises de plus qu'elles né le sont maintenant, et portées au niveau qui leur faisait baigner les racines des monts éteints du centre de la France, ce versant ne serait pas sillonné par un cours d'eau qui eût vingt lieues depuis sa source jusqu'à son embouchure. Les bords occidentaux du bassin du Rhône, dans la direction de la Saône et du Doubs, en marqueraient les rivages, jusqu'à la dépression qui a fourni passage au canal de Montbéliard, et par laquelle le bassin des deux départemens Rhénans de la France formaient la continuation avec les mers septentrionales quand leurs flots couvraient les plaines germaniques. Une telle conformation indique encore un brisement dans le sens de la direction générale que nous venons de trouver par deux grandes vallées, opposées vers ce qu'on nomme le plateau du Rangier, situé au-dessus du coude du Doubs à Sainte-Urzanne. L'espace marécageux, rempli de lacunes entre Bourg et le confluent du Rhône avec la Saône, est encore l'humide témoignage d'un plus long séjour des eaux vers le milieu du détroit ou canal qui existait entre le système Celtique et celui dont il sera question dans le paragraphe suivant. En procédant au nord-est au sud-ouest et passant par les Vosges dont le savant et modeste Mougeot nous fait connaî-

[page] 186

tre la géographie botanique dans ses excellens fascicules de Cryptogamie; nous trouvons pour l'élévation des principaux lieux du système Celtique:

toises. métres.
Hasselberg (prés Bingen). 253 493
Mont Tonnerre 420 822
Ballon de Sultz (Vosges proprement dites) 728 1419
Hoeneck 688 1341
Monts de Chaumes 657 1280
Ballon d'Alsace 645 1257
Montagne du Brésoir 640 1247
Ballon de Servance 621 1210
Ballon de Guebvillier 619 1206
Ballon de Lure 582 1134
Ballon de Giromagny 550 1072
Haut de Thou ou NeuveRoche 510 994
Grand Venturon 494 963
Béherenkopf ou la Tête d'Ours 474 924
Mont d'Ormon 447 871
Mont Saint-Arnoux 387 754
Mont Parmon 308 600
Partages des eaux près de Langres 394 768
Mont Mareiselois (Côte d'Or) 360 702
Cime de Tasselot 307 598

(Les sources de la Seine sont, dans cette région, à 223 toises d'un côté, et la ville de Dijon à 104 ou III de l'autre.)

toises. métros.
Le Mont Mésin (Cévennes) 909 1772
La Puy-Mory 849 1655
La Margueride 779 1519
La Lozère 764 1490
La Vérune 500 975

(Aux Cévennes se rattache le groupe des Monfagnes d'Auvergne, la plupart volcaniques, et dont les pentes opposées forment les hauts bassins de l'Allier, grand affluent de la Loire, et de la Dordogne, qui grossit la Garonne au Bec-d'Arnbex pour en faire la Gironde. Les sources de cette dernière sont sur le Montd'Or, à 849 toises.)

toises. métros.
Le Puy de Sancy (sommet du Mont-d'Or 972 1895
Le Puy Perrand 955 1861
Le Puy des Aiguilles 948 1849
Le Puy Gros 925 1804
Le Cantal 952 1957
Le Puy de Dôme 752 1467

(La ville de Clermont, presqu'au pied de cette dernière Montagne, est à 260 toises. Lyon au confluent du Rhône et de la Saôue. de l'autre côté de la chaîne et vers sa base, n'est qu'à 79. )

toises. métros.
Pic du Montant (Montagnes noires) 533 1040
Roc qui domine Sorèze 286 557
Pic du Faux-Moulinier 318 622

(Après ce dernier point, les hauteurs qui s'élèvent entre les bassins de l'Aude et de l'Agout, affluent du Tarn, s'abaissent vers Toulouse, où le monticule dont le maréchal Soult éternisa le nom, n'a plus que 145 mètres. Le point le plus élevé, par lequel passe le canal du Midi, sur une dépression qui n'appartient point au même système que les Montagnes Noires; mais à un fragment jeté comme une île entre les monts Celtiques, et les monts Pyrénées, est à 189 mètres seulement au-dessus de la Méditerranée.)

Le système Jurassique est comme un amas de fragmens des deux plus grands systèmes qui l'environnent et qui dut former, au milieu d'eux, une ou plusieurs îles sillonnées de vallons parallèles, lorsque le niveau des eaux plus élevé de deux cents et quelques toises seulement, mettait en communication, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la mer du Nord et celle qui devint notre Méditerranée; du coté de Porentruy et de Montbéliard où le Doubs a causé tant de brisures, et vers Lauzanne, sur le lac de Genève, étaient les détroits opposés par où s'opérait la communication. Ces détroits sont devenus deux simples dépressions, comme il en sera un jour pour le Pas-de-Calais, ainsi que l'a prouvé le général Andréossy dans l'excellent Mémoire qu'il lut au mois de février 1826, devant l'Académie des Sciences. Le système dont il est question, long de vingtquatre à vingt-cinq lieues du nordest au sud-ouest, sépare la France de la Suisse; on y rattache, dans les Traités de Géographie, pour l'unir aux Alpes Bernoises, le mont Jorat, qui s'élève entre les lacs de Genève et de Neuchâtel, mais que des dépressions profondes isolent néanmoins.

toises. métros.
Lc Reculet 881 1717
Le Colombier 864 1684
Montagne de la Dôle 859 1674
Montendre 855 1666

[page] 187

toises. métros.
La Cbasserale 824 1606
La Dent de Vanlion 760 1481
Le Hassematte 747 1455
Le Macharu 726 1415
Bouge-Rœty 718 1399
Wissenstein (au-dessus de Soleure) 60 1286
Gros Toreau(prèsPontarlier) 676 317
Le Breberg 620 1210
Hont Pèlerin (Jorat) 638 1244

(Dans ce système, où se trouvent de beaux laes aux racines orientales, celui de Joux est à 115 toises celui de Neuchâtel à 223, et celui de Genève à 191. Le dernier passe pour avoir, en certains endroits, 125 toises ou 243 mètres de profondeur.)

Le système Armorique mériterait à peine une place dans cet article, si sa constitution granitique et schisteuse, et si la circonscription la mieux arrêtée ne prouvaient qu'il fut d'abord totalement indépendant du reste de la France à qui l'ont incorporé, dans la suite des siècles, les terrains calcaires paisiblement préparés entre scs racines et celles du système Celtique durant l'immensité de siècles écoulés. Peut être aussi fut-il détaché de l'Angleterre avec laquelle sa physionomie présente les plus grands rapports, et comme l'Espagne le fut de l'Afrique. La coupure abrupte des côtes opposées des îles Britanniques et de la France, la nature identique des subslances qui en forment les falaises et des fossiles qu'on y reconnaît, autorisent pleinement cette conjecture. Nous ajouterons un fait de plus pour lui servir de preuve. Les rives de l'Océan présentent partout une flore particulière; on appelle maritimes les Plantes qui la composent; cependant en herborisant, avec feu notre ami, collaborateur et compatriote Lamouroux, sur les côtes escarpées du Calvados, nous remarquâmes que pas une des Plantes que produisent les plateaux, même ceux aux pieds desquels sc brisent les vagues, n'appartenaient à la flore maritime. Nous ne rencontrâmes pas un Végétal qui ne fût également de l'intérieur des plaines normandes. Il n'existait tout au plus que cinq ou six Végétaux propres aux rivages dans les lieux où quelque arène formait une étroite plage. Si le même fait s'observe sur les côtes opposées depuis Cornouailles jusqu'en Sussex, il faudra bien reconnaître que les eaux de la Manche remplissent l'intervalle occasioné par la rupture d'un plateau dont les deux bords de la cassure ne se sont point revêtus de végétation propre aux bords maritimes plus anciens. Quoi qu'il en soit, le système dont il est question s'étend du départementde l'Orne jusqu'à l'extrémité du Finistère, c'est-à-dire de l'est à l'ouest sur environ quatre-vingts lieues. Entre l'ancien Perche et la Normandie, il commence par des hauteurs de 150 à 170 toises; vers Mortain, son élévation atteint à 200 environ; nous l'avons autrefois évaluée à 160, à son entrée en Bretagne, près Saint-Aubin- du-Cormier; ce qu'on appelle les Monts d'Arès et les Monts Noirs qui se bifurquent à son extrémité occidentale, passent pour avoir 156 et 126 toises.

Les Pyrénées.

Nous avons donné en ces termes, dans notre Résumé de Géographie de la péninsule Ibérique ( pag. 12 et suiv.), une idée de l'important système que forment ces Montagnes: « Il sépare la France de l'Espagne; ses points saillans établissant d'abord les frontières des deux royaumes. Des plaines du Roussillon et du cap Creux, le plus oriental de la Péninsule, naissent ses racines ou premières pentes méditerranéennes. Des sources de la Nive, qui vient à Bayonne se jeter dans l'Adour au côté opposé de l'Aquitanique, la chaîne se contourne légèrement; courant toujours vers l'ouest, parallèlement à quelque distance des côtes du golfe de Gascogne, elle sépare le versant Cantabrique du Lusitanique; elle s'étend ensuite jusqu'en Galice, où, se ramifiant en tout sens, elle pénètre par ses contreforts méridionaux dans les deux provinces de Portugal, qui sont situées au nord du Duero inférieur. Ge sye

[page] 188

tème est d'une extrémité à l'autre, de constitution granitique: on peut le diviser en cinq masses distinctes: 1° la méditerranéenne (orientale), dont le point culminant est le Canigou, séparé de la suivante par la Cerdagne, d'où naissent, pour s'écouler suivant deux pentes opposées, le Tet et la Sègre; 2° l'Aquitanique, où la Garonne et l'Adour prennent leur source dans des monts à glaciers, pour couler en France; 3° la Cantabrique (centrale), charpente des provinces Vascongades, séparée de la suivante vers les sources de l'Ebre; 4° l'Asturienne, presque aussi haute que l'Aquitanique, coupée à pic du côté du sud, qui regarde le royaume de Léon; 5° enfin la Portugaise (occidentale), celle dont les ramifications s'abaissent par le sud-ouest vers l'embouchure du Duero.» La partie la plus élevée du système Pyrénaïque qui domine les provinces méridionales de la France, fut explorée sous les rapports géologiques par le respectable Palassou avec beaucoup de persévérance La Peyrouse en donna une flore estimée, malgré les personnalités qui en ternissent la rédaction; Ramond, sous le double rapport des trois branches de l'histoire naturelle et de la physique, doit être considéré comme l'historien de ces belles Montagnes déjà si célèbres par leurs eaux minérales, et bien plus célèbres depuis qu'une plume élégante entreprit de les décrire.

toises. métros.
Canigou (groupe méditerranéen) 1441 2808
Pic de Néthou (groupe aqui tanique) 1786 3481
Mont Posatz 1764 3438
Mont Perdu 1749 3410
Le Cylindre 1720 3369
La Maladetta 1720 3355
Viguemale 1719 3354
Le Pic-Long 1655 3227
Le Marboré 1636 3189
Néouvieille 1619 3155
Pic du Midi de Bigorre 1506 2935
Pic du Midi de Pau 1467 2859
Pic d'Arbizon 1441 2808
Mont Saint-Barthélemy 1136 2214
toises. métros.
Montagne d'Arlas (Basses-Pyrénées) 980 1910
Sommet de Saint-Sauveur 840 1687
La Rhune (près Saint-Jean-de-Luz) 600 1169

Cols principaux du groupe aquitanique.

Port de la Paz 1692 3298
— d'Oo 1540 3002
— Viel d'Estaubé 1313 2559
— de Pinède 1282 2499
— de Gavarnie 1196 2339
— de Govorere 1149 2241
— de Canfranc 1050 2046
— de Roncevaux 900 1759
— d'Arraiz 680 1325
— d'Etchalar 550 1072

(Les lieux habités les plus élevés de cette partie des Pyrénées sont le village de Heas à 751 toises, celui de Gavarnie à 741, et Barèges à 651. Le passage du Tourmalet, si connu des curieux que la saison des eaux y attire, est 1116 toises.)

toises. métros.
Sierra d'Aralar (groupe can-tabrique) 1100 2144
Sierra de Salinas (à droite et à gauche du col) 950 1754
Sierra de Altube 1000 1919
Port le plus élevé près le port de l'Escudo 980 1910

(Ici existe la dépression qui sépare le groupe cantabrique du suivant. Elle est, selon l'exacte définition, déterminée par l'existence de deux cours d'eau opposés deux à deux et coulant en sens contraire; ces cours d'eau sont les sources du Rio Suancès, tombant dans le golfe de Gascogne, et de l'Ébre qui coule dans la Méditerranée. )

toises. métros.
Sierra de Séjos (groupe asturique) 900 1754
Point le plus élevé de Las Sierras-Albas 1100 2144
Point culminant à l'est de la route de Léon pour Ovie-do 1350 2631
Peñas de Europa 1500 2924
Peña de Péñaranda (vers le nœud de la Sierra d'Els-trédo) 1720 3362
Sierra d'Elstrédo 1130 2202
Sierra de Péñamarella (vers le cos de Piédrahita) 1480 2885
Sierra de Moodoñédo (Ga-lice) 460 897
Peña Trévinca (groupe occidental) 1500 2924
Sierra de San-Mamed 1206 2351

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Monts de la péninsule Ibérique.

Les géographes répétaient encore naguère que toutes les chaînes de l'Espagne et du Portugal étaient des ramifications des Pyrénées; il suffit d'avoir parcouru ces contrées sur quelques points pour se convaincre du contraire, et c'est être déjà en arrière de la science, que de faire graver le passage suivant dans un tableau comparatif des hauteurs du globe. « Les monts de la péninsule Ibérienne traversent toute l'Espagne du nord au sud et se terminent au cap Sula. Les grandes ramifications de cette chaîne forment à l'ouest les bassins du Duero, du Tage, de la Guadiana et du Guadalquivir, et à l'est de l'Ebre, du Xucar et du Ségura; la chaîne des Asturies qui se détache des Pyrénées entre la vallée de Roncal et de Batzau, se dirige de l'est à l'ouest, et se termine par plusieurs branches aux caps Ortégal et Finistère. » Il n'est pas un mot dans tout cela qui ne soit une erreur, parce que l'orthographe des noms y est presque partout estropiée, et qu'il n'existe pas de vallée de Batzau, mais de Bastan qui n'a aucun rapport avec la chaîne de Asturies, etc., etc... D'après un examen scrupuleux des monts de la péninsule Ibérique, nous avons établi ailleurs que ces monts sont distribués en systèmes très-distincts parfaitement indépendans des Pyrénées, et pour lesquels nous avons, dans l'un de nos précédens ouvrages, proposé les noms d'Ibérique, de Carpétano-Véttonique, de Lusitanique, de Marianique, de Cunéique et de Betique. Ce dernier qui, après le groupe des Alpes centrales, présente la plus haute sommité de l'Europe, se li it originairement par la Serranie de Ronda aux monts Africains, du moins nous croyons l'avoir prouvé dans notre Résumé de Géographie de la Péninsule où nous renvoyons le lecteur. Nous n'ajouterons dans cet article, à ce qu'on trouvera dans notre traité sur la géographie physique du pays, que quelques hauteurs dont plusieurs ont été depuis plus exactement déterminées. Celles de Catalogne se rattachantau système Pyrénaïque, opérèrent la liaison de celui-ci avec le système Ibérique, mais le cours de l'Ebre occasiona une grande interruption entre ces Montagnes.

toises. métres.
Estella (Catalogne) 908 1770
Puig-se-Calm-Rodos 776 1513
Le mont Serrat 635 1218
Morello 302 589
Mont-Jouic (fort de Barcelone) 105 205
Sierra de Oca (système Ibérique) 700 1368
Muéla, ou Dent de Arias. 677 1322
La Peña Golosa 376 733
Collado de Plata 684 1333
Sierra d'Espadan 564 1099

(Le grand plateau central auquel s'adosse le système Ibérique d'un côté, et d où part, à une certaine distance, le système Carpétano-Vettonique, est fort élevé, et présente en beaucoup de points l'aspect désolé des Steppes de Bukarie dans l'Asie centrale. Il a, selon les lieux, de 7 à 900 mètres.)

toises. métres.
Somma-Sierra (système Carpétano-Vettonique.) 1100 2144
Peña-Lara 1741 3393
Paraméras d'Avila 500 975
Sierra de Villa-Franca 700 1364
Cime de la Sierra de Grédos (où existent, dit-on, des neiges permanentes) 1650 3216
Peña de Francia 890 1734
Principale chaîne de la Sierra de Estrella (Portugal) 1076 2097
Seconde chaîne parallèle 740 1442

(Dans ce système le col de Somma-Sierra passe pour être à 600 toises; celui du Guadarrama au Lion à 760, et celui de Bagnos à 400. Madrid, sur le plateau qui lui sert de base méridionale, est sur la Plaça-Mayor, à 380; de l'an tre côté Saint-Ildephonse, nou loin de Ségovie, est à 576)

toises. métres.
Point culminant de la Sierra de Guadalupe (système Lusitanique) 800 1559
Sierra Sagra (système Marianique) 928 1793
Picacho d'Almuradiel 410 769
Sommet de la Sierra de Constantina 550 1072
Combre de Aracéna 860 1676

(Le col célèbre appelé Despégna-Perros, au

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centre de ce système, est à 280 toises. Celui Del Rey, peu éloigné, à 272. Celui de Monasterio, par où l'Andalousie communique avec l, Estramndure, à 250. Le Saut du Loup, près de Serpa, où le Guadiana forme une sorte de cataracte, de 25 à 30.)

toises. mètres.
Sierra Caldérona (système Cunéique) 420 818
Foya 600 1245
Pic dans la Sierra de Monchique 620 1208
Le Mula-Hacen (système Bétique dans la Sierra-Né-vada) 1815 3539
Picacho de Véléta 1795 3499
Autre grand sommet de la Sierra-Névada, aux sources de la rivière de Gua-dix) l433 2793
Sierra Téjada 1200 2339
Sierra de Albama 920 1793
Autre sommet près Lanjaron (Alpuxaras) 1300 2534
Sierra de Gador 1130 2202
Sierra de Lujar 1094 2132
La Contraviesa 920 1794
Cerrajon de la Muerta 837 1631
Jabalcol 500 974
Point culminant au-dessus d'Antéquerra 660 1286
Nuestra Señora de las Nieves(Serranie de Ronda) 940 1832
Picacho de San-Cristoval ou Sierra del Pinar 880 1715
Sierra de Algodonales 560 1091
Sierra de Ubrique 750 1462
Sierra de Moron 280 546

(Le rocher de Gibraltar, qui n'est qu'un fragment détache de la Serranie de Ronda et des monts qui lui correspondent en Afrique, est élevé de 250 toises, Le bassin dans lequel est située la ville de Grenade, se trouve enclavé entre la Sierra-Névada et les monts opposés, dont le Génil brisa un contre-fort; il est à 200.)

Telles sont les mesures des hauteurs du globe réputées connues et d'après l'évaluation desquelles nous avons tracé les cartes annoncées dans l'article MER de ce Dictionnaire. De leur comparaison résulte, qu'avec moins de cinq cents toises d'eau, ajoutées à la masse de l'Océan actuel, on trouve, en tenant compte de quelques fracassemens probablement postérieurs à l'absorption d'une masse proportionnelle, une quinzaine de vastes îles, ou de grands archipels qui purent être les berceaux des espèces du genre Homme ainsi que des races qui dérivent de ces espèces et dont nous avons essayé de tracer les caractères dans le tome IX du présent ouvrage. Ces îles primitives furent aussi les points où apparurent beaucoup d'autres espèces animales et végétales dont les lois imposées par la puissance créatrice commandèrent l'existence, et qui descendant de leurs patries respectives, à mesure que la retraite des flots en augmentait les limites, se familiarisèrent et se confondirent les unes avec les autres, ou se firent la guerre à mesure qu'elles se rencontraient, en raison de leurs affinités ou des antipathies que leur mode d'organisation nécessitait. Parmi ces êtres d'espèce différente dans un même genre, qui naquirent ainsi sur chacune des grandes îles, furent, par exemple, divers Rhinocéros, les uns glabres dans les régions de l'Abyssinie ou de l'Inde; les autres velus vers les pentes sibériennes, où ils ont disparu, mais où notre système explique plus naturellement leur antique existence, que cette irruption des mers équatoriales vers les mers du Nord, imaginée par Pallas et qui aurait passé par-dessus l'Hymalaya, le Thibet, le Bélour et l'Altaï, pour transporter dans un climat polaire des cadavres noyés sous les Tropiques. Mais ce serait trop perdre les Montagnes de vue, que de s'étendre ici sur de tels aperçus; ils seront le sujet d'un article Dispersion, que nous réservons pour le Supplément de ce Dictionnaire par les raisons qu'a données A. Brongniart au mot MYLIA. (B.)

* MONTAGUI. POIS. Espèce du genre Cycloptère. V. ce mot. (B.)

MONTAIN. OIS. Espèce du genre Bruant. V. Bruant. (DR..Z.)

* MONTALBANIA. BOT. PHAN. (Necker.) Syn. d'Ovieda mitis. (B.)

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MONTANT. OIS. Syn. vulgaire de l'Ortolan des roseaux. V. BRUANT. (DR..Z.)

MONTBRÉTIE. Montbretia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Iridées et de la Triandrie Monogynie, L., établi par De Candolle (Bulletin de la Société Philomatique, n. 80) qui l'a ainsi caractérisé: spathe diphylle, scarieuse; périanthe supère, intundibuliforme, à six divisions peu profondes; trois oreillettes calleuses, sessiles, perpendiculaires, placées sur la surface interne des trois divisions inférieures; trois étamines libres insérées au sommet du tube; style unique, surmonté de trois stigmates grêles; capsule trilocalaire. Ce genre a pour type une Plante que les uns avaient placée parmi les Gladiolus, les antres parmi les Ixia, ce qui pouvait déjà faire soupçonner qu'elle devait être distinguée de l'un et de l'autre de ces genres. Ce qui le caractérise éminemment, c'est la présence des trois oreillettes calleuses sur la surface interne du périanthe, organes que l'on a considérés comme des étamines avortées, mais qui selon l'auteur du genre, n'ont point de rapport avec la nature des étamines, puisque celles-ci ne s'insèrent pas toutes à la base des lanières dépourvues d'oreillettes, et que l'une d'elles est placée sur la même nervure longitudinale, qui vers le milieu de sa longueur porte l'une des oreillettes.

La MONTERÉTIE PORTE-HACHE, Montbretia securigera, D. C., Gladiolus securiger, Curt., Ixia gladiolaris, Lamk., est figurée dans les Liliacées de Redoute, tab. 53. Cette Plante, qui croît au cap de Bonne-Espérance, a une racine composée de deux petits bulbes blanchâtres, arrondis, déprimés, émettant à leur base des radicelles simples et cylindriques. La tige est solitaire, herbacée, droite, simple, cylindrique, glabre, garnie à sa base seulement de cinq ou six feuilles un peu engainantes, oblongues, ensiformes, pointues, presque disposées sur deux rangs. Au sommet de la tige, se trouvent trois à cinq fleurs disposées en épi simple, sessiles, distantes entre elles, et chacune munie de deux bractées scarieuses. Le Gladiolus flavus d'Aiton et de Willdenow, est cité avec doute par De Candolle comme synonyme de cette Plante; mais la plupart des auteurs l'ayant admis comme espèce suffisamment distincte, ce sera la seconde espèce de Montbretia, si ce genre est conservé. (G..N.)

* MONTE. BOT. PHAN. Ce nom que Flacourt nous dit désigner à Madagascar le Tamarinier, est aussi donné quelquefois au même Arbre dans les îles de France et de Mascareigne. (B.)

MONTÉE. POIS. V. ANGUILLE au mot MURENE.

* MONTE-AU-CIEL. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Polygonum orientale. V. RENOUÉE. (B.)

* MONTEZUMA. BOT. PHAN. Genre de la famille des Bombacées et de la Monadelphie Polyandrie, L., établi par Mocino et Sessé, auteurs d'une Flore inédite du Mexique, et publié par le professeur De Candolle (Prodrom. System. Veget., 1, p. 477) qui en a ainsi tracé les caractères: calice nu, hémisphérique, tronqué, sinueux, denté; cinq pétales très-grands et un peu sinueux; étamines nombreuses placées eu spirale autour du style et dont les filets monadelphes forment un long tube marqué profondément de cinq sillons; style terminé par un stigmate en massue allongée; baie globuleuse à quatre ou cinq loges polyspermes.

Le Montezuma speciosissima est un grand Arbre qui croît près de Mexico. Ses feuilles sont glabres, cordiformes, aiguës, entières et pétiolées. Les fleurs très-grandes et d'une belle couleur purpurine, sont solitaires sur des pédoncules qui naissent sur les rameaux et au-dessous des feuilles. (G..N.)

MONTIA. BOT. PHAN. V. MONTIE.

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MONTICULAIRE. Monticularia. POLYP. Genre de l'ordre des Méandrinées dans la division des Polypiers entièrement pierreux, ayant pour caractères: Polypier pierreux, fixé, encroûtant les corps marins ou se réunissant soit en masse subglobuleuse, gibbeuse ou lobée, soit en expansions subfoliacées, à surface supérieure hérissée d'étoiles élevées pyramidales ou collinaires; étoiles élevées en cône ou en colline ayant un axe central solide, soit simple, soit dilaté, autour duquel adhèrent des lames rayonnantes. Les Polypiers de ce genre ont beaucoup de rapports avec les Méandrines; leur structure est analogue; seulement, les lamelles, par leur réunion, forment des cônes saillans ou monticules étoilés au lieu de former des colliues allongées comme dans les Méandrines, et les enfoncemens qui les séparent forment autour des monticules des sillons circulaires, profonds, et non des vallons prolongés; au premier aspect, on prendrait les Monticulaires pour des Astrées à étoiles saillantes; mais la position présumée des Polypes de celles-là ne permet pas d'établir ce rapprochement. Tout porte à croire, en effet, qu'ils sont placés dans les vallons, autour des monticules, tandis que dans les Astrées ils sont placés au centre de l'étoile.

On ne connaît qu'un petit nombre de Monticulaires vivantes qui viennent probablement de la mer des Indes. Fischer de Moscou avait également distingué ce genre et l'avait nommé Hydnophora. Il y rattache quelques espèces fossiles que Lamarck a mentionnées également, et, à ce qu'il paraît, d'après Fischer. Defrance (Dict. des Sc. Nat. T. XXXII, p. 499) observe judicieusement qu'il est plus que probable que l'on a commis une erreur à l'égard dé ces espèces, au moins pour celles que l'on rapporte aux figures de Guettard, et que l'on a pris pour « des Monticulaires fossiles, des morceaux pétrifiés qui n'étaient que le moule en relief ou l'empreinte d'Astrées ou autres Polypiers stellifères dont les étoiles étaient concaves, et qui ont disparu depuis que la pâte s'ést moulée ou pétrifiée sur leur surface.» Il suffit de jeter les yeux sur les figures citées de Guettard et sur le texte qui s'y rapporte, pour rester convaincu que les objets décrits par cet auteur n'étaient que des empreintes. Ces prétendues Monticulaires fossiles ne sont pas rares aux environs de Caen, et nous avons vu plusieurs fois des fragmens de Calcaire à Polypiers de cette localité, où l'on remarquait, sur le même morceau, des empreintes en forme de monticules et des fragmens s avait roduits. Nous sommes certain que Lamouroux s'est également mépris au sujet de sa Monticulaire obtuse, décrite page 86 et figurée tab. 82, fig. 13, 14, de son Exposition méthodique des genres des Polypiers. Nous avons vu et revu cent fois dans sa collection l'échantillon figuré; les étoiles saillantes et lamelleuses existent seulement à la surface; la masse est compacte et sans la plus légère apparence de lamelles prolongées dans l'intérieur; quelques-uns des monticules sont plus ou moins usés par le frottement; il est facile de se convaincre, en les examinant attentivement, que leur coupe ne présente aucun vestige de lamelles prolongées, et qu'ils ne sont que des empreintes.

Ce genre renferme les Monticularia Folium, lobata, polygonata, microconos et mearndrina. (E.D..L.)

MONTIE. Montia. BOT. PHAN. Ce genre de la famille des Portulacées et de la Triandrie Trigynie, L., était nommé Alsine et Alsinoides par les anciens auteurs et par Vaillant qui en a donné une. bonne figure (Botanie on Paris., tab. 3, f. 4). Ses caractères essentiels sont: calice persistant, divisé en deux ou trois lobes peu profonds; corolle monopétale à cinq parties, dont trois alternes et plus petites; étamines au nombre de trois ou cinq: ovaire surmonté d'un

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style unique, caduc, très-court, partagé à peu près jusqu'à la moitié en trois branches stigmatiques; cet ovaire est glabre, trilobé, uniloculaire, et porte, sur sa paroi interne, les rudimens de trois cloisons qui disparaissent totalement à la maturité; il est entièrement traversé par un axe composé de trois filets, et à sa base sont attachés trois ovules; mais pendant la maturation, cet axe filiforme se rompt au-dessus du milieu, s'oblitère; il n'en reste plus aucune trace, de sorte que les graines paraissent attachées au fond de la loge. C'est à Auguste Saint-Hilaire (Mém. sur le Placenta central, p. 43) que nous empruntons ces détails sur la structure de l'ovaire du Montia, qui n'avait pas été exactement exprimée par les auteurs. Ce genre ne renferme qu'une seule espèce, à laquelle Linné a donné le nom de Montia fontana. C'est une petite Herbe faible un peu charnue, dont la tige très-divisée est garnie de feuilles opposées, oblongues ou spatulées, très-entières. Ses tleurs sont axillaires, pédonculées, petites, blanches et penchées après la floraison. Cette Plante croît en Europe dans un grand nombre de localités aquatiques. Elle offre deux variétés que plusieurs auteurs allemands ont élevées au rang d'espèces, mais dont les différences résultent évidemment de la nature plus ou moins humide des localités où elles croissent. Il est juste néanmoins de dire que, selon Gmelin, auteur de la Flore de Bade, il y a des différences dans leur germination. La première variété est très-petite, de couleur un peu jaunâtre ou même quelquefois rougeâtre, et ses tiges sont presque droites; on la trouve sur les bords des marais desséchés. L'autre variété est du double plus grande; ses rameaux sont couchés et ses feuilles d'un vert assez vif; elle croît le long des eaux vives. (G..N.)

MONTIFRINGILLA. OIS. Nom cientifique du Pinson d'Ardennes. (DR..Z.)

MONTINIE. Montinia. BOT PHAN. Ce genre de la Dioecie Tétrandrie, établi par Thunberg et Linné fils, a été rapporté par Jussieu à la famille des Onagraires. Il est caractérisé de la manière suivante: Plante dioïque; calice à quatre dents; quatre pétales alternes avec les dents calicinales (corolle monopétale selon Gaertner).Les fleurs mâles ont quatre étamines.Les fleurs femelles présentent quatre filets stériles; un ovaire infère, surmonté d'un style bifide; une capsule oblongue, couronnée par les quatre petites dents calicinales, biloculaire, déhiscente longitudinalement, renfermant plusieurs graines attachées à un placenta central quadrangulaire, imbriquées, obovées, comprimées et ailées d'un côté. Une seule Plante constitue ce genre. Linné fils lui a donné le nom de Montinia acris, auquel Thunberg et Gaertner ont substitué ceux de Montinia cariophyllata et fruticosa. Cette Plante a une tige frutescente, droite, rameuse et légèrement anguleuse. Ses branches sont effilées, alternes, dressées, et portent des feuilles alternes pétiolées, lancéolées, entières, un peu éparses, glabres, vertes des deux côtés, marquées d'une forte nervure médiane de laquelle partent obliquement plusieurs autres nervures presque longitudinales. Les fleurs sont dioïques, blanchâtres, pédonculées et assez petites. Les mâles forment ordinairement des panicules terminales munies de courtes bractées. Les femelles paraissent solitaires et disposées au sommet de la Plante, sur des pédoncules terminaux 0u axillaires. Les fruits, dont la couleur est d'un brun foncé, sont très-âcres au goût. Cette Plante croît sur les coteaux sablonneux au cap de Bonne- Espérance. (G..N.)

MONTIRE. Montira. BOT. PHAN. Sous le nom de Montira guianensis, Aublet (Plantes de la Guiane, vol. 2, p. 637, t. 257) a décrit et figuré une Plante constituant un genre particulier de la Didynamie Angiosper

TOME XI. 15

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mie, L., et placé par Jussieu dans la famille des Scrophularinées. Ce genre offre les caractères suivans: calice divisé profondément en cinq parties longues et aiguës; corolle infundibuliforme, dont le tube est courbé, le limbe ouvert, divisé en cinq lobes égaux et pointus; quatre étamines didynames, attachées à la partie inférieure du tube, à filets grêles et à anthères biloculaires; ovaire arrondi, didyme, surmonté d'un style et d'un stigmate large, concave, marqué d'un sillon; capsule didyme, biloculaire, à quatre valves, renfermant un grand nombre de petites graines. La racine du Montira guianensis est fibreuse; elle émet une tige herbacée haute de deux à trois décimètres, noueuse et tétragone. Les feuilles sont opposées, sessiles, très-entières, oblongues et terminées en pointe. Les fleurs naissent par trois à l'extrémité des branches et des rameaux; l'une d'elles est presque sessile, tandis que les deux autres sont longuement pédonculées. Quoique Jussieu ait rapporté cette Plante à la famille des Scrophularinées, il a néanmoins indiqué son affinité avec les Gentianées. L'inspection de la figure donnée par Aublet, rappelle en effet le Spigelia anthelmintica qui appartient aux Gentianées, et l'on ne serait pas éloigné de rapprocher ces genres, si l'on connaissait mieux la structure du fruit des Montires. (G..N.)

MONT-JOLI. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires aux Antilles du Lantana involucrata, L. (B.)

* MONTLIVALTIE. Montlivaltia. POLYP. Genre de l'ordre des Actiniaires dans la division des Polypiers sarcoïdes, ayant pour caractères: Polypier fossile, presque pyriforme, composé de deux parties distinctes, l'inférieure ridée transversalement, terminée en cône tronqué; la supérieure presque aussi longue que l'inférieure, un peu plus large, presque plane en dessus, légèrement ombiliquée et lamelleuse; lames verticales, rayonnantes, au nombre de plus de cent. Ce que Lamouroux désigne, dans ces Polypiers, sous le nom de partie inférieure, est une sorte de tunique extérieure, ridée transversalement, peu épaisse, quelquefois interrompue, et laissant apercevoir, dans ces intervalles, le bord des lames perpendiculaires qui se remarquent à la surface supérieure. Ces Polypiers paraissent avoir adhéré aux corps sous-marins par un point peu étendu de leur extrémité inférieure; toutes leurs parties sont changées en Spath calcaire; souvent l'intérieur est creux et tapissé de Cristaux. Nous avons observé quelques échantillons à la surface desquels se trouvent des Serpules. Lamouroux était persuadé que ces Polypiers étaient entièrement mous et contractiles à l'état vivant: il les compare aux Isaures de Savigny. Nous ne pouvons regarder cette opinion comme probable, et renvoyons à l'article LYMNORÉE, où nous avons indiqué les principales raisons entièrement applicables aux Montlivalties, qui nous portent à rejeter l'idée que des corps entièrement mous aient pu se conserver dans les terrains calcaires. Nous croyons plutôt que les Montlivalties étaient des Polypiers lamellifères qui peuvent se rapporter aux Caryophyllies, et qui ne diffèrent pas essentiellement de celle que Lamouroux a nommée C. truncata, que l'on trouve fossile dans les mêmes localités que les Montlivalties.

Ce genre ne renferme qu'une espèce fossile dans le terrain à Polypiers des environs de Caen et autres localités à formations analogues; elle est décrite et figurée dans l'exposition méthodique des Polypiers par Lamouroux, qui la nomme Montlivaltia caryophyllata. (E. D..L.)

* MONTMARTRITE. MIN. Nom donné par Jameson à la variété de Gypse calcarifère qui se trouve principalement à Montmartre, aux environs de Paris. V. CHAUX SULFATÉS. (G. DEL.)

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MONT-VOYAU. OIS. Espèce du genre Engoulevent. V. ce mot. (B.)

*MOOKNA. MAM. V. ELÉPHANT.

* MOOSE-DER. MAM. L'Elan, Cervus Alces, est ainsi nommé dans le nord de l'Amérique. V. CERF. (IS.G.ST.-H.)

MOPSE. MAM. De l'allemand Mops. Syn. de Doguin ou Carlin, race de Ghiens domestiques. (B.)

MOPSĖE. Mopsea. POLYP. Genre de l'ordre des Isidées dans la division des Polypiers corticifères, ayant pour caractères: Polypier dendroïde à rameaux pinnés; écorce mince, adhérente, couverte de mamelons très-petits, allongés, recourbés du côté de la tige, épars ou subverticillés. Lamouroux est le seul auteur qui ait distingué des Isis les deux espèces dont il a formé son genre Mopsée. Elles pourraient se rapprocher des Milétées par le peu d'épaisseur et la persistance de leur écorce; mais les entre-nœuds des articulations sont cornés et peu saillans au lieu d'être saillans et subéreux comme dans celles-ci. Par la nature cornée de leurs entre-nœuds, les Mopsées se rapprochent des Isis dont semble les éloigner leur écorce mince et persistante; elles forment conséquemment un passage naturel entre ces deux genres. Leurs articulations pierreuses, de couleur fauve ou blond terne, ont une dureté assez grande pour recevoir un beau poli; leur surface est couverte de stries fines et longitudinales; les cellules polypiferes de l'écorce sont saillantes, recourbées en dessus, et présentent quelque ressemblance avec celles de la Gorgone verticillée.

Ce genre renferme les Mopsea verticillata et dichotoma. (E. D..L.)

MOQUEUR. OIS. Espèce type d'un sous genre de Merle. V. ce mot. (B.)

MOQUILIER. Moquilea. BOT. PHAN. Aublet (Plantes de la Guiane, 1, p. 521, t. 208) a constitué sous ce nom un genre de l'Icosandrie Monogynie, L., et qui fait partie de la tribu des Chrysobalanées dans la famille des Rosacées. Voici ses principaux caractères: calice turbiné à cinq dents aiguës; corolle à cinq pétales presque arrondis; environ quarante étamines longues, un peu inégales, insérées sur le calice au-dessous des pétales; ovaire hérissé, surmonté d'un style filiforme velu inférieurement, et d'un stigmate obtus; fruit inconnu. Le Moquilea guianensis, Aubl., est un Arbre indigène des forêts de la Guiane française. Ses feuilles sont ovales, acuminées, glabres, lisses, très-entières. Ses fleurs forment des grappes ou des panicules lâches, axillaires et terminales. (G..N.)

* MORADILLA. BOT. PHAN. V. ALMIZQUENA.

* MORÆA. BOT. PHAN. V. MORÉE.

*MORÆNULE. POIS. Espèce du genre Saumon, sous-genre OMBRE. V. SAUMON. (B.)

MORBRAN OU MORVRAN. OIS. Syn. vulgaire de Corbeau noir, en Basse-Bretagne plus particulièrement. V. CORBEAU. (DR..Z.)

MORCHELLA. BOT. CRYPT. V. MORILLE.

MORDELLE. Mordella. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Hétéromères, famille des Trachélides, tribu des Mordellones, établi par Geoffroy et adopté par tous les entomologistes avec ces caractères: tous les articles des tarses entiers; palpes maxillaires terminés par un article beaucoup plus grand que les précédens, en forme de hache; antennes simples ou seulement en scie dans les mâles. Ces Insectes ressemblent beaucoup aux Anaspes avec lesquels Fabricius les a confondus; mais ils en différent d'une manière tranchée par les tarses antérieurs qui, dans les dernières, ont le pénultième article bilobé; les Scrapties s'en éloignent par la forme du corps et parce que leurs antennes sont insérées dans une petite échancrure des yeux, ce qui n'a pas lieu dans

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les Mordelles; enfin les Ripiphores, les Pélécotomes et les Myodites en sont séparés par leurs antennes qui sont en éventail ou très-pectinées dans les mâles. Le nom de Mordelle était employé par les anciens pour désigner des Insectes qui provenaient de larves ou de Vermisseaux se nourrissant de la tige du Chou. Linné consacra cette dénomination dans les premières éditions de son Systema Naturœ, à un assemblage des Mordelles, Anaspes, Altises et de quelques autres Insectes fort différons; ce n'est que plus tard qu'il a présenté le genre Mordelle parfaitement naturel et correspondant à la tribu des Mordellones de Latreille. Ces Insectes ont le corps comprimé sur les côtés, un peu aplati en dessus, très-convexe en dessous; leur tête est petite, arrondie à sa partie supérieure, très-inclinée sous le corselet; les antennes sout de la longueur du corselet, composées de onze articles dont les quatre premiers sont filiformes, les autres sont en forme de dents de scie; le corselet est convexe, plus étroit antérieurement, terminé postérieurement par trois pointes assez saillantes; les élytres sont dures, oblongues, un peu aplaties en dessus, et recouvrent deux ailes membraneuses; les pates sont assez longues avec leurs tarses filiformes; l'abdomen est conique, ses derniers anneaux se prolongent et forment une queue dans les femelles qui s'en servent pour enfoncer leurs œufs dans les cavités du vieux bois.

Les Mordelles sont très-vives et très-agiles; elles se trouvent sur les fleurs; lorsqu'on les prend, elles glissent entre les doigts, et si elles parviennent à se dégager, elles prennent leur vol avec une promptitude étonnante. Ce sont, en général, des Insectes de petite taille dont les couleurs sont peu variées. Nous citerons:

La MORDELLE A TARIÈRE, Mordella aculeata, L., Fabr., Oliv. (Col., III, 64, 1-2); la Mordelle veloutée à pointe, Geoff., Deg., etc. Longue de deux lignes; noire, luisante sans taches, avec un duvet soyeux; antennes en scie; tarière de la longueur du corselet. Cette espèce est commune dans toute l'Europe. (G.)

MORDELLONES. Mordellonœ. INS. Tribu, auparavant famille, de l'ordre des Coléoptères, section des II étéromères, famille des Trachélides, établie par Latreille et renfermant les Insectes qui composent le genre Mordelle de Linné. Cette tribu est composée de Coléoptères généralement petits et très-agiles qui se trouvent sur les fleurs; leurs tarses varient sous le rapport de la forme de leurs articles et des crochets du dernier; le corps est élevé, arqué, avec la tête basse; le corselet trapézoïde ou demi-circulaire; les élytres soit très-courtes, soit de longueur ordinaire, mais alors rétrécies et finissant en pointe ainsi que l'abdomen; les antennes sont le plus souvent en scie; celles de plusieurs mâles sont en panache ou en peigne; la forme des palpes varie. La plupart des femelles paraissent déposer leurs œufs dans le bois, d'autres les placent dans les nids de Guêpes.

Latreille divise ainsi cette tribu:

1. Antennes des mâles en éventail ou très-pectinées; palpes presque filiformes.

Genres: RIPIPHORE, PÉLÉCOTOME, MYODITE.

Les crochets des tarses sont bifides dans les Ripiphores.

2. Antennes, même celles des mâles, tout au plus dentées en scie; palpes maxillaires terminés par un article plus grand, triangulaire ou sécuriforme.

Genres: MORDELLE, ANASPE, SCRAPTIE. V. tous ces mots. (G.)

MORDETTE. INS. L'un des noms vulgaires des larves de Hanneton. (B.)

MOREE. Morœa. BOT. PHAN. Genre de la famille des Iridées et de la Triandrie Monogynie, L. Depuis

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Linné à qui on en doit l'établissement, les auteurs ne se sont guère accordés sur les caractères à lui imposer, aiusi que sur les Plantes qu'on devait y faire entrer. Aussi le nombre des espèces de Morœa est-il très-considérable suivant les uns, et fort limité suivant les autres. Voici les caractères qui lui sont assignes par Jussieu: périanthe ou calice dont le tube est court, le limbe étalé à six divisions égales, dont trois surtout sont très-étalées, velues intérieurement ou imberbes, portant les étamines à leur base; style simple, surmonté de trois stigmates pétaloïdes, bifides, inclinés sur les étamines. Ce genre est très-voisin des Iris; il s'en rapproche surtout par son port, et n'en diffère essentiellement que par les trois divisions intérieures de son périanthe, qui sont petites et non conniventes comme celles des Iris. Il se distingue des Sisyrinchium et des Vieusseuxia par ses étamines libres; cependant plusieurs espèces ayant été décrites comme possédant les étamines réunies par la base, ce caractère neserait plus important ou du moins il serait nécessaire d'en exclure les espèces qui le présenteraient. C'est surtout avec le genre Vieusseuxia que le Morœa a tend à se confondre. Le port et les caractères, sauf celui que nous venons d'indiquer, en sont absolument les mêmes; aussi quelques auteurs sont-ils d'avis de ne pas admettre le Vieusseuxia. Plusieurs genres ont été formés sur des Plantes qui faisaient partie du Morœa. Le Belamcada de Rhéede, rétabli par De Candolle dans les Liliacées de Redouté, est constitué sur le Morœa chinensis de Thunberg. L'Aristea d'Aiton a pour type le Morœa Aristea de Lamarck, et renferme en outre plusieurs Plantes qui étaient autrefois des Morœa. Labillardière a créé son genre Diplarrhena sur une Plante que Vahl a réunie au Morœa sous le nom de Morœa diandra. Le Bobartia indica, L., est synonyme du Morœa spathacea de Valh. Enfin le genre Marica de Willdenow, ou Cipura d'Aublet, renferme plusieurs es pèces qui ont été rapportées au genre dont il est ici question.

Après tous ces changemens et beaucoup d'autres que nous ne pou vons signaler (car il est peu de genres d'Iridées dont quelques espèces n'aient pas été nommées Morœa ), il est difficile de dire quelles sont les véritables espèces qui doivent être regardées comme types. C'est pour quoi nous nous bornerons aux cour tes descriptions de celles que l'on rencontre le plus fréquemment dans les jardins des amateurs.

MORÉE FAUSSE-IRIS, Morœa Iridioides, Thunb.; De Candolle et Redouté, Liliac., I, t. 45. De ses racines fibreuses naissent des feuilles analogues à celles des Iris, c'est-à-dire disposées en éventail, engaînantes à la base, et très-fortement comprimées. La tige s'élève à côté des feuilles; elle est simple ou rarement branchue, garnie d'écailles engainantes, et supporte un petit nombre de fleurs qui s'épanouissent successivement et sortent d'unespathe foliacée. Ces fleurs n'ont point d'odeur, mais elles sont agréablement mélangées de blanc, de bleu et de jaune. Leurs stigmates sont grands, colorés, en un mot pétaloïdes comme ceux des Iris. Cette Plante est originaire du Levant, et surtout des environs de Constantinople. Sa culture est extrêmement facile; on la multiplie par la divisiou des racines ou la séparation des jeunes pousses. Elle fleurit au commencement de l'été; pendant cette saison, elle peut rester long-temps privée d'eau sans paraître en souffrir, et se plaît particulièrement à une exposition en plein soleil.

MORÉE A LONGUE GAINE, Morœa vaginata, De Cand. et Redouté, loc. cit., t. 56; Morœa Northiana, Andrews (Reposit., t. 255); Iris Northiana, Persoon. Ses feuilles radicales sont, comme celles des Iris, gladiiformes, disposées sur deux rangs opposés en forme d'éventail. La feuille supérieure offre ceci de remarquable,

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que dans toute sa longueur elle tient la hampe enfermée, phénomène qui s'observe également, mais bien moins complètement sur quelques espèces d'Ixia. Les fleurs sortent de la feuille au sommet de la gaîne; elles sont ordinairement au nombre de deux accompagnées d'une spathe à deux valves pointues et carenées. Cette Plante croît naturellement au cap de Bonne- Espérance avec plusieurs autres belles espèces que l'on cultive en Europe, ainsi que celle-ci, dans les jardins de botanique. C'est aussi do cette contrée qu'est originaire le Morœa végéta, L., ou M. iriopetala de Vahl, qui a été reporté parmi les Iris par Thunberg et Linné luimême. Celte belle Plante porte des fleurs bleues avec une tache jaunâtre et une raie barbue.

Toutes les autres espèces de Morœa croissent dans les Indes-Orientales et dans l'Amérique méridionale. Kunth en a décrit cinq espèces rapportées du Pérou et de Caraccas par Humboldt et Bonpland. (G..N.)

MORELLA. BOT. PHAN. (Loureiro.) V. ASCARINE.

MORELLANE. BOT. PHAN. Pour Morella. V. ce mot. (B.)

MORELLE. OIS. Syn. vulgaire de la Foulque Macroule, L. V. FOULQUE. (DR..Z.)

MORELLE. POIS. L'un des noms vulgaires du Véron. V. ABLE. (B.)

MORELLE. Solarium. BOT. PHAN. Ce genre, qui a donné son nom scientifique à une grande famille de Dicotylédones monopétales, appartient à la Pentandrie Monogynie, L. Il offre les caractères suivans: calice divisé en dents ou lobes au nombre de quatre à cinq, persistant et même croissant après la floraison; corolle monopétale, rotacée, dont le tube est court, le limbe grand, ouvert, plissé, à lobes anguleux, ordinairement au nombre de cinq, quelquefois de quatre à six; étamines en nombre égal aux lobes de la corolle, à filets subulés, très-courts, à anthères oblougues, rapprochées ou distantes, s'ouvrant par deux pores situés au sommet; ovaire ovoïde, surmonté d'un style filiforme et d'un stigmate obtus presque simple ou divisé légèrement en deux, trois ou quatre lobes; baie arrondie, quelquefois ovoïde ou oblongue, glabre, ombiliquée au sommet, à deux, trois ou quatre loges; graines nombreuses, ovées, portées sur des placentas charnus, convexes, tantôt unis avec la cloison, tantôt séparés de celle-ci par un processus laminaire et longitudinal qui les fixe à l'axe du fruit. Ainsi caractérisé, le genre Solanum ne renferme qu'une partie des Plantes que les auteurs y ont réunies à différentes époques. Nous ne parlerons pas non plus de celles décrites par es botanistes antérieurs à Tour ne fort; car pour ces temps d'ignorance, le mot de Solanum, que les scholiastes font dériver du latin solari, consoler, signifiait une foule de Plantes qui jouissaient de propriétés sédatives. Ainsi Dodœns, C. Baubin, Plukenet, Camerarius, Morison, etc., ont nommé Solanum non-seulement d'autres Plantes appartenant aux Solanées, comme des Atropa, des Datura, des Physalis, mais encore des Menispermum, des Phytolacca, des Trillium, etc., dont les feuilles et certaines qualités narcotiques offraient quelque analogie avec celles des Morelles. Tournefort distribua toutes les espèces, citées par C. Bauhin, en trois genres qu'il nomma Solanum, Melongena et Lycopersicon; mais comme l'organographie végétale était peu avancée à cette époque, les caractères différentiels qui furent assignés à ces genres par Tournefort, se trouvèrent par la suite de nulle valeur. Ce fut sans doute la raison qui détermina Linné à les réunir en un seul auquel il conserva le premier des noms, celui de Solanum, et dont le caractère principal fut d'avoir les anthères s'ouvrant par deux pores terminaux. Adanson réunit en un seul les genres Solanum et

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Melongena de Tournefort, mais il conserva le Lycopersicon qu'il caractérisa seulement par les anthères soudées et les graines velues, croyant, comme Linné, que les anthères, dans ce dernier genre, s'ouvraient par des pores terminaux comme celles des véritables Solanum. Ce fut Dunal qui, dans une excellente Monographie des genres dont il est ici question, assigna au Lycopersicon (V. ce mot) ses caractères différentiels. Il réunit au genre Whiteringia de l'Héritier le Solanum crassifotium de Lamarck, qui avait été confondu avec le S. Dulcamara. Il n'admit point le genre Aquartia de Jacquin fondé sur des espèces de Solanum dont les divisions du calice et de la corolle ainsi que les étamines sont au nombre de quatre au lieu de cinq, comme dans la plupart des autres espèces. Le genre Nycterium, établi par Ventenat sur le Solanum Vespertilio d'Aiton, qui n'offre d'autre différence que les anthères de ces Plantes un peu arquées, et une d'entre elles un peu plus longue que les autres, n'a pas non plus été adopté. A plus forte raison, les genres Dulcamara et Pseudocapsicum de Mœnch ainsi que le Psolanum de Necker, fondés sur des caractères encore plus légers, ne méritent pas d'être pris en considération. Ayant ainsi épuré et circonscrit le genre Solanum, Dunal a donné les descriptions de près de deux cent cinquante espèces qu'il a rassemblées en deux grands groupes caractérisés par leurs tiges pourvues ou dépourvues d'aiguillons. Il a ensuite subdivisé ceux-ci en plusieurs sections d'après les formes de leurs feuilles.

Les Morelles sont des Plantes herbacées ou frutescentes, inermes ou munies d'aiguillons, à feuilles simples, entières ou diversement sinueuses, lobées et décomposées, alternes, géminées dans la plupart des espèces, rarement alternes. Nous ne possédons en Europe qu'un petit nombre d'espèces de ce genre immense; toutes les autres sont indigènes des contrées équatoriales de l'un et l'autre hémisphère. Nous allons décrire celles qui présentent le plus d'intérêt, soit par leur utilité comme Plantes comestibles, soit par la beauté ou plutôt par la singularité de leurs formes.

La MORELE TUBÉREUSE, Solanum tuberosum, L. Vulgairement Pomme de terre, et très-improprement Patate dans quelques parties de la France. Ses racines sont longues, fibreuses, chargées de distance en distance de gros tubercules qui présentent diverses formes, mais qui ordinairement sont arrondis ou oblongs. Sa tige est herbacée, creuse, divisée en plusieurs rameaux, garnie de feuilles irrégulièrement pinnatifides, à lobes séparés jusqu â la côte principale, inégaux en grandeur, ovales et souvent même un peu pétiolés. Les fleurs forment des corymbes droits ou légèrement penchés et situés à l'extrémité des rameaux. Leur corolle est blanche ou un peu violette. Celte Plante a été introduite, vers l'année 1587, par l'amiral Walter Raleigh, en Angleterre, d'où elle s'est répandue par toute l'Europe. Il est probable qu'à celte époque les Espagnols l'avaient aussi rapportée du Pérou et qu'ils la cultivaient déjà dans leur pays. Son origine américaine n'a jamais été contestée; mais quoiqu'on sût que les Péruviens la cultivaient de temps immémorial, qu'ils en préparaient une fécule nourrissante à laquelle, selon J. d'Acosta, ils donnaient le nom de Chunno, on n'avait aucune certitude sur le lieu précis de son origine. Dans le cours de leur mémorable voyage, Humboldt et Bonpland la trouvèrent cultivée en tous les lieux où ils pénétrèrent, et ne purent savoir de personne si elle croissait sauvage dans les localités reculées des Cordilières. Cette question de la patrie originaire de la Pomme de terre, vient d'être résolue par l'envoi de plusieurs tubercules à la société horticulturale de Londres. On sait maintenant que ces tubercules ont été récoltés dans

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le Chili sur des plants de Pomme de terre absolument sauvages, et qu'elle y est fort abondante dans une vallée peu distante de la ville de la Conception. La première description de la Pomme de terre est due à l'Ecluse qui en avait reçu, en 1588, deux tubercules et des fruits. Depuis ce temps, elle s'est propagée avec une grande rapidité dans certaines contrées d'Europe, tandis que plusieurs pays voisius de celles-ci l'ont complètement ignorée. Ainsi, ce ne fut que pendant le cours du dix-huitième siècle qu'elle se répandit en Allemagne, en France et en Italie; et il est singulièrement remarquable qu'une Plante, dont l'utilité était aussi palpable, ne fût pas accueillie avec empressement, surtout par les hommes grossiers et ignorans qui ne semblent vivre que pour leur estomac et leur ventre; au contraire, le retard à son introduction chez les divers peuples a été en raison directe de leur ignorance et des préjugés que celle-ci enfante ou perpétue. Les efforts que fit en France le vénérable philanthrope Parmentier, furent enfin couronnés du succès; mais il ne fallut rien moins qu'une horrible circonstance, celle de la disette qui désola notre patrie pendant les troubles de la révolution, pour faire sentir l'importance de ce précieux Végétal, et pour détruire les ridicules préjugés qui s'opposaient à l'extension de sa culture. Aujourd'hui la Pomme de terre est cultivée sur presque toute la surface du globe; elle paraît jouir d'une constitution assez robuste pour s'accommoder de tous les climats, depuis les tropiques jusqu'aux contrées arctiques. Cette Plante est également indifférente pour le sol et l'exposition. Cependant elle vient mieux, et ses tubercules sont d'une qualité supérieure dans certains terrains; ils sont tendres et farineux, par exemple, dans les lieux dont le sol est sablonneux et gras; ils sont au contraire pâteux dans un terrain humide et glaiseux. Le choix des variétés n'est pas une chose indifférente, car il en est qui se développent mieux dans certains terrains donnés, qui sont plus ou moins hâtives, qui ont des tubercules plus ou moins riches en fécule amilacée, etc. D'après ces qualités diverses, l'agriculteur doit choisir les variétés qui sont le mieux appropriées à son climat, à son terrain et à l'usage qu'il voudra faire des Pommes de terre. Le nombre de ces variétés est extrêmement considérable; voici celles qui sont le plus généralement cultivées:

La BLANCHE LONGUE ou BLANCHE IRLANDAISE; corolles blanches, feuilles d'un vert obscur; tubercules presque cylindriques.

La POMME DE TERRE A VACHES ou POMME DE TERRE D'HOWARD; fleurs d'abord rouges, panachées, puis gris de lin; tubercules grands, presque cylindriques. C'est la variété la plus commune.

La ROUGE LONGUE ou POMME. DE TERRE ROUGE; fleurs blanchâtres; feuilles d'un vert obscur; tubercules oblongs, couverts d'un épiderme rouge.

La JAUNATRE RONDE; fleurs panachées; feuilles crépues; tubercules jaunâtres, presque arrondis.

La Violette Hollandaise; fleurs violacées; tubercules d'abord presque arrondis, devenant un peu cylindriques, parsemés de taches jaunâtres et violettes.

La PETITE CHINOISE ou SUCRÉE D'HANOVRE; fleurs bleues; tiges et feuilles grêles; tubercules petits, presque ronds.

Les principes constituans des tubercules de Solanum tuberosum, sont les mêmes dans toutes les variétés, mais leurs proportions varient dans chacune d'elles. D'après l'analyse chimique de la Pomme de terre rouge, par Einhof, elle contient à peu près les trois quarts de son poids d'eau. Sur 7680 parties, il obtint a Amidon, 1153; Matière fibreuse amilacée, 540; Albumine, 107; Mucilage à l'état de sirop épais, 312. Le suc de la Pomme de terre renferme en outre un Acide qui paraît être un

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mélange d'Acide tartarique et d'Acide phosphorique. Les cendres ont donné du carbonate de Potasse, de la Silice, de la Chaux, de l'Alumine, de la Magnésie avec du Mauganèse et de l'oxide de Fer. Comme la famille des Solanées est remarquable par les propriétés narcotiques de la plupart des Plantes qui la composent, on s'est beaucoup étonné de ne pas rencontrer dans les Pommes de terre aucun principe nuisible; cependant on a dit qu'elles ne faisaient pas exception à la règle, et que le suc de Pomme de terre n'était pas exempt de ce principe actif; que l'eau dans laquelle elles avaient bouilli, produisait un fâcheux effet sur l'économie animale, surtout lorsqu'elle avait servi à plusieurs décoctions. Quelques expériences tentées sur des Cochons d'Inde et d'autres Animaux, n'ont point confirmé ce résultat, de sorte que toutes les parties des tubercules du Solanum tuberosum n'ont aucun mauvais effet sur la santé. En Plusieurs cantons d'Allemagne la Plante même est donnée en vert aux Vaches et aux autres bestiaux. Mais nous croyons qu'il n'en est pas de même pour les baies qui sans doute participent aux propriétés de la famille des Solanées.

La fécule de la Pomme de terre en est la substance éminemment alimentaire; mais, malgré son analogie avec l'amidon des farines de Céréales, la farine de ces tubercules ne peut être assimilée à celles-ci sous le rapport des propriétés nutritives, car elle n'est pas accompagnée du gluten ou de la substance végéto-animale qui assure au pain de Froment sa supériorité sur toutes les autres nourritures tirées du règne végétal. La composition chimique de la fécule étant presque identique avec celle du sucre, puisqu'elle n'en diffère que par des nuances dans les proportions de ses élémens, on est parvenu par l'intermède des agens chimiques les plus actifs, tels que l'Acide sulfurique, la Potasse caustique, etc., à convertir cette substance en matière sucrée susceptible de donner une grande quantité d'Alcohol par la fermentation. Cet emploi de la fécule ajoute encore beaucoup à l'importance de la Pomme de terre qui, comme tout le monde sait, est un des alimens les plus agréables et les plus convenables à la santé. Quelques économistes ont publié divers procédés pour fabriquer un pain de Pommes de terre destiné à remplacer avec avantage celui fait avec la farine des Céréales; ils en ont peut-être trop exalté la bonne qualité, et par cela même ils ont nui à la propagation de cette ressource dans les temps de disette. Le pain fabriqué avec les Pommes de terre seules, auxquelles on a fait subir une légère fermentation, ne vaut pas celui des Céréales, ni sous le rapport de la saveur ni sous celui de la quantité de matière nutritive; mais la farine de Pommes de terre, ou plutôt la pulpe amilacée de celle-ci mélangée en proportions convenables avec de la farine de Blé, d'Orge ou de Seigle, fait un pain économique, et qui a cela d'agréable qu'il se maintient frais beaucoup plus long-temps que tout autre.

Les Pommes de terre sont d'une utilité majeure pour la nourriture des Animaux domestiques auxquels elles conviennent, soit qu'ils les mangent crues et divisées, soit qu'on les leur donne cuites. C'est sous ce rapport que leur culture en grandes masses dans les assolemens est une chose extrêmement avantageuse, car autrement le marché s'en trouverait promptement surchârgé, et les champs s'épuiseraient parce qu'il n'y aurait pas une production d'engrais proportionnée à la quantité de ces tubercules. Mais lorsqu'on les cultive pour la nourriture des bestiaux, elles sont: 1° un moyen de nettoyer la terre et de préparer de beaux produits en Plantes céréales et en foins artificiels; 2° un grand moyen de multiplier les Animaux domestiques en procurant la facilité de les nourrir, et par conséquent

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l'avantage de se procurer plus de lait, de laines, de viandes et d'autres produits animaux; 3° et surtout un point de sécurité dans les disettes de grains, parce que, dans les circonstances critiques, on peut appliquer à la nourriture de l Homme les masses considérables de Pommes de terre qui devaient nourrir les bestiaux.

Morelle Aubergine, Solanum esculentum, Dunal S. Melongena, L. Vulgairement Aubergine, Béringène, Mélongène, Mayenne et Vérangeane. Sa tige est rameuse, dressée, épaisse, ligneuse à la base, herbacée supérieurement, ordinairement garnie d'aiguillons peu nombreux. Ses feuilles sont ovales-oblongues, presque aiguës, sinueuses et anguleuses, tomenteuses surtout à la face inférieure; la nervure médiane est ordinairement munie d'aiguillons. Les fleurs, de couleur violette, ont leurs parties en nombre plus considérable de ce qu'il est ordinairement dans les autres espèces, en sorte que chacune de ces fleurs paraîtrait composée de deux soudées ensemble. Ainsi les divisions du calice et de la corolle, les étamines sont au nombre de six à neuf; l'ovaire offre aussi quatre, cinq et six loges, lesquelles s'oblitèrent et se réduisent à un plus petit nombre dans le fruit, qui est une baie cylindrique, renfermant des graines dépourvues de pulpe. Il paraît que l'absence de pulpe est ce qui rend comestible le fruit de cette Plante; car cette pulpe existe abondamment dans le Solanum ovigerum, Dunal, espèce si voisine du S. esculentum qu'on les avait confondus sous le nom commun de S. Melongena, et le fruit de cette espèce est certainement très-dangereux. On ne sait pas précisément quelle est la patrie de l'Aubergine, mais il paraît qu'elle est indigène de l'Arabie ou des Indes-Orientales. Depuis longtemps elle est cultivée dans ces régions, d'ou probablement elle a été transportée dans nos climats méridionaux. En France, on la rencontre presque exclusivement dans la région des Oliviers. Semée au commencement du printemps, elle commence à donner des fruits en abondance vers le milieu de l'été; depuis cette époque jusqu'à la fin d'octobre, on voit ses fruits sur toutes les tables. L'Aubergine crue est fade et insipide; aussi ne la mange-t-on qu'après l'avoir fait cuire et apprêtée avec de l'huile d'olive, ou à diverses sauces, selon les goûts des différens peuples. Un usage aussi général atteste l'innocuité de ces fruits. Il semblerait pourtant d'après leur nom ancien, Mala insana ( d'où Melongena), qui signifiait baie ou pomme nuisible, que l'on croyait autrefois qu'ils étaient dangereux; mais Dunal'a fait voir que l'on avait confondu l'Aubergine avec le Solanum ovigerum qui, comme nous l'avons dit plus haut, a des qualités délétères.

La MORELLE FAUX QUINQUINA, Solanum Pseudoquina, Aug. St.-Hil. (Plantes usuelles des Brésiliens, 5° livr., tab. 21), est un petit Arbre droit, rameux, entièrement dépourvu d'aiguillons; ses rameaux sont glabres; son écorce mince, peu ridée ou presque lisse, d'un jaune pâle et roussâtre; ses feuilles sont alternes, sans stipules, portées sur de courts pétioles, lancéolées, oblongues, étroites, aiguës, très-entières, un peu décurrentes sur le pétiole, glabres en dessus, couvertes en dessous et dans les angles des nervures de touffes de poils; les fleurs sont inconnues; les fruits sont peu nombreux, disposés en grappes extra axillaires, fort courtes. Cette Plante est commune dans les bois du district de Curitiba, au Brésil. Son écorce, d'une extrême amertume, est un fébrifuge très-employé par les habitans de cette partie de la province de Saint-Paul, qui la nomment Quina, parce qu'ils la croient identique avec les véritables Quinas de l'Amérique espagnole. Le célèbre Vauquelin a fait l'analyse chimique de cette écorce et l'a trouvée composée: 1° d'un principe amer dans lequel paraît résider la propriété fé-

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brifuge; 2° d'une matière résinoïde, amère, légèrement soluble dans l'eau; 3° d'une petite quantité de matière visqueuse grasse; 4° d'une substance animale très- abondante combinée à la Potasse et à la Chaux; 5° d'une petite quantité d'Amidon; 6° d'oxalate de Chaux et d'autres Sels à base de Magnésie, de Chaux, de Fer et de Manganèse.

Deux espèces de Morelles sont trèscommunes dans les haies et le long des murs des villages de toute l'Europe tempérée. Ce sont les Solanum Dulcamara et S. nigrum, L. La première, connue vulgairement sous le nom de Douce-Amère, a une tige grimpante, des feuilles ovales, pointues, entières ou trilobées, et des fleurs violettes disposées en grappes vers le sommet des tiges. La saveur des tiges est d'abord amère, puis elle Lisse dans la bouche une impression sucrée. Elle a sur l'économie animale une action excitante modérée, par suite de laquelle telle ou telle sécrétion est provoquée suivant les diverses circonstances. Ainsi elle aide tantôt la transpiration, tantôt l'excrétion des urines; dans les maladies cutanées, elle favorise les éruptions. Les médecins l'ont administrée dans une foule de maladies, et comme ils eu ont obtenu des succès assez constans par les effets immédiats qu'elle produit sur le corps et que nous venons d'indiquer, ils l'ont regardée comme anti-arthritique, anti-dartreuse, anti-syphilitique, etc.

Le Solanum nigrum, L., la Morelle par excellence du vulgaire, est une Plante dont la tige herbacée, branchue, étalée, est garnie de feuilles molles, pétiolées, entières, ovales, légèrement anguleuses vers la base, let fleurs petites, blanchâtres; les baies d'abord rouges, puis noires à leur maturité. Long-temps on a regardé cette Morelle comme extrêmement dangereuse; en certains pays, néanmoins, elle sert de nourriture nu Hommes après avoir été bouillie. V. BRÈDES. Quant à ses effets thérapentiques, observés par les anciens médecins, on est maintenant persuadé qu'ils doivent être attribués à la Belladone, qu'ils nommaient Solanum lethaie. Ce fut ainsi que la confusion dans la nomenclature devint une source d'erreurs et de contradictions pour les médecins qui, ignorant les détails de l'histoire naturelle, attribuèrent à une Plante inerte les propriétés énergiques d'une autre que l'on avait confondue mal à propos avec elle sous la même dénomination générique.

On cultive avec facilité, dans les jardins de botanique, une foule d'espèces dé Solanum, très-remarquables par la beauté de leur feuillage, et les vives couleurs de leurs aiguillons; telles sont entre autres les S. Pyracantha, marginatum, igneum, etc. Comme elles sont originaires des climats tropiques, il faut les rentrer pendant l'hiver dans l'orangerie ou dans la serre tempérée. Leur terre doit être consistante et substantielle; les arrosemens fréquens en été, rares en hiver, et pendant cette saison, il faut autant que possible, les favoriser de la lumière. Comme leurs graines mûrissent dans nos climats, il est facile de les multiplier par ce moyen. On les sème en terrine sur couches aux mois de mars ou d'avril, et quand les jeunes plants sont assez forts, on les place chacun dans un pot qu'on plonge dans une couche ombragée pour accélérer leur reprise. Au bout d'un mois, il peuvent être traités comme les vieux pieds. Toutes les Morelles qu'on cultive en serre doivent être changées de vase au moins chaque année; il en est même qu'il faut dépo e deux fois par an, car elles produisent toutes une quantité excessive de racines. (G..N.)

MORELLIER. BOT. PHAN. Nom proposé pour une espèce du genre Garcinia. V. MANGOUSTAN. (B.)

MORÈNE. BOT. PHAN. Nom vulgaire du genre Hydrocharis, L. V. HYDHOCHARIDE. (B.)

MORÈNIE. Morenia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Palmiers et

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de la Diœcie Hexandrie, L., établi par Ruiz et Pavon (Prodrom. Flor. Peruv.et ChiL, p. 140, t. 3a), et offrant les caractères suivans: fleurs dioïques, sessiles, renfermées dans plusieurs spathes incomplètes. Les mâles ont un calice monophylle, à trois dents; une corolle à trois pétales; six étamines, et un pistil rudimentaire. Les fleurs femelles out un calice monophylle,à trois dents; une corolle à trois pétales; trois ovaires adhérens par la partie interne, surmonté de trois stigmates. Le fruit se compose de trois baies; l'embryon est basilairc et l'albumen égal. Le genre Morenia ne renferme qu'une seule espèce qui croît au Pérou. C'est un Palmier élégant, grêle, dont les frondes sont pinnées, les spathes membraneuses, et le régime simplement rameux. Les fleurs sont jaunes comme celles des Chamœdorea, genre établi par Willdenow, et qui, par les caractères, semblerait beaucoup se rapprocher de celui dont il est ici question. (G..N.)

MORESQUE, MOLL. Nom marchand de l'Oliva Maura, Lamk., et du Fusus Morio, L. (B.)

MORET. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires du Myrtille, espèce d'Airelle.V. ce mot. (B.)

MORETON. OIS. Syn. vulgaire de Canard Milouin, ou du Canard siffleur.V. CANARD. (DR..Z.)

* MORETTIE. Morettia. BOT. PHAN. Genre de la famille des Crucifères et de la Tétradynamie siliculeuse, L., établi par De Candolle (Syst. Veget. nat., 2, p. 426), qui l'a ainsi caractérisé: calice égal à la base, à sépales linéaires, un peu redressés; pétales linéaires, entiers; étamines libres, à filets non denticulés; silicule oblongue, un peu comprimée, surmontée d'un style court conoïde, à valves concaves, dont la paroi intérieure s'avance dans les loges en forme de petites cloisons qui séparent les graines; celles-ci sont planes, orbiculécs, à cotylédons accombans.

Ce genre est constitué sur une Plante que Delile, dans la Flore d'Égypte, avait placée parmi les Sinapis. ll diffère extrêmement de ce dernier genre, et par son port, et parla pubescence étoilée que l'on remarque sur toutes ses parties, et par ses cotylédons accomoans. De Candolle observe qu'on pourrait le rapprocher de la tribu des Alyssinées, si ce n'était la singulière structure de son fruit, qui a de l'analogie avec celui de l' Anastatica. Aussi c'est à la suite de ce genre, dans la tribu des Anastaticées, que De Candolle a placé le Morettia, auquel il avait d'abord donné le nom de Nectouxia, qu'il s'est vu dans la nécessité de changer à cause de l'existence d'un genre ainsi nommé et établi par Kunth. Le Morettia Phileana, De Candolle, Sinapis Phileana, Delile ( Fl. d'Égypte, p. 99, t. 33, f. 3 ), unique espèce du genre, croît dans la Haute-Égypte, près de l'île de Philœ. C'est une herbe rameuse, hérissée de poils cendrés et étoilés, à feuilles obovales, cunéiformes à la base, grossièrement dentées au sommet. Les fleurs sont pédicellées, accompagnées de bractées semblables aux feuilles, et disposées en grappes dressées. (G..N)

MORFEX. OIS. (Gesner.) Syn. de grand Cormoran, L. V. ce mot. (DR..Z.)

MORFIL. MAM. Les dents d'Éléphant dans le commerce. (B.)

MORGANIE. Morgania. BOT. PHAN. Genre de la famille des Scrophularinées, et de la Didynamie Angiospermie, L., établi par R. Brown ( Prodrom. Flor. Nov.-Holland., p. 441 ) qui l'a ainsi caractérisé: calice divisé profondément en cinq parties égales; corolle très - inégale oblique, la lèvre supérieure bilobée, l'inférieure trifide, à lobes presqueégaux, obcordés; étamines didynames, incluses; lobes des anthères écartés et rautiques; stigmate à deux lamelles; capsule à deux loges et à deux valves bipartites; cloison formée

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parles rebords rentrans des valves. Ce genre est voisin de l'Herpestis, dont il diffère par son calice égal et sa corolle plus inégale. Les deux espèces décrites par l'auteur ont reçu les noms de Morgania glabra et M. pubescens. Ce sont des Plantes herbacées, indigènes des contrées de la Nouvelle-Hollande situées entre les tropiques, à lige droite, tétragone, garnie de feuilles linéaireset opposées. Les fleurs sont bleues, et portées sur des pédoncules axillaires, munies de deux bractées. (G..N.)

MORGELINE. Alsine. BOT. PIIAN. Ce genre de la famille des Caryophyllées, et de la Pentandrie Trigynie, L., a été caractérisé de la manièresuivante: calice divisé profondément en cinq parties; cinq pétales bifides; étamines au nombre de trois à boit; trois slyles; capsule uniloculaire, s'ouvrant par trois à six valves. Tel que Linné l'établit, ce genre renfermait des Plantes qui ne pouvaient demeurer réunies. On en est même venu à le supprimer complètement; car l'Alsine media, considérée jusqu'à présent comme type, a été rapportée au Stellaria par Smith. Les autres espèces ont été distribuées dans les genres Arenaria et Holosteum.

La MORGELINE MOYENNE, Alsine media, L., vulgairement Mouron blanc, Mouron des petits Oiseaux, est peut-être la Plante la plus commune de l'Europe, et celle qui végète et qui fleurit le plus long-temps. Cette Herbe forme des gazons verts et épais dans les fossés, sous les baissons, et jusque sur les toits des habitations, soit des villes, soit des campagnes. Ses tiges sont alternativement velues sur les entre-nœuds; ses feuilles sont ovales-cordiformes, et ses pétales fendus profondément en deux parties. Cette petite Plante plaît infiniment aux Oiseaux, qui mangent surtout ses graines avec avidité. (G..N.)

*MORHEE. Morhua. POIS. Pour Morue. V. GADE. (B.)

*MORICANDIE.Moricandia. BOT. PHAN. De Candolle (Syst. Veget. nat., 2, p. 626 ) a établi ce nouveau genre sur des Plantes rapportées aux Brassica, Turritis et Hesperis par les auteurs. Il appartient à la famille des Crucifères, tribu des Brassicées, et à la Tétradynamie siliqueuse, L. Voici ses caractères: calice fermé, dont deux sépales présentent des protubérances à la base; pétales onguiculés, à limbe oboval, ouvert et entier; étamines dont les filets sont libres, dépourvus de dents; glandes situées entre les étamines latérales et l'ovaire; silique comprimée ou un peu tétragone, c'est-à-dire dont les valves sont planes ou légèrement carénées, allongée, linéaire, biloculaire, bivalve, à cloison membraneuse, surmontée d'unslylecomprimé, conique, privé de graine ou rarement en renfermant une solitaire. Graines des loges, disposées sur deux rangs, petites, ovées, à cotylédons condupliqués. Ce genre tient le milieu entre le Brassica et le Diplotaxis; il diffère du premier par ses graines bisériées dans chaque loge, et par ses siliques qui ne sont point cylindriques; son calice fermé à deux bosses à la base, ainsi que ses fleurs pourpres, le distinguent suffisamment du Diplotaxis. Les espèces de Moricandies, au nombre de trois seulement, sont des Herbes annuelles, bisannuelles, ou vivaces et suffrutescentes à la base, glabres, ordinairement un peu glauques. Leurs tiges sont blancnâtres, dressées et rameuses, garnies de feuilles un peu épaisses. Les fleurs très-grandes, purpurascentes, foiment des grappes lâches et terminales. L'espèce qui forme le type du genre est le Moricandia arvensis, De Candolle, ou Brassica arvensis, L. Cette Plante a une tige dressée rameuse, munie de feuilles glauques ou un peu grasses, les inférieures obovales, sinueuses, rétrécies à la base, les caulinaires cordées, am plexicaulcs et très-entières. Elle est indigène de l'Europe méridionale. Une variété qui croît sur les collines arides, et entre les rochers, a été

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distinguée par Desfontaines (Flor. Atlant., 2, p. 94) sous le nom de Brassica suffruticosa. Le Moricandia hesperidiflora, De Gandolle, est l'Hesperis acris de Forskahl et Delile ( Flore d'Egypte, t. 35, f. 2 ); cette Plante, qui croît dans les déserts de l'Egypte et de l'Arabie, plaît beaucoup aux Chameaux, malgré son odeur forte de Roquette. Enfin la dernière espèce dece genre est le Moricandia teretifolia, De Candolle, ou Brassica teretifolia, Desfontaines Flor. Atlant., a, p. 94,. t. 164). Elle croît dans les lieux humides de l'Afrique boréale, et en Egypte auprès des Pyramides. (G..N.)

MORILANDIA. BOT. PHAN. Et non Movilandia. Genre proposé par Necker (Elem. Bot., n. 766) pour les espèces de Cliffortia à feuilles composées. Il n'a pas été adopté. (G..N)

MORILLE, MOLL. Nom marchand du Murex Hystrix de Linné, qui appartient aujourd'hui au genre Pourpre. V. ce mot. (D..H.)

MORILLE. Morchella. BOT. CRYPT. (Champignons.) Les Champignons connus vulgairement sous le nom de Morilles, forment un genre très-naturel voisin des Helvclles, et qui présente les caractères suivans: chapeau formant une masse elliptique ou en cloche, irrégulière, composée de plis réticulés et de cavités nombreuses, et de forme variable, couvert sur toute sa surface par la membrane fructifère, adhérent au pédicule qui est creux et dont la surface est caverneuse. Tous ces Champignons sont assez grands; ils croissent sur la terre au printemps; leur consistance est sèche et cassante, leur odeur agréable; tous sont bons à manger, et l'on peut dire qu'ils sont en même temps les Champignons les plus sains et les plus faciles à reconnaître. Il paraît que c'est à ces Champignons que les anciens donnaient le nom de Boletus, nom appliqué à tort par Linné à un genre très-différent, mais que Batarra, Vaillant, Micheli, avaient conservé aux Morilles. Plüs tard ces Plantes furent réunies, d'après une analogie de forme extérieure bien trompeuse, avec les Phallus dont elles n'ont ni le mode de fructification ni aucune des propriétés. Enfin Persoon rétablit le genre Morchella de Dillenius, et cette distinction a depuis été admise par tous les botanistes; en effet ce n'est qu'avec le genre Hehella que ces Champignons ont de l'analogie, et ils en diffèrent suffisamment par leur chapeau caverneux et irrégulier. Fries énumère douze espèces de ce genre; mais les plus connues sont la Morille commune, Morchella esculenta, dont Bulliard a donné une bonne figure, pl. 218. Elle offre Plusicurs variétés de forme et de coueur, mais elle est le plus souvent à peu près elliptique, portée sur un pédicule court, épais et fistuleux; le chapeau adhère complètement à ce pédicule; il est couvert d'aréoles très-creuses et fort irrégulières; sa couleur est d'un fauve clair. Les autres espèces ne diffèrent de celle-ci que par leur chapeau plus ou moins allongé, complètement adhérent ou libre à la base, par leurs lames de forme variable; enfin par leur couleur d'un jaune plus ou moins foncé, ou tirant sur le Brun; toutes sont saines et bonnes à manger, et ne varient que par leur goût plus ou moins délicat. (AD. B.)

* MORILLES DE MER. POLYP. Ce nom a été donne à des Polypiers de la famille des Eponges, par les anciens naturalistes. (E. D..L.)

MORILLON, OIS. Espèce do genre Canard. V. ce mot. (B.)

MORILLON BLANC ET NOIR. BOT. PHAN. Fruits de deux variétés de la Vigne commune. (B.)

MORINDE. Morinda. BOT. PHAN. Ce genre de la famillodcs Rubiacées, et de la Pentandrie Monogynic, L., avait été anciennement proposé par Plumier sous le nom de Royoc. Il offre pour caractères essentiels: des fleurs agglomérées en tête, et poi tées sur

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un réceptacle sphérique; un calice urcéolc, persistant, et à cinq dents très-courtes; une corolle à peu près infundibuliforme, dont le limbe est étalé à cinq lobes courts, et la gorge garnie de poils; cinq étamines incluses, dont les anthères sont linéaires; un seul style surmonté d'un stigmate bifide; drupes agrégées, ombiliquëes, et à quatre noyaux cartilagineux—crustacés; chacun d'eux a une ou deux loges monospermes, l'une d'elles vide. Ce genre se compose d'un petit nombre d'espèces qui sont des Arbres ou des Arbustes indigènes des climats équatoriaux. Leurs (fleurs forment des capitules très-denses, terminaux, axillaires ou opposés aux feuilles. Parmi les principales espèces, nous décrii ons les deux suivantes comme les plus remarquables, et parce qu'elles peuvent être considérées comme les types du genre.

La MORINDE ROYOC, Morinda Royoc, L. et Jacq. (Hort. Schœnbruan. 1, t. 16), est un Arbrisseau dont la tige faible et pliante est divisée en rameaux courts étalés, sarmenteux, garnis de feuilles glabres, lancéolées, acuminces et portées sur de courts pétioles. Ses fleurs sont blanches, disposées en capitules axillaires. Cette Plante croît dans les provinces méridionales de la Chine, et dans la Cochinchine. Elle se trouve aussi au Mexique et dans la Guiane.Ses racines y sont employées pour faire de l'encre.

La MORINDE OMBELLÉE, Morinda umbellata, L.etLamk. (Illustr. Gen., 1.153) est un Arbrisseau moins grand que le précédent. Ses rameaux sont étalés, garnis de feuilles lancéolées, aiguës, rudes au toucher. Ses fleurs sont blanches, portées sur des pédoacules presqu en ombelles et réunies en une tête globuleuse. Cette Plante croîtaux Moluques et à la Cochinchine; son bois est blanc dans la partie supérieure du tronc, et rouge a la base ainsi que la racine. C'est avec cette racine que les naturels du pays teignent leurs toiles en jaune sauau; pour cela ils la fout bouillir tout simplement dans l'eau. Quand ils y ajoutent du bois de Sappan (Cœsaipinia Sappan, L. ), ils obtiennent une couleur rouge fort belle et presque inaltérable. Le fruit de cet Arbrisseau est pulpeux, aromatique, amère et astringent; il est employé dans le pays comme anthelmintique. (G..N.)

MORINE. Morina. BOT.PHAN. Tournefort est l'auteur de ce genre qui appartient à la famille des Dipsacées, et à la Diandrie Monogynie, L. Vaillant, dans les Mémoires de l'Académie des sciences pour 1722, le publia sous le nom de Diototheca; mais Linné lui restitua le nom proposé par Tournefort. Voici ses caractères: involuceile (calice extérieur des auteurs) tubuleux terminé par des dents épineuses et inégales, deux étant beaucoup plus larges que les autres; calice (intérieur de Jussieu) supère à deux lobes obtus, et persistant; corolle monopétale, irrégulière, dont le tube est très-long, un peu arqué, élargi au sommet, le limbe divisé en' deux lèvres obtuses, la supérieure à deux lobes, l'inférieure plus longue, à trois lobes inégaux; deux étamines saillantes, à filets velus, et à anthères cordiformes; ovaire globuleux, supère, surmonté d'un style filiforme plus long que les étamines, et d'un stigmate en téte aplatie; akène arrondi, solitaire, courooné par le calice. Tous les auteurs avaient considéré comme un calice extérieur l'organe le plus extérieur des tégumens floraux. Le docteur Th. Coulter, dans un mémoire publié récemment sur la famille des Dipsacées, a fait voir que ce prétendu calice extérieur n'est autre chose qu'un involuceile analogue à celui des Ombellifères; il a en outre établi que cet involucellc est libre, quoique dans quelques cas, étant appliqué immédiatement sur l'akène et le véritable calice, il puisse contracter une adhérence partielle avec ces organes.

La MORINE DE PERSE, Morina Persica, L.; M. Orientalis, Miller, a été rapportée des environs d'Erzérum en

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Perse par Tournefort, qui en a donné une figure dans le troisième volume de ses Voyages. On l'a retrouvée dans plusieurs autres contrées du Levant, et particulièrement sur le Parnasse. Cette Plante a une racine épaisse, perpendiculaire, qui émet plusieurs libres très-grosses. Sa tige, haute d'environ un mètre, est garnie à chaque nœud de trois à quatre feuilles, verticellées, sinuées et épineuses comme celles des Carlines. Les fleurs sont verticillées, axillaires, très-serrées, et forment un épi terminal. (G..N.)

MORINGA. BOT. PHAN. Genre placé dans la famille des Légumineuses, et qui appartient à la Décandrie Monogynie, L., établi par Burmann, et adopte, par la plupart des botanistes mo</illegible>nes. De Candolle (Prodrom. Syst. Veget., 2, p. 478) le caractérise ainsi: calice à cinq sépales presqu'égaux, oblongs, caducs, légèrement soudés à la base; corolle à cinq pétales presqu'égaux, oblongs, le supérieur ascendant; dix étamines inégales, à filets séparés, cinq d'entre elles quelqucfois stériles; style filiforme aigu; légume en forme de silique à trois valves; graines trigones, attachées au centre du fruit, dépourvues d'albumen; embryon droit, à cotylédons épais, huileux, renfermés dans le spermoderme pendant la germination. La structure de ce fruit est très-singulière pour un genre de Légumineuses; les trois valves dont il se compose représentent, selon De Candolle, trois carpelles étroitement soudées, dont les parties intérieures, minces et membraneuses, se sont oblitérées pendant la maturité, et n'ont laissé au centre que les sutures séminifères sous l'apparence d'un filet. En admettant celte explication, le fruitdu Moringa n'est pas aussi anomal qu'il le semble au premier coup-d'œil. De Candolleplace ce genre dans la tribu des Cassiées; mais il l'indique comme pouvant former le type d'une tribu nouvelle ou tr e réuni au Géoffrées. Dans ses observations sur les Plantes de l'Afrique australe recueillies par le docteur Oudney, R. Brown a isolé le genre Moringa et en a constitué une nouvelle famille pour laquelle il a proposé le nom de MORINGÉES (Moringeœ), Linné l'avait supprimé, et le confondait avec le Guilandina; rétabli postérieurement par plusieurs auteurs, il reçut diverses dénominations qui n'ont point été adoptées. Ainsi I'Hyperanthera de Forskahl et de Vahl, l'Anoma de Loureiro, l'Alandina de Necker, sont synonymes du Moringa. Quatre espèces ont été décrites par les auteurs sous les noms de Moringa pterygosperma, Gaertn.; M. polygona, D. C.; M. optera, Gaertn., et M. Arabica, Persoon. La première est le Guilandina Moringa de Linné, espèce qui a recu tant d'autres noms. Ses légumes sont triquètres, ses semences trigones, à angles saillans en forme d'ailes. Elle croît dans les Indes-Orientales et dans l'Amérique équatoriale, où elle a élé vraisemblablement introduite. La seconde espèce ne se distingue de celle-ci que par ses légumes polygones et non pas toujours triquètres. Elle paraît en être une simple variété. C'était I'Hyperanthera decandra de Willdenow. Sa patrie est le Bengale, ainsi que quelques autres localités de l'Inde. Le Moringa aptera de Gaertner est probablement la Plante figurée par Blackwell (Herb., t. 386)sous le nom de Balanus Myrepsica. Il ne diffère des espèces précédentes que par ses graines nou munies d'ailes. Enfin le Moringa Arabica, qui, comme son nom l'indique, croît en Arabie, est remarquable par son légume à six saillies carenées, et par les glandes que l'on observe sur le pétiole commun entre les pinnules des feuilles. C'était I'Hyperanthera semidecandra de Forskahl, réuni à tort, par Lamarck, au Gymnocladus.

Les trois premières espèces de Moringa fournissent une huile douce sans odeur et qui se rancit difficilement. Une qualité aussi précieuse l'a fait rechercher des parfumeurs; ils

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l'imprègnent des odeurs suaves et fugaces comme celles du Jasmin, de la Tubéreuse, etc. Cette huile est connue dans le commerce sous le nom d'Huile de Ben. (G..N.)

* MORINGĖES. Moringeœ. BOT. PHAN. R. Brown (Observ. on the Planls of Afric. central collec., by Dr. Oudney) propose de former sous ce nom un nouvel ordre naturel formé du seul genre Moringa (V. ce mot); sa place dans la série des ordres naturels n'est pas encore déterminée. Elle se distingue surtout par son ovaire à trois placentas pariétaux et par les anthères uniloculaires. (G..N.)

MORIN-JALMA. MAM. Nom sous lequel les Kalmouks connaissent l'Alactaga. V. ce mot à l'article GERBOISE. (IS. G. ST.-H.)

MORIO. MOLL. Nom latin donné par Montfort à son genre Heaulme ou plutôt Haume, qui n'est rien autre chose que le genre Cassidaire de Làmarck, généralement adopté. V. CASSIDAIRE. (D..H)

MORION. Morio. INS. Genre de l'ordre des Colėoptères, section des Pentamères, famille des Carnassiers terrestre, tribu des Carabiques bipartis, établi par Latreille qui l'avait placé parmi ses Harpales et ayant pour caractères: menton articulé, concave, très-fortement échancré et ayant, dans son milieu, une dent peu saillante, obtuse et presque bifide; lèvre supérieure assez avancée et fortement écbancrée; derniers articles des palpes labiaux presque cylindriques, un peu ovalaires et tronqués a l'extrémité; antenues plus courtes que la moitié du corps, moniliformes, à articles distincts et ne grossissant presque pas vers l'extrémité; corps plus ou moins allongé; corselet plane, presque carré, plus ou moins rétréci postérieurement: jambes antérieures non palmées. Ce genre est très-rapproché des Scarites, mais il s'en distingue par les jambes antérieures qui sont palmées dans ces derniers. Les Ozènes ont les articles des antennes lenticulaires et le dernier est plus gros; les Aristes s'en distinguent par la forme du corps et surtout du corselet; enfin les Harpales s'en éloignent par leurs tarses antérieurs qui sont dilatés dans les mâles, ce qui n'a pas lieu dans les Morions. Lementon de ces Carabiques est concave, large, assez avancé, trèsfortement échancré, et il a, dans son milieu, une petite dent obtuse et peu saillante, qui paraît presque bifide. La lèvre supérieure est assez avancée, assez étroite et fortement échancrée. Les mandibules sont fortes, peu avancées, arquées et aiguës. Les palpes sont peu saillans; le dernier article des labiaux est presque cylindrique, un peu ovalaire et tronqué à l'extrémité. Les anteunes sont moniliformes, plus courtes que la moitié du corps; leur premier article est à peu près de la longueur du second et du troisième réunis; tous les autres sont presque égaux, distincts, lenticulaires, et ils ne grossissent presque pas vers leur extrémité. La tête est un peu rétrécie derrière les yeux; ceux-ci sont assez saillans. Le corselet est plane, presque carré et plus ou moins rétréci postérieurement. Les élytres sont plus ou moitis allongées, plus ou moins parallèles et planes. Les pâtes sont assez fortes, mais elles ne sont pas très-grandes. Les jambes antérieures s élargissent vers l'extrémité, elles sont terminées par deux épines fortes, et elles sont fortement échancrées intérieurement, mais elles n'ont aucune dent sur le côté extérieur; les intermédiaires et les postérieures sont simples. Les espèces de ce genre sont propres à l'Amérique et à l'Inde, nous citerons entre elles:

Le MORION MONILICORNE, Morio monilicornis, Latr.; Harpalus monilicornis, Latr.; Scaritis nigerrimus, Herbst., Coléopt., tab. 76, fig. 2; Scaritis Georgiœ, Palisot-Bauv., 7, p. 107, t. 15, fig. 5. 11 est noir,

TOME XI. 14

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luisant; ses élytres sont allongées, presque parallèles, profondément striées, avec les stries de leur base légèrement ponctuées; il se trouve à Cayenne.

Le nom de Morio est celui que l'on donne vulgairement au Papilio ARtiopa, L. (G.)

MORION. BOT. PHAN. (Dioscoride. ) Une petite variété de Mandragore. (Pline.) L'Atropa Belladona, L. (B.)

* MORIQUE. MIN. V. ACIDE.

* MORISIEN. pois. Espèce du genre Leptocéphale. (B.)

MORISONIE Morisonia. BOT. PHAN. Genre do la famille des Capparidées, et de la Monadelphie Polyandrie, L., établi par Plumier ( Genera, p. 36, t. 23 ), et présentant les caractères suivons: calice ovoïde, obtus, marcescent, se déchirant profondément en deux découpures inégales et concaves; corolle à quatre pétales ovales, allongés, obtus, très-ouverts, une fois plus longs que le calice; environ vingt étamines, a filets droits subulés, plus courts que la corolle, réunis par la base en un tube infundibuliforrne; ovaire supérieur, pédieellé, et surmonté d'un stigmate sessile, convexe et élargi; baie sphérique, uniloculaire, à peu près de la grosseur d'une pomme, couverte d'une écorce dure parsemée de points calleux, renfermant une pulpe blanche, dans laquelle sont éparses plusieurs graines réniformes. Ce genre avait été réuni au Capparis par Swartz. Il ne se compose que de l'espèce suivante:

La MORISONIE D'AMÉRIQUE, Morisonia Americana, L. et Jacq., Pl. Amer., t. 97; Arbre droit qui ne s'élève pas au-delà de cinq mètres. Ses branches sont garnies de feuilles extrêmement grandes, alternes, pétiolées, ovales ou oblongues, entières, coriaces, glabres et luisantes. Les fleurs sont d'un blanc sale, peu odorantes, pédicellées et rassemblées, au nombre de quatre et plus, en petites ombelles, supportées par des pédoncules communs, épars sur les rameaux. Cet Arbre croit sur les montagnes de l'Amérique méridionale; ses racines longues, grosses, noueuses, compactes et pesantes, servent aux sauvages pour faire des massues. Les habitans de la Martinique le nomment Arbre du Diable ou BoisMabou, d'où l'on a fait le mot Ma- bo6uier, sous lequel ce genre est décrit dans l'Encyclopédie. (G..N.)

MORME. POIS. Syn. de Sparus monopterus sur les côtes de la Méditerranée, particulièrement aux îles Baléares. V. SPARE. (B.)

* MORMOLYCE. Mormolyce. INS. Genre de l'ordre des Coléoptères, section des Pentamères, famille des Carnassiers, tribu des Carabiques, division des Thoraciques, établi par Hagenbach sur un Insecte rapporté de Java par Kulh et Van-Hasselt, et ayant pour caractères: antennes de onze articles, dont le premier épais, court; le second beaucoup plus court; le troisième deux fois plus long que les deux premiers pris ensemble; le quatrième un peu moins long que le précédent, et les sept derniers plus courts et presque égaux; mandibules cornées, fortes, aiguës et ayant une dent au milieu du côté intérieur; mâchoire cornées, avec le lobe intérieur trèsaigu, recourbé et muni de cils trèsserrés; palpes maxillaires intérieurs composés de deux articles égaux, minces, les extérieurs en ayant quatre; le premier très-petit et peu apparent; le second le plus grand de tous, épais, un peu comprimé; le troisième moins long, et le dernier un peu plus long que le troisième, arrondi et ovoïde; labre près que carré avec son bord antérieur légèrement échancré; lèvre cornée, étroite, divisée en trois lobes dont les deux latéraux larges et arrondis, et l'intermédiaire petit et pointu; languette spongieuse, déprimée ata milieu, échancrée en forme de coeur antérieurement, et portant deux pal-

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pes de trois articles dont le premier très-court et les deux autres presque égaux; le dernier finit en pointe arrondie; menton corné, très-court, avec le bord antérieur échancré. La forme du Mormolyce est très-extraordinaire, et aucun Carabique connu jusqu'à présent ne peut lui être comparé. Sa tête est très-longue, déprimée, et va en diminuant vers le corselet; les yeux sont placés à saprtie antérieure; ils sont saillans, hemisphériques et très-luisans. Le corselet est allongé, dilaté, avec ses bords latéraux relevés et dentés en scie; l'écusson est petit, allongé et aigu. Les élytres sont un peu membraneuses, trés-larges antérieurement, allant en diminuant postérieurement et coupées en arc rentrant, ce qui laisse l'anus à découvert et forme une échancrure profonde quand les élytres sont fermées et dans leur état de repos. Chaque élytre a un appendice de la même consistance attaché à son bord extérieur, aussi large qu'elle, arrondi, descendant beaucoup plus bas et s'arrondissant pour venir finir à l'angle extérieur de l'échancrure postérieure; cette partie donne à l'Insecte l'aspect de certains Lycus dont les élytres sont quelquefois très-dilatées. Les pates sont trés-longues, grêles, comprimées et égales; les antérieures ont une échancrure au côté intérieur, les trochanters des quatre premières sont petits; ceux des postérieures sont très-grands et en ovale allongé. Les tarses sont allongés, composés de cinq articles; le premier est long et les autres presque égaux entre eux et beaucoup plus courts. Ils sont terminés par deux crochets recourbés. L'abdomen est en ovale cylindrique, un peu comprimé. La seule espèce connue de ce genre est:

Le MORMOLYCE PHYLLODE, Mormolyce Phyllodes, Hag. Il est long de plus de deux pouces et entièrement d'un brun luisant; ses élytres ont neuf stries enfoncées; sui la cinquième ligne on observe deux ou trois tubercules obtus et peu apparens; il y en a quelques autres sur le bord extérieur. La dilatation est toute sillonnée de légères nervures; elle est couverte de petites dépressions arquées qui lui donnent un aspect légèrement rugueux, (G.)

MORMON, MAM. Syn. de Mandrill. V. CYNOCÉPHALE. (B.)

MORMON, OIS. (Illiger.) Syn. de Macareux. V. ce mot. (B.)

* MORMOPS. MAM. Nom donné récemment par Leach à un genre qu'il propose d'établir parmi les Chauve-Souris insectivores. V. VESPERTILION. (IS. G. ST.-H.)

MORMYRE. Mormyrus. POIS. Genre formé par Gmelin d'après Forskahl, dans l'ordre des Branchiostèges, adopté par Cuvier qui le place à la suite de la famille des Esoces, dans sou ordre des Malacoptérygiens abdominaux, et duquel les espèces, dont Geoffroy Saint-Hilaire a beaucoup augmenté le nombre et donné d'excellentes descriptions, habitent le Nil. Le nom de Mormyre, d'origine grecque, désignait dans l'antiquité un Poisson denier varié de couleurs diverses; on ne voit pas les motifs qui en valurent l'application chez les modernes à des Poissons d'eau douce dont les teintes sont uniformes. Les caractères des Mormyres de Linné, de Geoffroy et de Cuvier, sont: corps comprimé, oblong, écailleux; queue mince à la base, renflée vers la nageoire; tête converte d'une peau nue épaisse qui enveloppe les opercules et les rayons des oiues, ne laissant pour l'ouverture de cellesci qu'une fente verticale; dents menues et échancrées au bout; une seule dorsale. Les intestins sont plus longs que chez les Esoces, et il y a deux cœcums. Il existe cinq ou six rayons à la branchie, encore que d'après Forskahl on n'y en comptât qu'un dans le Systema Naturœ de Gmelin. Des dents menues et échancrées au bout garnissent les interinaxillaires et la mâchoire inférieure, et il existe sur la langue et sous le

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vomer une longue bande de dents en velours. La vessie est longue, ample et simple. Les formes générales de ces Poissons rappellent celles des Cyprins; leur enair est délicate, fort estimée des Egyptiens, et passe pour la meilleure du Nil. Les principales espèces de ce genre qui en renferme neuf ou dix, sont:

L'OXYRHYNQUE, Mormyrus Oxyrhynchus, Geoff., Ægypt., pl. 6, f. 1; Centriscus Niloticus, Schn., pl. 30. Il a son museau cylindrique, pointu et droit, avec la mâchoire inférieure un peu plus avancée que la supérieure. Sa dorsale est longue, et s'étend d'une extrémité à l'autre du dos. La caudale est écailleuse à sa base. C'est un Poisson bleuâtre, plus foncé sur le dos, pâle sous le ventre, avec la tête rouge, surtout vers le museau, et des points bleus en dessus. Il a quelque chose du Brochet pour l'aspect, et fut plusieurs fois confondu avec ce Poisson. Paul Lucas en avait anciennement donné une figure médiocre, mais reconnaissable. Il est très-commun dans le Haut-Nil qui en alimente les marchés du Caire. Les anciens Égyptiens l'avaient mis au nombre de leurs divinités. On l'appelle aujourd'hui Kaschoué dans le pays.

Le KANNUMÉ, Mormyrus Kannume, Gmel., Syst. Nat., XIII, T. I, p. 1440. Ce Poisson, que Forskahl fit connaître en introduisant son nom arabe dans la science, a, comme le précédent, sa dorsale fort longue, mais en même temps bien plus basse; sa caudale est fourchue, son corps à peine comprimé, et sa couleur blanchâtre.

Le HÉRSÉ, Sonnini, Voy., pl. 22, f. 1; Mormyrus Dendera, (Geoff., Ægypt., pl. 7, f. 2; Mormyrus Anguiloides, L., Gmel., Syst. Nat., XIII, T. I, p. 1440 (Syn. Hasselq. excl.) Cette espèce avec laquelle on a mal à propos confondu le Caschivé, autre espèce du même genre, a sa dorsale courte, son museau obtus et cylindrique, avec des lèvres épaisses. Il ne dépasse guère six à huit pouces de longueur; ses parties supérieurcs, d'un noir luisant, sont ponctuées de gris, ses flancs et le dessous sont grisâtres avec ses nageoires obscures. (B.)

MOROCARPUS. BOT. PHAN. (Ruppi.) Syn. de Blitum capitatum. (B.)

MOROCHITE. MIN. Morochthus, Galactia. Terre blanche que les anciens tiraient de l'Égypte, et dont ils se servaient pour blanchir les étoffes. C'était probablement une sorte de Terre à foulon ou de Terre magnésienne. Le Morochton ou Morochtus, que Dioscoride nous dit avoir été aussi appelé Galaxia et Leucographida, était probablement la même Terre qu'on employait aussi médicinalement dans le flux de ventre, etc. (G. DEL.)

MORON. BOT. PHAN. Qu'il ne faut pas confondre avec Mouron (Anagallis). Nom vulgaire de la Morgeline (Alsine). (B.)

MORONGUE. BOT. PHAN. De Morunea et Moringa. On nomme ainsi dans les colonies françaises, au-delà du cap de Bonne-Espérance, les feuilles de cet Arbre qui se mangent en Bièdes. V. ce mot. (B.)

MORONGUE-MARIAGE. BOT. PHAN. L'un des noms vulgaires de l'Erythrine des Indes. (B.)

MORONOBÉE. Moronobea. BOT. PHAN. Genre de la famille des Guttifères et de la Monadelphie Pentandrie, L., établi par Aublet (Plantes de la Guiane, 2, p. 789, t. 313), et ainsi caractérisé: calice à cinq sépales imbriqués et coriaces; corolle à cin pétales tordus pendant la préfloraison; étamines nombreuses, dont les filets forment trois ou cinq faisceaux réunis par la base eu un urcéole; les anthères sont adnées aux faisceaux des filets et simulent des stries; ovaire strié surmonté d'un style simple et de cinq stigmates; baie couverte d'une écorce épaisse à cinq loges monospermes. Linné fils (Suppl., p. 302) a donué à ce genre le nom de

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Symphonia, que Willdenow et Persoon ont adopté. Le Moronobea coccinea d'Aublet, Symphonia globulifera, L. fils, loc. cit., est un Arbre qui croît dans les forêts montueuses de la Guiane. Son tronc est épais et élevé; ses feuilles sont oblongues et glauques. Les fleurs, dont les pétales sont connivens et forment une corolle globuleuse, sont peu nombreuses et disposées en ombelle terminale et simple. Les Perroquets sont très-friands des graines de cette Plante. Dans le premier volurne des Mémoires de la nouvelle société d'Histoire Naturelle de Paris, p. 230, Choisy a décrit une nouvelle espèce de ce genre, qu'il a nommée Moronobea grandiflora. Cette Plante a été rapportée de la Guiane par Richard père, et elle est caractérisée par ses feuilles elliptiques, lancéolées, un peu acuminées, par ses grandes fleurs en corymbes ses étamines réunies en trois faisceaux, et, de même que le style, remarquables par leur longueur. Cette forme desétamines dans le Moronobea grandiflora rappelle, selon Choisy, celle des Magnolia, avec lesquelles les Guttiferes ont plus d'un rapport. (G..N.)

* MORONOBÉES. Moronobeœ. BOT. PHAN. Choisy (Mémoires de la nouvelle société d'Histoire Naturelle de Paris, T. I, p. 229) a nommé ainsi la quatrième section de la famille des Guttifères. V. ce mot. (G..N.)

* MORONOBO. BOT. PHAN. V. CORONOBO.

* MORO-SPHYNX. INS. (Geoffroy.) La chenille du Sphiynx Galii, L. (B.)

* MOROTOTONI. BOT. PHAN. (Aublet). Espèce de Panax. V. GENSIN ou GINSENG. (B.)

MOROXITE. MIN. Nom donné à une variété de Chaux phosphatée d'un bleu-verdâtre, qu'on trouve à Arendal en Norvège. V. CHAUX PHOSPHATÉE. (G. DEL.)

MORPHÉE. INS. Syn. de Morpho. V. ce mot. (G.)

MORPHINE. Substance alcaline, blanche, cristallisée en prismes aciculaires. amère, presque insoluble dans l'eau froide, un peu plus dans l'eau bouillante, très-soluble dans l'Alcohol, fusible à une douce chaleur et se prenant par le refroidissement en une masse transparente, où se laissent apercevoir des signes de cristallisation. La Morphine est contenue dans l'Opium où elle est combinée avec l'Acide méronique. Pour l'obtenir, on fait bouillir une infusion d'Opium avec de la Magnésie; il se forme un dépôt grisâtre que l'on fait sécher pour le traiter ensuite et à plusieurs reprises, par l'Alcohol faible d'abord, puis concentré, lequel laisse précipiter, par le refroidissement, la Morphine cristallisée. Cette substance jouit de toutes les propriétés des Alcalis; elie n'a qu'une action presque insignifiante sur l'économie animale; mais les sels qu'elle forme avec les Acides et l'acétique en particulier, sont des poisons d'autant plus dangereux, qu'ils agissent par absorption, à très-forte dose, et qu'ils laissent des traces encore fort équivoques de cette action. La composition de la Morphine est: Carbone, 72,62; Oxigène, 14,84; Hydrogène, 7,01; Azote, 5,53. (DR..Z)

MORPHNUS. OIS. (Cuvier.) Syn. d'Autour. V. AIGLE. (B.)

MORPHO. INS. Genre de l'ordre des Lépidoptères, famille des Diurnes, tribu des Papilionides, division des Nacrés, établi par Fabrieius et ayant pour caractères: palpes inférieurs très-comprimés, avec la tranche antérieure étroite ou aiguë; cellule discoïdale et centrale des ailes inférieures fermée postérieurement; antennes presque filiformes, légèrement et insensiblement plus grosses vers leur extrémité. Ce genre se distingue des Brassolides, des Pavonies, des Eurybies et des Satyres par les antennes qui, chez ceux-ci, sont terminées par un bouton gros et bien distinct, et par d'autres caractères tirés des cellules des ailes et

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de la longueur des palpes. Les Nymphales en sont aussi distingués par un fort bouton au bout des antennes, et parce que leurs palpes ne sont pas comprimés. Ce sont des Lépidoptères dé très-grande taille, souvent ornés des couleurs les plus brillantes; ils faisaient partie des Chevaliers (Equites) de Linné. Leurs pates antérieures ne sont pas ambulatoires, et leurs ailes inférieures reçoivent dans un canal de leur bord intérieur l'abdomen. Leurs chenilles sont nues ou presque rases, quelquefois terminées postérieurement par une pointe fourchue. Ces Papillons sont propres aux contrées chaudes de l'Amérique méridionale; leur vol n'est pas très-élevé, et ils se tiennent de préférence le long des haies ou contre les rochers. Ils se posent et étendent leurs ailes au soleil comme le font souvent les Satyres. Fabricius avait composé avec les Morpho de Latreille plusieurs genres qui n'ont pas été adoptés. Ce genre est assez nombreux én espèces; Godart (Encycl. méth., art. Papillon) en décrit quarante-deux espèces que l'on peut partager en deux coupes, ainsi qu'il suit:

1. Cellule discoïdale ou centrale des Secondes ailes ouverte en arrière.

MORPHON ADONIS, Morpho Adonis, Fabr., Latr., God.; Papilio Adonis, Cram., pl. 61, fig. A, B. Il a de trois pouces et demi à quatre pouces d'envergure. Le dessus des ailes est du bleu azuré le plus brillant, avec le limbe postérieur noir (et tacheté de blanc dans la femelle). Le dessous est d'un gris lavé de brun avec des bandes plus claires et des yeux séparés. Il se trouve au Brésil ét à Gayenne.

2. Cellule discoïdale des secondes ailes fermée en arrière.

MORPHON ACTORION, Morpho Actorion, God., Latr.; Papilio Actorion, L., Clerck, Icon., t. 36, fig. 2; Séba, Mus., tab. 41, fig. 17, 18. Il a deux pouces d'envergure; ses ailes sont entières, couleur de terre d'ombre en dessus; les supérieures ont une baüde rousse à l'extrémité avec un espace d'un violet luisant vers l'angle interne. Il se trouve au Brésil et à Surinam. V. pour les autres espèces, Crammer, Esper, Hubner, Fabricius, Godart, etc. (G.)

MORPION, ARACH. Nom bas et vulgaire qui devrait être repoussé des dictionnaires, où il désigne le Pediculus pubis, L., espèce du genre Pou. V. ce mot. (B.)

MORRHUE ET MORRUDE. POIS. Pour Morue. V. GADE. (B.)

MORS-DU-DIABLE. Morsus-Diaboli. BOT. PHAN. Espèce du genre Scabieuse, dont la floraison annonce la mauvaise saison. Sa racine, échancrée et comme mordue, la fait appeler ainsi. On a appelé MORS-DE-GRENOUILLE l'Hydrocharis Morsus-Ranœ. (B.)

MORSE. Trichechus. MAM. Genre encore très-imparfaitement connu, qui compose, avec lés Phoqués, la tribu si remarquable des Carnassiers Amphibies. Les modifications de l'appareil de la locomotion le rendent voisin de cette dernière famille, à laquelle il ressemble aussi par ses formes générales; mais dont il s'éloigne au contraire à plusieurs autres égards, et spécialement par son système dentaire. Les deux mâchoires ont ordinairement l'uné et l'autre huit mâchelières, et la supérieure a en outre quatre incisives et deux canines, qui manquent à l'inférieure, du moins chez l'adulte. Le nombre des dents est en effet sujet à varier chez les Morses, soit par l'effet de l'âge, soit même par d'autres causes; fait qn'il est important de rémarquer parce qu'il explique les nombreuses contradictions que présentent les diverses descriptions données par les voyageurs et les naturalistes. Il paraît que, dans le jeune âge, on trouve à la mâchoire inférieure deux petites incisives très-rudiméntaires, et dont il n'existe plus de vestiges chez les adultes. Les deux incisives médianes

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de la machoire supérieure manquent elles mêmes chez un grand nombre d'individus; elles sont d'ailleurs, lorsqu elle existent; coniques et crochues, mais toujours très-petites et rudimentaires. Les externes, dont le volume est beaucoup plus considérable, sont cylindriques et coupées obliquement Ile dehors en dedans: elles diffèrent peu des mâchelières par leur forme, et c'est ce qui avait porté quelques auteurs à les compter parmi les molaires, quoiqu'elles soient bien réellement de véritables incisives. Les canines sont d'énormes défenses qui se recourbent en bas et en arrière: elles sout arrondies en dehors, mais creusées d'un sillon longitudinal à leur face interne. On ne voit point sur leur coupe de lignes courtes comme dans l'ivoire de l'Eiéphant, mais de simples granulations. Les trois premières molaires de chaque côté sont plus fortes et plus grosses que les incisives externes, avec lesquelles elles ont, comme nous l'avons aéjà remarqué, beaucoup de ressemblance; la dernière n'est au contraire qu'une petite dent rudimentaire, et qui tombe avec l'âge: elles n'ont d'ailleurs toutes qu'une racine conique très-courte, et sont formées d'une seule substance trèsdure, très-compacte, et analogue à celle des défenses. Les raâchelièrcs inférieures sont toutes à peu près de mêmeforme; elles sont plus étendues de devant en arrière que de dedans en dehors, et leur couronne paraît légèrement convexe. En général, le système dentaire des Morses, remarque Fr. Cuvier, ne paraît pas plus convenir pour broyer des matières végétales que pour couper des substances animales. On dirait que les dents de ces Amphibies sont spécialement destinées à briser, à rompre des matières dures; car elles semblent, par leur structure et leurs rapports, agir les unes sur les autres, comme le pilon agit sur son mortier.» Les membres très-courts, et disposés comme chez les Phoques, sont terminés par cinq doigts réunis par une forte membrane et armés d'ongles assez robustes; le corps, allongé, conique et généralement assez semblable à celui des autres Amphibies, est terminé par une queue très-courte; la tête est arrondie, et les narines, au lieu d'être terminales, sont dirigées en haut; disposition qui dépend de la forme delà mâchoire supérieure relevée et modifiée d'une manière très-remarquable à cause de la grandeur des alvéoles qui logent les défenses.

Les mœurs et les habitudes des Morses sont aussi imparfaitement connues que leur organisation. On sait cependant que ces Amphibies vivent par troupes assez nombreuses Sur les côtes désertes ou peu habitées. Ils se nourrissent de Fucus et demaières animales, mais surtout de coquillages qu'ils brisent au moyen de leurs mâchelières, que leurs formes et leur structure rendent, comme nous l'avons dit d'après Fr. Cuvier, très-piopres à cet usage. Les femelles portent neuf mois environ, et ne produisent ordinairement qu'un seul petit.

On ne connaît encore, d'une manière bien certaine, que le Morse du Nord, Trichechus Rosmarus, L., ou l'Animal connu vulgairement sousles noms de Vache marine, de Cheval marin et de Bête à la grande denti Cette espece, répandue dans toutes les parties de la mer Glaciale, est couverte d'un poil ras, decouleur brunâtre: elle atteint quelquefois jusqu'à vingt pieds dé longueur, et on a trouvé des individus du poids de deux milliers. Sa graisse, sa peau et l'ivoire de ses défeuses sont employés à divers usages.

On croit qu'il existe dans ce genre une seconde espèce qui serait propre aux mers équatoriales; mais on n'a encore sur elle que des notions trèsvagues. Quant aux Lamantins et au Dugong, long-temps placés dans le genre Trichechus, il est bien démontré aujourd' hui que ce sont des êtres d'une organisation très-différente de celle des vrais Morses, et que c'est

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avec juste raison que cuvier les a reportés vers les Cétacés. V. DUGONG et LAMANTIN. (IS. G. ST.-H.)

MORSEGO. BOT. PHAN. Sous ce nom est décrit et figuré dans Rumph (Herb. Amboin., vol. v11, p. 17, t. 10) un petit Arbre très-rameux, à feuilles opposées et dentées. Les fruits, disposés en grappes terminales, sont des baies sèches ou capsules qui s'ouvrent d'un seul côté, et renferment un noyau. Quoique l'Arbre ait le port de certains genres de Verbénacées, il n'est cependant pas possible d'eu déterminer les affinités naturelles, attendu que l'on ne connaît aucunement sa fleur. (G..N.)

MORSURE DE PUCE. MOLL. Nom marchand du Conus pulicadus, L. (B.)

MORT. ZOOL. BOT. Cessation totale des fonctions vitales. V. ORGANISATION.

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