RECORD: Pernety, Antoine Joseph. 1769. Journal historique d’un voyage fait aux Îles Malouïnes en 1763 et 1764 pour les reconnoître, & y former un établissement; et de deux voyages au Détroit de Magellan avec une relation sur les Patagons. Berlin: Étienne de Bordeaux. volume 2.

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JOURNAL

HISTORIQUE

D'UN

Voyage fait aux ILES MALOUÏNES

en 1763 & 1764,

pour les reconnoître, & y former un établissement;

ET

de deux Voyages au Détroit de Magellan,

avec une Rélation sur les Patagons.

PAR

DOM PERNETY,

Abbé de l'Abbaye de Burgel, Membre de l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse,
Associé correspondant de celle de Florence,

ET

Bibliothécaire de Sa Majesté le Roy de Prusse.

TOME II.

A BERLIN,

Chez ETIENNE DE BOURDEAUX,

Libraire du Roy & de la Cour

M DCC LXIX.

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TITRE

pour les pages 404. ad fin.

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JOURNAL HISTORIQUE

de mon Voyage aux Iles Malouïnes, avec les observations que j'ai faites sur les Habitans, & sur l'Histoire naturelle des lieux que j'ai parcourus.

Tom. II.

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16 Janvier 1764.

A trois heures du matin, le vent qui, pendant une diaine de jours, avoit constamment regné du Sud-Est, a passé au Nord, petit frais. Nous en avons profité pour désaffourcher. On a mis à pic sur la seconde ancre, embarqué la chaloupe & les canots, dont l'un avoit porté à terre le Sr. Sirandré, Lieutenant, chargé d'une lettre de remercimens de la part de Mr. de Bougainville & des autres, pour Mr. le Gouverneur. A neuf heures nous avons mis à la voile, ainsi que le Sphinx, & la Frégate Espagnole la Ste. Barbe: que nous avons dépassée en peu de tems, quoiqu'elle eût au moins deux grandes lieues & demie d'avance. On a gouverné au S. E. ¼ S. une demilieue, environ autant au S. E. puis fait route au S. E. ¼ E. pour doubler la pointe des charettes. C'est une chaine de roches au S. O. de la forteresse, qui s'étendent près d'une lieue en avant dans la Riviere. Lorsque nous avons mis à la voile, le vent étoit au Nord-Ouest, assez bon frais. Il est tombé peu à peu, & le calme a succédé au point qu'à trois heures & demie après-midi le Navire ne

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gouvernant plus, on a mouillé par les six brasses & demie d'eau, fond de vase. Nous avions le Morne ou Mont de Monte-video à l'O. N. O. & l'Ile de Flore au N. E, ¼ E. du compas. Le Sphinx a mouillé sur notre arriere à une bonne portée de fusil, ainsi que la Ste. Barbe. Pendant le calme nous javons pris trois beaux Papillons, surtout un dont on voit fig. Pl. VII. fig. 4 *).

Notre mouillage dans la Rade de Monte-video n'étoit pas absolument mauvais: mais je pense qu'il eût été meilleur plus en dedans de la Baye. Pendant tout le tems que nous y avons resté, nous étions toujours sur le qui-vive, tant à cause du Pampéros qui prend presque toujours subitement, que du vent Sud-Est au Sud-Ouest qui donne en plein dans l'entrée, & qui fait tellement enfler les vagues, qu'elles ne permettent pas de laisser aucun canot ni chaloupe le long du bord. Nous étions obligés tous les soirs de les mettre sous les Palans. Pour avoir oublié

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*) Je le nommoi, le Perroquet, parce que les couleurs variées de ses aîles imitent parfaitement celles du plus beau perroquet du Bresil: son corps est du plus beau verd marqué de rouge.

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une seule fois d'y mettre le petit canot, il nous échappa, & nous manquames à le perdre, comme je l'ai dit ci-devant. Etant plus en dedans de la Baye, on a même eau à peu près, même fond, & on y est à l'abri du Mont d'un côté, & de la Ville de l'autre.

Dès le soir, il y a eu grande apparence d'orage, par des éclairs très-vifs dans le S. O. & nous avions lieu de craindre le second tome de la Tempête des Maldonnades, qui avoit commencé de même. Mais, à huit heures du soir, une brise du N. O. s'est élevée, & s'est fortifiée de maniere qu'elle a éloigné l'orage de nous. On a fat les signaux au Sphinx, & l'on a mis sous voiles, gouvernant à l'E. ¼ N. E.

18.

A minuit nous avions fait environ quatre lieues. Sur les deux heures, le vent a passé au Sud, ensuite au S. S. E. à trois heures contraint de mettre en cape sous la Misaine pendant environ demi-heure. Sondé plusieurs fois & trouvé neuf brasses, puis dix, toujours fond de vase; à quatre heures, le vent étoit

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un peu tombé, & le tems est devenu brumeux. A cinq heures, l'orage s'est élevé avec de la pluye, des éclairs & du tonnerre, ce qui nous a obligé de carguer. A six heures remis sous voiles: les Montagnes les plus à l'Est des Maldonnades nous restoient au N. N. E. du compas, distantes de cinq ou six lieues. Nous avons ensuite fait route à l'E. N. E. & puis à l'E. enfin à l'E. S. E. A deux heures après-midi la pluye a cessé, le tems s'est éclairci, & les Montagnes des Maldonnades se sont montrées très distinctement, le Morne le plus à l'Est au Nord pour nous; l'Ile Lobos au N. E. ¼ N. & N. Nord-Est du compas, à six lieues ou environ de distance. Duquel point est pris celui du départ.

Latitude du départ 35 = 30.
Longitude 56 = 30.

Les Marées ont porté sur le N. 12 min.

19.

A minuit le vent a regné de l'Ouest-Nord-Ouest au Sud-Sud-Est, petit frais, beau tems, la mer belle, gouvernant de S. E. ¼ E. à l'E. N. E. 4 deg. Nord, depuis le dernier relévement la route valant au Sud-Est.

Chemin 10 lieues ½.

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Vers les trois heures après minuit le calme s'est fait sentir, jusques sur les six heures que le vent s'est élevé à l'O. N. O. petit frais, & beau tems. Route alors au S. E. à petites voiles pour ne pas nous éloigner du Sphinx. A huit heures gouverné au S. E. ¼ S. & à midi la route a valu depuis le relévement le S. E. ¼ S. 5 d. S.

22 li. ⅔.

La hauteur prise à midi ayant donné une assez grande différence, occasionnée sans doute par les courans assez ordinaires dans les embouchures des rivieres; il a fallu corriger l'air de vent & le chemin.

Latitude observée Sud 35 = 48.
Longit. est 56 = 3.
Route corrigée le S. E. ¼ S. 5 deg. Sud.
Chemin corrigé 33 lieues.
Variation obs. 14 = 30. N. E.

Par les observations réitérées tant dans la Rade des Maldonnades, que le long de la côte, allant à Monte-video, l'Ile de Lobos pourroit bien n'être qu'à 35 dégrés six minutes, & la Carte Françoise la met à 35 = 30 m. ce qui peut aussi avoir occasionné la différence trouvée à midi.

Vers les deux heures, il a passé près du Navire une espece singuliere de pois-

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son. Jusques à présent nous en avons vû beaucoup; mais, comme ils étoient trop éloignés du bord, nous n'avions pu en pêcher. Voyant aujourd'hui qu'ils côtoyoient la Frégate, j'ai engagé un matelot a jetter un seau attaché au bout d'une corde, à la mer; & il a réussi à en prendre un. Nos marins lui donnent le nom de Galere. C'est une espece de Vessie, que l'on peut mettre dans le genre de celles que les Naturalistes nomment Holotures, qui sans avoir l'apparence de plante ni de poisson, ne laissent pas que d'avoir une veritable vie, & se transportent à la maniere des animaux, par un mouvement qui leur est propre, d'un lieu à un autre, indépendamment du secours du vent & des ondes, sur lesquelles on voit ces vessies portées comme des petits Navires. Ceux qui n'observent pas avec des yeux curieux & éclairés cette apparence de vessie, la prendroient pour un limon enflé d'air qui surnage, emporté par les vagues & les vents. Mais le matelot qui l'a pêchée, me l'ayant apportée, j'eus tout le tems de l'observer. J'y remarquai un mouvement péristaltique, tel que celui que les Anatomistes attribuent aux intes-

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tins & au ventricule. J'étois sur le point de l'enlever du seau avec la main, lorsque Mr. Duclos, notre Capitaine, m'arrêta le bras, en me disant de m'en donner de garde; que si je le faisois, je ne serois pas longtems à m'en repentir, par les cuissons vives que je ressentirois dans tous les endroits de la main, où les filets d'un bleu-violet, qui sont attachés à cette Vessie, auroient touché. Je me contentai donc d'observer des yeux, & de peindre cette Galere.

Le dire du Capitaine s'est vérifié dès le même jour. Un Mousse en layant pêché une seconde, eut l'imprudence de la prendre avec la main. Ces filets s'entortillerent au tour. Un instant¦ après il se mit à crier qu'il sentoit un feu cuisant & très douloureux sur tout le dessus de la main & au poignet. Il la secoua bien promptement, pour se débarrasser de la Galere; mais il étoit trop tard. On accourut à ses cris; il pleuroit, trépignoit des piés, disant qu'il lui sembloit avoir la main dans un brasier ardent. On la lui trempa dans de l'huile; on lui appliqua dessus une compresse imbibée de cette liqueur, & il ressentit encore la même dou-

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leur pendant plus de deux heures; mais elle diminua insensiblement.

La Galere est une Vessie oblongue, applatie par dessous, arrondie dans son contour, mais comme émoussée par ses extrémités; desquelles partent ces filets, dont l'attouchement devient si douloureux. Une de ces extrémités est plus arrondie que l'autre: celle-ci est un peu allongée. Ce qui forme la base ou point d'appui à cette Vessie est fraizé par ses bords. Le tout est une membrane trèsdéliée, transparente, & approchant de la figure de ces demi-globes, qui s'élevent sur la surface des eaux en tems de pluye d'été, surtout quand elle tombe à grosses gouttes. Elle est toujours vuide, mais enflée comme un balon. Cette membrane a des fibres, les unes circulaires, les autres longitudinales, au moyen desquelles se forme le mouvement de contraction péristaltique.

A son extrémité la plus allongée, elle renferme un peu d'eau très-claire, qu'une petite cloison membraneuse empêche de s'épancher dans le reste de la concavité. La fibre qui prend de l'avant à

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l'arriere, en passant sur le dos, est élevé, ondée sur les bords, plissée comme une belle crête, d'une couleur vive de verd bleu-purpurin, étendue en maniere de voile. Elle se baisse, se hausse, se tourne, comme pour s'appareiller suivant le vent. Des deux extrémités de la fraize, colorée comme cette espece de voile, sortent des filets de differentes longueurs; deux très-courts, sont gros comme un fort tuyau de plume, qui fe divisent ensuite en plusieurs autres moins gros, mais beaucoup plus longs, & ceux-ci en d'autres encore plus longs & plus menus, au nombre de huit en tout. Leur longueur est d'environ un pié; mais tous ne sont pas egalement longs. Ces cordons entrelassés ont près du corps l'apparence d'un rézeau, dont les mailles sont inégales. Ces jambes ont des especes d'articulations, formées par de petits anneaux circulaires, dans lesquelles on remarque aussi un mouvement de contraction. Tous ces filets sont comme des houppes pendantes, composées de cordons d'un azur pourpré & verdâtre, à peu près transparens, & de diverses longueurs, dont les bords paroissent den-

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telés, & couleur de feu, & gris de lin, entremêlés d'espace en espace.

Les plus grosses Galeres que j'ai vûes, avoient environ sept pouces de long dans leur base, sur cinq de haut. Il seroit bien difficile de déterminer au juste la couleur de ce singulier animal. La Vessie est claire & transparente comme le cristal le plus pur; mais ses bords, son dos & ses jambes ont, pour ainsi dire, les couleurs de l'Arc-en-Ciel, ou d'une flamme sulphureuse. Nous en avons vû une grande quantité dans notre route, & surtout dans le Canal qui forme l'Ile Sainte Catherine au Bresil; & je le crois commun dans ces parages-là. Si le simple attouchement de cet animal cause tant de mal, que ne peut-on pas juger de ce qu'il produit dans le corps des poissons ou autres animaux qui l'ont dévoré? Ce qu'il y a de surprenant, dit le Pere Labat, c'est qu'il corrompt & empoisonne la chair des poissons, sans les faire mourir. C'est à peu près l'effet du fruit du Machenilier.

Ayant observé le coucher du Soleil, on a trouvé quinze dégrés de déclinai-

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son Nord-Est, que la plûpart des marins nomment variation.

20.

Depuis hier midi on a tenu la route du Sud-Est-quart-Sud tant qu'il a été possible, le vent ayant regné de l'Ouest au Sud, bon srais, mais avec une mer houleuse. A midi la route a valu par estime le S. E.

Chemin estimé 29 lieues.

On s'est apperçu que les courans portent au S. S. O. ce qui confirme la remarque portée dans la Rélation du Voyage de l'Amiral Anson.

Lat. est. S. 37 = 13.
— obs. 37 = 14.
Longitude corrigée 54 = 57.
Chemin corrigé 33 lieues.

Jusqu'à huit heures du soir, il a fait un vent de Sud très foible, qui tenoit du calme. Alors il a passé au N. N. E. en calmiole. Les marées nous ont portés 30 min. au S. il est à croire qu'elles portent au S. S. O. comme le gissement de la Côte.

21.

A minuit, le vent a regné du N. N. O. bon frais, le Ciel serein, & la mer

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houleuse. On a tenu la route du S. ¼ S. O. jusqu'à six heures, que l'on a été contraint d'amener les bonnettes & de faire des ris dans les huniers, pour attendre le Sphinx. Nous avons ensuite gouverné au S. S. O. jusqu'à midi.

La hauteur prise nous a donné une différence de onze lieues plus que notre estime; ce qui vient des courans. Route S. O. ¼ S. 4 deg. O.

Latitude est. Sud 38 = 22.
— — obs. 38 = 51.
Longitude corrigée 55 = 47.
Chemin est. 25 l.
— — corrigé 36.

Du Nord-Nord-Ouest le vent a regné à l'O. N. O. bon frais, jusques à quatre heures du soir.

Dimanche 22.

Ce matin il a calmé, avec beau tems & la mer belle. Nous avons vû quantité de Dadins, (oiseaux de mer que l'on trouve presque dans tous les parages.) La brume est élevée du N. O. & il a fait quantité d'éclairs dans la partie du Sud-Ouest, à quatre heures du matin. Le vent est venu depuis le S. à l'E. à différentes reprises, en petit calme, & com-

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me des brises seulement, jusques à sept heures, qu'il a fraîchi de N. O. & N. N. O. bon petit frais, jusques à midi, que la route a valu par estime le S. E. ¼ S. 2 d. 30 E.

Latitude est. Sud 40 = 23.
— — obs. 40 = 36.
Longitude corr. 57 = 30.
Chemin est. 38 l. ⅔.
— — corr. 43 l.
Variation Nord-Est 17 deg. 30 min.

Nous avons vû quantité de gros oiseaux, que l'on nomme Moutons, ou Quebrantehuessos, & beaucoup de Dadins, ainsi que quelque Alcoins, que nos marins nomment aussi Puans. Ces derniers, diton, ne se montrent gueres qu'il n'y aît le jour-même, ou le lendemain, un gros tems, & souvent des Tempêtes. En effet, peu de tems après le vent du S. S. O. qui avoit regné, a soufflé avec violence; la mer est devenue grosse, le tems brumeux, & de tems à autre un peu de pluye. Sur les neuf heures du soir, nous avons fait le second ris dans les huniers: à onze heures, le troisieme ris dans la grande voile sur laquelle on a mis le vent pendant la nuit, pour attendre le Sphinx.

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23.

A huit heures du matin nous avons serré le petit hunier, & appareillé de nouveau à dix heures. A midi la route a valu par estime le Sud-Est.

La hauteur nous a donné 25 minutes plus Sud que l'estime, & sachant que les marées portent au Sud, il a fallu changer l'air de vent. On a sondé, & point de fond.

Air de vent corrigé le S. O. ¼ S.

Latitude est. 41 = 25.
— — obs. 41 = 46.
Longitude est. 56 = 21.
Chemin est. 21 li. ⅔.

La mer a été grosse toute l'après-midi, le tems sombre, par un vent de S. S. O. à l'O. bon frais. Il a paru quantité d'oiseaux, & des bandes très-longues, larges & bien formées de fraî rougeàtre de poissons, sur le soir. La plûpart s'étendoient en longueur à perte de vûe, & quelques unes avoient environ cent pieds de large. Le tems s'est puré (éclairci) & il a un peu calmé. On a sondé, & l'on n'a pas trouvé fond à cent brasses de ligne.

24.

Au lever du Soleil, la variation s'est trouvée de 19 degrés. Sur les six heures,

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venté grand frais, avec un peu de pluye. On a fait les ris dans les huniers; le tems s'est engraissé (devenu nebuleux, & l'air brumeux) jusqu'à midi. La route a valu par estime le S. O. ¼ O. 4 deg. Ouest. La hauteur a donné 30 minutes plus au Sud que l'estime; c'est pourquoi l'air de vent n'a valu que le S. ¼ S. E.

Latitude est Sud 42 = 39.
— — obs. 42 = 9.
Longitude 57 = 7.
Chemin est. 19 li ⅔.
— — corr. 25 ⅓.

Le même tems a continué grand frais, tous les ris dans les huniers. Nous avons vû huit ou dix Baleines ou Baleinaux, beaucoup d'oiseaux, & de l'espece de Goëmon que nos marins nommoient Baudreu. Sur les huit heures, on a serré le petit hunier; à dix heures on l'a remis dehors, & défait un ris de chacun.

25.

A quatre heures du matin, le mécredi 25, le vent n'avoit soufflé que par grains, avec un peu de pluye; & a regné de l'Ouest au Sud jusques à neuf heures qu'il a retourné à l'Ouest. A midi, route corrigée S. S. O. 1 = 30 S.

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La hauteur a donné dix-neuf minutes plus Sud que l'estime; la route auroit valu à peu près le Sud.

Latitude estimée Sud 43 = 34.
— — obs. 45 = 53.
Longitude 56 = 47.
Chemin est. 23 li.
— — corr. 26 ½.

Jusqu'à cinq heures du soir, le vent a regné au N. O. grand frais; ce qui a obligé de faire tous les ris dans les huniers. Le roulis a été si constant & si fort, qu'il a fait mourir un bouc, deux moutons & trois vaches. Plusieurs autres en sont malades, ainsi que les chevaux que nous avons embarqués à Monte-video.

Le tems est devenu sombre & pluvieux. Sur les six heures, le vent est un peu tombé, & a passé à l'Ouest, ensuite à l'Ouest-Sud-Ouest jusqu'au Sud, petit frais. La mer s'est aussi dressée peu à peu.

26.

A trois heures du matin, on a largué un ris de chaque hunier. A huit heures, on a sondé, sans fond, à cent vingt-cinq brasses. On gouvernoit alors à l'E. S. E. on a viré de bord. A midi, la route a valu par estime le S. S. O. 2 = 30 Ouest.

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Mais par l'observation elle a été réduite au S. O.

Variation ortive N. E. 20 degrés.
Latitude est. Sud 45 = 8.
— — obs. 44 = 57.
Longitude 57 = 25.
Chemin corr. 21 li.

Les Marées commencent à reverser vers le Nord. Nous avons encore rencontré beaucoup d'oiseaux & de Goëmon. Le vent a regné du S. S. E. au N. N. O. passant par l'Est, beau tems, la mer toujours agitée du gros houle du Sud, jusqu'à sept heures du soir, qu'elle a un peu dressé. On a été obligé de tuer une vache & un bouc, malades des mouvemens du roulis. Sondé sans fond. Le calme a succédé & a duré presque toe la nuit.

27.

Sur les cinq heures du matin, Vendredi 27, il a fraîchi; on a grayé (mis dehors) les bonnettes haut & bas; mais le vent ayant beaucoup augmenté, on les a serrées, pour attendre le Sphinx. A midi, la route a valu par estime le S. O. 3 dégres O. L hauteur nous a donné neuf minutes de différence au Nord; c'est pourquoi la rou-

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te n'a valu que le S. O ¼ O. 28 minutes S.

Latitude est. Sud 45 = 53.
— — obs. 45 = 44.
Longitude 61 = 18.
Variation ortive N. E. 21 deg.
Chemin est. 34 ⅔.

Dans la soirée, nous avons vû quantité d'oiseaux, parmi lesquels beaucoup d'Alcyons. Le vent s'est élevé du N. Est & a regné au N. N. O. grand frais. Le Ciel a été assez beau pendant la nuit. La mer est devenue fort grosse après le lever du Soleil; le tems sombre & brumeux, & le vent si violent, que nous avons été contraints de serrer les huniers sur les neuf heures, cc qui a donné moyen au Sphinx de gagner un peu de chemin, & de se rapprocher de nous. Ce mauvais tems a continué toute la nuit, & il a fait périr un très-bel étalon, que nous avons jetté à la mer, ainsi qu'un bouc & une brebis.

Samedi 28.

Ce matin, nous avons vû une Baleine, deux Loups marins & deux Pinguins. On a sondé, sans fond. On a cargué la grande voile, & à midi la

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route a valu par estime le S. S. O. 3 deg. O.

Latitude est. Sud 47 = 10.
Longitude 61 = 18.
Variation N. E. 21.
— — ortive N. E. 21.
Chemin est. 28 lieues ⅔.

Après-midi, beaucoup de Dadins, de Moutons & de Moves se sont montrés; & nous avons rencontré du Goëmon à longues feuilles. Le vent a régné du N. N. O. au N. O. grand frais; le tems brumeux & de la pluye. A quatre heures la mer étoit fort grosse; & un orage survenu à cinq heures, l'a fait tellement enfler, que plusieurs vagues sont tombées sur le gaillard d'avant, & ont jetté de l'eau en quantité sur celui d'arriere. Le roulis a tué une jument. Nous n'avons pu garder que la mizaine, quelquefois-même le point du vent cargué. A sept heures, le tems s'est un peu éclairci; & à minuit, le vent a passê au S. O. grand srais.

Dimanche 29.

Le vent est un peu tombé sur les quatre heures du matin. On a appareillé les huniers, mais tous les ris dedans. A neuf heures on en a largué un; le vent étant

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à l'O. S. O. bon petit frais, & la mer encore fort grosse. A midi, le beau tems a permis de prendre hauteur, la route a valu par estime le S. S. O. 4 d. 30. m. O.

Latitude est. Sud 48 = 28.
— — obs. 48 = 25.
Longitude 62 = 15.
Chemin est. 29 l. ½.
Variation obs. occase. 22 d. N. E.

Le 29. quelques poissons assez gros se sont montrés à fleur d'eau, sur les trois heures après-midi. Plusieurs de nos marins accoûtumés à la pêche de Terreneuve, ont assuré que ces poissons étoient des morues. Le vent a régné du N. O. à l'O. N. O. bon frais, beau tems, mais la mer toujours très-grosse. Sur les cinq heures sondé, sans fond. Toute la nuit nous avons fait petites voiles, pour ne pas nous éloigner du Sphinx.

Lundi 30.

Trouvé fond à 85 brasses, après avoir sondé à quatre heures du matin. Ce fond est de sable fin, brun & brillant. Alors on a tiré de l'entrepont les pieces d'un bâteau de pêche, pour les asseembler & le monter. A midi, la route a valu par estime le S. O. ¼ S. 3 = 30. S.

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Latitude est. Sud 49 = 54.
— — obs. 49 = 56.
Longitude 64 = 3.
Chemin estimé 36 l. ½.
Variation obs. occase 22 = 30 N. E.

La mer a été un peu moins mauvaise dans la soirée; & nous avons vû plusieurs Pinguins & Loups marins.

A six heures, cargué les voiles tant pour attendre le Sphinx, que pour sonder. Nous avons trouvé fond à cent cinq brasses, fond de sable gris & taches noires. Resté ensuite en travers jusqu'à minuit, tribord au vent.

Le 31. à minuit, fait servir sous les huniers tous les ris. A 3 heures, appareillé la misaine & la grande voile; & à six heures du matin, nous avons vû la Terre dans l'Est, à la distance d'environ six lieues. Elle nous a paru être des Iles. Nous avions alors grand vent; ce qui nous a fait mettre en cap, bâbord au vent sous la misaine & le foc d'artimon. Ayant un peu calmé sur les onze heures, nous avons fait servir & gouverner à l'E. S. E. jusques à midi, que l'on a relevé la Terre le plus au Sud, au Sud-Est cinq dégres Est, distance d'environ

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une lieue, & une pointe de roche, qui restoit au S. S. Est. Elle met au large, environ cinq lieues, la pointe de la Terre la plus à l'Est, à l'Est quart Sud-Est, distance de deux lieues, toutes les Terres paroissant être des Iles. L'air de vent des 24 heures a valu le S. ¼ S. E. 5 degrés S.

Latitude est. Sud 50 = 59.
— — obs. 50 = 58.
Longitude 63 = 33.
Chemin 21 = li. ⅔.
Variation est. 23 N. E.

La figure de ces Iles disposées en triangle, comme l'on dit que le sont celles que l'on nomme Sébaldes, & la proximité où nous pensions en être, nous a d'abord fait croire que ces trois Iles que nous voyions, étoient ces meêmes Iles Sébaldes. C'est pourquoi, suivant notre point pris à midi, nous les avons trouvées placées dans la Carte Françoise de Belin trente lieues trop à l'Ouest; & notre observation nous a d'autant plus trompés à cet égard, qu'elle étoit d'accord avec celle du Pere Feuillée, & avec une Carte Manuscrite du dépôt de la marine, donnée par Mr. de Choiseul à Mr. de Bougainville avant notre départ de Paris.

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Voyez ces Iles, comme elles se présenterent à nous à deux lieues de distance, ayant le Cap à Est-Sud-Est. Pl. VII. fig. 1.

Cette Carte de Mr. de Bougainville porte le bout de l'Est des Iles Malouïnes par 57 degrés 15 minutes de longitude, & le P. Feuillée place la même extrémité de ces Iles par 57 = 45. la latitude s'accorde d'ailleurs assez bien. Mr. Belin la met par 62 deg. Nous vérifierons mieux, qui a raison des deux, lorsque nous y aurons débarqué, comme nous nous le proposons.

Variation N.E. 23 degrés.

Le vent a régné l'après midi, N. O. bon frais. En cotoyant toujours la terre, nous avons sondé à 3 heures, trouvé à 45 brasses fond de cailloux. A quatre heures sonde, 40 brasses fond de cailloux, coquillages brisés de Ricardeaux: nous étions alors à une demi-lieue de deux Iles plates, qui, au premier aspect, paroissent couvertes de petits bois taillis; (mais qui ne sont qu'un grand jonc à feuilles plattes & larges, que l'on nomme Glajeux, ce que nous avons reconnu dans la suite en abordant à des Terres,

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dont la côte est garnie de ces Glajeux, qui nous avoient parus de même.) Sondé de nouveau, & trouvé fond de roches à 24 brasses.

Ayant relevé les Terres les plus au N. E. elles nous restcient à l'Est du compas, distantes d'environ sept lieues: les trois Iles que nous avions cru être les Sébaldes, à l'O. distantes de 7 à 8 lieues. A sept heures, nous avons fait route sur le N. O. pour nous retirer de l'enfoncement. Sondé ensuite de deux heures en deux heures, en filant 80 à 90 brasses sans trouver de fond.

Mardi 31.

Fait route sur l'E ¼ S. E. à six heures du matin, & puis à l'Est pour accoster la Terre, jusques à midi. Nous avons alors relevé les Terres qui nous paroissoient le plus au N. E., à l'Est & E. ¼ S. E. du compas, distantes de cinq à six lieues. Les plus au S. O. nous restoient au S. S. O. distance de sept à huit lieues: les Terres qui nous restoient entre ces deux relévemens, paroissent Terre ferme & situèes au Nord-Est & Sud-Ouest; & l'air de vent rectifié des 24 heures a valu 1'E. ¼ S. E. 2 deg. Est.

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Singlé en route directe 12 lieues ⅔.
Latitude est. Sud 51 = 3.
— — obs. 51 = 4.
Longitude 62 = 42.

Dans l'après-midi, fait route Est deux degrés Sud, le vent étant O. S. O. & le vent par grains, avec de la pluye. Nous rangions la Terre à une lieue ou environ de distance, quelquesois à demi-lieue seulement, pour mieux la reconnoître. On sondoit de tems à autre, & nous trouvions à 35 brasses, fond de sable gris

Les Terres sont de moyenne hauteur, & des hauteurs les unes derriere les autres; ce qui prouve que c'est la grande Terre ou la plus grande des Iles. Presque tous les bords couverts de Glajeux, qui paroissent comme des petits arbres. (Parce que comme nous l'avons mieux reconnu, après avoir débarqué, chaque plante de Glajeux forme une motte élevée de deux piés & demi ou environ, & éleve ensuite une touffe de feuilles vertes à une hauteur à peu près égale.) Nous n'avons point vû de bois; &, à la distance où nous sommes, le terrein paroît sec & aride: peut-être la chaleur de l'été a-t-elle desséché l'herbe.

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A trois heures, nous avons vû un Ilot, deux lieues au large de la côte. Il présente à peu près la figure de celui sur lequel est bâti le fort de la Conchée, (Mr. de Bougainville l'a nommé la Tour de Bissy *), près de St. Malo. A cinq heures, nous avons découvert un Cap coupé, & un Ilot, qui nous paroissoit comme le Cap Fréhel, situé à quatre lieues de St. Malo. Ce Cap coupé sembloit alors terminer les Terres à l'Est. On a gouverné au N. N. O. à petites voiles, avec un vent d'Ouest.

1 Fevrier.

A minuit, Mercredi premier Fevrier, on a mis en cape, bâbord au vent. A deux heures, mis en cape sous la misaine & le foc d'artimon, jusques à quatre heures, que nous avons viré vent arriere & mis en cape, tribord au vent, jusques à six heures: nous étions alors en cape sous la misaine seulement au N. O. ¼ O. 5 deg. On a ensuite fait route le long de la côte, route S. E. ¼ E. vent O. S. O. de huit heures à dix, route E. N. E.

*) C'est l'entrée du Détroit, qui partage l'Ile en deux Est, & Ouest. Ce Détroit communique du Nord au Sud.

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même vent jusques à midi, qu'il faisoit grand vent par grains, avec de la pluye. Route E. ¼ S. E. 2 d. E.

Latitude est. Sud 51 = 10.
— — obs. 0 = 0.
Longitude 61 = 10.
Chemin estimé 20 li. ⅔.

On a relevé les Terres de l'Est à l'E., qui nous ont paru un autre Cap, & un petit Ilot, presque semblables à ceux qui nous avoient, représenté le Cap Fréhel. Nous en avons ensuite apperçu un autre petit, tout couvert d'oiseaux.

La route rectifiée des 24 heures a yalu l'E. ¼ S. E. 5 deg. 15 min. E. A midi, la, route étoit Est trois degrés Sud. Le vent a régné de l'O. S. O. à l'O. & a continué grand frais par grains, avec de la pluye: ce qui occasionnoit un roulis très-violent, qui a beaucoup fatigué nos bestiaux. Nous avons même pris le parti de tuer plusieurs vaches malades, dans la crainte de les voir périr, & d'être obligés de les jetter à la mer; comme nous l'avons déjà fait du beau taureau, que nous avions embarqué à l'Ile Ste. Catherine, ainsi que de quelques boucs & de plusieurs brebis.

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Sur les trois heures après-midi, le vent a passé au S. S. O. & nous avons surmonté une marée, forte comme dans un Ras, la mer très houleuse, & brisant comme sur une batture.

On a rangé la côte à demi-lieue de distance; mais ce Ras nous a obligé de prendre le large. Un Cap s'est alors présenté, lorsque nous faisions route à l'Est deux dégres Nord; le vent O. S. O. Deux roches étoient à la tête de ce Cap, à un quart de lieue au large. Il nous a fallu une bonne demi heure pour nous tirer de ce Ras. Ou a ensuite raccosté la Terre, qui se prolongeoit au S. E. ¼ E. & E. S. E. Rangé ensuire à une demi-lieue un autre Cap, qui ressembloit à un Ilot couvert de bois. Le tems étoit beau, & petit frais, ce qui nous a déterminés, sur les six heures du soir, à mettre à la mer le bateau de pêche que l'on avoit monté. Mrs. Donat & le Roy, Lieutenant, s'y sont mis avec les Matelots nécessaires, tous bien armés. On les a envoyés à terre couper de l'herbe pour nos bestiaux; qui commençoient à en manquer. Alors nous étions environ à deux lieues sous la pointe, où il paroissoit du

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bois. Le calme nous a pris là jusques à huit heures. La marée nous portoit à terre, sur une batture de roches. Dans cet embarras, d'où nous ne pouvions nous tirer, faute de vent, on a sondé, dans le dessein de mouiller, si le fond s'étoit trouvé bon. Il y avoit dix-huit à vingt brasses, mais fond de roches; l'inquiétude alors a redoublé, avec d'autant plus de raison, que la marée nous avoit déjà portés vers la batture, qui bordoit une anse assez grande, & que nous n'en étions guéres éloignés que d'un demiquart de lieue. Le Sphinx se trouvoit dans le même embarras que nous, & l'on pensoit déjà aux moyens de sauver sa vie, si nous allions faire naufrage sur ces Roches, que les marins appellent Charpentiers; parce qu'un Navire qui a le malheur d'y échouer, est bientôt brisé en pieces. Heureusement, sur les huit heures, il fraîchit tant soit peu de la partie de la Terre; & nos Capitaines attentifs & habiles à profiter du moindre avantage qui se présente, firent manœuvrer si adroitement, que nous nous éloignames de la Terre. L'Equipage sentoit si bien le danger où nous étions en-

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gagés, que dans les tems les plus orageux, & pendant la tempête-même que nous essuyames auprès des Maldonnades, ils n'avoient pas manœuvré avec autant de promptitude & d'exactitude. C'étoit un spectacle curieux que celui de voir chacun à son poste, tenant à la main le cordage qu'il devoit faire jouer; tous avec une figure sur laquelle étoient peintes l'inquiétude & la crainte, mêlées d'espérance: tous dans le plus profond silence, les yeux fixés sur le Capitaine, & les oreilles attentives, pour obéir au premier commandement: les deux Capitaines & les Lieutenans, tout le monde même, occupés à regarder les uns du côté de la pleine mer, les autres vers la terre, pour observer si quelqu'un ne verroit pas la moindre brise s'élever, & faire frémir la surface des eaux qui étoit presqu'aussi unie qu'une glace. Celui-là présentoit la jouë, celui-ci la main, un troisieme l'exposoit mouillée du côté où ils imaginoient que le vent commençoit à soufler, afin d'en sentir la moindre impression. Enfin la brise tant desirée, quoique trés-foible, s'éleva, la crainte fit place à la joye & à la satisfaction; & pour ne pas nous retrouver

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dans le même embarras, nous nous éloignames au Nord-Est quart Est cinq degrés Est.

A neuf heures, nous avons mis en panen; & vers les onze heures, notre bateau de pêche est revenu à bord chargé d'herbes. On l'a rembarqué. Les Srs. Donat & le Roi nous ont rapporté qu'ils avoient vû à terre, à une petite portée de fusil de l'endroit où ils étoient, un animal effrayant & d'une grofleur étonnante, couché sur l'herbe, ayant la tête comme celle d'un Lion, une crinière semblable, tout le corps couvert d'un poil roux-brun, long comme celui d'une chevre: Que cet animal les ayant apperçus, s'étoit levé sur les deux piés de devant, les avoit regardés un moment, puis s'étoit recouché: Qu'eux ayant ensuite tiré un coup de fusil sur une outarde, qu'ils tuerent, le gros animal s'étoit levé de nouveau, les avoit encore regardé sans changer de place, puis s'étoit recouché. Cet animal leur a paru, disent-ils, gros comme deux bœufs ensemble, long de douze ou quatorze piés. Ils avoient dessein de lui tirer dessus; mais, soit qu'ils en ayent été effrayés, & qu'ils n'ayent pas osé tirer,

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dans la crainte de ne le blesser que legérement, & de courir des risques pour leur vie; soit, comme ils nous l'ont dit, qu'ils n'ont pas voulu perdre leur tems à cela, parce qu'il étoit tard, & qu'ils vouloient se rendre à bord.

A huit heures, nous avions relevé les Terres plus au Sud-Est, à l'E. ¼ S. E. & Est-Sud-Est cinq lieues; & la pointe la plus à l'Ouest, au N. O. ¼ O. distante d'une lieue ou environ.

Jeudi 2 Fevrier.

De neuf heures à minuit, nous avons resté en panne sous les huniers, au N. O. ¼ N. Vent d'Ouest-Sud-Ouest.

3.

De minuit jusqu'à trois heures & demie, en panne à O. ¼ N. O. 4 degrés N. les vents au S. O. & S. S. O. Alors on a fait servir & gouverner au S. E. ¼ S. jusques à dix heures, que le vent a été au S. ¼ S. E. & gouverné au S. O. ¼ S. jusques à midi que nous avons eu connoissance d'une ouverture de. Baye, qui nous restoit dans l'O.

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S. O. *) On a fait deux bords & donné dedans en sondant, 24. 22. 20 18. jusques à treize brasses, sable fin vaseux. L'entrée de cette Baye a paru si belle, que nous y sommes entrés à pleines voiles, comme dans le Port le plus connu & le plus aisé. A deux heures, mouillé par treize brasses, sable fin, & l'on a relevé le mouillage.

Relèvement.

Les deux pointes sont S. S. E. & N. N. O. l'une de l'autre. La pointe la plus au N. E., qui ferme l'entrée de la Baye à tribord, au N. E. ¼ E. La pointe de bâbord à l'E. & E. ¼ N. l'Ilot ou Rocher, situé près de cette derniere pointe, à l'E. ¼ N. E. & une pointe, qui se trouve la plus au S. dans le fond de la Baye, à O. ¼ S. O.

Nous sommes mouillés à environ trois lieues dans l'enfoncement de la Baye.

*) Voyez l'entrée de cette baye Pl. VII. fig. 2. Elle est située à la côte de l'Est des Iles Malouïnes. On la voyoit telle à 3 lieues de distance, le Cap a O. ¼ S. O. & O. S. O. le mondrain A. restoit au S. O. ¼ O. B. à O. S. O. C. à O. ¼ S. O. D. à O. N. O. E. à O. F. à Nord. Ouest. Nous en étions alors éloignés d'environ deux lieues.

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Elle paroit avoir au moins autant de profondeur au delà. Dans le fond on voit des Iles & Ilots, auprès desquels le bateau de pêche ayant sondé, on a trouvé 4. 5. 6. brasses & davantage, fond de vase. Le Sr. Donat y a été envoyé aussitôt après le mouillage, & a été de retour sur les dix heures du soir. Il a rapporté que par tout il y avoit au moins huit à dix brasses, & sept à huit à l'Est des Iles, fond de sable vaseux par tout: ce qui nous assure une retraite, en cas de mauvais tems du large, qui est depuis I'E. N. E. à I'E. S. E.

Cette Baye, dont on voit le plan & la figure pl. VIII. peut contenir au moins mille vaisseaux, & dans l'Ouest des Iles & Ilots autant, à l'abri de tous vents, plus en sureté même, disent nos marins, que dans le Port de Brest.

Dès que nous avons eu dîné, on a mis le canot & la chaloupe à la mer, & nous avons descendu au Sud de la Baye, Mrs. de Bougainville, de Nerville, de Belcourt, Lhuillier, Donat, Sirandré, & moi. Pendant le trajet une quantité prodigieuse d'une seule espece d'oiseaux noirs & blancs passoient en troupes nombreuses, à cinq

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ou six piés seulement au dessus de nos têtes. On en a tué quelques uns. Ceux qui tomboient blessés seulement, plongeoient lorsque l'on vouloit les saisir. Avant que d'aborder, on tira sur des outardes, des oyes, & des canards, qui ne s'envolerent pas à notre approche. Ils se promenoient auprès de nous, comme s'ils eussent été privés.

Etant éloignés de la Terre, les apparences nous avoient trompés. Nous nous étions imaginés trouver un terrain sec & aride; mais, lorsque nous avons eu mis pied à terre, nous l'avons trouvé tout couvert d'une herbe, ou espece de foin, haut d'un pied ou d'un pied & demi, jusques sur le sommet des hauteurs mêmes, où nous eumes beaucoup de peine à grimper, par l'obstacle que ce foin opposoit à notre marche.

Nous y montames en troupes, pendant que quelques uns se détacherent, pour chasser tant sur les hauteurs que le long de la côte. Nous fatiguames beaucoup à escalader ces hauteurs: point de chemin, point de sentiers à travers cette herbe, qui y est, vraisemblablement, depuis que cette Terre existe. On enfonce

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dans ce foin, jusqu'au genou, & le sol, qui paroit d'un brun noir, est un terreau de foin pourri d'année en année, qui fait ressort sous les piés à cause des racines qui s'y sont entrelassées. On peut juger de là, s'il est aisé d'y faire beaucoup de chemin sans être fatigué. Heureusement nous nous étions munis de pistolets de poches (petites bouteilles clissées d'eau de vie), & de quelques biscuits de mer, qui nous furent d'une grande ressource; car il faisoit d'ailleurs une chaleur très-vive.

Il y a des especes de mottes vertes, élevées quelquefois de trois piés & davantagé: au dessus du sol. J'observai attentivement une de ces mottes; & je reconnus qu'il en suintoit une gomme résineuse, blanche d'abord quand elle est molle, de couleur d'ambre quand elle séche. J'en amassai quelques grains, & je leur trouvai une odeur aussi aromatique & aussi forte au moins, que celle de l'encens: mais, sans pouvoir déterminer, dans le moment, le rapport précis que cette gomme a avec d'autre gommes ou résines connues. J'en emportai environ la pesanteur d'un demi-gros en grains ou larmes, les unes

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de la grosseur d'un pois rond, les autres grosses comme des faséoles. De retour à bord, je la montrai à Mr. de Bougainville & à nos deux Chirurgiens. J'en exposai, sur la pointe d'un couteau, à la flamme d'une chandelle; elle brûloit comme la plus fine résine, exhalant une odeur suave, & laissant après une huile noirâtre, qui ne brûloit pas, & qui en se réfroidissant devenoit dure & cassante. J'essayai à dissoudre cette huile dans l'eau commune, mais en vain; ce qui me fait penser qu'elle seroit très propre à faire un excellent vernis. Le lendemain, en ayant parlé à Mr. Frontgousse, Chirurgien du Sphinx, il fut à terre & ayant amassé un peu de cette gomme, à son odeur & à sa saveur, il s'imagina que c'étoit de la gomme ammoniac. Les ayant confrontées, nous y trouvames même saveur, même odeur; & laissant l'une & l'autre le même résidu après avoir été brûlées. Son odeur est si tenace aux doigts, que de toute la journée, & le lendemain même, je ne pus m'en débarrasser, quoique je me fusse lavé les mains plus d'une fois, même avec de l'eau de mer. A l'esprit de vin cette gomme-

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résine ne se dissout qu'en partie; & le teint en couleur d'ambre. Ce qui reste devient spongieux, & brûle comme avant la dissolution: le troisiéme résidu ne se dissout pas dans l'eau commune. L'eau forte n'y mord pas.

Ces mottes sont formées par une seule plante, qui pousse des tiges legeres spongieuses, qui se dépouillent peu à peu de leurs feuilles, comme le Palmier. Ces feuilles sont découpées en trois, comme la figure 5. A de la Planche VII. la représente dans sa grandeur naturelle. Elle est grosse comme celle du pourpier, mais d'un beau verd, très-serrées les unes auprès des autres, disposées en rond, & formant un enfoncement au milieu, peu sensible. C'est une espece d'entonnoir très-applati, dont tout l'intérieur seroit tapissé de ces feuilles posées, les unes auprès, & dessus les autres, en recouvrement comme celles des Artichaux. Voyezen la figure B dans la même Planche.

Du cœur au centre, & des bords déchirés, ou égratignés seulement, de ces feuilles, ou lorsque la liqueur résineuse abonde trop, il en sort cette gomme résine, qui se congele à l'air. Il suffit,

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pour cela de couper, raser, ou seulement frotter la surperficie. Il en sort alors une espece de crême blanche & gluante, qui file entre les doigts comme de la glu, & s'y attache fortement. Je la nommois plante au vernis.

L'intérieur de ces mottes est formé en voûte, comme soutenue par les tiges & les branches, dont les feuilles, qui ne sont pas à l'air, sont brunes & pourries. Quelquefois d'autres plantes poussent dans l'intérieur de la voûte, se sont jour à travers la motte, & s'élevent au dessus. Lorsque ces mottes ne sont pas brisées, elles sont assez solides, non seulement pour porter un homme qui s'y asseoit, mais qui la traverse en posant les piés dessus. Cependant, d'un seul coup de pié un peu appuyé, on creve aisément cette voûte; & il est aisé d'en arracher avac la main de très-gros morceaux. La racine & les tiges rompues donnent aussi de cette résine blanche, qui en sort alors comme le suc blanc ou lait de la plante nommée Tithymale. J'en parlerai encore dans la suite.

Nos chasseurs sont revenus le soir chargés d'oyes, d'outardes, canards,

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sarcelles, & d'un oiseau noir & blanc, dont j'ai déjà parlé. Je m'étois éloigné des autres, & j'avois été seul à une grande lieue le long de la côte, au dessus de l'endroit où le canot avoit abordé. Je tirai sur deux canards, à quatre ou cinq piés du bord. N'ayant osé risquer de me mettre à l'eau pour les prendre, je les y attirai imprudemment avec le bout du fusil. La quantité du gibier me fit presser de recharger, sans faire attention qu'il pouvoit y avoir quelques gouttes d'eau dans le canon. La poudre en fut assez mouillée pour ne plus prendre feu; & n'ayant pas de tire-bourre, je pris le parti d'aller rejoindre le canot. A peine eus-je fait une vingtaine de pas que je rencontrai un sentier dans l'herbe, trèsbattu, large de huit à neuf pouces, qui se dirigeoit le long de la côte, à dix ou douze piés du bord de la mer. J'imaginai alors que l'Ile étoit habitée, sinon par des hommes, au moins par des animaux à quatre piés, qui fréquentoient ce canton-là. Mais quels animaux? Etoientils feroces; ne l'étoient-ils pas? Je pouvois en rencontrer quelques uns sur ma route. J'étois seul, avec un fusil, dont

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je ne pouvois faire usage. J'avois un peu d'inquiétude. Je mis la bayonnette au bout du fusil, & je poursuivis néanmoins ma route dans le sentier, curieux de sçavoir où il aboutissoit. A deux cent pas ou environ de l'endroit ou je l'avois pris, il entroit dans un bouquet d'une centaine de ces glajeux dont j'ai fait mention. Je n'osai m'y enfoncer; mais, en passant auprès, je m'arrêtai quelques minutes en y regardant attentivement, & écoutant si je n'y entendrois pas remuer. Point de mouvement, point de bruit. Je continuai mon chemin en reprenant le sentier au delà, jusqu'à ce que j'eus rencontré le canot, qui, voyant que la nuit approchoit, & que les différentes bandes d'observateurs & de chasseurs ne s'y étoient pas rendus, venoit au devant de nous, pour nous prendre. Il étoit presque plein de gibier, & nous fumes obligés, à cause de la nuit, d'en laisser à la mer une grande partie, que l'on a envoyé chercher aujourd'hui.

4.

Dès les six heures du matin, le Samedi 4, on a équipé le canot & le bateau de pêche, pour faire, la découverte du

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fond de la Baye, qui nous avoit paru être une grande riviere, lorsque nous l'avions observée la veille, de dessus des hauteurs.

Mrs. de Bougainville, de Belcourt, de St. Simon, L'huillier & Alexandre Guyot, sont montés dans le canot, bien armés, & munis de provisions de bouche pour quatre ou cinq jours, avec une tente, pour coucher à terre. Les Matelots-mêmes étoient armés de fusils, de sabres & de bayonnetes. Ils se proposoient de visiter la partie du Nord, & de découvrir s'il y avoit du bois. Mrs. Donat & Arcouet, dans le bateau de pêche, devoient aller à la découverte dans la parde du Sud, dans l'idée que le fond de la Baye étoit partagé en deux issues, qui se perdoient dans les vallons.

Mrs. Alexandre Guyot & Arcouet revinrent à bord dès le me dans le canot, ayant laissé Mr. at, avec le bateau de pêche, à Mr. de Bougainville & aux autres qui l'avoient accompagné. Mr. Guyot apporta des outardes, trois jeunes loups marins, ayant le poil d'un grisbrun, & cinq lionnes marines. Elles avoient environ sept piés de longueur,

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sur trois & demi de rondeur, quoiqu'éventrées. Ces Messieurs avoient débarqué sur un Ilot, où ils en avoient trouvé une quantité prodigieuse, & en avoient tué huit ou neuf cents à coups de bâtons. Il n'est pas besoin d'autre arme pour cette chasse. Un bon bâton de trois ou trois piés & demi de long suffit. Un seul coup bien appliqé sur le nez de ces animaux, les terrasse, & leur ôte la vie sur le champ.

Il n'en est pas tout à fait de même des Lions marins: leur grosseur est prodigieuse. Nos Messieurs en combattirent deux très-longtems, sans pouvoir en venir à bout avec les mêmes armes. On tira trois balles dans la gorge de l'un des deux, dans le tems qu'il ouvroit la gueule pour se deffendre, & trois coups de fusil à bale dans le corps. Le sang ruisseloit des blessures, comme le vin d'un tonneau percé. Il se traina néanmoins dans l'eau, & on le perdit de vue. Un Matelot attaqua l'autre, & se battit longtems avec lui, à coups de bâton sur la tête, sans pouvoir le terrasser: ce Matelot tomba même auprès de l'animal; mais il eut l'adresse de se relever au moment que le

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lion alloit l'engueuler. C'étoit fait de l'homme s'il en avoit été saisi; l'animal l'auroit emporté à l'eau, & l'y auroit dévoré; car c'est dans l'eau qu'ils emportent ordinairement leur proye. Celui-ci, en se sauvant à la mer, saisit un Pinguin dans son chemin, & l'y dévora, presque d'un seul coup de dent.

Il y a plusieurs sortes de loups & de lions marins: j'en ai vû de toutes ces especes. Les premiers, quand ils ont toute leur taille, ont depuis dix jusqu'à vingt piés de longueur & davantage; & en circonférence, depuis huit jusqu'à quinze. Leur peau est revêtue d'un poil de couleur tannée-claire, ou fauve, comme celui de la biche, & court comme celui des vaches. La tête présente la figure de celle d'un dogue, dont les babines de la machoire supérieure seroient fendues sous le nez, comme celle du lion de terre, & ne seroient pas pendantes; & dont les oreilles seroient coupées rez la tête. J'en parlerai plus au long ci-après.

L'autre espece, moins grande, présente la même figure; avec un museau un peu plus rond & moins allongé. Au lieu de

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pattes de devant, elle a deux nageoires, composées d'articulations, couvertes, comme d'un gand sans doigts, d'une peau ou membrane sort dure, de couleur grisnoir. A l'extérieur on ne distingue pas ces articulations; il faut disséquer la nageoire pour les appercevoir. Les deux piés de derriere sont visiblement articulés comme les doigts de la main, & d'inégale longueur, au nombre de cinq. Ces doigts sont réunis par la membrane, depuis la premiere articulation jusqu'à la troisieme. La membrane alors se sèpare en découpure, pour suivre le long de chaque doigt, comme celle des pattes d'un plongeon, ou d'une poule d'eau, & se prolonge beaucoup au delà de chaque doigt. Ces piés sortent presqu' immédiatement du bas du corps. Ils y forment une espece de queue découpée, lorsqu'ils sont couchés, ou qu'ils ne marchent pas. Chaque doigt est armé d'un ongle, qui n'est pas trenchant, mais un peu saillant & noir. Voyez la fig. 1. de la Pl. VIII. Les uns & les autres ont des barbes comme les tigres, & de grands poils droits au dessus des yeux, pour former les sourcils. La femelle paroit avoir le cou propor-

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tionnellement plus long & plus dégagé que le mâle; & a des mammelles.

Ces animaux sont si gras qu'ils ont plusieurs pouces d'épaisseur d'une graisse blanche & mollasse entre cuir & chair. Ils abondent en sang, & quand on les blesse profondément, le sang ruisselle de la blessure, comme du bras d'un homme gras, que l'on vient de saigner.

L'animal que Mrs. Donat & le Roy virent à terre, lorsqu'ils y furent couper de l'herbe, étoit vraisemblablement un des Lions marins, dont je parlerai dans la suite; quoiqu'ils nous ayent dit qu'il avoit des oreilles pendantes, & fort longues, à proportion telles que celles des Epagneuls.

Telles est la forme & la figure des Loups marins que nous avons vûs sur quelques Ilots de la Baye où nous sommes mouillé. Ceux dont l'Amiral Anson donne la description & la figure, sont des Loups marins de la grande espece. Il leur donne le nom de Lions marins mal à propos, par la raison que je dirai dans la suite de ce Journal. Voyez la Pl. IX.

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Tous ces animaux sont amphibies, & passent assez ordinairement la nuit & une partie du jour à terre. Lorsque l'on pénétre dans les touffes de Glajeux, où ils se retirent, & où ils se pratiquent des especes de chambres, on les y trouve presque toujours endormis, couchés sur des feuilles séches de ces Glajeux. Quand ils sont à la mer, ils sortent de tems en tems la tête & une partie du cou, au dessus de la surface de l'eau, & restent dans cette attitude assez longtems, comme pour voir ce qui s'y passe. Leur cri rient beaucoup du rugissement du Lion: les jeunes semblent sifler sur un ton grave, quelquefois ils bêlent comme des agneaux, d'autrefois comme des veaux. Les grands & les petits ont une démarche lourde, & paroissent plûtôt se traîner que marcher; mais avec lez de célérité eu égard à leur masse. Ils vivent d'herbe, de poisson & d'autres animaux, quand ils en trouvent à leur portée. Dans l'Ilot où nos Messieurs en tuerent un si grand nombre, une femelle saisit un Pinguin, au moment que cet oiseau-poisson tomba sous le coup de fusil. La Louve marine l'emporta à l'eau & le dévora dans un clin d'œil, si

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bien qu'il n'en resta qu'un lambeau de la peau, surnageant. Mr. le Roi avoit apporté à bord, la veille, un de ces Pingnins, qui avoit au moins deux piés & demi de hauteur. On en trouve la description & la figure ci après.

Ce même jour, Samedi, pendant que quelques uns étoient à la chasse, Mr. Duclos notre Capitaine & Mr. Chênard de la Gyraudais monterent sur le sommet d'une espece de Montagne au Sud, qui restoit au S. ¼ O. du compas de notre Navire, planterent, tout au haut, entre deux rochers, une croix de bois d'environ trois piés de hauteur: & donnerent à cette hauteur le nom de Montagne de la Croix.

5.

Le Dimanche matin, le tems étant assez beau & joli frais, on a envoyé la chaloupe à terre faire de l'eau & du foin, très-commodément à la côte du Sud au S. S. O. du Navire, à un petit Briac (petite apparence de fontaine). Eux & nos chasseurs sont revenus à bord avec une quantité de gibier des especes cidevant nommées.

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Sur le midi, Mr. de Bougainville & ceux qui l'avoient accompagné, sont revenus, bien mortifiés de n'avoir pas trouvé de bois, & après avoir mis le feu à l'herbe d'une Ile, que l'on a nommé depuis l'Ile brûlée, & à une pointe de' la terre-ferme. Ils ont apporté dix jeunes Pinguins. Mr. Duclos a apporté un gros morceau de bois; qu'il a trouvé sur le rivage.

Ce morceau de bois a reveillé l'espérance que l'on avoit d'en trouver dans l'Ile. Différens Journaux, entre autres ceux de Wood-Rogers, parlent des Iles Malouïnes, comme d'un Pays qu'ils ont vû, formé de hauteurs & de collines couvertes de bois. N'en ayant apperçu en aucun endroit jusqu'ici, nous avons lieu de penser qu'ils n'ont vû ce terrein que de loin, & qu'ils out été, comme nous, trompés pas les apparences. Cependant ce bois trouvé sur le rivage feroit croire qu'il y en a sur quelques côtes de ces Iles. Car d'où ce bois y auroit-il été apporté? Nous suspendrons cependant notre jugement jusques à ce que nous ayons une connoissance plus étendue de ces Iles.

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On avoit d'abord nommé l'Ile aux Pinguins, cette Ile à laquelle Mr. de Bougainville avoit mis le feu, parce qu'ils avoient trouvé, sur cette Ile, une grande quantité de ces animaux. En effet, il y en avoit un si grand nombre, que plus de deux cents ont péri dans le feu que l'on y avoit mis. Il y en est resté encore une quantité prodigieuse; & nous en avons trouvé à chaque pas que nous y faisions. Le feu mis à cette Ile, qui a près d'une bonne lieue de longueur, sur une demie de largeur, est, l'on peut dire, sans conséquence; parce qu'il ne peut pas s'étendre au delà: mais en est-il de même de celui que l'on a mis à la Terreferme? Mr. de Bougainville a cru bien faire, pour consumer ce foin inutile dans l'idée que ce seroit autant de fait, quand on voudroit défricher ces terres. Je représentai que tout le pays étant couvert de foin semblable, le feu gagneroit de proche en proche, peut-être même toute la surface de la terre ferme, s'il n'étoit pas arrêté par quelques rivieres; que d'ailleurs ce feu détruiroit tout le gibier. On n'a pas eu d'égard à mes réprésentations; & dès le soir-même on

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a encore mis le feu en plusieurs endroits dela terre-ferme.

6.

Ce matin 6 Fevrier, Mr. de Bougainville a pris le parti de poursuivre la découverte de cette Ile, pour voir si l'on y trouveroit du bois, comme il est dit dans le Journal d'un Capitaine Malouïn, qu'il en avoit vû à l'Est de cette Ile. Après avoir mis notre bateau & notre chaloupe à la mer, le vent de l'O. S. O. s'est élevé si grand frais, que l'on s'est déterminé à retarder cette opération; d'autant plus que Mr. de la Gyraudais a proposé d'envoyer Mr. de St. Simon avec trois ou quatre autres Officiers de son bord, à la découverte par terre: ce qui a été agréé.

Mr. de St. Simon, Lieutenant d'Infanterie, qui a vêcu plusieurs années avec les Sauvages du Canada, homme jeune, robuste, entreprenant, & tel qu'il le faut pour une expédition de cette espece, est parti le soir même avec les Srs. Donat, Officiers du Sphinx & deux Matelots, pour visiter la partie du N. N. O. de l'Ile.

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La chaloupe du Sphinx ayant aussi été à terre, a trouvé sur le rivage une branche d'arbre séche, de quinze ou seize piés de longueur; ce qui a confirme l'espérance d'en trouver sur l'Ile.

A cinq heures après-midi, il s'est élevé un vent très-violent. Notre ancre a démarché, pour avoir tombé sur le jouel. On a laissé tomber une seconde ancre, aussitôt que l'on s'en est apperçu, & l'on a fait tête. Le soir grand calme.

7.

Ce Mardi matin, le tems s'étant paré (devenu beau) on a relevé l'ancre, que l'on avoit laissé tomber la veille. On a envoyé faire du lest & de l'eau, & les chasseurs sont revenus sur le midi, chargés de gibier. Mr. de la Gyraudais est venu dîner à bord de l'Aigle, & un Matelot a apporté du rivage de la côte du Nord, une racine assez considérable, séche, qu'il y avoit trouvée. Elle paroît être d'une espece de Cédre.

Sur tous ces indices de bois, on a décidé que l'on feroit une perquisition de la côte du Sud-Ouest. Pour cet effet Mr. de Bougainville, Mr. de Belcourt, &

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le Sr. Donat la Garde, Lieutenant de notre bord, sont partis dans le bateau. Ils ont pris des munitions de bouche pour trois semaines, & tous bien armés, ont pris la route du Sud-Est.

Le tems étant très-beau, on a levé l'ancre sur le midi, pour entrer plus avant dans la Baye. Un quart d'heure après, la petite brise du large a manqué; ce qui nous a obligé de remouiller par onze brasses, fond de sable & coquillages pourris. La Montagne de la Croix au Sud & S. ¼ S. E. l'Ilot de l'entrée de la Baye à l'E ¼ N. E. & à l'Est; l'Ile longue ou Peninsule du fond de la Baye à l'O. son milieu & le bout du Sud à O. ¼ S. O. le bout du Nord, O. ¼ N. O. 3 deg. Ouest; & l'Ile ronde à Ouest; le bout de l'Ouest de la batture de pierre au N. O. 3 deg. Ouest.

8.

Les fils de Mr. Duclos Guyot, notre Capitaine, s'étant avisés de tendre quelques hameçons sur le derriere du Navire, par les fenêtres de la chambre, ils ont pris une grande quantité de poissons, d'un goût très-délicat, mais de la longueur de huit à neuf pouces seulement.

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Ils ont les yeux rouges, les ouïes bordées d'une couleur dorée, & toutes les nageoires de même couleur; leur peau lisse comme celle de la tanche. J'en ignore le nom.

9.

Ce matin, Jeudi neuf, à quatre heures, le vent soufflant de la partie du Nord, nous avons appareillé pour nous enfoncer davantage dans la Baye. Etant à la voile, le vent a passé au Nord-Ouest; ce qui nous a contraint de faire plusieurs bords en sondant; & nous avons toujours trouvé depuis douze jusqu'à quinze brasses, fond de sable vaseux. Sur les huit heures, voyant que le vent passoit à l'Ouest grand frais, on a mouillé par quinze brasses, fond de vase verte coulante; & nous avons amené vergues & mâts de hune. Le relévement fait, l'Ilot du Sud, à l'entrée de la Baye, nous restoit à l'Est cinq degrés Nord; la pointe du Nord à l'entrée de la Baye, à l'E. N. E. la pointe de l'Ile du fond de la Baye la plus au N. O. à O. 5 deg. S. la pointe la plus au S. O. au S. O. ¼ O. l'Ilot rond à O. la Montagne de la Croix au S. S. E.

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10.

Continuation du vent du N. au N. O. grand frais, le tems brumeux, & à grains avec pluye & grêle. On a cependant envoyé notre chaloupe à la Presqu'Ile du N. O. de nous, reconnoître si l'on pouvoit y mettre nos bestiaux. On y a tué beaucoup de Gibier. J'y vis beaucoup de Loups marins de la petite espece, à poil ras & brun foncé. Ils avoient cinq ongles aux nageoires de devant, qui leur servent de piés; mais sans doigts distincts, De retour, on projetta d'envoyer les bestiaux à terre, tant pour leur santé, extrêmement affoiblie par les mouvemens du Navire, que pour n'être pas contraints d'occuper tous les jours un canot & des hommes à aller leur chercher du foin.

11.

On n'a pu exécuter le projet, parce que le vent a soufflé trop violemment de l'O. S. O. toute la journée. A six heures du soir, le canot du Sphinx est venu à notre bord, nous donner avis que leur chaloupe vient de ramenner à leur bord Mr. de St. Simon & ceux qui l'avoient accompagné dans sa caravanne. Ils nous ont dit ensuite eux-mêmes, qu'ils étoient

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de retour depuis trois jours, sur le rivage, vis à vis de nous; qu'ils avoient tiré bien des coups de fusil, pour se faire entendre. Nous n'en avions entendu aucun; ou nous les avions pris pour des coups tirés par nos Chasseurs, qui revenoient quelquefois assez tard; mais toujours chargés d'autant d'outardes, farcelles, canards, bécassines, courlis &c. qu'ils en pouvoient porter.

Ces Mrs. du Sphinx ont ajouté que les arbres prétendus, que nous avions cru voir sur un Ilot près de la pointe du ras, quand nous passames auprès, n'étoient qu'une herbe de la nature des Jones à feuilles plattes, que nos marins connoissent sous le nom de Glajeux, (peut-être veulent-ils dire Glajeuls,) que l'amas de mottes par les racines, servent de repaire aux loups marins, dont ils en avoient tué trois entre autres, gros & grands comme notre canot. Ils avoient tué aussi une espece de chien sauvage, qui ressemble beaucoup à un Renard de la grande espece; quelques uns le prenoit pour un loup-cervier gris. Mr. Martin, Lieutenant du Sphinx, en avoit tué deux le même jour.

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Ces Mrs. n'ont trouvé aucun arbre, & ils ont découvert une grande & belle Baye, à la distance de quelques lieues de celle où nous avons mouillé.

Dimanche 12.

Sur les cinq heures du matin j'ai dit la Messe, pour expédier la chaloupe à faire du foin. Monsieur L'huillier a été, avec le canot, lever le plan de la Baye de notre mouillage, & plusieurs sont partis avec lui pour aller chasser.

Le vent étant à O. S. O. beau tems, la chaloupe du Sphinx est partie le Lundi

13.

avec trois hommes, pour aller faire de l'huile du lard des loups marins que l'on avoit tué quelques jours auparavant sur un Ilot. On pourroit aussi nommer ces animaux, Cochons de mer: car, outre qu'ils ont entre cuir & chair un lard ou graisse de plusieurs pouces d'épaisseur, ils grognent souvent comme les cochons, & se vautrent comme eux dans la boue & la fange, où j'en ai vû une vingtaine de couchés, surtout de l'espece que l'Auteur du voyage de l'Amiral Anson nomme lions.

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Notre petit canot fut en même tems expédié pour aller sur une autre Ile voisine, chercher des Pinguins, qui y abondent, comme des fourmis dans une fourmiliere. Il revint quelques heures après avec cent soixante de ces oiseaux sans aîles, des estomacs desquels nous avons fait une salaison. A sept heures du matin, nous avons eu connoissance de notre bateau de pêche, à la pointe du Sud de l'entrée de la Baye. On a aussitôt viré notre pavillon, & le Sphinx en a fait de même.

A midi, la chaloupe du Sphinx a ramené à notre bord le Sr. Donat la Garde, avec le domestique de Mr. de Bougainville, que nous pensions être dans dans le bateau de pêche, dans lequel ils étoient partis. Le Sr. Donat nous a dit que Mr. de Bougainville & Mr. de Belcour étoient, depuis la veille après midi, sur la côté du Sud de la terre ferme, qui environne la Baye. On a aussitôt expédié notre grand canot, dans lequel Mr. de Nerville, Mr. L'huillier & moi, sommes embarqués pour aller les chercher. Nous les y avons trouvés extrêmement fatigués & harassés de la Caravanne

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qu'ils venoient de faire à pié dans un pays où il n'y a pas de chemin frayé. Nous les avons ramenés à bord ainsi qu'un Matelot, qui les avoit accompagnés. Comme ils avoient grand faim, ils ont, pour ainsi dire, dévoré le dîner qu'on leur avoit apprêté, sans qu'il aît porté préjudice an souper, qui a suivi de près.

Ils nous ont dit avoir parcouru la côte du Sud-Est, jusques à une Baye aussi belle que celle où nous sommes mouillés, distante par mer d'environ huit lieues, & d'environ quatre lieues de chemin par tarre. Là, disent-ils, ils ont laissé le bateau, & ont été par terre jusqu'au Sud-Ouest de l'Ile, & ils ont même vû la côte courir l'O. N. O. Ce qui n'est pas vraisembable. Car il y a grande apparence que nous sommes à la pointe de l'Est de l'Ile, pointe dont les Navigateurs ont parlé dans leurs Journaux; mais qui nous ont trompés sans doute en se trompant eux-mêmes, quand ils nous disent y avoir vû sur pié de grands & beaux arbres, dans de très-belles collines. Mr. de Bougainville nous a dit avoir trouvé dans la Baye où ils ont laissé le

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bateau, trois arbres très secs, sur le rivage dont un gros presque comme une barrique de vin. N'en ayant point vû sur pié dans tout le terrein qu'ils ont parcouru, il est à croire que ces arbres y ont été amenés de la Terre de Feu ou des environs, par les vagues & les courans, qui portent sur l'Est, le vent soufflant d'ailleurs le plus communément de S. O. & de l'O. Mr. de Belcourt, le Domestique de Mr. de Bougainville & un Matelot, ont été, pour ainsi dire, attaqués par un de cette espece de chien sauvage dont j'ai parlé ci-devant. C'est, peut-être, le seul animal féroce, & a quatre piés, qui soit dans les Iles Malouïnes: peut-être aussi cet animal n'est-il pas féroce, & ne venoit-il se présenter & s'approcher d'eux que parce qu'il n'avoit jamais vû d'hommes. Les oiseaux ne nous fuyoient pas; ils approchoient de nous comme s'ils avoient été familiers & privés. Nous n'avons encore vû des reptiles d'aucune espece, aucane bête venimeuse.

Mardi 14.

Ce matin, le calme étant très-grand, nous avons allongé environ trois-cents brasses de touë, avec notre ancre à jet,

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pour nous haller dans le fond de la Baye. On a aussitôt viré sur notre cable, & levé notre ancre; mais le vent s'étant élevé, & passé au N. N. O. grand frais, on a été contraint de mouiller dans l'endroit où nous nous trouvions. La brume & ensuite la pluye, avec un vent trèsviolent, s'étant fait sentir, on a laissé tomber une seconde ancre sous barbe. Sur les sept heures du soir il a calmé. On a levé la seconde ancre.

15.

Toute la nuit a été pluvieuse, accompagnée d'un orage très-vif. A onze heures & demie du soir, le tonnerre est tombé à deux encablures de nous, & a renversé le Sr. Guyot notre second Capitaine, qui commandoit le quart. Il en a été quitte pour la peur.

Le matin, notre chaloupe ayant été porter des vivres à ceux qui lavoient le linge du Navire, elle n'a pu revenir à bord, à cause du vent contraire, qui souffloit avec violence du S. S. O.

16.

Vers les six heures du matin, le vent est tombé & le tems est devenu brumeux.

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Quelques grains ont succédé, accompagnés de pluye & de grêle. Le bateau de pêche est néantmoins parti pour aller chercher du foin. La chaloupe est revenue sur les neuf heures, & le bateau à trois heures après-midi.

17.

Le Vendredi 17, le vent étant au Sud-Sud-Est bon frais, à cinq heures du matin, Mrs. de Bougainville, de Nerville, de Belcourt, Donat, de la Garde & moi, nous sommes embarqués dans le grand canot, avec une tente & nos lits, pour nous établir à terre, & camper dans une colline, presqu'au fond de la Baye.

Dès après notre débarquement, nous avons travaillé à dresser notre tente dans l'endroit qui nous a paru le plus commode, à une bonne portée de fusil de la mer. La Colline court de l'Est à l'Ouest. L'endroit ou nous nous sommes établis est exposé au Nord, qui fait le Sud du pays, rélativement à l'Equateur. Au dessous, & à une petite portée de pistolet de la tente, coule un petit ruisseau d'eau douce, très-bonne à boire. En face de la tente est un côteau semblable à celui sur la pente duquel la tente est dressée.

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A quelques pas de là on a creusé un trou en terre, pour y faire la cuisine; & l'on s'y sert de bruyere, n'y ayant pas d'autres bois. On essaya aussi ces grosses mottes vertes de Gommier résineux, dont j'ai parlé. Elles sont très-bonnes pour entretenir le seu, & le conserver; mais vertes, elles ne sont pas propres à brûler pour faire cuire quelque chose que ce soit.

Voyant l'embarras où nous mettoit le défaut de bois dans un pays où nous nous proposions d'établir une Colonie; je cherchai les moyens d'y suppléer, au moins jusques à ce que le Gouvernement aît pris des arrangemens pour envoyer dans ce Pays-ci des Flutes & des Goëlettes, qui y demeureroient, & qui feroient des voyages aux Terres de Feu pour en apporter le bois nécessaire, tant pour le chaufage que pour la construction & la charpente. J'imaginai que nous pourrions trouver du charbon de terre, ou du moins de la tourbe. Je me munis en conséquence d'une pioche, & je me mis en chemin pour en chercher. Ayant observé que les bords du ruisseau étoient assez marêcageux, je pensai que le pays n'ayant jamais été cultivé, l'herbe qui y

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végete, devoit, par succession de tems, avoir sormé une masse de terre, mêlée de racines & de feuilles pourries, qui donneroit précisément la tourbe que je cherchois. Je donnai donc quelques coups de pioche, & je découvris en effet une tourbe, mais une tourbe rougeâtre, qui n'étoit pas au point de maturité requise pour sa perfection. Etant monté une vingtaine de pas le long du ruisseau, je bêchai & y ayant trouvé de la tourbe telle que je la desirois, j'en enlevai deux ou trois briques, que je portai à Mr. de Bougainville, pour lui faire part de cette découverte. La crainte que ce ne fut pas de la véritable tourbe, lui fit dire qu'il ne la croyoit pas telle. On la montra à tous ceux qui étoient descendus à terre avec nous, & ceux qui la connoissoient furent de mon sentiment. Mr. de Bougainville toujours en suspens, desirant que cette tourbe fût bonne, craignant qu'elle ne le fût pas, prit le parti d'en faire un essai. On en leva quelques douzaines de briques, que l'on arrangea autour du feu. L'impatience en fit jetter quelques unes dans le feu-même, & l'on vit avec une grande satisfaction,

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que, l'humidité de cette tourbe étant évaporée, elle brûloit ainsi que la meilleure tourbe de France & des autres pays. On mit alors trois ou quatre Matelots à en couper & à les arranger selon l'usage, pour les faire sécher, & les rendre propres à ce que l'on se proposoit d'en faire.

Lorsque l'on en eût arrangé quelques tas, le Sr. Donat se rappella avoir vû le long de la côte, avec Mr. L'huillier, une terre noire filamenteuse, & assez séche, qui pourroit servir au même usage. Mais ayant oublié l'endroit, Mrs. Bougainville, de Nerville, L'huillier moi, le cherchames en vain ce jour-là.

Pendant que nous travaillions ainsi à faire notre établissement, on prenoit à bord les moyens de s'enfoncer plus avant dans la Baye, tant pour être plus à portée de nous, que pour mettre nos Frégates plus en sureté.

Aussitôt après notre départ on guinda notre petit mâts de hune. Lorsque l'on étoit sur le point de mettre en chef, le piton ou émerillon de la poulie de guinderesse cassa & accrocha le Maître Calfat

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sous le menton, & lui fit une estafilade considérable. La vergue de misenne haussée, on leva l'ancre, on fila la toue, qui étoit sur l'ancre à jet, & l'on appareilla sous le petit hunier, le perroquet de fougue & l'artimon. Le Sphinx en fit de même, & l'une & l'autre Frégate vinrent mouiller en dedans de l'Ile aux Pinguins, ou Ile brûlée, & du goulet par lequel il faut passer pour entrer dans l'anse, sur le bord de laquelle nous nous sommes établis. Près du mouillage est un petit Ilot, auquel on a donné depuis le nom d'Ile aux Tonneliers; parce que les nôtres s'y sont établis pour raccommoder les tonneaux des Navires.

18.

Le Samedi 17 au matin, on a embarqué dans la chaloupe, les deux familles Acadiennes que nous avons amenées pour les établir dans cette Ile, afin de la peupler. Elles ont débarqué sur les neuf heures du matin, avec toutes leurs hardes, meubles & ustenciles nécessaires; des vivres & des tentes canonieres, pour loger ceux des équipages qui devoient rester à terre, afin de travailler à l'établissement.

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Marques du nouveau mouillage.

La pointe du Nord de l'Ile brûlée, qui nous cache l'entrée de la Baye, à l'Est-Nord-Est 3 degrés Nord. Le milieu de l'Ile ronde au N. E. 3 deg. Est. La pointe de l Est de l'Ilot de notre travers, N. N. E. 5 deg. Est. Le Morne ou montagne la plus haute dans le fond de la Baye, au Sud-Ouest 5 d. Ouest.

Le Sphinx est mouillé plus à l'entrée que nous, environ d'une encablure & demie. On a affourché Sud-Sud-Est & Nord-Nord-Ouest, amené le mât de hune & vergue de misenne.

Nous avions jusques là couché huit dans la même Tente, sçavoir Mrs. de Bougainville, de Nerville, de Belcourt, L'huillier, Donat & moi avec les deux domestiques de Mrs. de Bougainville & de Nerville. Nous avions étendu nos matelats sur du foin & de la bruyere, pour nous garantir de l'humidité. Quoique nous y fussions très serrés, & presque les uns sur les autres, nous y avons couché onze la nuit du 18 au 19. Mr. de St. Simon, Lieutenant d'Infanterie, Mr. Bâlé second Chirurgien, & un Pilotin étant ve-

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nus augmenter notre bande, & n'ayant pas encore de tente pour gîter.

Dimanche 19.

On a debarqué beaucoup de vivres & des tentes, & chacun s'est logé comme il a pû. Nous avons cependant couché douze dans notre tente, la nuit du Dimanche au Lundi

20.

Nous voyant si serrés, que l'on étoit tous côtes à côtes, on a pris le parti de dresser de nouvelles tentes & de se partager. Je suis demeuré seul avec Messieurs de Bougainville & de Nerville.

Pendant que quelques-uns étoient occupés à monter les tentes, d'autres ont été à la chasse, & sont tous revenus surchargés des especes de Gibier dont j'ai parlé. En chassant, Mr. de Bougainville s'étant un peu éloigné, a découvert une autre anse, formée par la même Baye, à près de trois quarts de lieue du lieu de l'habitation. Il y a trouvé tout le long du Plain (rivage) une terre feuilletée, d'un brun presque noirâtre, sans doute celle que Mrs. L'huillier & Donat avoient vûe quelques jours auparavant. Mr. de Bou-

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gainville en a apporté un morceau; & me l'ayant montrée, je l'ai déclarée excellente pour le même usage que la tourbe. L'épreuve en a été faite; elle a réussi parfaitement. Tous ceux qui se proposent de demeurer dans ces Iles pour y commencer l'établissement de la nouvelle Colonie, en ont tressailli de joye, avec d'autant plus de raison que cette tourbe est dès ce moment séche & prête à brûler, & qu'étant extrêmement abondante, suivant le rapport de Mr. de Bougainville, on peut tous les jours en charger des canots, & l'amener à l'habitation.

Je me suis promené l'après-midi, le long de la côte, & j'ai amassé divers coquillages, Lepas, Limas, Moules Magellanes & Brigaux, dans des racines de Goëmon, nommé Baudreu par nos marins, que la mer avoit détaché de son fond, & jetté nouvellement sur le rivage.

On a débarqué aujourd'hui les chevaux, les veaux & vaches, moutons & cochons, que nous avons pris à Monte-video. Ils étoient tous si fatigués & malades qu'une jument & son poulain sont morts sur le rivage, peu d'heures après avoir été mis à terre.

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21.

On craignoit beaucoup de ne pouvoir sauver un seul des chevaux, des vaches & des moutons, vû l'état misérable & malade dans lequel on les avoit débarqués. Les uns & les autres nous paroissoient, ou estropiés ou languissans. On les abandonna donc à leur sort sur le rivage, & on traina à l'herbe qui n'en étoit pas éloignée, ceux qui ne pouvoient se soutenir sur leurs piés. Ce matin, ayant été voir s'ils étoient morts ou vifs, ceux que l'on a envoyés n'ont pas été peu surpris de ne trouver aucuns chevaux ni moutons, & les vaches avec leurs veaux dispersés dans la campagne. On n'avoit pu imaginer qu'étant, la veille, si malades, ils eussent pris, dans une nuit, assez de forces pour courir les champs; & l'on craignoit que des Loups marins on quelques bêtes féroces à nous inconnues ne les eûssent dévorés; mais les cadavres de la jument & de son poulain, quie l'on voyoit encore sur le rivage, dissiperent cette crainte.

Dès le Dimanche après-midi, on chercha un lieu propre à bâtir le logement de ceux qui doivent demeurer dans cette

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Ile. On jugea que le même côteau, où les tentes étoient dressées, seroit trèsconvenable. Mr. L'huillier, Ingénieur-Géographe du Roi, traça les fondemens suivant le plan qu'il en avoit présenté à Mrs. de Bougainville & de Nerville. Dès le Lundi matin, tous ceux qui se trouvoient à terre prirent la pioche ou la béche pour en creuser les fondemens.

J'avois vû le premier plan; & sur mes représentations on avoit fait plusieurs changemens: je crus donc pouvoir, avec la même liberté, dire mon avis sur le choix de l'emplacement. Je représentai que dans les grandes pluyes, & les fontes de neige, l'eau qui descendroit abondamment du côteau, inonderoit le logement, & pourroit peut-être le renverser, sinon tout d'un coup, du moins à la longue, après avoir miné les fondemens. La pente est en effet un peu roide dans cet endroit. Mr. L'huillier proposa contre cet inconvénient d'ouvrir une tranchée au dessus, pour recevoir les eaux & les détourner; mais ce moyen ne me parut pas sussisant, la tranchée n'étoit pas capable d'arrêter l'impetuosité d'un torrent: D'ailleurs l'eau qui y auroit sejour-

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né, en se filtrant peu à peu à travers les terres, auroit porté dans les appartement une humidité très-pernicieuse à la santé de ceux qui les auroient habités, aux vivres & aux meubles. On parut d'abord ne pas se rendre à mon avis. Mr. L'huillier défendit le sien; & avoit déjà fait déblayer quelques terres, dans l'endroit auquel il avoit donné la préférence. Mais, toutes reflexions faites, il s'est déterminé pour un autre lieu, à une bonne portée de fusil, situé sur le même côteau, mais dont la pente est très-douce. Dès le moment même, on a mis des ouvriers pour creuser les fondemens. On a employé pour cela les Matelots des deux Frégates; Mr. de Bougainville payera leurs journées de travail, indépendament de leurs appointemens de Matelots.

Le Mecredi 22, il ne restoit que dix hommes à bord de l'Aigle; tous les autres étoient occupés au bâtiment.

Le 23. On a débarqué les vivres & les ustenciles qu'on nous amenoit du bord. Quelques uns s'occupoient à la chasse, qui fournissoit suffisament pour la nourriture des deux Equipages.

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Mr. de St. Simon, l'un des plus employés à cet exercice, ayant rencontre, près de l'anse à la tourbe, un Loup marin d'une grandeur telle que nous n'en avions pas encore vûs, a eu le bonheur d'adresser bien son coup & l'a tué. A son retour, il nous a raconté, en soupant, ce qu'il a fait, & nous a dit que ce Loup marin étoit si gros & si long, qu'il ne pourroit entrer dans notre Chaloupe. Tous ont pensé qu'il y avoit de l'exagération dans son récit. Mais, sur le détail qu'il nous a donné de sa figure, j'ai commencé à croire que ce Loup marin pourroit bien être un de l'espece de ceux dont il est parlé sous le nom de Lions marins, dans la Rélation du Voyage de l'Amiral Anson.

24.

Dans cette idée, & curieux de vérifier la chose, je me suis déterminé à aller avec Mr. de St. Simon & deux autres sur le lieu même, aujourd'hui Vendredi 24.

Arrivés à plus de cinq cents toises de distance de cet animal, il nous paroissoit comme une petite monticule, sur le terrein plat où il étoit étendu. Mr. de St.

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Simon aida à tromper nos yeux, en nous montrant cette prétendue monticule, & nous disant que l'animal gissoit mort auprès. Nous n'y reconnumes donc le Loup marin que lorsque nous fumes à portée de le voir distinctement. On le mesura, & nous lui trouvames dix-neuf pieds & quelques pouces de longueur. Pour la grosseur, nous ne pumes en prendre la mesure alors, n'ayant pu le lever ni le tourner, pour passer une corde autour de lui.

Après l'avoir bien examiné, Mr. de St. Simon nous mena à trente pas de là, sur le bord d'une autre anse, où il y avoit beaucoup de Glajeux. En y entrant il tira un Loup marin, gros seulement comme un veau très-fort, & le tua. Nous entendimes aussitôt, de tous côtés dans ces Glajeux, grogner comme des cochons, mugir comme des taureaux, rugir comme des lions, & souffler ensuite comme les plus gros tuyaux de bois d'un buffet d'Orgues. Nous ne laissames pas que d'en être un peu frappés. Mais, étant prévenus que ces cris différens étoient ceux de ces animaux, & que l'on peut en approcher sans risque;

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pourvû que l'on en reste éloigné d'environ leur longueur, nous pénétrames dans ces Glajeux. Mr. de St. Simon tira sur le Loup marin, qui se trouva le plus à sa portée. Le coup porta un pouce au dessus de l'oeil, & l'animal tomba sous le coup, & mourut un moment après. Il sortoit de la blessure un jet de sang, qui sailloit aumoins d'un demi-pié. Il en sortit plus de trente pintes en près d'un demi-quart d'heure: c'étoit un ruisseau.

Une trentaine de ces gros Loups marins étoient couchés deux, quelquefois trois dans le même trou, ou creux plein de bouc & de fange, où ils se vautrent commme des cochons. Mr. de St. Simon choisit ceux qui étoient couchés à sec, afin d'avoir plus de facilité à les en retirer, après qu'ils seroient morts, moins de peine à les écorcher, & à en tirer la graisse ou le lard, pour en faire de l'hnile. Il en tua onze successivement. Deux seulement blessés, un peu plus gros que les autres, quoiqu'ils eussent déjà répandu au moins vingt pintes de sang, eurent encore assez de forces pour sortir de leurs creux, & se sauverent à la mer, où nous les perdimes bientôt de vûe. Les autres

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qui n'étoient pas blessés, demeurerent tranquilles dans leurs trous, sans marquer aucune crainte ni fureur. Un de ceux qui avoient été blessés mortellement fut le seul qui en luttant contre la mort, s'en prenoit aux mottes de Glajeux, dont il étoit environné, & dans sa rage, les arrachoit à belles dents, & les dispersoit autour de lui; mais il ne mugissoit ni ne faisoit aucun cri.

Un Acadien, qui nous y avoit accompagné, écorcha le jeune Loup-marin, tué le premier, ainsi que deux autres petits que l'on avoit tué après les gros. Ceux-ci sont de l'espece de celui que nous avions pris pour une monticule. Ce sont précisément ces animaux monstrueux, dont l'Auteur du Voyage de l'Amiral Anson donne la descriptinn, dans l'Article de l'Ile de Juan-Fernandez, située à peu de distance de la Terre-ferme du Chili. Tout ce qu'il rapporte est à peu près vrai, excepté que ces Loups-marins, qu'il nomme Lions, ont les deux piés garnis de doigts, avec des articulations distinctes, mais unis par une membrane ou pellicule noire, & que ces doigts sont armés d'ongles, ce qui ne se voit pas

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dans la figure insérée page 100, dans le Voyage de cet Amiral.

Le moindre en grosseur de ces grands Loups-marins, tués par Mr. de St. Simon, avoit entre quinze & seize piés de long.

Lorsqu'ils apperçoivent quelqu'un approcher d'eux, ils s'élevent ordinairement sur leurs deux pattes-nageoires, tels qu'on les voit dans la figure 1 Pl. IX. Ils ouvrent une gueule à recevoir aisément une boule d'un pié de diametre; & la tiennent ainsi béante, en gonflant l'espece de trompe, qu'ils ont sur le nez. Cette trompe est formée par la peau du nez-même, qui s'affaisse & demeure vuide, quand ils ne mugissent pas, & ne la gonflent pas en soufflant. Alors leur tête a la forme de celle d'une Lionne, sans oreilles.

Dans le nombre de ceux qui furent tués, j'en remarquai plusieurs qui n'avoient pas cette trompe, dont la peau du nez étoit sans rides, & dont le museau étoit un peu plus pointu. Ne seroit-ce pas les femelles? Tous ceux que l'on écorcha étoient mâles; mais on en abandonna six dans la fange, couchés sur le ventre, sans les avoir tournés; précisement

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ceux qui ne paroissoient pas avoir de rompe. Si ce sont des femelles, il y auroit beaucoup moins de différence de grandeur entre elles & les mâles, que n'en met l'Auteur du Voyage que je viens de citer; car cette différence n'est pas sensible.

Pendant que ces animaux tenoient leur gueule béante, deux jeunes gens s'amusoient à y jetter de gros cailloux, ou galets, que ces Loups engloutissoient comme nous avalerions une fraise. Ils se remuent assez difficillement, excepté pour la partie de la tête & le cou, qu'ils tournent à droite & à gauche, avec une assez grande agilité pour leur masse. Il ne feroit pas bon se trouver à leur portée; ils couperoient un homme en deux d'un feul coup de dent. Lrs yeux sont les plus beaux du monde, & leur regard n'a rien de feroce. J'observai qu'en expirant, leurs yeux changeoient de couleur, & que le cristallin en devenoit d' verd admirable. Parmi ces animaux, les uns avoient le poil blanc, les autres, de couleur tannée; d'autres, & c'est le plus grand nombre, de la couleur de celui du castor, d'autres enfin ventre de biche clair.

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25.

En déjeunant le Samedi 25, Mr. de Bougainville proposa aux Officiers tant de terre que de mer, de travailler à élever un Fort, sur la hauteur qui forme le côteau où l'on bâtit le logement ou habitation des colons qui doivent demeurer dans l'Ile. Tous d'une voix unanime sommes convenus de l'élever de nos propres mains, & de le conduire à sa perfection sans le secours du reste de l'équipage.

Le déjeuné fini, Mr. L'huillier & Mr. de Bougainville ont été choisir l'emplacement, & Mr. L'huillier l'a trace sur le champ, aidé de deux Pilotins.

Pendant ce tems-là, quelques-uns ont été choisir des outils pour exécuter notre projet; d'autres sont allés à la chasse, pour fournir des vivres à tout le monde. Jusqu'à présent on a tué du gibier en si grande abondance, qu'il a plus que suffi pour la nourriture des équipages des deux Frégates. Nous avons fait plus d'une fois la réflexion, qu'il étoit bien singulier que nous fussions venus nous établir à terre, dans un pays de-

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sert & inconnu, sans autres vivres que le pain, le vin & l'eau de vie, sans inquiétude pour le lendemain, & persuadés que la chasse fourniroit assez pour la nourriture de plus de cent-vingt personnes descendues & campées sous la tente. Non seulement nous n'en avons pas encore manqué, mais nous en avons été pourvûs si abondamment, qu'il n'y a pas d'apparence que nous en manquions, pendant le sejour que nous nous proposons d'y faire. On donne ceqendant à chaque plat, (on appelle ainsi en fait de marine, le nombre de sept hommes réunis pour manger ensemble,) au moins une outarde, & une oye, ou une oye & deux canards, ou deux oyes, ou deux outardes, & quelques uns de ces oiseaux d'eau plongeurs, que nous nommons Becsics, ou Nigauts, dont on voit la figure dans la Pl. VIII. fig. 2 & dont je parlerai dans la suite.

Sur les trois heures après-midi, nous nous sommes assemblés au lieu où l'on a tracé le le Fort, que l'on est convenu de nommer le Fort du Roy, ou Fort royal; chacun a travaillé de tout son cœur, & avec une ardeur incroyable, de maniere

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que le soir-même, on avoit déjà creusé une partie du fossé, à la largeur de six piés & d'un pié de profondeur. L'exemple de Mr. de Bougainville animoit tout le monde.

Dimanche 26.

Les Equipages des deux Navires se sont rendus à l'habitation, pour entendre la Messe. Il n'est resté sur l'Aigle que trois hommes & deux Officiers, dont l'on est blessé à la jambe. Tous ont diné à terre, & la chaloupe n'est retournée à bord que le soir seulement, après que le vent, qni avoit toute la journée souflé grand frais, a eu calmé.

Pendant le Lundi & le Mardi, les chaloupes ont fait du lest pour le Sphinx. On a apporté à terre la volaille, des planches, des madriers &c. On a continué les travaux du logement & du Fort. De tems à autre, en me promenant, j'ai observé le terrein des environs. J'y ai trouvé du Spath & du Quartz en assez grande quantité; ce qui est un indice de mines. J'ai même rencontré des terres rougeâtres & ochreuses, ainsi que des pierres rouillées & très ferrugi-

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neuses, que je montrai à Mr. de Bougainville.

Je suis persuadé qu'il y a des mines de différens métaux dans cette Ile; avec une masse de fer, j'ai cassé un bloc de Spath mêlé de Quartz: on voyoit dans les crévasses une matiere verdâtre, que je soupçonnai tenir du verd de gris: j'y appliquai la langue; la saveur & la stipticité de ce minéral se fit si bien sentir, que je fus contraint de cracher pendant plus d'un gros quart d'heure.

Jeudi 1 Mars.

Tems brumeux & à grains, avec un peu de pluye, ce qui a retardé les travaux; mais on a fait du lest pour les deux Frégates. Mr. de Bougainville a déterminé que le Sphinx, au retour, doit relacher à la Guadeloupe, pour y vendre quelques unes des marchandises que nous avons à bord; que nous, après avoir continué de faire d'autres découvertes de terres, nous retournerions en France, au lieu d'aller à l'Ile Maurice, comme il s'étoit proposé de faire, en cas que les Iles Malouïnes ne se fussent pas trouvées propres à former une habitation commode & utile.

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2 Mars.

Sur les neuf heures du matin, on à débarqué quatre pieces de canon, des dix que l'on doit prendre de l'Aigle, pour armer le Fort que nous élevons. On y en ajoutera quatre du Sphinx; deux de campagne, qui font de bronze, achetées à St. Malo deux jours avant notre départ, & six Pierriers.

Comme l'on avoit résolu d'élever une Pyramide, en forme d'Obélisque, au milieu du Fort; je proposai de placer sur la pointe, le buste de Louis quinze; & je me chargea de l'exécuter en terre cuite. J'avois vû une terre glaise & grise sur le bord d'une anse, qui m'avoit paru propre à cela. Je partis sur les dix heures, avec Mr. Duclos, notre Capitaine, pour en aller chercher, & voir si l'on avançoit à faire l'huile de Loups marins avec la graisse ou lard des gros que nous avions tués depuis plusieurs jours, & abandonnés sur le lieu. Nous nous y rendimes dans le bateau de pêche.

Quoique tués depuis longtems, & exposés à l'ardeur du soleil, qui avoit fait

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couler une bonne partie de cette graisse, nos gens occupés à faire cette huile nous dirent que chaque Loup marin en avoit donné au moins deux barriques & demie; & en auroit fourni plus de quatre, si l'on s'y étoit pris à tems.

Je voulus faire arracher les deux grosses dents de leurs machoires: on ne put en venir à bout. En brisant ces machoires à coups de hache, le coup porta maladroitement sur les dents & les coupa en deux. Elles ne sont pleines & solides que vers la pointe. Toute la partie insérée dans la machoire est creuse. J'avois dabord résolu de faire une anatomie de la tête entiere; mais son énorme grandeur m'y fit renoncer, à cause de l'embarras du transport.

Je passai le reste du tems à chercher des coquillages dans les Baudreux nouvellement apportés sur le rivage par les flots de la mer. Il n'y avoit gueres que quelques Limas assez petits, à bandes de différentes couleurs, que l'on peut nommer Limas rubannés. Le fond du coquillage est de la plus belle nacre. J'y trouvai aussi des Burgos & des moules tant magellanes que communes. Quel-

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ques unes de ces dernieres ont entre cinq & six pouces de long sur deux de large, dans le plus grand diametre. On chargea, sur les six heures du soir, la terre glaise dans le bateau, avec de la tourbe. L'ayant trouvé échoué, à cause de sa trop grande charge, on en ôta pour le mettre à flot. Nous avions été trompés par le reflux; parce que la mer, qui n'est pas bien réglée dans ces Bayes-là, hors le tems de la nouvelle & de la pleine Lune, n'étoit pas montée aussi haut que l'on avoit compté. Près d'une heure s'éula avant que l'on eût mis le bateau à flot. Pous ne pas le surcharger, Mr. Duclos & moi primes le parti de nous en retourner par terre, en suivant la côte. Nous fimes près d'uue lieue sur des cailloux, galets, & roches qui bordent cette côte. Les canotiers avoient ordre de venir nous prendre au Goulet, où nous leur avions dit que nous les attendrions. Nous eumes beaucoup de peine à nous y rendre, par un tems brumeux & très-venteux. Les y ayant attendus pendant trois quarts d'heure inutilement, &, dans une grande obscurité, nous pensions que la mer, qui

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se retiroit, & le vent violent, qui étoit contraire, auroient engagé les canotiers à relâcher aux Navires. Nous prenions la résolution d'achever la route par terre, en faisant le tour de la Baye, qui a au moins trois quarts de lieue, lorsque nous entendimes le bateau qui approchoit. Nous hélames (appellames) ils nous répondirent. Après avoir tenté en vain d'aborder en deux ou trois endroits, ils s'approcherent enfin assez près pour nous faciliter le moyen de sauter dans le bateau. Nous comptions nous faire transporter seulement de l'autre côté du goulet (entrée de l'anse) & de faire le reste du chemin à pié le long du rivage. Mais, nous dit le Maître canotier, la mer monte encore, la marée est pour nous, & nous viendrons bien à bout de surmonter l'obstacle du vent: nous vous mettrons dans peu auprès de l'habitation. Notre Capitaine se laissa gagner à ce discours; & nous montâmes le goulet; mais à peine eumes-nous nagé (vogué à rames) cinq à six toises que le vent devint d'une violence extrême; les vagues s'enflerent, & la mer, qui se retiroit, aidée du vent qui nous étoit con-

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traire, forma un obstacle que nous ne pumes vaincre. En une heure & demie à peine, malgré tous nos efforts, remontames-nous dix toises. Le mer devint effrayante; chaque lame (vague) se brisoit, avec fureur, contre le bateau, & entroit dedans en partie: nous étions déjà tous inondés. Las de lutter en vain contre les flots, & voyant que nous étions en grand danger d'échouer sur les pierres qui bordent le rivage, où les flots & le vent nous faisoient dériver malgré tous nos efforts, Mr. Duclos dit qu'il falloit retourner à la pointe du Goulet, & y aller échouer. En moins de trois minutes, malgré les rames & le gouvernail, nous nous vimes jetter vers le plein (rivage) éloigné de terre de quatre brasses ou environ. La mer, alors furieuse, alloit mettre le bateau en pieces, & nous courions des risques pour nousmêmes. Notre Capitaine dit qu'il falloit se jetter àl'eau, & y sauta le premier. Je l'y suivis au moment qu'une vague trèsgrosse vint se briser contre le bateau, le couvrit en entier, & par la secousse me fit tomber à l'eau, lorsque je prenois pié. je me relevai si promptement que je n'eus

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que le côté gauche de trempé, & mes bottes remplies d'eau. Il n'y avoit gueres que deux piés de profondeur. Je pris aussitôt le chemin de l'habitation, disant à Mr. Duclos notre Capitaine, que j'allois y donner de ses nouvelles, en attendant qu'il feroit mettre le bateau à flot, pour le mettre en fureté. Arrivé à l'habitation, j'y trouvai bien des gens en peine à notre sujet. Voyant le mauvais tems, les uns pensoient que nous avions été à bord de l'une de nos Frégates, au lieu de nous exposer aux risques qu'il y a dans un bateau, à lutter contre le vent & des flots irrités: d'autres imaginoient que, dans la grande obscurité qu'il faisoit, nous avions pris terre, & que nous nous étions peut-être égarés. Il étoit près de dix heures, & l'on nous attendoit encore à souper. On fit servir, pendant que je changeois de tout, & j'y officiai bien. Mr. Duclos arriva une demi-heure après-moi: & fut se coucher sans avoir pris autre chose qu'un verre de vin.

Jusques à présen on s'étoit imaginé que les anses & la Baye qui forment le Port de l'habitation, nétoient pas poissonneu-

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ses; que les Loups-marins & les oiseaux d'eau qui y sont en grande quantité, détruisoient le poisson pour s'en nourrir, & ne lui donnoienit pas le tems de devenir gros. Mr. de la Gyraudais nous avoit convaincus hier du contraire, par le poisson qu'il avoit apporté, & qui faisoit partie des mets du souper. Etant à la chasse, au fond d'une anse, à une lieue ou environ de notre camp, il s'est trouvé à l'embouchûre d'une petite riviere, lorsque la mer s'en retiroit. Là, nous-dit-il, j'ai pris à la main cette douzaine de poissons qui s'étoient laissés échouer sur le gravier, & qui faisoient tous leurs efforts pour regagner la mer. Les plus petits a voient environ un pié de long. On en avoit apprêtés au courbouillon & en friture. Tous les trouverent exquis.

Dès le matin, aujourd'hui Vendredi, pour profiter de cette éveille, Mrs. Duclos, de la Gyraudais, Baslé, le fils cadet de Mr. Duclos & moi, avons, sans rien dire aux autres, arrangé un rets de trois brasses & demi seulement; & nous sommes transportés au lieu de la pêche. Nous avons donné deux coups de filet dans la même embouchure, à mer reti-

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rante, & y avons pris trente & quelques pieces, dont la moindre pesoit près d'une livre & demie. Nous avons été en donner un troisieme à l'embouchure d'un petit ruisseau à deux cents pas de là, & nous en avons pris une douzaine de femblables.

Samedi 3.

Animés par le succès, nous sommes retournés aujourd'hui à la pêche. Mais, comme la mer étoit retirée, nous n'en avons pas pris un seul. On a fait alors réflexion que ce poisson montoit sans doute dans l'eau douce avec la marée, & se retiroit aussi avec elle. Comme nous y en avions vû une assez grande quantité s'échapper à travers les trous de notre mauvais filet, ou sauter par dessus, on résolut d'y aller pêcher avec la seine, à la grande marée de la nouvelle Lune qui devoit arriver le lendemain. En conséquence, Mr. Duclos se rendit à bord, & fit préparer la seine. Mr. le Roy la porta dans le canot, à l'entrée de l'anse, dès le matin, & vint nous en donner avis. Nous partimes d'abord après-dîner, une troupe de 16. Mrs. de Bougainville & de Nerville à la tête. On donna un

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coup de seine seulement, dans laquelle nous trouvames plus de cinq cens gros poissons, & des milliers d'autres longs d'un demi-pié; dont nous jettames à la mer plus des trois quarts. Des petits, nous ne gardames qu'une espece, nommée Pajes par les Espagnols, & gras-dos par nos marins. Ce poisson est presque transparent, & d'une extreme délicatesse. Il est excellent en friture & à la sausse au pauvre homme. La Lote ne lui est pas préférable.

Le filet étoit si plein que, malgré les efforts de seize personnes, nous eumes toutes les peines du monde de le tirer sur le rivage. Il en sautoit beaucoup par dessus, & une grande quantité s'échapperent encore tant par les bouts, qui ne pouvoient joindre les bords, que par les trous qui se firent dans le filet. Cependant on en chargea le canot, qui ne put arriver au camp que le lendemain. On en distribua abondamment aux équipages des deux Frégates, pendant trois jours; ou ou en mangea à toutes les saulces: & pour ne pas perdre le reste, ou er. sala un plein tierçon.

Ce poisson a la forme de celui que l'on nomme Meuille en Saintonge, & a

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le goût du Surmulet. Dans le nombre, il y en avoit de quatre livres & demie.

Ce même jour, lorsque nous finissions de souper, Mr. Martin, Lieutenant du Sphinx, arriva surchargé de gibier. Il avoit été en chassant, pour découvrir la source de la riviere à l'embouchure de laquelle nous avons fait une pêche si abondante. Il nous a dit qu'à trois ou quatre lieues du camp, au Nord-Ouest, il a trouve une Baye immense, dont il n'a pu découvrir l'emrée, ni le fond même de dessus les hauteurs: Que cette Baye lui paroissoit avoir au moins huit à dix lieu's d'enfoncement dans les Terres; que de distance en distance il y avoit vû des Rivieres & des Iles. On a été charmé de cette découverte, & l'on a résolu d'en prendre connoissance.

Lundi 5.

L'abondance du poisson que l'on avoit pris a fait naître envie de tenter aujonrd'hui une seconde pêche. On y est retourné; mais, soit que le poisson aît été effarouché, soit que la mer ne fut pas assez montée, ou n'a pris que de la menusaille, avec une douzaine de gros.

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Pendant cette pêche, d'autres ont été à la chasse & ont rendu visite à la Baye découverte. Moins fatigués sans doute que Mr. Martin, ils ont trouvé le chemin moins long que lui, & l'ont abrégé de deux lieues: ce qui a déterminé Mr. de Bougainville & plusieurs autres à s'y rendre le Mécredi suivant, Jour des Cendres, 7 du mois de Mars.

Tout le monde étant de retour, sur les quatre heures après-midi, & le Fort, auquel les Officiers seuls ont travaille, étant achevé, Mr. de Bougainville a proposé d'y monter aussi les canons, qui étoient sur leurs affûts marins au bas de la colline. Dès l'instant même on s'est mis en devoir de l'exécuter. On a, pour cet effet, étendu des planches sur le terrein, pour faire ce que l'on appelle un pont, & empêcher les roues des affûts d'enfoncer dans la terre. A force de bras seulement, & sans autres instrumens ou machines que des pinces, des leviers & des cordages, nous sommes venus à bout de monter un canon, malgré la hauteur & la rapidité du côteau. L'ayant mis en place, comme il étoit à peu près l'heure de finir le travail de la journée, on a chargé &

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tiré ce canon, pour servir de signal. On a ensuite crié sept fois Vive le Roi, les ouvriers qui étoient occupés aux travaux des logemens, répondant aussi Vive le Roi.

Tous les matins à cinq heures, & le soir à sept & demie, depuis que l'on a commencé ce travail de l'habitation, on a tiré un coup de canon de campagne d'une livre de balle, & l'on a sonné la cloche pour appeller aux travaux, & pour les faire cesser. A huit heures on a sonné le déjeuner, à une heure le dîner. Indépendamment de ces repas, Mr. de Bougainville a fait donner de tems en tems quelques rations d'eau de vie de gratification. Aussi l'ouvrage est-il avancé actuellement, comme si l'on y avoit employé deux cents ouvriers.

Pendant que nous étions ainsi occupés à terre, le peu de monde qui étoit à bord des Frégates, ne demeuroient pas oisifs. Tous les jours ils embarquoient quelque chose pour le Camp, des canons, des boulets, des vivres, des ustenciles &c.

6.

On a commencé l'arrimage du lest des cailloux, & nous avons monté, dans

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le cours de l'après-dîné, sept canons, comme nous avions fait le premier. Il faut avouer que les marins peuvent le disputer à tout le monde pour l'adresse à remuer de gros fardeaux.

Cette opération finie, j'ai fait mettre dans des paniers la terre-glaise. corroyée avec de l'argile faute de sable propre à cet effet. Et j'ai fait mes arrangemens pour aller demain à bord, travailler plus tranquillement au Buste du Roy, que je n'aurois pu faire à terre, où j'aurois été obligé de l'exécuter dans notre tente, dans laquelle on entroit à chaque quart d'heure de la journée,

Mardi 7.

Aujourd'hui à sept heures du matin, jour des Cendres, je suis monté dans la chaloupe, pour retourner à bord de l'Aigle. Je me suis établi de nouveau dans ma Dunette. Dès l'après-dîner j'ai commencé à modéler le buste dans celle de Mr. de Bougainville; & n'ayant pas de barre de fer, pour soutenir la terre, sur le dez, j'y ai suppléé par un rouleau de bois. Le foir même, la tête a été grossierement ébauchée.

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8.

J'ai travaillé toute la journée à perfectionner l'ébauche, qui a déjà pris figure. Deux ou trois Officiers qui l'ont vue en cet état, m'ont encouragé a finir le buste, & j'espérois y réussir.

9.

Dans cette confiance, dès les six heures du matin, j'ai couru à l'ouvrage, & je n'ai pas été peu déconcerté d'y voir des crévasses & des fentes au front & en différens endroits, quoique la terre fût très bien corroyée. Mr. Guyot & Mr. Baslé, étant venus un quart d'heure après, n'ont été gueres moins mortifiés que moi, de ce que cette terre ne se trouve pas propre à ce que je me suis proposé d'en faire.

J'ai demandé à Mr. Guyot s'il n'avoit pas vû, le long de la côte, du sable bien fin, afin de corriger le défaut de cette terre, en la corroyant de nouveau avec ce sable. Ils partirent une heure après pour le Camp, & rendirent compte à Mr. de Bougainville de l'embarras où me mettoit la mauvane qualité de cette terre.

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Je comptois en être quitte pour recommencer avec de nouvelle terre, corroyée avec du sable; mais Mr. de Bougainville craignant une nouvelle tentative inutile, résolut de substituer une sleur de Lys à ce Buste. Mr. Guyot revint dîner à bord, & me fit part de cette résolution. J'abandonnai donc l'ouvrage; & je fus avec Mr. Mauclair, passer la soirée sur l'Ile brûlée, où nous tuames dix outardes: la veille il en avoit tué seize. Pendant notre chasse, deux de nos Officiers s'amuserent à pécher à l'hameçon par les fenêtres de la chambre, & prirent assez de poissons, pour en faire une friture trois repas de suite. Presque tous les jours l'hameçon en fournissoit autant, pourvù que l'on s'y prît une heure seulement avant le repas.

Ces poissons étoient de trois especes. L'une a la forme presque semblable à celle du brochet, la chair comme transparente, avec une raye bleue d'une ligna de large, qui regne depuis les ouies jusques à la queue, entre deux rayes jaunes. Les Espagnols du Chili le nomment Rovalos. La seconde espece peut être mise dans la classe des Lottes, que quelques-

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uns appellent L. Celle dont il est ici question, a la e platte & beaucoup plus large que les Lottes de France. La troisieme espece est aussi délicate, & a autour des ouies, des traits jaunes, comme si on y avoit mis de l'orpin ou de la gomme gutte avec le pinceau.

Ces trois sortes de poissons, les seuls que l'on a pêché du bord, n'ont pas plus de neuf à dix pouces de longueur; ordinairement de six à sept. Mais ils font tous excellens, surtout celui qui a la tête, & à peu près la forme du brochet. Ils mordent si promptement à l'hameçon, qu'il ne faut que le jetter pour en prendre. Ce poisson est notre ressource, lorsque le tems ne permet pas de Chasser.

10.

Je suis retourné sur l'Ile brûlée, comptant y amasser des Lépas; mais la mer s'est trouvée trop haute, & après avoir tué quatre oyes sauvages, & trois becsiques, le fils cadet de Mr. Duclos & moi, nous sommes retournés à bord, sur les cinq heures.

Le mâle de ces oyes est d'une blancheur éblouissan son bec est court &

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noir, comme celui des outardes: ses piés sont jaunes. La femelle a le bec & les piés semblables à ceux du mâle, mais son plumage est gris sur le dos. Le bord des plumes blanches qui lui couvrent l'estomach & le ventre, est noir & y forme une tache qui suit l'arrondissement de la plume. Les aîles de l'un & l'autre ressemblent à celles des outardes; & ont aussi un bouton dur comme de la corne, à l'articulation de l'aîleron. Après avoir arraché les grandes plumes du corps de la femelle, on trouve un duvet gris, extrèmement fin & très-serré. Le duvet du mâle est au moins aussi beau que celui du cigne. L'un & l'autre feroient de beaux manchons *).

Les Cercelles sont ici d'une beauté bien supérieure à celles d'Europe. Elles ont le bec & les piés bleus, les aîles d'un verd doré, & le reste du corps bien

*) Leur beauté a engagé plusieurs de nos Officiers de faire écorcher un grand nombre de ces oyes & des outardes, pour en emporter les peaux en France; mais n'en ayant pas eu tout le soin qu'elles exigeoient, elles ont été presque toutes perdues. Les miennes l'ont été aussi faute d'avoir eu assez d'espace dans ma Dunette, pour les loger.

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plus brillant & plus beau que celui des Poules Pintades. J'en ai écorché une en lui conservant la tête & les piés, & lui ai donné son attitude naturelle après avoir rempli de mousse fine toute la robe. Je l'ai donnée à un Curieux de St. Malo. J'ai apporté aussi en France, & mis dans le Cabinet d'histoire naturelle de l'Abbaye de St. Germain des Prés à Paris, la tête & les piés d'un gros oiseau d'eau, carnacier, dont j'ai parlé sous le nom de Mouton ou Québrante-Uessos: la singularité de son bec m'a déterminé à en donner la figure, Pl. VIII. fig. 3.

J'aurois desiré avoir un secret pour conserver les yeux de ces animaux dans leur éts naturel. Les diamans & les rubis n'ont rien qui égale le feu, la beaute & l'éclat des yeux d'une espece de poule d'eau, ou Plongeon, qui se trouve assez fréquemment sur le bord de la mer.

Ces yeux ont, autour de la prunelle, un cercle du plus beau rouge de cinabre carminé. La tête est noire; mais, depuis l'œil jusques à l'occiput, les plumes sont d'un blanc éclatant mêlé de quelques filets noirs.

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On trouve aussi dans ces Iles une quantité prodigieuse d'une espece de petites aigles, ou Faucons bruns, grands comme les plus gros coqs; mais dont les aîles développées ont au moins trois piés d'envergûre; les grandes plumes des aîles sont d'un fauve-clair mêlé de brun, par bandes transversales. Il y a aussi une autre espece d'aigle, de la grandeur & de la couleur des poules-d'Inde blanches & rousses, ou fauves. Cette espece d'aigle a autour de la racine du bec une peau d'un très beau rouge, parsemée de poils noirs assez longs. Lorsque cet oiseau est mort, cette couleur rouge s'éteint, & la peau devient d'un couleur de rose très-pâle. Ses pattes sont écailleuses & d'un blanc gris, ainsi que celles de quelques-unes de la petite espece dont j'ai parlé. Les autres ont les pattes jaunes. Les serres de ces dernieres sont aussi fortes & aussi grandes que celles de la grande espece. On y voit encore des Eperviers & des Emouchets dont le ventre & le cou sont blancs; d'autres panachés de blanc, de gris & de roux.

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11.

Les moules sont très communes le long de la côte. On avoit essayé d'en manger plus d'une fois; mais on les trouvoit si remplies de perles que l'on ne pouvoit en mâcher; parce que ces perles étant très-dures exposoient au risque de se casser les dents; & quand elles s'écrasoient, elles laissoient un espece de sable fort désagréable dans la bouche. Dans l'idée que ces perles sont l'effet d'une maladie de ce coquillage, je pensai que la cause de cette maladie pouvoit bien être le défaut d'eau, dont cet animal souffroit pendant que la mer est retirée. J'imaginai donc qu'en pêchant celles qui sont abreuvées sans cesse, elles pourroient n'avoir pas de perles. Je fus confirmé dans cette idée par des moules que je trouvai dans les racines de Goëmon. J'en ouvris quelques-unes: elles se trouvèrent sans perles & excellentes; tant les communes que les magellanes. J'en portai deux ou trois douzaines au camp; elles furent du goût de tous ceux qui aiment ce coquillage, & nous en avons depuis mangé souvent.

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Depuis le onze jusqu'au Jeudi 22 Mars, il ne s'est rien passé de particulier. On a transporté des vivres & les autres choses que l'on se propose de laisser à ceux qui resteront pour l'établissement de cette nouvelle Colonie. On a posé le 21 la premiere pierre de la Pyramide.

Une chose cependant a mérité l'attentention, & a été la source de bien des réflexions à tous ceux qui en ont été témoins. On me l'a racontée à mon retour au Camp.

Jeudi 22 Mars.

J'ai voulu la vérifier, & j'en ai été convaincu depuis, plus d'une fois, par mes propres yeux. Nous avions transporté environ une douzaine de pourceaux, mâles ou femelles. Dans ce nombre étoit un pourceau coupé. Après les avoir débarqués tous, ils s'en alloient chercher leur vie dans la campagne, & ne manquoient pas de revenir, tous les soirs, passer la nuit ensemble tout auprès du Camp. Au commencement on leur avoit fait une espece de litiere avec du foin, & ils s'y trouvoient bien sans doute, quoiqu'à la belle étoile, puisqu'ils s'y

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rendoient exactement. Quelqu'un remarqua que le pourceau coupé devançoit ordinairement le retour des autres d'environ demi-heure, alloit roder autour de la litiere, & en arrangeoit le foin; qu'il en arrachoit avec les dents, pour le porter au gîte, & en remplissoit les endroits où il en manquoit. Les autres étant arrivés se couchoient ensemble, & lui ne s'y mettoit que le dernier. Lorsque quelqu'un d'eux ne se trouvoit pas à son aise, il se levoit & s'en prenant au pourceau coupé, il le mordoit & l'obligeoit à coups de dents d'aller chercher du foin, & d'en fortifier la litiere. Les femelles surtout étoient fort délicates sur cet article. Pendant notre séjour une mit bas onze petits, & une autre douze. Outre ces petits, on y a laissé huit truyes & un verrat. On peut juger combien ils auront multiplié.

J'étois retourné au camp, dans le dessein de n'y rester que trois jours, & en partir le lendemain

23.

Pour aller par terre à une Baye située au Sud-Est de l'Ile. Mr. de Bougainville l'ayant visitée dans le cours de la

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caravane qu'il fit quelques jours après notre arrivée, la trouva charmante, & la nomma Beau-port, comme très-propre à en faire un très-commode. Je devois y accompagner Mr. L'huillier & deux ou trois autres, pour en lever le plan. Mais, dès que Mr. de Bougainville & moi fumes arrivés au Camp, Mr. L'huillier dit qu'il falloit renvoyer le voyage de Beauport au Jeudi suivant, parce que sa présence étoit absolument nécessaire pour la continuation de la bâtisse. Mr. de la Gyraudais retourna seul à bord du Sphinx. Mr. de Bougainville coucha dans son cadre; j'étendis un matelas sur un peu de foin, dans la même tente, & j'ai couché ainsi neuf nuits. Je passois le jour à visiter les environs, à botaniser, & à d'autres recherches sur l'histoire naturelle.

24.

Aujourd'hui, Samedi 24 Mars, on a proposé d'aller chercher les trois chevaux qui se sont échappés, de les investir avec des cordes, & de les amener au camp. On est parti au nombre d'une trentaine de personnes, & on les a en effet trouvés & investis. Ils se sont mê-

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me laissé approcher de si près que Mr. de Saint Simon en a saisi un par la criniere; mais la jument qu'il tenoit s'en étant débarassé en le renversant par une violente secousse, elle a sauté, comme les deux autres, par dessus les cordes, dont on les avoit environnés. Ils se sont sauvés si loin que l'on a renoncé à les poursuivre.

On a été plus heureux à l'égard des vaches & des genisses. Elles s'étoient également répandues & dispersées dans la campagne, mais ayant pris un petit veau, on l'a conduit auprès du Camp; on l'y a attaché à un piquet, & sa mere l'ayant entendu beugler le soir, est revenue lui donner à tetter, & les autres l'ont suivie. Après être ainsi revenus deux ou trois jours de suite, ces animaux en ont pris l'habitude, & se sont rendus exactement tous les soirs dans l'étable qu'on leur avoit pratiquée.

27.

Mr. de Bougainville & Mr. L'huillier ont fait porter leurs cadres dans la chambre du nouveau logement, destinée à Mr. de Nerville. Ils m'avoient proposé d'y transporter mon lit; mais je pré-

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férai de demeurer dans la tente; parce que les murailles ayant été crépies le jour-même, l'humidité qui en suintoit, pouvoit occasionner quelqu'incommodité.

28.

Peu s'en est fallu que je n'aye eu sujet de m'en repentir la nuit même. Il s'est élevé un vent de Sud-Ouest, sur les dix heures du soir, qui a continué avec de la pluye toute la journée par foutreaux, avec tant de violence, qu'il sembloit, à chaque bouffée, devoir enlever la tente, ou la faire tomber sur moi. J'y ai néantmoins couché encore la nuit derniere, mas j'ai été obligé d'en déloger aujourd'hui

29.

On a démonté les tentes, pour en employer le bois à la bâtisse, j'ai cédé la mienne, & je me suis transporté au gite de Mr. de Nerville.

Dès le 21. Mrs. de Bougainville & de Nerville avoient fait poser la premiere pierre de la base qui soutient la Pyramide, ou façon d'Obélisque, que l'on vouloit élever au milieu du Fort. On a mis dans la maçonnerie du fondement, une

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plaque d'argent ronde, du diametre d'environ deux pouces & demi, sur laquelle est gravé à l'eau forte, d'un côté le plan de la partie de l'Ile où sont le Fort & l'habitation, dans le milieu l'Obélisque avec ces mots pour exergue, Tibi serviat ultima Thule. Sur l'autre est ce qui suit:

Cette espece de Médaille est enchassée entre deux plaques de plomb, & le tout dans une pierre creusée. Auprès on a placé une bouteille de verre double, bien

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bouchée avec un mastic qui résiste à l'eau, dans laquelle on a enfermé un papier roé, sur lequel sont écrits les noms, surnoms, qualités & pays de tous ceux qui composent les équipages des deux Navires employés à cette expédition, & de ceux qui y sont Volontaires: En cette forme

ROLLE DE L'ETAT-MAJOR, des Officiers Matelots, qui composent les équipages de la Frégate du Roy l'Aigle, commandée par le Sr. Duclos-Guyot, Capitaine de Brûlot, & de la Corvette le Sphinx, commandée par le Sr. François Chênard de la Gyraudais Lieutenant de Frégate, armées à St. Malo par Mrs. le Chevalier de Bougainville, de Bougainville Nerville, & Darboulin, Administrateur général des Postes de France, aux ordres de Mr. de Bougainville, Colonel d'Infanterie, & Capitaine de vaisseau; lesquels ont reconnu & établi les

Iles Malouïnes au mois de

Fevrier 1764.

ETAT MAJOR

de la Frégate l'Aigle.

Le Chevalier Louis-Antoine de Bougainville.

* G. de Bougainville-Nerville, Volontaire.

L'un & l'autre Armateur, de Paris.

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Etienne de Belcourt, Capitaine d'infanterie.

N. de St. Simon, Canadien, Lieutenant d'Infanterie.

L'buillier de la Serre, Ingenieur-Géographe des Camps & Armées du Roy.

Dom Antoine. Joseph Pernety, de Rouanne en Forez, Bénédictin de la Congrégation de St. Maur, Passager, envoyé par le Roy.

EQUIPAGE.

Mr. Duclos-Guyot, de St. Malo, Capitaine de Brûlot.

Alexandre Guyot, de St. Malo, Capitaine en second.

Pierre-Marin Donat, de St. Malo, premier Lieutenant.

Michel Sirandré, de St. Malo, premier Lieutenant.

Pierre-Marine le Roy, de St. Malo, second Lieut.

Antoine Semon, de St. Malo, second Lieutenant.

René-Jean Hercouet, de St. Malo, Enseigne.

Pierre Guyot, de St. Malo, Enseigne.

Alexandre Guyot, de St. Malo, Enseigne.

René-André Oury, de Genêt en Norm. Ecrivain.

Pierre Montclair, de St. Malo, premier Chirurgien.

* Guillaume Baslé, de St. Malo, second Chirurgien.

Pilotins.

Charles-Felix-Pierre Fêche, de Paris.

Michel Seigneurie, de St. Malo.

Charles-François Auger, de St. Malo.

Louis Alain, de St. Malo.

Jean-Baptiste Carré, de St. Malo.

Matelots.

Germain Bongourd, de St. Servant, premier Maître.

François Tennchuit, de St. Malo, second Maître.

Pierre de St. Marc, de l'Ile d'Orléans en Canada, premier Pilote.

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Artur Fleury, de Bréhst, Pilote-Côtier.

Joseph Couture, de St. Servant Contre-Maîtres.

Jean Poret, dit Paliere, de St. Servant

Pierre Feuillet, de St. Servant, Maître Canonier.

François Hamel, de St. Servant, second Canonier.

Mathurin Toupé, de St. Servant, Maître Charpentier.

Etienne, le Breton, de Pleurthuit, second Charpentier.

Pierre Houzé, de Pleurthuit, Maître Calfat.

Jacque Houzé, de Pleurthuit, second Calfat.

Louis Cantin, de St. Servant, Maître de Chaloupe.

François-Jean Macé, de St. Malo, Maître de Canot.

Gilles Ferrand, de St. Malo, Maître Voilier.

Joachim Feuillet, de St. Servant, second Voilier.

Mathurin Guerlavas, de St. Malo, Dépensier.

Michel Argouel, St. Malo, Maître Tonnelier.

Guillaume Chauvin, de St. Malo, second Tonnelier.

Jean du Feu, de St. Servant, Armurier.

* François Perrier, de Coutances, Forgeron Taillaudier.

* Antoine Guillard, de Rennes, Menuisier.

Houvré Garsin, Provençal, Tambourin.

Matthieu Méance, de Rézé en Dauphiné, Boulanger.

Simples Matelots.

Mare Julien, de St. Malo.

* Julien Brord, de St. Enogat.

Henry Laisué, de St. Malo.

* Jean Betbud, de St. Servant.

Antoine- Mallet, de St. Coulomé.

Barthelmy Guichard, de Pleurthuit.

Julien le Bret, de Pleurthuit.

Jacques le Mesnager, de Pleurthuit.

Pierre Gillet, de St. Servant.

* Claude du Casson, de St. Servant, Charpentier.

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Laurent Bâquet, de St. Servant.

Felix Bros, de l'Acadie.

Laurent Roucé, de St. Coulomé.

Louis Ozanne, de Pleurthuit.

François Fouquet, de St. Servant.

François Saffray, de St. Servant.

* André Vaudelet, de Pleurthuit.

Nicolas Bureau, de St. Malo.

* Guillaume Guichard, de Pleurthuit.

Jean Renouard, de Pleurthuit.

François Duval, de St. Malo.

* François Gouclo, de St. Malo.

Gilles Labbé, de St. Malo.

Jean-Baptiste le Bas, de St. Malo.

Joseph le Mer, dit le Maire, de St. Malo.

Jean Bayer, de Paramé.

Mousses.

* Joseph Talbot, Acadien.

Jean Jugan, de St. Malo.

Louis Dupont, de St. Servant.

Pierre Montcluir, de St. Malo.

Pierre-Léonard-Julien Jorès, de St. Malo.

Joseph Couture, de St. Servant.

Jean Houzé, de Pleurthuit.

François Guerlavas, de Pleurthuit.

* Louis-Noel le Roy, de St. Servant.

* Etienne Pontgirard, de St. Servant.

* Julien Beguin, de St. Servant.

Domestiques.

* Michel Beaumont, de Normandie, Maître d'Hôtel.

Henry Dallon. de St. Servant, Cuisinier en chef.

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Jean Guerinon, de St. Malo, second Cuisinier.

* Michel Evard, de St. Malo, second Cuisinier.

Bernard Denis, dit Monel, de Valogne.

* Jean-François Hemion, de Bleid, près Luxenbourg.

Eustache le Contour, de St. Pierre de Sirville.

Jean Meir, de Munich en Baviere.

PASSAGERS,

qui s'établissent dans l'Ile.

Guillaume Mallvain, dit Boucher, Acadien.

Anne Bourneuf, Acadienne, son épouse.

Jean leur fils, âgé de trois ans & demi.

Sopbie leur fille, âgée d'un an.

Jeanne Bourneuf, leur Tante, Acadienne.

Sophie Bourneuf, leur Tante, Acadienne.

Augustin Benoît, Acadien.

Françoise Terriot, sou épouse, Acadienne.

N. leur fils.

Genevieve Terriot sa Tante, Acadienne.

EQUIPAGE

de la Corvette le Sphinx.

Officiers.

Mrs. Chênard de la Gyraudais, Capitaine Lieutenant, de Frégate, de St. Malo.

Charles-Malo Tison, de St. Malo, second Capitaine.

Henry Donat, de St. Malo, premier Lieutenant.

Jean-Bapt. Guyot, de St. Malo, second Lieutenant.

Joseph Donat, de St. Malo, second Lieutenant.

Charles Martin, de Rennes, second Lieutenant.

Joseph Laurent, de St. Malo, Enseigne.

Augustin-Antoine Frontgousse, de Guyenne, Chirurg.

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Pilotins.

Jean-François Oury de Genêt, en Normandie.

Charles Martin, de Rennes, fils du Lieutenant.

Matelots.

François Blanchard, de St. Malo, premier Maître.

Jean-François Maquaire, de St. Malo, second Maître.

Nicolas Vinet, de St. Malo, Maître Canonnier.

Laurent Lucas, de St. Servant, Maître Charpentier.

* Jean Claier, de St. Servant, second Charp.

Réné le Moine, de St. Servant, Maître Calfat.

Servant Dauplé, de St. Malo, second Calfat.

Pierre-Thomas Fecquent, de St. Malo, Maître de Canot

François Vinet, de St. Malo, Maître Voilier.

Jean-Bapt. Blondeau, de St. Malo, Tonnelier.

Jean Mazures, de St. Malo.

Pierre Nicole, de St. Servant.

Jean Saunier, de St. Malo.

François Hue, de St. Malo.

Jean le Monier, de St. Malo.

Louis le François, de St. Malo.

François-Jean le Maire, de St. Malo.

Mousses.

Jean Lautier, de St. Servant.

Jean Martin, de St. Malo.

Jean-Pierre-Louis Renaud, de St. Servant

Claude-Jean Hamon, de St. Servant.

René Boessier, de St. Malo.

Domestiques.

Servant-Nicolas Launay, de St. Servant, Maître d'Hôtel.

Jean Feuillet, de St. Servant, Cuisinier.

Jean-François Laisué, de Brie.

Ceux qui sont demeurés dans certe Ile pour former la Colonie, sont marqués par une *.

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Ce Fort a été nommé Fort de St. Louis. Il est situé sur un terrein élevé, qui n'est pas dominé par les hauteurs voisines; parce qu'elles en sont éloignées au moins de deux bonnes lieues. Il bat tous les environs, & surtout l'entrée de l'anse, au fond de laquelle est la nouvelle habitation. Cette entrée est nommée le Goulet avec raison; car, en mer haute, elle n'a qu'une forte portée de pistolet d'ouverture.

Mr. Baslé & moi avions été le 28 voir la grande Baye. J'y ramassai une grande quantité des plus beaux Limas nacrés & rubannés, avec des Lépas applatis, & d'une finesse extrême. Le lendemain 29, il a venté grand frais en tourmente, comme je l'ai dit ci-devant, & il est tombé beaucoup de gresil, par grains, à peu près comme ce qu'en France on appelle Giboulées de Mars.

Samedi 31.

Hier & toute la nuit derniere, il a fait un vent très-froid, avec un tes brumeux & sombre, contre l'ordinaire du pays, au moins depuis notre arrivée jusques à ce jour. Le Ciel a presque toujours été beau & sérein. Il a gelé en

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blanc deux ou trois fois, & une fois seulement une crême de glace s'est montrée sur les eaux dormantes; mais, depuis plusieurs jours, les matinées & les soirées ont été d'un frais, que, dans les pays chauds, on nommeroit froid. Cependant, depuis dix heures du matin jusques à cinq heures du soir, on ressent une chaleur du mois de May, dans les endroits à l'abri du vent.

Dimanche 1 Avril.

Toute la nuit, & la matinée, le tems a été brumeux. Le vent a chassé le brouillard sur les dix heures, & a passé au Nord-Nord-Ouest, assez grand frais; mais ayant calmé sur les quatre heures après midi, je suis retourné à bord, avec presque tous les Officiers qui ne doivent pas hyverner dans la nouvelle Colonie. Mr. de Bougainville & Mr. L'huillier sont les seuls restés pour faire continuer le travail de la couverture du logement, qui est presque achevée.

Laurent Lucas, Charpentier du Sphinx, a fini aujourd'hui de sculpter en pierre la fleur de Lys double, qui doit être pofée sur la pointe de la Pyramide, & a

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très-avancé les deux médaillons en bois, l'un représentant le buste de Louis XV. l'autre les armes de France, qui seront appliqués sur deux côtés opposés de la Pyramide. Tous les vivres & les autres choses que l'on se propose de laisser dans l'ile, y sont débarquées, & mises à couvert dans le Magasin.

Ludi 2.

Mr. Duclos-Guyot a été ce matin dans le petit canot, sonder la Baye autour de la petite Ile, couverte de Glajeux, la plus proche de notre mouillage, à laquelle ou a donné le nom d'Ile au Tonnelier, parce que notre Tonnelier s'y est établi, pour travailler à ce qui concerne son métier. Mr. Duclos y a trouvé bon fond par tout, & a jugé par la profondeur, que le véritable canal ou Chenal de la marée est au côté de cette Ile opposé à celui de notre mouillage. L'après-midi a été très-venteuse.

3.

Calmiole toute la journée du Mardi 3, avec beau tems. Mr. de Bougainville s'est transporté à l'habitation, pour disposer tout à la prise de possession de

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ces Iles, dont il a fixé le jour à Jeudi prochain.

Nous avons passé, Mr. de Nerville & moi, toute l'après-dîné, sur l'Ile brûlée, où nous avons cueilli une forte salade de cresson & de célery, sur les bords de l'étang qui est à la pointe de l'Est. La seconde de ces plantes est très commune dans tous les endroits de l'Ile que nous avons parcourus.

4.

Du Sud-Sud-Ouest le vent a été variable, bon frais, à Ouest-Nord-Ouest, avec un très beau tems, & la mer trèsmâle: ce qui n'a cependant pas empêché nos chasseurs d'aller tuer des outardes. Quelques jours avant, quatre Officiers du Sphinx y en ont apporté cent trois. Les nôtres, encouragés par cette réussite, se sont déterminé à y aller, & en ont tué quatre vingt trois. Aujourd'hui deux de nos Officiers n'en ont tué que 36, & quatorze tant canards que cercelles. On a donné 18 outardes au Sphinx, à cause des préparatifs de leur départ, fixé au lendemain. Le Fort a tiré vingt-un coups de canon, pour an-

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noncer la prise de possession que nous devons faire demain

Jeudi 5.

A quatre heures du matin, aujourd'hui cinq Avril, notre chaloupe avec notre Grelin & notre ancre à jet a été à bord du Sphinx, pour le faire appareiller dessus. Il a ensuite levé ses deux ancres, & appareillé sur les sept heures & demie. Le vent étant à l'O. N. O. bon petit frais & beau tems.

Dès le point du jour, le Fort a fait une salve de 21 coups de canon.

Au moment du départ du Sphinx, nous nous sommes tous embarqués dans nos canots & un bâteau de pêche, pour nous rendre au Fort. A notre débarquement au Goulet, le Fort nous a salué de plusieurs coups. Une troupe des habitans, déterminés à demeurer dans la nouvelle colonie, étoient en armes au Goulet. Ils nous ont conduits au Fort au bas duquel nous avons trouvé tous les autres sous les armes. Après avoir fait la parade, ils nous ont accompagnés au Fort, au son du Tambourin.

Tout le monde assemblé au Fort, on a découvert la Pyramide; alors j'ai en-

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tonné solemnellement le Te Deum, que l'on a chanté à deux Choeurs; ensuite le Psalme Exaudiat, puis trois fois Domine salum fac Regem. J'ai dit, après cela, le verset: Fiat manus tua, Domine, super virum dexterœ tuœ; l'on a répondu: & super filium hominis quem confirmasti tibi: ensuite l'oraison: Quœsumus, omnipotens Deus, ut famulus tuus Ludovicus Rex noster &c. pour la prospérité de son regne. On a crié sept fois Vive le Roy, & l'on a tiré vingt-un coups de canon. On a crié dérechef sept fois, Vive le Roy. Alors Mr. de Bougainville a montré le Brévet du Roy, qui établit un Commandant dans la nouvelle Colonie, & l'a remis à Mr. de Nerville, qui a été aussitôt reçu & reconnu pour tel. Mr. de Bougainville a proclamé aussi au nom du Roy les autres Officiers, qui ont été également reconnus de tous.

On avoit dressé un Autel dans le Fort, au pié même de la Pyramide. Je comptois y dire la Messe, pour rendre la cérémonie de la prise de possession plus auguste & plus solemnelle. Mais le vent y souffloit avec tant de force, malgré la tente que l'on y avoit montée,

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que l'on a jugé à propos de s'en tenir à la cérémonie dont je viens de parler. Nous nous sommes ensuite rendus au logement de l'habitation, où, sur les onze heures on a fait un déjeuné copieux, pour lequel on a doublé la ration à tout l'équipage.

Le déjeuné fini, on a été voir les différens terreins où l'on avoit semé diverses sortes de graines, huit à dix jours auparavant; ou les a trouvées croissantes, vigourcuses & très-bien prospérantes.

Au retour, je me suis arrêté dans un endroit, où j'avois remarqué une plante assez commune, excellente en infusion: j'en parlerai ci-après. N'ayant eu que le tems d'en amasser peu, nous avons fait nos adieux, & nous sommes rendus à bord.

6.

Dès les six heures du matin, aujourd'hui Vendredi six, Mr. de St: Simon & deux autres, ont été à terre dans la chaloupe, qui alloit faire de l'eau, & ont tué soixante-dix outardes, douze canards, quelques cercelles & plusieurs beccassines. On a mis ces outardes en barils, comme

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l'on avoit fait d'un grand nombre de celles que l'on a tuées jusqu'à présent; de maniere, que nous en avons deux tierçons, & quelques barils, pour notre retour en France.

Le calme' & le beau tems qu'il a fait dès le lever du soleil, ont favorisé l'execution du projet que Mr. de Bougainville avoit, d'observer & de lever les plans de la grande Baye, où nous sommes mouillés, de ses anses & des environs. Pour cet effet, nous nous sommes embarqués dans le grand canot, Mrs. L'huillier, Duclos, ses deux fils, Mrs. de St. Simon, Donat, le Roy & moi, & nous avons été débarquer au fond de la Baye, dans un ensoncement, qui se prolonge beaucoup dans les Terres. On le voit dans la Carte du Port Pl. IX. lettre D. Mrs. de St. Simon, Donat & le Roy, ont été à la chasse, pendant que Mrs. L'huillier, Duclos, Seigneurie, quelques autres & moi faisions les observations sur la hauteur, ou Montagne E. Les observations faites, & le plan de la Baye levé avec le Graphometre, nous nous sommes amusés à observer un bouleversement, produit, selon les apparences, par quelque trem-

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blement de terre. Il présentoit un spectacle si horriblement beau que j'ai été extrémement mortifié de n'avoir pas assez de tems, ni les instrumens nécessaires, pour en dessiner la réprésentation en entier. Un peintre y trouveroit de quoi faire un tableau de ruines des plus beaux. On en voit une idée dans la Pl. XIII. fig. 1. ainsi que d'une espece d'Amphithéatre, qui se trouve à cent pas de là fig. 2.

Nous n'avons pas été moins saisis d'étonnement à la vûe de l'innombrable quantité de pierres de toutes grandeurs, bouleversées les unes sur les autres, & cependant rangées, comme si elles avoient été amoncelées négligemment pour remplir des ravins. On ne se lassoit pas d'admirer les effets prodigieux de la Nature. J'essayai en vain de graver un nom sur une de ces pierres, qui formoit une table d'un grand pié & demi d'épaisseur sur dix piés de longueur & six de largeur; elle étoit si dure que mon coûteau, ni un poinçon, ne purent l'entamer. J'en essayai ainsi plusieurs, égale dureté. En frappant sur un angle avec une autre pierre, j'en fis éclater un morceau, &

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toutes celles que je fis éclater, me présenterent une espece de grais porphyrisé.

Ce grais y est partout taillé en tables de diverses grandeurs & épaisseurs, dans ses lits posés en tous sens; mais comme si l'art y avoit été employé.

Ces ruines fig. 1. semblent présenter en différens endroits des portes de ville dont il ne reste aucun ceintre; mais seulement des murailles à droite & à gauche, élevées encore de vingt ou vingt-cinq piés dans les angles paralelles qui forment l'entrée. Ce sont comme des murs de ville, dont les assises des pierres auroient été observées pour le niveau & la perpendiculaire, telles qu'on les voit dans nos murs de pierres de taille. On y voit même des angles rentrans & des saillans, des avant-corps de plus de quinze piés, & des saillies à droit fil, comme des corniches, ou cordons saillans au moins d'un demi-pié, & qui regnent à même hauteur tout le long tant des parties enfoncées ou retraites, que des avant-corps. Il n'y manque que des moulures.

Sur la route de l'endroit où nous avions pris terre, on rencontre à gauche

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la hauteur où les pierres sont rangées comme les voûtes d'un Amphithéatre: c'est celui dont j'ai donné la figure. Au delà de ces ruines est une vallée profonde de plus de deux cents piés, large d'environ un petit demi-quart de lieue, dont le fond est couvert de pierres bouleversées, & qui semble avoir servi de lit à une riviere, ou à quelque large torrent, qui auroit coulé dans les fonds formés par ces hauteurs, pour se perdre vraisemblament dans la grande Baye de l'Ouest, dont j'ai parlé. La hauteur A, qui est au delà de la Vallée, paroît être couverte de ruines semblables à celles qui sont sur la hauteur en deçà. Avant que d'arriver à celles-ci, on trouve une esplanade, ou Terre-plein large d'environ dix ou douze toises, & qui regne depuis le bas de l'Amphithéatre jusqu'au delà de la premiere couverture de ces ruines, que j'ai dit ressembler à l'entrée, ou à la porte d'une Ville. Les décombres de ces especes de murs empêchent la continuation de cette esplanade où l'on voit deux pieces d'eau, ou réservoirs, l'un à peu pres rond, l'autre ovale, à peu de distance l'un de l'autre,

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le premier d'environ vingt-cinq piés de diametre, l'autre de trente. Une pente douce, d'une cinquantaine de piés de large, mene de l'Esplanade aux ruines.

Depuis le bas de la Colline, on trouve des especes de ravins absolument comblés de ces pierres bouleversées. Entre ces ravins sont des terreins irréguliers de douze, quinze, vingt & vingt-cinq piés de large, sur 20, 30, & jusques à cinquante au moins de long, couverts d herbes & de bruyere, sauvés pour ainsi dire du bouleversement. Les pierres jettées pêle-mêle les unes sur les autres, laissent partout entre elles des vuides ou interstices, dont on ne peut conjecturer la profondeur. Les moins grosses de ces pierres, dont il n'y en a pas une d'angulaire, mais dont les carnes sont arrondis, ont deux piés de longueur sur un de largeur, ou environ, sans que leur forme cependant soit réguliere. Elles sont aussi une espece de grais très-dur. Le chemin du lieu de notre débarquement aux décombres, est d'une heure de marche, toujours en plaine jusqu'au bas de la hauteur où l'on trouve ces ruines.

Ll

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Au retour j'amassai un petit sac plein de la plante, dont je parlerai ci-après sous le nom de Lucé musqué, ou Thé des Iles Malouïnes, & je mangeai une vingtaine de fruits d'une petite herbe, que nos marins nomment Plat de bierre; & nous retournames à bord chargés de gibier.

Mr. de Nerville nous avoit invités, après la céremonie de la prise de possession, à un dîner qu'il se proposoit de nous donner le Dimanche suivant, pour nous faire ses adieux, & nous souhaiter un prompt retour en France. On étoit convenu de s'y rendre. Mais Mr. Duclos Guyot, notre Capitaine, ayant représenté à Mr. de Bougainville que, plus nous retarderions notre départ, plus nous courions risque de trouver des mauvais tems & une mer orageuse, à cause de l'approche de l'hyver du pays; que deux jours de plus ou de moins étoient de conséquence, surtout dans l'idée qu'avoit Mr. de Bougainville de rendre, le plûtôt possible, compte à la Cour de son expédition, il étoit donc nécessaire de profiter du premier tems favorable pour mettre à la voile: on se détermina, dès

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le Samedi au soir, à appareiller le lendemain si le tems nous favorisoit.

Dimanche 8 Avril.

Dès le grand matin, le vent étant à l'Ouest, bon frais, nous avons guindé nos mâts de hune & nos vergues, ensuite levé nos deux ancres d'affourche, & resté sur notre grande ancre, jusques après avoir tenu nos grayes virés sur elle, à laquelle il a fallu grayer un franc filin pour la lever. On a mouillé notre ancre à jet plus au vent, pris le grélin en croupiere, & appareillé sur les quatre heures & demie après-midi, le Fort nous ayant salué de vingt coups de canon. Mr. L'huillier & quelques autres avoient été dépêchés de bon matin à l'habitation, tant pour faire nos adieux, que pour en rapporter deux cochons & deux douzaines de poules, pour faire du bouillon à ceux qui auroient le malheur de tomber malades.

Parvenus dans la grande Baye, c'est-à-dire, après avoir dépassé les Iles qui y sont, nous avons mis en panne, pour attendre notre chaloupe, qui est arrivée sur les six heures avec notre grande ancre. Après les avoir mis à bord, ainsi que le

Ll 2

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canot, on a fait route sur les sept heures & demie. A neuf & demi, nous étions Nord & Sud de l'Ile de l'entrée de la Baye. Depuis ce tems jusques à minuit, on a fait route à l'Est, route valant trois lieues deux tiers.

A cinquante-un dégrés & demi de latitude & à soixante de longitude, méridien de Paris, je n'aurois pas cru trouver un climat aussi tempéré que celui des Iles Malouïnes. Nous avons débarqué à la pointe de l'Est, terrein vraisemblablement le plus exposé de tous ceux de l'Ile au froid, aux frimats, aux autres incommodités que doit occasionner une situation presque toute environnée de mer, ou de Bayes, qni en font une presqu'Ile, battue par les vents de Sud-Ouest & d'Ouest, qui y regnent le plus souvent. Nous avons eu lieu de le présumer pendant le séjour de plus de deux mois que nous y avons fait, dans la saison même d'Automne, où le froid, dans cette latitude, auroit du se faire sentir de très-bonne heure; & par l'herbe de tous les terreins que nous avons parcourus, panchée au Nord-Est & à l'Est. Cependant, excepté le foin, dont la plus grande partie avoit été des-

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séchée par les chaleurs de l'été, comme il arrive dans tous les pays, les autres plantes, & les foins-même de la seconde pousse, étoient encore très-verds lorsque nous en sommes partis.

Dans la partie de l'Ile que nous avons vûe, le terrein présente partout un aspect très agréable. Des Montagnes, ou plûtôt des hauteurs, que nous appellions Montagnes, environnent des plaines à perte de vûe, coupées par des petites élévations, & des collines qui se communiquent par des pentes douces. Au bas de chacune coule & serpente un ruisseau plus au moins grand, qui se rend dans la mer, par les anses multipliées des Bayes. Celle où nous avons mouillé, (que l'on pourroit nommer, Baye de St. Louis, à cause du Fort de ce nom, élevé sur le terrein qui la termine, ou encore mieux Baye Royale, à cause de la Pyramide dédiée à Louis XV. notre Monarque bienaimé,) pénetre plus de six lieues dans les terres, & forme naturellement un bon Port pour mouiller plus de deux mille Naviros. On trouve un bon fond partout, des Iles, des Ilots, des presqu'Iles au nombre d'environ une douzai-

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ne, qui mettent à l'abri des vents les plus violens; au point même de n'y avoir peut-être jamais de grosse mer.

L'entrée de cette Baye a au moins deux lieues d'ouvertures, & se trouve resserrée par un Ilot assez considérable, assez éloigné de la pointe du Sud-Est, comme on le voit dans la Carte.

Cette grande Baye, que l'on découvrit une quinzaine de jours avant notre départ de l'Ile, a été examinée & suivie en partie par Mr. de Belcourt & Mr. Martin, qui y firent une caravanne de deux ou trois jours & autant de nuits. Comme nous desirions une connoissance plus complette de son étendue, Mrs. de St. Simon & Donat partirent quelques jours après le retour des deux que je viens de nommer. S'étant d'abord rendus à l'endroit où elle se rapproche le plus de l'habitation, c'est-à-dire, à deux petites lieues, ils longerent ensuite sa côte jusqu'à son fond. Ils passerent à la rive opposée, & la suivirent une dixaine de lieues. Les ruisseaux & une riviere considérable ayant formé un obstacle à la continuation de leur marche, par la dif-

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ficulté de la traverser, ils prirent le parti de grimper sur la montagne qui leur parût la plus élevée, d'où ils pensoient qu'ils pourroient découvrir l'entrée de cette Baye, & le reste de son cours. Ils jugerent alors qu'elle enfonçoit dans les terres quinze lieues au moins, & qu'elle formoit une presqu'Ile de la partie du terrein où nous avons fondé l'établissement.

La côte de cette Baye offre, disent-ils, un terrein excellent, & un aspect agréable. Elle est arrosée de quart de lieue en quart de lieue par des ruisseaux, des petites rivieres dont une, venant de l'Ouest, leur parut avoir une soixantaine de pieds de largeur. Ils ont rencontré une quantité prodigieuse d'outardes en troupes de 20 ou 40, & beaucoup d'autres oiseaux. Ils ont enfin compté vingt-six Iles assez considérables dans la partie qu'ils ont vue de cette Baye.

Y a-t-il réellement un détroit qui partage ces Iles, & qui communique du Nord au Sud, comme l'ont imaginé quelques Navigateurs. Cette Baye ne les auroit-elle pas induit à le conjecturer? Peut-être n'en ont-ils apperçu que l'en-

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trée; ou n'ayant pas osé s'y avancer, à cause de son grand enfoncement dans les terres & de sa grande largeur, ils auront jugé qu'elle formoit un détroit. *)

Après avoir beaucoup examiné le terin de l'habitation, & celui des environs, je crois pouvoir assurer qu'il est très-mineral. Les terres ochreuses, rouges, jaunes, le Spath, le Quartz, que l'on rencontre partout, en sont une preuve évidente. Les rochers d'ardoises de couverture, la grise & la rougeâtre, qui paroissent très-communes, montrent assez que le souphre y est très-abondant. Ayant brisé à coups de masse & de pics des têtes de rochers de Quartz, qui sortoient de terre, je trouvai dans les crévasses des indications d'une matrice vitriolique, & cuivreuse. J'y reconnus même une matiere verdâtre, ayant la stipticité & l'acidité du vert de gris: J'en appliquai un peu sur le bout de la langue, & je us contraint de cracher beaucoup, & pendant plus d'un grand quart-d'heu-

*) Dans le second voyage, on a reconnu que ce détroit existe en effet; & que son entrée du côté du Nord est à l'endroit que nous avions nomme la Conchée.

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re. On y rencontre fréquemment des pyrites rondes, sulphureuses, & d'autres de figures irrégulieres, que l'on jugerait être de la mine de fer, tant par leur pesanteur, que par leur couleur brune, mêlée d'une terre ochreuse d'un jaune rougeâtre, ou couleur de rouille. Dans les terres enlevées en creusant pour jetter les fondemens des habitations, Mr. de Bougainville apperçut divers morceaux de Quartz brisés, qui présentoient à l'œil des paillettes brillantes comme l'or. Il les prit, me les apporta, & j'imaginai au premier aspect que ce pouvoit être du mica, ou du talc jaune. Cependant comme le talc ne se produit pas ordinairement dans le Quartz, je pensai que ce pourroit être du souphre, tel que celui qui brille dans les pyrites. Malheureusement nous n'avions avec nous rien de propre à faire des essais, point de charbons, point de bois, aucun fourneau, pas même d'eau régale, & trop peu d'eau forte, pour en composer. Les creusets que j'avois portés, me devinrent inutiles. D'ailleurs, ces petits grains brillans étoient en trop petite quantité, & nous avions bien autre chose à penser qu'à fouiller la terre pour faire un

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amas de ces grains suffisant à un essai. Je me contentai donc de me transporter sur le lieu des fouilles, & d'observer les terres que l'on en tiroit. J'apperçus dans un trou, à six pieds de profondeur ou environ, un lit de terre, posé obliquement, large de dix pouces dans quelques endroits, de largeur inégale dans le reste, & qui s'ensonçoit dans la terre en suivant la même direction. Ce lit étoit composé de Quartz couvert d'une terre rouillée, d'ochre jaune, d'ochre rouge, & d'une espece de cailloux creux, pleins les uns d'une espece de bol fin, couleur de chair ou de rose dans l'un, couleur de lacque fine dans l'autre; & dans quelques-uns une terre très fine, presque semblable à du brun rouge d'Angleterre. Ordinairement l'enveloppe, ou croute pierreuse, qui couvre ces terres fines, est de la même couleur que le contenu. J'en ai trouvé de grises très ressemblantes à de la mine d'argent. Au feu, leur couleur est devenue un peu plus foncée; ce qui m'a fait juger qu'elles tiennent de l'ochre, & que le fer y domine. De retour en France j'ai montré quelques uns de ces morceaux de Quartz à des personnes accoutumées à fai-

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re des essais: ils ont décidé aussi que c'étoit mine de fer.

N'ayant donc aucune espérance de faire des découvertes à cet égard, je tournai mes observations sur les plantes du pays. Je n'en ai reconnu que quatre ou cinq especes de celles qui croissent en France. On y trouve abondamment du cellery rouge & du blanc, d'une saveur douce & agréable, quoique sans culture. Nous en mangions en salade & dans la soupe, tous les jours. Quelques-uns de nos marins le nommoient Persil de Macedoine, & n'osoient dabord en manger; mais dans la suite ils n'en firent aucune difficulté, surtout n'ayant aucun autre légume dans le pays.

Mr. Duclos, Capitaine de l'Aigle, trouva de la corne de cerf, ou Roquete, qu'il nommoit cressonnete, & en apporta au camp. Nous la goutames, & la trouvames un peu trop piquante. En me promenant le long d'un étang, avec Mr. de Nerville, nous rencontrames du cresson alenois, très-bon, & nous en avons mangé souveut, mêlé avec le cellery. J'y ai vû, le long d'un petit ruisseau, la Grenouillette ou Ranunculus à griffe, com-

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me la Renoncule que l'on cultive dans les Parterres, à cause de la beauté de sa fleur.

Nos Pilotins nous ayant vûs mâcher avec plaisir une plante assez singuliere, en gouterent aussi. Elle a une acidité plus douce & plus agréable que celle de l'oseille, même ronde. Ils la trouverent si bonne que, dès le jour même, ils en mirent dans leur soupe, & voyant qu'ils n'en étoient pas incommodés, nous en fimes mettre aussi dans la nôtre.

Cette plante pousse des feuilles assemblées en rond, au nombre quelquefois de dix-huit ou vingt, au bout d'une queue couleur de cerise, grosle comme le tuyau d'une plume d'aîle de corbeau, ronde, haute communément de sept à huit pouces, mais s'élevant toujours au dessus des plantes dont elle est environnée. La couleur de la feuille est d'un verd clair.

Elle ne pousse qu'une tige, presque semblable à celle des feuilles, & qui porte une seule fleur blanche, composée d'un calice à cinq feuilles, ayant la forme d'une très-petite Tulipe; s'ouvrant

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de même, & exhalant une odeur d'amande très-suave. La feuille de la plante est faite en cœur dont la pointe seroit très-allongée: chaque feuille est attachée à la queue ou tige par cette poine, & forme une espece de houpe. Voyez la figure 4 de la Planche VIII. Je n'ai vû aucune de ces feuilles entierement ouverte: elles sont presque toujours pliées en canal. Ces feuilles ou tiges feuillées fortent dix, douze & souvent davantage, d'un point ou oeil d'une racine longue, formeée en chapelet, couverte de petites écailles pointues, & d'un rouge tirant sur le cinnabre, couchées horisontalement à deux ou trois doigts de profondeur. Cette plante est très commune. On la nommoit Vinaigrette à cause de son goût. Ne pourroit-ou pas la ranger dans la classe des Alléluyas?

La plante, dont la figure fe trouve fig. 5. à côté de celle de la Vinaigrette, pourroit être mise au nombre des Satyrions; sa feuille semble le faire présumer au premier coup d'oeil; cependant comme les Orchys n'ont ordinairement que deux tubercules à leur racine, & celle-ci ayant douze racines, & davantage; &

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ses racines faites comme celles du Salsifix, & fort allongées, je ne pense pas que l'on doive la ranger dans la classe des Orchys. C'est, je crois, l'Epipactis, dont parle le Pere Feuillée page 729, pl. 29. qu'il nomme Epipactis amplo flore luteo, vulgo gravilla: la racine de l'Epipactis des Iles Malouïnes ressemble cependant davantage à celle de l'Epipactis floribus uno versu dispositis, vulgo Nuil, dont il parle page 726, & représentée dans la pl. 17. Elle croît dans les lieux secs & arides du Chily, & l'Epipactis flore luteo aux lieux humides du même pays, comme celle des Iles Malouïnes, croît aussi dans les lieux bas, & humides. La racine de celle-ci est composée de plusieurs navets, disposés en botte. Je les ai trouvés jusqu'au nombre de dix à douze, quelquefois davantage. La longueur moyenne est de trois pouces, & leur épaisseur passe six lignes dans quelques-unes, Il sont couverts d'une petite peau mince, qui couvre une substance cassante, tendre, aqueuse, d'un gout d'abord un peu douceâtre, qui laisse dans la bouche, en se développant, une saveur, ou retour si fort am-

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bré, qu'il tient un peu de l'urine de chat.

Je n'ai pu découvrir les fleurs de cette plante, quoique j'en aye trouvé de toutes grandeurs. Les plus avancées avoient, au haut de la tige, des capsules à graines, & une espece de houpe au bout, ressemblant à une houpe de pétales désséchés, de couleur roussàtre, sans odeur déterminée.

L graine est une poussiere rousse, très fine, qui remplit la capacité de la capsule, divisée en quatre ou cinq loges. Quelque soin que j'aye pris à l'examiner, je n'y ai pu découvrir aucune autre sorte de semence.

La plante pousse une tige haute de sept ou huit pouces au plus, revêtue de feuilles assez longues, qui forment souvent un canal applati; quelques-unes sont tout à fait applaties: toutes sont lisses, & d'un verd semblable à celui de la feuille des Orchys.

On trouve dans tous les endroits abbreuvés d'eau une espece de Céterach, qui y vient en motte, & qui porte une tige avec des feuilles creuses, où la grai-

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ne est rensermée; ce qui n'est ordinaire à aucune des especes de Capillaires, dont la semence est une poussiere attachée sous la feuille, le long de la côte. Dans celleci, la tige portant graine s'éleve seule, droit de la racine, pendant que les feuilles sont couchées en rond, ou verticales. Cette tige même, ou, si l'on veut, cette feuille unique de toute la plante, portant graine, a proportionnellement près d'un pouce de longueur de plus que la feuille la plus longue de celles qui sortent de la même racine. Cette graine est cependant, comme dans les Capillaires, une poussiere gresse & rousse.

Dans les champs, parmi le foin, qui couvre presque toute la surface du terrein de l'Ile, s'éleve une plante assez commune, dont la fleur est blanche, & radiée comme celle du pissen-lit, mais les petales sont pointus. Les feuilles, qui ont, les plus grandes jusques à trois pouces de longueur, sont d'un verd un peu cotonneux, ainsi que la tige, haute d'un pied, ou environ. La fleur unique sur chaque tige, a une vraie odeur de Benjoin.

Une autre plante, dont la tige & les feuilles sont semblables à celles de la pré-

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cédente, porte des fleurs jaunes en bouquet, également radiées, au nombre de douze ou quinze, très agréables à la vûe & à l'odorat. Cette fleur est soutenue par un calice écailleux. La racine est un amas de petits filamens, aboutissant tous au pied de la plante.

On voit deux plantes, l'une & l'autre produisant un fruit rouge, dont un ressemble tellement à une framboise, que, séparé de sa plante, il est aisé d'y être trompé: sa saveur tient un peu de celle de la meure, mais beaucoup plus agréable. La plante est rampante, prend racine à chaque nœud, & a une petite feuille semblable à celle du charme.

Le seconde plante a sa feuille un peu velue, presque semblable à celle de la mauve. La tige qui porte son fruit s'éleve si peu, qu'il est souvent en terre en partie. Il est fait comme une meure, mais d'un rouge vif de cinnabre: le grain est sec & presque sans saveur.

Dans le foin & les bruyeres croît une plante, pour le moins aussi remarquable que celles dont j'ai parlé. Son fruit est charmant à la vûe & des plus

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agréables au goût. Infusé simplement dans de l'eau de vie avec du sucre, il fait une liqueur excellente, parce qu'il porte un parfum très gracieux d'ambre & de musc, qui ne répugneroit pas, même à ceux & à celles qui ont de l'aversion pour ces deux parfums, & plairoit infiniment à ceux qui les recherchent. Les Indiens des parties méridionales du Canada préferent l'infusion de cette plante à celle du meilleur thé. Ils la boivent pour le plaisir & pour la santé; elle réjouit, disent-ils, le cœur, rétablit & fortisie l'estomac, dégage le cerveau, & porte un baume dans le sang. Mr. Duclos notre Capitaine, un Canadien & quelques Officiers de notre Frégate, qui, pendant la derniere guerre, avoient fait un assez long séjour dans ce Pays-là, me l'ont assuré, & se sont empressés d'en faire une provision copieuse. Ils nomment cette plante Lucet musqué. Elle a l'odeur douce & suave du myrthe. Ses branches ligneuses se tiennent couchées par terre, rampent ainsi que celles du serpolet auquel cette plante ressemble par ses tiges & ses feuilles, qui n'en différent qu'en ce qu'elles sont un

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peu moins pointues. Je me l'ai pas vûe en fleur; aucun même de nos Officiers ne s'est souvenu d'en avoir vû; mais à cette fleur, telle qu'elle soit, succede un fruit, presque semblable à celui du myrthe, mais plus gros dans sa maturité. Il se montre d'abord rouge, & blanchit pour la plus grande partie en meurissant. Il devient alors ovale, & couronné de quatre pointes vertes, qui s'évasent comme celles de la grenade. Il renferme quelques grains en petite quantité, comme le Vitis Idœa, son jus est doux. Le plus grand nombre de ces fruits sont gros comme celui de l'Epine blanche, mais j'en ai trouvé du volume d'une Prunelle. Voyez la Pl. 7. fig. 7.

Une autre plante, dont j'ignore le nom & les propriétés, croit sur la côte de la mer, dans les lieux sablonneux: elle n'est pas commune. Lui soupconnant des vertus, qui pourroient se découvrir, pour l'avantage du genre humain, j'en ai cueilli de la graine. Ses feuilles, qui ressemblent à un fer de lance raccourci & presque ovale, sont portées sur une longue queue, qui prend dès la racine même. Elles sont cotonneuses plus

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que celles du Verbaseum, appellé bouillon blanc ou Molaine. Ses fleurs sont jaunes, radiées, disposées en bouquet, soutenues par un calice qui s'arrondit comme celui de l'artichaut, & qui, lorsque la fleur est tombée, renferme une graine angulaire, longue & approchant beaucoup de celle de la chicorée.

Nous n'avons trouvé dans le canton que nous avons parcouru, qu'une seule espece d'arbuste. On le rencontre dans les terres humides, dans les collines, par lesquelles s'ecoulent les eaux qui descendent des hauteurs. Cet arbuste vient de la hauteur du Romarin, aux feuilles duquel celles de cet arbuste ressembleroient parfaitement, si celles-ci n'étoient plus courtes, & tant soit peu moins larges. Ses fleurs blanches, approchant beaucoup de celles de la Pàquerette, ou Marguerite des champs. Elles ne sont pas rangées en épies comme celles de Romarin, mais chaque fleur au bout de chaque menue branche, de façon que l'arbuste en paroit tout couvert. Les fleurs & les feuilles n'ont presque pas d'odeur; & le peu qu'elles en ont n'approche pas de celle du Romarin. Sans doute ce n'est

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pas le même arbuste dont parle Frézier dans sa Rélation de la Mer du Sud, sous le nom du P.… nom Indien, & que l'Auteur du Voyage de l'Amiral Anson dit être fort commun au Port St. Julien, sur la côte des Patagons, située presque au même degré de latitude que les Iles Malouïnes, où l'arbuste dont je parle est aussi très-commun; mais il dit qu'il ressemble au Romarin & qu'il en a l'odeur. L'écorce de celui des Iles Malouïnes est grisâtre, assez lisse, & le bois est jaune.

On pourroit mettre au nombre des arbustes une plante ligneuse de ces Iles, qui croît pour l'ordinaire dans les lieux arrosés d'eau vive. A quelques pas de distance, on la prendroit pour un rosier de la petite espece; mais en l'examinant de plus près, sa feuille, qui vient par paire, a plus de ressemblance avec celle de Pimprenelle. Elle est seulement un peu plus longue, & a un goût qui en approche, ainsi que la tête qui porte la graine; cette tête est ovale, ne représentant pas mal l'enveloppe extérieure de la chataigne, ou une de ces têtes rousses, que l'on trouve en automne, sur l'églantier,

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ou Rosier sauvage. La tige de cet arbuste est rampante, quelquefois grosse comme le pouce, & longue de quatre ou cinq piés. De cette tige s'élevent des branches de la hauteur de huit ou dix pouces, au sommet desquelles viennent la fleur & la semence. Je n'ai vû aucune de ces fleurs, la saison en étoit passée.

Les terreins moins humides produisent deux ou trois especes de Bruyeres à fruit rouge, & bien différentes de la Bruyere d'Europe. Elles ont toutes une odeur de résine. Une autre plante assez grande a le gout décidé des jeunes pousses du pin, que l'on nomme dans le Canada Sapinette, avec lesquelles on y fait une boisson fermentée, très-falubre, que l'on appelle du même nom. Nous avons essayé à en faire une semblable; tous ceux qui avoient été en Canada, ont assuré qu'elle a le même goût. Nous en avons bu plusieurs fois, & nous en sommes bien trouvés. Ce sera une grande ressource pour ceux, qui, dans la suite, iront s'établir dans ces Iles, car cette plante se trouve abondamment par tout, & la boisson que l'on en fera, pourra tenir lieu de Bierre. Cette plante a la

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tige & les feuilles d'un verd pâle jaunatre, & peut être mise au nombre des plantes rampantes, dont la tige est ronde, très souple, & de la grosseur quelquefois du tuyau d'une plume d'aigle, plus communément du tuyau d'une plume d'oye. Les feuilles viennent par paire le long des branches, attachées à une queue très courte, & ont presque la forme de celles du gommier, dont j'ai parlé ci-devant: cette plante vient également bien dans les bas & dans les lieux élevés & plus secs. Sa fleur herbeuse laisse après elle une houpe blanche, en forme de pinceau évasé, & ne porte point de fruit.

Des deux especes de bruyeres qui en produisent, la plus grande a des feuilles rondes, d'un verd blanchâtre, si abondantes & si serrées autour des branches, qu'elles les cachent entierement. Son fruit est gros comme un pois, rouge & d'un assez bon goût.

L'autre a ses feuilles rangées de même autour des branches, mais plus petites, finissant en pointe, & d'un très-beau verd. Son fruit a une espece de noyau, comme celui de l'Epine blanche; mais la couleur de ce fruit est celle d'un beau

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carmin; plus petit que celui de la Bruyere précédente. La plante est aussi bien moins grande: on la trouve assez communément dans les gommiers au travers desquels ses branches se font jour, de façon que l'on croiroit que c'est une branche de la même plante, dont les feuilles seroient différentes, & qui en porteroient le fruit.

Ce gommier ne forme qu'une tête verte, parce ¦que ses feuilles ne se passent pas l'une l'autre d'un quart de ligne. Il faut les regarder de très-près pour pouvoir les distinguer. Elles sont pour ainsi dire, collées l'une sur l'autre, disposées en rose. La fleur ressemble tellement à la capsule de la semence, qu'il est facile de s'y tromper. Cette capsule ressemble beaucoup à celle de l'anis, mais elle est d'un gris de terre. J'ai vû de ces mottes de gommier avoir plus de dix piés dans leur plus grand diametre, sur quatre à quatre & demi de haut. Ordinairement elles sont à peu près rondes; mais les plus grosses ont la forme d'une pomme de terre, coupée par la moitié.

Parmi les plantes qui croissent dans la mer, je n'en ai gueres trouvé de remar-

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quable que celle que nos marins appelloient Baudreux. Elle éleve ses tiges jusques à la surface de eaux, sur laquelle elles s'étendent fort au loin, & s'y soutiennent au moyen d'une espece d'ampoule pleine d'air, qui forme la naissance de la queue de la feuille.

On trouve ces Baudreux en abondance le long de la côte, & à une disstance même d'une grande lieue de terre, dans des endroits où il y a quinze à dix huit brasses de profondeur; de maniere que, pour monter à la surface, & s'y étendre aussi spacieusement, la tige doit avoir une vingtaine de brasses de longueur. Je me suis une fois amusé à en mesurer une prise au hazard, que les flots avoient detachée & jettée sur le plein; je croyois n'en pas voir le bout.

Les racines de ces Baudreux sont jaunes comme la tige de la plante, entrelassées l'une dans l'autre, formant un gros paquet, dans lequel se retirent les plus belles moules, tant magellanes qu'unies & communes. On y trouve aussi des pourpres, des burgaux & divers autres coquillages. Les Limas nacrés & rubanés vivent le long des tiges & des feuilles.

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Ces feuilles ont jusques à deux piés & demi de long, sur quatre pouces dans leur plus grande largeur. Elle sont d'un jaune-roux, tel que celui d'une feuille d'arbre morte, qui commence à se pourrir. Leur superficie est inégale, comme si la feuille avoit été goffrée. Voyez la figure 5 de la Pl. IX.

Cette plante pousse une trentaine de tiges d'une seule racine attachée au fond de la mer par un bout, ayant la forme du pavillon d'une trompette, ou d'un entonnoir évasé. Il en sort comme un fagot de racines, ou tiges entrelassées, où l'on trouve souvent des pierres avec les coquillages dont j'ai parlé. Les feuilles poussent le long de la tige de distance en distance. Des tiges suinte une humeur mucilagineuse & baveuse, qui sert de nourriture aux coquillages qui s'y attachent. Lorsque les flots ont détaché ces paquets du fond, & les ont jetté sur le rivage, & que les feuilles desséchées par l'action de l'air & des rayons du soleil, en sont separées, nos marins les appelloient du Goëmon. Si l'on n'a pas soin d'en tirer les coquillages, dès que la mer, qui les a portés sur le rivage,

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s'est retirée, ces coquillages ne valent plus rien à conserver: le soleil les calcine, mange leurs plus belles couleurs, les réduit eu chaux; de maniere qu'ils deviennent friables sous les doigts. Ainsi, pour en amasser qui méritent de tenir place dans les cabinets des Curieux, il faut ou arracher soi-même, par la Drague, ces Baudreux du fond de la mer, ou prendre ces coquillages dans ces Baudreux dès que la mer les a jetté sur le rivage.

Les Lépas, en François Patelles, des Iles Malouïnes sont d'une beauté bien supérieure à tous ceux de France. Ceuxlà sont ovales pour la plûpart. La surface intérieure présente la plus belle nacre; souvent le fond du creux est tapissé d'un rouge brun d'écaille de Tortue, qui paroît doré. La surface extérieure est striée & cannelée, les parties saillantes sont couleur d'écaille brune & le fond yarié de nacre & d'écaille dorée.

J'en ai vû de trois pouces & quelques lignes dans leur plus grand diametre. On en trouve de cinq ou six sortes, plus ou moins ovales, les unes considérablement profondes, les autres, quoique d'un diametre semblable, ont trois

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quarts de moins de profondeur. J'en ai, qui sur un pouce & demi de large dans leur petit diametre, n'ont pas trois lignes d'enfoncement, & d'autres, qui sur un pouce de large, ont un pouce de creux. La surface interieure de ceux-ci est plus communément d'un beau blanc de porcelaine, & le fond du creux d'une écaille dorée.

On en trouve de très grands, & trèsbeaux de l'espece dont le point d'élévation est percé d'un trou ovale, blancs en dedans, colorés de bandes pourprées & violettes, qui vont en s'élargissant du centre à la circonférence.

La quatrieme espece est celle que quelques-uns appellent Bonnet de Dragon; le plus large d'ouverture que j'ai pu trouver, n'a pas plus de neus à dix lignes de diametre, & six ou sept de profondeur; sa surface extérieure est grise, presque unie, quelquefois à bandes un peu brunes; l'intérieure est ordiairement couleur de lie de vin rouge, un peu rembrunie.

Beaucoup de ces especes de Lepas n'ont pas leur centre d'élévation, ou de

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convexité placé au milieu; mais un peu avancé vers un des bords du grand diametre. Une entre autres l'a tout proche de l'une des extrémités. Ce Lépas est très-applati; son écaille est si fine qu'il faut la manier avec beaucoup de délicatesse & d'attention, pour ne pas la briser. Ses deux surfaces sont unies & argentees, quand l'extérieure est depouillée de son épiderme, ou envelope couleur de feuille morte. On y trouve aussi un Lépas chambré, petit & blanc tant dedans que dehors; je n'en ai vû que sur le rivage, & toujours sans l'animal. Enfin on y trouve cette espece, que nos marins appelloient gondole, ou nacelle, parce qu'il en a la figure, quand il est renversé; mais à l'expérieur, il ressemble à la cuirasse d'un cloporte. Elle est composée de huit piéces, qui rentrent l'une dans l'autre, de maniere que l'animal peut se replier sur lui-même, s'arrondir comme une boule, & se renfermer dans son écaille. Tout autour regne un bourrelet de chair hérissée de poils longs de trois ou quatre lignes. L'écaille est variée d'un beau verd bleuatre, de blanc de lait, & de brun noiràtre, par bandes ou rayons.

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Quatre sortes de moules sont en abondance aux Iles Malouïnes; les communes, les Magellanes, ou Reines de moules, & deux autres especes, dont la forme est différente des communes & des Magellanes. Parmi celles-ci j'en ai vû dont l'écaille a cinq à six pouces de long sur trois pouces de large. Celles que l'on détache des rochers, qui restent à sec, quand la mer se retire, sont commuunément remplies de perles, dont quelques-unes sont assez jolies. Celles que l'on trouve adhérentes à l'écaille, ou dispersées dans le corps même de la moule, ont une couleur d'une bleu violet tirant sur le noir; sont souvent inégales, & ressemblent beaucoup à des graines de navet. Les perles de Magellanes de la grande espece, sont blanches; mais rarement d'une belle grandeur, & d'une couleur nette. D'ailleurs on est sujet à les briser, quand on les sépare de l'écaille. Celles qui se trouvent dans le corps, ne sont proprement que des semences. Il est très-vraisemblable que ces perles sont l'effet d'une maladie de l'animal; puisqu'il est rare d'en trouver dans les Moules qui sont toujours baignées

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de l'eau de mer. Ce défaut d'eau pendant que le soleil darde vivement ses rayons leur cause sans doute une altération, & une langueur qui les altere, & les obstrue; obstruction de laquelle résultent ces perles.

Des deux autres especes de moules l'écaille de l'une est blanche, transparente, & si legere, que le moindre soufle l'enleve de dessus la main. L'autre, quoique plus grande, est d'un rouge brun doré des plus éclatans, surtout lorsqu'elle est dans l'eau & que le soleil y porte sa lumiere. Vuide, elle n'est guere plus pesante que la précédente; car le vent seul la fait rouler sur le rivage. Fig. 4 de la Pl. IX.

Les grandes & les petitee Moules Magellanes sont d'un blanc nacré, partagé de bandes purpurines, qui suivent la forme arrondie de l'écaille. L'épiderme qui couvre la surface extérieure est d'un brun sale; mais quand cette robe est enlevée, elle découvre un beau bleu céleste, veiné de bandes purpurines, qui suivent la forme des stries. Les cannelures se perdent insensiblement jusqu'au bout pointu, qui est d'une belle nacre, & duquel

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elles partent, comme de leur centre. Voyez les fig. de ces Moules, Planche IX. fig. 2 & 3.

Beaucoup d'autres différens coquillages se présentent aux Curieux sur la côte de ces Iles. Des Buccins feuilletés, des Buccins armés, des vis de différentes sortes, des pourpres, des limas rubanés, des limas chambrés, des nérites, des cames unies, des cames à stries, des Ricardeaux ou coquilles de St. Jacques; des Petoncles & des Oursins, des Etoiles de mer, & des Poulettes ou Coqs, que nos marins appellet Gueule de Rayes. (Ce dernier coquillage n'étoit connu que dans le genre des coquillsges fossiles, & l'on doutoit qu'il en existât en nature.) Dans les voyages suivans faits aux mêmes Iles, on en a amassé une si grande quantité. que l'on en a distribué dans les Cabinets de Paris; de maniere, que d'unique qu'étoit celui que j'ai mis, à mon retour, dans le Coquillier de notre Abbaye de St. Germain des Prés, il n'est plus rare aujourd'hui.

Peut-être y a-t-il divers autres coquillages le long de la côte de la grande mer; je n'ai pu le voir, parce que le

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lieu de uotre mouillage étoit environ à six lieues, dans le fond de la Baye; & l'endroit où nous avions établi nos tentes, & formé notre habitation, étoit encore à près de deux lieues plus avant. Dans toute cette Baye, je n'ai vû que les especes de Coquillages dont j'ai parlé. Nous n'avons trouvé d'autres poissons, que ceux dont j'ai fait mention, si l'on en excepte quelques Marsouins blancs & plusieurs Baleines.

Trois sortes d'Amphibies sont trèscommuns dans ces Iles: les Loups marins, les Lions marins & les Pinguins. J'ai dit quelque chose des uns & des autres; mais, au sujet des seconds, je dois ajouter que le nom de lion marin convient moins à ceux dont j'ai donné la description & la figure, & desquels l'Auteur du voyage de l'Amiral Anson parle assez amplement, qu'à une autre espece, dont le poil qui couvre le derriere de la tête, le col & les épaules, est au moins aussi long que le poil d'une chevre. Il donne à cet amphibie un air de ressemblance avec le Lion ordinaire des forêts, si l'on en excepte la grosseur. Les Lions marins tels que ceux dont je parle, ont

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jusques à vingt-cinq pieds de long, & dix-neuf à vingt pieds de circonférence dans leur plus forte grosseur. Voyez la Pl. X. D'ailleurs ils ressemblent aux Lions marins dont j'ai donné la figure. Ceux de la petite espece ont la tête ressemblante à celle d'un dogue, dont on auroit coupé les oreilles tout ras.

Les dents des Lions marins à criniere sont beaucoup plus grosses, & plus solides, que celles des autres. Les dents de ceux-ci sont creuses dans toute la partie enchassée dans la machoire. Ils n'en ont que quatre gresses, deux à la machoire inférieure & deux à la supérieure. Les autres ne sont pas même si grosses que celles du cheval. J'en ai apporté une d'un vrai Lion marin, laquelle a au moins trois pouces de diametre sur sept de longueur, & ce n'est pas une des plus grandes. Nous en avons compté vingtdeux telles que celle-ci dans la machoire d'un de ces Lions, à laquelle il en manquoit encore cinq ou six. Elles étoient solides dans toute leur longueur, & ne sailloient gueres plus d'un pouce ou d'un pouce & demi, hors de leurs alvéoles. Leur solidité est presqu'égale à celle du

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caillou, & elles sont d'un blanc ébouissant. Plusieurs de nos marins les prenoient pour des cailloux blancs, quand ils en trouvoient sur le rivage. Je ne pus même les persuader que ce n'étoit pas de vrais cailloux, qu'en les frottant l'une contre l'autre, ou en cassant quelques morceaux, pour leur faire sentir qu'elles exhaloient la même odeur que les os & l'yvoire, frottés ou raclés.

Ces Lions marins à criniere ne sont pas plus méchans ni plus à craindre que les autres. Ils sont également lourds & pesans dans leur marche; & cherchent plûtôt à fuir qu'à courir sus à ceux qui les attaquent. Les uns & les autres vivent de poissons, d'oiseaux d'eau, qu'ils attrappent par surprise, & d'herbe. Ils font leurs petits & les allaittent dans les Glajeux, où ils se retirent la nuit, & continuent même à les allaitter après qu'ils sont assez grands pour aller à la mer. On les voit accourir sur le soir ou aborder par troupes sur le rivage, & y appeller leurs meres par des cris si semblables à ceux des agneaux, des veaux & des chevreaux, que l'on y seroit aisément trompé, si l'on n'en étoit pas prévenu.

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La langue de ces animaux est un excellent manger; nous l'avons préferée à ceiles de bœuf & de veau. Pour en faire l'essai on coupa le bout d'une, qui sortoit de la gueule d'un de ces Lions, que l'on venoit de tuer. Nous en mangeames au nombre de seize à dix-huit un assez gros morceau, chacun, & nous la trouvames unanimément si bonne, que nous étions sachés de n'en avoir pu couper davantage.

Leur chair, -on, peut se manger, fans dégoût: je n'en ai pas goûté. Mais l'huile que l'on tire de leur lard ou graisse, est d'un grand avantage. On tire cette hude de deux manieres: l'une en coupant ce lard en morceaux, & le faisant fondre dans de grandes chaudieres, sur le feu. L'autre consiste à dépecer aussi cette graisse fur des clayes, ou dans des caisses de planches, & à les exposer au soleil, ou seulement à l'air; cette graisse fond d'elle-même, & coule dans les vases que l'on a mis dessous pour la recevoir. Quelques-uns de nos marins prétendoient que cette derniere huile, encore fraîche, est fort bonne pour les usages de la cuisine; on s'en sert communément

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ainsi que de l'autre pour l'apprest des cuirs, pour les Navires, & pour brûler. On la préfere à celles de Baleines; elle est toujours claire, & ne dépose point de lie.

Le grand usage des peaux de Loups marins est pour faire des porte-manteaux, & pour couvrir des malles. Tannées, elles ont presque le grain du maroquin. Elles sont moins fines, mais elles ne s'écorchent pas si facilement & se conservent plus longtems fraîches. On en fait de bons souliers, & des bottines qui ne prennent pas l'eau, quand elles sont bien préparées.

Le Pinguin est un animal si singulier, que l'on ne sçauroit dire de quel genre, ou de quelle espece il est. Il a un bec comme les oifeaux, des plumes, mais des plumes si fines & si peu semblables aux plumes ordinaires, qu'elles ont proprement l'apparence de poil, & d'un poil fin comme la soye; si près même qu'on le regarde, & quand on le touche. On n'en est désabusé qu'en l'arrachant; alors ou découvre le tuyau de la plume & ses barbes. Au lieu d'aîles ce sont deux nageoires, ayant les mêmes articulations

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que les aîles des oiseaux, & revêtues de très petites plumes que l'on prendroit pour des écailles Il paroît dabord dépourvû de cuisses, & ses pieds pattus comme ceux des oyes, semblent sortir immédiatement du corps, aux deux côtés de sa queue, qui n'est qu'un prolongement des plumes, à peu près comme celle des canards, mais beaucoup plus courte. Le cou, le dos & les nageoires sont d'un gris bleuâtre, mêlé par tout d'un gris perlé: le ventre depuis le cou est blanc. Les vieux ont autour des yeux e bande blanche mêlée de jaune, qne ressemble pas mal à des lunettes. Cette bande s'étend ensuite des deux côtés, le long du cou, où parfois elle est double, & passant auprès des nageoires va aboutir aux piés, qui sont d'un gris noirâtre, & dont les doigts sont fort gros. Quand il crie, on diroit un âne qui braît. Son maintien & sa démarche n'imitent pas ceux des oiseaux. Il marche debout, la tête & le corps droits comme l'homme. A le regarder de cent pas, ou le prendroit pour un Enfant de chœur en camail. Le plus gros que nous ayons pris, pou-

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voit avoir environ deux pieds dix pouces de haut.

Ils se logent dans les Glajeux, comme les Loups marins, & se terrent dans des tannieres, comme les Renards. On les approche de si près, sans qu'ils fuyent, qu'on les tue à coups de bâtons. A mesure que vous en approchez, ils vous regardent, en penchant la tête sur la droite, puis sur la gauche, comme s'ils se moquoient de vous, & disoient ironiquement tout bas: le beau Monsicur que voilà. Quelquefois ils fuyent, quand on en est à cinq ou six pieds de distance, & courent à peu près comme une oye. S'ils sont surpris, & que vous les attaquiez, ils courent sur vous & tachent de se défendre, en vous donnant des coups de bec aux jambes; ils rusent-même pour y réussir, & feignant de fuir à côté, ils se retournent prestement, & pincent si serré, qu'ils emportent la piece, quand on a les jambes nues. On les voit ordinairement en troupes, quelquefois d'une quarantaine, rangés en bataille, qui vous regardent passer à une vingtaine de pas. Leur chair est noire, & a un goût tant soit peu musqué. Nous

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en avons mangé plusieurs fois en civé, on l'a trouvée aussi bonne que celle du Lievre. Nous en avions écorché beaucoup, pour conserver les peaux, mais on les a trouvées si huileuses, qu'on les a jettées à la mer; d'ailleurs ils étoient en mue. J'en ay empaillé une d'un jeune, qui s'est très-bien conservée; je l'ai déposée dans le cabinet de Curiosités naturelles de l'Abbaye St. Germain des Près. La fig. se voit dans la Pl, VII. fig. 3.

Dès qu'en fuyant à l'eau, ils en trouvent assez, pour couvrir seulement le col & les épaules, ils s'y enfoncent, & nagent avec tant de vitesse, qu'aucun poisson ne va plus vîte. S'ils rencontrent quelque obstacle, ils s'élancent quatre ou cinq pieds hors de l'eau, & replongent ensuite, pour continuer leur route. Leur fiente ne présente qu'une terre extrèmement fine, d'un rouge jaunâtre, mêlée de petits points brillans comme du mica; on diroit de l'aventurine.

Quant aux oiseaux de ces Iles, ceux de terre sont en assez petit nombre. Il y en a sur le rivage de gros comme de petites grives, d'un gris brun; si fami-

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liers, qu'ils venoient voler presque sur le doigt. En moins d'une demi-heure j'en tuai dix avec une petite baguette, & presque sans changer de place. Ils grattent dans les goëmons, que la mer jette sur le rivage, & y mangent les vers & les petites crevettes, que l'on appelle puces de mer, parce qu'elles sautent sans cesse, comme les puces.

On y trouve aussi des merles, & une espece de grive dont le ventre est jaunâtre. Ils se nourrissent comme l'oiseau dont je viens de parler. Nous avons tué, dans les champs, une espece de sansonnet, qui a le dessus du cou, le dos, les aîles, marqués & tachetés des mêmes couleurs à peu près que ceux de France, son bec est aussi fait de même; mais il a le dessous de cou & le ventre d'un très beau rouge, qui tient cependant un peu de la couleur de feu; ce rouge est parsemé de quelques taches noires. Je n'ai pu l'imiter au vrai, qu'en employant le minium clair, ou plomb brûlé. Voyez en la fig. Pl. VII. fig. 4.

Des Roitelets semblables à ceux de France, y sont en très grand nombre, ainsi que les Bécassines, les Courlieux &

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les Alouettes de mer. On y voit aussi, mais rarement un petit oiseau, semblable à ceux qui hantent les troupeaux de moutons. Tous ces oiseaux sont excellens à manger.

Il y a presqne toujours sur le rivage, une espece de canard, qui va par paires, quelquefois en troupe, dont les plumes des aîles sont très courtes; aussi ne s'en sert-il que pour se soutenir en courant sur l'eau, & ne vole pas. Il a le plumage gris, le bec & les piés jaunes. Si on ne le tue pas roide, il fuit à la surface tant qu'il lui reste un soufle de vie. Sa chair est huileuse & sent le marécage: les gens de nos équipages en mangeoient cependant, quand on ne leur donnnoit pas des outardes. Chacun de ces canards pese ordinairement de 19 à 20 livres au moins. On les appelloit oyes grises, ou oyes du plein, pour les distinguer des oyes à manchon, qui fournissent un si beau duvet. Elles ne sont pas meilleures à manger que ces canards; leur chair a même une odeur désagréable, que leur peau huileuse conserve assez longtems, même exposée à l'air. Cette raison nous a dégoutés d'en faire des

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amas. Ce pourroit bien être celles que l'on nomme Cahuitahu du Para. *)

Les canards sauvages qui ressemblent à ceux de France, y sont très fréquens, mais bien moins bons: ils ont, pour la plûpart, un goût de moules; mais les sercelles y sont excellentes, ainsi que les plongeons, qui n'y sont pas moins abondans.

On trouve une quantité prodigieuse d'une autre espece de plongeons qui sont

*) Elles ont les grandes plumes des aîles couleur de gris de fer, les petites verd doré changeant comme celles des canards sauvages, & le reste du corps blanc. L'articulation de l'aîle est armée d'un ergot dur comme de la corne, peu pointu, mais arrondi en cone long d'environ un demi-pouce. Leur bec & leurs piés sont noirs. Les coups d'aîles qu'elles donnent pour se défendre, sont si fermement appuyés qu'ils meurtrissent la chair dans l'endroit où le coup porte. Les outardes sont aussi armées d'un ergot pareil. J'en reçus un coup sur la main, d'une qui étoit cependant mortellement blessée d'un coup de fufil; la douleur que j'en ressentis fut très-vive pendant un bon quart d'heure, & la marque de la contusion y demeura plus de deux jours.

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assez bons quoiqu'ils sentent un peu l'huile. Nos marins les nommerent d'abord Becsics, & dans la suite Coyons & Nigauts, parce qu'ils se laissoient tuer à coups de pierre; & qu'ils ne s'envoloient que quand la pierre les avoit atteints, sans les tuer. Ils se posent en troupes quelquefois de cent & davantage sur les rochers du bord de la mer. Lorsque nous allions à terre dans le canot, il en passoit des bandes de deux ou trois cents à huit ou dix pieds seulement au dessus de nos têtes. Il y en a de trois sortes; toutes trois de même grosseur ou peu s'en faut. Les uns sont absolument noirs, les autres ont le devaut du col & tout le ventre blanc; la troisieme sorte a le ventre & la poitrine blancs, & tout le reste noir. Leur bec est aussi; long que leur tête, noir & pointu comme celui des oiseaux qui ne vont pas à l'eau. Leurs pieds sont d'un gris noir & palmés; mais ils ne sont armés que de trois doigts au lieu de quatre, faits différemment des autres oiseaux aquatiques. Voyez en la figure dans la Planche VIII. fig. 2. Nos marins les préféroient aux canards sauvages; leur goût en effet étoit beaucoup moins répugnant.

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Les Chevaliers, les Pipeliennes & les Pies de mer y sont très-bons; mais les outardes surtout y sont exquises, soit bouillies, soit rôties, soit en ragoûts. Il est prouvé que, de compte fait, nous en avons mangé quinze cents. Aussi est-il à peine concevable que cent cinquante hommes, qui composoient les équipages de nos deux Frégates, ayent trouvé dans environ deux ou trois lieues de terrein assez de ces sortes d'oiseaux, pour vivre pendant plus de deux mois que nous y avons séjournés, tous en bonne santé, & de grand appétit.

Voila à peu près toutes les sortes d'animaux que nous avons vûs dans la partie de l'Ile où nous étions campés, si l'on en excepté deux ou trois sortes de petits oiseaux, dont les uns ressemblent à des Tarins, d'autres à des Linotes, & une espece de Bergeronnetes, qui n'a pas la queue longue, ni les bandes noirâtres de celles de France. On y voit encore une espece de Goëlan blanc, & un oiseau carnacier, de la grosseur d'une poule commune, & d'un plumage grisroussatre. Les gens de nôtre équipage les appelloient des Cagnards gris. Ils

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approchoient de nous de très-près, & quand nous étions à la chasse, ils voloient si ras de nos têtes, qu'ils ont enlevé plus d'une fois les bonnets & les chapeaux de nos gens. Ils ont un cri qui tient beaucoup de celui du canard; & quoiqu'ils volent à l'eau, ils n'ont pas les pieds palmés: mais ils saisissent leur proye avec avidité au moyen de serres très-pointues, dont leurs doigts sont armés; & lorsque leur proye n'est pas assez considérable pour les soutenir sur la surface, ou qu'elle est trop pesante pour être emportée, ils la depecent à coups de bec & de serre, en battant toujours des aîles. Ils se posent néantmoins sur l'eau: & y restent comme les canards; mais je n'en ai vû aucun plonger. On ne s'amusoit pas à les tuer, dans l'idée qu'ils feroient un fort mauvais régal.

On y trouve aussi un petit Héron à aigrette; son plumage est d'un gris-cendré-bleuâtre: l'aigrette est composée de trois plumes blanches, longues de trois pouces, ayant la forme de l'aigrette du Paon. Il a sur l'estomach, autour du cou, sous les aîles, au bas du dos, sous les deux cuisses, un duvet partie blanc &

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partie d'un jaune citronné, long d'un pouce au moins, ressemblant parfaitement à la bocrure de soye decruée la plus fine. Dans le second voyage, on y a vû des Perruches, & une espece de Cygne à bec rouge, ayant tout le cou du plus beau noir, & le reste du plumage blanc.

Le pays, & l'air que l'on y respire, ont paru si bons que tous ceux qui nous y avons laissés y sont restés de plein gré, & logent tous dans les chambres qu'on leur a pratiquées sous le même toit du bàtiment que l'on a élevé auprès du Fort St. Louis, & y seront nourris tant de leur chasse, que des vivres dont on a fourni abondamment leur magasin pour deux ans. Des deux familles d'Acadiens que nous y avons transportées, l'une consiste dans le mari, sa femme, deux enfans, l'un garçon âgé de trois ans & demi, l'autre fille d'environ un an, & de deux filles fœurs de la mere, l'ainée âgée de 19 ans, la cadette de 18. La seconde famille est composée du mari, de sa femme enceinte, prête d'accoucher d'un petit garçon leur enfant, âgé de 4 ans, & d'une fille de 16 ans fœur de la mere.

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Des ouvriers de toutes sortes y sont restés, Forgerons, Taillandiers, Charpentiers, Menuisiers, Maçons, Couvreurs, Cordonniers, Boulangers, Maître de Navire, Matelots &c. Le terrein promettant beaucoup, il y a grande apparence que ces ouvriers mettront en œuvre les outils & les grains de toutes especes qu'on leur a laissés, & que cette colonie prospérera, si le Ministere prend à cœur de la faire fleurir. Outre les vivres, on a laissé sept genisses & deux jeunes taureaux, huit truyes & deux verrats, quelques brebis, un chevreau & deux chevaux avec une jument, qui errent dans la campagne.

Nous n'y avons vû aucune espece de reptiles ni d'insectes malfaisans, seulement quelques petites mouches communes, quelques petites araignées des champs, que l'on appelle faucheuses, & quelques Grelots. Point d'autre quadrupedes que l'espece de petit Loup, ou Renard, dont j'ai fait mention. Mais on n'en sera pas surpris, si l'on fait attention que les Voyageurs nous assurent, qu'on ne trouve non plus aucuns repetiles ni insectes dans la partie méridionale du

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Chili, qui se trouve à peu près dans la même latitude, & presque vis-à-vis les Iles Malouïnes. Voyez la Carte de la côte que nous avons parcourue, depuis notre atterrissement aux trois Iles que nous primes d'abord pour les Sebaldes, jufqu'au port ou Baye de l'Est, où nous avons mouillé. Pl. VII. fig. 1.

Dans le second voyage & le troisieme, on a longé la côte du Sud de ces Iles en revenant du Détroit de Magellan, comme on le verra dans l'extrait des Journaux de M. Alexandre Guyot, & de Mr. de Bougainville; & ils en ont levé la Car te, telle qu'on la voit Pl. XII.

Lundi 9 Avril 1764.

Les vents ont regné de l'O. S. O. au S. S. O. grand frais, beau tems & la mer grosse. Les diverses routes que nous avons faites, ont valu à midi le N. E. ¼ N. 2 deg.

Variation 23 deg. N. E.
Latit. est. du point du départ 50 = 53.
Longitude est. & corrigée suivant notre atterrissage 60 = 40.
Latit. est. du point de midi, obs. douteuse 50 = 43.
Long. est. mérid. de Paris 59 = 24.
Chem. depuis minuit 21 lieues.

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Du S. O. le vent a regné au S. S. O. grand frais, le tems à grains mêlé de gresil; mais ayant calmé le matin du

Mardi 10.

Nous avons mis nos bonnettes & perroquets, & à midi la route a valu le N. N. E. 3 deg. E. Plusieurs Baleines se sont montrées, ainsi que beaucoup d'oiseaux, entre lesquels quelques Damiers, ainsi nommés de ce que leur plumage est marqué de noir & de blanc par bandes. La tête & une partie du cou sont noirs, le bout & le milieu des aîles le sont aussi; le reste du corps n'est pas blanc; mais il paroît tel à la portée du pistolet. De près, on apperçoit que l'extrémité des plumes est noire; elles présentent comme des écailles arrondies, bordées de noir. Il est de la grosseur d'un fort pigeon.

Latitude est. Sud 48 = 33.
— — obs. 48 = 32.
Longitude est. mér. de Paris 57 = 44.
Chemin estimé 45 lieues.

Continuation de grand frais & de beau tems, quoique par-sois quelques petits grains, avec tant soit peu de pluye comme dans les orages. Les vents ayant

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regné du S. O. au S. nous avons toujours fait bonnes voiles; mais avec un roulis continuel & si fort, que l'on ne pouvoit voir un moment les plats sur la table, sans que quelqu'un ne les y tint assujettis, & tous obligés de tenir l'assiette d'une main & la fourchette de l'autre. Malgré toutes les précautions que l'on a pu prendre, il y a eu pendant le dîner, une soupiere, des assiettes & des gobelets de verre cassés. Pendant la nuit ce roulis a été si violent, que ceux qui ne couchoient pas dans un branle ou dans un cadre suspendu, n'ont pu rester dans leurs lits. Même tems toute la matinée du

11.

A midi la route a va le N. E. ¼ N. 1 deg. Nord.

Latitude est. Sud 46 = 32.
— — obs. 46 = 33.
Longitude est. 55 = 50.
Variation 21 N. E.
Chemin 47 l. ⅓.

Vû l'après-midi plusieurs oiseaux & Baleines. Le vent a regné du S. S. O. au S. puis du S. au S. E. beau tems, jusqu'au soir. Tems sombre pendant la nuit, avec des grains accompagnés de

Oo 2

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pluye, toujours grand frais & la mer très grosse. Nous avons continué à être bercés à toute outrance par le roulis, de maniere à ne pouvoir presque se tenir sur le gaillard. Il a paru une quantité d'oiseaux, & une très-grande Baleine qui s'est promenée assez longtems à une petite portée de fusil du Navire. Nous avons continué notre route du N. ¼ N. E. & à midi du

Jeudi 12.

La route a valu le N. E. ¼ N. 2 d. N.
Latitude est. Sud 44 = 21.
— —obs. 44 = 19.
Longitude 53 = 56.
Chemin estimé 51 l.

Du S. E. le vent a passé à l'O. par le S. bon frais, le tems un peu brumeux, & quelques grains de pluye, la mer un peu moins grosse.

13.

Bonnettes haut & bas ce matin jusques à midi, que la route a valu par estime le N. E. 3 deg. 15 min. N.

Latitude est. Sud 42 = 59.
— — obs. 42 = 35.

En corrigeant l'air de vent, il ne vaut que le N. E. 5 deg. N.

Longitude corrigée 52 = 8.
Chemin corrig. 40 l. ⅔.
Variation 19 = N. E.

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Sur le soir vû plusieurs oiseaux, mais aucun Damier. Vent du S. O. au S. S. O. bon frais jusques à sept heures du matin qu'il a fraîchi grand frais du même vent.

14.

On a été contraint de serrer les bonnettes & le grand perroquet. Vû quantité de Mouettes grises, & quelques Moutons blancs, ou Quebrante-Uessos. La route suivant l'estime a valu le N. E. 4 deg. N.

Latitude est. Sud 40 = 30.
— — obs. 40 = 34.
Longitude 49 = 55.
Chemin 55 l. ⅓.
Variation 18 = N. E.

Dimanche 15.

Depuis hier midi les vents ont regné du S. O. au S. E. grand frais, la mer toujours grosse, le tems couvert. Route du N. N. E. continuée. A midi elle a valu le N. E. 5 deg. 3 min. N.

Latitude est. Sud 38 = 22.
Longitude est. 47 = 38.
Chemin estimé 56 ⅔.

Toujours beaucoup d'oiseaux dans l'aprèsmidi, & le vent a passé du S. S. E. au S. S. O. variable, mais bon frais, avec

Oo 3

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un tems sombre, la mer grosse, & un violent roulis. La route au N. N. E. a valu a midi aujourd'hui

16.

Le N. E. ¼ N. 4 deg. Est.

Latitude est. Sud 36 = 31.
— — obs. 36 = 27.
Longitude est. 45 = 51.
Chemin 47 l.
Variation 17. N. E.

Tems sombre dans l'après-midi avec un vent du S. S. O. à l'O. bon frais, quelques grains, la mer toujours grosse, & le roulis très-fort, même à bonnes voiles. Encore beaucoup d'oiseaux, route au N. N. E.

17.

Elle a valu à midi le N. E. ¼ N. 3 d. 15 min. E.

Latitude est. Sud 34 = 37.
— — obs. 34 = 34.
Longitude 44 = 10.
Chemin 46 l.
Variation 14. N. E.

Moins d'oiseaux qui ci-devant; grand frais de l'O. S. O. Jusques à six heures du soir; la mer très-grosse. Le vent a passé alors au S. & S. S. O. où il a été constant jusques à sept heures du matin,

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que le vent est tombé; mais la mer a continué d'être très-grosse.

18.

Le vent a passé au S. E. petit frais, avec un tems si sombre, qu'à midi l'on n'a pas pu prendre hauteur. La route des 24 heures a valu par estime le N. E. ¼ N.

Latitude est. Sud 32 = 58.
Longitude 42 = 54.
Chemin 39 l.
Variation 13. N. E.

Jusques à onze heures du soir le tems a continué d'être sombre, avec un bon frais de l'E. S. E. à l'Est: alors on a serré le perroquet.

Jeudi 19.

Ce matin à 8 heures, le vent ayant augmenté, on a fait des ris dans les Huniers, & à midi la route a valu le N. E. 5 deg. N.

Latitude est. Sud 31 = 20.
Longitude 41 = 21.
Chemin 41. l. ⅓.
Variation 12. N. E.

Après midi on a remis les Huniers; mais peu de tems après le vent ayant passé à l'E. S. E. grand frais, avec un tems sombre, & à grains, on a été obligé de faire

Oo 4

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tous les ris dans les Huniers, & de les carguer de tems à autre. Notre écoute du grand Hunier nous ayant manqué pendant la violence d'un grain au vent, la poulie d'écoute du bout de la Vergue a cassé; mais on y a rémédié sur le champ. Calmé un peu sur les dix heres du matin.

20, Vendredi Saint.

On a largué un ris du grand Hunier, & à midi la route a valu par estime le N. E. ¼ N. 3 deg. 30 min. N. Nos marins ont imaginé, qu'il y a toujours un coup de vent le Vendredi Saint, & en conséquence ils se tiennent, disent-ils, sur leur garde avec beaucoup d'attention. La proximité de l'Equinoxe pourroit bien en être la cause.

Latitude est. Sud 29 = 9.
— — obs. 28 = 40.
Longitude 39 = 54.
Chemin 51 l.
Variation 11 N. E.

Jusques à présent les nuages avoient empêché d'observer le lever & le coucher du soleil, pour prendre la variation, ce qui avoit obligé de s'en tenir à l'estime; mais aujourd'hui le Ciel s'est montré serein, & l'on a observé le coucher, où l'on a trouvé

[page] 585

Variation occase 6 degrés

Vents de l'E. S. E. au S. S. E. bon petit frais; la mer néantmoins toujours grosse avec un roulis très-fort.

21.

Notre Utague du grand Hunier a rompu ce matin, & l'on en a largué les ris. A midi la route a valu le N. E. ¼ N. 4 deg. E.

Par la hauteur prise, on s'est trouvé plus nord de 16 minutes que l'estime; ce qui a fait corriger la route estimée.

Latitude est. Sud 26 = 46.
— — obs. 26 = 30.
Longitude 47 = 58.
Route corrigée le N. E. ¼ N.
Chemin 37 ⅔.
Chemin corrigé 53 l.

Jusques à minuit le vent a regné du S. à l'E. S. E., assez bon frais; alors il a beaucoup calmé; mais la mer est demeurée très-houleuse, venant du S. E. Nous avons fait bonnes voiles toute la matinée du

22, Jour de Pâques.

La route a valu à midi, le N. E. ¼ N. mais corrigée elle n'a valu que le N. E. ¼ N. 2 deg. E.

Oo 5

[page] 586

Latitude est. Sud 25 = 13.
— — obs. 25 = 9.
Longitude 37 = 2.
Variation obs. 7 = N. E.
Chemin corrigé 32 ⅓.

Vent de l'E. S. E. à l'E. N. E. assez beautems; la mer toujours battue d'un gros houle venant de l'E. S. E. A midi aujourd'hui.

23.

Route estimée a valu le N. N. E. 1 d. 30 min. N.

Latitude est. Sud 24 = 46.
— — obs. 24 = 43.
Longitude 37 = 2.
Variation obs. 5 = 3 N. E.
Chemin 8. l. ⅔.

Petit vent du Nord jusques à six heures du soir, qu'il a fraîchi, & les vents ont varié du N. au N. N. E. Nous avons resté bâbord amure jusques à dix heures que nous avons pris l'amure à stribord, le Cap au N. O. mais voyant que la bordée ne valoit rien, nous avons remis à minuit l'amure à bâbord, le Cap du N. E. au N. E. ¼ E.

24.

Vers les sept heures du matin, ayant fraîchi, on a serré le grand foc & fait un ris dans chaque hunier. Peu à près un poisson volant s'est montré.

[page] 587

Quelques-uns ont donné à ce poisson le nom d'Adonis, je ne sçai trop pourquoi. Il y en a de diverses especes. Les uns différent par la couleur, d'autres par la longueur des nageoires, qui leur servent d'aîles. Une troisieme espece a quatre aîles au lieu de deux, qu'on leur voit communément. Tous ceux que nous avons pris entre les Tropiques n'avoient que deux aîles, les uns plus grandes, les autres moins. Ils étoient tous d'un beau bleu, foncé & argenté sur le dos jusques à la moitié de la largeur du corps, & tout le ventre d'un bleu très-clair également argenté. Le plus grand qui soit tombé dans notre Frégate avoit huit pouces de long, comprises tête & queue. Les aîles des uns n'avoient que la longueur de deux pouces; celles des autres s'étendoient jusques à la queue.

Peu d'animaux ont autant d'ennemis à fuir que le poisson volant. Il sort de la mer, pour éviter d'être dévoré par les Thons, les Dorades, les Bonites, les Requins &c. & il trouve dans l'air des oiseaux, qui en sont très-friands. Il s'éleve assez haut; puisque dans son vol

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il va heurer dans les voiles & les haubans des Navires, dans lesquels il tombe; seule pêche que l'on en fasse. Leur chair est bonne & délicate. On les voit s'élancer hors de l'eau par centaines, comme des volées d'Alouetes; leurs aîles alors les font paroître blancs.

A midi la route a valu l'E. ¼ N. E. 3 deg. E.

Latitude est. Sud 24 = 35.
— — obs. 24 = 40.
Longitude 35 = 50.
Chemin 19 lieues.
Variation 5 deg. N. E.

Il a continué de venter grand frais du N. au N. N. O. sur le soir le tems s'est engraissé, & le vent a tellement augmenté, que l'on a été contraint de faire tous les ris dans les huniers. Le tems ensuite à grains avec de la pluye. Sur les neuf heures du soir, on a débordé les huniers. Dans un grain, les vents ont passé tout d'un coup au S. S. O. petit frais; mais la mer toujours grosse. On a mis le cap au N. N. E. & à 10 heures ½ défait les ris du grand hunier.

25.

Dès la pointe du jour on a grayé le grand perroquet & les bonnettes haut &

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bas. Nous avons vû trois ou quatre oiseaux. A midi la route a valu le N. E. 2 deg. 30 min. N.

Latitude est. Sud 23 = 36.
— — obs. 23 = 28.
Longitude 34 = 43.
Chemin 30 l. ⅔.
Variation estimée 4 deg. N. E.

Le 25. Dans la matinée nous avons passè le Tropique du Capricorne, & nous sommes dans le climat des calmes & de la chaleur. Aussi dès Dimanche dernier, jour de Pàques, tous ont pris leurs habits les plus legers. Depuis hier midi, le vent a regné du S. S. O. au S. O. petit frais, beau tems, mais avec un houle assez fort du S. O.

Jeudi 26.

Au lever du soleil, la variation 4 = 0. N. E. Nous n'avons vû qu'un seul des oiseaux, que nos marins nomment Dadins. A midi la route a valu le N. N. E. 2 = 30. Est.

Latitude est. Sud 22 = 21.
— — obs. 22 = 24.
Longitude 34 = 15.
Chemin 24 l.

Un houle du S. O. a continué de nous tourmenter, quoique les vents ayent re-

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gné du S. S. O. au S. bon petit frais, & beau tems. Continué la route au N. N. F. jusques à cinq heures & demie ce matin

27.

Alors on a eu connoissance de terre devant nous, & gouverné au N. E. ¼ N. puis fait route pour en passer à demilieue. Sur les six heures & demie premier relévement: cette terre est l'Ile de l'Assençaon, qui se montroit à nous comme on la voit dans la fig. A de la Pl. XIII. Nous estimions en être éloignés d'environ six lieues. A sept heures & un quart, relevée par le milieu au N. ¼ N. E., comme dans la fig. B. A mesure que nous avons approché de cette Ile, elle m'a paru un composé de plusieurs rochers réunis, ou d'une seule roche à diverses pointes, entre lesquelles il y a un peu de terre, ou de sable, couvert par-ci par-là d'un peu d'herbe, qui y présente une petite verdure sur le penchant d'une descente, qui va jusqu'à la mer, du côté du N. E. & de l'E. N. E. Sur les neuf heures & demie, plusieurs ont imaginé y voir des arbres, mais le tout bien considéré avec

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les lunettes de longue vûe, on a jugé que ce qui avoit paru des arbres n'étoit que quelques bruyeres ou arbustes ou quelques touffes de buharets. Au bas de la descente dont j'ai parlé, on voit une espece de plage sabloneuse, un peu couverte de verdure sur le rivage & au N. N. E. de l'Ile. Relevée à huit heures & demie telle que dans la fig. C. Nous en étions à deux lieues ou environ.

Sur les huit heures, on avoit découvert une autre Ile à l'Est ¼ N. E. environ à six lieues de celle d'Assençaon; peu à peu se sont montré trois Ilots près de la derniere apperçue. Relevés tels qu'ils sont dans la fig D.

Cette Ile avec ses Ilots pourroit bien être celle que quelques-uns, passant à l'Est un peu au loin, & n'ayant pas apperçu l'Ile de l'Assençaon, auront nommée l'Ile de la Trinité; puisque beaucoup de Navigateurs prétendent que l'Ile de l'Assençaon, & celle de la Trinité, ne sont qu'une seule & même Ile; au moins trouve-t-on une Ile & trois rochers ou Ilots à l'Est ¼ N. E. de celle de l'Assençaon, tels qu'ils sont marqués dans les Cartes. Alors l'Ile de la Trinité seroit la plus

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grosse Ile, ou, si l'on veut, le plus gros Ilot des 4 que je viens de représenter. Il est vrai que la latitude où l'on place l'Ile de la Trinité, & la latitude celle de l'Assençaon, ne s'y trouveroient pas conformes: mais les Cartes, si défectueuses dans d'autres positions, pourroient bien l'être dans celles-ci. Le gros Ilot, que j'ai dit pouvoir être l'Ile de la Trinité, nous paroissoit à cinq lieues ou environ de distance, mais moins étendu que celle d'Assençaon, observée dans le même éloignement. Les deux Ilots ou rochers a. b. ressembloient d'abord si bien à des Navires à la voile, qu'il eût été aisé de s'y méprendre, s'ils n'avoient paru avoir la bande au vent.

Nous avons passé entre ces deux Iles sans changer de route; & nous n'y avons apperçu que des rochers escarpés, dont plusieurs coupés comme à pic. Il ne paroît pas qu'il y aît d'autres habitans que des oiseaux de mer; ayant côtoyé la terre de si près, nous aurions vû quelques tortues, s'il y en avoit eu dans ces Iles. Quatre jours auparavant, un de ces animaux, d'un pied ou un peu moins de diametre dans sa longueur, passa le long

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du bord de notre Frégate; mais nous étions alors trop éloignés de ces Iles, pour présumer qu'elle en soit venue.

A onze heures, j'avois relevé l'Ile de l'Assençaon, telle qu'elle paroît dans la fig. C. Nous en étions à la distance de deux lieues, le Cap au N. N. E.

La route depuis hier midi a valu le N. N. E. 2 deg. Est.

Latitude est. Sud 20 = 31.
— — obs. 20 = 22.
Longitude 33 = 8.
Chemin corrigé 45 li. ⅓.
Variation estimée 20 = 0. N. E.

Sur le soir, nous avons eu quelques grains avec de la pluye; mais cependant nos voiles ont toujours été hautes, & notre route continuée au N. N. E. a valu à midi le N. N. E. 1 deg. Est.

28.

Latitude est. Sud 18 = 10.
— — obs. 18 = 11.
Longitude 32 = 15.
Chemin 47 l.
Variation 30 m. N. E.

L'après-midi les vents ont regné du Sud-Est à l'E. S. E., bon frais & beau tems. Même vent le lendemain

Pp

[page] 594

Dimanche 29.

Dans la matinée nous avons vû quelques poissons volans, des oiseaux nommés Couturiers, d'autres nommés Frégates, & des Paille-en-cul, autrement dits Fleche-en-cul, & Fétu-en-cul. Les marins, qui donnent des noms aux choses, conformément à leur maniere de penser & d'envisager les objets, ont nommé ainsi cet oiseau, de deux plumes de sa queue qui s'allongent beaucoup. Ceux de ces oiseaux qui ont voltigé assez longtems au dessus de notre Navire, m'ont paru de la grosseur d'une bonne perdrix rouge. Le Paille-en-cul a la tête petite & bien faite, le bec d'environ trois pouces de longueur, assez gros, fort, tant soit peu courbé, mais pointu & rouge ainsi que les piés, qui sont palmés. Les aîles sont beaucoup plus grandes que le corps ne semble le demander; mais aussi cet oiseau vole très-bien & très-haut. Il s'éloigne des terres de trois ou quatre cents lieues, se repose sur l'eau, & vit de poissons.

Tout son plumage paroît blanc. Nos marins, qui en ont vû de près, m'ont assuré qu'il est mêlé de blanc & de bleu.

[page] 595

La queue est composée de douze ou quinze plumes de cinq à six pouces de longueur. Du milieu s'avancent deux plumes longues de quinze à dix-huit, accollées de maniere qu'elles ne paroissent en faire qu'une.

Ceux de nos Officiers qui avoient été à l'Ile Maurice, ou Ile de France, m'ont dit que l'on y avoit fait une remarque singuliere; que les Pailles-en-cul ne paroissent dans le Port de cette Ile que le même jour, ou douze heures environ, avant qu'il y arrive quelque Navire de France. Aussi, dès que l'on y apperçoit un de ces oiseaux, on est comme assuré d'y voir aborder un vaisseau peu de tems après.

29. A midi la route a valu le N. N. E. 1 deg. N.

Latitude est. Sud 16 = 7.
— — obs. 15 = 58.
Longitude 31 = 21.
Chemin 47 l ⅓.
Variation obs. 0 = 0.

Beau tems & même vent l'après-midi; au lever du soleil la variation a donné 1 deg. N. O.

Pp 2

[page] 596

30.

Le même vent toute la matinée, & à midi la route a valu le N. N. E. 1 deg. 30 min. N.

Latitude est. Sud 14 = 18.
— — obs. 14 = 18.
Longitude 30 = 40.
Chemin 36 li.

De l'Est le vent a regné à l'E. S. E. avec beau tems, interrompu par quelques grains legers, qui rendoient le vent très variable; on n'a cependant pas changé de route, ayant toujours gouverné au N. N. E. toutes voiles hautes. Vû plusieurs poissons volans, & une Dorade. Un grand quart d'heure après le soleil couché, nous avons vû deux Arcs en ciel, dont la durée a été au moins de six minutes.

Mardi 1 May.

Aujourd'hui à midi, la route des 24 heures a valu le N. N. E. 2 deg. N.

Latitude est. Sud 13 = 5.
Longitude 30 = 12.
Chemin 26 l.
Variation obs. 2 deg. N. O.

Sur les dix heures du soir, le vent qui avoit regné de l'E. au S. O. en passant par le S. petit frais, a passé à l'E. N. E. où il est resté environ 3 heures.

[page] 597

2.

Vers les une heure & demie, il est venu au Sud, ensuite à l'E. de là à l'E. ¼ N. E., par des grains, qui se succédoient assez promptement. Un Paille-en-cul s'est montré assez longtems; & à midi la route a valu par estime le N. ¼ N. E. 30 min. N.

Latitude est. Sud 11 = 51.
— — obs. 11 = 46.
Longitude 29 = 57.
Chemin 25 l. ⅔.

3.

Depuis hier midi jusqu'à aujourd'hui midi, les vents ont regné de l'E. ¼ N. E. petit frais, beau tems, la mer belle & toutes voiles hautes: la route a valu le N. ¼ N. E. 3 deg. 30 min. E.

Latitude est. Sud 10 = 15.
— — obs. 10 = 20.
Longitude 29 = 32.
Chemin 31 l. ⅓.
Variation 3 deg. N. E.

4.

Continuation du vent à l'E. ¼ N. E. avec beau tems, & la route a valu à midi le N. 3 deg. E.

Latitude est. Sud 8 = 12.
— — obs. 8 = 9
Longitude 29 = 13.
Chemin 43 l.
Variation obs. ortive 2 = 50. N. O.

Pp 3

[page] 598

Vû beaucoup de Poissons volans pendant la soirée, & de l'E. ¼ N. E. les vents ont passé à l'E. ¼ S. E. bon frais, beau tems, & la mer belle. Sur le soir, un grain nous a obligés de ferrer le grand perroquet.

5.

A midi la route a valu le N. ¼ N. E. 1 deg. N.

Latitude est. Sud 5 = 47.
— — obs. 4 = 48.
Longitude 29 = 53.
Variation observe ort. 4 N O.
Chemin 48 l.

Toujours beaucoup de poissons volans, & les vents ont varié du S. E. à l'E.

Dimanche 6.

Malgré les grains mêlés d'un peu de pluye, on a toujours conservé les voiles hautes jusques à midi, que la route a valu le N. ¼ N. E. 15 m. N.

Variation obs. occase 4 = 0. N. O.
Latitude est. Sud 3 = 31.
Longitude 28 = 30.
Chemin 46 l. ⅓.

7.

Pendant les 24 heures, les vents ont regné de l'E. N. E. à l'E. petit frais, réveillé par quelques grains avec un peu de pluye. La route a valu à midi le N. O. ¼ N. 4 deg. N.

[page] 599

Variation obs. e 4 = 30. N. O.
— — obs. ortive 5 = 0. N. O.
Latitude est. Sud 2 = 13.
Longitude 28 = 39.
Chemin 26 l.

Jusques à minuit vent variable de l'E. à l'E. N. E. bon frais, toujours mêlé de grains & d'une pluye fine.

8.

Ce matin il a passé au S. E., & l'on a gouverné toutes voiles hautes. Un grand nombre de marsouins ont passé tout auprès de notre Navire; on a tenté d'en harponner, mais inutilement. La route a valu le N. 1 deg. O.

Passage de la Ligne.

Latitude est. Nord 00 = 50.
— — obs. 00 = 0.
Longitude 28 = 42.
Chemin 46 l.

Encore beaucoup de marsouins l'aprèsmidi,

9.

Le vent a toujours regné de l'E. au S. E. joli frais, beau tems & la mer belle. A midi la route a valu le N.

Latitude est. Nord 2 = 7.
— — obs. 2 = 17.
Longitude 28 = 42.
Chemin est. 42 l. ⅓.
— — corrigé 45 ⅓.
Variation est. 5 = 30. N. O.

Pp 4

[page] 600

A une heure après-midi, un grain a obligé de carguer tout, excepté la grande voile & la misene. Le vent a ensuite passé au N. E. avec de la pluye, d'où il a souflé pendant une heure; peu à peu il est passé à l'E. N. E., & E. ¼ N. E.

Jeudi 10.

A cinq heures, le vent s'est élevé du S. E. mais si leger qu'il tenoit du calme. Il a paru quelques Thons, & à midi la route a valu le N. N. O. 5 d. N.

Variation obs. ortive 5 = 0. N. O.
Latitude est. Nord 3 = 18.
— — obs. 3 = 27.
Longitude 29 = 2.
Chemin 23 l. ⅓.

Dans la soirée, nous avons pris un Requin & vû quantité de Marsouins, quelques Thons & plusieurs Bonites: petit vent presque calme de l'E. S. E. Nous avons cependant été plus d'une fois menacés d'orage jusques à minuit, que le calme est venu tout plat.

Vendredi 11.

Tems couvert, un peu de pluye; quelques grains d'une ou deux minutes se sont fait sentir, auxquels succédoit la calme plat. A 6 heures du matin, nous

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avons pris un Requin. On a tenté de prendre des Thons; mais il ont rompu deux ains ou hameçons, plus gros que des tuyaux de grosse plume à écrire. Un de ces Thons en a rompu deux attachés à la même ligne. Les Bonites n'y ont pas mordu. A midi la route a valu le Nord.

Variation obs. 5 = 0. N. O.
Latitude est. Nord 3 = 53.
Longitude 29 = 2.
Chemin 8 l. ⅔.

Les vents ont varié & ont été si foibles du N. au S. passant par l'E. que le calme a été presque continuel depuis hier midi jusqu'à aujourd'hui à la même heure.

12.

Il y a eu cependant quelques grains; mais qui ne nous ont donné que de la pluye, de façon que la route, qui a valu le Nord 2 deg. 30 min. O. n'a été estimée que de deux lieues un tiers. Pris un seul Marsouin de la quantité prodigieuse que nous en avons vûe; pris aussi un Requin.

Latitude est. Nord 3 = 58.
Longitude 28 = 22.
Variation est. 6 = 0. N. O.
Chemin corrigé 1 l. ⅔.

Pp 5

[page] 602

Toujours vent variable avec des grains qui s'élevoient du Nord au Sud, accompagnés de pluye; & le calme leur succédoit aussitôt.

Le 12, sur les trois heures, nous avons pris une Bonite, dans la ventre de laquelle on a trouvé un Poisson nomme Cornet, qu'elle venoit sans doute d'avaler; car il étoit encore tout entier, avec ses couleurs naturelles. Je l'ai peint sur le champ; & l'on en voit la figure, Planche II. fig. 6.

On ne doit pas juger de la grandeur de ce poisson par celle de la figure que l'on trouve ici. Au sentiment des marins de la Mer du Sud, le Cornet est le plus gros poisson de la Mer. Il saisit sa proye au moyen des barbes mobiles, qu'il a au bout du museau. Ces marins disent aussi qu'il s'attache & s'accroche aux Navires par ces mêmes barbes, & grimpe le long des manœuvres: Que s'il le fait la nuit, sans que l'on s'en apperçoive, il fait pancher le Navire sur le côté, par son poids énorme, jusqu'à le renverser; ce qu'ils appellent soussoubrer. Aussi a-t-on grand soin de faire bonne garde, avec des haches & autres instru-

[page] 603

mens tranchans, pour couper les barbes de ce poisson, dès que l'on apperçoit qu'il les pose sur le Navire. Notre Capitaine, & son frere Alexandre Guyot, qui ont fait plusieurs campagnes dans la Mer du Sud, m'ont assuré ce que dessus; mais ils ont ajouté qu'ils n'en avoient pas vû de cette grandeur démesurée; qu'ils en avoient mangé de cent cinquante pesant ou environ; & que c'est un excellent poisson. A en juger par ce petit dont j'ai donné la figure, il doit être très-délicat. Le Cornet, qui lui sert d'étui, & le poisson même, étoient presque diaphanes.

13.

Pendant la matinée du Dimanche 13, nous avons continué de voir beaucoup de Marsouins, & un gros Requin, qui n'a pas voulu mordre à l'appât. A midi la route a valu par estime l'O. N. O.

Latitude est. Nord 4 = 27.
— — obs. 4 = 25.
Longitude 29 = 28.
Chemin est. 9 l.
— — corr. 8 ⅓.

Toute la soirée le vent a été variable, suivant les grains de N. N. E. à l'E. petit frais & calmiole; de la pluye par fois.

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Sur les dix heures ils ont passé au S. E. joli frais. Le tems s'est ensuite déclaré à l'orage, avec tonnerre & pluye abondante.

14.

Ce matin, vû plusieurs Bonites, des Thons & beaucoup de poissons volans, dont plusieurs, tombés dans le Navire, nous ont procuré un bon plat à dîner. Sombre vers le midi, de maniere à ne pouvoir prendre hauteur. Route des 24 heures estimée a valu le N. O. ¼ N. 4 deg. Nord.

Latitude est. Nord 5 = 13.
Longitude 29 = 56.
Chemin 19 l.
Variation est. 6 = 30. N. O.

Vent au S. S. E. jusques à 6 heures du soir, tems toujours sombre, avec beaucoup de pluye, & quelquefois de l'orage.

15.

Au lever du soleil, le tems s'est éclairci; le vent est devenu variable du N. E. au N. N. E., à cause des grains fréquens; mais avec un petit frais. Sur les huit heures, la pluye est tombée en abondance, & n'a pas cessé jusqu'à midi; que la route a valu le N. O. ¼ N. 4 deg. N.

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Latitude est. Nord 5 = 54.
Longitude 30 = 21.
Cuemin 16 l. ⅔.

Du N. E. le vent a passé au N. N. E. bon frais, & le tems toujours sombre jusques à six heures du soir, qu'il s'est un peu éclairci.

Le 15, vers les quatre heures, on a pris au harpon deux Thons & deux Bonites.

Le Thon est un poisson assez connu dans la Méditerranée. Mais, soit que la description qu'en donne Mr. Valmont de Bomare, dans son Dictionnaire d'Histoire naturelle, d'après celui de Lémery, ne soit pas excte, soit que le poisson dont je donne ici la figure, Pl. XIV. fig. 1. ne soit pas le Thon, ou que celui qui se prend entre les Tropiques, différe de celui de la Méditerranée, la description de Mr. Valmont ne convient pas à celui-là. Ceux que nous avons pris n'ont pas de grandes & larges écailles, ni le dos noirâtre, mais d'un beau bleu foncé, qui s'éclaircit insensiblement jusques aux nageoires, formées en fauls & placées près des ouies. Ces deux nageoires, ainsi que les deux petites au bas du ventre, sont d'un gris très foncé, ou d'un noir bleuâtre,

[page] 606

qui tire sur le gris. Celle du dos & les deux du ventre placées aux deux tiers du corps, sont dorées, ainsi que des especes de dents de scie, distribuées depuis les nageoires jusques à la queue, qui est faite en arc. Ils n'ont pas, à l'extérieur, des ouies doubles apparentes: leur museau est pointu, & non épais, avec des petites dents très-aigues. Mr. Valmont dit que ce poisson meurt peu de tems après qu'il est hors de l'eau. Celui dont je donne la figure, vêcut près d'une demi-heure, suspendu par la queue, auprès du grand mât. Il auroit vêcu peut-être beaucoup plus longtems, si, à force de se donner des secousses, pour se dégager, il n'avoit vomi son cœur, qui tomba, moi présent, sur le gaillard, & que je conservai encore près d'un quart d'heure toujours palpitant dans ma main. En le vomissant, il rendit beaucoup de sang par la gueule, dont j'ai représenté quelques goutes sur la surface de la machoire inférieure. Sa chair tient de celle du veau; mais elle est plus féche & plus solide.

La Bonite est un poisson gros & rond depuis la tête jusqu'aux trois quarts de sa longueur. Là elle commence à s'applatir

[page] 607

un peu, & forme une queue assez épaisse & fourchue, disposée comme l'est ordinairement celle des autres poissons. Elle a, au défaut du cou, deux nageoires assez longues, mais peu larges proportionnellement à la grosseur de la Bonite. Une empenure sur le dos, en descendant vers la queue, semble y former, ainsi que sous le ventre & vis-à-vis, des élévations triangulaires d'un jaune doré. Deux autres empenures bleues sont placées aux deux côtés, & se terminent en pointe à la queue. On lui voit deux petites nageoires, ou ailerons, sous le ventre. Son dos est d'un bleu très-foncé, qui s'éclaircit vers le milieu du corps. Le ventre est d'un blanc jaune-verdâtre, marqué de differentes bandes grisàtres, jettées, ce semble, irrégulierement. Son oeil est large, avec un cercle doré autour de la prunelle. Sa tête est moins allongée que celle du Thon. Pour remédier à la sécheresse de sa chair, on la pique de gros lard. Voyez en la figure, Planche III. fig. 6

Nous avons toujours vû ce poisson en troupe; la mer en paroît quelquefois toute couverte. On le prend au trident, à la fouine, à l'hameçon amorcé avec le

[page] 608

simulacre d'un poisson volant. On dit que la chair de la Bonite pêchée sur les côtes du Royaume d'Angola, est pernicieuse. Nous avons trouvé une espece de vers vivans dans le milieu des chairs de quelques-unes. Ces vers étoient blancs, gros comme le tuyau de la plume d'une aîle de poule, & longs d'environ quatre lignes.

Pendant la pêche de ces poissons, nous avons apperçu plusieurs Dorades; mais elles ne se sont pas assez approchées pour tenter de les pêcher.

16.

Le beau tems étant enfin venu, nous avons couru à bonnes voiles au plus près du vent, jusques à aujourd'hui midi; que la route a valu le N. O. ¼ N. 1 deg. O.

Latitude est. Nord 7 = 17.
— — obs. 7 = 42.
Longitude 31 = 44.
Chemin est. 39 l. ⅓.
Chemin corr. 43 ⅔.
Variation est. 6 = 30.

La hauteur prise nous ayant donné une différence de 25 min. on a jugé que, les marées portent au N. O.

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Toujours beaucoup de poissons volants, & le vent toujours du N. E. au N. N. E. bon frais, beau tems, mais la mer très houleuse jusques à présent

17.

La route a valu le N. O. 1 deg. O.

Latitude est. Nord 9 = 0.
— — obs. 9 = 12.
Longitude corrigée 33 = 29.
Chemin 43 l. ⅔.

Même vent, tems un peu couvert, & une mer grosse, & toujours au plus près jusques à midi du

18.

La route des 24 heures a valu le N. O. 5 deg N.

Latitude est. Sud 10 = 37.
— — obs. 10 = 35.
Longitude 34 = 42.
Chemin 37 l. ⅓.

Vent du N. E. ¼ E. au N. E. ¼ N. bon frais & tems sombre; cependant toutes voiles hautes excepté les perroquets.

19.

Par estime la route a valu à midi le N. O. ¼ N. 4 deg. 30 m. O.

Latitude est. Nord 11 = 53.
Longitude 35 = 46.
Variation est. 5 = 0. N. O.
Chemin 34 l.

Qq

[page] 610

Le vent a regné du N. E. à l'E. N. E. bon frais, avec de la brume de tems à autre; bonnes voiles au plus près du vent.

Dimanche 20.

La variation observée hier au coucher du soleil, quoique différente de l'estime, n'a pas déterminé à corriger la route, parce que l'on a pensé que, dans ces parages, les marées portent dans le N. O. En effet nous en avons remarqué plusieurs lits très sensibles, entre autres un du S. S. E. & N. N. O. La route des 24 heures a donc valu le N. N. O. 3 = 30. Ouest.

Latitude est. Nord 13 = 34.
— — obs. 13 = 32.
Longitude corrigée 36 = 34.
Variation occase obs. 3 = 20.
Chemin corr. 33 l. ⅔.

Beau tems, vent de l'E. au N. E. & avec mer houleuse, toutes voiles dehors, même les perroquets

21.

A midi la route a valu le N. ¼ N. O. 1 = 30. Ouest.

Latitude est. Nord 14 = 58.
— — obs. 15 = 0.

Nous avons passé des lits de marée aussi sensibles que dans un ras; ce qui nous

[page] 611

a obligés de redoubler d'attention, de faire bon quart & bonne garde: ce sont peut-être les Vigies assez fréquentes dans ces parages, qui occasionnent ces marées.

Longitude est. 36 = 54.
Chemin 29 l. ½.

Vûs encore des poissons volans & quelques Thons pendant la soirée, & les vents ont regné de l'E. ¼ N. E. au N. E. petit frais & beau tems, la mer toujours battue d'un houle du Nord.

22.

Fait route au plus près, toutes voiles hautes jusques à midi, qu'elle a valu le N. ¼ N. O. 1 = 30. Ouest.

Latitude est. N. l6 = 30.
— — obs. 16 = 32.
Longitude 37 = 17.
Variation est. N. 3 = 0.
Chemin 30 l. ⅔.

Encore grand nombre de poissons volans, quoique les Bonites, ni les Thons, ne se soient pas montrés.

23.

Vents de l'E. N. E. à l'E. ¼ N. depuis hier midi, jusqu'à aujourd'hui que la route a valu le N. 4 deg. Ouest.

Qq 2

[page] 612

Latitude est. Nord 18 = 7.
— — obs. 18 = 6.
Longitude 37 = 24.
Variation obs. occase 3 = 0. N. O.
Chemin 32 lieues.

Route nu plus près avec un vent du N. E. au N. & N. ¼ N. O. beau tems, mer belle & toutes voiles hautes.

24.

La route a valu à midi le N. ¼ N. O.

Latitude est. Nord 21 = 7.
Longitude 35 = 45.
Variation obs. oitive 3 = 30.
Chemin 35 l. ⅓.

La variation observée au coucher du soleil a été de quatre dégrés N. O. & aujourd'hui

25.

A son lever même variation. Le vent a regné du N. E. ¼ N. au N. E. ¼ E. petit frais: beau tems, & un gros houl du N. N. O. Route toujours au plus prés. Elle a valu à midi le N. ¼ N. O. 2 deg. N.

Latitude est. Nord 21 = 21.
Longitude 38 = 2.

Nous n'avons eu une latitude observée que très doutense, parce que le soleil étoit à notre Zénith.

[page] 613

Dans la soirée nous avons commencé à voir du Goemon, que les marins appellent Goëmon à grappes de raisin. J'ai observé que les grains dont il est rempli, sont de petites vessies de la grosseur du plus gros plomb de Lievre. Ces grains ne sont pas distribués en grappes distinctes, mais disperses le long des tiges & des branches. En séchant, ces grains ont diminué de grosseur, jusqu'à celle de la tête d'une épingle moyenne. Les feuilles, qui sont très-petites, à peu près semblables à celles de la perce-pierre, sont devenues cassantes. Quelques-unes des tiges & beaucoup de ces grains sont incrustés d'une espece de coquillage très-menu, ou semence de poisson, blanche, dure, & qui produit l'effet d'une lime, ou de l'herbe appellée prele, quand on les frotte sur le bois.

26.

Vû ce matin une quantité si prodigieuse du Goëmon, dont je que la mer en étoit presque route couverte. Sur quelques-uns des gros paquets que nous en avons pêchés, nous avons trouvé des Crabes de différentes grosseurs, d'un roux-clair, tacheté de marques bru-

Qq 3

[page] 614

nes. Ils ont huit pattes & deux bras ou serres. Le corps ou cuirasse est presque quarré du côté de la tête. Chaque oeil est saillant au bout des deux angles qui forment ce quarré. Voyez-en la figure Pl. VIII. fig. 6.

Ce Goëmon passoit par lits auprès de notre Frégate; quelques-uns étoient presqu'aussi larges & plus longs que notre Navire. On dit qu'il sort des côtes des Iles Canaries; d'autres prétendent qu'il se détache du fond de la mer. Ce sentiment paroît être le plus vraisemblable; car toutes les Isles Canaries ne pourroient guere en produire la quantité prodigieuse que nous en avons vûe pendant quinze à seize jours.

Un Paille-en-cul & beaucoup de poissons volans se sont montrés à nous. Pendant les 24 heures, le vent a regné de l'E. au N. E., très-variable, & néanmoins beau tems. Sur le minuit, il y a en un petit grain avec un peu de pluye, & un second vers les cinq heures du matin; ils ne nous ont pas empêché de continuer notre route, laquelle a valu le N. N. O. 2 deg. N.

[page] 615

Latitude est. Nord 22 = 36.
— — obs. 22 = 38.
Longitude 38 = 32.
Variation obs. occcase N. O. 5 = 0.
— — obs. ortive N. O. 5 = 0.
Chemin 37 l. ½.

Dimanche 27.

Depuis hier midi, vent de l'E. N. E. à l'E. avec quelques grains, dont l'un nous a contraints d'amener nos huniers. La mer a été très-houleuse: vû encore un Paille-en-cul. A midi la route a valu le N. ¼ N. O.

Latitude est. Nord 24 = 8.
Longitude 38 = 51.
Chemin 30. l. ⅔.

Encore du Goëmon à grappes & du poisson volant.

28.

Vents de l'E. à l'E. N. E. bon frais & beau tems, mer houleuse du N. N. O. Toutes voiles hautes & route au plus près. Elle a valu le N. 4 deg. Ouest.

Variation obs. occase N. O. 5 = 30.
Latitude est. N. 25 = 56.
— — obs. un peu douteuse 26 = 9.
Longitude 39 = 2.
Chemin 40.

Continuation de Goëmon à grappes & toujours en quantité. Vent du N. E. à l'E. jusques à deux heures & demie.

Qq 4

[page] 616

29.

Alors le tems s'est brouillé; il est survenu des grains avec de la pluye, jusqu'à 8 heures ½. Le vent est tombé & a passé au S. S. E. de là au S. E. par petits grains, auxquels le calme a succédé. Le matin, le vent a souflé du N. E. & a passé au N. E. ¼ N. E. dès les six heures. A midi la route a valu le N. ¼. N. O. 2 deg. Ouest.

Latitude est. Nord 27 = 7.
— — obs. un peu douteuse 27 = 11.
Longitude 39 = 17.
Chemin 19 l. ⅔.
Variation est. N. O. 6 = 0.

Presque calme avec un petit frais du N. E. variable à l'E. S. E. beau tems; mais la mer houleuse du N. N. O. vû encore un Paille-en-cul.

30.

A midi la route a valu le N. 5 d. Ouest.

Latitude est. Nord 27 = 54.
— — obs. 27 = 52.
Longitude 39 = 22.
Chemin 14 l.

Bon petit frais de l'E. N. E. jusques au soir, avec beau tems, & un houl sourd du N. N. O.

31 Jour de l'Ascention.

Le calme est survenu la nuit; voyant

[page] 617

qu'il continnoit le matin, sans apparence de vent, après la Messe, on a profité de ce calme pour gratter & résiner le Navire. A midi la route a valu le N. 2 d. E. Vû plusieurs Paille-en-culs, & toujours du Goëmon.

Variation obs. ortive N. O. 6 = 0.
Latitude est. Nord 28 = 15.
Longitude 39 = 21.
Chemin 7 l. ⅔.

Toujours beau tems, la mer belle, mais très-petit frais & même houl que ci-devant, mêlé d'un autre venant du N. E.; quoique les vents ayent regné du S. S. E. au S. O. Sur les quatre heures après-midi, vû un Navire, qui paroissoit faire la route du O. N. O. Il étoit éloigné de nous de six lieues ou environ. Nous l'avons perdu de vûe à la nuit. Nous gouvernions au N. E. ¼ N. toutes voiles hautes.

1 Juin.

La route des 24 heures a valu le N. N. E. 4 deg. Est.

Variation est. N. O. 7 = 0.
Latitude est. Sud 29 = 9.
— — obs. 29 = 10.
Longitude 38 = 49.
Chemin 20 l. ⅓.

Qq 5

[page] 618

Vent variable du S. O. à l'O. petit frais, tems couvert, avec quelques grains & un peu de pluye. Cessé de voir du Goëmon à grappes.

2.

Il a fraîchi le matin, & à midi la route a valu le N. E. ¼ N. 2 deg. Nord.

Variation obs. occase N. O. 7 = 30.
Latitude est. Nord 30 = 17.
— — obs. 30 = 18.
Longitude 38 = 1.
Chemin 26 li.

Jusques à minuit, les vents ont varié du S. O. à l'O très-petit frais. La calme a succédé jusques à 4 heures, que le vent a passé à l'E. N. E. Tems inconstant tout le reste de la nuit, avec un peu de pluye.

Dimanche 3.

Dès le jour le Goëmon a reparu en quantité, & une Baleine de moyenne grosseur a rodé, pendant un quart-d'heure, autour du Navire, à la distance d'une portée de fusil. A midi la route a valu le N. ¼ N. E.

Latitude est. Nord 30 = 36.
— — obs. 31 = 0.
Longitude 38 = 8.
Chemin 13 lieues.

[page] 619

Presque calme par un vent de l'E. N. E. à l'Est, avec un tems couvert, & un houle du Nord.

4.

Fait route au plus près, toutes voiles hautes, & à midi la route a valu le N. ¼ N. O. 15 deg. Nord

Latitude est. Nord 32 = 0.
Longitude 38 = 20.
Chemin 20 l. .

Jusques à six heures du soir, vent de l'Est & E. S. E. puis calme plat avec un tems brumeux, & toujours le houle du Nord. Vû un oiseau nommé Equéret par nos marins.

5.

Toute la nuit, calmiole de l'E. S. E. au S. E. à quatre heures du matin fraîchi du Sud, de façon à faire près d'une lieue à l'heure. A midi la route à valu corrigée le N. 3 deg. Est.

Latitude est. Nord 32 = 26.
— — obs. 32 = 49.
Longitude 38 = 1.
Variation est. N. O. 8 = 0.
Chemin 36 l.

Vent au S. O. petit frais. Tems sombre & brumeux. Le Goëmon à grappes,

[page] 620

qui avoit paru & disparu quelques jours auparavant, s'est remontré en quantité aujourd'hui

6.

A midi la route a valu le N. E. ¼ N. 3 deg. Est.

Latitude est. Nord 34 = 3.
— — obs. 33 = 58.
Longitude 36 = 58.
Chemin 30 l. ⅔.

Du S. O. la vent a passé à l'O. joli frais. Tems par fois un peu sombre, avec un gros houle du N. O.

7.

Depuis la nuit plus de Goëmon. Un oiseau, nommé Couturier, est venu voltiger autour du Navire. A midi la route a valu le N. E. N. ¼ 1 = 15. Est.

Variation obs. ortive N. O. 10 = 0.
Latitude est. Nord 35 = 23.
— — obs. 35 = 20.
Longitude 35 = 45.
Chemin 35 l.

Même vent, même tems, même houl & même route jusques à aujourd'hui

8.

Que la route a valu, après correction, le N. E. ¼ N. 1 = 15. Est.

[page] 621

Latitude est. Nord 36 = 47.
— — obs. 36 = 49.
Longitude 34 = 28.
Variation est. N. O. 10 = 0.
Chemin 35 l. ⅔.

Encore môme tems &c. jusques à aujourd'hui midi du

9.

Où la route a valu le N. E. ¼ N. 3 = 30.

Variation obs. 10 = 15.
Latitude est. Nord 38 = 6.
— — obs. 38 = 7.
Longitude 33 = 14.
Chemin 32 l. ⅓.

Le vent a passé au S. puis à l'O. S. O. bon frais avec un tems assez beau, & la mer agitée d'un houle du N. O.

10 Dimanche de la Pentecête.

A midi la route a valu le N. E. ¼ E.

Latitude est. Nord 39 = 12.
— — obs. 39 = 15.
Longitude 31 = 12.
Variation est. N. O. 11 = 15.
Chemin 38 l.

Vent du S. O. bon frais, jusques à minuit qu'il a tombé beaucoup de pluye.

11.

A quatre heures, vent du N. N. O. puis calme sur les cinq heures & demie. La pluye a cessé vers les six heures, &

[page] 622

le vent, après être retourné à l'O. a passé au S. O. Hier au soir & ce matin, nous avons vû plusieurs lits de marée trèssensibles, allant du N. E. & S. O. Il a paru aussi plusieurs Equérets; & à midi la route a valu le N. E. ¼ E. 15 m. N.

Latitude est. Nord 40 = 19.
— — obs. 40 = 26.
Longitude 29 = 6.
Variation est. N. O. 11 = 15.
Chemin corr. 41 l. ⅓.

Jusques à minuit le vent a varié de l'O. S. O. au S. O. petit frais, passé de là au S. joli frais. A deux heures revenu au S. O. & de là jusques à midi à O. S. O. bon frais & beau tems

12.

La mer toujours fort houleuse du N. O. La route a valu le N. E. 5 d. Est.

Variation obs. N. O. 14 = 30.
Latitude est. Nord 41 = 23.
— — obs. 41 = 27.
Longitude 27 = 31.
Chemin 32 l.

Même vent de l'O. S. O. au S. O. bon frais, tems un peu brumeux, & toujours même houl, qui occasionnoit un trèsfort roulis. Gouverné à l'E. N. E., toutes voiles hautes, bonnettes haut & bas.

[page] 623

13.

Dans la matinée pris à la traine un poisson, nommé Grande-Oreille. Il ressemble en tout à la Bonite, excepté par par les deux nageoires placées près des ouies. Ces nageoires sont faites en faulx, & sont aussi grandes, au moins, que celles du Thon. Sa chair est moins seche. A midi la route a valu le N. E. 2 d. Est.

Latitude est. Nord 42 = 52.
— — obs. 43 = 3.
Longitude 25 = 11.
Variation est 15 = 0.
Chemin est. 47 l.

Vû des Dadins sur le soir, & les vents ont varié du O. S. O. au S. le tems sombre avec une brume passagere, & qui ne laissoit pas que de mouiller.

14.

Mer assez belle & le vent bon frais jusques à midi que la route a valu l'E. N. E. 5 deg. N.

Latitude est. Nord 43 = 58.
Longitude 22 = 51.
Variation est. N. O. 15 = 30.
Chemin 39 l. ⅓.

La Mer ayant paru très-changée depuis plusieurs jours, ou a sondé à six heures

[page] 624

du seir, sans trouver fond à 180 brasses de ligne de sonde filée.

Le 15 par la latit. 44 deg. long. 21

Sur les cinq heures du matin, connoissance d'un Navire, qui nous restoit au N. O. paroissant faire même route que nous. Alors nous avons cargué nos voiles, viré pavillon & flamme, & l'avons assuré d'un coup de canon sous le vent, qui étoit de l'O. S. O. au S. S. O. Après avoir tenu le vent sous les deux huniers, pour l'attendre, il a aussi serré le vent, & s'est toujours tenu à deux portées de canon, ou environ au vent de nous. Dans l'idée qu'il n'avoit pas entendu le premier coup, nous en avons tiré un second au vent; alors il a assuré son pavillon blanc d'un coup de canon. Voyant ensuite qu'il s'en tenoit là, on a mis pavillon en berne; il n'en a pas fait plus de cas, & a toujours tenu le vent à peu près à la même distance. Comme il marchoit au moins aussi bien que nous, il s'est fié sans doute sur sa marche. Nous avons pris le parti d'abandonner la chasse, parce qu'elle nous auroit éloigné de notre route.

[page] 625

Ce Capitaine François ne pourroit donner d'excuses légitimes de n'avoir pas obéi aux ordonances du Roi pour la marine, par lesquelles tout Navire de la Nation est obligé d'amener, quand un Navire du Roy lui signifie de ce faire par un coup de canon, & par la flamme de commandement virée au mât où elle doit être suivant le grade de celui qui commande le Vaisseau de Roy. Nous avons fait plus; puisque nous avons mis pavillon en berne, signal d'incommodité convenu entre toutes les Nations policées. Il est donc, au moins pour cette raison, très réprèhensible; c'est d'un trèsmauvais exemple. Si malheureusement nous avions été réellement en danger, il nous auroit donc laissés perir à ses yeux, sans nous donner les secours auxquels l'humanite oblige en pareil cas.

La Marine royale fut de tout tems rivale de la Marine marchande. La premiere a des préjugés qui l'élevent au dessus du mêtier des marins, & croît qu'il n'est plus besoin de l'exercer pour l'apprendre. L'autre s'endurcit aux travaux fatigans de la mer, & pense avec raison que, pour exceller dans l'art nau-

Rr

[page] 626

tique, il faut le cultiver toute sa vie. De là cet esprit de parti, dont l'Etat est la premiere victime; puisque la liberté des Rouges ou Officiers de la Marine du Roy, fait la servitude des Bleus. Jettons ]es yeux sur l'Histoire de la guerre derniere; nous y verrons des Armateurs François, dont l'audace & la sermeté sembloient exciter les vents à combattre pour eux. Croiroit-on qu'un Capitaine de Vaisseau (Mr. de L…) tranquille spectateur d'un combat entre un Sénaut François & un Corsaire Anglois, se contentoit d'applaudir à la manœuvre du François, qui, présent à tout, exécutoit de la tête & du bras, pour éviter un abordage. Il le vit enfin démâté, & forcé d'amener sans lui prêter un coup de canon. N'étoit-il pas facile au Commandant d'un vaisseau de ligne bien armé, de sauver le brave Capitaine marchand, & de s'emparer du Corsaire Anglois? Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? C'est qu'il n'est pas du bon ton de prodiguer sa poudre pour le bien de Commerce de l'Etat, pour le salut d'un Armateur, d'un bon Citoyen.

Ce que l'on peut dire pour excuser la conduite du Capitaine Marchand Fran-

[page] 627

çois, qui n'a pas amené lors-même que nous avons mis pavillon en berne, c'est qu'il n'étoit peut-être pas plus fourni de vivres & d'agrès qu'il ne lui en falloit, & qu'il craignoit que, si nous en manquions, nous n'en prissions de force des siens, s'il refusoit d'en donner de bonne grace. Usage abusif & trop commun dans la Marine royale, lequel a indisposé la Marine marchande contre elle. Celle-ci, se voyant méprisée & maltraitée par celle-là, est charmée de trouver des occasions de s'en vanger, & la laisseroit périr, je pourrois dire, avec plaisir dans un sens, parce qu'elle espéreroit par là d'être délivrée de la tyrannie que la Marine royale exerce sur elle. Le Roy pourroit, pour le bien de l'Etat, régler les choses sur un pié si précis, que ceux qui outrepasseroient l'Ordonnance, ne pussent s'en excuser; & punir les uns & les autres sans miséricorde. Tant que cette animosité durera entre ces deux Corps, entretenue par le mépris de la Marine royale envers la Marine marchande, & par l'abus qu'elle fait de la force qu'elle a en main, il n'est pas possible que l'Etat n'en souffre beaucoup.

Rr 2

[page] 628

Nous voulons ne nous modéler sur personne, & personne ne veut se mode1er sur nous. Esprit de singularité qui regne dans tout ce que nous faisons, & qui tend toujours à notre perte. Nous imitons les Romains, qui n'employoient que leurs offranchis au métier de la mer, & qui réservoit le service de terre aux Patriciens. Les Anglois pensent mieux; l'art du Matelot est estimé chez eux; c'est le plus noble de tous les arts, puisqu'il est exercé par tous les plus nobles de l'état. Les François veulent differer des Romains, non pour se rapprocher des Anglois, mais pour céder au goût d'un nombre de particuliers intéressés, malheureusement adopté & qui passe mal à propos pour celui de la Nation. La science de la manœuvre est roturiere chez les François, & l'honneur de commander des vaiseaux de ligne est un poste annobli. Il faut être bon Patricien, ou soi-disant tel, pour l'occuper. Aussi notre service maritime a-t-il plus de décoration que d'harmonie & de science dans ceux qui l'exercent, plus d'éclat que de réalité, mais aussi plus de désavantage que de profit. Dans Londres, le bien de l'Etat, & non la mode avec la protection,

[page] 629

régle l'opinion que l'on a du mérite & des récompenses; on ne cherche dans le Marin que le mérite, qu'il soit roturier ou noble. S'il est grand homme de mer, il est tout, il est utile, il est employé honorablement & récompensé suivant ses services. Pourquoi ne penserions-nous pas, ou plûtôt, pourquoi n'agirions-nous pas de même; la vertu & le mérite doivent être la source de la véritable Noblesse,

Voilà la source de cet esprit de parti, qui fait la honte des Rouges, la perte des Bleus & le malheur de l'Etat François.

On me passera bien, je pense, cette digression, qui n'est dictée que par amour pour le bien public & pour celui de ma patrie. Il est certain que, malgré la rivalité qui regne entre les deux Nations, un Capitaine Anglois, loin de se comporter à notre égard comme le Capitaine François, se seroit empress'é de venir à nous, pour nous procurer tous les secours qui auroient été en son pouvoir; ce qui se doit sans diftinction de Nation. Nous fumes au devant & nous offrimes nos services au Capitaine du Navire Hollandois démâté, que nous apperçumes dans le courant du mois d'Octobre de l'année derniere.

Rr 3

[page] 630

Vûs quelques Dadins le même matin, & à midi la route a valu l'E. ¼ N. E. 4 deg. Nord.

Latitude est. Nord 44 = l8.
Longitude 21 = 25.
Chemin 24 li. .

Vents du S. S. E. à l'E. S. E. jusques à huit heures du soir, bon frais, avec un Ciel nébuleux, de la brume & même de la pluye, la mer houleuse. Après un calme assez court, le vent s'est élevé, grand frais de l'E. S. E. au S. S. E. obligé de faire un ris dans les huniers. A neuf heures & demie on les a serrés; la pluye est survenue & a duré toute la nuit.

16.

A trois heures le vent est tombé, on appreillé les huniers, & à quatre heures & demie on a mis les bonnettes d'enbas avec le grand perroquet sur le tenon, le perroquet de fougue, la voile d'étay de hune, grand & petit foc, foc d'artimon & diablotin; de huit heures à midi le vent a regné plus au Sud. Vû quelques Dadins, plusieurs Baleines & une espece de Raye, que nos marins appellent Rouet. Air de vent des vint-quatre heures N. E. ¼ Est.

[page] 631

Variation est. N. O. 15 = 30.
Latitude est. Nord 45 = 10.
— — obs. 45 = 44.
Longitude 18 = 51.
Chemin 42 l. ½.

Vents toujours variables du S. E. ¼ S. au S. S. O. grand frais, beau tems & la mer très-houleuse.

Nous avons continué comme hier à avoir connoissance du Navire François dont j'ai parlé; il faisoit toujours même route de l'E. ¼ N. E., il étoit à environ trois lieues de nous, & nous avoit gagné environ d'autant de chemin.

Dimanche 17 Juin.

C ematin, le Navire nous restoit dans la même position par le bossoir de bâbord, à égale distance. A midi il nous restoit par le bossoir de tribord. La route des 24 heures a valu l'E. N. E. 5 d. Est.

Latitude est. Nord 46 = 43.
— — obs. 47 = 0.
Longitude 15 = 41.
Variation est. N. O. 17 = 0.
Chemin 54 l. ½.

Le vent a regné du S. E. au S. S. E. petit frais, tems brumeux, la mer assez belle, & toutes voiles hautes.

Le 18.

Sur les cinq heures & demie du matin, on a apperçu un Navire venant de

Rr 4

[page] 632

l'Est. A six heures on a mis à courir sur le S. O. ¼ S. pour lui couper le chemin. Cargué ensuite les basses voiles & mis en panne, notre pavillon en pouppe & la flamme avec les pavois déployés. Il a arboré le sien. A huit heures & demie il nous a rangés, & nous lui avons parlé. Il s'est nommé le Saint Paul de Grandville, Capitaine Desveau, allant au Banc de Terre-neuve. Il étoit dehors depuis dix jours, & se faisoit dans le O. ¼ S. O. 3 deg. Sud d'Ouessant distant de 105 lieues. Nous nous trouvions par là plus Est que notre point. Mais, comme il nous paroissoit devoir être plus avancé dans sa route, & qu'il avoit eu, disoit-il, presque toujours le vent contraire, nous avons pensé que cette erreur pouvoir venir de son point, & non du nôtre, & on ne l'a pas corrigé, d'autant plus que l'erreur par rapport à nous, n'étoit gueres que de cinq lieues. A midi, la route a valu le N. E. ¼ E. 1 deg. Est.

Variation obs. occase N. O. 21 = 0.
Latitude est. Nord 47 = 33.
— — obs. 47 = 43.
Longitude est. 14 = 12.
Longitude suiv. le St. Paul 14 = 48.
Chemin est. 25 l.
Chemin corr. 24

[page] 633

19.

Tems couvert, Gouverné au plus près tantôt sur un bord, tantôt sur l'autre. Vent S. S. E. à l'E. N. E. Route S. E. 3 deg. Est.

Latitude est. Nord 47 = 4.
Longitude 13 = 7.
Chemin 19 l. ⅔.
Variation est. N. 21 = 0.

20.

Petit frais, louvoyé; vû un Navire, qui couroit sur le S. S. O. Route corrigée N. E. ¼ N. 1 deg. Est.

Latitude est. Nord 47 = 22.
— — obs. 47 = 36.
Longitude 12 = 35.
Variation obs. occase 23 = 0.
Chemin 11 l.

21.

Tems couvert, toutes voiles dehors, au plus près tribord amure. Route N. ¼ E. 5 deg. Nord.

Latitude est. Nord 48 = 33.
— — obs. 48 = 34.
Longitude 10 = 47.
Variation obs. occ. N. O. 20 = 30.
Chemin 31 l.

22.

Beau tems, toutes voiles hautes, au plus près tribord amure. Vu plusieurs Navires. Route corrigée E. N. E. 2 d. N.

Rr 5

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Latitude est. Nord 48 = 54.
— — obs. 49 = 2.
Longititude 9 = 12.
Variatioin obs. occ. N. O. 20 = 30.
Chemin 22 l. ⅔.

23.

Tems brumeux, petit frais en calme, sondé à dix heures du matin; trouvé fond à 75 brasses, sable roux fin. Route E. ¼ N. E. 3 deg. N.

Latitude est. Nord 49 = 12.
Longitude 8 = 12.
Variation idem
Chemin 14 l.

Dimanche 24 Juin.

Le Dimanche au soir, les vents étant petit frais du N. N. O. à l'O. N. O. gouverné au S. E. ¼ E. pour prendre connoissance de terre, laquelle nous avons vuë à six heures du soir. Alors gouverné à l'E. ¼ S. E. à neuf heures parlé à un pêcheur, qui nous a dit être N. N. E. & S. S. E. d'Ouessant 6 à 7 lieues.

25.

Lundi matin, connoissance des clochers de St. Paul de Leon. A 7 heures, étant N. & S. de l'Ile de Bas, on a mis pavillon en berne & tiré un coup de canon, pour appeller un bateau. Il en est aussi-

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tôt venu un, qui a conduit Mrs. de Bougainville & L'huillier de la Serre à Morlaix. La Frégate a continué sa route pour St. Malo. A onze heures du soir, on a mouillé une ancre, le travers de la Tour du Cap Fréhel; le feu nous restoit au N. O. ¼ O. environ une lieue.

26.

Appareillê à 3 heures & demie du matin, mouillé vers les sept heures en Solidor, où l'on a désarmé. Mr. de Bougainville ayant rendu compte au Roy de notre expédition, Sa Majesté a confirmé la prise de possession des Iles Malouïnes, & a envoyé sur le champ des ordres pour armer l'Aigle derechef, & retourner dans ces Iles.

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OBSERVATIONS

sur le Détroit de Magellan, & sur les Patagons.

Le Roi de France ayant agréé la prise de possession que nous avions faite en son nom de toutes les Iles Malouines, le Ministere donna des ordres, tant pour soutenir le petit établissement que nous y avions formé, que pour l'augmenter. Lr Frégate l'Aigle fut armée de nouveau; & le St. Alexandre Duclos-Guyot, qui en avoit été Capitaine en second, dans le premier voyage, en fut premier Capitaine dans le second, avec brevet de Lieutenant de Frégate, sous les ordres de Mr. de Bougainville. Avant appris son heureux retour à St. Malo, & curieux de sçavoir en quel état ils avoient laissé la nouvelle colonie, & ce qu'ils pourroient avoir découvert dans le Détroit de Magellan, je lui écrivis pour le prier de m'en instruire. Voici sa réponse.

"J'ai attendu à fçavoir à quoi l'on me destinoit, avant que de répondre à l'honneur de la Vôtre; & commence par vous

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dire, que nous sortirons du 10 au 15 du courant, pour les Iles Malouïnes. Mais auparavant je relâcherai à Madere, pour y prendre du vin, & autres rafraichissemens. De là j'irai au Port desiré, à la côte des Patagons, visiter le pays; de là à notre Colonie, décharger les vivres, passagers & passageres, ensuite au Détroit de Magellan, chercher une cargaison de bois, & puis je resterai à attendre les ordres de France. Voilà ma destination. Mr. de la Gyraudais part de Rochefort, avec une Frégate chargée des vivres nécessaires pour la Colonie.

Vous me demandez un extrait de mon Journal du voyage passé: le voilà. Nous sortimes de St. Malo le 5 Octobre 1765. la Frégate l'Aigle montée en tout de 116 hommes, dont 53 ouvriers, ou Officiers passagers, pour la Colonie. Du nombre de ces derniers étoient Mrs. des Perriers, Capitaine réformé du Régiment de la Sare; Thibé de Belcourt, Capitaine réformé du Régiment Dauphin; Denis de St. Simon, Capitaine Aide-Major des Colonies; L'huillier de la Serre, Ingénieur-Géographe; de Romainville, Lieutenant d'Infanterie, & Ingénieur.

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Les premiers quinze jours, mauvais tems, & vents contraires. Le Dimanche 5 Novembre, nous eumes connoissance des Iles du Cap verd. Le Lundi, nous passammes l'Ile de Feu & l'Ile Brane. Passé la Ligne du 23 au 24 sans beaucoup d'orages, non plus que sous les Tropiques; & le Samedi 16 Décembre, nous eumes connoissance de la Côte du Bresil, par le 31 degré 30 min. latitude Sud, nous croyant encore au large, comme c'est l'ordire, par le défaut des Cartes, qui, comme vous sçavez, reculent trop à l'Ouest cette Côte.

Nous avons ensuite resté quelque ten à chercher l'Ile Pepys, où elle est marquée sur les Cartes, & aux environs, sans pouvoir la trouver. Le Jeudi 3 Janvier, nous cumes connoissance des Iles Malouines, & atterrames à cet Ilot, que nous nommames la Conchée, dans le premier voyage. Le Samedi 5, nous entrames, & fumes mouiller à un demi-mille de l'entrée de la petite Baye de l'habitation; où nous trouvames tout le monde bien portant. Nous y fimes notre décharge jusqu'au 1 Fevrier, que nous étions prêts, ayant eu le tems très-variable,

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beaucoup de pluye. Le Dimanche 27, nous avions découvert 3 Vaisseaux, venant de l'Ouest. Le 2 Fevrier, voyant que ces Vaisseaux n'entroient point, nous appareillames pour le Détroit de Magellan. Pendant la traversée, tems assez variable. Le Mardi 12 Fevrier, nous eumes connoissance du Cap Lookout, à la Côte des Patagons. Après avoir viré de bord, nous nous trouvames à portée du canon d'une vigie, grosse comme notre chaloupe, & nous eumes bien de la peine à nous débrouiller, par les courans & la grosse mer. Cette vigie n'est point marquée sur nos Cartes. Le Samedi 16, nous eumes connoissance de trois Navires, faisant même route que nous. Le 17, nous entrames le Détroit Magellanique, en compagnie des trois Navires. Le Lundi 18, un des trois en louvoyant, & nous étant mouillés, toucha sur du sable, faisant très-beau tems. Nous lui envoyames nos bateaux, avec un Officier, & ancres, & grelins; mais il se débarassa, & partit sans mal. Pour lors nous les reconnumes pour Anglois. *)

*) C'étoit en effet la petite Escadre du Chef d'Escadre Byron. La Rélation imprimée de son Voyage autour du Monde raconte le fait, page 142 & suiv. en ces termes: A quatre heures dans l'après-midi, le Maître de la Floride se rendit à bord du Dauphin, & remit au Commodore les dépêches, dont l'avoit chargé l'Amirauté. Pendant plusieurs jours il s'étoit occupé à chercher l'Ile Pepys; mais enfin il s'étoit désisté de cette poursuite, aussi bien que nous…. Mais, deux jours après avoir quitté cet endroit, dans la matinée, & dans le tems que nous voguions de compagnie, nous fumes étrangement surpris de découvrir un Vaisseau étranger, qui jetta l'allarme parmi nous. Le Commodore crut d'abord que c'étoit un Vaisseau de guetre Espagnol, qui, ayant eu avis de notre Voyage, venoit pour y mettre obstacle; &, sur ce soupçon, il donna ses ordres pour qu'on se tint prêt à le bien recevoir, & aller même à l'abordage, après lui avoir lâché la bordée des deux Vaisseaux, s'il nous attaquoit. Tandis que nous faisions nos préparatifs, nous le perdimes de vûe. Mais, le lendemain au matin, nous le vimes à l'ancre, à trois lieues de distance; & alors nous continuames notre route vers le Port Famine. Nous apperçumes qu'il nous suivoit, quoique se tenant toujours éloigné; & qu'il jettoit l'ancre, lorsque nous le jettions. Le 20, nous nous occupâmes uniquement à monter nos canons sur le pont…. nous en mimes bientôt quatorze sur le tillac, & nous jettames l'ancre, ayant le Tamer à notre pouppe, & tout prêts à couper notre cable…..
Ainsi nous mettions bien des soins à prendre toutes les mesures, que la prudence pouvoit nous suggérer, pour nous mettre à l'abri d'un danger imaginaire. Mais un accident imprévû, qui arriva à la Floride, nous fit appercevoir que nous n'avions rien à craindre, & que nous ne devions point regarder comme ennemi le Vaisseau, contre lequel nous nous étions armés. Tandis que notre Vaisseau de provision manœuvroit contre le vent, il s'affola à la côte sur un banc de sable, qui étoit à environ deux lieues de nous. Aussitôt le Vaisseau étranger s'avança, & voyant que la Floride étoit en danger, jetta l'ancre, & fit mettre chaloupes en mer, pour aller à son secours. Mais, avant que les chaloupes fussent arrivées, nos canots avoient déjà abordé la Floride; & l'Officier, qui les commandoit, eut ordre de ne pas laisser passer à bord ces Etrangers, mais de les remercier de la maniere la plus polie, de leur bonne volonté. Nous sçumes ensuite, que c'étoit un bâtiment François; & comme nous ne lui avions point vû de canons, nous jugeames qui c'étoit un Vaisseau Marchand, qui étoit venu dans cet endroit, pour faire du bois, & de l'eau…. Le 21, nous rentrames au Port Famine, où nous amarrâmes nos Vaisseaux.

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Le Mercredi 20, les Anglois mouillerent dans la Baye Famine, & nous continuames jusqu'au 21, que nous mouillames à deux lieues au Sud du Cap rond, à cinq lieues des Anglois, & nous nommames ledit mouillage la Baye de l'Aigle, n'ayant point de nom sur les Cartes. Le lendemain 21, Mr. de Bougainville ayant découvert une très-belle Baye, ou Port, à une lieue ½ au Sud, nous y allames, & y amarames le Navire à quatre arbres, très à l'abri, à une lieue de la Baye Françoise. Nous la nommames Baye Bougainville. Nous y avons chargé de trèsbeau bois, & fort commodément, hal-

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lant avec une hansicre du bord, le bois coupé sur le rivage. Nous y sommes resté jusqu'au 16 Mars, toujours beau tems, chaud. Deux vaisseaux Anglois passerent, pour aller à la Mer du Sud, le 25 Février. Le 16 Mars au matin, après avoir laissé un pavillon François, arboré sur une cabane, & quantité de couvertes, (couvertures,) chaudieres, haches, & autres ustenciles propres aux Sauvages, nous appaillames. Après avoir fait une lieue, le calme nous prit; & nous fumes mouiller dans la Baye de l'Aigle. Le 17, calme. Mr. de Bougainville, en chassant,

Ss

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découvrit les Sauvages. Il fut à eux: ils parurent très-doux. Le Mardi 19, nous appareillames; le 20 au matin, le vent étant contraire nous mouillames dans la Baye Famine. Le 21 au matin, les Sauvages nous crierent: nous fumes à eux. Ils nous témoignerent vouloir aller à bord. Nous y en conduisimes six qui ne parurent pas beaucoup étonnés: nous les regalames. Ce sont des hommes, comme les Indiens de Monte-video, à peu près, n'ayant pour l'habillement que des peaux de Loups-marins, Guanacos, & Vigognes: paroissant très pauvres, n'ai-

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mant point le vin; mais beaucoup la graisse. Nous les habillames en rouge, & leur donnames heaucoup d'ustenciles propres au ménage; & puis les reconduisimes à terre, criant toujours; Vive le Roi de France: ce qu'ils répéterent très-bien. Nous leur laissames un pavillon déployé. Ils nous témoignerent tout plein de bonne volonté, nous donnant leurs arcs, & fléches. Quand nous les vîmes, ils étoient peints en blanc, & mattachés; mais aussitôt que nous leur eumes donné du Vermillon, (couleur rouge, du Minium, non du Cinnabre) ils s'en peignirent à l'instant.

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Ils paroissent aimer cette couleur. En nous en retournant, il nous saluerent de Vive le Roi, en François, l'ayant retenu; & puis des cris à leur mode, tous à l'entour du pavillon. A mesure que, nous nous éloignions, ils augmentoient leur feu & leurs cris.

Voilà à peu près ce que je puis vous dire touchant ces habitans Patagons. Nous n'avons point abordé aux Terres de Feu. Je crois que ce sont à peu près les mêmes, qui traversent le détroit dans leurs bateaux d'écorce. Ils avoient des manieres de haches, quand nous les vimes la premiere fois; & ils eurent soin de les cacher ensuite, ainsi que leurs femmes & petits enfans.

Enfin, le Samedi 23 Mars, nous sortimes le fameux Détroit, tant craint, après y avoir éprouvé qu'il y faisoit comme ailleurs, très-beau, & très-chaud, & les trois quarts du tems, calme.

Il est à remarquer que, quand la mer entre par la partie du Nord, la mer retire; ce qui est extraordinaire. Mais nous l'avons éprouvé journellement. Dans le milieu, les courans sont sensibles; mais à

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l'entrée très-forts dans les gorges: elle court au moins à deux lieues & demie, & marne environ quatre brasses.

Il n'y a point de bois à son entrée, ni d'un côté, ni d'autre. Ce sont des plaines immenses. Environ 24 lieues en dedans, commence le Bois, tant sur la terre des Patagons, que sur celle de Feu. Peu de gibier, & très chassé, peu de poisson, & point de ces beaux coquillages si vantés, du moins dans les endroits où nous avons été.

Enfin nous fimes route pour passer par le Sud des Iles Danicant. Le Mardi 26, nous eumes connoissance de terre, qui étoit les terres de l'Ouest des Iles Malouïnes, distance d'environ 80 lieues du Cap des Vierges, qui forme l'entrée du Détroit. Ensuite avons couru 50 lieues pour revenir mouiller dans le port: ce qui pourroit faire 50 lieues de côte, que nous avons parcouru par le Sud, ce qui n'est pas sa plus grande longueur, ayant un Détroit qui partage en deux les terres du Nord au Sud, sans bois. Le 29 Mars, nous avons mouillé dans le même endroit où nous étions auparavant, ayant presque eu beau tems toujours. Nous avons

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déchargé notre bois; Et le 27 Avril, nous I avons fait voile pour France, laissant 79 personnes auxdites Iles Malouïnes; la traversée un peu longue par le calme: ce qui nous a occasionné une relâche par le peu de vivres qui nous restoient; en ayant laissé le plus que nous avons pu. Le 18 Juillet, relâché à Angre, à l'Ile Tercere, où nous nous sommes pourvûs de tout en abondance, y ayant trouvé tous les secours nécessaires. Le 25 nous avons sorti, & arrivé à St. Malo, le 13 Août. Ainsi finit la lettre de

Votre très-humble serviteur
Alexandre Duclos-Guyot.

à St. Malo le 1 Sept. 1765.

Je nétois pas à Paris au retour de Mr. e Bougainville J'avois été à Montbrison en Forez. Il m'y envoya la lettre suivante, dont Mr. de Bougainville-Nerville son Cousin, resté aux Iles Malouines, pour y commander, l'avoit chargé pour moi. Il l'accompagna d'une lettre de sa part, que l'on verra à la suite de celle-ci.

"Si j'avois cru, Monsieur, que vous eussiez eu assez de complaisance, pour al-

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1er désennuyer ma mere, dans sa solitude, je n'aurois pas manqué à lui parler de vous, & à vous en prier. Elle me marque tant de choses agréables sur votre compte, que je vois que vous êtes à deux de jeu, car assurément vous ne m'en dites pas de mal. Je suis enchanté que vous vous plaisiez en sa compagnie; vous ne sçauriez me faire plus de plaisir, que de m'introduire dans vos conversations.

Je viens à notre séjour ici. Nous n'avons rien à dire de l'hyver que nous y avons passé. Il n'a point été rigoureux: jamais de neige assez pour couvrir la boucle du soulier; de glace, pour foutenir une pierre grosse comme le poing: Et si ce n'eût été la pluye, qui passoit à travers nos couvertures, comme par un crible, nous aurions fait très-peu de feu, qni nous étoit absolument nécessaire pour nous sécher. Vous n'auriez point reconnu la Colonie, si vous étiez revenu avec Mr. de Bougainville. Vous nous auriez premierement trouvés gros & gras. L'air est excellent ici. Vous auriez trouvé tout le long de notre bâtiment une belle promenade d'un terrein uni, & de

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20 pieds, & plus, de large; un nouveau Magasin reconstruit sur le bord de la mer; uu Fort entierement réparé, mis de niveau, avec des platteformes en pierres plates, sous les canons, une poudriere nouvelle, une boulangerie, & une forge. Par calcul fait, nous avons tué plus de 1500 Outardes dans la saison; car il en est une pendant laquelle elles disparoissent du Pays, & vont courir ail leurs; à l'exception de quelques familles égarées, dont nous n'avons jamais pu trouver d'œufs; mais seulement les petits, toujours au nombre de six, dont une couvée entre autres me fut apportée, & fut soignée par une de nos poules, comme par leur mere. Je me flattois de les envoyer en France; mais, depuis l'arrivée de mon Cousin ici, elles ont essuyé tous les malheurs possibles, & ont tnutes péri, par l'espiéglerie des Mousses, & Pilotins descendus à terre. Ce sera pour une autre saison. Nous avons fait la découverte d'un animal beaucoup plus beau que l'Outarde, d'une espece de Cygne aussi gros, aussi blanc, mais ayant le col noir comme jayet, & le bec rouge, Il n'a pas été possible d'en tuer:

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ces animaux sont très sauvages. Par d'autres découvertes, que j'ai fait faire dans l'Ile, à plus de 20 lieues dans l'Ouest, il paroît que la partie que nous habitons est détachée d'autres Iles adjacentes, ou seulement jointe par des Isthmes. Nous pourrions parvenir à connoître cela parfaitement avec une Goelette, qui va nous rester ici. La partie de l'Histoire naturelle, que nous n'avons pas négligée, nous a procuré plufieurs de ces coquillages, appellés Poulettes, ou Gueule de Raye. On trouve peu de bien conservées de celles dont vous m'avez envoyé la figure. Les Bénits (Pateles) sont communs, comme vous sçavez. Notre agriculture nous donne toute espérance. Toutes les graines potageres ont réussi. A l'égard du bled, il a produit, dans le terrein brûlé, de beaux épics; mais, quant à la forme seulement, & point de grain. Nos terres, comme vierges, demandent à être plus longtems travaillées, & même améliorées avec du bon fumier. Ce que nous avons de bestiaux ne suffit que pour faire des essais. Quatre de nos genisses, & nos trois chevaux sont toujours en plein champ: nous n'avons jamais pu réussir à

Ss 5

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les rattrapper: mais leur humeur vagabonde nous fait connoître un des grands avantages du Pays; c'est que les bestiaux y peuvent demeurer en toute saison, jour & nuit aux champs; & qu'ils y trouvent pâture & litiere. Nous les rencontrons les uns & les autres souvent, en allant à la chasse: ils sont gras à lard, & se trouvent bien de leur liberté. Mille remercimens de ce que vous avez bien voulu faire mes commissions que j'ai reçues. Je fais faire une caisse de coquillages, graines, & pierres du Pays; tâchez de vous trouver à l'arrivée de mon cousin, qui vous les communiquera. On dit que vous en avez mis une au Cabinet de l'Abbaye St. Germain, & qu'elle est unique *) dans son espece. Si elle a été trouvée ici, faites-moi le plaisir de me l'indiquer par un petit dessein….

De Nerville.

aux Iles Malouines ce 25 Avril 1765.

*) Celle dont parle ici Mr. de Bougainville, est 1a Poulette, appellée autrement le Coq, & Gueule de Raye. Avant celle-ci que j'ai apporté en naturel le premier en Europe, on ne l'y connoissoit que fossile, ou pétrifiée; & l'on doutoit si elle existoit en nature. Je l'avois ramassée aux Iles Malouines, ainsi que des Pourpres feuilletés, & quelques autres coquillage, inconnus en France.

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Voici la lettre de Mr. de Bougainville.

"Me voici enfin de retour, mon cher Compagnon de Voyage. J'apprends en y arrivant, que je ne sçaurois vous voir, & j'en suis désespéré. Soyez bien convaineu que personne n'est plus sensible que moi à tout ce qui vous arrive; & que je donnerois tout au monde, pour que vous eussiez fait le second voyage avec moi. Nous avons fait alliance avec ces Patagons si décriés, & que nous n'avons trouvés ni plus grands, ni même aussi méchans, que les autres hommes. Je vous envoye une lettre de mon Cousin, qui s'est conduit comme un Ange. Personne n'a eu même la fievre: l'hyver n'a été ni rude, ni long, & l'etablissement prend très-bien. Je leur ai porté cette année, plein mon Vaisseau, du plus beau bois du monde; que j'ai pris chez mes amis les Patagons. Je ne sçaurois encore dans ce moment entrer dans de plus grands détails; je n'ai pas un moment à perdre. Je crois que je vais être envoyé en Espagne, pour des arrangemens avec cette Couronne, rélatifs au nouvel établissement. Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles. Je vous

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embrasse, mon cher Camarade, de tout mon cœur.

De Bougainville.

à Paris, ce 26 Août 1765.

Mr. de Bougainville fut envoyé en Espagne, & consomma les arrangemens entre cette Cour & celle de France, rélatifs à la cession que cette derniere a faite à l'autre des Iles Malouines; & Mr. de Bougainville partit de Nantes, en 1766. sur une Frégate Françoise, & fut à Buenos-Ayres prendre un Gouverneur Espagnol, & des troupes de la même Nation, pour les mettre en possession desdites Iles. Il me communiqua, avant son départ, les observations qu'ils avoient faites au Détroit de Magellan, ainsi que la Carte corrigée de ce Détroit: que l'on trouve Pl. XIV. & celle des côtes de l'Est, du Nord, & du Sud, des Iles Malouïnes, qu'ils avoient parcourues en allant, & en revenant du ce Détroit: on la voit Pl. XII. On ne peut juger, par cette Carte, que de la largeur Nord & Sud des Iles Malouines, la partie de l'Ouest n'ayant pas encore été découverte. Les Anglois, qui se sont établis au Port d'Egmont en 1765, situé plus à l'Ouest que l'établissement

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François, pourront dans la suite nous donner des éclaircissimens sur cette partie encore inconnue.

Mr. Alexandre Duclos-Guyot, & Mr. Chenard de la Gyraudais, m'ayant communiqué les Journaux de leur Voyage fait de compagnie au Détroit de Magellan en 1766, avec la permission d'en faire l'extrait; j'ai cru devoir communiquer ces extraits au public, tant à cause des observations utiles qu'ils ont faites sur les courans & l'état de la mer, & des côtes qui forment ce Détroit, que pour fixer l'incertitude de plusieurs Savans, & autres, sur l'existence réelle des Patagons Géans.

EXTRAIT DU JOURNAL

du Sr. Alexandre Duclos-Guyot, Lieutenant de Frégate, sur la Frégote l'Aigle, au Détroit de Magellan en 1766.

Parti de la Baye Acarron des Iles Malouines, le 24 Avril. Le 26, des Iles Sebaldes la plus au Nord-Ouest me restoit au S. O. ¼ S. distance de 40 milles.

Le 28 au matin, vû une grande quantité de Baleines & de Pinguins, par la la-

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titude de 50 = 3, & de longitude 68 = 42. Variation de l'éguille aimantée, 22 degrés N. E. A midi le Cap las Barréras me restoit à l'Ouest, distance de neuf lieues. A dix heures, le 29, Mr. de la Gyraudais a sondé, & trouvé 60 brasses sable fin noir, & une pierre à fusil toute taillée.

Le 30, un peu avant minuit, calme tout plat. Sondé & trouvé 62 brasses, sable fort noir, & quelques petits cailloux, jaunâtres, gros comme des pois. A midi latitude observée, douteuse 51 = 24. long. 70 = 30. N. E. A midi le Cap des Vierges me restoit au Sud, 19 lieues de distance, & la terre la plus proche environ deux lieues, suivant mon point.

1 May, à sept heures & demie, gouverné à O. S. O. asin de prendre connoissance de la Terre des Patagons. A neuf heures, me faisant sur le banc qui est à l'entrée du Détroit de Magellan, la mer changée, & son eau comme celle d'une riviere troublée par les pluyes. A midi suivant mon point, j'étois environ 13 lieues dans les terres du Cap des Vierges. Latitude estimée Sud 52 = 20. Long. 71 = 35. Variation observée occase 23 N.E.

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A 3 heures après-midi, connoissance de la Terre de Feu; à 5 heures, relevé le Cap des Vierges au N. O. du compas; dist. de 4 à 5 lieues. A 7 heures, vû une Comete chevelue dans l'E. N. E. penchante surl'horison. Au jour nous l'avons perdu de vûe. A midi, relevé le Cap des Vierges au Sud & Sud ¼ S. E. distance de 7 à 8 lieues; la terre la plus proche au S. S. O. 4 lieues. Suivant le relèvement de midi sur la Carte Françoise, je serois par 52 = 24. ce qui diffère de mon observation de 8 minutes. L'année derniere, j'avois observé 13 min. Ce qui provient sans doute de la position du relévement, avec la distance.

Suivant mon observation, le Cap des Vierges ne seroit tout au plus que par les 52 = 24. La Carte Françoise le place par les 52 = 33. & Mr. Anson par les 52 = 20. La latit. observée 52 = 6. Long. 71 = 51. Variation observée ortive. 22 = 40. N. E.

Samedi 3 May, à 8 heures, le Cap des Vierges me restoit au N. & N. ¼ N. O. 3 lieues ½ ou 4 lieues. La Terre de Feu la plus à l'O. au S. O. ¼ S. le Cap du St. Esprit, au S. S. E. Celui de Posses-

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sion a l'O. ¼ S. O. Je compte qu'il n'y a pas moins de sept lieues d'une terre à l'autre, à l'entrée du Détroit.

En louvoyant cet après-midi, découvert une pointe ras l'eau, à l'Ouest du Cap du St. Esprit, qui court sur l'O. S. O. trés-loin; & au bout, quelques roches sous l'eau, qui découvrent de basse mer, & ne se voyent pas de loin. Il ne peut y avoir que six lieues de passage entre la basse terre du Cap des Vierges, (qui est une langue de terre, courant au S. E.) On ne la decouvre qu'étant plus à l'O. que ledit Cap. Il m'a paru qu'il y a un mouillage en dedans, formant un grand enfoncement.

Dimanche 4, à la pointe du jour, nous étions environ 4 lieues dans le S. E. du Cap de Possession. A midi, il nous restoit au N. N. E. 2 lieues ½ Il y a une batture, & un banc auprès du Cap Orange. Il s'étend fort au large; c'est pourquoi il faut ranger la terre des Patagons. Nous y avons vû du feu sur le rivage, & en approchant nous y avons apperçu des hommes à cheval, & beaucoup d'autres à pié. Lorsque nous avons été vis-à-vis d'eux, ils nous ont hellé,

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sans que nous ayons pu entendre leur langage. Nous leur avons répondu par des cris, & arboré notre pavillon. Cinq d'entre eux nous ont suivis le long de la côte, environ deux lieues. La nuit nous les a fait perdre de vûe. Ils paroissent bons cavaliers, habiles au manege, & leurs chevaux agiles.

Nous n'avons presque point éprouvé de courans dans le Goulet; nous étions presque en calme. Ce Goulet dans son plus étroit a une grande lieue de large; & court N. N. O. & S. S. O. du compas, y ayant 23 deg. de variation N. O. Je l'ai observée à 4 heures ½ A cinq heures du soir, mouillé dans la Baye Boucaut par 9 brasses ½, fond de coquillages pourris; le Cap Grégoire à O. S. O. la pointe de la Basseterre du dit Cap, qui for me l'entrée du second goulet, au S. O. ¼ O. Le Cap Entrana au N. E. 5 deg. E. environ 2 lieues ½.

Au jour, calme tout plat. A 6 heures du matin, nous avons vû la Comete dans l'Est, 7 dégrés sur l'horizon.

Remarques sur les Marêes.

Dans le Voyage dernier, j'avois fait attention, quand nous donnames dans le

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premier Goulet, que la Marée commençoit à entrer, & je comptois qu'il étoit commencement de flot. Cependant je ne m'appercevois pas au rivage, que la mer marnât beaucoup; ce qui me surprit d'autant plus, que tous les Navigateurs s'accordent à dire qu'elle marne beaucoup; & le rivage n'étant pas mouillé, comme il l'est ordinairement, quand la mer le quitte. En sortant nous fumes 2 heures ¾ faisant 7 à 8. nœuds, sans gagner une demilieue. Après que le courant eût diminué, & que nous eûmes gagné le demicanal, je m'apperçus sur ses rives, que l'eau venoit de les quitter, au moins quatre brasses perpendiculaires. Cette observation m'a fait naître l'idée, que, quand il y a flux, la mer sort du côté du Nord, & au contraire, quand il y a Ebe, elle entre & porte au Sud.

Quand nous fumes le travers du Cap d'Orange, nous apperçumes une greve très-grande, que nous avions prise pour la grande mer, en entrant, étant couverte, ainsi que toutes les battures, & banc du Cap d'Orange, que nous n'avons point vûes. Ce qui me confirme dans mon opinion, quoique contraire à celle

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de tous ceux qui ont navigué dans ce Détroit, avant moi. Aujourd'hui la maree fortoit, & nous étoit contraire pendant quelque tems; & néanmoins la marée étoit toute haute, quand elle a commencé de porter au Sud.

Alors tous les bancs & battures étoient couverts, ainsi que les greves & rives, que nous avons vû mouillées en sortant. J'ai observé que la marée a porté dedans jusques à neuf heures. Pour lors, nous avions diminué de quatre pieds perpendiculaires. Ensuite, ressortant nous avons augmenté de trois brasses: puis il s'est écoulé un petit intervalle sans qu'il y aît eu aucun cours; cependant nous avons encore augmenté d'une brasse: ensuite la mer a repris son cours, sans que nous ayons ni augmenté, ni diminué, faisant deux tiers de lieue à l'heure. A diminué ensuite sans aucun courant; ce qui m'a fait penser queles courans ne sont pas réglés; & que dans les Bayes le gonflement fait le reversement des marées. J'attends une plus ample observation pour fixer mon opinion.

Nous nous apperçûmes que la mer commençoit vers les 3 heures après-mi-

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di à entrer dans le goulet, ayant 26 jours de Lune; ce qui donnerait le goulet Est & Ouest pour sa situation: qu'il y seroit haute marée à 6 heures 12 min. les jours de nouvelle & pleine Lune.

Mardi 6 les Sauvages se sont montrés sur les neuf heures du matin, & faisoient du feu sur le rivage, au ruissean Baudran. Nous avons arboré notre pavillon, & Mr. de la Gyraudais sa flamme. Nous avons ensuite mis l'un & l'autre canot & chaloupe à la mer, avec des gens armés de fusils & de sabres. Il y avoit dans la chaloupe de Mr. de la Gyraudais un Officier de troupes, avec des présens pour les Sauvages. Dans mon canot étoient sept Matelots, & trois Officiers, sous le commandement de mon frere. A onze heures nous les avons vû débarquer, & des hommes à cheval, qui les recevoient: ce qui m'a donné bon augure de paix. Jusques à midirien de particulier.

Le rapport de mon frere est, que les Sauvages ou Naturels du Pays sont différens de ceux que nous vîmes l'année derntere, dans la Baye Famine; parlant une langue différente. Ils étoient six hommes,

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& une femme, n'ayant que six chevaux, gardés chacun par un chien, qui ne les quitte pas.

Ils ont très-bien accueilli nos Messieurs, é'ant venus au devant d'eux, pour leur enseigner où il falloit aborder & descendre. Ils n'ont point paru étonnés, ni montré la moindre émotion. On a mesuré le plus petit, ou le moins haut, & mon frere l'a trouvé de cinq pieds & sept pouces. Les autres étoient beaucoup plus hauts. Ils sont couverts de peaux de Chevreuils, de Guanacos, de Vigognes, de Loutres & d'autres animaux. Leurs armes sont des pierres rondes, ayant deux poles allongés & pointus, la partie ronde enchassée au bout d'un cordon composé de plusieurs courroyes étroites, tressées, entrelassées en rond, comme un cordon de pendule, & composant une espece d'assommoir: à l'autre bout, est une autre pierre, en forme de poire, moitié plus petite que l'autre, & comme enveloppée dans une vessie.

Ils s'en servent particulierement pour lacer les animaux; & y sont très-adroits, comme ils l'ont prouvé par l'expérience

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faite devant nos Messieurs Ils ont encore d'autres assommoirs faits à peu près de même. Ils manient bien leurs chevaux, sur lesquels ils mettent une espece de selle, approchant de celle de nos cheveux de charge, que nous appellons un bât. Ces selles sont montées de deux morceaux de bois, garnis de cuir, & sont fourrées de paille. Le mors de la bride est un petit bâton, & les rennes sont tressées comme les cordons de leurs assommoirs. Ils ont especes de bottines, ou guêtres de peau, où est encore le poil; & deux petits morceaux de bois ajustés aux deux côtés du talon, se joignent en pointe, pour leur servir d'éperons. Leur culotes sont des braguets très-courts, à peu près comme ceux des Sauvages du Canada; & sont très-bien découpés. Il paroît qu'ils ont traité avec les Espagnols; car ils ont une lame de couteau à deux tranchans, très-mince, qu'ils placent entre leurs jambes. Leurs guêtres sont faites comme celles des Indiens du Chily. Ils prononcerent quelques mots Espagnols, ou qui tiennent de cette langue. En montrant celui qui paroissoit être leur Chef, ils le nommerent Capitan. Pour de-

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mander du tabac à fumer, ils ont dit: Chupan.

Ils fument aussi à la Chillyenne, renvoyant la fumée par les narines; & sont très-amateurs de pipes & de tabac. En fumant, ils disoient buenos, & se frappoient sur la poitrine.

On leur a donné du pain frais, & du biscuit de mer: ils l'ont mangé du meilleur appétit. Les présens qu'on leur a faits, consistoient en quelques livres pesant de ce rouge, que nous appellons vermillon: des bonnets rouges de laine; mais aucun d'eux n'a pu y faire entrer sa tête; ces bonnets, quoique fort grands pour des têtes ordinaires, étoient trop petits pour les leurs. Nous leur avons aussi donné quelques couvertures de lit, des haches, des chaudieres, & autres ustencilles.

Mon frere a passé son mouchoir de poche autour du cou du Capitan; qui l'ayant accepté, a défait aussitôt sa ceinture, faite de courroyes tressées comme une sangle de selle de Cheval, ayant aux deux bouts une boule de pierre enchassée à moitié dans du cuir: une troisiéme pierre attachée aussi, vers le milieu de la ceinture, ainsi qu'une pierre à aguiser. Il la

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présentée à mon frere, & l'en a ceint, en lui témoignant beaucoup d'amitié. On leur a fait entendre que nous allions plus avant dans le Dètroit; & ils ont fait entendre par signes, qu'ils iroient se coucher aussitôt que le Soleil, faisant la démonstration de se coucher, & de ronfler en dormant.

Dès que nos bateaux les ont eu quitté, & pris le large, ils ont monté à cheval, & ont dirigé leurs pas du côté où nous leur avions fait entendre que nous irions.

Ils paroissent rusés, hardis, aimant à recevoir, & non à donner. Ils s'enveloppent dans leurs peaux d'animaux, cousues ensemble, comme font les Espagnols de leurs manteaux. Nos Messieurs ont tué quelques perdrix; ont vû des loups, des renards, & beaucoup de rats; mais rien de curieux.

Jeudi 8, vû derechef la Comete, à six heures du matin. Elle a disparu avec le jour. A midi, mouillé sous la Basse-terre du Cap Grégoire, par 25 brasses, fond de gros gravier, petites pierres, grosses comme des feves, & coquillages pourris. Le bout de la Basse-terre du Cap

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Grégoire, qui forme l'entrée du second goulet, au S. O. ¼ S. 3 deg. S. ¾ de lieue; la terre la plus proche à O. ¼. La pointe de l'Ile St. George, qui forme l'entrée du goulet bâbord en entrant, au S. S. O. quelques degrés Ouest. Le gros Cap Grégoire à O. ¼ N. O.

Après-dîner, mis nos canots à la mer pour aller à la pêche & à la chasse. Ils sont revenus le soir, sans avoir rien pris, ni tué, excepté Mr. de la Gyraudais, qui a tué une Vigogne galeuse. Il y a beaucoup de Vigognes sur le terrein, qui forme un beau pays. On y a vû quantité de renards, de loups, & de rats; point d'eau, quelques broussailles de bois jaune.

Vendredi 9, appareillé à jour. A dix heures nous étions dans le second goulet, & avons fait route, pour passer entre l'Ile Ste. Elizabeth & celle de St. Barthelemi; mouillé ensuite à onze heure, dans la Baye du Cap noir; sa pointe au N. N. O. 5 deg. N. La pointe de l'Est de l'Ile St. Elisabeth au N. N. E. l'Ile aux Lions au N. E. ¼ E. l'Ile St. Barthelemi au N. O. ¼ N. l'entrée du goulet au N. E. 5 deg. N. la pointe du

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Sud de la Baye au S la terre la plus proche à trois quarts de lieue. On commence à voir du bois sur la pointe du Cap noir.

En visitant les Bois, nous n'y en avons trouvé que de tors, propre à brûler, & du bois jaune, ressemblant au Fustel. Le terroir y paroît assez bon, ainsi que la Baye; & l'on peut se mettre beaucoup plus dedans, que nous ne sommes, le fond y étant égal; huit & neuf brasses sable fin, & vaseux plus on s'approche de terre. On peut s'y mettre à l'abri depuis le N. N. E par l'Ouest.

Nous n'avons pris à la pêche qu'un grand Cornet, & quelques Grasdos, avec un poisson doré, espece de Surmulet. Moins heureux à la chasse. Par la grande quantité de fientes d'Outardes, semées dans les bruyeres, nous avons jugé que cet oiseau y abonde dans la saison. Point d'eau douce. On trouve un Lac à la distance d'un mille du fond de la Baye.

Samedi 10, à quatre heures du matin, la mer, portant à l'Est, s'est retirée de neuf pieds perpendiculaires: ce qui paroît contraire à toutes mes observations, rapportées ci-devant; mais ce pourroit être quelque marée reverse. Il paroît

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que la mer ne marne pas trois brasses; ce qui différe déja de plus de moitié de l'entrée du premier goulet.

Nous avons toujours rangé la côte des Patagons; & sondant presque sans cesse, nous avons trouvé 17 brasses, bon fond, en dehors de la Baye. Le fond augmentoit jusqu'a 35 brasses, sable vaseux, à mesure que nous avancions vers le Sud. La côte est aussi bordée de bois plus beaux, & plus fournis en quantité.

Ayant fait 7 lieues, nous nous sommes trouvés à l'ouverture d'une petite Baye, où il y a une pointe ras-l'eau, qui met une demi-lieue au large.

A peine avions nous fait un quart de lieue, après n'avoir pas trouvé fond à cent brasses, que nous l'avons trouvé à 17, & au bout du peu de tems qu'il a fallu retirer le plomb, & le jetter de nouveau, 8 brasses seulement, puis 5, puis 4½. toujours sable fin vaseux. La profondeur a augmenté peu après jusqu'à 25 brasses. Il est à remarquer que la mer étoit haute. Il ne seroit peutêtre pas resté d'eau sur l'endroit le moins profond, si la mer eût été basse. La terre la plus proche étoit alors à notre

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travers, distante d'environ une lieue; & de la pointe la plus basse à peu près même distance: il n'y a point de bois sur cette pointe, qui est à environ 7 lieues de Cap noir; & le banc une lieue, dans le Sud-Est de cette pointe. Ce banc n'est pas marqué sur les Cartes du Détroit; il est cependant très dangereux, étant dans le milieu de la Baye; que je pense être Freschwater, par sa distance de la Baye Famine. Il y a deux petites rivieres, & de très-beau bois; & ressemble en tout à la description qu'en a fait l'Anglois, qui lui a donné le nom de Freschwater.

Depuis midi jusqu'au soleil couché, à peine avons-nous gagné une lieue sur le S. ¼ S. E. la marée étant contre nous. Alors j'ai relevé l'entrée du prétendu Détroit de St. Sébastien à l'E. S. E. la terre la plus proche de nous à O. & O. ¼ N. O. à une lieue ½ la pointe basse où nous étions à midi, au N. N. O. une lieue ½ la pointe Ste. Anne, que forme l'entrée du N. de la Baye Famine, au S. ¼ S. E. & Sud, distance 7 lieues.

Nous avons ensuite rangé la pointe Ste. Anne à ¼ de lieue, & mouillé dans la Baye

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Famine, par 9 brasses ½ fond de vase verte coulante, & filé 90 brasses de cable. La pointe Ste. Anne à l'E. N. E. le Cap rond au S. ¼ S. E. l'Ile de sable, qui forme le Sud de la Baye, où il y a une riviere au Sud.

Sondé la Baye: bonne partout. On peut ranger la pointe Ste. Anne à deux encablures, sans risque, si l'on s'y trouve forcé par le vent; le moins d'eau qu'il y aît, est cinq à six brasses, & augmente peu à peu jusques à 25, un quart de lieue au large: mais il ne faut pas y mouiller; car le fond est de roches, & grand courant. Dans le S. O. de cette pointe est une basse, où il ne reste pas trois pieds d'eau en basse mer. Elle est à une encablure de terre.

Il convient, quand le vent le permet, de ne ranger la pointe Ste. Anne qu'à un grand tiers de lieue, à cause du courant; & qu'il pourroit y avoir quelques têtes de roches sous l'eau, que nous n'avons pas vûes: ensuite mouiller par huit & dix brasses, plus du côté de Ste. Anne, que du côté du Sud; parce que l'eau y diminue tout à coup quand la mer est haute, ainsi que dans le fond, où de basse-mer il reste une greve découverte plus d'un quart de lieue. Jai

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observé que la mer marne perpendiculairement de 14 à 16 pieds, en grande mer; & trouvé, par la situation du Havre, qu'il est S. E. & S. E. ¼ S. N. O. & N. O. ¼ N. Ayant aujourd'hui quatre jours de Lune, il s'est fait pleine mer après une heure.

Samedi 17, sondé les petites Bayes, qui sont au Nord de la pointe Ste. Anne. On y a trouvé des battures très au large.

Dimanche 18, envoyé après-diné, tous les charpentiers à terre, pour couper du bois à brûler & à bâtir; ce qui étoit l'objet de notre mission, ainsi que d'y prendre des plants d'arbres.

Mercredi 28, M. de la Gyraudais étant chargé & prêt, a appareillé à 7 heures du matin, pour retourner aux Iles Malouines.

Vendredi 30.

Ce matin j'ai apperçu des Sauvages sur l'Ile de sable, qui forme l'entrée du Sud de la Baye, où nous les avions laissés l'année derniere. J'ai couru aussitôt vers l'attelier, demander le canot. Mr. la Perriere me l'a envoyé, avec son équipage. J'ai été vers les Sauvages, & les ai reconnus pour les mêmes de l'année derriere. Ils étoient vingt-deux hommes, sans femmes, ni bateaux. N'ayant point de présens' à leur

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donnér; & ne pouvant m'en faire entendre, je me suis rembarqué.

Dimanche 1 Juin.

Les Sauvages, dès le matin, nous ont fait des signaux; mais le mauvais tems nous a empêché d'aller à eux. Deux d'entr'eax ont été au chantier; & ont fait entendre qu'ils desireroient que l'on fût dans la riviere avec le canot.

Le 2, deux Sauvages se sont présentés au fond de la Baye, hellant en leur langage. J'ai envoyé un Officier avec le canot, leur demander s'ils vouloient venir à bord. A l'arrivee du canot, ils ont pris la fuite du côté de la riviere, faisant signe de les suivre. L'Officier n'a pas jugé qu'il fut prudent de le faire; & est revenu à bord. A onze heures, nous les avons vûs sortir de la riviere dans six canots, ou pyrogues. Ils ont traversé la Baye; ont passé à une portée de fusil de nous, sans vouloir y venir, & ont été débarquer dans une petite anse, sous la pointe de Ste. Anne. Comme j'ai mis fix hommes en cet endroit, pour couper du bois à brûler, & que les Sauvages étoient en grand nombre, j'ai fait armer sur le champ & canot & chaloupe, & suis allé les trouver. A mon arrivee, les uns bâtis-

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soient leurs cabanes; les autres pêchoient des coquillages, sçavoir des Moules, des Patelles, Oursins, Crabes, Buccins, & le tout sur les rochers seulement. Ils ont néantmoins des rets faits de boyaux.

Après avoir renouvellé avec eux l'alliance que nous fimes l'année derniere, je leur ai fait distribuer quelques présens, consistant en quelques livres de vermillon, couvertures de laine, petits miroirs, craye, couteaux, quelques capots, une hache, du pain &c. Ils n'ont pas voulu goûter de vin. Je ne leur ai pas proposé de l'eau de vie, par crainte des conséquences dangereuses.

Leur famille m'a paru composée de 26 hommes ou garçons, & 40 femmes ou filles, parmi lesquels beaucoup de jeunes gens. Le chef d'entr'eux se nomme Pacha-chui. Il est distingué des autres par un bonnet de peaux d'oiseaux ayant leurs plumes. Il le met sur la tête, quand il reçoit des visites, pour marque sans doute de sa dignité. Les femmes m'ont semblé d'une grande modestie, mais forcée par la présence des hommes, qui paroissent jaloux à l'excès.

J'ai interrogé le Chef, comme j'ai pu, sur la Religion. Il m'a donné à entendre,

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ou j'ai cru comprendre à ses signes, qu'ils n'adoroient ni le Soleil, ni la Lune, ni hommes, ni animaux, mais seulement le Ciel, ou l'Univers entier; ce qu'il m'a répété plusieurs fois, en élevant toujours les mains jointes sur sa tête.

Pendant ce tems-là, comme ils sont sans façon, ils jettoient au feu tout le bois que nos gens coupoient. Pour ne pas me brouiller avec ces Sauvages j'ai fait interrompre ce travail sur cet endroit, & ai envoyé mes six hommes couper du bois loin d'eux.

Ils ont troqué avec nos gens des arcs, des flêches peu dangereuses, des colliers de coquillages, en échange pour leurs hardes. Je les ai ensuite quitté, en les invitant de venir à notre bord. Quatre ont accepté mon offre. Je les y ai fait dîner avec moi, & les ai traités de mon mieux. Ils ont préféré le lard à tout. Leur dessert a été une chandelle pour chacun: ils les ont mangées avec avidité. Le repas fini, je les ai fait habiller de pied en cap, & leur ai donné des babioles, dont ils ont paru très contents; & puis les ai fait porter à terre.

Je suis retourné aux cabanes des Sauvages l'après-diné. Le Pacha-Choui est venu au devant de moi, m'a fait présent d'u-

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ne espece de pierre à tirer du feu, semblable à celles du Canada, paroissant être une marcassite de cuivre jaune. Il a ensuite distribué les présens que je leur ai faits ce matin.

Un d'entr'eux marmotoit continuellement. Je lui ai demandé pourquoi? Il m'a fait entendre qu'il prioit, en me montrant le Ciel, comme le Pacha-Choui avoit fait le matin: ce qui semble annoncer, qu'ils adorent une Divinité; mais je n'ai pu comprendre, ni ce qu'elle est, ni sous quel titre.

Les hommes & les femmes n'ont pour habillemens que des peaux, soit de Loups marins, soit de Vigognes, Guanacos, Loutres, Loups-cerviers, qu'ils jettent sur leurs épaules. La plûpart ont la tête nue. Une peau d'oiseau emplumée couvre leur nudité. Les hommes se nomment Pach-pachevé; les femmes Cap-cap. Ils m'ont appris ces noms en me montrant leurs personnes, & ensuite leurs parties qui distinguent le sexe. Ils sont maigres, les uns & les autres. Leurs canots sont malfaits, en comparaison de ceux des Sauvages du Canada. Ce sont les femmes qui rament & qui pêchent. Ils ont beaucoup de chiens, semblables à des Renards. Ils les appellent Ouchi; & leurs canots, Shorou.

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Il est à remarquer que les marées du matin sont toujours égales au matin; montent très-peu en grande mer, & seulement comme de morte-eau.

Mercredi matin 4, les Sauvages n'ont pas fait de façons pour brûler cinq à six cordes de bois, que nous avions coupées; mais ils nous ont aidé à embarquer le reste.

A midi, le Pacha-choui est venu à bord de notre Frégate, accompagné d'onze hommes. Je l'ai fait dîner avec moi, & ai fait donner aux autres du biscuit, & un morceau de suif: pour boisson trois pintes d'huile de Loup marin. Ils ont tous bû & mangé d'un appétit charmant. J'ai ensuite habillé la Pacha-choui, & ai donné quelques bagatelles aux autres; puis je les ai fait porter à terre.

Le 6, tous les Sauvages, contens de la réception que j'avois faite à leurs camarades, sont venus, dans quatre canots, me faire visite. Mais comme ils avoient grand feu dans leurs canots, je n'ai pas voulu les laisser aborder; ce qui a paru leur déplaire. Je leur ai fait porter du biscuit & de l'huile; puis les ai renvoyés après leur dîné, sans leur en dire la cause.

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Dimanche 8, les Sauvages commencent de nous importuner. Ils ont volé dans notre attelier plusieurs haches, viandes & hardes. Comme ils paroissent enclins au vol & à la surprise, j'ai pris le parti de ne laisser coucher personne à terre, & de faire emporter tous les soirs les ustenciles & les outils; ce qui va nous devenir d'une grande gêne.

Lundi 9, les Sauvages nous ont encore volé des harpons, haches, coins de fer, masses. J'en ai porté mes plaintes au Pacha-choui, & lui ai demandé nos outils; mais inutilement. Alors je leur ai fait entendre de ne pas recommencer, ou qu'ils seroient maltraités.

Leur bateau, qui avoit traversé la Baye hier au soir, leur a apporté un homme mourant, d'environ 40 ans. Il est d'une maigreur inconcevable.

L'après-midi, nos coupeurs de bois m'ont représenté qu'ils perdoient beaucoup de tems à aller coucher à bord, & à retourner au bois; & m'ont demandé de rester à coucher à terre. J'y ai consenti, en leur recommandant de traiter doucement les Sauvages, s'ils viennent leur faire visite.

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J'ai établi, pour cet effet, un chef entre eux, homme de bonne conduite, ainsi que son frere, doux, & d'ailleurs habitué à vivre avec les Sauvages du Canada, connoissant à quelque chose près leurs mœurs. Je leur ai aussi recommandé de veiller, crainte de surprise, & je suis retourné à bord.

Jeudi 12, ce' matin, vers les quatre heures, nous avons entendu des cris chez les Sauvages. Trois de leurs canots, chargés de beaucoup de femmes, & de quelques hommes, sont venus à notre bord. Je leur ai fait donner quelques morceaux de pain, & de l'huile de Loups marins, qu'elles ont mise la plus grande partie, dans une espece de boyau, apporté exprès, & ont bu le reste. Je n'ai pas voulu les laisser monter à bord, vû qu'ils sont grands & hardis voleurs; & qu'ils avoient grand feu dans leurs canots. Aujourd'hui, contre l'ordinaire, les hommes n'étoient pas peints: quelquesuns seulement l'étoient de noir, & paroissoient eftroyables. Les femmes étoient toutes matachées de noir, avec les visage & la gorge ensanglantés, paroissant s'être égratignées avec des épines. Deux

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de leurs canots ont doublé la pointe Ste. Anne, allant au Nord.

Dimanche 15: ce matin, j'ai été visiter les Sauvages. N'ayant plus apperçu le malade, je leur ai demandé ce qu'il étoit devenu? Ils m'ont fait entendre qu'il étoit mort. Les cris que nous avions entendu le Jeudi matin, étoient apparemment le signe de leur deuil. Ils paroissoient tous très affligés, & étoient tous peints en noir, contre leur ordinaire; & les femmes tout égratignées comme si on les eût déchirées avec des épingles. J'ai remarqué en eux un grand regret pour le mort. Qu'en avez-vous fait, leur ai je demandé par signe? Point d'autre réponse, que d'élever leurs mains vers le Ciel; & ont répété plusieurs fois le même signe, peut-être pour me faire entendre que le défunt y est. D'où l'on peut conjecturer qu'ils croyent une autre vie après celle-ci. Ils n'ont jamais voulu me dire ce qu'ils ont fait du cadavre. Je croirois qu'ils l'ont transporté dans l'un de canots qui ont doublé la pointe de Ste. Anne. Je leur ai distribué quelques biscuits, & de l'huile de Loups marins.

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Lundi 16, j'ai apperçu deux canots de Sauvages venans à nous, & tous les autres sortant de la Baye Je me suis mis dans le nôtre avec du pain & de l'huile. En approchant d'eux, je leur ai fait signe de me suivre à terre; ce qu'ils ont exécuté très promptement. Je leur ai donné le pain & l'huile. Ils avoient levé leur camp: ceux qui y étoient encore ramassoient le reste. Ils m'ont fait entendre, qu'ils alloient habiter à une lieue de là, dans une des petites Bayes qui sont au Nord de Ste. Anne; parce que les coquillages devenoient rares dans l'endroit où nous étions. Le Pachachoui étoit dans un des deux bateaux; & venoit me remercier & me prévenir de son départ.

Je me suis hazardé alors de lui demander si quelques uns de ses jeunes gens voudroient venir faire le voyage avec nous; en lui faisant entendre de mon mieux, que je les raménerois dans un an. Il m'a répondu par signes, qu'il y consentoit: & aussitôt il m'en a présenté un, qui m'a paru content. Nous nous sommes quittés; & j'ai emmené mon jeune Sauvage à bord. Je l'ai habillé,

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& l'ai traité le mieux possible. Le Chef est sorti de la Baye; sans doute pour aller joindre sa troupe.

Mardi 17, notre Sauvage paroît se plaire avec nous; il a même l'air content & gay. Sur les 10 heures, 17 Sauvages venant par terre d'une petite Baye, qui est au Nord de nous, & où ils sont campés, sont venus voir leur camarade. Nous avons été au devant d'eux, lui avec nous; & je leur ai donné du pain & de l'huile, pour leur déjeuné. Sur le point de nous en retourner, un autre a demandé de venir à bord, pour y rester avec son camarade. Je l'ai emmené, vû que c'étoit volontaire de sa part.

Vers les 6 heures du soir, je me suis apperçu que nos deux Sauvages étoient tristes jusqu'à pleurer, & regardoient toujours la terre. Je n'ai pas eu de peine à deviner la cause de leur chagrin; & à me représenter combien un tel parti devoit leur causer de réflexions & de regrets. Malgré l'envie que j'avois de les emmener, dans l'espérance de tirer d'eux quelque éclaircissement pour la suite, j'ai pris le parti de les renvoyer, & de leur rendre une liberté qu'ils pen-

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soient sans doute avoir perdue. Je les ai fait embarquer dans le canot, & conduire à terre. Ils ont montré beaucoup de joye en y descendant; & ont demandé à aller joindre leur famille.

Mercredi à 9 heures, ils sont venus demander du pain & de l'huile. Je leur en ai fait distribuer, & ils ont aidé à charger la chaloupe; de la à leur ancienne habitation. Sur les 4 heures après-midi, ils nous ont quitté, me faisant entendre qu'ils alloient dormir; parce que la Lune parossoit, (ils l'appellent Sercon,) qu'ils reviendroient, & me rameneroient les deux jeunes gens qui avoient été à bord. Nous y étant de retour, nous avons entendu deux coups de fusil; signal dont nous étions convenus pour demander du secours, en cas que l'on fut attaqué pour les Sauvages. Je me suis douté que nos gens étoient alors aux prises avec eux. J'ai fait armer les bateaux, & les ai envoyé porter du secours; mais il étoit trop tard: la bataille étoit gagnée, & les Sauvages en déroute, à notre arrivée à terre. Voici le fait.

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Vint ou 26 Sauvages, nous a-t-on dit, étoient descendus en cachette, & à la sourdine, par le bois, derriere l'attellier; & trois entrerent précipitemment dans la cabane de nos gens. Ceux-ci croyant appercevoir en eux quelque dessein funeste, se sont mis à la porte de la cabane, pour empêcher les autres d'entrer. Alors ils ont voulu forcer; & ne pouvant le faire, ils se sont jettés sur nos gens, les uns aux jambes, pour les faire tomber, & les lier probablement, car ils étoient munis de grandes courroyes en forme de laqs, ayans au bout un dard d'un os endenté, d'environ 6 pouces. Les autres frappoient à coups de gros bâtons. Nos gens, quoique surpris d'une si prompte déclaration de guerre, n'ont pas perdu tête. Ils se sont munis de leurs sabres, ont fait main basse sur leurs ennemis, & ont saccagé tous ceux qui se sont rencontrés devant eux; ce qui a mis les Sauvages en désordre, & en déroute. Nos gens n'étoient cependant que sept contre 25: trois Sauvages sont restés morts sur le champ de bataille, sans compter les blessés. Trois des nôtres ont été blessés; le Maître

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Charpentier de plusieurs coups de bâton sur la tête; un autre dangereusement aussi à la tête, par un coup de sabre; & son frere d'un coup de sabre sur la main, dont il demeurera estropié. On a pansé les blessés aussitôt qu'ils ont été arrivés à bord. Un des trois a été ensuite trépané.

Vendredi 20: j'ai envoyé ce matin la chaloupe chercher le merrein, & enterrer les trois Sauvages dans une même fosse. On a mis dessus leurs peaux ou manteaux avec leurs souliers, après y avoir élevé une hauteur de terre, afin que les autres Sauvages reconnoissent l'endroit, où sont leurs défunts camarades; & qu'ils ne pensent pas qu'on les a mangés: ce qu'ils pourroient imaginer, s'ils ne trouvoient pas les corps morts.

Dimanche 22, nous étions à l'entrée du goulet; & à onze heures vû plusieurs feux sur les basses-terres du Cap Grégoire. En les rangeant, nous avons apperçu environ 90 à 100 hommes, la plûpart à cheval, nous suivant jusques au mouillage; comptant sans doute, que nous y mouillerions. Mais le grand vent

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& le tems favorable pour sortir du Détroit m'en ont empêché. A midi, la pointe du Cap Grégoire nous restoit à l'Ouest, demi-lieue. Depuis ce matin, nous avons fait douze lieues, les Sauvages nous faisant toujours des signes. A 9 heures du soir nous avons relevé le Cap des Vierges, & sommes sortis du Détroit.

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REMAQUES

faites en 1766 dans le Détroit de Magellan, depuis le Cap des Vierges jusques au Cap Rond; par Mr. de la Gyraudais, Lieutenant de Frégate, aujourd'hui Capitaine de Brûlot.

Le Cap des Vierges est de la hauteur du Cap Fréhel, dans la rade de St. Malo, & a la même forme. A deux lieues & ½ dans l'Ouest, il s'y trouve une pointe basse, qui s'allonge une lieue en mer dans le Sud, avec une batture, à deux encablûres au large de cette pointe, qui couvre; & la mer y brise beaucoup. Cette batture n'est pas marquée sur la Carte du Détroit, non plus qu'une Baye où nous avons mouillé. La côte est assez haute, & saine, depuis le Cap des Vierges, jusqu'à celui de la Possession. On peut ranger à une demi-lieue sans risque. La Baye de Possession est grande. On y est à l'abri des vents depuis le O. S. O. jusqu'au N. E. passant par le N. Elle est

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très reconnoissable au plan de Mr. de Gennes, qui est bien jetté pour les distances, & pour le gissement des terres; à la reserve de l'Ile aux Lions, qu'il ne met pas assez dans la partie de l'O. S. O. d'une lieue & ½ au moins. Au dessus de la Baye de Possession, on voit un gros Morne, & dans le S. O. d'icelui quatre petits Mondrains hachés à peu de distance l'un de l'autre.

Depuis cette Baye jusqu'au delà du premier Goulet, la côte est basse & saine, du côté de tribord en entrant. On trouve ensuite la Baye Boucaut, formée par le premier Goulet, & le Cap Grégoire qui est assez haut. A deux lieues dans les terres est une montagne, qui va N. E. & S. O. une terre fort haute, & unie, que l'on voit longtems avant que d'entrer dans le premier Goulet.

Après avoir passé le second Goulet, on trouve la terre plus haute, & l'on voit plusieurs enfoncemens depuis le second Goulet jusqu'à l'Ile Ste. Elizabeth; & de là à la grande terre qu'il faut ranger le plus qu'il est possible, surtout quand il y a flot; car la marée jette sur l'Ile St. Barthelemi comme un foudre. On passe entre

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ces deux Iles, & l'on va au Cap noir, qui est haut; & où l'on trouve un très bel & bon mouillage, que Monsieur de Gennes appelle Freschwater; mais qui ne l'est pas. On commence à y voir du bois. Freschwater est à six lieues de là dans une anse, dont la pointe de stribord est très basse, & sans bois. Nous avons sondé son travers avec 50 brasses de ligne, sans trouver fond. Deux minutes après vû le fond, trouvé à quatre brasses, fond de sable gris & fin. Nous avons suivi ce fond un quart de lieue, en prenant le large. Je ne conseille pas de l'approcher plus près de deux lieues. De là à la Baye Famine, les terres sont hautes, & ainsi jusqu'à la Baye du Cap rond.

Observations sur la Terre de Feu en entrant dans le Détroit.

Depuis le travers du Cap des Vierges jusques à 2 lieues ½ en dedans, la terre est haute & saine. On trouve là une pointe très-basse, qui s'allonge une lieue en mer S. E. & N. O. Il y a un haut fond N. & S. d'elle, à une lieue au large. Ensuite la côte forme un enfoncement, que l'on ne voit que dans le beau

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tems jusqu'au Cap d'Orange, qui fait l'entrée de bâbord du premier Goulet. Là est une batture, qui s'allonge N. E. & S. O. à deux grandes lieues de ce Cap, qui couvre & découvre toutes les marées. De là jusqu'au travers du second Goulet, la terre fait encore un enfoncement, & du second Goulet jusques au travers du Cap rond, les terres sont très hautes, & forment comme quatre Iles hautes. Il y a peut-être des Bayes entre elles, ou des terres basses. Mr. de Gennes n'a pas marqué les deux qui sont devant, & avant le Cap rond, assez près de la côte des Patagons, d'une lieue & ½ à deux lieues.

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EXTRAIT DU JOURNAL

du même Mr. de la Gyraudais, Commandant la Flute du Roi l'Etoile, allant des Iles Malouines au Détroit de Magellan.

Du 28 au 29 Avril 1766. Je crois qu'il y a plus de chemin des Iles Malouines à la Terre des Patagons, qu'il n'en est marqué sur les Cartes; car l'Aigle s'est trouvé dans le Voyage précédent 18 lieues sur l'avant de son Navire, tant en allant au Détroit qu'en en revenant. Je pense que nous aurons cette même différence à l'atterrissage; car je suis à midi à un quart de lieue sur la terre, sans avoir eu de différence depuis ma sortie, non plus que l'Aigle, qui se trouve par le même point. Sondé plusieurs fois; trouvé 60 brasses, fond mêlé d'un peu de corail blanc, & une pierre à fusil, toute taillée: chose extraordinai-

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re. *) Vû beaucoup de Baleines, tiré un coup de canon sur une, qui étoit si près du Navire, qu'ayant été blessée, & se débattant, elle a fait rejaillir l'eau sur notre bord: vû ensuite des tripailles de Baleines, & une espece d'Alouettes de mer plus grosses qu'elles ne le sont ordinairement; vû aussi des Pinguins, des Plongeons, Damiers, Moutons, & de gros Caignards. Latitude estimée 51 = 3. Longitude 70 = 27.

Du 20 au premier May, vû des Becsies, marque certaine, que l'on n'est pas à plus huit lieues de terre. La brume nous empêchoit de voir à plus d'une demi-lieue; les courans nous paroissoient considérables, & la mer très blanche, sonnant comme dans un Ras. La mer se trouve changée à huit lieues au au large, & plus considérablement à l'ouverture du Détroit. Le tems s'étant éclairci à 10 heures, vû la terre: distance 4 lieues. Je me trouve sur l'avant

*) Ne seroit-il pas arrivé que les trois Vaisseaux Anglois du Chef d'Escadre Byron, auroient suivi la même route que Mr. de la Gyraudais, & que quelqu'un de ces trois Vaisseaux au oit laissé tombé cette pierre à fusil à la mer. Cette pierre à fusil trouvée au fond, prouveroit au moins que l'eau de la mer n'y est pas beaucoup agitée.

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du Navire 22 lieus plus Ouest, & plus Sud 10 lieues 20 minutes. Ce qui prouve, conformément à mon observation précedente, que les Cartes ne mettent pas assez de distance des Iles Malouines à la grande Terre.

Du 3 au Dimanche 4, reviré de bord à une lieue de la Terre de Feu; parce que nous avons trouvé, tout à coup, la mer changée. Sondé & trouvé 28 brasses, fond de roches. Il y a à présumer un haut fond à la distance de deux encablures en avant & au vent de nous; car nous voyons la mer briser dessus. Nous étions alors dans le S. ¼ S. O. du Cap des Vierges. A 4 heures & demie, mouillé dans une Baye, que nous avons nommée Baye de l'Etoile, par les 14 brasses d'eau, fond de sable noir vaseux. La mer y a marné de six pieds.

Du 4 au 5, sur les 4 heures du soir, connoissance d'un feu sur la côte des Patagons. Après nous en être approchés, nous avons apperçu des hommes au nombre de sept, & des chevaux avec eux. Nous n'avons pu distinguer s'ils étoient nuds, ou vétus. Quand ils ont vû que nous avions dépassé l'endroit où il avoient fait leurs feux, ils nous ont suivi le long

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de la côte, montés sur leurs chevaux, & des chiens à leur suite. Voyant que nous poursuivions notre route, ils ont fait des cris, mais nous n'y avons pu rien comprendre. Le vent & la marée nous étant favorables, nous avons perdu de vûe les Patagons, & passé le premier Goulet. Il avoit une lieue & demie de large. Sur les cinq heures ½, mouillé dans la Baye Boucaut, où nous avons relevé le Cap Grégoire à O. S. O. dist. de 3 lieues.

Notre mouillage à dix brasses, fond de sable vaseux & quelques petits coquillages, à une grande lieue de terre. Il ne faut pas mouiller par moins d'eau; parce que la nuit, la mer a marné de 3 ou 4 brasses. Les terres sont bien jettées sur le plan de Mr. de Gennes.

Du Lundi 5 au Mardi 6, la nuit vû une Comete, qui avoit la queue au N. E. & 20 degrés sur l'horizon.

Du 6 au 7, vû pendant la nuit des seux sur la côte des Patagons. A huit heures ce feu étoit à notre travers, & nous avons vû des Patagons à terre, au moyen de la Lunette de longue vûë. L'Aigle & moi avons mis nos canots dehors, & avons envoyé quinze hommes, y compris l'Offi-

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cier, bien armés, à terre dans l'endroit où étoient les Sauvages, au nombre de sept. Ils ont fait, dans leur langage, un compliment à nos gens. Les nôtres n'y ont rien compris; mais ils ont cru appercevoir sur leurs visages, & dans leur maintien, une satisfaction de les voir. Après les premiers complimens, ils ont mené nos gens à leurs feux.

Ayant examiné les Patagons à leur aise, ils les ont trouvés de la plus haute taille: le moins grand avoit au moins cinq pieds sept pouces de hauteur, & d'une quarrure plus que de proportion, ce qui les fait paroître moins grands. Ils ont les membres gros & nerveux, la face large, le tein extrémement bazané, le front épais, le nez écrasé & épatté, les joues larges, la bouche grande, les dents très-blanches, & bien fournies, les cheveux noirs; & sont plus robustes que nos Européens de même taille.

Les mots, qu'ils ont prononcés sont: Echoura, Chaoa, Didon, ahi, ahi, ohi, Choven, Quécallé, Machan, Naticon, Pito. Ce sont les seuls que l'on leur aît entendu dire, pendant que nos gens se chauffoient avec eux.

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Mr. de St. Simon, Officier embarqué avec nous aux Iles Malouines, par ordre de Ministre, pour leur faire des présens, s'est très bien acquitté de sa commission *). Il leur a donné des harpons, casse-têtes, couvertures, bonnets de laine, vermillon, & ce que l'on a cru qui pouvoit les flatter le plus. Ils y ont paru très-sensibles.

Ils sont vêtus de peaux de Guanacos, de Vigognes, & autres, cousues ensemble, en maniere de manteaux quarrés, qui leur descendent jusqu'au dessous du mollet près la cheville du pié. Ils ont aussi des especes de guêtres, ou bottines, ou brodequins des mêmes peaux, le poil, ou laine en de dans, ainsi que leurs manteaux, qui sont très-bien cousus, en compartimens symmétrisés, & peints sur le côté opposé à la laine, en figures bleuës & rouges, qui semblent approcher des caracteres chinois, mais presque tous semblables, & séparés par des lignes droites, qui forment des especes de

*) Mr. la Ronde de St. Simon est né au Canada, il y a été élevé, & a servi avec les Sauvages, dont il connoît les mœurs, & les usages. C'est pourquoi, dans le premier Voyage aux Iles Malouines, nous ne l'appellions, en badinant, que le Sauvage. Il a près de 5 pieds dix pouces de haut, & une quarrure proportionnée.

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quarrés & de lozanges *). Ils ont des manieres de chapeaux ornés de plumes, en façon de nos, plumets. Quelques-uns de ces chapeaux ressemblent presque à des toques Espagnoles.

Plulsieurs de nos gens ont été à la chasse un peu au loin, y ont tué quelques perdrix, & vû des carcasses de Vigognes. Le pays qu'ils ont parcouru est inculte, stérile, & aride. On n'y voit que des bruyeres, & peu de foin. Les chevaux des Sauvages paroissent des rosses; mais ils les manient avec beaucoup d'adresse. Les Patagons ont fait des présens à nos gens, qui revenoient de la chasse. C'étoient des pieres rondes, de la grosseur d'un boulet de deux livres. Elles sont ajustées dans une

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*) Mr. de la Gyraudais reçut en présent de ces Patagons, lorsqu'il les visita en retournant aux Iles Malouines, plusieurs de ces manteaux, quelques uns de leurs assommoirs, quelques lacqs armés de pierre, & des colliers de coquillages de leurs femmes. Il les apporta à Paris, en donna une partie à Mr. d'Arboulin, qui en fit présenter quelques uns au Roy, & garda le reste. Je les y ai examiné à loisir; & quoique j'aye cinq pieds sept pouces & quelques lignes de hauteur, un de ces manteaux uns sur mes épaules, comme les Patagons les mettent, trainoit au delà de mes talons au moins d'un pied & demi.

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bande de cuir attachée, & cousue au bout d'un cordon de boyaux, tressé en façon de cordon de pendule. C'est un lacq, ou espece de fronde, dont ils se servent trèsadroitement pour tuer les animaux à la chasse. Au bout opposé à celui où est la pierre ronde, est une autre pierre, plus petite de moitié que l'autre, & couverte d'une espece de vessie, qui la joint bien partout. Ils tiennent cette petite pierre dans la main, après avoir passé la corde entre les doigts; & ayant fait le mouvement du bras, comme pour la fronde, ils lâchent le tout fur l'animal, qu'ils atteignent & tuent jusques à quatre cents pas.

Les femmes ont un teint beaucoup moins bazané. Elles sont assez blanches; d'un taille cependant proportionnée à celle des hommes; habillées de même d'un manteau, de brodequins, & d'une espece de petits tabliers, qui ne descend que jusqu'à la moitié de la cuisse. Elles s'arrachent sans doute les sourcils; car elles n'en ont point. Leurs cheveux sont arrangés en face: elles n'ont point de chapeaux.

Ces Patagons ne connoissent pas la passion de la jalousie, au moins doit-on le présumer de leur conduite; puisqu'ils en-

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gageoient nos g à palper la gorge à leuurs femmes & lles, & les ont fait coucher pêle-mêle avec eux & elles, lorsque je les ai visités en m'en retournant aux Iles Malouines.

On leur a donné du pain, qu'ils ont mangé, & du tabac à mâcher & à fumer. A leur maniere d'en faire usage, ou s'appercevoit bien qu'ils n'y étoient pas neufs. Ils n'ont pas voulu boire de vin. Au bout de cinq à six heures écoulées avec eux, ils se familiarisoient davantage. Ils sont fort curieux, fouilloient dans les poches de nos gens; vouloient tout voir, & les toisoient de la tête aux pieds.

On a monté leurs chevaux, qui ont bride, selle & étriers. Ils se servent de fouet & d'éperons; & paroissoient contens & satisfaits de voir monter nos gens sur leurs chevaux. Quand j'ai fait tirer un coup de canon, pour rappeller nos gens, ils n'ont montré ni émotion, ni surprise. En les quittant, ils ont fait beaucoup d'instances pour que l'on restât avec eux; & donnoient à entendre par leurs signes, qu'ils donneroient à manger, quoiqu'ils n'eussent rien là; mais qu'ils avoient des leurs à la chasse, qui ne tarderoient pas à revenir. On leur a répondu également par

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signes, que l'on ne pouvoit pas rester; que l'on alloit partir, pour aller au lieu, que l'on s'efforça de leur indiquer, tâchant de leur faire comprendre en même tems, de nous y amener des bœufs & des chevaux. On ne sçait pas s'ils l'ont compris.

Du 7 au 8, appareillé de la Baye Boucaut, mouillé Sous le Cap Grégoire, & chassé sur le terrein, qui nous a paru le même que le précedent. Après avoir parcouru environ une lieue, rencontré deux troupeaux de Vigognes de 3 ou 400 chacun, & n'en avons pu tuer qu'une, d'un coup de fusil à balle. Je tuai aussi une Bête puante, que je laissai à cause de sa puanteur. Je tirai aussi sur un Loup. Mais tous ces animaux sont très sauvages, & ne se laissent pas approcher.

Du 8 au 9, à 6 heures ½ du matin, appareillé avec une mer presque calme, & le plus beau Ciel du monde. Mr. de Gennes marque le second Goulet, Est & Ouest du Monde, dans son plan, mais il y est marqué de deux quarts trop Ouest. Je conseille de suivre la côte des Patagons jusques & être Nord & Sud de l'Ile Ste. Elizabeth, à cause des courans, qui portent sur les Iles St. Barthelemi, & aux Lions, & sur des battures, situées à l'Est, & dans l'Ouest de la

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pointe de l'Ile St. Barthelemi. La route que nous avons faite jusques dans la Baye du Cap noir, rangeant toujours l'Ile Ste Elizabeth de fort près. A midi nous y avons mouillé par 8 brasses d'eau, fond de sable vaseux, & coquillages pourris.

Du Vendredi 9 au 10, toujours rangé la côte des Patagons à une lieue ½. Elle nous a paru couverte de broussailles, & de quelques bouquets de bois. Le canot revenu nous a dit que le bois n'étoit pas beau; étant au travers d'une pointe basse, nous avons sondé; point de fond à 50 brasses. L'instant après, vû le fond sous nous; & nous l'avons trouvé à quatre brasses, fond de sable fin: ce qui nous a obligé de prendre le large.

D 10 au 11, grand vent, & de la brume avec une mer très-mâle. N'étant qu'à cinq lieues de la Baye Famine, j'ai pris le parti d'y aller mouiller; l'Aigle nous a suivi: & nous avons bien fait. Un quart d'heure après avoir mouillé, l'on ne distinguoit aucun objet à une demi-portée de canon; & il faisoit toujours un vent des plus violens.

Du Dimanche 11 au 12, continuation de brume & de pluye. Ayant fait le tour de la Baye, par terre, nous avons vû

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quelques beaux bois, & découvert une riviere très-rapide à la pointe de basbord de l'entrée. Elle rend la mer aussi sale & aussi trouble qu'une riviere débordée par l'abondance des pluyes.

Il y avoit sur le bord de l'eau sept ou huit cabanes de Sauvages, abandonnées depuis peu de jours. Je fis tirer un coup de canon, & arborer le pavillon, pour essayer d'attirer les Sauvages des environs.

Du 13 au 14, grand vent, suivi d'une tempête très-violente, qui s'est terminée par une quantité prodigieuse de pluye, ensuite de neige & de grêle, jusqu'à midi, que le calme est venu.

Du 16 au 17, trouvé du très beau bois, & envoyé 30 hommes à terre, avec un Officier, pour dresser une tente, & pratiquer des chemins dans les bois.

Depuis ce tems, toujours occupé à couper, & à embarquer le bois, jusqu'au 17, que nous avons désaffourché, & laissé l'Aigle, pour achever sa cargaison, & nous porter la nôtre aux Iles Malouines.

Du 29 au 30, à 10 heures du matin, connoissance d'un feu à terre, que les Sauvages nous faisoient. Couru sur ce feu, & vû des hommes & des chevaux.

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Du 30 au 31, la nuit nous ayant surpris, nous avons gagné le mouillage à la faveur de deux feux que les Sauvages nous avoient faits, l'un sur une montagne, l'autre sur le rivage. Mouillé par 19 brasses, fond de vase noire, & quelques petits coquillages: à sept heures & demie du soir relevé la pointe du Cap Grégoire, sous lequel nous sommes au S. ¼ S. O. 3 deg. O. une lieue ½.

Au point du jour, les Sauvages ont fait des cris, pour nous appeller. J'ai fait mettre canots & chaloupe à la mer, avec des présens, & du monde bien armé. J'ai été à terre, où j'ai trouvé environ trois cents Sauvages, tant hommes que femmes & enfans. Ne comptant pas en rencontrer un si grand nombre, il a fallu retourner à bord, chercher d'autres présens.

Du 31 au Dimanche 1 Juin 1766. Le vent ayant éloigné le canot du rivage, & personne dedans, l'inquiétude de le perdre a pris nos gens. Les Sauvages s'en étant apperçus, un d'entr'eux, qui étoit à cheval, a piqué des deux, est entré à la mer, & a été sur son cheval chercher à la nage notre canot. Il l'a ramené à bord, & l'a présenté à nos gens.

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En aurions-nous fait autant pour eux, nous qui nous piquons de politesse, de civilité, d'humanité & de bienfaisance, & qui traitons de Sauvages ces Patagons?

A sept heures du matin, la chaloupe a poité à terre le reste des présens, que la tourmente avoit empêché de porter jusques à ce moment, & a ramené à bord treize de nos gens, qui étoient restés, depuis le matin de la veille, avec les Sauvages. Ils nous ont dit que ces Géans Patagons leur ont fait toutes sortes de politesses à leur façon, & leur ont donné toutes les démonstration de l'amitié la plus sinceres; jusqu'à les engager de coucher avec leurs femmes & leurs filles: Qu'ils leur ont donné de la viande de Guanacos, plusieurs de leurs manteaux, de leurs especes de frondes, ou assommoirs, & les femmes leur ont donné leurs colliers de coquillages. Ils m'ont aussi fait présent de douze chevaux, ou jumens; que je n'ai pu conserver, faute de fourrage.

La politesse, qui a paru le plus à charge à nos gens, a été celle de coucher pêle-mêle avec ces Patagons, qui souvent se mettoient trois ou quatre sur chacun des nôtres, pour les garantir du froid; en sorte que leurs fusils, & leurs autres ar-

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mes leur devenoient inutiles. Ils n'auroient eu d'autre ressource, que dans leurs coûteaux; ce qui ne leur eût pas servi de beaucoup pour se désendre, en cas de besoin, contre cinq à six cents, tant hommes, que femmes ou enfans, & tous proportionnellement d'une taille énorme, pour la hauteur & la grosseur. Chaque homme, ou femme, a un ou deux chiens, & autant de chevaux avec lui. Ils paroissent d'un caractere fort doux, & très humain. On pourroit aisément faire avec eux la traite de ces chevaux, qui reviendroient à très bon compte, & celle des peaux de Vigognes, dont la laine est si estimée & si chere en Europe, Celle des Guanacos est aussi excellente, quoique moins fine.

Du 4 au 5, j'ai pris le point de mon départ du Détroit par la latitude de 52 = 45. & longitude Méridionale de Paris 70 = 37. Latitude observée 51 = 53. Longitude estimée 69 = 1. Ce qui fait que je me trouvé plus Sud, que mon observée; & ce qui est conforme à mon arrivée au Détroit.

Du 7 au 8, grand vent, pluye, brume, & la mer affreuse, le vent toujours par grains. Latitude estimée 50 = 21.

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observée douteuse 50 = 7. Longitude 63 = 5. Variation N. E. 20 = 30.

Du Dimanche 8 au 9, mer très-mâle, pluye, grêle, neige & brume. Vû la Terre à 9 heures, sans la connoître: à midi, reconnue pour les Iles Sébaldes, qui nous restoient au S. E. distance 10 lieues. D'où je prends mon point d'arrivée par la latitude de 50 = 25. & long. mérid. de Paris 66.

Je me trouve plus Est que le Navire de 35 lieues, & conforme à l'observée. Il faut done que la terre-ferme soit marquée dans les Cartes, plus de 20 lieues trop à l'Est.

Du 13 au 14, vû la terre à 8 heures du matin, qui me restoit depuis le S. O. jusques à l'E. ¼ S. E. & je crois être Nord & Sud de la Couchée, ou du Détroit.

Du 14 au 15, nous avons mouillé dans la Baye d'Acaron, au même endroit d'où nous étions partis.

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TABLE

des Matieres, & Dictionnaire des termes de Marine employés dans ce Journal.

A.
Abrolbos. Eceuils, ou banc de roches, près des côtes du Bresil. Ce banc n'a pas sur les Cartes toute l'étendue, qu'il a en effet. page 127 288. Le Sphinx y touche, & y reste trois jours. Pag. 289
Acadiens embarqués avec nous. 32
On en renvoye deux d'entr'eux. 39
Accoster. Approcher de près.
Adonis. Poisson volant. 587
Affourcher. Jetter à la mer une seconde ancre, après qu'on a mouillé la premiere; de sorte que l'une est mouillée à la droite, l'autre à la gauche de Navire, ce qui forme une une espec de fourche.
Aigle à tête rouge. 504
Aiguille. Voyez Eguille.
Ain. Voyez hain, ou hameçon.
Air du Bresil, très mal sain. 235
Air de vent. On appelle ainsi tel des trente deux vents que ce soit, qui souflent de l'horizon & dont on se sert pour conduire le Vaisseau.
Alcyon. Oisean de mauvais augure. 255

Yy

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Alizés (Vents), vents qui regnent ordinairement sur certains parages, & sur quelques Mers.
Amarrer, attacher, lier avec un cordage, soit un Navire, soit un canot, ou quelque agreil, ou enfin toute autre chose.
Amarres. Cable, ou cordage employé à attacher quelque chose, ou à fixer le Navire.
Amener. Abaisser, faire descendre, mettre bas. On amene le pavillon, quand on ne peut plus se défendre, & que l'on, se rend à l'ennemi.
Amphithéatre (Ruine d') aux Iles Malouines. 528
Amurer. Bander, roidir les cordages.
Amures. Tours pratiquées dans le platbord du Vaisseau, où, dans certains cas, l'on approche, le plus près que l'on peut, les coins des voiles, pour mieux prendre le vent.
Ananas. Son jus gâte les couteaux, & détache les habits. 176
Ancre au bossoir (mettre) c'est le mettre à sa place, sur l'avant du Navire.
Ancre de touée. Petit ancre, dont on se sert dans une rade, pour changer un Vaisseau de place.
Anglois. Leur humanité envers leurs prisonniers Erançois 19. Ils vont au Détroit de Magellan. 641
Ils sétablissent aux Iles Malouines. 672
Animal extraordinaire. 434
— inconnu. 165
Anson. Son erreur sur les loups marins. 561
Appareiller. Disposer tout dans un Vaisseau, pour mettre à la voile.
Aracari. Ilot sur la côte du Bresil. 137
Aratica. Oiseau. 171
Aratara taguacu. Oiseau. 171
Arc en Ciel après le soleil couché. 596
Armadillo. Animal, ses vertus. 398
Arriere, ou poupe. Partie du Vaisseau, qui en forme l'arriere, où est attaché le gouvernail.

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Arrimage. Disposition des choses, qui font la cargai du Navire.
Arrimer. Placer, arranger les choses, on marchandises, qui entrent dans la capacité de Vaisseau.
Arriver. pousser la barre du gouvernail sous le vent.
Artimon. (Mât d') mât du Navire placé le plus près de la poupe.
Ascençaon, Ile. 590
Assurer, déclarer, confirmer.
Astbme; & Rhûmes remede. 381
Astringe puissant, & guerit les Ecrouelles. 307
Atterrir, Prendre terre, débarquer en quelque lieu, ou simplement voir la terres & la reconnoître
Avant du Navire. C'est la proue.
Avillas, Amulette devote. 355
Aypi. voyez Manioc.
B.
Bâbord, voyez Bas-bord.
Bal,, donné par le Gouverneur. 161
Balaou. l'oisson. 228
Balises. Marques faites d'une perche, ou d'un tonneau flottant, placées sur un banc, ou le long de quelque chenail dangereux, par des hauts fonds, ou par des roches cachées, afin de servir de signal & de guide, pour les faire éviter.
Bambou noueux à faire des cannes. 203
Bananier. Plante arborée. Sa description, & son fruit. 209
Banc. Hauteur d'un fond de mer, ou de riviere, qui s'éleve vers la surface de l'eau.
Banc de sable sur la côte du Bresil. Il n'est pas marqué sur les Cartes. 132
— Il pourroit êtte les basses de St. Thomas. ibid.
— Il y a passage entre ces basses & la terre; mais ce passage est dangereux. ibid.
Bande. Mettre le Vaisseau à la bande; c'est le mettre sur le côté.

Yy 2

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Bapteme de la Ligne. 90
— Accoutrement grotesque de ceux qui administrent ce baptême. 98
— Cérémonies en usage. 105
Bar. Poisson préparé comme la morue 265
Barbe, Ste. Barbe, Chambre de canoniers, ou retranchement pratiqué en forme de chambre, sur l'arriere du Vaisseau, au dessous de la chambre du Capitaine. Le timon du gouvernail passe dans la Ste. Barbe. Les Canoniers y couchent; & quelquefois des Officiers, & Passagers.
Bas-bord. Côté gauche du Vaisseau, ou celui que l'on voit à sa gauche, lorsqu'étant à la poupe, on regarde l'avant.
Bas-fond. Fond de la mer près de la superficie, & où il y a trop peu d'eau pour y naviguer.
Basse, ou batture. Fond mêlé de sable, de roches, ou de pierres, qui s'éleve vers la surface de l'eau. Quand l'eau la mer refoule, & écume en heurtant contre, on l'appelle brisant.
Bâtard. Les Bâtards sont nobles. 354
Bâton d'Hyver. Voyez Perroquet.
Batture. Voyez Basse.
Baudreux. Plante marine. 553
Baume presqu'universel. 379
— de Copayba, ou Copahu, ne coule de l'arbre que pendant la pleine Lune. 201
Baye d'Acaron. Figure de son entrée. 436
— Son plan 437. Elle forme un port à contenir deux mille Navires. 437
— de Bougainville. 640
— de l'Aigle. ibid.
Beauport (Baye de) 508
Beaupré, mât couché sur l'éperon, à la proue du Vaisseau.
Beccassine de mer. Poisson. 228
Becquefleurs. Oiseau. 170

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Becsic, ou Becquesig. Oiseau. 572
Berne, Mettre pavillon en berne, c'est hisser le pavillon an haut de son bon, & le trousser, ou plier en fagot ce qu'on appelle ferler.
Bête puante du Canada. 398
Birabida. Plante. 311
Biscuit. Petit pain applati, qui a été cuit au moins deux fois. C'est le pain que l'on donne à l'Equipage.
Bleus. Les Bleus. Marine marchande. Rivalité des Bleus & des Rouges. 625
Boicininga, serpent. 208
Bois, Il n'y en a pas sur pié aux Iles Malouines. 462.
On a trouvé du bois mort sur le rivage de ces Iles. 452
Bois-épineux. 204
Bombilla. 331
Bonite. Poisson. 56 & 606
Bonnet de Dragon, coquillage. 556
Bonnete. Petite voile, que l'on ajoute aux côtés des autres, lorsqu'il y a peu de vent.
Bonne-Viste. (Ile de) 69
Bord, être à bord; c'est être sur le Vaisseau. Aller, ou venir à bord; c'est se rendre au Navire. Faire des bords, c'est louvoyer, ou faire route tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.
Bordée, chemin que fait un Vaisseau sans changer de route. Faire diverses bordées; c'est changer de route plusieurs fois.
Bordée de canon. Artillerie qui est d'un côté du Vaisseau.
Bossoirs. Poutres, mises en saillie à l'avant du Navire, por y placer les ancres, & les tenir prêts à être jettés à la mer.
Bouée. Marque faite quelquefois avec un baril vuide, bien clos, & relié de fer, attaché au cordage appellé orin, qui est attaché par un bout à l'ancre, par

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l'autre à la bouée. Ce cordage doit être assez long pour laisser à la bouée la facilité; de surnager; elle indique où est l'anere.
Bouline Corde attachée vers le milieu de chaque côté d'une voile. On tire cette corde pour mettre la voile de biais, & la dispoler à recevoir plus de vent.
Boussole, inventée pas un Genois pour trouver les longitudes. 357
Bout d'bors, ou Boute-hors. Pieces de bois longues, & rondes, qu'on ajoute, par le moyen d'un anneau de fer, à chaque haut des Vergues du graud mât, & du mât de Misene, pour y appareiller des bonnettes
Boutcille: Voyez Poulaine.
Boutcille de verre, dans laquelle on enferme le rôle des noms de tous ceux qui se sont trouvés à la découverte des Iles Malouines 512
Bout et, son Voyage aux Terres australes. 24
Branle ou Hamae: Lit composé d'un morceau de toile fort grossiere, long de six piés, large de trois, renforcé par les bords, d'un cordage appelle ralingue, en façon d'ourlet. On suspend ce lit par les quatre coins entre les ponts du Vaisseau.
Branle-bas. Commandement pour faire détendre tous les branles, pour se préparer au combat, pour mettre les lits à l'air, ou pour d'autres raisons.
Brasiliens, ou Bresiliens. Leur mœurs & usages. 245 & suiv.
— Ils n'ont point dans leur langue de nom pour exprimer Dieu. 251
Brasse, mesure de cinq pieds
Bresil. Les Cartes reculent trop a l'Ouest les côtes du Bresil. 125
Brisant. Pointe de'rocher qui s'éleve jusqu'à la surface de l'eau, quelquefois au dessus, & contre lequel les vagues vont se briser.

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Brise. Petit vent leger.
Brume. Broüillard de mer. On dit que le tems est embrumé, quand il y des broüillards.
Brune. Poisson. 228
Buccin armé. 560
— — feuilleté. ibid.
C.
Caaco. voyez Sensitive. 34

Caacuis plante.

Caaguasu

Caamini

327. 334
Cadre. Assemblage de quatre planches en forme de quarré-long, vuide, doot un fond est garni de cordes entrelassées. On y met un matelas, sur lequel on se couche, après l'avoir suspendu, comme le branle.
Cagnard gris. Oiseau. 573
Cahuitahu. Oiseau. 571
Calabacito. Vase pour le maté. 331
Cale. Partie la plus basse d'un Nsvire.
Cale, donner la cale, punition, ce que c'est Cale seiche, grande cale. 103
Calenda, danse très indécente. 299
— Les religieuses même la danse en public. 301
Caler les voiles. Amener, ou abaisser les voiles avec les vergues, en les faisant glisser le long du mât. Caler ne se dit guere, mais amener.
Calfat, ou Calfateur. Officier de l'equipage, chargé de donner le radoub au navire.
Calfat, ou Calfas fignifie aussi le radoub.
Calfater. Radouber.
Calme. Cessation de vent. Calme tout plat c'est lorsqu'il n'y a point de vent sensible.
Calmiole. Vent si foible, qu'il ne peut enfler les voiles
Canard; qui ne vole pas. 570
Cancer. Remede contre le 371

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Canchalagua Plante. 304
Cachenlaguen
Cancbinlagua Ses propriétés. 305
Cancrelas. Insecte, qui gâte, & rouge tout dans les navires. 222
Cap. Proue du Navire. On l'appelle aussi tête, éperou, pointe, ou l'avant. On dit mettre le cap, porter le cap, avoir le cap du côté de la terre, pour dire: mettre la proue du côté de la terre
Cap est aussi un promontoire, une pointe ou langue de terre, qui s'avance dans la mer. Doubler le Cap, c'est passer au delà.
Cap Fréhel. 29
— d'Arquis. 33
— de l'Abbaye de St. Brieux. ibid.
Cape, ou grand Pacfi, grande voile; être à voile, c'est ne porter que la grande voile déployée. On se met aussi à la cape avec la misene, l'artimon, les huniers.
Capitaine. Attention qu'il doit avoir, pour prevenir le seorbut, & autres maladies de l'équipage. 85.118.121
Capitaine, Attention qu'il doit avoir, pour prévenir les maladies de l'équipage. 85
Caraguata. Plante qui vient sur les arbres & les rochers. 225
Carangue. Poisson. 263
Cargaison. Chargement du vaisseau.
Carguer la voile. La trousser, & l'accourcir par le moyen des cordes, que l'on appelle cargues.
Carqueja. Plante. 310
Carret (fil de) fil tiré de l'un des cordons de quelque vieux cable en morceaux.
Carte de Wan-culen. 131
— de Buache, plus exacte que les autres à l'égard des côtes du Bresil ibid.
Cartes marines défectueuses sur le gissement des côtes du Bresil 125. 130

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Carte de Rio de la Plata, dressée sur nos observations. 284
Cartes du Détroit de Magellan. 652
— du Nord & du Sud des Iles Malouines. 577
Cascabella. Serpent. 207
Casernet. voyez Journal.
Cassave, pâte cuite. 241
Cast (le moüillage de St.) est très-mauvais. 30
Catherine (Ile de Ste.) sur la côte du Bresil; appartient aux Portugais. Elle est défendue par trois Forts. 135. Noms & situations de ces Forts. ibid. Quel est le meilleur mouillage dans le canal, qui forme l'Ile. 140. Le Fort de St. Croix nous rend le salut coup pour coup. 141. Le Commandant nous envoye des rafraichissemens. ibid. Il défend ensuite aux habitans de nous apporter quoi que ce soit, même de venir à bord de notre Fregate. Il envoye des Soldats le long des chemins, & dans leases, pour observer notre conduite 143. Le Gouverneur de cette partie du Bresil nous fait l'accueil le plus gracieux. 141. Il nous invite à diner; mets que l'on nous y sert. 147. Il n'a pas été marié, & a quinze enfaus, tous bien placés. ibid. Les Bâtards Portugais sont nobles. ibid. Ville de l'Ile Ste. Catherine, & ses habitans 151. Les femmes Portugaises y sont très blanches. 154
Cayman. Sorte de lezard. 313
Cercelles (Beauté des) des Iles Malouines. 502
Chaloupe. Grand canot.
Chapetous. Espagnols d'Europe faisant leur séjour au Pérou. 332
Charrctes (Pointe des): Ecueil. 404
Charrua. Plante. 311
Chasse abondante aux Iles Malouines: Elle suffit au delà pour la nourriture des équipages de nos deux Frégates. 443
Chasser. Entrainer sesaneres.
Château de la Latte. 29

Yy 5

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Chenal, ou Chensil, canal entre deux roches, ou deux hauts-fonds.
Cheval fourbu. Remede. 368
Chevaux du Paragay, admirables par leur allûre, & leur sobiété. 262
Chevaux (Harnois des) du Paraguay. 395
— Ils errent dans la campagne, 508. Leur excellence. ibid. & suiv. 342
Chien sauvage. 459
Chien, utile en mer, pour reconnoître l'approche des terres & des Navires. 235
Chinche. Animal. 398
Chony, habit Espagnol. 350
Ciel embrumé. Horizon couvers de nuages. Ciel fin. Tems clair, & sans nuages.
Cigares, ou sigares. Pipe. 338
Cigne à col noir, & bec rouge. 648
Cinglage, ou Singlage. Chemin que fait le Vaisseau.
Cingler. Faire route.
Civadiere, ou Sivadiere. Voile du mât de beaupré.
Cloporte. Coquillage. 557
Cochon. Evenemeat singulier. 506
— de mer. 460

Colaguala, ses proprietés.

Colaguela

308
Colibris, oiseau. 173
Colique, & point de côte. 371
Comete. 655
Compas de mer. Boussole, qui sert à di riger la route, ou à observer le Soleil au point précis de son lever & de son coucher, pour connoître la variation, ou déclinaison de l'Eguille aimantée.
Connoissance (avoir) de terre, c'est la découvrir.
Conserve, aller de conserve, c'est naviguer ensemble.
Contremaitre. Officier de l'équipage, qui est l'aide & le substitut du Maître.
Convulsions des Enfans, remede. 375

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Coq du Vaisseau. Cuisinier de l'Equipage.
Coquillages rares. 487
Cor. ou Corr. signifie corrigé.
Cornet. Poisson. Le plus gros de la mer, dangereux pour les Navires 602
Cors & Verrues. remedes. 372
Cotier (Pilote), celui qui connoît bien les côtes & & les rades, & que l'on est obligé de prendre à bord, pour conduire le Navire à l'entrée, ou à la sortie des rades & des ports.
Cotonier du Bresil. 187
— celui que j'y ai vû, est bien différent de celu: dont parle Dampier 189
Courant, Courans. Mouvement rapide des eaux' qui, en de certains endroits, ou parages, se portent vers des rumbs de vent déterminés
Courir, faire route vers quelque partie déterminée de l'horizon. On dit courir au Nord; courir sur une Ile.
Coyou. Oiseau. 572
Crabe singulier. Voyez Tourlourou.
Crabe de Goëmon 613
Crapaud de mer. Poisson. 228
Criard. Oiseau du Bresil. 236
Croisade. Constellation, qui est vers le Pole Antarctique. Elle est composée de quatre Etoiles, disposées à peu près en croix, ou comme les angles d'un losange. Cette constellation tourne autour du Ple austial, comme l'Ourse tourne autour du Pole arctique. On se sert de la Croisade dans l'Hemisphere austral, pour discerner le Pole, comme on fait dans l'hemisphere septentrional à l'égard de la petite Ourse.
Cuir. Les Espagnols ont le cuir si commun le long de Rio de la Plata, qu'ils employe à faire des sac, des cages, & beaucoup d'autres choses. Ils en couvrent des petits toiets &c.

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Curé, (le) de Monte-video prend des Escaves pour leur donner la liberté. 361
Cygne à cou noir, & bec rouge. 648
D.
Damier. Oiseau. 578
Déclinaison, ou Variation de l'éguille aimantée. Elle s'observe avec le compas, aux points précis du lever, & du coucher du soleil.
Décollé. Canal entendte deax.
Dedans, mettre les voiles dedans, c'est les plier, les ferrer; ce qu'on appelle ferler. On dit aussi vent dessus, vent dedans. pour dire: disposer les voiles de maniere qu'elles reçoivent le vent en sens contraire; ce qui empêche le Navire d'avancer.
Déferler. Deplier les voiles.
Dégré de longitude. Distance d'un méridien à l'autre. Dégré de latitude, distance d'un cercle parallele à un autre également parallele à l'Equateur
Dg. ou D. signifie dégré. Je les ai aussi marqué par des chifres & des lignes comme ici 12 = 30. Ce qui signifie 12 dégrés 30 minutes.
Dématé. Qui a perdu ses mâts.
Demoiselle, Poisson. 185
Dent, (douleur de) remede. 374. Les faire tomber sans douleur. ibid.
Deuts de Lions marins, énormes pour leurs grandeur & grosseur 562
Dériver, sortir de route.
Désaffourcber, lever les ancres d'affourche.
Desarmer un Navire, le dégarnir de ses agreils, & licentier son équipage.
Détroit. Les Iles Malouines partagées par un Détroit. 645
— de Magellan (Observations sur le) 636. Ses habitans. 642. & suiv. Carte de ce Détroit. 652
Doradille. Plante excellente. 184

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Doubler, Passer au delà.
Dunette. Le plus haut étage de l'arriere d'un Vaisseau. Les Officiers subalternes y logent ordinairement. On donne aussi le de Dunette, aux petites chambrettes, tant du Capitaine que des autres Officiers
E.
Eau. Celle, dont nous avons fait notre provision à St. Malo, n'a soufert aucune corruption entre les Tropiques. 121
— basse se dit quand la mer s'est retirée. Eau haute, quand la mer est montée. Faire de l'cau, c'est prendre sa provision d'eau douce. Mais faire ean, se dit d'un Vaisseau, dans lequel l'eau de la mer entre par quelqu'ouverture.
Ebe, ou Jussant; Reflux de marée.
Ebreuo. Plante. 302
Echouer, donner, ou toucher du fond du Navire le fond de la mer, soit banc, soit roches.
Ecoutes. Cordages attachés au bas des voiles. On les roidit plus ou moins, pour que les voiles reçoivent mieux le vent.
Ecoutille. Ouverture quarrée dans le tillac en forme de trape, pour descendre sous le pont.
Ecrivain. Officier du Vaisseau, commis pour écrire les consommations qui s'y font; & tenir régître de tout ce qui y entre, ou en sort.
Ecrouelles. 370
Embrumé, tems embrumé, ou tems de brouillards.
Encombrement, embarras causé par les choses qui composent la charge du navire.
Encubertado. Animal. 398
Enfant mort dans le ventre de sa mere: l'en faire sortir. 375
Enfant du Diable, animal. 398

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Engraissé. Tems engraissé, ou chargé de vapeurs & des nuages.
Envergure, largeur, ou étendue d'un bout à l'autre d'une chose.
E. voyez Cap.
Esie (Remedes contre l') 309
— Attention requise, pour en prevenir les maiadies. 85
Epipactis. Plante. 542
Epiphanie. Les Espagnols du Paraguay font leur compliment du premier de l'an le jour de l'Epiphanie. 290
Equateur. Cercle imaginé dans le Ciel, & également distant des deux Poles. On l'appelle aussi la Ligne.
Equipage. Ce terme s'entend du corps des Officiers mariniers, des Soldats, des Matelots, des Mousses, qui font le service ns un vaisseau. Attention requise pour prevenir le Scorbut, & les autres maladies de l'Equipage. 825.118.121
Esquinancie. 368
Est. ou esti. Signifie estimé.
Est. L'orient. Il se designe par un E. seul.
E. N. E signifie Est-Nord Est.
E. S. E. Est-Sud Est.
E. ¼ S. E. Est quart Sud-Est.
Estime. Présomption ou conjecture sur la quantité de chemin, que le vaisseau a fait, & du panage où il se trouve.
Estimer. Calculer le sillage d'un Navire, par le moyen d'un instrument, appellé loch, ou petit Navire.
Etay. Gros cordage, destiné à tenir le'mât dans son assiette, & à l'affermir du côté de l'avant; comme les hautbans l'aslujettissent aux deux côtés, & par l'arriere du Vaisseau.
Exostose. 371
F.
Faire. Naviguer, cingler. On dit faire route. Fai-

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re le Nord. C'est diriger sa route au Nord. Faire voile; partir. Faire de l'eau, faire sa provision d'eau.
Famine (Baye) 668
Farein des chevaux, Remedes. 368
Faur. Sorte de balai, fait de vieux cordages.
Ferler. Serrer, trousser, plier en fagot. Se dit des voiles que l'on ne plie qu'en partie. On dit carguer.
Fêtu-en-cul. Voyez Paille.
Fil de carret. Cordon de vieux cables coupés en mor ceaux.
Filer du cable. Lâcher du cable, & en donner ce qu'il faut pour la commodité du mouillage.
Fievre maligne. 368
Fistules. (Remede pour les) 378
Fiame. Longue banderolle, ordinairement d'étamine, qu'on arbore aux vergues & aux hunes, soit pour servir de signal, soit pour l'ornement. Les Capitaines de Vaisseaux de guerre François, qui commandent quelque Vaisseau séparé, doivent, porter au grand mât une flame blanche, longue au moins de dix aulnes parisiennes.
Flêche-en cul. Oiseau. 694
Fleurs blanches. 369
Flot, se dit de l'eau agitée par le vent. On le dit aussi du flux de la mer, & de la quantité, ou profondeur d'eau, qu'il faut à un Navire, pour slotter, & naviguer.
Fluxion de poitrine. Remede. 374
Fond. Superfieie de la terre au dessous des eaux. Fond de bonne tenue, est celui où l'ancre mord bien, & tient solidement.
— de cale. Partie du Navire sous le premier pont. Mais ce qu'on appelle proprement fond de cale, est la partie antérieure la plus basse, où l'on met les tonneaux.

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Fort bâti aux Iles Malouines. 482
Fou, oiseau du Tropique. 89 & suiv.
Fou. Oiseau. 89
Fougue. Mât de fougue, ou foule. C'est le mât d'artimon.
Foule. Voyez l'article Fougue.
Fraîchir. Vent qui augmente.
Frais. Vent frais, bon vent, vent favorable, petit frais, vent qui a peu de force.
Frégate. Oiseau, sa description. 94 & suiv.
— Poisson. Voyez Holoture.
Fresatter. Cap & Baye. 668
Fruits de plusieurs especes à Monte-video. 365
G.
Gabier. Matelot placé sur la hune, pour faire le gnet & la découverte.
Gaffe. Croc de fer, attaché à un manche ois.
Gaillard d'avant. Enhaussement, qui est à la proue des grands Vaisseaax, & qui regne depuis le mât de misene jusqu'au bout de l'éperon. Le gaillard d'arriere occupe depuis le grand mât jusqu'au gouvernail. C'est un étage coupé au dessus du pont.
Gal (Ile de) sur la côte du Bresil. 138
Galere. Poisson su gulier. 409. Danger de le prendr à la main. 410
Garcettes. Cordes faites de fil de carret.
Gueule de Raye. Coquillage. On doutoit de son existence en nature d'animal, avant celui que j'ai porté en France. 560
Gibier, son abondance aux Iles Malouines. 483
Gisement. Situation des côtes, des parages, selon les recueils de vent
Giser. Etre situé.
Goëmon. Herbes, qui croissent au fond de la mer, & qui s'en détachent en certains tems. On dit aussi Goesmon, Varech, Sart. 613

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Goëtre. Remede. 373
Gommier. Plante singuliere. 552
Gonneville découvre les Terres Australes. 13
Guayacuru, Plante. 306
Goute sereine. Remede. 377
Gouverner. Diriger sa route de tel ou tel côté.
Gouverneur (le) de Ste. Catherine envoye des présens. 201. Voyez Ste. Catherine.
Goyavier. Arbre. 216
Grain. Nuage, qui passe en peu de tems, donne du vent en tourbillons, ou de la pluye, & souvent les deux ensemble.
Grande-oreille. Poisson. 43 & 623
Grapin. Petite ancre à cinq pattes, qui sert à tenir une chaloupe, ou un canot. On donne aussi ce nom à un croc, que l'on jette avec la main sur les vaisseaux ennemis pour les accrocher, quand on veut aller à l'abordage.
Gras-dos. Poisson. 494
Grelin; le plus petit des cables du navire.
Grenadille du Bresil. 177
Gros-tems. Tems orageux.
Grosse-mer. Mer très-agitée.
Guinambi. Oiseau. 171
Guaras. 156
Guinder. Elever quelque chose.
Guranhe-Engera. Oiseau. 138
H.
Habitacle. Espece d'armoire, où l'on enferme la boussole, ou compas de route. Elles sont placées devant le Timonnier. On y met aussi l'horloge de sable, & la lumiere qui éclaire pour gouverner.
Hain, ou Ain. Hameçon, sa forme. 43

Zz

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Hâler. Tirer un cable ou autre chose.
Hamac. Sorte de qui differe peu du branle, dont voyez l'article.
Hameçon. Sa forme. 43
Hansiere. Grosse corde.
Harpon. Gros javelot de fer, armé d'un manche de bois, auquel on attache une corde. On s'en sert pour pêcher les gros poissons.
Haubans. Gros cordages, avec lesquels on soutient les mâts des deux côtér & par derriere du navire, pour les fixer, & les empêcher de vaciller.
Haut-fond. Endroit où il y a peu d'eau.
Hauteur. Elévation du pole, du Soleil, des étoiles. Elle se mesure & se détermine par un arc de cercle, compris depuis l'horison jusqu'à l'astre, dont on prend la hauteur.
— s'entend aussi de la latitude. Prendre hauteur, c'est mesurer la hauteur du Soleil à midi.
Héler, ou Heuler. Faire un cri, appeller par un cri, comme lorsqu'on crie Hola, Hai.
Hémorragie. Remede. 369

Herba casta,

Herba mimosa

227
Sa feuille est un poison, & sa racine en est le remede. Ses feuilles appliquées guérissent les tumeurs ibid.
Herbe de St. Barthelemi. 332
— — du Paraguay. 224. Il en sort du Pays, tous les ans 1250000. Arobes. Sans compter 2500 de palos. 334
Hérisson de mer. 228
Hisser ou Isser, élever quelque chose.
Holotuere. poisson singulier. 409
Horloge. Poudrier, sable. On dit que le Timonnier a mangé du sable, quand il a tourné l'horloge de sable, avant la demi-heure passée; tems que doit durer l'écoulement entier du sable de l'horloge

[page 744]

Houl ou Houle. Lame, vague de la mer.
Houzée, Grain de vent.
Huitres de l'Ile Ste. Catherine, plus grandes & meilleuque celles de France. 174
Hune. Espece de petite platte forme de planches, soutenue par des barres de bois, & bordée de pilastres. Elle regne en saillie, & en rond autour du mât, au dessus de la voile d'en bas. Le Gabier se poste ordinairement sur la hune du grand hunier.
Hunier. Voile du mât de hune du grand hunier est la voile, qui est portée par le mât de hune du grand mât, Le petit hunier, est celle de la misene.
Hydrocephale. remede. 381
Hydropisie., 375
I.
Jardin. Il y en a beaucoup à Monte-video, mais non cultivés. 353
Jarre, ou Gearre, grand vase de terre vernissée que l'on employe pour purifier, & conserver l'eau douce, sur la mer, après qu'on l'a tirée des tonneaux.
Jésuites (les) veulent seduire Mr. de Belcourt, pour instruire leurs Troupes du Paragay. 295
Jesuites (les Peres) de Monte-video font faire des propositions à un Officier, pour aller servir au Paraguay. 285
Sermon impertinent de l'un d'eux. 283
Réponse que je fis à leur P. Recteur. 286
— singuliere d'un Jésuite à un Officier Espagnol. 292
Ils commandent les Indiens à l'armée. 393
— sont expulsés du Bresil. 145
Iguiana. Lezard. 207
Igniame, ou Iniams, plante, & sa description. 213
Ile de Falkland. 22

Zz 2

[page 745]

Ile Agot 35
— de Bonne. Viste. 69
— de St. Catherine formeroit une habitation excellente si celle étoit défrichée, 228. Voyez Catherine (Ste.)
— de May. 71
— de l'Asceon. 590
—de Palme. 58
— de la Trinité. 591
Iles Malouines leur découverte. 426
Elles sont partagées par un Détroit. 429
Qualité de leur terrein. 438
Etablissement, que nous y faisons. 474
La France les cede à l'Espagne. 652
— Ste Anne.
— St. Barthelemi. 665
— Lobos. 261
— aux Lions. 665
— Sébaldes. 425
— nouvelles. 5. Avantage de leur situation. 11. 323
Indes Méridionales. 13
Indiens du Paraguay, leur habillement. 384
Leur peau est de couleur de cuivre rouge. 387
Leur adresse à se servir des lacqs. 389
Leurs armes. 390
Iniams, plante. 213
Inis, lit des Indiens. 249
Insectes, il n'y a point dans notre Vaisseau, même sous l'Equateur. 118
On n'en trouve aucun aux Iles Malouines. 576
Interlopres. Vaisseaux, qui entrent en cachette dans un port ne pas payer les droits, ou pour y faire la contrebande.
Jour. Toutes les Nations de l'Europe, qui naviguent, commencent à compter le jour à minuit. Mais, quand on fait son point sur mer, ou que l'on écrit son Journal, ou compte d'un midi à midi du jour suivant; parce que c'est à midi que l'on observe le soleil au méridien, pour connoître l'endroit où l'on se trouve alors.

[page 746]

Journal. Chacun est maître de faire son Journal sur un Navire, & suivant ses propres observations. Mais comme on n'est pas toujours en sentinelle, pour voir ce qui se passe, pour y suppléer on a recours au Journal commun, que l'on appelle le Casernet. Dans quelques Vaisseaux le Pilote est chargé de faire ce Journal; dans d'autres c'est Officier, qui commande le quart. Le tems de fon quart expiré, il doit écrire dans le Casernet tout ce qui s'est pessé de remarquable. Il est divisé par colonnes, & l'Officier y écrit quel rums de vent le Navire a couru; quel changemem est arrivé, quelle latitude on a observé, & celle, qui est donnée par l'estime, ou le pointage de la quarte; lalongitude estimative, la variation, ou déclinaison observée de l'éguille aimantée, le chemin que l'on a estimé avoir fait; enfin ce qui est arrivé de remarquable, comme la rencontre d'un Vaisseau, la vue de quelque terre, & à quel rumb de vent, la vue de quelque poisson, ou de quelque oiseau, qui méritent de l'attention, parce qu'ils ne se trouvent que dans certains parages; les grains de vent, les tourmentes, les sondes, & autres choses de cette espece.
Iperuquiba. Poisson. 232
Iquella, habit Espagnol. 448
Isser. Tirer en haut, élever.
Juquiri. Voyez Sensitive.
L.
Labourer. Toucher le fond de la mer avec la quille du Navire; ce qui arrive lorsqu'il passe dans un endroit où il n'y a pas assez d'eau. On dit aussi l'ancre laboure, quand il ne tient pas ferme dans le fond où on l'a jetté.
Zz 3

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Lainez (Pierre) Mousse. Sa mort. 70
Lame d'épée. Poisson. 228
Lames. Flots, vagues de la mer, qui se succedent les unes aux autres, quand elle est agitée. La lame prend por le travers. C'est quand elle heurte contre le côté du Navire. Lame longue, lame courte. Voyez Mer.
Lamie. Poisson. 229
Large. Aller, courir au large. C'est s'éloigner de la côte. Au large; plus avant en mer.
Largue est le mëme que large. Mais on dit vent largue, pour exprimer tous les airs de vent compris enue le vent de bouline, & le demi rumb, qui approche le plus du vent arriere, ou qui souffle à la poupe. Le vent largue est le plus favorable, pour faire avancer le sillage du Vaisseau; parce que le vent largue porte dans toutes les voiles; & que lorsque le vent souffle à la poupe, les voiles de l'arriere dérobent le vent aux voiles de devant.
Larguer, Lacher, donner plus de jeu.
Lat. ou latitude. Signifie latitude.
Lat. est. N. latitude estimée Nord.
Lepas. Coquillages. 555
Lest. Tout ce que l'on met dans le fond intérieur du Navire, pour y former un contrepoids, qui puisse l'empêcher d'être renverse par la force du vent, ou des vagues, Quand on dit simplement left, ou entend seulement des cailloux, du sable, ou quelque autre chose que ce soit.
Liegeons, Ecueils dangereux au sortir de la rade de St. Malo. 34
Lieue. On se sert de ce terme sur mer, pour mesurer par estime. Les lieues différent suivant les Nations. La plus commune mesure est d'une heure de chemin. Un degré du Ciel répond à vingt lieues marines, & a vingt-cinq lieues communes de terre, en Francé.

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Li. Signifie lieue. 25 l. ou li. 25 lieues.
Ligne equinoctiale. La ligne, l'Equateur, tous ces termes signifient la même chose; c'est-à-dire le cercle imaginé, & conçu, que le Soleil décrit dans sa course, ou est cenfé décrire environ le 21 Mars, & le 21 Septembre, dans une partie du Ciel. Tous le points de la circonference de ce cercle sont également éloignés des Poles. Cette ligne est le terme, d'où l'on commence à compter les degrés de latitude, tant dans la partie méridionale que dans la Septentrionale. C'est pourquoi sous la ligne il n'y a aucune élévation de Pole. On baptise ceux qui passent sous la ligne pour le premiere fois. Voyez Baptême.
Ligne d'eau, l'endroit du bordage, ou extérieur du Vaisseau, où l'eau de la mer vient fe terminer, quand le Vaisseau a toute sa charge.
— est aussi une grosse ficelle, au bout de laquelle la sonde est attachée. Elle a environ trois quarts de pouce de circonférence: sa longueur est arbitraire: mais il y a des marques à des distances déterminées, pour juger de sa longueur enfoncée dans la mer, quand on y a jetté le plomb, ou sonde, qui y est attaché. Les plus longues lignes ne passent guere deux cents brasses ou mille pieds; parce qu'au delà de deux cents brasses, il seroit trop difficile de sonder le fond.
Lions marins. 447. leur grandeur extraordinaire, & leur description. ibid. Leur figure 448. Erreur de l'Amiral Anson à leur sujet. 449
Leur lard donne une huile excellente. 564
Son abondance, & maniere de la tirer. 565
Lisongere. Oiseau. 171
Lisse. Fréceinte autour du tillac, & du Navire, pout s'appuyer en passant sur ses bords, & se garantit de tomber à la mer.

Zz 4

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Lobos. Ile. 261
Lock, ou petit Navire. Instrument de quatre pieces de bois, assembléet en triangle, par le moyen de charnieres à compas. Deux de ces pieces forment deux côtés du triangle, presque équilateral: les deux autres se joignent au milieu, par un de leurs bouts, & s'y assujettissent avec une cheville amovible. On tend une toile forte sur ce cadre triangulaire; & l'on arme de plomb les deux pieces qui forment la base, pour la faire enfoncer dans l'eau de la mer, & déterminer la pointe à rester en haut; afin de donner plus de prise à l'eau. Ce cadre est attaché à une corde par sa pointe, & par le milieu de sa base à la cheville amovible. Voyez-en l'usage dans les articles Minute, Nœud.
Lof, côté d'ou le vent soufle.
Long. ou longit. est. signifie longitude.
Loup-Marin. Quantité prodigieuse de ces animaux, tués à coups de bâtons. 446
— Il y en a'de plusieurs sortes 447
— Leur grosseur surprenante. 476
— Quantité d'huile qu'ils fournissent. 487
— Leur figure Pl. IX. Erreur de l'Auteur du Voyage de l'Amiral Anson. 561
Louvoyer, Conduire le Vaisseau tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, changer souvent d'air de vent, pour faire sa route.
Loxodromiques (Tables). Elles sont calculées géométriquement, pour estimer la course oblique du Vaisseau. Par leur moyen on résout promptement les problêmes principaux de la navigation; on fait une plus fûre estime, & un pointage plus exact, que celui des Cartes marines: de sorte qu'en donnant pour fondemenr les rumbs de vent que l'on a courus, ceux de la route, & le chemin que le vaisseau a fait, on trouve le lieu où il est arrivé. Quand la route que fait un vaisseau, en suivant un des trentedeux vents, marqués sur la boussole, ne se fait pas en ligne droite, cette ligne parcourue s'appelle Loxodromie.

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Lucet musqué, fruit excellent. 545
Lune. Poisson. 228
M.
Maboya. Lézard du Bresil. 207
Macboiran, poisson dangereux. 265
Magellan. (Observations sur le Détroit de) 636
Major. Nom du Chirurgien préposé pour panser & medicamenter les malades du Navire.
Matr. Nom que les Bresiliens donnent aux Européens. 248
Maître. Officier marinier, qui commande tout l'équipage sous les ordres du Capitaine, & des Officiers de quart. Le maître est aussi chargé du soin du vaisseaux, & de tout ce qui y est. Il doit avoir l'œil sur toutes les distributions qui s'y font, pour les vivres & les autres choses.
Maître canonier. Est celui qui commande l'artilllerie. Il est chargé du soin & de tout ce qui la concerne.
Maître canotier, qui commande l'équipage des canots.
Maître de chaloupe, est celui qui en tient le gouvernail, & qui y commande les matelots.
Mal-caduc. Remede. 272
Maldonnade. Ile, son canal peu sûr pour moüiller. 262
Mâle, mer mâle, grosse mer.
Manger. Etre mangé par la mer; c'est lorsque la mer est fort agitée & entre dans le vaisseau par le haut de fes bords.
Manger du sable, c'est secouer l'horloge de sable, pour le faire couler plus vîte, ou tourner oette horloge avant que le sable ait tout passé.

Zz 5

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Manioc. Plante, dont la racine est un poison. 241. On l'employe pour en faire la cassave, ibid. Il y en a de plusieurs sortes. 242
Manœuvres, travailler aux manœuvres, les faire agir. — — Tous les cordages, qui servent à disposer les vergues, les voiles, l'ancrage, & à tenir les mâts dans lenr assiette.
Maracuja, fruit du Bresil. 176
Marée, le flux & reflux de la mer. Les marées portent au Sud à trois degrés de latitude Sud, & a trente de longitude. 115 & 116. Elles reversent vers le Nord au quarante cinq de lat. Sud. 420
— — (lit de) courans rapides, que l'on rencontre en mer, en certains endroits. Remarques sur les marées du Détroit de Magellan. 657
Marine. Rivalité de la Marine Royale, & de la marchande, préjudiciable à l'une & à l'autre. 625. Tyrannie de la premiere. 627
Marins. Leur adresse à remuer de gros fardeaux. 498
Marner. S'élever, monter. La mer marne de 10 pieds sur telle côte.
Marsouin. Poisson. 77. Ses especes. 122. Sa force. 125
Marteau, Poisson, sorte de Requin. 186
Mât. Grand arbre, ou longue piece de bois, que l'on pose dans un Navire, & auquel on attache les vergues, voiles, & autres manœuvres nécessaires pour faire naviguer & conduire un Vaissenu. Les grands Vaisseaux ont quatre mâts, qui sont divisés en deux ou trois parties, ou brisures, ou allonges, qui portent aussi le nom de mât. De ces quatre mâts trois sont posés de bout, & le quatriéme, appellé mât de beaupré, est couché sur l'éperon. Le grand mât est placé au milieu du premier pont, ou franc-tillac. Le mât de misene est aussi appellé mât d'avant, parce qu'il y est placé. Celui qui est à l'arriere, est le mât d'artimon.

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Mât (grand) de hune, est celui qui est enté sur le grand mât. Mât de bune, est celui, qui est enté sur celui de misene. Grand mât de perroquet, celui qui sert d'allonge au grand mât de hune. Mât de perroquet d'avant, ou perroquet de misene, celui, qui est enté sur le mât de hune. Mât de perroquet d'Artimon, celui qui est enté sur le mât d'Artimon. Ou l'appelle aussi perroquet de foule, ou de fougue. Mât de perroquet de beaupré, celui qui est enté sur le mât de beaupré. Ou l'appelle encore Tourmentin, &, petit beaupré. On dit: Aller à mâts & à cordes, on se mettre à sec, quand on a été contraint d'abaisser outes les voiles & les vergues, à cause de la violence du vent. Vaisseau démâté, est celui dont on a coupé les mâts, ou lorsque le vent les a rompus.
Maté. Herbe du Paraguay. 331
— est aussi ie nom du vase employé pour faire l'infusion de maté. ibid.
Matelot blessé à mort par l'éclat d'une poulie. 270
— mordu par un serpent. Remede qui le guérit. 204
Maux de dents. Remede. 367
— vénériens, Remede. 309
May (Ile de) 71
Méchoacan. Plante, différente du Méchoacan de nos boutiques. 305
Médaille, enterrée dans les fondemens de la Pyramide des Iles Malouines. 511
Méona, Plante. 302
Mer. Amas d'eau, qui compose un globe, conjointement avec la Terre. Les vagues de la mer sont formées par le flux & par le reflux, ainsi que par l'impulsion du vent. On dit que la mer est courte, quand les vagues se suivent de près. La mer est longue, quand les vagues se succedent de loin, & lentement. La mer brise lorsqu'elle bouillonne, & écume en heurtant contre quelque banc,

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ou roche. La mer se creuse, lorsque les lames deviennent plus grosses, & s'élevent davantage; que la mer s'enfle & s'irrite. La mer monte, ou mer montante, c'est le flot, ou flux. La mer descend, ou refoule; c'est le reflux. La mer brûle. C'est la lumiere en forme d'étincelles que les flots jettent pendant la nuit, lorsqu'elle est agitée. On diroit alors que l'on est sur une mer de feu. Mettre à la voile. Partir.
— les voiles dedans, mettre à sec, mettre à mâts & à cordes; trois façons de parler, qui signifient ferler, ou plier toutes les voiles, & amener les vergues.
Migraine. Remede. 381
Mines. Soupçonnées aox Iles Malouines. 484 & 506
Minquiers, Ecueil dangereux à la sortie de la rade de St. Malo. 34
Minute. Petit horloge de sable, dont l'écoulement ne dure qu'une minute, ou une demi-minute. On s'en sert lorsque l'on jette le lock, ou petit Navire à la mer, pour estimer le, chemin que fait le Vaisseau. On tourne ce sablier au moment qu'une certaine marque très-visible, attachée à la ficelle du lock, touche à l'eau, ou passe vis-à-vis un certain point du Navire. On cesse de filer, ou de vuider la ficelle du lock, au moment que le sable fit de s'écouler. On mesure ensuite combien de longueur de corde s'est dévuidé pendant la durée d'une minute. C'est la longueur du chemin que le Vaisseau a fait.
Mio-mio, Plante. 303
Misene. Voyez mât.
Monté, Vaisseau monté de cinquante canons. Terme qui signifie armé de tel ou tel nombre de canons, pour la défense de Vaisseau. Ainsi un Vaisseau monté de 300 hommes, est celui où il y a 300 hommes d'équipage.

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Monte-video. Ville du Paraguay, n'étoit qu'une peuplade il y a 25 ans. 337. Vue de cette ville. 338. maniere de vivre de ses habitans. 340
Mordre, se dit de la patte de l'ancre, lorsqu'elle tombe sur le fond, & qu'elle s'y enfonce, & y tient.
Morne. Cap élevé, ou petite montagne, que l'on distingue sur la côte.
Moté. Plante. 303
Mouche lumineuse, de deux especes. 237
Mouillage ou Ancrage, endroit de la mer propre à jetter l'ancre.
Mouiller. Jetter l'ancre, pour arrêter le Vaisseau, & le fixer dans un endroit.
Moule. Coquillage, Moules magellanes de plusieurs especes; & leur beauté. 558
Moussacat. Chef de famille. 246
Mousse. Page, ou garçon de bord, jeune Matelor, qui sert les gens de l'équipage, & apprend le mêtier de la marine. Les Mousses balayent le Vaisseau, servent à table, apportent les vivres, & le breuvage, & font tout ce que les Officiers leur commandent. On les châtie très sgneusement, lorsqu'ils ne sont pas exacts dans l'exercice de leur devoir.
Mouton. Oiseau de mer. 255 & 416
Moutonner. La mer moutonne, lorsque les vagues blanchissent d'écume.
Muratori. Suspect de partialité dans son Histoire du Paraguay. 3
N.
N. dans ce joural signifie Nord. N. E. Nord-Est. N. O. Nord-Ouest. N. N. E. Nord-Nord-Est. N. N. O. Nord-Nord-Ouest. N. ¼. N. E. Nord quart Nord-Est. N. 4. deg. O. Nord quatre dégrés Ouest.
Nacelle. Coquillage. 557
Nadir. Point du Ciel directement opposé au Zénit ou point vertical.

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Nager. Ramer, se servir des avirons, on rames, pour faire avancer un vaisseau, une chaloupe, ou un canot.
Naufrage presqu'inévitable pour nous, 432. Inquiétude de l'équipage à ce sujet. 433
Naviguer, pour dire naviger, faire un voyage sur mer.
Navire (petit) voyez Lock.
Navire Holland is démâté 481
Navire Anglois; coups de canon que nous lui tirons, pour l'obliger à mettre son pavillon. 50. 52
Navire françois, qui refuse d'amener. 624
Nautille papyracée. 323
Nez du navire; c'est l'éperon.
Nigua, ou Nigue. Insecte dangereux. 217
Nigaud. Oiseau. 572
Nœud. Marque faite avec un bout de ficelle, que l'on insere dans la ligne de sonde, & dans la corde du lock, à des distances fixées. Quand on retire le lock de la mer, ou la ligne de sonde, on compte e nombre de nœuds, qui se trouvent dans la longueur de la ligne, qui a été dévidée. Voyez Lock.
Noms de tous ceux, qui se sont trouvés à la découverte & prise de possession des Iles Malouines. 512.
O.
Obélisque aux Iles Malouines. 510
Obs. signifie observée.
Occase, au coucher du Soleil.
Ocuvres vives; la partie du vaisseau enfoncée dans l'eau.
Ocuvres mortes, la partie du navire hors de l'eau.
Officier General de Rio-Janeyro prisonnier au Fort Ste. Croix, pour n'avoir pas exécuté ponctuellement les ordres de la Cour de Lisbonne, pour l'expulsion des Jésuites du Bresil. 144
Officiers majors, (les) sont le Commandant, le Capitaine, les Lieutenans & les Enseignes.

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Oiseau du Tropique. 126
Oiseau-mouche, tué d'un coup de fusil. 169. Sa description. 170. Il y en a plusieurs especes. 171
Oiseaux des Iles Malouines, familiers comme s'ils erssent été privés. 418
Once. Animal très-feroce 164
Ophtalmique excellent 377
Orage. Beau spectacle. 266
Orin, ou Horin, grosse corde attaché par un bout à la croisée de l'ancre, & par l'autre à la bouée.
Ortive, au lever du Soleil.
Ort. veut aussi dire ortive.
Ouest. Occident. Dans ce journal il est ordinairement désigné par O. Ouest-Nord-Ouest, par O. N. O. Ouest-Sud-Ouest par O. S. O. Ouest quart de Sud-Ouest, par O. ¼ S. O.
Outarde, quantité prodigieuse que nous en avons mangé aux Iles Malouines. 648
Oxicrat. Mélange d'eau & de vinaigre; on fait ce mélange pour la boisson de l'équipage, afin de la rendre plus salubre.
Oye des Iles Malouines. Leur plumage est d'une blancheur éblouissante, & leur peau propre à faire de beaux manchons. 501
P.
Paefi ou Pafi, c'est la grande voile, ou la plus basse voile du grand mat. Le petit pacfi est la voile de Misene.
Pagaye Aviron, ou rame, dont se servent les Sauvages, pour conduire leurs pyrogues.
Pajes. Poisson. 494
Paille-en-cul. Oiseau. 594. Remarque singuliere à son égard. 595
Palan. Assemblage d'une corde, ou de deux d'un moufle à deux poulies, & d'une poulie simple, qui lui est opposée.

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Palme. Ile. 58
Pampas. Plaine immense sans arbres, ni hauteurs, située entre Buones-Ayres & le Chily. 267
Pamperos, Vent violent. 267
Panapana, sorte de Requin. 185
Panne. Mettre en panne. Mettre le vent sur toutes les voiles, ou sur une partie, pour retarder la marche du vaisseau.
Papillon des plus beaux. 405
Par. Expression par laquelle ou designe l'endroit, ou le vis-à-vis d'une terre, d'un port, d'un Navire, respectivement au lieu, où l'on se trouve. On dit: nous étions par la hauteur de dix degrés, ponr dire à la hauteur de dix degrés de latitude, ou environ. Par le travers d'un tel Vaisseau, vis-à-vis d'un tel Vaisseau.
Parage. Espace, ou étendue de mer, sous quelque dégré de latitude que ce puisse être.
Paralisie. 371
Parer. Doubler, dont voyez l'Article.
Passager. Celui qui est sur un vaisseau, sans faire partie de l'équipage.
Passe, ou Chenal, passage entre deux terres, ou deux rochers.
Paragons-Géans. 660. Leur grandeur & leur habillement. 661. Leurs armes. ibid. Conférence avec eux. ibid. Mots de leur langue. 662
Patelle. Coquillage. 555
Patron. voyez Maître.
Pavillon. Baniere, que l'on arbore à la pointe des mats, ou sur le baton de l'arriere du Navire, pour faire connoître la qualité du Commandant du Vaisseau, & de quelle Nation il est.
Pavois. Tenture d'étoffe, ou de toile, que l'on met autour du plat-bord, & des hunes de Vaisseaux de guerre, pour cacher ce qui se passe sur le pont, pendant un combat. On s'en sert aussi pour marque de dignité, & dans un jour de réjouissance.

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Payco. Plante. Ses propriétés. 308
Pêche prodigieuse. 494
Pégafrol. Oiseau. 171
Pepys. Ile introuvable. 638. 640
Perles très-communes aux Iles Malouïnes. Elles sont une maladie de la moule. 505
Perroquet singulier. 155
— — voyez Mt. Perroquet d'hyver. voyez Bâton d'hyver.
Perruches du Paraguay ne vivent qu'un an. 324
Pertes des femmes. 370
Piastre, ou piece de huit. Pêche que l'on en fait. 268
Piaxepogador. Poisson. 232
Pic à pic. à plomb, perpendiculaire.
Pied-marin. Avoir le pied marin, c'est l'avoir si ferme, & si accoûtumé aux mouvemens du vaisseau, que l'on puisse se tenir debout pendant le roulis, & le tangage.
Pilotage. Art de conduire le vaisseau.
Pilote. Poisson. Sa description & sa figure. 56. 67. erreur du Pere Feuillée à cet égard. 67
Pilote. Officier de l'équipage, chargé de veiller sur la route du vaisseau.
Pilote-côtier, celui, qui connoît bien les côtes, & les entrées des ports.
Piment enragé. 186
Pincer le vent; aller au plus près.
Pinguin. Oiseau. Poisson 451. 461. Sa description. 565. Sa figure. Pl. VII.
Pique. Insecte dangereux. 217. Douleurs qu'il cause, & leur remede. 218
Piraquiba. Poisson. 232
Pirogue. Sorte de canot, dont les Sauvages se servent

Aaa

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pour la pêche. Elle est ordinairement faite d'un tronc d'arbre creusé. 142. 175
Pithe. Plante. 191
Plan de la Baye Acaron. 525
Plante, propre à faire du fil. 190
Plante à vernis, analyse de sa gomme. 439. Figure de cette plante singuliere. 441
Plat de bierre. Fruit. 541. 550
— de l'Equipage. Ration soit de chair, soit de légumes, pour nourrir sept hommes qui mangent ensemble. Les malades sont soignés par ceux qui sont de leur plat.
Plat-bord. Extrémité du bordage, qui regne en haut sur la lisse, autour du pont & du tillac.
Plain, s'entend quelquefois du rivage de la mer.
Plomb, le dit souvent pour signifier toute la sonde. Le plomb de sonde est une masie de plomb en forme de cône tronque, dont la base est concave, & remplie d'un mélange de suif & de graisse, pour sonder le fond de la mer.
Plngeon, sa beauté. 503
Point. Lien marqué sur la carte, pour indiquer l'endroit de la mer où l'on croît être, & de là diriger sa route.
— de côté, Remede 371
Pointage de la carte, voyez Point.
Pointe. Longueur de terre, qui avance dans la mer. La pointe de l'Est; c'est-à dire la partie d'une terre, qui avance le plus dans la mer, & se montre du côté de l'Orient.
Pointer la carte; désigner sur la carte le lieu où l'on présume que le vaisseau est, & trouver l'air de vent que l'on doit courir, pour arriver où l'on veut aller. Cette désignation est le résultat de l'observation faite tous les jours à midi, quand la sérénité du tems le permet, pour connoître la hauteur du Pole où l'on est, & le dégré de longitude estimé sur le
chemin qu'a fait le vaisseau. On opere avec deux compas ordinaires à deux pointes, dont on pose l'un sur les paralleles de latitude, l'autre sur les degrés de longitude, marqués sur la carte hydrographique. Le point où les deux autres pointes aboutisient, quand on les mene à la rencontre l'un de l'autre, est l'endroit où l'on est. On appelle aussi cette opération, faire son point.

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chemin qu'a fait le vaisseau. On opere avec deux compas ordinaires à deux pointes, dont on pose l'un sur les paralleles de latitude, l'autre sur les degrés de longitude, marqués sur la carte hydrographique. Le point où les deux autres pointes aboutisient, quand on les mene à la rencontre l'un de l'autre, est l'endroit où l'on est. On appelle aussi cette opération, faire son point.
Poisson extraodinaire. 66
— volant, sa description. 61. 64. & 587. est trèsbon à manger. 64
Poitvine (fluxion de) Remede. 374
— ses maux. Remede. 382
Pole, l'un des points du ciel sur lequel on suppose que tourne le globe céleste. Les marins dirigent leur route en observant tous les jours la distance, où ils se trouvent de l'un des deux poles.
Pomme de racage, ou de raque. Boule de bois percée pour être ene. On en fait des especes de colliers, ou chapelets, que l'on passe autour des vergues, pour les faire couler plus facilement le long des mâts. On appelle aussi ces pommes, des racages.
— de raquette, fruit. 193. Maniere de les manger. Il teint l'urine en rouge. 194
Pompe de mer. Grosse colonne d'eau, qui s'éleve de la mer, est poussée par le vent, comme un tourbillon, & tombe souvent tout d'un coup. Il seroit dangereux qu'elle vint échouer sur un navire; il courroit risque d'en être submergé. Lorsqu'on la voit venir à soi, il fant forcer de voile ou charger le canon, & tirer la bordée sur la colonne, pour la rompre, & la faire affaisser, avant qu'elle arrive au vaisseau. Voyez Trombe.
Poncho. Manteau Espagnol. 384
Ponchos, ou Punchos. Manteau que portent les Espagnols en Amérique. 394

Aaa 2

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Pont, ou Tillac. L'un des étages du vaisseau. Dans les vaisseaux de guerre, il y en a trois à cinq pieds de distance l'un de l'autre. Le premier, ou franc tillac est celui, qui est le plus près du fond du Veisseau.
Port. Beauté de celui des Iles Malouines & sa description. 533
Port Egmont. Préface. IX.
Porter. Gouverner, courir, faire route, font des termes synonimes. Porter sur un Vaisseau, c'est diriger sa route vers un vaisseau. Mais porter peu de voiles, c'est n'en déployer qu'une partie. Porter bien la voile, se dit d'un navire qui conserve son équilibre, malgré la force du vent qui souffle sur les voiles.
Possession (prise de) des Iles Malouines. 522
Poulaine. Saillie d'une partie de l'avant du vaisseau, où l'on va laver le linge, & se décharger le ventre. On pratique aussi d'ares saillies aux deux côtés de l'ariere, pour la derniere de ces deux opérations; & l'on appelle bouteilles ces deux saillies.
Poulette. Coquillage rare. J'ai porté le premier en Europe. 560
Poupe. arriere du vaisseau, ou sa partie à laquelle le gouvernail est attaché.
Pourceau, effet fingulier de la nature à l'égard d'un pourceau. 506
Pourpres. Coquillages. 560
Prairies rares dans l'Ile Ste. Catherine. 209
Prêcheur, Oiseau. Sa description. 230. 232
Prélart, ou Prélat, grosse toile goudronnée, que i'on étend sur les ouvertures treillissées des ponts du navire, pour empêcher l'eau d'y pénétrer.
Prendre hauteur, Observer la hauteur du soleil à midi. Prendre ou faire un ris, c'est plier la voile à une hauteur déterminée, au moyen des garcettes, ou

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petites cordes appellées ris. Prendre le vent. Voyez Vent, prendre terre. aborder terre.
Président (le premier) de Rio-Janeyro me donne des éclaircissemens sur le Pays & sur ses habitans. 199
Proue ou Eperon. La partie du vaisseau qui s'avance la premiere dans la route.
Provisions. Les nôtres se sont conservées sans corruption. On doit en attribuer l'altération entre les Tropiques, à la préparation, & non à l'air du climats. 121
Puant. Oiseau. Voyez Alcyon. 416
Pucbot. Voyez Trombe.
Pyramide, elevée aux Iles Malouiues. 511
Q.
Quart (le) la garde, la sentinelle intervalle de tems, qu'une partie de l'équipage veille pour faire le service, tandis que l'autre dort. Faire son quart. c'est être de garde. Chaque nation en détermine la durée à sa fantaisie; & cette durée se mefure par l'écoulement du sable d'une horloge. Cet écoulement dure demi-heure. On tourne plus ou moins de fois l'horloge pour la durée du quart, suivant le tems fixé. Chaque fois que le Timonnier le tourne, il sonne la cloche, pour avertir que la demi heure est passée. L'équipage qui veille à l'autre bout du navire, répete sur une autre cloche, le même nombre de coups, & crie bon quart.
Quebranta-Huessos. Oiseau. 255
Singularité de son bec, & sa fig. 256 & 416
Quinde. Oiseau. 173
R.
Racage. voyez Pomme.
Rade. Espace de mer, près de la côte, où 1'on peut jetter l'ancre, & se mettre à l'abri de certains vents,

Aaa 3

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en attendant le vent favorable pour partir, ou pour entrer dans un port.
Radouber. Raccommoder, réparer un navire.
Raffale. Bouffces subites de vent.
Ralingues. Cordes cousues en orlet autour de chaque voile. 222
Ranger la terre, ou autre chose, c'est passer auprès.
Ranet. Insecte.
Raque. voyez Pomme.
Ras, ou Rat, courant de mer rapide & dangereux.
Ration. Mesure, ou quantité de provisions de bouche, que l'on distribue à chaque homme, pour sa subsistance. On dit une ration de biscuit, d'eau de vie.
Rebos, Mantille. 349
Reslux, Voyez flux.
Regime de bananes. 212
Relâche, lieu où les Vaisseaux mouillent pour répa rer le Navire, ou pour prendre des rafraîchissemens.
Reldcher, s'arrêter dans un lieu de relâche.
Relevement. Observations faites de la situation actuelle du Vaisseau, eu égard à la position des terres, ou autres choses voisines, dont il est environné.
Relever un cap. C'est observer sa position rélative à celle du Vaisseau où se fait l'observation.
Remoux Tournant d'eau occasionné par le corps du Navire en route; ce tournant se forme à la poupe à mesure que le Navire avance.
Reptile. On n'en voit aucun aux Iles Malouines. 463
Requin, Poisson. Il a sept rangs de dents triangulaires, & tranchantes. 68. Sa voracité 80. Il ne s'élance pas hors de l'eau, pour saisir sa proye. 80
Requin Lamie. 229
Ressif ou Récif. Chaines de roches sous l'eau, & presque à la superficie.
Rester. La Terre nous reste au Sud; c'est à dire

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qu'elle se trouve à l'égard du Vaisseau, dans l'air de vent du Sud.
Revirement. Changement de route.
Revirer de bord, changer de route.
Rhumatisme. Remede. 381
Rhume. Remede. ibid.
Ris. Rang d'oeillets pratiqués dans la largeur des voiles, & fournis de garcettes, pour diminuer la hauteur des voiles, en pliant une partie suivant que les circonstances l'exigent. Voyez Prendre.
Rolle de ceux qui se sont trouvés à la découverte, & prise de possession des Iles Malouines. 512
Rovalos. Poisson. 500
Rouges (les) Marine royale. Rivalité nuisible des Rouges & des Bleus. 625
Rouler, se balancer sur un côté, & puis sur l'autre.
Roulis. Balancement du Navire d'un bord sur l'autre. C'est l'opposé du tangage.
Roussette. Poisson. 263
Route. Chemin que l'on tient en mer. Faire plusieurs routes, c'est louvoyer. Faire même route qu'un autre Vaisseau, c'est courir sur le même air de vent.
Ruines trouvées aux Iles Malouines. 526
Rumb. Ligne, qui représente sur le globe terrestre, sur la boussole, & sur les Cartes marines un des trente deux vents-qui servent à diriger la route d'un Navire. Ainsi l'horizon est supposé devisé en trente deux points, de chacun desquels soufle un air, ou rumb de vent.
S.
S. Signifie Sud, S. S. E. Sud-Sud-Est. S. ¼ S. E. Sud quart de Sud-Est.
Sable. Sorte d'horloge en usage sur mer, pour mesurer par la durée de l'écoulement du sable, con-

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tenu daus l'horloge, Vécoulement du tems. Cet écoulement est ordinairement d'une demi heuré, La Sable pour mesurer le chemin du Vaisseau, au moyen du lock, n'est que d'une demiminute, ou tout au plus d'une minute. Voyez Lock.
Sabord. Embrasure pratiquée dans le bordage du Vaisseau, pour y passer la bouche du canon, & pour le pointer.
Sainte Barbe. Voyez Barbe.
Saint Jacut. Abbaye. 36
Saltins en course. Ruse dont nous usons pour les combattre. 40
Sapateo, Danse Espagnole. 349
Sunsonnet des Iles Malouines. 569
Sapincite. Plante à faire une sorte de bierre très salubie. 550
Sar. Voyez Goëmon.
Saras, très-commun au Brusil. 159
Sauvages du Détroit de Magellan 642. Leur habillement. ibid. Alliance faite avec eux. 651–674. Apparence de Religion parmi eux 673.
Sauter. Se dit du veot, quand il change promptement.
Sébaldes, Iles, leur figure. 425
— — leur position. 10
Séfran. Plante. 311
Sensitive. Il y en a de plusieurs especes. 226
Ses feuilles sont un poisson, & sa racine en est la remède. 227
Serpens. Ils sont très-communs au Bresil, & plusieurs dangereux. 167
Serpent à sonnettes. 207
Serrer le vent. Voyez Pincer.
Siesta, usage Espagnol. 352
Sillage, trace du cours du Vaisseau.
Siller, aller en avant, faire route.
Singe. Fait singulier d'un Singe. 182

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Singler, faire route.
Siphon ou Tiphon. Voyez Pompe & Trombe de mer.
Sivadiere. Voile de beaupré.
Soldat. Poisson. 229
Sombrer, se renverser. Les Malouine disent Soursouhrer.
Sonde. Voyez Plomb.
Soute. Lieu où l'on enferme les poudres, & le biscuit.
Spatule. Oiseau. 167
Spbinx échoue sur les Abrolhos. 289
Stribord. Côté droit du Vnisseau.
Succet. Poisson. Sa description. 77. erreur du P. Feuillée à son égard. 68. 232
Sud. Côté du Ciel & de la Terre, compris depuis l'Equateur jusqu'au Pole antarctique.
Suifver. Frotter de Suif le partie du Vaisseau que l'eau baigne, tant pour mieux conserver le bois, que pour rendre le frottement moins sensible, & que l'eau oppose moins de resistance au mouvement du Navire.
Suppressions des régles. 370
T.
Tabac, du Bresil, sa préparation. 343
Tangage ou tanquage; Balancement du Vaisseau de l'avant à l'arriere.
Tatapccoun. 249
Tatu-apara. 398
Tatou. ibid.
Tayes des yeux, remede. 373
Teiti. Oiseau. 184
Téjuguacu. Lezard. 207
Tempéte. 268
Tems (gros) se dit lorsque la mer est fort agitée, & que les vagues s'élevent beaucoup, Tems embru-

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é; celui qui est couvert de brouillards. Tems affiné; celui qui s'éclaircit.
Tenir le vent: aller au plus près.
Tenue. Prise, ou accrechement de la patte de l'ancre au fond de la mer. On dit bonne tenue, lorsque l'ancre y mord bien.
Terre ferme, celle dont l'étendue est trop grande, poua être appellée Ile. L'Amérique est une terreferme, ainsi que l'Asie, l'Afrique, & l'Europe. Terre embrumée, ou couverte de brouillards; terre fine, celle que l'on voit, & que l'on distingue clairement.
Terres australes découvertes par Gonneville. 13
Terrir ou Atterrir, descendre à terre, prendre terre après une longue navigation.
— — se dit aussi pour dire, avoir vûe de terre.
Tête de vent. L'endroit d'où le vent commence à soufler. Ou l'appelle aussi pied.
— — (maux de) Voyez migraine.
Tbon. Sa description. 64. 605
Ticripiranga. Oiseau. 236
Tigres du Paraguay, plus cruels que ceux d'Afrique. 346
Tillac. Plancher, ou étage du vaisseau sur lequel la batterie de canons est placée. Il se dit aussi du pont le plus élevé, sur lequel est le Timonnier, & où se fait la manœuvre.
Timennier, Matelôt qui tient & conduit la barre du gouvernail pendant son quart, sous les ordres de l'officier de garde.
Togny, petite ville du Bresil. 288. Ses, habitans rendent service au Sphinx. 189
Tomincios. Oiseau. 173
Tonnerre, tombe sur une frégate Espagnole. 357
Totumo. Vase pour le maté. 331
Toucan ou Tucan, oiseau. 229

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Toucher. Heurter contre.
Touer un vaisseau. Le faire avancer au moyen d'une ancre, appellé par cette raison ancre de toue, ou Touage.
Tour be excellente. 466
Tourloureu, sorte de crabe. 195
Tourmente. Tempête.
Traîne (à là) se dit de tout ce que l'on jette à la mer, attaché à une corde, pour le faire traîner à la suite du navire. Les matelots mettent leur linge à la traîne pour le laver.
Traite. Commerce, qui se fait entre des vaisseaux, & les habitans des côtes de la mer.
Tranchées après l'accouchement. 372
Travers. Se mettre par le travers; c'est se mettre vis-àvis.
Tribord. Voyez Stribord.
Trinquette. Voile de forme triangulaire, que l'on met à l'avant du vaisseau. La voile d'artimon, & celles détai sont aussi triangulaires.
Trompe. Le même que Trombe de mer.
Trompette ou Portevoix. Instrument de cuivre, ou de fer blanc, ayant la forme d'un haut bois, sans trous, & sans clef. On fait des Trompettes de sept ou huit pieds de longueur, & quelquefois davantage. Son pavillon doit être fort évasé, & son embouchure, ou bocal, doit l'être assez pour y introduire les deux levres en parlant dedans. On pousse la voix distinctement jusqu'à mille pas. On l'employe sur mer pour parler aux Vaisseaux que l'on rencontre.
Tucan le même que Toucan.
Tumeurs serophuleuses. 370
Tupan, nom du Tonnerre. 251
V.
Vague. Voyez Lame.
Vapeurs (Remede aux.) 376

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Variation. Déclinaison de l'aiguille aimantée. En de certains parages elle décline du Nord au Nord-Est en d'autres du Nord ou Nord-Ouest. Un Pilote ne peut assurer son estime, dans un voyage de long cours, s'il n'est assuré du sillage, ou chemin que son vaisseau fait par jour, & qu'il ne sache la variation de l'aiguille aimantée en chaque parage. On l'observe matin & soir, quand le tems le permet; sinon on l'estime. Elle se marque ainsi en abrégé dans les Journanx Vaon. ou Von. N. E 2. degr. 30 m. ou 2 = 30. ce qui signifie, Variation Nord-Est 2 degrés 30 minutes.
Vent, Les marins divisent l'horison en 32 parties, & supposant 32 vents, qu'ils appellent airs, ou rumbs de vent.
Vents aliscs. Vent qui soufle ordinairement dans certains parages. Nous ne les avons pas trouvés, où on les trouve pour l'ordinaire. 63
Vent de bout. Vent abselument contraire, & qui vient directement du côté où l'on veut aller.
Vent frais, voyez Frais.
Vent réglé, voyez Vent alisé.
Vergue. Piece de bois longue, arrondie & une fois plus grosse dans son milieu qu'à ses deux bouts. Elle se pose en creix, par son milieu, le long du mât, où elle peut monter & descendre, au moyen des racages. Elle sert à porter les voiles, quelquefois plusieurs, lorsqu'on met à ses extrémités de gros anneaux de fer avec des bouts dehors pour y appareiller des bonnetes en étui.
Vérole (petite) 369
Verrues. Remedes. 372. 374
Vers vivans dans la chair de la Bonite. 608
Viagrios. Poisson. 263
Viana (Joseph-Joachim de) Gouverneur de Montevideo nous comble de politesse, & n'est pas ami des Jesuites. 281. Diner qu'il nous donne 293

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Vibord. Partie du vaisseau comprise depuis le pont supérieur jusqu'au plus haut au bord.
Vigie. Roche cachée sous l'eau, & pas assez profondément, pour qu'un vaisseau puisse passer deffus sans danger d'y être brise.
Vigier veut quelquefois dire faire garde.
Vigogue. Animal. 665

Villa Ville du Paraguay.

Villa Ricca

329
Vinaigre mêlé avec l'eau pour la boisson de l'équipage. Raison de ce mêlange. 121
Vinaigrette. Plante singuliere. 540
Vira-verda. plante. 184
Vira-vida. Plante. 311
Vis. Coquillage. 560
Ulceres. Remede. 371
Vuidauges, les faire sortir. 372
Y.
Yerva de Palos, 327. C'est un remede à tous les maux. 330
Yeux, maux des yeux. Remede. 377
Ygucrilla, Plante. 311
Z.
Zarca. Plante. 311
Zone torride. Nous n'y avons éprouvé aucune des incommodités, dont de Navigateurs se plaignent. 118
Zorillos. Puanteur de son urme. 397

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CORRECTIONS.

Page 10 ligne 21 par les, lisez pour les.
17 — 19 sans ce, — sous ce.
27 — 19 Gyrandois, — Gyraudais.
34 — 21 la parti, — le parti.
37 — 9 sous un, — sous une.
40 — 15 unon, — union.
ibid. — 25 femmme, — femme.
47 — 21 5 m. est. — Variation estimée.
66 — 13 pouissiere, — peussiers.
67 — 16 un on deux, — un ou deux.
75 — 15 geuche, — gauche.
79 — 14 Bouites, — Bonites.
81 — 2 engouler, — engeuler.
86 — 18 du chemin, — de chemin.
97 — 18 le, — la.
110 — 16 tisques, — tesques.
ibid. — derniere. deux, — ceux.
116 — moins, — plus
178 — 5 fut, — faut.
187 — 26 mair, — mais.
192 — 4 caquis, — acquis.
223 — 4 port, — pont.
234 — anrepenult. l'enreur, — l'erreur.
235 — 24 marqué, — manqué.
257 — obs. 25 = 35. — 29 = 35.
262 — 13 Mr. — Mrs.
267 — 7 de — du.
268 — 22 que, — qui.
275 — 5 O. compas, — O. du compas.
280 — 13 Calatrave, — Calatrava.
369 — effacez au, — très.
332 — 9 Moté, — Maté.
385 — 12 Chevrenils, — Chevreuils.
488 — 15 pous, — pour.

[page 772]

Page 514 ligne 18 Taillaudier, lisez Taillandier.
515 — 12 Gouclo, — Gouelo.
528 — 21 couverture, — ouverture.
561 — 1 uotre, — notre.
575 — 3 bocrure, — bourre.
616 — penult, Ascention, — Ascension.
617 — 25 Est. Sud, — Est. Nord.
619 — 1 hausicre, — hausiere.

Avis au Relieur.

Les 19 Planches doivent mis à la fin du Tome 2.


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Citation: John van Wyhe, editor. 2002-. The Complete Work of Charles Darwin Online. (http://darwin-online.org.uk/)

File last updated 14 March, 2014