RECORD: Roussin, Albin-René. 1827. Le pilote du Brésil, ou description des côtes de l’Amérique méridionale. Paris: Imprimerie Royale.

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LE

PILOTE DU BRÉSIL.

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NOTE IMPORTANTE.

Tous les gisemens de côtes, de routes, de vents et de courans, indiqués dans cet ouvrage, sont corrigés de la déclinaison de l'aiguille aimantée, et, par conséquent, rapportés au méridien du monde.

Toutes les longitudes sont occidentales, et comptées du méridien de l'observatoire de Paris.

Les latitudes étant tantôt septentrionales et tantôt méridionales, elles sont accompagnées des mots Nord et Sud, suivant leur dénomination.

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LE

PILOTE DU BRÉSIL,

OU

DESCRIPTION DES CÔTES

DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE,

COMPRISES

ENTRE L'ÎLE SANTA-CATARINA ET CELLE DE MARANAÕ,

AVEC LES INSTRUCTIONS NÉCESSAIRES

POUR ATTÉRIR ET NAVIGUER SUR CES CÔTES;

PAR LE B.ON ROUSSIN,

CONTRE-AMIRAL,

MEMBRE DU CONSEIL, D'AMIRAUTÉ, COMMANDEUR DE L'ORDRE ROYAL DE LA LÉGION D'HONNEUR,
CHEVALIER DE SAINT-LOUIS ET DE SAINT-WOLODIMIR DE RUSSIE,

COMMANDANT

L'EXPÉDITION HYDROGRAPHIQUE ENTREPRISE PAR ORDRE DU ROI,
ET EXÉCUTÉE EN 1819 ET 1820,

SUR LA CORVETTE LA BAYADÈRE ET LE BRIG LE FAVORI;

PUBLIÉ

SOUS LE MINISTÈRE DE M. LE C.te DE CHABROL DE CROUZOL,

PAIR DE FRANCE,

MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES.

PARIS,

DE L'IMPRIMERIE ROYALE.

M. DCCC. XXVII.

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LE

PILOTE DU BRÉSIL.

INTRODUCTION.

ÉTAT des connaissances hydrographiques sur les côtes du Brésil jusqu'en 1819. — Armement de deux bâtimens de guerre français destinés à étendre ces connaissances. — Exposition sommaire des méthodes suivies dans la campagne de ces bâtimens. — Avertissement sur la nature et l'étendue des détails offerts par les cartes, plans et instructions résultant de cette campagne.

LORSQUE, au commencement de 1821, le Gouvernement publia mon Mémoire sur la navigation aux côtes du Brésil, j'annonçai que cet écrit n'était que l'extrait d'un ouvrage où je me proposais de donner tous les documens nautiques recueillis pendant la campagne hydrographique que je venais de faire au Brésil par ordre du Roi.

Les travaux de rédaction et de gravure des cartes et des plans produits par cette campagne, une nouvelle mission de trois ans, dont je fus chargé immédiatement après mon retour, suspendirent l'exécution de cet ouvrage; et ce fut pour en tenir lieu momentanément, et afin de ne pas priver trop longtemps les navigateurs d'une partie des fruits d'un travail entrepris dans leur seul intérêt, que je donnai, avant de partir, quelques Notes sur les principaux ports du Brésil.

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Aujourd'hui, ces motifs de retard ont cessé, et la totalité des cartes est terminée. Un nouveau séjour au Brésil, quoiqu'il n'ait pas eu l'hydrographie pour objet spécial, m'a mis en état de vérifier et d'accroître mes premières observations, et je puis publier la prèsente instruction. J'osé espérer, d'après les efforts que j'ai faits pour la rendre utile, qu'elle fournira aux navigateurs un ensemble de renseignemens qui leur avait manqué jusqu'ici.

Ce n'est pas que les côtes du Brésil aient donné lieu à un moins grand nombre de cartes et d'instructions qu'aucune autre partie du monde. Depuis vingt ans, sur-tout, que ce pays est plus généralement fréquenté, il s'en est publié plusieurs descriptions, principalement en Angleterre, où l'activité de la navigation fait du commerce des cartes marines une spéculation très-lucrative.

Mais, dans la quantité de ces documens, on ne peut en citer aucun de fondé sur un système d'opérations tel que les mèthodes actuelles peuvent en produire.

État de l'hydrographie du Brésil avant l'expédition.

Les Portugais, premiers possesseurs du Brésil, sont aussi les premiers qui donnèrent quelques connaissances de ses côtes. Mais ces notions ne commencèrent à offrir quelque exactitude qu'à dater du dix-septième siècle; jusque-là, et pendant tout le temps que, dirigés par les grandes vues des Sébastien et des Emmanuel, les Portugais prirent la plus glorieuse part à l'exploration du globe, ils ne s'occupèrent point de décrire leurs conquêtes; bornés d'ailleurs à l'usage d'instrumens imparfaits et à des méthodes insuffisantes, ils ne pouvaient faire que des cartes fautives, dont l'emploi fut souvent funeste.

Les Hollandais, pendant les trente années (1) de gu ee (1) De 1624 à 1654.

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qu'ils soutinrent pour ravir le Brésil aux Portugais, donnèrent des renseignemens plus détaillés sur les portions du pays qu'ils occupèrent. Ces renseignemens furent aussi moins défectueux que les précédens, parce qu'ils furent successivement obtenus par des moyens qui commençaient à s'améliorer. Mais ils n'embrassèrent que la partie de terrain adjacente au rivage, sans s'étendre à la description de la côte proprement dite et des dangers situés au large, objet principal de l'intérêt des navigateurs.

Ce ne fut que plus tard, à des époques rares et assez éloignées les unes des autres, que des améliorations importantes purent être remarquées dans les cartes des côtes du Brésil.

Dalrymple, en 1779 et 1788, avec l'aide des journaux des marins de son pays et des renseignemens obtenus de plusieurs pilotes et hydrographes portugais, introduisit, dans cette partie des connaissances hydrographiques, quelques rectifications avantageuses: elles furent ensuite copiées sur toutes les cartes modernes; mais elles participèrent encore de l'inexactitude des observations astronomiques de ce temps.

La fixation des limites des possessions espagnoles et portugaises en Amérique donna lieu, en 1780, de former une commission, composée d'astronomes et de géographes des deux puissances. Cette commission fit un travail d'où résulta la détermination exacte de plusieurs points importans. Les commissaires portugais levèrent ensuite une carte de la côte, depuis le Rio-Grande de San-Pedro jusqu'à l'ile de Sainte-Catherine, c'est-à-dire, sur une étendue d'environ cent vingt lieues; mais cette carte, que les Portugais prétendent même avoir prolongée plus au Nord par la suite, n'a jamais été rendue publique, et elle est pour nous comme si elle n'existait pas. On n'en connaît, tout au plus, que des imitations

1*

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infidèles, si l'on en juge par les différences considérables que présentent plusieurs des positions qu'elles donnent, comparées à celles des mêmes lieux, résultant d'observations plus récentes et d'une précision reconnue.

Ces cartes ont servi de base à celles que publia Portugal, cosmographe portugais, dont les compatriotes louent l'exactitude dans quelques détails, mais dont la précision géographique ne peut, toutefois, être justifiée.

Je n'ai pas cité, en parlant des ouvrages portugais sur le Brésil, celui du cosmographe Pimentel. Le livre de ce Portugais, intitulé Arte de navegar e Roteiro do Brazil, Guine, Angola, &c., ne traite que très-incidemment du Brésil; et, publié en 1699, on n'y trouve que quelques renseignemens sur un petit nombre de points, tant du Brésil que de la route pour s'y rendre, sans aucune indication des sources où il a puisé pour se procurer ces renseignemens, et par conséquent pour motiver la confiance dans leur exactitude.

C'est, à très-peu près, aux documens que je viens de rappeler que se bornent les connaissances hydrographiques sur le Brésil, jusqu'à la fin du dernier siècle; et les tentatives faites jusqu'en 1819 les ont peu augmentées à la connaissance ou au profit du public.

En 1817, Faden, géographe anglais, a publié une carte très-détaillée du littoral de la capitainerie de San-Paulo, rectifiée sur des levés faits sous les ordres de l'amiral Campbell. Les détails de cette carte sont assez exacts; mais les gisemens des côtes y sont très-défectueux, et l'on n'y trouve pas plusieurs dangers portés sur des cartes anciennes et qui existent réellement. Cette carte est donc encore d'un usage dangereux, comme celles qui l'ont précédée, et dont elle ne diffère qu'en ce qu'elle présente la réunion de plusieurs plans de baies ou

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d'entrées de rivières levés à part et intercalés entre des positions supposées déterminées antérieurement.

M. Hewett, lieutenant de la marine anglaise, ayant obtenu, par des observations et des chronomètres, la position géographique de Ciara, Fernando de Noronha, Pernambuco, des caps de Saint-Augustin et Santo-Antonio de Bahia, des îlots Abrolhos, du cap Frio et de Rio-Janeiro, en a fait les bases d'une carte qu'il a publiée en 1818; mais comme il a pris les détails de la côte dans les cartes inexactes qui ont précédé la sienne, et notamment dans celle de Dalrymple, il a participé à des erreurs graves, qu'il aurait sans doute évitées s'il ne s'en était rapporté qu'à lui seul.

Enfin, une instruction nautique, qui est en grande partie le fruit des observations de M. Hewett, a été publiée pour accompagner sa carte. Elle contient de bons renseignemens; mais elle n'embrasse qu'une partie de la côte du Brésil, et laisse d'ailleurs à desirer une foule de détails dont la connaissance est indispensable aux navigateurs.

Une reconnaissance des côtes du Brésil est jugée nécessaire.

C'est dans cet état de connaissances hydrographiques sur les côtes du Brésil, que le dépôt de la marine de France, sentant la nécessité d'une carte exacte de ces côtes, et ne pouvant trouver dans les travaux dont nous venons de parler, ni dans les renseignemens recueillis par les navigateurs français, les matériaux nécessaires à sa construction, sollicita du Gouvernement une expédition destinée à les procurer.

Des vues aussi utiles ne pouvaient manquer d'être accueillies par le Roi de France. S. M. LOUIS XVIII, de vénérable mémoire, les honora de son approbation, et ordonna l'armement de deux de ses bâtimens pour faire l'hydrographie du Brésil.

Deux bâtimens du Roi sont armés pour faire cette reconnaissance.

La corvette la Baïadère, avec laquelle je venais de faire, en 1817 et 1818, la reconnaissance d'une partie de la côte

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occidentale d'Afrique, et le brig le Favori, furent destinés à cette mission, dont le commandement me fut donné. La plupart des officiers qui m'avaient suivi avec distinction dans les campagnes précédentes, firent encore partie de celle-ci; et, au premier rang d'entre eux, M. Givry, ingénieur hydrographe de troisième classe, des plus estimés du dépôt général de la marine, continua de m'accompagner sur la Baïadère, et de déployer les talens dont il avait déjà fait preuve. Un autre ingénieur du dépôt, M. Gressier, fut également adjoint à l'expédition, et embarqué sur le brig le Favori, commandé par M. Letourneur, lieutenant de vaisseau.

Départ des deux bàtimens.

Les deux bâtimens, partis, l'un de Rochefort, le 14 février 1819, l'autre de Brest, le 3 mars, se trouvèrent réunis le 16 mars à Sainte-Croix de Ténériffe, où j'avais assigné le rendez-vous, pour vérifier la marche des montres marines et faire plusieurs observations relatives à la mission.

Arrivée de la Baïadère à l'île Sainte - Catherine.

Nous reprîmes la mer le 18 pour nous rendre à l'île de Sainte-Catherine, limite méridionale désignée pour le début de nos travaux. Peu de jours de navigation suffirent pour me faire connaître les mauvaises qualités du brig; sa marche était inférieure d'un tiers à celle de la corvette; et, forcé d'arriver dans les premiers jours de mai, pour profiter de l'opportunité de plusieurs observations qui s'offraient à cette époque, je fus obligé de lui retirer ma remorque et de me séparer de lui. J'arrivai le 10 mai à Sainte-Catherine, avec la fâcheuse certitude que je serais presque entièrement privé de la coopération de ce bâtiment.

Cette première relâche au Brésil était importante pour l'expédition. C'est là qu'allaient commencer nos rapports avec les autorités du pays; c'est là aussi que je devais arrêter définitivement le plan du travail dont j'étais chargé.

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Des communications diplomatiques avaient été faites à M. l'ambassadeur de Portugal à Paris, sur l'objet de l'expédition; mais il était douteux qu'elles eussent eu le temps de parvenir à la cour de Rio-Janeiro (1). Notre arrivée à Sainte-Catherine pouvait donc n'être pas prévue dans cette île, et nous ne pouvions rien préjuger sur l'initiative qu'auraient à y prendre les autorités à notre sujet.

Cette initiative nous fut aussi favorable que nous pouvions le desirer. D. José Tovar d'Albuquerque, gouverneur, et D. Miguel de Souza e Alvim, intendant de la province, étaient des officiers capables d'apprécier le caractère d'une entreprise du genre de la nôtre, et de croire à la loyauté de ses auteurs. Ils devinèrent les intentions de leur souverain; et, nous accueillant avec une honorable confiance, ils favorisèrent de tout leur pouvoir nos travaux, dont ils se plurent à reconnaître l'intérêt général. J'oserai dire que je n'en ai point abusé, et que je m'appliquai, dans tout le cours de mon séjour sur les côtes du Brésil, à renfermer mes démarches dans les limites d'une discretion d'autant plus recommandée à ma délicatesse, qu'aucun avis, aucune marque de défiance, ne m'ont jamais rappelé qu'elle fût nécessaire. Je paierai avec d'autant plus de plaisir le tribut que je dois à cette libéralité de deux officiers distingués, et je leur exprime ici ma reconnaissance à tous deux, pour la faveur que l'expédition en a reçue dans la circonstance décisive de son début. Je n'ai pas revu M. d'Albuquerque depuis cette époque; mais les marques d'estime, et j'oserai dire d'amitié, que j'ai reçues de M. de Souza, dans tous mes autres passages à Sainte-Catherine, lui ont acquis de ma part un sincère et inaltérable attachement, dont je le prie d'agréer ici l'assurance,

(1) A cette époque, le roi de Portugal résidait au Brésil.

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Le méridien du mât de pavillon du fort Santa-Cruz de l'îlot Anhatomirim est le premier méridien de nos cartes.

J'obtins de la bienveillance de ces deux Messieurs, l'usage du fort de Santa-Cruz, sur la petite île Anhatomirim (1), pour faire nos observations astronomiques. Plusieurs voyageurs, occupés de recherches semblables aux nôtres, avaient déjà observé sur ce point, et ce fut le mât de pavillon du fort que nous prîmes pour premier méridien de nos cartes.

L'île de Sainte-Catherine, assignée pour point de départ de nos reconnaissances, était, sous plusieurs rapports, désavantageusement choisie. Sa position sur le globe n'était pas encore fixée avec la précision desirable, et l'on ne devait pas attendre, des moyens mis à notre disposition et de la promptitude qui nous était imposée, des observations de longitude absolue, d'une importance suffisante pour faire cesser entièrement cette incertitude. En embrassant seulement deux cents lieues de plus au Sud, et en partant de Maldonado, on se serait appuyé sur une position exactement déterminée par les Espagnols (2), et il ne serait resté aucune lacune entre leur travail et le nôtre.

Instrumens embarqués dans les bâtimens de l'expédition.

Les instrumens d'astronomie et de navigation, placés à bord de la Baïadère, consistaient, 1.° en un cercle répétiteur à deux lunettes de Lenoir; 2.° une lunette astronomique pourvue d'un micromètre de Carrochez; 3.° plusieurs cercles à réflexion et horizons artificiels; 4.° un cercle azimuthal pour mesurer les angles à terre; 5.° deux montres marines (n.os 56 et 99) de feu Louis Berthoud.

Le Favori avait aussi trois cercles de réflexion et deux montres marines de feu Louis Berthoud.

Pour obtenir de ces divers instrumens des résultats décisifs sous le rapport des longitudes absolues, il aurait fallu pouvoir

(1) Tête de petit singe (en brésilien).

(2) D. José Varela et Malaspina, de 1782 à 1794.

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employer beaucoup plus de temps que nous ne devions en avoir à notre disposition.

Objet détaillé de l'expédition.

Dans l'espace de dix mois, «nous devions reconnaître et sonder toutes les baies, l'entrée de tous les ports et des principales rivières; assigner la position géographique des points remarquables du rivage, et celle des écueils et dangers de toute espèce, sur la totalité des côtes comprises entre l'île Sainte-Catherine et l'embouchure de la rivière des Amazones, c'est-à-dire, sur une étendue de près de neuf cents lieues. Nous devions aussi étudier la direction et la force des vents et des courans dans les diverses saisons, le mouvement des marées à terre et au large, la déclinaison de l'aiguille aimantée; indiquer, d'après ces élémens, les routes à suivre pour attérir sur ces côtes, pour naviguer à leur vue et pour s'en éloigner; en un mot, recueillir tous les documens nécessaires pour construire une carte exacte du littoral entier du Brésil.» (Dépêche ministérielle du 23 novembre 1818.)

Modification que j'apporte au plan de la campagne.

Le temps accordé pour accomplir ce travail était peu proportionné à l'entreprise. Nous nous proposâmes de n'en pas perdre un seul instant; et, afin d'en tirer le plus d'utilité possible, je crus devoir modifier le plan sur lequel la campagne avait d'abord été conçue.

Les raisons de cette modification.

La détermination géographique qu'on s'était proposée des principaux points de la côte, aurait eu cet inconvénient, commun à tous les périples faits au moyen des seules observations astronomiques exécutées à la mer, que chaque position étant le résultat d'observations isolées et sans liaison entre elles, l'ensemble de ces positions ne peut donner que trèséventuellement la figure exacte du rivage; en sorte qu'il est rarement possible de placer entre deux points déterminés de

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cette manière, la portion de la côte intermédiaire, lorsque, plus tard, on vient à la lever. Cela provient de ce qu'à la mer, les observations astronomiques ne pouvant pas toujours être faites dans des circonstances favorables à leur exactitude, elles ne peuvent pas non plus donner toujours des résultats précis.

D'après cette opinion, confirmée pour moi par l'expérience de mes campagnes sur la côte d'Afrique (où néanmoins j'oserai rappeler que nos observations astronomiques atteignirent un degré de précision digne d'être remarqué) (1), nous nous résolûmes, M. Givry et moi, à ajouter au travail d'abord projeté, un second travail propre à en démontrer sur-le-champ l'exactitude, ou à en corriger les erreurs.

Nous nous décidâmes à lever entièrement la côte, c'est-à-dire, à en lier tous les points remarquables par des relèvemens, et à les embrasser ainsi dans un réseau continu de triangles, en même temps que nous les assujettirions à celles de nos observations astronomiques dont les circonstances, le choix et la concordance sur un même point, nous auraient prouvé l'exactitude.

De cette manière, deux moyens, souvent indépendans l'un de l'autre, marchant de front, devaient se contrôler et se corriger mutuellement. Cette méthode était indispensable dans le commencement de notre travail, où, d'après la saison régnante et le gisement de la côte, jusqu'au cap Frio, nous allions nous trouver dans l'impossibilité d'obtenir des latitudes par la hauteur directe du soleil, et réduits à recourir à des hauteurs supplémentaires, déjà trop grandes pour pouvoir être employées avec succès; mais nous l'appliquâmes, par

(1) Voyez mon Mémoire sur la navigation aux côtes d'Afrique; Paris, 1819.

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conviction de ses avantages, à tout le reste des opérations de la campagne.

C'est donc ainsi, c'est par le concours d'une suite non interrompue de relèvemens et des observations astronomiques, que nous avons obtenu les élémens des cartes de la côte du Brésil.

Tous les relèvemens ont été faits avec des instrumens à réflexion, et avec l'assiduité nécessaire pour en assurer la continuité.

Les observations astronomiques, portées à un très-grand nombre, ont été faites, autant que possible, dans toutes les circonstances favorables, et leurs résultats ont subi toutes les rectifications qui peuvent compléter leur exactitude.

J'ai eu soin de distribuer les relâches des bâtimens à des distances assez rapprochées les unes des autres pour que nous ayons pu faire, à terre, plusieurs observations que le séjour à bord n'aurait pas permises, ou qui y auraient été faites avec moins de précision. Ces observations ont eu la plus heureuse influence sur l'ensemble du travail, comme on en pourra juger par cet extrait d'un mémoire inséré dans la Connaissance des temps de 1825, par M. Givry.

Rapprochement de nos observations astronomiques au Brésil, avec celles qui ont été faites antérieurement.

Il y fait le rapprochement suivant de nos observations pour déterminer la longitude de Rio-Janeiro, avec celles qui ont été faites antérieurement dans le même but.

Longitude du Pain de Sucre [Paõ de Açucar] à l'entrée de la baie de Rio-Janeiro:

Moyenne de 892 distances lunaires, partagées en 332 séries, que nous avons observées, tant à Rio-Janeiro, que sur divers points situés au Nord et au Sud de cette baie, et rapportées au méridien du Pain de Sucre, au moyen des montres marines 45° 34′ 42″, 9 O.

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Longitude, par la montre marine n.° 56, embarquée sur la Baïadère, d'après la différence trouvée entre le méridien d'Anhatomirim et celui du Pain de Sucre 45° 34′ 48″, 1 O.
Longitude, par l'immersion du premier satellite de Jupiter, observée le 17 mai 1820, par M. Givry, sur Anhatomirim 45. 32. 22.
Longitude, par les observations de Louis Godin, astronome français, en 1751 45. 9. 50.
Longitude, par 11 distances lunaires observées dans la même année par la Caille et d'Après. 44. 57. 30.
Longitude, par les astronomes portugais en 1783, d'une part 45. 38. 0.
De l'autre, par les mêmes 45. 37. 50.
Longitude, par des observations du capitaine anglais Haywood, cité par Horsburg. 45. 31. 30.
Longitude, par les observations du capitaine de Freycinet, dans son Voyage autour du monde. 45. 36. 22.
Longitude, par les observations du lieutenant Hewett, pour l'île Ratos (baie de Rio-Janeiro). 45. 26. 38.
Longitude, par les observations du général Brisbane, à bord du vaisseau anglais le Royal-Georges, près du cap Frio, en 1811. 45. 31. 18.
Enfin, pardes observations chronométriques faites, en 1821, à bord de la frégate de Sa Majesté la Clorinde, commandée par M. le capitaine de vaisseau de Mackau, à vue du cap Frio, et rapportée au Pain de Sucre. 45. 33. 54.

Présomption resultant de ce rapprochement en favour de l'exactitude de nos observations.

Un tel accord entre les résultats des observations des astronomes portugais, du capitaine Haywood, du lieutenant Hewett, du capitaine Freycinet, du général Brisbane, de la frégate la Clorinde, et les nôtres, doit faire présumer que la longitude de Rio-Janeiro n'éprouvera désormais que de légers changemens par suite des observations qu'on pourra faire dans ce lieu.

En rapportant cette détermination, je ne veux pas attribuer aux opérations de ma campagne au Brésil un mérite

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auquel il n'était pas de son objet de prétendre. Probablement la longitude de Rio-Janeiro ne paraîtra définitivement fixée que lorsqu'un observatoire aura été établi depuis quelque temps sur ce point; ce sera le sentiment des astronomes, et nous ne voulons pas en appeler. Nous ne nous proposions, dans notre voyage, que de déterminer des positions relatives, des différences en longitudes d'un point à un autre, au moyen des montres marines; mais on conviendra peut-être, cependant, que ce que nous avons pu y ajouter, avance la solution d'une question plus importante, et augmente au moins le nombre des probabilités obtenues jusqu'ici sur la longitude de Rio-Janeiro.

J'ai dit plus haut que le mât de pavillon du fort Santa-Cruz d'Anhatomirim avait été pris pour premier méridien de nos cartes.

Position du point de départ de nos reconnaissances hydrographiques.

Au moyen d'un grand nombre d'observations, de la précision desquelles nous croyons pouvoir répondre, à très-peu de secondes près, nous lui avons assigné la latitude de 27° 25′ 31″, 9 Sud.

Sa longitude, par la montre n.° 56, en employant une marche diurne moyenne entre celles qui ont été observées à Ténériffe et à l'île Anhatomirim, est de 51° 1′ 18″ Ouest de l'observatoire royal de Paris (1).

C'est de cette position que nous avons compté les longitudes de tous les points de la côte jusqu'à Maranhaõ; en sorte que toutes ces longitudes forment un ensemble invariable-

(1) Cette longitude, conclue de la différence que nous avons trouvée entre les méridiens du môle de Sainte-Croix de Ténériffe, et du fort Santa-Cruz d'Anhatomirim, est, en outre, basée sur la longitude que nous avons assignée, en 1817 et 1818, à ce premier point, laquelle est 18° 33′ 30″ à l'Ouest de Paris. (Voyez mon Mémoire sur mes Reconnaissances hydrographiques à la côte d'Afrique, Paris, 1819.)

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ment lié; et qu'étant en fonctions les unes des autres, si (ce qui nous paraît douteux)des observations subséquentes prouvaient que la côte orientale d'Amérique doit être portée, d'une quantité quelconque, à l'Est ou à l'Ouest du point que nous lui assignons, il n'en résulterait aucun changement dans les positions respectives des lieux, et la correction ne porterait que sur leur ensemble; ce qui ne serait d'aucune importance pour la navigation.

Exposition sommaire des méthodes hydrographiques que nous avons employées dans l'expédition.

Les opérations hydrographiques sont maintenant pratiquées par un assez grand nombre de personnes, pour qu'il soit superflu d'entrer dans le détail des méthodes que nous avons employées. M. Beautems-Beaupré, membre de l'institut et ingénieur hydrographe en chef de la marine, en a, le premier, développé le principe dans son appendice au Voyage de d'Entrecasteaux, où il a joint les meilleurs exemples, aux meilleurs préceptes. Après avoir été les premiers à l'imiter dans l'application de sa méthode à l'hydrographie dans la grande navigation, lors de nos campagnes sur la côte d'Afrique, nous l'avons, de, nouveau, pris pour guide dans notre travail sur la côte du Brésil, et cela nous dispense de dire plus de quelques mots sur cette méthode, devenue familière aujourd'hui.

Elle consiste, comme on sait, à déterminer successivement les diverses positions de l'observateur sur la mer, par rapport à trois points déterminés de la côte. Il en résulte une suite de triangles liés entre eux par des parties communes, à l'aide desquelles les autres parties sont déterminées à leur tour. Toute la côte que nous allons décrire a été comprise dans une pareille triangulation. Afin de ne pas l'interrompre, je mouillais presque tous les soirs, quelque temps qu'il fît et sur quelque point de la côte que je me trouvasse; et je ne remettais sous voiles,

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le lendemain, qu'après avoir repris les derniers relèvemens de la veille, pour nous assurer que nous n'avions pas changé de place pendant la nuit, et qu'après avoir orienté, par des relèvemens astronomiques, la station, par rapport aux principaux point relevés à terre.

En adjoignant un second bâtiment à l'expédition, on avait eu pour objet de la rendre moins pénible, et d'augmenter le nombre des observations de toute espèce qu'elle avait pour but de recueillir. Le faible tirant d'eau du Favori m'avait fait espérer de pouvoir l'attacher de très-près au rivage, pour en étudier les détails que la prudence ne permettrait pas à la corvette d'approcher, et je me flattais, en le tenant à terre de mes routes, le long de la côte, d'abréger de moitié le temps nécessaire pour sonder, et d'avoir par son moyen une double ligne de sondes à porter sur les cartes.

Mauvaises qualités d'un des bâtimens de l'expédition.

Ce bâtiment se trouva si dépourvu de qualités, qu'il me fallut, dès le commencement de la campagne, renoncer à en faire un tel usage. Je pris alors le parti de l'expédier à l'avance, sur les divers points qui méritaient une exploration détaillée, avec ordre de s'occuper de cette exploration en m'attendant: ces travaux particuliers, assujettis ensuite à l'échelle et aux bases du travail général exécuté sur la Baïadère, devaient venir s'y intercaler avec avantage, et accroître l'intérêt des résultats généraux de la campagne.

Conséquences qui en résultent.

Si le zèle eût suffi pour multiplier ces travaux, ils auraient sans doute été nombreux; mais le Favori ne put arriver que deux fois assez tôt aux relâches que je lui avais prescrites, pour s'y occuper utilement avant l'apparition de la corvette; et les plans du mouillage de Saint-Sébastien, de l'entrée de Espirito-Santo, de l'entrée de Bahia, de la rade de Pernambuco, et de l'embouchure de la rivière de Caïenne, sont les seuls auxquels

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il put coopérer. Les talens dont le capitaine, l'ingénieur, et les officiers de ce bâtiment, y ont fait preuve, m'ont donné lieu de beaucoup regretter d'avoir été si souvent privé de leur assistance.

Au surplus, nos reconnaissances de la côte du Brésil, destinées principalement à l'usage de la grande navigation, ne comportaient pas une recherche minutieuse des détails de cette côte; cette sorte d'exploration n'intéresse réellement que les caboteurs, et ne peut être faite que par de petits bâtimens qui seraient stationnés long-temps sur les lieux mêmes. Ceux de l'expédition (eussent-ils possédé les qualités qu'on leur avait supposées), la déférence que je devais aux autorités du pays, et les bornes assignées à la durée de la mission, me prescrivaient de ne pas m'étendre au-delà des objets essentiellement importans pour le plus grand nombre des navigateurs.

Le gisement exact des côtes, l'attérage sur les ports les plus fréquentés, les routes à faire pour s'y rendre et pour les quitter, les vents, les courans qui influent sur ces routes et les dangers qu'elles peuvent offrir, étant les principaux objets sur lesquels il était réellement nécessaire de procurer des renseignemens précis, c'est à eux que je m'attachai et que je consacrai tout mon temps.

Résultats généraux de l'expédition.

J'espère avoir laissé peu à desirer à cet égard. Nous avons prolongé huit cents lieues de la côte du Brésil, à une distance d'un à six milles, sans préjudice des nombreuses pointes, de dix à douze lieues au large, sur tous les points importans, pour en reconnaîtré les approches. Il est donc difficile qu'aucun danger, aucun objet digne d'intérêt nous ait échappé; et nos cartes, présentant la côte telle qulle paraît à la distance d'une à deux lieues, nous semblent offrir tout ce qui est utile à la généralité des marins, sans tomber dans les détails

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dont la recherche n'entrait pas dans le plan de l'expédition, et qu'on n'obtient, en général, qu'aux dépens de la clarté, première condition d'une carte et de tout document hydrographique.

Dans cette campagne, comme dans celles qui l'ont précédée, pour le même objet, sur la côte d'Afrique, nous avons apporté tous nos soins à l'exactitude des observations astronomiques, et nous n'avons rien négligé pour tirer, des instrumens que nous possédions, tout le parti qui dépendait de nous.

Installation des montres marines à bord de la Baïadère.

Comme dans les campagnes de 1817 et 1818, les montres de la Baïadère avaient été suspendues dans une armoire placée un peu en arrière du grand mât dans l'entrepont; dans cette situation, les montres ne participaient, pour ainsi dire, à aucun des mouvemens du bâtiment; elles étaient tenues sans cesse dans une température uniforme, d'environ 30° du thermomètre centigrade, au moyen d'une lampe, et jamais on ne les touchait que pour les monter; un chronomètre portatif, comparé avant et après les observations, était employé à transmettre le temps des montres, chaque fois qu'il en était besoin.

C'est sans doute en partie à ces précautions que nous avons dû de tirer des montres marines des résultats d'une exactitude, sinon supérieure à toute attente, du moins égale à tout ce qui pouvait être espéré. On en jugera par l'exemple suivant, que je prends parmi une foule d'autres que je pourrais citer. Après cinquante-cinq jours depuis notre départ de Bahia, l'accélération de la montre n.° 56 n'avait augmenté que de 0″, 4539; en sorte que la longitude qu'elle attribua au fort San-Luiz de Maranhaõ, calculée avec la marche reconnue au départ, ne différait que de 3′ 10″ de degré de celle que nous trouvâmes définitivement, en employant la marche moyenne des deux relâches; et, ce qui doit compléter la conviction sur

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l'extrême régularité de cette montre, c'est que la longitude qu'elle donna à Pernambuco (relâche intermédiaire où nous fîmes des observations de longitude), et calculée avec la marche de Bahia, ne différa que de 0° 1′ 49″ de celle qui fut assignée en dernier lieu à ce point, en employant la marche moyenne du départ et de l'arrivée.

Détails sur les longitudes obtenues pendant la campagne.

Une exactitude aussi remarquable doit inspirer une parfaite confiance dans les différences en longitude que nous assignons aux divers points de la côte du Brésil: le soin a été poussé, relativement à cet élément de nos cartes, jusqu'à recalculer tous les angles horaires, avec les latitudes corrigées des courans, toutes les fois qu'il a été reconnu que les courans avaient eu de l'influence sur la station dans laquelle la longitude avait été observée; et l'une des conséquences les plus certaines du système de relèvemens continus que nous avons suivi, était la connaissance précise de cette influence des courans dans l'intervalle des observations astronomiques.

Sur les latitudes.

Les latitudes ont été conclues de séries nombreuses de hauteurs prises avant et après le passage au méridien, toutes les fois que la hauteur de l'astre rendait cette méthode praticable. Lorsque le soleil était très-près du zénith, nous observions sa hauteur supplémentaire en même temps que sa hauteur directe, comme je l'ai expliqué en rendant compte de mes campagnes à la côte d'Afrique, et nous partagions probablement ainsi l'erreur provenant de l'irrégularité des réfractions astronomiques, toujours si variables sous les hautes températures dans le voisinage de la terre.

Dans les parties de nos reconnaissances où le gisement des côtes s'opposait à ce que nous pussions amener les astres à l'horizon, j'ai fait des relâches plus nombreuses, afin que les observations faites à terre suppléassent, en plus grand nombre,

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à celles que le séjour à bord eût rendues défectueuses. Nos latitudes alors étaient obtenues, soit par des hauteurs croisées, avec le cercle de réflexion et l'horizon artificiel, soit par des distances zénithales, avec le cercle répétiteur.

Les résulats que nous avons obtenus dans cette partie de notre travail ne sont pas moins satisfaisans que les autres, ainsi que le prouve la comparaison de nos observations de latitude avec les observations de même espèce, faites antérieurement.

Je présenterai, sans le choisir, le rapprochement fait par M. Givry, dans le mémoire déjà cité, relativement à la latititude de la petite île Ratos, située dans la baie de Rio-Janeiro.

Latitude de l'île Ratos, par nos observations 22° 53′ 16″ S.
Latitude du milieu de la place du Gouvernement, qui est de quelques secondes plus Sud que l'île Ratos, par Louis Godin, astronome français, en 1751 22. 53. 40.
Latitude du même lieu, par la Caille et d'Après 22. 53. 0.
Latitude du même lieu, à très-peu de secondes près, par les astronomes portugais, en 1783, d'une part 22. 54. 12.
Latitude, par les mémes, une seconde fois 22. 54. 13.
Latitude, par le lieutenant Hewett, en 1814 et 1815 22. 53. 30.

C'est, à bien peu près, une identité parfaite, et la moyenne est 22° 53′ 48″.

Sur la déclinaison de l'aiguille aimantée.

La déclinaison de l'aiguille aimantée a été déterminée avec des soins recherchés et continus, toutes les fois que le temps l'a permis. Chaque résultat que j'en rapporterai dans le cours de cet ouvrage, sera toujours la moyenne de trois ou quatre séries d'azimuths ou d'amplitudes observés avec des compas de grands diamètres et éprouvés, en même temps qu'ils étaient

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toujours placés au même point du bâtiment par rapport au compas de route. Ce que j'ai dit plus haut de la manière dont les cartes ont été levées, fait connaître que la boussole y a été fort rarement employée: nous ne nous en sommes servis pour les rélèvemens, que lorsqu'il était impossible de s'en passer.

Sur les sondes.

Les sondes méritent toute la confiance des marins: à l'exception de celles des ports et des rades, elles ont toutes été faites par les bâtimens mêmes; obligation laborieuse à laquelle je me suis toujours assujetti, tant pour donner aux sondes toute l'exactitude possible, que pour pouvoir garantir par ma propre expérience, et après les avoir parcourues moi-même, les routes que j'aurais à indiquer. Les marins savent combien l'idée que des bâtimens ont passé sur la route qu'ils tiennent, ajoute à leur confiance et à leur sécurité.

Nous étions parvenus à former des sondeurs capables d'avoir le fond avec certitude, à vingt brasses, par une Vîtesse de plus de quatre nœuds; mais j'ai toujours eu soin de rester audessous de ce sillage, et de régler la vîtesse sur la plus grande facilité de sonder: j'ai la conviction que, sur cent sondes portées sur nos cartes, il n'y en a peut-être pas deux de fautives.

Tous les brassiages, marqués sur la route des bâtimens, sont tels qu'ils ont été trouvés et sans aucune modification.

Dans les plans particuliers, les sondes ont été ramenées à la basse mer du lieu; des notes placées sur les plans en avertissent toujours, et il faut lire ces notes avec attention.

Sur la nature du fond.

Le plomb de sonde ne pouvant indiquer que la nature de la surface du fond, nous nous sommes servis, dans tous les mouillages, de lances qui, pénétrant le sol assez profondément, nous ont fait connaître la qualité de ses couches inférieures, leurs avantages et leurs inconvéniens pour la tenue des ancres.

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Sur l'observation des marées.

L'observation des marées est la partie la moins précise de notre travail, et il ne dépendait pas de nous de lui donner un plus grand degré d'exactitude. Ce genre d'observations s'exerçant sur un phénomène dont les effets se combinent d'une foule de causes irrégulières et variables selon les lieux, exige un long séjour à terre, et une attention aussi suivie que minutieuse: ces conditions nous étaient refusées; nos relâches ne pouvaient avoir la durée nécessaire pour faire un nombre suffisant d'observations; et je devais m'abstenir, en pays étranger, de démarches qui, par leur durée et leur continuité, auraient pu porter ombrage aux autorités ou aux habitans.

C'est la même discrétion qui nous a privés des plans de l'intérieur des ports: espèce de documens qui n'entraient pas dans l'objet de ma mission, et qu'il faut attendre de la libéralité des gens du pays.

Mais nous avons remédié, autant qu'il dépendait de nous, à ces circonstances défavorables. Dans l'impossibilité d'établir à terre une échelle et un observateur de marées, je faisais sonder, de quinze en quinze minutes, à l'avant, à l'arrière, et de chaque côté du bâtiment au mouillage, avec des lignes souvent vérifiées. Comme, dans un grand nombre de ces mouillages, je faisais affourcher, et qu'à la très-petite distance où je me plaçais de la côte, les vents ne variaient guère qu'alternativement du large et de terre, l'évitage du bâtiment s'effectuait presque toujours sur les mêmes directions et sur le même terrain; en sorte que les sondes ne pouvaient manquer de retomber très-souvent sur les mêmes points du fond, et d'indiquer avec assez d'exactitude les changemens successifs de la hauteur des eaux pendant toutes les périodes de leur mouvement journalier. Les résultats de ces observations ont presque toujours confirmé cette probabilité; et les variations de la pro-

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fondeur se sont accordées, avec la régularité la plus satisfaisante, aux heures correspondantes de la marée.

Sur l'observition des courans.

Nous avons donné la même importance à l'observation des courans. Au mouillage, nous en relevions la direction de demi-heure en demi-heure, et nous mesurions en même temps leur vîtesse avec un loch fait exprès, gradué avec précision et souvent vérifié. Leur action était d'ailleurs presque constamment évidente pour nous, même quand nous étions sous voiles, au moyen des observations astronomiques, des montres marines et de la liaison de nos relèvemens, d'ou résultait la fixation presque continuelle de notre position réelle.

On trouvera dans le chapitre suivant le résumé de nos observations sur les courans généraux à la côte du Brésil; et les courans particuliers, et le mouvement des marées, seront décrits à l'article de chacun des lieux auxquels ils se rapportent.

Sur la nomenclature employée dans nos cartes.

La nomenclature employée dans nos cartes et dans la pré sente instruction, est, autant qu'il nous a été possible de la connaître, telle qu'elle existe dans le pays même.

Les motifs qui m'ont déterminé à la préférer à toute autre m'ont paru péremptoires. En effet, les côtes du Brésil, quoique très-mal figurées sur les cartes jusqu'ici, n'y sont pas moins présentées avec un détail de topographic qui nécessite une nomenclature fort étendue. Mais les erreure de ces cartes ont jeté une telle confusion dans la désignation des lieux, qu'un même point, souvent même un point imaginaire, est indiqué sous cinq ou six noms différens, sur autant de cartes: cela provient, tantôt de la différence de langage des auteurs des cartes, et de la difficulté qu'ils éprouvaient à prononcer et à écrire le même nom d'une même manière; tantôt, de la puérile prétention de quelques-uns, d'imposer des noms nouveaux à

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des objets déjà connus, décrits et nommés, afin de donner à leurs relations un vernis de découvertes.

J'ai voulu éviter ce travers, dont l'inconvénient est visible par la confusion qu'il a jetée si long-temps dans la géographie de beaucoup de lieux. Je me suis appliqué à recueillir les noms usités dans le pays, en les faisant, autant que possible, écrire par les habitans eux-mêmes; et à cet effet, j'ai embarqué avec moi, aussi souvent que je l'ai pu, un homme de la partie de côte que j'avais à reconnaître, sous la prononciation et la dictée duquel nous écrivions le nom de chaque point, à mesure qu'il passait sous nos yeux.

J'ajouterai un mot sur le second parti que j'ai tiré de ces rapports avec des hommes du pays, pendant que je faisais l'exploration de la côte.

Renseignemens des pratiques du pays.

Choisis, autant que je l'ai pu, parmi les meilleurs patrons du cabotage, ces hommes m'ont donné des renseignemens très-intéressans sur les objets de détail que je ne pouvais pas étudier moi-même, et j'ai eu occasion de vérifier ensuite plusieurs de ces renseignemens. Néanmoins, les points placés sur nos cartes, ou indiqués dans cette instruction, d'après ce seul genre de données, sont accompagnés, sur les premières, des mots, Positions douteuses, et dans le cours de cet ouvrage, par les mots, Renseignemens des pratiques.

Attention à avoir en faisant usage des cartes provenant de l'expédition.

On a également différencié, sur les plans et les cartes, les parties de côte que nous avons reconnues nous-mêmes, de celles, en très-petite quantité, dont la figuration a été prise ailleurs, faute d'avoir pu les approcher suffisamment. Quoique les sources de ces emprunts aient toujours été choisies dans ce qu'on connaissait de plus exact, comme nous ne voulons garantir que ce que nous avons vu, en le présentant comme nous l'avons vu, nous avons trouvé convenable de prévenir

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tous les doutes à cet égard: c'est ce que M. Givry a fait en rédigeant et dessinant les cartes; et les marins qui en feront usage devront faire attention aux explications qu'elles portent sur la manière dont les diverses parties de la côte y sont rendues.

Tels sont les avertissemens dont j'ai cru devoir faire précéder le PILOTE DU BRÉSIL. Ces sortes d'ouvrages ne peuvent prétendre à la confiance que leur but est d'inspirer, qu'autant qu'ils sont faits consciencieusement et présentés avec une entière bonne foi. J'ai eu sans cesse ces deux conditions devant les yeux dans l'accomplissement de ma mission; et c'est pour achever de la remplir dans le même esprit, que j'ai expliqué les procédés que nous avons suivis et les méthodes que nous avons pratiquées.

J'ai dit plus haut (page 16) que le résultat de nos reconnaissances des côtes du Brésil était de présenter ces côtes «telles qu'elles paraissent à la distance d'une ou deux lieues de terre. » La présente instruction s'étend aux détails que ce cadre doit naturellement comporter. Je n'ai pas méconnu la responsabilité qu'entraîne une semblable tâche; je ne me suis pas dissimulé l'inconvénient de publier une description d'une portion quelconque d'un pays rempli d'autant de personnes éclairées qu'on en distingue au Brésil; et je sens qu'oser parler avec une sorte d'étendue des lieux qu'on n'a pu étudier que pendant quelques mois, et en soumettre un tableau à des habitans si capables et si facilement à portée d'en relever les moindres inexactitudes, est une hardiesse qui doit paraître téméraire, et, presque inévitablement, exposer l'amour-propre de son auteur à de fréquentes contrariétés.

Cette considération frappante ne m'a cependant point arrêté, et j'ose espérer que ma hardiesse ne sera pas trouvée inexcusable.

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L'insuffisance et l'imperfection des documens publiés sur les côtes du Brésil ne se bornaient pas à ce qui regarde la géographie; leurs erreurs s'étendaient à tout ce qui est relatif à la navigation sur ces côtes; et les vents, les courans, les saisons, les marées, &c., qui y règnent, avaient été jusqu'ici peu observés ou mal définis.

Il y avait donc beaucoup à faire dans un sujet si neuf; et sans oser prétendre à remplir une aussi grande lacune, j'ai cru au moins utile de chercher à la diminuer. C'est ce qui m'a porté à entrer dans un tel détail: sacrifiant ainsi, par le desir du bien, le désagrément de me voir probablement reprocher des erreurs, à l'avantage d'exciter ceux qui me succéderont à faire mieux que moi.

Si, comme je le crois, les navigateurs trouvent dans cet ouvrage un assez grand nombre d'indications exactes, et de conseils qui leur soient profitables, j'aurai atteint mon but; et je serai bien plus flatté de ce succès, que blessé d'avoir à corriger des fautes qu'au moins j'aurai le mérite de faire signaler, et qui, au sentiment de tout juge impartial, ne pouvaient guère être évitées dans un premier essai de cette étendue.

Le tableau que j'ai présenté de l'état de l'hydrographie du Brésil, antérieurement aux reconnaissances dont j'ai été chargé, fera sentir, comme il doit l'être, le prix du service rendu par la France à la navigation. Ce service a le caractère du plus entier et du plus noble désintéressement; et la répartition actuelle du commerce maritime entre les nations qui y participent avec la France, en est la preuve irrécusable. Les navigateurs en apprécieront d'autant mieux la générosité du Monarque éclairé dont la bienveillance s'est plue à contribuer ainsi à leur sûreté, et leur reconnaissance joindra son hommage à ceux que reçpit chaque jour sa mémoire révérée.

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Je ne terminerai pas cette introduction sans acquitter une dette qui m'honore trop pour que je la puisse taire: je veux parler de mes sentimens pour les témoignages de bonté dont j'ai été l'objet durant mon séjour au Brésil.

J'ai rapporté les procédés des chefs de la province de Sainte-Catherine à mon égard. S. M. le roi D. JOAÕ VI les approuva, et m'en confirma l'assurance, lorsque, le 24 juin 1819, j'eus l'honneur d'être admis à lui offrir l'hommage de mon respect: S. M. daigna «reconnaître l'intérêt général de ma mission, en approuver le plan, et en protéger l'accomplissement, en m'annonçant qu'elle voulait donner des ordres pour que je continuasse à trouver, sur la partie de ses états qui me restait à parcourir, les mêmes facilités que j'avais trouvées jusque-là.»

L'esprit qui avait inspiré des ordres si généreux se manifesta dans tout le cours de leur exécution, et l'accueil le plus flatteur me fut fait sur chacun des points que je visitai.

Ces dispositions ne se sont point évanouies avec le règne qui les avait vues naître. A mon second voyage au Brésil, où je me proposai d'utiliser mon séjour en ajoutant de nouveaux documens hydrographiques à ceux que j'avais déjà recueillis, S. M. l'empereur D. PEDRO I, entré alors dans la glorieuse carrière qu'il parcourt aujourd'hui, se montra également favorable à ce projet. Héritier des vues élevées et de la bienveillance de son auguste père, il protégea comme lui des travaux dont il reconnut l'utilité générale, et il daigna en distinguer l'auteur.

Ces bontés ont excité ma respectueuse reconnaissance.

J'acheverai d'obéir à ce sentiment, en plaçant ici, sous les noms augustes qui précèdent, ceux des personnes éminentes dont les égards et les procédés m'ont rendu agréables mes divers séjours au Brésil; et j'ai l'honneur de prier MM. le

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comte DOS ARCOS, ministre de la marine en 1819, le comte DE VIANA, vice-amiral, gentilhomme de la chambre du roi, le comte DE PALMA, capitaine général de la province de Bahia, D. Luiz DO REGO-BARRETO, capitaine général de la province de Pernambuco, et D. Bernardo DE SILVEIRA PINTO DE FONSECA, capitaine général de la province de Maranhan, à la même époque, de recevoir l'expression de mes remerciemens.

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LISTE

Des OFFICIERS et ÉLÈVES composant l'état-major des bâtimens du Roi, employés, en 1819 et 1820, à faire la reconnaissance hydrographique des côtes du Brésil.

LA CORVETTE LA BAÏADÈRE.

MM. A. ROUSSIN (1), capitaine de vaisseau, officier de l'ordre royal de la légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, chef de l'expédition.

P. A. GIVRY (2), ingénieur de troisième classe au dépôt général des cartes de la marine, chevalier de la légion d'honneur.

L. G. QUERNEL, lieutenant de vaisseau.

J. N. LE MARIÉ, idem.

L. J. DEPÉRONNE, enseigne de vaisseau.

M. Ch.es OLLIVIER, idem.

Ch.es P. ZILOF DE CRÉQUI, idem.

X. Ch.es L'EVÊQUE, idem.

ÉLÈVES DE LA MARINE.

P. G. DUTAILLIS, élève de première classe.

J. N. MANÉS, idem.

C. LAROCHE, idem.

LE BRIG LE FAVORI.

T. M. LE TOURNBUR, lieutenant de vaisseau.

J. B. GŒURY, idem.

C. L. GRESSIER, ingénieur de troisième classe du dépôt général de la marine.

A. N. HANET-CLÉRY, enseigne de vaisseau.

J. Ch.es COLIGNON, idem.

ÉLÈVES DE LA MARINE.

P. GATIER, élève de première classe.

J. BELLENGER, idem.

Ch.es PELLETIER, idem.

(1) Fait baron, au retour de la campagne, du propre mouvement du Roi, à son audience particulière, le 18 octobre 1820.

(2) Fait ingénieur de 2.' classe, en témoignage de satisfaction, au retour de la campagne.

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PREMIÈRE PARTIE.

DESCRIPTION DES CÔTES

DE

L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE

COMPRISES

ENTRE L'ILE SANTA-CATARINA ET L'ILE DE MARANHAÕ,

ET INSTRUCTION

POUR ATTÉRIR ET NAVIGUER SUR CES CÔTES.

CHAPITRE PREMIER.

ASPECT général des côtes du Brésil; leur structure et leurs approches;
température, saisons, vents et courans qui y règnent.

Aspect général des côtes du Brésil.

L'ASPECT des côtes du Brésil n'est pas le même sur toute leur étendue. Depuis l'île Santa-Catarina [Sainte-Catherine] jusqu'à environ soixante lieues au Nord du cap Frio, les terres sont très-élevées, couvertes de forêts, et elles peuvent être aperçues de dix-huit lieues de distance, par un beau temps:

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il n'y a donc que des précautions ordinaires à prendre pour les approcher en venant de la mer.

Mais il n'en est pas de même par-tout ailleurs: sur plusieurs points, on ne voit la terre que d'une médiocre distance, et l'attérage exige plus de précautions. Telles sont les parties comprises entre Espirito-Santo et le Monte-Pascoal [Mont Pascal]; entre Porto-Seguro et la baie de Tous les Saints; entre la Torre de Garcia de Avila, et le cap Saint-Augustin; et ensuite, presque sans exception, depuis Olinda jusqu'a l'île Maranhaõ [Maranhan]. Sur tout ce développement, les terres sont basses ou de médiocre élévation; et elles n'offrent que çà et là quelques montagnes d'un ordre inférieur, ou trop reculées dans l'intérieur du pays pour qu'on puisse les apercevoir aisément du large.

Du secours qu'on peut tirer de la sonde pour connaître la distance à laquelle on se trouve des côtes du Brésil.

Les avertissemens qu'on peut retirer de la sonde, sur la proximité à laquelle on se trouve de ce continent, dépendent de la position où l'on est par rapport à lui. Ces avertissemens ne peuvent être que d'un faible secours sur toute la côte orientale, principalement depuis l'île de Sainte-Catherine jusqu'à la pointe d'Olinda, à cause des grandes profondeurs qui règnent à une petite distance du rivage (le parallèle des Abrolhos étant excepté).

Des côtes situées entre l'lle Sainte - Catherine et le cap Frio.

La sonde rapporte soixante-dix brasses à dix-huit lieues sur le parallèle de l'île de Sainte-Catherine; quarante brasses à douze lieues de Paranagna; cinquante brasses à douze lieues dans l'Est de l'île Saint-Sébastien; trente-cinq brasses encore à cinq lieues seulement dans le Sud-Est de la pointe Joatingua, soixante et dix-huit brasses à dix-huit lieues dans le Sud-Est de l'entrée de Rio-Janeiro; enfin, plus de soixante brasses encore à sept lieues seulement du cap Frio.

Une carte espagnole, de 1777, marque quelques sondes

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de vingt brasses, à dix ou douze lieues dans le Sud-Sud-Est de ce cap; mais nous ne les avons pas retrouvées.

Des côtes comprises entre le cap Frio et la baie de Tous les Saints.

Les profondeurs ne sont pas moindres dans le Nord-Est du cap Frio. On n'a déjà plus de fond à cent vingt brasses, à trente lieues dans l'Est ¼ Sud-Est du cap San-Thomé. Les sondes s'étendent davantage à l'Est et au Sud-Est des Abrolhos; mais on ne peut guère en avoir à l'Est du méridien de 39° 10′, situé à trente-six lieues dans l'Est de ces îlots; et si l'on trouve encore le fond au large de ce méridien par le travers des Abrolhos, ce n'est quaccidentellement, sans qu'on y puisse compter, et rarement par une profondeur de moins de cent brasses.

On n'a pas trouvé le fond à deux cents brasses, à huit lieues seulement dans le Sud-Est du cap Sant-Antonio de Bahia, ni même à douze milles au Sud de ce cap, bien qu'à quatre milles plus à l'Ouest et au Nord, il n'y ait que vingt brasses d'eau; enfin, à neuf lieues, sur le parallèle et à vue par l'Est du cap ou morro San-Paulo, on n'a pas eu le fond non plus avec une ligne de cent vingt brasses.

Des côtes situées entre Bahia et la pointe d'Olinda.

De Bahia à Olinda, la côte n'est pas moins accore. A neuf lieues dans l'Est de la Torre de Garcia de Avila, la profondeur est déjà de cent quatre-vingts brasses; à la même distance dans l'Est de la petite embouchure ou barra de Itapicuru, elle est aussi de plus de deux cents brasses; elle excède cent quatre-vingt dix brasses, à vingt lieues de Rio Real et de Rio Sergipe; et l'on trouve cinquante brasses, à dix lieues dans l'Est de l'embouchure du Rio San-Francisco; enfin, sur toute la côte qui s'étend au Nord, jusque proche de Pernambuco, on ne trouve pas moins de trente à quarante brasses à neuf ou dix lieues du rivage; et à moins du double de cette distance, sur les parallèles de Pernambuco et d'Olinda, on n'a pas le fond à cent vingt brasses.

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Des côtes situées entre la pointe d'Olinda et les bancs du cap Saint-Roch.

La profondeur est comparativement un peu moindre sur la côte au Nord d'Olinda; mais elle est encore trop grande à petite distance de terre, pour que la sonde puisse être considérée comme un moyen facile et suffisant de sécurité à l'attérage. Bien qu'on trouve de six à neuf brasses seulement, à deux ou trois milles du Cap Blanc, devant l'embouchure du Rio Parahyba, devant le fort dos Reis Magos [des Rois Mages] ou embouchure du Potangi, de même qu'à quatre milles au large du cap Saint-Roch, on passe promptement à quarante brasses, si l'on s'éloigne de dix à douze lieues de la côte.

Des côtes comprises entre les bancs du cap Saint-Rock et Pîle de Maranhan.

Dans le Nord du grand coude formé par la côte proche le cap Saint-Roch, les terres qui se prolongent sur la direction de l'Ouest-Nord-Ouest jusqu'à l'île de Maranhan, étant très-basses et composées de dunes de sable presque sans relief au - dessus de la mer, présentent l'indice d'une eau peu profonde dans leur voisinage; cet indice est justifié, et les sondes sont médiocres à une assez grande distance au large de la côte, depuis le cap Saint-Roch jusqu'à l'île de Maranhan.

Depuis le petit mont Melancia jusqu'au village d'Almufedas, on ne trouve que quinze brasses jusqu'à douze ou quinze lieues de la côte, et le fond monte progressivement jusqu'à terre. Il y a proportionnellement un peu plus d'eau au mouillage, à trois milles au Nord de la Barra de Ciara, et l'on y est par dix brasses. Mais le fond diminue peu après en allant dans l'Ouest; et en général, celui de dix brasses ne se trouve qu'à dix ou douze milles au large, sur cette partie septentrionale de la côte du Brésil.

Entre Almufedas et Jericacoara, et vis-à-vis le petit village de Caracu, il y a une certaine étendue de côte que les

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grands bâtimens ne doivent pas approcher de plus de dix milles; ils éviteront par-là le banc de Caracu, sur lequel on ne trouve que de quatre à vingt-cinq pieds d'eau sur une éten-due de trois lieues du Nord au Sud: la profondeur augmente après l'avoir passé, et l'on peut se rapprocher à cinq ou six milles de la côte; mais elle reste assez faible jusque sur le méridien de Maranhan, pour que, d'une à vingt lieues de terre, on ne trouve que de quatre à trente brasses d'eau, et, par conséquent, pour que la sonde puisse indiquer très-utilement le voisinage de la côte.

Différence entre la côte orientale et la côte septentrionale du Brésil, relativement à la profondeur de la mer.

Telle est donc la différence qui caractérise la côte orientale et la côte septentrionale du Brésil. Je compléterai tout ce qui est relatif aux profondeurs de la mer sur ces deux côtes, en faisant la description des lieux en particulier; et je me borne à établir ici que, sur la plus grande partie du littoral compris entre l'île de Sainte-Catherine et le cap Saint-Roch, les profondeurs sont en général trop grandes et qu'elles ne peuvent être obtenues facilement assez loin de terre, pour qu'on puisse considérer la sonde comme un moyen suffisant de corriger l'estime de la route.

Si la navigation date de quinze ou vingt jours, et si l'on est parti d'un point situé dans l'Est, il est probable que cette route sera altérée de plus de trente lieues, dont le bâtiment sera plus à l'Ouest que ne le suppose l'estime; et comme on ne peut généralement compter sur des sondes régulières et réellement concluantes, à trente lieues de la côte orientale du Brésil, il faut prendre d'autres précautions pour rectifier le point.

On ne doit pas conclure de ce qui précède qu'il est inutile de sonder aux approches de cette côte, mais qu'il ne faut accorder à la sonde qu'une confiance limitée; et nous éten-

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dons cet avis à ce qui est relatif à la côte du Nord, où, quoique les profondeurs soient généralement moindres à des distances pareilles, les fonds sont assez irréguliers pour qu'on ne doive pas se fier aveuglément aux indications de la sonde.

Particularité remarquable sur les côtes du Brésil.

La côte du Brésil, depuis l'île Sainte-Catherine jusqu'à celle de Maranhan, présente une particularité qui mérite d'être remarquée.

Cette côte est comme enveloppée de deux ceintures de hauts-fonds qui, sauf quelques intervalles, se prolongent sur toute son étendue, et semblent avoir pour objet de la garantir de l'impétuosité des vagues dont son rivage est sans cesse frappé.

Lisière de roches qui accompagne le rivage.

L'un de ces contreforts, adjacent à la plage, est une lisière de roches, dont elle est pour ainsi dire ourlée, principalemeht depuis le cap Frio jusqu'à l'île de Maranhan.

Souvent de niveau avec la pleine mer, quelquefois la surmontant d'un à dix pieds, plus ordinairement submergé par elle, ce récif forme, par ses coupures, la plupart des embouchures ou barres des rivières de presque tous les ports et de toutes les criques qui découpent la côte.

Les ports de Espirito-Santo, Porto-Seguro, os Ilheos, Camamu, Rio-Una, Itapicuru, Rio-Real, Rio-Vasa-Baris, Rio San-Francisco, Santa-Anna das Alagôas, Porto-Francez, Porto-Jaragua, Rio Santo-Antonio, Cammara-gipe, Barra-Grande, Porto-Tamandaré, Santo-Aleixo, Pernambuco, Rio Ay, les deux barras de Tamaraca, Rio Capibarim, Parahyba, Mamangape, Bahia de Tracaõ, Rio Grande, Ciara, Jericacoara, et beaucoup d'autres encore, ne sont que des brèches de ce récif, dont on retrouve les traces sur toute la côte jusqu'à Maranhan.

Haut-fond qui règne à une certaine distance de la côte.

L'autre défense naturelle de la côte du Brésil est un fond

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varié, situé de deux à dix lieues de terre, généralement d'un brassiage médiocre, et irregulier, que les habitans nomment Pracel [paracel], comme tous les fonds inégaux et mélangés, et sur lequel ils vont pêcher.

On peut dire que ce paracel, non plus que le récif, n'est pas submergé dans toute son étendue; car les îlots Figo et Castello, les îlots Quemada, les Alcatrazes entourés de rochers, les Abrolhos, la vigie de Manoel-Luiz même et ses annexes, quoique assez éloignés de terre, semblent être autant de points appartenant à la même chaîne de hauts-fonds; c'est au moins par-tout la même espèce de roche. Tous ces points sont, en outre, presque sans interruption, liés entre sux par des fonds de même nature, dont l'inégale hauteur et les anfractuosités rompent efficacement la mer, bien que la profondeur y soit par-tout assez grande pour n'intéresser nulle part la navigation.

Sans prétendre vouloir expliquer la formation de cette espèce de parvis du rivage, peut-être ne serait-ce pas sans raison qu'on l'attribuerait en partie au ressac des eaux de la mer.

Cause probable de la formation du paracel.

Le Brésil, situé dans la zone des vents généraux de l'Est, a sa côte orientale constamment en butte aux efforts d'une mer toujours chassée dans la même direction. On conçoit que les vagues, repoussées par une côte élevée, où elles ne peuvent pas s'étendre, sont refoulées sur elles-mêmes, avec les débris du rivage qu'elles ont pu ébranler; mais ce mouvement de répulsion ne doit pas tarder à être détruit par la pression contraire de la masse de l'océan; et il doit en résulter une sorte de stagnation des eaux à une certaine distance de la côte, et, sur ce point de repos, le dépôt des matières entraînées (1).

(1) Sans doute cette hypothèse ne peut expliquer la formation de ceux des îlots que je viens de citer, qui s'élèvent au-dessus de la mer; mais elle n'est peut-être pas dépourvue de vraisemblance relativement à la formation des hauts-fonds qui lient ces îlots entre eux.

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Quoi qu'il en soit, il est certain que les Brésiliens reconnaissent, sur la plus grande partie de leurs côtes, un paracel ou haut-fond inégal et mélangé sur lequel ils vont pêcher pendant presque toute l'année, et dans l'Est duquel la profondeur s'accroît promptement. Cette élévation du fond contribue à la tranquillité des eaux proche du rivage; et ses parties les plus éloignées les unes des autres, ont assez d'analogie entre elles et avec piusieurs des rochers que j'ai cités tout-à-l'heure, pour qu'on soit porté à les rapporter à la même origine.

Des Vigies sur les côtes du Brésil.

Les recherches que j'ai faites dans le pays, parmi les marins familiers avec les mers qui l'environnent, n'ont pu m'annoncer l'existence que de deux vigies, dont l'une est au moins probable, et l'autre certaine.

Vigie dont l'existence est probable.

La première, m'a-t-on dit, est à trente-cinq lieues dans le Sud ¼ Sud-Est de la pointe Sud-Est de l'île Saint-Sébastien, et à soixante-douze lieues dans l'Est 29° Nord de la pointe Nord-Est de l'île Sainte-Cathèrine, ce qui correspond à 25° 41′ 20″ de latitude Sud, et à 47° 19′ de longitude Ouest de Paris, sur la première feuille des cartes provenant de nos reconnaissances hydrographiques.

Cette vigie est marquée à-peu-près dans cette position sur deux anciennes cartes manuscrites portugaises que je possède, et elle me paraît devoir être rétablie sur toutes.

Elle a été revue le 13 février 1811 par le nommé Manoel Medeiros, patron portugais, que j'ai eu pendant un mois à bord de la Baïadère; il l'a presque contournée à un demimille de distance, dans un très-petit bâtiment; et, bien qu'ayant sondé plusieurs fois, il n'ait pas eu le fond à cent brasses, il m'a affirmé qu'il n'avait pas le moindre doute sur la réalité de

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cette vigie. C'est, m'a-t-il dit, une roche ronde, nue et assez élevée sur la mer pour être souvent couverte par la houle.» Tous les navigateurs brésiliens à qui j'en ai parlé, croient à son existence; mais le témoignage de Medeiros sur-tout mérite d'entraîner la conviction sur ce point: aucun homme de sa classe ne m'a paru mériter la confiance autant que lui.

Vigie dont l'existence est certaine, ainsi que sa position.

La seconde vigie marquée sur nos cartes du Brésil, est celle de Manoel-Luiz, située presque directement sur le méridien du fort Santo-Antonio da Barra, à Maranhan. Indubitable pour tous les navigateurs du pays, d'après les naufrages multipliés qu'elle occasionnait chaque année, sa position leur était néanmoins inconnue, et n'était, pour ainsi dire, mentionnée sur les cartes que pour mémoire. Nous l'avons fixée avec précision à la suite des recherches que nous avons faites dans ce dessein, et dont je rendrai compte au chapitre de Maranhan, en même temps que de la nouvelle découverte que le hasard vient de procurer, par la rencontre d'un second groupe de rochers, à environ sept lieues au Nord de ceux que nous avons reconnus et dont nous avons déterminé la position. Je me bornerai à dire ici que cette position a été fixée de manière à mériter la plus entière confiance.

Tels sont, à ma connaissance, les seuls dangers qu'on puisse désigner sous le nom de vigies à la côte du Brésil. La plupart des cartes publiées jusqu'ici en marquent plusieurs autres dans le Nord-Est du cap Saint-Roch: quelques perquisitions que j'aie faites parmi les pratiques du pays, je n'ai pu réussir à confirmer ces indications; ils m'ont tous affirmé qu'ils ne connaissaient, au large des bancs du cap Saint-Roch, d'autres dangers que les Roccas, groupe de rochers parfaitement connu, et que les dernières observations placent définitive-

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ment à vingt-cinq lieues dans l'Ouest quelques degrés Sud de l'île Fernando de Noronha.

Quant à quelques autres rochers qu'on trouve sur plusieurs points des côtes du Brésil, leur proximité du rivage doit les exclure de la classe des vigies; et leur description sera comprise dans celle de la portion des côtes à laquelle ils se rapportent, et d'où le plus souvent ils peuvent être aperçus.

Température des côtes du Brésil.

Le Brésil, situé presque entièrement dans la zone torride, au Sud de l'équateur, est soumis en général aux températures des petites latitudes; mais la grande variété des hauteurs du sol, dans un pays aussi montagneux, ne permet pas d'étendre beaucoup en dedans des côtes, les observations thermométriques dont on voudrait comparer le résultat pour en conclure des moyennes. La température ordinaire, sur le bord de la mer, est de 19 à 20 degrés de Réaumur, de mars à septembre, et de 20 à 24 de septembre à mars (vers midi). Mais on conçoit que, même sur les côtes, certaines localités ajoutent à cette température, ou la diminuent; ainsi, à San-Salvador (dans la ville haute), par exemple, la moyenne dilatation du mercure n'a été trouvée, de septembre à janvier, époque la plus chaude de l'année, que de 19°, 20 le matin, de 20°, 45 a midi, et de 19°, 60 le soir. A Pernambuco, dans la même saison, le thermomètre marque de 22°, 55 à 22°, 65 vers midi, et s'élève parfois jusqu'à 24°; tandis qu'à Rio-Janeiro, qui est beaucoup plus éloigné de l'équateur que ces deux villes, la chaleur est souvent plus forte et va parfois jusqu'à 26 et 27 degrés. Cela provient de l'exposition et de la hauteur du sol, qui sont si variées au Brésil, qu'on ne peut, pour ainsi dire, faire un pas sans changer de climat.

Dans les provinces méridionales, l'hiver est assez rigoureux;

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les gelées ne sont pas rares à Rio-Grande de San-Pedro, à Sainte-Catherine, et la neige y tombe quelquefois assez abondamment, sur-tout dans les lieux élevés; la grêle y cause aussi parfois des ravages dans les plantations. Plus on avance dans l'intérieur du pays, plus l'élévation du terrain et l'éloignement de la mer donnent lieu au développement des phénomènes qui caractérisent l'hiver.

Saisons du Brésil.

On peut d'abord réduire à deux les saisons marquantes qui partagent l'année au Brésil: ce sont la saison de la sécheresse et la saison pluvieuse, qui concordent à-peu-près avec la mousson du Nord et la mousson du Sud.

Saison sèche.

La saison sèche commence, sur toute la côte orientale du Brésil, vers la fin de septembre, et se prolonge jusqu'à février. Pendant les cinq mois qu'elle dure, il tonne quelquefois, mais il pleut rarement dans les orages, qui viennent presque toujours du Nord à l'Ouest; les années où il pleut sur la plupart des points de cette côte, durant ces cinq mois, sont considérées comme des exceptions.

Saison pluvieuse.

Le reste de l'année comprend la saison pluvieuse, qui toutefois est loin de la remplir en entier, de manière à justifier ce nom. Les seuls mois qui le méritent, sont mai, juin, juillet, août, et quelquefois une partie de septembre, sur la côte orientale. A la côte Nord, les saisons générales s'écartent un peu de cette loi: les pluies y commencent en décembre; la proximité de l'équateur peut en rendre raison. La principale force des pluies y répond d'ailleurs aussi aux mois de mai, juin, juillet et août.

En réduisant ainsi à deux divisions les saisons de l'année à la côte du Brésil, je n'ai voulu que me conformer à une expression usitée, et je me suis convaincu qu'il ne faut l'envi sager que comme une généralité. La diversité des expositions,

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le voisinage des montagnes, les divers degrés d'élévation du sol, donnent lieu, dans plusieurs endroits, à des circonstances météorologiques qui font de fréquentes exceptions à la saison régnante. A Rio-Janeiro, par exemple, il pleut beaucoup plus dans les derniers mois de la mousson du Nord, qui, généralement, est la saison sèche, que pendant le reste de l'année; de novembre à mars, il y a de fréquens orages le soir au coucher du soleil; ils sont accompagnés de tonnerre et de grandes pluies, auxquels succède promptement un ciel clair et dégagé: cela est évidemment dû à la disposition des montagnes qui forment le bassin de Rio-Janeiro, et à la grande chaleur qui règne dans ce bassin à cette époque du passage du soleil au zénith.

Par des motifs en partie analogues, il en est de même à Sainte-Catherine, où des orages et de grandes pluies ont également lieu pendant quelques mois de la saison sèche; mais ces anomalies sont particulières à certains lieux, et n'empêchent pas que, sur la côte en général, les saisons n'aient le caractère que nous leur avons assigné.

Ainsi on peut dire qu'au Brésil, comme en Europe, l'état du temps dépend de la position du soleil: en général le temps est beau quand le soleil est dans l'hémisphère du lieu; la cause contraire produit l'effet opposé.

Les mauvais mois de la saison pluvieuse sont marqués par des brumes fréquentes, une humidité extrême et continuelle, et des pluies qui durent quelquefois dix ou douze jours consécutifs, avec une grande abondance.

On remarque, pendant la saison pluvieuse, que le temps est plus mauvais et qu'il pleut davantage dans les nouvelles et pleines lunes que dans les autres phases de cette planète.

C'est à cette portion de l'année que se rapportent plusieurs maladies occasionnées par l'humidité; les chaleurs qui suc-

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cèdent en favorisent le développement au lieu de l'atténuer; et l'on a observé que les maladies sont d'autant plus graves qu'il y a moins de tonnerre lors du passage du soleil à l'équinoxe. Elles consistent principalement, dans les baies et sur les côtes, en dysenteries, en flux de mauvais caractère, qui, étant négligés, s'ils ne conduisent pas toujours à la mort, dégénèrent en obstructions, en tumeurs indolentes, ou autres affections chroniques des viscères, dont on ne peut se guérir qu'en changeant de climat.

Maladies propres à la saison pluvieuse.

Comme les chaleurs compliquent souvent ces maladies, de fièvres bilieuses, de rhumes opiniâtres (constipaçaos) (1), on considère, dans quelques endroits, la saison sèche comme la plus nuisible à la santé; mais, à l'exception des contrées très-voisines de l'équateur, cela n'est vrai que parce que cette saison succède à des circonstances de température opposées, et que, dans les climats très-chauds, toute transition trop brusque de cette espèce est dangereuse: quand on a franchi la saison pluvieuse sans maladies, il est rare qu'on en éprouve dans la saison sèche; celle-ci en détermine bien quelquesunes qui lui sont propres, mais elles sont peu dangereuses, et aucune n'est aussi redoutable que la dysenterie.

Ce que j'ai dit de cette maladie dans le Mémoire où le présent ouvrage a été annoncé, a trouvé un contradicteur à Rio-Janeiro: lors de mon dernier séjour en 1822, il m'adressa, dans un journal (2), une réclamation en faveur de la salubrité du Brésil, qu'il trouvait que j'avais calomniée.

Je lui répondis qu'en. pareille matière, il n'est guère possible d'avoir une opinion systématique, et que celle qu'é-

(1) Constipaçaõ, suppression de transpiration, resserrement des pores; courbature.

(1) O Espelho; Rio-Janeiro 12 novembre 1822.

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mettent les voyageurs sur la saluhrité ou l'insalubrité d'un pays, est ordinairement fondée sur ce qu'ils ont observé euxmêmes, ou recueilli des personnes mêmes du lieu. Ce sont, en effet, ces deux espèces d'informations auxquelles j'ai eu recours. La Baïadère a eu constamment le quart de son équipage atteint de la dysenterie, pendant les quatre mois de la saison pluvieuse qu'elle a passés sur la côte: cette maladie régnait alors, à Sainte-Catherine, où j'étais au mois de mai 1819; elle régnait également à Espirito-Santo, quand je m'y présentai en juillet; et l'on m'y confirma qu'elle y était toujours fréquente dans cette saison; enfin, elle ne disparut du bâtiment qu'à dater de ma relâche à Bahia, en septembre et octobre, où nous éprouvâmes l'influence salutaire de la saison sèche. Il est impossible de révoquer en doute de pareilles données, et difficile de n'en pas conclure, comme je l'ai fait, que, pendant le temps des pluies, il existe dans la constitution de l'air, sur les côtes du Brésil, une prédisposition aux maladies inflammatoires des intestins, qui dégénèrént souvent en dysenterie.

J'ai eu de nouveau l'occasion de me confirmer dans cette opinion, pendant le second séjour que j'ai fait au Brésil, en 1822 et 1823; non-seulement les équipages de ma division ont été atteints de dysenterie, mais il en était de même des équipages des autres bâtimens, comme nos médecins l'ont constaté.

Maladies propres à toutes les époques de l'année.

Au reste, il ne faut que s'entendre avec l'apologistedc la salub rité du Brésil, et cela ne me paraît pas impossible. J'affirme avec lui, et avec tous les voyageurs qui ont vu ce magnifique pays, qu'il est un des plus sains de toutes les contrées qu'embrasse la zone torride en Amérique; la fièvre jaune n'y est pas connue; et je conviens que les maladies qui lui sont

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propres, même celles que j'ai signalées, n'ont point, à beaucoup près, le caractère effrayant et dévastateur de ce fléau, qui semble tendre à exclure les Européens de la plus grande partie du Nouveau-Monde. Mais il n'en n'est pas moins vrai aussi que le climat du Brésil offre quelques maladies qui lui sont particulières (1); et ces dangers pouvant atteindre les equipages, j'ai dû ne pas les laisser ignorer aux navigateurs, dans un livre consacrè à signaler ce qui peut intéresser leur sûreté.

Comme aucurx des moyens propres à conserver la santé des hommes n'avait été négligé dans les bâtimens que je commandais au Brésil, je ne sais ce qu'il faudrait ajouter à ces moyens, pour être plus heureux que je ne l'ai été sous ce rapport.

Tant que l'intérêt de nos travaux m'a retenu sur la côte, le nombre des malades n'a pas diminué, et leur état a présenté le même état de gravité; mais aussitôt que je pouvais faire au large une navigation de quelques jours, ils éprouvaient un soulagement marqué. Le brig le Favori, que j'ai dû tenir presque toujours hors de vue de terre, n'a point eu de malades; la Baïadère, toujous attachée à la côte, en a eu beaucoup. Je ne doute pas, d'après cela, que le bon état des équipages, à la côte du Brésil, dans la saison des pluies, n'exige qu'on n'y prolonge pas trop leur station, et qu'ils ne doivent tirer un grand avantage de quelques pointes assez grandes et assez fréquemment faites au large, pour pouvoir soustraire les bâtimens à l'humidité qui règne alors près de terre.

En se renfermant toujours dans les généralités, on pourra

(1) Entre autres, on doit encore distinguer la maladie de peau connue dans le Brésil sous le nom de sarna.

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dire que la saison pluvieuse, au Brésil, comprend à-peu-près ce qu'en Europe nous nommons le printemps et l'été, et que l'automne et l'hiver occupent la durée de la saison sèche. Mais ce rapprochement n'aura quelque justesse que dans les provinces les plus méridionaies, et au Sud de Rio-Janeiro seulement: depuis ce port jusqu'au cap Saint-Roch, la végétation est presque toujours également active; le printemps, l'été, l'automne et l'hiver diffèrent peu entre eux; le froid se fait peu sentir, et les mois de pluies et de brumes sont réellement les seuls qui rappellent l'idée que nous nous formons de l'hiver.

Des moussons du Brésil.

Les limites des moussons, au Brésil, sont également déterminées par les equinoxes. La mousson du Sud règne de mars à septembre; celle du Nord s'étend de septembre à mars: telle est du moins la classification adoptée, à cet égard, dans le pays, et par tous les voyageurs qui en ont traité.

Desvents propres à chaque mousson.

Les vents généraux attribués à la première mousson, sont de l'Est-Sud-Est au Sud-Sud-Est; ceux de la seconde sont de l'Est-Nord-Est au Nord-Nord-Est: mais mes observations ne m'ont pas confirmé ces annonces; j'ai trouvé les vents les plus variables dans les deux saisons. Peut-être sont-ils au large tels qu'on l'a prétendu; mais je puis certifier que, sur la côte, et jusqu'à la distance de six à sept lieues au moins, les variétés sont on ne peut pas plus fréquentes: par exemple, sur cinq mois de la mousson du Sud, je n'ai pas eu quarante jours de vents de l'Est-Sud Est au Sud-Sud-Est; et, d'un autre côté, il est certain que les navigateurs familiers avec ces parages, comptent toujours bien plus sur des vents d'Est que sur d'autres, dans les mois d'octobre, novembre et décembre, quoique ces mois appartiennent à la mousson du Nord: j'ai éprouvé moi-même combien cette opinion est fondée. Le

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résumé suivant de deux tableaux des vents que j'ai éprouvés pendant près d'une année de navigation sur les côtes du Brésil, achevera de faire voir quelle est l'instabilité des moussons dans ce pays. Chacun de ces tableaux, qui font partie de mon Rapport général sur ma mission, présente les vents d'une saison, en les partageant en quatre classes seulement, pour abréger leur nomenclature.

Par le premier tableau, renfermant les observations de cent treize jours de la mousson du Sud, et qui commence au 20 mai 1819, on voit qu'il n'y a eu que trente-cinq jours de vents du Sud à l'Est, c'est-à-dire tels que la saison les faisait espérer, d'après l'opinion établie; que, pendant trente-huit jours, il a régné des vents du Nord à l'Est, qui semblaient n'appartenir qu'à la mousson opposée; et qu'enfin il y a eu seize jours de vents du Nord à l'Ouest, et vingt-trois jours de vents de l'Ouest au Sud.

Par le second tableau, consacré aux observations de cent cinquante-trois jours de la mousson du Nord, commençant le 1.er septembre, on trouve soixante-quinze jours de vents du Sud à l'Est, sept jours de vents du Nord à l'Ouest, six jours et un quart de vents du Sud à l'Ouest, et seulement soixantedeux jours de vents du Nord à l'Est, tels que, d'après l'opinion dominante, on devait les attendre dans cette saison: le reste s'est passé en calme. Il est impossible que de pareils faits n'aflaiblissent pas l'idée qu'on se formait de la régularité de deux moussons à la côte du Brésil.

Au milieu de ces variétés, on distingue encore certains vents particuliers, les uns accidentels, les autres périodiques, qui semblent se rattacher à quelques phénomènes spontanés, ou être propres à certaines positions des lieux.

Vents accidentels.

Au rang des premiers, on doit mettre les bourrasques de

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Sud-Ouest, qui soufflent assez souvent pendant la saison pluvieuse, aux époques des nouvelles et pleines lunes. Les Brésiliens les nomment rebojos, et ils durent trois ou quatre jours: modérés, quand ils sont accompagnés. de pluk, ils acquièrent de la force quand le ciel est dégagé.

Les autres vents accidenteis sont d'une espèce particulière, et de la nature des grains. On les éprouve principalement aux environs des Abrolhos, et ils sont pour cette raison nommés grains des Abrolhos. «Ils sont le plus fréquens dans les mois de mai, juin, juillet et août, quand l'année est très-pluvieuse; et ils soufflent de, la partie de l'Est-Sud-Est. Ils sortent, dit-on, de nuages blancs et ronds de peu d'apparence, et éclatent avec une force dont il faut se defier.» (Renseignemens des pratiques.) Je n'ai pas eu occasion de faire l'expérience de ces grains, quoique je me sois trouvé sur les Abrolhos au mois de juiliet; mais les renseignemens qui précèdent ne sont pas contredits daas le pays.

Des brises de terre.

Les brises de terre sont à-peu-près régulièrement périodiques sur la côte du Brésil, et elles se font sentir toutes les nuits pendant presque tout le cours de l'année.

Ces brises règnent sur tous les points de la côte, depuis l'île Sainte-Catherine jusqu'à l'île de Maranhan; mais elles ont plus ou moins de force et de régularité selon les saisons et les lieux. Plus on approche de l'équateur, plus elles sont marquées. A Rio-Janeiro, elles sont déjà, à très-peu près, journalières, et manquent rarement de s'élever vers neuf heures du soir, pour ne finir entièrement que dans la matinée du lendemain; il en est de même à Espirito-Santo, Porto-Seguro, Bahia, Pernambuco et les autres expositions semblables.

Dans la mousson du Nord, les brises de terre sont plus

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régulières que dans l'autre mousson; elles sont aussi plus fortes, parce qu'alors les vents du large venant plus directement et plus constamment frapper la côte, la réaction causée par la fraîcheur des nuits à terre, doit produire aussi des effets plus forts et plus réguliers.

Dans la mousson du Sud, les vents étant plus souvent variables vers le Sud et le Sud-Ouest, les brises de terre se confondent avec oux, et ne s'en distinguent pas.

Plus la brise du large a été forte, plus celle de terre l'est aussi. C'est l'effet des vapeurs élevées de la terre et amoncelées sur elle en plus grande quantité pendant le jour; condensées ensuite par la fraîcheur des nuits, elles retombent et déterminent l'air à se répandre au large avec plus de force.

A l'aide des brises de terre, les bâtimens peuvent donc presque toujours sortir, au jour fixé, de tous les ports du Brésil.

Pampeiros.

En général, plus on avance dans le Sud en suivant la côte, plus on trouve que les vents s'approchent aussi du Sud et de l'Ouest, dans la saison des pluies. Dans cette partie de l'année, depuis Alagôa dos Patos [le lac des Canards], jusqu'au cap Frio, ils soufflent quelquefois violemment du Sud-Est au Sud-Ouest, et même jusquau Nord-Ouest; ce sont alors de véritables ouragans; on les nomme pampeiros dans la rivière de la Plata, et ils sont très redoutables. Leurs pronostics sont les mêmes que ceux des coups de vent en Europe. Si le soleil se couche environné de nuages très-brumeux, si les terres sont fort apparentes, et semblent, en s'éclaircissant, se rapprocher du spectateur, on peut s'attendre que les vents souffleront du Sud au Sud-Ouest, et qu'ils y éclateront. Heureusement la durée de ces coups de vent est d'autant moins grande que leur force l'est davantage: quand ils sont furieux, il est rare qu'ils

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durent plus de vingt-quatre ou trente heures; leur force et leur durée diminuent à mesure qu'on se rapproche de l'équateur. Quand les vents du Sud-Est au Sud-Ouest de la mousson du Sud sont modérés, ils halent le large, c'est-à-dire l'Est, pendant le jour, et ils se rapprochent de l'Ouest pendant la nuit.

Aussitôt que le vent se rapproche de l'Est, le temps s'embellit toujours. C'est le contraire quand il tourne vers l'Ouest: la brume alors devient de plus en plus épaisse. Les vents de la partie de l'Est sont l'état ordinaire dans toutes les mers tropicales: ce sont les vents réellement généraux, le cours naturel de l'air; les interruptions qui arrivent dans cet ordre de choses ne sont que des crises passagères sur lesquelles le mouvement général tend sans cesse à prendre le dessus; c'est un équilibre rompu qui tend toujours à se rétablir.

De tout ce que j'ai observé et recueilli sur les vents qui règnent au Brésil, on peut conclure que la séparation des moussons et l'espèce de vents propre à chacune d'elles, ne sont pas à beaucoup près aussi tranchées qu'on le suppose communément. Cette dernière opinion peut être trouvée exacte à quelque distance de la côte; mais sur la côte même, et jusqu'à sept ou huit lieues au large, il est certain que les vents sont variables dans les deux moussons.

C'est aussi l'avis des pratiques du pays; mais ils n'en conviennent que depuis assez peu de temps. Ils disent qu'autrefois les saisons étaient plus marquées; ils en donnent pour preuve que jadis on regardait comme impossibles, ou du moins comme bien difficiles, certaines navigations sur la côte pendant certains temps de l'année, tandis qu'aujourd'hui les caboteurs luttent avec succès contre presque toutes les contrariétés du temps. Sans examiner à quel point cette remarque, qui

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n'est pas particulière au Brésil, est fondée, on peut croire que les perfectionnemens survenus dans la navigation ont dû beaucoup étendre sa carrière, et qu'il est arrivé moins de changemens dans la marche des élémens que dans les moyens de les vaincre. Quoi qu'il en soit, on peut regarder comme certain qu'immédiatement sur la côte du Brésil, les vents, en toute saison de l'année, permettent à un bâtiment qui a quelques qualités et qui mettra à profit les variétés plus ou moins périodiques des brises (variétés aisément connues après quelque temps d'observation), d'entreprendre avec succès toutes les navigations et tous les trajets.

Des courans.

Ce que les vents permettent à la navigation sur ces côtes, y est également permis par les courans. Je ne les ai trouvés ni aussi forts ni aussi invariables dans chaque saison que je m'y étais attendu d'après l'opinion existante. Les courans suivent les vents, à qui seuls, dans ces parages, ils doivent leur force et leur direction; car aucune rivière, depuis l'île Sainte-Catherine jusqu'à celle de Maranhan, n'est assez puissante à son embouchure, pour imprimer à la mer un mouvement sensible, au-delà d'une ou deux lieues de distance de la côte. Les vents étant souvent variables, les courans ne le sont pas moins; leurs changemens sont d'autant plus prompts, que, dans ces mers chaudes, les eaux étant fort légères, elles obéissent à la première impulsion qui leur est donnée: au bout de vingt-quatre heures d'une brise un peu forte, on peut remarquer un courant dans la même direction.

D'après une suite presque infinie d'observations sur les courans, nous avons évalué leur vîtesse moyenne sur la côte, depuis l'île Sainte-Catherine jusqu'à Pernambuco, à 0,6 de mille par heure dans les deux moussons; elle est souvent audessous de cette quantité, rarement au-dessus, quelquefois

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nulle: le second cas arrive seulement aux environs des parties de côte qui font saillie, telles que l'île Saint-Sébastien, le cap Frio, les environs d'Olinda, le cap Saint-Roch, et autres semblables.

La vîtesse des courans est un peu plus considérable dans la mousson du Sud que dans celle du Nord, parce que la force des vents de la première est plus grande que dans la seconde.

Cette vîtesse n'est pas non plus exactement la même sur toutes les parties de la côte. Depuis le parallèle de l'île Sainte-Catherine, jusqu'à celui de dix-huit degrés, et, de deux à dix lieues de terre, le courant est presque insensible en toute saison; du dix-huitième au onzième degré, les eaux portent au Nord-Ouest pendant la mousson du Sud; du onzième au neuvième degré, elles vont au Nord-Est en augmentant de mouvement; passé le neuvième degré, en allant vers le Nord, les eaux se portent au Nord avec plus de force; leur vîtesse est quelquefois de trente-six milles par vingt-quatre heures, et rarement moindre de vingt milles; enfin, elle atteint parfois quarante-huit milles au Nord-Ouest du cap Saint-Roch, et les eaux se portent au Ouest-Nord-Ouest dans la direction de la côte.

Cen'est doncguère qu'àpartir de Pernambuco, eten suivant la terre dans le Nord, que les courans dus aux moussons peuvent avoir une influence réelle sur la navigation: dans le Sud, ils sont d'un effet peu sensible, et il n'y a à considérer que les marées; encore celles-ci n'ont-elles de véritable importance qu'à petite distance de terre, et pour les bâtimens qui fréquentent les petits ports ou criques de la côte. Presque tous les grands ports, quoique assujettis à des marées régulières, en sont indépendans par leur profondeur. On traitera des

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marées qui sont propres à ces ports, aux articles consacrés à leur description.

D'après ce qui vient d'être dit des vents et des courans sur la côte du Brésil, il faut conclure, 1.° que depuis l'île Sainte-Catherine jusqu'à la pointe d'Olinda, il n'y a presque pas d'obstacles permanens contre la navigation; et que la recommandation qu'on faisait autrefois d'attérir au vent du lieu pour lequel on se destinait, est plutòt une affaire de précaution pour se conserver toutes les chances, qu'elle n'est d'une réelle nécessité; 2.° que, depuis la pointe d'Olinda, mais sur-tout depuis le cap Saint-Roch jusqu'à l'île de Maranhan, la prudence exige au contraire de se tenir à l'Est du point où l'on veut arriver, afin de compenser dans la route l'effet des courans portant au Ouest-Nord-Ouest. On trouvera, à la description de chaque port principal du Brésil, la désignation des points où il convient d'attérir dans les deux moussons, pour avoir toutes les garanties possibles d'une prompte et facile arrivée au lieu de destination.

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CHAPITRE II.

ROUTE pour se rendre de France au Brésil.

IL est presque inutile de parler des premiers jours de la traversée de France au Brésil: la route alors dépend uniquement des vents qu'on trouve au sortir du port; et ces vents étant ordinairement variables, le principal objet doit être de les mettre le plus à profit qu'il est possible, et par conséquent de prendre la bordée la plus favorable pour s'éloigner promptement de la terre.

Précautions à prendre dans le commencement de la traversée.

On s'appliquera ensuite à s'avancer dans le Sud, de préférence, pour y recevoir les vents alizés qui doivent favoriser la plus grande partie de la navigation; il suffira de s'astreindre, jusque-là, à passer de quinze à quarante lieues dans l'Ouest du cap Finistère, selon l'état du temps, ou selon qu'on sera dans l'été ou dans l'hiver. De là, si l'on est pourvu de chronomètres, on pourra laisser Madère dans l'Ouest, pour aller prendre connaissance des îles Canaries, à vue desquelles on passera, soit à l'Ouest de toutes, soit dans l'un des canaux qu'elles forment entre elles et qui ne présentent à éviter que ce qui paraît hors de l'eau.

On rencontrera dans ce trajet les îles Salvages, îlots parfaitement déterminés par Borda, et, d'après lui, bien placés sur toutes les cartes. Ils n'offrent aucun danger en se tenant à quatre ou cinq milles de distance; le rocher que les Anglais disent avoir trouvé en 1818 dans la partie de l'Est, n'étant pas éloigné de plus d'un mille du gros îlot.

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Les observations chronométriques sont nécessaires en allant chercher les îles Canaries, pour corriger l'effet du courant qui règne depuis le parallèle du cap Finistère, jusqu'à celui des îles du Cap-Vert.

Ce courant, plus ou moins fort, selon que le vent le contrarie ou le favorise, mais qui est rarement nul, se dirige au Sud par le travers des côtes d'Espagne et de Portugal; à l'Est, à l'entrée du détroit de Gibraltar, et enfin au Sud et Sud-Est, le long de la côte d'Afrique, avec une vîtesse moyenne de 0, 6 de mille à l'heure. Cette direction des eaux est prouvée par un si grand nombre de faits (1), qu'il est impossible de la révoquer en doute.

Les bâtimens qui naviguent Sur leur estime devront donc se tenir sur leurs gardes, et la prudence exige qu'ils passent a l'Ouest de Madère, pour aller rectifier leur point sur la plus occidentale des Canaries.

En quittant ces îles, la route sera le Sud ½ Ouest, ou Sud-Sud-Ouest (selon qu'on aura passé à cinq ou six lieues dans l'Ouest de l'île de Palme, ou dans le canal entre Ténériffe et la grande Canarie), jusqu'au vingtième degré de latitude Sud; ensuite on gouvernera de manière à passer entre les îles du Cap-Vert et la côte d'Afrique, en se tenant un peu plus près de celle-ci que des îles.

(1) On se bornera à rappeler le fait suivant, très-connu des marins, et rapporté dans plusieurs ouvrages d'hydrographie, et entre autres dans l'ouvrage espagnol intitulé Derrotero de las Antilias (Madrid, 1820, page 532): «Un convoi de 70 bâtimens anglais, parti de Cork le 26 mars 1807, sous l'escorte de la frégate l'Apollon, tomba inopinément, le 2 avril, sur la côte de Portugal, près de Mondégo, où il se perdit presque entièrement; il avait cependant presque toujours gouverné au plus pres tribord amures, avec des vents de la partie de l'Ouest et même du Nord-Ouest.»

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Après ce passage, on gouvernera au Sud pour aller couper l'équateur, qu'on atteindra ainsi, vers le vingtième ou le vingt-unième degré de longitude Ouest du méridien de Paris. Il a été souvent remarqué, que, dans cette partie de la route, les courans portent encore légèrément au Sud et à l'Est; mais il n'y a rien de régulier à cet égard.

D'Après dit (Neptune oriental, in-f. p. 8) «que les vaisseaux qui vont à San-Salvador, Rio-Janeiro, ou l'île Grande, peuvent couper la ligne par 25 ou 26° de longitude Ouest de Paris, et diriger leur route vers l'endroit où ils veulent aborder, en faisant attention aux vents périodiques qui soufflent sur la côte du Brésil, et qui y déterminent des courans au Nord et au Sud. Il ajoute que les vents régnant du Sud-Sud-Est à l'Est-Sud-Est sur cette côte, depuis mars jusqu'en septembre, les courans portent au Nord, et que, dans les six autres mois, les vents constans du Nord-Nord-Est à l'Est-Nord-Est déterminent des courans au Sud.»

Nous venons de voir, au chapitre précédent, jusqu'à quel point l'expérience confirme ou affaiblit cette opinion, sur les moussons à la côte Est de l'Amérique méridionale; il ne s'agit ici que de la route à faire pour se rendre sur cette côte en partant de France, et de la longitude la plus convenable pour passer d'un hémisphère dans l'autre.

Longitude la plus convenable qu'il faut atteindre pour couper l'équateur.

Je crois qu'il n'est pas prudent de se porter toujours au 25.e ou au 26.c degré pour couper l'équateur, en allant au Brésil ou dans l'Inde.

Les contrariétés résultant des vents variables qui succèdent aux vents généraux de l'hémisphère Nord et qui précèdent ceux du Sud de la ligne, sont assez souvent de nature à retarder les bâtimens qui veulent atteindre un des ports du Sud de

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l'Amérique. Ces vents variables forcent quelquefois de s'avancer dans l'Ouest; et si (ce qui n'est pas rare) les vents généraux de l'hémisphère méridional participent plus du Sud que de l'Est, il peut arriver qu'on ne puisse pas doubler l'Amérique à la bordée.

Une seconde cause de contrariété, d'autant plus digne d'attention qu'on peut la regarder comme permanente, concourt encore à faire recommander aux bâtimens destinés pour l'Inde ou le Brésil, de se maintenir sur des méridiens plus Est que ceux qu'on vient de désigner; c'est le courant équatorial de l'Est à l'Ouest qui règne entre les tropiques.

Courant équatorial de l'Est à l'Ouest.

Ce courant, attribué au mouvement de rotation de la terre et aux vents généraux, commence à se faire sentir à environ quarante lieues dans l'Ouest du méridien du Cap-Vert, et il augmente à mesure que l'on avance à l'Ouest.

Aux approches du parallèle du cap Saint-Roch, il a été trouvé, à certaines époques de l'année, de deux milles et demi par heure, et même de trois milles, dans le voisinage des côtes de la Guiane.

Il paraît que la plus grande force de ce courant s'observe depuis mars jusqu'en septembre: du moins, c'est à cette époque de l'année que se rapportent les faits les plus remarquables qui le constatent.

C'est du 1.er au 5 juin 1793, que le vaisseau anglais de la compagnie des Indes le Royal-Georges, ayant coupé l'équateur par 26° 2′ Ouest de Paris, fut porté de 1° 33′ dans l'Ouest, et à vue du cap Saint-Roch, qu'il ne put doubler qu'après être rentré dans l'hémisphère Nord, et s'être de nouveau élevé dans l'Est (1).

(1) Derrotero de las Antillas; Madrid, 1820.

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C'est en juin et juillet 1795, que le Bombay-Castle éprouva une différence Ouest de 6° 30′ en se rendant de l'île de Palme à la côte du Brésil (1).

C'est du 20 mai au 14 juin 1802 que le vaisseau le Cuffnels fut porté de trente-six milles par jour dans l'Ouest, depuis qu'il eut quitté les vents alizés de l'hémisphère Nord, sur le parallèle de 8° 30′, et le méridien de 17° Ouest, jusqu'à ce qu'il aperçût la côte du Brésil par 8° de latitude Sud (2).

D'autres bâtimens, au mois de mai 1807, se sont trouvés arrêtés par le cap Saint-Augustin, lorsqu'ils s'en croyaient fort au large, pour ne pas s'être suffisamment précautionnés contre ce courant à l'Ouest, pendant leur navigation dans les vents alizés.

Enfin, c'est à l'effet de ce courant à l'Ouest, qu'est due la découverte même du Brésil, le 24 avril 1500. Pedro Alvarez Cabral, parti de Lisbonne pour l'Inde, au mois de mars précédent, ayant relâché aux îles du Cap-Vert, et sous prétexte d'éviter les calmes de la côte d'Afrique, s'étant ensuite dirigé trop à l'Ouest, tomba dans la région des courans de l'équateur, et aperçut, à son grand étonnement, la côte d'Amérique sous le dixième degré de latitude Sud.

Le mouvement des eaux de l'Est à l'Ouest, sous les tropiques, entre les continens d'Afrique et d'Amérique, ne peut donc pas être mis en doute; et l'on doit toujours le faire entrer dans le calcul de la route, lorsqu'on passe de l'hémisphère Nord à l'hémisphère Sud, pour se rendre en Amérique.

Ce mouvement, au reste, n'est pas toujours aussi violent que dans les circonstances qui viennent d'être citées. MM. de

(1) Derrotero de las Antillas; Madrid, 1820.

(2) Dito.

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Fleurieu (1) et de Borda(2)ne l'évaluent qu'à neuf milles par vingt-quatre heures; D. Josef Espinosa et D. Ciriaco de Cevallos (3), dans une traversée de Cadix à Saint-Domingue, du 25 novembre au 18 décembre 1790, ne l'ont trouvé que de sept milles dans le même intervalle de temps; et j'ajouterai même, d'après mes propres observations, que le courant porte quelquefois dans une direction contraire, c'est-à-dire, dans l'Est entre les méridiens de 20 et 26° Ouest, depuis le parallèle de 3° Nord jusqu'à celui de 3° Sud, quoique cette position soit fort éloignée de la côte d'Afrique, à petite distance seulement de laquelle on admettait des courans à l'Est. J'ai reconnu deux fois cette direction contraire; et dans l'une d'elles, qui se présenta du 11 au 30 avril 1819, le progrès à l'Est, par l'effet du courant, s'éleva jusqu'à 5° 49′ 18″, c'est-à-dire, de 0, 75 de mille par heure.

Courant accidental à l'Est sous l'équateur.

Cependant, les faits de ce genre ne peuvent être considérés que comme des exceptions; et la presque totalité des obervations s'accordent à évaluer à sept ou neuf milles par jour, la moyenne quantité dont les bàtimens sont portés à l'Ouest, quand ils naviguent entre les parallèles de 15° Nord et 15° Sud, à partir des îles du Cap-Vert, et en allant dans l'Ouest.

Méridien le plus Est à atteindre quand on coupe l'équateur en allant au Brésil.

J'indiquerai ensuite le seizième degré, comme le méridien à l'Est duquel on ne doit pas se porter dans cette partie de la route: ces limites supposent presque nécessairement qu'on aura passé entre les îles du Cap-Vert et la côte d'Afrique; et c'est aussi la route qu'il me paraît le plus convenable de faire.

Quant à l'influence qu'on voudrait attribuer à tel ou tel

(1) Voyage de l'Isis (en 1769, vol. l.er, pag. 345).

(2) Voyage de la Flore (en 1776, vol. l.er, pag. 192).

(3) Derrotero de las Antillas.

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mériden, sur le plus ou le moins de force des vents dans la traversée, elle est illusoire à une certaine distance de terre. D'Après a déjà fait remarquer qu'il n'y avait aucun motif pour préférer de descendre jusqu'au trentième degré, comme on le faisait avant lui, plutôt que de se borner au vingt-cinquième ou au vingt-sixième, qu'il conseille, pour abréger la route. Le même raisonnement est fondé, pour des méridiens plus à l'Est, jusqu'à une certaine distance de la côte d'Afrique, et un grand nombre d'exemples en font foi; on doit méme penser qu'il n'est pas nécessaire que cette distance soit fort grande; et, en indiquant le méridien de seize degrés qui, sur le parallèle de 3° Nord, est déjà a quatre-vingts lieues de la côte, on croit qu'il est hors de toute influence réelle de la terre sur la force des vents.

On trouve généralement une brise fraîche du Nord à l'Est, un horizon gras, un temps gris et pluvieux, dans le canal formé par les îles du Cap-Vert et ce cap lui-même; les sondes que j'y ai faites plusieurs fois, ne m'ont rien indiqué du banc de Pargas, marqué dans ce canal, sur la plupart des cartes.

Époque de l'année la plus favorable pour passer de France au Brésil.

La limite des vents alizés au Nord de la ligne n'est pas fixe; elle varie souvent de onze à quatre degrés de latitude au Nord; et l'on a remarqué qu'elle est d'autant plus méridionale, que le soleil est plus élevé dans l'hémisphère Sud. L'époque la plus favorable de l'année pour passer de France au Brésil est donc le mois de décenbre, et, en général, de septembre à mars.

Une zone de calmes et de brises variables occupe l'espace compris entre les vents généraux de l'hémisphère Nord, et ceux du Sud de la ligne; on y trouve des orages, des pluies abondantes, des grains, des brises de tous les points de l'horizon, et des calmes qui durent quelquefois plusieurs jours; il

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faut se hâter de traverser cet espace, et faire au Sud le plus de chemin qu'on pourra.

Les vents généraux de l'hémisphère Sud commencent quelquefois un peu au Nord de la ligne, mais plus souvent d'un à deux degrés de latitude Sud. Faibles et variables d'abord, ils n'acquièrent que progressivement de la consistance; et en général, les plus forts n'empêchent pas un bâtiment qui les reçoit par le travers, de faire usage de toutes ses voiles. Ils varient ordinairement du Sud-Est au Sud; mais ils dépassent aussi parfois le Sud du côté de l'Ouest, et ce sont ces variations qui font sentir l'à-propos de ne pas se porter à l'Ouest du méridien de vingt-six degrés, pour couper l'équateur.

Précautions à prendre en traversant les parallèles des Abrolhos.

Le point où l'on a traversé la ligne, la direction du vent qu'on aura trouvé ensuite, la saison où l'on sera, et le port de destination, détermineront la route à suivre, quand on sera dans l'hémisphère austral. Si l'on va dans un port du Brésil situé au Sud du dix-huitième degré, qui est le parallèle des Abrolhos, on devra se maintenir à l'Est du méridien de 38°, longitude qui paraît être la limite extrême des fonds accessibles à toutes profondeurs, dans l'Est des Abrolhos. Cependant, la grande irrégularité des fonds, aux approches de ces îlots, et le défaut d'une exploration absolument complète de ce parage, doivent toujours exciter la prudence; et il convient de sonder toutes les quatre heures, en traversant les parallèles compris entre ceux de 17° 50′ et 18° 30′, si l'on a des raisons de se croire plus Ouest que le méridien de 38°.

Lorsque les vents généraux de l'hémisphère Sud éprouvent des variétés très-marquées, on ne doit plus compter sur une direction constante des courans; au lieu de porter dans l'Ouest, ils éprouvent aussi des variétés; et dans un voyage, durant lequel je trouvai des vents inconstans, depuis le quatrième

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jusqu'au huitième degré de latitude Sud, les courans ne portèrent pas deux jours de suite dans la même direction.

Précautions à prendre pour l'attérage sur la côte orientale.

Les moussons et les courans, sur la côte orientale du Brésil, n'offrant presque jamais des obstacles réels à la navigation, il n'y a que des précautions ordinaires à prendre pour attérir sur tel ou tel point de cette côte. Ces precautions consistent, tout au plus, à diriger la route de manière à se trouver de quelques lieues au vent du port de destination; mais, comme nous l'avons dit plus haut, cela n'a rien d'absolument nécessaire, et ne doit, dans aucun cas, aller jusqu'à augmenter la route, au point de causer un retard sensible dans l'époque de l'arrivée.

Précautions à prendre sur la côte septentrionale.

Les bâtimens qui se destinent pour la côte Nord du Brésil, doivent agir avec plus de circonspection à l'attérage, parce que les courans sont plus forts sur cette côte que sur l'autre. Ils portent toujours dans l'Ouest-Nord-Ouest, et quelquefois même très-rapidement. Si donc l'on compte à bord du bâtiment une longitude qui ne soit pas absolument certaine, on devra toujours supposer une différence Ouest dans le point véritable; et alors la prudence devra conseiller d'attérir comme si cette différence était réelle.

Le moyen le plus direct de reconnaître l'existence et l'étendue de cette différence, serait de prendre connaissance de l'île Fernando de Noronha, avant d'attaquer la terre, et je crois cette précaution convenable. Quand même cette île ne serait pas encore placée avec une précision absolue sur les cartes, l'erreur ne peut pas être de nature à rendre une telle reconnaissance dangereuse, et la vue de ce point servirait à rectifier l'estime à un degré suffisant. De la vue à deux ou trois lieues au Nord de cette île, gouvernant à l'Ouest ¼ Nord-Ouest l'espace de trente lieues, avant de faire prendre du Sud

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à la route, on n'aurait rien à craindre des Roccas, qui, d'après les dernières observations sur leur longitude, paraissent ne pas être éloignées de plus de vingt-cinq lieues à l'Ouest de l'île. Parvenu à l'Ouest de leur méridien, on inclinerait vers le Sud, pour joindre la côte au point qu'on aura déterminé pour attérage, en observant seulement de choisir ce point à douze ou quinze lieues dans l'Est du lieu de la destination définitive.

Ainsi que nous l'avons annoncé au chapitre précédent, on trouvera, aux articles consacrés à la description des principaux ports et mouillages de cette côte, de même que de la côte orientale, tout ce qui est relatif aux attérages qu'on y doit faire dans les deux saisons de l'année.

La distance totale à parcourir pour se rendre de Brest à Bahia (position à-peu-près moyenne entre les deux extrémités opposées de la côte du Brésil), est d'environ dix-sept cents lieues, en suivant la route que nous venons d'indiquer. La durée de cette traversée peut donc être, en général, de quarante-cinq à cinquante jours.

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CHAPITRE III.

DESCRIPTION de la côte comprise entre l'île Sainte-Catherine et la baie de Rio-Janeiro. — Description des principaux mouillages intermédiaires. — Attérages sur la baie de Rio-Janeiro.

Description de l'île Sainte-Catherine.

L'ÎLE Santa-Catarina [Sainte-Catherine], située à trèspetite distance du continent d'Amérique, sur le parallèle de 28° Sud, est assez élevée pour être vue du large à quinze lieues de beau temps. A cette distance, on trouve soixante-dix brasses, et cette profondeur diminue graduellement jusqu'à quatre encablures du rivage, où elle est encore de quatre brasses.

En s'approchant par l'Est, cette île paraît sous une fomie très-hachée et entrecoupée de montagnes et de vallées profondes; son élévation est plus grande au Sud qu'au Nord; et par son travers, les montagnes du continent sont un peu plus élevées qu elle: on distingue principalement parmi celles-ci le morro de Camborella, qui est un rameau de la Cordilière (1) de l'Est.

Environ au milieu de la longueur de l'île, et proche du bord de la mer, une lagune fort grande sépare profondément les terres, et offre une coupure apparente qui peut servir de remarque pour l'attérage. Quand, à trois lieues de la côte orientale, on relève cette coupure à l'Ouest, la pointe Nord-Est de l'île reste à trois lieues au Nord-Ouest.

Toute cette côte extérieure est saine, assez escarpée, et l'on

(1) Les Brésiliens donnent le nom de Cordilheiras à la chaîne de montagnes qui s'étend de Sainte-Catherine à Rio-Janeiro.

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peut ranger de près, sans danger, plusieurs gros rochers qui accompagnent le rivage.

L'île Sainte-Catherine peut être contournée entièrement, et elle offre de nombreux mouillages entre sa côte occidentale et la côte du continent; mais la partie Nord du canal de séparation est la seule qui puisse recevoir des bâtimens d'un grand tirant d'eau; d'après le plan de nos Reconnaissances, c'est à cette partie que nous bornerons nos descriptions.

Route à faire pour entrer par le Nord dans le goulet de l'île Sainte-Catherine.

Le passage le plus fréquenté pour se rendre dans les mouillages du Nord du goulet, est entre la pointe Nord de Sainte-Catherine et l'Arvoredo, île boisée, située au Nord-Nord-Est de la pointe Rapa de Sainte-Catherine. Ce passage, d'un peu moins de deux lieues de largeur, ne présente aucun danger; et l'on peut s'approcher indifféremment de l'une et l'autre côte, en observant seulement de laisser dans le Sud les moleques (1), gros rochers qui avoisinent le rivage de Sainte-Catherine. On peut en dire autant de toutes les terres qui environnent ce passage, à unc petite distance desquelles on peut louvoyer sans courir aucun risque: on trouve encore vingt-six pieds d'eau à six cents toises seulement de la côte Nord-Ouest de Sainte-Catherine, qui est l'endroit le plus profond de cette partie du canal.

Mouillage des grands bâtimens dans le goulet de Sainte-Catherine.

Parvenu en dedans du goulet, on peut mouiller par-tout, selon la grandeur du bâtiment; en se tenant à demi-largeur du canal, la profondeur sera suffisante pour les plus grands navires, jusqu'à mille toises dans le Sud¼ Sud-Est de la petite île Anhatomirim. Passé ce point, en avançant dans le Sud, la profondeur décroît par degrés; et au Sud des îlots Raton, elle n'est déjà plus que de dix à douze pieds. Il y a un peu

(1) Moleque [petit nègre], nom générique des rochers hors de l'eau et qui se terminent par des formes rondes et noirâtres.

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plus d'eau à l'Ouest de ces ilots, dans la vaste baie appelée dans le pays Sacco Grande; c'est une relâche tranquille, et fréquentée principalement par les bâtimens qui font la pêche de la baleine dans ces parages; mais les bâtimens d'un trèsgrand tirant d'eau n'y auraient point accès.

Le fond est de vase dans presque tous les mouillages du goulet de Sainte-Catherine. De celui que les bâtimens de guerre frèquentent le plus ordinairement, on fait les relèvemens suivans:

La pointe N. de l'île Sainte-Catherine au N. 69° 30′ E.
Le milieu du fort Santa-Craz S. 63. 30. O.
Le fort San-José (île Sainte-Catherine) S. 55. 30. E.
La pointe de l'Armaçaō (1) (sur le continent) N. 16. 50. E.

(Nous avons prévenu que tous les relèvemens rapportés dans cet ouvrage seraient corrigés de la déclinaison de l'aiguille aimantée.)

La profondeur à ce mouillage est de six brasses, et le fond est de vase verdâtre de très-bonne tenue.

On y jouit presque toujours d'une tranquillité parfaite, à l'abri des terres élevées dont il est entouré; la seule direction du Nord-Est est découverte, mais les vents de cette partie ne sont presque jamais dangereux à Sainte-Catherine.

Aiguades do mouillage.

Plusieurs aiguades abondantes en sont peu éloignées; la meilleure, à deux milles au Nord de l'île Anhatomirim, sur le continent, fournit nuit et jour d'excellente eau, dont on peut s'approvisionner sans rétribution. On obtient à bon compte la

(1) Armaçaõs. On appelle ainsi au Brésil les établissemens destinés à la fabrication de l'huile de baleine. La plupart de ces usines appartenaient au gouvernement, quand la pêche sur les côtes du pays était un privilége qu'il se réservait Les armaçaõs consistent en hangars où sont les chaudières, &c.

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permission de prendre du bois à feu, soit sur le continent, soit sur l'une des îles Raton; et l'on trouverait également à se procurer, à peu de frais, les bois de construction nécessaires à la réparation d'une avarie, quelque grave qu'elle fût; enfin la ville principale de l'île et les habitations voisines du mouillage, fournissent, à des prix modérés, tous les vivres et tous les rafraîchissemens que produit le pays.

Ressources qu'on peut se procurer au mouillage de l'île Sainte-Catherine.

Ces ressources consistent en bœufs, cochons, volailles, riz, maïs, arack de sucre, farine de manioc, viande sèche, sucre, café, fruits des tropiques, &c. L'île de Sainte-Catherine est donc une des meilleures relâches qu'on puisse procurer aux équipages destinés à une longue navigation, ou fatigués du séjour à la mer.

Les mouillages de cette île sont quelquefois assez abondans en poissons; mais le succès de la pêche y dépend de plusieurs causes encore peu connues; et toutes les saisons de l'année, non plus que toutes les heures du jour, n'y sont pas favorables. La Pérouse trouva la pêche abondante au mois de novembre; j'y ai été moins heureux dans le même mois et dans ceux de mai et d'août. La plupart des plages sont d'ailleurs embarrassées par des ossemens de baleines, qu'il est difficile d'éviter en jetant la seine.

Quand on s'approvisionne de bois à feu dans le pays, et généralement sur toutes les côtes du Brésil, ou situées comme elles entre les tropiques, il convient de prendre de préférence de jeunes arbres; les vieux troncs, remplis de cavités, récèlent beaucoup d'insectes et d'œufs plus ou moins venimeux, qui seraient préjudiciables à bord: il est prudent de jeter le bois à la mer avant de l'embarquer.

Des vents au mouillage.

Les vents les plus ordinaires, dans le goulet de Sainte-Catherine, suivent la direction de ce goulet, soit dans un

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Sens, Soit dans le sens opposé; mais ils sont rarement violens, et les orages n'y ont rien de dangereux pour les bâtimens bien amarrés.

De mars à septembre, c'est-à-dire, pendant l'époque qu'on nomme, à Sainte-Catherine, l'hiver ou la mousson du Sud, les vents, dans le voisinage de l'île, soufflent généralement du Sud au Sud-Ouest, quelquefois avec une grande force et accompagnés de pluie; mais ces crises violentes ne durent pas plus de quarante-huit heures.

Vers le mois d'octobre, les vents se rapprochent de l'Est et du Nord; les six mois suivans forment l'été, et offrent les plus grandes chaleurs de l'année; il y a alors des orages assez fréquens qui viennent du Nord au Sud-Est par l'Ouest; et sidans cette saison, les vents descendent vers le Sud-Est, ils sont accompagnés de pluies considérables. Mais en général, cependant, les plus grandes pluies tombent pendant les mois d'août et de septembre, bien que, même à cette époque, plusieurs années en aient été exemptes.

Des marées à Sainte-Catherine.

Les marées sont régulières dans les mouillages du goulet de Sainte-Catherine; elles ont cela de remarquable, qu'elles entrent par le Nord et par le Sud du goulet en même temps, et se rencontrent dans la rade de la ville; elles ressortent ensuite par les mêmes passes, avec plus ou moins de vîtesse, selon qu'elles sont poussées ou retenues par les vents régnans.

La vîtesse moyenne du courant excède rarement 0, 3 de mille à l'heure, à mi-marée; et la différence de niveau, dans les marées ordinaires, ne passé pas trois pieds.

Mais, dans les syzygies, et même un mois avant ou après, le courant va quelquefois à 1, 5 de mille, et alors la mer monte et baisse de six pieds.

Établissement des marées.

Enfin l'établissement des marées est de deux heures quarante minutes, au mouillage indiqué plus haut.

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Si l'on se trouvait dans des circonstances qui rendissent la protection des forts nécessaire, ce mouillage ne conviendrait pas; il faudrait se rapprocher davantage de l'un des ouvrages voisins: ce sont les forts Santa-Cruz, sur l'île Anhatomirim, San-José, sur l'île Sainte-Catherine, et le fort Raton, sur le plus grand des deux îlots de Ce nom. Les feux de ces fortifications ne se croisent utilement sur aucun point, du moins avec l'artillerie dont ils sont actuellement armés.

Chef-lieu de la province de Sainte-Catherine

Le Gouvernement de la province de Sainte-Catherine réside dans la ville de Nossa-Senhora, do Desterro [de l'Exil], capitale, située à environ quatre lieues dans le Sud-Sud-Est du fort Santa-Cruz. Ce trajet, dans un goulet bien abrité, est presque toujours facile pour les canots, et les communications entre tous ses points sont promptes. La profondeur y décroît de six à deux brasses, en allant du mouillage ci-dessus indiqué vers le Sud.

Position du mât de pavillon du fort Santa-Cruz.

Nous donnerons ici la position du mât de pavillon du fort Santa-Cruz d Anhatomirim:

Latitude 27° 25′ 32″ S.
Longitude 51. 1. 14. O.

Voici celle de la pointe Rapa (pointe Nord de Sainte-Catherine):

Latitude 27° 22′ 31″ S.
Longitude 50. 52. 22. O.

La déclinaison de l'aiguille aimantée a été observée au mouillage, au mois de mai 1819, de 7° 29′ 26″ Nord-Est.

L'attérage sur l'île Sainte-Catherine peut se faire, indifféremment, sur tous les parallèles compris entre ceux de 28° et 27° 30′ qui sont voisins des extrémités Sud et Nord de cette île; rarement les vents et les courans sont assez forts

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pour qu'il soit difficile de redresser l'erreur de la route, quel qu'en soit le sens: toutefois, on doit préférer de se tenir sur les parallèles méridionaux de l'île, dans la mousson du Sud, et sur ceux du Nord dans la mousson contraire.

Le plan du mouillage au Nord-Ouest de Sainte-Catherine, levé dans la campagne de 1819, et dont j'ai complété les sondes en 1821, explique les corrections qui ont été faites à celles-ci d'après le mouvement des marées: j'ai louvoyé plusieurs fois depuis, avec des frégates, sur la foi de ce plan.

Description des côtes au Nord de ainte-Catherine.

Au Nord de l'île Sainte-Catherine, les terres sont fort élevées; et, comme celles des environs de cette île, elles offrent un mélange de formes tourmentées et de grandes vallées, dont plusieurs s'étendent jusqu'au bord de la mer: toutes ces terres sont couvertes de bois, et elles peuvent être aperçues d'une distance de quinze lieues.

Plusieurs petites îles ou îlots se voient au Nord de Sainte-Catherine. La plus grande des premières est celle d'Arvoredo, dont nous avons déjà parlé. Sa distance, à la pointe Ganxos, à celle de Zambo du continent et à l'îlot Pedra de Gale, est à-peu-près la même qu'à la pointe Rapa de Sainte-Catherine, et l'on peut passer, avec toute sécurité, dans tous les canaux formés par ces îlots et le continent. La profondeur y varie de vingt-quatre à douze brasses, fond de vase et de sable gris; et il n'y a à éviter que le rocher et le brisant de San-Pedro, situés à un peu moins de trois mille toises dans l'Ouest-Nord-Ouest d'Arvoredo.

Immédiatement au Nord du goulet de Sainte-Catherine, est la baie de Tijoucas, où l'on trouve encore de bons mouillages. A trois lieues au large de tous les îlots, la profondeur est de trente à trente-cinq brasses.

Au Nord de ces îlots, la côte rentre considérablement dans

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l'Ouest, et forme plusieurs baies dont les pointes de Bombas, Garoupas, Cambiriu et Itapacoroya, gisent à-peu-près Sud-Sud-Est et Nord-Nord-Ouest entre elles, sur une étendue de sept lieues et demie. On peut ranger toutes ces pointes à deux ou trois milles de distance.

«La pointe Itapacoroya est l'extrémité orientale d'une baie assez profonde, abritée des vents du Sud à l'Ouest, et occupée par un armaçaõ et-deux petits îlots, près desquels on peut mouiller et faire de l'eau.» (Renseignemens des pratiques.)

Du fond de cette baie, la côte court au Nord et au Nord¼ Nord-Est, jusqu'aux îlots Garcia, où l'on voit un autre armaçaõ: la distance est de treize lieues.

Ilots des Remedios et des Tamboretes.

Dans cet espace, outre les deux îlots dont nous venons de parler, plusieurs groupes d'îlots s'offrent encore à la vue; ils sont à deux ou trois milles de la côte, et l'on peut passer entre les deux principaux: le plus Sud de ces groupes est celui des Remedios, situé proche la barra ou embouchure du Rio d'Aracari; le groupe suivant, dans le Nord-Nord-Est de celui-là, est celui des Tamboretes. Tous ces îlots sont couverts de bois; les petits bâtimens seuls peuvent passer à terre des îlots des Remedios; encore ce passage est-il, dit-on, peu sûr.

Les îlots de Garcia sont sur le parallèle et à deux milles et demi dans l'Est de la pointe de Joaõ Diaz, qui forme l'extrémité de la rive orientale du Rio San-Francisco.

Rio San-Francisco.

Cette rivière, peu profonde, a son embouchure tournée au Nord-Nord-Est, et se jette à la mer dans une baie assez vaste où l'on peut mouiller par divers brassiages: à deux lieues de la côte, au Nord-Nord-Est de cette embouchure, on ne trouve déjà que dix brasses d'eau sur un fond de sable fin.

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Le rivage est plat; les terres environnantes sont peu élevées, mais entrecoupées de mornes isolés assez remarquables; cen'est qu'à quelques lieues dans l'intérieur que s'élèvent les serras [montagnes] de Maratuba, chaîne de montagnes très-hautes.

Barra de Guaratuba.

Rochers Itacolomis.

A seize milles dans le Nord ¼ Nord Ouest de la pointe de Joaõ Diaz, est la barra de Guaratuba; elle est à l'extrémité méridionale du paracel qui s'étend de quatre à cinq milles au large de la côte, et dans le Nord, jusqu'à Barra do Sul, l'une des deux entrées de la baie de Paranagua. Ce paracel, borné au large par deux gros rochers de vingt pieds de hauteur, nommés Itacolomis (1), et par la petite île Coral, n'est praticable que pour des bateaux. Ces rochers sont par 25° 50′ 20″ de latitude Sud, et 50° 52′ 54″ de longitude Ouest; on peut les approcher par le large, à un ou deux milles, où l'on trouve de dix ou douze brasses d'eau fond de sable et de vase.

Ile do Mel.

La baie de Paranagua est un enfoncement de trois à quatre lieues de diamètre, qui reçoit plusieurs ruisseaux et petites rivières. Son entrée est abritée, et en même temps divisée en deux canaux, par une île basse, sur laquelle s'éièvent plusieurs mondrains qui, de quelque distance, ressemblent à des îlots. Cette île, nommée île do Mel, est accompagnée, dans le Nord-Est, des trois petits îlots das Palmas. L'entrée du Sud, embarrassée de brisans, n'est pas navigable; celle du Nord admet des brigs, et l'on en construit d'assez grands dans l'intérieur du bassin, environné de forêts, qui forme la baie de Paranagua.

«En pratiquant la passe du Nord, disent les pratiques, on

(1) Itacolomi, de ita [pierre] et de columi [petit enfant], nom générique brésilien donné à beaucoup de rochers hors de l'eau, et à des mondrains ronds, sur la côte.

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doit laisser à tribord en entrant les îlots des Palmes, qu'on reconnaît aux palmiers très-apparens dont ils sont couverts, Un pilote est toujours nécessaire pour cette navigation intérieure.»

Les eaux qui sortent de la baie de Paranagua entraînent au large des alluvions qui diminuent sensiblement le brassiage; mais il n'en résulte rien d'inquiétant pour la navigation; et à deux lieues des deux entrées, on trouve encore de cinq à neuf brasses d'eau, fond de sable gris et de vase.

De ce point, la côte, dont l'ensemble depuis l'île Sainte-Catherine court généralement au Nord, commence à s'étendre dans le Nord 45° Est: la baie de Paranagua est donc le fond du golfe, formé par la terre, entre l'île Sainte-Catherine et le cap Frio.

Position de l'île de Mel.

Le sommet du mondrain méridional de l'île de Mel est dans la position suivante:

Latitude 25° 32′ 43″ S.
Longitude 50. 45. 55. O.

La déclinaison de l'aiguille y a été observée, en mai 1819, de 6° 1′ N. E.

Ilots Figo et Castello.

En prolongeant le rivage, à environ deux lieues de distance, on rencontre les deux îlots Figo et Castello: ces îlots tirent leur nom de leur apparence; car le premier est un monceau de roche assez approchant de la forme d'une figue, et l'autre, plus étendu et moins élevé, a sur son milieu un rocher qui, de loin, peut être pris pour un château, Ils sont tous deux presque arides et situés à huit milles trois quarts dans le Nord 35° Est l'un de l'autre. On peut les contourner de très-près; à un mille au large, on trouve de dix à quinze brasses d'eau, fond de sable fin.

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Barre de Cananéa.

Après avoir dépassé ces îlots, on arrive à la pointe de Cananéa et à l'île de Bom-Abrigo [Bon-Abri]: l'une et l'autre forment la rive méridionale de la barre de Cananéa, dans l'intérieur de laquelle les Brésiliens construisent d'assez grands bâtimens. «On peut passer, avec des pilotes, au Sud de l'île de Bom-Abrigo, pour entrer dans la rivière; mais le chenal ordinaire est au Nord de cette île, bien qu'il soit embarrassé de plusieurs bancs.» (Renseignemens des pratiques.)

On peut mouiller à petite distance, au large de cette île qui est fort élevée et couverte de bois. Elle projette un petit îlot dans le Sud, et, à deux milles au large, la sonde rapporte de dix à douze brasses d'eau, fond de sable.

Mont Cardoz.

La barre de Cananéa peut se reconnaître du dehors, à deux marques également sûres: c'est, d'une part, le mont Cardoz, situé à environ cinq lieues dans le Ouest-Nord-Ouest de l'île de Bom-Abrigo; et de l'autre, la praya [plage] d'Iguape, suite de petites dunes de sable blanc, parsemées de broussailles, qui s'étendent depuis cette barre jusqu'à celle d'Iguape, c'est-à-dire, sur un espace d'environ dix lieues.

Plage d'Iguape.

Malgré le peu d'éloignement et la hauteur de la chaîne de montagnes dont le mont Cardoz fait partie, et qu'il domine si remarquablement, les brouillards qui règnent parfois sur cette partie de la côte, dans la mousson du Sud, empêchent de voir la terre; et les grands bâtimens ne doivent approcher la plage d'Iguape qu'avec précaution. Cette plage, fort basse, excepté vers son milieu, ne se voit que d'une petite distance; il faut s'en tenir à deux lieues, où l'on aura de dix à douze brasses d'eau, fond de sable.

Position du mont Cardoz.

Le mont Cardoz, qui est la plus haute montagne de cette partie de la côte, est situé par 24° 58′ 45″ de latitude Sud, et 50° 32′ 41″ de longitude Ouest. Au mois de mai 1819,

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la déclinaison de l'aiguille était de 7° Nord-Est, à six lieues de distance sur son parallèle.

La plage d'Iguape est séparée du continent par un lac, ou canal naturel, qui communique de la barre de Cananéa à celle d'Iguape, et que les Portugais nomment Mar Pequena [petite mer]. Ce lac peut admettre d'assez grands bâtimens; la barre d'Iguape ne peut recevoir que des bateaux. Il ne faut pas confondre avec cette barre, celle qui se trouve à trois lieues plus au Nord-Est, et qui sert d'embouchure à la petite rivière Iguape.

On peut mouiller tout le long de cette côte, à deux ou trois milles de la plage, sur d'excellens fonds de vase, par six et dix brasses d'eau; mais aucun port accessible aux grands bâtimens ne se trouvant sur cette partie de côte, on conçoit qu'ils ne peuvent avoir occasion d'y jeter l'ancre que dans un moment de calme, auquel ils n'ont nul motif de s'exposer.

La côte suivante, vers le Nord, redevient élevée dès le rivage qui se dirige au Nord 50° Est; les sondes, vis-à-vis, s'accroissent en proportion de l'élévation des terres. En prolongeant celles-ci de trois à dix milles de distance, on trouve de huit à quinze brasses de profondeur, et l'on reconnaît successivement la pointe de Jurca, la Barra da Unha, les îlots de Guarahu, la crique, les hauteurs et la praya de Piruibe, les deux îles Queimada (Grand et Pequena), enfin le village da Conceiçaõ [Conception], situé près du rivage, sur un monticule, à quatre milles duquel on peut mouiller par dix et douze brasses d'eau.

Iles Queimada

Les îles Queimada (Brûlée) sont deux masses de rochers presque arides, situées à environ dix milles, dans une direction Sud-Est et Nord-Ouest l'une de l'autre; la plus grande, qui est la plus au large, peut être vue de sept à huit lieues;

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un petit rocher l'accompagne dans le Nord. On peut, sans danger, contourner les deux îles Queimada, et en passer à terre.

Lage da Conceiçao.

A sept milles dans, l'Est 31° Sud du village de la Conceiçaõ, et à quinze milles au Nord 4° Ouest de Queimada Grande, on trouve un rocher isolé, élevé de dix à douze pieds audessus de la mer, du genre de ceux que les Portugais appellent lages (1), et à une portée de fusil duquel on trouve douze et quatorze brasses d'eau, fond de sable vaseux. De ce point, on aperçoit distinctement le port de Santos, à sept lieues dans le Nord-Est.

La côte continue de s'étendre dans la même direction, jusqu'à la pointe de Taypu, qui forme l'extrémité occidentale du havre de Santos, et le sépare d'une inflexion assez profonde de la côte, que les Portugais nomment Sacco Grande, comme toutes les grandes anses pareilles.

Port de Santos.

Le port de Santos, autrefois très-fréquenté par les, flottes portugaises, n'est plus aujourd'hui que d'une importance secondaire; la richesse des provinces de Rio-Janeiro, Bahia et Pernambuco, acquérant chaque jour une préponderance plus marquée sur celle des provinces méridionales. Ce port est formé par le continent et par l'île Sant Amaro, portion du continent, séparée par la rivière de Bertioga. Il a donc deux entrées: mais celle du Sud seulement est praticable pour les grands bâtimens; l'autre, la rivière de Bertioga, ne l'est tout au plus que pour des bateaux. Le havre de Santos peut admettre de grands bâtimens, qui y sont à l'abri de tous les vents, excepté ceux du Sud-Sud-Ouest jusqu'au Sud-Est.

Position de l'entrée de ce port

La pointe de Taypu qui, comme on vient de le dire, ter-

(1) Lage [dalle, carreau], nom générique donné par les hydrographes portugais aux rochers plats et peu élevés au-dessus de la mer.

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mine le côté occidental de la grande entrée de Santos, est par 24° 1′ 11″ de latitude Sud, et 48° 50′ 35″ de longitude Ouest. La pointe opposée (ponta de Manduba), sur le même parallèle, est à un mille dans le Nord-Ouest du petit îlot Moela (Gésier, de sa ressemblance avec cet objet), que l'on peut approcher sans danger. A seize milles et demi dans le Sud 14° Est de cet îlot, on trouve le lage ou rocher de Santos, pierre unie, blanche, et élevée seulement de six ou huit pieds au-dessus de l'eau.

Lage de Santos.

Du village de la Conceiçaõ jusqu'à Santos, les terres sont généralement basses au rivage; mais une chaîne de montagnes élevées le prolonge à quatre ou cinq lieues dans l'intérieur; et, de distance à autre, elle vient aboutir à la mer par des rameaux séparés, qui, de loin, ressemblent à des îles. Cette chaîne, que le havre de Santos interrompt, continue de s'étendre dans l'Est¼ Nord-Est, en formant la côte même, jusqu'au goulet de l'île San-Sebastaõ [Saint-Sébastien].

En doublant l'îlot Moela et les terres du Sud de Sant-Amaro, on découvre la grande courbure que forme la côte, jusqu'à l'île Saint-Sébastien; et, dans cet enfoncement, plusieurs îles ou îlots, dont les plus considérables sont le Montaõ de Trigo [le Tas de Blé], proche de terre, et, plus au large, le groupe des Alcatrazes.

Montaõ de Trigo ou Tas de blé.

Le Montaõ de Trigo est une île presque conique, élevée, boisée jusqu'au sommet, qui est à seize milles dans le Nord 17° Ouest des Alcatrazes. A deux ou trois milles autour de lui, ainsi qu'à la même distance de toute la côte voisine, on trouve d'excellens fonds de vase, depuis douze jusqu'à vingt-cinq brasses de profondeur.

Les Alcatrazes.

Le groupe des Alcatrazes se compose de plusieurs rochers arides, dont le plus grand peut être vu de sept lieues; relevé

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à l'Est-Sud-Est, il a la forme sous laquelle les peintres représentent un dauphin, dont la tête, accompagnée de deux petits rochers, serait tournée vers l'Est-Sud-Ouest: un autre rocher, plus gros que ces deux derniers, est à deux milles dans l'Ouest-Nord-Ouest; et enfin deux ou trois autres sont à-peu-près à la même distance dans le Nord-Est. Les pilotes du lieu disent que les fonds ne sont pas sains dans le voisinage de ce groupe de rochers, et qu'il est prudent de n'en approcher qu'à quatre ou cinq milles, et avec un vent fait; cette précaution est motivée par le voisinage du goulet et de l'île Saint-Sébastien, qui donnent lieu à des courans parfois assez considérables sur ce point.

Position du groupe des Alcatrazes.

Le sommet de l'îlot principal des Alcatrazes est situé par 24° 6′ 5″ de latitude Sud, et 48° 6′ 47″ de longitude Ouest. Au mois de juin 1819, nous observions 5° de déclinaison Nord-Est proche de cet îlot.

Description de l'île Saint-Sébastien.

L'île de Saint-Sébastien a environ quatre lieues et demie sur ses plus grands diamètres, et ses montagnes sont aussi élevées que celles du continent, dont elle n'est séparée que par un canal étroit. Cette île peut être aperçue de quinze lieues, de beau temps: ses rivages sont fort escarpés; celui du Sud rentre sensiblement, et court ensuite à l'Est-Sud-Est, jusqu'à la pointe Sud-Sud-Est de l'île; le côté oriental suit en masse à-peu-près la direction du méridien; l'ensemble de l'île a la forme d'un triangle; et le côté opposé au continent forme avec lui un canal et des baies profondes, où l'on trouve d'excellens mouillages, sur de la vase, et des profondeurs de huit à vingt-cinq brasses. A l'occasion de ces qualités de fonds, j'observerai que, sur la côte du Brésil, les fonds de vase se trouvent presque toujours proche des terres élevées.

Iles au Nord de Saint-Sébastien.

Plusieurs îles ou groupes d'îlots, situés dans la partie Nord

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de l'île de Saint-Sébastien, contribuent à étendre et à abriter le vaste bassin que cette île forme avec le continent. La plus voisine est l'île Victoria; viennent ensuite, à six milles dans l'Est 28° Nord de celle-là, les trois petites îles Buzios; et à onze milles dans le Nord 15° Ouest de celles-ci, l'île et les îlots Porcos.

Le passage est libre pour les bâtimens de toutes dimensions entre ces divers groupes, de même que dans tout le bassin qu'ils forment avec l'île Saint-Sébastien et le continent; toutefois, le canal entre Saint-Sébastien et Victoria, étant rétréci par un rocher qui s'étend à environ deux milles, dans le Sud-Sud-Ouest de cette dernière île, il convient de ne s'y engager qu'avec des bâtimens de médiocre tirant d'eau.

Il y a peu de motifs pour recommander aux bâtimens qui se destinent pour le canal de Saint-Sébastien, d'attérir dans le Sud ou dans le Nord de cette île, quelle que soit la saison régnante. Ce qui a été dit au chapitre précédent, sur les vents et les courans généraux de la rive orientale du Brésil, fait voir qu'il y a peu de précautions obligatoires de cette nature; et j'ajouterai même qu'en certains cas, ces précautions pourraient avoir plus d'inconvéniens que d'utilité. Au mois de juin, par exemple, qui est le milieu de la mousson du Sud, ayant attaqué l'île Saint-Sébastien par le Sud, j'ai mis, en 1819, trois jours à remonter, en louvoyant, pour atteindre sa partie Nord; les vents étaient opiniâtres et très-frais du Nord-Est, et les courans portaient au Sud avec une vîtesse de 0, 7 de mille à l'heure. Le plus prudent semble donc être de ne déterminer l'attérage que d'après le temps qu'on éprouve et les apparences qu'on lui reconnaît aux approches de la terre.

La pointe Pirasonungo (pointe S. E. de l'île Saint-Sébas-

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tien) est située par 23° 57′ 32″ de latitude Sud, et par 47° 40′ 33″ de longitude Ouest.

Position de la pointe Sud-Est de l'île Saint-Sébastien.

Entrée Nord du goulet.

Le goulet de Saint-Sébastien formé par l'île de ce nom et le continent, offre une relâche aussi sûre que commode pour les plus grands bâtimens. Son gisement total est le Sud 30° Ouest; mais cette ligne ne peut pas être suivie exactement pour parcourir toute la longueur du goulet; elle rencontrerait des bancs qui tiennent au rivage du continent, à-peu-près sur les deux tiers de sa longueur du Nord au Sud; de sorte qu'en venant du Nord, et partant d'un point situé à demi-mille de l'armaħaõ qui est construit à la tête de l'île de ce côté, il faut faire d'abord environ cinq milles au Sud 16° Ouest, et de là, Sud 45° Ouest, jusqu'à ce qu'on soit dehors.

Sur cette route, qui est à-peu-près de onze milles, la moindre profondeur sera de dix brasses, le plus souvent de quinze à vingt, et le fond toujours de vase de la meilleure tenue. La plus grande largeur entre les terres opposées est d'environ trois milles; c'est à l'entrée du Nord: mais les deux tiers de cet espace sont occupés par les bancs indiqués plus haut, sur lesquels il n'y a que d'une à trois brasses d'eau; et il faut ranger la côte de Saint-Sébastien à cinq ou six cents toises de distance.

Entrée Sud du goulet.

L'entrée du Sud est beaucóup plus étroite; tous les pratiques du pays assurent néanmoins que les plus grands bâtimens peuvent y naviguer en suivant le canal.

On ne peut pas desirer une relâche plus tranquille que celle de Saint-Sébastien; envíronnés de terres fort élevées, les bâtimens y sont comme dans un bassin. Il n'y avait en 1819 aucune fortification; mais on peut s'embosser assez près du rivage pour ne pas être tourné par l'ennemi; et le peu de largeur du chenal rendrait la manœuvre de l'assaillant assez délicate. La faculté de sortir par les deux issues double d'ailleurs

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les chances en faveur des bâtimens qui craindraient d'être bloqués.

Ressources qu'on peut trouver au mouillage de Saint-Sébastien.

On trouve à Saint-Sébastien les mêmes ressources qu'à Sainte-Catherine. Elles consistent en bestiaux, volailles, arack, vivres et denrées ordinaires aux contrees des tropiques; on se les procure assez facilement, à un prix modéré, soit aux deux principaux établissemens, soit dans les habitations repandues en assez grand nombre sur les côtes intérieures. La pêche est rarement très productive dans ce mouillage, mais le poisson est de bonne qualité.

Ville principale de l'établissement de Saint-Sébastien.

L'ancienne ville de Saint-Sébastien est sur le continent, à la partie la plus étroite du goulet. Depuis 1817, les Brésiliens en projettent une autre (villa nova da Princeza) proche de l'entrée du Nord, sur l'île même. C'est à quatre cents toises au Sud-Ouest de ce nouvel établissement, qu'est le meilleur mouillage pour les bâtimens de guerre; on y est par dix-sept brasses d'eau, fond de sable gris.

Aiguades.

Il y a plusieurs aiguades sur l'île Saint-Sébastien: une des meilleures est entre la nouvelle ville et I'armaħaõ situé à la pointe Nord-Ouest; l'eau en est saine et s'y fait aisément. On trouve à bon marché quantité de bois à brûler sur toute la côte du continent voisin.

Des vents régnans à Saint-Sébastien.

Les vents, à Saint-Sébastien, suivent presque toujours la direction du goulet, à l'exception de la nuit, où les brises de terre s'élèvent alternativement de divers points, sans suivre aucune loi. Pendant le jour, les vents viennent le plus ordinairement du Nord-Nord-Est et du Sud-Sud-Ouest, suivant le gisement des terres; ils sont fréquemment interrompus par des intervalles de calme.

Des courans dans le goulet de Saint-Sébastien.

Les courans suivent la même direction que les vents, et leur vîtesse est proportionnée à la force de ceux-ci. La plus

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ordinaire dans le goulet est de 0, 7 de mille par heure, et de 1, 8 de mille dans les circonstances les plus propres à l'augmenter.

Des marées.

Les marées n'ont point de régularité dans le chenal; néanmoins, nous avons cru pouvoir estimer que la haute mer, les jours de nouvelle et pleine lune, arrivait à deux heures. La différence du niveau des marées a été évaluée à quatre pieds; c'est d'après cette opinion que les sondes ont été marquées sur le plan particulier de Saint-Sébastien, levé dans l'expédition.

Position du principal mouillage dans le goulet.

Le mouillage indiqué plus haut est situé par 23° 47′ 26″ de latitude Sud, et 47° 47′ 20″ de longitude Ouest. La déclinaison de l'aiguille y a été observée de 3° 25′ Nord-Est au mois de juin 1819.

Nous avons dit que les terres de Saint-Sébastien, ainsi que celles qui les avoisinent, sont très-élevées; elles sont de plus couvertes de bois jusqu'à leurs sommets et d'un aspect agréable: les côtes sont accores, et on peut mouiller par-tout à petite distance d'elles, sur de bons fonds; elles n'ont en général de dangereux que ce qui paraît hors de l'eau.

Iles Porcos.

Le groupe des îles Porcos comprend une île assez élevée; elle est accompagnée de trois îlots, dont l'un est dans le Sud et les autres dans l'Est. «Cette île laisse, entre elle et le continent, un très-beau canal, où de grands bâtimens peuvent passer et mouiller en parfaite sécurité. On peut, sur plusieurs points du rivage, trouver des ressources en bestiaux et en rafraîchissemens, et faire de l'eau et du bois. Mais on ne doit s'engager dans ce passage qu'avec un vent fait.» (Renseignemens des pratiques.)

Pointes de Cairoçu et de Joatinga.

Depuis les îles Porcos, la côte court (sauf les inflexions) à l'Est 23° Nord, où l'on distingue, à environ neuf lieues, la pointe de Cairoçu, qui, avec celle de Joatinga, termine la

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partie Sud des hautes terres formant la vaste baie de Ilha Grande.

Le petit îlot qui accompagne la pointe Joatinga est situé par 23° 18′ 30″ de latitude sud, et 46° 59′ 2″ de longitude Ouest.

Position de la pointe Joatinga.

La pointe Joatinga, ainsi que celle de Cairoçu, est élevée, et peut être rangée de près par toute espèce de bâtimens.

Baie de Ilha Grande.

La grande baie de Ilha Grande [ Ile Grande ], formée dans le continent par l'île de ce nom, a deux entrées: l'une, celle de l'Ouest, est formée par la pointe Joatinga et l'île Grande; l'autre, par cette même île et le promontoire ou plage de Maranbaya: ces deux entrées conduisent dans l'intérieur de la baie, et, comme elle, elles peuvent recevoir de grands bâtimens.

«Des flottes entières pourraient entrer dans la baie de Ilha Grande, et y trouver un abri contre tous les vents; les sondes y varient de trente â sept brasses dans une grande partie de sa surface, et, sur plusieurs des côtes intérieures, on peut aisément faire de l'eau et du bois.» (Renseignemens des pratiques.)

A environ deux milles dans la partie Sud de Ilha Grande, est le petit îlot de Georges-Grego. «Quoique en apparence aride, il fournit de l'eau et du bois; les plus grands bâtimens trouvent un bon mouillage sur sa côte Nord, et ils peuvent se procurer des rafraîchissemens au petit village d'Angra dos Reis, qui y est situé.» (Renseignemens des pratiques.)

Morro de Marambaya et plage du même nom.

En quittant l'lle Grande, et en poursuivant la route dans l'Est-Nord-Est, on prolonge la Praya de Marambaya, dont la pointe Ouest est terminée par un mondrain nommé Morro de Marambaya, et la pointe Est, par une petite ouverture, dans laquelle les bateaux, seulement, peuvent pénétrer pour se

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rendre dans la baie. Cette langue de terre, d'environ huit lieues de longueur Est et Ouest, est très-basse, et il ne faut en approcher qu'avec précaution lorsque le temps n'est pas clair. La circonspection est d'autant plus nécessaire, qu'une roche [ lage], accompagnée d'un haut-fond, se projette à trois milles au large dans le Sud, du milieu de son rivage; en se tenant à quatre milles de terre sur ce point, on aura de vingt-deux à trente brasses d'eau, fond de sable et de gravier.

Immédiatement à la pointe orientale de la Praya de Marambaya, on trouve la grosse pointe de Guaratiba, où commencent les rameaux de montagnes qui environnent la baie de Rio-Janeiro. De cette pointe, on aperçoit clairement, de beau temps, à huit lieues de l'Est, l'Ilha Redonda [ l'lle Ronde ], qui est à l'entrée de cette baie, et que distinguent sa forme et les falaises tranchées de blanc et de vert foncé qui la terminent de tous côtés. On aperçoit également, à environ six lieues dans l'Est-Nord-Est, la Gabia [la Hune], montagne qui, par sa forme remarquable, ne peut être confondue avec aucune autre, et qui est la plus sûre indication de Rio-Janeiro, surtout en venant de la partie du Sud. La route ensuite, pour aller dans cette baie, n'exige aucune précaution particulière et quand on sera parvenu près de l'île Ronde, on choisira, selon le vent régnant, le chenal qu'il conviendra de prendre entre les îles et les îlots environnans, en ayant attention cependant de ne s'engager dans ces canaux qu'avec un vent fait et capable de conduire jusque dans la baie avant la nuit, ce qui n'a généralement lieu que vers midi, époque de la journée où la brise du large est presque toujours déclarée et suffisamment forte.

Attérage sur Rio-Janeiro.

L'attérage de Rio-Janeiro est ordinairement indiqué sur le cap Frio; mais il doit sans doute être entendu que ce n'est que

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dans la mousson du Nord et lorsqu'on vient du Nord ou de l'Est, que cet attérage doit être fait. En toute autre circonstance, il aurait au moins le désavantage de donner lieu à une assez grande perte de temps, en allongeant le chemin à faire.

Objets de reconnaissance.

L'Ile Grande, le Monro de Marambaya, et sur-tout la Gabia, sont autant d'objets de reconnaissance, qu'on peut choisir dans la mousson du Sud; ils se voient d'assez loin pour qu'on puisse les bien reconnaître sans cesser d'être maître de la route ultérieure; leur proximité de Rio-Janeiro permettant qu'arrivé près d'eux, on puisse toujours prévoir l'heure à laquelle on pourra être mouillé dans cette rade.

On peut encore citer comme une marque très-facile à reconnaître, à l'entrée de Rio-Janeiro, l'aspect d'une partie des montagnes qui environnent cette baie. Lorsqu'on vient du large, depuis l'Est-Sud-Est jusqu'au Sud-Ouest, la configuration de leurs sommets présente, d'une maniàre très-sensible, une figure d'homme couché de l'Ouest-Sud-Ouest à l'Est-Nord-Est, dont la Gabia forme la tête et le Pain de Sucre les pieds. Lorsque la crête des montagnes est dégagée de nuages ou de vapeurs, il est presque impossible de ne pas être frappé de cette apparence (1).

Description et position de la Gabia.

La Gabia est située à environ trois lieues dans l'Ouest ¼ Sud-Ouest de l'entrée de Rio-Janeiro; vu de tous les points du large, depuis l'Est jusqu'au Sud-Sud-Ouest, son sommet paraît plat et un peu plus large à sa surface supérieure, qu'à quelque distance au-dessous, ce qui lui donne effectivement,

(1) Lors de l'arrivée du Roi de Portugal au Brésil, en 1807, cette apparence suggéra à un officier de l'armée qui accompagnait Sa Majesté, l'idée ingénieuse d'un dessin représentant ce colosse couché, qu'il désigna comme le génie du Brésil. La flotte royale entrait à pleines voiles dans la capitale du pays, et on lisait dans une gloire, placée au-dessus du tableau: Géant, lève-toi!

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de la ressemblance avec la hune d'un bâtiment. Cette forme, qui exclut toute méprise avec toute autre montagne à vue, fait de la Gabia le meilleur point de reconnaissance.

Sa position.

Cette montagne est située par 22° 59′ 0″ de latitude Sud, et 45° 42′ 58″ de longitude Ouest. Au mois de juin 1819, la déclinaison de l'aiguille a été trouvée, à sa vue et sur son méridien, de 3° 43′ Nord-Est.

Pain de Sucre.

A environ huit milles dans l'Est 15° Nord de la Gabia, se trouve le Pain de Sucre [Paõde Açucar], montagne conique de roche, qui forme le côté occidental de l'entrée de Rio-Janeiro. Cet énorme rocher est ordinairement indiqué comme la balise qui sert à reconnaître l'entrée de cette baie; mais beaucoup moins élévé que la Gabia et déjà un peu dans l'intérieur, il ne paraît ni d'aussi loin, ni d'un aussi grand nombre de relèvemens du dehors que cette montagne; et quand on le reconnaît, on n'a plus guère besoin d'éclaircissemens sur la position qu'on occupe: cependant, il est bon de relever aussi ce pic, remarquable entre toutes les hauteurs couiques, assez nombreuses sur cette côte, par l'inclinaison sensible d'une de ses faces au Nord-Ouest.

Il est prudent, en général, de se tenir à quelque distance de la côte qui joint Rio-Janeiro au cap Frio, paroe que, quand le vent souffle du Sud-Ouest à l'Est-Sud-Est par le Sud, la houle y porte incessamment, et que, de gros temps, le mouillage n'y serait pas sûr.

Précautions à prendre pour entrer dans la baie de Rio-Janeiro.

On a conseillé plus haut de ne s'approcher des îles situées à l'entrée de Rio-Janeiro, que lorsque la brise du large est bien établie; on ajoute ici qu'il faut se ménager assez de jour pour pouvoir arriver au mouillage avant la nuit. On s'exposerait, sans cela, à rester parmi les îles ou dans l'entrée, pendant le calme qui sépare les brises du large et de terre, ou

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à recevoir celle-ci, qui est directement opposée à la route à faire pour entrer, et assez souvent accompagnée de grains quelquefois violens, sur-tout à l'époque des nouvelles et pleines lunes.

Si, malgré les précautions qu'on aura prises, la brise de terre s'élevait avant qu'on fût entré, et si les mauvaises qualités du bâtiment, ou le courant qui sort presque toujours, ne permettaient pas de gagner le dedans de la baie en louvoyant, il serait préférable de se replacer en dehors des îles, plutôt que de chercher à se maintenir parmi elles ou à y mouiller. Le louvoyage y est très-borné, sur-tout pendant la nuit; le fond y est dur, et la houle d'autant plus forte et plus incommode, qu'on est plus près de l'entrée. Les grains les plus forts de la brise de terre s'étendent rarement au large de l'île Ronde.

La direction générale de la côte, entre l'île Sainte-Catherine et l'entrée de Rio-Janeiro, est le N. 46° E., et la distance 392 milles.

Le gisement de l'île de Mel, par rapport à la pointe Rapa de Sainte-Catherine, est le S. 2° O., et la distance 110 milles.

Le gisement de l'île de Mel, par rapport à la pointe Pirasonungo (S. E. de l'île Saint-Sébastien), est le N. 60° E., et la distance 193 milles.

Enfin, le gisement de la pointe Pirasonungo, par rapport au Pain de Sucre, est le N. 62°, E., et la distance de 129 milles.

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CHAPITRE IV.

Instruction pour entrer dans la baie de Rio-Janeiro et pour en sortir.— Description de cette baie.

POUR entrer à Rio-Janeiro et pour en sortir, on préfère ordinairement de passer entre l'île Rasa [Rase] et les deux îles Paya (1). La première est au Sud, à peu-près à sept milles du Pain de Sucre; les deux autres sont à cinq milles et demi dans le N. 41° E. de l'île Rase: elles sont accores; on peut les ranger de près, et même passer, au besoin, entre elles et la terre. La profondeur du chenal qu'elles forment avec l'île Rase, est de 23 à 13 brasses, fond de sable gris.

Route pour entrer dans la baie de Rio-Janeiro.

Si l'on se place à un mille dans l'Ouest de l'île Rase, on relevera la pointe Ouest de la plus occidentale des îles Paya, au N. 47° E.; de cette position, une route directe de sept milles et demi au N. 5° E., conduira à quatre cents toises dans l'Ouest de la forteresse de Santa-Cruz, située sur la pointe orientale de l'entrée du goulet. Dans ce trajet, on aura laissé sur la gauche quelques îlots et un rocher [lage], qui sont entre l'île Ronde et les terres de la Gabia; et l'on passera à un demi-mille à droite de la petite île Toucinho [Jambon], qui est proche du Pain de Sucre. Sur cette route, les sondes auront passé graduellement de vingt-trois à sept brasses, fond de sable fin, gris, sable blanc et dur. Aucun danger n'y existe, et il n'y a à éviter que ce qui paraît au-dessus de la mer.

(1) Sur quelques cartes, ces deux îles sont nommées Pai et Mâi [ Père et Mère], J'emploie la dénomination la plus usitée.

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Les profondeurs de sept brasses sont les plus faibles de l'entrée de Rio-Janeiro; et lorsqu'on les a franchies pour entrer, la sonde s'accroît promptement, au point de perdre momentanément le fond avec une ligne à main. On trouve déjà de douze à seize brasses, presque à toucher la pointe de la batterie de Santa-Cruz; on pourrait en approcher davantage, et l'on pourrait, également sans danger, fréquenter l'autre côté de l'entrée: mais la direction qui vient d'être indiquée est la plus suivie; elle a le double avantage de conduire les bâtimens assez près de la forteresse de Santa-Cruz, pour pouvoir répondre aux questions qui leur sont adressées de ce fort, et de les tenir à une distance convenable de la petite île plate qui se présente au milieu de l'entrée, et sur laquelle le fort Lage est bâti. Un troisième avantage, résultant de la précaution de se tenir ainsi à petite distance de Santa-Cruz, est de corriger un peu l'effet du courant, qui porte quelquefois dans le Nord-Ouest, lors de la marée montante.

Le passage entre le fort Santa-Cruz et le fort Lage est le seul fréquenté, et celui que ce dernier forme avec la pointe de San-Joaõ ne l'est jamais. Ce n'est pas qu'il manque de profondeur; mais il est plus étroit que l'autre; et la variété probable des vents, sous le Pain de Sucre et les hautes terres voisines, au pied desquelles il faudrait passer; l'irrégularité des courans et les fonds de roches où l'ancre tomberait s'il fallait mouiller, rendent ce passage, sinon impraticable, du moins dangereux. On dit même qu'il est défendu.

Il n'offrirait d'ailleurs d'autres avantages, pour l'entrée ou la sortie de la baie, que de prendre à revers une partie des forts Lage et de la Bandeira, qui défendent le passage.

Du travers, à trois cents toises à l'Ouest du fort de Santa-Cruz, la route directe pour se rendre au mouillage des vais-

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seaux de guerre est le N. 35° O., jusqu'à ce qu'on soit dans l'Est-Nord-Est du fort de Villegagnon, à trois cents toises duquel on passe sans danger. De ce point on gouvernera sur l'île dos Ratos [des Rats]; et, parvenu devant la ville, on choisira le mouillage, depuis vingt jusqu'à dix brasses, fond de vase, en observant seulement de ne pas découvrir le Pain de sucre à l'Ouest du fort de Villegagnon.

Observations sur le mouillage des bàtimens de guerre.

Du pavillon de ce fort, si l'on tire une ligne droite jusqu'à l'île das Cobras [des Serpens], elle séparera les fonds propres aux grands bâtimens, des fonds de quatre à deux brasses qu'occupent les caboteurs et les petits bâtimens de commerce. La meilleure place pour les bâtimens de guerre est dans l'Est-Nord-Est du palais, au Sud de la ligne menée de l'île aux Rats à la principale église de la ville. Le fond y est de quinze à vingt brasses d'excellente tenue; et l'on évitera ainsi un petit banc de roche situé à deux encablures et demie dans l'Est-Nord-Est de l'île aux Rats.

Mouillage des bâtimens de commerce.

Le mouillage des navires de commerce est immédiatement près de la ville; les plus grands y parviennent en passant au Nord de l'île das Cobras, et ils sont séparés du mouillage des bâtimens de guerre que nous venons d'indiquer, par nn banc que des canots seuls peuvent franchir, et sur lequel la mer brise dans les basses mers des nouvelles et pleines iunes, lorsque les vents du large sont violens.

Manière de s'affourcher au mouillage des bâtimens de guerre.

On s'affourche Nord et Sud dans la baie de Rio-Janeiro; mais nous croyons qu'il est préférable d'affourcher Nord-Est et Sud-Ouest: cette direction, qui n'est pas éloignée de celle des courans de flot et de jusant, donnera la facilité de présenter le travers aux brises de terre et de mer, seuls vents à-peu-près dominans; ce qui est une nécessité dans l'été, où les chaleurs, dans cette baie, sont quelquefois insupportables.

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Une haussaère, portée alternativement sur l'une ou l'autre bouée, selon le vent, procurera cet a vantage important pour la salubrité du bâtiment; l'ancre de flot doit etre à bâbord, et celle de jusant à tribord.

Des brises de terre et des brises du large.

Les brises de terre et de mer se partagent ordinairement les vingt-quatre heures du jour: la première commence le soir, dure toute la unit, et finit vers neuf ou dix heures du matin; une heure de calme lui succède; et généralement, vers onze heures, la brise du large pénètre dans la baie, et dure jusqu'au coucber du soleil. La force de ces brises n'est pas constante; elles éprouvent parfois des interruptions totales, et l'on voit alors le calme durer des jours entiers, ou n'être troublé que momentanément par des brises sans force et sans direction fixe: mais ces circonstances sont rares.

Des marées.

Leur vitesse.

Leur établissement.

Différence de leur niveau.

Les marées ne sont pas régulières dans la baie de Rio-Janeiro, si l'on entend par régularité, l'égalité de durée des deux courans alternatifs dont se compose ordinairement une marée. Le jusant est généralement beaucoup plus prolongé que le flot, sur-tout après de grandes pluies. La vîtesse ordinaire de l'un et de l'autre excède rarement 0, 7 de mille à l'henre; elle atteint 1, 3 de mille dans les vives eaux, principalement pendant le jusant L'établissement de la baie est de deux heures trois quarts; et la différence de niveau entre les hautes et basses mers des syzygies, a été touvée de quatre pieds et demi; dans les circonstances ordinaires, elle n'est guère que de trois pieds.

La sûreté du mouillage, dans la baie de Rio-Janeiro, n'est presque jamais troublée, et il est infiniment rare d'y ressentir des vents capables de causer des accidens graves.

Cales de débarquement.

Plusieurs cales de débarquement sont pratiquées dans les quais devant la ville; les unes sont de simples rampes, les autres ont des degrés. La commodité de leur usage dépend de l'état

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de la mer, qui, du reste, est très-rarement assez agitée pour empêcher de communiquer de la rade avec la terre; mais les immondices de la ville, qu'on jette près de ces cales, en rendent les approches désagréables en tout temps.

Aiguades.

Les bâtimens mouillés en rade prennent ordinairement leur eau à la grande fontaine érigée sur le quai de la place de mer, devant le palais: cette eau passe pour n'être pas très-saine, et pour causer des coliques dangereuses, dans le commencement de son usage.

Détails sur la ville de Rio-Janeiro.

Ressources qu'elle offre aux navigateurs.

Rio-Janeiro, capitale et siége du gouvernement brésilien, est une grande et belle ville, dont la population, toujours croissante, sur-tout depuis 1807, est déjà de plus de cent vingt mille ames. Elle fournit abondamment toutes les ressources que les navigateurs peuvent desirer; les vaisseaux peuvent s'y caréner, s'y remâter, s'y approvisionner de toutes choses: mais cette relâche est dispendieuse; les réparations, sur-tout, y sont fort chères, à cause du prix élevé des matières et de la main-dœuvre; les vivres, quoique abondans, n'y sont pas moins chers aussi, à l'exception des bestiaux, dont la chair, d'ailleurs de médiocre qualité et de mauvais goût, est quelquefois mal-saine; désavantage ordinaire aux climats chauds, et sur la plus grande partie de la côte du Brésil.

Détails sur la baie de Rio-Janeiro.

La baie de Rio-Janeiro est très-spacieuse, et l'une des plus magnifiques du monde. Elle s'étend sur des diamètres de trois à quatre lieues en diverses directions, entre des montagnes d'une majestueuse élévation, couvertes de la plus riche verdure, et dont la base, terminée en pente douce jusqu'à la mer, est occupée par de nombreux villages. Des plantations de toute espèce, des maisons de campagne élégantes et entourées d'arbres, plusieurs îles également boisées et habitées, ornent et diversifient la surface et les côtes de cette petite mer inté-

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rieure; et il n'est pas sur le globe de plus beau séjour et d'aspect à-la-fois plus imposant et plus agréable.

Les mouillages propres aux grands bâtimens ne s'étendent pas beaucoup au Nord du parallèlè le plus Nord de la ville; mais toute la baie est navigable pour une multitude de petits bâtimens ou bateaux du pays, qui y font un cabotage fort actif et fort animé.

Position du Pain de Sucre.

Le Pain de Sucre, à l'entrée de la baie de Rio-Janeiro, est dans la position suivante:

Latitude 22° 56′ 8″ S.
Longitude 45. 34. 43. O.

Nous observâmes, dans la baie, 3° 40″ de déclinaison Nord-Est, au mois de juin 1819.

Précautions à prendre relativement à la carène des bâtimens.

Le séjour sur la rade de Rio-Janeiro, comme celui que l'on fait sur la plupart des rades soumises à une température trèsélevée, occasionne, sur la carène des bâtimens, l'adhésion d'une grande quantité de coquillages et autres productions marines, qui végètent promptement et couvrent bientôt tout le doublage; ils altèrent la marche, détériorent le cuivre à un degré très-sensible, et il faut s'en débarrasser souvent.

Précautions à prendre dans l'usage qu'on peut faire du poisson.

La pêche n'est pas abondante dans cette baie, parce qu'elle est trop pratiquée, et qu'il y a trop de bruit et de mouvement. La consommation du poisson qui en provient, n'est peut-être pas d'ailleurs sans danger, à cause du grand nombre de bâtimens doublés en cuivre qui fréquentent cet endroit; les coquillages et les huîtres doivent être écartés de la nourriture des équipages.

Précautions relatives à la sortie de la baie de Rio-Janeiro.

Les précautions à prendre pour sortir de la rade de Rio-Janeiro sont des plus simples et des moins obligatoires; il suffit, en général, d'attendre la brise de terre et le jusant, et de

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se laisser, pour ainsi dire, entraîner par eux; encore le jusant n'est-il pas nécessaire, si la brise a la force qu'elle acquiert presque tons les jours pendant certaines heures.

Pour être plus en appareillage, les bâtimens se portent quelquefois, la veille de leur départ, sur la côte de la baie qui fait face à la ville; ils y trouvent l'avantage de se dégager des embarras de la rade proprement dite, de recevoir plutôt et plus franchement la brise de terre, et de pouvoir en profiter plus matin; mais ce mouvement n'a rien d'obligé, et l'on, peut aisément mettre sous voiles de tous les points du mouillage ordinaire.

La route, pour sortir, suit la même direction que celle qui vient d'être indiquée pour entrer. Passer à trois cents toises dans l'Est de l'île de Villegagnon, à la même distance, du même côté, du fort Lage, et ranger la forteresse de Santa-Cruz à portée de voix, en ayant soin, dans ce trajet, de fréquenter un peu plus la côte de l'Est que l'autre; telles sont les seules précautions à prendre.

Comme on part généralement le matin, il est probable qu'on jouira, au moins pendant quatre heures, de la brise de terre, et qu'on pourra se porter avec elle en dehors de toutes les fles de l'entrée de la baie; rendu à ce point, toute bordée est indifférente. Si la brise du large se déclarait avant qu'on fût entièrement sorti de dedans les îles, l'inconvénient n'aurait rien de grave, le passage étant libre entre toutes. Si l'en éprouvait du calme entre les brises, il conviendrait de mouiller, en choisissant une position favorable à l'appareillage avec la première brise prévue.

Après avoir quitté les îles, on prendra la bordée la plus rapprochée de la route qu'on aura à faire.

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CHAPITRE V.

DESCRIPTION de la côte comprise entre Rio-Janeiro et la baie de Tons les Saints. — Attérages sur les ports de Espirito-Santo, Porto-Seguro, &c., et sur les caps Frio, San-Thomé, San-Paulo et Sant-Antonio. — Description des bancs et des îlots Abrolhos.

Description de la côte à Pest et au Nord de Rio-Janeiro.

Iles Maricas.

EN quittant la baie de Rio-Janeiro, pour aller dans l'Est, on rencontre, à quatorze milles dans l'Est 15° Sud du Pain de Sucre, les deux îles Monicas, situées à environ une lieue de la côte; elles sont d'une hauteur médiocre, aocores dans la partie du Sud, et elles peuvent être approcbées sans danger.

Cap Negro.

Quatorze milles plus loin dans le Nord 77° Est de ces îles, on rencontre le cap Negro [Noir], formé par une colline peu élevée, mais adossée aux plus hautes montagnes qu'il y ait de Rio-Janeiro au cap Frio: cette circonstance, jointe à la verdure noirâtre dont le cap Negro est couvert, et à laquelle il doit son nom, le fait aisément reconnaître; on peut aussi l'approcher. A trois milles de lui, la profondeur est encore de vingt à trente brasses, fond de vase molle.

La côte, jusqu'au cap Frio, à partir de Rio-Janeiro, est basse et sablenneuse au rivage; les montagnes, qui se détacbent des groupes qui environnent cette baie, rentrent dans l'intérieur du pays en se dirigeant à l'Est-Nord-Est, jusque sur le méridien du cap Negro, et de là au Nord-Est, de manière à laisser ún terrain plat de plus de dix lieues entre elles et le Cap Frio, et à ne pouvoir être aperçues de la mer que de très-beau temps.

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Plage de Maçambaba.

L'abaissement du terrain est sur-tout remarquable entre le cap Negro et le cap Frio; il n'offre çà et là, à la côte, que de petits groupes de collines, sur une plage de sable parsemée de broussailles. L'une de ces collines se distingue par une église bâtie sur son sommet, et dédiée à Notre-Dame de Nazareth; elle est à environ trois lieues dans l'Est-Nord-Est du cap Negro. Toute cette plage, jusqu'au cap Frio, prend le nom de Praya de Macambaba; elle rentre un peu, et sa courbure est remplie, selon les pratiques du pays, par un paracel de sable et de roches, dont plusieurs points paraissent hors de l'eau et que les caboteurs recommandent d'éviter: mais nous n'avons pas eu occasion de vérifier la justesse de ces craintes. A la distance de deux lieues, à laquelle nous nous sommes tenus de la côte, dans cette partie, la profondeur est encore de trente ou quarante brasses, sur un bon fond de vase, et le brassiage augmente aussitôt qu'on s'éloigne; à dix lieues, il est de soixante-seize à quatre-vingt-dix brasses, fond mélangé de gros sable, de roche et de vase.

En dedans de la plage de Maçambaba, on voit une lagune qui prolonge le rivage sur une longueur de près de huit lieues; cette lagune communique avec la mer par quelques points, mais sans avantages apparens pour la navigation.

Des sondes aux environs de Rio-Janeiro.

La sonde, aux approches de Rio-Janeiro, peut s'obtenir à une certaine distance de terre; mais la profondeur y est grande; de dix à quinze lieues, elle varie de soixante-dix à quatre-vingt-dix brasses, et monte graduellement jusqu'à la côte: les fonds sont mélangés de sable, gravier, coquilles brisées, roches et vase. Nous avons dit que quelques cartes avaient marqué des sondes de vingt à vingt-cinq brasses, à dix ou douze lieues dans le Sud-Sud-Est du cap Frio, et que nous ne les avions

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pas trouvées; il serait desirable que les navigateurs du Brésil s'occupassent de rechercher ces petits fonds.

Description du cap Frio.

Le cap Frio [Froid] est la pointe Sud d'une île située au coude du continent, à l'extrémité orientale de la plage de Maçambaba. Cette île, où la roche domine, est inégalement couverte d'arbres, et offre plusieurs parties dépouillées de verdure; elle peut être aperçue de quinze lieues dans des circonstances favorables.

Relevée à l'Est et à l'Ouest, l'île du cap Frio offre deux monts distincts l'un de l'autre, dont le plus méridional est le plus petit en hauteur et en largeur: celui-ci porte un petit ap-pendice qui semble s'en séparer.

Relevés au Nord-Nord-Est et au Sud-Sud-Ouest, ces deux monts ne forment qu'une seule masse à double sommet, présentant deux petites pointes; on remarque enfin un petit îlot conique, à une ou deux encablures dans l'Est-Sud-Est de l'île du cap Frio.

Toute cette terre est si accore, qu'à un mille de distance, dans toutes les directions, depuis le Nord jusqu'à l'Ouest-Sud-Ouest par le Sud, on trouve de trente à cinquante brasses d'eau, presque toujours fond de vase.

Passage à l'O. du cap Frio.

L'île du cap Frio forme avec le continent un passage pour les petits bâtimens, et un mouillage pour ceux de toutes grandeurs.

Ce passage gît Nord-Est et Sud-Ouest: il est peu fréquenté, à cause du défaut de largeur de son issue méridionale; mais la profondeur y est suffisante pour les grands navires. Il n'y aurait d'ailleurs qu'un médiocre avantage à ce qu'il pût être plus facilement pratiqué, le contour du cap, par le large, n'alongeant la route que de deux ou trois lieues.

L'entrée Nord de ce canal, beaucoup plus spacieuse que le

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canal lui-même, forme une baie commode et sûre contre tous les vents, excepté oeux du Nord-Est; encore peut-on s'en garantir en s'apprechant de la petite île dos Poreos, placée au Nord de cette entrée. Ce mouillage, où le fond est de bonne tenue, est utile aux caboteurs, qui, pouvant sortir par les deux passes, selon leur destination pour le Nord ou pour le Sud, viennent y attendre la fin des vents qui leur sont contraires. En temps de guerre, ils y trouvent aussi d'utiles renseignemens, au moyen du poste de signaux placé sur un mondrain voisin à l'Ouest du cap, et qui, communiquant avcc Rio-Janeiro, leur annonce ce qui se passe devant ce port.

Position du cap Frio.

Le cap Frio est dans la position suivante:

Pointe Sad, latitude 23° 1′ 18″ S.
Longitude 44. 23. 34. O.

Description de la côte au Nord du cap Frio.

La déclinaison de l'aiguille y a été observée de 2° 3′ N. E, au mois de juillet 1819.

La côte et les îles immédiatement situées au Nord du cap Frio, gisent d'abord entre elles au N. 35° E. jusqu'aux îles Ancoras, avec lesquelles elles forment une baie assez profonde, dont une partie est bordée d'un rivage de sable blanc. Le fond de cette baie est occupé par les îlots Papagaios, dont plusieurs, par leur élévation, leur position par rapport aux vents les plus fréquens, et la netteté des fonds qui les environnent, peuvent offrir de bons abris en cas de vents forcés contre lesquels on ne voudrait pas lutter.

Des îles Ancoras.

Les îles Ancoras sont à quatre milles dans l'Est ¼ Sud-Est du cap Buzios; la plus orientale du groupe a la forme d'un chapeau de cardinal. Les petits bâtimens peuvent, dit-on, passer à terre de ces îlots; la grande profondeur qu'on trouve près d'eux, du côté du large, porte à croire que tout bâtiment

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pourrait y passer également, et c'est en effet l'avis des pratiques.

Dans le Nord du cap Buzios, on trouve d'abord la petite île Branca [Blanche]; ensuite une plage de sable que termine le Morro San-Joaõ ou San-Joám; deux ou trois petites rivières et la petite île do Ferro [du Fer], passé laquelle, la côte, qui courait à-peu-près au Nord, s'étend presque à l'Est jusque vers le cap San-Thomé. Cette espèce de golfe formé par la côte, entre le cap Buzios et le cap San-Thomé, a près de trente lieues de développement. Au milieu de ce golfe, et à environ trois lieues et demie de la côte, on trouve les îles Sainte-Anne, que nous décrirons plus bas.

Du Morro San-Joao.

Sa position.

Du Frade de Macahé.

Le Morro San-Joaõ est facile à reconnaître par son isolement sur le rivage, les ondulations de son sommet, et sa distance de la chaîne de montagnes très-heurtées de l'intérieur. Sa latitude est de 22° 32′ 26″ Sud, et sa longitude de 44° 26′ 34″ Ouest. A vingt milles dans le Nord ½ Ouest de ce morro, on voit un autre morne très-élevé, surmonté d'un piton, et remarquable par sa chute à pic du côté du Nord; ce piton, situé par 22° 12; 2″ de latitude Sud et 44° 29′ 24″ de longitude Ouest, est le Frade [Moine] de Macayé ou Macahé.

Des îles Sainte-Anne.

Les îles Sainte-Anne sont au nombre de trois; vues du Sud-Sud-Ouest et du Nord-Nord-Est, elles paraissent réunies. Celle du Sud est élevée et assez considérable; la plus orientale est la plus basse. Selon les pratiques, le mouillage est si sûr dans le chenal qu'elles forment avec le continent, qu'on peut y réparer toute sorte d'avaries et même y caréner; on y trouve, d'ailleurs, de l'eau et du bois. La profondeur, entre ces îles et les îles Ancoras, jusqu'à quatre ou cinq milles de terre, est de trente à dix-neuf brasses, sur le meilleur fond de vase.

Objection contre la possibilité d'une méprise sur cette partie de la côte.

Quelques navigateurs, se destinant pour Rio-Janeiro, ont prétendu avoir été trompés, dans leur attérage, par la ressem-

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blance des côtes au Nord du cap Frio, avec celles qui forment l'entrée de Rio-Janeiro. Une telle erreur nous paraît peu vraisemblable. Le gisement des terres qu'il s'agit de comparer ici, doit préserver de toute méprise. L'angle au sommet duquel est l'entrée de Rio-Janeiro, formé par des côtes dont les unes courent à l'Est ¼ Nord-Est, et les autres à l'Ouest-Sud-Ouest, est si ouvert, que leur aspect général présente sensiblement une ligne droite dirigée à-peu-près Est et Ouest. Les terres, au Nord du cap Frio, au contraire, s'offrent dans un sens perpendiculaire à celui-là, puisque, sur une étendue de quinze lieues, c'est-à-dire, du cap Frio jusqu'à la rivière San-Joaõ, la masse de la côte git Nord et Sud. Comment donc serait-il possible de confondre deux aspects aussi différens, et de conserver, en les apercevant, le moindre doute sur la position du bâtiment? Dans le premier cas, la route à l'Ouest prolongera à-peu-près la côte; dans le second, elle l'attaquera de bout au corps: il ne peut y avoir la moindre incertitude. Et nous ne parlons même pas de la ressource que doit donner la latitude sur cette côte Nord et Sud; si on l'a observée seulement la veille du jour de l'attérage, il est difficile de supposer, dans cet élément de la route, une erreur assez grande pour rendre fort douteuse la position du bâtiment.

Description de la côte suivante.

Depuis le parallèle des îles Sainte-Anne, jusqu'à celui de la pointe de Benevente, qui est par 20° 53′ 50″ Sud, le rivage s'écarte considérablement de la chaîne de montagnes de l'intérieur, et il laisse entre elle et lui un terrain plat, très-bas, dont la largeur, Est et Ouest, va, sur quelques parties, jusqu'à treize lieues. C'est à cette distance des montagnes que se trouve le coude du rivage qu'on nomme cap San-Thomé.

Cap San-Thomé.

Cette partie de la côte du Brésil est presque au niveau de la mer; on n'y aperçoit que quelques arbres et de petites buttes de

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terre, qui semblent noyées quand on les observe de la distance à laquelle la prudence prescrit de se tenir dans un grand bâtiment. Cette plage, en s'étendant sous l'eau, forme ce qu'on appelle dans le pays les Bancs du cap San-Thomé.

Bancs du même nom.

Les caboteurs du Brésil circonscrivent ces bancs dans le sens Nord et Sud, entre les points de la côte que nous rapportons aux parallèles de 22° 12′ 2″ et de 21° 37′ 0″, dont le premier est celui du Frade de Macahé, et le second celui de l'embouchure de la petite rivière San-Joaõ: quant à leur étendue en longitude, elle est moins précise dans le pays; mais nous avons des motifs de croire qu'elle n'est pas non plus très-considérable, ainsi qu'on peut en juger sur notre carte par nos sondes.

Les profondeurs de douze à quarante brasses que nous avons trouvées de cinq à trente milles de terre et qui vont toujours en augmentant du côte du large, ne permettent pas de supposer des hauts-fonds en dehors de cette dernière distance; et nous sommes même portés à penser qu'en la diminuant de près de moitié, c'est-à-dire, en se tenant à quinze ou dix-huit milles de la côte, tant que l'on est entre les parallèles que nous venons d'indiquer, on ne courra aucun danger avec un bâtiment de douze à quinze pieds de tirant d'eau.

Nos routes, autour du cap de San-Thomé, laissent un petit espace non exploré, comme cela ne peut guère manquer d'arriver, malgré tous les soins possibles, dans une navigation sur une côte basse, qu'on ne voit pas assez constamment pour pouvoir corriger toutes les parties de la route de l'effet des courans. Il se pourrait donc que, dans cette étroite lacune, on trouvât des profondeurs moindres que celles que nous avons obtenues sur ses limites: ce n'était pas l'opinion du pratique que j'avais avec moi sur cette partie de la côte; mais, dans

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tous les cas, d'après nos sondes que nous pouvons garantir, il y a peu d'apparence que ces points élevés du fond, s'il en existe, puissent se rencontrer à plus de trois ou quatre milles à l'Est du méridien de 43°.

Or, ce méridien n'étant qu'à six lieues d'une des parties les plus basses des côtes du Brésil, la plus simple prudence engage à ne pas en passer à l'Ouest, et même à ne pas l'atteindre, tant qu'on est entre les parallèles de 22° 12′ 2″ et 21° 37′ que nous avons asssignés aux bancs du cap San-Thomé.

L'opinion que quelques points de ces bancs ne conservent que deux ou trois brasses d'eau et qu'ils brisent quelquefois de mauvais temps, a aussi des partisans dans le pays: notre pratique ne la partageait pas; et ceux qui l'émettent, disent d'ailleurs que ces points sont à une très-petite distance du rivage. Nous n'avons pas vu de brisans; et nous croyons qu'en se tenant à six ou sept lieues au large du cap San-Thomé, les plus grands bâtimens trouveront toute la profondeur suffisante.

Renseignemens des pratiques sur l'étendue des bancs du cap San-Thomé.

Nous donnerons, comme un renseignement qui confirme ce sentiment, l'opinion qui existe parmi tous les caboteurs de Rio-Janeiro qui fréquentent ce parage: ils disent «qu'en partant de la Barra de Campos ou San-Joaõ, et gouvernant au Sud-Est, l'espace de huit ou dix lieues, ils laissent arriver au Sud, sans inquiétude et sans danger, et sont certains de passer au large de tous les bancs.» Cela s'accorde avec notre propre expérience, comme le fait voir la carte qui présente nos explorations sur cette partie de la côte, et sur laquelle, bien que la position de la barre de San-Joaõ, indiquée par le pilote, puisse être défectueuse de deux ou trois milles, à cause de la distance à laquelle nous apercevions alors la terre, on voit que la direction du Sud-Est doit effectivement passer sur des profondeurs qui ne peuvent laisser aucune inquiétude.

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Nature des fonds aux environs des bancs du cap San-Thomé.

On remarquera, comme une indication qui peut être utile, que, dans le voisinage du cap San-Thomé, les fonds de vase, si fréquens au Sud de son parallèle, disparaissent presque entièrement, et sont remplacés par des fonds de sable blanc et de coquilles brisées: ce sont, du moins, ces qualités de fond que la sonde rapporte sur ce point de la côte, depuis le rivage jusqu'à dix ou douze lieues au large. On remarquera encore que c'est à quelques lieues au Sud du parallèle de Belmonté, que commencent les fonds du tuf blanc, mêlés ou formés de madrépores broyés, qui s'étendent si loin dans le Nord, et que l'on ne trouve presque nulle part dans le Sud.

A quelque distance dans le Nord 44° Est de la pointe de Benevente, on trouve successivement la Barra de Guarapari, les îlots Calvada [Chauve] et Rasa, et le petit groupe des îles Guarapari.

Rivière de Guarapari.

Sa position.

La rivière de Guarapari débouche à la mer, entre deux collines boisées: celle du Sud se distingue par quelques palmiers visibles du large, plusieurs maisons et une église surmontée d'un clocher; l'autre est nommée dans le pays Perro de Caõ. Il nous a paru que, pour entrer dans cette petite rivière, il fallait tenir au Nord-Ouest la plus haute montagne à vue; c'est la montagne de Guarapari. L'église dont on vient de parler est par 23° 43′ 56″ de latitude Sud, et par 42° 52′ 57″ de longitude Ouest.

Description de la côte qui suit au Nord.

La côte environnante est de médiocre élévation, presque couverte de petits arbres très-rapprochés; et elle présente, de distance à autre, des falaises jaunâtres qui ne se trouvent pas dans le Sud de la pointe de Benevente.

On voit aussi en second et en troisième plan, dans l'intérieur du pays, des groupes de montagnes de formes remarquables, droites, coniques, inclinées, qui donnent à cette

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partie de la côte un caractère différent de celle qui la précède au Sud et la suit dans le Nord.

Hot Calvada.

Quoique l'îlot Calvada ne soit qu'à quatre milles de la côte, on peut passer entre ette et lui avec toute espèce de bâtimens, ainsi qu'èntre la côte et les moleques de l'île Rasa, où l'on trouve de vingt à douze brasses d'eau.

Les petits bâtimens passent peut-être aussi à terre des îlots Guarapari; les plus grands peuvent au moins les ranger de très-près du côté de l'Est, où la profondeur est de huit brasses. Les gens du pays disent qu'on peut faire de l'eau et du bois sur la plus Nord des îles Guarapari.

Au-delà de ces îles, la profondeur varie de douze à vingtsept brasses, jusque devant le havre d'Espirito-Santo, en prolongeant la côte de deux à sept milles de distance. A environ les deux tiers du chemin des îles Guarapari à Espirito-Santo, on trouve tout près de terre les îlots et rochers de Jicu, et un peu plus loin, les roches Pacotes [Ballots], qui, par leur position, concourent à indiquer l'entrée de la baie d'Espirito-Santo.

Baie d'Espirito-Santo.

Cette baie est en outre annoncée d'assez loin par d'autres marques beaucoup plus apparentes: ce sont deux montagnes, dont l'une, située sur la pointe Sud de la baie, se nomme Monte Moreno, et l'autre, dominant la partie Nord de la baie, porte le nom de Mestre Alvaro (que les pilotes prononcent Mestialve).

Du mont Moreno.

Des îlots Pacotes.

Le mont Moreno est conique, boisé en partie, dépouillé de verdure du côté de l'Est, et il peut être aperçu de dix lieues d'un beau temps. Sa base septentrionale forme la partie Sud de l'entrée de la rivière d'Espirito-Santo, et il faut la ranger de près pour entrer. A deux milles et demi dans le Sud-Est, sont les deux rochers d'inégale grandeur, ou îlots Pacotes, que nous venons de nommer, à terre desquels les petits bâti-

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mens seuls peuvent, dit-on, passer. A environ un mille dans le Sud 60° Ouest du mont Moreno, est le morro de Nossa-Senhora da Penha, colline de roche peu boisée, au sommet de laquelle est l'église du même nom, et qu'on peut reconnaître à la distance de cinq lieues.

Du Mestre-Alvaro.

L'élévation du Mestre-Alvaro, sa forme et sa position isolée sur un terrain assez bas, rendent cette montagne également remarquable.

Deux îles, situées à petite distance dans le Nord-Nord-Ouest du mont Moreno, occupent une grande partie de la baie d'Espirito-Santo.

Entrée de larivièrc d'Espirito-Santo.

Quoique l'espace compris entre ces îles et le morne soit presque entièrement embarrassé par des bancs de roche et par les deux rochers la Balea [la Baleine] et le Cavallo, on peut cependant y passer avec un grand bâtiment pour se rendre dans la rivière; et l'on voit sur le plan que nous donnons de cet endroit, qu'on n'y trouve pas moins de dix-huit pieds d'eau. C'est ce chenal que le pilote de la côte nous a indiqué comme préférable, et nous n'avons pas pu-nous assurer du contraire. Mais l'étroitesse de ce chenal rend ce renseignement peu digne de foi; et la profondeur que nous avons trouvée entre les deux îles que je viens de citer, ferait conjecturer qu'il y a encore un passage plus au Nord: le mauvais temps que nous éprouvâmes dans cette baie, nous empêcha de nous en assurer; et nous avons dû nous contenter des reconnaissances que présente notre plan. Elles suffisent pour pouvoir mouiller sur plusieurs points de la baie, communiquer avec la ville, et faciliter une exploration complète en fournissant les points d'appui nécessaires: ces points, exactement déterminés, sont indiqués sur le plan par un petit triangle.

Le mouillage que la Baïadère a occupé dans la baie d'Es-

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pirito-Santo, n'est pas le meilleur de cet endroit, car il n'est qu'à deux encablures dans le Sud-Sud-Est d'une roche sousmarine que nous ignorions alors, aussi bien que le pilote, et qui, ne brisant que par moment, est fort dangereuse. D'après nos sondes, ainsi que le plan le fait voir, on pourrait se placer avec avantage plus en dedans de la baie et dans le Nord de cette roche; mais si l'on veut être tout-à-fait sans inquiétude, on doit prendre la position marquée sur le plan par une ancre; elle doit être préférée par les grands bâtimens, parce que, outre l'avantage d'indiquer un fond de vase de la meilleure tenue et d'être à plus d'un mille de tout danger, elle est encore sur l'alignement qu'il faut suivre pour se rendre jusqu'à la ville: cet alignement réunit le Collége à la base septentrionale du mont Moreno.

Les renseignemens obtenus dans le pays tendent à établir qu'il y a quatre brasses d'eau sur la partie la moins profonde de l'entrée de la rivière; et l'on nous a assuré que de trèsgrands bâtimens peuvent y pénétrer; mais nous ne l'avons pas éprouvé, et ce détail est au nombre de ceux que nous ne présentons que comme des probabilités.

Ressources offertes par la relâche à Espirito-Santo.

La relâche d'Espirito-Santo n'est pas sans intérêt pour les marins. A une lieue au-dessus de la ville de Victoria, on trouve de très-bonne eau; et dans la ville même, ainsi que dans les habitations du rivage, on se procure du bois, des bestiaux et une abondance de fruits du pays, à des prix peu élevés.

Nous ne pensons pas que le climat de cette ville soit trèssain; nous l'avons trouvé extrêmement humide. La hauteur des montagnes et des terres environnantes, et le profond encaissement de la rivière, sur la rive gauche de laquelle la ville est bâtie, motivent cet état de choses. A mille toises dans l'Est du méridien de la ville, est un énorme rocher conique,

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nommé Paõ de Açucar, comme celui de Rio-Janeiro; on peut gouverner sur son relèvement pour entrer dans la rivière aussitôt qu'on a doublé le mont Moreno.

Détails sur la ville de Victoria.

La ville de Victoria, capitale de la province, bâtie en amphithéâtre sur le bord de la rivière, peut contenir trois ou quatre mille habitans. Si l'entrée de la rivière est aussi profonde qu'on nous l'a dit, le port d'Espirito-Santo est intéressant; car, dans l'intérieur de la barre, on trouve en plusieurs endroits cinquante à soixante pieds de profondeur.

Position du mont Moreno.

Le mont Moreno est situé par 20° 19′ 23″ de latitude Sud, et par 42° 39′ 40″ de longitude Ouest.

Au mouillage voisin, nous avons observé 1° 2′ de déclinaison Nord-Est, en juillet 1819.

La mer nous a paru monter et baisser, dans ce mouillage, d'environ quatre pieds.

Des marées.

Les marées ne sont régulières qu'en dedans de l'entrée, où la mer a été pleine vers trois heures dans les syzygies.

Description de la côte au N. d'Espirito-Santo

Au Nord d'Espirito-Santo, la côte est basse, couverte d'arbres, et le rivage, qui est de sable roux, court (sauf quelques inflexions) au N. 32° E., depuis la pointe do Tubaraõ [du Requin] jusqu'à la barre de Rio Doce [Rivière Douce], qui en est à environ seize lieues: de cet endroit, la côte s'étend, à très-peu-près, Nord et Sud, jusqu'à la barre de San-Matheo, distante de vingt lieues.

Mais, dans l'intérieur, les terres ne sont pas aussi basses qu'à la côte, sur la totalité de l'espace compris entre Espirito-Santo et San-Matheo. Il faut en excepter les dix premières lieues, sur l'étendue desquelles des hauteurs se prolongent parellèlement au rivage, à peu de distance de lui; et ce n'est qu'à partir du parallèle de Rio Doce, que le pays, vu de la mer, paraît entièrement plat: cet aspect ne change pas jusqu'au

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monte Pascoal, c'est-à-dire, sur un espace de plus de cinquante lieues.

Il n'est donc pas plus difficile de reconnaître Espirito-Santo, en venant du Nord qu'en arrivant par le Sud. Le Mestre-Alvaro, qui succède à des terres basses dans le premier cas, ou qui termine à-peu-près des terres élevées dans le second, ne laisserait aucun doute sur la position du bâtiment, quand même on n'aurait pas le secours de la latitude, indication précise sur une côte qui gît Nord et Sud.

Le rivage, depuis la pointe do Tubaraõ jusqu'à la barre de San-Matheo, n'est interrompu que par les petites embouchures des rivières Carahype, dos Reis-Magos, Doce et Seca, qui sont toutes sans intérêt pour la grande navigation. Aucun danger n'est à redouter sur cette côte; et à l'exception de la pointe Tubaraõ, qui termine, comme on vient de le voir, la baie d'Espirito-Santo, et à sept ou huit cents toises au Sud de laquelle s'étend un brisant de roche, on peut approcher le rivage par-tout. A deux ou trois milles de distance, en allant du Sud au Nord, on trouve des profondeurs de vingt à neuf brasses, fond de sable, mélangé de gravier, de vase, de madrépores et de coquilles brisées.

Du Rio Doce.

Le Rio Doce s'étend, dit-on, beaucoup dans l'intérieur du pays; mais son embouchure est peu considérable et n'admet pas de grands bâtimens. Elle offre toutefois à la vue une assez grande coupure entre les arbres dont le rivage est couvert; un banc de sable roux accompagne ses deux pointes, et l'entrée est encore obstruée par un autre banc de sable qui s'élève audessus de l'eau; mais il n'y a devant cette rivière aucune des îles qui y sont portées sur la plupart des cartes antérieures aux nôtres. La pointe Nord de cette embouchure s'avance un peu plus que l'autre, et l'on y remarque une grande maison.

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L'entrée du Rio Doce est par 19° 36′ 57″ de latitude Sud, et par 42° 11′ 36″ de longitude occidentale.

Position de son embouchure.

Rio Seca.

Observations sur la nomenclature des points de cette partie de la côte.

«La barre de Rio Seca, située à dix lieues au Nord de la précédente, ne présente qu'une petite séparation entre les arbres de la côte: il est probable que cette rivière n'existe que dans le temps des pluies, et c'est ce que nous avons conclu des renseignemens que nous nous sommes procurés à son égard. Au reste, comme je n'avais à bord personne de l'endroit, quand je reconnns cette partie de côte, je ne puis garantir la nomenclature que nous lui avons assignée depuis Espirito-Santo jusqu'à la barre de San-Matheo; nous l'avons prise des cartes les moins fautives, et nous ne garantissons que la configuration du rivage et sa position géographique.

A deux milles dans l'Est de la barre de Rio Seca, la déclinaison de l'aiguille aimantée était nulle au mois de juillet 1819.

Barre de San-Matheo.

La barre de San-Matheo est à dix lieues dans le Nord de celle-là. Semblable à la plupart des entrées des petités rivières de la côte du Brésil, elle n'est remarquable du large que par les brisans, qui sont plus forts à son embouchure que sur la plage contiguë. Quelques mâts de bateaux qu'on aperçoit entre les arbres, peuvent encore, selon les circonstances, marquer la position de San-Matheo; mais il faut regarder avec bien de l'attention.

Renseignemens des pratiques.

On dit que, lorsque le temps est clair, «on peut apercevoir, à quelque distance dans l'intérieur et un peu au Sud de la barre, trois petites dunes dont celle du milieu est la plus élevée: vues du Nord et du Sud, elles sont l'une à côté de l'autre; vues de l'Est, au contraire, elles se confondent en une seule.» Mais cet aspect n'est pas permanent, puisqu'il dépend de l'état du ciel; et le plus sûr est de ne s'en rapporter qu'à la latitude pour se diriger sur la barre de San-Matheo. Ce point,

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qui peut étre considéré comme la limite méridionale des bancs qui font partie des Abrolhos, est darts la position suivante:

Position de la barre de San-Matheo.

Latitude 18° 37′ 10″ S.
Longitude 42. 5. 20. O.

Il n'y a presque aucune ressource à attendre d'une relâche devant la barre de San-Matheo; les difficultés de l'entrée, où l'on ne trouve que quatre pieds huit pouces d'eau dans les hautes marées ordinaires et le double dans les syzygies, n'en permettent l'accès qu'à de très-petites embarcations; et les brisans qui règnent toujours à son embouchure y rendent la navigation dangereuse, même pour de simples canots. Les gens du pays ne franchissent ces sortes de passages que dans des bateaux pontés, d'un faible tirant d'eau, ou sur des radeaux formés par l'assemblage de quatre ou cinq pièces de bois flottant, surmontés d'une voile de coton, et qu'ils nomment jangadas.

Jangadas.

Les communications entre la mer et l'intérieur du Brésil, par la plupart des rivières, sont en général fort difficiles; et il serait particulièrement très-pénible pour un bâtiment de faire même son eau dans la rivière de San-Matheo, ainsi que dans un très-grand nombre d'autres rivières qui lui ressemblent et dont nous aurons successivement occasion de parler en décrivant la côte.

Limites méridionales des fonds des Abrolhos.

La rivière de San-Matheo tourne au Nord, au-dessus de son embouchure; après quoi elle fait plusieurs sinuosités: le bourg qui porte son nom est à sept lieues de l'entrée; on ne s'y procure guère, avec un peu d'abondance, que quelques vivres du pays.» (Renseignemens des pratiques.)

Limites septentrionales des mêmes fonds.

C'est à quatre ou cinq lieues au Nord de San-Matheo que la sonde commence à annoncer les fonds des Abrolhos, si

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l'on se tient à trois ou quatre lieues de terre. Ces bancs s'étendent depuis le parallèle de 18° 15′ Sud, jusqu'à deux ou trois lieues au Sud de la villa Prado, située par 17° 21′; c'est-à-dire, sur une longueur Nord et Sud de dix-huit ou vingt lieues.

Limites orientales des mêmes fonds.

Leur étendue en longitude n'est pas moindre. En circonscrivant ces bancs, les îlots et les hauts-fonds qui les accompagnent, dans les profondeurs au-dessous de vingt brasses, on doit assigner à l'ensemble au moins vingt lieues de largeur Est et Ouest; et l'on doit conclure qu'à moins d'avoir une destination spéciale pour les Abrolhos mêmes, ou pour des points de la cête qui les avoisinent, un grand bâtiment ne doit jamais atteindre le méridien de 40° Ouest, tant qu'il sera entre les deux parallèles que nous venons d'indiquer.

En citant le méridien de 40° comme la limite orientale des fonds qui offrent des dangers pour la grande navigation dans le voisinage des Abrolhos, nous ne voulons pas dire qu'il soit la limite de tout indice quelconque du paracel qui accompagne ces îlots. On trouve, au contraire, ce paracel à douze milles plus dans l'Est; et en suivant, du Nord au Sud, le méridien de 39° 48′, depuis le parallèle de 17° 40′ jusqu'à celui de 18° 10′, on rencontre encore des sauts de sonde de 120 à 27 brasses fond de roches, annonces au moins très-probables de profondeurs encore plus faibles: mais nous n'avons pas la preuve qu'on ait atteint le fond, quelques milles plus Est, avec des sondes ordinaires; et, comme nous l'avons dit page 59, il nous paraît certain que, sur le méridien de 38°, on ne trouve plus aucune trace du paracel des Abrolhos.

Description des îlots Abrolhos.

Les îlots Abrolhos (1), ou de Santa-Barbara, sont au

(1) Abrolho [brisant], ou, peut-être, réunion et contraction des deux mots portugais abrir [ouvrir] et olho [œil], ouvrir l'œil.

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nombre de quatre, non compris deux ou trois pâtés de roche, dont le plus considérable et le plus élevé est à cent cinquante toises au Nord de l'îlot le plus grand et le plus oriental.

Ces îlots forment entre eux un trapèze d'environ trois mille toises sur ses plus grandes dimensions. Les deux plus Nord sont les plus grands et les plus élevés; celui de l'Ouest a cent trente pieds et l'autre cent quinze pieds de hauteur; le groupe ne peut être aperçu que de vingt-deux milles, des hunes d'une frégate, par un temps clair.

Les îlots Abrolhos sont formés d'une roche tendre et blanchâtre que l'air détruit, mais qui se durcit dans l'eau de mer. Cette roche est de même nature que celle dont se composent les îlots Castello, Figo, les Alcatrazes et la presque totalité des autres îlots ou rochers répandus sur la côte du Brésil; et c'est cette ressemblance qui me paraît motiver la remarque qu'on a trouvée à la page 35.

La stérilité des Abrolhos est complète; et l'on ne trouve de végétation sur ces îlots que quelques joncs, quelques cactus, un pourpier sauvage, et, sur un seul rocher presque à fleur d'eau, un bouquet de petits arbustes dont l'existence au milieu de cet amas de rochers n'est pas sans singularité.

D'innombrables oiseaux de mer habitent ces îlots et les couvrent de leurs œufs et de leurs nids; mais aucun de ces oiseaux n'est mangeable. On y trouve encore quelquefois de la tortue, mais bien moins que la solitude du lieu ne le fait supposer; du sel marin, parfaitement cristallisé, se montre aussi sur divers points; et quelques gouttes d'eau douce filtrent au bas des rochers, sur la pointe Nord de l'îlot le plus Nord du groupe.

En juillet 1819, nous pêchâmes peu de poisson aux Abrolhos; mais cela vient sans doute de ce que la saison n'était pas

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favorable; car ces îlots sont la pêcherie ordinaire de la plus grande partie des habitans de la côte voisine: «Ceux de Porto-Seguro, principalement, y envoient cinquante bâtimens chaque année, pendant la mousson du Nord; ils y font des cargaisons d'un poisson de bonne qualité, qu'ils nomment garoupas, qu'ils font sécher, et qui compose la principale nourriture du peuple et des esclaves. Les voyages de ces bâtimens de pêche durent ordinairement six semaines.» (Renseignemens des pratiques.)

Ressources qu'on peut se procurer aux Abrolhos.

C'est donc à ce seul objet que se bornent les ressources qu'un bâtiment peut espérer de trouver aux Abrolhos; et encore ne doit-on y compter, comme on voit, que pendant une partie de l'année: mais à cette époque, une relâche en cet endroit pourrait convenir, pour rafraîchir un équipage fatigué de la mer, ou pour réparer une avarie, à la suite d'un mauvais temps ou d'un combat.

Description des approches des Abrolhos.

Le plateau qui sert de base aux Abrolhos, n'offre pas une surface unie dans toute son étendue; sur toutes les directions, au contraire, les profondeurs sont très-cahotées, et elles varient quelquefois, sur de très-petits espaces, de plusieurs pieds, même de plusieurs brasses.

Ce plateau paraît se développer par des ondulations qui suivent sensiblement le gisement général de la côte voisine, c'est-à-dire, la ligne Nord et Sud. Un chenal, propre seulement aux caboteurs, le sépare d'abord du rivage; le fond s'élève ensuite sur une largeur moyenne de cinq ou six lieues, dont plusieurs parties sont au niveau de la mer et brisent de mauvais temps: un nouveau sillon succède; puis viennent les îlots, et enfin leurs accores, qui s'étendent à plus de trente lieues au large, si l'on y comprend tout l'espace de mer environnant où l'on trouve des profondeurs irrégulières.

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Nous avons déjà fait remarquer plus haut que toute cette surface n'est pas interdite à la navigation: il résulte de nos reconnaissances que, depuis l'Est-Sud-Est jusqu'au Sud par le Nord et par l'Ouest, des bâtimens assez grands peuvent, avec des précautions, approcher jusqu'à la vue des îlots, et même mouiller d'un à huit milles de distance depuis le Nord-Ouest jusqu'au Sud par l'Ouest.

Il n'y a donc que la partie de mer comprise entre le Sud et l'Est-Sud-Est, sur laquelle il reste de l'incertitude; mais nous voyons par les renseignemens qui ont précédé nos reconnaissances, que cette partie n'est pas beaucoup plus dangereuse que les autres. Le cosmographe portugais Pimentel, que j'ai cité, en rendant compte d'une exploration faite des Abrolhos en 1605, par deux caravelles qui y furent envoyées, dit qu'elles annoncèrent que plusieurs rochers, dont quelques-uns découvrent dans les grandes marées, existaient dans la direction du Sud-Est des îles, sur un espace d'environ trois lieues.» En admettant ce renseignement comme exact, on voit, d'abord, que dans la seule partie que nous n'avons pas pu visiter, les dangers ne s'étendent pas beaucoup plus au Sud-Est des îlots que dans les autres directions; et nous ajouterons qu'il se pourrait même qu'ils s'y étendissent encore moins qu'on ne le dit ici: c'est ce que sembleraient nous autoriser à croire nos stations de plusieurs jours sur les points les plus élevés des îlots, d'où nous avons observé, du temps le plus clair et dans toutes les circonstances de la marée, et nos recherches au large, à bord d'un grand bàtiment, où, malgré la plus grande attention, nous n'avons découvert ni rochers, ni brisans, dans toute l'étendue de notre horizon.

Néanmoins, nous ne donnons ceci que comme une conjecture, et la gravité du sujet exige que la prudence ne s'y

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arrête pas. Jusqu'à l'entière exploration des approches du Sud-Est des Abrolhos, nous conseillons donc de n'approcher les îlots, à quatre lieues dans le Sud-Est, qu'avec beaucoup de circonspection.

Canal des Abrolhos.

Nous venons de dire que de grands bâtimens peuvent mouiller d'un à huit milles de distance dans l'Ouest des îlots; on trouve effectivement, sur cette partie du paracel, un chenal où, à l'exception d'un petit nombre de points sur lesquels la sonde ne rapporte que huit brasses, la profondeur se maintient généralement de quinze à dix brasses. La direction sur laquelle il y a le plus d'eau est à-peu-près le Sud-Sud-Est et le Nord-Nord-Ouest, en passant à deux milles à l'Ouest des îlots: c'est ce chenal que nous appelons Canal des Abrolhos. Quoiqu'il ait à-peu-près trois lieues de largeur, il est, comme on le voit par la carte, de très-peu d'importance pour la grande navigation, et il n'a réellement d'intérêt que pour les bâtimens de cabotage ou pour la pêche.

Des Paredes.

Le côté occidental de ce chenal est forme par des hautsfonds très-dangereux, parce qu'ils s'élèvent brusquement du fond de la mer, sans s'annoncer par des diminutions graduelles de profondeur; ils sont si accores, que les Portugais les nomment Paredes [murs]. Malgré l'abri que leur procurent les îlots à terre desquels ils sont placés, on dit que de mauvais temps la mer brise sur plusieurs points de ces hauts-fonds.

De leur pied et même du milieu du canal, on aperçoit la côte vis-à-vis, lorsque le ciel est clair. Cette côte plate est couverte d'arbres qui, de cette distance, paraissent presque noyés; son peud'élévation ne permet pas de supposer qu'elle soit à plus de huit ou neuf lieues de l'accore orientale des Paredes. Ainsi, les îlots Abrolhos, qui sont à huit ou neuf milles de ces dangers, sont à-peu-près à onze ou douze lieues de terre;

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nous disons à-peu-près, parce que nous n'avons pu qu'approximativement placer la côte dans cette partie, et'seulement d'après les renseignemens que nous pûmes recueillir d'un pratique à San-Matheo. Notre bâtiment n'était pas de nature à pouvoir s'approcher d'assez près d'un tel rivage; mais il reste peu d'incertitude sur sa position réelle; et il n'en reste aucune sur celle des îlots, non plus que sur celle de la presque totalité de leurs approches par le large; seules choses véritablement importantes ici.

Position des îlots Abrolhos.

D'après nos observations, faites sur les îlots mêmes, le sommet le plus oriental du groupe est par 17° 57′ 44″ de latitude Sud, et par 41° 2′ 9″ de longitude Ouest; la déclinaison de l'aiguille aimantée y était, au mois d'août 1819, de 0° 46′ N. O.

Des marées aux Abrolhos.

Les marées sont irrégulières dans le voisinage des Abrolhos; les courans suivent la direction des vents régnans, et leur vîtesse ne nous a pas paru excéder 1, 3 de mille à l'heure; la différence de niveau, entre les basses et les hautes mers, peut être évaluée à cinq pieds, à l'époque des syzygies.

Qualité du fond autour des Abrolhos.

On trouve rarement de la vase sur aucun des points du paracel des Abrolhos où la sonde peut atteindre le fond; et l'on pourrait dire que la présence de la vase dans les sondes est un indice presque certain qu'on est hors du paracel; nous n'en avons trouvé nulle part, si ce n'est fort mélangée de sable et de madrépores broyés, et dans le canal intérieur seulement. La qualité de fond la plus commune autour des Abrolhos est un tuf blanchâtre, composé ou abondamment mêlé de débris de madrépores réduits en poudre, et qui n'offre d'autre variété que sa plus ou moins grande consistance. Quelquefois ce tuf est très-ferme, et il se combine de sable et de roches, principalement dans le Nord-Est des îlots;

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plus près de ceux-ci, sur-tout du Sud-Sud-Ouest au Nord-Est par l'Ouest, le fond a la consistance d'un mortier blanc, dans lequel l'ancre pénètre peu, mais tient fortement.

Nous n'avons pas de notions exactes sur l'intérieur des, Paredes, non plus que sur la côte qu'ils prolongent; cette partie de la mer et du rivage ne peut être explorée en détail que par de très-petites embarcations, et elle n'intéresse qu'elles. Les renseignemens que nous avons recueillis à son égard établissent qu'un petit chenal, navigable pour les seuls caboteurs conduits par des gens du pays, se trouve entre la côte et les Paredes, dont quelques points, nous a-t-on dit, s'élèvent au dessus de l'eau. Ce parage ne peut être pratiqué que par des pilotes très-expérimentés.

Limites des Paredes, d'après les pilotes.

D'après les mêmes renseignemens, nous comprenons les bancs des Paredes entre la barre de Portalegre, que nous plaçons provisoirement par 18° 6′ 0″ Sud, et le parrallèle de 27° 19′ 0″ Sud, qui passe à quelques milles au Nord de la petite ville d'Alcobaça. La côte comprise entre ces deux parrallèles est occupée par les villes ou bourgs de Portalegre, Villa-Viçosa, Caravellas et Alcobaça, dont chacune communique avec la mer par une rivière ouverte au cabotage. Les embouchures de ces rivières sont marquées par le signe Position douteuse, sur nos cartes, parce que nous ne les avons pas reconnues nous-mêmes.

De la ville de Prado.

Sur le parallèle de 17° 31′ 0″ Sud, c'est-à-dire, à environ huit milles plus Nord que la pointe Nord des Paredes, on trouve encore la petite ville de Prado, située à l'entrée de la petite rivière de Jucurucu, qui forme sur le rivage une coupure fort apparente parmi les arbres dont la côte est couverte. On peut approcher de cette embouchure; à la distance de trois milles, on trouve de dix à quatorze brasses d'eau fond de

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sable et de vase; et cette profondeur se maintient en prolongeant le rivage, jusqu'à une lieue au Nord du petit hameau de Columbiana, situé dans l'Est-Sud-Est du mont Pascal, montagne remarquable qu'on aperçoit en remontant des Abrolhos vers le Nord.

A partir de ce relèvement du mont Pascal, sur une longueur de onze milles du Sud au Nord, et sur une distance de quatre à dix milles de la côte, on trouve des fonds élevés, inégaux, parsemés de rochers et de bancs de sable, dont quelques-uns découvrent de mer basse: ces dangers se nomment Itacolomis.

Les ltacolomis.

Ces Itacolomis s'étendent depuis l'Est-Sud-Est du mont Pascal jusqu'à son parallèle. On peut naviguer et mouiller à terre d'eux, sur une bonne tenue, entre la moitié de leur longueur, à partir de leur extrémité Sud; mais leur pointe Nord est jointe au rivage par un banc de sable étroit, qui ne laisse, dit-on, aucun passage. En se tenant à treize milles au large de la côte, on est en dehors de tous dangers, et l'on trouve de onze à vingt brasses d'eau: douze milles plus à l'Est, on n'a déjà plus de fond à quatre-vingt-dix brasses. Aussitôt qu'on est au Nord du parallèle du mont Pascal, on peut se rapprocher de terre et la prolonger à trois milles de distance, la profondeur est de onze à vingt-quatre brasses, sur une grande partie de la côte, en allant du Sud au Nord.

Mont Pascal

Le mont Pascal est, comme nous venons de le dire, la première montagne remarquable qui se présente à vue, de la mer, en venant des Abrolhos; il fait partie d'un groupe de collines dirigées à-peu-près Sud-Est et Nord-Ouest, dont la plus méridionale offre, à son extrémité Nord, un piton de la forme d'une grosse tour carrée, qu'on ne peut pas méconnaître.

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Vu de l'Est, le mont Pascal est conique; placé à cinq lieues seulement du rivage, il se distingue aisément, par son élévation, des hauteurs qui l'environnent, et il peut être vu de fort loin. Il sert d'objet de direction pour le cabotage, dans beaucoup de localités de la côte adjacente; et à ce titre, nous en donnerons la position d'après nos observations:

Latitude 16° 54′ 8″ S.
Longitude 41. 45. 40. O.

Position du mont Paseal.

La déclinaison de l'aiguille, sur son parallèle, à dix lieues de distance, a été observée de 0° 50′ N. O. le 2 août 1819.

C'est à la vue du mont Pascal que Pedro Alvarès Cabral se trouva le jour de Pâque, dans l'année 1500, où il découvrit le Brésil.

Description de la côte au Nord du mont Paseal.

La côte devant le mont Pascal et depuis la villa Prado, court au Nord 10° Est; elle continue d'être basse, boisée, et uniforme comme dans le Sud; mais elle s'en distingue par des falaises de tuf d'un jaune rougeâtre, qui forment le rivage: les hauteurs, en petit nombre, qu'on remarque dans l'intérieur du pays, sont moins élevées que le mont Pascal, et moins près que lui de la mer.

A mesure qu'on approche de Porto-Seguro, en venant du Sud, les falaises deviennent plus rouges; elles s'élèvent davantage, et les arbres dont elles sont couronnées se mélangent de cocotiers, espèce d'arbres qu'on aperçoit peu jusque-là. En prolongeant cette côte, on passe successivement devant les barres, à peine visibles à quatre milles de distance, de Cramimuam, de Joasima, do Frade, la petite baie de Trancoso, et la chapelle de Nossa-Senhora da Judea, à deux milles dans le Nord de laquelle est Porto-Seguro.

Porto-Segure.

Ce port est situé daus une échancrure du rivage abritée par

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le récif ou quai de rochers dont nous avons parlé plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage; une coupure de ce récif forme l'entrée du port; la chapelle de Nossa-Senhora da Judea, qui le domine, est remarquable par ses murs, dont la blancheur tranche au milieu des arbres.

Une petite rivière descend dans le port de Porto-Seguro. Il y a dix-huit pieds d'eau, de mer haute, sur sa barre; mais on n'en trouve que onze en dedans; en sorte qu'elle ne peut recevoir que des bâtimens de médiocre grandeur: plusieurs bancs, d'ailleurs, s'étendent au large et il ne faut s'approcher de cette embouchure qu'à la distance de deux lieues, quand on n'a pas de pilote.» (Renseignemens des pratiques.) A cette distance, on a dix brasses d'eau.

La ville de Porto-Seguro est bâtie sur le côté Nord du port: ce terrain est escarpé, et l'on parvient au haut de la ville par un chemin tournant, que sa couleur rouge fait remarquer d'assez loin en venant du large. La ville contient plusieurs grands édifices; mais elle est néanmoins assez peu considérable, quoiqu'elle soit la capitale de la province qui porte son nom. Au pied de la côte et dans le port même, on voit un grand village habité par les pêcheurs, dont la préparation du poisson qu'ils prennent aux Abrolhos est la principale occupation.

Position du clocher de la cathédrale de Porto-Seguro.

Latitude de Porto-Seguro 16° 26′ 50″ S.
Longitude 41. 23. 33. O.

Ressources que présente Porto-Seguro.

La fertilité du pays circonvoisin offer beaucoup de ressources aux bâtimens qui peuvent fréquenter Porto-Seguro; ils s'y procurent aisément de l'eau, du bois, des bestiaux, et tous les rafraîchissemens ordinaires aux climats situés entre les tropiques.

De Porto-Seguro à Rio Grande, la distance est de douze

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lieues deux tiers, et la côte git au N. 14° E.; elle est couverte d'arbres, s'abaisse graduellement en allant du Sud au Nord, et elle est bordée, jusqu'à une distance d'environ trois milles au large, de bancs de sable et de hauts-fonds, dont plusieurs découvrent de mer basse et qu'il ne faut approcher qu'avec un pilote de l'endroit: ces bancs sont séparés par des coupures devant Santa-Cruz, Coroa-Vermelha, et Sant-Antonio, petits établissemens sur la côte, accessibles seulement pour les caboteurs, et sans aucun intérêt pour les grands bâtimens.

Description de la côte au Nord de Porto-Seguro.

Belmonte.

Une ville nouvelle, nommée Belmonte, commencée sur la pointe Sud de l'embouchure du Rio Grande, fait remarquer cette embouchure, qui est masquée par des brisans plus animés qu'au rivage de droite et de gauche. Rio Grande, qu'on dit être une rivière du second ordre dans l'intérieur du Brésil, n'a que deux brasses d'eau sur sa barre, de pleine mer.

Serras de Itaraca.

La côte, au Nord de Belmonte, court au Nord 5° Ouest jusqu'au fort Saint-Georges dos Ilheos [des Ilots], et la distance intermédiaire est de vingt-une lieues. Cette côte est droite, accore, uniformément boisée, et l'on peut l'approcher de très-près: d'un à cinq milles du rivage, on trouve de sept à vingt brasses d'eau sur des fonds où la vase et les madrépores broyés prédominent. A environ dix lieues au Nord de Belmonte, on trouve les Serras de Itaraca, groupe de montagnes terminant les terres basses qui suivent le mont Pascal du côté du Nord; les plus méridionales de ce groupe sont les Morros de Commandatuba, d'où sort la petite rivière du même nom. A partir du parallèle de ces montagnes, la côte, entrecoupée de collines couvertes de bois et de petites vallées cultivées, offre l'aspect le plus varie et le plus agréable, jusqu'aux approches de la Baie de Tous les Saints.

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Saint-Georges dos Ilheos.

Le fort Saint-Georges dos Ilheos est situé sur la partie Sud de la baie de ce nom, et il fait partie d'une petite ville sans apparence, qui est la capitale de la province; deux îlots, placés à petite distance dans l'Est, forment avec le rivage un abri pour les bâtimens de côte qui fréquentent ce mouillage: le plus Nord de ces îlots n'est qu'un pâté de roches que la mer couvre presque toujours de ses brisans; l'autre est couvert de touffes d'arbres, et séparé en deux parties disposées suivant une direction Nord-Est et Sud-Ouest; la latitude de cet ilot est de 14° 47′ 23″ Ouest. A trois milles dans l'Est de lui, la profondeur est de vingt brasses, fond de vase.

Position des Ilheos.

Description de la côte au Nord de ces îlots.

Immédiatement au Nord de la pointe de Saint-Georges dos Ilheos, la côte se courbe un peu dans l'Ouest en formant une petite baie; puis elle se dirige au Nord quelques degrés Est jusqu'à la pointe dos Castelhanos, éloignée de dix-neuf lieues. Toute cette côte est parfaitement saine, et les plus grands bâtimens peuvent la prolonger à deux milles de distance. Plusieurs petites criques ou embouchures de ruisseaux coupent son rivage; mais la barre du Rio de Contas est la seule qui ait quelque importance, même pour le cabotage.

Rio de Contas.

L'embouchure de cette rivière est assez apparente quand on vient du large. Sa pointe Sud est élevée et couverte d'arbres; et dans l'enfoncement de la côte, on voit une petite ville qui semble plus considérable que celle dos Ilheos. Les pratiques disent qu'une roche, qu'ils nomment Pedra Branca, est placée devant l'entrée du port et doit être évitée.

Pointe dos Castelhanos.

La pointe dos Castelhanos fait partie d'une terre élevée qui se termine, du côté du Nord, par une partie basse nominee Ponta de Muta, laquelle est accompagnée, sur son prolongement, par la petite île Quiepe.

Cette île, la pointe de Muta et la côte voisine, forment

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entre elles un petit bassin dans lequel la rivière d'Acarahi vient se jeter proche de la petite ville de Camamu. Les brisans qui embarrassent les entrées de cette baie n'en permettent l'accès qu'aux petits bâtimens.

Description de la côte jusqu'au Morro San-Paulo.

De ce point, la côte semble se diviser sur son prolongement et elle présente l'apparence de deux îles: ce sont de petites collines séparées l'une de l'autre par des terres basses. Cet aspect est le même jusqu'au cap ou Morro San-Paulo, espèce de promontoire, sur lequel on attérit ordinairement, quand on va chercher la baie de Tous les Saints pendant la mousson du Sud, et dont, pour cette raison, nous ferons connaître l'apparence et nous donnerons la position.

Du Morro San-Paulo.

Le Morro San-Paulo forme la pointe orientale de la barre de Rio Unha; il est assez remarquable, quoiqu'il soit peu élevé. Il est adossé et suivi dans le Nord par des terres plus basses que lui, et il porte en outre, sur son extrémité Nord, cinq ou six cocotiers séparés en deux groupes et très-apparens relativement à ce qui est aux environs.

Vu de prés, le mamelon qui termine le Morro San-Paulo dans le Nord, présente, du côté du large, de grandes taches blanches qui tranchent bien sur la verdure de l'ensemble, et qui peuvent ètre aperçues de huit lieues, de beau temps. A deux milles sur son parallèle, on peut mouiller par dix-sept brasses d'eau, sur un excellent fond de vase; à six lieues dans la même direction, on n'a déjà plus de fond à quatre-vingts brasses.

Position du morro Saint-Paul.

Le morro Saint-Paul est dans la position suivante:

Latitude 13° 21′ 53″ S.
Longitude 41. 14. 23. O.

A deux milles dans l'Est, la déclinaison a été trouvée de 1° 50′ Nord-Ouest, dans le mois d'août 1819.

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Description de la côte au Nord du morro Saint-Paul.

Dans le Nord du morro Saint-Paul, la côte est basse, sablonneuse et bordée de récifs; elle forme une anse profonde, après quoi elle revient au Nord-Est, se joindre, au moins en apparence, avec les terres plus élevées de l'île Itaporica, qui forme la rive occidendale de la principale entrée de la baie de Tous les Saints, vulgairement appelée Bahia.

Fausse entrée de Bahia.

La separation entre la côte Ouest de cette île et le continent forme ce qu'on appelle la fausse barre ou fausse entrée de Bahia. Cette passe est fort étroite, sinueuse, peu profonde, et on ne l'aperçoit que d'une petite distance: elle ne peut recevoir que de très-faibles embarcations; et les caboteurs mêmes ne s'y engagent que quand ils ont affaire sur quelque point du littoral intérieur de ce passage, ou lorsque le vent ne leur permet pas d'atteindre la principale entrée.

Du morro Saint-Paul au cap Sant-Antonio la distance est de dix lieues, et la direction le Nord 46° Est; de beau temps, ces deux points sont à vue l'un de l'autre.

On peut, sans danger, parcourir cette direction; on y trouvera de trente-quatre à douze brasses d'eau fond de vase, de sable, de gravier et de madrépores, et l'on passera à la distance convenable entre les accores du Sud de l'île Itaporica, et la basse du cap Saint-Antoine. Un grand bâtiment qui fait ce trajet ne doit pas, en général, se porter au Nord-Ouest de cette ligne, tant qu'il est dans le Sud d'Itaporica; et si le vent battait fortement en côte, la prudence exigerait même qu'il se tînt un peu plus au large, jusqu'à ce qu'il fût sur le méridien de la pointe la plus Est de cette île, et qu'il se conservât par des profondeurs supérieures à douze brasses.

La distance du Pain de Sucre (à l'entrée de Rio Janeiro) au cap Frio, est de 65 milles l/2; et la direction de ce premier point à l'autre, l'Est 4° 30′ Sud.

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La distance du cap Frio au cap San-Thomé est de 79 milles; et la direction d'un point à l'autre, le Nord 46° Est.

La distance du cap San-Thomé au groupe des Abrolhos est de 272 milles; et la direction intermédiaire, le Nord 28° Est.

La distance des Albrolhos au cap Saint-Antoine de Bahia est de 300 milles; et la direction, le Nord 2° Est.

La distance totale de Rio Janeiro à Bahia, par la route la plus courte, est donc de 716 ou 720 milles.

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CHAPITRE VI.

DESCRIPTION de la baie de Tous les Saints, on Bahia. — Instruction pour entrer dans cette baie et pour en sortir.

Precautions à prendre dans les deux moussons pour enter à Bahia.

NOUS venons de dire que les bâtimens qui se destinent pour la baie de Tous les Saints, pendant la mousson du Sud, doivent attérir sur le morro Saint-Paul, et nous avons décrit ce cap et donné sa position. Dans la mousson dite du Nord, il convient de reconnaître la terre, à quelques lieues dans le Nord de la pointe d'ltapuan, qui est sur un parallèle un peu plus Nord que le cap Saint-Antoine; l'importance de cette précaution, dans les deux cas, dépendra de l'exactitude avec laquelle on naviguera et des vents qu'on trouvera à l'attérage.

Entrée principale de ta baie de Tous les Saints.

La principale entrée de la baie de Tous les Saints ou de San-Salvador (du nom de sa ville principale), est formée dans l'Est par le promontoire du cap Saint-Antoine, qui appartient au continent; et dans l'Ouest, par l'île Itaporica. La moindre largeur du canal est d'un peu moins de quatre milles et demi, entre les pointes opposées, les plus rapprochées Tune de l'autre: mais la moitié seulement de cet espace (la plus voisine du continent) est navigable pour les grands bâtimens, les côtes Sud-Est d'Itaporica se prolongeant sous l'eau à une assez grande distance au large.

Si du morro Saint-Paul on gouverne directement au Nord 46° Est, avons-nous dit au chapitre précédent, on passera a distance convenable des accores d'Itaporica et de la basse de.

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Saint-Antoine; mais, si l'on doit louvoyer, il faudra prendre quelques précautions pour éviter les unes et les autres.

On n'aura rien à craindre des premières, en se tenant à cinq milles de la côte du continent contigu au morro Saint-Paul, et à la même distance d'Itaporica, jusqu'à ce qu'on puisse relever au Nord la pointe de Jaburu, qui est la plus orientale de cetteîle.

Parvenu sur ce relèvement, et à sept milles de cette pointe, On sera à cinq milles dans le Sud 41° du cap Saint-Antoine, et à environ une lieue dans l'Ouest de l'extrémité Sud de la basse du même nom; de là, on gouvernera sur le cap, jusqu'à demi-mille du rivage, puis on se dirigera sur l'église de Bom-Fim (dans la presqu'île de Mont-Ferate), jusqu'à ce qu'on ait atteint le fort do Mar, ou de San-Marcello, près duquel est le mouillage ordinaire.

La basse de Saint-Antoine.

La basse de Saint-Antoine, située à un peu plus de quatre milles au Sud ½ Ouest du cap de ce nom, n'est pas difficile à éviter et n'est pas non plus fort dangereuse.

C'est un banc de sable roux, mêlé de madrépores, sur lequel on ne connaît pas de roches; la moindre profondeur que nous y ayons trouvée est de quatre brasses, et personne ne nous a dit qu'il y en eût moins: c'est, entre autres, le sentiment du pilote Manoel Madeiros, l'un des meilleurs caboteurs du pays, que j'avais pris à bord, dans mon passage de Bahia à Pernambuco. Cependant, comme nos sondes, quelque nombreuses qu'elles soient, peuvent n'avoir pas exactement couvert tout l'espace compris entre l'accore Sud de la basse et la côte, et, en même temps, comme la mer brise quelquefois sur quelque point de cet espace, lorsque le vent est fort, nous croyons possible, quoique peu vraisemblable, qu'on y trouve quelques sondes un peu moindres: en conséquence, nous conseillons de

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ne pas s'exposer à les rencontrer, en passant en dedans des limites que nous avons marquées; il est toujours à propos d'en passer au large avec un grand bâtiment. En la circonscrivant dans les profondeurs de sept brasses, la basse de Saint-Antoine sera bornée, au Sud, par le parallèle de 13° 5′; à l'Ouest, par le relèvement du Sud 12° Ouest, pris du fort du même nom; et à l'Est, par le relèvement du Sud 29° Est, également pris du fort Saint-Antoine.

Son gisement par rapport au cap Saint-Antoine.

Ces données suffisent pour indiquer les précautions à prendre afin d'éviter cette basse en venant du Jarge. Il ne faut que donner un tour de quatre à cinq milles au cap Saint-Antoine, jusqu'à ce qu'on puisse le reiever au Nord ¼ Nord-Est ½ Est, et ensuite gouverner sur l'église de Bom-Fim, comme on l'a dit plus haut. La profondeur, dans ce trajet, variera depuis douze brasses (à un mille dans l'Ouest de la basse Saint-Antoine), jusqu'à vingt brasses (à la même distance du fort de ce nom). Serrant ensuite le rivage, la profondeur diminuera progressivement jusqu'à huit ou neuf brasses, proche du fort do Mar. Si, en faisant cette route, on éprouvait des vents contraires, onpourrait faire quelques bordées de deux ou trois milles entre le relèvement qui joint le cap Saint-Antoine à l'église de Bom-Fim, et les bancs de la côte Sud-Est d'Itaporica; mais on devra sonder continuellement dans ces bordées, et on n'ira pas par moins de sept brasses.

Mouillage des bâtimens de guerre à Bahia.

Le mouillage ordinaire des bâtimens de guerre est entre l'Ouest et le Sud-Ouest du fort do Mar, sur une distance de deux cents à mille toises de ce fort.

On fait dans ce mouillage les relèvemens suivans:

La pointe Manguinha (d'ltaporica ), au N. 53° O.
Le fort Saint-Antoine au S. 19. O.
La pointe de Mont-Ferate au N. 10. E.

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Et l'on est par neuf brasses d'eau, fond de sable; la grande quantité d'ancres perdues dans cette baie rend nécessaire de garnir et de visiter soigneusement les câbles.

Mouillage des bâtimens de commerce.

Le mouillage des bâtimens de commerce est en dedans de la ligne qui joindrait le fort do Mar à la pointe de Mont-Ferate. On doit éviter, en s'y rendant, la basse Panella, que nous n'avons pas reconnue nous-mêmes, mais que les pratiques du pays placent à cent cinquante toises dans l'Ouest ¼ Nord-Ouest du fort do Mar, et sur laquelle ils disent qu'on ne trouve pas plus de trois brasses et demie d'eau, de basse mer.

Manière dont on doit affourcher à Bahia.

Le meilleur endroit, dans le mouillage des bàtimens de guerre, est par le travers de l'obélisque du jardin public; on affourche sur la direction Nord-Nord-Est et Sud-Sud-Ouest, qui est celle du flot et du jusant.

Les vents qui règnent sur cette rade.

Il est rare que les vents régnans, pendant le jour, ne permettent pas de venir mouiller directement devant la ville de San-Salvador; le plus ordinairement, de l'Est au Sud-Est, ils conduisent presque toujours les bâtimens à la bordée. Pendant la nuit, les brises viennent de divers points de l'horizon et principalement du côté de la terre; si elles sont assez fortes pour permettre de louvoyer, on aura à examiner si l'on est assez pilote de la baie pour y entrer de cette manière. On voit au surplus, par notre carte, que les difficultés sont peu importantes.

Détails sur la baie de Tous les Saints.

La baie de Tous les Saints, en la considérant dans toute son étendue, forme un golfe très-profond dans le continent: ce golfe, qui porte le nom de Reconcavo, a près de trente lieues de circuit; la mer y pénètre par-tout, et il reçoit les eaux de plusieurs rivières, dont quelques-unes sont considérables.

Les plus grandes flottes seraient en sûreté dans Bahia:

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dans plusieurs parties, les vaisseaux, mouillés sur d'excellens fonds, résisteraient à tous les vents, en même temps que la fertilité des côtes environnantes leur procurerait abondamment toutes les ressources qu'il est possible de desirer.

Détails sur la ville de San-Salvador.

Au côté oriental de l'entrée principale, la terre s'élève en amphithéàtre depuis le rivage. La ville de San-Salvador, qu'on désigne aussi souvent par le nom de Bahia, comme la baie même, y occupe un grand espace et renferme de beaux édifices. Elle est bâtie sur un terrain inégal, entrecoupé de jardins, et elle se divise en ville haute et en ville basse. Après Rio Janeiro, la ville de Bahia est la plus grande et la plus importante de tout le Brésil: on y compte au moins cent mille ames. Plusieurs forts, bâtis tant sur le haut qu'au bas de la côte, dominent le mouillage et protégent la ville; l'arsenal de la marine est défendu par le fort do Mar, ouvrage circulaire, construit sur un banc de sable, à deux cents toises du rivage.

Le fort do Mar.

La position de ce fort est comme il suit:

Sa position.

Latitude (mât de pavillon) 12° 58′ 23″ S.
Longitude 40. 51. 0. O.

La déclinaison de l'aiguille aimantée était, près de lui, de 1° 58 Nord-Ouest, au mois de novembre 1819.

Des marées à Bahia.

La difference de niveau entre la haute et la basse mer, observée au mouillage ci-dessus indiqué, a été trouvée de sept pieds dans les syzygies, et de trois pieds seulement dans les quadratures: la mer est pleine dans le même lieu, à 4h 15′ les jours de nouvelle et pleine lune.

Le système ordinaire des marées est parfaitement régulier à Bahia: au mouillage devant-la ville, le flot égale le jusant, et leur direction alternative est le Sud-Sud-Est et le Nord-Nord-Ouest; la vîtesse de l'un et de l'autre, dans les circonstances

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ordinaires, n'excède pas l, 5 de mille par heure; dans les grandes marées, elle va quelquefois jusqu'à 2, 5 de mille.

La baie de San-Salvador offre, comme nous l'avons dit, un abri sûr: dans la rade ordinaire, la mer n'éprouve aucune agitation pendant la plus grande partie de l'année: les vents du Sud au Nord par l'Est, qui règnent le plus fréquemment, étant toujours affaiblis par les hauteurs, sous lesquelles les bâtimens sont mouillés, et les brises de l'intérieur ayant rarement de la force.

Dans la mousson du Sud seulement, et principalement dans les mois de juillet, août et septembre, les vents, passant quelquefois au Sud-Ouest, pénètrent dans la baie et y amènent du large une grosse houle qui est très-incommode, sur-tout dans les reversemens de marée. Mais ces circonstances ne sont pas durables; elles arrivent ordinairement pendant les nouvelles et pleines lunes, et ne subsistent guère au-delà de trois ou quatre jours consécutifs.

Ressources que les marins peuvent trouver à Bahia.

Les bâtimens trouvent à Bahia les moyens de pourvoir à tous leurs besoins; ils peuvent s'y caréner, s'y remâter, y réparer toute sorte d'avaries; mais la main-dœuvre y est chère, comme dans les autres grands ports du Brésil.

Dans la belle saison, le mouillage à l'Ouest de la ville peut permettre d'y faire toute espèce de réparations; durant l'autre partie de l'année, il serait plus prudent de les aller faire à Tapagipe, petite baie située à l'Est de la presqu'île de Mont-Ferate, où l'eau est tranquille comme dans un bassin.

Aiguades.

Les aiguades sont bonnes sur plusieurs points de la côte intérieure de Bahia; l'eau s'y fait aisément, soit près du fort Gombo, sous le jardin public, soit à quelque distance au Nord de l'arsenal de la marine: mais lorsque le nombre des bâtimens établit une grande concurrence, il vaut mieux aller à Tapa-

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gipe chercher l'eau, si l'on en veut une grande quantité.

Le bois à brûler est assez abondant à Bahia, et, en 1819, on pouvait déjà le remplacer à bord par le charbon de terre, que le commerce étranger commençait à introduire à assez bon compte dans le pays.

Les vivres et les rafraîchissemens nécessaires pour la navigation s'y trouvent aussi facilement, à-peu-près au même prix quà Rio Janeiro; ils consistent principalement en bestiaux, farine de manioc et de froment, eau-de-vie de sucre, volailles, cochons, poisson sec, fruits et légumes des tropiques.

Enfin l'air est très-sain à Bahia; les hauts de la ville sur-tout sont de la plus parfaite salubrité, et, sous un très-grand nombre de rapports, cette baie est une des plus salutaires et des plus agréables qu'on puisse choisir.

Route pour sortir de Bahia.

La route pour sortir de Bahia est indiquée par ce qui a été dit pour entrer. Il faut cotoyer la terre, d'un demi-mille à un mille de distance, jusque par le travers à l'Ouest du fanal du cap Saint-Antoine: on aura dans ce trajet, depuis le fort do Mar, de neuf à vingt brasses d'eau; on en trouverait davantage, et jusqu'à vingt-huit et trente, si l'on se tenait un peu plus au large. Parvenu à un mille dans l'Ouest du cap Saint-Antoine, et gouvernant quatre milles et demi au Sud-Sud-Ouest, on prolongera, par une bonne profondeur, la basse du même nom, après quoi on pourra sans crainte mettre le cap à l'Est.

Du canal entre la basse de Saint-Antoine et le continent.

La basse de Saint-Antoine, que nous avons décrite plus haut, n'est pas absolument adjacente au rivage; il y a entre elle et lui un petit chenal de six à douze brasses de profondeur, où la vase prédomine et que la plupart des bâtimens pourraient fréquenter, s'il y avait à cela quelque avantage; mais les vents permettant presque toujours d'atteindre à la bor-

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dée le mouillage devant la ville, même quand on passe dans le Sud de la basse, il y a très-peu de cas où il serait utile d'en passer au Nord.

La basse de Saint-Antoine s'arrondit entièrement à sa pointe Sud; on trouve de treize à vingt-quatre brasses à peu de distance de cette partie de ces accores; et à un ou deux milles d'elles, dans l'Est, la profondeur est régulière de vingt à quarante brasses.

Les fonds voisins de ce banc sont mélangés de sable, de madrépores et de gros graviers; la vase ne paraît abondamment que dans le Nord-Est, en s'approchant de terre. A trois lieues de la côte, dans les directions comprises entre le Sud et l'Est- Sud-Est du cap Saint-Antoine, on n'a plus le fond à quarante-cinq brasses, et un peu plus loin, dans cette même direction, on le perd tout-à-fait.

Apparence des terres de Bahia;

Toutes les terres qui composent le promontoire terminé au Sud par le cap Saint-Antoine, sont d'une assez belle élévation, comparativement à celles de l'autre côté de la baie; leur aspect est agréable, à cause des arbres et de la verdure dont elles sont couvertes, et elles peuvent être reconnues, de beau temps, à la distance de dix lieues.

Du cap Saint-Antoine; et du phare du même nom.

La pointe occidentale du cap Saint-Antoine est distinguée, pendant la nuit, par un phare élevé sur le fort le plus Sud; ce feu est faible et ne s'aperçoit guère à plus de quatre ou cinq lieues: de jour, lorsqu'on le relève à l'Ouest, le fort Saint-Antoine paraît séparé de la terre par un petit intervalle.

A deux milles et demi dans l'Est quelques degrés Sud du phare, on voit une autre pointe sur laquelle est une vigie de signaux, qui transmet à Bahia la correspondance sémaphorique de la côte Nord: cette pointe est la plus meridionale du promontoire; et elle forme avec celle d'Itapuanzinho, qui est

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à un mille dans l'Est, une petite baie occupée par un armaçaõ, et défendue par des rochers, comme la presque totalité de cette côte. Plusieurs habitations se remarquent sur le rivage depuis le cap; mais le débarquement est difficile. La chaîne de récifs dont nous avons dit plusieurs fois que le littoral du Brésil est bordé, se retrouve ici, et continue presque sans interruption de prolonger et de border la côte.

Position du phare du cap Saint-Antoine.

Le phare du cap Saint-Antoine est placé ainsi qu'il suit:

Latitude 13° 0′ 44″ S.
Longitude 40. 51. 51. O.

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CHAPITRE VII.

DESCRIPTION de la côte comprise entre le cap Saint-Antoine et la pointe d'Olinda. — Attérage sur l'embouchure du Rio San-Francisco et sur le cap Saint-Augustin.

Direction et aspect de la côte au Nord du cap Saint-Antoine.

Rocher d'Itapuan.

DEPUIS la pointe d'Itapuanzinho, la côte gît au Nord 64° Est, jusqu'à celle d'Itapuan, et de là au Nord 44° Est, presque sans inflexion, sur une étendue de plus de trente lieues; elle change d'aspect, comparativement aux environs du cap Saint-Antoine, et elle n'offre plus que des dunes de sable, parsemées ça et là de bouquets de broussailles et de cocotiers. Le rivage est terminé par cette ceinture de roches dont nous avons parlé; plusieurs de ces roches, au-dessus de la mer dans tous les états de la marée, se présentent comme des îlots: celle qui termine la pointe Itapuan, particulièrement, se détache de la côte d'une manière assez apparente.

Tour de Garcia de Avila.

A trente-trois milles dans le N. 45° E. de cette pointe, on se trouve à-peu-près vis-à-vis de la Torre de Garcia de Avila, espèce de fort bâti sur le haut de la côte, parmi les arbres, et sur lequel est un poste de signaux. Toute la côte peut être approchée à la distance d'un mille, par douze ou quinze brasses, fond de sable vaseux et de madrépores broyés. La profondeur s'accroît si promptement au large, qu'à dix milles on ne trouve déjà plus le fond avec une sonde de quarante brasses. On ne voit de coupures sur cette partie de côte, quand on se tient d'elle à deux ou trois lieues, que les embouchures des rivières ou ruisseaux de San-Joannes et de Jacuhype, entièrement obstruées par des brisans.

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Description de la côte depuis la tour d'Avila en allant au Nord-Est.

Depuis l tour d'Avila, la côte suit assez sensiblement la même direction jusqu'à l'extrémité Nord des Oiteros de San-Miguel, suite de petites collines qui bordent le rivage, à six ou sept milles au Sud-Est de la barre d'Itapicuru. Rien de remarquable ne s'aperçoit sur cet espace de près de vingt lieues, que le petit morro Massarandupio, à quelques milles au Nord-Ouest de la tour; la barre d'Avarji, sur le parallèle même de cette tour, et les entrées de Massai, de Sibahuma, d'Inhambupe et de Tariri, ruisseaux qui n'ont aucune importance.

Barre d'ltapicuru.

La barre d'ltapicuru, qui vient ensuite, n'est guère plus considerable. On n'y trouve, disent les pratiques, que sept ou huits pieds d'eau de mer haute,» et elle est embarrassée de brisans qui en rendent l'accès dangereux. Rien d'ailleurs ne l'indique en venant du large, si ce n'est que, relevée dans l'Ouest, elle correspond à des dunes un peu plus hautes que celles de droite et de gauche. On voit un hameau sur la pointe Sud de son entrée, et un autre à quelque distance en dedans. On ne peut approcher de cette barre qu'avec des bateaux pontés ou des jangadas, espèce de radeau insubmersible, en usage dans le pays, dont nous avons parlé; et il en est de même à l'égard d'une très-grande partie des embouchures de rivières qu'on trouve sur les côtes du Brésil.

De la barre d'ltapicuru, jusqu'à l'embouchure du Rio San-Francisco, la côte rentre légèrement, et prend environ neuf milles de courbure, sur une corde dont la direction est le Nord 40° Est; nous allons indiquer les points les plus remarquables de cette partie de côte, dont l'étendue totale est de trente-trois lieues.

A sept lieues au Nord 30° Est d'ltapicuru, on rencontre la barre de Rio Real, après avoir passé vis-à-vis les morro Ita-

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paroa et Boa-Vista, qu'on ne distingue que parce qu'ils s'élèvent un peu sur un terrain très-plat.

Rio Real.

Vue du large, l'embouchure du Rio Real ne se remarque, comme la plupart des autres rivières qui arrivent à la côte du Brésil, que par des brisans plus forts que sur les parties du rivage voisin.

Le Rio Real a son entrée terminée dans le Sud par la pointe Mango Secco, qui est le prolongement de la plage de sable blanc appelée Prancha [Planche] de Rio Real par les caboteurs: En dedans de la barre, cette rivière court d'abord au Sud-Ouest, et elle reçoit ensuite un grand nombre d'autres rivières.» (Renseignemens des pratiques.) De la mer, à deux milles, on n'aperçoit que quelques cases aux environs de cette barre; et quoiqu'il y ait, dit-on, quinze pieds d'eau dessus, dans les grandes marées, la mer y est si grosse que le passage y est toujours dangereux, et qu'on ne doit s'y engager qu'avec des bateaux et des pilotes du pays.

Description de la côte au Nord de Rio Real.

Toute la partie de côte qui s'étend depuis cette embouchure jusqu'à celle du Rio San-Francisco, est basse, sablonneuse, parsemée de broussailles, et entrecoupée de petites collines boisées; l'accore en est saine jusqu'à toucher, pour ainsi dire, la lisière de roche du rivage; et de deux à dix milles au large, la profondeur varie de dix à trente brasses, fond de vase, sable et madrépores broyés; cette dernière qualité de fond est généralement au large des premières.

Rio Sergipe ou Vasa-Barris.

La première rivière qu'on rencontre après le Rio Real, en continuant d'aller vers le Nord, est Rio Sergipe, qui est à sept lieues, et qu'on nomme aussi Vasa-Barris. Quand on vient la chercher par l'Est ou par le Sud, on peut la reconnaître à trois petites collines, d'égale grandeur, couvertes de broussailles, situées a environ trois lieues dans le Sud-Ouest de

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son embouchure, et qu'on nomme os Tres-Irmaõs [les Trois-Frères]. La ville de Sergipe, bâtie au pied de ces collines, sur un des affluens de cette rivière (renseignemens des pratiques), a donné son noma à celle-ci.»

L'embouchure du Rio Sergipe est formée au Sud, comme celle du Rio Real, par une pointe de sable: cette pointe est moins basse que celle de Mango-Secco; mais la blancheur du sable dont elle est composee tranche également sur la verdure de la plage voisine. Elle est environnée, comme la pointe Nord, de brisans violens, qui doivent rendre l'entrée d'autant plus difficile, que le chenal n'a que dix ou douze pieds d'eau dans les circonstances les plus favorables.» (Renseignemens des pratiques.)

Position de l'entrée de Rio Vasa-Barris.

La pointe Sud de l'entrée du Rio Vasa-Barris est située comme il suit:

Latitude 11° 10′ 30″ S.
Longitude 39. 29. 30. O.

Après cette rivière, viennent celles de Cotandiba, qui débouche à la pointe Miseria, et de Japaratuba, dans le Sud des Serras de Pacatuba, suite de collines terminées au bord de la mer par les areias ou sables de Santa-Isabel. On remarque encore, à environ dix lieues dans l'Ouest de cette dernière embouchure, les Serras d'Itabayanna (1), groupe de montagnes visible d'assez loin, et accompagné du Morro de Telha et des Serras de Coratinho, au Nord-Est desquelles les terres redeviennent entièrement basses et uniformes.

Position des Serras d'ltabayanna.

Le sommet le plus élevé des montagnes d'Itabayanna est par 10° 47′ 10″ de latitude Sud, et par 39° 43′ 20″ de longitude Ouest.

(1) Ou Tabayanna.

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Rio Cotandibá.

«La rivière de Cotandiba reçoit plusieurs autres petites rivières à peu de distance de son embouchure; mais elle ne conserve que six à sept pieds d'eau sur sa barre: néanmoins elle est très-fréquentée par les caboteurs, à cause des produits considérables du pays environnant, principalement en sucre, coton, tabac, &c.» (Renseignemens des pratiques.) Quand on relève cette barre à l'Ouest, on aperçoit le mont Aracaju à quelques lieues dans le Nord-Ouest; et dans l'Ouest, le Morro de Telha, déjà nommé. Le premier est remarquable par sa forme alongée dans le sens de la côte et par une coupure à son extrémité Nord; le second a la forme d'un chapeau de cardinal.

«Le ruisseau de Japaratuba, qui vient après, n'est pas navigable.» (Renseignemens des pratiques.)

Précautions à prendre pour attérir à l'embouchure du Rio San-Francisco.

La côte suivante, entre ce ruisseau et l'embouchure du Rio San-Francisco, est dangereuse dans les vents forcés du Sud-Est, parce que, plus rapprochée de l'Est que les côtes qui précèdent, elle ne laisse aux bâtimens affalés et de médiocres qualités, aucune bordée favorable pour prendre le large. La plage y est plate, et le fond adjacent de sable dur, dans lequel les ancres ne tiennent pas solidement. Il convient donc de ne s'en pas trop approcher. A la distance de trois à douze milles de terre, la profondeur est de trente brasses, à l'exception d'un point, à six milles dans le Sud de l'entrée de la rivière, où nous n'avons pas trouvé fond à quarante brasses.

Description de la côte proche le San-Francisco.

Toute la côte comprise entre les Serras de Pacatuba et les Alagõas, est extrêmement basse, vue de la mer; et sous ce rapport, l'attérage sur le Rio San-Francisco exige des précautions. Les seules montagnes dont on puisse prendre connaissance en approchant sont celles d'Itabayanna et de Pacatuba; mais elles sont assez avancées dans l'intérieur des terres et assez

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éioignées de l'embouchure de la rivière, pour ne pouvoir être aperçues que de beau temps, quand on gouverne sur le parallèle de cette embouchure.

Description de l'embouchure de ce fleuve.

L'entrée du Rio San-Francisco est bornée au Sud par la pointe Manguinha, pointe basse, unie et couverte de mangliers: elle projette dans l'Est-Sud-Est de très-forts brisans qui s'étendent au moins d'un mille et demi au large. La pointe Nord, encore plus basse, est de sable vif, sans végétation, et la côte suivante vers le Nord est de même nature: des brisans étendus accompagnent la pointe Nord comme l'autre; le passage est entre ces brisans, et l'on mouille vis-à-vis pour attendre un pilote du lieu, toujours nécessaire pour entrer dans cette rivière.

Selon les pratiques, l'embouchure du Rio San-Francisco offre une profondeur de douze à treize pieds, de mer haute; le pays environnant est fort peuplé et très-abondant en sucre, coton, bois de construction, tabac, &c. La ville la plus considérable du voisinage est celle de Penedo.»

Détails sur le San-Francisco.

Le Rio de San-Francisco, dont il s'agit ici, prend sa source proche de Villa-Rica, à environ quatre-vingts lieues dans le Nord-Nord-Ouest de Rio Janeiro, à-peu-près sur le parallèle d'Espirito-Santo; c'est un des plus grands fleuves du Brésil, et il est, dit-on, navigable sur plusieurs parties de son cours, qui s'étend du Sud au Nord, à-peu-près parallèlement à la côte: mais, traversant un pays plat aux approches de son embouchure, il perd sa profondeur et sa rapidité, et il n'est plus praticable que pour de petites embarcations. On ne doit pas confondre cette rivière avec celle du même nom, qui se jette dans la mer à quelque distance au Nord de l'île Sainte-Catherine.

A environ deux lieues, dans l'Ouest-Sud-Ouest, de l'embou-

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churedu Rio San-Francisco, on voit une petite ouverture sur le rivage, que les gens du pays nomment Barra nova: c'est un déchargeoir de la rivière, pendant le temps des débordemens; mais on n'y trouve de l'eau qu'alors, et elle n'est jamais navigable pour aucune embarcation.

Position de l'entrée du Rio San-Francisco.

La pointe Manguinha est dans la position suivante:

Latitude 10° 28′ 50″ S.
Longitude 38. 43. 37. O.

Direction de la côte qui s'etend au Nord de cette embouchure.

A partir de cette pointe, la côte court au Nord 40° Est, jusque devant Porto-Calvo, petite crique située à trente-quatre lieues de distance. Le terrain intermédiaire, depuis le Rio San-Francisco jusqu'aux Alagõas, dont nous parlerons plus loin, est bas et sablonneux; le rivage, bordé de la lisière de roche, ne fait que de très-légères inflexions, dans quelquesunes desquelles on remarque les barres de Rio Cururippe, Rio Poxim, Rio Jiguia, Rio San-Miguel das Alagõas, Porto Francez, Porto Jaragua, Rio Sant-Antonio-Mirim, et Rio Cammaragibe, toutes formées dans la bande de récifs du rivage, et toutes accessibles seulement au cabotage.

Barre du Curuippe.

Mais toutes ces petites embouchures peuvent être approchées par l'extérieur sans danger; devant la barre de Cururippe seulement, on trouve, à environ trois milles de terre, un rocher qu'on nomme Dom-Rodrigo, qui appartient probablement encore à la chaîne de récifs; sur tous les autres points de la côte, on peut s'approcher à deux milles, et l'on y trouvera généralement de onze à quatorze brasses d'eau.

Rocher de Dom Rodrigo.

C'est ce rocher de Dom-Rodrigo, et quelques autres dont il est accompagné, dans un très-petit rayon; et qu'on n'aperçoit que de basse mer, que les anciennes cartes nomment Bancs de San-Francisco: elles exagéraient, comme on le

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voit, beaucoup leur étendue; nous n'avons pas trouvé que celle-ci allât au-delà de trois milles de largeur; et en prolongeant la longueur totale jusqu'à la barre de Jiguia, nous serons. probablement au-delà de toutes les réalités. Nos sondes laissent bien peu de doutes à cet égard: toutefois, les pilotes conseillent de ne pas passer au-dessous des quatorze brasses en naviguant sur cette partie de la côte avec un grand bâtiment; et nous y souscrivons d'autant plus volontiers, qu'il n'y a nul intérêt quelconque à naviguer même par cette profondeur et à cette proximité de cette portion du rivage. On dit que les caboteurs peuvent passer à terre du rocher de Dom-Rodrigo; ce n'est pas le seul point où ils pénètrent entre le récif et la côte.

Opservations sur les vents qui règnent sur cette partie de la côte.

Sur toute cette étendue de côtes, nous avons trouvé que les vents de la mousson du Nord éprouvent des variations journalières, dont la connaissance est utile pour remonter vers le Nord: pendant la nuit, la brise qui vient de terre se fait, il est vrai, assez rarement sentir au large des récifs; mais, aux approches du jour, elle fraîchit en se mêlant aux vents du large, qu'elle attire, pour ainsi dire, du côté du Nord, jusque vers midi; passé cette heure, le vent se rapproche de l'Est, de manière à faire un angle d'environ deux rumbs entre celui du matin et celui du soir. Il suit de là qu'en réglant les bordées d'après ces variétés, on pout se procurer des avantages assez sensibles.

Barre de Jiguia.

La barre de Jiguia n'est pas toujours navigable pour les caboteurs, et le plus souvent ils mouillent en dehors; mais il y monte assez d'eau, dans les grandes marées, pour en faire sortir des smacks (1) de quatre-vingts tonneaux, que l'abon-

(1) Espèce de bâtimens fort connus au Brésil; par leur mâture et leur grément, ils ont beaucoup de rapport avec nos brigs-goëlettes.

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dance et la proximité des bois engagent à construire sur los bords de cette rivière.

La côte, sur les cinq lieues de distance qui séparent cette embouchure de celle de San-Miguel das Alagõas, est haute d'environ quatre-vingts pieds, presque horizontale, et terminée à la mer par quelques falaises rougeâtres; l'intérieur du pays est assez boisé et d'un aspect agréable.

Barre de San-Miguel das Alagôas.

«La barre de San-Miguel das Alagõas [des Lacs], est l'embouchure d'une petite rivière qui vient du Nord-Ouest en traversant un lac, et sur les bords de laquelle la petite ville de Sainte-Anne est bâtie. C'est sous cette ville que les caboteurs vont prendre des chargemens de sucre, de coton et des bois de construction que produit le pays environnant; ceux-ci descendent des hauteurs voisines par des rampes [tombadores], sur lesquelles on les fait glisser jusqu'auprès de l'embarcadère.» (Renseignemens des pratiques.) D'une petite distance au large, on voit plusieurs de ces chemins, en prolongeant cette partie de la côte du Brésil.

Proto Frances.

«La barre de San-Miguel n'admet que de très-petits bâtimens: il en est de même de Porto Francez, petit mouillage situé à environ deux lieues plus au Nord, vis-à-vis le hameau de Remedios, et au bas de la pointe Massaoeira, qui forme le côté Sud d'une assez grande vallée occupée par la rivière des Alagõas, et par les deux lacs qui donnent leur nom à cette rivière. Des brigs de dix pieds de tirant d'eau peuvent entrer à Porto Francez, qui est le seul point de communication réellement navigable des lacs avec la mer.» (Renseignemens des pratiques.) Les grands caboteurs s'arrêtent dans ce mouillage extérieur, pour recevoir, par les jangadas, les marchandises qui descendent de l'intérieur.

A trois lieues dans le Nord-Est de Porto Francez, est la

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Ponta-Verde (Pointe-Verte) de Macayo, sous laquelle est le port de ce nom, appelé aussi Porto Jaragua.

Macayo.

Lorsqu'on vient par le Sud, on voit le village de Macayo, sur le penchant des hautes terres qui forment la côte en cet endroit, l'église en est apparente et reconnaissable, «et les caboteurs peuvent s'approcher jusqu'au pied du village. L'entrée du port est tournée au Sud-Ouest, c'est-à-dire, parallèlement à la côte, en sorte que les bâtimens y sont à l'abri de la mer: mais le récif qui les en sépare ne les garantit pas des vents du large; il n'y a contre ces vents, sur cette côte, aucun refuge pendant la mousson du Sud. Les gens du pays disent qu'on peut faire de bonne eau dans le mouillage de Jaragua.»

Quand on arrive par le Nord, ce petit port est masqué par la Pointe-Verte, couverte de cocotiers, qui s'avance un peu au large, et qui est accompagnée d'un brisant fort animé: mais, de quelque point qu'on vienne, ce village est toujours apparent, et l'on ne peut pas manquer de le reconnaître.

Sa position.

Sa latitude est de 39′ 0″ S.
Sa longitude est de 38. 4. 30. O.

La déclinaison de l'aiguille aimantée était de 3° 10′ Nord-Ouest, à une lieue à l'Est du village, en novembre 1819.

A un mille de toute cette côte, on trouve onze brasses d'eau, fond de madrépores, et la profondeur va en croissant par degrés, jusqu'à cinq ou six lieues au large, où elle est de vingt-cinq à trente brasses. De beau temps on peut mouiller par-tout.

Serras de Marambaya.

Au Nord de Macayo, et loin dans l'intérieur du pays, on voit les Serras de Marambaya, montagnes élevées qui peuvent être aperçues de quinze lieues; elles tranchent bien sur les terres environnantes, qui sont droites et sans accidens de

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configuration. Tout ce pays est très-beau; le rivage, généralement de sable, est parfois entrecoupé de bouquets de cocotiers et de petites portions de falaises d'une couleur rougeâtre.

Leur position.

Le milieu des montagnes de Marambaya est dans la position suivante:

Latitude 25′ S.
Longitude 38. 20. O.

En continuant de prolonger la côte du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis Ponta-Verde, on passe successivement devant les barres de Sant-Antonio-Mirim, de Sant-Antonio, et de Cammaragibe, qui n'admettent que les jangadas.» (Renseignemens des pratiques. )

«Il en est à-peu-près de même de celles de Porto Calvo, de Porto et Barra Grande, qui viennent ensuite et qui ne sont que les dégorgeoirs de petits ruisseaux propres à faciliter les transports sur plusieurs points de leur cours, mais sans aucune profondeur à leur embouchure.» (Renseignemens des pratiques.)

Port de Tamandare.

Après ces criques sans importance, on rencontre le port de Tamandare, qui en a un peu plus: c'est encore une coupure du récif qui forme ce mouillage, mais elle est plus grande que la plupart des autres coupures de cette espèce. L'espace et la profondeur sont assez considérables dans ce port pour qu'il puisse recevoir des bâtimens d'une certaine grandeur; les pratiques assurent même que des frégates pourraient y entrer au nombre de trois ou quatre; ils disent qu'on trouve à Tamandare de quatre à six brassesd'eau, et que le fort construit sur la côte défend l'entrée et l'intérieur du mouillage: nous croyons qu'il ne faut pas essayer de s'y présenter sans avoir un pilote du lieu.

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Ce petit port est le meilleur, ou plutôt le seul capable d'offrir quelque abri, depuis Bahia jusqu'à Pernambuco: mais, outre son peu d'étendue, il est exposé à tous les vents compris entre le Sud et le Nord-Est par l'Est, et les bâtimens n'y sont préservés de la mer que par le récif qui, dans plusieurs endroits, a très-peu de relief au-dessus de l'eau.

Position du fort de Tamandare.

La forteresse de Tamandare est placée ainsi qu'il suit:

Latitude 43′ 24″ S.
Longitude 37. 25. 15. O.

A environ trois lieues dans le Nord ¼ Nord-Est de Porto Tamandare, on trouve les îlots de Sant-Aleixo, situés à l'entrée de la petite rivière de Serenhen; et un peu avant celle-ci, la barra de Rio Fermoso. Aucune de ces deux rivières n'est navigable, si ce n'est pour de faibles bâtimens.» (Renseignemens des pratiques.)

Ilots de Sant-Aleixo.

Les îlots de Sant-Aleixo ne sont, à proprement parler, que des rochers bas et presque entièremént dépouillés de verdure: vus l'un par l'autre, on les relève au Nord 60° Ouest; on ne peut passer ni entre eux ni à terre d'eux, et ils sont très-près de la côte. Au Nord-Ouest de ces îlots, et à quelques lieues dans l'intérieur, on remarque une montagne que sa forme a fait nommer Monte da Sella [Montagne de la Selle]; elle peut servir d'indication pour reconnaître cette partie de la côte.

De quelques milles à l'Est des îlots de Sant-Aleixo, on aperçoit distinctement le cap Sant-Agostinho (Saint-Augustin), qui est à seize milles dans le Nord 18° Est.

Sur la côte intermédiaire, on trouve la pointe de Maracahipe, au-dessus de laquelle est un hermitage, et successivement les petits hameaux de Gallinhas, de Macaray et d'Ipojuca.

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Cap Saint-Augustin.

Le cap Saint-Augustin est une colline légèrement boisée, de hauteur médiocre, et qui s'avance en s'abaissant graduellement jusqu'à la mer: ce cap est remarquable par les falaises rougeâtres qui le terminent sur plusieurs points, par son aspect aride, et par l'église qui est bâtie sur son sommet. Un peu dans le Nord, mais toujours sur la masse des terres du cap, et un peu plus bas que l'église, on voit une fortification, qui a sans doute pour objet de protéger quelques mouillages voisins: l'un de ces mouillages avait de l'importance, lorsque, pendant les guerres dont cette partie du Brésil a été le théâtre, les Hollandais étant maîtres de Pernambuco, les Portugais se trouvaient forcés de chercher d'autres points de communication avec le pays. Aujourd'hui, les mouillages qui avoisinent le cap Saint-Augustin ne sont fréquentés que par les caboteurs.

Position du cap Saint-Augustin.

Ce cap étant le point d'attérage ordinaire des bâtimens destinés pour Pernambuco, dans la mousson du Sud, nous en donnerons ici la position:

Latitude (du sommet) 20′ 41″ S.
Longitude 37. 16. 57. O.

La déclinaison de l'aiguille aimantée était, prochede lui, de 4° 30′ Nord-Ouest, en décembre 1819.

A un ou deux milles autour de ce cap, la profondeur est de dix brasses, fond de sable gris et gravier; elle augmente progressivement vers le large, et, à six milles de distance, elle est de vingt-cinq brasses.

La distance du eap Saint-Antoine de Bahia à la pointe d'ltapuan est de 10 milles ½; et la direction moyenne de la côte, l'Est 15° Nord.

La distance de la pointe d'ltapuan à l'entrée du Rio Si-

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bahuma, à-peu-près sur le parallèle du petit mont Massarandupio, est de 47 milles; et la direction de la côte intermédiaire, le Nord 44° Est.

La distance de l'embouchure du Rio Sibahuma à Porto Calvo est de 248 milles; et la direction intermédiaire, le Nord 38° Est.

La distance de Porto Calvo à la pointe Meracahipe est de 44 milles; et la direction moyenne de la côte intermédiaire, le Nord 27° Est.

La distance de la pointe Meracahipe à Pernambuco est de 30 milles; et le gisement de la côte intermédiaire, le Nord 15° Est.

La distance totale entre le cap Saint-Antoine et Pernambuco est donc de 376: milles; et la direction moyenne de l'un à l'autre point, environ le Nord-Est ½ Nord.

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CHAPITRE VIII.

ATTÉRAGES sur Pernambuco. — Description de la rade et du port de ce nom. — Instruction pour y entrer et pour en sortir.

Attérage sur Pernambuco dans la mousson du Sud.

ON vient de dire que le cap Saint-Augustin est le point sur lequel les bâtimens doivent attérir, quand ils se destinent pour Pernambuco pendant la mousson du Sud.

Description de la côte entre le cap Saint-Augustin et Pernambuco.

La côte, au Nord de ce cap, rentre un peu et forme une anse peu profonde, dans laquelle la ville de Pernambuco est située et dont la pointe Nord se termine au Nord 17° Est, à la pointe d'Olinda. Le milieu de cette côte est marqué par la chapelle de Nossa-Senhora do Rosario, bâtie sur une hauteur et accompagnée de deux tours faciles à distinguer en venant de la mer. Le rivage est bas et couvert d'arbres jusqu'auprès de Pernambuco; et en cotoyant la plage, de deux à quatre milles de distance, on a de douze à dix-neuf brasses d'eau, fond de; sable mêlé de madrépores brisés.

Route pour se rendre sur la rade de Pernambuco.

Après avoir reconnu le cap Saint-Augustin, on devra se conserver à deux ou trois milles de la côte, jusqu'à ce qu'on relève le fort Picaõ, entre le Nord-Ouest et l'Ouest-Nord-Ouest corrigé: alors, gouvernant sur ce petit fort, qui est bâti sur le récif même dont le port est formé, on pourra s'approcher, selon le tirant d'eau du bâtiment, jusqu'à amener au Nord ½ Est le Cocotier d'Olinda (placé entre les deux plus hauts édifices de cette ville.) Dans ce relèvement, on sera à sept ou huit cents toises du quai de récif, et l'on pourra mouiller par sept à huit brasses, fond de sable parsemé

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de pâtés de corail; mauvais fond, il est vrai, mais qu'il est presque impossible d'éviter entièrement sur la rade de Pernambuco. Non-seulement les grands bâtimens ne doivent pas s'approcher davantage de terre pour jeter l'ancre, mais il serait même convenable, pour peu qu'il fit mauvais temps, qu'ils ne mouillassent point dans l'Ouest du méridien du cocotier d'Olinda, malgré l'indication un peu différente qu'on donne ordinairement pour le mouillage devant Pernambuco.

Attérage sur Pernambuco pendant la mousson du N.

Lorsqu'on vient dans ce port pendant la mousson du Nord, il convient de reconnaître la côte, un peu au Nord de la pointe d'Olinda, qui est située par 8° 1′ 0″ de latitude Sud, et par 37° 10′ 30″ de longitude occidentale.

Banc d'Olinda et de Pernambuco.

Banc de l'Anglais.

Depuis la pointe d'Olinda jusque devant le fort Picaõ, la côte est accompagnée d'un haut-fond qui s'étend au large d'environ deux milles. Il faut donc se tenir à trois milles du rivage, et par huit ou neuf brasses, jusqu'à ce qu'on relève le fort Picaõ à quelques degrés au Nord de l'Ouest. On évitera ainsi le Banc de l'Anglais, écueil composé de plateaux de sable et de roche, qui forme la partie méridionale des bancs d'Olinda: ce banc ne s'étend ni à l'Est du méridien de cette ville, ni au Sud du parallèle du fort Picaõ, et il brise de mauvais temps, quoique la moindre profondeur qu'on y trouve soit de deux brasses. Les petits bâtimens le contournent par l'Ouest et le Nord, en serrant la côte à un demi-mille de distance, depuis Pernambuco jusqu'à la pointe d'Olinda: mais il ne faut pas que ces bâtimens aient besoin d'une profondeur supérieure à celle de trois à cinq brasses, et ils doivent toujours avoir un pilote du lieu.

Rade de Pernambuco.

La rade de Pernambuco est dangereuse pour les bâtimens qu'un trop fort tirant d'eau empêcherait d'entrer dans le port en cas de mauvais temps. La houle y est souvent très-forte;

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si l'on mouillait seulement d'un rumb à l'Ouest du méridien de la pointe d'Olinda, on serait à moins d'un demi-mille du quai de récif; et pour peu que l'on chassât sur les ancres, ou qu'on dérivât en appareillant d'un vent forcé du Sud-Sud-Est à l'Est-Nord-Est, on courrait des risques très-graves. Cette chance est à craindre principalement dans la mauvaise, saison, c'est-à-dire, de mars à septembre, où les vents de cette partie sont quelquefois violens.

La mousson du Nord n'est pas beaucoup plus favorable que l'autre à la sûreté des bâtimens à l'ancre sur la rade de Pernambuco. Les vents d'Est y sont encore plus fréquens que ceux du Nord, sur-tout aux approches des nouvelles et pleines lunes; et quoique, dans cette saison, le temps soit ordinairement beau et que les brises soient moins fortes que dans la saison opposée, il est cependant encore convenable de prendre des précautions contre les accidens, et la première de ces précautions est de ne pas mouiller trop près de terre.

Nous avons dit que le fond de la rade de Pernambuco est de mauvaise qualité: en effct, ce mouillage, avec des amares susceptibles d'être coupées, n'offre aucune sécurité; et les bâtimens qui le fréquentent ne doivent employer que des câbles de fer. Les meilleures fourrures ne garantiraient qu'imparfaitement les autres, de la grande quantité de coraux, de madrépores et d'ancres perdues, dont le fond est semé.

Manière d'affourcher sur cette rade.

On affourche ordinairement Est-Nord-Est et Ouest-Sud-Ouest sur la rade de Pernambuco, afin d'avoir une longue touée directement au large, pour être plus solidement établi et pour appareiller plus facilement. Il est prudent de tenir toujours les voiles sur les fils de caret et toutes choses disposées pour appareiller promptement, si l'état du bâtiment le permet. Dans le cas contraire, on devra, chaque soir, laisser

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tomber une ancre de précaution qu'on relevera le matin.

Si l'on était obligé de séjourner quelque temps sur la rade de Pernambuco, pendant la mousson du Sud, il conviendrait peut-être d'avoir les deux ancres de bossoir, du côté du large, avec une ancre à jet dans l'Ouest-Nord-Ouest, sur la poupe, afin d'empêcher le bâtiment d'éviter pendant le calme qui succède quelquefois aux grains. Cette dernière ancre n'aura le plus souvent à résister qu'à des brises de terre; qui sont rares dans cette saison et qui d'ailleurs ne sont fortes sur la rade dans aucun temps de l'année.

Du port de Pernambuco.

Le port de Pernambuco, formé sur la côte par le récif qui borde le rivage, est assez large et assez profond pour recevoir un certain nombre de bâtimens de dix et même de douze pieds de tirant d'eau.

Du poço.

Ce port est divisé en deux parties. La première, ou le port extérieur, que les Brésiliens nomment Poço [le Puits], est un simple mouillage situé à la tête du récif au Nord du port. Son entrée est formée par quelques rochers ou plateaux de madrépores détachés sous l'eau, et qui; sont probablement la continuation du rècif principal. Cette entrée se nomme la Grande Barre; on y trouve de dix-sept à trente pieds d'eau de basse mer, ainsi qu'en dedans, à l'endroit où les bâtimens s'établissent sur quatre amarres, le cap au large. Les rives intérieures du Poço sont de, sable, et la profondeur décroît à mesure qu'on approche de terre. Ce mouillage, qui ne reçoit d'abri contre les vents du large que des rochers submergés qui sont à l'entrée n'est pas tenable dans la mousson du Sud. Il est protégé militairement par les forts Brun et Buraco, bâtis sur la plage à six cents toises l'un de l'autre.

Le Mosquciraõ.

La seconde partie du port de Pernambuco, ou le port de Recife proprement dit, est comprise entre le quai de rocher

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et la ville, et se nomme le Mosqueiraõ. Ce port conserve de deux à trois brasses d'eau, et il est abrité de la mer par le relief du rocher qui, dans cet endroit, est de huit à dix pieds à mi-marée. Mais pour y parvenir, il faut franchir une barre de sable, sur laquelle, de mer basse, la profondeur n'est que de sept pieds. Cette barre., qui traverse le port, est défendue par les forts Brun et Picaõ, bâtis, l'un sur la plage, comme nous venons de le dire,, l'autre sur l'extrémité du récif, vis-à-vis, comme nous l'avons dit plus baut. La distance de l'un de ces deux forts à l'autre, c'est-à-dire, la largeur du port à son entrée, est tout au plus de trois cent cinquante toises.

Marques pour l'entrée du poço.

Les marques pour pratiquer les deux passes qui conduisent dans le port de Pernambuco, sont, pour le Poço, de mettre une petite pyramide bâtie exprès sur le rivage et surmontée d'une croix (appelée la Cruz do Patraõ), par l'église de Sant-Amaro, qui est entourée de cocotiers très-apparens, et située sur le continent, un pen dans l'intérieur du pays. La direction de cet alignement est, à très-peu près, l'Ouest du monde. Mais, avant de gouverner dessus, il faut, si l'on vient du large, avoir grand soin de se placer en dedans du banc de l'Anglais, en prenant les précautions indiquées plus haut (page 148). Du mouillage de poço, on relève à-peu-près dans l'Est, et à moins d'un mille de distance, la crête du banc de l'Anglais, lorsqu'il brise; on découvre tout l'intérieur du port; on relève au Sud le fort Picaõ; et en gouvernant au Sud ½ Ouest, on gagnerait le port du Masqueiraõ.

Marques pour entrer dans le Mosqueiraõ

Les petits bâtimens prennent ordinairement, pour entrer, l'autre passe qui est située presque immédiatement à la pointe Nord du quai du rocher où s'élève le fort Picaõ. L'amer à relever, pour se diriger dans cette passe, est la jonction des deux tourelles ou guérites méridionales du fort Brun: on

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trouve, en suivant cette direction, de dix-huit à quinze pieds d'eau. Quand on découvre le côté occidental du récif, et qu'on relève le fort Picaõ au Sud, on doit gouverner de manière à ranger le récif par l'Ouest, pour pénétrer dans le port. Il ne faut pas craindre de serrer le musoir du récif qui forme la pointe Sud de l'entrée. En l'approchant à petite distance, on s'avance suffisamment dans l'intérieur du port, à bout de bordée et avec le seul air du bâtiment, si l'on est bâbord amures.

Les pilotes vont prendre les bâtimens qui les appellent, à leur arrivée sur la rade, qu'on nomme aussi l'Almeiraõ. Nous avons déjà fait remarquer qu'il convient de ne fréquenter le port de Pernambuco qu'avec des bâtimens d'un tirant d'eau inférieur à douze pieds.

Détails sur le port de Pernambuco.

Le port de Pernambuco répond à l'embouchure de la rivière Caparibe, dont il reçoit les eaux. On y est préservé de la violence de la mer par le quai de roche, dont les parties trop basses ont été élevées au niveau des autres, de manière à former un quai continu. Cet obstacle ne garantirait pas suffisamment des vents du large, s'ils étaient très-forts; mais ils le sont rarement assez pour causer des avaries à des bâtimens bien amarrés, dans un bassin d'aussi peu d'étendue. Quant à la protection contre un ennemi qui viendrait du dehors, elle est imparfaite, puisque, comme on l'a vu précédemment, les bâtimens de guerre peuvent mouiller à demimille du récif; en prenant des précautions, il leur serait méme possible d'approcher davantage dans un but d'hostilité.

Détails sur la ville de Pernambuco.

La ville de Pernambuco est divisée en trois parties, situées dans la direction Est et Ouest, et séparées les unes des autres par des bras de la Caparibe, sur lesquels on a jeté des ponts. Pernambuco, capitale de la province de ce nom, est très-

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Commerçant, principalement en coton, qui est le plus estimé du Brésil, tant pour sa qualité, qu'à cause de la préparation soignée qu'on lui donne avant de le livrer au commerce.

Ressources que présente ce port.

Aiguades.

Les navigateurs trouvent à Pernambuco tous les genres de secours. Ils peuvent y caréner, y remâter leurs bâtimens et y réparer toute sorte d'avaries. Ils y trouvent aussi tout ce qu'exigent la nourriture et le ravitaillement des équipages, mais à des prix élevés relativement à ceux de France. L'eau y est saine, et on se la procure aisément, soit dans la rivière en la remontant un peu, soit à Olinda, d'où des bateaux pontés, faits exprès, la portent à bord des bâtimens dans le port ou dans la rade. Le bois à brûler est relativement la plus chère des provisions à Pernambuco.

Des vents régnans à Pernambuco.

Les vents régnans sur cette rade sont ceux du tropique, c'est-à-dire qu'ils soufflent généralement du Sud-Sud-Est au Nord-Nord-Est, avec cette nuance que, de mars à septembre, ils s'approchent plus du Sud et même parfois du Sud-Ouest, que dans l'autre partie de l'année. Dans cette dernière saison, ils règnent presque sans interruption de l'Est-Nord-Est au Nord-Nord-Est, en suivant les variations indiquées à la page 140.

Brises de terre.

La brise de terre, régulière dans le port, est très-faible en rade; rarement même elle franchit le récif, où les brisans l'amortissent toujours; cependant, elle affaiblit les premiers vents qui viennent du large, et ceux-ci ne sont dans toute leur force, tant au dehors que dans le port, que depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, c'est-à-dire, pendant l'absence de la brise de terre.

Température à Pernambuco.

La température est ordinairement élevée à Pernambuco, sur-tout pendant la nuit et jusqu'à neuf ou dix heures du matin; alors, après quelques momens de calme, qui sont trèspénibles, la brise de mer s'élève peu-à-peu, arrive sur la côte

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et rafraîchit l'air, jusqu'au moment du coucher du soleil. Malgré sa chaleur, le climat de Pernambuco passe pour être sain.

Des marées.

Les marées sont irrégulières dans ce port, probablement à cause de la rivière qui vient y aboutir, et qui, étant exposée à des crues, n'a pas toujours le même volume d'eau. Le jusant est encore sensible quelque temps après que le niveau de la mer a déjà monté; néanmoins, les instans de mer étale sont assujettis à des périodes régulières, qui concordent avec les mouvement de la lune.

La différence de niveau des hautes et basses marées est de six pieds dans les circonstances ordinaires; elle atteint huit pieds dans les marées des syzygies, et alors la force du courant, dans le port, est de deux milles par heure.

Dans ces dernières circonstances, la mer est pleine à quatre heures et demie après midi: nous n'avons pas ou occasion d'y déterminer nous-mêmes ce fait, et nous ne le présentons que sur des renseignemens communiqués; mais nous croyons qu'ils approchent beaucoup de l'exactitude.

En rade, les marées sont tout-à-fait irrégulières, et les courans sont principalement déterminés par les vents régnans.

Le fort Picaõ, qui, comme on l'a vu, sert de balise pour indiquer, en même temps qu'il défend l'entrée de Pernambuco, est un ouvrage en forme de tour; il y a, sur l'extrémité du récif, un phare qu'on peut apercevoir d'environ trois lieues la nuit.

Position du fort Picaõ.

Position du fort Picaõ:

Latitude 3′ 27″ S.
Longitude 37. 12. 5. O.

La déclinaison de l'aiguille aimantée a été observée, en

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décembre 1819, à cinq cents toises à l'Est de lui, de 4° 48′ Nord-Ouest.

La distance du cap Saint-Augustin à la pointe d'Olinda est de vingt-un milles; leur gisement réciproque, le Nord 17° Est.

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CHAPITRE IX.

DESCRIPTION de la côte comprise entre la pointe d'Olinda et le cap Saint-Roch. — Description de ce cap et des bancs da même nom.

Description de la côte au Nord d'Olinda.

LA côte, à partir de la pointe d'Olinda, en allant au Nord, est sensiblement plus élevée que celle qui la précède immédiatement dans le Sud: cette différence est de nature à faciliter la reconnaissance du point de la terre que l'on attaque; et si c'est la pointe d'Olinda, on peut l'apercevoir et la reconnaître de cinq à six lieues.

Pointe de Guia; c'est la plus orientals de l'Amérique du Sud.

La direction de la côte suivante, sur une étendue d'environ trente-trois milles, c'est-à-dire, jusqu'à la pointe de Guia, est le Nord 6° Est: la pointe d'Olinda n'est donc pas, comme toutes les cartes antérieures aux nôtres l'avaient établi, la partie la plus orientale de l'Amérique méridionale; le point le plus Est de cette côte est la pointe de Guia, située sur le parallèle de 7° 26′ 25″ Sud, et sur le méridien de 37° 7′ 29″ Ouest.

Sa position.

Barra Amarella.

A sept milles au Nord de la pointe d'Olinda, on voit, sur la plage, une petite bátterie dont la destination, selon le pratique, est de défendre une coupure du récif, par laquelle les bâtimens de six à sept pieds de tirant d'eau peuvent aller, de mer haute, juqu'à Pernambuco, en passant en dedans du récif et des bancs d'Olinda: cette entrée se nommerait Barra Amarella [Barre Jaune]

Rio Ay.

A sept ou huit milles plus au Nord, est une autre ouverture assez prononcée dans le rivage, où des bâtimens de sept pieds

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de tirant d'eau peuvent mouiller: c'est l'entrée du Rio Ay; elle est protégée par un petit fort. Toute cette partie de côte est composée de collines boisées, cultivées et séparées de la mer par une plage de sable blanc, à deux ou trois milles de laquelle on trouve de onze à quinze brasses d'eau, fond de sable et gravier. Dix milles au Nord du Rio Ay, on rencontre à l'embouchure du Rio Goyana, les deux petits îlots de Tamaraca ou Itamaraca.

Ilots Tamaraca.

Ces îlots, qui sont très-rapprochés l'un de l'autre, «gisent entre eux Est-Sud-Est et Ouest-Nord-Ouest, et les petits bâtimens peuvent les contourner par le Nord et par le Sud, pour entrer dans la rivière de Goyana.» (Renseignemens des pratiques. ) Ils ont ajouté qu'une seconde embouchure de cette rivière est à sept milles au Nord de celle-là;» mais ils ne nous ont désigné aucune autre île du nom d'Itamaraca, quoique nous dussions nous attendre à en trouver une, d'après les renseignemens existans.

Discussion sur l'île Tamaraca ou Itamaraca.

Beaucoup de motifs, en effet, prouvent péremptoirement qu'il existe une île de ce nom sur cette partie de la côte; des descriptions détaillées l'attestent (1); et il paraît impossible de

(1) Voici, entre au tres, celle qui se trouve dans l'ouvrage intitulé Voyage dans la partie septentrionale du Brésil, par Koster: cet auteur anglais a habité l'île Itamaraca, et les détails qu'il en donne ont tous les caractères de la vèritè.
«L'île Itamaraca, dit-il, est très-peuplée, bien boisée, et elle peut avoir trois lieues de long et deux lieues de large; elle renfermait autrefois une ville considérable, qui n'offre plus aujourd'hui que des ruines; c'est celle de Nossa Senhora da Conceiçaõ, de la splendeur de laquelle la ville de Goyana, bâtie dans le voisinage, sur le continent, a hérité. Il y a encore, dans cette île, quelques villages, dont le plus grand est celui do Pilar, sur la côte orientale. Des salines abondantes augmentent la valeur d'Itamaraca, où, d'ailleurs, on trouve des sucreries en bon rapport, et des plantations de coton. Pedro Lopez de Souza y débarqua en 1531, et y fonda un des plus anciens établissemens des Portugais au Brésiï: prise et reprise ensuite plusieurs fois par les Hollandais et les Portugais, elle demeura à ceux-ci en 1664. On ent, en 1637, l'idée d'y établir le siége du gouvernement de la province, à l'exclusion de la ville de Recife (Pernambuco), sur laquelle ella a réellement plusienrs avantages. Le port n'aurait peut-être pas reçu naturellement d'aussi grands navires que le Poço, mais il eûtété plus sûr que le Mosqueiraõ même, et l'on aurait pu facilement accroître sa profondeur: en outre, rien ne préserverait Pernambuco d'une attaque par mer, tandis qu'une ville bâtie sur le continent, en face d'Itamaraca, serait à l'abri de toute insulte de la part des vaisseaux ennemis, jusqu'à ce qu'ils eussent vaincu les obstacles nombreux qu'il eût été facile de leur opposer à leur entrée dans la rivière. Enfin, cette île, et les bords environnans de la terre ferme, sont abondamment pourvus de bois et d'eau douce, qui manquent à Pernambuco, et qu'on ne se procure qu'à quelque distance de cette ville.» Koster ajoute qun l'île d'Itamaraca est située à environ huit lieues au Nord de la ville de Recife.» (Vol. II, pag. 87 et suivantes.)
Une telle description ne peut avoir été faite que sur les lieux mêmes; et elle ne permet pas de douter que l'île d'Itamaraca ne soit grande, et qu'elle ne puisse pas être confondue avec les deux îlots du même nom que le pilote a montrés: cette méprise, sans doute, est étrange de la part d'un homme du pays, qui nous a paru connaître parfaitement tous les autres points de la côte, depuis Pernambuco, où je l'avais embarqué avec moi, jusqu'à l'île de Maranhan, où je l'ai mis à terre; mais il est impossible d'expliquer autrement que par son ignorance ou sa mauvaise foi une aussi singulière méprise.

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Les révoquer en doute: mais comme cette île, si elle existe réellement, n'interrompt, point le rivage, qu'elle ne s'en distingue pas à la distance de quatre milles, qu'elle ne projette aucun danger au large, et que, suivant les descriptions mêmes qu'on en fait, elle n'offre que des mouillages peu importans pour la grande navigation, nous ne chercherons pas à déterminer sa position, et nous ne portons ses limites Nord et Sud que comme douteuses sur notre carte, laissant à des reconnaissances plus détaillées que les nôtres n'ont dû l'être d'après le plan qu'elles embrassaient, la solution de ce point, d'un intérêt purement local.

Entre la pointe de Pedras et celle de Guia, à environ

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moitié distance de l'une à l'autre, on trouve un mouillage et l'entrée d'une rivière, que le pilote nous a dit être «Porto Goyana, seconde embouchure du Rio Goyana.»

Cette assertion ferait supposer que la rivière de ce nom se sépare en deux branches, à quelque distance dans l'intérieur, et que le terrain intermédiaire serait l'île Itamaraca; au moyen de quoi, les deux îlots ci-dessus indiqués ne porteraient le même nom que par confusion et à cause de leur proximité avec l'île principale: mais; comme nous l'avons dit, la solution de cette question de détail ne nous paraît pas mériter d'être approfondie ici; et nous la laissons de côté, nous bornant à remarquer qu'aucune autre embouehure de rivière ne se trouvant sur cette partie de la côte, depuis Porto Goyana jusqu'à l'embouchure da Rio Parahyba de Norte, qui en est à douze lieues, il est certain que l'île Itamaraca doit être au Sud de ce point et qu'ainsi l'incertitude sur la veritable position de cette île ne peut pas être de plus de trois lieues.

A partir de la pointe de Guia, en allant dans le Nord, la côte commence.à tourner vers l'Ouest; elle court au Nord 4° Ouest, jusqu'au cap Blanc [Cabo-Branco], situé à six lieues de cette pointe; puis au Nord 6° Ouest, jusqu'au parallèle du fort Cabedelo, qui est à douze milles plus loin et d'où elle se dirige ensuite au Nord 14° Ouest sur une étendue de près de quarante milles, en faisant quelques inflexions.

Le cap Blanc.

Le cap Blanc est une falaise de sable blanc, taillée à pic, bien tranchée quand on la relève au Nord ou au Sud, mais confondue avec la côte quand on la voit du large. A deux ou trois milles de distance de terre, on trouve de sept à neuf brasses d'eau, fond de sable, vase et madrépores. La côte n'offre aucun mouillage abrité ni déterminé, si ce n'est à trois milles dans le Sud du cap, sur un point que le pilote nomme Porto

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Francez. «Mauvais ancrage, dans une coupure du récif, sous la chapelle de Nossa-Senhora da Penha, qui peut servir d'objet de reconnaissance: mais ce mouillage ne correspond à aucune rivière; il ne reçoit que des caboteurs, et pendant le beau temps seulement.» (Renseignemens des pratiques. )

Sa position.

Le cap Blanc est situé par 7° 8′ 22″ de latitude Sud, et par 37° 8′ 20″ de longitude occidentale.

Description de la côte au Nord du cap Blanc.

Depuis le cap Blanc, la côte, en allant vers le Nord, forme deux plans de plus en plus marqués: celui qui touche à la mer est bas, sabionneux et boisé sur sa partie supérieure; l'autre présente une suite de petites collines boisées et d'assez belle apparence. Une rivière coule entre ces deux plans, et se dirige du Sud-Sud-Ouest au Nord-Nord-Est, jusqu'à son embouchure, qui est située par 6° 56′ de latitude Sud.

Rio Parahyba de Norte.

Cette rivière est la Parahyba de Norte. «Depuis Porto Francez jusqu'à l'entrée de cette rivière, les petits caboteurs peuvent passer entre le récif et le rivage, dans un chenal où ils trouvent de dix à douze pieds d'eau.» (Renseignemens des pratiques.)

La pointe Sud de l'embouchure du Rio Parahyba de Norte, est basse, toute de sable et boisée; c'est l'extrémité du premier plan de la côte dont nous venons de parler.

La pointe Nord est formée, sur le second plan, par une côte éievée, sur le haut de laquelle on voit le couvent remarquable des religieuses de Santa-Thereza, Des brisans très-prononcés accompagnent cette embouchure, à trois milles en face de laquelle on trouve onze brasses d'eau.

Détails sur l'interieur de cette rivière.

«La ville de Parahyba est à quatre lieues de la mer: mais les sinuosités de la rivière forcent de faire six lieues depuis l'embouchure pour y arriver. Les grands bâtimens, de cent

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cinquante à deux cents tonneaux, ne peuvent remonter que jusqu'au fort Cabedelo, situé à un ou deux milles en dedans de la pointe Sud. Les petits navires vont jusqu'à la ville pour se charger de coton, de sucre et de ce bois de teinture (1) si estimé dans le commerce, sous le nom de bois du Brésil.» (Renseignemens des pratiques.)

Fort Cabedelo.

Le fort Cabedelo s'aperçoit du large quand on traverse l'embouchure de la rivière, et il peut servir de point de reconnaissance sur cette côte uniforme, où de semblables constructions sont très-peu nombreuses.

Embouchure du Rio Parahyba de Norte.

Des deux pointes qui forment l'entrée du Rio Parahyba, celle du Sud s'appelle Ponta Balea [pointe de la Baleine], quoique les pêcheries de baleines ne s'étendent guère au Nord de Bahia; celle du Nord porte le nom de Ponta Lucena: toutes deux sont accompagnées de beaucoup de brisans.

Rio Mamangape.

En continuant de prolonger la côte, on trouve, à quatre lieues au Nord 26° Ouest de cette dernière, l'embouchure du Rio Mamangape, torrent qui n'est navigable que pour les caboteurs: sa pointe Sud, extrémité de la plage, est de sable, boisée, très-basse, et elle projette dans le Nord ¼ Nord-Est un brisant très-étendu, au Nord duquel il faut passer pour entrer et pour sortir. Un village s'aperçoit du large sur la pointe Nord de cette embouchure.

Description de la côte au Nord du Rio Mamangape.

Après Mamangape, la côte, sur une étendue d'environ quatre milles et demi, se termine à la mer en falaises rougeâtres à pic et presque continues, à la suite desquelles et vis-à-vis une petite inflexion du rivage, une coupure du récif forme un mauvais mouillage que les gens du pays nomment Bahia da Traiçao [Baie de la Trahison].

(1) Ibirapitanga, mot brésilien. Les Portugais le nommèrent braza [braise], d'où vient le nom de Brasil [Brésil], donné au pays.

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La plupart des descriptions de cette petite anse lui attribuent des avantages dont elle ne possède aucun. Elle n'offre nul abri contre les vents du Nord au Sud par l'Est; et l'examen que nous en avons fait de très-près, confirme entièrement cette opinion du pilote sur l'insignifiance complète de la baie de la Trahison. Toutefois un petit ruisseau vient y aboutir.» (Renseignemens des pratiques.)

Baie de la Trahison.

Depuis cette baie, la côte change entièrement de nature et d'aspect. En avançant au Nord, elle n'offre plus qu'une suite de dunes de sable blanc, couvertes par intervalles de broussailles, où l'on remarque encore quelques bouquets de cocotiers, mais où l'on ne voit plus de grands arbres. Les jangadas même disparaissent presque entièrement de la mer qui baigne cette partie de côte; on n'aperçoit plus l'habitations sur la plage, et tout annonce la stérilité du pays et la rareté de sa population. C'est près de cette latitude que commence le Sertaõ (1), terrain immense, presque infertile, qui forme la partie Nord du Brésil.

Bahia Fermosa.

A sept lieues dans le Nord 6° Ouest de ce point, la côte, après avoir fait quelques sinuosités, rentre brusquement à l'Ouest, et forme une petite baie qui, vue de la mer, semble pouvoir offrir un abri contre les vents de l'Est-Sud-Est au Nord-Ouest par le Sud, et que, pour cette raison sans doute, on a nominée Bahia Fermosa [Belle Baie]; mais elle ne justifie pas ce nom. Le fond y est rempli de pâtés de corail.» (Renseignemens des pratiques).

Description de la côte.

La côte gît ensuite au Nord 18° Ouest jusqu'au cap Saint-Rock, c'est-à-dire, sur une étendue de cinquante-cinq milles. Les principales inflexions qu'elle forme avant ce cap, sont dé-

(1) Sertaõ intérieur, fond, centre d'un pays. Peut-être les Portugais ont-ils voulu dire deserto, désert; car il s'agit d'un pays très-peu habité.

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signées par les noms suivans: Rio Cunhaõ, anse de Pringi, Ponta Gureo, Rio da Conceiçaõ, Barra de Inferno, Ponta Negra, Barra de Rio Grande, Rio de Searamirim et Bahia de Massaranguape.

Ponta Negra.

Ponta Negra [Pointe Noire] doit probablemènt ce nom à quelques bouquets de broussailles d'une verdure foncée qu'on remarque sur le sable blanc dont la côte est formée. A deux ou trois milles dans le Sud, on voit quelques falaises rouges que le pilote appelle Barreiras de Inferno [Barrières d'Enfer]. Le petit ruisseau de la Conceiçaõ débouche au pied de ces falaises dans une coupure du récif, devant laquelle les brisans s'étendent d'environ un mille au large; une douzaine de cases de pêcheurs s'aperçoivent à l'embouchure de ce ruisseau.

A environ buit milles au Nord 19° Ouest de la pointe Negra, on trouve l'embouchure du Rio Grande de Norte, que les Brésiliens nomment aussi Rio Potangi.

Embouchure du Rio Grande de Norte.

Cette embouchure n'a rien de remarquable et qui puisse s'apercevoir de loin. Il ne faut pas être à plus de deux ou trois milles de distance pour voir le fort dos Reis-Magos [des Rois-Mages], qui est situé sur une partie basse de la côte, à la pointe méridionale de l'entrée.

Détails sur cette rivière.

Le Rio Grande de Norte «est un torrent rapide et considérable pendant la saison des pluies; mais, dans la saison sèche, il est fort réduit; et dans tous les temps, son cours est embarrassé par des sables et des rochers qui s'opposent au passage des bâtimens. Son embouchure même n'est accessible qu'à de petites embarcations; quand la marée est haute, le fort des Rois-Mages est entouré d'eau.» (Renseignemens des pratiques.)

C'est le cours de cette rivière qui est considéré comme la

Position de son embouchure.

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Position de son embouchure

limite méridionale du Sertaõ. Son entrée, à peu de distance de laquelle est la ville de Natal, capitale de la province de Rio Grande, est située par 5° 45′ de latitude Sud, et par 37° 34′ 46″ de longitude occidentale.

Rio de Searamirim

Le Rio de Searamirim, dont on trouve l'entrée à quelques milles au Nord, «n'est qu'un petit torrent qui fait dans le Sertaõ un grand nombre de détours pendant la saison des pluies, et qui assèche le reste de l'année. Le pilote prétend que cette rivière communique avec le Rio Grande, et qu'ell n'est navigable sur aucune partie de son cours.» A douze milles dans le Nord 7° Ouest de la barre du Rio Searamirim, est le cap Saint-Roch.

Le cap Saint-Roch.

Le cap Saint-Roch n'a rien de remarquable, et l'on ne peut, pour ainsi dire, en faire une description. C'est une dune de sable semblable à la côte qui la précède dans le Sud et à celle qui la suit dans le Nord; le sable en est également blanc et parsemé de quelques petits bouquets de broussailles. On y distingue accidentellement une petite partie de falaises rougeâtres, mais seulement lorsque le soleil la frappe sous une certaine direction, en sorte que cet aspect dépend de l'heure qu'il est et du temps qu'il fait. On voit aussi, un peu dans le Sud, quelques grands arbres sur la côte: leur disparition totale sur la partie de côte précédente peut les faire remarquer dans cet endroit.

Le cap Saint-Roch n'est pas un point saillant de la côte d'Amérique, comme la plupart des cartes le marquaient: à partir de lui, la direction des terres n'éprouve pas un changement prononcé; ce changement n'est encore que de dix degrés, relativement au gisement qui précéde, et ce n'est qu'à vingtcinq milles plus loin, à la pointe Calcanhar, que la côte se rapproèhe tout-à-fait de l'Ouest par le Nord.

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Néanmoins, pour fixer les idées sur la position d'un point qui a eu jusqu'à présent une sorte d'importance géographique sur les cartes, nous donnerons ici la position du point de la côte que la pratique nous a désigné pour être le cap Saint-Roch.

Position du cap Saint-Roch.

Latitude 28′ 17″ S.
Longitude 37. 37. 25. O.

(C'est le milieu du sommet de l'escarpement.)

A une lieue dans l'Est de ce point, la déclinaison de l'aiguille aimantée a été trouvée de 4° 55′ Nord-Ouest, au mois de décembre 1819.

Pointe Petetinga.

La terre s'abaisse par degrés dans le Nord du cap Saint-Roch, et elle forme, à la distance de huit milles, la pointe basse nommée Petetinga.

Ce petit cap n'est pas plus remarquable que le précédent, et il n'y a que la différence des latitudes qui puisse le faire reconnaître. La côte, entre les deux, continue d'être formée de dunes de sable blanc, entrecoupées de broussailles d'un vert noir. Seulement, on voit de distance à autre, sur le haut de quelques dunes, quelques grands arbres qui forment des masses rondes dont on ne définit pas sur-le-champ la nature, si l'on n'est pas très-près du rivage.

Pimentel, cosmographe portugais déjà cité, dit qu'on peut faire de l'eau proche de la pointe Petetinga.» Nous ne l'avons pas vérifié.

Si la position des caps Saint-Roch et Petetinga est peu importante parmi les points saillans et remarquables de la côte d'Amérique, il n'en est pas de même relativement aux intérêts de la navigation. C'est à peu de distance dans l'Ouest du méridien de ce dernier cap que commencent les bancs dési-

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gnés sous le nom de Bancs du cap Saint-Roch, et pour cette raison nous donnerons ici sa position.

Position de la pointe Petetinga.

Pointe Petetinga (le bas de la pointe).

Latitude 21′ 35″ S.
Longitude 37. 39. 45. O.

Description des bancs du cap Saint-Roch.

Les Bancs du cap Saint-Rock commencent à se faire connaître par la sonde sur ce méridien, et ils accompagnent la côte jusqu'à celui de la pointe do Tubaraõ, ce qui embrasse une étendue d'un peu moins de vingt lieues. Leur largeur moyenne, du Nord au Sud, n'est guère que de deux lieues. Ils laissent entre eux et le rivage un chenal libre, de cinq à six milles de largeur, où les caboteurs tirant sept ou huit pieds d'eau peuvent naviguer, et sur plusieurs points duquel on trouve de trois à cinq brasses d'eau.» (Renseignemens des pratiques.)

La plus grande distance de l'accore du Nord des bancs du cap Saint-Roch à la côte, est donc d'environ douze milles. Malgré le peu d'élévation de cette côte, il est presque toujours possible de l'apercevoir quand le temps est clair, avant d'être sur un brassiage réellement périlleux.

La totalité du développement de ces bancs n'est pas également à craindre. Trois groupes principaux de brisans s'y font remarquer presque en tout temps, et les gens du pays connaissent des passages dans les intervalles qui séparent ces groupes; mais les étrangers n'en sauraient tirer aucun avantage; et de semblables canaux, aboutissant à une côte déserte, sont absolument sans utilité pour la grande navigation.

Le groupe le plus oriental des brisans est un peu dans l'Ouest et à environ douze milles de la pointe de Calcanhar; il brise rarement, Le seeond, en allant à l'Ouest, est à huit milles

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dans le Nord 20° Ouest de la pointe dos Tres-Irmaõs [des Trois-Frères], et se nomme a Lavandeira [la Blanchisseuse]. Enfin, le troisième on le plus oriental est le groupe des Urcas, situé à environ douze milles dans le Nord 43° Est de la pointe do Tubaraõ, vis-à-vis la petite anse de Santo-Alberto, et sur le méridien de la dune d'Aguamarea. Ces deux derniers brisans sont très-animés en tout temps, mais principalement lorsque les vents soufflent du large. Le brisant des Urcas, qui termine les bancs du cap Saint-Roch du côté de l'Ouest, peut être approché par l'Ouest.

Limites des bancs du cap Saint-Roch.

Le parallèle le plus Nord de tous les bancs du cap Saint-Roch est celui de 51′ 0″. S.
La longitude du point le plus Est 37. 47. 00. O.
Celle du point le plus Ouest 38. 39. 00. O.

Aucun danger ne nous a paru exister au large, à une distance de douze lieues de ces bancs. Nos bordées, en se prolongeant jusque là, ont tóujours passé sur des profondeurs qui augmentaient en proportion de notre éloignement de la terre; et le pilote que j'avais à bord nous a assuré n'avoir jamais entendu parler d'aucune vigie ou haut-fond placé au large des limites que nous avons reconnues avec lui aux bancs que nous venons de décrire.

On n'indique aueune vigie dans le voisinage des bancs du cap Saint-Roch.

Il paraît donc au moins probable que la vigie portée, sur quelques cartes, dans l'Est 20° Nord du grand coude de la partie de la côte d'Amérique qui nous occupe, n'est, comme nous l'avons dit (page 37), que le groupe des Roccas, qui, étant placé à vingt-cinq lieues dans l'Ouest queiques degrés Sud de Fernando de Noronha, tandis qu'il est à près de quarante lieues des bancs du cap Saint-Roch, paraît dépendre bien plus de cette île que du continent.

On ne peut signaler d'autre indication du voisinage de ces

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bancs que la latitude et la sonde; encore celle-ci ne doit-elle êtrc consultée que sous le seul rapport de la profondeur. Aucune loi n'a eneore été découverte dans les qualités du fond, dont on puisse tirer des inductions satisfaisantes sur la distance où l'on est des dangers. Dans toutes les directions de leurs approches, le plomb de sonde rapporte généralement des madrépores blancs et broyés, mêlés de sable et parfois de petits graviers, comme sur une grande partie de la côte Sud. Cependant nous croyons avoir observé que le sable est d'autant plus rare et les graviers d'autant plus communs, que les sondes sont plus petites et plus voisines des bancs. Ceux-ci sont, en outre, entourés, à petite distance de leurs accores, et couverts d'une mer que le peu de profondeur rend verdâtre, et qui, pendant le jour, tranche bien avec la couleur des eaux du large. Il ne faut jamais pénétrer dans cette mer verte, dont les limites sont si accores qu'en les franchissant on passe en un moment de dix-huit brasses à huit brasses et au-dessous.

Observation sur la nature des fonds aux approches des bancs du cap Saint-Roch.

Mouvement des marées et courans.

Le mouvement des marées, aux environs des bancs du cap Saint-Roch, est de six pieds dans les circonstances ordinaires, et de près de dix pieds dans les syzygies. Les courans y portent généralement à l'Ouest-Nord-Ouest et au Nord-Ouest avec une vitesse double de celle qu'ils ont sur la côte du Sud: circonstance qui s'explique par la direction presque constante des vents régnans, et par celle que prennent les terres au Nord du cap Saint-Roch.

Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, que le gisement de la côte entre la pointe d'Olinda et celle de Guia, était le Nord 6° Est, et la distance intermédiaire de 33 milles.

De la pointe de Guia au point du rivage correspondant au parallèle du fort Cabedelo, la côte court au Nord 5° Ouest, et la distance est de 29 milles.

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Du fort Cabedelo au coude du rivage qui précède immëdiatement Bahia Fermosa, le gisement de la côte est le Nord 14° Ouest, et la distance de 38 milles.

De ce coude, au cap Saint-Roch, la direction est le Nord 19° Ouest, et la distance de 56 milles.

Du cap Saint-Roch jusqu'au parallèle de 4° 40′ Sud, qu'il convient d'atteindre avant de se rapprocher de l'Ouest, quand on veut prolonger la côte du Brésil dans cette partie et les bancs du cap Saint-Roch, il y a 48 milles qu'il faut faire directement au Nord.

On sera alors sur le parallèle de 4° 40′ Sud, et sur le méridien de 37° 37′ 25″ Ouest, qui est celui du cap Saint-Roch. Du point de section de ce parallèle et de ce méridien, pour se rendre à l'extrémité occidentale des bancs du cap Saint-Roch, la direction sera l'Ouest, et la distance à parcourir d'environ 64 milles.

La direction moyenne à suivre pour se rendre de la pointe d'Olinda à l'extrémité occidentale des bancs du cap Saint-Roch, est donc d'abord le Nord ¼ Nord-Est environ 50 milles, puis environ 150 milles au Nord ¼ Nord-Ouest, et enfin 72 milles à l'Ouest.

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CHAPITRE X

DESCRIPTION de la côte comprise entre les bancs du cap Saint-Roch et l'île de Maranhaõ. — Description des monillages de Ciara et de Jericacoara.

Descriotion de la côte immédiatement à l'Ouest des bancs du cap Saint-Roch.

A partir de l'accore occidentale des bancs du cap Saint-Roch, et en allant vers l'Ouest, il est très-peu de points de la côte qui soient susceptibles, par leur forme ou leur élévation, d'être reconnus à deux ou trois lieues, distance à laquelle la prudence conseille en général de se tenir avec un grand bâtiment. Cette côte, formée de dunes de sable blanc, très-basses et presque toutes semblables de couleur et de configuration, n'offre aucune partie remarquable. Sa direction est le Nord 68° Ouest jusqu'à la pointe de Reteiro Grande, et le Nord 57° Ouest depuis cette pointe jusqu'à celle Mocoripe, extrémité orientale de la baie de Ciarã.

Du Morro de Tubaraõ à celui de Tibaõ, la distance, d'environ dix-sept lieues, est partagée en deux grandes baies à-peuprès de même ouverture, par la pointe do Mel. La première reçoit les petites rivières de Manoel-Gonsalez, d'Amargoso dos Cavalios; la rivière de Mossoero se iette dans la seconde. Aucune de ces rivières n'arrive à la mer avec quelque force, excepté à l'époque des pluies; et dans aueun temps de l'année, elles ne sont navigables pour de grands bâtimens.» (Renseignemens des pratiques. )

De la pointe do Mel.

La pointe do Mel [du Miei] est l'extrémité d'une dune plus élevée que les terresqui l'envhronnent. Elle se termine en falaise dans le Nord, et son sommet verdâtre paraît boisé; mais nous

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n'affirmons pas qu'il le soit. Quand on la relève au Sud, elle se présente dans sa plus grande largeur; elle finit en pointe à l'Est et à l'Ouest. Sa pointe Nord est alors effacée dans la masse des terres, et celle de l'Est est un peu plus aiguë que la pointe opposée. L'extrémité Nord de la pointe do Mel est par 4° 55′ 17″ de latitude Sud, et par 39° 19′ 30″ de longitude Ouest. Les sondes, diminuant un peu dans son voisinage, on ne doit pas s'en approcher de plus de trois lieues avec un grand bâtiment; à quatre milles on ne trouve déjà que vingt pieds deau.

Les caboteurs vont chercher des chargemens de sel à l'entrée de la petite rivière de Mossoero, qui est à six ou sept milles dans l'Ouest-Sud-Ouest de la pointe do Mel. Tout le rivage contigu est si bas, qu'à trois lieues de distance on n'en aperçoit que quelques parties, alternativement composées de sable blanc et de petites falaises parsemées de bouquets de broussailles.

Morro Tibaõ.

Le morro Tibaõ est une colline de sable rouge qui se termine à la mer, et que sa couleur fait assez bien remarquer. Il est situé à environ vingt milles dans le Sud 46° Est de la pointe de Reteiro Grande, par 4° 49′ 20″ de latitude Sud, et 39° 58′ 5″ de longitude Ouest. A vingt-deux milles dans le Nord 52 ° Ouest de Reteiro Grande, on trouve la pointe d'Aracati, située un peu dans l'Est du méridien du petit mondrain du même nom.

A partir de Reteiro Grande, les dunes dont la côte est formée s'élèvent un peu plus au bord de la mer que dans la portion de côte précédente; mais leur aridité paraît aussi davantage, et les bouquets de broussailles y sont plus rares. C'est entre deux groupes de collines qui viennent aboutir à la mer que se trouve l'embouchure du Rio Jaguaribe, appelé aussi

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rivière d'Aracati, parce qu'elle baigne le pied de la petite montagne de ce nom. Une maison carrée, qui a l'apparence d'un corps-de-garde, est bâtie sur le haut de la dune de l'Ouest de cette embouchure, et peut contribuer à la faire reconnaître quand on vient du large. D'après les renseignemens des gens du pays, «la ville d'Aracati est à quatre lieues de la mer; c'est la plus considérable des villes de cette partie du Brésil, jusqu'à Maranaõ. La rivière est navigable jusqu'à une lieue au-dessous de la ville; mais l'embouchure est peu profonde, et ne peut admettre que de petits bâtimens. Le commerce principal qui s'y fait consiste en cuirs provenant des nombreux troupeaux que nourrit le pays environnant.»

Détails sur la ville d'Aracati.

Barre de Jaguaribe.

La barre de Jaguaribe est par 6° 23′ 30″ de latitude Sud, et par 40° 9′ de longitude Ouest. La profondeur est de sept à neuf brasses à trois ou quatre milles de terre; nous n'avons aperçu, à cette distance, aucun danger que celui de ne trouver sur la côte aucun mouillage, aucun refuge, où, en cas d'accident, un bâtiment d'une certaine grandeur pût aller se placer. Les plus petits mêmes n'y trouveraient point d'abri contre le mauvais temps; et nous n'avons pas vu de jangadas à la mer depuis les bancs du cap Saint-Roch jusqu'à l'île de Maranhan.

Des courans sur la côte Nord du Brésil.

Nous n'avons pas observé, sur cette partie de la côte, plus de o, 6 de mille du courant à l'heure; il portait constamment au Nord-Ouest, c'est-à-dire, à-peu-près dans le sens de la côte. Il était donc bien inférieur à ce qu'en ont indiqué plusieurs renseignemens connus.

Mais nous sommes loin d'en conclure que ces renseignemens soient inexacts; ils portent, la plupart, sur des données recueillies dans la saison opposée à celle où nous étions lors de nos reconnaissances; et il n'est pas invraisemblable que, pendant la

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mousson du Sud à la côte du Brésil, les vents ne puissent pousser les eaux vers le Nord-Ouest avec toute la force qu'on leur a supposée. M. le lieutenant de vaisseau Hewett, de la marine anglaise, entre autres, dit avoir observé quarante-sept milles de courans à l'Ouest-Nord-Ouest, en vingt-quatre heures, sur la côte Nord du Brésil, dans le mois d'avril; et les pratiques du lieu confirment que, depuis janvier jusqu'en juin, les courans portent avec rapidité à l'Ouest-Nord-Ouest sur cette partie; mais ils ajoutent que cela n'arrive qu'à la suite d'un vent durable et forcé.

Peu après avoir dépassé l'embouchure du Rio Aracati, on arrive, en prolongeant la côte dans le Nord-Ouest, à la vue des Serras de Ciara, groupe de montagnes qui, vues de la mer, paraissent se diriger du Sud-Sud-Est au Nord-Nord-Ouest et qui dominent la ville de Ciara, situéc sur le rivage. Les deux Morros de Caravelas et de Canavieras, qui précèdent ces montagnes dans l'Est, commencent à rompre l'uniformité du grand plateau de sable qu'on a sous les yeux depuis le cap Saint-Roch.

Montagnes de Ciara

Les montagnes de Ciara peuvent être aperçues, de beau temps, à quinze lieues de distance; mais elles sont déjà à quelque distance de la mer. Le piton de Massaranguape, l'un des plus apparens, est à-peu-près sur le méridien de 41° Ouest, et sur le parallèle de 3° 58′ 9″ Sud. Il est à seize milles dans le Sud-Sud-Ouest de la ville de Ciara, et sa vue peut faciliter l'attérage sur cette ville. Lorsqu'on vient de l'Est, si l'on gouverne sur ce piton, on suivra une bonne direction pour se rendre à Ciara.

Nous avons dit plus haut que la pointe Mocoripe forme le côté oriental de la baie de Ciara. Vue de l'Est, cette pointe se présente comme l'extrémité d'une dune de sable assez élevée.

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Elle est garnie de quelques arbrisseaux, et l'on y distingue une maison et un mât de signaux. Un corps-de-garde est placé un peu dans le Nord-Nord-Est sur la plage, et la côte qui suit immédiatement se courbe dans l'Ouest et forme la baie de Ciara.

Mouillage devant Ciara.

Ciara, capitale de la province de ce nom, est entourée des sables du Sertaõ. On peut dire qu'elle n'a ni port, ni rade; car exposé à tous les vents, depuis le Nord-Ouest jusqu'à l'Est, qui sont les plus fréquens dans ce parage, son mouillage ne peut pas offrir une sécurité durable. Mais le fond y est d'une excellente tenue, depuis trois milles de terre jusqu'au récif qui forme le port, comme à Pernambuco et presque tous les mouillages de la côte. A l'aide de cette tenue, il y a peu de dangers à courir dans cette petite baie, lorsque le temps est modéré. Les caboteurs entrent dans la crique de Ciara par deux passes, formées dans le quai de roche, à deux cents toises l'une de l'autre; la profondeur de ces passes est d'environ treize pieds, de haute mer.

Détails sur Ciara.

La population de Ciara est de douze cents ames. La ville fait un commerce de coton, de cuirs, et de cette viande sèche dont on fait une si grande consommation au Brésil, et qui porte encore le nom de Carne de Ciara, quoiqu'on en tire aujourd'hui une grande quantité des provinces méridionales du Brésil. La distance de Ciara à Aracati est de trente lieues par terre; mais il n'y en a que vingt par mer.» (Renseignemens des pratiques. )

Position du mouillage devant Ciara.

On mouille devant Ciara, d'un à trois milles de terre, par six à dix brasses d'eau, fond de tuf, couvert de sable vaseux, où l'ancre tient fortement Il nous a paru que le ressac sur la côte est très-violent. La latitude de ce mouillage est de 3° 41′ 30″ Sud, et la longitude, de 40° 53′ 0″ Ouest. Au mois de

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décembre 1819, la déclinaison de l'aiguille aimantée y a été observée de 3° 3′ Nord-Ouest.

Description de la côte au N.-O. De la pointe Mocoripe.

De la pointe Mocoripe, la côte court au Nord 56° Ouest, jusque sur le méridien du mont Melancia, dune de sable isolée qui est proche du rivage. En parcourant la distance intermédiaire, qui est d'environ soixante milles, on passe successivement devant les embouchures de Rio de Ciara-Velha, Rio Cioppé, Rio Curú, le Morro de Curú et les Serras de Mandahú, que le pratique appelle aussi Serras Grandes. Toute cette côte est déserte, stérile du côté de la mer, et n'offre aucune trace de culture ni d'habitations; c'est une suite de dunes basses, de sable vif, que rien ne diversifie. Le rivage en est sain, et, à deux ou trois milles au large, on trouve de six à treize brasses, sable gris fin.

Description de la côte jusqu'à l'embouchure la plus Est du Rio Paranahyba.

La côte suivante tourne de plus en plus à l'Ouest. A partir du mont Melancia, elle court au Nord 64° Ouest jusque devant le village d'Almufedas; au Nord 69° Ouest, d'Almufedas à la pointe de Tapagi; et à l'Ouest, depuis cette pointe jusqu'à l'embouchure orientale du Rio Paranahyba. Ce développement de côte forme une étendue d'environ soixante-cinq lieues en le terminant au Rio Iguarassú, entrée la plus Est de la Paranahyba.

Son aspect est le même que celui de la côte précédente. C'est toujours un plateau de sable très-bas et dépouillé de verdure, sauf quelques cocotiers qu'on aperçoit çà et là par-dessus la dune qui forme le rivage.

Almufedas. Sa position.

Le rivage d'Almufedas, bâti au revers intérieur de cette dune, est situé sur le bord de la rivière d'Aracati Mirim, navigable pour les caboteurs.» Du large, on aperçoit son clocher parmi un groupe de cocotiers; il est par 2° 56′ 30″ Sud, et 42° 8′ de longitude Ouest.

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Ce village peut servir de marque pour indiquer l'accore orientale d'un banc qui prolonge la côte, presque jusqu'au petit hameau de Jericacoara, situé à environ quatorze lieues dans l'Ouest quelques degrés Nord.

Banc de Caracu.

Ce banc, qu'on nomme dans le pays Pracel de Caracu, du nom du hameau le plus considérable de la côte qu'il prolonge, s'étend à environ trois lieues et demie du rivage, si on le circonscrit dans les profondeurs de six brasses. «Depuis cette distance jusqu'à demi-mille de la côte, la sonde diminue progressivement depuis sept jusqu'à une demi-brasse. Ce banc ne brise jamais (ce qui provient sans doute de l'uniformité de sa pente): les caboteurs n'y ont rien à craindre, et ils peuvent entrer, selon leur tirant d'eau, dans les embouchures des petites rivières de Tapagi et de Caracu.» (Renseignemens des pratiques.) Les grands bâtimens doivent se tenir à douze milles de terre, c'est-à-dire, à toute vue de cette partie de la côte, dont le peu d'élévation ne permettra alors de voir que la cime des cocotiers, par le plus beau temps.

Quand on est à environ huit milles sur le méridien de Caracu, qui est de 42° 30′ 30″, et qu'on veut continuer de faire route dans l'Ouest, on pourrait commencer à se rapprocher un peu de la terre, de manière à distinguer quelques cases qui forment le hameau des Castelhanos; mais cela est sans aucune utilité pour un batiment de quelque dimension; et si ce bâtiment tire plus de quinze pieds d'eau, il ne doit pas approcher cette partie du rivage à moins de dix milles, jusqu'à ce qu'il soit à l'Ouest de la dune de Jericacoara afin de se maintenir par six ou sept brasses au moins de profondeur.

Lorsqu'il sera dans l'Ouest de Jericacoara, le tirant d'eau et la sonde détermineront la distance à laquelle il pourra s'ap-

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procher de la crique. Le pilote nous a assuré que, dans cette direction, le fond est assez uni pour qu'on n'ait pas à craindre d'y faire des rencontres dangereuses, et qu'on trouve encore quatre brasses d'eau à demi-mille de la crique de Jéricacoara.

De la crique de Jéricacoara.

Cette crique est formée par le quai de roches dont la côte est bordée, comme on l'a souvent rappelé. L'entrée du port, qui n'est qu'une fissure étroite de ce rocher, n'est praticable, même pour les canots, que de mer haute, tant à cause du peu de profondeur, que parce que les lames y sont souvent trèsélevées: quand on les a franchies, on se trouve dans un petit bassin tranquille, entre le rivage et le récif.

Le hameau de Jéricacoara ne contient qu'un petit nombre de cases occupées par des Sertanejos (1): ces habitations consistent en quelques perches fichées en terre par une de leurs extrêmités, réunies par l'autre et recouvertes de peaux de vaches du côté d'où le vent souffle; elles semblent destinées à n'être habitées qu'aux époques des communications avec la mer, lorsque les caboteurs viennent chercher dans cet endroit les cuirs qui proviennent des nombreux troupeaux nourris dans les environs.

Ressources que peut offrir ce petit port.

En passant quelques jours devant Jéricacoara, un ou plusieurs bâtimens pourraient s'y procurer des volailles et des bestiaux en assez grand nombre et à bas prix. En donnant aux bergers le temps de saisir les bestiaux et de les amener au rivage, on se créerait sur ce point des ressources que, dans certains cas, les navigateurs sont heureux de trouver. Aucun végétal propre à la nourriture des hommes n'a été remarqué près de ce hameau, et la pêche y a été très-peu abondante. Les habitans ne l'exercent que du rivage même, en fouinant le poisson que la marée montante introduit parmi les rochers

(1) Habitans du Sertaõ.

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et qu'elle y abandonne en se retirant. Il est probable que de meilleurs procédés procureraient de meilleurs résultats.

En creusant des puits sur la plage, on se procure de l'eau potable. La mer nous a paru monter et descendre de dix à douze pieds à Jéricacoara, et nous l'avons trouvée haute à onze heures et demie, le jour de la pieine lune.

Position de la dune de Jéricacoara.

La dune qui forme le côté oriental de la baie de Jéricacoara est dans la position suivante.

Sommet de la plus haute dune sur la pointe:

Latitude 47′ 28″ S.
Longitude 42. 47. 40. O.

Déclinaison de l'aiguüle, observée à deux lieues dans le Nordau mois de janvier 1820, 2° 23′ N. O.

La côte qui suit Jéricacoara du côté de l'Ouest est de sable blanc, basse, parsemée dans l'intérieur de petites broussailles et bordée de récifs au large. Quelques petites barres de rivières, telles que celles de Camucim, de Tapuyu, de Temonha, de Camarupim, &c., s'y font remarquer quand on la prolonge de très-près. Mais la première de ces entrées est la seule navigable pour les caboteurs de quelque grandeur; les autres ne peuvent admettre que des bateaux.» (Renseignemens des pratiques. ) D'un à quatre milles de distance de cette côte, on trouve de quatre à huit brasses d'eau, fond de vase, de sable et de madrépores.

Après avoir dépassé toutes ces petites rivières, on arrive devant celle d'Iguarassú ou Higuarassú, à peu de distance de laquelle la côte fait un coude et revient au N. 37° O. sur une étendue de quatre lieues et demie.

Embouchure du Rio Paranhyba.

Le Rio Iguarassú nous a été désigné par le pratique comme la plus orientale des bouches du Rio Paranahyba, rivière assez consìdérable qui vient du Sertaõ.

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Le Rid Paranahyba se jette à la mer par les six embouchures d'Iguarassú, de Barra Velha, de Barra do Meio, de Rio Caju, de Rio Canarias et de Rio Tutoxja. Le terrain qui sépare les differentes branches de cette rivière est bas, presque entièrement inondé dans le temps des pluies, et il s'arrondit au rivage en suivant la direction de l'Ouest ¼ Nord-Ouest. Il est prudent de n'approcher la côte située entre les embouchures du Rio Paranahyba, que de quatre ou cinq milles de distance, et de ne pas atteindre une profondeur audessous de huit brasses.

«Les bras de Barra Velha et de Tutoya sont les plus considérables et les seuis navigables pour les bâtimens de queique grandeur. Le cours praticable du premier est de quatre lieues jusqu'à la ville de Paranahyba; celui du second est de quatorze lieues; les trois autres prennent naissance dans celui-ci.» (Renseignemens des pratiques.)

Pedra de Sal.

La roche de Pedra de Sal, portée sur plusieurs cartes fort au large entre les embouchures de Barra Velha et de Barra do Meio, n'est pas un danger réeilement à craindre; c'est un débris du récif de la côte, et il ne s'étend pas à plus d'un mille du rivage. A environ douze lieues dans le Sud-Est de la barre d'lguarassú, on voit, de beau temps, les Serras de Coco, ou Serras d'Hybiappaba: ce sont les dernières montagnes qu'on apercoive jusqu'à l'arrivée à Maranhan, quand on se rend dans cette île par l'Est.

La mer est très-limoneuse et les fonds sont de sable vaseux devant les embouchures de la Paranahyba; on peut mouiller par-tout, devant ces embouchures, par huit ou dix brasses d'eau, à quatre ou cinq milles de terre.

Description de la côte à l'Ouest des embouchures du Rio Paranahyba.

A l'Ouest, la côte s'abaisse de plus en plus. Elle se compose de plateaux de sable unis et boisés dans l'intérieur seu-

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lement. Le rivage est formé de dunes de sable d'une blancheur éclatante, sans aucune verdure, et qui, ayantde la ressemblance avec des toiles ou draps étendus, ont reçu le nom de Lançoes Pequenas. [Petits Draps]. Ces petites dunes occupent un espace d'environ quatre lieues entre la barre de Tutoya et celle des Perguiças, près de laquelle on trouve les brisans du même nom.

Lançess Pequenas.

Brisans de Perguiças.

Ces brisans s écartent peu du rivage, et sont beaucoup moins importans qu'on ne le supposait d'après la plupart des cartes anciennes. En se tenant de huit à dix milles de cette partie de la côte, on sera à une distance suffisante de l'accore extérieure de ces dangers, et l'on n'aura pas moins de sept à quatorze brasses d'eau.

«La rivière de Perguiças est assez profonde pour qu'on puisse construire de grands brigs à quelque distance en dedans de son embouchure; mais la navigation intérieure est difficile.» (Renseignemens des pratiques.)

Lançoes Grandes.

La côte dans l'Ouest de l'embouchure de cette rivière court au N. 65° O. sur une étendue d'environ dix-huit lieues. Semblable à celle qui la précède dans l'Est, elle prend aussi, sur une certaine partie de son développement, le nom de Lançoes. Les dunes qui la composent sont de sable d'un blanc vif et assez élevées; leur étendue d'à-peu-près douze lieues leur a fait donner le nom de Lançoes Grandes [Grands Draps], par opposition à celles qui sont plus à l'Est. Rien ne ressemble davantage à des toiles blanches étendues à terre; cet aspect est assez remarquable pour qu'il puisse servir à indiquer cette partie de la côte; et nous conseillons aux bâtimens qui vont à Maranhan par l'Est, d'en prendre connaissance pour rectifier leur longitude avant de se porter plus à l'Ouest.

Leur position.

L'extrémité la plus occidentale des Lançoes Grandes est

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située par 2° 21′ de latitude Sud, et par 45° 32′ de longitude Ouest.

L'extrémité orientale des mêmes dunes est située par 2° 34′ 12″ de latitude Sud, et par 45° 5′ 16″ de longitude Ouest.

Description de la côte à l'Ouest des Lançoes.

Plage des Mangliers Verts.

Immédiatement à l'Ouest des Lançoes Grandes, la côte change entièrement d'aspect. D'aride et dépouillée de verdure qu'elle était, elle se couvre tout-à-fait de broussailles et d'arbustes si serrés qu'ils ne laissent pas apercevoir le sol quand on s'en tient à quatre milles. La verdure, l'espèce d'arbres qui paraît y prédominer, et le peu d'élévation de cette partie de la côte, lui ont fait donner le nom de Praya das Mangues Verdes [Plage des Mangliers Verts]. Cette subite transition de couleur sur ce point, contribue à faire, de la séparation des Lançoes Grandes et de la plage des Mangliers Verts, un très-bon objet de reconnaissance.

Au mois de janvier 1820, la déclinaison de l'aiguille était zéro à trois milles au Nord et sur le méridien du milieu des Mangliers Verts. De cette distance à celle de dix lieues au large de la côte, la profondeur passe graduellement de sept à trente-sept brasses, fond généralement de sable, de gravier et de sable fin blanc. On peut regarder ce point comme la limite des profondeurs régulières qu'on trouve presque sur toute la côte depuis les bancs du cap Saint-Roch.

La côte des Mangliers Verts termine, en s'arrondissant, la masse des terres du continent qu'on a prolongées jusque là; elle forme la pointe orientale de la grande baie occupée par l'île de Maranhan.

L'île Sainte-Anne.

A partir de quelques milles à l'Ouest du méridien de 45° 40′ Ouest, la côte tourne assez brusquement à l'Ouest, et l'on aperçoit dans l'Ouest ¼ Nord-Ouest l'île Sainte-Anne, qui forme, avec le continent et l'île de Maranhan, la baie et

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la passe de San-José. L'île Sainte-Anne, un peu plus élevée que les terres qui la précèdent dans l'Est et également couverte de mangliers et d'autres aibres, n'offre aucun point remarquable quand on commence à l'apercevoir; mais l'espace vide qui existe entre elle et le continent, la position plus au large des brisans qui l'environnent, suffisent pour la faire bien distinguer et pour empêcher à son égard une méprise durable.

Les premiers brisans qui se présentent en venant de l'Est sur l'île Sainte-Anne, sont à sept milles dans l'E. N. E. de la pointe Nord-Est de cette île, et ils la prolongent dans la direction de l'Ouest presque jusque sur son méridien le plus occidental. Quand on a bien reconnu ces brisans, on peut les prolonger à deux et même à un mille de distance par le Nord; on trouve à leur pied de sept à vingt-quatre brasses d'eau, fond de sable. En gouvernant ensuite l'Ouest ¼ Nord-Ouest, on va chercher les brisans de Coroa Grande, vaste plateau de roches à fleur d'eau, contigu à la partie Nord de l'îile de Maranhan.

Des pratiques du pays prétendent qu'on pourrait passer entre lâ€île Sainte-Anne et les brisans de sa côte Nord: nous ne nous en sommes point assurés; mais il est au moins beaucoup plus prudent d'en passer au large; et l'on ne voit aucun avantage à tenter cette route, quand même elle serait praticable. «Lorsque, venant de l'Est, on relève les plus hautes terres de l'île Sainte-Anne au Sud quelques degrés Est, on n'a plus rien à craindre des bancs qui accompagnent la partie Nord de cette île, et l'on pourrait faire prendre de l'Ouest à la route.» (Renseignemens des pratiques.)

Les gens du pays disent encore, malgré plusieurs cartes anciennes, qu'il n'y a pas de passage pour les bâtimens un peu grande entre l'île Sainte-Anne et le continent, et que ces deux

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terres sont liées sous l'eau par des hauts-fonds dangereux; mais ils admettent que les petits navires pourraient venir au mouillage de Saint-Louis de Maranhan, en passant entre l'île de ce nom et celle de Sainte-Anne et en contournant la première par le Sud. Toutefois ce chenal est très-difficile, même pour de petits bâtimens; et ceux qui s'y sont engagés par inadvertance ne s'en sont tirés qu'avec beaucoup de peine. Cette erreur, au surplus, ne peut étre commise qu'avec bien de l'inatteation, comme on le verra plus loin à la description de la baie de San-Marcos, véritable entrée du port Saint-Louis de Maranhan.

Sur les qualités du fond aux environs de l'île de Maranhan.

Nous avons dit plus haut que, de trois à trente milles au Nord du coude du continent, la profondeur passe par degrés de sept à trente-sept brasses. A l'Ouest du méridien de cette grande inflexion de la côte, les profondeurs ne sont pas fort différentes à des distances semblables de la terre ou des brisans; seulement le fond est plus heurté et les qualités en sont plus variées. La qualité dominante est le sable; mais il est tantôt blanc, tantôt gris, tantôt roux et parfois vaseux, mais rarement de cette dernière espèce. On le trouve encore assez souvent piqué de points noirs, de points jaunes; et, en s'éloignant de douze ou quinze lieues au Nord de Maranhan, en allant dans l'Est du méridien de cette île, les fonds de madrépores broyés redeviennent dominans comme dans toute la partie de l'Est qui précéde.

Les pilotes du pays engagent à faire attention à ces diverses qualités du fond, pour en tirer quelques inductions sur la distance oú l'on est du méridien du milieu de Maranhan; et ils prétendent, par exemple, qu'à l'Ouest de ce méridien jusqu'au Morro Itacolomi, dont nous parlerons plus bas, le fond de

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sable fin blanc piqué de très-petits points noirs et rouges est à-peu-près constant.

Il y a presque toujours peu de foi à accorder aux indications tirées des diverses qualités du fond de la mer; des différences réellement tranchées ne se trouvent guère dans de petits espaces, et, la plupart du temps, il y a peu d'accord dans la manière dont différentes personnes apprécieront et désigneront les échantillons du fond rapporto par la sonde. Cette réflexion s'applique autant aux attérages de Maranhan qu'à tout autre parage: aussi, sans nier que la qualité de fond annoncée par les pilotes comme la plus commune, entre le méridien de cette île et le continent à l'Ouest, ne le soit err effet, nous ne l'avons cependant pas trouvée invariable; et par conséquent, nous ne la proposons pas comme une indication précise de la position du bâtiment qui la rencontrera.

Mais une telle indication, au reste, fût-elle certaine, ne serait pas très-importante, parce qu'on en a une autre qui est capable de lever toutes les incertitudes. C'est la reconnaissance qu'on aura dû faire, comme nous l'avons conseillé, de la plage des Lançoes Grandes. L'étendue de cette plage remarquable et son développement à près de trente lieues dans l'Est de la baie de San-Marcos, en font un point d'attérage qui réunit toutes les conditions desirables.

De Coroa Grande.

Les brisans de Coroa Grande, comme ceux de l'île Sainte-Anne, peuvent être vus, de beau temps, à trois lieues de distance du haut des mâts, et de la moitié de cette distance de dessus le pont d'une corvette.

Ils sont partagés en plusieurs groupes, et ils marquent sans cesse, quoique la mer y monte de douze pieds. La seule différence qui puisse y être remarquée, selon l'état de la marée,

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est la plus ou moins grande élévation des lames. Quant aux limites de l'ensemble, elles sont toujours à-peu-près les mêmes.

Ces bancs, très-accores du côté du large, peuvent être rangés à naoins d'un mille de distance au Nord et à l'Ouest, oú l'on aura de vingt-deux à sept brasses d'eau; mais rien n'oblige de les approcher d'aussi prés, même pour aller à Saint-Louis avec les vents généraux de la partie de l'Est: ces vents permettent toujours d'atteindre ce mouillage à la bordée; il suffit de cotoyer Coroa Grande à deux ou trois milles de distance.

Sa positon.

Le point le plus Nord des brisans de Coroa Grande est par 2° 10′ 50″ de latitude Sud et par 46° 17′ 56″ de longitude Ouest. Le point le plus occidental de ces brisans est sur le méridien de 46° 25′ 31″ Ouest.

Des profondeurs à l'O du Coroa Grande.

En partant de cette longitude et en allant à l'Ouest, jusqu'à la rencontre de la côte du continent qui forme le côté occidental de la baie de Saint-Marc, les profondeurs sont trèsinégales et passent brusquement de dix à quinze, dix-huit, vingt, vingt-cinq et trente brasses. Ce caractère heurté est remarquble, sur-tout pour les bâtimens qui, arrivant par l'Est, ont long-temps parcouru des fonds généralement unis.

Quelques cartes, même d'assez récentes, marquent des sondes de quatre brasses sur un petit espace situé à moitié distance de l'Itacolomi, au méridien le plus Ouest de Coroa; Grande. Notre exploration n'a pas porté précisément sur ce point, parce que nous ne connaissions point alors ces cartes; nous ne pouvons donc nier ni confirmer absolument l'existence des petites sondes qu'elles indiquent: mais nous ferons remarquer que celles que nous avons obtenues à trés-petite distance du point indiqué par quatre brasses, ne sont pas au-dessous de onze brasses, ce qui ne fait pas pressentir le voisinage immédiat d'un fond aussi élevé. Et nous ajouterons que l'usage suivi

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par tous les bâtimens qui quittent Maranhan (et il en est de trèsgrandes dimensions ), de prendre leur point de départ du paralièle de l'Itacolomi, porte à croire qu'aucun point de ce parallèle n'est dangereux, comme il le serait réellement, si l'on pouvait n'y trouver que quatre brasses d'eau. Nous nous bornons du reste, sur ce point, comme sur toutes les parties de la mer et des côtes du Brésil que notre travail a embrassées, à garantir seulement ce que nous avons vu et pratiqué nousmêmes, laissant aux documens qui nous sont étrangers la responsabilité de leurs indications, sur les points que nous n'avons pas pu reconnaître.

De l'accore du Nord de Coroa Grande, pour peu que le ciel soit clair, on aperçoit l'île de Maranhan. Cette île est plus haute que l'île Sainte-Anne; ses masses sont boisées, de configuration variée, et entrecoupées de falaises blanches dans le Nord; la distance de ces falaises à l'accore du large de Coroa Grande est d'un peu plus de quatre lieues.

Distance et direction des principaux points de la côte entre eux.

La distance de l'accore occidentale des bancs du cap Saint-Roch à la pointe Mocoripe (extrémité Est de la baie de Ciara) est de 148 milles, et la direction intermédiaire le Nord 62° Ouest.

De la pointe Mocoripe à la pointe Mondahú, la distance est de 57 milles, et le gisement de la côte le Nord 57° Ouest.

De la pointe Mondahú à celle de Tapagi, la distance est de 48 milles, et la direction le Nord 64° Ouest.

De la pointe de Tapagi à l'embouchure du Rio Iguarassú (bras oriental du Rio Paranahyba), la distance est de 90 milles, et le gisement l'Ouest quelques degrés Sud.

De l'embouchure d'Iguarassú à la pointe Nord-Est des brisans de l'île Sainte-Anne, la direction moyenne, sans avoir égard aux inflexions de la côte, est le Nord 71° Ouest; la dis-

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tance, suivant cette lïgne, est de 120 milles, et de quelques milles de plus seulement, en prolongeant la côte à la distance de deux lieues et demie que nous avons conseillée.

Enfin, en faisant tronte-six milles à l'Ouest ¼ Nord-Ouest, à partir de la pointe Est des brisans du Nord-Est de l'île Sainte-Anne, on sera sur le meridien le plus Ouest des brisans de Coroa Grande, de manière à pouvoir faire route pour la baie de San-Marcos, sans avoir rien à craindre de ces brisans.

La distance totale des bancs du cap Saint-Roch à l'extrémité occidentale des brisans de Coroa Grande est donc d'un peu plus de cinq cents milles.

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CHAPITRE XI.

DESCRIPTION de la baie de San-Marcos et du mouillage de San-Luiz, sur la côte de Maranhaõ. — Route pour se rendre à ce mouillage et pour en sortir. — Description de la vigic de Manoel-Luiz.

De la baie de San-Marcos.

LA baie de San-Marcos [Saint-Marc] est la partie de mer comprise entre la côte occidentale de l'île de Maranhaõ [Maranhan] et le continent. Son entrée gît Nord-Nord-Est et Sud-Sud-Ouest; sa moindre largeur est d'environ six milles, et sa longueur de quatorze lieues. Cette baie est navigable, sur une grande partie de son étendue, pour de grands bâtimens; et des frégates mêmes peuvent mouiller devant San-Luiz [Saint-Louis], port principal de la baie, situé sur la côte occidentale de l'île de Maranhan.

L'entrée de la baie de Saint-Marc étant formée en grande partie par des bancs et des brisans qu'il faut reconnaître avec précaution, nous reviendrons ici sur ce que nous avons déjà dit à son égard, afin de réunir sous un seul point de vue tout ce qui est relatif à cette partie dangereuse de la côte du Brésil.

Attérage le plus ordinaire pour aller à saint-Louis de Maranhan.

Les vents, aux environs des îles de Maranhan, sont le plus souvent de la partie de l'Est: c'est donc par l'Est qu'il faut attérir, soit qu'on arrive d'Europe, de la Guiane ou des Antilles; le cas seul où l'on aurait des vents bien faits du Nord à l'Ouest doit faire exception; dans tous les autres, on devra prendre connaissance des Lançoes Grandes, ainsi que nous l'avons conseillé page 180. On a vu que cette plage de sable commence à environ vingt lieues dans l'Est ¼ Sud-Est de l'île Sainte-

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Anne, et qu'elle s'étend jusqu'à la côte des Mangliers Verts, términée par le grand coude des terres du continent, sous le mêridien de 45° 48′ Ouest. (Voyez la carle n.° 13.)

On pourrait approcher les Lançoes Grandes à quatre ou cinq milles, où l'on aurait de six à dix brasses d'eau; mais une erreur en longitude, très-présumable sur ce point, pouvant faire prendre les Lançoes Pequenas pour les Lançoes Grandes, auquel cas on se trouverait dans l'Est des petits fonds de Perguiças, au lieu d'en être à l'Ouest, il faut, pour éviter toute inquiétude, se tenir à dix ou douze milles de la côte, et se conserver par des profondeurs de dix à six brasses. A cette distance de terre, on sera entre les parallèles de 2° 30′ et de 2° 15′ de latitude Sud, sur une direction moyenne de l'Est-Sud-Est à l'Ouest-Nord-Ouest, qui est celle de la côte qu'on prolongera.

Brisans du N.-E. de l'île Sainte-Anne.

Parvenu sur le méridien de 45° 40′, qui est celui du milieu de la plage des Mangliers Verts, et à sept ou huit milles de son rivage, on gouvernera à l'Ouest (1), et l'on ne tardera pas à voir devant soi les brisans du Nord-Est de l'île Sainte-Anne et cette île elle-même.

On contournera ces brisans à deux ou trois milles de distance, en les laissant dans le Sud. La marque à laquelle on connaîtra qu'on les a passés et qu'on en est dans l'Ouest, consiste, comme nous l'avons dit, à relever les plus hautes terres de l'île Sainte-Anne, au Sud quelques degrés Est.

Ile Sainte-Anne.

Nous avons dit plus haut que cette île, qui a beaucoup de ressemblance avec la côte des Mangliers Verts, est cependant

(1) Si, dans ce trajet, on s'aperçoit que la marée porte dans le Sud, on fera prendre du Nord à la route, en proportion de l'effet du courant. Le flot sur cette partie de la côte porte au Sud-Ouest, et le jusant an Nord-Est, quelquefois avec unc vîtesse de deux milles à l'heure.

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plus élevée; on doit d'autant moins la confondre avec cette côte, qu'elle en est séparée par un grand espace libre, où le rivage est tout-à-fait interrompu.

Après avoir prolongé les brisans du Nord de l'île Sainte-Anne, on continuera de gouverner à l'Ouest quelques degrés Nord, jusqu'à la rencontre des brisans de Coroa Grande, qu'on peut approcher d'aussi près que les premiers et ranger également à deux milles de distance.

Brisans de Coroa Grande.

On pourrait peut-être reconnaître les brisans de Coroa Grande, à la qualité des fonds de sable fin piqué de petits points noirs et roux, qui deviennent très-fréquens à l'époque de son méridien, comme nous l'avons dit plus haut; mais nous répétons que si l'on a fait l'attérage que nous avons conseille, la position du bâtiment n'aura plus rien de douteux lorsqu'on verra Coroa Grande: si l'on a pris connaissance des Lançoes Grandes dans toute leur étendue, on aura déjà prolongé un espace de trente lieues parfaitement déterminé

Routes pour se render à Saint-Louis après avoir reconnules Lançoes.

De la partie Nord de Coroa Grande, deux routes se présentent pour entrer dans la baie de San-Marcos et ensuite au mouillage de Saint-Louis de Maranhan.

Première route.

Pointer N. de Maranhan.

La première consiste à contourner, par le Nord et l'Ouest, Coroa Grande, en se réglant sur la sonde, qui ne doit jamais être au-dessous de dix à douze brasses, tant qu'on suit l'accore du banc, et ensuite, à prolonger la côte occidentale de Maranhan, dont on doit voir la partie Nord en même temps que les brisans, si le temps est clair. Nous avons déjà dit que, indépendamment de la plus grande élévation de ses côtes, l'île de Maranhan se distingue encore de l'île Sainte-Anne, lorsqu'on vient du large, par les falaises blanches de sa partie Nord.

Pointer San-Marcos.

La première pointe de Maranhan, qu'on rencontre en suivant l'accore Ouest des bancs de Coroa Grande, est celle de San-

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Marcos [Saint-Marc], qui donne son nom à la baie. C'est une terre élevée, qui finit en pente assez rapide à la mer, et sur le haut de laquelle est une maison de vigie et un mât de signaux. Cette pointe se prolonge sous l'eau, ainsi que la côte qui la suit dans le Sud-Ouest, par quelques plateaux de roches et de sable, d'environ quatre cents toises de saillie, dont il faut se défier.

Ponta das Areias [Pointe des sables].

En continuant la route au Sud-Ouest et Sud-Ouest ¼ Sud, on atteindra bientôt le parallèle du petit fort de Sant-Antonio de la Barra, situé à la pointe das Areias, pointe Nord de l'entrée du port de Saint-Louis; cette pointe forme l'extrémité Sud des plateaux de roches et de sable que nous venons d'indiquer le long du rivage, et l'on ne doit pas l'approcher par moins de cinq cents toises, tant qu'on en est dans l'Ouest; on sera, à cette distance, par trente-cinq ou quarante pieds d'eau, de mer basse, sur le parallèle du fort Sant-Antonio, où l'on pourra mouiller.

Deuxiéme route.

Morro Itacolomi.

La seconde route pour aller à Saint-Louis de Maranhan, consiste à reconnaître le morro Itacolomi, petite montagne du continent, au côté occidental de la baie de Saint-Marc, à-peu-près sur le parallèle de l'accore septentrionale des brisans de Coroa Grande: cette montagne ressemble à un chapeau pointu à bords très-larges; elle est entièrement couverte d'arbres touffus, et elle peut être aperçue de cinq à six lieues, de beau temps. Son isolement sur une côte plate facilite la reconnaissance de cette hauteur; les terres qui l'accompagnent dans le Sud continuent de s'étendre dans cette direction, tandis que celles du Nord tournent brusquement à l'Ouest à peu de distance; enfin, il n'existe dans le voisinage de la baie de San-Marcos, aucune terre qui puisse donner lieu à une méprise avec le morro Itacolomi, et il est généralement pris pour point de départ

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et d'arrivée. Il est situé par 2° 8′ 38″ Sud, et par 46° 44′ 48″ de longitude Ouest.

Pointe Tatinga.

Quand on est à six milles dans l'Est de ce mondrain, et qu'on veut entrer dans la baie de Saint-Marc, la route peut être directe au Sud, quinze milles, c'est-à-dire, jusque sur le parallèle et à une lieue dans l'Est de la pointe Tatinga. De cette position, on pourrait gouverner au Sud-Sud-Est, directement sur la pointe de Saint-Marc; mais on ne devra faire cette route directe que de jusant ou de pleine mer étale, afin d'éviter d'être entraîné par le flot sur la pointe Nord-Est du petit banc de Cerca, sur lequel il ne reste que très-peu d'eau de basse mer. Il convient donc de faire d'abord quatre milles au Sud-Est, en partant de trois milles à l'Est de la pointe Tatinga. Cette route conduira à environ deux milles dans le Nord 38° Est de la pointe de San-Marcos; de cette nouvelle position, on gouvernera de manière à prolonger la côte de Maranhan à sept ou huit cents toises de distance, par des profondeurs de dix, treize et huit brasses, jusqu'au mouillage, comme on l'a conseillé pour la première route.

Du Banc du Milieu, selon quelques pratiques du pays.

Dans toute l'étendue du trajet, depuis le parallèle de l'Itacolomi, la seule attention à avoir (outre celle de sonder sans cesse, comme on doit toujours le faire dans toute navigation proche de terre ou des bancs), est de se maintenir jusqu'à ce qu'on soit sur le parallèle de la pointe Tatinga, à l'Ouest de la pointe Nord, seule dangereuse, de ce que quelques pratiques du pays nomment le Banc du Milieu; et pour cela il suffit de se tenir à quatre ou cinq milles de la côte du continent, qu'on prolonge jusqu'à la pointe Tatinga.

Ce banc du Milieu n'est pas exactement déterminé, et son existence même présente quelques doutes. Peut-être ceux qui en font mention entendent-ils parler de quelques sondes de

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quatre brasses, que plusieurs cartes anciennes marquent au voisinage et un peu au Sud du parallèle de l'Itacolomi, et dont nous avons parlé à la page 185. On voit, par nos routes, que nous n'avons pas trouvé ces petites profondeurs; mais quoi qu'il en soit de leur existence, nous pensons qu'elles sont assez éloignées de la côte du continent, pour qu'il n'y ait aucun danger à craindre entre elles et la terre. Le canal est assez large pour qu'on puisse y louvoyer; et le premier pilote de Saint-Louis nous a affirmé qu'on peut être en parfaite sécurité, en se maintenant dans ce canal par douze brasses d'eau, et en virant de bord toutes les fois qu'on trouve une profondeur plus faible.»

Marques pour connaître si l'on est à l'Est du banc de Cerca.

Après avoir fait cette première partie du chemin pour entrer, et lorsqu'on aura traverse la baie pour venir chercher la pointe Saint-Marc, on aura une bonne marque pour s'assurer qu'on est dans l'Est du banc de Cerca et à une distance suffisante de ce banc et de la côte de Maranhan; c'est de gouverner de manière à conserver un petit espace ouvert entre les deux petits îlots situés au Sud de l'île Medo.

Mouillage devant le port de saint - Louis de Maranhan.

Le meilleur mouillage devant le port Saint-Louis de Maranhan, est de six cents toises à un mille, dans le Nord 64° Ouest du fort Saint-Antoine de la Barre, si l'on est dans un grand bâtiment; on trouvera, dans cette position, de trente à quarante-cinq pieds d'eau, de mer basse. Les petits bâtimens peuvent s'approcher davantage du port, et se placer entre lui et le petit banc de Medo, qui est à peu de distance dans l'Ouest; du mouillage que nous occupâmes sur la Bayadère, nous faisions les relèvemens suivans:

La pointe Saint-Marc, au N. 64° E.
Le fort Saint-Antoine, au N. 74. E.
Le milieu de l'îlot Espera, au S. 40. O.

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Ces relèvemens sont corrigés de 1° 37′ de déclinaison de l'aiguille aimantée, observée, Nord-Est, en janvier 1820.

Indication d'un mouillage plus intérieur.

«Les bâtimens qu'un trop grand tirant d'eau empécherait d'entrer dans le port de Saint-Louis, et qui, ayant à réparer des avaries, voudraient un mouillage encore plus tranquille que celui-là, le trouveraient dans le Sud-Ouest de Maranhan, dans la petite baie d'Ataki. Le fond y est de vase, la profondeur de quinze à seize brasses, le courant beaucoup moins rapide que devant Saint-Louis, et la mer toujours calme. On s'y rend en contournant l'île Medo par l'Ouest, à une distance d'un ou deux milles.» (Renseignemens donnés par les pratiques du pays.)

Description du mouillage devant la port Saint-Louis.

Le mouillage devant Saint-Louis est borné, dans le Sud et le Sud-Ouest, par la pointe de Guia appartenant à Maranhan, par l'île Medo, et plusieurs hauts-fonds sur lesquels il reste peu d'eau de basse mer; dans l'Est et le Nord-Est, par la côte de Maranhan; dans le Sud-Est, par les bancs qui forment le côte Sud de l'entrée du port; enfin, à environ deux milles dans le Nord-Ouest, par le banc de Cerca déjà nommé, qu'on nous a aussi désigné sous le nom de banc de Ilha das Pacas, et qui ne conserve, en certains endroits, que six pieds d'eau, de basse mer. Indépendamment du passage au Nord de ce banc que nous venons d'indiquer pour aller au mouillage, on pourrait encore s'y rendre par le Sud, et passer entre le banc de Cerca et l'île Medo: mais cette route ne doit être prise qu'avec des vents du Nord au Sud par l'Ouest; quand ils sont de la partie de l'Est, il est visible qu'il faut serrer de préférence la côte de Maranhan, pour pouvoir atteindre le mouillage de Saint-Louis à la bordée.

Du port de Saint-Louis.

L'entrée du port de Saint-Louis n'a rien de difficile pour les petits bâtimens; mais ceux d'un grand tirant d'eau ne pouvant

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louvoyer dans le chenal, il leur faut des vents favorables, et ils ne peuvent d'ailleurs se présenter que de mer haute, s'ils ont besoin de plus de vingt pieds d'eau.

La direction du chenal, depuis le parallèle du fort Saint-Antoine, est d'abord Sud 30° Est et Nord 30° Ouest, en se tenant à environ cent cinquante toises de ce fort, du moment qu'on le relève au Nord, puis à la même distance de la côte qui lui succède dans l'intérieur du chenal. Arrivé au pied des falaises qui terminent la pointe de San-Francisco, on peut mouiller pour attendre le pilote nécessaire pour aller plus avant, selon la grandeur du bâtiment.

La plus faible profondeur qu'on trouve sur la barre de Saint-Louis est de onze pieds dans les basses mers des syzygies; elle, est d'un peu plus de vingt-sept pieds, de mer haute, dans les mêmes circonstances. On trouve à-peu-près le même brassiage en dedans, en prolongeant le rivage, comme nous venons de le dire. La plage, au côté Sud du chenal assèche en grande partie, à moitié jusant. En 1820, une grande chaloupe était coulée avec ses mâts, à environ deux cents toises dans l'Ouest ¼ Nord-Ouest de la pointe das Areias; c'était une bonne balise pour marquer la distance à laquelle on devait ranger cette pointe dans ce relèvement: il serait à desirer qu'on la conser-yât. On voit, par ce que nous avons dit de la profondeur du port de Saint-Louis, qus des frégates pourraient y entrer, en choisissant un vent favorable et le moment de pleine mer des grandes marées; mais nous ignorons si, dans l'intérieur du port, elles trouveraient assez d'eau pour y flotter de basse mes; nous penchons pour l'affirmative à cet égard, sur la foi des pratiques.

Détails sur la ville de Saint-Louis.

La ville de Saint-Louis, capitale de la province de Maranhan et siége du gouvernement et de l'évêché, est d'une étendue

13*

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supérieure à ce qu'exigerait sa population. Elle occupe deux petites hauteurs, situées à peu de distance Est et Ouest l'une de l'autre, ainsi que le petit vallon qui les sépare. Plusieurs de ces maisons sont remarquables par leur grandeur; on distingue, parmi les édifices publics, une salle de spectacle, l'hôtel de la trésorerie, celui de la douane, plusieurs couvens et églises, dont la principale, qui est la cathédrale, occupe le côté Nord d'une place carrée couverte de gazon située devant le palais du gouvernement. Les rues sont généralement percées à angles droits; mais le mouvement du terrain y rend la circulation fatigante.

Ressources que présente une relâche à Sainte-Louis de Maranhan.

Les bâtimens trouvent à Maranhan les principales ressources qu'exige la navigation. La sûreté du port permet de s'y caréner; l'aiguade est bonne et abondante: on se procure assez facilement, dans l'île, des bœufs et du riz; mais si l'on a besoin d'un approvisionnement considérable, il faut l'aller faire sur le continent, beaucoup plus fertile de toute manière que l'île ellle-même, et beaucoup plus abondant en bestiaux, fruits, &c.

En 1820, la population de Saint-Louis de Maranhan était évaluée à seize mille ames, et celle de l'île entière à quarante mille.

La température est très-élevée dans cette ville, sur-tout depuis le mois de décembre jusqu'à celui de jum. Saint-Louis, bâti dans l'Ouest de l'île, ne ressent pas l'influence salutaire des vents généraux de l'Est, ou ne les reçoit que très-affaiblis.

Des vents qui y régnent.

Sous le rapport des vents et des autres phénomènes météorologiques, l'année peut se partager en deux saisons dans l'île de Maranhan. L'hiver, qui commence en décembre et finit en mai, et l'été, qui dure les six autres mois de l'année. La première de ces deux saisons est celle des pluies: elles tombent abondamment et sont accompagnées d'orages violens, sur-tout

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dans les mois de février, mars, avril et même une partie de juin. Le tonnerre et les éclairs sont alors presque permanens, et dans les grains, les vents soufflent avec une grande force du Nord au Sud-Ouest par le Sud. Toutefois, on n'éprouve pas à Maranhan d'ouragans proprement dits; et dans les plus mauvaises nuaisons, il y a de longs intervalles de temps tolérable. Il tombe quelquefois aussi de la pluie pendant l'été; et dans cette saison, les vents règnent le plus ordinairement de l'Est-Sud-Est au Nord-Est par l'Est: ce sont les vents généraux.

L'air qu'on respire à Maranhan est assez sain. On n'y connaît pas de graves maladies endémiques. Dans le temps des pluies, quelques fièvres prennent parfois un caractère dangereux; mais elles cèdent souvent à un traitement approprié. Les moyens préservatifs sont un régime exempt d'excès; les principaux remèdes sont les évacuans, particulièrement l'émétique.

Commerce de Maranhan.

Le commerce de la province de Maranhan consiste en coton, riz, cuirs, gingembre et ipécacuanha; la quantité exportable de la premièrede ces marchandises s'élevait, en 1820, à 70,000 balles, du poids de 170 livres chacune.

Des marées dans la baie de Sain-Marc.

Les marées sont régulières à Saint-Louis et dans la baie de Saint-Marc. Au mouillage indiqué ci-dessus (page 193), le flot se dirige au Sud-Sud-Ouest, et le jusant au Nord et Nord-Nord-Est. La vîtesse de l'un et de l'autre est de 1, 7 de mille par heure dans les marées ordinaires, et de 2, 5 dans les nouvelles et pleines lunes. Dans ces derniers cas, la différence du niveau de basse mer à celui de haute mer est de seize pieds quatre pouces, selon nos observations faites trente-six heures après la lune de janvier 1820, proche le fort Saint-Antoine. Dans les marées ordinaires, le mouvement vertical des eaux n'est que de dix pieds, d'une marée à la marée suivante.

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Établissement des marées à Saint-Louis.

L'établissement des marées au port Saint-Louis a été trouvé de sept heures.

Position du fort Saint-Antoine de la Barre.

Le pavilion du fort Saint-Antoine de la Barre est dans la position suivante:

Latitude 29′ 23″, 6′″ S.
Longitude 46. 37. 11, 0. O.

Nous avons dit que la déclinaison de l'aiguille avait été trouvée, dans le même lieu, de 1° 37′ Nord-Est, au mois de janvier 1820.

La route pour sortir de la baic de Saint-Marc, se conclurait aisément de ce que nous avons dit de celle qu'il faut faire pour entrer; nous reviendrons néanmoins ici sur les principales directions à suivre.

oute pour sortir de la baie de Saint-Marc.

Du mouillage devant le port de Saint-Louis, deux routes directes se présenteraient pour sortir de la baie comme pour y entrer, si les vents pouvaient s'y prêter. De ces routes, l'une serait le Nord ½ Ouest, pour passer à l'Ouest du Banc du Milieu; l'autre, le Nord 30° Est, pour passer dans l'Est de ce banc (1), en rangeant la côte de Maranhan et les bancs de Coroa Grande.

Mais les vents ordinaires, dans ce parage, étant de la partie de l'Est, cette seconde route pour sortir est souvent impossible; et si ces vents permettent d'approcher de beaucoup de l'autre, c'est rarement d'une manière complète et sans quelques déviations.

Route avec les vents généraux.

En supposant les vents de l'Est-Nord-Est à l'Est-Sud-Est, qui sont les plus fréquens, il faut prendre les amures à tribord, en quittant le mouillage de Saint-Louis, et tâcher de gouverner de manière à faire valoir la route le Nord ½ Ouest.

(1) Voyez, page 192, ce que nous avons dit du Banc du Milieu.

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Ayant eu soin, comme on le devra toujours dans cette circonstance, de mettre sous voiles au moment précis de la haute mer, cette première bordée, aidée du jusant, fera traverser promptement le petit banc de Cerca, qu'on reconnaîtra au passage subit des profondeurs de quinze et dix-neuf brasses à celles de dix, huit et meme cinq brasses, dans le seul intervalle de temps nécessaire pour retirer et jeter le plomb de sonde. Mais ce banc, situé sur une direction Nord-Est et Sud-Ouest, ayant fort peu de largeur, dans le sens presque Nord ¼ Nord-Ouest et Sud ¼ Sud-Est qu'on suivra, on ne trouvera guère qu'une ou deux fois ce dernier brassiage; et pour peu que le bâtiment ait de vîtesse, il retombera sur-le-champ aux profondeurs précédentes, et le banc sera franchi.

Banc de Cerca.

La marque pour connaître qu'on est sur l'extrémité Nord de ce banc, par neuf pieds d'eau de basse mer, est de réunir, à très-peu prés, les pointes opposées les plus voisines des deux îlots qui sont dans le Sud de l'île Medo, avec la pointe Ataki de Maranhan, qui paraît derrière eux, en même temps qu'on relève la pointe de Saint-Marc au Sud 56° Est.

Suite de la route pour sortir.

Si la première bordée prend de l'Ouest, on pourra la prolonger jusqu'au continent, qu'on atteindra sur un point d'autant plus au Nord que le vent aura été plus favorable à la route, et que le jusant aura eu plus de force pour la soutenir contre la dérive. Ce courant portant, comme nous l'avons dit, au Nord et Nord-Nord-Est, dans toute l'étendue de la baie, un seul jusant suffira presque toujours pour mettre le bâtiment dehors, si l'on est parti au moment de la pleine mer.

On pourrait approcher du continent jusqu'à deux ou trois milles de distance, et tous les petits bâtimens peuvent le faire; mais nous répétons que la prudence exige qu'on ne sorte pas, dans cette partie de la baie, des profondeurs de douze brasses,

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sur-tout avec un grand navire; outre les motifs de sûreté, cette précaution est encore fondée sur une autre considération que nous exposerons plus bas.

Parvenu à la fin de la bordée, à la profondeur prescrite, on virera sur l'île de Maranhan, et l'on serrera le vent bâbord amures, jusqu'à ce qu'on ne trouve plus que douze brasses d'eau. Il est probable que la seconde bordée du côté du Nord achevera le trajet de la sortie; mais s'il en était autrement, il n'y aurait qu'à continuer de louvoyer tant que le jusant subsistera, en ne passant jamais à des fonds au-dessous de douze brasses.

En renfermant les bordées dans ces limites, le long du continent, on évitera tout danger de la part du Banc du Milieu, supposé qu'il existe, comme quelques personnes le disent. Celles qui exagérent le plus ses dimensions, avouent d'abord qu'elles sont circonscrites entre le parallèle du mont Alegre, à environ huit milles au Sud de l'Itacolomi, et celui de ce dernier mondrain. Au Sud de cette position et jusqu'à la pointe Nord du banc de Cerca, tout bâtiment peut traverser la baie en sûreté après une heure de flot; on affirme de plus qu'à l'Est et à l'Ouest d'une ligne Nord et Sud très-étroite comprise entre ces deux parallèles, on peut louvoyer sans inquiétude en prenant les précautions que nous venons d'indiquer.

Tous les marins du pays s'accordent à donner la préférence au chenal qui prolonge le continent, sur celui qui suit la côte de Maranhan et les brisans de Coroa Grande, et nous sommes de leur avis, sur-tout s'il s'agit de sortir de la baie et de tirer avantage du courant. Le premier chenal, en effet, est le plus profond des deux; et par cette raison, le courant dont il faut toujours s'aider pour louvoyer, y est plus fort et par conséquent plus profitable que dans l'autre. C'est par une considération sem-

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blable que nous conseillons de se maintenir par des sondes de douze brasses, bien qu'on put sans danger aller jusqu'à celles de dix et même au-dessous, sur les deux bords. La vîtesse des eaux est proportionnée à leur profondeur; et le milieu du chenal étant plus profond que les côtés, c'est dans ce milieu que le courant doit être le plus rapide et par conséquent le plus favorable.

Route avec des vents du S.-E. au S.-O.

Si les vents soufflaient de la partie Sud-Est au Sud-Ouest, au moment du départ, avec une apparence de durée, la route la plus convenable à faire serait de prolonger la côte de Maranhan et l'accore occidentale des brisans de Coroa Grande; il ne s'agirait alors que de suivre des directions diamétralement opposées à celles qui ont été indiquées pour entrer.

Route pour s'éloigner de la baie de Saint-Marc.

Arrivé à deux ou trois lieues dans l'Est du Morro Itacolomi, on quitte ordinairement le pilote dont on s'est servi pour sortir, et l'on prend la route qu'exige la destination du bâtiment. De ce moment, un seul obstacle reste à éviter sur les routes qui conduisent au Nord de Maranhan et nous allons le décrire.

Vigie de Manoel-Luiz.

A la distance de soixante-dix-sept milles dans la direction du Nord 8° Est, à partir de l'ltacolomi, se trouve un des hautsfonds les plus redoutables qu'on puisse rencontrer à la mer: c'est la vigie de Manoel-Luiz.

Ce danger, qu'on ne connaissait plus que par les nombreux naufrages qu'il occasionnait avant que nous l'eussions retrouvé et dont on ne pouvait plus assigner la position, consiste en plusieurs groupes de rochers coniques à fleur d'eau, séparés entre eux par des intervalles inégaux en distance et en profondeur.

Sa description.

Située dans une mer rarement exposée à des vents violens, cette vigie ne brise que par instans fort courts et seulement

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quand la marée est tout-à-fait basse, en sorte qu'il est presque impossible de l'apercevoir, même en en passant fort près. Néanmoins, ceux des rochers de ce plateau que nous avons explorés ne conservent pas plus de cinq à quinze pieds d'eau, de basse mer, bien qu'on trouve huit, dix et douze brasses à leur pied: on peut donc rencontrer inopinément ce danger; et un échouage sur un écueil de cette nature entraînera presque toujours une perte sans ressource.

Les brisans instantanés qui s'en élèvent ont l'apparence d'un remous de baleine lorsque la mer est calme autour d'eux; et quand ils disparaissent, ils laissent des masses d'écume blanche qui subsistent assez long-temps. Lorsque le ciel est dégagé, on peut apercevoir les roches sous l'eau, où elles offrent de grandes taches noires; mais ces taches ne sont visibles que de trop près pour qu'il soit prudent de compter sur cette indication: après deux heures de flot, et seulement à demi-mille de distance, il est probable qu'on ne verra aucune trace d'écueil, si la mer est belle.

Notre exploration a embrassé l'E., le Sud et l'Ouest de la vigie

Les recherches que nous avons faites de cette vigie nous ont donné lien de connaître assez bien ses approches dans l'Est, dans le Sud et dans l'Ouest, pour pouvoir garantir qu'il n'existe rien de dangereux dans ces directions. Je desirais vivement me mettre à même de parler avec autant de confiance de la partie Nord; mais il aurait fallu que les circonstances me favorisassent huit jours de plus, et c'est ce qu'elles ne firent pas. Dès le lendemain de la découverte de la vigie, la mauvaise saison se développa avec violence; le temps ne se prêta plus à aucune observation astronomique, et je perdis mon avant-dernière ancre. Dans cet état de choses, avec un bâtiment seul et du tirant d'eau de la Bayadère, continuer des recherches qui avaient été déjà si hasardeuses durant les dix jours de circonstances favorables

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qui venaient de s'écouler, n'aurait été qu'une obstination gratuite et sans espoir de succès possible, du moment que les circonstances étaient entièrement changées; je ne pus donc contourner la vigie par le Nord. Malgré la contrariété que j'en éprouvai, je pouvais croire cette lacune peu regrettable. Toutes les traditions que j'avais recueillies sur les rochers de Manoel-Luiz, s'accordaient, au milieu de leurs contradictions, à placer ces écueils plus Sud que je ne les avais trouvés, et à les circonscrire dans des limites plus étroites que celles que j'avais sous les yeux: il était donc difficile de n'en pas conclure que j'avais tout rencontré. Toutefois, je ne l'affirmai point; et nos reconnaissances ayant embrassé les approches du danger dans les directions réellement importantes pour les bâtimens qui fréquentent Maranhan, je me bornai à m'applaudir d'avoir résolu la question de la vigie de Manoel-Luiz, sous les rapports les plus essentiels, dans l'ordre des recherches qu'embrassait ma mission: laissant à une occasion plus favorable, au hasard peut-être, à découvrir ce qui pourrait rester d'intéressant dans cette question, pour la navigation générale.

Nos observations faites au mouillage, à quatre cents toises dans le Sud des roches les plus occidentals de la vigie de Manoel-Luiz, et dans des circonstances qui nous autorisent à en assurer l'exactitude, placent ces roches de la manière suivante:

Position de la vigie de Manoel-Luiz.

Latitude 51′ 25″ S.
Longitude 46. 34. 59. O.

Déclinaison de l'aiguille aimantée, observée le 29 janvier 1820 au même mouillage, 0° 57′ Nord-Est.

Marées à vue de ce danger.

Le même jour, qui était la veille de celui où la lune entrait dans son plein, nous trouvâmes que la mer monta et descendit

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sur les rochers de Manoel-Luiz, d'environ douze pieds, et qu'elle fut pleine à cinq heures; que le flot dura six heures et porta de 0, 6 de mille par heure au Sud-Ouest; et que le jusant porta au Nord-Est, pendant la même durée et avec la même vîtesse.

Analogie entre la nature de ces rochers et celle des autres rochers et îlots situés à petite dist. sur la côte orientale du Bresil.

Enfin, la nature des rochers qui forment cet écueil, nous paraît être absolument la même qu'aux Abrolhos et que dans la plupart des autres îlots ou rocs situés à petite distance des côtes du Brésil, et dont nous avons donné la description.

Second groupe de rochers au Nord de Manoel-Luiz.

Telles étaient nos connaissances, d'après nos recherches, sur la vigie de Manoel-Luiz, lorsqu'on apprit, en 1825, qu'un autre groupe de roches venait d'être rencontré à près de sept lieues plus au Nord et presque sur le même méridien que les nôtres.

Cette rencontre, entièrement due au hasard, a été faite et annoncée dernièrement par M. da Silva, officier de la marine brésilienne, qui, se rendant à Para, aperçut des brisans sur sa route et reconnut les roches dont il s'agit. J'ignore les détails de cette découverte; mais la position assignée à ce nouvel écueil a été transmise ainsi qu'il suit:

Latitude 32′ 0″ S.
Longitude 46. 37. 36. O. de Paris.

Et d'après les renseignemens reçus, on paraît ne pas pouvoir élever de doute, au moins, sur la latitude.

Une question se présente donc ici; c'est de savoir à laquelle des deux vigies, celle de M. da Sylva et la mienne, il faudra désormais donner le nom de Manoel-Luiz. Si l'on consulte toutes les anciennes cartes qui font mention de cette vigie, on trouvera si peu d'accord entre elles, qu'il sera impossible de se décider pour l'une ou pour l'autre. Elles ne

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marquent toutes qu'un seul groupe de rochers, et aucune ne le place dans la position où nous avons trouvé les nôtres, M. da Syiva et moi. Je suis donc tenté de croire que ces deux découvertes doivent être considérées comme se rattachant à un même plateau. Son étendue, qui serait alors de sept lieues Nord et Sud, ayant pu donner lieu à la rencontre successive de plusieurs de ses parties, expliquerait jusqu'à un certain point les différentes indications qui ont été données jusqu'à nous. Je conviens que cette hypothèse ne les justifierait pas toutes, puisque, comme je m'en suis assuré, l'opinion populaire à Maranhan, par exemple, plaçait la vigie sur des parallèles de près d'un degré plus Sud que celui où nous l'avons rencontrée, et sur lesquels nous nous sommes assurés qu'il n'existe aucun danger; et l'on peut en dire autant relativement à la rencontre faite par M. da Sylva: cependant il me paraît hors de doute que ce qu'on a appelé jusqu'ici vigie de Manoel-Luiz est un des points du plateau spacieux dont nous avons, M. da Sylva et moi, assigné les limites dans le sens du méridien; et que, par cette considération, il peut paraître juste de lui conserver son nom primitif, si c'est celui du premier navigateur qui a eu connaissance de ce redoutable écueil.

Nous revenons aux résultats de nos connaissances.

Insuffisance des sondes pour connaître, avec une certaine précision, la distance à laquelle on se trouve de la vigie de Manoel-Luiz.

Il nous paraît difficile de tirer de la sonde, des indications de quelque sûreté sur la distance où l'on peut se trouver de la vigie de Manoel-Luiz. Les profondeurs et la nature du fond sont si variables, à un certain éloignement de ce danger, qu'on ne peut en déduire que des données fort peu concluantes.

Les fonds de sable blanc piqué de petits points noirs et roux, que nous avons indiqués (page 184) comme les plus

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communs dans la portion de mer comprise entre le méridien de Coroa Grande et celui de la côte orientale du continent voisin, s'étendent, comme nous l'avons dit, à dix ou quinze lieues au Nord de l'entrée de la baie de Saint-Marc; mais ils n'y sont pas sans mélange, et on les trouve souvent accompagnés de fonds qui n'ont nul rapport avec eux.

Au-delà de cette limite, de même qu'à l'Est du méridien de Coroa Grande, les fonds de sable et madrépores brisés ou broyés, prennent le dessus; ce sont à-peu-près les mêmes que eeux qu'on trouve si constamment le long de la côte du Brésil, depuis les Abrolhos: nous les avons trouvés à l'extrémité de toutes nos routes dans l'Est et sur le parallèle de la vigie; il est probable qu'ils s'étendent au Nord et à l'Est beaucoup plus loin.

Ce sont encore ces fonds de madrépores broyés qui sont les plus communs immédiatement autour et dans l'Est, le Sud et l'Ouest de ce danger; mais ils se mélangent parfois, quoique rarement, de gros graviers, de débris de coquilles, et, plus rarement, de quelques roches sous des profondeurs qui, variant d'une sonde à l'autre, de quatre ou cinq brasses, dans des sens opposés, ne permettent pas de déterminer, à quatre ou cinq lieues près la distance où l'on est de la vigie. Nous venions d'avoir vingt-cinq brasses de fond, lorsque, à une heure et demie de la nuit du 28 janvier, nous ne trouvâmes que douze brasses dans le seul intervalle de temps nécessaire pour retirer un plomb à main et le rejeter; il se trouva qu'alors nous n'étions pas à plus de quatre milles des roches.

Les disparates dans la profondeur ne sont pas aussi marquées sur la totalité de l'espace que nous avons exploré autour de cet écueil; mais elles le sont assez pour qu'on ne puisse pas, jusqu'à présent, se flatter de trouver dans la sonde un

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renseignement digne de foi. La seule observation qui semble assez fondée pour être de quelque utilité aux bâtimens qui vont à Maranhan en arrivant par l'Est et le Nord-Est, est le décroissement du fond que nous avons reconnu sur le parallèle à partir d'environ quinze lieues de la vigie. Il paraît qu'à cette distance, une ligne tirée du Sud-Est au Nord-Ouest séparerait assez exactement les profondeurs de cent brasses et au-dessus, de celles de cinquante à quatre brasses. On ne doit pas donner à cette remarque une importance absolue; mais on voit, par nos sondes, qu'elle n'est pas sans vraisemblance; et c'est déjà quelque chose de tranquillisant, quand on se trouve dans le voisinage d'un danger tel que celui qui nous occupe ici, que de savoir qu'on en sera au moins à quinze lieues, tant qu'on aura plus de cinquante brasses de fond.

La plus efficace, la plus sûre des précautions à conseiller aux bâtimens qui vont à Maranhan, même quand ils sont pourvus de montres marines, consiste, comme nous l'avons dit, à prendre connaissance de la plage des Lançoes Grandes, entre les méridiens de 45° et de 45° 40′ Ouest, en s'approchant de huit à dix milles de terre pour la cotoyer ensuite.

Quant à ceux qui, sortant des ports de la baie de Saint-Marc, veulent se porter au Nord, la connaissance de la position que nous avons assignée à la vigie ne leur suffirait pas, dans certaines circonstances, pour éviter ce danger. Leur route devra se régler d'après des combinaisons avec des courans variables; et nous présenterons ces combinaisons dans le chapitre suivant, consacré à indiquer la route pour se rendre des différens ports du Brésil en France.

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CHAPTRE XII

ROUTE pour se rendre du Brésil en Francc.

La régularite des brises de terre permet de fixer le momentdudépart des ports du Brésil.

LA régularité des brises de terre, sur la presque totalité des côtes du Brésil, pendant la plus grande partie de l'année, permet aux bâtimens qui fréquentent ces côtes, de fixer le jour et même l'heure de leur départ du port. On a vu (page 46 ) que ces brises s'élèvent pendant la nuit, fraîchissent ordinairement au point du jour, et durent jusque vers neuf heures ou dix heures du matin: on a donc toutes les facilités desirables pour se préparer à en profiter, et pour se porter à la distance de la côte où, dégagée de tous les obstacles de loca-lités, la navigation n'est plus assujettie qu'à des causes générales.

Ces causes elles-mêmes ne sont ni nombreuses ni variées sur la vaste étendue de mer qui environne, à une grande distance, les côtes du Brésil.

Cette partie du continent d'Amérique, située entre le trentetroisième et le deuxième degré de latitude Sud, est toute entière dans la région des vents généraux de l'hémisphère austral, lesquels soufflent ordinairement de l'Est-Nord-Est au Sud-Est. Le gisement de la partie du littoral du Brésil comprise entre le trente-troisième degré et le vingt-troisième, étant le Nord-Est ½ Nord et le Sud-Ouest ½ Sud, il s'ensuit que, pour s'éloigner des ports qui y sont situés, il faut souvent lutter contre des vents contraires et louvoyer.

Cas le plus ordinaire pour les bâtimens qui sortent des ports situés au Sud du cap Frio.

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Cette circonstance est la plus ordinaire, et, à quelque différence près dans le degré et la durée des contrariétés, elle doit, le plus souvent, être prévue par les bâtimens qui sortent des ports compris entre Rio Grande de San-Pedro et le cap Frio pour prendre le large et s'élever dans le Nord-Est.

Des bâtimens qui sortent des ports situés entre le eap Friom et la pointe d'Olinda.

Au Nord du cap Frio, la côte, sur une étendue de près de trois cents lieues, se rapprochant beaucoup de la direction du méridien, semblerait devoir laisser plus de chances pour prendre le large, tribord amures, à l'aide des vents généraux; mais les bâtimens qui sortent des ports situés entre le cap Frio et les Abrolhos, ont ces îlots à doubler; et ceux qui partent d'un port plus au Nord, se trouvent trop rapprochés d'une côte qui gît au Nord-Est, pour pouvoir toujours espérer de passer, à la bordée, au vent de la pointe d'Olinda.

Des bâtimens qui quittent les points de la côte au N. de la pointe d'Olinda.

Au-delà de cette pointe, les vents généraux sont presque toujours favorables pour prolonger la côte qui court au Nord, et les circonstances ou ils ne le permettent pas peuvent être considérées comme des exceptions.

D'après ces données fournies par l'expérience, il y a donc environ cinq cent cinquante lieuesdes côtes du Brésil, d'où les bâtimens ne peuvent généralement s'éloigner qu'en louvoyant; et ces côtes étant précisément celles ou se trouvent les ports les plus fréquentés, il convient d'indiquer les règies à l'aide desquelles la route pour les quitter peut être abrégée.

La plus importante de ces règles consiste à faire de grandes bordées, et à ne point chicaner le vent, si l'on est contraint de louvoyer.

Règle générale pour les bâtimens qui quittent les ports situés de la limite méridionale du Brésil à la p. d'Olinda.

Si, en quittant les ports de San-Pedro, de Sainte-Catherine, de Santos, de Saint-Sébastien, d'Ilha Grande, de Rio Janeiro, d'Espirito-Santo, de Porto-Seguro, de Bahia, et généralemént tous les points compris entre Rio Grande de San-

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Pedro et la pointe d'Olinda, on veut se porter au large avec des vents qui ne permettent pas de doubler toute la côte en prenant la bordée du Nord, il ne faut pas balancer à prendre la bordée du Sud, en serrant le vent bâbord amures; il est probable que, dans cette bordée, les variations ordinances aux vents généraux permettront de gagner assez dans l'Est pour compenser ce qu'on pourra perdre dans le Sud, et que, loin d'alonger la traversée, on l'abrégera. Le louvoyage le long de la côte, assujetti aux courans des marées et aux brises de terre, peut, à la vérité, dans certains concours de circonstances, favoriser les progrès contre le vent; mais cette méthode n'est réellement profitable qu'aux très-petits bâtimens qui approchent d'assez près le rivage pour pouvoir ressentir les brises de terre et les mettre à profit. Sauf des exceptions, les grands navires ne peuvent lutter, avec un prompt succès, contre les vents généraux, dans les mers du Brésil, que par de grandes bordées.

Distanca à laquelle il convient de s'élever dans l'Est de la côte orientale du Brésil, quand on a des vents contraires.

L'opiniàtreté des vents de Nord-Est force quelquefois les bâtimens sortis des ports situés au Sud du cap Frio pour retourner en Europe, de garder l'amure à bâbord pendant douze ou quinze jours, et de descendre au Sud-Est, même au Sud-Sud-Est, jusque sur les paralléles de vingt-huit à trente-deux degrés Sud: on doit tâcher d'atteindre ainsi le méridien de l'île de la Trinité; revirant alors, et prenant tribord amures, il est à-peu-près sûr qu'on pourra toujours doubler les points de la côte les plus saillans dans l'Est. A mesure qu'on s'élevera au Nord sur cette bordée, on trouvera des vents plus rapprochés de l'Est au Sud-Est, qui faciliteront de plus en plus le redressement de la route: en agissant de la sorte, il sera très-rare qu'on ne puisse pas passer au vent de l'île de Fernando de Noronha, et couper la ligne entre le trentième et le trente-huitième degré de longitude à l'occident de Paris. On la cou-

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perait encore d'un ou deux degrés plus à l'Ouest, qu'il n'en résulterait aucun inconvénient pour le reste de la traversée.

Passsge de l'equsteur.

Le passage de l'équateur sous ces méridiens, qui était devenu inquiétant par l'incertitude ou l'on a été long-temps sur la position réelle du Penedo de San-Pedro, ne doit plus exiger aujourd'hut que des précautions ordinaires; ce groupe de rockers a été revu, à notre connaissance, en 1822 et 1823 par deux bâtimens français (1); et il ne s'est élevé aucun doute sur la latitude de 0° 53′ 8″ Nord et la longitude de 31° 35′ 12″ Ouest qui lui ont été assignées: l'erreur, s'il y en a une, doit être légère.

Des bâtimens qni quittent les points de la côte situés au Nord de la pointe d'Olinda.

A partir de la pointe d'Olinda, ou plus exactement de la pointe de Pedras, située sur le parallèle de 7° 35′ 9″ Sud, et qui est la plus orientale du Brésil, jusqu'aux bancs du cap Saint-Roch, les bâtimens pourront probablement toujours s'élever dans le Nord, tribord amures. La direction de cette côte, inclinant de plus en plus vers l'Ouest, et les Vents généraux de ces latitudes étant fréquemment de l'Est, on pourra même espérer d'avoir du largue en se dirigeant au Nord; mais si, par exception, les vents ne permettaient pas de faire franchement cette route, nous répétons qu'il est préférable de faire d'abord une bordée dans le Sud-Est, cette bordée portât-elle même plus dans le Sud que dans l'Est.

Au-delà de la pointe Petetmga (proche du cap Saint-Roch), et jusqu'à l'île de Maranhan, la direction générale de la côte est l'Ouest-Nord-Ouest; il n'y a donc aucune difficulté pour s'en éloigner avec les Vents régnans: pendant les cinq sixièmes de l'année, ile souffient de l'Est-Sud-Est à l'Est-Nord-Est, et il est aisé de s'élever au Nord et même de ga-

(1) Par le vaisseau de S. M. le Jean-Bart, monté par M. le contre-amiral Grivel, et par un bâtiment de commerce du port du Havre.

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gner un peu dans l'Est, en gouvernant au plus près, tribord amures.

Seul point de la côte septentrionale du Brésil qui exige qu'il soit pris des précautions par les bâtimens qui fréquentent cette partie de la côte.

Un seul point de la côte septentrionale du Brésil exige qu'il soit pris, en le quittant, quelques précautions avant de gouverner définitivement au plus près tribord avec les vents généraux. Ces précautions sont commandées par l'existence de la vigie de Manoel-Luiz, écueil dangereux situé aux environs de Maranhan, et dont nous avons donné la description et la position au chapitre précédent.

On a vu que cette vigie est à soixante-dix-sept milles dans le Nord 8° Est du morro Itacolomi (page 201). Cette donnée, dont nous garantissons l'exactitude, suffirait pour déterminer la direction qu'on doit suivre pour éviter le danger, si aucun courant ne devait altérer la route, ou si elle ne devait être modifiée que par des courans de nature à se détruire réciproquement, par une exacte compensation de force, de durée et de direction; mais il n'en, est pas ainsi.

Variétés des courans dans l'espaco de mer compris entre le continent et la vigie de Manoel-Luiz.

Outre le courant general qui transporte presque toujours les eaux de l'Est à l'Ouest sur la côte Nord du Brésil, elles sont encore déplacées, plus ou moins régulièrement, par des marées; et le conflit de ces divers mouvemens produit souvent des résultats si variés qu'on ne peut les prévoir pour s'en garantir ou pour s'en défier.

C'est ce qui arrive sans cesse dans l'espace de mer compris entre la vigie de Manoel-Luiz et les côtes du continent dans le Sud et dans l'Ouest de ce danger.

Notre mouillage de trente heures au pied de cette vigie nous a prouvé que les marées y règnent et y sont régulières; que le flot y dure six heures et porte au Sud-Ouest; que le jusant y dure également six heures et porte au Nord-Est avec la même force et la même durée; enfin que la mer monte et

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descend sur ces rochers d'environ douze pieds, dans l'inter-valle d'une marée. Une seconde observation, faite en 1826 par un bâtiment du Roi (1) qui a navigué dans le parage de la vigie, sur nos directions, a rapporté les mêmes renseigne-mens sur les marées.

Nous avons également reconnu l'existence de ce système de marées dans la baie de Saint-Marc, ainsi que sur la côte qui précède cette baie dans l'Est. Il semble donc qu'on devrait supposer qu'il en est de même sur l'espace de mer situé entre la vigie et la côte du continent; car cet espace est trop étroit pour qu'on doive s'attendre à y observer des phénomènes différens, au moins sous le rapport des marées.

Nous nous sommes cependant convaincus du contraire dans les routes nombreuses que nous avons faites sur cet espace de mer, durant la recherche de la vigie. Ces recherches nous ont démontré l'existence d'un courant souvent dominant de l'Est à l'Ouest, entre Maranhan et le groupe de Manoel-Luiz.

S'il y a quelques rapports entre ce mouvement général des eaux et celui des marées, c'est ce que nous n'avons pas pu découvrir; et la quantité de naufrages causés par la rencontre imprévue des rochers porte jusqu'à l'évidence la supposition qu'il n'existe aucun de ces rapports sur lesquels il soit possible de compter, ou bien qu'ils ont toujours été inconnus.

(1) La goëlette la Lyonnaise, commandée par le lieutenant de vaisseau Lartigue, étant mouillée très-près des rochers de Manoel-Luiz, le 5 janvier 1826, a observé des courans alternatifs de plus d'un mille à l'heure, du Nord-Nord-Est à l'Ouest-Sud-Ouest. La veille, au mouillage sous la pointe Sud-Est de l'île San-Joaõ, on n'avait trouvé que du courant à l'Ouest-Sud-Ouest: dans le trajet d'un mouillage à l'autre, les courans furent faibles, variables et pvesque insensibles.

Routes conseillées anciennement pour é'viter la vigie de Manoel-Luiz en quittant Saint-Louis de Maranhan.

La variéte des courans qui règnent autour de la vigie de Manoel-Luiz, doit render très-circonspect sur les calculs où ces courans pourraient entrer.

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Avant que nous eussions trouvé et placé astronomiquement l'écueil, les pilotes de la baie Saint-Marc conseillaient aux bâtimens qui prenaient leur point de départ de trois ou quatre lieues à l'Est du morro Itacolomi, de gouverner au Nord ¼ Nord-Ouest et d'y faire vingt lieues avant de changer de route.»

Ce conseil, qui n'était plus fondé que sur des traditions depuis qu'on avait perdu le souvenir de la position de la vigie, serait encore sans danger, et nous le donnerions à très-peu près nous-mêmes aujourd'hui, comme conforme à Fétat exact des choses, si la direction du Nord ¼ Nord-Ouest pou-vait être suivie à volonté, en parcourant le canal qui sépare l'écueil du continent. Mais c'est ce qu'on ne peut admettre, d'après la différence observée dans la destinée des bâtimens qui ont prétendu avoir fait le Nord ¼ Nord-Ouest, paroe qu'ils ont eu le cap à cette aire de vent de leur compas. Les uns se sont perdus sur la vigie, les autres ont passé sans accident; il est donc certain qu'ils n'ont pas tous fait la même route, quoiqu'ils aient eu en apparence le même cap, et que, livrés à des courans différens qu'ils ne connaissaient pas, leur sort a entièrement dépendu du hasard.

Cette incertitude sur les courans doit rendre très-circonspect sur la route à faire pour se porter de la baie de Saint-Marc au Nord de la vigie de Manoel-Luiz. Les marées, durant ce trajet, pouvant être troublées dans plusieurs sens différens, il ne doit pas suffire de se régier sur elles; et dans la possibilité de faire un faux calcul, il est indispensable de ne pas s'y livrer complétement.

Pimentel, cosmographe portugais, que j'ai cité comme l'auteur d'un Routier d'une partie des côtes du Brésil, publié à Lisbonne en 1699, ne parle pas de la vigie de Manoei-Luiz, dont apparemment il n'avait pas connaissance. Mais la

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route qu'il conseille pour se rendre de la baie de Saint-Marc au Para peut encore être suivie, avec des précautions, malgré l'existence de cette vigie, et elle est même préférable à toute autre, au moins pour les bâtimens qui ne sont pas de la plus grande dimension. Il recommande de cotoyer la terre, et de reconnaître successivement l'île de San-Joaõ, le morro de Gorupi, l'embouchure du Rio Caite, et quelques autres points remarquables de la côte.» Plusieurs des parties du rivage intermédiaires à ces points étant assez basses, la nécessité de les reconnaître implique aussi celle de s'en tenir très-rapproché; il faut donc, d'après Pimentel, se tenir à petite distance de la côte du continent, au sortir de la baie de Saint-Marc pour aller dans le Nord. Mais aux environs de cette côte, les eaux sont peu profondes, et il paraît qu'à la distance moyenne de dix milles du rivage, on ne trouve souvent que dix brasses d'eau, profondeur que les grands bâtimens ne parcourent pas sans inquiétude dans des parages de la nature de ceux-ci.

Néanmoins, il semble encore plus sûr de s'y maintenir que de chercher à l'augmenter en s'éloignant de la terre. Du côté du large, on aurait à redouter la vigie; et les sondes supérieures à dix brasses que nous avons trouvées en nous portant au large de la côte sont trop variables et trop voisines de la vigie pour qu'il soit prudent de les aller chercher.

En suivant la côte, comme nous venons de le dire d'après Pimentel, la direction de la route, rapportée sur une carte anglaise construite depuis nos reconnaissances, par le lieutenant Georges Chrichton, de la frégate le Rhin, serait à trèspeu près le Nord-Nord-Ouest, depuis le point de la mer situé à dix milles dans l'Est de l'Itacoiomi.

Si, en faisant ce trajet on voit la terre de manière à pou-

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voir corriger l'influence des courans sur la route, il paraît qu'il n'y a d'autres objets d'inquiétude que les petites profondeurs, qui toutefois paraissent suffisantes pour la plupart des bâtimens.

Mais si, naviguant de nuit ou par un temps obscur, on n'avait pas connaissance de la terre, comme rien n'indiquerait qu'on suit une route déterminée, il serail plus prudent de ne pas courir des chances qui peuvent être dangereuses et de prendre des précautions propres à les éviter.

La première de ces précautions, dont le seul inconvénient pourrait être de causer un peu de retard, consiste (quand l'état du temps ne permet pas de rectifier la route par la vue des points de la côte ) à ne s'engager dans le chenal de l'Ouest de la vigie qu'avec la certitude de pouvoir en sortir avant la nuit.

Si l'on part du mouillage de Saint-Louis au point du jour, on arrivera sur le parallèle de l'Itacolomi avant midi dans les circonstances ordinaires. On pourra faire encore, sans inconvénient, dix ou douze lieues au Nord-Nord-Ouest, avant la fin du jour: nous conseillons alors aux grands bâimens de mouller par sept ou huit brasses, et d'attendre au lendemain pour par-courir le reste du chenal; c'est, à notre avis, la meilleure conduite à tenir, jusqu'à ce qu'une exploration très-détaillée ait complété la reconnaissance du plateau de la vigie de Manoel-Luiz, et principalement le chenal qui sépare cet écueil du continent.

D'après les observations faites les 1. er et 2 janvier 1826 sur la goëlette la Lyonnaise, par M. Lartigue, la pointe Sud-Est de l'île San-Joaõ est située par 1° 18′ 45″ de latitude Sud et par 47° 10′ 41″ de longitude Ouest de Paris.

Cette position, rapportée à celle que nous avons assignée en 1820 à la vigie de Manoel-Luiz, fixe à un peu moins de quinze

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lieues la largeur du chenal, sur une direction Nord 54° Est etSud 54° Ouest. Dans la moitié, à-peu-près, de cette largeur (celle qui est du côté de l'île San-Joaõ), les profondeurs sont faibles et passent graduellement d'une à douze brasses. Dans l'autre moitié, la profondeur est souvent plus grande, mais le fond est très-heurté et la sonde passe brusquement de douze à quinze, à dix-huit, vingt-cinq, vingt-sept et même trente brasses; on trouve encore douze et quatorze brasses, presque à toucher les roches Sud de la vigie. Cette grande variété de profondeur pouvant faire craindre l'existence de sondes moins grandes que celles qui ont été trouvées jusqu'ici, il convient de se tenir de préférence sur le côté Ouest du chenal, où la profondeur, quoique plus faible, est plus uniforme.

Indication d'nne autre route pour passer dans le Nord de la vigie de Manoel-Luiz, en partant de Maranhan.

L'irrégularité des fonds entre la vigie et la terre, le défaut de connaissance exacte de la configuration de la côte, et l'ir-régularité des courans sur ce point, devraient peut-être en-courager les navigateurs à choisir une autre direction pour se porter au Nord de la vigie de Manoel-Luiz, en quittant la baie de Saint-Marc.

Cette route consisterait à passer à l'Est de l'écueil, au lieu d'en passer à l'Ouest, comme on le fait ordinairement. Il est évident que la vigie n'étant que de 2′ 12″ plus Est que le mérident du fort Saint-Antoine et de Maranhan, sur lequel il est toujours aisé de se placer en sortant de la baie de Saint-Marc, il serait également facile de se porter à la bordée au vent à elle. Cette bordée, tribord amures, avec les vents d'Est, ne valût-elle que le Nord ¼ Nord-Est, porterait déjà à quinze milles dans l'Est du groupe que nous avons reconnu, et traverserait des fonds que nous avons pu suffisamment explorer.

[page] 218

On trouverait sans doute à propos de s'élever davantage dans l'Est, avant de traverser le parallèle que nous avons assigné aux rochers; mais on remarquera combien, sur cette mer généralement droite, où règnent presque toujours des vents maniables et réguliers, il serait facile de s'élever en une ou deux bordées, de manière à passer au vent, à une distance qui exclurait toute inquietude.

Ce parti sera préféré par les navigateurs qui, chargés de la conduite de grands bâtimens, ont pour maxime de ne rien laisser au hasard de ce qu'ils peuvent lui disputer, dans une carrière toujours si aventureuse, raalgré les meilleurs calculs, et dans laquelle il n'y a, comme on sait, ni demi-succès, ni demi-malheurs.

Il aurait tous les avantageds sans oftrir aucun inconvénient; et nous le recommanderions nous-mêmes exclusivement, si nous avions l'entière certitude qu'aucun haut-fond dangereux ne s'étend à l'Est du méridien du groupe que nous avons reconnu. Mais la rencontre qu'a faite M. da Sylva (1) d'un second groupe de roches à sept lieues dans le Nord du nôtre, peut faire présumer que le plateau de Manoel-Luiz s'étend encore dans d'autres directions; et il est prudent de n'en assigner les limites qu'après en avoir fait une complète reconnaissance. C'est donc encore d'une manière conjecturale ( quoique la supposition nous paraisse irès-vraisemblable ), que nous indiquons comme le terme des profondeurs supérieures à cinquante brasses en venant du large, le méridien passant à douze ou quinze lieues dans l'Est de la position que nous donnons à la vigie de Manoel-Luiz.

Route à faire après étre parvenu au Nord de Manoel-Luiz.

Parvenus au Nord de cet écueil, les bâtimens qui quittent Maranhan n'ont plus à vaincre que les difficultés ordinaires à

(1) Voyez page 204.

[page] 219

la grande navigation. Sauf la zone qui sépare les vents généraux de l'hémisphère Sud de ceux de l'hémisphère Nord, et qui est le plus souvent assez étroite sur les méridiens à l'Ouest du trentième degré, les bâtimens qui font leur retour du Brésil, trouveront, jusqu'aux approches des îles Açores, des vents connus et constans, à l'aide desquels ils calculeront, presque à jour fixe, leur arrivée sur le parallèle de 30° Nord.

Arrivés par cette latitude, sur laquelle se terminent ordinairement les vents alizés, les bâtimens, après des alternatives de calmes et de brises de peu de durée, gagneront la région des vents variables, dont les plus communs soufflent de la partie de l'Ouest. A l'aide de ces vents, soit que l'on passe dans les canaux, ou dans l'Est des Açores, il sera facile de diriger le reste de la route d'après la destination qu'on se sera proposé d'atteindre, en gouvernant le plus directement possible sur le point fixé pour l'attérage.

Nous avons dit au chapitre II, page 58, de cet ouvrage, que les vents alizés de l'hémisphère Nord s'avancent d'autant plus vers le Sud que le soleil est plus élevé dans l'hémisphère austral; et nous avons dû en conclure que le temps de l'année le plus favorable pour passer de France au Brésil est depuis le mois de septembre jusqu'à celui de mars.

Nous ferons une remarque analogue relativement à l'autre moitié de l'année. Pendant sa durée, le soleil étant dans l'hémisphère Nord, on observe que, non-seulement les vents généraux de l'hémisphère Sud arrivent jusqu'à l'équateur, mais que souvent même ils règnent encore à quelques degrés plus au Nord. Ces vents étant favorables au retour du Brésil, la meilleure saison, pour effectuer ce voyage, est donc de mars à septembre.

Telles sont les remarques confirmées par l'expérience. Elles

[page] 220

n'infirment point un principe général, qui est de regarder comme constante la facilité des trajets de France au Brésil et du Brésil en France: ces trajets sont faciles en toute saison, et il est peu de navigations assujetties à moins d'incertitudes. Cependant on voit que, outre les facilités ordinaires, on peut encore s'assurer quelques chances plus avantageuses à une époque de l'année que dans les autres.

La distance totale à parcourir, pour se rendre par la route que nous venons d'indiquer, de Bahia ( point à-peu-près milieu de l'ensemble des côtes du Brésil ) à Brest, est d'en-viron deux mille cent lieues: la durée moyenne de cette traversée doit donc rarement dépasser cinquante-cinq ou soixante jours.

Un tableau, placé à la fin de cet ouvrage, fait connaître la série des vents qu'on a trouvés et des variations de l'aiguille aimantée qui ont été observées sur différens points de cette route, du mois de septembre au mois de décembre 1823.

Ces sortes de tableaux, en reunissant des faits prouvés par l'expérience, sont les documens les plus propres à compléter promptement la connaissance des mers qui couvrent le globe, et qu'une population de plus en plus nombreuse parcourt aujourd'hui. Il reste maintenant peu de découvertes géographiques à faire; et sous ce rapport, les voyages maritimes ne sont plus l'objet du même intérêt qu'autrefois. Mais si les gens du monde ont désormais peu de chose à en attendre, et s'ils tiennent généralement peu compte des détails nautiques qu'on peut y trouver, il n'en est pas de même des navigateurs. La promptitude de leurs trajets, leur sécurité même, dependent d'une multitude de petits faits de localités, qu'il leur est essentiel de connaître, et qu'ils n'apprennent qu'à force de temps et souvent à leurs dépens. Il y a plus de chances dangereuses

[page] 221

dans la rencontre du moindre rocher, dans l'ignorance d'un courant, ou d'une des nombreuses causes qui peuvent influer sur la route, qu'il n'y en a dans la rencontre inopinée d'un continent: il y a, entre ces deux espèces de dangers, la différence d'un ennemi qui se cache à un ennemi qui se déclare. Ce serait donc rendre un service considérable aux navigateurs que de les faire profiter de l'expérience entière du passé, en réunissant sous leurs yeux tous les renseignemens positifs sur les vents, les courans, la température, la déclinaison magnétique, les profondeurs de la mer, &c. &c., observés sur un grand nombre de trajets, dans toutes les navigations, quelque répétées qu'elles aient été. Des tableaux de la nature de ceux que nous plaçons à la fin du Pilote du Brésil rempliraient ce but: nous faisons des vœux poùr que cet exemple engage les marins à les multiplier.

(Voir les tableaux ci-après.)

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PREMIER TABLEAU.

POSITIONS géographiques et déclinaisons de l'aiguille aimantée, déterminées, en 1819 et 1820, sur la côte du Brésil, pendant la campagne de la Bayadère et du Favori, sous le commandement de M. le baron Roussin, capitaine de vaisseau &c.

NOMS DES LIEUX. LATITUDE. LONGITUDE. DÉCLINAISON de l'aiguille.
S. O.
Ilot Anhatomirim (pavillon du Fort) 27° 25′ 32″ 51° 1′ 14″ 7° 29′ N. E.
Ile Sainte-Catherine ( pointe orientale) 27. 26. 9. 50. 48. 45.
Idem (pointe Rapa) 27.22. 31. 50. 52. 22.
Idem (clocher de Npss-Senhora do Desterro). 27. 35. 36. 51. 0. 8.
Ile Arvoredo (le sommet) 27.16. 47. 50.49.15.
Mont Zimbo (continent) 27.11. 6. 51. 2.10.
Pointe Itapacoroya (partie Nord) 26.47.18. 51. 4. 21.
Iles Remedios (la plus Sud) 26. 29. 28. 51. 1. 59.
Iles Tamboretes (la plus Sud) 26. 20.54. 50. 59. 0. 7. 30. idem.
Pointe Joaõ Diaz (pointe Sud de l'embouchure du Rio San-Francisco) 26. 6. 3. 50.59. 56. 7.28. idem, derant l'entrée.
Morro Caiuva 25. 49. 30. 51. 1.38.
Roc Itacolomi (le plus gros) 25. 50. 20. 50. 52. 54. 17. 30. N. E.
Roc Goral (le plus gros) 25. 45. 49. 50. 50. 20.
Paranagua (Îlot de la passe du Sud) 25. 34. 8. 50. 47. 5. 7. 39. idem.
Ile de Mel (sommet méridional) 25. 32.43. 50.45. 55. 6.11. idem, à deux lieues à l'E.
Rocber Figo (le sommet) 25. 22. 5. 50. 29. 50.
Rocher Castello (le sommet) 25. 15. 44. 50. 23. 19.
Ile Bom-Abrigo (le sommet) 25. 6. 49. 50.17. 51.
Mont Cardoz 24. 58. 45. 50.32. 41. 6.27. idem, sur son parallèle.

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S. O.
Monticule sur la plage Iguape 24° 49′ 12″ 50° 7′ 15″
Montagne la plus haute d'Iguape 24. 38. 29. 49. 56.47.
Pointe de Jurea 24. 32. 40. 49. 39.10.
Ile Queimada Pequena (le sommet) 24. 21. 26. 49. 14. 47.
Ile Queimada Grande (le sommet) 24. 28. 21. 49. 6. 50.
Lage da Conceiçaõ 24. 13. 6. 49. 7. 50.
Pointe Taypu (à l'entrée de Santos) 24. 1. 11. 48. 50. 35. 6° 1′ idem,
Pointe Grossa (même entrée) 23. 59. 24. 48. 44. 54.
Ilot Moela (le sommet) 24. 1. 56. 48.42. 7.
Lage de Santos 24. 18. 3. 48. 37. 46. 5. 50. N. E.
Montaõ de Trigo (le sommet) 23. 51. 4. 48. 12. 2.
Ile Alcatraze (le sommet) 24. 6. 5. 48. 6. 47. 5. 0. idem.
Ile Toquetoque 23. 50. 19. 47. 55. 49.
Pointe Seputuba ( Île Saint-Sébastien) 23. 56. 3. 47. 50. 7.
Pointe Pirasonungo (idem) 23. 57. 32. 47. 40. 33. 4. 44. idem.
Plus haute montagne (idem) (le sommet) 23. 47. 52. 47. 42.17.
Ville Neuve (le clocher, idem) 23. 46. 52. 47. 46. 57.
Observatoire de l'expédition (idem) 23. 47. 21. 3 47. 47.16. 3.25. idem.
Pointe des Ostres (l'extrémité) 23.34. 52. 47. 37.24.
Ilot Mar-Virado (le sommet) 23. 34. 7. 47. 34.20.
Iles dos Porcos (le mondrain méridional) 23. 33. 38. 47. 30. 18.
Iles Buzios (celle du Sud-Est) 23. 44. 27. 47.26. 4. 4. 40. idem, à 2 mill.
Ile Victoria (le sommet) 23. 47. 42. 47. 33.50.
Ponta Grossa (sur le continent) 23. 28. 15. 47. 27. 20.
Iles Cooves (la plus grande) 23. 25. 54. 47.17. 54.
Pic de Parati (le sommet) 23. 19. 28. 47. 14. 4.
Morne de Cairoçu (le sommet oriental) 23. 20. 2. 47. 3. 19. 4. 38. N. E.

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S. O.
Pointe Joatinga (le sommet de l'Îlot) 23° 18′ 30″ 46° 59′ 3″
Ilha Grande (pointe Acaya) 23. 15. 12. 46. 49. 28.
O Papagaio (sommet de Ilha grande) 23.10. 55. 46. 41. 23.
Ile Georgi-Grego (la pointe Sud-Ouest) 23. 15. 11. 46. 39. 42.
Morro de Marambaya (le sommet) 23. 5. 9. 46. 28. 34.
La Gabia 22. 59. 0. 45. 42, 58. 3° 43′ N. E. à vue fans l'E.
Rio-Janehro (maison du consul de France) 22. 54. 15. 45. 36. 5. 3. 40. N. E.
Idem (morro Corcovado, le sommet) 22. 56.13. 45. 38. 17.
Idem (Île Ratos) 22. 53. 16. 45. 35.14.
Idem (le Pain de Sucre) 22. 56. 8. 45. 34. 43.
Nossa-Senhora da Gloria (le clocber) 22. 54. 42. 45. 35. 49.
Ile Ronde (le sommet) 23. 3. 45. 45. 37. 19.
Lage de Marambaya 23. 7. 47. 46. 17. 34.
Iles Maricas (la plus Sud) 23. 0. 53. 45. 20. 8.
Cap Negro (la pointe) 22. 57. 10. 45. 5. 9. 2. 40. id., à 2 mifles.
Morne le plus élevé dans le Nord de ce cap 22. 52. 38. 45. 4. 41.
Cap Frio (pointe Sud) 23. 1. 18. 44. 23. 34. 2. 30. id., à 1 mille.
Idem (le sommet du mondrain Nord) 122. 59. 56. 44. 22. 48.
Iles Papagaios (celle du Nord-Est) 22. 52. 9. 44. 18. 35.
Iles Ancoras (la plus orientale) 22. 46. 26. 44. 11. 12.
Cap Buzios (la pointe Sud) 22. 46. 3. 44. 16. 8.
Ile Branca (le sommet) 22. 43. 42. 44. 10. 24.
Morro San-Joaõ (le sommet) 22. 32. 26. 44. 26. 34. 1. 16. idem, sur son parallèle.
Pic do Frade de Macabé 22. 12. 2. 44. 29. 24.
Iles Sainte-Anne (la plus grande) 22. 25. 0. 44. 6. 37.
Montagnes de Furado ( la plus haute) 21. 49. 58. 44. 3. 39.

15

[page] 226

S. O.
Mont de Campos (le sommet meridional) 21° 22′ 38″ 43° 48′ 11″
Serre do Pico (la plus élevée) 21. 1. 30. 43. 39.16
Idem (morne Fourchu, à l'Ouest) 20. 58. 23. 43. 57. 50.
Serra de Guarapari (le sommet occidental) 20. 50.15. 43. 28. 32.
Morro de Benevente (le sommet) 20. 55.21. 43. 9. 39.
Morro Bo (mont isolé) 20. 47. 34. 43. 1. 31.
Guarapari (le clocher, pointe Sud de la baie) 20. 43. 56. 43. 52. 57.
Ile Calvada (le milieu) 20.44. 8. 42. 47. 23. 1° 0′ N. E.
Iles Rasas (celle du milieu du groupe) 20. 42. 42. 42. 44. 46.
Pointe Jicu(le sommet) 20.26. 1. 42. 42. 16.
Ile Jicu (le sommet) 20.23. 9. 42. 40. 45.
Roches Pacotes (la plus grosse) 20. 21. 2. 42. 37. 44. 0. 56. idem.
Monte Moreno (le sommet) 20. 19. 23. 42. 39. 40.
Roche Balea (à l'entrée de la rivière) 20. 18. 50. 42. 39.17.
Nossa-Senhora da Penha (l'église) 20. 19. 34. 42. 40. 15.
Roche Dangereuse, dans la baie d'Espirito Santo 20.18. 32. 42. 38. 1. 1. 2. idem.
Penedo (cap dans la rivière) 20. 19. 16. 42. 42. 43.
Piton dans le Nord de la ville de Victoria 20.17. 49. 42. 43. 1.
Cap do Tubaraõ (pointe Sud-Ouest) 20. 16. 23. 42. 36. 44.
O Tubaraõ (rocher près du cap) 20. 16. 23. 42. 36. 30.
Pain de Sucre, devant la ville 20.17. 54. 42. 50. 22.
Mestre-Alvaro (le sommet) 20. 8. 54. 42 42. 26.
Morrd Almeyda 19. 57. 20. 42. 39. 54.
Serra dos Reis-Magos (le sommet méridional) 19. 50. 27. 42. 42. 23.
Rio Doce (la pointe occidentale de l'entrée) 19. 36. 57. 42. 11. 36. 0. 5. idem.
Rio de San-Matheo (pointe Nord) 18. 37. 10. 42. 5. 20. 0. 09. N.O.

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S. O.
Iles Abrolhos. La plus grande Île (le sommet oriental) 17° 57′ 44″ 41° 2′ 9″
Idem ( sommet occidental) 17. 57. 40. 41. 2. 45.
Rocher au Nord-Est du groupe 17. 57. 27. 41. 2. 5. 0° 46′ N.O.
Arbustes de l'Îlot du milieu 17. 58. 6. 41. 3. 10.
Pointe Nord-Est du Paracel des Paredes 17. 56. 45. 41. 14. 35.
Villa Prado (le pavillon du Fort) 17. 21. 28. 41. 32. 34.
Columbiana 17. 6. 1. 41. 32. 13.
Embouchure du Rio Cramimuan 16. 51. 12. 41. 29. 44.
Mont Joaõ de Liam (le Sommet) 17. 0. 26. 41. 56. 37.
Mont Pascal (le sommet) 16. 54. 8. 41. 45. 40. 0. 50. idem, sur son parallèle.
Mondrain isolé 16. 51. 17. 41. 51. 37.
Nossa-Senhora da Judea (chapelle) 16. 29. 25. 41. 23. 49.
Porto-Segnro (le clocher de la cathédrale) 16. 26. 50. 41. 23. 33. 0. 54. idem, idem.
Santa-Cruz (le clocher) 16. 18. 50. 41. 22. 4.
Village de Belmonte 15. 51. 4. 41. 14. 28.
Village de Commandatuba 15. 25. 20. 41. 16. 37.
Morro de Commandatuba (le sommet du S. E.) 15. 22. 8. 41. 27. 48.
Village de Unha 14. 59. 7. 41. 18. 0.
Rio Cachoeira (la pointe Sod) 14. 49. 48. 41. 19. 15.
Villa de San-George dos Ilheos 14. 49. 25. 41. 20. 25. 1. 0. N. O.
Os Ilheos (le plus gros rocher) 14. 47. 23. 41. 19. 13.
Villa de Contas 14. 18. 6. 41. 20.17.
Pointe de Muta 13. 53. 5. 41. 16. 52. 1. 16. idem.
Ile Quiepé 13. 50. 58. 41.16. 50.
Ile Boypeda (un des sommets) 13. 37. 43. 41. 16. 50.
Morro de San-Paulo 13. 21. 53. 41. 14. 23. 1. 50. idem, sur son parallèle.
Morne dans l'Ouest-Nord-Ouest de cap 13. 19. 27. 41. 20. 20.

15*

[page] 228

S. O.
Pointe Caixo-Pregos (Île Itaporica) 13° 7 33″ 41° 6′ 36″
Pointe Aratuba (idem) 13. 5. 7. 41. 4. 27.
Nossa-Senhora da Penha (idem) 12. 59. 16. 40. 56. 39.
Pointe Jaburu (idem) 12. 57. 36. 40. 55. 56.
Mondrain da Conceiçaõ (idem) 13. 2. 33. 41. 1. 23.
Morro Sant-Amaro (idem) 13. 1. 8. 41. 5. 30.
Piton de l'Île dos Frades (la pointe Sud-Ouest) 12. 49. 28. 40. 58. 0.
Nossa-Senhora de Mont-Ferate (le clocher) 12. 55. 58. 40. 51. 4.
Nossa-Senhora de Bom-Fim (clocher) 12. 55. 40. 40. 50. 23.
Saint-Antoine (la tour du Nord-Ouest) 13. 0. 11. 40. 51. 49. 1° 58′ N. O. à trois milles au N.
Itapuanzinho (le pavillon) 13. 1. 3. 40. 49. 17.
Itapuanzinho (la pointe) 13. 0. 59. 40. 48. 10. 2. 0. N.O.
Rocher d'Itapuan 12. 57. 58. 40. 41. 54.
Itapuan (le mât dc signaux) 12. 57. 3. 40. 41. 43.
Abrantès (le mât de signaux du Sud) 12. 51. 39. 40. 36. 54.
Entrée du Rio Jacuipe 12. 41. 52. 40.27.43.
Torre de Garcia de Avila 13. 33.36. 40.20. 58. 2. 23. idem, sur son parallèle.
Rio Real (pointe Sud) 11. 28. 4. 39. 40. 28.
Os Tres-Irmaõs 11. 15. 37. 39. 30. 13.
RioVasa-Barris 11. 11. 0. 39.37. 6.
Montagnes de Tabayana (le sommet) 10. 47.10. 39.43.20.
Rio San-Francisco (la pointe Sud) 10. 28. 50. 38. 43. 37. 3. 10. idem, à l'entrée
ldem (la pointe Nord) 10. 28. 15. 38. 43. 4.
Morro Sant-Antonio 9. 22. 17. 37. 55.20.
Village au coude de la rivière des Alagôas 9. 39. 32. 38. 6. 48.
Port des Français (la pointe) 9. 39. 45. 38. 1. 34. 3. 10. N.O.
La Forquilha. 9. 9. 56. 38. 8. 30.

[page] 229

S. O.
Village de Quinta 9°16′ 18″ 37° 42′ 40″
San-Bento 9. 4. 56. 37. 37. 12.
Fort de Tamandaré 8. 43. 24. 37. 25. 15. 3° 47′ N. O., à 2 m. dans l'E.
Chapelle à l'entrée du Rio Fermoso 8. 39. 40. 37. 24. 37.
Iles de Sant-Aleixo 8. 35. 49. 37. 21. 1. 4. 0. idem, idem.
Chapelle 8. 30. 36. 37. 21. 21.
Village de Maracay 8.29. 26. 37. 19. 52.
Monte Sellada (le piton du Sud) 8. 25. 19. 37. 31. 19.
Entrée du Rio Ipojuca 8. 23. 2. 37. 18. 47.
Cap Saint-Augustin (le sommet) 8. 20. 41. 37. 16. 57. 4. 30. N. O. sar son parallèle.
Chapelle dans les dunes 8. 18. 40. 37. 18 28.
Nossa-Senhora do Rosario. 8. 9. 18. 37. 16. 7.
Freguezia dos Affogados 8, 6. 16. 37. 13. 23.
Freguezia de Sant-Antonio 8. 8. 8. 37. 14. 15.
Tour de la ville de Boa-Vista. 8. 3. 36. 37. 13. 18.
Tour de Recife (Pernambuco) 8. 4. 7. 37. 12. 59.
Fort Picaõ 8. 3. 27. 37. 12. 5. 4. 45. idem.
Olinda (tour occidentale) 8. 0. 59. 37. 11. 3.
Nossa-Senhora Farinha. 7. 56. 43. 37. 10. 51.
Fort à l'entrée du Rio Ay 7. 47.13. 37.10. 50.
Entrée du Rio Goyana (mondrain) 7. 37. 44. 37. 9. 23.
Village do Pilar 7. 35. 35. 37. 8. 2.
Escarpement de la pointe das Pedras 7. 35. 9. 37. 7. 50.
Entrée du Rio Grande de Goyana 7. 30. 40. 37. 8. 37.
Escarpement de la pointe da Guya 7. 26. 25. 37. 7. 29.
Nossa-Senhora da Penha 7. 9. 0. 37. 8. 18.
Cabo Branco (l'escarpement) 7. 8. 22. 37. 8. 20.

[page] 230

S. O.
Paranahyba de Norte ( le clother de la ville) 7. 6. 3. 37. 13. 15.
Fort Cabedello 6. 57. 50. 37. 10. 26.
Église de Santa-Theresa 6. 56. 57. 37. 13. 12.
Pointe Lucena 6. 53. 35. 37. 12. 50. 4°30′ N.O. sur son paralléle.
Bahia da Traiçaõ (la pointe Nord) 6. 41. 15. 37. 17. 38.
Bahia Fermosa (la pointe Sud ) 6. 23. 12. 37.20.27.
Rio Cunhaõ ( pointe sur la rive gauche ) 6. 17. 10. 37. 23. 40.
Pointe Pipa (mondrain) 6. 12. 53. 37. 23. 57.
Anse de Prinji (mondrain ) 6. 10. 12. 37. 27. 0
Pointe Gureo 6. 1. 49. 37. 26. 28.
Pointe Negra ( mondrain ) 5. 52. 52. 37. 32. 20.
Fort de Rio Grande 5. 45. 0. 37. 34. 46.
Rio Searamirim ( pointe Sud ) 5. 41. 0. 37. 34. 53.
Cap Saint-Roch (le sommet de l'escarpement). 5. 28. 17. 37. 37. 25. 4. 55. idem.
Pointe Petetinga (le bas ) 5. 21. 35. 37. 39. 45.
Pointe Gamalera ( dune ) 5. 12. 24. 37. 45. 17.
Pointe Calcanhar (le sommet) 5. 8. 20. 37. 50. 55.
Brisant de la Lavandeira. 4. 54. 40. 38. 22. 25.
Brisant das Urcas 4. 51. 32. 38. 38. 50. 3. 50. idem.
Pointe do Tubaraõ (la dune Nord ) 5. 1. 49. 38. 48. 25.
Pointe do Mel 4. 55. 17. 39. 19. 30 3. 36. idem, an N. del la pointe.
Monro Tibaõ 4. 49. 20. 39. 38. 5.
Reteiro Pequeno (dune remarquable) 4. 48. 16. 39. 39. 27.
Reteiro Grande (dune sur la pointe ) 4. 36. 20. 39. 53. 10.
Monro Aracati (le sommet) 4, 42. 10. 40. 15. 5.
Pointe Mocoripe ( baie du Ciara) 3. 41. 50. 40. 51. 6.
Ciara (le clocher de la ville ) 3. 42. 58. 40. 54. 13. 3. 0.N.O.

[page] 231

S. O.
1. er Sommet 3° 58′ 0″ 41° 1′ 30″ 3° 3′ N.O.
2. e Sommet 3. 53. 20. 41. 6. 32. A vue sur le meridian.
Montagnes de Ciara 3. e Sommet 3. 50. 24. 41. 3. 30
4. e Sommet 3. 46. 22. 41. 8. 53.
5. e Sommet 3. 39. 27. 41. 8. 30.
Morro de Opecim 3. 33. 30. 41. 9. 40.
Dune de Parati. 3. 24. 10. 41. 19. 40.
Dune sur la pointe Mondahú 3. 10. 0. 41. 37. 47.
Morro Melancia 3. 11. 40. 41. 39. 46.
Pernambuquinho 3. 1. 50. 41. 57. 43.
Rio dos Patos ( l'entrée ) 2. 58. 50. 42. 0. 18.
Mont Meruoca (le sommet) 3. 17. 55. 42. 25.46.
Pointe de Jericacoara (la plus haute dune ) 2. 47. 28. 42. 47. 40. 2. 23.N.O.
Dune près du rivage 2. 50. 22. 42. 59. 40.
Morro Ticondiba (le sommet) 3. 10. 37. 42. 57. 0.
Rio Camucim ( dune à l'entrée ) 2. 50. 0. 43. 5. 20.
Mont Tapuyu (le sommet occidental) 2. 58. 25. 43, 10. 54.
Rio Tapuyu ( l'entrée ) 2. 50. 25. 43. 10. 35.
Rio Iguarassú ( l'entrée, pointe orientale) 2. 52. 27. 43. 58. 27. 1.16. idem.
Dune sur l'îile de sable 2. 48. 57. 43. 3. 6.
Pedra de Sal 2. 47. 18. 44. 2. 28.
Rio Tutoya (pointe à Fentrée ). 2. 41. 13. 44. 32. 26.
Rio das Perguiças ( pointe orientale ) 2. 41. 27. 44. 47. 26.
Lançoes Grandes (la pointe orientale) 2. 26. 12. 45. 20. 16.
Deuxième dune dans les Lançoes Grandes 2. 24.12. 45. 25. 41.
Dune dans les Lançoes grandes 2. 23. 22. 45. 29. 23. 0. 0.
Morro Alegre 2. 20. 17. 45. 33. 29. 0. 5. N.E.

[page] 232

S. O.
Brisans de l'île Sainte-Anne (la pointe orient.). 2° 12′ 38″ 45° 49′ 54″
Ile Sainte-Anne (pointe Nord-Est) 2. 14. 44. 45. 58. 41.
Idem ( pointe Nord-Ouest) 2. 17. 9. 46. 4. 41.
Brisans de Coroa Grande. Milieu de celui da Nord 2. 10. 50. 46. 17. 56.
Idem de celui du N.O. 2. 13. 15. 46. 24. 31.
Idem de celui de l'Ouest 2. 17. 0. 46. 25. 31.
Ile Maranhan ( dune blanche sur la partie N.) 2. 24. 36. 46. 24. 33.
Fort San-Marcos (le pavilion ) 2. 28. 22. 46. 37. 11.
Fort Sant-Antonio das Areias (le pavilion ) 2. 29. 23, 6. 46. 37. 11. 1°37′ N.O.
Ville de San-Luiz de Maranhan (le clocher de la cathédrale ) 2. 30. 44. 46. 36. 24.
Pointe de Bom-Fira ( maison ) 2. 30. 44. 46. 36. 21.
Pointe de Guia ( maison rouge ) 2. 30. 43. 46. 38. 56.
Pointe Ataki ( extrémité occidentale) 2. 33. 4. 46. 40. 47.
Rocher à l'Est de l'île Medo 2. 30. 19. 46. 39. 40.
Alcantara (le clocher occidental) 2. 23. 33. 46. 43. 22.
Pointe Tatinga ( l'escarpement) 2. 23. 33. 46. 41. 36.
Pointe Janauba ( falaises rouges ) 2. 23. 4. 46. 40. 39.
Pointe Pirarema ( milieu des falaises ) 2. 19. 26. 46. 39. 48.
Monte Alegre (le sommet) 2. 17. 16. 46. 40. 20.
Pointe Canavieras ( dune ) 2. 12. 7. 46. 41. 16.
Mondrain Itacolomi (le sommet) 2. 8. 38. 46. 41. 48.
La Bayadère ( au mouillage devant la vigie de Manoel-Luiz ) 0. 52. 3. 46. 35. 12.
Vigie de Manoel-Luiz. 0. 57. N.E.
(Rocher le plus Ouest) 0. 51. 25. 46. 34. 59.
Vigie rencontrée par M. aa Sylva, officier de la marine brésilienne, en 1824 ou 1825 0. 32. 0. 46. 37. 36.

[page] 233

DEUXIÊME TABLEAU.

Des vents, des courans, et des déclinaisons de l'aiguille aimantée, observés en 1819, dans le trajet de France an Brésil.

DATES. VENTS d'tui midi à l'autre. LATITUDE. à midi. LONGITUDE à midi. DÉCLINAISON de l'aiguille. COURANS dans les 24 heures.
Départ deRochefort le 14 février 1819. N. O. Milles.
15 De l'E. au S.S.O 45° 53′ 48″ 4° 49′ 47″ 25° 45′ N.O. 0.0.
16 Du S.S.O. à l'O.N.O 46. 30. 57. 7. 52. 45. 25. 30. id. 3. 0.N.
17 Du S.S.O. à l'O.N.O 48. 7. 0. 9. 28. 47. 25. 30. id. 0. 0.
18 S.O. et O.N.O 47. 57. 13. 9. 59. 48. 25. 0. id. 6. 0.N.
19 S.O. et N.O 47. 56. 9. 11. 6. 0. 25. 0. id. 6. O.E.N.E
20 S.S.O. et N.O 47. 14. 9. 12. 17. 0. 24. 30. id. 7.0.E.
21 O.N.O 45. 6. 5. 12. 54. 30. 24. 26. id. 8. 0.S.E.
22 N. et O.N.O 42. 43. 28. 14. 0. 30. 24. 15. id. 24. 19.S.S.E.
23 N. et N.E 40. 3. 28. 15. 6. 0. 24.40. id. 12. 0.S.S.E.
24 N.E 37. 3. 49. 16. 4. 41. 23. 20. id. 12. 3.S.S.E.
25 N.E. et S.E 34. 13. 12. 15. 56. 0. 22. 30. id. 6. 0.S.E.
26 N. et N.E 31. 9.17. 16. 30. 55. 22. 3.30″ 12. 0.S.10°E.
27 N. et N.E 28. 44. 33. 17. 45. 28. 21. 0.N.O. 10. 0.N.E.
Séjour à S.te-Croix de Ténériffe. 28. 28. 0. 18. 33. 30. 19. 30. id.
19 mars. E.N.E. et E. S. E 27. 20. 24. 18. 51. 54. 19. 30. id. 0. 12. S.O.
20 S.S.E. et E.N.E 26. 38. 3. 19. 55.24. 19. 0. id. 9. 0. S.O.
21 S.E. et N.N.E 24. 6. 22. 20. 16. 40. 19. 0. id. 11. 0. S.O.
22 N.E. et E 21. 49. 38. 21. 30. 45. 18. 30. id. 12. 0. S.O.

[page] 234

N. O. Milles.
23 mars. N.E. et E.N.E 19° 33′ 48″ 22°36′ 11″ 17° 39′ N.O. 8. 0. S.O.
24 N.E. et E. 16. 50. 52. 23. 2. 40. 18. 0. id. 12. 0. S.O.
25 N.E. et E. 14. 25. 43. 23. 6. 20. 17. 0. id. 11. 0. N.N.O.
26 N.B. et N 12. 42. 39. 22. 49. 11. 16. 42. id. 10. 0. O.N.O.
27 N.N.E. et N.N.O 10. 52. 0. 22. 21. 38. 16. 40. id. 5. 0. O.S.O.
28 N.N.O. et N.N.E 8. 52. 56. 21. 51. 8. 17. 0. id. 6.0.E. 1/4 N.E.
29 E.S.E. et N 7. 27. 59. 21. 33. 26. 16. 40. id. 3. 0. E.
30 Del'O.N.O.à l'E. par le N. 6. 13. 23. 21. 21. 20. 15. 0. id. 7. 0. S. 10° E.
31 N. et N.E 4. 31. 11. 20. 56. 15. 15. 0. id. 15. 0. S.6.E.
1. er avr E.N.E 4. 15. 7. 20. 1. 11. 15. 0. id. 11. 0. S.E.
2 De l'E.S.E. au N.O. par le S. 3. 30. 0. 19. 37. 0. 15. 5. id. 11. 4. E.
3. Du S.E. à 1′0. par le S. 0. 6. 19. 20. 13. 15. 5. id. 11. 4. E.
4 Calme 2. 40. 0. 19. 12. 9. 14. 50. id. 10. 2. S.S.E.
5 Idem 2. 17. 3. 19. 5. 0. 15. 0. id. 12. 0. S. E.
6 Idem 1. 58. 11. 19. 0. 17. 14. 0. id. 14.0. E.
7 Le tour du compas 1. 33. 0. 18. 56. 13. 16. 0. id. 13. 0.S. 7°E.
8 Calme 1. 18. 5. 18. 29. 3. 15. 0. id. 14. 0.S. 25° E.
9 O.S.O 1. 10. 0. 18. 10. 7. 15. 0. id. 17. 0. S. E.
10 O 1. 5. 19. 18. 5. 0. 14. 47. id. 16. 7. E.
11 De l'O. à l'E. par le S 1. 0. 0. 18. 6. 0. 15. 0. id. 15. 0. S.E.
12 Calme 0. 47. 0. 18. 8. 17. 14. 35. id. 15. 0. E.S.E.
13 Idem 0. 0. 0. 18. 1. 20. 14. 35. id. 11. 0. E.2°S.
S.
14 Idem. 1. 0. 0. 17. 10. 57. 14. 10. id. 17. 0. S.S.E.
15 Le tour du compass 1. 15. 11. 16. 45. 9. 14. 0. id. 15. 0. S.
16 Idem. 1. 29. 58. 16. 34. 45. 14. 0. id. 15. 0. S. 5°E.
17 E.N.E 1. 50. 7 16. 15. 2. 14. 7. id. 20. 0. S. 40°E.

[page] 235

S. O. Milles.
18 avril. E. 2° 10′ 23. 16° 0′ 0″ 14° 0′ N.O. 21°0′S.11°E.
19 S 2. 38. 18. 15. 40. 7. 14. 0. id. 27. 0.S. 57° O.
20 S. S.O 2. 50. 3. 16. 6. 18. 13. 50. id. 13. 0.S. 45°E.
21 S.S.O 3 15. 9. 16. 15. 9. 14. 0. id. 26. 0. S.
22 S.O 4. 16. 11. 18. 30. 1. 15. 0. id. 16. 8.S. 57°O.
23 S. O 6. 45. 0. 19. 32. 5. 13. 49. id. Observ.douteuses.
24 O.S.O 8. 10. 14. 20, 45. 11. 13. 50. id. 19. 0. O.2°S.
25 O.S.O. 9. 55. 59. 23. 12. 12. 13. 0. id. 4. 8. S.58°E.
26 Du S. au S.E 12. 45. 18. 25. 45. 10. 11. 0. id. 4. 8. S.
27 S.S.E. 14. 1. 26. 29. 0. 0. 8. 20. id. 8. 8. N.40°O.
28 S.S.E 15. 6. 3. 30. 57. 10. 9. 0.id. 12. 0. O.l°N.
29 S. E. 16. 25. 50. 32. 11. 18. 8. 0. id. 8. 0. S.29°O.
30 E. S. E 17. 14. 32. 33. 2. 59. 6. 0. id. 9. 5. S.75°O.
1 er mai. E. S. E 17. 55. 4. 33. 19. 19. 5. 30. id. 6. 0. S.50°O..
2 De l'E.S.E. à l'O.N.O. par S. 18. 44. 29. 34. 16. 52. 3. 0. id. 12. 0. S.27°E.
3 De l'O.N.O. au N.E. par S. 19. 53. 28. 34. 53. 48. 2. 25. id. 6. 0. S.
4 Du S.S.O. à l'.E.S.E. par S. 21. 41. 0. 37. 2. 58. 2. 0. id. 0. 8. S.
5 Du N.E. au S.E. par N. 22. 48. 5. 39. 1. 42. 0.14. id. 8. 8. N.3°O.
6 Du N.O. au S.E. par O. 24. 10. 56. 40. 40. 47. 1. 0. N.E. 5. 0. S.23°O.
7 E.S.E. 25. 34. 2. 43. 41. 9. 1. 0. id. 15. 0. N.11°D.
8 Du N. E, au S.E. par E. 26. 55. 0. 46. 47. 9. 3. 0. id. 5. 0. N. 1°N.
9 Der l'O.N.O. au N.E. par N. 28. 4. 5. 48. 32 18. 5. 26. id. 6. 0. S.50°O.
10 Der l'O.S.O. au S.E. par S. 27. 36. 30. 51. 1. 14. 7. 29. id. 8. 0. O.

Arrivé an mouillage dans le gonlet de Sainte-Catherine.

[page] 236

TROISIÈME TABLEAU.

DES vents, des courans, et des déclinaisons de l'aiguille airoantée, observés en 1821 et 1822, sur plusieurs points de la route de France an Rio de la Plata.

DATES. VENTS d'tui midi à l'autre. LATITUDE. à midi. LONGITUDE à midi. DÉCLINAISON de l'aiguille. COURANS dans les 24 heures.
Départ de Brest le 28 octob. 1821 N. O. Milles.
29 Du S.S.E. au S.S.O. par S. 47° 35′ 18″ 8° 48′ 30″ 26° 0′N.O. 10. 0. S.
30 S.O. 46. 35. 48 10. 45. 0. 26. 0. id. 43. 0.S. 15° O.
31 Du S.O. à l'O.N.O. par O. 44. 52. 43. 10. 56. 0. 25. 15. id. 13. 0.S. 10°O.
l.er nov. O.S.O. et O. 44. 44. 50. 11. 0. 0. 25. 0. id. 7. O.S. 2°O.
2 S.O. et O.N.O. 44. 42. 12. 12. 30. 0. 25. 0. id. 4. O. S. 4°O.
3 O.S.O 45. 18. 5. 14. 9. 21. 26. 0. id. 6. 0.S. 2°O.
4. De l'O.S.O. à l'E.N.E. par le N. 44. 28. 41. 15. 19. 21. 25. 20. id. 6. 0. S.
5 N. E. et S.E 41. 28. 35. 15. 50. 45. 25. 0. id. 6. 0.N. 50° E.
6 S.O. et S. S. E 40. 24. 36. 16. 50. 3. 25. 0. id. 20. 0. S. 15° E.
7 S. O. et S. 40. 33. 7. 17. 35. 3. 24. 30. id. 8. 0.S. 16°E.
8 O 39. 34. 22. 16. 20. 33. 24. 30. id. 5. 0. S. 10° E.
9 O. et N.O. 37. 3. 47. 16. 17. 3. 24. 0. id. 6. 0.S. 40°E.
10 O. et N.O. 35. 20. 50. 15. 14. 0. 23. 0. id. 15. 0.S. 45°E.
11 O. N. O. et O. S. O 33. 54. 20. 15. 8. 0. 21. 30. id. 6. 0.S. 5°E.
12 O. et O.S.O 34. 18. 24. 14. 41. 30. 20. 0. id. 25. 0.S. 25°E.
13 S.O 34. 14. 34. 14. 33. 36. 20. 15. id. 20. 0.S. 20°E.
14 S.O. et O.S.O 33. 16. 20. 14. 39. 43. 20. 15. id. 6. 0.S. 15°E.
15 S.O 32. 56. 20. 15. 36. 40. 20. 0. id. 39. 0. O. S° O.
16 S. 0. et S. S.O 32. 7. 56. 17. 37. 17. 20. 0. id. 15. 0. S.40°O.
17 S. O. et S. S. O 32. 13. 4. 17. 0. 40. 20. 0. id. 10. 0.E. 2. S.
18 Du S. S. O. à l'E. S. E. par le N. 31. 30. 1. 16. 51. 24. 21. 0. id. 20. 0.E. 4° S.

[page] 237

N. O. Milles.
19 nov Du S.S.O. à l'E.S.E. par le N. 30° 29′ 11″ 17° 39′ 54″ 21° 0′N.O. 18. 0.E.½ S.
20 S. et E.S.E. 28. 18. 11. 17. 34. 0. 20. 0. id. 8. 0. S. 3°E.
21 S. E. et E. S. E. 28. 28. 0. 18. 33. 26. 19. 5. id. 5. 0.S. 6°E.
22 Séjour à Sainte-Croix de Téinériffe jusqu'an 30 nov.
23
24
25
26 28. 28. 0. 18. 33. 30. 19. 30. id.
27
28
29
30 E. et E. S. E. 25. 59. 10. 19. 21. 3. 19. 0. id. 13. 0.E. 10°S.
1 er déc E. N. E. et S.E. 23. 14. 2. 20. 26. 2. 19. O. id. 6. 0.S.
2 E.N. E. et S.E 20. 44. 48. 21. 21. 7. 18. 0. id. 10. 0.S. 40°E.
3 S.E. et E.N. E. 18. 26. 1. 21. 49. 14. 18. 0. id. 1.0.N.O.
4 E. N. E. et E. S.E. 15. 17. 40. 21. 35. 31. 17. 0. id. 9. 0.S. 3°E.
5 E. 12. 42. 19. 20. 27. 33. 17. 0. id. 18. 0. E. N. E.
6 E.N. E. et N. 10. 59. 15. 20. 29. 22. 17. 0. id. 16. 0. O.S.O.
7 N.N. E 10. 0. 27. 20. 15. 36. 16. 0. id. 6. 0. E. S. E.
8 N.N. E 8. 53. 10. 19. 55. 18. 16. 20. id. 6.0. E.
9 N.N. E 7. 52. 41. 19. 58. 21. 16. 20. id. 15. 0. O.
10 N.N.O 7. 9. 42. 19. 54. 3. 16. 0. id. 2. 0. E.
11 De l'O.S.O à l'O.N.O.p.O. 6. 10. 33. 19. 35. 8. 16. 30. id. 12. 0. E. S. E.
12 O.N.O 4. 50. 21. 19. 4. 0. 16. 0. id. 22. 0. E. S. E.
13 Du S. E. au S. 0. par S 4. 22. 19. 19. 2. 0. 16. 0. id. 16. 0. E. S. E.
14 S. O. et S 4. 12. 46. 18. 46.12. 16. 30. id. 39. 0. E. 10° S.
15 Du N. au S. calme 4. 11. 27. 18. 52. 0. 16. 30. id. 20. 0.O. 5°N.

[page] 238

N. O. Milles.
16 déc 3° 25′ 6″ 19° 40′ 25″ 16° 0′N.O. 20. 0.O. 46°S.
17 S. E. et E.N.E. 2. 24. 55. 20. 0. 25. 16. 10. id. 20. 0.O. 55°S.
18 E.S.E 1. 13. 9. 20. 43. 25. 15. 30. id. 12. 0.O. 2°N.
19 E. et S.S.E. 0. 3. 36. 21. 53. 54. 15. 0. id. 28. 0.O. 4°N.
20 E. et S.E. 0. 42. 14. 21. 19. 0. 15. 0. id. 27. 0.O. 1°S.
21 S.S.E. 1. 47. 13. 23. 50. 12. 15. 0. id. 26. 0.O. 1°S.
22 S.E. 3. 3. 28. 25. 10. 52. 14. 0. id. 9. 0.S. 15°O.
23 E. S. E. et S.S.E 2. 38. 11. 25. 57. 40. 14. 0. id. 11. 0.N. 6°O.
24 S.S.E. 6. 35. 4. 27. 4. 42. 13. 0. id. 20. 0. N. 45°O.
25 S.S.E. et E.S.E. 8. 59. 4. 28. 33. 15. 11. 0. id. 14. 0.N. 55.O.
26 S.S.E. et E.S.E. 11. 22. 24. 29. 33. 34. 11. 0. id. 8. 0.N. 40°O.
27 S.S.E. et E.S.E. 13. 47. 25. 20. 53. 25. 10. 0. id. 7. 0.N. 50.O.
28 S.S.E. et E.S.E. 15. 52. 28. 32. 24. 40. 9. 20. id. 10. 0.N. 45.O.
29 E.N.E. 17. 51. 12. 33. 44. 45. 8. 0. id. 6. 0.N. 40°O.
30 N.E. 19. 17. 28. 34. 58. 37. 6. 0. id. 4. 0. id.
31 Du N.E. au N.N.O. par N. 21. 1. 7. 36. 23. 44. 4. 0. id. 8. 0.S. 60°E.
Jan 1822.
1. er N.E. er O.N.O. 23. 5. 15. 38. 22. 44. 3. 0. id. 1. 5. S.
2 S.E. et S. 23. 46. 42. 40. 4. 47. 0. 20. id. 2. 0.N.
3 S.S.E. 24. 27. 28. 41. 35. 15. 9. 0.E. 3°S.
4 E.S.E. 25. 17. 48. 42. 44. 24. 4. 0.N. 45.E
5 S.S.E. 25. 48. 31. 43. 52. 22. 1. 0.N.E. 15. 0.E. 22°N.
6 E.S.E. 27. 22. 24. 46. 21. 44. 2. 0. id. 3. 0.S.O.
7 E. 29. 35. 9. 48. 47. 50. 4. 20. id. 12. 0.E. 23°N.
8 E.N.E. et N. 32. 1. 3. 51. 54. 59. 5. 30. id. 13. 0. O.15°N.
9 N. O. et N.N.E. 33. 34. 34. 54. 24. 27. 6. 30. id. 7. 0. E.
10 Du S.E. au N.N.E. par E. 34. 46. 0. 56. 25. 0. 7. 0. id. 9. 0. S.

Arrivé en rade de Maldonado.

[page] 239

QUATRIÈME TABLEAU.

DES vents, des courans, et des déclinaisons de l'aiguille aimantée, observés en 1823, sur plusienrs points de la route du Brésil en France.

***
DATES. VENTS d'tui midi à l'autre. LATITUDE. à midi. LONGITUDE à midi. DÉCLINAISON de l'aiguille. COURANS dans les 24 heures.
Départ de Rio-Janeiro en 1823. S. O. Milles.
25 sept E. S. E. 22° 53′ 16″ 45° 35′ 14. 3° 30′ N.E. 0.
26 E. N. E. 23. 25. 12. 45. 24. 30. 2. 0. id. 11. E. S. E.
27 Idem 24. 49. 47. 44. 23. 21. 1. 20. id. 18. O.
28 Idem 26. 40. 29. 43. 39. 31. 2. 0. id. 25. S. 10° E.
29 Idem 28. 9. 59. 42. 34. 31. 2. 0. id. 32. S. 5° E.
30 De l'E.N.E. à l'O.S.O. par S. 28. 33. 24. 41. 22. 22. 2. 0. id. 15. S. 3° O.
1.er S. O. 27. 11. 22. 39. 26. 52. 2. 0. id. 8. S. 20° E.
2 Du S. S. E. au N. O. par N. 26. 58. 20. 38. 18. 40. 2. 0. id. 18. E. 22° N.
3 N 26. 3. 17. 35. 58. 45. 1. 10. id. 12. N. E.
4 N. N. O. 25. 16. 23. 33. 30. 11. l. 0. id. 16. N. 8° E.
5 N. E. 25. 19. 28. 32. 7. 58. 2. 0. N.O. 15. E.
6 E. N. E. 26. 8. 40. 30. 11. 5. 4. 0. id. 20. E.
7 N. N. E. 26. 36. 6. 27. 29. 16. 5. 0. id. 13. N. 50° E.
8 N. N. E. 26. 0. 20. 25. 10. 0. 5. 20. id. 12. N. 45° E.
9 N. N. O. 25. 10. 45. 23. 40. 4. 8. 0. id. 10. N. 30° E.
10 E. S. E. et E. 24. 31. 4. 23. 35. 20. 9. 0. id. 7. N. 25° E.
11 E. et E. S. E. 22. 0. 58. 24. 18. 8. 9. 0. id. 4. S. 10° E.
12 N. N. E. 20. 19. 0. 25. 12. 8. 9. 40. id. 13. 0. 5° S.
13 N 18. 51. 10. 26. 49. 15. 10. 0. id. 15. O.
14 E. N. E. 17. 8. 54. 28. 17. 30. 8. 0. id. 12. O. 4°S.
15 E. N. E. 15. 10. 22. 29. 9. 5. 8. 0. id. 9. O.
16 E.N.E. 13. 22. 30. 29. 55. 30. 8. 0. id. 18. S. 50° O.

[page] 240

S. O. Milles.
17 octob. E. S. E 9° 10′ 25″ 30° 6′ 9″ 8° 0′N.O. 17. O.
18 E. N. E. 11. 30. 20. 30. 4. 20. 8. 0. id. 12. S. 3° O.
19 E. 6. 24. 24. 30. 3. 15. 8. 0. id. 14. O.15° S.
20 E. S. E. 3. 53. 29. 30. 10. 40. 8. 26. id. 33. O. 5° S.
21 S. S. E. 1. 11. 0. N. 30. 0. 46. 9. 0. id. 23.O.
N.
22 S.E. 1. 4. 20. 30. 0. 51. 10. 0. id. 31. O.
23 N. N. E. et S. E. 2. 48. 23. 30. 7. 0. 10. 0. id. 10. S. 45° O.
24 E. S. E. O. S. O. 4. 18. 20. 30. 0. 0. 9. 56. id. 5. N. N. O.
25 S. S. O. 6. 2. 20. 29. 52. 0. 11. 0. id. 3. S.
26 S. 7. 46. 20. 29. 18. 33. 11. 0. id. 20. E.
27 S. O. 9. 40. 0. 28. 44. 15. 11. 10. id. 30.N E.
28 Du S.O. au N. E. par le N. 10. 24. 38. 28. 45. 8. 12. 0. id. 12. N.O.
29 E. 11. 27. 19. 28. 58. 4. 12. 0. id. 14. N. 15°O.
30 E. 12. 34. 15. 29. 11. 10. 13. 30. id. 10. N. 45°O.
31 E.N.E 13. 35. 20. 29. 25. 48. 13. 5. id. 10. N. 55°O.
1.er nov. E.N.E. 15. 10. 40. 30. 14. 50. 14. 0. id. 13. 0. 20°N.
2 E.N.E 16. 54. 0. 30. 53. 12. 14. 0. id. 24. idem.
3 E.S.E 19. 5. 29. 31. 7. 15. 15. 0. id. 5. N.O.
4 S. E.. 20. 44. 0. 31. 7. 45. 15. 0. id. 12. N.
5 S.S.O. 22. 26. 45. 38. 58. 15. 16. 0. id. 14.N. 2°E.
6 Du S. E. à l'O. par le S 23. 5. 9. 30. 35. 0. 17. 0. id. 12. E. 10° E.
7 Calme.N.0 23. 9. 16. 30. 8. 35. 17. 32. id. 7.S. O.
8 E.N.E. 23. 53. 25. 30. 48. 15. 18. 0. id. 4.E.
9 E.N.E. 25. 32. 32. 31. 18. 45. 18. 0. id. 4.N.
10 E 27. 27. 30. 31. 45. 10. 19. 0. id. 15. N.N.E.
11 E 29. 9. 0. 32. 32. 13. 19. 0. id. 12. O. 5°S.

[page] 241

N. O. Milles
12. Nov N.E. 30° 9′ 30. 33° 16′ 13″ 19° 0.N.O. 14. S. 2°O.
13 N 30. 42. 13. 34. 15. 50. 20. 0. id. 14. S. 10°O.
14 E. N. E. 31. 46. 27. 35. 6. 19. 20. 43. id. 15. S. 7°O.
15 De l'E.N.O. au S.O.par S. 32. 2. 21. 35. 13. 39. 20. 25. id. 3. S.
16 S 35. 23. 21. 34. 27. 4. 21. 0. id. 0.0.
17 E.N.E 35. 40.13. 35. 5. 49. 21. 0. id. 8. O.S.O.
18 N 35. 35. 51. 33. 40. 31. 21. 0. id. 12. S.
19 E.N.E. 36. 25. 50. 34. 30. 50. 21. 0. id. 5. N.O.
20 De l'E. à l'O. S. O. par S. 36. 48. 12. 35. 45. 10. 22. 0. id. 23. S. 46. O.
21 Du N.N.E. à l'O.S.O. par O. 37. 42. 3. 33. 36. 39. 22. 0. id. 24. S. 10. O.
22 N.N.O 38. 13. 56. 30. 3. 0. 23. 10. id. 24. S. 8°0.
23 N. N. O 39. 36. 21. 27. 23. 41. 23. 0. id. 28. S. 65. E.
24 N 40. 16. 0. 25. 49. 20. 23. 15. id. 13. S. 50° E.
25 E 40. 25. 50. 25. 13. 10. 23. 0. id. 10. S. 75°E.
26 S.S.O. 41. 48. 50. 21. 35. 40. 23. 0. id. 11. S. 70. E.
27 Idem Pas d'obser. 0.0.
28 O.S.O Idem. 0.0.
29 N.O. et O 46. 24. 14. 12. 35. 2. 25. 0. id. 9.E.
30 O 48. 22. 14. 8. 53. 6. 26. 0. id. 7. E.N.E.
1 er déc S.O. 48. 11. 0. 8. 19. 4. 26. 30. id. 8. N.E.
2 S.O. 48. 23. 7. 7. 28. 6. 27. 0. id. Idem.

Mouillé en rade de Brest à 9 heures du soir.

16


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Citation: John van Wyhe, editor. 2002-. The Complete Work of Charles Darwin Online. (http://darwin-online.org.uk/)

File last updated 18 March, 2014