RECORD: Darwin, C. R. 1890. L'expression des Émotions chez l'homme et les animaux. 2nd edn. Trans. by S. Pozzi and René Benoit. Paris: C. Reinwald.

REVISION HISTORY: OCRed by John van Wyhe.

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MxPaESSION

CHEZ «E Kl m A^A«;X

y ..- »...

CHARLES DARWIN

SI. A.H P. H. .„ ETI.                         \

T.ABBIT DH t'ASOlAlS MB Ll» MOCTtL'uN

saurai, posa         .          renésiskoit

Membre «te ta tocItté.rAi.U.MpoJogfc. t Ii«nr.-»t.!«l»PftCt,«C..lcM<>.lccln«.loMom,*UI«r,                               VM

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M «Itl'T PI.AXCIIEH PIIOTUHtiAPIlIltKI.                                    /y .—- /

imotAk jiiuriftv mu » «muai*

PARIS

i.:. KEINWAI.D, LIBRA1RË-ÊD.TBUR'

'8, RUE DKS SAINTS-l'KUKS. I ">

1800

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AVIS DÉS TRADUCTEUR

point de vue, l'œuvre de M. Darwin marque véritablement

Us traducteurs se sont exclusivement attachésà rendre avec Jdélité la pensée du texte. Ils n'ont pas cru devoir, à temple de quelques-uns de leurs devanciers, l'accompagner de réflexions ni de commentaires. Ils laissent cette tache à la critique. Uniquement préoccupés de faire con-naîtrean public français cet important ouvrage, ils désirent que leur personnalité vienne s'interposer le moins possible entre le lecteur et l'illustrc naturaliste.

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TABLE

Vagit,

ATM DM TMI.l-r.TKUM............................................. »

PI.ACBHBXT l»BS HUCIb......................................... "

ISTBOUtCLION......................................................         '

CHAPIXttK I".

Établissement des trois principes fondamental!!.- Premier principe. - Les Zm utiles deviennent habituels en sciant à cettains état, dcaprlt) et «ont accomplis. que le besoin s'en tasse sentir ou non, dana chaque cas Uticuller. r VuLnm de l'habllu.1,. - Hérédité. . Mouvements Sciés lml.il««1» ch«* llioinme. - Actions reflètes. - Transformation des habitudes en aetion* réneu*. - Mouvements associés habituels chez tes animaux.-Conclusions......................................... »«

OHAPITRE II.

..ntsuri:* et»*»" »* f «imïwio». . (simtb.)

Principe de IWilhfc*. - Kiemple* chez te chien cl te chat. -*«-* prindiHS - «gués cenventionnels. - Le prlacipe de l'antithèse n'a pas pour origtne des actions opposées accomplie» en coMnaissanee de «mse sou* l'influence doublons oP1»osèes................................. ™

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v»M                                                      TABLE.

CHAPTTRE III.

......^'««ï^^

Troisième principe : Action directo sur l'économie de l'excitation «lu sysIkiuo "^ nerveux. indépendamment de la volonté et, en partie, de ihabitude. . Changements douleur <1„ poil. - Tremblement des muscles. ModilL étions des sécrétions. - Sueur. - Expression d'une vive douleur, de la fureu., de I» joie, de la terreur. - Différence entre les expressions qui causent ou non des mouvement* expressif». - Kl,U d'esprit qui excitent on dépriment.-Résumé............................................ 60

CHAPITRE IV.

MOVBKS »'i:XP|,E8MOK CIIBZ HBS ANIMAI.

Émission de sons. - Sons vocaux. . S«ns produits par divers mécanismes. -Hérlssementdcsnppcndieescutanés. poils, plumes,elc. sous linfluenco . de la fureur ou de la terreur. ~~ Renversement en arrière deaoreilles comme préparation au fombat ct comme «igné de colère. . lledrcssemcnt des oreillcsel élévation de In t~te en signe d'attention.................. 88

CHAPITEE V.

KX..KES810NS SPÉC1AI.BS OBS ANtH.VtX.

Mouvements expressifs divers clin le Chien. - Chat. - Cheval. - lttiini-nants. - Singes. - Expression: de joie et .l'affection, de souffrancec de colère, d'étonnement etde terreur chez ces animau<................... m

CHAPITRE VI.

RSHnF.ss.oxs spé<iaux i.k ./iiomsie. - SocmuNc: kt .-t.rrn.s.

Oris et plcurschez t'enfant. - Aspect des traits. - ABeauquel commencent

SuKU^^

-Cause de la sécrftion de< larMea................................... 150

CHAPITRE Vil.

AnAtTBUE~T.-AXX.ÊTÈ.^CIIAClUN.-DécoUKWilîllMT.-nÉSIÎSPOin.

Etfets gënëraMx dit chagrin sur l'économie. - Obliquité des sourcil» sous l'influence de la souffrante. - Cause de l'obliquité des sourcils. - Abaissement des coin* de la houebe....................................... m

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M';                               '                      TASLE. ....                          ':.»*.

I;.'..                                         CHAPITRE YIH.

^***im:~*ïAffîirï m^n;^-ku^mirkmKû.^mm- -:

:, Rire, cxpresston primitive de I» Joie. ~ Idées risiblcs. - Mouvements et

i,. trait* du visage pendant te r!re. - Salure du «on émis. - Sécrétion de*

Inrmes qui accompagnent le fou rtre. - Degré» Intermédiaires entre ie fou

rire CL le sourire. - Gaiete. - Expression de l'amour. - 8e)timents

tendres. - Piété.................................................... 211

CHAPITHE JX.

ntriKIIOR. - «ÊI.ITATIOX. - SAUVAISK l.««Kl«. . IIOIII»ll> nKC.S.ON.

': Froncement des <ourcils. . Réflexion accompagnée d'effort on de la |*rcop-tion d'une chose difficile ou desagréable. -Méditation abttratte. - Mauvaise humeur. -Morosité. - Obstination. - Boudcrie, moue. - Décision ou détermination.-Occlusion énergique de la bouche................. 239

f                                              CHAPITRE X.

\'\                                                 haine et noifen*.

, Haine. - Fureur, m «ffete sur l'économie. - Action de montrer leu dents. - FMrear chez te« atiénés. - Colère cl indignation. . Leur expresston chez les diverses races humaines. - Ricanement et déll. - Action de decouvrir !a dent cantnod'un seul cdté............................... 255

CHAPITRE Xt. ^ oéoAtw. - «éimiis. - oéatvr. - ficn.Anii.iTE. - onnvr.li, etc.

tMPUISSANCE. . fATIENCE. - AmEEAT<OX 6T NÉGATION.

Méprts, hauteur et dédain ; variété de teur< «pressions. -Sourire Barcas-

tique. - Gestea qui expriment te mepris. - Dégoût. . Calpbflilé,

fourberie, oqpjeH, etc. - nésignallon, faible ou impuissance. -

Patienc<. - Obstixation. - Haussement des épaules, geste commun à

[', ta plupart des races humaincs. - Signe d'affirmation et de né«ation.. 379

!ï                                                       CMAPITRE XII.

|                        <im-niSH. - ÉTONNEHENTT. CBAINTB. - HOMK!».

É Surprise, etonnetnent. - Sourcils «levés. - Bouchc ouverte. - LOvres l «lancées. - Gestes qui aceompagncnt la surprise. - Admiration. -Crainic. - Terreur. ~ Hérissement des cheveux. - Contraction du ; muscle peaussier..Dilatat!oM des pupilles.- Horreur.-Cooclusion.. 298

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_./ ciiA)iTmc xii!) .;

MUftMTIIC. - HOtliUR.

Nulure de hf rougeur. - Hérédité. - Parties du corps qui cll «nt le plus ***' affectée». - U rougeur cl,,, le» diverse» racet humaine*. - Certes concomitants. - Confusion. - Cause» de. la rougeur. - r/attention por~ée sur soi-même en art l'élément fondamental. - Timidité. . Honte, pro. venant de la violation des lois morales et des règle» conveationnelle». - IhMk TTluWiede la rougeur. - Récapitulation............... 332

CHANTEE XIV.

COXCLVMOM KT nésiMÉ.

Les trois principes fondamentaux qui ont déterminé les principaux meuve. inenlseiprcssift.- Leurhérédité. - Itùlc de la volonté et dt l'attention dan» l'acquisition des diverse» expression». - L'expression se feconnaît d instinc.. - Preuve fournie par notre sujet a l'unité «péclliquc des races humaines. - Ile l'acquisition successive par les ancêtres de l'homme des diverses expression*. - Importance de l'expression. - Concluston.... 37»

,v««................................................................ 395

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PLACEMENT TES SLANCHES

Manche I on face île la 'agi'. — Il

158

102

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Quelques-né, d««SWHogra

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ggaphe, «« ttan de l'êtrc aveece,,» négatives originale*; aussi leur éxecution B r                         a désirer; « «ont pourtant de* reproduction» ««tort

tewe'ëîicciiUoûr ' "

laisse ». cl.,.,e choss a désirer; ;m, «ont pourtant de* seproduction» exacte* «l WcT85ic«re8, pour le but de l'auteur, à des «ravures ou dessin* de la me».

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jT1"   rtfîî.

L'EXPRESSION

EMOTIONS CHEZ L HOMME

ET LES ANIMAUX

INTRODUCTION.

f      On ? beaucoup écrit sur l'expression, et plus encore sur

|    laphysiognomonie, c'esU-dire sur l'art de connattre le ca-

|    ractère par l'étude de t'état habituel des traits. Ce dernier

f    sujet ne m'occupera pas ici. Les anciens traités» que j'ai consultés m'ont été d'une utilité médiocre ou nulle. Le meil-

|   leur d'entre eux est celui du peintre Le Brun, les fameuses

|   Conférences* publiées en 1667, qui contiennent quelques

I   bonnes observations: Un autre essai quelque pou suranné,

Vi

«. a.»» r «... de qu™,.. « „. ^m m*m * „« &rit i.

;......                                                                                                                             1

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2                                         tNTHODCOTION.

lesJWs (177à 1 1782) ee Campée, onatomisth hollan, dais bien connu, rie peut guère Mre considéré comme ~yant fait avancer notablement la question. Les œuvres que jv vais citer méritent, au contrairel la plus grandc considération. fin 1800, parut la première éditiod de YAnatomie et philo-*opA.e<fcr*a^^^ / date d1 184.^. 0o peut ld dira avec justicen non seulement raïustrephysiologisteposaitlespremièresp édifice scientifique, maii il élevait déjà suc cettb basu «ne œuvre vraiment magistraleS Son ouvragp présenté, à toul pomt de vueunh liant intérêt ony t trouvd ded descriptions prises sur lv vid ded diverses émotionsetd dei illustration» admirables. Son principal mérite estc comme ns sait, d'avoir . montré lr relation intime que existe entrl les mouvements de j l'expression tc ceux ee lr respiration. L'un dep pointl le* , plus importantsq quelqui insignifiant qu'il pussse paraîtra au premier abord, est celui-ci l les muscles que entourenl les ; yeuxse contractent énergiqtiement duranl les effortr «apira. y toires, afin de protéger ces organes déiicat, contrl les effets de la pression sanguine. Le professeur Donders, d'Utrecht, a , bien voulu, sur ma demande, faire de ce phénomène une étude complète, quj jette, comme nous le verrons plus loin ' une vive lumière sul les expressions piincipales de la phy- ! wonomie humaine.

L'important ouvragedeSir Charles Bell n'a pas été apprécié ou même est resté ignoré de beaucoup d'auteuss étrangers. Quelques-uns cependant lui ont rendu jusiice, par exemple M. Lemomc-, qui dit avec beaucoup de raison : L Le livre )

3. Dtewrs par Mm Cmpcr m kmoym a\> reprémto te* tome~ ' pmim, etc., 1792.                                                                        |

toujours, la première édition, de 1806, est d'anc valeur tresinférieurc et ' ne contien; pas quelques-unes de ses vues tes plus importantes. 8. */« J%^m*e^

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INTHODUCtlON.                               a

de Charles Bèll devratt être médtté par quiconqee essaye de ï^^                           Fhomiiiep pur lesplffuosophss aussi

bien que par les artistes ; car, sous une apparence plus légère et sous le prétexte de resthétiqne, c'est un des plus beaux monumenss de la science des rapports du physique et du moral. »

Sir Chartes Bell, pour des moiifs que nous indiquerons, n'essaya pas de poursuivre ses aperçus aussi loin qu'il aurait pu te faire, 11 ne tenta pas d'expliquer pourquii des émotions différentes mettent en jeu l'activité de muscles différents ; pourquo,, par exemple, on voit tes extrémités internes des sourcils s'élever et les coins de la bouche s'abaisser chez une personne que tourmentent le chagrin et l'anxiété.

En i807, M. Moreau publiait une édition du traité de La-vatersur taPhysiognomonie », où tl incorporait plusieurs de ses propres essais, contenatt d'excellentes descriptions des mouvements des muscles faciaux, avec un grand nombee

6. L'Art de connaître le/ tomme,, etc., par G. Uvater. - La première

aurait été publiée en 1807. Je ne doute pas de l'exactitude de cette date. Quelques travaux btbliographiques donnent cependant celle de im-lltt. Hais 1805 parait une date impossible & admettre. I.e docteur Duchenne fait remarquer que M. Moreau < a compose pour son ouvfage un article important », dans l'année Mli (Mécanisme de la physionomie humaine, jn-&; édit. i862~ p. N, et Archives générales de médecine, janv. et f,v. 1862); je trouve aussi dans le premier volume de l'édition de i820 des passages portant tes dates des <2 décembre ISOS et B janvier 1806, outre celle du i3 avril déjà mentionnée. Se fondant sur ce que certains passages ont ainsi été composa en <805, le docteur Ouchonne donne à M. Moreau la priorité sur Sir Ch. Bell, dont l'ouvrage a paru, comme hous t'avons dit, en <806. C'est la une manière bien inusitée de déterminer la priorité des muvfea scientifiques; de pareilles questions ont d'ailleurs peu d'importance en comparaison du mérite retatif do ces travaux. - Les passages de M. Moreau et de U Brun cités ci-dessus sont tirés, ici comme toujours, de l'édition de Uvater de t820, tome ÏV, p.228,ettomelX,p.279.

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4                                               ONTRODUCTION.

de remarquej judicieux. Toutefois ll ne faisait paf foira *r«nd progrès «trcAté philosophie de ta quésfc Par exemple, partant du rroncement de sourcils, c'est-à-dire de la contractron du muscle appelé par les auteusfrrançais le sourciller rcorrugatorsupercilU), M. Moreau remarquatt avec justesse que « cette action des sourciller» est un des symp-tomes les plus rranchss de l'expression des affections pénibles ou concenrrée.. » Mais il ajoutait que « ces muscles, pa' leur attache et leur situation, sont aptes à resserrer, à concentrer les principaux traite de la face, comme il convient dans toutes ces passions vraiment oppressives ou profondes, dans ces affections donl te sentiment semble porter l'organisation & revenir sur elle-même. A ce conrracter et à ^amoindrir comme pour offrir moins de prise et de surface à des impressions redoutables ou importunss ». Si quelqu'un trouve que des remarques de cette nature éclairent la significaiion ou l'origine des différentes expressions, c'est qu'il comprend la question tout autrement que je ne le fais moi-

peu

L'étude philosophique eé l'expression avait fait, on le voit.

h, de progrès depuis ldépoque (t067) où le peintre Le Brun. décrivant l'expression de la frayeur, disait : « Le sourcil qui est abaissé d'un côté et élève de l'autre, fait voir que ta partie élevée semble le vouloir joindre au cerveau pour le garantir du mal que Fame aperçoit, et le côté qui est abaissé et qui paratt enflé nous fait trouver dans cet état par les esprits qui viennent du cerveau en abondance, comme pour couvrir l'Ame et la défendre du mal qu'elle craint; la bouche fort ouverte fait voir le saisissement du cœur, par le *«ng qui se retire vers lui, ce qui l'oblige, voulant respirer, à faire un effort qui est cause que la bouche s'ouvre extrêmement, et qui, lorsqu'il passe par les organes de la voix, forme un son qui n'est point articulé; quesi lesmuscles et les veines paraissent enflés, ce n'est que par les

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tNTRODUOTIOH.                               6

espriteqttelecerveattenvoieenecspQrtfeMA. » J'aicruquU

val«Ul«pei»oclc citeriez

pie dex étranges insanités qui ont été écrites sur la question

la Physiologie ou lemécanistne de la rougeur, par ledocteur Burgess, parut en i839; je ferai de nombreux emprunts A cet ouvrage dam mon treizième chapitre.

En i863, le docteur Ouchenne publia deux éditions, in-folio et in-octavo, de son mécanisme de la physionomie »«-maine, où il analyse au moyen do l'étectricité et représente par de magnifiquos photographics les mouvements des mus-des de la face. Il m'a généreusement permis de reproduire autant de ces photographies qu'il me conviendrait. Ses travaux ont été traités légèrement ou mémo complètement né-gligés par certains de ses compatriotes. Le docteur Duchenne a peut-Atre exagéré l'importance de la contraction isolée des muscles pris individuellement dans la production de l'expression; car, si l'on considère les connexions intimes do ces muscles, représentés par les dessins anatomiqucs de H«uV, , les moilleurs, je crois, qui nient été jamais publiés, -il est difficile do croire qu'ils puissent agir isolément. Toutefois il est certain que le docteur Duchenne s'est parfaitement rendu compte de cette cause d'erreur, aussi bien que de diverses autres, et puisqu'on sait qu'il a parfaitement réussi A élucider par l'électricité la physiologie des muscles de la main, on peut croire aussi qu'il est généralement dans le vrai relativement aux muscles de lu face. A mon avis, le travail du docteur Duchenne représente un progrès considérable. Personne n'a plus soigneusement étudié la contraction de chaque muscle en pariiculier et le plissement de la peau qui en résulte. U a montré en outre, - et c'est là un service important, - quels sont les muscles dont la volonté peut le moins

7. Umdbuth der systemutischm Amtomic des tlmtchen, band t, Drille Abtheilung, 18S8

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«                                    INTUODUCTIOK,

imhv l'action. Il n d'ailleurr raremena abordl les considéra. lions théoriqueetc cherché A expirep pourquoi certains ,.,.****> pluU» que dWtres, m eont^tcnt «o«l l^nfl^hcie de certaineé émotions.

Un anatomiste français distingué, Pierre Gratioletf fit A la Sorbonne «ns série dl leçons sul l'expressionett ses notes furent publiées après «a mor( (1865) souslt titre : De aa J%-/ sionmie et des mouvements d'expression. C'esunn ouvrage très !         inléresMmt.pleind^ervationsprécie.^Sathéorieestassez -H

complexe, et, autant qu'on peul la formuler en une seule phrase (p. 05), la voici : « 11 résulte, dit-il, dt tous les faits que j'ai rappelés, que les sens, l'imagination et la pensée elle-même, si élevée, ti abstraite qu'on la suppose, ne peuvent s'exercer sans évelller un sentiment corrélatif, et que ce seniiment se traduit directement, sympathiquement, symboliquement ou métaphoriquement, dans toutes les tphères des organes extérieurs, qui le racontent tous, soi-vantleur nodc d'aciton propre, comme si chacun d'eux avait été directement affecté.»

Gratiolct paratt méconnaître ''habituel, héréditaire, et même jusqu'à un certain point l'habttude individuelle; il en résulte, me semblc-Ml, qu'il est impuissant A donner 1'explication juste ou même une explication quelconque de beaucoup de gestes et d'expressions. Comme exemple de ce qu'il appelle les mouvements symboiiques, je citerai les rc marcp.es qu'il emprunte (p. 37) à M. Chevreul, A propos de l'homme qui joue au billard : « Si une balle dé~ie légère-ment de la direciion que le joueur prétend lui imprimer, ne l'avez-vous pas vu cent fois la pousser du regard, de la tête et même des épaules, comme si ces mouvements, purement symboliques, pouvaient rectifier son trajet ? Des mouvements non moms significatifs se produisent quand la bille manque d'une impulsion suffisante; et, chez les joueurs novices, ils sont quelquetois accusés au point d'éveiller le sourire sur les

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INTRODUCTION.                                         .

lèvres des spectateurs. > H me semble eue des mouvement* de cette eature peuvent «m attribués simplement à rhabi-lude. .outes les fois quW hoïnroc e désiré mouvo.r un objet clans sne eertaine direction; pour le faire avancer, il 1 Vpoussé en nvant ; pour l'arrêter, ,l l'a tiré en arrière. Par conséquent, tmnnd «n joueur voit ssaille rouler dans sne mauvaise direction et qu'il désire eivement qu'elle ee prenne une eutre, ,l nneeut s'empêcher, par ruite d'une longue habitude, ,'exécuter d'une façon inconsciente les mouvements sont tl a éprouvé é'efficacité ée d'autres occasions.

Commmexemple dd mouvements sympathiques, firatiolet indique (P. .82) ll fait suivant t « «n jeune chienn a àreilles droites, auquel ssn maître présente dd loin nuelque viande appétissante, ,ixe fvec ardeur ses yeux xur ret objet, dont H suit tons ses mouvements, ,e pendant que les seux regur-dentt les deu.v oreiiles ss portent en avant, comme si cet objet pouvaii être entendu. » Dans cceas, au lieu de supposer une sympathie entre les oreilles et les yeux, ,i me parait plus simple d'admettre que, durant plusieurs générationsi lorsque les chiens ont regarde un objet avec une attention soutenue, iis ont en même temps dressé les oreilles afin de percevoir tout bruit qui aurait pu en venir; réciproquement ils ont regardé attentivement dans la direction île tons les bruits qu'ils écoutaient; les mouvementt de ces organes ont été ainsi définitivement associés par une longue

h1n,Ï859, le docteur Piderit avait publié sur l'expression un ouvrage que je n'ai pas lu, mais ou il avait, prétend-iï, devancé (iratiolet dans beaucoup de ses aperçus. En 1867, il donna son WimmchafUiçhes System dir Himik und Physio-tnomik. 11 n'est guère possible de donner en quelques mots une notion complète de ses théories; les deux propositions suivantes, que je lui emprunte, suffiront peut-être à en donner une idée, autant qu'on puisse le iairc brièvement : « Les

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.8                               INTHODUOTION;

mouvements musculute d'expression sont en partie relatifs «V des objets imaginaires, eu partie A dei impressions senso-riefe                          proposition renferme la W quF

permet de comprendre tous les mouvemenss musculaires expressifs. >, (P. 25)) Et aillons : « ~es mouvements exprès* sirs se manffestent suttout duol les muscles nombreux et m». biles de la face; d'une patt parce que les nerfs qui les metent en mouvement naissent danl le voisinage le plus immédiat de l'organe de-la pensée, et d'autre part parce que ces muscles sont annexes aux organss des sens. » (P. 20 ) Si le docteur Wderit eût étudié ''ouvrage de Sir Ch. Bell, it n'aurait probablement pas dtt (p. iOi) qu'un ri». violent cause un froncement de sourcil parce qu'il tient de !a nature de la douleur; ni que chez les enfan's (p. 103) les larmes irritent les yeux et excitent ainsi lu contraciion des muscles qui les entouren.. Diverses bonnes remarques sont d'ailleurs semées dans ce volume, et je les rappellerai en temps et

On trouve dans divers ouvrages de courtes dissertations sur l'expression, auxquelles il n'est pas besoin de nous ar· reter ici. Citons cependant M. Bain, qui, dans deux do ses livres, a tratté lu question avec quelque développement. «Je regarde, dit-il*, ce qu'on appelle l'expression comme une simple partie de la sensation; c'est, je crois une loi générale de t'entendement qu'il se produit toujours une action diffuse ou excitation sur les organes extérieurs de r'économie, en même temps que s'opère la sensation interne ou conscience. ». Dans un autre passage, il ajoute : « Un très grand nombre de faits pourraient être ranges sous le prin-cipe suivant : tout otMt de plaisir répond à une augmentation, tout état de douteura une dépression d'une partie ou

8 m S*** y* H.MH * cdU., ,864, „. 96 et 288. La prête

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tNT«ODU0t!O«. do la totalité des fonctions vitales. » L< loi précédente sur lac

* jener beaucoup de lumière Mr les expressions en particu-) lier.

j. -' M. Herbert Spencer, traitant des sensations dans m A*-! cipes ee Psychologie (1855), fait les remarques suivantes : : « Une frayeur intense s'exprime par des cris, des efforts pour se cacher ou s'échapper, par des palpitations et du tremblement; or, c'est précisément ce que provoquerait la : présence du mal qui est redouté. Les passions destructives se \ manifestent par une tension générale du système musculaire, le grincement des dents, la saillie des griffes, la dilatation i des yeux et des narines, les grognements; or, toutes ces ac tions reproduisent à un moindre degfé celles qui accompagnent l'immolation d'une proie. » Voilà, je crois, la vraie l théorie d'un grand nombre d'expressions; mais le principal ï intérêt et la difficulté du sujet est de démêler ta prodigieuse : complexité des résultats. Je suppose que quelqueauteur (sans pouvoir préciser lequel) avait déjà exprimé une opinion A > peu près semblable, car Sir Ch. Bell avait tait» : « On a dit i quelessignes extérieur de la passion consistent simplement dans les phcnomônes accessoires qui accompagnent inévita-blement nos mouvements volontaires par l'effet de noire or-; ganisation. » M. Spencer.» a publié aussi une bonne étude sur la physiologie du rire, ou il insiste sur cette loi générale que « lasensation qui dépasse un certain degré se transforme habituellement en acte matériel » ; et sur cette autre que « un afflux de force nerveuse non dirigé prend manifestement tout d'abord les vo!es les plus habituelles;si celles-ci ne suffisent pas, il déborde ensuite vers les voies les moins usitées». Cette

: ÎJiï^                                                  seconde «oric, <803.

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.NTBOliuCTlON.

loi.**, je crois, de la plus haute importance par la clarté ..qu'eUejçm .sur nja»ire..mjet ...............                                  :,. ^

Tous les auteur, qui ont écrit sur l'expression~ à t'cxception de M. Spencer, - le grand interprète clu principe de l'évolu-tion, - semblent avoir été fermement convaincus que l'espèce, y compris bien entendu l'espèce humaine, est apparue danssonétat actuel. Sir Ch. Bell, pénétré de cette conviction, soutient que beaucoup de nos muscles de la face sont "uni-quementdesinstrumentsderexpression «, ou « sont spéciale-ment disposés M pour ce seul objet". Cependant le simple fait que les singes anthropoïdes possèdent les mêmes muscles faciaux que nous~, rend cette opinion très improlmble; car personne, je présume, ne sera disposé à admettre que les singes ont été pourvus de muscles spéciaux uniquement pour exécuter leurs hideuses grimaces. Aussi bien, des usages distincts, indépendants de l'expression, peuvent être assi~ gnés avec une grande vraisemblance à presque tous les muscles de la face.

Sir Ch. Bel! avait manifestement le désir d'établir une distinction aussi profonde que possible entre l'homme et les animaux; « chez les créatures inférieures, dit-il, il

I». Depuis.apublcaUonderEssaidontilestidque.tion.M.Spoaccr

s2SSSTrSSSs£33s',

JksmdmeetkFàomme qu'une partie du présent volums était déjà écrite} mes premières notes manuscrites sur l'expression datent de Tannée 1838.

12.  Anatomy of Répression, 3° édit., p. 98,121, 131.

13.  Le professeur Ouen constate expressément (Pm. Zookg. Sw., .830, p. 28) qu'il en est ainsi dm l'orang, et il passe en revue tous les muscles les plus {«portants dont le rôle, dans l'expression des senti-

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INTB01JUCTION.                                       M

n'y a pas dWre expression que celle qu'on pont rapporter ; avec plus ou moins de certitude A leuw actes de vpHUpi» «u A leursinslmcts nécessaires ». Ktplus loin, «leurs faces paraissent surtout capables déprimer k rage et la frayeur",, .. » pourtantl'homme lui-même ne peut exprimer lu tendresse et Lmilité par des signes extérieurs aussi parfaitement que le fait le chien, lorsqu'il vient au-devantde son mattre bien-n!mé, les oreilles tombantes, les lèvres pendantes, le corps ondulant et en remuant la queue. 11 est aussi impossible d'expliquer ces mouvements chez le chien par les actes de volition ou la fatalité des instincts, qu'il le serait d'expliquer de la même manière le rayonnement du regard et le sourire aux lèvres de l'homme qui rencontre un vieil ami. Si l'on avait demandé A Sir Cb.BeIl comment il expliquait l'expression de l'affection chez le chien, il aurait sans doutn répondu que cet animal a été créé avec des instincts spéciaux le rendant propre A ~'associer A l'homme, et que toute recherche ultérieure sur ce sujet serait superflue.

Gratiolet, bien que niant expressément" qu'un muscle quelconque ait été développé uniquement en vue de l'ex-pressioii, ne semble pas avoir jamais pensé an principe de l'évolution. Il parait regarder chaque espèce comme le produit d'une création distincte. H en est de même des autres auteurs qui ont écrit sur l'expression. Le docteur Duchenne, par exemple, après avoir parlé des mouvements des membres, et venant A ceux qui donnent l'expression au visage»», fait la remarque suivante : « Le Créateur n'a donc pas eu A se préoccuper ici des besoins de la méca-niquejilapu, selon sa sagesse, ou, - que l'on me pardonne cette manière de parler, -par une divine fantaisie, mettre en action tel ou tel muscle, un seul ou plusieurs muscles A

14. Anatomy of mprmim, p. <2t, 138.

«K De hPhyttonomie, p. 13,73.

iC tiémtme de fa phyiionmie Humaine, édit. in-S-, p. 3t.

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13                                  INDUCTION.

la fois, lorsqu'il a voulu que les signes caractéristiques des passions, même les plus fugaces, fussent écrits passagèrement m.rlaface de Ybomm; (^langage dela physiôWmlé «iïë foûTcréé, il lui a suffi, pour le rendre universel et immuable, ai donner A tout être humain la faculté instinctive d'exprî-mer toujours ses sentiments par la contraciion des mômes muscles.M

Beaucoup d'auteurs considèrent la théorie de l'expression comme entièrement impossible. Ainsi l'illusrre physiologiste MOUcr" dit : « L'expression complètement différente des traits dans les diverses passions est une preuve que des groupes distincts de fibres du nerf facial sont impressionnes suivant la nature de la sensation produite. Quant a la cause de ce fait, nous liignorons complètement. M

Aussi longtemps que l'homme et les autres animaux seront considérés comme des créations indépendantes, il est certain qu'un obstacle invincible paralysera les efforts de notre cu-riosité naturelle pour poursuivre aussi loin que possible la recherche des causes de l'expression. Par cette doctrine, tout pourrait et peut également être expliqué ; et son influence a été aussi funeste relativement A l'expression que pour toutes les autres branches de l'histoire naturelle. Certaines expressions de l'espèce humaine, les cheveux qui se hérissent sous l'influence d'une terreur extrême, les dents qui se découvrent dans l'emportement de lu rage, sont presque inexplicables si l'on n'admet pas que l'homme a vécu autrefois dans une condition très inférieure et voisine de la bestialité. La corn-munauté de certaines expressions dans des espèces distinctes, quoique voisines, par exemple les mouvements des mêmes musclesdeIn face pendant le rire chez l'homme et chezdivers singes, se comprend un peu mieux si l'on croit à la descendance de ces espèces d'un ancêtre commun. Celui qui admet

17. Éléments de Physiologie,

^.cfa,™,!*, «LV.I, p. m.

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INTRODUCTION.                                   M

d'une nanière générale le développement graduelde l'orga-la questcon de l'expression s~éclairer d'un jour nouveau et

L'étude de l'expresiion est difficile, vu l'extrême délicatesse et la fugactté des mouvements. On peut parfois percevoir très nettement un changement dans une physionomie, sans pouvoir spécifier en quoi ce changement consiste. Quand nous sommes témoins d'une émotion profonde, notre sympathie est si fortement excitée que l'observaiion rigoureuse est oubliée ou rendue presque impossible; je possède plusieurs preuves curieuses de ce fait. Notre imaginaiion est une non-velle sourced'erreurs encore plus graves : si nous nous attendons, dans une situation donnée, à voir une certaine expression, nous non» imaginons sans peine qu'elle existe. Le docteur Duchenne, malgré sa grande expérience, s'était longtemps figuré, jfllWl, que plusieurs muscles se contractaient sous l'empire de certaines émotions, tandis qu'il s'est convaincu plus tard que le mouvement était borné A un seul

m Vdri les moyens d'étude que j'ai adoptés avec le plus de profit, pour avoir un critérium aussi sûr que possible et pour vérifier, sans tenrr compte de l'opinion reçue, jusqu'à quel point les divers changements des traits et des gestes tradusent réellement certains états de l'esprit.

I- J'ai observé les enfants, car ils expriment plusieurs émotions, suivant la remarque de Sir Ch. Bell, « avec une énergie extraordinaire » ; en effet, à mesure que nous avançons en âge, quelques-unes de nos expressions « ne provien-nent plus de la source pure et sans mélange d'oû elles jaillis-sent pendant l'enfanee »,.

18. Amtomyof Exfirmton, 3'

UH., p.<«.

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M'                                       XNTRODUCTION.

I-II «Va pauu qu'is seraib bon d'étudié.t leaaliénés, eai il*/ sont soumis aux payions les pli» violenteetl leud donnent nIlibre coù^N'ayan^ar^^^

moi-mèmes je m'adressai u» docteur Maudsleyill me présenta nn docteur.!. Criehton Brown.. que esc chargé d'ui immense asile près do Wnkeftcldett qu,c comme jl le vis, s'était déjà occupé de la question. Cet excellent observateur, avec une honté infatigable, m'a envoéé des notes et dss descriptions étendues, avec des aperçus précieus sur plusieurs points, et je ne saurais esiimer atsez hatt le prix de son concoure. Je suis aussr redevaMle de faits intéressanss sur deux ou trois points i M, Patrick Nicot du Susse* lunatic Asylum.

3° Le docteur Uuchenne, comme nout l'avons déjà vu, a galvanisé les muscles de la face chez Mn vielllard dont la peau était peu sensible, et reproduit ainsi diverses exprès-sionsqui ont été photographiées à une grande échelle. J'ai eu la bonne fortune de pouvoir montrer plusieurs des meilleures épaves sansun mot d'explication, a une vingtainede personnes instruttes, d'âges divers et des deux sexes; je leur demandais, A chaque fois, par quelle émoiion ou quelle sonsation elles supposaient que le vieillard fût animé, et je re-cueillais leur réponse dans les propres termes dont elles se servaient. Parmi ces expressions, plusieurs furent immédiatement reconnues de presque tout le monde, bien que chacun ne les décrivit pas exactement par les mêmes mots; ces ex-pressions peuvent, me semble-t-il, être tenues pour fidèles, et nous les décrirons plus loin. Quelques-unes, au contraire, furent l'objet de jugements très différents. Cet examen mf fut utile à un autre point de vue. en me démontrant la facilité avec laquelle nous pouvons nous laisser égarer par notre imagination. Eu effet, lorsque je regardai pour Ja première ois les photographies du docteur Duchenne, en lisant le texte simultanément et m'instruisant ainsi de l'intention de l'auteur, je fus, A de rares exceptions près, constamment

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INTBODUCTION.

frappé de leui merveilleuse vérité. Et cependantsijel i* avais cxommées sana aucune explication, j'aurais été sans douee aussi embarrassé, duos certains ca~, que l'ont été ses personnes que j'ai consultées.

4" J'avais espééé rrouver un puissant secours chez les grands maîtres en peinture et en sculpture, qus sont des observateuss si attentifs. En conséquence, j'ai étudié les photographies el les gravures de beaucoup dWesbien connues: mais, sauf quelques exceptions, ee n'y at trouvé aucun profit. U raison en est san8 doute que, danl les œuvres d'art, la bieautô est le but principal : or, la violente contraciion des muscles de la face est incompatible avec la beauté »*. L'idée de la composition est généralement rraduite avec une vigueur et une vértté merveilleuses par des accessoires habllement disposés.

5" Il ma semblé de la plus haute importance de vérifier si les mêmes expressions et les mêmes gestes, ainsi qu'on l'a souvent assuré sans preuves suffisantes, existent chez toutes les races humaines, spécialement chez celles qui ont eu peu de rapports avec les Européens. Si les mêmes mouvements des traits ou du corps expriment les mêmes émotions dans diverses races humaines distinctes, on peut en conclure avec beaucoup de probabitité que ces expressions sont les véritables, c'est-à-dire sont innées ou instinciives. Des expressions ou des gestes conventionnels acquis par l'individu au début de sa vie seraient probablement différents chez les diverses races, comme leurs langages. En conséquence,au commencement de l'année <807, je lis imprimer et circuler une série de questions, en demandant qu'on voulut bien y répondre par des observations directes, et non point par des souve. nirs. Ces questions furent écrites & un moment où mon

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10                                  IHTRODUCTI0N.

atteniion était depuis longtemps dirigée d'un autre côté, et je reconnais au}ourd*hui qu'elles^ auratent pu ô>re beau-coup m!eux rédigées. A quelques-uns des dernier* exemplaires j'ajoutai, écrites A la main, quelques remarques addi-tionaelles:

quelle est la limite inférieure de ta rougeur?

a. Un homme indigné ou détiant fronce-t-ii les sourcils, re-dresse-t-il le corps et la télé, ef!ace-t-il !esépaules etserre-t-il les

P78Un homme qui réfléchit profondément sur un sujet ou cher-

sœrr„r.rarta^Mmmo,0",ue,M

ou dent de l'œil, du cûté qui fait face ù l'individu auquel il s'a-d TLonnalt-on un air hargneux ou obstiné à ces signes prin* 1S^JSl!Srimtm regar<1 mena,îanUlun,^Pfron-

Nom que M. Ducheenn (de Boulogne) donne au sourciiler. Voyee Physiologie des mouvements, p. 829.

(ff* ta ***«*)

'M

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tNT1IODUCTO0N.                                      7?

9. Lemépris «cxprime4.il en avançant légèrement !es lèvre» et levant le ne/, avec une petite expiration? —10L Le dégont laiHl renverser la lew toférfeure >t «mrievér

il. La frayeur extrême est-elle exprimée de la manière habituelle aux !^^^^^

~2, Le rire est-il jamais poussé au point d'amener des larmes dans tes yeux?

i3. Quand un homme désirc montrer qu'une chose ne peut se faire ou qu'il ne peut lui-même faire quelque chose, est-ce qu'il hausse ïesopauK porte les coudes en dedans, étend en dehors la paume des mains, et relève ses sourcil??

~4. Lorsque les enfants bouden,, font-ils la moue ouavancent-ils beaucoup les lèvres?

13. Peut-on rcconnattre une expression criminelle, ou rusée, ou jalouse? Je ne saurais dire du reste d'âpres quoi on pourratt déterminer ces expressions.

i6. Hoche-t-onlatêlcverticalementpouramrmer;lasecoue-t-o.i latëralement pour nier?

Les observations faites sur des naturels ayan^àpeu de^iK munications avec les Européens seraient san^uoute lesplusp^\ cien.es; toutefois celles qu'on fera sur n'importe quel* indigënes* > auront beaucoup d'intérêt pour moi. Les généralités sur l'e^res^ sion ont relativement peu de valeur ; et la memo^l si i^fidèlei^ ; quejeprieinstamm^^

souvenirs. Une descripiion précise de l'aU»A ^.IMW fluenec d'une émotionou d'un état d'espritquelcJn^#l&-cation descirconstanccsqii ont produit cet etatd'espriCcônslitucra un renseignement de grande valeur.

|         A ces quesiion,, j'ai reçu trente-six réponses de différenss

I     observateurs, dont plusieuss sont missionnaires ou protec-

||     tours des indigène;; je leur suis & tous très reconnaissant do

|     la peine qu'ils ont prise et du concours précieux qu'ils m'ont

I     prêté. J'indiquerai leurs noms, etc,, & la fin de ce chapitre,

I     afin denepas interrompre mon exposition. Ces réponses sont

i    .. . . t

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1M                                  INTRODUCTION.

relatives a pl'arfanw des racee haines les plus tranchées elles plussauvages. Plusieurs foii on ia noté les circonstances

Ion a décrit cette expressaono en pareil cas ées réponses méritent une pleine confiance. Quand les téponses ont été simplement oui et non Je lésai ioujours reçues avec défiance. 11 résulle des renseignements qui m'ont été ainsi fournis ; qu'un même état d'esprit est exprimé en tout pays avec une remarquable uniformité; ce fait est par lui-même intéressantn car ii démontre une étroite similitude de structure physique et d'état intellectuel cheztoutes lesracesde l'espèce

TEL, j'ai observé d'aussi près que je l'ai pu l'expression des diverses passions chez quelques-uns de nos animaux domotiques. Je crois que ce point est d'une importance capitale, nnn pas sans doute pour décider jusqu'à qnel degré certaines expressions sont, chez l'homme, caractéristiques de certains états d'esprit, mais parce qu'il nous fournit la base la plus sûre pour établir d'une manière générale les causes ou l'origine des divers mouvements de l'expression. En observant les animaux, nous sommes moins exposés & subir t'influcnce do notre imagination, et nous n'avons pas à < craindre que leurs expressions soient conventionnelles.

Je viens de signaler des causes d'erreurs, entre autres la nature fugitive de certaines expressions (le changement des traits étant souvent extrêmement léger); la facilité avec laquelle notre sympathie s'éveille A la vue d'une forte émotion et la distraction qui en résulte; les illusions causées par J'imagination lorsque nous savons vaguement ce que nous devons attendre, quoique assurément peu d'entre nous connaissent exactement le jeu de la physionomie; je pourrais même ajouter en dernier lieu la banale habitude que nous avons du sujet. Pour toutes ces raisons, l'observation

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I                                            tNtRODUCTION.

i, de l'expression n'est nullement facile; plusieurs personnes

m« i'ttvais p"ées d,°bsorvet <eriftin8 :**«»:» Mbl™

P vile aperçues, II est donc malaisé de déterminer avec cer-S filude quels sont les mouvements des traits et les attitudes | qui caractérisent babillement certains états do l'esprit.

Cependant j'espèee que l'observation des enfants, des | aliénés, des diverses races humaines, des œuvres d'ar,, enfin

l'étude de l'action de l'électricité sur les museles de la face, f telle que l'a faite lu docteur Ditchenno, nous auront permis | de vaincre certaines difficulté» et d'éclairer bien des points

| Reste une difficulté plus grande encore : c'est de pénétrer f ta cause ou l'origine des divorces expressions et de juger s'i! existe une expïication théorique qui soit digne de foi. Aussi | bien, lorsque nous avons do notre mieux applique notre rai-! son, sans l'aide d'aucune r&gte, a juger si parmi deux ou ! trois explications il eh est une qui soit plus satisfaisante que l tes autres ou si aucune ne l'est, je ne vois qu'un seul moyen do contrôler nos conclusions : c'est d'observer si l'hypothèse f qui semble pouvoir expliquer une expression donnée est ap-i plicable à d'autres cas analogues, et en particulier si les [ mêmes principes généraux peuvent s'appliquer d'une façon } satisfaisante et a l'homme et aux animaux. J'incline a penser i que cette dernière méthode est celle qui rond le plus de services. La difficulté de vérifier une explication théorique quel-j- conque et de la contrôler par une méthode de recherche déterminée est ce qui troubee le plus l'intérêt que cette étude l paraît si propre à exciter.

Enfin, quant & mes propres observations, je dois constater i qu'elles ont commencé des l'année 1838 ; depuis cette époque jusqu'à ce jour, je me suis fréquemment occupé de la question. A cette date, j'inclinass déjà a croire au principe de l'évolution, c'est^diro à la production des espèces par d'autres formes inférieures. En conséquence, lorsque je lus le

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30                                         INTRODUCTION.

grand ouvragdee Sir Ch. Belljef fus frapéé de l'insuffisance

cctv

Mm théorie, d>prè« lWill rhommeaété créa avec ce. tains muscles spécialement adaptés à récession ds sessc* timenls. H me parut probable que l'habitude d'exprimer no sentiments par certains mouvements avait dû être d'une ma nUt* quelconque acqusse graduellement, bien qu'elle «oit maintenant devenui innée. Mais découvrir commentées habi. tndesavaient été acquises n'était pas une tache pou embarrassanteIlf fallait considéret toute la quesiion à un nouveau point de vue et donner de chaque expression une expiicaiion raiion-nelle. Tel est le désrr qui ma condutt & entreprendre cet ouvrag,, quelque imparfaite qu'en put être l'exécution.

nos

ont

Je vais maintenant donner les noms des personnes qui on mérité ma reconnaissance en me fournissant des renscigne ments sur 1'expression cbea les divorces races humaines ; j'in-diqueraien même temps quelques-unss de* circonstances dans lesquelles chaque observation a été faite. GrAco ,1 la bienveillance et & la ha~te influence de MM. Wilson, de Hayes, Place, Kent, je n'ai pas reçu d'Australie moins de trente séries de réponses ô mes questions. 4c m'en suis ^rticuti&roment félicité , car les indigènes australiens se placent parml les mes humaines les plus tranchées. On verra que ces observations ont été faites surtout dans le sud, on dehors des frontières de la colonie de Victoria; toutefois quelques réponses excellentes me so,« aussi venues du nord.

M. Uyson Ucy m'a fourni avec de grands détails quelques observations précieuses faites A plusieurs centaines de milles dans l'intérieur de Queensland. M. R. Brough Smyth, de Melbourne, m'a été fort utile par ses «marques personnelles et par renvoi qu'il m'a fait de plusieurs des lettres écrites par

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lel personnes Bttivantos: lé eév. v. Hagenauer, du lac Wel-UugW, missionnaire e Gippsland dVictoria), qui a bou.coup

danU Langerenong, Wimraera aVictoria) ; le Bév. George Ta-plia, ,irecteur re l'Établissement industriel indigène a Port Macleay; M. Archibald dG Uog, ddeoranderik (Victoria), professa à l'école oo sont réunis les naturels sieux et jeunes de toutes les parties sd la aolonie; ;. HI .. Lane, dd Belfast (Victoria)a fonctionnaire ee l'administration judiciaire, dont les observations méritent t coup sûr la alus entière eonfiance ; M. Templeton Bunnett, d'Ec.huca, qui est établi iur les con-lins dd la aolonie de eictoria, et t au ainsi ibserver beaucoup d'indigène! qui ivaient tu fort peu de rapports avec les blancs; il a ccmparé ses observations avec celles dd deux autres colons sui habitaient depuis llngtemps dans le eoisinage; enfin M.J Bulmer, miisionnaire dans une localité lointaine de Gippsland lVictoria).

Je suis ausss redevable au docteur Ferdinand Mnller, bota-niste distingué de Victoria, de quelques observattons qu'il a faites lui-même; ii m'a en outre envoyé d'autres renseigne-mentt dua à M. Grccn. ainsi que queiques-unes des lettres précédemment citées.

Relativement aux Maoris de la Nouvelte-Zélandeo le Hév. j- W. ~tack n'a répondu qu'A une petite partie de mea questions; mais ses réponses ont été remarquablemcnt complètes, «Taires et nettes, avec mention des circonstances dans lesquelles les observations ont été faites.

Le rajah Brooko m'a donné quelques renseignements re!a-life aux Dyaks de Bornéo.

Relativement aux Malais, j'ai été très favorisé; en effet, M. F. Geach (auquel j'ai été présenté par M. Walhec) a observé, pendant son séjour en quatité d'ingénieur <fa» mines dans l'intérieur de Matacca, beaucoup de naturels qm ua-vaient eu «ntérieurcment aucun rapport avec les blancs; 11

/

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: - imoouorioft N è

m'a écrit deux longues lettres remplies d'observalions admirables et minutieuses sur leurs expressions. It a observé de

ImÏÏT manièro les ChiDdis qui draigrent dttm *****

connu, a aussi observé pour moi les Chinois dans leur pays natal, et pris quelques informations anpr&s d'autres personnes dignes de foi.

Dans l'Inde, pendant sa résidence A titre officiel dans le district Ahmedmigur ce la présidence de Bombay, M. H. Ers-klne a porté son attention sur l'expression des habitants ; mais il a rencontré de grandes difficultés pour arriver a des conclusions certaines, par suite de leur dissimulation habituelle de toute espèce d'émotion en présence des Européens. En entre, il a obtenu pour moi des renseignement» de M. Wcst. juge A Canara, et pris des informations sur certains points auprès de personnes intelligente!, nées dans lu colonie. A Calcutta, M. J. Scott, directeur du Jardin botanique, a observa avec soin ies diverses tribus auxquelles appar,enaient les hommes qui y ont été employés depuis un temps considérable; personne ne ma envoyé des détaUs aussi complets vi aussi précieux: l'habitude de l'observation attentive qu'il doit a ses études botaniques a été mise & profit pour noire «met. Quant A Ccytan, je dois beaucoup au Rév. S. 0. Gleni,. qui a répondu à quelqucs-unes de mes questions.

Pour l'Afrique, j'ai eu du malheur au sujet des nègres, bien que M. Winwood Heade m'ait aidé autant qu'il était en son pouvoir. Il m'eut été relativement facile d'obtenir des renseignements sur les n&grcs esclaves en Amérique, mais comme ils ont été depuis longtemps mêlés aux blancs, ces observations auraient eu peu de valeur. Dans la partie méridionale de ce continent. M. Barbier a étudié les Cafres et tes Fingoset m~aenvoyé plusieurs réponses explicites. M. J, P. Nan-sel Weale a fait aussi quelques observations sur les naturels, et

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INTRODUCTION.                                        m

m'a fourni un curieux document, & savoir l'opinion écrite en anglais do Christian Gaika, frère du chef Sandilli, sur ks expressions de ses compatriotes. Pour les régions septentrio-nales de l'Afrique, le capitaine Speedy, qui a longtemps ha-m ofaevln Abyssins, a répondit & mes questions, en partie tfaprôss^s^^

sur le fils du roi Théodore, qui était alors sous sa garde. L<> professeur Asa Gmy et sa femme ont été frappés de quelques particularités dans l'expression des natols qu'ils ont observés en remontant te Nil.

four le grand continent américain, M. Bridges, catechisa qui réside chez les Fuegiens, a répondu à quelques questions sur teurs expressions, qui lui avaient été adressées il y a plusieurs années. Dans la moitté septentrionale du continent. !.< docteur Rothrock a étudié les expressions des Atnah et des Espyox, tribus sauvages de la rivière Nasse, qui coule vers le nord-ouest de t'Amérique. M. Washington Matthcws, aide-major de l'armée des États-Unis, apr~s avoir vu mes questions imprimées dans le Smithonian Report, a aussi observé an, un soin particulier quelques-unes des tribus occidentales A, États-Unis, savoir : les Tétons, Grosvcatres, Mandans et As-sinaboines; ses réponses sont de ta plus grande valeur.

Enfin, en outre de ces sources spéciales d'informations, j'ai réuni quelques faits, d'ailleurs peu nombreux, rapportés incidemment dans divers livres de voyages.

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»                       .imogucTiM..

Commefaur.itouvo.t lWo», «.rtout dans ladernier. partie de ce volume, de parie, des m„«cle» de I» ft. ta-

F

. «i

kk~___»!!

Kl«, !. - Dessin Je* niURdcs de la face, d'après Sir ch. IM*ft.

mainc. je place ici un M. (fe. 1). copié et Reluit d'après i'onvrage de Sir Ch. Bell, ainsi que deux autres, oA tes d6-

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I»T«P«UCT10N.

tails sont plus «oignes (ligr. 2 et 3), d'après le livro bien connu de Honte, Uandhmh der syslmatisehen Anatomie de* Uemchm. \m m~mcs lettres se rapportent aux mornes muscles dans tes

Fi» ». - Cessin d'opes llenl.

A.Oi:clpho-fnmt«ll8, on t.....de f«.n-

tel. Il.CorriiBa.«rstt,wî«!Jmt««Mii«.silc«mr.

ciller. C. orlifcnlarl» palpcbrarum, ou muscle

«rbkulairoilc» paupière».

» ,,,™Wua,,Ji,M,*, ou B",sc,c |,>ram|-B. l^wioMaïsujKJflorl* al.rquc nasi.

K. lcvalor lal.ii ,»r„,,riu..

I. Mit «yeoiwaiUlue.

K.Trlaoauluris uris, <.ti dcprcswr an-

guli orls. '- Quwlralus mciill. M. nUorius, portion ,iu plalysma myoidef

(pcaucler).

trois figw, mais on n'a indiqué que tes noms des muscles tes plus importants auxquels j'aurai « faire aliusion. Les mus-cles de la face entremêlent beaucoup Ieurs fibres, et c'est «1 peine, d'âpres ce que j'ai entendu dire, si sur une dissection ils apparaissent aussi distincts qu'ils le sont sur ces dessins.

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M'                         introduction.

Quelques auteur* décrivent ces muscles pomme étant au nombre de dix-neuf pairs et un impair*»; pour d'autres, leur nombre est beaucoup plusgrand; il va jusqu'à cinquantocinq suivant Moroau. Tous ceux tpi; ont écrit sur ce sujet reeon-naissenfrcn^em^^

qu'on les trouve difficilement ideniiques sur une demi-douzaine de sujets*. Ils sont également variables par leurs fonctions. Ainsi la faculté de découvrir la dent canine d'un côté diffèrc beaucoup suivant les personnes. Le pouvoir de relever les ailes du „«. est aussi, suivant le docteur Mderii», dune variabiltté remarquable; d autres temptes pourraient être donnés.

Knfin j'ai le ptaisir d'exprimer ma reconnaissanee à M. Rej-lauder pour la peine qu'il a prise de photographier pour moi diverses expressions et diverses attitudes. Je suis élément rcdevabke ô M. Kindermaim, de Hambourg, ~ui m'a pt-ôte d'excellents ctiches d'eufants pieurants. Je dois aussi au docteur Wnllieh un charmant c!iché de petite fille souriante. J'ai déjà rcmcrciR le docteur Muchenne pour la pnrmission généreuse qu'it m'a donnée de faire copier et réduira quelques-unes «le ses grandes photographies. Toutes ces photographies ont et~ reproduites par !e procédé de t'hétiotypie, qui garantit la tidélité de ta copie. Ces planches sont numérotées en chiffres romains.

Je suis également l'obligé de 11. T. W. Wood~ qui a pris une peine extrême pour dessiner d'après nature les expres-sionsde dis,,* animaux, ~n artiste distingué, M. Rivicre, a eu la bonté de mo donner deux dessins de chiens, t'un d'humeur agn-ssive, l'autre humble et caressant. M. A. May

20. M. bridge, te. W of Anatomy mi **»» de 22. Uimik und Phjshgtwmik, M'> p. 81.

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<ntiiommtion.                            «

m'a aussi donn~ deux croquis semblables d'apree des chiens. M. Cooper a grav6 les bois avec beaucoup de soin. Quehjues-.me« des photographies et que!ques dessin», savoh' eux de M. Mayet ceux do M. Wo!f, représenta ut 1* cynopithèque, ontétéd^rd,^oe & M. Coop~r, fixéf sur bois au moyen do ta photographie et gravés «usuïlefdVcHt, manier, ou peut ôtve assuré d'une fidélit< presque absolue.

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(3HAWRE PREMIERP

mSCmS GÉNÉBAUX M 1/RX..HK.SS10X.

Établissement «tes «roi» principe» fondamentaux. — Premier principe. — l<es acte* ittileH deviennent habituels «n «'associant a certains états d'esprit, etsmil accomplis, i|uc le besoin s'en fasse sentir ou non, dans chaque cas particulier. — Puissance <to l'habitude. — llùréiiité. — Mouvement* associés habituels chez l'homme. — Actions réflexes. — Transformation «les habitude» en actions réflexes. — Mmi-tements associés habituels chez les animaux. — Conclusions.

Je commencerai par établir les trois principes qui me paraissent rendis compte de la p!upart des expressions et des gestes involontaires de l'homme et des animaux, tels quiils se produisent sous l'empire des émotions et des .sensations diverses'. Je ne suis pourtant arrivé a ces trois principes qu'après avoir terminé mes observations. Us seront discutes d'une manière générale dans le présent chapitre et dans les deux suivants. Les faits observés aussi bien sur l'homme que sur les animaux seront ici mis en usage ; mais ces derniers sont préférables, comme moins sujets A nous tromper. Dans les quatrième et cinquième chapitres, je décrirai les expressions spéciales de quelques animaux, et dans les chapitres suivants j aborderai celles de l'homme. Chacun pourra ainsi juger par lui-même jusqu'à quel point mes trois principes éclairent l'interprétation de la question. Les expressions ainsi expli-

t. M. Herberr Spencer <*««.. «ccondc «crie, 18A3 P. 138, a ctabli ..ne distinction nette cotre les émotions etles sensationss ces dernières «tant * engendrées dans les mm,s de nos omnes < H classe dans les sentiments, et tes émotions et les sensation».

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PRINCIPE DK L'ASSOCIATION DES HABITUDES UTILE». VJ

qué*e d'une manière erès satisfaisante sont tellement nom-breuses, qu'Ulne semble probable qu'elles pourront, dans ll suite, ,tre toutes ramonées à ces mêmes prrncipes ou a d'au-très 1res analogues. II va aans dire que les mouvements ou les shangements d'une partte quelconqiuedu corps, l'agita-

des oreilles chez ee chcva~! le hausssment des épaunes chez llhomme, la dilatation des capiilaires de la peau, que tout cela peut également servir à llexpression. Voici quels sont les trois principes:

I1 Principe de l'association des habiiudes Mites. . Certains actes comple.es sont d'une utilité directe ou indirecte, dans certains états de l'esprit, pour répondre ou pour satisfaire à certaines sensations, certains déssrs, etc.; or tout* lesfois que le même état d'esprit se reproduit, même à un faible degré, la force do l'habitude et de l'association tend a donner naissance aux mêmes actes, alors même qu'ils peuvent n'être d'aucune utilité. Il peut se faire que des actes ordinairement associés par l'habitude & certains états d'esprit soient en partie réprimes par la volonté; en pareil cas, les muscles. surtout ceux qui sont le moins placés sous l'intlucnec directe de la volonté, peuvent néanmoins se contracter et causer des mouvements qui nous paraissent expressifs. Dans d'autres cas, pour réprimer un mouvement habituel, d'autres légers mouvements sont accomplis, et ils sont eux-mêmes expressifs.

H. Principe de l'ant(thèse. - Certains états d'esprit entraînent certains actes habituels, qui sont utiles, comme l'établit notre premier principe; puis. quand se produit un état d'esprit directement inverse, on est fortement et involontairement tenté d'accomplir des mouvements absolument opposés, quelque inutiles qu'ils soient d'ailleuss; dans certain cas ces mouvements sont très expressifs.

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--PIIXGIPBDR^HOOIATII»-"

III. - Principe des actes dm à la constitution du système nerveux, complètement indépendants ~e la volonté et jusau'à un certain poin( de t'habitude. - Quand le scnsorium est fortement excité, la force nerveuse est engendrée en exc»* «t

connexions des cellule* nerveuses et en partie de l'habitude; dans d'antres cas, t'afflux de la force nerveuse paraît, au contraire, complètemcnt interrompu, Il en résulte des effets que nous trouvons expmsifi, Ce tfoistème principe pourrait, pour plus de concision, être appelé principe de l'action directe du système nerveux.

En ce qui concerne notre premier principe, la puissance de l'habitude est un fait notoire. Les mouvements les pius comptexes et les plus difficiles peuvent être accomplis A r'occasion sans le moindre effort et sans aucune conscience. On m. sait pas au juste comment il se fait que l'habitude soit d'un aussi grand secours dans l'accomplissement des mouvement complexes; I* physiologistes admettent~ «me « !< pouvoir conductcur des fibres nerveuses croît avec la fréquence <1, leur excitation ». Ceci s'applique aux nerfs motcurs <t aux nerfs seusitifs aussi bien qu'aux fibrcs affectées au phénomènc de la pensée. On Me peut guère douter qu'il ne se produit» quelque changement physique dans les cellules ou Irefibn» serveuses dont l'usage est le plus fréquent; sans quoi on ne pourrait comprendre comment la prédisposition A certains mouvements acquis est héréditaire. Cette hérédité, non* In constatons chez les chevaux dans la transmission de c<rtaines allures qui ne leur sont point naturelles, comme le

2. MiHler, iMAfW (traduction angtaise, vol .1, P. m*

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.DES'HA-RITUBBI. UTIMM.                                31 ,

galop déchusse ou lramble; nom ta voyons encore guider lesjeunes chien» d'arrêt et les jeunes chiens couchants, et certaines espèces de pigeons au vol particulier, etc. L'espèce humaine nous offre des exemples analogues dans l'hérédité de certatnes habitudee ou de certains gestes inusités; nous /

aÛons bientôt y revenir. Ceux qutaJmottent l'ëvolutid» gra-......* '

cluelte des espèces trouveront un exemple très frappant de la perfection avec laquelle les mouvements associés les plus difficiles peuvent se transmettre, dans le sphinx-épervier (macroglom); peu de temps après qu'il est sorti du cocon (comme l'indique l'éclat de ses ailes lorsqu'il est au repos), on peut voir ce papillon se maintenant immobile dans l'air, sa longue trompe filiforme déroulée et plongée dans les nectaires des fleurs; or personne, que je sache, n'a jamais vu ce papUlon faisant l'apprentissage de sa tache difficile, qui de-mande une précision si parfaite.

Lorsqu'il existe une prédisposition héréditaire ou instinctive à raccomplissement d'un acte, ou un goût héréditaire pour un certaingenre de nourriture, il faut pourtant,dans la plupart ou même dans la généralité des cas, qu'il s'y ajoute un certain degré d'habitude individuelle. C'est ce que nous observons dans les allures du cheval, et jusqu'à un certain point chex le chien d'arrêt; quelques jeunes chiens, quoi-qu'Us arrêtent très bien la première fois qu'on les mène A la chasse, n'en présentent pas moins fréquemment, unis à cette qualité héréditaire,un flair défectueux et même une mauvaise vue. J'ai entendu affirmer que, si on laisse un veau teter une scute fois sa mère, il est ensuite beaucoup plus difficile de ' l'allaiter artificiellement3. On a vu des chenilles nourries

3. Une remarque d'une portée très analogue a été faitc depuis long- % temps par Hippocratc, puis par t'illustre Harvey; l'un et l'autre affirment * '

am.rtions«raprè8|eD'DarWiO(Zoo»om,«J704/vol.l>p. IH>))

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33                         F1IKG1FK M L'ASSOCrATiaX

des feuilles d'un arbre d'une certaine espèce se laisser mourir de faim plutôt que de manger les feuilles d'un ni» arbre. bien que ce dernier leur fournit précisément leur nourriture normale e; ii en est de même dam beaucoup d'autres cas.

te pouvoir dcl'association ess admis par tout te inonde, M. Bain remarque que I des acttons, des sensattons ou des états d'esprit, qui se produisent ensemble ou très près llun de llautre, tendent à s'associer, à se relier; de telle sorte que. lorsque l'on d'entre eux se présente ensuitei llesprit, les au-tres ne sont pas éloignés de la pensée *..

11 est très important pour notre sujet de reconnattre la faciliié avec laquelle des actes s'associent n d'autres actes et A des états d'esprit divers; j'en donnerai donc un certain nom-bre d'exemples, les premiers relatifs à l'homme, les autres aux animaux. Quelques-uns de ces exemples se rapportent a des actions d'une portée insignifiante, mais ils sont aussi bons pour notre objet que des habitudes plus importantes. Tout le monde sait combien il est difficile ou même impossible, a moins d'efforts répétés, de mouvoir ses membres dans cer-taines directions opposées auxquelles ou ne s'est jamais exercé. Pareil fait se produit & l'égard des sensations, comme dans l'expérience bien connue qui consiste a faire router une bille sous les extrémités croisées de dfux doigts, ce qui donne exactement la sensation de deux billes. Un homme qui tombe par terre se protège en étendant les bras; suivant la remarque du professeur Alison, peu de personnes peuvent s'empccher

4.  Voyez, pour les indications biographiques et pour divor* fait» anatogues,!), la Variation des unimux et des pin*, sous Taction «Y la AMlfcsf J», 1808, vol. Il, p. 323 («rad. française par Moulinic).

5.  The Smm and the Intellect. 2< Mit., «864, p. 332. Le professeur Huxloy fait cette remarque iEImmtary Lésion* in NfsMw. ^édlt.t I8T2, p. 306) : « On peut établir comme règle que, si deux états d'esprit sont

le désirions ou non. »

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des HAniTimés utilks                         33

d'en faire autant en se taissant tomber mu* nn lit moelleux. Kn sortant de cher, lui, un homme mot ses gante d'uno façon . tout inconsciente; et, quelque simple que cette opération / puisse paraître, celui qui a appris A un enfant a mettre ses gants sait l.ien qu'elle ne l'est nullement.

Le trouble de notre esprit se commun!que aux mouvements -de notre corps; mais ici, ootrc l'habitude, un aut» principe entre on jeu dans une certaine mesure, savorr : t'afflux dé-rifrié de ta force nerveuse. Norfolk dite.i partant du cardinal Wolseyy

l'ne étrange commotion Agite son cerveau; il se mord les lèvres et treille; Hs'arrêtesubitement,regarde&tcrrc, l»uisilPogcsondoigtsur8atem,»e:il8e«lrcSsc, S'élance «l se met a marcher à grands pas; puis » a'arrête encore Et se frappe fortement la poitrine; bientôt après il fixe Son regard sur la lune : tes attitudes tes plus étranges, Sous lestui avons vu prendre.

il/en. 1711, act.Hl.se. n.)

On voit souvent un homme du commun se gratter la trio lorsqu'it est embarrassé. Je «* qu'il agit ainsi poussé par l'habitude qu'il a contractée sous l'influencM du léger ma- , M» auque! it est le plus exposé, savo!r : la démangeaison ' delà tète qu'il soulage par cette manœuvre. Tel autrp, lorsqu'il est perplexe, se frotte les yeu.v, ou, lorsqu'il est cmbarrassé, tousse légèremcnt, agissant dans ces deux cas comme s'it ressentait un légcr malaise dans !es yeux ou dans !a gorge".

Par suite del'usage continuel que nous faisons denos yeux, \

che«rhom.nc8ousnnaucnccdcschangemcnt8de pensée.

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M                   iUUNCIEBDBfc'ASSttClATIOX

ces organes donnent tout particulièrement prise A l'associa-tion, qui les emploie dans divers étuis de l'esprit, quand bien mème la vue n'y joueratt aucun rnle. Suivant !a remarque de GratioK un homme qui rejette énergiquemeut une proposition fermemp^^^^^^

S'il acquiesce au contraore à cette proposition, il inclinefa affirmativement la têtc <n ouvrant largement les yeux. Dans ce donUereM.il agit comme «'il voyait clairement la chose elle-m~me, et, dans le premier cas, comme s'il ne !a voyait pas ou ne voulait pa~ lavor.. J'ai remarque qu'en décrivant »« spectacle horrible, daines personncs fermaient souvent les yeux de temps & autre et avec force, on secouaient !a Me comme pourne pas voir ou repousser un objet désagréable ; je me suis pris moi-mêmc à fermer fortement les yeux tandis que je sontis dans ''obscurité & unspectacle effrayant. Lo^ qu'on tourne brusquement les regards vers un objet, ou qu'on tes promène «utour de soi. on élevé tou)ours tes sourcils de manière -à pouvoir ouvrir vite et grandement les yeux ; le docteur Duchennefaitobserver~ qu'une personne qui fait appel A m mémoire rel&ve souvent les soureils comme pour voir ce qu'elle cherche. (Jn Hiudon a communique à M. Erskiue la même remarque relative à ses compatriote, J'ai observe une jeune dame qui faisait de grands efforts pour se rappeler le nom d'un peintre : elle fixait an regards sur l'un des angles du plafond, puis sur l'angle, oppose, en relevant le milieu du sourcil correspondan,, quoique, bien entendu, il n'y eut là rien qui attirAt sa vue.

Oans la plupart des cas précédents, nous pouvons comprendre comment les mouvements associés ont été acquis par l'habttude; mais clic* quelques individus certains gestes bizarees et certains tics se sont montrés associés A certains états de l'esprit par des causes tout & fait inexplicables~ et

7. Mécanismesla physionomiehumaine,1832,p. 17.

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DBfr.JIABITUPRS IÎT1LK8.                           35

sont indubitablement uéréditaires. J'ai rapporté ailleurs, d'après mon observation personnelle, l'exemple d'un geste extraordinaire et compliqué, associé à des sentiments agréables, qui s'est transisdu père A la fille, Les cas analoguesn ne

8. Dr la Variation des animaux*** plantes m» Hn/tenrc & I* dom*" tetf*. vol. U, p. H (trad. ftwç. par Moulin!*. 1/hérédité des gestes ha. bituels est pour non» un fait si important, que je m'empresse de rap. porter,avec la permission deM.F.Calton, eten me servantde ses propres termes, cette remarquable observation : - <Le récit suivant, relatif à m.« habitude qui s'est rencontrée dans trois générations consécutives. emprunte un intérêt particuticr a cette circonstance, que te geste se pro. .luit seulement au milieu d'un profond sommeil et que par conséquent il no peut &tre rapporté & l'imitation, mais doit être considère comme ab. solument naturel. Ces particularités sont entièrement dignes de foi, car j'ai pris à ce sujet des informations précises et je parte d'après des té. moignages nombreux et Indepcndants. Un personnage occupant une grande position était sujet, eomme le découvrit sa femme, M l'étranec habitude que voici : lorsqu'il était étendu sur le dos dans son lit et profondement endormi, il élevait le bras droit lentement au-dessus de son

nont et fut souvent meurtri des coups qu'il recevait; chaque fois qu'une meurtrissure était produite, elle était lente & guérir, parfe que les coups

de celui-cii n'étant pastrèstong, n'a usqu'ici jamais souffert des coups. «.quele<»j««' Prot..dC«nt endormi, Il etf imormita.1 cenme

B£=S—~«™

.. Un de ses enfants, une fllle, a hérité du même tic. Elle se sert aussi de la main droite, mais d'une manière un peu différente; après avoir

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manquent pas. m autre exemple curieux d'uu geste bfearre hérédiiaire, «nocié & un désir, sera rapporté dans le cours de œ votume.

It est d'autres actes qui sont communément accomplis dm» ccrta^

qui paraissent dus A l'imitation ou A une sorte de sympathie. Ainsi on peut voir certains individus remuer leur mAchoire ot môme temps que les branchcs d'une pair< de dm. torsqu'ils s'en servent pour couper quelque chose. Quand les enfants apprennent à écrire, ils tirent souvent !a langue elfe contournent d'une manière risible en suivant les mouvements deleurs doigts. î^que, dans «u lieu public, un chan-teurestpris soudain d'un léger enrouement, on peut entendre plusieurs des auditeurs se gratter le gosier, ainsi que me l'a assure une personne digne de foi; m* ici l'habttude entre probablement en jeu, vu que nous nous grattons la gorge dons tes mêmes circonstances. On m'a aussi raconte que dans tes parties de sauts, lorsque le joueur prend son étan, plu-sieurs des spectateurs, qui sont genéralement des hommes ou de jeunes garçons, remuent les pieds; mais là encore l'hahitude joue son rôle, car il est très douteux que des femmes agrraient de même.

~ction rê/lexes. . Les actions réflexes, dans le sens strict de ce root, sont dues & l'excitation d'un nerf périphérique qui transmet son influencc & certaines cellules nerveuses, les-quelles, a leur tour, provoquent l'action de muscies ou do glandes'déterminés; toute cette série de phénomènes peut se

,levc te bras, Ce ne laisse pa: «c poignet rétomber sur le dos du m*

cette enfant d'une manière très intermettente, tantôt cessant pendant des périodesde plusieurs mois et tantôt reparaissant d'une manière presque continuc. »

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i»K8 umnvimê utii,bs.                          37

produire sana provoqucr aucune sensation, sans que nous en ayoos conscience, au moins dans certains cas. Plusieurs actions réflexcs étant très expressives, nous devons ici nous ëteodre quelque peu sur ce sujet. Nous verrons on outre que queUiues.uuas d'entre elles arrivent A se confondre avec les actes produits par l'habitude et peuvent * peine en être di* tinguées". Latoux et leternuement sont des exemples familiors d'actions réflexes. Chez, les enfants, le premier acte respiratoire est souvent un étermiement, bien qu'il cxïge les mouvements coordonnés de muscles nombreux. La rospira-«on est en partie volontaire, mais elle est surtout réflexe, el c'est sans l'intervention de la volonté qu'elle s'accomplit de ia fa~on ia plus naturehVet la plus rémulière. Un nombre considcrable de mouvements comptexcs'sont de nature réflexe. Un des meilleurs exemples qu'on en puisse donner est celui de la grenouille décapitée, qui ne peut évidemment sentir ni aecomplir aucun mouvement dont elle se rende compte; cependant, si l'on ptacc une goutte d'acide sur ta face inférieure de la cuisse d'une grenouille dans cet état, elle essuiera la goutte avec la face snpérieure du pied du mcmccote; si on coupe le pied, elle ne pourra plus exécuter ce mouvement; « e.i conséquence, après quelques efforts infructueux, elle renonce ace moyen et paratt inquiète, comme si, dit Pflftger, elle en cherchait quelque autre; enfin elle se sert de l'autre jambe et réussit A essuyer l'acide. Certaine-ment nous n'avons pas ici seulement de simples contractions musculaires, mais bien des contraciions combinées el

quisc». Yirchoo admeM [Sitmmlitng tvimmhafi. Vortragre etc. Veber dus

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38                        PftlXClI'K OE L'ASSOCIATOSN

arrangées da»,s u.» ordre déterminé pour «h but spécial. Rlles constituent des actes qui jmmissent entièrement guidés par l'intelligence et provoqués par la volonté, chez .m animal auquel on a pourtant «M l'organ< incontesté de Hntel-" «^'i^'etaè-la"%«ilî«Hp*r'»"1-             ........— —.^.—.,

Onvoit aisément la différence qui existe entre les mouvement! réflexes et les mouvements volontaires clic, les très jeuncs enfants : ils sont incapables, me dit Sir Henry Hol-famd, d'accomplir certains actes plus ou moins analogues & t'etemuement et A ta toux ; ils sont incapables, par exemple, de se moucher (o*<tU-dii« de presser la m» et de souffler violemment A travers l'orifice rétréci), ni de débarrasser leur gorge des crachats. Il faut leur apprendre A accomplir ces actes, qui leur deviendront, lorsqu'ils seront un peu plus Agés, presque aussi faciles que des nctions réflexes. t/eternue-ment et la toux cependant ne sont guère ou point du tout soumis A la volonté; tandis que les actes de nous gratter la ~orge et de nous moucher sont entièrement volontaires.

Quand nous avons conscience de ta présence d'une particule irrttanee dans nos narines ou nos voies aériennes, -conscience qui nous est transmise par l'excitation des mêmes cellules nerveuses sensitives que dans le ens de l'étcrnuc-mentou de la toux, - nous pouvons expulser volontairement ce corps étranger en poussant de l'air avec force A travers ces conduits; mais l'action de notre volonté n'a jamais A beaucoup près autant d'énergie, de rapidité et de précision que xi l'action rëllexe intervient. Dans ce dernier cas, apparemment, lescellules nerveuses sensitives excitent les cellutes nerveuses motrices, sans qu'il y ait eu déperdition de force par la communication préalable aux hémisphères cérébraux, - siège de la conscience et de la volition. En tout cas, i! semble exister un contraste profond entre des mouvements

10. Docteur Maudslcy, BodyandMM, 1870, p. 8.

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UBSIUIIITOOESUTII,»».                             30

idoutiqucs, suivant qu'il» sont régss par h volonté ou par une cxcitation Féflexe, relativement -A l'énefèic avec laquelre ils sont accomplis 6t A la facilité avec laquelle ils sont provoqués. «« L'influence du cerveau, dit Claude Bernard, tend <l«» fc entmveivlesflipuvçmçnts réflexes, & limit'r teur force et leur étendue i». „

Il suffit parfois du dé* raisonné d'accomplir un acte réilexe pour arrêter on interrompre son accomplissement, malgré l'excitation des nerfs sensitifs appropriés. Kn voici un exempte s il y a plusieurs années, je fis avec une domaine de jeunes gens une petite gageure; je pariai qu'ils priseraient sans éternuer, bien qu'ils m'eussent déclaré qu'en pareil cas ils éternuaient toujours. En conséquence, ils prirent tous une petite prise; mais comme iïs désiraient beaucoup réussir, aucun d'eux n'étornua, bien qu'ils eussent du tarmoiement, et tous, sans exception, durent me payer l'enjeu. Sir H. Hol-land remarque~' que l'attention portée à l'acte d'avaler en entrave les mouvements; ce qui explique sans doute, au moinsen partie, ladifficulté qu'éprouvent certaines personnes A avaler les pilules.

Un autre exemple familier d'action réflexe est l'occlusion involontaire des paupières lorsque la surface de l'œil vient & ctre touchée. Un pareil clignement se produtt lorsqu'un coup est dirigé vers le visage; mais c'est 1A, A proprement parler, un acte dérivant do l'habitude plutôt qu'une action réflexe; carle stimulus est transmis par t'intcrmédiaire de l'organe pensant, et non par l'excitation du nerf périphérique. La tête et le corps tout entier sont en même temps le plus souvent brusquement rcjetés en arrière. Nous pouvons cependant modifier ces derniers mouvements si le danger ne paratt pas trop imminent & notre imagination, mais il ne

tl. Voyee la trè*tntéressante discussion <lc toute cette question par Claude Bernard, Ti**«s »/*<„/*, MO, p. .153-336. i2. Clwptcrs onXmM Physicien, I8ÏÎ8, p. 83.

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40                         'PRiNOÎI'B DK Ï/ÀSSOÏÏJTTION

sufrit pas que notre raison nousaffirme que ce danger n'existe pas. Je puis citer'un petit fait qui vient A l'appui de ce que j'avance, et qui ma fort amusé autrefois. J'appuyai unjour mon visage contra l'épaisse g^e de la cage d'un serpent

de ne pas recutersi le serpent s'élançait vers moi; mais à peine avaiMl frappé la glace, que ma résolution s'envola, et quejesautaifn arriéra A un mètre ou deux avec une rapidité étonnante. Ma volonté et ma raison avaient été impuissantes contre mon imaginaiion, qui me représentait un danger auquel je n'avais pourtan, jamais été exposé.

La violence d'un tressaillement parait dépendre en partie de la vivacité do l'imagination, et en partie de l'état habituel ou momentané dusystème nerveux. Qu'un cavalier étudie le tressaillement de son cheval lorsqu'il est fatigué, ou lorsqu'il sort frais et dispos de son écurie; et il reconnaîtra corn-bien est parfaite la gradation depuis le simple coup d'ceil jeté sur un objet inattendu, accompagné d'une courte hésitation en face d'un danger présumé, jusqu'à un bond si rapide et si violent, que l'animal n'aurait pu probablement faire volontairement un écart aussi prompt. Le système nerveux du cheval jeune et bien nourri envoie ses ordres A l'appareil locomoteur avec tant de rapidité, qu'il n'a pas le temps de juge, si le danger est réel on non. Aprfs un premier tressaillement violent, une fois qu'il est excité et que le sang afflue librement A son cerveau, l'animal est très disposé & tressaUlir encore ; j'ai remarqué le m~me phénomène che* lesjeunes enfants.

Le tressaillement produit par .m bruit soudain, quand le stimulus est transmis par les nerfs auditifs, s'accompagna toujours chez l'adulte du clignement des paupières ». J'ai

)3. affilier o»*cn* <*** o, m,**,, traduct. anglaise, vot. H, p. <3lt) que le tressaillement est toujours accompagne de l'occlusion d» naupières.

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DES HABITUDES UTILES.                             41

remarqua n.« contraire citez mes enfants que le tressaillement aux bruits soudains, «km qu'ils n'avaient pas encore quinze joara, ne s'accompagnant pas d'habitude, je dirais presque ne «accompagnait jamais, du clignement des yeux. Le ^saUlement «Tue eiu>nt.plus âge parait répondre & un vague l*soin de prendre un point d'appui pour évïfer de tomber. Je secouai une botte de carton tout près des yeux de l'un de mes enfants, âgé de m jours, et il ne cligna pas le moins du monde ; mais ayant ptacé quelques dragées dans 1» boite, je !a mis dans ia même position, <tj'agitai les dm-gées; chaque fois l'endant cligna des yeux ct tressaillit Jégèremcnt. Il éta!t évidemment imposstbie qu'un enfant soi-~ncuKcmcnt gardé pput avo!r appris par expérience qu'un pareil bruit près do ses yeux était un signe de danger pour eux. Mais cette «péri»» a du s'acquérir lentement à un Age plusavance, durant une longue suite de générations; et, d'à-près cf que nous savons de l'hérédité, il n'est nullement improbable que l'habitude se soit transmis., et apparaisse chez les descendants à un plus jeune âge que celui où elle ? été contractée par les ancêtres.

Les observations précédentes permettent de penser que certains actes, d'abord accomplis d'une manière ratsonnée, ont été convertis en actes rénexes par l'habitude et par l'association; et qu'ils sont maintenant si bien fixés et acquis, qu'ils se produisent, même sans aucun effet utile ", toutes les fois que surgissent des causes semblables a cell^ A t'origine, en provoquaient chez nous ïay^itywifà volontaire. En pareil cas, les cellules ncr^Wnii^^ excitent les cellules nerveuses motrices, so^comm^iquéiv

~4. Le docteur Maudslcv fait remarquer {fl«^ «ferW,.-V. tfô-fluc ' j les mouvements relie** i**JS Proses » E& «. pj?e„t., gf/-avec tes modifications^qu'entraînent tes états patho.ogWj, &J*»j&f s b ea et mime devenii I occasion de vives souffrances ^W^V douloureuse.

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$te':. '''..'« . "             p'nàiicipi de i;às8ociat!on

$?'.;"'.: -

m;,;;                  auparavant avec les cellules dont dépendent notre perception

fcV,             et notre volition. Il est probable que l'étemuement et la toux

# ;;;;;                 ont été originellement acquis par l'habttude d'expulser a»»*.!

Éi£:".          violemment que possible une particule quelconque blessaut

U '.:"          la sensible

M =                 ont eu tout le temps de devenir innées ou de se convertir

#> '               en actions réflexes, car elles sont communes à tous ou pres-

Û>                     que tous les grands quadrupède,, et ont dû par conséquent

<"* < ,              apparaître pour la première fois à une époque très reculée.

Pourquoi l'acte de se gratter le gosier n'est-ll pas une action réilexe, et doifril être appris par nos enfants? C'est ce que je ne peux avoir la prétention de dire; on.peut comprendre au contraire pourquoi il a fallu apprendre à se moucher dans un mouchoir.

Les mouvemenss d'une grenouille décapitée qui essuie sur sa cuisse une goutte d'acide ou qui en chasse un autre objet sont parfattement coordonnés pour un but spécial; aussi il est difficile de se refuser à admettre que, d'abord volontaires, ils sont ensuite devenus si faciles, par suite d'une longue habttude, qu'ils peuvent finalement s'accomplir d'une façon inconsciente ou indépendante des hémisphères céré-

;                   "iTmême encore il paraît probable que le tressaillement

a eu pour première origine l'habttude de sauter eu arrière aussi vite que possible pour éviter le danger, chaque fois que l'un de nos sens nous avertissait de sa présence. Ce tressaillement, ainsi que nous l'avons vu, s'accompagne du cli-} gnement des paupières qui protègent les yeux, organes les plus délicats et les plus sensibles du corps; il s'accompagne

, giquo qui constitue une préparaiion naturelle a- tout effort

i/;«'r*VV violent. Mais lorsqu'un homme ou un cheval tressaille, les

V SX mouvements de son cœur soulèvent violemment sa poitrine,

« ' et on peut dire que nous avons là l'exemple d'un organe

) V".

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-MMAMrWM-.VTILli

qui n'a jamais été sous l'influence de la volonté et qui prend part aux mouvements réflexcs généraux de l'économie. Nous aurons Arevemrsurce point dans un des chapitres sui-

^'~*m*m,4*m.)mm}*m* estexcitée par une vive lumière, ne parait pas avoir été à l'origine un mouvement volontaire, qui aurait ensuite été Usé par l'habitude, car on ne connait pas d'animal chez lequel l'iris soit soumis à l'action directe d< la volonté. Pour ces cas-là, il reste à découvrir une explication quelconque, assurément différente de l'influencc de l'habitude. C'est peuWtre dans le rayonnement de la force nerveuse de cellules fortement excitées A d'autres cellules unies aux premières, comme dans le cas ou une vivo lumière frappant la rétine provoque l'é-ternuement, qu'il faut chercher l'origine do certaines actions réflexes. Si un rayonnement nerveux de cette espace amène un mouvement qui tend a diminuer l'irritation primitive, comme dans le cas où la contraction de l'iris empêche un excès de lumière de tomber sur la rétine, il a pu par la suite être utitisé <t modifié dam ce but spécial.

On doit remarquer en outre que les actions réflexes sont, suivant toute probabilité, sujettes a de légères variations, comme le sonttous les détails anatomiqucs et les instincts; et que toute variation qui était avantageuse et suffisamment importante a d& * conserver et se transmettre par hérédité. Ainsi les actions réflexes, une fois acquises pour un besoin quelconque, peuvent ensuite être modifiées, indépendamment de la volonté ou de l'habitude, pour être affectées & un besoin déterminé. Ces faits sont du mémo ordre que ceux qui se sont produits, nous avons tout lieu de le croire, pour beaucoup d'instincts; si certains instincts, en effet, doivent ètre attribués simplement â une habitude longue et hérédtaire, « en est d'autres, très complexes, qui se sont développés à l'aide de la fixation des variations produites dans

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M                        PRINCIPE DE L'ASSOCIATIOS

les instincts préexistants, c'est-à-dire A l'aide ee ta sélection naturelle.

J'ai traité avec quelque longueur, quoique d'uce manière bien imparfaite, je le sen,, le mode d'acquisition des ac-mm "**«™ï parea quelles entrcnt souvent en jeu 4 toev , casion des mouvements qui expriment nos émotions; il était nécessaire de montrer que quelques-unes d'entre eltes, tout au moins, ont pu s'acquérir d'abord volontairement,

I dans le but de satisfaire un désir ou d'éviter une sensation

[ désagréable.

Mouvements habituels associés dm les animau*. ~ J.ai déjà donné, A propos de l'homme, plusieurs exemples de mou-vements associes A divers états de l'esprit ou du corps, qui sont maintenant sans but, mais qui avaient a l'origine unf utilité et qui en ont une encore dans certaines circonstances. Comme cette question est tr6s importante pour nous, je ci-terai ici un nombre considérable de faits analogues se rapportant aux animaux, sans me laisser arrêter au caractère humble et familier decertainsde ces faits. Je me propose d< montrer que certains mouvements ont été accomplis A l'ori-gine dans un but déterminé, et que, dans des circonstances à peu près identiques, ils continuent encore & se produitf par l'effet dune habi,ude invétérée, quoiqu'ils ne soient plus de la moindre ntinité. Le rôle de l'hérédité, dans la plupart des cas suivants, nous est démontré parafait que ces actes sont accomplis de la même manière par tous les individus de la même espèce, sans distinction d'âge. Nous verrons aussi quiils sont amenés par les associations les plus diverses, sou-vent indirectes et parfois méconnues.

Quand un chien veut se mettre a dormir sur un tapis ou sur une autre surface dure, il tourne généralement en rond et gratté le sol avec ses pattes de devant d'une manière iu-sensée, comme s'il voulait piétiner l'herbe et creuser un trou,

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*"*

DE» JUlilTUDB» UTILKS.                           «

ainsi que le faisaient sans doute ses ancêtres sauvages, lors. qu'i!s vivaient dans de vastes plaines couvertes d'herbe ou cans les bois, h» chacals, les fennecs et autres animaux voisins, au Jardin soologiquc, se comportent de la mêmc manière avec leur litière; mais c'est un fait assez singulier que les gardiens, après une observation de plusieursmois, n'ont jamais vu les loups en faire autant. V» chien à moitié idiot, - et un animal doit être, dans cette condition, parti-culièrement apte à suivre une habitude insensée, - a été vu par un de mes amis faisant trente tours complets sur un tapis avant d'aller dûrmir.

Beaucoup d'animaux carnassiers, lorsqu'ils rampent vers leur proie et se préparent & se précipiter ou à sauter dessus, baissent la tête et se courbent, autant, semble-t-il, pour se cacher que pour se préparer à l'assaut ; c'est cette habitude poussée A t'extrémc qui est devenue héréditaire chez nos chiens d'arrct et nos chiens couchants. Or j'ai remarqué nombre de fois que, lorsque deux chiens étrangers l'un & rautre se rencontrent sur une grande route, le premier qui voit l'autre, bien qu'A une distance de cent ou deux cents mètres, abaisse aussitôt la tète, et le plus souvent se courbe tégèrement, ou même se couche tout A fait; il prend, en un mot, l'attitude qui convient le mieux pour se cacher et pour prendre sa course ou son élan. Cependant la route est entièrement libre et la distance est encore grande. Autre exempte : tes chiens de toutes sortes, lorsqu'ils guettent «rdemment leur proie et s'en approchent peu àpeu, gardent souvent une de leurs pattes de devant reptiée et soulevée pendant longtemps; ils se préparent ainsi à s'avancer avec prudence ; cette attitude est très caractéristique chez le chien d'arrêt. Or, par l'effet de l'habitude, ils agissent exactement de m~me toutes les fois que leur attention est éveillée (%. ~). J'ai vu au pied d'un mur élevé un chien avec une pntte en l'air, repliée, écoutant attentivement un bruit qui

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46                             J'BINCIPE DB L'ASS<CIATION                           ;='.

se passait du côté opposé; dans ce casill ae pouvait évdemment avorr l'intention de s'approche avec prudence. Les chien,, après &voir fait leurs excréments, grattent souvent ie sol d'avant en arrière avec leuss quatre pattes,

atenM l'intention de recouvrpr de teree leurs excrément*, A peu près comme les chats. On voit, au Jardin zoologique, les loups et les chacals se comporter exactement de la même manière; et pouttant, d'après ce que m'ont assuré leurs gardiens, ni les loups, ni les chacals, ni les renards ne 'ecouvrent jamais leurs excréments, pas plus d'ailleuss que

l(j.4. — l'élit cliiuii guettant un eliat piarû sur mit' fable. ..a„rêsl„,Mp»,o..Krol,.,.o,.«M.n«J,a„dcr.

tes chiens, lorsqu'ils auraient le moyen de le faire. Cependant tous ces auim~ux enfouissent le surplus de leur nourriture. Ceta nous permet de comprendre la véritable signification de l'habttude précédente, semblable A celle des chats. Kous ne pouvons guère douter qu'il n'y ait là un vcstige sans utilité d'un mouvement habituel, qui avait un but détermine chez un ancêtre éloigné du genre chien, el qui s'est conserve depuis une antiquité prodigieuse.

Les chiens et les chacals~- prennent grand plaisir à se rouler et a frotter leur cou et leur échine sur la charogne. Ils paraissent se délecter de son odeur, et cependant les chiens

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DB» HABtTlfWBS UTRKS.                           47

au moins n'en mangent pas. M. Baril* a fait pour moi dm observations sur 1»» loups; il leur a donné de la charogne. et Mo le* a jamais vus se rouler dessus. J'ai entendu faire la remarque, et je le crois vraie, que les gros chiens, qui de* coudent prolHiblement des loups, ne se roulent pas aussi souvent sur la charogne que les petits chiens, quide»^ selon toute apparence des chacals. Lorsqu'on offre & un ter-ri* femelle, que je possède, un morceau de biscuit noir, cl mie cette chienne n'a pas faim, elle le déchire et te tourmente comme si c'était un rat on une autre proie (j'ai entendu rapporter des faits semblables); puis elle se roule dessus < plusieurs reprises, tout & fait comme si c'était un morceau cl, charogne; il semble qu'il faille donner un goût imaginaire « ce morceau peu appétissant, et dans ce but le chien se conduit suivant son habitude, comme si le biscuit était un animal vivant ou comme s'il avait l'odeur de la charogne, bien qu'il sache mieux que nous qu'il n'en est rien. J'ai vu ce même terrier agir dp même apr~s avoir tue un petit oiseau ou

"TTchtau. se grattent par un rapide mouvement de leurs pattes de derrière; et lorsqu'on leur frotte le dos avec un, canne, si forte est l'habitude qu'ils no peuvent empêcher de gratter vivement l'air ou le sol d'une façon absurde et qui prête A ri». Le terrier dont je viens de parler exprimait parfois sa satisfaction, lorsqu'on le grattait ainsi avec une canne, par mi autre mouvement habituel, c'est-à-dire en léchant l'air comme il aurait pu lécher ma main.

Us chevaux se grattent en mordillant les parties de leur corps qu'ils peuvent atteindre avec leurs dents; mais le plus souvent un cheval montre à un autre l'endrott ou il a besoin d'être gratté et tous les deux se mordillent réciproquemen.. Un ami dont j'ai appelé l'attention sur ce sujet a observé que, lorsqu'il caressait le cou de son cheval, l'animal avançait la tête, découvrait les dents et remuait les mâchoires.

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M»                         PR?NCIPE CK L'ASSOCIATION

exactement comme s'il mordillait le cou d'un autre cheval ; car il va sans dire qu'il n'aurait pu mordre son propre cou. Si on cheval est fortement chatouillé, comme lorsqu'on Té-trille, son désir de mordre devient si irrésistible. qu'il fait claqucr'Mrftattt !es «nes contre les autre*, et, sans étire vicieux, peut mordre son palefrenier : en m&me temps, par habitude, il couche fortement ses oreilles, de manière à les préserver des morsures, comme s'il se battait avec un autre

C ?» cheval impatient «le prendre sa coufse imite te ptus possible le mouvement habituel de la marche en piéUnant la terre sur place. Lorsque ensuite, rentré dans sa stalle d'écurie, il va recevoir sa nourriture et attend impatiemment son avoine, il piétine encore le pavé ou sa litière. Deux de mes chevaux agissent ainsi quand ils voient ou entendent qu'on donne t'avoine a leurs voisins. Dans ce cas, il est vrai, nous nous trouvons en présence d'une expression proprement dite A peu près complète; car le piétinement du sol est universeltement reconnu pour un signe d'impa-

TeTchats recouvrent de terre tous leurs excréments; mon grand-père«« a vu un pettt chat amasser des cendres sur une cuillerée d'eau pure renversée devant le foyer : voilà donc un acte habituel ou instinctif, provoqué à tort, non par un acte préalable ou par une odeur, mais par la vue. C'est un fait bien connu que les chats n'aiment pas & se mouiller les pattes, ce qui tient probablement à ce qu'ils ont originairement habité sous le climat sec de l'Egypte; lotsqu'ils mouillent leurs pattes, ils les secouent vivement. Ma fille, ayant versé de l'eau dans un verre tout près de la tête d'un petit chat, le vit aussitôt secouer ses pattes à la manière

.0. Docteur Danvin (Zoonomfo, 1704, vot.., p. i60). J'ai trouvé le fait

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DBS HABITUDES UTILES.                               40

ordinarre : voilà donc encore un mouvement habitull excité sans motif, non par le sens du toucher, mais par un son associé.

bes petits chats, les petits chiens, les petits cochons, et probableme~t beaucoup ^autres jeunesi animaux, frappe~t alternaiivement avec leurs pattes de devant contre les ma-nielles de leur mère, pour exciter la sécrétion da lait ou pour en faciliter l'afflux. Or il est très commun de voir les jeunes chats, et pas rare du tout de voirles vieux chats issus de !a race commune et de la race persane (qui, suivant quelques naturalistes, n'existerait plus à l'état de pureté,, alors qu'ils sont couchés commodément sur un châle bien chaud ou sur un autre objet moelleux, le presser doucement et alternaiivement de leurs pattes de devant; leurs doigts sont alors étendus et leurs griffes un peu saillantes, absolu-ment comme lorsqu'ils tetaient leur mère. Ce qui prouve bien que c'est là le même mouvement, c'est que souvent ils prennent en même temps un bout du châle dans leur bouche et se mettent à le sucer; ils ferment alors généralement les yeux et font entendre un ronron de contentement. Ce curieux mouvement n'est ordinairement excité que par association à la sensation d'une surface chaude et moelleuse; j'ai pourtant vu un vieux chat qui, lorsqu'on lui faisait plaisir on lui grattant le dos, battait l'air de ses pattes de la même manière; cet acte est donc A peu près devenu l'expression d'une sensation agréable.

Puisque j'ai parlé de l'action de téter, je puis ajouter que ce mouvement complexe, aussi bien que l'extension alternative des pattes de devant, sont des actions réflexes : en effet, on les voit se reproduire lorsqu'on place un doigt mouillé de lait dans la bouche d'un petit chien auquel on a enlevé !a partie antérieure du cerveau". On a récemment constaté, en

4

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50                           PtUNCIPB DE L'ASSOCIATION

France, que l'acto de totcr est provoqué uniquement par l'intermédiaire «lu sens de l'odorat; s! l'on détruit les nerfs olfactifs chai un petit chien, il ne tette plus. Do même, la remarquable faculté que possède le poulet, quelques heures A peine après récloslonv dei becqueter d~petite» miettes pour se nourrir, parait éveillée par le sens de l'ouïe; car, chez des poulets éclos par la chaleur artificielle, un bon observateur a pu, « en frappant avec l'ongle contre une planche, de ma-nière & imiter le bruit que fait la mère, leur apprendre A picorer leur nourriture'*,.

Je ne donnerai plus qu'un seul exemple d'un mouvement habituel et sans but. U canard tadorne vit sur les sables que la marée laisse A découvert, et quand il aperçoit la trace d'un ver, «. il se met A piétiner te sol en dansant, pour ainsi dire, au-dessus du trou >, ce qui fait sortir le ver. Or M. Saint-Solm rapporte que lorsque ses canards tadornes apprivoisés « venaient demander leur nourriture, ils piétinaient le sol d'un mouvement impatient et rapide" o. C'est donc la en quelque sorte, chez ces animaux, une manière d'agir expressive de la faim. M. Bartiett m'informe que le flamant et le kagu (rmno-chetus jubalm), lorsqu'il leur tarde de manger, battent lu terre avec leurs pieds de la même façon bizarre. De même encore, quand les martin&-pechcurs prennent un poisson, ils !e frappent toujours jusqu'à ce qu'ils l'aient tué ; or au Jardin zoologique ils frappent toujouss la viande crue dont on les nourrit, avant de la dévorer.

Nous avons, je pense, suffisamment démontré notre premier principe, que je formule encore une fois : quand une sensation, un désir, une répugnance, etc., a provoqué durant une longue série de générations un certain mouvement vo-

o~ the llighlattàs, i 846# p. 142.

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ï                  DES'HABITUDES UTIMCS.'                              61

tontaW une tendance & l Womplissement de ce même moi». voient est mise ou jeu presque A coup sur toutes les fois *jue survient, mcmo & un faible degré, ta même sensation ou une autre sensation analogue ou associée, alors mémo que ce mouvement n'aurait pli»*d danJee factuel, aucune utilitc. Les mouvements habituels de cet ordre sont souvent, sinon constamment hareditaires, et différent peu des iors des actions réflexes. Quand nous parlerons des expressions spéciales de l'homme, on rcconnais la justesse de la dernière partie de notre premier principe, te! qu'il a été donné au commence-mentde ce chapitre : savoir, que lorsqucdes mouvements asso-eiés par t'habitude A certains états d'esprit sont partiellement réprimés par la volonté, certains muscles entièrement ou incomplètement independanta de l'action de la volonté peu-vent néanmoins se contracter, et leur action est souvent très expressive. Rccipronuemen,, lorsque la volonté est affaiblic d'une façon temporaire ou permanente, les muscles volon-tairesfont défaut avant les muscles involontaires. C'est un fait bien conmt des pathologistes, comme le remarque Sir Ch. Beil«> : « Lorsqu'une affection du cerveau produit de la faiblesse, son influence se fait sentir davantage sur les muscles qui sont, a l'état normal, placés sous l'empire le plus immédiat de la volonté. D Dans les chapitres suivants, nous nous arrêterons sur une autre proposition oontenue aussi dans notre premier principe : savoir que, pour réprimer un mouvement habituel, il faut parfois exécuter d'autres légers mouvements, qui servent eux-mémes a ^pression.

20. Phitwphical Transactions, 1823, p. 133.

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CHAPITRI II.

l'RINCIl'ES GÉNÉRAUX DB ~'BXPRBSSION.

(8U..C.)

- Signe» conventionnel». - Uj principe do l'anUtltése n'a pat pour origine dos

Passons A notre second principe, le principe de r'antithèse. Certains états d'esprit, ainsi que nous l'avons vu dans le dernier chapitre, amènent certains mouvements habttuels, dont l'utilitë a été réelle primitivement et peut l'être encore; nous allons voir maintenant que, lorsqu'un état d'esprtt tout à fait inverse se produit, il se manifeste une tendance énefgique et iKvoiontaire & des mouvements également inverses, bien qu'i!s n'aient jamais été d'aucune utilité. iNous donnerons quelques exemptes frappanss d'antithèse quand nous traiterons des expressions spéciales à l'homme; mais c'est surtout dans les cas de ce genre que nous sommes exposés à confondre des attitudes et des expressions conventionnelles ou artiticielles avec celles qui sont innées ou universelles, et qui seules méritent d'être rangées parmi les expressions vérita-Mes; c'est pourquoi, dans ce chapitpe-ci, je prendrai pres-

r,niûxusiveraent mes exemples dans les expressions des

Lorsqu'un chien d'humeur farouche ou agressive rencontre un chien étranger ou un homme, il marche droit et en

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PRINCIPE PB LÀST1THÈSR.

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KIg. «. - r.o même, c«r«s«aiit sou maUrc,

matin, pw M. a. May.

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OEX'ANTJTirftftB.                                       û7

se tenant très raide; sa t~ta est légèrement relevée ou un peu abaissée; h queue se tient droite en Wr, les poils se héris-sent, surtout le tong du cou et de l'échine ; les oreilles dressées se dirigent en avant, et les yeux regardent avec fixité <v«y^l<^^^^^^

que ci-apr**, proviennent de l'intention .qu'a le «bien d'attaquer son ennemi, et sont ainsi pouf la plupart faciles a com-prendre. S'il se prépare à s'élancer sur son adversaire avec un grognement sauvage, les dents camnes se découvrent et les oreilles sonteomplètoment couchées en arrière contre la tête; nous n'avons pas à nous occuper pour le moment de ces derniers actes. Supposons maintenant que ce chien reconnaisse tout a coup que l'homme dont il s'approche n'est pas un étranger, mais son mattre; et observons comme tout son ~trc se transforme d'unemanière complète et soudaine. Au lien de marcher redresse, il se baisse ou même se couche en imprimant à son corps des mouvements flexueux; sa queue, au lieu de se tenir droite en t'air, est abaissée et agitée d'un côtéàlantre; instantanément son poil devient lisse; ses orcillessont renversées en arrière, mais sans~tre appliquées contre la tète, et ses lèvres pendent librement. Par suite du renversement dcsorcilles en arrière, les paupières s'allongent, et les yen* perdent leur aspect arrondi et fixe. On doit ajouter qu'A ce moment l'animal est dans un transport de joie, et qu'il y a production en excès do force nerveuse, ce qui duit naturellement produire une activité quelconque. Pas un seul des mouvements précédents, qui expriment l'aufection avec tant de clarté, n'est de la moindre utilité pour l'anima.. tl" s'expliquent, a ce qu'il me semble, simplement parce qu'ils sont en opposition complète ou en antithèse avec l'attitude et les mouvements très intelligibles du chien qui se prêtre au combat, et qui expriment la colère. Je prie le lecteur de jeter tes yeux sur les quatre croquis ci-joints, qui ont pour but de rappeler d'une manière frappante l'aspect d'un chien

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PRINCIPE

dans ces deux états d'esprit. 11 n'est pas aisé du reste de représenter l'affectton cho* un chien qui iaressseon maîîre et remue la queue, car cc qui constitue surtout son expression, c'est tlondulation eonttnuelle de sea mouvements.

tarlons maintenant dt chat. Lorsque cet animal est menacé par nn chien, ii courbe son échine d'une façon surprenante, hérisse son poiil ouvre la bouche et crache; nous ne nous occupons pas ici de cette attitude bien connue, qui exprime la terreur associée A la colère. Nouu nous occupons seulement de l'expression de la fureur ou de la colère, que llon n'observe pas souvent, ,„ais qui se manifeste cependant quand deux chats m battent ensemble; je l'ai vue bien marquée chez un chat sauvage que harcelait un jeune gar- con. L'altitude est presque identique A celle d'un tigre que l'on dérange pendant son repas et qui grogne, ainsi que chacun a pu le voir dans les ménageries. L'animai prend une position allongée, en étendant le corps, et la queue tout cnticre ou son extrémitc seule, repliée ou recourbée, se porte d'an côté A l'autre. Les poils ne sont nullement hérisses. A cela près. l'attitude et les mo~vements sont presque les mêmes que lorsque l'animal se prépare A s'élancer sur sa proie, et cue sa férocité est assurément éveillée. Mais lorsqu'il sepré-pare au combat, il y a cette différcnce que les oreilles sont fortement couchées en arrière; la gueule est entr'ouverte et laisse apercevoir les dents; les pattes de devaut sont parfois jetées en dehors, les griffes saillantes; parfois aussi, l'animal pousse un grognement farouche (voyea fig. 9 et tO). Tous ces actes, ou A peu près tous, proviennent naturellement (ainsi qu'il sera expliqué ci-après) de la manière dont lechatse propose d'attaquer son ennemi.

Examinons maintenant une chatte dune humeur absolument inverse, au moment où elle exprime sonaffection A son maître par des caisses, et remarquons quel contraste frap-

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DB'.L'ÀNTÏTIlftSK.

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m- io. - Cta» d'Iiunwnr offeewcuse, |iar M. W»o.l

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pût txiste eans son natitude. Elle eserdresse, lleos légèrement tecourbé, cc qui soulève un peu se» poils, mais sans les hérisserr ss queue, au Heu d'être étendue et ddeouetter ses flancs, ,st tenue tout A fait taide ee s'élève perpendicu-jurement; ses oreilles sont droites ee pointues; ss gueuee est ferméee;lle eserotte contre eon maître et ll rôiiron rentpli.ee ll grognementt Observons encore à quel point tl chatt dans la manière d'exprimer son affection, diffère par toute sa manière d'être du chien, qui iaresse ssn maîire lé corps courbé et ondulant, la queue abaissée et mobile, et tes oreilles tombantes. Un pareU contraste dans les attitudes ee les mouvements de ces deux carnassiers sous llempire du même état desprit agréable et tendre, ne peut trouver une expllcatton, me semble-t-il, que dans llantithèse complète de ces mouvements avec les mouvements naturels a ces animaux lors-qu'ils sont irrités et se préparent à combattre ou à saisir leur

PfZs les cas précédents, relatifs au chien et au chat, il y a tout lieu de croire que les gestes qui expriment l'hostilité et l'affection sont les uns et les autres innés ou héréditaires; car ils sont presque identiquement les mêmes dans les différeutes races de ces deux espèces, et chez tous les individus, vieux ou jeunes, de la mêmenicc.

Je vais donner un nouvel exemple du rôle de l'antithèse dans l'expression. J'ai possédé autrefois un gros chien, qui, comme tous les chiens, aimait beaucoup à aller a la promenade. 11 exprimait son plaisir en trottant gravement devant moi, A pas comptés, la tète très haute, les oreilles un peu relevées et la queue en l'air, mais sans raideur. Non loin de ma maison, un sentier s'offre a droite, qui conduit a la serre: j'avais l'habitude de la visiter souvent pendant quelques moments pour regarder mes plantes en expérience. C'était toujours pour mon chien l'occasion d'un grand désappointement, parce qu'il ne savait pas si je continuera ma promenade ;

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M*                                    principe

ié étair risibldev voilee changement d'expressios soudain tt radicaq qusep produisait clm lui des que j'inclinailee moind du niondvverl ls «miterceq que jf toisai» parfoiu uni-entament pour l'observerS Son regard «battu était conudee trm^lésimmbre.r de mdeamille, etûn appelait son oirite serre.

Voici nn quoilc consistait : aa têts s'abaissaib beaucoup; tout le corps s'affaissait un peu tt demeuraii immobile; les oreilleett la queue retombaient brusquement, sans qulaa queut fût du reste agitée; à ces oreilles basses, aces mcchoires pendantess s'ajoutaii un grand changement dans l'aspect des yeux, qui me paraissaient moins brillants. Sa mine ptteuse expr,mait un profond désespoir; et, comme ee l'ai dit, elle était risible, vu la cause insignifianee qul l'avait provoquée. Chaque particularité de son attitude était en opposiiion corn-plète avec sa précédenee allure, pleine a la fois d'allégresse et de dignité; il me semble quelle ne pouvatt s'expiiquer ou-irement que par le principe de l'antithèse. Si le changement n'avatt pas été aussi instantane, j'aurais attribué certitnde & la réaciion de son abattement sur les systèmes nerveux et circulatoire, ainsi qu'on le voit chex, ''homme, et par suite sur lu tonicité de tout son appareil muscutaire; il est même possible que cette cause entrât pour quelque chose dans la production du phénomène.

Nous allons voir maintenant quelle est l'origine du principe de l'antithèse. Chez tes animaux qui vivent en société, il est de la plus haute importance de pouvoir communiquer entre membres d'une même communauté; chez les autres espèces, ce même besoin existe entre les animaux de sexes différents, entre les jeunes et les vieux. Ce but est ordinaire-ment atteint au moyen de la voix, mais il est certain que les gestes et les signes expressifs servent aussi jusqu'à un certain point & se comprendre mutuellement. L'homme ne s'est

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l*L-i*TfAlte

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p» borné ù l'usage de cris inarticulés, de gestes et de «gr.es express; ii a inventé le langage inarticulé, si tant est qu'on puisseappHquerlemotdW^àunprogrèsaeeoinpng^ à d'innombrablespprfectionnemcnts peine raisonnes. Il suffît

nent parfaitement les gestes cttcs sïg.u» ïcs uns des aut**; et dans une large mesure ceux de l'homme, ainsi que llaffirme Heugger «. Quand un animal va en attaquer un autre, on a peur d'un antre, il se donne souvent un air terrible en hérissant ses poils, ce qui le fait parattro plus gros, en montrant ses dents, en brandissant ses cornes. ou en poussant des cris féroces.

Le pouvoir de communiquer entre eux est cerhiinement d'une très grande utilité & beaucoup d'animaux; aussi n'est-il pas apriori improbable que des gestes manifestement opposés à ceux qui exprimaient déj& certains sentiments aient pu à l'origine se produire naturellement sous l'empire d'un sentiment opposé; le fait que ces gestes sont maintenant innés ne suffit pas pour empêcher do croire cu'ils aient pu être accomplis tout d'abord intentionnellement; car ils ont dû probablement, après plusieurs générations, devenir héréditaires. Quoi qu'il en soit, il est plus que douteux, comme nous allons le voir, qu'aucun des cas auxquels va s'appliquer le principe de l'antithèse ait une pareille origine.

Dessignesconventionnelsquinesontpasinnés,telsquece„.v qu'emploient tes sourds-muets et les sauvages, ont en partie mis en œuvre le principe d'opposition ou d'antithèse. Les moines de Ctteaux croyaient commettre un péché en partant; ils inventèrent un langage mimique ou le principe de l'opposition paraît avoir été employé «. Le docteur Scott, de

I. Natorgeschichte «fer SéOgeMcre wn Par<„, 48.10, s. S3.

I. Bl. Tytor parle d» langage «.imique destines de Ctteaux dans son

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«<                                          MIINCIPIÎ

l'instututiod des sourds-muetd d'Ester, m'écrit qu« l les oppositions sont trèu usitéep pour l'instructiod des sourd* muets, qui les sentent trèv vivement». Cependanj j'ai été surpris dp petin nombre d'exemplei incontestables qul l'on Pftttt *n dtMMM»- C»a Paient en -partie 4e. «e ^ touj 1er signeo ont eu ordinairement quelque originn naturelle, et en partie de l'habitude prise pal les sourds-muets et par les sauvages d'abrégel le plus passible ces signes.pour les rendre plsr rapides ». »e la vlent qul leur source ou leur origine est souvent douteuse ou môme complètement perdue, ainsi que cela se rencontre poul le langage articulé.

Beaucoup de signe,, d'ailleurs, qus sont évidemment opposés les uns aux autres, paraissent avorr eu chacun de leur côté une signification propre, A leur origine. 11 semble qu'il en att été ainsi des srgnes qu'emploient les sourds-mue~s pour désignrr la lumière el''obscurité, la force et la fai-blesse, etc,, etc. Dans un autre chapitre, je m'efforcerai de montrer que les gestes opposés d'affirmation et de négaiion, savoir, celui d'abaisser verticalement la tête et celui de la secouer latéralement, ont été probablement tous les deux naturels au début. L'agitaiion de la main de droite & gauche, dont se servent quelquss sauvages pour dira non, a peut-être étéinventéeal'imitationdu mouvement de la tête ; quant au mouvement opposé, par lequel lamain s'agtte en ligne droite en avant du visageen signe d'affirmation, on ««sauratt déci-

A* W^tfMmfM (* édit., 18Î0, p. 40) et fait quelques remar. ques sur le principe de l'oppoMUon dans les gestes.

3. Voyca sur ce sujet l'intéressant ouvrage du docteur W. R. Scott, Tt* ******* ,*cdit.~ <8?0t p. i2. « Cette manièro, dit-il, d'ahre! ger les gestes naturels, et d'en faire des gestes plus concia que ceux qu'exigerait l'expression naturelle, est très commune parmi les sourds-muets. Ce geste abrègé est parfois tellement tronqué qu'il perd presque toute ressemblance avec te geste naturel; mais pour le souKUmuet qui t'emploie it n'en conserve pas moins l'énergie et l'expression origi-

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*r Vil provient de llantithèse ou s'il a pris naiissnce d'une autre manière.

SimaiiKe.taiitnousco.isidéroivsles^tesiiu.ésoucouimuns & tous les individus d'une môme espèce, qui se rangent parmi «eux que.produtt rantithe«e, nous trouvons qu'il est très douteux qu'aueuu d'eux aït été d'abord .nvëntrtfepMpos délibéré et accompli en connaissance de cause. Dans l'espèce humaine, le meilleur exemple qu'on puisse citer de gestes directement opposés A d'autres mouvements, et survenant naturellement dans un état d'esprit contraire, est te hausse-ment des épaules. Il exprime l'impuissance ou le refus; il signifie qu'une chose ne peut pas être faite ou être évitée. (> geste est parfois employé sciemment et volontairement: mais il est très improbable qu'il ait été d'abord inventé de propas délibérée et fixé ensuite par l'habitude; car non seulement le petit enfant hausse les épaules sous l'influence des états d'esprit précités, mais encore ce mouvement est accompagné, comme il sera montré dans un des chapitres suivants, de divers mouvements accessoires, dont pas un homme sur mille n'a conscience à moins de s'être spécialement occupé de la question.

Quand un chien s'approche d'un chien étrangef, il peut trouver utile de montrer par ses mouvements qu'il a des intentions amicales et ne veut pas se battre. Lorsque deux jeunes chiens, qui jouent, grognent et se mordent le museau et les jambes, il est évident qu'ils comprennent mutuellement leurs gestes et leurs manières. Il semble vraiment qu'il y ait chez les petits chiens et les petits chats une sorte de notion instinctive qu'ils ne doivent pas se servir sans précautions, en jouant, de leurs petites dents aigucs ou de leurs griffes, bien que cela arrive parfois et provoque un cri; s',1 n'en était pas ainsi, ils se blesseraient souvent les yeux. Quand mon temermordmamainen jouant, s'il serre trop fort et que je dise : « Doucement, domement. » il continue â mordre, mais

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«6                                        PRINCIPE

me répond par quelques frétlllemenss de la queue qui sem-Nlent signifier : « Ne faites pas attention, c'est pour mV muser. M Les chiens expriment doue ou peuvent avoir le désir d'exprimer A d'autres chionset A l'homme qu'ils sont dans des dispositions amicales: H n^enest.pas moinsdiflidtede^ra.^^^^^,., qu'ils nient jamais pu penser délibérément A coucher en arrière leurs oreilles, m. lieu de les tenir droites, A baisser et à agiter laqueue, au lieu de la garder dressée en l'air, etc., par suite de la notion que ces mouvements étaient en opposition directe avec ceux qui se produisent sous l'influence d'une humeur contraire et hostile.

De mémo lorsqu'un chat, ou plutôt lorsqu'un ancêtre primitit de l'espace, sous l'empire de seniimenss affectueux, a pour la première fois fait un peu le gros dos, élevé la queue en l'air pcrpendicnlairement et dressé les oreiller, peut-on croire que cet animal eut le désir raisonné de manifester ainsi une humeur directement inverse de celle qui, lorsqu'il se prépare a combattre ou a s'élancer sur sa proie, lui fait prendre une attitude rampante, agiter sa queue d'un côté à l'autre, et renverser ses oreilles? Je puis encore moins croire que mon chien prit volontairement son attitude abattue et son « a,V de serre .,, qui faisait un contraste si complet avec son attitude première et toute son alluee pleine d'allégresse; on ne saurait supposer qu'il sut que je comprendrais son ex-pression, et qu'il pourrait ainsi m'ateendrir le cœur et me l'aire renoncer & visiter la sem.

Donc, pour le développement des mouvementée cet ordre, il a fallu l'intervention d'un autre principe, distinct de l'influcnce de la volonté et de la conscience. Ce principe parait ,Hrc le suivant : tout mouvement que nous uvons volontairement accompli durant notre existence a demandé l'action de certains muscles; lorsque nous avons fait un mouvement absolument opposé, un groupe opposé de muscles a été habituel-lementmis en jeu, -comme dans les actesde tournera droite

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OB LANTJTBfeSK.                                     07

«tt &gauche, <lerepû»SSerunobjeto,uderaUh.e|.&nou8f do soulever un poids ou de l'abaisser. Si fort est le lien qui réunit uos intentions et nos mouvements, que, si noua désirons vive-mentciu'unobjetsemeavedansunedirection^ousnepouvons

persuadés que nous puissions être de l'inutilité de ce geste. Une bonne démonstration de ce fait & déjà été donnée, dans l'introduction, A propos dos mouvements grotesques d'un joueur de billard jeune et ardent, qui surveille le chemin parcouru par sa bille. Lorsqu'un homme ou un enfant en colère crie A que!qu'un : I Allez-vous-en! > te plus souvent it étend les bras comme pour Je repousser, bien que son <dversaire puisse être étoi~né de lui etbien qu'il puisse être complètement inutile de confirmer sa parole par un geste. Aucontraire, lorsque nousdésirons vivementqu'une personne s'approche très près de nous, nous faisons le geste de l'attirer A nous : il on est de même dans une infinité de cas.

L'accomplissement de mouvements ordinaires de nature

semblenolurelque.fes actes d'une .mlureentièremcotoMH.sée, bim qu'absolument inutiles, soie», accomplis d'à». façon in-consciente, par suite de l'habitude ci de l'association, sous l'influence d'une sensation ou d'une émotion direct™*,* opposée. Ce principe me permet seul de concevoir comment ont pris naissance les geste et les exposions compris sous ce chef de l'antithèse. Assurément, s'ils sont de quelque utilité A l'homme ou & quoique autre animal, pour aider les cris inarticulés ou le langue, ils peuvent êt™ aussi employés volontairement, et l'habitude en est de la sorte fortifiée. Mais <,u'ils soientou non «Mes comme moyen de communiquer, il snmrait, à nous pouvons raisonner par analogie, de la ten-

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08                         PNIXC<PKDE I/ANTlTliÈSE.

danco * accomplir dos mouvements opposés sous l'influcnce de «estions ou d'émotions tnverses pour tes rendre herèdi-taires apr&s un long usage; et t'on ne saurait mettre en doute

y ta

m-

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OUPITHEM.

PRINCIPES GÉXÉIIAUX DE l'EJtl'RESSIOX. (Kln,

troisième principe t Action directe sur itcoiioniio u            ... '               .

veux, iDdcpcdamracnt de fci volonté et, » partie, de l'habitude. - Changerne».

Nom voici arrivé A notre troisième princtpe : certains actes que nous reconnaissons comme expressifs de tels ou tels états d'esprit résultent directement de la constttution même du système nerveux, et ont été, dès le début, indépendants do la volonté, et en grande partie aussi indépendants de l'habitude. Lorsque le sensorium est fortement excité, la force nerveuse, engendrée en excès, se transmet dans des directions qui dépendent des connexions des cellules nerveuses~ et, s'il s'agit du système musculaire, de la nature des mouvements qui sont habituels. Dans d'autres cas, l'afflucnce de !a force nerveuse semble au contraire s'interrompre. Sans doute l'organisme n'exécute pas un mouvement qui ne soit déterminé parla constitution du système nerveux; mais il ne s'agit ici ni des actes accomplis sous l'empire de la volonté ou de l'ha* bitude, ni de ceux qui dérivent du principe de l'antithèse. Le sujet que nousabordons est plein d'obscurité ; toutefois, vu son importance, il doit être traité avec quelque étendue;

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0P                        PRINCll'K I1E L'ACTION DIRECTE

in n'esd d'ailleuis jamais inutildesef faire unj juste idéJeo son ignorance.

I« cas le plu» frappanq q„« Ton pni.se citer de cetee influencd directd du systèou, nerveux, c cas d'ailleurr rare jît anormal» e <*"*M^^m^.dc» chcveux *IUC Van a vue quelquefois succédera nue terreur ou a une douleuexxcessives. On en a rapporté un exempee authentiquer relatif â un homme qul l'on conduisait nu supplice, dans l'Inde, et chez lequel le changement s opéaa avec une telle rapidité, que l'œil pouvatt en suivrl les progrès».

Un autre bon exemple esr le tremblement musculaire qui est commun A ''homme et a un grand nombre d'animaux, sinon au plus grand nombre. Ce rremblement n'est d'aucune utilité, souvent même H est très nuisible; à coup sur, ce n'est pas volontairement qu'iladdse produire d'abord, sous r'empire d'une émoiion quelconque, pour s'y associer ensutte par l'influence de 1'habitude. Dans des circonstancss qui eussent provoqué chez l'adutte un tremblement excessif, d'après »" témoignage digne de toute confiance, le jeune enfant ne tremble pas, maes tombe en convulsions. Le rremblement se produit, chez des individus divers, à des degrés très différents et parles causes les plus variées : le refroidissemen;; ledébut des accès de fièvre, malgré l'élévaiion de la température du corpsau.dessusdudegrénornmlîrempoisonnementdusang; le delirium tremem et certa!nes autres maladies : l'affaiblissement général dans la vieillesse: l'épuisement après une fati-gue excessive; les affectious locales graves, telles que les brûlures; enfin, dune manière toute pariicui,ère, le passage d'un cathéter. Personne n'ignore que, de toutes les émotions, lu plus propre a provoquer le tremblement est la frayeur; tou-

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DO StStftMK NERVEUX. .'.'                      »

tcfois une colère violente, une vive joie produit quelquefois le môme effet. JJ me eappelle evoir rvuu jour nu jeune garçon qui venait tubaltre ss première eécasse; llelaisir faisait trembler res mains s un nel loint tu'il dut tttendre uu moment pour recharger ron -Mi J'ai entend» uapporter

uufaittxSct^^                                                                .....

auquel lonvait prêté u», nusil. Lhez zertaines personnes, la belle musique, avee les smotions sagues su'elle éveille, fait courir ru frisson dans le eos. Eutre des sauses physiques oo des émotions se nature aussi dissemblables, ,omment trouver uunaractère ccmmun qui puissseendre compte de cet tffet ccmmun, ,leremblement? D'après Sir JJ l>aget, auquel je dois plusieurs observations qui précèdent, c'est là une qnes-L des plus obscures. Puiique lleremblement accompagne tantôt la joie, tantôt la fureur longtemps avant la période de llépuisementt ii semblerait que toute excitation énergique du système nerveux interrompe l'afffux régulier de la force nerveuse au svstème musculaire*.

La manière" dont les sécrétions du canal alimentaire et de certaines glandes, - foie, reins, mamelles, -sont impressionnées par des émotions violentes, est encore un exemple excellent de l'action directe du sensorium sur ces organes, en dehors de toute intervention de la volonté ou de quelque habitude utile associée. Quant au choix des organes qui sont ainsi affectés, et au degré de l'impression reçue, il existe à cet égard, entre les divers individus, les différences les plus tranchées.

Le cœur, dont les battements se succèdent sans interruption jour et nuit avec une régularité si merveilleuse, est extrêmement sensible aux excitations extérieures. Claude

2. Mûller fait remarqua Miment» <te VhysioW, trad. angl., vol. U, paralysii incomplète ou à déterminer un tremblement gênerai ».

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72                     PRINCtPE DE LAÇTIOKDlRBCTK

Bernardl réminent physiologistea a montrà q quep poinc cet organf ressent lc cotre-coup de lp plus faible ««citatiop por-lés suunn ner« «ensitif, d'ua attouchement sl léger qu'il n'a certaincmentpiier résultea aucune souffranceIlé était dès lors naturel qu une excitatiovviolente de resprit dûa agir instan-tanémenett directemens sul lui c c'est ne effecee que chacun sait par sa propre expériencet Un autrf fait quj jd dois rappeler et sur lequel Claude Bernara a insisté à plusieuss reprises, c'est quel lorsqulec cœue est impressionné, lr réagit sur le cerveau; l'état du cerveau ééagit à son tour sur le cœur prr l'intermédiaire du nerf pneumogastrique; en sorte que, sous J'influence d'une excitation quelconque, ll se produit des aciions et des réaciions réciproques multipliées entre ces deux organes, les plui rmportants de ''éco-nomie.

Le système vaso-moteur, qui règle le calibre dss petite artères, subtt aussi l'influence directe du sensorium, comra. f k prouve la nageur de la honee t toutefois, dass ce cas paticulier, nous pourron,, je crois, trouver en partie dans l'ac tionde l'habttude une curieuse explication de cette brusque suppression de l'influx nerveux, qui dilate les vaisseaux de la face. .1 nous sera possible aussi, je pense, de jeter un peu de lumière, bien peu malheureusemen,, sur le redressement involontaire des poils qui accompagne les émotions de la rage et de la terreur. La sécrétion des larmes est encore un phénomène qui dépend certainement des connexions de certaines cellules nerveuses; mais, pour celui-ci comme pour les précédents, nous serons bien vite arrêtés quand nous voudrons chercher quelles peuvent être les voies que l'habttude fait parcourir à l'influx nerveux, sous l'influence d'émotions

d ir^amen rapide des signes extérieurs de quelques-unes

es

ac-ue

3. Le*»* sur les propriété dessus vivant WO, p. 457-WU.

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OU 8y8TÊHMKBVKUS.                       W

des sensations etdes émotions les plus fortes va non» montrer bien miens, quoique imparfaitemntt encore, la façon complexe dont se combinent ces deux principes : celui do l'action directe sur l'économie de l'excitaiion du système nerveux, actuellement en question, et «Oui de l'association des mouvements utilesdue aTimide.

Lorsqu'un animal est torture par la souffrance, il se roule en général dans d'affreuses contorsions: s'il a 1'habitude de se servir de ta voix, il pousse des cris perçants ou de sourds gémissements. Presque tous les muscles du corps entrent vigoureusement en action. Chez l'homme, la bouche se contracte parfois fortemen;; plus souvent les lèvres se crispent, les dents se serrent ou frottent avec bruit les unes contre les autres; il est dit qu'il y a en enfer des grincetnent, de dents. Chez une vache affectee d'une inflammation intestinale très douloureuse, j'ai parfaitement entendu ce frottement des dents molaires. La femelle de )'hippopotame, observée au Jardin zoologue, souffrit beaucoup iorsqu'elle mit bas : elle marchait au hasard, ou bien elle se roulait sur les flancs, en ouvrant et fermant les mâchoires, et choquant ses dents avec bruit~. Chc* l'homme on voit tantôt les yeux s'ouvrir tout grands, comme dans ta stupeur, tantôt les soumis se contracter fortement; le corps est baigné de sueur, le visage ruisselle; la circulation et la respiration sont profondément modifias; aussi les narines sont-elles dilatées et souve.it frémissantes; d'autres fois la respiration s'arrête au point d'amener dans les vaisseaux de la face une stase sanguine qui la rend pourpr,. Lorsque la souffrance est très intense et prolongée, tous ces symptômes se transforment; une prostration extrême leur succède, accompagnée de défaillance et de convul-

4. M. BarlIeU, A*, surta nuance*»* Hi^^Pm. Mog. Soc..

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74                       PRINCIPE'Df!'L'ACTION DIHBCTK

Lorsqu'un nerf sensttif subtt une excitation, ll transmet une impresiion à la cellule nerveuse de laquellill procèd;; celle-cl lalrm»8raeia8on(our<rttbo|.dàlacelh,Ie correspondanee du coW opposé, et ensuite à d'autres cellules placées le !IW* de 1W ^érébi^spinal^a^dessu» et ttu^essaus^elle,. dans une étendue plus ou moins considérables suivanl le degré de ''excitation; de sorte qu'en nin de compte le svstème ne-veux tout entier peut être impressionné*. Cette transmisiion mvolontairedelaforcenerveueepeutêtreoun'èt^pascons-ciente. Pourquol l'irritation d'une cellule nerveuse engendre-t-clle ou met-elle en libertë de la force nerveuse? Nous ne pouvons répondre A cette question; mais, si ta cause reste inconnue, la réalité du fatt n'en parait pas monss admise par tous les plus grands physiologistes, Millier, Virchow, Bernard», etc. D'après la remarque de M. Herbert Spencer, on peut considérer comme « une vérité indiscutable que, A un moment quelconque, la quantité de force nerveuse libre qui produtt en nous, par un mystéiieux mécanism,, l'état que nous appelons sensation, dois forcément se dépenser d'une certaine manière, dois engendrer quelque patt une manifestation équivalente de force >: ainsi, lorsque sous l'influencc, dune violenteexcitation du système cérébi^-spinal, un excès de force nerveuse se trouve mis en liberté, il peut se dépenser en sensations intenses, en pensées rapides, en mouvements désordonnés, enfin en un surcrott d'activité glandulaire..

mémoire Uehcr dos Mckenmank (Sammtong wissensehvft. Vortnigc< 1871, s. 28). e.MûlIcr (ÊlémentsdtPhvtlologic, trad. angt.,vol. H, p. 932) dit,en par-

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DU.SY«r*M.I NEHVB«X.                              &R

1M. Spencer soutient, en outre, qu' « un afflux de force nerveuse, non dirigé, suivra évidemment d'abord les voies les plus habituelles; si celles-ci ne suffisent pus, il débordera dans les voies moins usitées >»; en conséquence les muscles Mm^^m^^^m^^ qui sont ceux dont le jeu est le plus fréquent, seront au premier chef disposes à cntrer immédiatement en action; viendront ensuite les muscles des membres supérieurs, puis ceux des membres inférieurs, enfin ceux du corps tout entier~.

Lorsqu'une émotion n'a pas été habituellement accompagnée par un acte volontaire ayant pour objet le soulagement ou la satisfaction qui répond & sa nature, elle a peu de tendance, quelque forte qu'elle puisse être, à provoquer des mouvements d'un ordre quelconque; lorsqu'il s'en produit, au contraire, la nature de ces mouvements est, dans une large mesure, déterminée par ceux que la volonté a fréquemment dirigés, dans un but défini, sous l'influence de l'émotion dont il s'agit. Une douleur aiguë pousse l'animal, comme elle la fait depuis des générations innombrables, & exécuter les efforts les plus violents et les plus variés pour échappera la cause qui la produit. Quand une lésion porte sur un membre, sur une partie isolée du corps, on constate souvent chez l'a-nimal une disposition à secouer cette partie. comme s'il pouvait en même temps secouer le mal et s'en débarrasser. C'est ainsi qu'a dû s'établir l'habitude de mettre énergiquement en jeu tous les muscles, sous l'action dune vive souffrance. Les muscles de la poitrine et les organes de la voix, dont l'emploi est si fréquent, sont éminemment susceptibles d'entrer alor~ en action, et il en résulte des cris aigus, rauques, prolongés. Toutefois le but utile que remplissent ces cris eux-mêmes a

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M                    MINCI PB DE I/ACTION DUIEOTE

dû probablement jouer aussi un i*le important; nous voyons en effet les petits d'un grand nombee d'animaux, dans la souffrance ou te danger, appeler bruyammenl leuss parente* leur secours: ainsi font encore les divers membres d'une

'"''mème'ijoeiété;-----...*:...... ,:.,,„.„,...

11 est encore un principe qui a du contribuer pour sa parC quoique à un moindee degré, à fort ilier cette tendanee à une aciion violente sous l'influence d'une souffrance excessive : je veux parler de Ja conscience intime possédée par ''animal que le pouvoir ou la capacité du système nerveux a des limi-< tes. ~!n homme ne peut en même temps réfléchir profondément et mettre vigoureusement en jeu sa puissance musculaire. Lorsque deux douteur se font sentir simuttanément, f suivant une observaiion qui remonte & Hippocrate, la plus t vivo émousse l'autre, bans le ravissement de leuss extases religiûuses, certain» martyrs ont paru rester insensibles aux plus horribles tortures. On voit parfois des marins condamnés au fouet saisir un fragment de plomb entre leurs dents et le mordre de toutes leurs forces, afin de supporter plus facilement l'exécution. La femme qui accouche apporte quelque soulagement A ses doutenrs en contractant ses muscles avec toute l'énergie dont elle est capable.

Ainsi, en rëcapitulant : le rayonnement non dirigé de la force nerveuse des cellules qui ont reçu la première impression, - la longue habitude d'une lutte péniblement soutenue pour échappera cause de la douleur, -enfin la conscience que l'action musculaire en elle-mémo est un soulagement, - ces trois éléments ont probablement concouru, comme nous venons de le voir, & produire cette tendance aux mouvements violents, presque convulsifs, que provoque une «*. me souffrance jusque dans les organes de la voix, et qui en sont, d'un consentement universel, la manifestation expres-sive la plus parfaite. Puisqu'une légère provocation d'un nerf sensitif réagit

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00 SÏSTÈMB NERVRUX.                           77

directement sur re efetir, une vive douleur doiitvidemment rragir aussi iur rui, de lu même manière, mais beaucoup plu» énergiquement. Toutefois, dm* cc cas, nous ne dévoua pas oublier res stfets sndirects de llhabitude ssu cet organe, ainsi -quenouiilûvm'onssorsque nous étudierons ltesignes delà fureur.

Lorrqu'un homme est torturé par la douleur, la sueur ruisselle souvent sur son visage. Fn vétérinaire m'a affirmé avoii vu fréquemment, en partit cas, chez les chevaux, des gouttes couler du ventre sur la partie interne des cuissess et chc» les besttaux le corps entier s'inonder de sueur. IM a observé ce fait alors qu'aucun effort de llanimal no pouvait en fournir l'explication. Le corps entier de l'hippopotame femelle dont j'ai parlé plus haut était couvert dune transpiration rou-geatre pendant qu'elle mettait bas. Le même phénomène se produit dans la frayeur extrême : le vétérinaire déjà cité la constaté fréquemment sur des chevaux: M. Barttett l'a observé chez le rhinocéros; chez l'homme, c'est un symptôme univer-sellement connu. La cause de la production de la sueur dans ces circonstances est très obscure ; toutefois quelques physiologistes pensent qu'elle se lie à un affaiblissement de la circulation capillaire ; or nous savons que le système vaso-moteur, qui régit cette circulation, est sous l'influence immédiate * requit. Quant aux mouvements de certains muscles de la face, sous l'empire de la souffrance et de diverses autres émotions, leur étude viendra naturellement lorsque nous nous occuperons des expressions spéciales de l'hommeetdes ani-

Passons maintenant aux symptômes caractéristiques de la fureur. Sous l'influence de cette puissante émotion, les battements du cœur s'accélèrent beaucoup", ou se troublent nota-

O.Je doisdmcmerciemcntsà M. A. H. Garrod, qui m'afattconnaître

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PHlNCIPBDEI/ACnONDIltEOtB

Moment. Lafecr rougitd devienp pourpre, pas suite de l'arrêt ee lc circulatioenï retourq quelquefoie ellp prenanc con-traire ueepAtcur cadavérique. La respiration est laborieuse, la poitrins se soulèvel les naiineffrémissantes se dilatent, muveht le Cbr^                               «Mère; Le* dents

sesemmtoufmttenllesiincscontrl les autres, el le svstème musculaire est généralement excité a quelque acte violent, presque frénétique. Mais les gestes de l'homme qui est dans cet état diffèrent ordinairement des confondons desordonnées et sans but de celui que torturl la douleur; en effei ils représentent plus ou moins parfaitemenl l'acte de frapper ou de lutter contre un ennem..

Tous ces symptômes de la fureur sont probablement dus en grande partie A ''aciion directe du seusorium excité; querques-uns paraissent même ne devorr reconnaître que cette seule cause. Cependant les animaux de toute espèce, et leurs ancêrres avant eux, ont réponuu à la menace ou & l'attaque d'un ennemi en déployant toute leur énergee pour combattre et se défendre. Si un animal ne se met pas ainsi en état de fondre sur son ennemi, s'il n'en a pas l'intention ou tout au moius le désir, on ne peut dire, à proprement parler, qu'il soit furieux. C'est ainsi qu'une habitude héréditaire d'effort musculaire a dd s'associer a la fureur; et cette habitude affecte directement ou indirectement divers organes, à peu pr~s de la même manière que le fatt une grande souffrance physique.

Le cœur est sans aucun doute impressionne d'une manière directe; mais il l'est aussi, suivant toute probabilité, par l'effet de l'habitude, d'autant mieux qu'il n'est pas soumis au contrôle de la volonté. Tout exercice violent, exécute

un ouvrage de M. Lorain sur te pouls, dans lequel on trouve le tracé

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DU SÏSTfcHB WTUI,-                      M.

volontairement, impressionne cet organe, comme nous le savons, par un mécanisme complexe dont nous n'avons pas à nous occuper ici; d'autre part on a vu, dans le chapitre 1», que la force nerveuse se propage aisément par les y voies i|uiiui sont les plus ha~ituelles, c'cst-A-dire par les nerfs de mouvement volontaire ou involontaire et par les nerfs de sensibilité. Ainsi un exercice même modéré tendra a agir sur le cœur; et en vertu du principe de l'association dont nous avons donné tant d'exemples, nous pourrons tenir comme & peu près certain que toute sensation ou émotion, telle que lu souffrance ou la fureur, qui a provoqué habituellement des actes musculaires, devra in<luencer immédiatement l'afflux do la force nerveuse vers le cœur. alors même que ces actes ne se produiraient pas A ce moment.

Le cœur. ai-je dit. est d'autant plus facilement impressionne par des associations habituelles. qu'il n'est pas soumis au contrôle de la volonté. L'homme, modérément irrité ou même furieux, peut commander aux mouvements de son corps, mais il ne peut empêcher les battements rapides de son cœur. U poitrine se soulév,m peut-être fort peu, les narines trembleront & peine, parce que les mouvements de la respiration ne sont qu'en pMrtie volontaires. De la même manière, les muscles de h. face, qui obéissent moins a la volonté, trahrront seuls quelquefois une émotion légère et fugitive. Les glandes sont encore complètement indépendantes de> volonté, etl'hommequi souffre peut commander à ses traits, mais il ne peut toujours empêcher les larmes de remplir ses yeux. Un individu affamé. placé fn face d'une nourriture appétissante, ne trahira peut-être sa faim par aucun geste, mais il n'empêchera pas la sécrétion de la salive.

Dans un transport de joie ou de vif plaisir, il se mani-feste une tendance très marquée A divers mouvements sans

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ee

«0                     P.UNCIPB DE F/ACTION DtRECTK

but, et à é'émission de son* variés. C'esc co qu'on observ chez le» enfantsd danl leur rire bruyantl lotir» battements do mains, leurs sauts dj joie; dans les gambades tt les aboiements d'un chteiiqtts sou maître va mener A laprotne-««de; dans le piétinemeMt impatient d'un cheval, qui voit devanluii une *Wte ouverte. La joie précipite la cireu-Mon, qui stimullee cerveau, etee dernier réagit à son tour sur l'économie tout entière. Ces mouvemenss sans bttet cette activité exagérée du cœur doivent être attribués principale-nent * l'excitation du sensoiium », et à l'uffl«X excessif et non dirigé de force nerveuse qui en résulte, suivatt la remarque de M. Herbett Spencert Il est digne de remarque c,«e c'est surtout ''avant-goût d'un plaisir et non la jouissanfe elle-même qui provoque ces monvements extravagants et sans but et ces sons variés. C'est ce que nous observons chez nos enfants, quand il» attendent quelque grand plaisir ou quelque fête; de même un chien, qui faisait des bonds joyeux à la vue d'une assiettée de nourriture, ne manifeste plus sa satisfaction, quand il ta possCde, par aucun signe extérieur, pas même eu remuant ta queu.. Chez les animaux

<0. U puissance avcc laquelle la joie excite le cerveau, et avcc laquelle celui-ci réagit sur l'économie, se manifeste d'unefaçon remarquable dans les cas rares d'intoxication psychique. Le docteur J. Crictiton BrowH (M*. Uirror, M!>) rappelle le cas d'un jeune homme, de tempéra-ment très nerveux, qui, apprenant par un télégramme qu'il venatt d*hé. riter d'une grande fortune, pâlit d'abord, puis se mit & rire, et devint d'une gaieté remuante et etaltée. Pour se tranquilliser, il alla se prome* neravec nn ami; mais ses pas étaient chancelants. Il riait aox eclats, tout en manifestant une grande irritabilité de caractère; il pariait ioces-samment et chantait & haute voix au milieu des rues. H ëtatt parfaitement certain qu'il n'avait toucha aucune liqueur spiritueuse, bien qu'il

odeur alcoolique. Enfin il s'endormit d'un lourd aommeil, et quand Use réveilla, it était & peu près remis; mais il soutirait encore de mal de tôle, de nausées, et d'une grande taiblesse.

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DU 8YHIÈME «BltVEUX.                            s<

de toute espace, tous les plaisirs, si l'on excepte la chaleur et le repos, sont associé» et Tont été depuis longtemps A dos mouvements Hctifn, oonuneon le voitLs la chai ou la recherche d'une proie, 0.1 dans leurs amours. Bien plus, le sunpie exercice des .nyscles, après un repos prolongé ou une longue reclunion, constitue par lui-même uu plaisir, comme nous l« savons par «4» propre expérience et comme nous le constatous dans tes jenx des jeunes animaux. Ka vertu de ce dernier principe seul, on pouvait peuWtre s'at. tendre, inversement, a ce qu'un vif plaisir put se manifester par des mouvements musculaires.

Chez tous ou presque tous les animaux, chez les oiseaux eux-mêmes, la terreur fait trembler le corps. La peau devient pâle, ta sueur ruisselle, le poil se hérisse. Les sécrétions du canal alimentaire et des reins sont augmentées, et involontairemcnt expulsées, par suite dn relâchement des muscles sphincters; c'est là un fait bien connu chez l'homme, et dont j'ai vu des exemples chez le hœuf, te chien, !e chat et le singe. La respiration se précipite. Le cœur bat vitct tumultueusement etavec violence; envoie-t-il pour ce!a le sang plus efficacement dans toute l'économie? Il est permis d'eu douter, car la surface du corps parait exsangue, et la vigueur des musctes fait rapidement défaut. Sur un cheval effrayé, j'ai senti, à travers la selle, tes battements du cœur si distincte-ment que je pouvais les compter. Us facultés intellectuelles sont profondément troublées. Bientôt arrive une prostration profonde qui va jusqu'à la défaillance. On a vu un serin terrifié, non seulement trembler, et devenir blanc autour de la base du bec, mais tomber en faiblesse » ; j'attrapai an jour, dans une chambre, un fougo-gorge, qui s'évanouit si complètement, que pendant un moment je le crus mort. La plupart de ces symptômes sont probablement le résultat

tl. Docteur Darwin, Z«o»om/«, 1794, voll I, p. 148.

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. «"                  PntXCtPEDÉ L'ACTION D1BE0TB

direct du rrouble appotté dans l'état du sensorium, indépendamment do toute action de l'habttude; toutefois ll est douteux que cette explication sufltt aen rendee compte: Lors-qu'un animal est atarmé, il reste presque toujours un mo-

source du danger, querquefois aussi pour éviter d'être découver.. Mais bientôt il se met & fuir impétueusemen,, sans chercher & ménager ses forces comme pour une lutte; il continue ainsi à courir, tant que dure Je danger, jusqu'à ce qu'une prostration complète, avecarret de la circulation et de la respiraiion, avec un tremblement général de tous les muscles et une sueur abondante, arrête sa course. Ce fait semble autorisera croire que le principe de l'association habituelle peut expliquer en partie quelques-uns des symptômes caractéristiques de la terreur indiques ci-dessus, ou tout au moins leur donner plus d'intensité.

Le rôle important qua du jouer le principe de l'associa-tion habttuelle, dans l'acquisition des mouvements expressifs des diverses émotions ou sensations violentes que nous venons de passer en revue, me pan.lt bien démontre par deux ordres de considérations distinctes : d'abord celle des émotions vives dont la nature ne sollicite au contraire ordinairement aucun mouvement volontaire pour procurer le soulagement ou la satisfaction qui leur correspond; et en second lieu celle du contraste essentiel qui existe entre les états de l'esprtt que l'on désigne par les termes généraux d'états excitants et états déprimants. Quelle émotion est plus puissante que l'amour maternel? Kt pourtant cette tendresse profonde dont une mcre entoure son faible entant peut ne se manifester par aucun signe extérieur, ou seulement par de légers mouvements caressants, accompagnés d'un doux sourire et d'un tendre regard. Mais qu'on fasse volontairement du mal à l'enfant, et voyez quelle transfiguraiion chez la mère! Elle se

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mi sy8tème nmui                    m

dresse d'un air menaçant, se» yeux brillent, son visage se colore, son sein se soulève, ses narines se dilatent, son cœur palpite. Cesont H des manifestions, non pas de llamour maternel, mais de la colère, qui en a été en effet lu véritable eause provoeatrice. L'amour réciproque des dtux mes ne ressemble en rien A l'amour maternel : quand deux amants sont en présence, nous le savons, leur cœur bat rapidement, leur respiration s'accélère, leur visage fougit; c'est qu'en effet cet amour n'est pas inexpressif comme celui de la mère pour son enfant.

Un homme peut avoir l'Ame dévorée de soupçons ou de haine, d'envie on de jalousie, sans que ces sentiments provoquent par eux-mêmes aucun acte, sans qu'ils se revèlent par aucun signe extérieur, bien que leur durée soit en général plus ou moins prolongée; tout ce qu'on peut dire, c'est que cet homme ne paralt, A coupsur, ni gai ni d'humeur agréable. S'i! arrive que ces sentiments édatent en actes extérieurs, c'est que la fureur les a remplacés et se traduit dés lors par ses modes d'expression ordinaires. La peinture ne représente qu'avec peine le soupçon, la jalousie, l'envie, etc.,& moins d'avoir recours à des accessoires qui aident à comprendre Ja situation. La poésie ne sait trouver pour caractériser ces mêmes expressions que des qualifications vagues et fantaisistes. C'est ainsi qu'on dit : « la jalousie aux yeux fauves ». Spencer, décrivant le soupçon, lui applique les épithètes suivantes : « noir, hideux, renfrogné, au regard sombre et oblique, » etc. Shakespeare, parlant de l'envie, dit: ,< L'envie au visage décharné sous son masque hideux, >. et dans un autre endroit : « Aucune noireenvie ne creusera ma tombe, » et ailleurs encore : « Sous l'étreinte redoutable de la pale

T' a» souvent distingué les émotions et les sensations en deux catégories ; celles qui excitent, celles qui dépriment. Lorsque toutes les fonctions du corps et de l'esprit, - mou-

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Hi                       PRtNCIPE DE LACTION DtRKCTB

vemont volontaire ei involontaire, perception, sensation, pensée, etc., - sWnpHssent avec plus d'énergie et de rupt. dite qu'à l'état »ormal,oupeutdire de ''homme ou do l'animal «JU'U est excité; d«.iSlecascontrai..o,onpeutdivet|ii'U SdT'«»piïmtfrpi^;t"téi;' ëiiJitMIoiii-toseltttiH..te wM« -«»te 1 -joie se placent on première ligne, elles provoquent nature lemeut, la premièr~ surtout, des mouvements énergiques qui réagissent sur le ctmir, et par son interuédiaire sur le cerveau. Un môdcctn me faisatt remarquer un jour, comme une preu~e de la nature excitante de la colère, qu'on voit que-quefoisun homme exténué de fatigue s'irriter d'offenses ima-giuaire,.dans le but inconscient de ranimer ses force* : j ai eu depuis l'occasion do vérifier la parfatte justesse de cette observation.

PliiKieufs autres étals desprit, qui semblent d'abord exci-tants, deviennent bientôt déprimants au plus haut degré. Regardez une mère qui vient de perdre subitement son entant; on peut certes la considérer comme étant dans un état d'excitation : voycz-ta, affotée de douleur, courir au hasard devant elle, «arracher les cheveux, déchirer ses vêtements, se tordre les mains. Ce dernier geste dérive peut-être du * principe de t'antithèse, en trahissant un sentiment intime du faiblesse et do t'inanité de tout effort, Quant aux autres gestes désordonnés, ils peuvent s'cxptiquer en partie par le soulagement que procure l'action musculaire en elle-même, en partie par i'influence de ta force nerveuse en excès et sans direction qui émane du sensorium surexcite. Ajoutons que l'une des premi~res pensées qui se présentent très communément A notre esprit, en face de la perte imprévue d'un être qui nous était cher, est celle.ci : il était possible de faire quelque chose de ptus pour le sauver. Un de nos romanciers, excellent «bsfrvateur»', décrivant ta conduite

t2. M* Oliphant, dans le roman intitulé «te Méritante, p. 3C2.

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DU aVSTÈMB NERVEUX.

d'une jeune fille, dont ll père vient de mourir subiiement, «exprrme de la manière suivante : « Elle courait dan la maison comme une folie, se tordant les mains et s'accusant elle-même : Ouii c'est ma faute, pourquoi l'ai-je jamais quitté! Si se«lemenye lavais vetllé!!.. » Sou, l'empjre de telles pensées fortement empreintes dans l'esprit, ii doit se produire, en vertu du principe de llassociation habituelle, une tendance très marquée A une action énergique de nature

TtoTïïittt que dans lïame désolée s'est fait jour la con-vietion intime qu'il n'y avait aucune ressource, cette douleur frénétique fait place au desespoir ou à «ne sombre tristesse. Alors on s'assied, immobile, ou avec un léger balancement; la circulation se ralentit, la respiration est presque insensible, et la poitrine exhale de profonds soupirs. Ce nouvel état réagit sur le cerveau, et bientôt arrive la prostration; les muscles se relâchent, les paupières s'alourdissent. l/asso-ciation habituelle ne provoque plus aucun acte. C'est alors que nos amis interviennent, et nous excitent & accomplir quelque exercice volontaire, au lieu de nous absorber dans une douleur muette et immobile. Cet exercice stimule !e cœur, qui réagit sur le cerveau, et aide l'àmca supporter le triste fardeau qui lui est imposé.

Une vive souffrance amène très vite une dépression ou une prostration extrême, cependant elle agit tout d'abord comme un stimulant et excite à l'action; je rappellerai à cet égard l'effet bien connu du coup de fouet sur !e cheval, et aussi les horribles tortures que l'on fait subir, dans certains pays étrangers, aux bêtes de somme épuisées, pour les forcer A exécuter une nouvelle tache. La frayeur est ta plus dépressive de toulcs les émotions; elle produit rapidement une prostration complète, qu'on prendratt pour une consé-quence d'efforts prolongés faits dans le but d'échapper au danger, et qui peut en effet reconnaître cette cause, bien

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PRINCtPS DBJ/ACT.O» D.RKCTK

que ces efforts n'aient pas été xxécutés par voee d'asso-ciation. Cependant une frayeur exrrême agit souvent d'abodd comme un pusssant stimulant : chacun sait qel l'homme ou l'animnl poussé au désesporr pa. la terreur acquiert ^ie fowe prodigieuse, et devient dangeceux m plus haut degré.

Résumons et concluons. Dans la déterminaiion d'un grand nombee d'expresiions, ll faut attribuer une hauei influence au principe d'uee action directe du scnsorium sur ''économie, action due uniquement à la constituiion du système nerveux et dès !e débue indépendante de la volonté. Le tremblement des muscles, la rranspiration de la peau, tes modificaiions des sécréiions du canal alimentaire et des glandes, qui se manifestent sous l'influence des divesses émotions ou sensations, nous ont fourni des exemples de l'application de ce principe. Toutefois les phénomènes de cet ordre se combinent souvent avec d'autres phénomènes, qui dérivent du premier principe que nous avons étabii et que nous rappelons : tout acte qui aété fréquemment d'une utUité directe ou indirecte dans certains états d'esprit, pour se procurer certaines sensations, satisfaire certains désirs, etc,, sraccomplit encore, dans des circonstances analogues, par l'effet de la seule habitude, alors même qu'il est devenu inutile. ~ous trouvons des combinaisons do ce genre, au moins en partie, dans les gestes frénétiques qu'inspire la fureur, dans les contorsions que provoque l'extrême souffrance, et peut-être aussi dans la suractivité du cœur et dos organes respiratorres. Lorsque ces émotions ou sensations, ou diverses autres, se produisent même à un degré très faible, il existe encore une tendance à des actes semblables, due & la force de l'habttude longtemps associée, et ceux de ces actes qui sont le moins soumis au contrôle d< la volonté sont en général ceux qui persistent le plus longtemps, ~'oublions

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DU SÏ8TÈMB NBnVKt-X.                            87

pas te rôle qu'a dû jouer aussi, dam certaine cas, noire second principe, celui de l'antittèse.

Les trois principes que no<s avons successivement étudiés pcuyeat déjà, j'esp&re le démontrer dans la suite de cet ou-vrage, rendre compte d'un très grand nombre demonve-ments expressifs; un jour viendra, il nous est permis de le croire, ou tous les autres seront expliqués A tenr tour par ces mêmes principes ou p~r d'aurres très analogues. 11 faut pourtant l'avouer, il est souvent impossible de décider quelle part revient, dans eh&que cas particulie,, A tel ou tel de l'un de nos principes, et bien des points demeurent encore incxpliqués dans la théorie de l'expression.

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CHAPIÏRiyV.

MOYENS D'EXPHESSION Cllr» LES ANIMAUX.

Ênil»»l»i, .le «m*. - Sonv vocaux. ~ *mp produit» |»ad divers mécanism.». ~ lUMs-mmnl des appendices «..tamis, poils, plumes. eici sous nnjkmce «loif Airetir ou «In aa terreur. - Henverse.ne.it «tu arriére des oreillet cfl,»„,e préparationuu cerobaetl comme siB»« dc «Mr» » BedrcsseroeMt des oreille» «t élévation elaa UStoni*»ianc«ral«ci»Uon.

Les deux chapitres qui vont suivre seront consacrés à lu description des mouvements expressifs que manffestent que--quesanimaux bien connus, sous l'influence de différents états de leur esprit; je me bornerai aux développements cm î me paraîtront strictement nécessaires pour mettre en ltmière cette partie de mon sujet. Afin d'éviter diinutiles répétition.. il convient, avant de passer en revue ces divers animaux dans un ordre togique, d'étudier tontd'abord certains moyens d'expresiion qui sont communs A la plupatt d'entre eux.

Émission de sons. - Chez un très grand nombre d'espèces animales, et chez l'espèce humaine en particulier, les organes de !a voix constituent un moyen d'expression d'une in-comparable va!eur. Nous avons vu, dans un chapitre précédent, que, lorsqu'une excitation intense agit sur le sensorium. les muscles du corps entier entrent éncrgiquement en contraction. Alors, si muet qu'it soit d'ordinarre, l'animal laisse échapper des cris violents, alors même que ces cris no sauraient lui être d'aucune utilité. C'est ainsi que le lièvre et le lapin ,.e font jamais usage, que je sache, de leurs

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MOYENS D'EXPRESSIOM MIE» U$R ANIMAUX.           81)

organes vocaux, si ce n'est poussés * bout par l~soufffance : loïifevre par exemple, ,orsque, déjà blessé, ii est achevé par le chasseur, et le lapin lorsqu'il tombe entre les griffes du furett Les chevaux et les besttaux endurent tl douleuren siknGû; *epe»dnnt si elle dépasse certaines limites ] etdevient excessive, et surtout si elle s'associe à la ~erreur, ils poussentdescrisépouvantables. JY, souvent reconnu de loin, dans les pampas, le dernier beuglement dos taureaux agonisants pris au lasso et dont on coupait les jarrets. Les che-

II est possible que lrémission de sons vocaux n'oit été pri- , mitivement qu'une conséquence involontaire et sans hut des contractions des muscles thoraciques et laryngiens, provoquées par ta douleur ou ta crainte. Toujours est-il qu'aujourd'hui beaucoup d'animaux font usage de la voix dans des buts raisonnes et divers, et aussi dans certaines circonstances o.U'habitude paraitjouerlk principal rôle. Les animaux qui vivent en troupe, et chez lesquels la voix constitue un moyen de communication réciproque fréquemment employé, en font aussi plus volontiers usage, en toute occasion, que ceux dont les mœurs sont différentes. L'observation précédente faite par divers naturalistesest, je crois, parfaitement juste. Cependant cette règle souffre des exceptions bien marquées : par exemple les lapins. Loprincipe de l'association, si fécond, si étendu dansses conséquences, a du sans aucun doute avoir aussi sa part d'influence. En vertu de ce principe, la voix, d'abord employée comme nn aide utile dans diverses circonstances qui excitaient chez l'animal des impressions de plaisir, de douleur, de rage, etc., est devenue plus tard d'un usage habituel, toutes les fois que ces mêmes sensations ou émotions se sont reproduites, soit a un moindre degré, soit dans des conditions entièrement différentes.

Chcs un grand nombre d'espèces, les sexes s'appellent con-

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9ft

MOYKNS D'EXPRESSION

tellement l'on l'autre posant la sasson dcsamou.*; il n'est par rare qul le mâlc chercha ainsà c charmeouu A exciter sa femelle. Tep paraitdur restea avoié été l'usage primifidee la voix et l'origind ds sod développement, ainsi que j'ae es-«*** <^démontrordaii»maJ>*ÊH*m*4*rhmmHtom*. plod des organev vocaua auraid doné étd d'aborasssocié uu prélude de lp pluv vive jouissance qul l'individs soic capable de ressentir. Les nnimaux qui vivenenn société s'appellent souvenl l'ul l'autrl lorsqu'ils sons séparéseté éprouvent manifestement une grande joie à er retrouvee ensemble; observez pre exempee uc cheval au moment où voulereendzz A son aompagnon, quir réclamait en hnnnissant. La mère ne cesse d'appeler ses petits qu'elle a perdu;; ainsi une vache beugle après son veau. Inversemenl les petits de beaucoud'animaux appellenl leur mère. Lorsqu'un troupeau de moutons est dispersé, on entend les brebis bèler coniinuellement pour réunir leuss agneaux, et ''on pont vorr avec quel plaisir lns se rerrouvent. Malheur & ''homme qui s'aventure au milieu des petits des quadrupèdss sauvages de granee taille si ceux^i viennent à entendee un cri de détresse de leur

La fureur met violemment en jeu tous les muscles, v compris ceux de la voix; aussi voit-on divers animaux~ sous r'empire de ce sentiment, émetrre des sons qu'ils s'efforcent de rendre éclatants et rauques, sans doute pour frapper de eminte leurs ennemis : ainsi fait le lion par ses rugsssements, le chiea par ses hurlements, etc. En même temps le lion dresse sa crinière, le chien hérisse le poil de son échine; ils s'enttent ainsi et se donnent une apparence aussi formidable que possible. Les maies rivaux se défient, se provoquentde la voix, ^'engagent ainsi dans des luttes sanglantes, quelquefois mortelles. C'est de cette manière que l'usage dela voix a du s'associera rémotion de la colère, et devenir un mode général d'expres-sion de ce sentiment, quelle que soit d'ail!*» la cause qui

?

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CHEZ LES ANIMAUX.                                  0,

puisse llexciier. D'auto part, nous avons déjà vu qu'une vive douleur provoque de même des cris violents, qui amènent par oux seuls «ne sorte de «moment; c'estainsi que l'usage do la voix a du s'associer aussi a lu souffrance, de que'que na-

itt^r^oiSrsèTé.notionset sensalbusprovoquent-elles l'émission de sons extrêmement différents? U réponse à cette question est bien difficile. Cette règle est d'ailleurs loin d'être absolue: chez le chien, par exemple, l'aboiement de la colère et celui de lu joie diffèrent assez peu, bien qu'il soit pourtant possible de lesdistinguerlundel'autre. Jamais probablement on n'expliquera dune manière complète la cause ou l'origine de chaque son particulier A chaque état de l'esprit. Certain* animaux ont pris, comme nous le savons, en passant A l'état de domesticité, l'habitude d'émettre certains sons, qui ne leur étaient pasnaturels «. C'est ainsi que les chiens domesttquer et quelquefoismêmedeschacalsapprivoisés,ontapprisAaboyer: l'aboiement n'existe en effet chez aucune espèce du genre, si ce n'est, dit-on, chez leCanis lalrans de l'Amérique septentrionale. On a vu de même certaines races de pigeons apprendre à roucouler dune manière nouvelle et tout A fait particulière. '

Dans un intéressant ouvrage sur la musique, M. Herbert Spencer 2 a étudié les caractères que revêt la voix humaine sous l'influence des diverses émotions. U a démontré clairement que la voix se modifie beaucoup, suivant les circonstances, sous les divers rapports de la force et de la qualité, c'est-à-dire de l'intensité et du timbre, aussi bien que de la hauteur et de l'étendue. Écoutez un orateur ou un prédicateur

i. Voyczladéa.«nstraUon de ce fait dans Variation des animaux et *. plante, sous l'action de la domestication, trad. française, par Houlinic, II, p. 29. -.Sur le roucoulement des pigms, vol \, p. IBM».

2. Bssays, ScientiRn, L'olitical and Spéculative, 1838. The Qrigin and Rmctionofilmicpm.

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MOYEN* EXPBESSION

bloquentéccoute» un homme qup paria avec colèrouq que exprime une vive surpriseett vous aèrec certainement frappé de la vérité dl l'observaiion de M. SpencerI Il est curieux de voir combien l'intonation de aa voix deviene expressive de bonn*l,eure, Clie* l'un de mes enftint^aloi*c,u?il «'avait p~* encore deux an,j js savais distingurr nettement danl le bé-gayement A peine articulé qti composatt tous son langaglaa nuance très affirmaiive palaaquellili disait oui, dl l'espèce de plainte qui expiimatt uu refus obsiiné. M. Spencer a d--montré en ourre que le langage passionné a dss rapports in-times, A tous les points de vue que je viens d'indiquer, avcc la musique vocale, et par conséquent avec la musique instrumentale ; et il a essayé d'expliquel tes qualitér respeciives qii les caractérisent par des raisons physiologiques, cesU-dire < par cette loi générale que tout seniiment est uu stimulus incitateur d'une action musculaire»,. On peut certainement admettre que la voix obétt à cette loi ; toutefois cette explication me paratt trop générale et trop vague pour pouvoir jeter beaucoup de lumière sur les différences qui existent entre le langage ordinarre et le langage passionné ou le chan,, elle n'explique guère que l'éclat plus grand de ce dernier.

La remarque précédente reste vraie, quelte que soit l'opnion qu'on adopte; soit que les diverses qualités de la voix aient pris naissance en parlant sous l'excitation de sentimenss violents et se soient uttérieurement transmises A la musique vocale; soit (comme c'est mon avis) que l'habttude d'émettre des sons musicaux sesoit développée d'abord, comme moyen de séduction, chez les ancêtres primitifs do l'homme, et se soit associée ainsi aux émotions les plus énergiques qu'ils pussent ressentir. c'est-A-dire A l'amour, A la rivatité, A h victoire. Certains animaux émettent des sons musicaux, c'est un fait bien connu et dont le chant des oiseaux est un exemple commun et familier A tout le monde. Chose plus remarquabee : un singe, un des gibbons, produit une octave complète de

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UHBÎ5 I.BS ANIMAUX.                                   »?

^musicaux, montant et tescendant l'échelte par demi-tonss aussi pout-on dire dd lui que, « seul de tous les animaux mammifères, H chante » ». Ce fait et tlanalogie mont conduii A croire que les ancêtres de llhomme ont probablement com-men^pi? émettre^ sous musicaux, avant d'acquérir hi faculté d'articuler le langage : cdoujeconclu» que, lorsque ht voix humaine est mise en jeu par quelque émotion violentee elledoittcndre A revêtir, «n vertu du prlncipe de l'association, un caractère musicall Chea le, animaux, nous pouvons parfaitement comprendre que les maies fassent usage de leut voix pour plaire a km» femelles et qu'ils trouvent eux-mêmes du plaisir dans leurs cxercices n.usina,,; mais ii est

qM|î tt*«t^douteux que la hauteuu de !a voix ne soii en rapportaveecertainsétatsdo nvme. Une persannequi seplaint doucement d'un mauvais traitement ou dune souifrauce lé-gère parle presque toujours dans un ton élevé. Lorsqu'un chien est un peu impatient, il pou.se .souvent par les narines une sorte de sifilement aigu, qui nous frappe immédiatement comme une plainte i; mais combien il est difficile de savoir si ce son est en elfet essentiellement plaintif, ou si seulement il nous paraît tel parce que nous avons appris sa signification par expérience! Kengger a constate > que les

a. UIMrfm.ArtaMr.lnd. mnçafce, par Moulimé, vol. Il,

P'lT;«oU cités sont du professeur Own. On a rfcemment montre «,ue certainsquadrupedes, des rongea, qui sont plus bas p»aces dans IV-

biSÏÏÏ5K                                       -ttc plaiatodu

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M                            MOYENS DEXPHBSSION

ment et te grognement; la colère ou l'impatience par la répé-tition du son Aou Aon sur un ton plus bas, grondant; enfin la a"»kto"«-*» douleur -par des ori» pei-ciiiit*.Dartre par% chez l'espëce humaine, de sourds gémissements et des cris aigusexprimentégalementrangoissede la souffrance. Le rire est tantôt haut, tantôt bas : ainsi, suivant une ancienne observation due A Hnller , ch* l'homme adulte, le son du rire participcdescaractéresdesvoyelles0etA(prononcéesàralle-         ,

mande); ch» l'enfant et chez la femme au contraire, il rap-         ,

pelle plutôt les voyelles E et I, qui sont, comme Helmhoitz l'a démontré, plus hautes que les précédentes; ma!gré cette différence, il exprime également bien, dans l'un et l'autre cas, lajoie ou l'amusement. d

En étudiant la manière dont les émissions vocales expri-ment les sentiments, nous sommes naturellement conduit A         ]

rechercher la cause de ce qu'on appelle en musique l Vpm-         »

««».Surcesujet,M.Utchfield,quis'estsilongtempsoccupé         |

des questions musicales, a eu la gracieuseté de me communi-         '

quer les observations suivantes : « La nature de Yexpressim musicale est un problème auquel se rattachent un grand          I

nombre de questions obscures, qui constituent jusqu'à pré-sent, a ma connaissance, autant d'énigmes irrésolues. Cependant toute loi qui convient A l'expression des émotions par des sons simples doit, jusqu'à un certain point, s'appliquer au mode d'expression plus développé du chant, celui-ci pouvant être considéré comme le type primitif de toute musique. Une grande partie de l'effet d'un chant sur l'urne dépend du caractère de l'action à l'aide de laquelle les sons se produi-sent. Bans les chants, par exemple, qui expriment une passion véhémente, l'effet dépend souvent surtout du débit impé'

. Cite par Gratiolet, De la Phystonmic, <», s. m.

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CII0X LES ANtMAUX.                               95

tueux d'un ou deux passages caractéristiques, qui exigent un N\ vigoureux exercice de la force vocale ; on a souvent observé <> qu'un chant de ce caractère manque son effet lorsqu'il est exécuté par une voix d'une puissance et d'une étendue , suffisantes pour pouvoir donner sans effort cet passages caractéristiques. Tel e^ »M-.ucÙD doïifc, tewcttf «Tâttote^-             > drissement de l'effet que produit si souvent la transpo-sition d'un chant d'un ton dans un autre. On voit donc que l'effet ne dépend pas seulement des sons eux-mêmes, mais ^ de la nature de l'action qui les produit. Toutes les fo,s que nous sentons que Yexprmion d'une mélodie résulte de la rapidité ou de la lenteur de son mouvement, de sa douceur ou de son énergie, et ainsi de suite, n'est-il pas évident que nous interprétons en réalité les actions musculaires qui produisent le son, comme nous interprétons eu général toute action musculaire? Ces considérations toutefois sont impuissantes & expliquer l'effet plus subtil et plus spécifique que nous appelons l'expression musicale du chant, - le plaisir donné par ta mélodie, ou môme par les sons séparés dont l'ensemble compose cette mélodie. C'est là un effet indéfinissabte, que personne n*est parvenu, que je sache, a analyser, et que tes ingénieuses spéculations de M. Herbert Spencer sur l'origine de la musique laissent entièrement inexpliqué. Il est eu effet certain que l'effet mélodique d'une série de sons ne dépend pas le moins du monde de leur force ou de leur douceur, ni de leur hauteur absolue. L'nair donné reste toujours le même, qu'il soit exécuté forte ou piano, par la voix d'un homme ou par celle d'un enfant, par une flûte ou par un trombone. L'effet purement musical d'un son quelconque dépend de la

« C'est donc de cette association relative des sons que dé-

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?»                            MOYBtB WBXWRKS8IQN

pendent tous lee effete essentiellement caractéristiques qu'on résump parlm met d'exjmmonmusicale. Maippourquoc coi-tmnes associationd ds sono ont-ellet telouu telc effetsC C'est nn problème qun n'est point encore résolu. Cee effetd doivent

, &AMY^"tésMv°»v^

pora avel ler relations arithmétiqueb biec connuee existant entre lev vitessed dv vibratiod des sons quc constituenunon échelle musicale. Il est possible, maicee n'ese encorq qu'un, hypothèseq qulaa facilité mécaniqee pluouu moisg grande

Lasssant de côté ces questions complexes, et ne nous occupani que des sons plus simples, nous pouvons reconnaître au moins quelques-unes des raisons de l'association do certains genres de sons avec certains états d'esprit. Un cr,, pat-exemple, poussé par un eeune animal ou par un des membres d'une société, pour appeler au secours, est naturellement fort, prolongé et aigu, afin qu'il puisse être entendu au loin. Eu effet, pr suite des dimensions de la cavité interne de l'orellle et du pouvoir de résonance qui en résulte, les notes élevées produisen,, - comme Helmhoitz l'a démontré, cher. l'homme :. - »„e impression pariicuiièrement violente. Un animal mâle qui voudra plaire a sa femelle emploiera naturellement les sons qui sont agréables a i'oreille de son espèce; il semble du reste que les mêmes sons plaisent souvent a des animaux trcs diirérents, grâce à la ressemblance de leur système nerveux; c'est ce que nous constatons sur nous-mêmes en écoutant avec plaisir le gazouillement des

7. Théorie physiologique de h musique, Paris, 1808, p. 146. Dans ce aavant ouvragee Helmho.fc a aussi étudie comppcte^nùes relations «S existent entre la forme de la cavité buccale cl la production des différentes voyelles.

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(JHEK4K8 ANIMAUX,                                   M

oiseaux et même le cïumt de certaines rainettes. Au con. train», lisons desttnés A frapper un ennemi de terreur seront naturellement «niqucs et désagréables.

Le principe de l'antithèse a-t-it joué un rôle dans le déve-Jappement des sons comme moyen d'expression? On aurait pu le supposer; flWcej^aàliïlbrtaotatoHt/l^ïiowr^^: cadés du rire, émis par lïioinme et par diverses espaces de singes pour témoigner ieplaishr, «ont .«ri différents que possible des «h prolongés qui exprtment chez eux la souf-france. Le sourd finement d~ satisfaction du porc, alors qu'il est repu, ne rassemble en rien au cri strident qu'it pousse sous l'influence delà doulenr ou de la terreur. Chez, le chien, au contraire, comme je l'ai déjà fait remarquer, l'aboiement do colèr< et t'aboiement de joie n'ont absolu-ment rien d'opposé t'un A t'autre; il en est de même dans bien d'autres cas.

Voici encore un autre point obscur : les sons produits sous !'influence de diversétats de l'esprit detcrminent-its ia forme de la bouche? ou bien est-ce an contraire la forme de lu bouche qui, déterminée par des causes indépendantes, agit sur es sons et tes modifie? Va jeune enfant qui pleure ouvre largement ta bouche; ce qui est évidemment nécessaire pour, l'émisaioo d'un fort volume df son; mais en même temps !'orific* bucca! prend une forme à peu près quddrnngu-laire, par suite d'une cause complètemcnt distincte, qui est, comme on le verra plus loin, l'occlusion énergique des paupières et l'élévation de la lèvre supérieure qui en est lu conséquence. Jusqn'u quel point cette forme carrée de ta bouche modifie-t-elle le son expressif des pleur,/ C'est ce que je ne saurais dire; seulement nous savons, grâce aux iravaux de Hetmholt* et de divers autres observateurs~ que lu forme de la cavité buccale et celle des lèvres déterminent la ut» et la hauteur des sons-voyettcs qui sont produits.

On verra encore, dans un chapitre ultérieur, que, sous

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M                            M0YBNN D'KX..«BSS!ON

l'influence du mépris ou du dégoût, il existe «me tendance. dont les causes sont explicable A sonffler par la bonche ou les narines, et A produire ohm un son analogue A peuAou psh. Qu'il von» arrive d'être arrêté court ou subitement

étonnavet muratommammLvmm*&n*.**.-vrir largement ta bouche comme pour exécuter .me inspiration profonde et rapide, sans doute parce que vous étiez prépare à prolonger l'exercice que vous exécutiez Pondant lu profonde expiration qui suit, ta bouche se ferme légèrc-niait, et le., lèvres se portent un peu en avant, pour des ni-sons qui seront étudiées plus tard; cette forme de lu bouche répond, d'après Hclmhottz, au son de ta voyelle o. Il est certain qu'une foule laisse échapper en effet un eA protongé. iorsqu'elle vient d'assister & quelque spectacle étonnant. Si la douleur se mêle A la surprise, it se produit une tendance à contracter tous les muscles du corps, y compris ceux de ta face, et les lèvres se portent en arrière; cela explique peut-êtrc pourquoi le sou devient alors plus élevé et prend le caractere de «A/ou rt!.U crainte, qui fait trembier tous les muscles, amené naturellement du tremblement dans la voix; «lien» devienten même temps rauque. parsuite de la sëche-ressc de ta bouche que produit t'arrêt du fonctionnement des glandes salivaires. On ne peut expliquer pourquoi le rire de rbomme et du singe est un son rapidement saccade. Les coins de ta bouche sont ators attirés en haut et en arrière, ce qui l'allonge transversalement; nous essayerons plus loin de trouver tes causes de ce fait. Toutefois la question des différences des sons qui se produisent sous t'influence des divers états de l'Ame est dans son ensemble si obscur,, que c'est a peine si j ai pu l'éctaircr d'un peu de lumière, et je ne saurais nie dissimuler la faible valeur des observations que j'ai réunies.

Tous les sons dont il a été question jusqu'à présent sont

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hoi,s la dépendance des organes respimtoircs ; mois il tn est dont te mééanisme est entièrement différent et qui ont aussi leur valeur comme moyens dépression. Us lapins s'avertissent mutuellement pa) le bruit qu'il, font en ffappant lt

«rtdàpMvua^^                                           *«**

peutt par one soirée tranquille, entendues lapins qui ïÏf

*.,..-

Piquant» sonores <l« la <|Uoue ou pon-éi>U:

répondent de divers côtés. Ces «lu», comme beaucoup d'antres d'ailleurs, frappent encore le so! lorsqu'on les met *o colère. l>«ns cette même situation d'esprit, les porcs-cpies fontsonoer leu» piquants et agitent leur queue avec bruit; j en ai vu nn se comporter de cette mani~re qunnd on introdutsait un serpent vivant dans sa ca~e. Les piquants de la queue sont très différents de ceux du corps; ils xont courts. creux, minces comme des ptumes d'oie; leur extrémite est

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MOYKNS D'EXPRESSIOO

m .:''

coupée transversalement etouverte; ilssontattaol.es par un pédicule long, délié, élasttquc. Lorcque l'animal secoue rapidement sa queue, ces piquants sW-choquenl en produi-sant un son continu particulier. J'ai été témoin de ce fait en F***'**"** »«^^tv 11 e~tpossibte, mesew.ble-t.ildee comprendre comment le porc-épic a été muni, grâce A une modification de ses piquants protecteurs, de cet apparell sonore tout pariiculier. C'est en effet un an!mat nocturne; or si, dans l'obscurité de la nuit, il vient & flairer ou & entendre un ennemi qui rôde autour de Jui, n'est-ce pas pour lui un précieux avantage de pouvoir lui indiquer A qui il a affaire, et l'avertir qu'ie est armé de formidables piquants? .1 peut ainsi éviterune attaque. Je puis ajouter qu'il a si bien conscience de la puissance de ses armes, que, lorsqu'on l'irrite. il charge à reculons, ses piquants hérissés, quoique toujours inclinés en arrière.

Fn grand nombre d'oiseaux produisent pendant la saison des amours des sons variés, à l'aide de plumes offrant une disposition spéciale. Lorsqu'on la provoque, la cigogne fait entendre un claquement bruyant de son bec. Certains serpents produisent un bruit de frottement ou de raclemen.. Heaucoup d'insectes bourdonnent en frottant les unes contre les autres des pariies spécialement modifiées de leur tégument corné. Ce bourdonnement est en général employé comme un appel ou un moyen de séduction d'un sexe à l'autre: mais il sert aussi à exprimer des émotions différente. Tous ceux qui ont étudié les abeilles savent que leur bourdonnement change de caractère lorsqu'elles sont irritées, ce qui peut mettre en garde contre le danger d'être piqué. Certains auteurs ont tellement insisté sur les organes respiratoires et vocaux considérés comme moyens spéciaux

8. J'ai donne quelques détaill sur ce sujet dans ma tendance * n»mm, trad. franc, par Moulum, tome l, p. 360413.

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MIIKK US ANIMAUX,                                   H»

d'expression, que j'ai cru devoir faire ce* quelques observations pour montrer que des sons produits pur d'autres mécanismes servent égalemt bien au même objet.

Jmm des amndicescutané8. - Il n'est peut-ôtre pas de mouvement expressif qui soit aussi généra! que le^hérissement involontaire des poils, des plumés et des autres appendices cutanés; ii est en effet commun & trois des grandes classes de vertébrés. Cee appendices se hérissent sous l'inf(uenco de la colère ou de la terreur, et plus spécialement lorsque ces émotions s'associent ou succèdent rapidement lune & l'autre. Cette action sert d'ailleurs à donner a l'animal une apparence plus imposante et plus terrible en présence de ses ennemis ou de ses rivaux; elle est généralement ac compagnée pur divers mouvements volontaires tondant au même objet, et par l'émission de sons sauvages. M. Bartlett, qui a acquis une si parfaite connaissance des animaux de toute espèce, ne doute nullement de la vérité de cette interprétation; mais une tout autre question est desavoir si la propriété de ce genre d'érection a été primitivement acquise pour ce but spécial.

Je commencerai par rappeler les faits, en nombre considérable, qui montrent combien ce phénomène est général chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles; ce qui concerne l'homme sera réservé pour un chapitre ultérieur.

M. Stitton, l'intelligent gardien du Jardin zoologique, ayant observé avec soin, sur ma demande, le chimpanzé et l'orang, a constaté que le poil de ces animaux se hérisse toutes les fois qu'ils sont effrayés bru^uement, comme par un coup de tonnerre, ou irrité!, par des taquineries par exemple. 4 ai vu moi-même un chimpanzé qu'alarmatt l'aspect inso-Hte d'un charbonnier au visage noirci : tout son poil était hérissé; il faisait de petits mouvements en avant, comme pouf fondro sur cet homme, sans aucune intention d'en rien

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lOîi                            ;4fO.YKR» ll'KXI»ItK88l&X

faire, maisd ditais «og gardiend dan» l'espoit eF l'effrayer/ D'après MF Ford », lorsque Je gorille est nh fui-eur, « il dresso ae crêtdop poilett la projettena avants sen narine? sd dilatents «a lèvr! inférieure s'abaisse. En mômt tempH ip pousse s?h !»u^einec çarac^risi                                      |e ^ je

frappef see ennemid de terreur ... Chez le babouin Annbis, j'ai ut h'borripihthsee produire, soul l'influencdo! la colère, depuis lc cou jusqu'aul lombes, main nos suhtc croupe m sul le< autres partied du corps. Ayanp placé nj jour un serpene empaille danlae cagd des singes, ee vis ep poil ee hérisser instantanémens suunn grand nombre d'individus appartenant a diverses espèces; aa queue surtout était ee siège du phénomène, et j'en fis particulièrement aa remarque sur le Cenopithecw nicUtam. Brchm a constate '» que !e Midas mdipm (qui appartient ù la famllle dss singes .nié. rieains) érige sa crinière lorsqu'on ''agace, « pour se donner, ajoute cet observateu,, un aspect aussi efrrayant que possible ».

.Cl» la carnivores, le hérissement de* poils paraiê être nn caractère A peu près universel; il s'accompagne souvent de mouvements menaçants : l'animal montre les dense et pousse des grondenenss sauvages. J'at observé ce hérisse-ment chez l'ichneumon, sur tout le corps, ta queue corn-prise. Chai l'hy~nc et !e protèlc, la crète dorsate se dresse-diune manière remarquable. Le lion en fureur hérisse sa crinière. Tout le monde a vu le poil se hérisser, chez le chien, sur le cou et le dos; chez le chat, sur ie corps entier et particulièrement sur la queue. Dans cette dernière espèce. ta frayeur seule paratt donner licu à ce phénomène; chez le chien, il est provoqué par la colère et par la frayeur; mais non pourtant, d'après mes observations, par cette sorte de crainte

0. Cité par Hu^dans son ouvrage !nt)tul) JMfe» «, to Man's

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ÔN.M.LM ANIMAUX.

servUc qu'il lessent, par exemple, .a moment toùu garde-chasss iirité év lui idministrer rne eorrection; ;ependant si ranimai manifeste quelque velléité édd résistancee - cc qui iarrve quelquefois, -son noil lseérisse. D'après sne ee-,wmv«J»% J>i m™* vérifié ltaustesse, la circonssance la plu. savombleïrhorripikion, chez le chien, est *et état intermédiaire à la aolère et A l'effroi, dans lequel il se erouvee pat exempte, lorsqu'il observe un objet qu'il nn distinguc qu''mparfaitement aa milieu deestnèbres.

Un vétérinaire m'a affirmé avoir vu souvent tl poil se hé-risser chea zes chevaux xetes bœufs qui avaient déjà subi des opérattons et sut lesquellsi allait en pratiquer de nouvelless Ayant montté un serpent empaiilé à un pécarii je vii son poii se dresser d'une manière surprenante le long de son échine; pareil faii s'observe chez le vermt lorsqu'il est mis en fureur. Aux États-Unis, un élan porta un jour un coup de corne mortel & un homme; d'après la relation d< cet épisode, ii brandit d'abord ses undouillers, en bramant avec rage et frappant le soi de ses pieds; ensuite on vit ,. son poii se hérissef»., enfin il se précipita en avant pour attaquer «. Pareille horripitation se produit euez les chèvres; et, d'aprèsce que j'ai entendu rapporter par M. Blytht chez certaines antilopes des Indes. J'ai constaté le même phénomène chc* le fourmilier velu, et chez l'agouti, un rongeur. Une chauve-souris femelle, qui élevait ses petits dans unf cage, « hérissait sa fourrure le long de son dos, quand on regardait dans la cage, et mordait avec fureur les doigts qu'on lui présentait «...

Les oiseaux appartenant a toutes les grosses espèces érigent leurs plumes lorsqu'ils sont irrités ou effrayés. Tout le monde a vu deux coqs, des leur plusj'une âge, se préparer à fondre

H. M. J. Calon, Académie ta.*»» nature d'Ottawa, mai t*K, *3Ma-S«ie*««^«lrI«*- yvater, 1*7. p.aï. 12. LandandWnter,i0iumai «807, p. 630.

,„

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101                               MOYKNH iVEXPitBSSION

''un sur l'autre, le cou hérissél l'érection de couplâmes n'est cependant pas pour eux un moyen de défense~ car ''expo rience à prouve aux amateur» de combats de co~s qu'il est avantageux do les couper. Le Jfefato pugua, maie drosse - »"«*»» --M»****™***VM. se ha* Quand un chien approche dune poule commune accompagnée de ses poussins, elle étend ses alles, relève sa queue, hérssse toutes ses

Ki«. l& — poule protégeant sea |inusg!n« contre un cliien.

plumes, et, se donnant une mine aussi féroce que possible, die se précipite sur t'importun. La queue nc~pfenJ pas ton-jours cxnctement la même position; elle est quelquefois si hérissée que ïes ptumes centrales touchent presque le dos, comme dans le dessin ci-joint. Un cygne irrité dresse «le même ses ailes et sa queue, et hérkse ses ptumes; it ouvre le hec. et fait en nageant de petits bonds agressifs vers ceux qui approchent de trop près le hord de Tenu. Certains oiseaux

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CHKX I.B8 ANIMAUX.                                        MA

des tropiques, torsqu'on va !es déranger sur teuss nid,, ne s'envolent pas, «lit-on, mass « se contentent de hérisser teuss piumss en poussant des cris~» ». La chouette (strte flam-mea), lorsqu'on l'approche, <enfle instantanément son plumage, étead;te» ailes et la, queue, siffle, et; fajlchiquer spn hec avec force et rapidité'4 ». D'autres espèces de hiboux

Wj%<?'

Vig. il. — Cygne repousitaiK uu impo> D'après nature, par M. Wood.

font de méme, D'après les informations que nYa^eurnles M. Jenner Weir, te faucon erige aussi ses ptumes et ~tale ses ailes et sa queue dans des circonatauces semblab!es. Quelques espèces de perroquets hérissent leurs plumes; j'ai vu agir de mcmc un casoar, effraya par la vue d'un fourmilier.

13. MM»*****; M,ml. ltt, IMI.p. 180. !4. Surte Strixflammeti, voir Audubon, Ornilhnlotjiaû Btograufiy,iffli, vol. Il, p. 407. - Jai observé d'autres cas semblables au Jardin Zool«-

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lOfi                               MOYEN» D'XNI'RBSSION

lacunes coucous, dans leur nid, hérissent leurs plumes, ouvrent largement leur hec, et se rendent aussi effrayants que

^Ce'tos petits niscaitv, m'a rapporté M. Weir, tels c,uo dt-v«repinsohW

rissent toutes leurs plumes, on seulement celles du cou, ou bien ils étalent leurs ailes et les plumes de leur queue. Uans cet état, ils se lancent les uns contre tes antres, le bec ouvert et avec une attitude menaçante. SI. Weir conclut de sa grande expérience que le hérissement des plumes est provoqué beaucoup plus par la colère que par la frayeur. Il cite comme exempte un chardonneret métis, de l'humeur !a ptus irascible, qui, approché de trop près par un domestique, prenait instantanément l'apparence d'une boule de plumes hérissées. H pense que, en thèse générale, les oiseaux, sous l'influence de la frayeur, resserrent au contraire étroitement toutes leurs piumes; la diminution de volume qui en résulte est souvent étonnante. Aussitôt revenus de leur crainte ou de leur surprise, la première chose qu'ils font est de secouer leur plu-mage. C'est chez la caille et chez certains perroquets » que I. Weir a trouvé les meilleurs exemplesde ce rapprochement des plumes et de cette diminution apparente du corps sous l'action de la frayeur. Cette habitude se comprend chez ces oiseaux, parce qu'ilsontété accoutumés, en face d'un danger, soit à se blottir sur le sol, soit A demeurer immobiles sur une branche, pour éviter d'être découverts. Assurément il est possible que la colère soit ta cause principale et la plus commune du hérissement des plumes; cependant il est probable que les jeunes coucous, lorsqu'on les regarde dans leur nid.

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.-«ItRftLBB ANIMAUX.                                  107

moierque, dans les'combats de coqs, Je hérissement des plames de la tête, c\m l'un des champions, est regardé depuis longtemps comm~ un signe avéré de couardise.

Les mâles de quelques sauriens, lorsqu'ils se battent en-^roblepen^^^^

ryngien et érigent leur crête dorsale >«. Toutefois le docteur Gtmther ne pense pas qu'ils puissent dresser isolément Lui» épines on ecaitles.

Les exemples que nous venons de citer montrent combien le hérissement des appendices cutanés, sous l'influence de hi colère et de la frayeur, est général chex les vertèbres des deux premières classes, et mémo chez certains reptiles. U mécanisme de ce phénomène nous a été revélé par une découverte intéressante due a M. Kôlliker, celle des petits nuis-cles lisses, involontaires, qui s'attachent aux follicules des poils, des plumes, etc., et qu'on désigne souvent sous te nom de musclesameiorespili ". Par ta contraction de ces muscles, les poils peuvent se redresser instantanément, comme nous te voyons chezlc chien, en même temps qu'ils sont un peu attirés hors do leurs follicules; immédiatement apr~s ils s'abaissent. Le nombre de ces petits muscles existant sur le corps entier d'un quadrupède velu est véritablement prodigieux. Hans certains cas. on voit s'ajouter a leur action celle des fibres striées et volontaires du panicute charnu sous-jaccnt: par exemple, chez l'homme, quand les cheveux se hérissent sur sa tète. C'est aussi parla contraction de cette dernière couche musculaire que le hérisson dresse ses piquants. Il

Anolis et d'un Dnieo, 17. Ces muKk» «on. décril. d.» tes ouvragee bien «mm, de Kôi-

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m                        MOYENS 1VÉXPRBS8JÔN

résulte en outre tiss recherches de teydig « et d'autre* obset^ vateurs qMe des fibres striées se portent do ce paniouien quelques-uns des poils le» plus grands, par exemele aux vi-brissesde certains quadrupèdes. U contraction des arrêtions pili ïie se 'roduit pas se«l«mcnfrsôns IHntloenee «1*8 «mo*ion» que nous avons indiquées, mais aussi par l'effet du refroidis-sement. Je me rappelle avoir observé, le matin d'une nuit glaciale passée au sommet de la Cofdillere, que mes mulets et mes chiens, amenés d'une station inférieure et plus chaude, avaient le poil aussi hérissé, sur toute la surface du corps. qu'il peut l'être sous l'action de la plus profonde terreu.. Nous constatons le même phénomène dans la chair de poule, qui se produtt chex nous pendant le frisson précurseur d'un accès de fièvre. N. Listera remarque "que le chatouillement provoque aussi le redressement des poils dans les parties voi-sines du tégument.

Desfaitsqui précèdent, il resuite évidemment quelehéris. sement des appendices cutanés est un acte rélleve, indépendant de la volonté; lorsqu'il se produit sous l'influencc de la colèrc ou de la frayeur, il faut le considérer, non comme une faculté acquise dans un but utile, mais comme un phénomène accessoire, résultant au moins en grande partie de l'action directe du scnsorium impressionné. On peutle comparer, à cet égard, A la sueur abondante que provoquent l'excès de souffrance ou la terreur. 11 est cependant remarquable de voir avec quelle facilité il se manifeste souvent par l'effet de la plus légère excitation ; c'est ainsi que se hérisse le poil de deux chiens qui vont se jeter l'un sur l'autre en jouan.. Nous avons vu d'autre part. par un grand nombre d'exemples pris dans des classes très différentes, que l'érection des poils ou des plumes s'accompagne presque toujours de mouvements

19. QuarlerlyJounialofiiicroscopkalSdeim, \m, vol. I,,». 262.

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OIIKZ LES MA~MAi;X.                                   100

volontaires variés:l'animal prend une attitude menaçante, il ouvre labouche et montre les dents; chc* les oiseaux, les ailes et la queue s'étaient ; enfin des sons sauvages sont articulés; or il est impossible de méconnaître le but de ces mouvements volontaires; aussi sembla peu croyable que le hérissa. ment des appendices cutanés, qui se produit en m&me temps et par lequel l'animal s'entle etse donne une apparence plus formidable en face de ses ennemis ou de ses rivaux, ne soit qu'un phénomène entièrement accidente!, un résultat sans objet de la perturbaiion du sensorium. Il serait presque aussi vraisemblable de considérer comme autant d'actes sans but le hérissement des piquants du hérisson, ou celui des épines du porc-ëpic, ou bien encore le redressement des plumes qui ornent divers oiseaux, pendant leurs amours.

Mais ici surgit une sérieuse difficulté. Comment la contraction des arrectom pili, muscles lisses et involontaires, a-t-elle pu s'associer A celle de muscles vo!ontaires variés pour un même objet spécial? S'il était possible d'admettre que les arreclôres ont été primitivement des muscles volontaires, et ont depuis perdu leurs striespour cesser d'être soumis à l'empire de la volonté, la question se trouveratt singulièrement simplifiée. Mais il n'existe, que je sache, aucune preuve eu faveur d'une pareille manière de voir. On peut croire cependant que la transformation inverse n'auratt pas présenté de bien grandes difhcultés, puisque les muscles volontaires existent & l'état lisse dans les embryons des animaux les plus éle-vés et dans les larves de certains crustacés. On sait aussi. d'après Leydig*, que dans les couches les plus profondes du derme, chez certains oiseaux adultes, le réseau musculaire est dans une sorte de condition intermédiaire : les fibres n'ont que quelques rudiments de stries transversales.

Voici une autre explication qui me parait acceptable. On

iO.MuchderHMologie.Ml,s.**.

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ol»                               HiJYEXS DEXl'HKSSION

peus supposer qu'ad débuts soul l'influence de la ragett de la terreurJ Je* anectom pili oné été mil légèrement en action, d'une manière directe, palap perturbation ds système nerveux, exactement comme ils le sont chez nous dam la chair

«* *&* **** »» ««^«'*-W «xc1tât»d^ > rage et de la teneur s'étant produitef fréquemment, pen-d»nt unl longue sutte de ~énératuon»c cet effet direct de la perturbation du système nerveux sul les appendices dermiques a dû presque certainemens s'augmenter par l'habitude et pal la tendance qu'l la force nerveuse à passef facllement par les voies qui lui sont habttuelles. Cette opinion sul le 'Aie attribué a la force de ~habttude sera bientôt coniirmée pat l'étude des phénomènes que présentent les aiiéné;; nous verrons en effet, dlans un chapitre suivan,, que chez eux limprcssionnabilité du système pileux devient excessive, par suite de la fréquence de leurs accès de fureur ou de terreu.. Une foif cette propriété de l'horripitation ainsi accrue ou fortifiée, F'animat malc a dû voir souvent ses rivaux furieux ériger leurs poits ou Je»,* plumes, et augmenter ainsi le volume de leur corps. 11 est probable qu'alors il a eu lui-même Je désir de se faire paraître plus gros et plus tormidable pour ses ennemis, tout en prenant volontairement une attitude menaçante et poussant des cris sauvages ; au bout · «l'un certain temps, cette attttude et ces cris sont devenus instinctifs par l'effet de t'habitude. C'est ainsi que les actes accomplis par la contraction des musctes volontaires ont pu se combiner, pour un même but spécial, avec des actes effectués par des musctes involontaires, Il est même possible qu'un animal soumisà «me excitation, et plus ou moins conscient de la modification survenue dans l'état de son systètne pileux, puisse agir sur celui-ci par un exercice répété de son attention et de sa volonté; nous avons en effet des raisons «le croire que la volonté est susceptible d'influencer d'une manièrc mysiérieuse l'action de certains muscles lisses ou

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C1IBZ LRS A~tMAIS                        111.."

involontaires ; je citerai comme exemple les mouvements pé-ristaltiques de l'intestin et la contraction de la vessie. N'oublions pas non plus le rôle qu'ont déjouer la variation et la sélection naturelle : les mâles qui ont réussi A se donner l'tp-.9mn^^kBUÊd*49Jto*L.to leursriyuuic ou dolours autres ennemis, ont du laisser en moyennc un plus grand nombre de descendants, héritiets de leurs qualités caractéris-tiques, anciennes ou nouvellement acquises.

6onflement du corps, et autres moyens de produire la m«* dm mennemi- Certains amphibies et certains reptiles, (ui ne possèdent ni épines & herisser, ni muscles pour produire ce mouvement. enflent leur corps en inspirant de l'air, sous nnfluence de la crainte ou de la colère. C'est là un phénomène parfaitement connu chez tes crapauds et les grenouilles. Qui ne se rappelle !a chétive pécore mise en scène par Ésope dans sa fable intitulée le Bœuf et la Grenouille, et qui, par envie et vanité, s'cnfla si bien qn'elle creva? t/obscrvatÏo«, de ce fait doit remonter a lépoque la plus reculée, puisque, d'u-près M. Honslcigh Wcdgwodd », le mot crapaud exprimc, du» plusieurs des langues de i'Europee l'habitude de se gonflor. Otto particularite a été conslatée chez certain.» es-pèces exotiques, au jardin zootogique; le docteur tionther pense qu'elle est géncral, dans tout ce groupe. Kn nous lais-sant guider par l'analogie, nous admettrons que le but primitif de ce gonflement a été probablement df donner au corps un aspect aussi imposant et aussi t<rrible que possible, en face d'un ennemi. Toutefois il en résulte encore un autre avantage. plus important peut-être : lorsqu'une ~renouille <st prise par un serpent, son principal ennemi, élle sWtc dune manière prodigieuse; et. d'après le docteur (înn)ber, si le serpent est de petite taille, il ne peut engloutir la

V.lMtoMryorEnglishEtymolm,p.m.

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.1» '-'                 MOYÇN8 DEPRESSION

^nouille, qui échappe «in.si u«danger d'être dévoré*: Les caméléonett qullqueau«ires sauriens s'enflent ausii lorsqu'ils sont rrrités. Je citerai, par exemple, ee Tapaya ft«fW. <*P^<1«» habitl l'Orégon. Elle est lente dans ses mouvements, H elle ne .nord pas;iMfeelle * nue «pp«*me» ,,,: féroce : « lorsque cea animal est rrrité, ls s'élance d'ua air menaçans sut tout objet placé devanluui ; en môme tempill ouvre largemenl la gueule, il siffle avec force, enfin il enfle son corps et manifeste sa colère par divers autres signss «. Plusieurs espèces de serpents se gouttent do mAmc sous l'influencc de la colore. Le Clotho arUlans est particulièrement remarquable à ce point de vue; seulement je crois, a la sutte d'une observation atteniive de cet anima,, qu'il n'agtt pas ainsi avec le dessein d'augmenter son volume apparen,, mais simplement dans le but d'inspirer une provision d'air considérable, qui lui permette de produrre son sifflement bruyan,, aigu et protongé. Le Cobra de çapello, irrité, se gonfle tin pen et siffle doucement; mais en même temps il lève la tête, et, au moyen de ses longues côtes antérieures, il dllate la peau de ebaque côté de son cou, de manière A former une sorte de disque large et aplati, désigné sous le nom de capuchon. Il prend aloi*, avec sa gueule largement ouverte, un aspect effrayan.. L'avantage qui en résulte pour lui doit évidemment être considérable pour compenser Ja diminution sensible que cette dilatation fait éprouver A la rapidité, très grande encore, il estvrai.de ses mouvements, lorsqu'il s'élance sur un ennemi ou sur une proie; c'est ainsi qu'un morceau de bois large et mince ne peut fendre l'air aussi vivement qu'un petit bâton cylindrique. Un serpent inoffensif de l'Inde, le Troptdonotm macrop/uhalmus, dilate son cou de la même manière lorsqu'il est irrité, ce qui

22. Voir la relation des ,«,*„« de cet animal par te docteur (îooper, lêe dans mture, 27 avriN87f, p. 612.

citée

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0IIB8 Mt» ANIMAUX.                          JI3

le fait prendre souvent pour son compatriote, le terrible .cohm»; cette ressemblance constitue peut-être une sauvegarde pour lui. Une autre espèce inoffensive, le Dmypellis de l'Afrique méridionale, se gonfle, distend son cou, siffle et se lanee surl-imporhin qui )l dérange^. Iteaucoup d'antres serpents sifflent dans des circonstauces semblables. Us dardent aussi leur tangue et l'agitent avec rapidité, ce qui peut encore contribuer à leur donner une apparence formidable.

Outre le sifflementt certains serpeuts possèdent des moyens de produire des sons particuliers. J'ai remarqué, il y a déjà plusieurs années, dans l'Amérique du Sud, que lorsqu'on troublait un Trigonocephalm venimeux, il agitait vivement l'extrémité de sa queue, qui, frappant sur l'herbe cl les petites branchcs sèches, produisait un bruit vif et rapide. entendu distinctement A ia distance de six pieds*. VEchU catinala de i'tnde~ espèce féroce cl dont lu piqûre est mortelle, produit « un son particutier, étrange, prolongé, presque un sifflement », par un mécanisme tout différent, c'est-à-dire « en frottant les replis de sou corps les uns contre les autres >„ tandis que Ja tète reste & peu pr~s immobile. Les écailles latérales, et celles-là seulement, sont fortement convexes, et leur sniltie médiane est dentelée comme nnescie; lorsque l'animal enroulé frotte ses replis, ces dents frottent les unes contre les autra*. Happelons enfin l'exemple bien connu du serpent & sonnette. Celui (fui s'est borné h secouer la sonnette d'un serpent mort ne peut se faire une idée juste du son produit par l'animal vivant. D'apr6s le professeur

23. uoctcurf,«n»l,Cr,^/«Vc., <f MHrt Mfc, p. M. 24. M. J. Maiwcl Weaîc, toiture, 27 avril 1871, p. Ô08.

nette.

20. Voii la relation du docteur Andersen, Pm. ZooL M*, .8711

x

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114                        ÎIOYBSN DKXPRKSSIOX

Bholer, ce son no peut se distinguer de celui que produit le môle d'une grande cigale (insecee homoptorc) qui liabite le Bémapays». Au Jardin soologique, j'«i été froppé delà ressemblance des son» émis par le serpent a sonnette et pat le <tùlkoùtiitnm, doré qnWH provoquai en mènrt temps; et, bien que le brutt produit par le crotale fût plus retentissant et plus aigu que le sifllement du Ctotho, j'avais peine. & quelques mètres de dislance, à les distinguer l'un de la»-trc. Or, quelee que sott ta signification du bruit produit dans l'une de ces espèces, je ne puis guère douter qu!il no serve au même but dans ta seconde; et je conclus des mouvements menaçants exécutés en m«>me temps par beaucopp de serpents, que leur sifflement, le brutt de la sonnette du crotale et de la queue du trigonocéphalc, le rudement des écallles de l'éohii. et la dilatation du capuchon du cobra, servent tous au même objet, c'est-a-dire a les faire paraître formidables a leurs ennemss *

27. America» MuraUst, janvier <872, p. 32. - ~e regrette de ne fou' voir partager l'opinion du professeur Shatar. et croire comme lui que la sonnette du crotale s'est développée par l'effet de la sélection naturelle, dans Je but de produire des sons destinés & tromper les oiseaux, &les attirer et à en faire ta proie de ce reptile. Sans vouloir nier que ces sons puissent parfois serviràcet usage, je crois plus probable la conclusion &

ment de la sonnette, le professeur Shale-r est à peu près d'accord avec

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.'OMS Mi* ANIMÀUX.                                  IIS

On pourrait supposer que les serpents venimeux, tels que ceux que nous venons de nommer, qui possèdent dans leurs crochets un instrument de défense si redontable, ne doivent pas être exposés à des attaques, et qu'ils n'ont par consé-?qu«ntauoMnbeHûiii damoyons.propres A provoquer k crainte chez leurs ennemis. 11 n'en est Hen cependant, et, dans tous les pays du monde, on voit ces reptiles servir eux-mêmes de proie A un très ~rand nombre d'animaux. C'est un fait bien connu qu'aux États-Unis on emploie, pour purger les districts infestés de serpents à sonnette, des porcs, qui s'acquittent pafaiteraent de cette bcsogn<''. En Angleterre, le hérisson attaque et dévore !a vipère. J'ai entendu dire au docteur Jcrdon que, dans l'Inde, plusieurs espèces de faucons et un mammifère au moins, l'ichneumon, tuent tes cobras et d'autres serpents venimeux *; il en est de même dans le sud de l'Afrique. 11 est donc permis do croire que les sons ou les signes de tout genre, par lesquels tes espèces venimeuses peuvent se reconnaître immédiatement pour redoutables, leur sont au moins aussi utiles qu'aux espèces inoffensives, qui seraient incapables, si elles étaient attaquées, de faire aucun mal réel.

Puisque l'histoire des serpents m'a déjà entraîné à d'aussi longs développements, je ne puis résister a la tentation d'ajouter queues remarques sur le mécanisme qui aprobablement présidé au dévcloppement de la sonnette du crotale.

proie, en paralysant ou, «ra .. le dit ^«efof, « fanant des

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flO                               MOYENS M'KXPBRBHOR

Uivers animaux, certains sauriens en particulier, reptient leur queue ou ragttent vivement, lorsqu'ils «I provoqua : c'est ce qu'on observe chez un grand nombre d'espèces de serpents*. On voit au Jardin zootogique «oe espèce inoffensive, te~ormdte Sayii qui fait tournoyer m qneue «rapidement que celle-ci devient presque invisible. Le trigonocéphale, dont j'ai déjà parlé, a ta même habitude; l'extrémité do sa queue est un peu renflée. Chez le Zachem, qui est si rapproche du crotale que Linné les a placés dans le même genre, la queue, pointue, se termine par une écaille unique, grande, en forme de lancette. Or, d'après les observations du professeur Shaler, chez certains serpents, « la peau se détache pins difficilement sur ta région caudale que sur les autresparties du corps ». Supposons dfs lors que, chez quelque ancienne espèce américaine, la queue élurgie ait d'abord porté une seule grande ecaille; supposons qu'A l'époque de ta mue, cette écaille n ait pu se détacher et soit restée définitivement fixée au corps do t'animal ; à chaque nouvelle période du développement du rcptile, une nouvelle écaille, plus grande «lue ta précédente, se sera formée au-dessus d'elle, et aura pu de même rester adhérente. Voiià le point de départ du développement d'unn sonnette, dont l'emploi sera habituel, si l'espace avait coutume, comme tant d'autres, «l'agtter sa ..«eue en prince d'une provocation. tt est difficile de mettre en doute que la sonnette ne se soit ensuite développée spécialement pour servir d'instrument sonore; car tes vertèbres

». Le professeur Cope a cM »» nombre trfs censidérable d'espècess dan* son travail Method of Création ofOrganic Types, lu devant the ~mt-rien .HM. Socle js décembre IWI. p. M. -Le professeur Cope «i lu menu avis que moi sur l'emploi des mouvements et des sons produit» ,>ar les serpents. J'ai touché logement cette question dans la dcrmere édition de mon Oriym rfo* espèces. Depuis l'impression des pages ci dessus, j'ai cu l& satisfaction de voir que Mi. Ilenderson attribuait aussi à la .«nette .e même usage, qui est « L prévenii une«*...<»*«* «m StHnlto, mai tm, p. m.)

ï

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0H«1 LES SSimVK

ollcs-mèmes do l'exttémiié de eluueue ont tépouvé dee modii ficationsdans leur rorme et tseont toudée» ensemble. Divers appareils d'ailleurs, aussi bien que la sonnette du crotale, -les écaiiles latérales chez lléchis. le» sôtes scrvicales chea le eobfa, le corps tout .ntierchez le clbtho,.- ont pu éprouver certaines modifications tendant a produire liappréhension «< l'effroi chez un ennemii Ne voyons-nous pas chez un oiseau, le bizarre secrétaire (gvpo~eranm), ,réconomic tout entière spécialement adaptée à la chasse aux serpente, sans qu'il en résulte aucun danger pour lui? II est cxtrêmement probable, d'après ce que nous avons déjà vu, que cet oiseau hérisse ses plumes quand ii se précipite sur un serpent; ii est certain que, au moment on llichneumon fond sur un reptile, il redresse te poil de tout son corps et en particulier celui de sa queue~. On sait de mémo que certains porcs-épics, irrités ou alarmés par l'aspect d'un serpent, agitent rapidement leur queue, produisant ainsi un son particulier qui résulte du choc de leurs piquants tubulaires. Ainsi !'assaillant et l'assailli cherchent tous les deux A m rendre l'un pour l'autre aussi étants que possible; chacun d'eux possède & cet effet des moyens spéciaux, qui, chose singulière, se trouvent être parfois presque identiques. Knftn on voit que si, parmi les » pents, les individus privilégiés qui étaient le plus capables d'effrayer leurs ennemis ont échappé le plus facilement à la mort; si d'autre part, parmi ces ennemis, ceux-là ont survécu en plus grand nombre qui étaient le mieux doués pour leur dangereuse kite contre les serpents venimeux; les variations utiles qui ont pu se produire de part et d'autre, a ce point de vue, ont du se perpétuer et se développer parmi les descendais des individus le plus heureusement constitues.

Renversemen~ des oreilles en nrrière. - Chez, un grand

a2.M.ctcaVo..«X./^.W..S0C.,«87»t,>.3.

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MOYENS D'fcXPRKSSÏON

nombre d'animaux, Us mouvements des oreilles constituent un moyen expressif d'une grande valeur; dans certaines espèces, par exemple chez l'homme, chez les singes supérieurs et chez beaucoup de ruminants, ««soignes n'ont au «ontratm^^

légers déplacements suffisent souvent pour accuser de la ma-nière la plus évidente des états d'esprit différents, ainsi qu'on l'observe journellement chez le chien. Nous ne nous occuperons pour le moment que de ce mouvement spécial par lequel les oreilles se renversent complètement en arrière et s'appliquent contre la surface de la tête. Ce mouvement indique des dispositions hostiles, mais seulement dans le cas où il s'agit d'animaux qui combattent à coups de dent; il s'explique alors naturellement par la préoccupation qu'ont ces animaux, dans une bataille, de garantir ces appendices si exposés et d'empêcher leur adversaire de les saisir. L'influence de l'habitude et de l'association leur fait ensuite exécuter le même mouvement toutes les fois qu'ils sont hargneux, mêmc ,1 un faible degré, ou qu'ils veulent s'en donner l'air en jouant. Pour se convaincre que cette explication est bien l'expression de la realité, il suffit de considérer la relation qui existe, chez un très grand nombre d'espèces animales, entre cette rétraciion des omîtes et la manière de combattre.

Tous les carnivores combattent avec les dents canines, et tous aussi, au moins dans les limites des observations que j'ai pu faire, renver^t leurs oreilles pour exprimer des dispositions hostiles. C'est ce qu'on peut voir tous les jours chez les dogues, lorsqu'ils se battent entre eux sérieusement, et chez les petits chiens, quand ils luttent pour s'amuser. Ce mouvement est bien distinct de l'abaissement des oreilles accompagné d'un léger renversement en arrière, que l'on observe sur un chien joyeux et caressé par son mattre. On peut le constater encore chez les petits chats quand ils luttent

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.                             GIIRX -bKft ANIMAUX.                                 tlO

dans seurs teux, ,ussi iien nue eh»-ta shats sdultes, lors-qq'ils sont réellement d'humeur farouche. (Voyez zi-dessusu ils. il, ,p M.) On le eait; bien que protégée» eftïcacement jus-qu'A un certain point tar ra position qu'elles prennent alors, les «reille» nosortent pas toujours saine» et tauves de la bataille, ot tlon voit souvent tïm les vieux xhats des déchirures plus ou moins profondes, traces de leur* belliqueuses riva-Mes. Dans ses ménageries, cc même mouvement est très sccuss cibles ttgres, ,es léopards. etc., lbraqu'ils s'accroupissent en grondant sur llur pâture. Le lynx possède dos oreilles d'une longueur remarquable; si Ton approche un deees animaux dans sa cage, il les rétracte avec énergie, d'une manière qui est expressive au plus haut degré de ses dispositions hostiles. Un pioque, VOlaria pusilla, qui a d<'rès petites oreilles, ,es renverse de même es arriére quand ii s'élance avec colère aux jambes do son gardien.

Lorsque les chevaux luttent entre eux, ils mordent avec les incisivcs et frappent avec les jambes de devant, beaucoup plus qu'ils ne ruent des jambes de derrière. Ces observattons ont été faites sur des étatons échappés ; ceta résulte d'ailleurs d'une manière évidente de la nature des btessures qu'ils se font tes uns aux autres. Tout ie monde connaît t'air vicieux que donne A un cheval ce renversement des oreilles, qui est parfaitement distinct du mouvement par lequel il prête attention à «n bruit produit derrière lui. Si un cheval de mauvais caractère, ptacé dans su stalle d'écurie, a des dispositions A ruer, ses oreilles se rétractent, par habitude, bien qu'il n'ait pas l'intention ou le pouvoir de mordre. Voyez au contfaire un chevat qui s'étancc en plein champ ou qui reçoit un coup de fouet: il lance vigoureusement ses deux jambes de derrière, mais en général il ne renverse pas ses oreilles. car il n'est pas alors en colèrc. Les guanacos se battent a outrance avec leurs dents : ces batailles doivent même être fréquentes, car j'ai trouvé souvent des déchirures profondes

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HO                              MOYKNS «'^PRESSION                         <

dnns le cuir de ceux que j'ai tués en t'atagonie. Les chameaux font de même. Or, dans ces deux espèces, tes oreilles se reu-versent encore fortement en arrière, ensigne d'hostilité. J'ai remarqué que les guanacos rétractent aussi leurs oreilles lorsqu'tts nW pa, Hnteniion demordre, mais seulemcnt d~ lancer de loin leur salive sur l'agresseur dont la présence les irrite. L'hippopotame lui-même renverse ses petites oreilles, exactement comme le cheval, quand il s'avance menaçant1 la gueule largement ouverte, sur un animal de son espèce. Quel contraste entre les animaux précédents et les bœufs, les moutons, les chèvres, qui n'usent jamais de leurs dents pour combattre, et ne rétractent jamais leurs oreilles sous l'influence de la colère ! Si pacifiques que paraissent les mou-tons et les chèvres, leurs mâles se livrent quelquefois des hatailles acharnées. Les cerfs constituent une famille très voisine des précédentes; ne sachant pas qu'ils combattissent jamais avec tes dents, j ai été un jour surpris do trouver dans un récit du major lloss King les détails suivants sur l'élan d'Amérique, qu'il a observé au Canada : .< Lorsqu'il arrive A deux maies de se rencontrer, dit-il, ils se précipitent l'un sur l'autre avec une fureur eflrayante, en renversant les oreilles et en grinçant des dents®. » J'ai appris depuis par M. Kartlett que certaines espèces de cerfs se buttent avec fureur A coups de dent, en sorte que le renversement des oreilles de l'élan est encore une confirmation de la regte génerale. Plusieurs espèces de kangurous, conservées au Jardin zootogique, combattent en égratignan, avec les pieds de de-vant et ruant avec les pattes de derrière: jamais ils ne se mordent les uns les autres, et jamais leurs gardiens ne les ont vus renverser leurs oreilles lorsqu'ils étaient irrités. Les lapins se battent surtout à coups de pied et A coups de griffe, maisils se mordent aussi mutuellement jeconnais un exemple

:::.. m Sportsman a,ul mtwalM in Comda, 1860, ,p. i».

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cilKÎ! 'LIS ANIMAUX.                                121

dans llqueelua ddeux emporta d'un ccop de dent th moitié de laquelue de eon adveesaire. Au début de la lutte, il» senversent tlurs «milless mais ensuite, lorsqu'ils se précipitent les uns sur ies nuirai ee se ffappent à coups de pied, ils les g»wlentroc^^

M. Barllett a été témorn duun combat acharné entre un sanglier et sa femelle; liun et llautre avaient la gueule ouverte et les oreilles renversées' Cependant ii ne paraît pas que cette attitude soii hahituelle aux cochons domestiques dam leurs querelles. Les sangliers combattent en frappant d~ bus en haut avec leurs défenses; M. Bartlett doute qu'ils renversent jamais leurs oreilles. Les étéphants, qui luttent aussi avec leurs défenses, ne rétractent pas ces appendices, mais au contraire les dressent, en se précipitant les uns sur les autres ou sur un ennemi d'espèce étrangère.

Les rhinocéros du Jardin zoologique se battent avec leur corne nasale; on ne les a jamais vus essayer de se mordrt' mutuellement. si ce n'eut en jouant; et leurs gardiens affirment qu'ils ne renversent jamais leurs oreilles, & la manière des chevaux ou des chiens, pour manifester des dispositions hostiles. Aussi ne puis-je m'expï.quer comment Sir S. Baker, racontant qu'un rhinocéros, tué par lui, avait perdu ses «rcille», ajoute : « Bile, avaient été emportées d'un coup do dent, dans une hataille, par un autre anima! de la même espèce; cette mutilation n'est d'ailleurs pas rue*. »

Pour terminer, un mot sur l« singes. Quelques espèces. qui pondent des orcilles mohiles <t qui se buttent à coups cl, dent, par exemple le CercapUlmw ruber, renversent leurs orci!tes, exactement comme la, chiens, lorsqu'its sont irrités : ils prennent alors un aspect remarquablemen' farouche. Chez d'autres, tels quo Nmii» ecaudatw, on ne voit rien dcsemblable. D'autres enfin, - et c'est la une anoma!ic singuti~rc.

M. The mie Tribut*** of Abpsinia, «807, p. 449.

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m MOYENS OHXPUK8SION0HKrUSSN.MAUX.

- rétractent les oreilles, montrent tes dents et font entendre tm grognement de satisfaction, lorsqu'on les caresse. JV» fait cette observation sur deux ou trois espèces de macaques, et sur le Cynopilhecus niger. A coup sur, si nous n'étions pré-vdiïu, il Dous ^raît difficile, étiirit donnée thalle quf nous Mvons do la physionomie des chiens, de rcconnaîtrc dans tes caractè'es précédents t'cxprcssion de h, joi< ou du ptaisir.

Hedrewment des onUks. - Nous avons peu de chose à dife sur cf mouvement. Tout animal qui peut mouvoir librement ses oreilles les dirige, iomrn'U est effraye ou qu'il .garde attentivement un objet, vers cet objet lui-même, afin de saisir tout son qui pourrait en provenir. En même temps il retèvo génératement la tète; tous ses organes sensormux sont alors eu éveil; certnias auimaux de petite tnille se dressent même sur leurs pattes de derrière. Les espèces elles-memes qui sWupisscnt sur le sol ou qui fuient immédiatement devant le danger prennent en genéral l'attitude précédente, au premier moment. dans le but de découvrir ta source et la nature du péril qui les menace. La tète relevée, les oreilles dm*** et le regard dirigé en avant donnent à un animal quelconque une expression d'attention profonde qu'il est impossible de méconnattre.

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CUAKUM .,

KXI'JIKSSIONS SPÉCIALES l»ES

ANIMAUX.

M„uvo»C,H» expr^Ih d.vcr» eh*. I. «ta» - CM. - CM. - »«*»*. -Singe. - ^pressions de joie o» d'affeclloii, de «Him-ance, do colère, d'éUmuo-ment cl de lerreur «bu ces animaux.

Chien. - J'au déjà dëctit l'aspect d'un chien qui en approehc un autre avec do» intentions hostiles (fig. 5 et 7); les oreilles se dressant, le regard se dirige fixement en avant, le poil se hérisse sur le cou et le dos, l'allure est remarquable- ' ment raidc, la queue est levée en l'air et rectiligne. De ces divers caractères, deux seulement, la raideur de l'allure et le redressement de ta queue, demandent encore quelques développements. Sir Ch. Bell fait remarquer' que, lorsqu'un tigre ou un loup, frappé par son gardien, entre subitement , en fureur, « tous les musclcs sont tendus et les membres sont dans une attitude de contraction forcée : t'animat est prêt A bondir ... Cette tension des muscles et la raideur de l'attitude qui en rcsutte peuvent s'expliquer par le principe de l'association des habitudes: en effet, la colère a toujours poussé a des efl'orts furieux et parconséquent & une mise en action violente de tous les muscles du corps. Or il existe des raisons de supposer que le système musculaire exige en qnelque sorte une rapide préparation, un certain degré d'innervation, avant de pouvoir produire une action énergique. Mes propres sensations contirment pour moi cette hypothèse, qui cependant

l.TheA»atomyofE*l«-mioH,<m,V.m.

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EXFUMIOHl'sPKCULKl.

n'est pas, que je sache, admise par les physiologistes. Tout,-fois Sir J. l»uget m'apprend que, lorsque les muscles se con-tracte.it brusquement avec une très grande force, sans aucune préparation, ils sont susceptibles de se rompre; c'est ce qn'o», obsfrvc quelquefois chez ùh îomme qWV fait «unïiux paa et glisse dune façon inattendue; une pareille rupture se produit très rarement. au contraire, quand lacte musculaire. quelque violent qu'il puisse être, est accompli depropos délibéré et sous l'influence <e la volonté.

Quant A la position relevée de la queue, elle semble dé-pendre d'un excès de puissance des muscles élévateurs sur les muscles abaissent; excès qui aurait naturellement poureffet de placer cet organe dans la situation verticale, lorsque tous les muscles de la partie postérieure du corps sont contmetas. Je ne puis toutefois affirmer que cette explication soit l'expression de lu vérité. Un ebien joyeux, trottant devant son maître avec une allure gaie et alerte, porte généralement la queue en l'air, mais avec beaucoup moins de raideur que lo^qu'ilest irrité. Cn chova! qu'on lance pour la première fois en plein champ trotte gracieusement et A longues enjambées, en levantlatêteet laqueue. Les vaches clles-mcmcs, lorsqu'elles gambadent av<c satisfaction, lèvent leur queue d'une manière grotesque. On peut faire la même observation, au Jardin xoologiquc, sur divers animaux. Toutefois, dans certains cas, la position de la queue est déterminée par des circonstances spéciales: par exemple, aussitôt qu'un cheval prend le grand galop, il abaisse invariablement sa queue, de manière à présenter à la résistance de l'air aussi peu de prise que possible.

Lorsqu'un chie» est sur le point de s'élancer sur un ennemi, il pousse un grognement sauvage; ses oreilles se renversent complètement en arrière, et sa lèvre supérieure se rétracte pour laisser agir les dents et spécialement les canines (fi~. IV). Ces mêmes mouvements peuvent s'observer aussi chez les

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Cl!

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dogues es lel petitschiens quand Us jouent ensemblel Cependant sis aa milieu du jeu, l'animalsc met sérieusement en co-lere,son expression change immédiatement; cequilientsimple-mtnt à ce que les lèvres et les oreilles se rétractent avec beau-

Fip. 14. — Tèl« «l'un i bien (|iil groiwle.

coup plus d'énergie. Si un chien grogne contre un autre, sn lèvre L rétractc ~énéralemcnt d'à. seul coté, celui qui regarde son ennemii

.rai decrit dans le chapitre I! lesmoMvcmenis d'un chien qui manifcste son affection pour son mnltre (fi,. C cl 8). bt tête et le corps entier s nbaissent et se contourncnt en mouvementsflexueux; la queue est étendue et se balance d un côté à 1 autre. Les ofeilles sont abaissées et «n peu portées en

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i«                         IXHBSHOM SOCIALES.

arrière, attitude qui force les paupières A s'allonger et médifia l'apparence de la face tout entière. Les lèvres sont relâchées et pendantes; 1» pnit reste tisse. Tousees mouvements et ces attitudes peuveut s'expliquer, je crois, par le principe de t'àntitbèse: -mr «« «>»t en oppesHion, complète,avec eeux qu'exécute naturellement un chien irrité, c'est-à-dire soumis à un état d'esprit priment inverse.

Lorsqu'un homme parle simptemcnt & son chien ou qu it lui donne une marquc d'attention, on voit tes derniers vestiges de ces mouvements dans le balancement de la queue, qui persiste seul et ne s'accompagne même pas de l'abaissement des oreilles. Le ehîen manifeste encore son affection en se frottant contre son maître; le même sentiment te porte A désirer aussi !e frottement ou les tapes amicales de la

'"cmtiolet rend compte des manifestations affectueuses quf nous venons d'indiquer de la manière suivante; le lecteur jugera par iui-mème de la valeur de ces explications, fartant des animaux en général, y compris le chien : « C'est toujours, dit-il, la partie la plus sensible de leur corps qui recherche les caressesou les donne. Lorsque toute la longueur des flaocs et du corps est sensible, l'animal serpente et rampe sous les caresses; et, ces ondulations se propageant le long des muscles analogues des segments jusqu'aux extrémités de la colonne vprtébrale, la queue se ploie et s'agite~. ,. Plus loin, il ajoute tl«e le chien, dans l'expression de son affection. abaisse ses oreilles, afin d'éliminer toute perception sonore, et de concentrer son attention entière sur les caresses de son mattrc!

Les chiens ont encore une manière tr~s remarquable de manifester leur affection pour leur maître: elle consiste à lui lécher les mains oh le visage, Ils se lâchent aussi quelque-

2.|)«!«P/.r<OHom<V,(8or,p.2tH.

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mues.                                 <

fois entre eux, ,etoujours su,- rl museauu.'ai ivugalemenn des shien» stcher des shats avec cesquels ils sivaient ee bonne intelllgence. Ce ssgne expressif dérive eann doutt de l'habitude qu'ont le» semelles de 'ourlécher U»» petits, - le plus chep objet de leur aafection, . dans ll but dd les nettoyer. Souvent aussi on les soit donner à leur progéniture, après une courte absence, quelques coups de !angue rapides, qui paraissent simplement destinés a exprimer leur tendresse. Celte habitude a du s'associer ainsi avec toute émotion affectueuse d'une origine quellonque. Aujourd'hui elle est si iortement acquise par hérédité ou innée, qu'elle se transmet également aux deux sexes. Dernièrement on tua chez moi ies petits d'une femelle de chien terrier, que je possède, et qui s'est toujours montrée très affectueuse; j'ai été très frappe, en cette circonstance, de la manière dont elle essaya de satisfaire son amour maternel lnstinctif, en le reportant sur moi! son désir de me lécher les mains était passé à llétat de passion

insatiable.

Le même principe exptiqae probablement pourquoi les chiens, pour exprimer leur affection. aiment A se frotter contre leurs maîtrcs et & être frottés ou tapés amicalement par eux; en effet, pendant l'allaitement de leurs petits, le contact avec un objet aimé s'est associé fortement dans leur esprit avec les émotions affectueuses.

L'affection qu'éprouve le chien pour son mattre se mélange d*un sentiment profond de soumission, qui tient un peu de la crainte. Aussi certains chiens ne se bornent pas a abaisser leurs oreilles et A s'aplatir un peu en approchant leurs maîtres, mais s'allongent sur le sol, le ventre en l'air. C'est là un mouvement aussi opposé que. possible A toute démonstration de résistance. J'ai possède jadis un gros chien qui ne redoutait nullement de se mesurer avec des adversaires de son espèce; cependant il y avait dans le voisinage un chien de berger, sorte de chien-loup, d'humeur pacifique et beaucoup

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m-                       OXP11R88J0N8 iMCWtBfc -

moins fort, qui avait sur lui une étrange influent Lomjue le hasard les. mettait en présence, mon chien avait coutume de courir «V sa rencontre, la queue entre les jambes et le poil lisse; puis il s'allongeait à terre, le ventre onl'air. Il semblait ninsi direplnseiairementquepar^utdweours : « Tfco&t je suis ton esclave.»

Certains chiens expriment dune manière très particulière «.««disposition d'esprit agréable~ gaie, en même temps qu'affectueuse : je veux dire par une sorte de rictus. Somervillc avait fait cette remarque, il y a déjà longtemps :

La Chasse, liv. f.

Le tameux iévrter écossais do Waller Scott, Maïda, avait cette habitude, qui est du reste communechez les terriers. Je Tai constatée aussi chez un roquet et chez un chien de berger. M. Hivière, qui a porté tout particulièrement son attention sur cette expression, m'apprend quelle se manifeste rarement dune manière complète, mais très communément au con-traire.Aun faibledegré. La lèvre supérieure se rétracte alors, comme pour le grognement, de sorte que les canines se découvrent; en même temps les oreilles se portent en arrière : toutefois l'aspect général de l'animal indique clairement qu'il n'est pas irrité. < Le chien, dit Sir C. Bell, pour exprimer la tendresse, renverse légèrement les lèvres; il grimace et reni-Ile, en gambadant, d'une manière qui ressemble au rire~. « Certaines personnes considèrent en eflet celle grimace comme-un sourire; mais si c'était réellement un sourire, nous verrions ce même mouvement des lèvres et des oreilles se repro-

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chibn.                                 m

duire d'une manière plus accusée encore quand ranimnl pou** des aboiements do joie : or it n'en est rien; on voit sou-leroent l'aboiement de joie et la grimace en question se succé' der fréquemment. D'autre part, les chiens, lorsqu'ils jouent mvMmmmm™ sou.avec leurs maîtres, ont presse toujours l'air de vouloir mordre, et alors ils rétractent, peu energiqticmcnt il est vrai, leurs lèvres et leurs oreilles. Aussi cxiste-t-il, je crois, chex certains chiens, lorsqu'ils éprouvent un vif plaisir en même temps qu'un sentiment affectueux, une tendance à agir sur les mêmes muscles, par l'effet de l'habitude et de l'association, comme s'ils voulaient encore mordiller quelque compagnon de jeu ou les mains de leurs mattres.

J'ai décrit, dnns le chapitre H, l'attitude et la physionomie du chien lorsqu'il est joyeux, et l'opposition bien marquée qu'elles présentent quand il est abattu et désappointé : dans ce dernier cas il abaisse la tête. les oreilles, le corps, In queue, la mâchoire; son regard devient terne. S'il attend au contraire un grand plaisir, il bondit et gambade d'une manière extravagante, tout en aboyant de joie. La tendance à. aboyer, danscetétatd'espriUétéacquise par hérédité; elle est entrée dans le sang. On sait que les lévriers aboient rarement; observez au contraire un roquet que son maître va mener & la promenade : ses aboiements continuels deviennent fatigants.

Une vivo douleur se manifeste chez le chien A peu près comme chez la plupart des animaux, c'cst-a-dire par des hurlements, des contorsions et des mouvements convulsiis du corps entier.

L'attention est exprimée par l'élévation de la tctc, le redressement des oreilles, le regard dirigé fixement sur l'objet ou le point qui la provoque. S'il s'agit d'un bruit dont

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KXPKBSSIOSS SPÉCIALES.

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l'origine est inconnue, 011 voit souvent le chten tourneÏ lu tête obliquement de droite A gauch,, de la manière la plu» significative, probablement pour jugrr plus exactement de quel coté vient ce bruit. J'ai vu un chien, vivement surpris détendre «n«on nouveau pourri, tourner atoslk tôte, pa* l'cffetde l'habitude, bien qu'il en perçût clairement la source. J'ai déjà fait remarqurr qu'un chien, dont l'atteniion est éveil-lée d'une manière quelconqu,, qui guette quelque obje,, ou qui prêle l'orellle à quelque hruit, lève souvent une patte (fig. ~) et la tient repliée, comme s'il voulait se préparer A approcher lentement et avec précauiion.

Sous rinlluence d'une terreur extrême, le chien se roule à terre, hurle et laisse échapper ses excrétions; je ne pense pas que son poil se hérisse jamais dans ces circonstances, a moins qu'il ne ressente en même temps de la colère «V un degré plus ou moins marqué, J'ai vu un chien terrifié A l'ouïe dune musique bruyanee exécutée par uue troupe de musiciens hors de la maison : tous les muscles de son corps trem. blaient: son cœur palpitait avec une telle rapidité qu'on pouvait difficilement compter tes battements; sa respiration était haletante, et il ouvrait largement la gueule. Ces symptômes sont aussi ceux qui caractérisent la terreur chez l'homme. Itien entendu, ce chien n'avait fait aucun exercice; il était en train de se promener paisiblement et avec lenteur dans la chambre : j'ajouterai que le temps était

La frayeur, même A un très faible degré, se manifeste invu-riablement par la position de lu queue, qui se cache entre les jambes. En mem< temps les oreilles se portent en arrière, mais sans s'appliquer exactement contre la tête, et sans s'abaisser, mouvements qui s< produisent, le premier quand le chien grogne, le second quand il est joyeux ou qu'il veut

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Clt.EN.                                          131

témoigncr son affection. Lorsque deux jeunes chiens se pou,-suivent en jouant, celui qui fuit devant IWm ««,.,h toujorn^

su

sa-

» queue entre ses jambes. La même attitude est prise par le chien qui, au comble de la joif, tournoie comme un fou autour de son maître, en décrivant des circonférences ou des huit (e chiffre; it agit alors connue s'il était poursuivi par „„ autre chien. Cette façon singulière de jouer, bien connue de tous ceux qui ont observe cet animal, est particuli~rement fréquente torsqu'il & été nn peu s)rpri! ou effrayé, par exemple quand son maître se jette brusquemcnt sur lui dans lohs-curite. Dans cp cas. aussi bien que lorsque deux jeunes chiens se poursuivent Tun l'autre en jouant, il sembto que le poursuivi craigne d'être saisi par lu queue; cependant, que je sache, ces animaux ne se saisissent que très rarement les uns les autres de cette manière. Un amateur, qui avait gardé des chiens courants toute sa vie, m'u aftirmé n'avoir jamais vu un chien saisir un renard par la queue; cette observation < été confirmée par d'autres chasseurs expérimentés, Il semb!e que le chien poursuivi, ou ci» danger d'être frappe par derrière, ou exposé a la chute d'un objet quelconque, veuille retrrer aussi rapidement que possible tout son arrière-train ; et que par suite de quelque sympathie ou de que!que con-nexion entre les muscles, la queue se retire alors complètement en dedans et se cache entre les jambes.

Un mouvement analogue, intéressant & la fois l'nrrièrc-train et la queue, peut se constater chez l'hyène. D'après les observaiions de M. Hartictt, lorsque deux de ces animaux se battent ensemble, chacun d'eux a parfaitement conscience de la puissance de la mâchoire de son adversaire: aussi sont-ils pleins de défiance et de précaution, Us savent bien que si l'une de leurs jambes était prise, t'es serait immédiatement bfoyé en morceaux; c'est pourquoi ils s'approchen,, les genoux fléchis, les jambes repliées autant que possible en de-dans, et le corps entier courbé, de manière à ne présenter

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m                        RXPRMS8ION8 SPÉCULES.

aucun point saillant; en même temps la queue se dissimule complètement entre les jambes. Dans cette attitude, ils s'abordent par côté, et même un peu par derrière. Diverses espèces de cerfe, dans leurs batailles, cachent aussi leur queue de ta même maniée Qnand un cheval essayer jouant de mordre l'arriére-train d'un autre cheval, quand un gamin brutal frappe un baudet par derrière, on voit encore html, postérieur et la queue de l'animal se porter en bas ot en dedans; mais ce mouvement ne paraît pas avoir simplement pour but de mettre la queue a l'abri de toute lésion. Nous avons parlé plus haut du mouvement inverse : lorsqu'un animal trotte allègrement A longues enjambées, sa queue est presque toujours élevée en

"Comme on la vu, un chien poursuivi et fuyant dirige ses oreilles en arrière; mais il les maintient ouvertes, évidem-ment dans le but d'entendre les pas de celui qui le suit. Par l'effet de l'habitude, les oreilles prennent souvent la même position, en même temps que la queue se cache ent,* les jambes, alors môme que le danger est manifestement en face. J'ai souvent remarqué, cbez, un terrier craintif que je possède, que, lorsqu'il est effrayé par quelque objet placé devant lui, dont il connait parfaitement la nature et qu'il n'a pas besoin de rcconnaîtrc, il garde cependant pendant longtemps la queue et les oreilles dans cette situation, montrant un ma-laise évident. La contrariété, sans frayeur, s'exprime de la même manière; ainsi, je sortais un jour précisément au moment où ce même chien savait qu'on allait lui donner a manger; je ne l'appelai pas; cependant il avait envie de mWompagner, mais en même temps il désirait son dîner; il restait immobile, regardant tantôt en avant, tantôt en arrière, la queue entre les jambes et les oreilles basses, présentant une apparence d'indécision et de contrariété sur laquelle il était impossible de se méprendre.

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CCIEN.                                                «33

fresque tous ses mouvements sécrits d-demusont tinés ou instinctifs; car ils sont tommuns s &ous les individus, jeunes ou vieux, ,deoutes le» sspèces s iilaut txcepter la grimace riante qui exprime ltaoie. La alupart de ces mou-vmw^wui,èSûmmt communs aux parents aborigènes du chien, c'est-à-dire au loup eetauhacal, ,e quelques-uns à ddautres espèces du mémo groupe, Les loups setes shacal! apprivoisés, lorsqu'on les caresse, sautent de joie, remuent la queue, abaissent les oreilless lèchent les mains de leur maître, s'accroupissent, et même so roulent sur le sol, le ventre en l'air*. J'ai vu un chacal d'Afrique, originaire du . Uboo. et resssmblant heaucoup a un renard, abaisser les oreilles quand on le caressait. Le loup et le chacal efffayés dissimulent certainement leur queue entre leurs jambes. J'ai entendu raconter qu'un chacal apprivoisé tournait autour de son maître en décrivant des cercles et des huit de chiffre, tout comme un chien, et en cachant sa queue delà mômo

m^nT prétendu » que le renard, même apprivoisé, n'exécute jamais aucun des mouvements expressifs dont il vient d'être question; cependant cela n'est pas rigoureusement vrai. J'ai observé, il y a déjà plusieurs années, au Jardin Zoologique, un renard anglais très privé qui, caresse par son gardien, remuait la queue, abaissait lesoreilles, puis se roulait sur le sot le Tante» eu l'air: J'ai publié ce fait A cette époque. Le renard noir de l'Amérique septentrionale abaisse aussi ses oreilles à un faible degré. Maii je crois que les re-

4. C.ucldcnstâdt donne diverr détail! sur ce sujet dans son travaii sur le chacal INov.Comm. Acad. See lmp. Pètrop., 1775, t.XX.p. 1W).— Voyez ZZ », «tt* «.«ta. «r le, allure» e. I. jeu. de ce. «.tari *m

5. Lan< «»<l tV.lm, 0 noï. 18».

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334                            EXtMlESSIOKS SPÉCIALES

nuvds et lèchent .jamais les mains do leura maîtres, et je me suiasssuré qu'ilnec cachent pal leur queus soul l'influence dl lu crainte. Sl l'oa admet l'explication que j'ai donnee de l'expression des sentiments affectueux chez, le chien, ll semble q»m de» animaux qun n'ont jamais pajwé-A lïétat dd domestication. - c'est-a-dirlel loup, le chatal et même le renard, - ont néanmoins acquis, eu vertu nu principe de l'antithèse, certaine gestes expressifs; nefffet, il n'est pas probable quc ces animaux, cmprisonnés dans leurs cages, aient pu apprendre ce* gestes en imitant des chien,.

Chat. _ J'ii déàà décrii la manière d'être d'un chat qui est rrrité, sans fraveur (fig! «). Ils'accroupit er rampe sur le .sol; quelquefois il avanee sa patte de devan,, en faisant saillir ses griffes, pour êt'e prêt A frappe.. La ~ueue est étendue, et elle ondule ou frappe vivement d'un cAtë à ''autre. Le poll ne se hérisse pas; c'est du moins ce que j'ai vu dans les quelques cas que j'ui ou ''occasion d'observer. L'animal renverse fortement les oreilles en arrière et montre les dents, pn poussant df sourds grondements. Pou'quoi l'attitude d'un chat qui se préparai se battre avec un aurre chat, ou qui rat violemment irrité d'une manière quelconque, diffère t-cllesi complètement de celle que prend le chien dans des circonstances semblables? Un peut le comprendre en se rappetant que le chat frappe avec les pattes de devant, ce qui rend la position accroupie commode ou même nécessaire. H a aussi, beaucoup plus que le chien, l'habttude de se mettre en embuscade pouf tomber brusquement sur sa proie. Quant aux mouvements de ta queue, i! est impossible de leur assi~ner «rie cause avec quetque certitude. lls se retrouvent chez beaucoup d'autres espèces; chez, le puma par excmple, au moment ou il sf dispose a s'élancer"; on ne les observe pas

6. Asnra, <»***,*, »„w ,*<>., 1.1,p. ,36.

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aa contraire chez, lu chien, nnihez 1. eenard, d'après les observations faite» sar M. Saint-John nur ru renard aux aguets st saisissant uu lièvre. .ous avons déjà vvuue certaines sspèces sdeaurions st cliverserpents sgitent rapide-me^lle^^                                                  semble

qu'il le prodnis^ sous rinttuence ddune excitation wrgu^ ù„ iirésistible besoin nd mouvement t'.une nature quelconque, besoin nd à alaurabondance dd force nerveuse émanée du sensorium; «Ion la au«ie, qui reste libre ct dont les mouvements nneroublent toint l'attitude gé6érale dduorps, ss balance ou fouette l'air ddeôté ét d'autree

Lorsqu'un chat veut témoigner son affection, tous ses mou-vementssont en complète antithèse aveeceuv que nous venons de décrire, I11a tient droit sur ses pattes, le dos légèrement arqué, la queue élevéé verttcalementt les oreilles dresséess en même temps ii frotte son museau ou ses flancs contre sot maître ou sa mattresse. Ce désir de se frotter contre quelque chose est si intense ohc. les chats, qu'on les voii souvent se frotter contre les pieds des chaises ou des tables, ou contre les chambrantes des portes. Ceete manière d'exprimer l'affection dérive probablement, par voie d'association comme chez, le chien, des caresses que prodigue la mère a son petits pendant l'allaitement: peut-être aussi de l'amitié que tes petits cux-mêmes se portent mutuellement et se témoignent dans leurs jeux. J'ai déjà décrit un autre geste, très ditferent, par lequel cet animal exprime le plauar; je veux parter de Ja manière curieuse dont tes chats jeunes, et même vieux, avancent alternativement les pattes de devant en écartant tes doigts, comme s'ils étaient encore suspendus a la mamelle maternelle. Cette habitude est si analogue a celle de se frotter contre quelque chose, qu elles doivent dériver, aussi bien l'une que l'autre, d'actes accomplis pendant la période de l'allaitement. Pourquoi te chat mam-

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m                           expressions -**otA'im*-''':=

fcstct-ilsoa affectioenn sf frottantb beaucoup pluq que le chienb bieq quced derniea aimlec contacd ds son maître? Pourquoi lc chat lèche-t-ir rarement les «nains dc ceuq qu'il aimet tandis que ec chien lf fait continuellementJenep puis ^pond^

fourrure beaucoup plur régulièrement que lc chienceependant ll langue du premiep paraîtrait moinb bien disposée poucee genre et travail qul ll langeb biep plul longuett plus flexible ds second.

Sous l'influenee dl la terreurlee chas se dresse ausii hatt que possiblee en arquant son dos duune manière bien connue et risible. Il crache, souffle ou grogne. Son poll se hérisse sut tout le corps et particulièremens sur la queue. Dans les exemptes que j'ai observés, la queue elle-même se relevait vers sa baset tandss que l'extrémité se portait d'un coté: quequefois (|g. 15) cet appendice se soulève seulement un peu et s'infléchit latéralement presque à partir de sa racine. Les oreilles se portent en arrière; les denss se découvren.. f/»rs-que deux petits chass rouent ensemble, on les vott souvent essayer de s'effrayer mutuellement par ces divers mouvements. Si on se rappelle ce que nous avons vu dans les ch». pitres précédents, tous les caractères cxpressifs ci-dessus peuvent s expliquer, un seul excepté, l'incurvaiion exagérée du dos J'incline a penser que< de même que beaucoup d'oiseaux hérissent leurs plumes et étatent leurs ailes et leur queue pour se faire paraître aussi gros que possible, de même le chat se dresse de toute sa hauteu,, arque son dos, étève souvent la base de sa queue, et hérisse son poil, le tout dans le même but. On dit que le lynx arque aussi son dos lorsqu'il estattaqué; c'est dans cette attitude que Brehro l'a représenté. Cependant les gardiens du Jardin Zoologique n'ont jamais constaté la moindre tendance a prendre cette position chez les félins de grande taille, tigres, lions, etc.,qui

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(OHAT.                                                137

ontt ii est vrai, peu do mottfs pour cire efffayé» p« aucun mitre animaî.

h

a cliat emploie frëquemment 1« voix comme moyen dex-

MV.<&-ciMlHrra*,.r»..cl.im.. &'a,.rcs nature, par M. Wood.

pression; il éme,, sous t'influence d'émotions ou de désirs divers, m. moins six ou sept sons différents. Le ronron de sa-tisfaction, qu'it produit pendant t'inspiration et pendant l'expiration, est un des plus curieux. Le puma, le cheetah et

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m                        KXt'RKSSIOK» SPECIA!E».

l'ocelot font aussi le rouot; h tigrc exprime le plaisir « par un reniflemeat bref tout particulier, accompagné du rappro-chôment des paupières * -. Il paratt que le lion, te jaguar et te léopard ne font pas te rouet.

Cheval. - Lorsqu'il vont .m.nifester dn intentions hostiles, le cheval renverse complètement ses oreillea en arrière, avance sa tèlo et découvre partiellement ses dents incisives, pour ~tre prêt & mordre. S'il a des d!spositions a ruer, t'hnbitude lui fait encore renverser tes oreilles: de plus, ses yeux se tournent en arrière d'une façon particulière". Pour esprimer ]e ptaisir, par exemple quand on place devant lui dans son écurie une pâture convoitée, il lève la tète et h. ramène en arrière; il dresse les oreilles; il suit d'un regard attentif j'ami qu! vient satisfaire son désir; sou-vent il hennit. .1 cxprime l'impatience en frappant le sol du

Pl L'attitude d'un cheval subitement effrayé est expressive au plus haut degré. J'ai vu un jour mon cheval épouvanté par la vue d'un semoir mécanique couvert d'une hache et abandonné en plein champ. 11 leva la tète si haut que son cou devint presque vertical ; c'était évidemment un geste de pure habitude: car, la machine étant ptacée sur un talus inférieur, il ne pouvait servir ni A la lui faire voir plus dis-tinctement, ni a mieux entendre le hruit qu'elle aurait pu produire. Ses yeux et ses oreilles étaient fixement dirigés en avant. A travers la selle. je percevais les battements rapides de son cœur. Il nmifl.it vïolemmcnt, tes narines rouges et dilatées. Enfin, faisant un demi-tour, il serait parti

7. M.*r W*r. «««7, p. «87. . Voir aussi sur le Fam, Arara, «cncedela^piratfoaparlabottchc.

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MUM.NANTH.                                          W

au-grand galop si je ne l'avais maintenu. U ditatation des marines n'a pas pour but de flairer ta source du danger; car, lorsqu'un cheval flaire avec soin un objet, sansfttoem.yé, cette dilatation ne se produit pas. (.race A la présence dune valvuleparUeulièpedmmsa gorge, le cheval qui palptte no respire pas par la bouche ouverte. .nais par tes narines, qui ont du, par conséquent, acquérir un< aptitude d'expansion très marquée. Cette expansion, ..«ri bira que le ronflement .et les palpitations du cœur, sont des actes qui ont dû s'associer fortement, pendant une longue suite de générations, a rémotion de la terreur; car la terreur a poussé habituellement le cheval a l'exercice le plus viotent, pour fuir ventre a terre la cause du danger.

Ruminants. - Les hœuts et les moutons sont remarquables par !a pauvreté des moyens A l'aide desquels ils expriment en général leurs émotions ou leurs sensations; il faut eii excepter cependant t'cxtrcme souffrance. Un taureau furieux ne manifeste sa fureur que par la manière dont il baisse la tcte. en dilatant sesnarines eten beuglant. Quelquefois ainsi il frappe le sol du pied: mais ce mouvement doit être bien différent de celuid'un chevat impatient; car, longue le sol est poudreux, il soulève des tourbillons de poussière. Le taureau se comporte de cette manière, je crois, quand il est harcelé par les mouches, dans le but de les chasser. Les races sauvages de moutons et Jes chamois, lorsqu'ils sont effrayés, frappent du pied et siment par les narines; ils signalent ainsi le danger a leurs camarades. Le hœnf musqué des régions arctiques frappe de même !e sot, en présence d'un ennemi . Quelle est l'origine de ce geste? Je ne puis le deviner; car, d'après tes recherches que j'ai faites, il ne

O.Ma*Wrtr,i8<>0.p.l8I.

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140                     Cessions spécules.

parait pas qu'aucun de ces animaux combatte avel les jambes do devant.

Certaines espèces do cerfs maniant tour colère d'une maniée beaucoup plHscvppessivecïellos bœufst les moutons etlî»r*hftvt«NouS;rvons déjà vit; 'n effet; qn* ce* i»tri-maux rcnversent les oreillss en aprière, grincent des dent*. hérsssent leur poil, poussent des cris, frappent le sol du pied et secouent leurs bois. Un jou,, nu Jardin Xoologiquc, le cerf de Forraosc (Cervw pseudaxis) s'approcha de moi dans une attitude singulière, la tète un peu obiique et le museau levé en Fuir, de manière que ses cornes étaient renverses sur son cou. L'expression do son regard miindiquait évidemment des dispositions hostiles; ll approcha lentement, puis, en ariivani conrre ta grille, au lieu de baisser la tète pour me frapper, il ramassa subttement son cou et vint heurter avec force de ses cornes tes bain-eaxx de fer. M. Bartlett m'apprend que quelques autres espèces de cerfs prennent la même attitude lorsquills sont furieux.

Si,m. - Les singes des diverses espèces et des divers genres exprimens le,,» sentiments de manières très différentes.^ fuit est intéressant, car il touche jusqu'à un certain point à la question de suvoir si les prétendues races humaines doivent être considérées comme des espèces ou comme des variétés; en effet, nous le verrons bientôt, les diverses races humaines expriment leurs émotions et leurs sensations avec une remarquable uniformité sur toute la surface du glohe. Quelques-uns des actes expressifs des singes sont intéressants encore A un autre point de vue, je veux dire parce qu'ils sont exactement analogues à ceux de l'homme. Comme je n'ai eu l'occasion d'étudier aucune espèce du groupe dans toutes les circonstances possibles, les observa-tions éparses que j'ai pu faire seront mieux classées sous le chef des différents états d'esprit.

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SINGKS.                                        M

l'taùir, joitt affection. - Il est impossible de distinguer chez les singes, au moins sans plus d'expérience que je n'en ni, Impression du plaisit ou (e la joie do celle de t'affection. Les jeunes chimpanzés tout entendre une sorte a*ahû4«mentPQUr primer leur joie du retour d'uno personne a laquelle ils sont attachés. Ku produisant ce bruit. quêtes gardiens qualifientdo rire, ils avancent les lèvres. fi» mouvement est du reste commun A l'expression de diverses autres émotions; toutefois, d'api** «» ohservations, la forme des lèvres est un peu différentc, suivant qu'elle exprime le plaisir ou la colère. Lorsqu'on chatouille un jeune chimpanzé (c'est surtout t'aisselle qui est sensible au chatouillement, comme chez les enfants), il articule un son joyeux ou un rire assez caractérisé; c'est cependant quelquefois un rire muet. Les coins de la bouche sont alors tirés en arrière, ce qui plisse parfois un peu les paupières inférieures; toutefois ce plissement des paupières, qui est un trait caractéristique du rire humain, s'observe mieux chez d'autres singes. Les dents de la mâchoire supérieure ne se découvrent pas, ce qui distingue le rire du chimpanzé du nôtre. D'ailleuss ses yeux pétillent et deviennent plus brillants, d'après les observations de M. W. I, Martin, qui a étudié d'une manière toute spéciale J'expression chez les singes «o.

Quand on chatouille un jeune ornng, il fait une grimace riante analogue et il produit un bruit de satisfaction; d'après M. Martin, ses yeux deviennent en même temps plus brillants. Aussitôt que ce rire cesse, on voit passer sur sa face une expression qui, suivant une remarque de M. \Val-lace, peut se comparer & un sourire. J'ai observé quelque chose d'analogue chez le chimpanzé. Le docteur Duchcnnc.

10. mural UMory of Mammalk, f8~,, vot. t, p. 383, HO,

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142                                EXPRESSIONS-WÉCIALBB.

- et Je ne pourrais citer une moUteurc autorité, - m'a raconté qu'il avuit conservé chel lui pendant un nn un singe parlement apprivoisé; Jonque, «i moment du repa,, ll lui donnait quelque friandise, ll voyatt les coins de m bouche M'élever- .M. Jôgèremeat; 4L diluait, alors4rèa naUement , sur la face de cet aniinal une expresiion de satisfaciion ressemblant A une ébauche de sourire, et rappllant celle que l'on observe souvent sur la visage humain.

U CeftHsasar* " émctdc môme un son pariiculier, une sorte de ricanement (en allemand ****), pur exprimer le plaisir qu'il éprouve A revorr une personne aimée. Il exprime aussi des sensations agréables en tirant en arrière les coins desa bouche, sans produire aucun bruit. Kengger qualiiie ce mouvement de rire, mais on pourrait l'appeler plus exactement un sourire. La forme de ta bouche est toute dilFérente dans l'expression de la souffrance ou de la terreu,, qui se maniant en ourre par des cris perçants. Au Jardin Zoologique, on voit une aulre espèce de 6V6«s (C. Aypokucus), qui témoigne sa satisfaction en poussant une note algue, perçante, répétée, et en attirant également en arrière les commissures de ses lèvres, probabeement par ta contraction des mêmes muscles que chez nous. Chez le singe de Barbarie (Inuus ccuudatw), ce mouvement est singulièrement prononcé, et la peau de ta paupière intt-Heure se piisse. Kn méme temps, l'animal remue rapide-ment la mâchoire intérieure ou les lèvres, d'une manière spasmodiquc, et découvre ses dents; mais le bruit qu'i! produit «est guerc plus distinct que celui que nous désignons quelquefois suus le nom de rire muet. A t'époque où je n'avais encore aucune expérience des habitudes de

U.Rengger WMn r* />„,<,„«<,,, .830, s. M; a conserve en

age dessin— '-------—'- ---------------

leur patrie.

cage des singes de celle espèce pendant plusieurs années, au Paraguay, leur »*"">

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, :: ;,.' .                          stKges. " '                                            ,«,-

m animaux, deux de-leun gardien, «n'ayant affirmé un jour que ce bruit A peine percoptible constituait en effet leur manière «le rire, j'exprimai quelque doute à cet égard; ils mirent alors l'uu d'eux en présence d'un singe EnfUi» m rWt dans la même cage, et qu'il détestait; aussitôt l'expression de la lace de Nnum changeacomplètemcntY il ouvrit la bouche beaucoup plus iargcment, découvrit plus complètement ses dents «mines et poussa une sorte d'aboiement rau~ue.

J'ai vu un gardien provoque' d'abord un babouin ,tnu-bis (Cynocéphale atiubis) et t'amener ainsi faci!ement à un état de rage violento, puis faire la paix avec lui et lui tendre la main; au moment de cette reconciliation, le babonin remuait rapidement ses mâchoires et ses lèvres de haut en bas. avec une expression de saiisfaciion marquée. Louque nous rions aux ëclats, nos mâchoires sont agitées d'un mouvement ou d'un tremblement semblable plus ou moins distinct; seulement, chez l'hommc, les muscles de ta poitrine sont plus particulièrement mis en action; ch*. le babouin, au contraire, et chez divers autres singes, c'est sur les muscles des mâchoires et des lèvres que porte ce mouvement spasmodiquc.

J'ai déjà ou l'occasion de faire remarquer là singulière façon dont deux ou trois espèces de macaques et te C>o-pithecus niger expriment la satisfaction que leur causent des caresses, en rétractant leurs oreilles en arrière <t faisant entendre un léger son tout particulier. Chez le Cyno-pitkecm («g. i7). les coins de la bouche sont en mcmc temps tirés en arrière et en haut, de manière à laisser les dents a découvert; si l'on n'était prévenu, il serait difficile de reconnaître dans ces caractères une expression de plaisir. En même temps, l'aigrette de longs poils qui ome le front s'aplatit, et les téguments de !a tête entière passent attires en arrière; aussi les paupières s'élèvent un peu, et le

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lM*'-                   KXFMillSllS SréCIALKS'

regard prend un arr étonné. Les paupièreinnférieures si plissent légèrement; mais ce derniec caractère est peu vï-

B'après nature, par M. Wolf.

*.<i..».*M.«NHé.ie

xprintant sa satisfaction.

.sibje, A cause des rides qui sillonnent <raHsversalemenn lu face dune façon permanente.

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SINGES.                                         m

Émotbm et sensation douloureuses. - l/oxpressioii d'une soaffrancc légère ou de toute émotion pénible, chagrin, contrariété, jalousie, etc., se distique difficilement. chéries singes, de l'expression d'une colère modérée; ces états d'csprïrd'.ulléurs se transtohhcnt altfrièiii et mpidemëh! les uns dans les autres. Cependant. dans certaines espèces, le chagrin se manifeste sans aucun doute par des pleurs. Une femme, propriétaire d'un singe (Macacus maurus ou Jf. inomatus de Cray) suppose originaire de Bornéo, raconta, en le vendant A ta Société Zoologiuuc, qu'it pieu-rait fréquemment; en effet, M. liartlett et le gardien M. Sultonont vu depuis A maintes reprises cet animal verser des larmes abondantes, qui coulaieni sur ses joues, quand il ébût chagrine ou simplement attendri. Ce fait est pourtant assez singulier; car le Jardin Zooto~ique a possédé plus récemment deux autres individus, considérés comme appartenant & la morne espèce, qui ont été soumis A une obser-vallon attentive par leur gardien cl par moi-m*me. lorsqu'ils étaient très affligés et poussaient des cris violents; er on ne les a jamais vus pleurer. IfaprAi Hengjpr». les yeux du Cebus azar< se remplissent de larmes, mais pas assez abondamment pour que celles-ci puissent couler, lorsqu'on l'effraye beaucoup ou qu'on l'empeche de s'emparer d'un objet vivement désiré. Humboldt prétend de même que les yeux du Cellithrix sciureus « se rempldssent instantanément de larmes quand il est saisi de crainle »; cependan,, lon-que, au Jardin Zoologique, on taquinatt ce petit singe, de manière a le faire crier bruyammen,, on n'observait rien de semblable. Je ne veux pourtant pas révoquer en doute le moins du monde l'exactitude de t'affirmation de Humbotdt.

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146                         BXFMMIOMiilrtClALE».

L'apparence d'abattement, chez les orangs et les chim-panzés jeunes, lorsqu'ils sont malades, est aussi manifeste et presque aussi touchante que chex nos enfants. Cet état de llesprit et du corps s'exprime par la nonchalance des mouvements, labattement dd la physionomie, H.ëMde du regard et l'altération du teint.

Colère. . Cette émotton, souvent manifestée par les singes de diverses espèces, s'exprime do plasieurs manières différcntcs. - Certaines espèces, dit M. Martin«, avancent les tèvres, fixent un regard étincelant et farouche sur leur ennemi, font de petits sauts répétés comme pour s'élancer en avant, et émettent un son guttural et étouffé. D'autres manifestent leur colère en s'avançant brusquement, en exécutant des sauts saccadés, en ouvrant la bouche et contractant les livres de manière a cacher les dents, en fixant hardiment les yeux sur leur ennemi, comme pour indiquer une farouche défiance. D'autres enfin, et principalement tes singes à lomme queue ou guenons, montrent les dents ft accompagnent leurs grimaces malicieuses d'un cri aigu, saccade, répété. I M. Sutton confirme le fait que certaines espaces découvrent leurs dents en signe de fureur, tandis que d'autres les cachent en avançant les lèvres. Chez d'anIres, tes oreilles se renversent en arrière. Le Cynopitheem niger, dont il a été déjà question, se comporte de celte manière, en même temps qu'il abaisse l'aigrette de poils qui orne son front et qu'il montre les dents; en sorte que la disposition des traits de sa face est A peu prie la même sous l'influence de la colère et sous l'influence du plaisir, et quil est difficile de distinguer ces deux expressions l'une de l'autre, si l'on n'a pas une grande expérience de la physionomie de cet animal.

U.SaLm.**m~UilWl,»»!.

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SINGES.

Les babouins témoignent souvent leur colère et menacent leurs ennemis d'une manière trss bizaree *: ils ouvrent largement ha bouchte comme pour bailler. M.BartleUavu A plusieurs reprises deux babouins, placés pour la première fois dans la mêmc cage, s'asseoir eu face l'un de l'autre " et ouvrt' alternaiivement la bouch;; cet acte parait d'ail-leurs se terminer fréquemment par un bAillemcnt véritable. M. Bnrtiett pense que les deux animaux veulent ainsi se montrer mntuellement qu'its sont armés de fbrmidables rangôes de dents; cette interprétation est juste, sans aucun donte. Comme j'avass quelque peine & ajouter foi A la réalité de ce mouvemen,, M. Hartlett provoqua un jour en ma présence un vieux babouin et l'amena A un état de fureur extrême; presque immédiatement r'animal se mit à ouvrir Ja bouche. Quelques espèces df macaques et de cercopithèques~'. se comportent de la même manière. Le babouin manifeste également sa colore d'une aurre façon, d'après les observations faites par Brehm sur ceux qu'il a gardés vivants en Abyssinie, je veux dire en frappan' le sol d'une main, « comm~ un homme irrité frappe du poing sur une table placée devant lui ".J'ai constaté en effet ce geste chez. les babouins du Jardin Xoolog'qac; mais il parait souvent avoir plutôt pourbutde chercher une pierre ou quelque autre objet dans leur litière de paille.

M. Sution a souvent observé que la face d'un Maeacu* rhems devenait rouge lorsquiil entrait dans une grande fureur. Au moment même où il me signalait ce fait, un autre singe attaqua un rfiesus, et je vis en effet la face de ce dernier rougir d'une manière aussi manifeste que le visage de l'homme dans un accès de colerf violente. Apres la bataille, la face du singe reprit au bout de quelques minutes sa

JL*^.nn*+ B. ), , 84. - Sur t'attitudc des babouius,

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m                        EXI'RKSSIONS SPÉCULES.

coloration habituelle. Il me sembla quota partie postérieure, glabre, du tronc, qui «si normalement rouge, devenait plus rouge encore en môme temps que la face; cependant je he pourraisl'afiirmer. Ondit ^Jo^uele mandrUleestirrUé d'une manière quelconque, les parties glabres dc m pcau, qui ont des teintes vives, prennent une coloratton encore plus éclatante.

Chez plusieurs espèces de babouins, lu partie inférieure du front dessine au-dessus des yeux un rebord très saillant, orné d'un petit nombre de longs poi!s, qui .«présentent nos sourcils. Ce, animaux re~ardent sans cesse de tous côtés, et relèvent ces sourciis quand Us veulent regarder en haut; c'est ainsi, selon toute apparence. quïlsontdu acquérir l'ha-bitade de les remuer fréquemment. Quoi qu'it en soit, beaucoup d'espèces de singes, et particulièrement les babouins, sous t'influenco de ta colère ou en présence d'une provocation quelconque, agitent km. sourcils rapidement et continueltemcnt de haut en bas en môme temps que le tégument velu de leur front». Comme nous avons pris l'habitude d'as-socier, dans t'espèce humaine, ta position élevée ou abaissée des sourcils avec certains états d'esprit, le mouvement pres-que incessant de ces organes, chez les singes, leur prête une physionomie tout & fait insensée. J'ai eu l'occasion d'observer un individu affligé d'un tic qui lui faisait lever continuellement les soumissans aucune émotion correspondante. ce qui lui donnait l'air d'un imbécile; on pourrait en dire autant de certaines personnes qui ont perpétuellemcnt les coins de ta bouche un peu relevés et attirés en arrière, comme pour ébaucher un sourire, sans éprouver le moindre sentiment de joie ou de gaieté qui justifie une pareille atti-

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Un jeune erang, ,aloux xd l'attention que «on nardien accordait t &unutre singe, découvrit légèrement les dents, nui», ,aisant entendre en cri id mauvaise humeur analogue u son KiUtof, il lui iourna ll doss Sous s'influence d'une «olftre «u pen plusintensc, tes arcwgs ee les chimpanzés avancent tortement les lèvres et émettent un aboiement rau-qne. Un jeune chimpanzé femelle offrait, dans un aacès de violente colère, une resssmblance curieuse avec un enfant dans la même eituation d'esprit; ii poussait dos cris retentissante, ,a bouuhe largement ouverte, les sèvres sétractées et les dentt complètement découvertes; ii lançait ses bras de tous cotés, et les réunissait quelquefois au-dessus de sa tète; ii se roulait à terre, tantôt sur ll dos, tantôt tur le ventre, et mordaii tout ce qui se trouvait -a sa porrée. Un jeune gibbon (Hylobates tyndactylus), dans un accès de colère, se comporta, d'après une relation de H. ftrot». presque exactement de la môme façon.

Les orangs et chimpanzés jeunes avancent les lèvres, quelquefois d'une manière étonnante, dans diverses circonstances. Ils agissent ainsi non seulement lorsqu'ils sont légèrement irrités, maussades ou désappointes, mais aussi quand ils sont effrayés par un objet quelconque, -par exemple, dans un cas particulier, par ta vue d'une tortue 's -et aussi lorsqu'ils sont joyeux. Toutefois, je cro.s que ni le degré de cette projection des lèvres ni la forme de la bouche ne sont exactement identiques dans tous les cas. De plus, les sons émis dans ces diverses circonstances sont très différents. Le dessin ci-joint représente un chimpanzé qu'on avait mis d< mauvaise humeur en lui reprenant une orange qu'on lui avait d'abord offerte. On peut

«0. G. Bennclt, W«*W«p in to» South Wate, rfe.. vot. Il, i834, P'i73W. C. Martin, ff«f. fflst. oftomm. Animal*, ISftl, p. 40S.

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160                         KXPHE8SÏONS SPÉCIALKS.

observer un mouvement des lèvres analogues, bien que moins prononcé, chez les eufanss maussades.

It y M quelqus» années, je ptaçai un jour sur te plancher, an Jardin Zoologique, un mirorr devant deux jeunss orangs qui n'avaient jamais rien vu de pareil; mi -moin~ A

t* I, - C».„„«,»é «p^ cl * mo.,a.*e ......,u,

ma connaissance. Ils commenc~rent par le re~arder avec la surprise la ptns manifeste, en changeant souvent de point de vue. Puis ils s'approchèrent tout près, avancèrent les lèvres vers leur image, comme pour lui donner un baiser, exactement comme ils l'avaient fait l'un pour t'autre, quelques jours auparavant, lorsqu'on les avait réunis pour !a première fois dans la mêmc cage. Ensuite i!s firent toutes sortes de grimaces et se placèrent dans les attitudes les plus variées

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«INGK:                                       !<'

eenace ed miroir; ;ls s'appuyaientsur m aurface eetl frottaient; ils slaçaient leurs mains à diverses sistances serrière lui; ils segardaient dente; eefin nls sarurent presque efffayés, ,e reculèrent tuneu, devinrenn de mauvaise humeur, ee refusèrent te regarder pluslongtenips,

Quand nnus sssayons d'accomplir quulque acte qui de mande peu ud farce, mais qui *t minutieux ee exige de la précision, par exemple d enfiler une .ipuille, en général nous sserons énergiquement les sèvres, dans ll butt je préssmee de ne pas ttoubler ros mouvement~ par notre haleine. 4'ai vu un jeune orang ss comporrer d'une maniire ssmbla-Me. La pauvre petite btte était malade, et saumsait en essayant de tuer sur les carreaux de viires, avec m» doigts. les mouches qui bourdonnaient a l'eutour: t chaque tentative, elle serrait exactement les lèvres et les avançati un

PCLsi la physionomie, et ptus encore l'altitude, sont remarquablement expressives, dans certaines circonstances, ch* ltoran~et le chimpanzé; mais je crois qu'elles le sont plus encore chez d'autres espèces de singes. On peut expliquer cette différence, en partie par l'immobilité des oreilles, chez ces anthropomorphes, nt en partie par la nudité de leurs soumis, dont les mouvements sont ainsi moins apparents. Cependant, lonqa'ib élèvent leurs sourcils, leur front se couvre de rides transversales comme chez nous. Comparée à celle de l'homme, lenr face est inexpressive; ce qui tient principalement a ce qu'aucune émotion ne leur fait froncer le sourcil, autant du moins que j'ai pu l'observer, et c'est un point sur lequel j'ai porté tout particulièrement mon attention. Le froncement des sourcils, qui constitue l'une des particularttés les plus importantes dans l'expression du visage humain, est d& A la contraction des sourcillers, qui abaissent les téguments et les rapprochent de la racine du nez, de manière à pro-

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153                            KXPBBBSIOXS SPÉCIALES.

«luire sur le rront des pli» verticaux. t1 pnnû* qut IV rang tt le chimpanzé psssèdencee muscle Ti.net l'autre; mis ll semble ausii qu'ils le mettent rarement en »c-tien, au moins d'uee manière bien visible. Ayant disposé .......«»^ mains de façonA fermer tme ^Hd d^ ràKe d««î laquelee j'avais enfermé des fruits appétissants, ee laissai l'orang et le chimpanzé faire tous leuss efforts pour s'en empareri ils finirait par prendee un peu de mauvaise humuur, mais je n'observai pat trace de froncement de sourcils. Il n'y en avatt pas non plus lorsqu'ils étaient en fureu.. Deux fois, j'ai fatt passer brusquement deux chimpanzés de ''obscurité 'elative de leur cage à la lumière éclatante du soleil, qui au-rait à coup sûr fait froncel le sourcil à un hommeills ciignotaient; maisune fois seulement je pusobserver un froncement , très ;éger. Dans une autre occasion, je chatouillai le nez d'ui ohlmpanzé avec une pallle, et, comme il contractait son v-sage~ je vis apparaître des rides verticales peu marquée, entre les sourcils. Je n'ai jamass observé de froncement sur le front de l'orang.

Lorsque le ~orille est en fureur, il dresse, dit-on, sa crête dcpoils; il abaisse sa l~vre inférieure, dilatc ses narines et poussedes hurlements épouvantables. D'après MM. Savage et Wjrman', le cuircbevelu peut se mouvoif librement d'arrière en avant, et, sous l'influence de la colère, il « se contracte » fortement; je présume qu'ils veulent dire par cette dernière expression que le cuir chevelu s'abaisse ; car, en parlant du jeune chimpanzé, ils disent aussi que, « lorsqu'il crie, il a tes sourcils fortement contractés ». La grande mobilité du

.8. Voir sur rorang Prof. û™, Proc. Zoo,. So,, ,830, p. «. - Sur

I». ***» **.!*,*,. UisL, Î848477 vol. V, p. 423. . Sur le chimpanzé, .<!., 1843-M, vol. IV, p, 303.

un

ss ,il sur i

ête ! i

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81NCKS.                                       1M

cuir chevelu chez I* gorille, chez plusiours babouins et chez divers autres singes, mérite d'ctre signalée, & cause de la relation de ce phénomène avec la fuculté que pos-sèdent quelques hommes de le mouvoir aussi volontairement; p* m» effct soit de Versionn soit de persis-tance «>.

Êtomement, terreur. - .e fis placer un jour, au Jardin Zoologique, une tortue d'eau douce vivante dans une môme cage avec plusicufs stnges; ils manifcsterent un étonne.nent démesuré, en même temps qu'un peu de frayeur, Ils restaient immobiles, regardant fixement, les yeux largement ouverts, et remuant fréquemment les paupières de haut en bas. Leur visage semblait un peu allongé. De temps en temps ils se soulevaient sur leurs jambes de derrière pour mieux voir. Souvent ils reculaient de quelques pas. puis ils se remettaient à regarder avec attention, <n tournant la tête sur une épaule. Chose curieuse, ils étaient beaucoup moins effrayés de la vue de cette tortue que de celle d'un serpent vivant que j'avais antérieurement placé dans leur cage -'«; car, au bout de quelques minutes, certains d'cntre eux se hasardèrent a s'approcher et & toucher la tortue. Cependant quelques-uns des plus grands babouins étaient terrifiés au plus haut degré, et ils montraient les dents comme s'its eussent été sur le point de pousser des cri, Je fis voir une petite poupée habillée au Cynpithecm niger; il s'arrêta immobile, les yeux largement ouverts et regardant fixement, et les oreilles un peu portées en avant. Mais lorsque la tortue fut placée dans sa cage, ce singe se mit a remuer les lèvres d'une manière singulière, rapide, bruyante, mouvement qui avait pour but, au dire du gardien, d'amadouer ou de charmer ta tortue.

20.VoiiS«rce8,ycU;^^^ vol. !, p. I». 21. td.,vol. I, p. 4t.

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'lM                         EXPRSSSION» Si»JÎCUiB8.

Je n'ai jamais pu observer nettement si, dans 1'expressipn tle Tâtonnemen,, chez le singe, tes sourcils demeurent relevés d'une façon permanente, tandis que jo lésai vus souvent ho mouvoir de haut en bas. Chea l'homm,, l'atteniion, qui précède Monument~ exprime par imé légère étévatxon des sourcils. Le docteur Ducheune m'a raconté que, lorsqu'il } présentait au siugc dont j'ai déjà parlé quelque friandise nouvelle et iuconnuo, cet animal .élevait d'abord un peu ses sourcits et se donnatt ainsi 1 air profoddément attentif; il prenait ensuite t'objet entre ses doigt,, et, les sourcils abaissés ou rec.ilignes, il le grattait, le Unirait, l'examinait: il avait alors une expression réfléchie. l>or moments il renversait un peu la tête en arrière, cl recommençait son examen en levant brusquement les sourcils; cnnin il goûtait.

Les singes n'ouvrent jamais la bouche en signe d'étonne-ment. M. Sutton, qui a observé pour moi pendaut très long- I temps un jeune orang et un chimpanzé, ne tes a jamais vu~ ouvrir ta bouche, alors même qu'ils étaient très étonnes ou s quand ils prêtaient t'oreille a quelque bruit inusité. Ce fait est > curieux; car, clin l'homme, il n'est peut-être pas de caractère expressif plus généra! que la bouche largement ouverte sous , l'impression de ta surprise. Autant que j'ai pu l'observer, le singe respire plus librement que -l'homme par les narines, ce qui peut-être explique ta contradiction précédente; nous , verrons en effet, dans un chapitre suivan,, que l'homme ouvre probablement la bouche, quand il est frappé d'éton- , nonent, d'abord pour réaliser une inspiration profonde, et en second lieu pour respirer avec autant d'aisance que possible.

Un grand nombre d'espèces de singes expriment la terreur en poussant des cris percants; «n même temps les lèvres se retirent en arrière, de manière A mettre les dents A nu. Le poil se hérisse, surtout lorsqu'un peu de colère vient se mêlerai, sentiment précédent. II. Sutton a vu distinctement

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HINGKS.                                        «S

hîac*à*MacacusrhmÊ devenir pale sous sinunonce de la ffayeur. La ffayeur fait égaaement ttembler les ssngess queequefois aussr ils saisssnt ééhapper leurs sxcrétionss J'en ai vu un qui tombaii presque en défaiilance, par excès de terreur, toutes les foi» qu'on le «aisissail.

En présence du nombre considérable de faits que nous avons cités relativement aux cxpressions de divers animaux, il est impossible de partager l'opinion de Sii C. Bell, ,orsqu'iH dit* que « la face des animaux parait principalement capable d'exprimer la colère et la frayeur », et ailleurs, que toute» leurs expressions « peuvent être rapportées, plus ou moins complètement, A leurs actes de votlUon ou à leurs insttncts nécessaires ». Si ilon veut bien observer un chien au moment où il se prépare A attaquer un autre chien ou un homme, et le même animal torsqu'il caresse son mattre; si lon étudie la physionomie d'un singe quand il est agacé et quand il est caressé par son gardien, on sera forcé de reconnaître que les mouvements des traits et les gestes sont presque aussi expressifs chez ces animaux que chez t'homme. Bien que certaines de ces expressions d>« les animaux ne puissent encore recevoir d'explication satisfaisante, cependant le plus grand nombre peut s'expliquer déjà par les trois principes énoncés au commencement du premier chapitre.

n. Amtomy .f Xqwffft», 3* «il., .8-», p. .38, i».

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SjVt^ïrW

CHAPtTME VI.

EXl'HESSIONS SI'fal.UKS DP. L'ilOMMB R SOI'KPIIAXCK KT l'LKUHS.

OU c, pleurs ,.,„, ,,„.«„,. - ^ to ,«„,, . A„a.......e, — *

pleurs. - Citais il'iiiio n'!|irt!Rsioii habituelle île* pleurs. — Sanglot. — Cause ilnla Miiilractlim «les musclesqui cnlourciil I*uil |nrmlant les cris. — Cause <l<< la sécrétion (Ils larmes.

Uans ce chapttre et ceux qui suivron,, je me propose de décria et diexpliquer, - autant que possible, - les expressions que «ni** la physionomie humaine sous l'n-tluenco des divers états de l'esprt.. Jn disposerai mes observations suivant t'ordre qui me paratt le plus togique, c'csU-dire en faisant, d'ute maniëre ~énérale, succéder l'une & l'autre des émotions ou des sensations de caractère opposé.

Souffrance de corps et d'esprit ;pleurs. -J'ai déjà décrit, avec des détails suffisants, dans le chapitre ,„, comme si-gnes d'une souffrance extrême, les cris ou gémissemens,, les convulsions du corps entier, le resserrement des mâchoires ou le grincement des dents. Ces signes sont souvent accompagnés ou suivis par une sueur abondante, de la pâleur, du tremblement, une prostration complète. ta perte de connaissance. Nulle souffrance n'est plus grande que celle qui naît d'une crainte ou d'une horreur portées à leur dernière limite; mais, dans ce cas, une émotion sp~ciate et distincte entre en jeu, et nous aurons & y revenir. La souffrance pro-

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FtEURS.                                        »M

longée, surtout celle de llesprit, se transforme en «battement, tristesse, accablement, désespoiir ces divers états feront l! sujet du chapitre suivant. Pour le moment, je m'occuperai A peu près exclusivement des pleurs et des cris, en particu-

.....ïièychciroftihnfr' -—- ..... --*.......*..-

Lorsqu'il est soumis A un< douleur même légère, A une faim modérée, à on» simple contrariété, le petit enfant pousse des cris violents et prolongés. Pendant ce temps, ses yeux se fermant énergiquement et s'entourent de plis; son front se ride ; son sourcit se fronce. U bouche s'ouvre largement, et tes lèvres se rétractent dune manière parttculière, qui donne A cet orificc une forme < peu près quadrangnlaire ; les gen-cives ou les dents se découvrent plus on moins. La respira-tion se précipite et devient presque spasmodique. Il n'est pas difficile de faire ces observations sur un enfant pendant qu'il crie ; mais on obtient, je crois. de meilleurs résultats en ayant recoursa des photographiai instantanées, que l'on peut étudier a loisir et sans distraction, l'ai réuni une douane do ces photographies, la plupart faites exprès pour moi; elles présentent toutes les mêmes caractères généraux, c'est .pourquoi j'en ai fait repredMire six (planche l) par la

8PLW1^^           des paiipi*», qui constitue un élé-

ment de premier ordre dans divei.es expressions de la physionomic, et la compression exercée sur les globes oculaires. qui en est la conséquence, protègent les yeux comme il se. expliqué tout & l'heure, contre les dangers d'un afflux sanguin trop considérable. Quant a l'ordre suivant lequel le& différents muscles se contractent pour produire cette comp»

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"il.--'              KmBSSlONDELASOIIFPRAN^;

sion, il a été de la part du docteur Langstalf, de Southamp" ton, l'objet de quelques observations qu'il a Heu voulu me communiquer et que j'ai vérifiées depuis. four s'en rendre compte, le meilleur moyen consiste à prier une personne d'élever Sabord les sou.«ciis de manière à siuouner lefront de rides transversales, puis de contracter lentement tons les muscles qui entourent les yeux, avec une énergie graduellement croissante et enfin de toutes ses forces. Je prié ici le lecteur peu familiarisé avec les connaissances anatomiques de revenir A la page 2V, et de jeter les yeux sur les figures 1, 3 et*. Les sourciliers (corrugator ^percilii) paraissent ~trc les premiers muscles qui se contracten;; ils attirent les téguments en bas et en dedans vers la base du nez, en faisant apparaître tes piis verticanx qui constituent le froncement de sourcils; en même temps ils amènent l'effacement des rides transversales du front. Presque simultanémen,, les mus-cles orbiculaim entrent en action et plissent les tégumenss qui entourent les yeux : toutefois leur contraciion paraît acquérir une énergie plus grande aussitôt que celle des sourcillers leur a donné un point d'appui. Enfin les pyramidaux du mz entrent en jeu, abaissant encore les sourcils et la peau du front, et produisant de courtes rides transversales sur la racine du nez «. Pour abréger, nous désignerons souvent l'ensemble de ces divers muscles par le terme général de muscles orbieulaim m péri-oculaire».

Une fois les muscles précédents fortement contractés, ceux qui vont se jeter dans la lèvre supérieure » entrent en ac-

3. Ces muscles sont: VMateur commande h lèvre sujtiriewv et de l'aile du ««, - NhÉ. propre de la tore mptrieurc, - le «.«ta/rc, -et le petit zygomatiquc. Ce dernier muscle est placé parallèlement au grand syyomtiiquc et au-dessous de lui, et il s'attache à la parUcexterne U lt.vrc8„pOrieure.«est représenté ligurr * t. (p. 24),P,«ai9 non (I-

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/kWrwvny/.-*.??!.':

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PUiUiis;                                   m

tiou a leur tour et rélevent : conséquence facile à prévoir. si on se rappelle les connexions qui existent tntre llun d'entre iK au moins, le malaris. et llorbiculaire. Cootractez graduellement les muscles péri-oculaires, presque toujours vons

votre lèvre supérieure se soulever uu peu, supvie par les ailes du ne», qui sont en partie commandées par les mêmes muscles. Maintenez en m6me temps la bouche exactement fermée, puis abandonnez brusquement vos lèvres : au même instant, vous sentirc* ta pression qui s'exerce sur vos yeux s'exagérer. Examinez de même une personne qui, exposée a une lumière éclatante et voulant fixer un objet éloigne, ess forcée de clore partiellement ses paupières : presque toujours vous observerez. que sa lèvre supérieure remonte légèrement. Chez certains sujets auxquels une forte myopie donne l'habitude, en regardant, de rétréctr l'orifice palpébrat, on voit la bouche contracter A la longue une expression grimaçaatc.

l/élévation de la lèvre entraîne la partie supérieure des joues, et produit sur chacune d'elles un sillon très accusé, le sillon naso-Iabial, qui, partant du voisinage de l'aile du neZ, se prolonge jusqu'au-dessous de la commissure. Ce sillon peut se voir sur toutes mes photographies; il constitue «m trait très caractéristique de la physionomie de l'enfant qui

Phmionomie humaine. Album, 18«2, p. 39). — Hente considère les mus-+L JL+ cMe»» Oc —* «M emme *. «MM*, A. seul et même muscle, te quadmtu* labii superiorl*.                               \

4 Le docteur ItadJL a étudie avec un soin minutieux la contrac-

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«00                    KXPItESSlODELAÀ «OUFVnA&OE. "

Taudis que la IftVre supérieure tst ainsu attiréonh haut, pondant les cm, commonn vient ee l'eiplif|,or. sem muscles abaissentd des angles de la bouche <flg. e e2 2, K) sont fortement contractés, pour maintenic celle-ci largemeno ouverte etJ«iwf««w «< toit volumdf* son. Otfcr actroa «ntai ffonirie dem muscles supérieurs ei inférieurs tenA d donner a l'ouverturh huccale une forme oblongoeA a. pep prèc carrée; c'tst cq qu'on vois sul les photographiec ci-jointes. Ur romancier, excelleno observateur'-, décrivannnh bahy qui crie pendant qu'olef fait mangerd dit « « Sb bouche devenait carréee et la soupe s'échappait pal leq quatrc coins. . .le pense, n nous reviendronduu rests sucee point danunn autre chapitre, q que lea abaisserd des commissures sont moins soumiauc contrôli isolé dlav volonté qul les muscles voisinsd ds sort<{uel lorsqu'un enfansed disposù p pleurer

«ne planche dans laquelle, oa,, par la galvanisation des muscle, ap-proprws, fait aourire lune des moiti~s dl lf focc, tandi' que l'autre moitié commence à pleurer. Ors sur vingett une personnes ù quj j'ai montré cette figure, presque touees (dk-neuf) oui immédiatement re-connu l'expression du coté itan.. Pour ''autre coté, au contraire, six personnes seulement sont tombées juste ou à peu près, v rrouvant cllcc-t.vemcnt l'expression de h triste, de fa souffranl, de fa mtrariétt; les quime autres «nt commis les méprises tes plus singulières, et ont cru y voir les expressions d'ttitt folle uaietr. t, l *„/,-«L.v.., L ,,. ..... ™

y voir les exprcssions d'une folle ,jaicU, de fa mlUfaction, de la ruse, ..„ <fc*éf, «te. On peut on conclure qu'il y a quelque choee de ÛMcUmx dans l'expression. Ce qui peat avoir c~ntribué à induire en erreur, c'esi

dit fin n« eMlAml ifiiàm ;> ...:- »i.____ .._ ._«„ . ....

qu'on ne s'attend guère a voir pleurer un vieillard, et qu'it n'ya pas trace de !armcs. Dans une autre figure du docteur l>.,chên»e <lïg. w, dans laquelle les muscles d'une moitié de la face M„i ga!vanisés à l'effet de représenter un homme qui commence a pteure,, avec le sourcil du même coté rendu obliquc, - ce qui est un signe caractéristique du chagrin, - lésion a été reconnue par un nombre de personne proportionnellement plus grand. Sur vingt-trois, quatorze ont répondu exactement :chagrin, affikttott, doul.w, pfrurs imminent», souffrant, etc. : les neuf autres ne purent pas se former un jugement ou portèrentW plclcment a taux, et répondirent : ,w. «,,,,<< MouissrmM, effort pour ngarderu» objet é/oi9nt,c\c. ô. M-Oaskell, Mary torlm, nouvelle édition, p. 81.

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:—:-- Pusvm. '                   <

«ans M ytre encore eien nécidé, ,es muscles sont te général les première A àntrer rn contraction, ,etes serniers A cesser de se contracter. Lorsqu'un nnfann d'un Age elu» avancé commence e àleurer, les muscles sui aboutissent à ll lèvre supérieure sont souvent tes premiers à agir; peut-être pa* ce que l'enfant plus Agé a moins de ttndance A pleurer bruyamment, et par conséquenn à tenir sa bouche large-ment ouverte, de eorte que les muscles abaisseurs ci-dessus désignes n'entant pas en actton d'une manière aussi énerr

Tur.lun de mes propres enfants, j ai observé ssuvent, A parttr de son huitième jour et pendant quelque temps après, que le premier signe d'un accès de cris, , quand on pouvait en saisir la première approche, - était un léger ffoncement de sourciis, do A la contraction des sourciliers; en même temps, les vaisseaux capillaires de la face et de la tôte, dé-pourvue de cheveux, se gorgeaient de sang. Aussitôt que l'accès commençait réellement, tous les muscles péri-ocutaires se contractaient avec force, et la bouche s'ouvrait largement de la manière décrite ci-dessus; de telle sorte que, dès cet Age très tendre, tes traits prenaient dé)A la même forme qu'A une période plus avancée.

Le docteur Piderit* insiste beaucoup sur la contraction de certains muscles qui attirent en bas le nez et rétrécissent les narines, comme étant un trait éminemment caractéristique de l'expression des pleu.. Les triangulaires (^rewres an-ou/ions)sontgénéralementcontractés en même temps, comme nous venons de le voir, et ils tendent indirectement, d'après le docteur Duchenne, A agir de la même manière sur le nez. On peut remarquer cette même apparence pincée du nez euez les enfants fortement enrhumés, apparence due en partie,

0. ««» ««* Pkyiiosnm*, <867, s. .02. - Duchenne, *m*m * la Pkys. humaine, Album, p. 34.

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EXPBE8810NDBLASOUFFIUNCE.

comme me Ta fait observer le docteur Langst«ff, A !eur rc mflement continuel, et A la pression do l'atmosphère qui s'exerce par mite de chaque côté. Le but de cette contraction des narines enraies enfanta qui sont enrhumés ou qui pieu-

larmes, et d'empêcher ces fluides de se répandre .or la lèvre

8l,ApZm accès de cris prolongé et violent, le cuir chevelu, le visage et les yeux sont rougis, A cause de ta gène produite dans la circulation en retour de la tête par les violente efforts d'expiration; cependant Ja rougeur des yeux irrttés est due principatemeot à l'abondante effusion des larmes. Les divers muscles de la face, qui ont été fortement contractes, tiraillent encore un peu les traits, et ta tèvrc supérieure est légerement relevée ou renversée?, tandis que les commissures s'abaissât encore un peu. J'ai senti moi-même, et j'ai observé sur d'autres personnes aduttcs, que, torsqu'on M de la peine à réprimer » larmes, par exempte à ta lec turc d'un r~cit touchant, il est presque impossible «Tempe. cher les différents muscles qui agissent si cncrgiquement chez l'enfant, pendant s<s accès de cris, de tressaillir ou de trembler tégercment.

Uans les premières semaines, l'enfant ne répand pas de larmes, comme le savent bien les nourrices et les médecins. Ce n'est pas que tes glandes lacrymales soient encore incapables de sécréter; j'en ai fait pour ta prière fois l'observation âpres avoir accidentellement effleuré du revers de mon paletot l'œil ouvert d'un de mes enfants, âgé de soixante-dix-sept jours; il en résulta un larmoiement abondan;; mais, bien que l'enfant poussât des cris violents, l'autee œit resta sec, ou du moins ne s'humecta que très légèremen.. J'avais

?. Le docteur Duchenne a fait cd.e observation, Mécanisme de la Phnim. humain?, AMm,V.to.

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pleurs.                                m

remarqué une ffible effusion ndearmes sans les seux xeux, dix jours auparavant, pendant unacès sd cris. Le» larmes ne eoulaient pas encore eendhors dos saupières ee no descendaient pas lleongdesjoues, chez cc même enfant, A l'âge dccehttihgl-deuUxou^

tard, c'est-à-dire e l'âge de cent trenteneuf jours que jjobservai pour la première fois ce phénomène. J'ai fait téud'er quelques autres enfanis A ce point de vue, et llépoque de tlapparition véritable des larmes me paraît être très varrab'e. lians un cas, les yen* sshumectèrent légèrement A l'âge de vingt jours seulement; dans un autre, A soixante-deux jours. Chez deux autres enfants, les larmes ne coulaient pas encore sur re visage à llAge de quatre-vingt-quatre et de cent dix jours; chez un troisième, elles coulaient A cent quatre jours. On m'a affirme avoir vu chez un enfant les larmes couler A l'Age remarquablement précoce de quarante-deux jours. H semble que les glandes lacrymales aient besoin d'une certaine habitude acquise avant de pouvoir entrer aisément en action, de même,A peu près que les divers mouvements et gonts consensuels transmis par l'hérédité reclament un cer-tain exercice avant d'être fixés et amenés A leur état définitif. Cette hypothèse est surtout vraisemblable pour une habitude comme celle des pleurs, qui a du s'acquérir postérieurement A l'époque où l'homme s'est séparé de l'origine commune du genre homme et des singes anthropomorphes, qui ne pleurent pas.

Il est remarquable que ni la douleur ni aucune autre émotion ne provoque dans la première période de la vie la sécrétion des larmes, qui devient plus tard le mode d'expression le plus général et le plus fortement accusé. L'ne fois l'habitude acquise par l'enfant, elle exprime de la manière la plus claire la souffrance de tout genre, la douleur corporelle aussi bien que l'angoisse de l'Ame, même quand celle-ci s'accompagne d'autres émotions, telles que la crainte ou la

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W1              EXPRESSION |)E M SOUFFRANCE;

colère. Cependant le caractère des pleuss se modifie de très bonne heure, comme je l'ai observé sur mes propres enfants. et les pleurs de la colère diffèrent de ceux de la douleur. Une mère m'a raconté que sa petite fille, Agée de neuf nlôisc crie avecviolchée, maïssans pleurer, lorsque estou colère; mais» on la puni,, en tournant sa chaise le dos contre la table, ses larmes commencent A couler. Cette différence doit s'attiibuer peut-être à ce que, en avançât en Age, nous réprimons nos larmes dans la plupart des circonstances (le chagrin excepté), et A ce que l'inttuence de cette répression habituelle se transmet par hérédité A une époque de la vie plus précoce que celle ou elle s'est d'abord

Chel'l'adulte, et surtout dans le sexe masculin, la douleur physique ne provoque plus l'effusion des larmes, et ce ca-ractère expressif fuit défaut de bonne heure. Cela s'explique, si l'on songe que les nations civilisées aussi bien que les races barbares considèrent comme une lâcheté indigne d'un homme de manifester la souffrance corporelle par aucun signe extérieur. A cette exception près, on sait que les sauvagss versent d'abondantes larmes pour des causes extrêmement fu-tiles. Sir J. Lubbock a réuni plusieurs observations de ce faits. Un chef de la Nouvelle-Zélande « se mit A pleurer comme un enfant, parce que les matelots avaient sali son manteau préféré en le saupoudrant de farine ». J'ai vu, a la Tcrre-de-Feu, un indigène qui venait de perdre un frère, et qui, passant alternativement de la douleur a la gaieté, pleurait avec une violence hystérique et riait aux éclats, un instant après, de tout ce qui pouvait le distraire. Les nations civilisées de l'Europe présentent du reste, au point de vue de la fréquence des larmes, de très grandes différences. L'Anglais ne pleure guère que sous la pression de la douleur

KmOrigin0rCimzaUonlim,p.Z^

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piquas.                                    10)

morale la plus poignante ; ;ans sertaines parties dduontinent, aa contraire, les hommes répandenn des larmes svec beaucoup plus dd facilité et d'abondance.

On saitque les aliénés s'abandonnene sans aucune contrainte, ou à àeu uW, ft toutes lesrÎ émotions; LesympiAme Jeplus caractéristique dd ll mélancolie eimple, même dans le sève masculin, est, - d'après ses renseignements que je tiens dd docteur JJ.richton Browne, - une eendance e aleurer pour les motifs les plus sutiles, ,e même eans sucune cause, ou a pleurer d'une manière tout t àait txagérée eenrésence d'un véritable eujet ddehagrin. La aurée du temps pendant lequel peuveen pleurer certains malades de cette catégonie est véritablement prodigieuse, ausss bien que ll quanéité des larmes qu'ils r/pandent. Unneeune «lie, atteinte de mélancolie, ayant tarmoyé durant toutt une journée, finit par avouer au docteur Brownn que c'était ssmpjement parce qu'elle ss rap-pelait s'être un jour rasé les sourciis pour les faire pousser. Dans s'Asile, on voii parfois des malades qui restent des heures enttères à se balancer diavant en arrière; «« si on vient a leur parler, ils s'arrêtent, plissent leurs yeux, abaissent les coins de leur bouche et fondent en larmes ». Dans certains cas, un mot, un salut bienveillant, semblent sufffre pour leur inspirer quelque pensée fantasque et chagrine; d'au* très fois, c'est un effort de nature quelconque qui provoque les pleurs, indépendamment de toute idée pénible. Les Letsatteintsdemanieaiguë ont aussi, au milieu de leurdé lire incohérent, de violents accès de pleurs. U ne faut pas toutefois considérer ces effusions abondantes de larmes, chez. les aliénés, comme dues simplement A l'absence de toute contrainte; carcertaines affections du cerveau, telles que l'hémiplégie, le ramollissement, et l'affaiblissement sénile, présentent aussi une disposition spéciale & provoquer les larmes. D'ailleurs, chez les aliénés, le larmoiement est encore fréquent alors même qu'ils ont atteint nn état de complète imbé-

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,60                  RXFMnoii DE LA 80UFFBA«C8.

160

cilhté et perdu Ja faculté de 1« parole. Los idiotes pleurent également »; il parait qu'il n'en est pas de même des

D'après ce que nous voyons chez l'enfant, les pleurs parais»               j'cxpression haturelle et prlm!t!vc dé la souffrance de toute nature, de la douleur morale, et de la douleur physique, quand celle-ci n'est pas portée à ses dernières limites. Toutefois tes faits qui précèdent, aussi bien que l'expérience de tous lesjours, nous montrent qu'un effort souvent répété pour les réprimer, associé A certains états de l'esprit, agit très efficacement, et nous donne & la longue A cet égard un grand empire sur nous-mêmes. 11 paraît, par contre, que l'habitude a aussi le pouvoir d accroître lu faculté de pleurer; ainsi le ttévérend II. Taylor ">, qui a longtemps résidé a la Nouvelle-Zélandee affirme que les femmes peuvent y répandre des larmes abondantes a volonté; elles se réunissent pour gémir sur leurs morts, et se font une gloire de pleurerA l'envi « de la manière la plus attendris-

" Un effort isolé dans le but de réprimer les larmes parait exercer peu d'influence sur les glandes lacrymales, et souvent même il semble avoir un effet contraire a celui qu'on en attend. Un vieux médecin, plein d'expérience, me disait qu'il n'avait jamais trouvé qu'un seul moyen de mettre un terme auxaccès de pleurs incoercibles qu'on voit parfois se produire chez les femmes : c'était de prier celles-ci avec instance de ne point faire effort pour se contenir, et de les assurer que rien ne les soulagerait autant qu'une longue et abondante effusion de larmes. Chezlepetitenfant,Icscrisconsistent en expirations prolou.

Mimik und Physiognomik, 1867, s. 61. 10. New-ZealanKmdmiHhaMant*,™*, p. t78.

\

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PLPUR».                                                               «*?'

gées, eiilrecoupéesd'inspipations courtes es rapides, presque spasmodiques e~ un âge plus avance, on voit apparaître le ilôt. Suivant Gratiolat «, c'est la glotte qui joue le principal rite dans l'acte du sanglot, lequel s'entend « au moment onnnspirirtûmsurmonte l*rési«t»need«la glotte,etou^ail se précipite dans la poitrine ». Toutefois la fonction tout entière de la respiration devient également spasmodique et violente. En général, lel épaules se soulèvent, mouvement qui rend la respiration plus facile. Chez l'un ddees enfants, les inspirations étaient, à l'âge de soivante-dix-sept jours, si rapides st si fortes sue leur raractère epprochait de celui du Lglot; ;'est à l'âge de eent trente-huit jours seulement que jj remarquai pour llaremière eois sunanglot distinct; a partir de cc moment, ,haque accès siolent de pleurs était Lvi par res sanglots. Les mouvements :espiratoires sont, comme eonait, ,enartie volontaires se en partie involon-faim; ;t je présume que lleanglot est dû, au moins sartiellement, , cc que e'enffnt acquiert, peu de ttmps après sa naiisance, une certaine puissance pour commander à ses srffanes vocaux et pour arrêter leurs cris, tandis qml a une Puissance bien moindre sur les musc,es respiratoires; < ni'continuent quelque temps-encore a agir, d'une manière involontaire on spasmodique, lorsqu'ils ont été

.             <. t. ™.,,.l^ n«nnlt nfl1'll(Mlliel' &

mis violemment en jeu. Le sanglot parait particuher A l'espèce humaine; les gardiens du Jardin Zoologique mont affirmén'avoirjamais rien observé de pareil chez aucune espèce de singe, bien que les singes poussent souvent des cm aigus lorsqu'on les poursuit ou qu'on les saisit, et qui s restent ensuite haletants pendant longtemps. Ainsi il existe entre le sanglot et l'émission abondante des larmes une étroite analogie; comme les larmes, le sanglot ne commence pas dès la première enfance, mais apparaît postérieurement

H. DelàPhyMowmk, 1843, p. m.                                          .

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tas

<                EEPRESSION DD tLASOUFRANCK.

ee presque subitement, pour suivre eès lors chaque aacès dd pleurs, jusqu'au moment où, avec les progrès de l'âge, ll volonté intervient eetrprime cette manifestation expressive.

"" Came de la contraction des muscles quientourent VœÛ pm-dant les cris. . Nous avons sv que les snfants, , dans ll première ausss bien que dans lh deuxième enfance, , ferment invariablement les yeux aveecnergie, pendant qu'ils crient, par la contractton des muscles environnants, de manière « produire sur les séguments dee plis caractéristiques. Chez llenfant plus âgé ée mémo cheezladulte, toutes les sois qu'il se produit quelque accès de larmes violent et sons contrasnte, on peut observer aussi une tendance à la contraction de ces mêmes muscles; cependant la volonté met souvent obstacle & cette contraction, affn que la vision ne soit pas gênée.

Sir C. BelM expllque cefaii de la manière suivante 12 « Lorsqu'il se produit un effort violent d'expiration, qu'il s'agisse d'ailleursdefourire, delarmes,de toux ou déternuement, le globe de ltœit est fortement comprimé par les fibres de l'or* bicutaire: cette compression a pour objet de protéger le système vasculaire de l'intérieur de t'œii contre une impulsion rétrograde communiquée A ce moment an sang veineux. Quand nous contractons la poitrine pour expulser Vair, il se produit un ralentissement de la circulation dans les veines du cou et de ta tête: dans les efforts très énergiques, lesang ne se borne pas & distendre les vaisseaux, mais il reflue dans les petits rameaux vasculaires. Si & cet instant, t'œil ne m-bissait pas une compression convenable, formant résistance au choc sanguin, il pourrait se produire des lésions irréparables dans les tissus si délicats du globe ocutairc. » - Et plus

42. THeAmtomortepmston, «*4, p. I0C.-Voir aussi un mémoire d« ,néme auteur dans Mitosophical Tmmdiom, 1822 p. 284; */.. <823, p. i66 et 28». . Voir encore The mrvowSystm of the tlutnan hody. 3'ëdit,<83«,p.l7b.

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PLK0BS.                                         I«»

loin, l! même auteur ajoute : « Si nous écartons les paupières d'un enfant pour examiner ses yeux au moment où j ^ il pleure et crie avec colère, la conjonctive s'injecte brusquement de sang, et les paupières sont repoussées, parce <que '

izsxsttsi ?crr ssr -"^

ment des vaisseaux par le courant circulatoire. »

D'âpre remarque de Sir C. Bell, souvent confnrmée par mes propres observattons, les muscles péri-ocutaires se contractent avec énergie non,seulement pendant les pleurs, le rire, la toux et l'éternuement, mais encore pendant di- / vers autres actes de nature analogue : observe*, par exemple, un individu qui se mouche avec force. Je priai un jour un de mes garçons de pousser un cri aussi violent que possible; immédiatement il commença par contracter énergiquement * muscles orbicutaires; je répétai à plusieurs reprises la même expérience avec le même résultat; et, quand je lui demandai pour quelle raison il fermait si bien les yeux à chaque fois, je reconnus qu'il ne s'en doutait en aucune façon : il agissait ainsi d'une mnnière instinctive et complètement

mCZZ™»l ces muscles entrent en action, il n'est pas indispensable que l'air soit effectivement chasse hors de la poitrine ; il suffit que les muscles du thorax et de l'abdomen se contractent avec une grande force, pendant que t'occlusion de là glotte empêche l'air de s'échapper. Durant les vomissements et les nausées, t'air remplit les poumons et fait descendre le diaphragme, qui est ensuite maintenu en position par l'occlusion de la glotte, « aussi bien que par ta contraction de ses propres fibres " ». Les muscles abdominaux se contractent alors vigoureusement, en comprimant l'estomac,

,3. Voir la description, par io docteur Brinton, de l'acte du versement, dans Todd'sCyclop.of Amtomy aM PhytMm, WSO, vol. V, supplément, p. 318.

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170                     EXPRBSSIOX DU LA NOUFFRAKCS.

dont les fibres agissent en même temps et dont le contenu est ainsi expulsé, Pondant chaque effort de vomissement, « la tôle se congestionne fortement, le visage devient rouge .éjtfMtlmmsm «**. ^ sillonnent li toceet tes tem-pes se dilatent visiblement >.. j'ai constaté qu'en mêmes temps les muscles qui entourent l'œil sont en état de contraction forcée. Il en est de même lorsque les muscles de l'abdomen agissent de haut en lit., avec plus d'énergie que d'habitude, pour expulser le contenu du canal intestinal.

Une mise en jeu des muscles du corps, quelque éner-giqnc qu'elle soit, ne provoque pas la contraction des muscles péri-oculaires, si le thorax lui-même n'agit pas vigoureusement pour expulser l'air ou le comprimer dnns les poumons. J'ai observe mes fils au moment où ils faisaient les efforts les plus violents dans leurs exercices gymnastiques, par exemple lorsqu'ils se soulevaient plusieurs fois de suite a la force des bras, ou lorsqu'ils enlevaient des poids considérabtes; je n'ai aperçu qu'une trace & peine appréciable de contraction dans les muscles péri-oculaires.

Comme la contraction de ces muscles, dans un but de pro-tection pour les yeux pendant une expiration violente, cons-titue indirectement, ainsi que nous le verrons plus tard, un élément fondamental de plusieurs de nos expressions les plus importantes, j'étais extrêmement désireux de savoir jusqu'à quel pointl'opinion de Sir C. Bell était susceptible de démonstration. Le professeur Donders, d'Utrecht ", bien connu comme l'une des autorités tes plus compétentes en Europe sur toutes les questions qui se rapportent & la vision et A la structurede!'œil,a bien voulu entreprendre cette étude, A

U. Je dois des remerciements à M. Bowroan, qui m'a mis en relation extreme complaisance sur un grand nombre de points.

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1KMM                                         171

ma demande, en s'aidant des procédés ssingénieux de lt acience moderne; iil aécemment publié les sésultats qu'il a obtenus «. IU a démontré quee pendant une expiration violentee les vaisseaux xntra-oculaires, extra-oculaires et rétro-oculaires sont tdus affectés .le deux façons s d'abord par l'aceroissemeni de la pression sanguine dans les artères, ee en second lieu par la gène de sa ciiculation en retour dans les veiness II est par conssquent certain que les artères et les veines de llœil sont plus on moins distendues durant tout effort énergique d'expiration. four te détail des preuves données par le professeur Donders, ,o me borne A renvoyer u son remarquable mémoire. L'injectton des veines de la tète se reconnaît faciiement à leur turgescence, et a la couleur pourpre que prend la face, chez un homme, par exemple, qui a failli s'étrangler et qui tousse avec violence. Je puis ajouter, en m'appuyantsur la même autorité, que le globe oculaire, dans son ensemble, proémine sans aucun doute un peu au momentde chaque expiration violente. Go phénomène est du à la dilatation des vaisseaux rétro-oculaires, et pouvait aisément se prévoir d'après les connexions intimes qui existent entre l'œil et le cerveau; on a vu en effett en enlevant une portion de la voûte crânienne, le cerveau se soulever et s'a-baisser a chaque double mouvement respiratoire; ce même mouvement peut se constater, chez les petits enfants, au ni-veau des fontanelles non encore oblitérées. Telle est aussi, je présume, la raison pour laquelle les yeux d'un homme étranglé paraient saillants et prêts A jaillir hors de leurs or-

k Pour ce qui concerne l'influence protectrice de la pression

13. b, mémoire de M. Donders a paru d'abord dans M*rta** Ar-chieftoor Qenees en Natmrkunde. Deel '6 1870. tt a été traduit par le doc-tSTjZZ, mm I. «U* «tort :*«.**.**. *«

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m                 ËXPBNSION HE LA SOUPFRANT

dep paupières sur ley yeuxp pendandev violentc effortd d'c«~ pirntion, le professeut ftonderc conclud d'observations va-riées quc cettp pression limits sana aucun doutouu même en-twivecompMtemeut la dilatatiod dev vaisseaux ^ Oanc ces circonstancesa ajoute-t-il, nouv voyona asses souvent les mains ee portei involontairemenauu visagetr s'appliquer sur les paupières, comme pour leur venir en nidett protéger les yeux plue efficacement.

If faut reconnaître cependant qul lef faits sul lesquels on peut s'appuyer, pour démontrer qul les yeux peuvent en e-fet souffrir plus ou moins dt l'alwence d'un point d'appur résistant pendanJ les expirations violentes, ne sont paj jusqu'à présent très nombreux; on peut pourtant en citer quelques-uns. ll est certain que « dss efforts d'expiration énergiques, pendant la toux ou le vomissement, et en particulier pendant létemuement, produisent quelquefois des ruptures dass les petits vaisseaux (extérieurs) de l'œil « ». Le docteur Gun-»inp a rapporté récomment un cas de coqueluche, suvvie d'exophtalmie, en attribuant cette complication a In rupture des vaisseaux profonds de l'orbite; on a observé un certain

16. I* professeur Dondcrs fait remarquer MrcWt™ *f Mb», pu-h u» Ijarle docteur L-S. «cate~ <8?0. vol. V, p. 28) que, a après «ne lésion de l'uni, après des opérations, et dans quelques formes d'inflammation interne, nous attachons une catreme importance a la compression uniforme exercée par l'occlusion des paapièrea, et quelquefois nous !'ausmentons par J'apptication d'un bandage. Dans tous il cas/noua tAchons d'éviter de grandseffoHscl'cxpiratioMont les inconvénients sout connus ». M. Bowroan m'apprend que, dans les cas de photophobie excessivc qui accompagne ce qu'on appelle t'ophtatmie ironise chez

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PIKVRB.                                         m

Nombre de cas aualo~ue*. Mais un simple sentiment de gène adùsuffire probablement pour conduire & l'habitude associée de protéger les globes oculaires par tu contraction des muscles qui les entourent. Il a même sufti, sans doute, de ratténterd'une lésion ou de *» possibilité, : cesMinsi qu'an objet qui semeuttrop prèsdes yeux provoque uu clignement involontaire des paupières. Par conséquent nous pouvons conclure en toute assurance des observations de Sir C. Bell, et pins encore des recherches pins précises du protesseur Mb* que l'occlusion énergique des paupières pendant tes cris, chez l'enfant, est un acte plein de sens et d'une réelle «titite.

Nous avons déjà vu que la contraction des muscles orbi-cutatres cntratnc le soulèvement de la lèvre supérieure, et par suite, si la bouche est maintenue largement ouverte, la dëpression des commissure! par ta contraction des muscles abaissent Lu formation du sillon nuso-labia! sur les joues est également une consequcnce de t'élévution de ta lèvre supérieure. Ainsi les mouvements expressifs principaux du visage pendant les pleurs paraissent tous résulter de la contraction des muscles qui entourent tes yeux. Nous verrons bientôt que l'effusioo des tarmes dépend aussi de la contraction de ces mêmes muscles, ou du moins qu'elle a certaines relations avec elle.

Dans quelques-uns des faits précédents, et en particulier dans rétemuement et la toux, il est possible que la contraction des muscles orbiculaircs puisse servir accessoirement à protéger les yeux contre l'ébranlement ou la vibration trop intense produite par le bruit qui accompagne de pareils actes. Je crois qu'il en est ainsi; car les chiens et les chats ferment certainement leurs paupières, lorsqu'ils broient des os durs entre leurs dents, et quelquefois aussi lorsqu'ils éternucut; cependant les chiens ne les ferment pas quand ils aboient bruyamment. M. Sutton. ayantobservé avec soin, sur ma de-

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m                   EXMBS8«ONDELA80UFFHA«CB.

mande, im jeune orang et im chimpanzé, a constate que Km et l'outre fermait toujours tes yeux en toussant et en éter-nuant, jamais au contraire lorsqu'ils criaient avec violence. ~yant moi-même administré «ne petite prise de tabac & un singe américain, un Cebus, je le vis clore ses paupîèlres en éternuan;; dans une autre occasion, je le vis, au con-traire, garder les yeux ouverts pendant qu'il poussait des cris aigus.

Cause de la sécrétion des larmes. . Dans toute théorie de l'influence de t'état de l'esprit sur la sécrétion des larmes, il est un fait important dont il est nécessaire de tenir compte : c'est que, toutes les fois que les muscles péri-ocutaires se contractent involontairement avec énergie pour protéger les yeux en comprimant les vaisseaux sanguins, la sécrétion la-crymale s'active, et souvent devient assez abondante pour que les larmes coulent le long des joues. Ce phénomène s'observe sons l'influence des émotions les plus opposées, aussi bien qu'en l'absence de toute émotion. L'unique exception, - et encore n'est-elle que partielle, - que présente cette relation entre la contraction énergique et involontaire de ces muscles et la sécrétion des larmes, existe chez les petits enfants, alors qu'ils crient avec violence, les paupières exactement closes; on «lit, en effet, que les pleurs n'apparaissent qu'a l'Age de deux A trois ou quatre mois. Cependant on voit déjà, avant cette époque, les yeux s~humecter légèrement. Il semble, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, que lesglandes lacrymales ne possèdent pas toute leur activité fonctionnelle dans la première période de la vie, par suite d'un défaut d'habitude ou pour quelque autre cause inconnue. lorsque l'enfant a atteint un âge un peu plus avancé, les cris ou les plaintes qui expriment la souffrance s'accompagnent si régulièrement de l'effusion des larmes, que la langue anglaise a donné aux deux mots to mep et to cry (pleurer et crier)

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PPEURS.                                        175

'-or** identtque, eetn a aait tdux tenu» synonymes s.

Tant que lleire, qui est une manifestation des émotions contraares aux précédentes, c'est-à-dire dd h joie oo du plaisir, reste modéré, ,ils produit à peine ene eégère eo* traelibhderm^

ne esefoncent pass mais lorsqu'il passs à l'état de fou rire, avee des sxpirations sapides, violentes, ,pasmodiques, le vi sage ee mouiill de larmes. .'ai observé A diverses reprises l! ligure de certaines personness à la tuite de violents accès de rrre, et tjai remarqué que les muscles des yeux et de la lèvre supérieure étaient encore contactés en partie; les joues étaient humectées de larmes, et ces deux circonstances don-naient à la moitié «péri» de la face une expression qu'il cuU été impossible de distinguer de celle qui caractérise la figure d'un enfant encore agitée par les sanglots. L'effusion des larmes sur le visage, sous l'influence du fou rire, est, comme nous le verrai» plus tard, un phénomène commun a toutes les races humaines.

Dans un accès de toux violente, et spécialement dans un état de demi-suffocation, la face devient pourpre, les veines se distendent, les muscles orbiculaircs se contractent avec énergie et les larmes coulent sur les joues. Même après un accès do toux ordinaire, on sent presque toujours le besoin de s'essuyer les yeux. Dans les efforts violents de la nausée ou dn vomissement, les muscles orbicutaires sont fortement contractés, et quelquefois les larmes coulent avec abondance sur le visage; j'ai fait ces observations sur moi-même aussi bien que sur d'autres. Ayant entendu avancer que ces phénomènes pouvaient être dus simplement à l'introduction dans les narines de substances irritante*, dont la présence provoquerait par action réflexe une suractivité de la sécrétion la-

origine) est simplement cri («fery)..

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t70                    EXl'UESSINN DE LA SOUFFRANCE.

crymale, je prtai un médecin, - l'un de ceux qui ont bien voulu m'aider dans ce travail, - de porter son attention amles effets des efforts de vomissement, alors que rien n'était expulsé de l'estomac; par une singulière coïncidence, ce mé-decinfut pris siu-mûnie le lendemain de niiusfôs violêùtes,et trois jours après il eut l'occasion d'observer une cliente dans des circonstances semblables. Dans aucun des deux cas, il n'y eut un atome de matière rejeté hors de l'estomac, et cependant les muscles orbiculaircs se contractèrent fortement et des larmes coulèrent avec abondance. Je puis être aussi très affirmatif au sujet de la contraction énergique des mêmes muscles et de là sécrétion des larmes qui l'accompagne, lorsque les muscles abdominaux agissent avec une force inusitée de hant en bas sur le canal intestin:l.

Le bâillement commence par une inspiration profonde, que suit une expiration longue et énergique; en même temps presque tousles muscles du corps sont fortement contractes, y compris ceux qui entourent les yeux ; la sécrétion des larmes s'active souvent, et quelquefois même on les voit couler sur les joues.

J'ai souvent observé que, lorsqu'on se gratte sous l'influence de démangeaisons insupportables, on ferme les pau-pières avec force; mais je ne crois pas qu'on commence par faire une inspiration profonde pour chasser ensuite l'air vigoureusement, et je n'at jamais remarqué que les yeux se remplissent de larmes dans ces circonstances; toutefois je ne puis affirmer qu'il n'en est jamais ainsi. L'occlusion énergique des paupières se rattache peut-être alors simplement A l'action générale qui raidit tous les musctes du corps au même moment. Elle est complètement différente de cette occlusion très peu énergique des yeux qui, suivant une remarque de ttmtiobt», accompagne souvent la perception d'un parfum

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177

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suave par le sens de l'odorat ou d'une saveur exquise pa' celui du goût, et qui est duc sans doute originellement an désir d'exclure toute impression étrangère.

Le professeur Donders nié .signale le fait suivant : « ïn oLserva; »ii;<jueiques cas d'une affection très curieuse T après un léger attouchemen,, par un vêtement par exemple, ne produisant ni lésion ni contusion, il se manifeste des spasmes des muscles orbiculaires, accompagnés d'une effu-. sion très abondante de larmes, qui peut se pro!onger pendant une heure environ. Plus tard, et quetquefois après un intervalle de plusieurs semaines, il se produtt des spasmes violenisdeces mêmes muscles, accompagnés encore de larmes et de rougeur primitive ou consécutive des yeux. » M. liow-man a observé parfois des cas complètement analogues; dans certains d'entre eux il n'y avait ni rougeur ni inflammation des yeux.

~'étais très curieux de savoir s'it existait, chez quelque animal, un rapport analogue entre la contraction des mus-clés orbicutaires, dans une expiraiion, et ta sécrétion des tarmes; mathcureusement il n'y a que très peu d'animaux qui contractent ces muscles d'une manicre prolongée, et ir&s peu quipleurent. Le Jlfacacus Morm, que l'on voyait autrefois larmoyer si abondamment, au Jardin Zoologique, aurait été un excellent sujet pour ces observations; mais les deux singes actuellement existants, et qu'on croit appartenrr A la même espèce, ne pleurent pas. Cependant ils ont été étudiés avec soin par M. Bartiett et par moi-même, pendant qu'ils poussaient des cris aigus, et ils nous ont paru contracter les muscles en question; mais ils gambadaient de coté et d'autre, dans leur cage. avec tant de rapidité qu'il était difficile de faire des observations précises. Aucun autre singe, a ma connaissance, ne contracte ses muscles orbiculaires en criant.

On saitque l'oléphant indien pleure quelquefois. Sir K. Tennent, décrivant ceux qu'il a vus captures et prisonniers A

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t7»                HXPRESSONN M LA S6UFPiUHCK.

Ceylan, s'exprime ainsi : - Qnelques-uns testaient immobiles, accroupss sur le sot, sans manifester leur souffrance arment que par loi larmes qui baignaient leurs yeux et cou-latent incessamment, » M padlant d'un autre éléphant : * Lorsqu'il fut vaincu et attaché, sa douleur fut extrême ; la violencc fit place à une complète prostration, et ii tomba par terre~ poussant des cris étouffés et ia face baignée de larmes*'. M Au Jardin Zoologique, le gardien des élépnants indiens m'a affirma positivement avoir vu plusieurs fois des larmes eouler mr la face do la vieille femelle torsquonn ta séparatt de son petit. J'étass très désireux de constater «u fait venani & l'appui de la relatton qui existe chez l'homme entre la contraciion des muscles orbieulaires et "l'effusion des larmes, et de vé~ifier si les étéphanss mettaient ces musctes eu action lorsque criaient ou soufflaient bruyamment par leur tromp.. A la prière do M. Bartlctt, te gardien ordonna aux deux éléphants, jeune et vieux, de crier: et nous constatâmes, &

20. ftyh* 3-Mil. 18M. «I. N, p. m, Mfl. - Je,ne suis adressé h M. TMt», à Ccvlan, pour avoir d'autres renseignements M aux pleur~ de l'éléphant; j'ui reçu, en réponse, une lettre du Révércnd M. fileaic, qui a bien voulu observer pour n»ui, avec quelques autres personne,, une troopo d'éléphanti récemment capturés. Lorsqu'on les irritait, ils poussaient des cris violents, mais sans jamais contracter leurs muscles pendulaires, et sans verser de larmcs. Les chasseura in. digèn» affirmcnt d'ailleurs qu'ils n'ont jamais vu t'élcpbant pleurEr. Il me parait cependant impossible de mettre en doute les détail» circonstanciés donnes pat Str K. Tennent, confirmésd'ailleurs par les affirmation$ posittves des gardiens du Jardin Zoologue. Il est certain que tes deux éléphanta du jardin contractaient invariabtemcnt leurs muscles orbicu. Irfms au moment où ils commençaient à pousser des cris. Je ne puis

un commandement, n'étaient evidemment ni effrayés ni furieux.

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muBft.                                m

plusieurs reprises, sur l'un et l'autre, que les muscles péri-oculaire», surtout les inférieurs, se contractaient bien nettement au moment où ils commençaient A crier. Mans une mitre occasion, le gardUm ayant, fuit crier l'éléphant beaucoup plus fort. nous vimes & chaque fois les mêmes muscles se contracter énergiquemeut, les supérieurs aussi bien que les in-«rieur* Chose singulière, l'étéphant d'Afrique, - qui, il faut te dire, est si différent de l'étéphant des tndes que certains naturalistes le ctassent dans un sous-~enro distinct, - n'a pas montré, dans deux circonstances où on a provoque ses cris, Ja moindre trace de contraction des muscles péri-ocutaires. Si Ton conclut des différents «temple, relatifs a l'espèce humaine que nous avons cités, on ne peut douter, scmbte-t-i!, que la contraction des musctes péri-ocutaires, pendant une violente expiration ou une compression énergique du thorax ditaté, ne soit, d'une manière ou d'une autre, en connexion intime avec la sécrétion cîes larmes; ces phénomènes s'observent d'ailleurs sous l'influence d'émotions complètement différentes, et même en l'absence de tootc émotion. Cela ne veut pas dire certainement que ta sécrétion des larmes ne puisse te produire sans la contraction de ces muscles ; tout le monde sait, en effet, que les larmes coulent souvent avec abondance, sans que les paupières soient closes ni les sourcils fronces. La contraction peut être a ta fois involontaire et prolongée, comme pendant un accfs de suffocation, on rapide et énergique, comme pendant un éternuement. Le simple clignement involontaire des paupières n'amené pas de tarmes dans les yeux, bien qu'il se répète fréquemment; il nesuffit même pas de ta contraction volontaire et prolongée des nombreux muscles environnants. Comme les glandes lacrymales entrent facilement eu activité dans l'enfance, j'ai demandé quelquefois & mes enfants et a plusieurs autres d'âges divers de contracter ces muscles plusieurs fois de suite de toute leur force, aussi longtemps qu'Us pourraient continuer : l'effet fut a peu

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IN                   EXPRESSION M LA SOUPFRANCBK

prèn nulJ J'observai parfois seulemenu unl légèrh humidité «les yeux, que pouvait parfaitement expliquer lsiimpee expu-«on des larme» qui existaient déjà danl les glandss pas suite 1fiinr#cré««n antérieur

Si l'on ne peut précisee exactemenl In nature dl la relation" qui lie la contractioi involontairett énergique de. muscles pendulaires à as sécrétion des larmesilr est au moin, permis d'émettre «ne hypothèse probable. La principalf fonction de la sécrétion lacrymale consiste <Y lubrifier, concurremment avec un puu de mucusl la sufface de l'œil; ellesert en second lieu, d'après l'opinion de certains physiologistes, a humecter constamment les narines, de manière à saturer d'humidité l'aii inhalé'<, et à favoriser le fonctionnement du sens de l'c-dora.. Mais une autre fonction des larmes, au moins aussi importante que les précédentes, consiste A entraîner les pa-iicules de poussière ou les corpuscules de toute nature qui peuvent tomber sur les yen*; l'importance de cette fonction est démontrée par les cas dans lesquels la cornée s'enflamme et devient opaque, à In suite d'adhérences entre le globe oculaire et la paupière, qui rendent cclle-ei immobile, et empè-client l'entraînement de ces particules* La sécrétion des larmes sous l'inuluence de l'irritation produite par la présence d'un corps étranger est un acte réflexc : ce corps irrite un nerf périphérique qui envoie une impression à certaines cel-lule! nerveuses sensitives, lesquelles la transmettent & d'autres cellules ; ces dernières, A leur tour, agissent sur la glande lacrymale. L'impression transmise à la glande produit, - on a" du moins de bonnes raisons pour le croire, - le relâche-ment de la tunique musculaire des petites artères; le sang traverse alors le tissu glandulaire en plus grande quantité, et

^ *K Bergeo», citédans Journal tf Amtom,j „«d r%s*,m w. I87,,

Vvoir, par compte, un cas rapporté par Sir C. Bel., m**** Transactions, «823, p. 177.

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PMÎUB8.                                         »t

provoque ene abondante sécrétion. Lorsque les petites artères ddea Le, een comprenant telle* dd la aétinee se dilatent sou» s'influence edeirconstances très diverses, ,enarticulier pendant une eondeur intense, ,e» glandes lacrymales subis-Lit quelquètois nnei.npres«ioii semblable, at Les yeux s'humectent ddearmes.

Il ist tifficile ddoseendre compte eu mode e'origine dd certaines actions séuexes; toutefois, relativement au cas se-tuel ddermpressionnubilité des slandes lacrymales par une irritation porrée ssura surface ee l'œil, il est peut-être utile rie remarquer que, aussitôt que certaines sormes animales primitives ont tcquis un mode d'existence e demi terrestre, et «m les seux ont pu par conséquent tecevoir des particules de poussière, celles-ci auraient provoque, si illes nV vaient pas été entratnée!, une irritation intense; alors, en vertu du ssmple principe de llactton de ia force nerveuse tayontant ver* les ceilules «voisinantes, ,es glandes lacrymales ont du être amenées à entret en action. Ce phénomène s'étant répété fréquemment, et la force, nerveuse ayant de la tendancea repasser aisément par les voies qu'elle a suivies habituellement, une tégère irritation a dû, en fin de compte. suffire pour produire une abondante sécrétion de larmes.

t'ne fois cette action réflexe ëtablie et devenue facile, parce mécanisme ou par tout autre, des irritations de natures diverses portées sur la surface de l'œit, - l'impression d'un vent froid, une action inflammatoire lente, un conp sur les paupières, - ont du provoquer une sécrétion abondante de larmes; nous savons qu'i! en est en effet ainsi. Les llandss lacrymales entrent aussi en action à la suite d'une excitation portée sur les organes voisins. C'est ainsi Mue, lorsque les narines sont irritées par des vapeurs acres, les larmes coulent, alors mémo que les paupières restent exactement formées; il en est do même A la suite d'un coup reçu sur le nez, en boxant par exempte. J'ai vu un coup

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m           ''ïmmioà de la «oufkbakcr. f

de badtne sur Ja visage produire !o mùmo effet. Dans ces derniers «,> sécrétion des tarmes est un phënomène accessoire et sans utilitc dhrecto. Comme toutes les parties de la face, y compris tes glandes lacrymales, repoivent les ramificat!ohs d«

de la cinquième paire, on peut comprendre jusqu'à un certain point que les effets de l'excitation de Tune do ses branches puissent se propager aux cellutes nerveuses qui sont les origines des autres branches.

Les parties intérieures du globe oculaire agissent égale-ment, dans certaines conditions, sur tes glandes ta<rymales, par action réflexe. Les observations suivantes m'ont été gracieusement communiquées par M. Bowman; ces questions sont du reste très complexes, à cause des connexions intimes qui lient toutes tes parties de t'œit, et de leur extrême sensibilité A toute excitation. Une lumière intense a très peu de tendance a provoquer le larmoiement, si la rétine est dans son état normal; mais dans certaines maladies, chez les enfants par exemple qui ont de petits ulcères chroniques sur la cornée, la rétine devient extrêmement impressionnable, et l'action delà simple lumière diffuse provoque une occlusion énergique et protongée des paupières, accompagnée d'une abondante effusion de larmes. Lorsqu'on commence A faire usage de verres convexes, et qu'on force le pouvoir affaihli de l'accommodation, la sécrétion tacrymale s'exagère d'une manière souvent excessive, et la rétine devient d*une très grande sonsibitité à ta lumière. En général, lesaffections morbides de la surface de l'œit pt des organes citiaircs qui agissent dans te phénomène de t'accommodation ont dos dispositions à sWompagner d'une sécrétionanormale de larmes. La dureté dn globe de l'œit, qui ne va pas jusqu'A i'inflammation, mais qui est simplement un indice d'un défaut d e-quilibre entre ta circulation directe et la circulation en retour dans tes vaisseaux intra-ocutaires, n'est pas ordinaire-

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.bKURH.                             !»

mont tuivie cd larmoiemene ; celui-ci se eroduit plutôt quand lleéfont tde'équilibre est inverse eetue l'œil se ramollit. Enfin nl «I tes étals morbides sombreux xt des altérations organiquesdde'art, ee même ees inflammations très sraves, .,ui pe«vc»tn'ét.*~^^ nulle et insignifiante.

11 faut tussi temarquer, comme eyanntn apport indirect «vec la question qui ious sccupe, ,ue l'œil lt les parties vo,-sh.es sont toumis à uunombre considérable dd mouvements, de sensatious, d'actes réflexes et tssociés, indépendamment de ceux qui intéressent la glandc lacrymale. Une eumière éclatante frappc-t-ellc la rétine d'un des dtux yeux, l'iris se contraeUî;m;ds,aPreSuninterva.le(letemps«pPréeiable,rins

de l'autre œil entre en actton à son four. L'iris exécute n»*û des mouvements dans l'acte de l'accommodatton à londue ou a courte distance, et aussi torsqu'on faii converger te deux y«»x*>. Toutle monde a éptouvé avccquclle puissance irrésis-tiblc les sourcils s'abaissent sous l'action d'une lumière très info». Nous cliffiio» aussi invotontairement les paupières quand un objets'agite près de nos yen\, on quand nous en-indons un tnuit imprévn. Le cas Mon connu de l'éternue-ment ptovoqué, chea certaines personnes, par tne vive lumière,cst plus curieux! car ici la force ncrveuse rayonne do certaines eellules eu connexion avec la rétine aux cellu!esscnsoriellesairectées A la muqueuse nasale, eu y produisant un picotement, et de là aux cellules qui commandent les dit.» muscles respiratoires (les orhiculaires compris), lesquels cxpulsent i'air de telle maniere qu'il sort seulement par les narines.

Revenons A notre sujet : pourquoi y a-t-il sécrétion «le tarmcs au moment d'un accès de cris ou pendant d'autres

2.1. Vo!r,sur ces «Jivcra points, 0» tf* AmmN* of Accommodation awthrfmtim.ftheKyc, parle prof. uonders, <804, p. «73.

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W                  EXPRESSION DÉ LASPUF^NCK.

efforts respiratoires violents? Puisqu'un coup léger porté sur les paupières provoque une abondante effusion de larme», il est au moins possible que la contraction spasmodique de ces organes, en comprimant fortement le globe de l'œil, agisse d'une maniée stable. il est ccrt,uncepeU»ï que la contraction volontaire des mêmes muscles ne produit au-cm effet; mais ceci ne me parait pas une objection à la manière de voir précédente. Nous savons qu'un homme ne peut volontairement ni éternues ni tousser avec li mémo énergie qu'il déploie quand ces actes sont automatiques; il en estde même pour la contraction des musctesorbicu!aires. Sir C. Bell a constaté, clans diverses expériences, qu'en fermnnt brusquement et fortement les yeux dans l'obscurité, on aperçoit des étincelles lumineuses (phosphènes) semblables A celtes qu'on fait nattre en frappant légèrement les paupières avec le bout des doigts; « mais dans l'éternuement, dit-il, la compression est a la fois pins rapide et plus énergique, et les étincelles sont plus brillantes ... Il est certain d'ailleurs que celles-ci sont produites par la contraction des paupières, car « si on les maintient ouvertes pendant l'acte de t'éternucmcnt, toute sensation lumineuse disparaît ». Nous avons déjà vu, dans tes cas particuliers cités par le professeur Uondcrs et par M. Bowman. qn'il survenait, quelques semaines après une légère lésion de l'œil, des contractions spasmodiques des paupières, accompagnées d'un larmoiement abondant. Les larmes qui accompagnent le bâillement paraissent dues seulement à la contraction spasmodique des muscles péri-oculaircs. Malgré ces derniers exemples, il parait difficilement croyable que la pression exercée par les paupières sur la surface do l'œil puisse suffire, -quoique spasmodique et par conséquent plus énergique que si elle était volontaire, - pour provoquer par action réflexe la sécrétion des larmes, dans beaucoup de cas où celle-ci se produit pendant de violents efforts expiratoires.

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l'LKùfts.                                    m

Une autre cause peut «1881 intervenir. Nous avons vu que ta. pute profond de l'œil agissentt dans certaines condii ltons, sur les glandes lacrymales par actton réflexe. Nouu «avons, d'autre part, que, pendant des efforts d'expiration énergiques, la pression du Sang artériel dans le* vaisseaux oculaires augmente, tandis que la circulation en retour par les veines est gênée. IIlemble par conséquent probable que la distensiin des va.iseaux oculaires ainsi produite puisse agir par actton réffexe sur les glandes lacrymales, et ajouter des lors ses effets A ceux qui sont dus à la compression de la surface de ltœit par les paupières.

Pourjugerde la probabilité de cette hypothèse, rappetons-nous que ces yeux des enfants ont fonctionné de ces deux manières pendant d'innombrables générations, toutes les foiscjuils poussaient descris; et, comme la force nerveuse a de ln tendance r passer par tes voies qu'elle a déjà «ni-vies habituellement, il a dA sufltre, en dernier lieu, d'une compression mémo peu considérable des globes ocutaires et d'une distension modérée de jeurs vaisseaux pour agir sur les llandes lacrymales. Nous trouvons un phénomène analogue dans la contraction légère des muscles peri-ocutaires, contraction qui se produit mômc pendant un accès de pleurs modéré, alors qu'il ne peut y avoir de distension des vaisseaux ni de sensation de gène dans les yeux.

Kn outre, lorsque des actes ou des mouvements complexes, après avoir été accomplis et ctroitcment associés les uns aux autres, viennent plus tard, pour une cause quelconque, à être empêchés d'abord par la votonté et ensuite par l'habitudc, si tes conditions excitatrices convenables se présentent, ta pnrtie de l'acte ou du mouvement qui est le moins soumise au contrôle de la volonté est souvent encore accomplie invotontairement. La sécrétion glandulaire est en général remarquublement indépendante de l'influence de ta volonté; aussi, lorsque les propres de l'Age dans l'individu, ou de la

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ISG KXt'RBSSION »B l,A SOUFFRANCE.

civilisation dans la race, ont réprimé et fait disparattre !'habitnde des pleurs et des cris, lorsque, par suite, il ne se produit plus de distension des vaisseaux sanguins de l'œil,

ta *éer*Uo« dcs larmes peut cependant persister encore. 0».......

voit, comme nous lavons déjà remarqué, les muscles péri-oculaires d'un individu qui lit une histoire touchante, trembloter et tirailler les traits d'une manière si légère que lour contraction est A peine perceptible. Uans ce cas, il n'y a eu ni cris ni ditatation des vaisseaux sanguins: cependant, par t'etfet de r'habitude, certaines cellules nerveuses ont envoyé une petite nuantité de force nerveuse aux cellules qui gouvernent les muscles péri-oeutaifes, et elles en ont envoyé également aux cellules des~uelles dépendent les glandes tacrymales, car les yeux s'humectent souvent de larmes précisëment au même moment. Si le liraillement des musctes péri-ocu-Uni et la sécrétion lacrymate avaient été complètement réprimes, il est presque certain qu'i) aurait existé néanmoins une tendance de la force nerveuse A se transmettrc dans ces mêmes directions; or. comme les glandes !acryma!es sont remarquablement indépendantes du contrôle de ia volonté, elles doivent être éminemmont susceptibles d'entre' encore en action, trahissant ainsi, en l'absence de tout autre surne extérieur, les pensées attendrissantes qut traversent t'esprit du lecteur.

Comme confirmation de l'hypothèse émise ci-dessus, je puis faire une remarque : si, pendant !a premiérc période dela vie, - alors que des habitudes de toute nature peuvent s'établir facilement, - nos enfants avaient cté accoutumés a exprimer leur joie par de bruyants éclats de rire (pendant lesquels les vaisseaux oculaires sont distendus) aussi souvent et aussi continuellement qu'ils ont pris l'habitude d'exprimer leur chagrin par des accès de cris, il est probable qu'ultérieurement on aurait vu se produire une sécrétion lacrymale aussi abondante v\ aussi régulière dans l'un de ces états que

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PLEURS.                                         in

dans l'autre. Un rire modéré, un sourire, souvent même une idée gaie aurait, en pareit cas, pu suffire pour provoquer une légère effusion de larmes. Kt par le fait il existe une teadanfe évidente dans ce sens, comme nous le verrons quand nous .ious dcrerons des desMm<mfe tendres. filie» les imli. ~ènes des lies Sandwich, d'après Freycinet* les tarmes sont réellement considérées comme nnsi~ne de bonheur; toutefois il seruit hon d'avoir de ce fait une meilleure preuve que l'affirmation d'un voyageur qui n'a fait que pusser. De même encore si nos enfants, considéras soit en bloc pendant plusieurs générations, soit isolément pcndaot plusieurs années. ont éprouvé prfsquc journellement des acc~s de suffocation protongée, pendant lesquels les vaisseaux de l'œit se distondent et les larmes coulent en abondance, il est probable, tant est puissante la force de t'association des habitudes, que dans la suite il aura suffi de lu seule idée d'un de ces accès pour amener des larmes dans les yeux, sansqu'il y ait pour tes jnstifier autrement aucune tristesse dans l'csprit.

Pour résumer ce chapitre, nous dirons que tes pleurs résuttent en somme probablement d'une succession de phénomènes plus ou moins analogue A la suivante : l'enfant, réclamantsn nourriture ou éprouvant une souffrancpquelconque, n d'abord poussé des cm aigus, comme les petits de la pi». part des animaux, eu partie pour appeler ses parents à son aide, et en partie aussi parce queces cris constituent par eux-mêmes un soulagement. Iles cris prolongés ont amené inévitablement l'en~orgemcnt des vaisseaux sanguins de l'ail, engorgement qui a du provoquer, d'abor< d'une manière consciente et plus tard par le simple effet de l'habitude, la contraction des muscles q~i entourent les yeux, pour protéger ces organes. Eu même temps, ia pression spasmodique exercée sur 1» surface des yeux, aussi bien que la distension

· 24. Cité par Sir J. Lubbock, ****»»*, <80o, p. m.

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188                     KXPRBSSIOODK^SOUFFRAXCBE

-dm vaisseaux inlra-oculaires. a du. sans éTeiller nécessairc-mentpourcela aucune sensation consciente, mais parunsim-pie effet d'action rénlexe, impressionner les glandes lacrymales. Enfin, en vertn de l'aciion combinée de trois principes, ««voir Y h'e passai facile de lu force nerveuse par tes voies qu'elle M habituellemcnt parcourue, - l'associationn dont la puissance est si étendue, -la différencc qui existe entre des actes divers relativement A l'empire qu'exerce sur eux ta volonté. - il est arrivé que la souffrance provoque aisément ia sécrétion des larmes, sans que celles-ci s'accompa~nent nécessairement d'aucune aurre manifestation.

D'après cette théorie, les pleurs ne seraient qu'un phénomène accessoire, sans plus d'utilité appréciable que les lar-mes provoquées par une contusion qui niintéresse pas l'œil ou cp,e l'étonniemeot produit par l'écl«t d'une vivo lumièrei toutefois cela n'empêche nullement de comprendre comment la sécrétion des larmes peut servir de soulagement & la souffrance. Plus i'accès de pleuss est violent et nerveux, plus le soulagement éprouvé sera grand, exactement pour la même raison qui fait que les contorsions du corps, le grincement des dents et l'émission de cris perçants diminuent l'intensité d'une douleur physique.

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CHAPITRE VH;

ABATTEMENT, ANXIÉTÉ, CIIAGUIN, URCOl'lUOEMEXT, DÉSESPOIR.

«»**.«*««......,r,W,n,«,-.«,,,,uH6U^nirc.,8s„MS,,„„u«,,C

«le la souffrance. - Cause de l'ol.li.,iiil.; .les mukU*. - Abalssemcnl <l««» coins 4e la liouehc.

Après une violente crise de souffrance morale et lorsque la cause de ces souffrances subsiste encore, nous tombons dans un état d'abattement ; l'affaissement et le découragement sont même quelquefois absolu, La «ta physique prolongée, quand elle n'atteint pas l'intensité d'une torture extrême, amène génératement ce même état d'esprit. Quand nous nous attendons & souffrir, nous sommes inquiets; quand nous n'avons aucun espoir d'être soulagés, nous tombons dans

6<ta"3r»ovent, comme nous l'avons déjà dit dans un chapitre précédent, des malheureux en proie à un chagrin excessif chercher du souiagement clans des mouvements violents et presque frénétiques. Mais torsque leur souffrance, bien que durant encore, sest un peu apaisée, cette activité fébrile disparaît; ils restent alors au contraire immobiles et passifs, ou quetquefois se balancent d'un côté a l'autre. La circutation s alanguit, le visage pâlit, les muscles se détendent, tes paupières s'abaissent, la tête se penche sur la poitrine oppressée, les lèvres, les joues et la mâchoire inférieure s'affaissent sous leur propre poids. 11 en résulte que tous les traits s'allongent; aussi dit-on d'une personne qui apprend une mauvaise nouvelle, qu'elle a la figure longue.

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.«o                   «xpnBss.oN du c»u«n.r           .

Des indigènedelau Tem.de.Fe«, voulant un joun nous fairc comprendrq qul le capitaind d'uv vaisseau v voile*. leua amié était complet abattusee mirent a étirel leurs joued des deux main», de manière a rendrl leur visage ausii long quYpossible.V tiesdee M. JBÙnneq que; lor^ùlles aborigènea australiens sonacccablési ilo onf l'oreille basse. Une souffrance prolongr renl les yeut ternesi «expressifs es souvent humides dl larmes. Les sourcils prennent pa-fois une position oblique, résultant de l'élévaiion de eeur extrémité interne. Il se forma alors sur efrront des rides particulières qui diffèrent beaucoup du iimple froncement des sourcils; dass certains cas cependant, c'esl le froncenent ordinaire qu'on oLserve. Los coins dl la bouche s'abaissent; ce derniet trait est si universellemenr reconnu comme le signe de ''abattement, qu'il est presque devenu provebial.

La respiraiion devienl lente et faible, et s'interrompt souvent de profonds soupirs. Cratiolet avatt déjà remarque que, toutes les fois que norre atteniion est longtemps concerna sur quelque suje,, nous oubiions de respirer, et ll vient un moment où une profonde inspiration nous soulage; mais les soupirs d'une personne aflligée, liés a sa respiration lente et à sa circulation languissante, sont éminemment caractéristiques.. Quelquefois la douleur rcnatt par accès et se transforme en un véritable paroxysme d'affliction; il en resuite alors des contractions spasmodiques des muscles giratoires, et quelque chose d'analogue & ce qu'on a appelé le glalms hystericus monte àda gorge. Ces mouvements spasmodiques

t. Les descripton, précédentes sont Urées « partie de mcS propres

tics. s Voje* aussi Huschke, Mimice* H Vhy^mmim, Fmgmcntun /%-stolot/iaim, 1821, p. 21. —Sur l'expression terne du regard, voir D'Pi-derit, Mimih und Physiognomik, 18»7, s. 63.

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sont manffestement de même nature que les sanglots des enfanta, etsontdesvestiges des sp^es plus sérieux qui font dire d'une personne qu'elle suffoq^ de douleur*.

mymâersmMI*: - 'feu* points seulement, dana ta. description qui précède, exigent encore quelques développements, et ces deux points sont très curieux : je veux parler de l'élévation de l'extrémité interne des sourcils, et de l'abaissement des commissures labiales. Occupons-nous d abord des sourcils. On leur voit, disons-nous, prendre quelquefois une direction oblique «fa» les personnes qui sont eu proie A un profond abattement ou A une grande inquiétude; j'ai observé, par exemple, ce mouvement chez une mère qui parlait de son fils ma!ade. Quelquefois aussi il peut être occasionné par des causes peu sérieuses ou pas-sagèresde chagrin réel ou supposé. Cette direction oblique des sourcils est due à ce que la contraction des muscles orbiculaires, sourcilicrs et pyramidaux du nés, dont l'action commune est d'abaisser et de froncer les sourcils, est partiellement entravée par ta contraction plus puissante des faisceaux médians du muscle frontal. Ceux-ci élèvent seulement les extrémités internes des sourcils, et comme en même temps les sourcillers tes rapprochent, ces extrémités se ramassent en se fronçant ou se gonflant. Les plis ainsi formés constituent un trait fort caractéristique dans l'expres-sion que nous étudions, comme on peut le voir dans les figures 2 et 5, planche H. En même temps les sourcils se hérissent légèremen,, parce que les poils sont pro}etés en avant. Le docteur J. Crtchton Browne a souvent remarqué aussi. chez les aliénés mélancoliques, dont les sourcils se maintiennent constamment dans une position oblique. « une

2. Pour faction du chagrin sur les organes de la respiration, voir sur. tout Sir C. Bell, Amtoml of F^sJh a* edit., | «4»',,. 131.

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193                        EXl'RESStON DU CHAfiRl..

courbure très particulière de la paupière supérieure ». On observera une trace de cette même particularité, si l'on compare les paupières droite et gauche du jeune horaroo , ^                                                 2t planché H; cet a--

dividu, en effet, no pouvait pas agir Clément WÛide~x "* sourcils, ce qui est démonrré d'ailleuss par l'inégalité des rides produttes sur les deux cotés de son front, L'exagération de la courbe palpébraîe se lie, je crois, à l'élévaiion isolde de l'extrémtté interno seule des sourcils; car, longue le sourcit se retève et se recourbe dans son ensemble, la paupière supérieure suit A un faible degré le même mon-

ToTqu'il en soit, le résultat le plus remmupmble de Ja contraction en sens inverse des muscles précédents se manifeste dons les rides particu!ière <,..i se forment aur la peau du front; pour plus de concision, nous pourrons dé. siguer t'ensemble de ces muscles, quand ils agissent ainsi d'une manière simuttanée et antagoniste, par le terme génécal de muscles de la douleur. Si Hons relevons nos sourcils en contractant la totalité des muscles frontaux, des rides t'ansversales se produisent sur toute ta largeur du front; dans le cas dont il s'agit, au contraire, les faisceaux moyens se contractent seuls, et par suite tes plis transversaux n'apparaissent que sur la pariie médiane. Kn même temps, lu peau qui surmonte la partie externe des deux sourcils est attirée en bas et rendue lisse par la contraction des portionscorrespondantes des muscles orbiculaires. Ënfm tes sourcils sont rapprochés par ta contraction simultanée des sourcih'ers~; et cette dernière action donne naissance a des

3. .^cellc^tude du mecanisme qui prodail l'obliquité dessoutUs,

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iirll

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01»UQU.TiîI>E8S0UBCIL8.                        103

rides verticales, intermédiaires & la partie externe et abaissée de lh peau dn front et a lu partie centrale, qui est relevée. L'union de ces rides verticales avec les rides mé-rdianes et transversales déjà décrites (voyez les fig. i et 3) ppoduit sur le front ~nu figure qui a été comparée 4Um fer & cheval; mais il est plus exact de dire que ces plis forment les trois cAtés d'un quadrilatère. On les voit souvent très nettement sur le front des individus adultes ou presque adultes, lorsque leurs sourcils prennent une position oblique; chez les jeunes enfante, an contraire, dont ta peau ne se plisse pas aisémen,, on les voit raremen,, ou bien l'on n'en peut découvrir que de simples traces. Ces rides particulières sont très bien représentées dans la figure 3, planclie H, sur le front d'une jeune femme qui possède à un degré extraordinaire la faculté de mettre en mouvement tes muscles en question. Pendant qu'on ta

tivement & l'action des muscles cowugator mpercilli, orbicularh, pyra-vûdalunasl et /tenta*. Cependant le D< Duchennc croit i«t chacune des conclusions auxquelles II arrive mérite une sérieuse considération) que c'est le corrwjntor, nommé par lui sourcil, qui retevé l'extrémité in-terne des aourcils et est l'antagoniste de [)a partie supérieure et interne du muscle orbiculaire. aussi biea que du pyramiMi, nasi ,vovc* H*. nisme dr la Physionomie humaine, 1862, in-folio, art. v, texte et figures; édition In* de 1802, p. 48. texte). Cet auteur admet pourtant que té «m«*r rapproche les sourcils, en donnant naissance aux rides verticales, au-dessus de la racine du nez, qui constituent le froncement de sourcils. Il croit aussi que, relativement aux deux tiers externes du sourcil, te corrugatoragit synergiquement avec la partie supérieure de for-biculaire, et que ces deux muscles sont en cela antagonistes du frontal. I. m'est impossible de comprendre, d'après tes dessins de Menle 0* 3, p. 25), comment le corrugator peut agir de la manière indiquée par M. Duchenne. - Voyez aussi sur ce sujet tes remarques du professeur Dondcrs, dam Archives or Mcdlcinc, I8T0, vol. V, p. 34. - M. J.Wood, si connu par ses études minutieuses sur tes muscles du corps humain, me fait savoir qu'il croit exacte la théorie que j'ai donnée de l'action du sour-cilier. Cette théorie, du reste, n'a aucune importance relativement & te* pression produite par t'obtiquité des sourcils, et elle n'en a guère pour expliquer l'origine de cette cxpression.

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M04                            HXIMIBSBIOS DU ClIACniN.

photographiait, elle songeait a In réussite de l'opération, M l'expression de son visage n'avait rien do triste; c'est pour-quoi je n'a! représenté que le front. La figure 1 de la mémo planche* coptée dans l'ouvrage du docteur Duchenne', représente, û une ëchelle eéduite/le visage a'im^«tte«ete«r de grand talent, dans son état naturel. Dans la figure 2, on voit le môme acteur simulant la douleur; seutement, ainsi que nous l'avons fait observer précédemment, les deux sourcils ne sont pas ëgalement contractés, La vérite de t'expresston est frappante; car, sur quinze personnes aux-quelles j'at montfé ta photographie originale sans les préve-nir en aucune façon de ce qn'elle représentait, quatorze ont reconnu immédiatement un chagrin désespéré, !a souffrance, la mélancolie, et ainsi de suite. L'histoire de ta figure d est assez curieuse; je vis cette figure dans la vitrine d'un nia-gasin et je la portai A M. Ucjlander pour tacher d'en décou-vrir l'auteur; je lui fis remarquer combien les traits en étaient expressifs. « C'est moi qui l'ai faite, me répondit-il, et elle doit en effet être expressive, car quelques instants après cet enfant fondit en larmes. I II me montra alors une photographie du même garçon, avec son expression ordinaire; je l'ai fait reproduire (fig. 4). Sur la figure M on peut distinguer une trace d'obliquité dans les sourcils; mais elle a surtout pour but, comme la figure 7, de montrer la dépression des coins de la bouche, dont je parlerai tout a l'heure.

Il est assez rare qu'on puisse, sans une certaine étude, agir volontairement sur les muscles de la douleur; bien des personnes y réussissent apr&s des efforts répétés; d'autres

4. Je suis très oblgé au dociear Duchennc pour la permit q.V

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OBUQUITÉ DBSSOUMCtL».                        M»

nny aw-iveiit jamais. L degré d'obliquité des sourcils, que cotte obliquité éoit d'ailleurs voloolaln ou inconsciente, diffère beaucoup suivant les individus. Chez certains sujets, donUos muscles pyramidaux sont apparemment d'une force plus^ ciu'ordinuM, la cbnt^tim, des sitiscaux médians du muscle ffontall quoique énergique, - comme ll prouvent les srdes quadrangulaircs du ffontt - ne soulève pas les extrémités internes des sourcils, mais les empêche seulement d'être ausss abaissées qu'elles lleussent été sans cette contraction.

D'après mes observattons, les muscles de la douleur entrent en action beaucoup plus fréquemment chez llenfant et la femme que chez l'homme. Ils sont mis en jeu rare-ment, du moins chez l'adulte, par la souffrance physique, mais presque exclusivement par l'angoisse morale. Deux individus qui, après quelque temps d'étude, étaient parvenus à gouverner leurs muscles de la dduleurr remarquèrent, en se regardant dans un miroir, que, lorsqu'ils rendaient leurs sourcils obliques, ils abaissaient en même temps, sans !e vouloir, les coins de leur bouche; c'est ce qu'on voit aussi quand l'expression est naturelle et spontanée.

La faculté d'agir facilement sur les muscles de la dou-leur parait être héréditaire, comme presque toutes les autres facultés humaines. Une femme, appartenant A une famille célèbre par le nombre considérable d'acteurs et d'actrices renommés qu'elle a produits, et qui sait rendre elle-même l'expression qui nous occupe « avec une précision singu-ti&re », a raconté au docteur Crichtoii Brwne que tous ses aïeux avaient possédé cette m~me faculté à un degré remarquable. tl paratt aussi que le dernier descendant de la famille dont l'histoire a inspiré le roman de Walter Scott intitulé Redgauntlet, a hérité de cette même tendance de race; je tiens ce fait du docteur Brownc: seulement le ro-mander représente son héros comme couvrant son front

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ittn

EXMUIIÔft DU CHAGRIN.

de rides en fer A cheval chaque fois qu'il revotait une émotion viol.nl, quelconque. .J'ai connu aussi une jeune femme dont le font était ains, plissé d'une manière presque habilite, indépendamment de toute émotion. .....

Les muscles de la douleur «'entrent pas en jeu très fréquemment; et comme leur action n'est souvent que momentanée, elle échappe faciiement A llobservation. Quoiqu'on reconnais toujours et immédiatement cette expression pour celle du chagrin ou de l'anxiété, il n'est pourtant pas une paonne sur mille qui, a moins d'avoir étudia ta question, pourrait indiquer avec précision te changement qui s'opère sur le visage a ce moment. l)e la vient probablement qu'it n'est fait mention de cette expression dans aucun ouvrage d'imagination, autant du moins que j'ai cru le remarquer, excepté dans RedgauntUt, et dans un autre roman dont l'auteur, m a-t-on dit, est une dame qui appartient précisément A la fameuse famille d'acteurs dont je parlais tout à t'heure: en sorte que sou attention a pu être tout particulièrement attirée sur ce sujet.

Cette expression était familière aux anciens sculpteurs grecs, ainsi que nous le voyons par les statues de Laocoon et d'Arelmo: mais, comme le remarque M. Duchcnnc, ils commettaient uneerreur anatomiquc ~rave en faisant traverser toute la largeur du front par des rides transversales : on en peut dire autant de certaines statues modernes. Il est plus vraisemblable de croire, cependant, que des artistes d'une perspicacité si mervcilleuse n'ont pas péché par ignorance, mais ont sacrifie volontairement ta vérité A ta béante, car il est certain que des rides rectangulaires au milieu du front n'auraient pas fait grand effet sur le marbre. Cette expression étevée A son plus haut degré n'est pas souvent représentée dans les tableaux des anciens mattres, du moins à ma connaissance, probablement pour la même raison; cependant une femme, qui ia connaît parfaitement, m'a dit que,

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OBUQU.TÉ DES lOOKIL*

dans la IfeNiiff * «roi* de Fra Angellco, à Florence, on lh distingue nettement sut'lune des ffgures de droiie; je pourrais ciier encore quelles auttes exemples.

Sur ma demande, le docceur Crrchton Browne s'est soii giiiifàmi mm ! Kurprendre cette «preSSionehW le» nombreux aliénés confiés ù ses soins, dans l'Asile de West lliding; ii connaît d'ailleurs parfaitement les photographies de M. Duchcnne relatives a llaction des muscles de ta douleur. H m'informe qu'on pent voir ces muscles agir constamment avec énergie dans certains cas de mélancolle et surtout d'hypocondrie, et que les lignes ou rides persistantes qui sont dues à leut contraction habituelle sont des signes caractéristiques de la physionomie des aliénes appartenant aces deux classes. Le docteur Mrowne a bien voulu observer avec soin, durant une période considérable, trois cas d'hypocondrie dans lesquels les muscles de la douleur demeuraient continuellement contractés. Hans l'un de ces cas, il s'agissait d'une veuve âgée de cinquante et un ans. qui se ligurait avoir perdu tous ses visses et croyait que son corps était entièrement vide: elle avait une expression de profonde détresse, et frappait l'une contre l'autre ses mains A demi fermées par un mouvement rythmique qui durait des heures entières; les muscles de'la douteur étaient contractés d'une manière permanente, et les paupières supérieures étaient arquées. Cet état dura plusieurs mois, après quoi la malade se rétablit et reprit son expression naturelle. tn second malade présentai peu près les mêmes particularités, avec cette seule différence qu'il y avait en plus chez lui une dépression des coins de la bouche.

M. Patrick Nicol a eu également la bonté d'étudier pour moi plusieurs cas, dans l'Asite des aliénas de Susscx. tl m'a communiqué d'amples détails sur trois d'entre eux, mais leur place ne se trouve pas ici. A la suite de ses observations sur les malades mélancoiiques, M. Nicol arrive A

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UPtEMIO* »U CHACUN'.

celte conclusion, que le» extrémiiés internes des sourcils «ont chez eux presque. constamment relevées plus eu moins et te front plus ou moins plissé. Chei une jeune femme, on .jmtm.V*. ».*» d» front étaient perpétuelteueat en mouvement, Dans quelque» cas, les coins de la bouche sont déprimés, mais le plus souvent d'une manière a peine sensible. Presque <oujours, d'ailleurs, il existe certainesdifférences dans l'expression des divers mélancoliques. En général, tes paupières sont tombantes, il se forme des plis sur la peau ai voisinage et en dessous de leurs angles externes. Le sillon naso-labial, qui va des ailes du nez aux coins de la bouche, et qui est si visible chez llenfant qui pleure, est souvent trùs fortement accusé chez ces maladcs.

Ainsii chez les aliénés, tes muscles dela douleur se contractent fréquemment avec persistance; chez les personnes bien portantes, on observe aussi des contractions fugaces de ces muscles, provoquées par des motifs d'une insignifiance dérisoire~ et tout à fait inconscients. Fn monsieur fait à une jeune femme un présent d'une valeur infime; elle se prétend otrensec, et, pendant quelle lui reproche, sa conduite, ses sourcils deviennent extrêmement obliques et sonfm.it se ride. rue autre jeune femme et un j<une homme, tons deux de très bonne humeur, causent vivement ensemble, avec „„e votuhilite extraordinaire: je remarque que. chaque fois que la jeune femme est vaincue dans cette lutte et ne peut pas trenverses mots assez vite, sessourcilsse relèvent obli-qnirnieul et des rides rectangulaires s< forment sur son front. <> signe est comme un si~na! de détresse qu'elle arbore unMdemi-donzaine de fois dans l'espace dequelques minutes. Je n'exprime A ce moment aucune observation a ce sujet; mais. dans une autre occasion, je la prie de mettre on mouvfm«nt ses muscles de la douleur, tandis qu'une autre jeune fille, qui es. présente et qui peut le faire A votonté, lui niait* ce que j'entends parla; elle essaye * diverses

h

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6iÎMQ0ltUuMSOl:»0IL».

reprises, ,ais échoue eomplètement; ;ilvaitsuttl iependant «rime eontrariété bien légère, - celle ddeneouvoir parler we» vite, , pour mettre ce* muscles seuju coup sur roup dW manière energique.

Impression dduhagr.n, due h l! r^ntmetion dee muscles de la douleur, n'appartieut pas exclusivement tux Européens, maii parait être commune a toutes les racee humaanes. J'ai du moins reçu des témoignages dignes de foi ee ce qui concerne In, Hindous, les Dlmugars (une des tribus aborigènes de.l'Inde, qui hnhite les montagness et appartient A une tace tout à fait distincte des Hindous), les Malais, ,es nègres et les Australiens. Quann a ces dernier., deux observateurs me donnent nne réponse affirmative, maii n'entreot dano aucun détail; cependant, M. ïaplin ajoute A la description abrégée ào mon questionnaire ces simples mots: « Cela est exactt .I Pouf les nègres, la même dame. qui m'a si~nalé le tableau de Fra Augelico a observé, sur un nègre qui remorquait un bateau sur ce Nil, qu'a chaque obstacle il se produisati nne contraction énergique des muscles de la douleur et que le mitifu du front se plis-sait notablement. M. (leach a observé A Malaccaa sur un Malais, une forte dépression des roins de ta bouche, t'obliquité des sourcils et un plissement du frout formé par des rides courtes et profoudes. Cette expreano» fut de très courte durée; M. Geach «joute « qu'elle était très étrange et ressemblait A celle d'une personne qui est sur le point de pleurcr, au moment où elle fait une grande perte >,

M. H. Erskiue a constaté que la même oxpression est familière aux indigènes «fal'lml»; et M. J. Scott, du Jardin Botanique de Calcutta, m'a envoyu fort obligeamment une description détaillée de doux cas dans lesquels il l'a rencontrée. Il a observé pendant quelque temps, sans être vu, m» très jeune femme Dhan~ar de Nagporc, mariée A l'un des jardiniers, tandis qu'elle donnatt te sein à son enfant

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200                             EKPREKSION DU UCÀGIIIN.

oui illait mourir; iilit très sistinctement que ees sourcils étaient relevés au. exttémités snternes, ses paupières tombantes, .on front plissé dan» sl milieu, et sa bouche entr'ou-verte avec les coins fortemenn déprimés; au bout d'un, moment, iilortit de derrière un maasif de plantes qui le cachaient, et parla a la malheureuse femme, qui tressaillit, fondii en larmes et ll supplla de guérir son enfant. Dans le second cas, ii s'agit d'un Hindou obllgé parla pauvreté et la matadic de vendre sa chèvre favorite. Après en avoir reçu le prix, il regarda à plusieurs reprises la chèvre et ltargcnt qu'il tenait a In main comme s'il était tenté de le rendre; il s'approcha de la chèvre, qui était llée et prête Actrc emmenée; aussiiôt ltanimat se mit A se cabrer et A lui lécher les mains. Les regards du pauvre homme errèrent alors de côté etd'autre; «< il avait la bouche A demi fermée; tes coins en étaient fortement abaissés ». Enfin il parut prendre son parti de se séparer de sa chèvre, et, A ce moment, M. Scott remarqua que ses sourcils devenaient légère-ment obliques et vit se produire ie plissement ou gonllement caractéristique des extrémités internes, sans qu'il y eût sur te front aucune ride. L'Hindou demeura ainsi environ une minute; puis, poussant un profond soupir, il fondit en larmes, leva ses deux mains, bénit la chèvre et, se détournant, s'éloigna sans regarder en arrière.

6'««se de Vobliquilédes sourcils sous Vempire de la souf/r<nce. . Pendant bien des années, aucune expression ne m'a semblé aussi difficile à expliquer que celle que nous examinons en ce moment. Pourquoi le chagrin ou l'anxiété provoquent-ils la contraction des seuls faisceaux médians lu muscle frontal, en même temps que celle des muscles qui entourent les yenx? Il semble que nous ayons là un mouvement complexe uniquement destiné A exprimer le chagrin, et cependant cette expression est relativemcnt rare,

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.OBLIQUITE DKS SOUKCI18.                        à*)

et passe souvent inaperçue. Je croîs pourtantque l'explication n'est pas aussi difficile A trouver qu'on pourrait le croire au premierabord. Le docteur Duchcnne donne une photographie uujeune homme nuque! il a déjà «16 fait allusion, prise au moment où H contractait involontairement ses musctes cf1 la douleur d'une manière très prononcée, tandis qu'il maintenait son regard levé sur un objet fortement ectaïré. J'avais totalement oublié cette photographie, iorcque, par un beau jour, étant & cheval et ayant le soleil a dos, je rencontrai une jeune fille qui leva les yeu.x sur moi; ses sourcils de-vinrent aussitôt obliques, et, par suite, son front se couvrit de rides. Depuis, j'ai observé souvent ce même mouvement dans des circonstances analogues. A mon retour chez moi, sans leur expiiquer en aucune façon quel était mon but, je priai trois de mes enfants de regarder aussi longtemps et aussi fixement que possible le sommet d'un grand arbre qui se détachait sur uu ciel extrêmement brillant. Chez tous tes trois, les muscles orbicutaires, sourciliers et pyramidaux se contractèrent énergiqucmen,, par suite d'une action réflexe succédant A t'excitâtion de la rétine et ayant pour but de protéger leurs yeux contre l'éctat de la tumierc. Los enfants faisaient tout teur possible pour regarder eu haut; ils me donnaient ainsi le spectacle d'une lutte curieuse, pleine d'efforts spasmodiques, établie entre le muscle frontal, dans sa totatité ou seulement dans sa pariie médiane, et les divers muscles qui servent A abaisser les sourcils et à fermer les paupières. La contraction involontaire des muscles pyramidaux donnait naissance a des rides profondes «t transversales sur ta racine du nez. Chez un des trois enfants, les sourcils étaient tour A tour élevés et abaissés par ta con-traction alternative de l'ensemble du muscle froutat et des muscles pendutaires, de sorte que la surface du front se trouvait tantôt couverte de rides, et tantôt parfaitement unie. Le front des deux autres enfants se plissait clans le milieu

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EXPBKS8.0O DU CIIAGB.N.

seulement, ce qui produisit des rides rectangulaires; et les soumis étaient obliques, <«ndis que leurs extrémités internes se plissaient et se gonflaient. Ce phénomène se produisait dune manicre très légère chez t'un des enfants, et A un dejrré très marcpié chez t'autre. Cette différence dans i'obliquité des sourcils dépendait probablement d'une différence corrélative dans leur mobilite générale et dans Ja force des muscles pyramidaux. Dans les cas que je viens de citer, les sourcits et le front étaient mis en mouvement, sons l'influonce d'une forte lumière, absolument de la même ma-

:r,£^^                             que

M. Huchenne a constaté que le muscle pyramidal du m* est moins immédiatement placé sous le contrôle do lu volonté que les autres muscles péri-ocutaires. Il fait remarquer que le jeune homme précédemment cité, qui avait un empire aussi grand snrsesmuscles du chagrin que sur ta plupart des autres muscles faciaux, ne pouvait pourtant pas contracter ses muscles pyramidaux'.. Cette faculté, cependant, offre sans doute des degrés suivant les individus. Le muscle pyramidal attire en bas la peau du front intermédiaire aux sourcils, ainsi que tes extrémités internes de ceux-ci, Les fibres médianes du frontal sont antagonistes du pyramidal; et, pour faire équilibre A ta contraction de ce dernier, il faut que ces fibres médianes se raccourcissent. .1 en résulte que, chez les personnes douées de puissants muscles pyramidaux, s'il se produit un désir inconscient d'empêcher r'abaissement des sourcils, pendant qu'elles sont exposées A ta lumière éclatante, tes fibres médianes du frontal doivent être mises en jeu, et leur contraction, si elle est assez forte pour maîtriser les pyramidaux, unie avec celle des muscles sourcitiers et orbicutaires, agira précisé-

3. JbMw* h /%». humaine, Album, p. <S.

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0.»UQUITknES80UUClL8.

ment tic la manière que nous venons de décrire sur les sommet sur le front.

Lorsque les enfants crient ou pleurent, ils contractent, comme nous l'avons déjà vu, les muscle* orbiculaircs. sour-cUîêrserpyruh»iaatux enpremier îiert pour comprimer-leurs yeux et les empèchcr de se gorgcr de sang, et secon-daireuient par l'effet de l'habitude. J'en avais conclu que. lorsque les enfants cherchent soit a prévenir un accès de pleurs, soit A l'arrêter, ils devaient tenir on échec la cou-Iraction des muscles ci-dessus nommés, de la mémo manière que lorsqu'ils regardent une lumière brillante; je pensai! en conséquence que les faisceaux médians du muscle frontal devaient souvent entrer enjeu. Jo me mis donc à étudier des enfants placés dans ces conditions, et je priai d'autres personnes, en particulier des médecins, d'eu faire autant de leur coté. Cet examen demande une grande attention; en effet, chez l'enfant, l'action antagoniste particulière des muscles eu question n'est pas A beaucoup près aussi nettement définie que chez l'adulte, parce que son front ne se ride pas facilement. Cependant je reconnus bientôt que les nusctes de la douleur, dans ces occasions, entraient très souvent en jen de la manière ta plus évidente. 11 serait oiseux de rapporter ici tous les cas qui ont été observés; je n'eu citerai que quelques-uns, Tne petite fille d'un an et demi était taquinée par d'autres enfants: ses sourcils devinrent notablement obliques avant qu'elle éclatât en pleurs. Chc* une petite «Ile plus âgécr on observa cette même obliquité des sourcils; on remarqua en outre que leurs extrémités internes étaient sensiblement pliss~es, et que les coins de la bouche s'abaissaient en même temps. Dès qu'elle commença a pleurer. ses traits se modifièrent pomplôtement et cette expression particulière s'évanouit. Autre exemple : un petit garçon que l'on venait de vacciner criait et pleurait avec violence; le chtrurgie», pour l'apaiser, lui donna une oraogf qu'il

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«M                          EXPRESSION DU GliAOlIK!

nvuit apportée dans cette inUwtion; ce présent plut beau-coup à l'enfant, qui cessa de pleurer; on put observeront intel tous les mouvements caractéristiques dont nous avons parlé, y compris même ta formation dus rides rectan~ulaires au milieu du front. Enfin je rencontrai sur une route une petite «lle de trois A quatre «„s qui venait d'être effrayée par un cbien; quand je lui demandai ce qu'elle avait, elle cessa de pleurer, et ses sourcils prirent immédiatement une obtiquitë singulière.

Nous avons donc là, sans aucun doute, la clef du problème que nous présente t'anta~onisme entre ia contraction des fibres centrales du frontal et celte des muscles péri-oculaires, sons l'influence de la douleur, que cette contraction soit d'ailleurs protongee, comme chez les aliénés mélancoliques, ou qu'elle soit momentanée et suscitée par une contrariété insignifiante. Kous avons tous, dans notre enfance, contracté maintes fois nos muscles orbicnkures, sourciliers et pyramidaux, afin de protéger nos veux, tout en pouvant des cris; nos ancêtres ont agi de même avant nous, pendant de longues générations; et quoique, en avançant en âge, il nous devienne facile de retenir nos cris lorsque nous éprouvons quelquedouleur,nousnepouvonstoujoursvaincrereffetd'une tondue habitude et empêcher une légëre contraction des muscles indiqués plus haut; si cette contraction est très faible, nous ne la remarquons même pas et nous n'essayons pas de lu réprimer. Mais les pyramidaux paraissent être moins directement placés sous l'inûuence de 1» volonté que tes autres muscles dont nous venons de parler, et quand ils sont bien développés, leur connection ne peut être arrêtée que par la contraction antagoniste des faisceaux médians du frontal. 1) en résutte nécessairement, si ces derniers faisceaux se contractent avec énergie, une ascension oblique des sourcils, un plissement de !eurs extrémités internes, et la formation de rides rectangulaires au milieu du font. Comme les en-

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AMAISSKMttXT »KS COINS AEXA UOUtïIlB.          'm

fente st le» femme» pleurent beaucoup plus sacilement tue les hommes ee que les adulles deeseux xexes sneleurent guère que sou» s'influenco dela douleur momie, ,o peut comprendre comment tilseait, ainsi que je l'ai ibseevé, que les muscles delà doîuéùrentrent plu*fréquemment en jea ehe, Fenfant eeta femme que chez l'homme, et ne se contractent en général cheezladuete que sous s'action de la soufffancc de l'esprit Dans quelques-uns des cas déjà mentionnés, par exciu-pie dans ceux del1 pauvre femme bhangar et de l'Hindou, la contractton des muscles de la douleur fut promptement suivie de l'effusion des larmes. Dannsoute contrariété, grande ou petite, noire cerveau a, par suiie d'une longue habitude, une tendance à envoyer & certains muscles l'ordre de ss contracter, comme si nous étions encore des enfants, prêts A fondre en larmes. Maii grâce au merveilleux pouvoir de la volonté, grâce aussi aux effets de llhabitude, nous pouvons résister en partie a cet ordre, sans avoir pourtant conscience de cette résistance, ou tout au moins du mécanisme par lequet elle agit.

Abaissement des coins de la bouche. /Cet abaissement est produit par les depressores anguli «ris (triangulaires du menton, fig. 1 et 2, page tt, Kl) Les fibrcs de ce muscle divergent vers la partie inférieure; leurs cxtrémités supérieures, convergentes, s'attachent aux commissures, et dans une petite étendue* la partie externe de ta lèvre inférieure". Quelques-unes de ces fibres scmblent ctro antagonistes de celle du grand zygomatique et des divers muscles qui s'attachent à k partie externe de la lèvre supérieure. U contraction du triangulaire attire en bas et en dehors tes coins de la bouche, en entraînant la partie externe de la lèvre supérieure. et

C. mn^Ha^uch^Anat^sMensam. 18.8, H. I, p. l*Mg.08

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HXfftBSSION DU CIUOniN.

«M*4i.fciU.dHiet les alles du ne*. f^que, la bouche étant fermée, ce muscle entre en aciion, la ligne de jonction des deux lèvres forme une cou'be A concavité inférieure', et les Iftvres elles-mêmes sont quelque peu portées en avan,, surfont celle «t'en bias. Cet* disposition de lu bouche est bîoï. représentée dans les deux photographies de M. Rej!ander (planche II, %. « et 7). Hans la ligure <, on vott un jeune garçon qui a reçu sur le visage une tape d'un de ses camarades, et qui cesse & peine de pleurer; c'est le moment pré-cis qu'on a choisi pour le photographier. '

L'expression do chagiin ou d'abattement, due A !a contraclion des triangulaires, a été si~nalée partous ceux qui se sont occupés de ces questions. En anglais, dire cpi'un individu at la bouche abaissée {is demi in ike moulh) équivaut & dire qu'il est de mauvaise humeur. U dépression des coins de ta bouchc«observe souvent, comme je lai déjà dit, d'après le témoignage du docteur Crichton Browne et de M. fficoL chez les aliénés mélanco!iques : on ia voit très nettement sur des photographies de quelques malades ayant de fortes dis. positions au suicide, qui m'ont été envoyées par 31. Browne. Ou l'a constatée d'ailleurs chez, des hommes appartenant A diverses races, chez les Hindous, chez les tribus nègres des montagnes de l'Inde, chez les Matais, enfin, d'après le témoigna^ du Révérend M. Magenauer. chez les aborigenes de t'Australie.

l/enfantqui crie contracte énergiquement ses muscles péri-oculaires, ce qui soulève sa lèvrc supérieure; comme il doit en m~mc temps maintenir sa bouche largement ouverte, les muscles ahaisseurs qui aboutissent aux commissures entrent aussi vigoureusement en action. !ten résulte généralement, mais pas toiyours cependant, une !égère courbure anguleuse

7. Voir .étude do faction de ce mnsclc, par te docteur Dnchenne, ** ouUmtctU hPAysionomie humaine, Mhum (180-2), VIII, p. 3i.

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MBMI88BMBNT DES COINS DE L\ HOIÏCHB.            207

de chaque coté do la lèvre inférieure, daa* le voisinage dn ces commissures. Le résultat des mouvements combinés des deux lèvres est de donner & l'orifice buccal une forme qua-drangnhnre. U contraction du muscle triangulaire s'aperçoit tri* bien chez ^enfant, fcrsqu'ilcrie sans trop.de violence, ^ et mieux encore au moment ou il va commencer et ou il fiait de crier. Son petit visage prend alors une expression cxterne* ment piteuse, que j'ai observée bien des fois sur mes propres enfants, depuis l'Age de six semaines environ jusqu'à celui de deux ou trois mois. Quelquefois, quand l'enfant lutte contre un accès de pleurs, l'inflexion de la bouche s'exagère tellement que celle-ci prend la forme d'un fer à cheval; l'expression de désolation profonde que prend alors son visage constitue véritahlement une caricature risible.

La contraction du triangulaire, sous l'influence de l'abatte-ment, s'explique probablement par les mêmes principes généraux dont nous avons vu l'application à propos de l'obliquité des sourcils. Le docteur Duchenae conclut de ses observations, prolongeas pendant mi ~rand nombre d'années, que ce muscle est, parmi tous ceux de la face, l'un des moins soumisau contrôle de la volonté. A l'appui de cette opinion, nouspouvons rappeler la remarque que nous avons déjà faite à propos d'un enfant qui va se mettre à pleurer, mais qui hésite encore, ou qui s'efforce de réprimer ses larmes : dans ces circonstances, sa volonté agit généralement sur tous les muscles du visage plus efficacement que sur les abaisscurs des commissures labiales. Deux excellents observateurs, dont l'un était médecin, ont bien voulu. & ma demande, étudier avec soin et sans aucune idée préconçue, des femmes et des enfants d'âge divers, au moment ou, malgré leurs efforts pour se contenir, ils étaient sur le point de fondre en larmes; ces deux observateurs affirmeut que les triangulaires entrent en action avant tous les autres muscles. D*s lors, comme pendant l'enfMnce ces muscles ont été souvent mis en jeu, du-

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208                            K.\l»RKS8!Otf DU CIIAQHIN.

rant une longue suite de générations, la force nerveuse doit tendre en vertu du principe de l'association des habitudes & se porter vers ces muselés, nussi bien que vers les autres I muscles de la face, tontes lesfois que par la suite on épfonvo | m «Intiment même léger de tristesse: mawrComroelo»trmn- -j gutaires sont un peu moins soumis au contrôle de la volonté que 1« plupart des antres muscles, on doit s'attendre à les voir se coutractor logement, alors que les autres restent incrtes. 11 est curieux de constater quel faible degré d'abais-semeut des angles do !a bonchc suffit & donner a la physiono-mie uuo expression de mauvaise humour ou d'abattement, , en sort< qu'une contraction très légère des triangulaires ï trahit A elle seule ces états de l'esprit.                                    ;?

Je terminerai en racontant une petite anecdote qui ser- . vira «V résumer eu quelque sorte tout ce qui précède. Je me trouvais un jour assis dans un compartiment de wagon, en face d'une vieille dam< dont le visage avait une expression sereine, quoique absorbée. Kn !a regardant, je remarquai que ses muscles triangulaires se contractaient très légère-ment, mais nettement. Cependant commf sa physionomie conservait toujours la même apparence de calme, je me pris A pcnser que cette contraction ne devait avoir aucune espèce de sens, bien qu'il eût été facile de s'y tromper. Cette idée m était & peine venue que je vis ses yeux se mouiller subitement de larmes, qni paraissaient prêtes a couler sur son visage, tandis que sa ligure exprimait l'abattemen,. 11 est écrient que quelque triste souvenir, peut-être celui d'nn enfant autrefois perdu, avait A ce moment traverse son esprit. Aussitôt que chez elle le sensorinm avait été ainsi impressionné. certaines cellules nerveuses avaient transmis instantanémen,, par suite d'une habitude invétérée, leur ordre à tous les muscles respiratoires, aussi bien qu'à ceux du visage, afin de les disposer pour un accès de pleurs. Mais la

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ADAI8SBMKNT CES COINS 0K M BOHCHÉ.             20Û

volonté, on plutôt une habitude postérieurement acquise, in-tervenant alors, avait oontremandé cet ordre; et tous les muscles avaient obéi à cette dernière injonction, excepte les triangulaires, qui seuls étaient entrés légèrement ou action en abaissant un peu le» commissure* del lèvre», »n reste la bouche ne s'était môme pas entr'onverto, et la respiration était restée calme comme à l'état normal.

Au momentoù la bouche de cette dame avait commencé à prendre, involontairement et d'une manière inconsciente, la fotme catactéristtque d'un accès de pleurs, une impres-sion nerveuseavait .dû* transmettre, sans doute par lesvoics dès longtemps accoutumées, & tous les muscles respiratoires, aussi bien qu'aux muscles péri-oculaires et au centre vaso-moteur qui rëgit Ja circulation sangnino dans tes glandes îaorymales. Gcdernier fait était bien nettement démontré par la présence sobite des tarmcs qui humectaient les yeux, présence facile à comprendre, puisque les glandes lacrymales sont beaucoup moins soumises & l'influence de la volonté que les musctes du visage. Sans aucun doute, il devait fxister en même temps dans les muscles peri-oculairps une disposition A entrer on contraction, comme pour protéger tes yeux contre les dangers d'un engorgement sanguin; mais elle avait été contrariée et complètcmcnt surmontée par ta volonté, en sorte que le sourcil resta immobile. Si le pyramidal, le sour-ciller et les orbicnlaircs avaient été, comme chez bien des personnes, moins obéissants & l'action de la volonté, ils se-raient entrés légèrement en action; alors les fibres .noyennes du frontal se seraient aussi contractées en sens inverse, et tes sourcils auraient pris une direction oblique, en même temps que le front se serait sillonné de ptis rectaugulaires. Alors aussi la physionomie eût revolu, dune manière bien plus nette encore, l'expression de l'abattement ou plutôt du chagrin.

C'est en procédant ainsi que nous pouvons comprendre

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À

210                              BXPBKSStOK DU OlUGttlï*.

ccmmentt lorsque queeque pensée mélancolique etaverse le cerveau, Un«eroduii un abaissement t peine perceptible des soins ddeh bouche, ,u une légère elévation des extrémités internes dec sotrcils, oo encore ees deux mouvements à ht (ois, aussitôt suivis ddune flgtiif effusion de larmes; La force nerveuse, ttansmiie par 'ses voies habiiuelles, produii des scfets sans tous les points où la volonté n'a pas acquis, par une longue habitude, une puissance sufffsante pour s'y opposer. Les phénomènes cnlessus peuvent donc être considérés comme des vestes s,,dimentaires des accès de cris qui sont si fréquents et ss prolongés pendant llenfance. «ans ce cas, comme dans bien d'autres, les llens qui llent la cause a l'effet, pouf donner naissance à diverses expressions de la physionomie humaine, sont véritabtemcnt merveilleux, et iis nous donnent llexplication d< certains mouvements que nous accomptissons involontairement ettnconsciemment toutes les fois que certaines émottons passagères viennent traverser notre esprit.

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WAP!THEVU!.

«MB, GAIKTÉ, AMOUI», SENTIMENTS

J mm», mtrt.

nire. **,>«***».. primitive de I» Joie. - „,,, h*** - Mouveroe.m et Irai.» ,lu vi. Nage ueudttiil lo rire. — Katiir» du non émis. — S<-<Ti:lion de» Urine* qui accompagne la fou rire.— Degrés liilermitliaire* entre le fou rire et te sourire. - «aiotd. — Ex|ir«saion de l'amour. — Sentiments tendres. — Piété.

Une joie 1res vive provoque divers mouvements sans but: on danse, on bat des moins, on frappe cl» pied, etc.; en môme temps on rit bruyammen.. Le rire paratt ~tre l'expression primitive de In joie proprement dite on du bonheur. C'est ce qu'on voit clairement chez les enfanb qui rient près-que sans cesse en jouan.. Dans ta jeunesse, la gaieté se ma-nifeste aussi fréquemment par des éclats de rire à propos de rien. Homère appelle le rire des dieux « l'exubérance de leur joie céleste & la suite de leur banquet quotidien ,. On sourit, - et nous verrons que le sourrre passe graduellement au rire, - lorsqu'on rencontre un vieil ami dans la me; on sourit aussi sous l'influence du plus léger plaisir, par exemple lorsqu'on flaire un parfum suave '. Laura Brid~man, aveugle et sourde, ne pouvait avoir acquis aucune expression par imi-tation;lorsqu'onluicommuniquait.al'aide de certains signes, Rune lettre de quelque ami, , elle riait et battait des mains, et *%* joues se coloraient ». Dans d'autres occasions, on l'a vue iapper des pieds en signe de joie ».

fi. Herbert Spencer, fe* ««* Ce, .838, p. a».

2. F. Hcbcr, sur les sons vocaux de L. Hridgman, SmUhs»,,hm Con-MbuUom, l83J.vol.lt, p. 0.

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3,-i                              KXPRRSSION l>A M .OIK.

Les sdiot, et les tmbéciles nous fournissent également de bonnes preuves a llappui do cette opinion, que le rire ou le sourireexpriment originellement la joie ou le bonheur. Le doetenr l>ichton Biwiie, qui a bien voulu me pommuniquer, sur ce point eo.mne sur beaucoup d'autres, les résultats de sa vaste expérience, m'apprend que chez les idiots , le rire est de tontes les express'ons la plus générale et la plus fréquente. Certains idiots cependant sont moroses, iras-cibles, turbuients, tristes, ou bien comptètement stupidea ! ccux-la ne rient jamais. D'autres rient souvent de ta manière la plus inepte. Ce* ainsi que, dans t'Asile, un jeune idiot, qui n'avait pas i'usage de la parole, se plaignait un jour par signes au docteur Browne d'avoir reçu sur l'œil un coup d'un de ses camarades; « ces plaintes étaient entrecoupées d'exptosions de rire, et son visage s'illuminait de larges sou-rires >,. Il est une auto classe d'idiots, très nombreuse, qui sont constamment joyeux et iooffensifs, et qui ne cessent, de rire ou de sourire -. Leur physionomie s'empreint souvent d'un sourire stéréotypé; lorsqu'on place devant eux un mets quelconque, lorsqu'on les caresse, lorsqu'on leur montre des couleur! brillantes ou qu'on leur fait entendre de la musique, leur gaieté augmente, et alors ils s'épanouissent, ils rient, ils poussent des éclats étouffés. Quelques-uns rient plus que d'habitude lorsqu'ils se promènent ou exécutent un exercice musculaire quelconque. La gaieté de la plupart de ces idiots, suivant la remarque du docteur Biwne, n'est certainement associée a aucune idée déterminée : ils éprouvent simplement un plaisir, et l'expriment en riant ou souriant. Chez, ies imbéciles, qui sont placés un peu moins bas dans l'échelle des atiénés, la vanité personnelle paratt être la cause la plus commune du rire, et, après elle, le plaisir produit par l'approbation donnée à leur conduite.

3. Voir aussi M. Marshallt m**»* T*m*m «««.,,, M.

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rirb.                                   ai»

Chez l'adulte, le rire est provoqua par des causes tr~s différentes de celles qui suffisent à le produis pendant l'enfer; il n'en est pas de mémo toutefois du sourire, il cet égard, lé rire ressemble aux larmes. qui ne coulent chez l'adulte que sous Ï'influente*de ladotilettr morale,tandis que chez i'cn-fant elles sont excitées par toute souffrance, physique 01. mitre, aussi bien que par la frayeur ou la colère. Bien des auteurs ont cupiousement discuté tes causes du rire chez l'adulte ; cette queotion est élément complexe. Une chose incongrue ou bizarre, produisant la surprise et un sentiment plus ou moins marqué de supériorité, - l'esprit étant d'ailleurs dans une disposition heureuse, - paratt être, dans !a ptupart des eus, la cause provocatrice du rire\ Les circonstances qui le produisent ne doivent pas être d'une nature importante : c'est ainsi qu'un pauvre diable n'aura envie ni de rire ni de sourire en apprenant subitement qu'il vient d'hériter d'une grande fortune. Si, l'esprit étant fortement excité par des sentiments agréablcn, il vient a se produire quelque petit événement inattendu, si une idée imprévue surgit tout A coup, alors, d'après M. Herbert Spencer \ < la force nerveuse en quantité considérable, qui allait se dépenser en produisant une quantité équivalente de pensées et d'émotions non-velles, se trouve subitement dévoyée... tl faut que cet excès se décharge dans quelque autre direction, ft il en résulte un flux qui se précipite, par les nerfs moteurs, jusqu'aux diverses classes de muscles, et qui provoque l'ensemble des actes demi-convulsifs que nous désignons sous le nom de rire ». Un correspondant a fait, pendant le dernier siège de Paris, une observation qui asa valeur au point de vue qui nous

4. On trouve dans l'ouvrage dcM.Bain(The »*. *****. U. mPhyslohgyoriAughter, Mmm **rlt, 1803, „ m.-

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EXriËMIo'MRLAiOlB.

occupe : lorsqne les soldat* allemands avaient été profbndé-ment impressionnés par une situation tr~s périlleuse a laquelle II, venaient d'échapper, ils étaient tout particulière-ment disposés à éclater en bruyants éclats de rire à propos dïe la plus instantc facSïic. De même, lorsque Te* peÙïs enfants vont commencer A pleure.', il suffit parfois d'une circonstance inattendue survenant brusquemcnt pour les taire passer des larmes au rire: il semble que ces deux manifestations puissent servir également hien a dépenser l'excès de force nerveuse miso en jeu à un moment donne.

On dit quelquefois que l'imaginati~n est chatouillée par une idée risible : ce chatonillement intellectuel présente de curieuses analogies avec le chatouillement physique. Tout le monde connatt les éclats de rire immodérés, les convulsions générales que le chatoulllement provoque chez les enfants. Nous avons vu que les singes anthropoïdes émettent aussi un son entrecoupé comparMbte & notre rire, quand on les cha-touille, surtout dans le ceux de l'aisselle. Un jour, je frôlai avec un morceau do papier la plante du pied de l'un de mes enfants, âgé seulement de sept jours; it retira aussitôt la jambe, avec un brusque mouvement, en fléchissant les ortpiis, comme eut pu le faire un enfant plus âgé. Ces mouvements. aussi bien «,..e le rire provoqué par le chatouillement, sont manifestement des actes réflexes; il en est de même de la contraction des petits muscles lisses qui hérissent les poils, dans le voisinage d'un point des téguments qu'on chatouiller. Mais le rire qui est provoqué par une idée risible, quoique involontaire, ne peut pourtant pas s'appeler un acte réflexe dans la stricte acception du mot. En pareil cas, comme dans celui où c'e"t le chatoulllement qui cause le rire, il faut, pour que celui-ci se produise, que l'esprit snit dans un état agréa-

jy. liMjr, cans Quarto M,rnal of Hicro^t Science, lin,

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niiiK.                                           «i&

Me. C'est ainsi qu'un je«ne eefant thatouiilé par une personnnenconnue pousse des sris de erayeur. .I faut ausss que le contact toit téger, ee que l'idée ou l'évenement qui doii provoquer rl rire n'ait pas d'importance sérieuse. Lee parties du 'cdrpg'qùr'iittnti&'pItis'iieWlWe!» au chatouillement «ont celles qui ne supportent pas habituellement le contact de surfaces étrangères, par exempstees aisselles ou les parties intérieures des doigts, ou bien encorr celles qui subissent le contact d'une surface large et uniforme, comme la plante des pieds; toutefois la surface qui nous porre dans la station assise constitue une exception marquée a ceete règle. D'après Gru-tiolet », certains nerfesont beaucoup plus sensibles que d'au-tres au chatouillement. Un enfant peut difficilement se chatouiiler lui'méme, ou du moins la sensation qu'il se procure A lui-même est beaucoup moins intense que lorsqu'elle est produite par une autre personne; il semble résulter de ce fait que, pour que la sensation de chatouillement existe, il est nécessaire que le point sur lequel vu porter le contact reste unprévu;de nie, s'il s'agU de l'esprit, une chose inattendue, une idée soudaine ou bizarre qui vient se jeter au travers d'une suite normale depensées, parait constituer un élément considérable dans le risible.

Le bruit Raccompagne le rire est produit par uneinspira-tion profonde, suivie d'une contraction courte, saccadée, spas-modique desmusclesthoraciquesetsurtoutdu diaphragme». C'est de la due dérive l'expression rire à s« tenir le* côtes. Par suite des secousses imprimées au corps, la tête est agitée d'un côté à l'autre. La mâchoire inférieure tremblote souvent de haut en bas; ce dernier mouvementse remarque également chez quelques espèces de babouins, lorsqu'ils sont sous l'empire d'une vive joie.

7. Delà Physionomie, p. 1BC.

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3,<t                             KXPMESStON DB M JOIB.

Pendant le rire, la bouche s'ouvre ptus ou moins sargement; les commissures sont fortement tirée en arrière et un peu en haut; la Itor* supérieure se soulève légèrement. C'est dans un rire modéré ou dans un large sourire que la rétrae-UoïeVarrito^

appliquée au mot sourire indique deailleurs que xa bouche s'ouvre largement. Dans laplanche III, on voit (fng. 1-3) des photographies représentant le sourire et divers degrés du rire. ha figure de Ja petite fille couverte d'un chapeau est du docteur Wallich; l'expression est très naturelle; les deux antres figures sont de M. Rejlander. Le docteur Ouchenne insiste A plusieurs reprises» sur ce fait que, sous l'influence d'une émotion joyeuse, la bouche subit l'action d'un seul muscle, le grand xygomatiquo, qui en attire lescoinsen haut et en arrière; cependant, si j'en juge d'après la manière dont les dents supérieures se découvrent constamment peu-dant le rire on le large sourire, et si je m'en rapporte de plus au témoignage de mes sensations petsonhellcs, je ne puis douter que quelques-uns des muscles qui s'insèrent sur la lèvre supérieure n'entrent aussi légèrement en action. Us portions supérieure et inférieure des muscles orbicnlaircs se contractent en même temps plus ou moins; et il existe, comme nous l'avons vu A propos des pleurs, une connexion intime entre ces muscles, surfont les inférieurs, et quelques-uns de ceux qui aboutissent a la lèvre supérieure. Henle fait remarquer a ce propos » que, lorsqu'un homme ferme exactement l'un des deux yeux, il ne peut s'empêcher de rétracter la lèvre supérieure du même côté; réciproquement, si. après avoir placé son doigt sur la paupière inférieure, on essaye de découvrir autant que possible les incisives supérieures, on

9. Mécanisme de la Physionomie humaim, A/6111», légende V). <0. mndbuch dtTSusU'm. Anal. <k* Mmscivti, \m, B. I, «. 144. -Yotr la figure 2, H.

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sent, , mesure que eiaèvre m eenlève energiquemeut, que les muscler sdea aaupière entrent te contraction. Dans le dessin ndeante, reproduit figure 2, ooneut «fripa le mus-clem«ï«r*(R),q«i «e jette dans la lèvre supérieure, «ppar-tient j»res(itieintépf«itement à «vpartie inférieure.de arbir. culaire.

Le docteur Duchennn a publié deeu grandes photographies. dont tes sfgures V ee 5 de la planche 111 sont tes réducttons. ee qui rrpréseateatte visage d'un vieillard, d'abord dan* son état normal, impassible, et en second lien souriant naturellement; ltexpression de cette dernière a été immédiatement reconnue par tous ceux qui llont vue. Iï a donné en même temps, comme exemple d'uu sourire produit artificiellement, une autre photographie (flg. ?) du môme vieil-lard avec les coins de la bouche fortement rétractas par la galvanisation des muscles grands zygomatiques, Or il est évident que cette expression n'est paa naturelle; car, survin~t-quatre personnes auxquelles j'ai montré laphoto~raphie en question , trois n'ont su lui assigner une expression quelconque; et les autres, tout en reconnaissant qu'il siagissait dp quelque chose plus ou moins analogue à un sourire, ontpi^ posélestitrc8suivants:n.attt!a*«/)lai5amme;firerorcé;fir6gn-maçant; rire àdemi étonné; etc. Le docteur Duchenne attribue la fausseté de l'expression A la contraction insuffisante des or-bicutaires au niveau des paupières inférieures, et il attach' avec raison une grande importance à l'action de ces muscles dans l'expression dela joie. Il y a certainement du vrai dans cette mantère de voir, mais elle n'exprime pas encore A mes yeux tonte la vérité. U contraction de la partie inférieure des orbiculaires est toujours accompagnée, comme nous l'avons vu, d'un mouvement d'étévation de la lèvre supérieure. Si, dans la figure i, on avnit ainsi relevé légèrement la lèvre, la courbure serait devenue beaucoup moins brusque, le sillon naso-labiai aurait un peu changé de forme, et l'ensemble

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218                         EXPRNSSION DE LA JOIK.

de l'expression eût été, je crois, plus naturel, indépendamment de ce qu'y auratt ajouté une contraction plus énergique des paupières inférieures. De plus, dans la figure 1, le sourcilier est contracté au point de provoquer le froncement des sourcils: or ce muscla n'agit jamais sous f influence de la joie, si ce «est pendant le rire très accentue ou vio-

C"Par suite de la rétraciion en arrière et de l'élévation des commissures par la contraction du grand aromatique, et de l'élévation de la lèvre supérieure, les joues sont aussi entrainées en haut. Il se forme des plis au-dessous des yeux, et, chez les vieillards a leur extrémité externe; ces plis sont éminemment caractéristiques du rire ou du sourire. Lorsqu'un individu passe d'un léger sourire & un sourire bien marqué ou A un rire franc, s'il fait attention & ses propres sensations et qu'il se regarde dans un miroir, il peut constater que, A mesure que la lèvre supérieure se soulève et que tes orbicularres inférieurs se contractent, les rides qui sillonnent la paupière iuférieure et le pourtour des yeux s'accentuent de plus en plus. En même temps, d'après une observation que j'ai souvent répétée, les sourcils s'abaissent légèrement, ce qui prouve que les orbiculaires supérieurs entrent en contraction aussi bien que les inférieurs, au moins jusqu'à un certain degré, bien que ce dernier phénomène ne nous soit pas révélé par nos sensations. Si l'a» comparées deux photographies qui représentent le vieillard en question dans son état habituel (fig. 4) et souriant naturellemeni (fig. 5), on rcconnattra que dans cette dernière les sourcils sont un peu abaissés. C'est là, je présume, un effet de la tendance qu'ont les muscles orbicutaires supérieurs, par l'iniluence d'une habitude longtemps associée, à entrer plus ou moins en action dé concert avec les orbiculaircs inférieurs, qui se contractent lorsque la lèvre supérieure s'élève.

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IURR.                                                 a»»

U disposition qu'ont les muscles zygomattques A se contracter sous l'inttuence des émottons agréables ess démontrée par un faii curieux, qui m'a été communiqué parle docteur feowne, relatif anx malades atteints de ia paralysie générale M àMnês» " -- Xfaitm Matades, mr constate pr~sque invariablement de l'optimisme. - des illusions de santé, de position, demandeur, - un« gaieté insensée, de la bien-veiliance, de 1» prodigalité; d'autre part, le symptôme physique primitif de cette affectton consiste dans le tromb!emcnt des commissures dos lèvres et des angles oxternes des yeux. C'est la un fait bien constaté. L'agitation continuelle de la paupière inférieure, !e tremblement des muscles grands zygomatiques, sont des signes pathognomoniques de la première période de la paralysie genéraie. La physionomie offre d'ailleurs une expression de satisfaction et de bienveillance. A mesure que la maladie fait des progrès, d'autres muscles sont affectés à leur tour; mais. jusqu'au moment ou arrive l'imbécillité complète, l'expression dominante reste celle d'une bienveillance niaise. »

Par suite de l'élévation des joues et de la tèvro supérieure dans le rire et le sourire bien accentué, le nez semble se raccourcir; la peau de sa partie moyenne se couvre de fines rides transversales, et tes parties latérales de plis longitudinaux on obliques. Les incisives supérieures se découvrent habituellement. U se forme unsillon naso-iabiat bienmarqué, qui, partant de l'aite du nez, aboutit aux coius de la bouche ; ce sillon est souvent double dus les vieillards.

La satisfaction ou l'amusement se caractérisent encore par le brillant et par t'éctat du regard, aussi bien que par ta rétraction des commissures et de la lèvrc supérieure et les

!!. Voir aussi les observations du docteur i. Crichton Browne, ro-lativc* au m~me ««jet, dans le Journal of Mental Mwc, avrtHg-., p. 149. .

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m                         BXIM«RS»IOK»EUJQIK.

plis qui l'accompagnent. .«ta to. idiots microcéphales eux-mêmes, qui sont si dégradé» qu'ils n'apprennent jamais à parler, les yeux brillent liment sous l'influence du plai-'irJ?, Jlans ïe rire violent, les yeux se remplissent trop do larmes pour pouvoir brille<; dans le rire modère bu le sourire, au contraire, ta couche humide sécrétée par les glandes lacrymales peut aider à !eur donner de l'éctat; ce-pendant cette circonstance doit n'avoir qu'une importance tout a fait secondaire, puisque sous l'influence du chagrin, les yeux deviennent ternes, bien qu'ils soient en même temps souvent remplis de tarmes. Leur éclat parait dd principalement à leur tension intérieure « due à la contraction des musctes orbiculaires età la pression des joues relevées. Toutefois, suivant le docteur Piderit, qui a étudié ce point plus complètement que tout autre écrivain » cette tension peut être attribuée en granee partie A l'engorgement des globes oculaires par !e san~ et les autres fluides, qui résulte de !'accélération de la circulaiion due à l'excitation du plaisir. Cet auteur fait remarquer !e contraste qui existe entre l'aspect des yeux d'un malade hectique dont la circulation est rapide, cl celui des yeux d'un individu atteint de choléra et dont presque tous les fluides sont épuisés. Toute cause qui ralentit la circulation amortit ie regard. Je me rappelle avoir vu un homme complètement épaisé par un exercice violent et prolongé, pendant une journée très chaude : un voisin comparait ses yeux A ceux d'une morue bouillie.

Ilevenons aux sons qui accompagnent le rire. Nous pouvons tomprendre a peu près comment l'émission de sons d'une espèce quelconque a dA s'associer naturellement & un état d'esprit agréable; en effet, dans une grande partie du

i2. C. Vogt, Mémoire, sur k* Microtépkalc*, .867, p. 21.

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1URK.                                           2»!

règne animal, les sons voccux ou instrumentaux «ont min en ussge soit tomme appell soiitomme moyen de ssductton d'im «exe a llautre. Ils sont ausss employés eo.nme signe de joie dans des réunions entre les paaents et leur progéniture, o» entre d^ rirëmbrerd'ttne mé«M, communauté. Mais pour., quoi les sons que llhomme émet sous l'influence de la joie

rire

on

une

onttils ce caractère spécial de répétition qui caractérise le nre? C'est ce que nous ne pouvons expllquer. Cependant m peut admettre que ces sons ont dn natui-elleme.it revêtir une forme aussi différente quf possible de celle des cris qu! expriment la douleur; et puisque, dans la production de ceux-ci, les expirations sont ionges et continues, les inspirations brèves et interrompues, on devait sans doute s'attendre a trouve! dans les sons provoqués par la joie des expirations courtes et saccadées avec des inspirations prolongées : c'est en effet ce qui arrive.

Voici une question dont la solution n'est pas moins difficile : Pourquoi tes coins de ta bouche se rétractent-iis, et pourquoi la lèvre supérieure se soulève-t-ctte pendant le rire ordinaire? U bouche ne peut pas s'ouvrir autant que possible, car. lorsque cela arrive pendant un paroxysme de fou rire, il sort & peine un son appréciable, ou bien c< son émis change de hauteur et parait sortir du plus profond de la gorge. Les muscles qui président à ta respiration et ceux des membres eux-mêmes sont <n meme temps mis en action et exécutent des mouvements vibratoires rapides. La mâchoire inférieure participa souvent a ces mouvements, ce qui empêche la bouche de s'ouvrir largemen.. Toutefois, comme il faut émettrp un fort volume de son, l'ouverture buccale doit ctrc suffisante et c'est peut-être pour remplir ce but que les commissures se rétractent et que la lèvre supérieure se soulevé. Si nous pouvons difficilement expliquer la forme que prend la boLhe pendant le rire et qui provoque la formation de rides au-dessous des yeux, ainsi

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2»                         EXPHESSION J)K LA JOIK.

que le camctère saccadé du son qui l'accompagne et le tremblotement de la mAchoire, nous pouvons au moins supposer que tous ces effets dérivent d'une mémo cause. En jslfoUk taractôment tous l'expression du plaisir chez diverses espaces de singes.

Il existe une gradation non interrompue depuis le fou rire jusqu'à la simple expression de ta gaieté, eu passant par le rire modère, le large sourire et le sourire tégcr. Pendant le fou rire, la corps entier se renverse souvent en arrière et se secoue, ou tombe presque en convulsions; 1» respiration est très troublée, la tcte et lu face se ~ofgcnt de sang, les veines se distendent, les muscles péri-oculaires se contractent spasmodiquement pour protéger les yeux. Les larmes coulent abondamment; aussi, comme je t'ai dejA fait remarqupr, il est A peine possible de reconuattre une différence quelconque sur le visage humide de larmes après un accès de rir< ou après un accès de pteurs~. C'est probablement par suite dela ressemblance exacte qui existe entre les mouvements spasmodiques causés par des émo-tions si différentes, que les malades hystériques passent alternativement des pleurs au rire violent, et que les petits enfants font quelquefois de même. M. Swinhoc m'apprend qu'il a souvent vu des Chinois, affectés d'un profond chagrin, éclater en accès «le rire hystériques.

J'étais désireux de savoir si le fou rire provoque ainsi une abondante effusion de larmes, dans ta plupart des races humaines : les réponses que j'ai reçues de mes correspondants. sur cette question, permette.it d'y répondre par l'affirmative. L'un des exemples cités se rapporte à des Hindous,

15. Voir les obaervations do Sir J. Hcynol.ls (JMmmin», XII,,.. 100).

ces très légères. . Comme exemple, il cite le plaisir frénétique d'une bac chante et la douleur d'une Marie-Madeleine.

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RIHK.                                                 'M

chez lesquels d'ailleurs, d'âprès leur propre témoignage, te fait n'est pas rare. 11 en ess de même pour les Chinois. Chez uni tribu sauvage de Malais, dans la presqu'île de Malacca, on voit quetquetois, assez rarement il est vrai, les Mimes verser des larmet tout m riant è ~org« déployée. Le fait doit ctre au contraire fréquent chez les Dyaks de Bornéo, au moins parmi les femmes; car j'ai appris du rajah C. Brooke qu'ils emploient habituellement t'expression n rire jusqu'aux larmes. Les aborigènes australiens donnent carrière sans contrainte «V l'expression de leurs émotions; d'après mes correspondants, ils sautent et frappent des mains en signe de joie, et poussent souvent en riant de vrais rugissements; selon le témoignage de quatre de ces observateurs, leurs yeux s'humectent dans ces circonstances, et m~me, dans l'un des cas cités, les larmes étaient assex abondantes pour couler le tong des joues. M. Butiner, qui a parcouru comme missionnaire les régions reculées de Victoria, remarque que «les naturels ont le sentiment très vif du riuicute; ce sont d'excellents mimes, et quand l'un d'eux s'amuse A contrefaire les originalités de quelque membre absent de la tribu, on entend souvent le camp tout entier rire jusqtt'aux convulsions .. Nous savons que chez les Européens l'imitation est aussi l'une des choses qui provoquent le ptus aisément le rire; il est assez curieux de rencontrer la mémo particularité chez les sauvages australiens, qui constituent une des races les mieux définies du

glUs l'Afrique méridionale, chez deux tribus de Cafres. tes yeux se remplissent souvent de larmes au milieu du rire, surtout chez les femmes. Gaika, frère du chef San-dilli, répond à ma question sur ce point : « Oui, c'est généralement leur habitude. » Sir Andrew Smith a vu le visage tatoué d'une femme hottentote sillonné de larmes après un accès de rire. La même observation a été faite

a

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2?4                         BXPHB8810N DK LA JOIE.

chez zes Abyssins do efrique eeptentrionale. KnfluVftJft i été constatéé dans l'Amérique du Nord, dans une tn-bu remarquablement sauvage ee esolée, ssrtout chez les femmes; dans une autre tribu on l'& observa une seule

fois. ......                                                ........ .......

I)u uou rire, comme nouustavons déjà dit, on passe par des transitions insensibles au rire modéré. Dans celui-ci, les muscles péri-oculaires sseontractent beaucoup moins et ll froncement des sourcils est peu marqué ou nul. Entre un rire modéré et un large sourire ii n'y a presque pas de différence; seulement le dernier ne s'accompagne d'aucune émission du son. Cependant on entend souvent, au début d'un sourire, une expiration plus forte, un léger hruit, une sorte de rudiment du rire. Sur un visage qui sourit modéré-ment, la contraction des muscles orbiculaircs supérieurs se manifeste encore quelquefois par un léger abaissement des sourcils. Celle des muscles orbiculaires snférieurs et paipé-hraux est plus visible; elle est indiquée par le froncement des paupières inférieures et des téguments placés au-dessous, en mémo temps que par une légère élévation de la lèvre supérieure. Du plus large sourire on passe au plus léger par une série de gradations insensibles. A l'extrême limite, les traits se déforment trèspeu, beaucoup plus lentement, et la bouebe reste fermée. La courbe du sillon naso-labial so modifie aussi légèrement. Ainsi il est impossible d'établir, au point de vue des mouvements des traits du visage, une ligne de démarcation tranchée quelconque entre le rire le plus violent et le plus léger sourires

On pourrait donc croire que le sourire constitue la première phase du développement du rire. Toutefois on peut admettre le point de vue inverse, qui est probablement plus fxact : l'habitude de traduire une sensation agréable par

1*. te docteur l'idorit est arrive aux mêmes conclusions. M., p. M.

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WitH. . ' - m

rMlrt.-deia» bruyants et saccadés a primitivement provoqué la rétraction des coins de la bouche ot de la lèvre supérieure, ainsi que la contraction des muscles orbiculaires; dès lors, gr&ce A l'association et A l'habitude prolongée, fcr mêmes musclex d^ntn^nrd'hn! eMrer tégèremet* en action quand une cause quelconque excite en nous un sentiment qui, plus intense, aurait amené le rire : de là résulte le sourire.

Soit que nous considérions le rire comme le complet développement du sourire; soit (ce qui est plus probable) qu'un faible sourire représente le dernier vestige de lhabi-tude fortement invétérée pendant de longues générations de témoigner notre joie par le rire, nous pouvons suivre dm nos enfants le passage graduel du premier de ces phénomènes au second. Ceux qui soignent des enfants jeunes savent bien qu'il est difficile de reconnaître sûrement si certains mouvements de leur bouche expriment quelque chose, c'est-a-dirc de reconnattre s'ils sourient réellement J'ai soumis mes propres enfants A une observation attentive. L'un d'eux, se trouvant dans une heureuse disposition d'esprit, sourit d l'âge de quarante-cinq jours, c'esi-a-dirc que les coins de sa bouche se rétractèren,, et en même temps ses yeux devinrent très brillants. Je remarquai le même phénomène le lendemain; mais le troisième jour, t'enfant étant indisposé, il n'y eut plus trace de sourire, fait qui rend probable la réalité des précédents, fendant les quinze jours qui suivirent, ses yeux brillaient d'une manière remarquable chaque fois qu'il souriait, et sonnez se ridait transversalement. Ce mouvement était accompagné d'une sorte de petit bèlement, qui représentait pcut-ctrc un rire. A l'âge de cent treize jours, ces légers bruits, qui se produisaient toujours pendant l'expiration, changèrent un peu de caractère; ils devinrent plus brisés ou saccadés, comme dans le sanglot : c'était certainement le commencement du rire. Cette medi-

«5

l

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fication du son me parut liée A Alaccroissement de l'extension natérale de lu bouche, qui ie produisait à mesure que ll sourires'élargissait.

.....: Cte un second enrant, jjobservai pour lk première fois

un véritable sourire & quarante-cinq jôi.fc; c'csNt-dh* a un Agg peu différent, et chee un troisième un peu plus tôt. A soixante-cinq jours, le sourire du dcuxi~mo enfant était bien plus nett bien plus large t~e celui du premier au même âge; ii commençait même A ce moment à émettre des sons très analogues A m. véritable rire. Nous srouvons dans ee développement graduel du ri» chez ltenfant quel-que chose de comparable, jusqu'à un certain point, & ce qui se passe pour les pleur.. .I semble que, dans l'un et l'autre cas, un certain exercice soit técessaire, aussi bien que pour l'acquisition des mouvements ordinaires du corps, tlque ceux de li marche. ,~u contraire, l'habitude de crier, dont l'utilité pour l'enf«nt est évidente, se développe parfaitement dès les premiers jonrs.

~onne humeur, gaieté. - Un bomme de bonne humeur a généralement de la tendance, sans sourire précisément, a rétracter les coins de sa bouedie. L'excitation du plaisir accélère la circulation; les yeux deviennent ptus brillants, !a figure pius colorée. Le cerveau, stimuié par un afflux sanguin plus abondant, réagit sur les facultés intellectuelles; des idées riantes traversent l'esprit avec rapidité, les senti-ments aiteclncux deviennent plus expansifs. J'ai entendu un enfant d'un peu moins de quatre ans, auquel on demandait ce que signifiait être de ~o~ne Immeur, répondre : « C'est rire, parler et embrasser. » Il serait difficile de trouver une définition plus vraie et plus pratique. Dans cette situation d'esprit, l'homme se tient droit, la tête haute et les yeux ouverts. H n'y a ni nffaissement des traits ni contraction des sourcils. Au contraire, d'après une remarque de Mo-

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EXPUBSStON DE LA flAIRti                       927

mm», te muscle frontal tend A se contracter tég&rement, et cotte contraction tisse le fro.it, arque un peu les sourcil* et relevé tes paupières. De !à le mot latin exporrigere frmtem. dérider tesmurcils, qui signifie être gai ou joyeux. U physionomie de ÏTibïhW derbdmW" hùmèar est <Mét*nmYW verse de celle de l'homme qu un chagrin a IF, ete. Selon Sir C. Bell, « dans toutes les émotions joyeuses, les sourcils, les paupières, les narines et les angles de la bouche sont relevés. C'est tout le contraire dans les émotions déprimantes. » Sous l'influence de ces dernières, te front se déprime; les pau-pi&res, 1ns joues, la bouche et la tête entière s'abaissent; les yeux sont ternes, te teint pale et la respiration tonte. Le visage s'élargit dans ta joie, et s'allonge dans le chagrin. Je ne veux pourtant pas affirmer que le principe de l'antithèse ait joué un rôle dans t'ac~uisition de ces expressions oppo-sées, de concert avec tes causes directes dont j'ai déjà parlé et qui sont suffisamment évidentes.

Dans toutes les races humaines, Impression de la bonne humeur parait être la même et se reconnaît aisément. C'est ce qui résulte des réponses que mes correspondants m'ont envoyées des diverses parties de l'ancien et du nouveau monde. J'ai reçu quelques détails particuliers sur les Hindous, tes Matais et tes habitants de !a Nouvelle-Zélande. L'éclat des yeux des Australiens a frappé quatre observateurs, et te même fait & été noté chez les Hindous, les Dyaks de Bornéo et les Nouvcau.v-Zélandais.

Les sauvages expriment quelquefois leur satisfaction non seulement par le sourire, mais par des gestes dérivés du plaisir de mander. Ainsi. M. Wcdgwood >« raconte, d'après

^Tmtionary of En,m Etymtooy, 2' édition, ,872. Introductio»,

p. XUY.

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m                  BXPKRSBION »E LA (UIBT*.                          U

t'ethorick, que les nègres du Nil supérieur ss mirent tous à &serotter ll ventre lorsque eelui-ci exhiba m colliers. Leichhardt dit que là Australiens faisaient claquer leurs lèvres A la vue de seschevauxx de ses bœufs st surtout de ses shiens. Les Gro^nlandai», « quand Ils affirment tuelque- -choss avec plaisir, aspirent l'air avec un bruit particulier » », mouvement qui constitue peut-être une imitation do celui que produit la déglutition d'un mets savoureux.

On néprime le rrre en contractant énergiquement le mus. Ole orbiculaire de la bouche, lequel s'oppose a llaction du grand zygomatique et des autres muscle* qui auraient pour effet d'attirer les lèvres en haut et en arrière. La lèvre in-féricure est aussi quelquefois retenue entre les dents, ce qui donne i1a physionomie une expression malicieuse, ainsi que cela a été observé chez llaveugle et sourde Laura Brid-. ~man ». Le grand zygomatique est du reste sujet a certaines variations, et j'ai vu ctez xne je.ine femme les depmtom antfnli oris contribuer puissamment & la répression du sourire; toutefois, grâce A l'éclat des yeux, la contraction de ces muscles ne donnait nullement à sa physionomie une expression mélancolique.

On a fréquemment recours à un rire force pour dissimuler quelque état de l'esprit, lacolere même. Certaines personnes s'en serventsouvent pour cacher leur honte ou leur timidité. Quand on fronce les livres, comme pour prévenir un sourire, alowquHln'yarienquipuissesoitrexcite.vsoitempecherquon im ^abandonne librement, il en résulte une expression affectée, solennelle ou pédante; il est inutile de nous étendre sur ces expressions hybrides. Le rire ou le sourire de moquerie. .qu'il soit réel ouforcé, se mélange souvent de l'expression spé-cialedn dédain, qui peut se transformer en colère méprisante

tû.Crantz, c!té par Tylor, PrMUve Culiure, 1871, vol. 1 p. W. 90. F. Liebcr, Smithsonian Contributions, 1881, vol. Il, p. ?.

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XXPRESSION DE L'AMOUK, EtO.                       Mi»

on en simple mépris On. ces circonstances, le rire on le PPwiw«t d-tiné A montrer A t'offeoseuf qu'il ne parvient qu'A nousamuser.

Ammmïmmï tmmi<*c; --BtenqueFéinotionuV l'amour, par exemple de l'amour d'un? mère pour son enfant, soit une des plus puissantes que le «ur soit capable de res-sentir, il est difficile de lui ligner nn moyen propre ou spéciat quelconque d'expression : ce fait s'explique parce que ce sentiment ne provoque pas on gênéral d'actes d'une nature particutière et déterminée. .1 est certain cependant que t'af-fection, qui est un sentiment a~rcable, se manifeste ordinaircment par un faibte sourire et par un léger accroissement de l'éclat des yeux. On ressent vivement le désir du contact de la personne aimée; c'est là le moyen expressif le plus complet de l'amour~. C'est pourquoi nous aspirons Aseprer dans nos bras les étres que nous chérissons tendrement. Nous devons probablement ce désir a l'habitude héréditaire, s'associant aux cflVts de l'allaitement et des seins que nous donnous a nos enfants, ainsi qu'a t'influence des caresses mutuel-les des amants.

Chez les animaux, nous voyons aussi le plnisir dérivé du contact s'associer avec t'anfection et lui servir de moyen expressif. Us chiens et tes chats éprouvent manifestement de lu jouissance a se frotter contre leur maître ou leur maîtresse, ainsi qu'a étre frottés ou tapés doucement de ta main par eux. Les gardiens du Jardin Zoologique m'ont affirmé que plusieurs espèces de singes aiment à se caresser tes uns tes autre,, aussi bien qu'à être caressés par les personnes pour tesquelles its ont de t'affection. M. Martiett m'a

2t. M. Hain fait remarquer (Mental ni Mon* Science, 1868. p. 230) que a la tendresse est une émotion agréable, provoquée de diverses nia-nière», et dont l'effet est de pousser les êtres humains dans des embras-sementt réciproquee».

J

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930                   EXPHKSStON DB 1/OMOUR, BTC.

rapporté la conduite que ttnrent deux chimpanzé* un peu plusogésqueceuxque llon transporte d'habitude dan» notre pays, lorsqu'on les mit ensemble pour la première fois : il* s'assirent en face llun do l'autre, amenèrent au contact loin lèvres fortement avancées, et chacun d^eux plaça ss maùVsur l'épaule de son compagnon; puis ils se serr&rent mutuelle-ment dans leurs bras; enfin iUs se levèrent, les bras enlacés sur les épaules, levant ta tètee ouvrant 1» bouche et hurlant deplaisir.

Nous autres Européens, nous sommes si habitués & manifester i'affection par le baiser. qu'on pourrait «apposer que c'est la un signe expressif inné dans l'espèce humaine, Il n'en est rien cependant, et Steele s'est trompé quand il a dii : « La nature futson autour, et il naquit avec lepremieramour. » Un habitant de ta Terre-dc-Fcu, Jeromy Buttou, m'a dit que le haiscr est inconnu dans ce pays. 11 est également inconnu chex les indigènes de ta Nouvelle-Zélande, les Tahitiens, les Papous, les Australiens, les Somaulis d'Afrique, et les Esquimaux,'. Il est cependant si naturel qu'il résulte probablement du plaisir qui nutt du contact intime d'une personne aimée, et dans diverses parties du monde il est remplacé par certains gestes qui paraissent avoir ta même origine. Uans la Nouvelle-Zélande et la Laponie, on se frotte le nez; ailleurs oa se frotte ou on se tape amicalement sur les bras, la poitrine, t'épi~astre, ou bien encore onse frappe le visage avec tes mains ou les pieds de son interlocuteur. L'habitude de souffler, en signe d'alfcction, sur diverses par-ticsdu corpsdérive peut-être aussi du même principe».

est tirée de cet ouvragee

». Voir une étudTcomplëte de cette question, avec tous rendue- p nient», dans E. B. Tylor, ***** i»t» ihe Eorly HMry of Mmkiml, | »étfMnQ,p.SI..

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EXPHK88ION DD L'AMÔIÎB, MTC.                       1)9

Les sentiments su'on nualifie de-toutes sont difficiles s Mymr, ^paraissent composés d'affection, de joie et spécia-femontddevmpathie. IlI sont tenux-mêmes d'une eature agréable, hormis pourtant llaitié, quand dlle dépasse certaines limites, ,t-<jtfetîè est templace ,af rxempt par l'horreur qu'on éprouve aauécit td tortures infligées à un homme eu à un nnimal. UU fait t àemarquer, ,'est que ces sentiments provoquent très sacilement l'effusion des sarmess II n'est pas sare, oonffet, de eoir uunère eeto fils pleurer eene retrouvant tnsemblleprès une eongue séparation, surtout tsieur rencontre sseait d'une façon invendue. On n constaté qu'une joie très vive eend par elle-même e ag.r sur les glandes lacrymales; mais il ess probable aussi que, dans des cil-constances semblables à celles dont nous venons de parler, ii passe dans l'esprit du père et du fils somme une idée vague de la douleur qu'ils eussent éprouvée s'ils ne s'étaient plus jamais rencontrés, et cette pensée triste active naturellement la sécrétton des larmes. Ainsi, au retour d'U-

Se love, et se iettc en sanglotant dan» les bras de son pèrre

KUallêre du soleil auraii disparu avant que leurr pleurs eus-

Si iaquen'avaii enfin retrouvv la paroll pour dire.....

Odyssée, liv. XVI, st. Ï7.

Et ttm loin, quand Pénélope «commit «la son époux :

IbM., Hv. XXIII, st. 27.

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J32                       KXPREMI02I UE L'OMOUII, ETC.

Le souvenir do la demeuee où s'est écoulée norre enfance, ou celui de jouss heureux depuis longtemps disparus, «a présentant vivement A notre esprit, rend fréquemment nos yeux humides do larmes: ici encoee ll intervicnt une pensée triste, celle que cesjours ne reviendronljainaïs. ï)n peut dire que, dans ces circonstances, nous compaiissons avec nous-mêmes, en comparant notre présent avec ce passé. La sympathie pour les malheurs des autres provoque aisément nos larmes, m~me s'il s'agtt de l'héroïne infortunée de quel-que épisode attendrissan,, personnage imaginaire pour lequel nous ne saurions ressentir de l'affection. Il on est de même de la sympathie qui s'adresseau bonheur d'autru,, par exemple & celui de l'amoureux mis en scène par un habile romancier, et dont les vœux sont comblés après des efforts et des obstacles sans nombre.

U sympathie paratt constituer une émoiion séparée ou distincte, particulièrement apte à agrr sur les glandes lacrymales, aussi bien élu» celui qui l'éprouee que euez celui qui la provoque. Tout le mondea remarqué avec quelle facilité les enfants éclatent en sanglots lorsqu'on les plaint pour quelque mal insignifiant. Chez tes aliénés mélancolique,, d'après les renseignements que je tiens du docteur Criehton Browne, un simple mot aimable provoque des accès de pleurs incoercibles. Lorsque nous exprimons notre pitié pour le chagrin d'un ami, nos yeux se mouillent souvent de larme*. On explique habituellement le sentiment delà sympathie, en supposant que, en voyant ou entendant souffrir aurrui, l'idéede la souffrances'empare assez fortemcntde notre esprit pournousfaire souffrir nous-mêmes. Toutefois cette explication ne me parait pas suffisante, car elle ne rend pas compte du lien intime qui lie la sympathie à l'affection; nous sympathisons sans aucun doute beaucoup plus vivementavec unepersonne aimée qu'avec une pcmmneindifférente; et nous apprécions aussi beaucoup plus les témoiguagcs de sympathie qui nous viennent

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KXPnESSION M J/AXOUR. BTC.                    m

d'tinami. Toutefois nous pouvons certainement compatiraux malheuss de quelqu'un pour qui nous ne ressentons pas dW-foction.

Nous avons vu, dans «m précédent chapitre, pourquoi la soulTranco, uu n«6n»enouï. nous réprouvons, provoque les larmes. Or, l'expression naturelle «t universelle de ta joie est le rire, et, chez toutcslcs mecs humaines, le fou rrre excite la sécréiion lacrymale plus energiquement que toute autre cause, la souffrance exceptée. 11 me semble que, si ta joie rend les yeux humides de larmes alors mè.fie que ie rire n'existe pas, ce phénomène peut s'expiiquer, en vertu de l'habitude et de l'association, exactement comme nous avons expliqué l'effusion des pleurs sous Imiluence du chagrin, alors mémo qu'il n'y a pas décris. Cependant il est très remarquable que la sympathie pour les douteurs des autres provoque les larmes plus aboudammpnt que nos propres douleurs : c'est là un fait qui n'est pas douteux. Qui n'a vu parfois un homme, des yeux duquel ses propres souffrauces ne sauraient faire jaillir une larme, pleurer sur tes souffrances d'un ami bicn-aimé? Chose plus remarquable encore : la sympathie pour le bonheur ou la bonne fortune de ceux que nous chérissons tendrement provoque nos larmes, tandis qu'un bonheur semblable laisse nos yeux secs quand c'est nous-môincsqu'il intéresse. On pourrait par conséquent supposer que si nous pouvons~ grâce à une habitude depuis longtemps invétérée, résister officaccmcnt aux pleurs sous l'influence de la douleur physique, cette puissance de répression n'a jamais été misc en jeu, au contraire, pour empêcher la légère effusion de larmes que provoque la sym-pathie pour le malheur ou le bonheur d'autrui.

U musique a un pouvoir merveilleux, comme j'ai essaye de tedemontrer ailleurs «, pour faire renaître, d'une manière

il. Descendance de l'homme, irad. française parMoulinié, vol. Il,p.3B0.

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m                     ËXFRRS«0*DIUMtT«.-

vague et indéfinie, ces émotions puissants <fui ont été res-senties, dans le lointain des âges, par nos premiers ancêtres, alors probablement qu'ils employaient les sens vocaux comme îrtoven d*sédiietioniiumiJ^n. ^wmo ptusteurs de nos émotions les plus puisantes, - chagrin, joie vive, amour, sympathie, - agissent sur la sëcrétion lacrymale, il n'ost pas étonnant que la musique puisse aussi amener des larmcs dans nos yeux, surtout quand nous sommes déjà amollis par quetque sentiment tendre. La musique produit oouvent un autre cilet singulier. Nous savons que les émotions ou excitations violente,, - douleur extrêma, rage, ta*»». joie, passion amoureuse. -ont toutes une tendance spéciale à produire d.i tremb!ement dans les muscles; or la musique produit, chez, les personnes qui eu ressentent puissamment l'impression, une sorte de frisson ou de frémissement dans l'épine dorsale et dam les membre Ce phénomène paratt avoir avec le tremblementdu corps dont nous parlions tout A l'heure les mêmes relations que la légère effusion de

m*. - U pieté se rapproche jusqu'à un certain point de l'affection, bien que son essence soit avant tout le respect, souvent mélange de «date; aussi » aurons-nous que queldues mots & diresur Impression de cet état d'esprit. Certaines sectes, tant anciennes que modernes, ont étrangement mélangé ta religion et l'amour, et on a même soutenu, quel-que regrettable que soit te fait, que te saint baiser de paix duïère A peine de celui qu'un homme donne A une femme ou une femme a » homme ». U piété s'expiime principalement en levant le visage vers le ciel, et tournant les yeux

». Voir t'etode de ce fait dam Bodtj ànd Ktot, ,»ar te docteur Maudss

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KXPRK88ICW Uf. LA ClUTÉ.                           135

en haut. Sir Charles Bell fait remarquer que, «V l'approohe cl,, sommeit, ou d'une dôfaillance, ou de In mort, 1m pupilles se dirigent en haut et en dedans; et it pense que, « lorsque noussommes absorbes dans des sentimcitspieux, no,»levons les yeuxparun acte inné ou instinctif «s qui doit être attri-bué a la même cause que dans les cas ci-dessus ". D'apis le pfotessenr tonders, il est certain que les yeux se tournent™ haut pendant le sommeit. Lorsqu'un petit enfant tette le sein de sa mère, ce monvemcnt des globes oculaires donne souvont & sa physionomie une expression stupide dn ptaisir exta-tique, et dans ce cas on peut très bien voir que l'enfant lutte contre une position qui est naturetle pendant te sommeil. Sir Chartes Bell rend compte de ce tait en supposant que certains muscles sont plus que d'autres soumis au contrôle de la volonté. D'apres le professeur Derniers, cette explication est inexacte. Puisque les yeux se nièrent fréquemment, dans lu prière, sans que l'esprit soit assez absorbé dans ses pensées pour approcher de l'état de non-conscience qui caractérise le sommei!, il est probable que leur mouvement est purement conventionnel et resutte de la vulgairc croyance que le ciel, demeure de la puissance divine & laquelle s'adressa ta prière, est ptac~ au-dessus de nous.

Une posture humble, agenouitlée, les br&s releves et les mains jointes, nous paraissent, par l'effet d'une longue habitude, s'approprier s! parfnitement à t'expression de Ja piété, qu'on pourrait croir< cette attitude innée; toutefois je n'en rencontre aucune tracc dans diverses races humaincs estai. européennes. Il ne pnratt pas non plus que les Romain., pendant la période c!assiquc de leur histoire, eussent t'habitude de joindre les mains pour prier : je m'appuie ici sur une autorité parfaitement compétente. M. Heuslcigh Wed~-

JJ. n.^ «bpm*., p. 103, « rtftavUW TmmUm,

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236                     ËXPRESSION OB LA 1MÈTB.

wood a donéé probablement l'explication vraie* «m supp-sant que t'attitude eu question ett celle d'une soumission se*-vile «: « Lorsque le suppliant, dit-il, s'agenouille, love Ïes brn* H joint le* mainiUlreprésente un «^Ufiiui prouve sa «oumission absolue en livrant ses mains & lier au vainqueur. C'est lo repr6sentation du mot latin (tare manm, qui signifie se soumettre. » Ainsi n! les yeux ievés vers te eiel ni les mains jointes sous riufliiouce asssntiments pieux ne sont probablement des actes innss on véritablement expressifs; dn reste ihlcvattenôtre ainsi, car il est très douteux que les hommes noK civilisés desancieus Ages aient été susceptibles d'éprouver des sentiments analogues A ceux <|tie nous Passons dans cette catégorie.

37. The Orty» of Langmi9et 1806, p. tiO. - M. Ty!or (Early Utoory of M«MM, * édiL, 1870, p. W) attribue une origine plu» complexe à »a position des maina pendant ta prière.

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:......CHAPITRElX;

rirwio*. - méditation. - mauva.sk howr. - dunu.

rtMIOK. Kruiicumciit des sourcils. — RéOetlon accompagnée d'effort ou de la iroreeptloii lion. - occlusion énergique de la bouriio.

U eoiUractioi, des sonrci!icrs abaiss< les sourcils et les rappelle l'un de l'antre, en produisant sur te front les rides \ verttcales qu'on désigne sous I, nom dp froncerne* des sourcils. Sir C, Beln, qui croynit A tort que le sourciller est particulier à l'espèce humaine, le considérait comme « le plus remarquable des mnscles du visage humain. 11 contracte les sourcils avec un effort énergique, qui cxprime ta réflexion, d'une ma-nière inexplicable, mais frappante ». Et ailleurs it ajoute : « Lorsque les sourcils sont fronces~ l'énergie intellectuelle est rendue appuente, et itse produitalbr~ une expression où se peignent & la fois la pcnsée et l'émotion humaines et la brutalité farouche de t'animal'. « Il y a beaucoup de vrai dans

rôle qu'ils jouentl de concert avec les muscles orbiculaires, en protégeant

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m                                RPFLBXIOR.

ce» remarques, nu,i,non tout, la vérité. Le docteur uucW a appelé le sourciller le muscle de la réflexion*; mass cetee cp.life.tln. ne peut être considérée comme exacee qu'avec

Supposots un hom,»« H dan! les penséeï les plus profondes : son sourcil peut rester immoblle jusqu'au moment où ll rencontre quelque obstacle daM la suit» de son raisonnement, ou jusqu'à cf qu'il sott troublé prr ùneinter-ruption ; A cet instant, Mn froncement passe comme une ombre sur son fron.. Un homme affame réfléchtt profondément ans moyens do se procurer A manger; mais, en général, il ne fronce le sourcil que s'il se trouve eu présence de quelque difficutté, soit dans le projet, soit dans l'exécuiion, o» s'il t'ouvc mauvaise la nourrilum qu'il M obtenue. J'ai remarqué, chez presque tout le monde, qu'on fronce instantanément las sourcils, si l'on vient A rencontrcr. en mangean,, quelque saveur étrange on désagréable. Je priai un jour ptusieurs personnes, sans leuf exptiquer dans quel but, de prêter l'oreille A m. bruit tr~s léger, dont Ja nature et ta source leur étaient parfaitement connues; aucune d'elles ne fronça le sourcil; mais unindividuquiarrivaSurcesentrefaites,etq«inepouvaUcon-cevoir ce que nous faisions tous dans le plus profond silence, prié a son tour d'écouter, fronça énergiquemciH ses sourcils, bien qu'il ne fut pas de mauvaise humeur, en disant qu'il ne comprenait pas ce qoe nous cherchions. 1. docteur Pidcrit~,

hommes dont la tète reste hab!tuellement dccouvfrtc, )es sourcils sont continuellement abaisses et contractés pourabrUer les yeux contre une lumière trop vive; ce mouvementt effectue en partie par les soMrcillera, a du devenir particulièrement utile aux ancêtres primitifs de l'homme loi* qu'ilsontcommcnccàatrecter)astat!on vcrticate. Le professeMr Donders

(Arca.orAfCrf,c,éd.deL.Uea.eJ870,vol.V,p.34.) 2. Mécanisme de la Pkysioncmk humaine, Album, légende Ht. 3.Uimikmdrhysio9,wmi*,*.46.

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>*m:*

néPLEXioN                                  m

qui a publié des Mtatf «o même phénomène, ajoute que les bègues froncent généralement les sourcils en parlan,, et qu'on en fait autant d'ordinaire en tirant ses bottes, si celles-ci sont trop serrées. Quelques personnes ont cette habitude si

jours pour provoquer chez elles ce mouvement.

D'après les réponses que j'ai reçues & mes questions, les hommes de toutes races froncent les sourcils quand ils ont l'es-prit perplexe pour une cause quelconque; mais je dois avouer que ces questions étaient mol rédigées, car j'avais confondu la simple méditation avec la perplexité. Néanmoins il est cer-tain que les Australiens~ les Matais, les Hindous et les Cafres du sudde l'Afrique froncent les sourcils lorsqu'ils sont embarrassés. Dobritxhoffer fait remarquer que les Guarinis de l'A-mérique du Sud agissent de même clans les mêmes circonstances~.

Des considérations précédentes nous pouvons conclure que le froncement des sourcils n'exprime pas la simple réflexion ni l'attention, quelque profondes ou soutenues quelles soient, mais bien une difficulté ou uu obstacle rencontré dans la suite des pensées ou dans l'action. Cependant, comme il est rare qu'une méditation profonde puisse être poursuivie longtemps sans quelque difficulté, elle s'accompagne en général du froncement des sourcils. C'est pourquoi ce froncement donne habituellement A la physionomie, suivant la remarque de Sir C. Bell, une expression d'énergie intellectuelle. Mais, pour que cet effet puisse se produire, le regard doit être clairet fixe, ou bien dirigé en bas, ce qui a lieu en eucl souvent dans la réflexion profonde. U physionomie ne doit pas être troublée par autre chose, comme dans le cas d'un homme de mauvaise humeur ou chagrin, ou d'un homme qui manifeste les effets

4. imtory of the A^nes, trad. angl., vol. H, p. », eue par Ubbo*t OviQinorCiMiattm^m.v.m.

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*>0                                         I» KFLEXION.

d'une souffrance protonge, le regard éteint et la mâchoire pendante, nu qui contre uae saveur désagréable dms m nourriture, ou enfin qui trouve quelque difficutté à accomplir uuoete minutieux, par exemple, à enfiler une aigullle. Dans les conditions ci-deLs. on voit souvent paraufe un fron-cernent dit sourcils; mais il est accompagné par quelque autre expression qui écarte entièrement de la physionomie toute apparence d'énergie intellectuelle ou de réflexion pro-

'tous pouvonsmaintenant nousdemundercomment il se fait qu'un froncement de soumis punae exprimer l'idée de quelqu. chose de difficile ou de dosagréable, pensée ou action. Dans l'étude des mouvements delexpression, il convient d'adopter, autant que possible, la méthode des naturalistes, qui jugent nécessûre de suivre le développement embryonnaire d'un organe afin d'en comprendre parfaitement !a structure. La première expression, !« seule A pfu près qui soit visible pendant les premiers JoHrs de l'enfance, où elle apparaît souven,, est celle qui se manifeste pendant les cris. Or, dans le premier Age et quelque temps après, lescrissont excités par toute sen-sation. toute émotion douloureuse ou déplaisante, comme la faim, la souffrance, la colère, la jalousie, la crainte, etc. Dans ces moments-la, les muscles qui entourent les yeux sont fortement contractes, et ce fait explique, je crois, en grande partie le froncement des son mis qui persiste pendant le reste de notre vie. J'ai observé à plusieurs reprises mes propres en-fants, & partir de huit jours jusqu'à l'âge de deux ou trois mois. et j'ai remarqua que, lorsqu'une crise de pleurs survenait graduellement, le premier signe visible était la contraction des sourcillers, qui produisait un léger froncemen,, promptement suivi de la contraction des autres muscles qui "ntourent les yeux. Lorsqu'un enfant est inquiet ou souffran,, j'ai constaté que de légers froncements de sourcils passent constamment sur son visage comme des ombres. Ils sont d'or-

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~KFLKXiON.                                        241

dinaire suivis tôt ou tard d'une crise de pleurs; cela n'arrive pourtant pas toujours. Vu exemple, j'ai souvent observv un baby de sept & huii semaine», pendant qu'il suçait du lait froid, qui devait évidemment lui déplaire. Pendant tout ce temps, un froncemerit de sourcils léger, .nais bien eâmete-risé, ne quittait pas son visage; je ne l'ai pourtant pas vu dé-générer en une crise de pleurs, bien qu'on pût remarquer par moments les diverses phases qui en annonçaient llap-

FtaHe' habitude de contracter les sourcils, au conmencement de chaque crise de pleurs et de cris, s'étant maintenue ciez les petits enfants pendant des générations innombrables, a «nipars'associcrfortcmenta la sensation naissante dequelque chose de douloureux et de désagréable, De là vient que, dans les circonstances analogues, cette habitude peut se conserver pendant l'Age mût, bien qu'elle ne dégénère alors jamais en crise de pleurs. On commence de bonne heure dans la vie A retenir les cris et les pleu,,, tandis qu'on no réprime guère le froncement des sourcils à aucun Age. Il est peut-être bon de remarquer que, chez les enfants qui ont les pleurs ta-ciles, la moindre inquiétude provoque immédiatement les larmes, tandis que cette inquiétude n'occasionnerait qu'un simple froncement de sourcils chez la plupart des autres entants. Il en est de même dans certaines formes d'aliénation mentale : le moindre effort d'esprit donne lieu A des pleurs incoercibles, tandisqu'il n'amènerait qu'un simple froncement de sourcils chez un sujet ordinaire. Si l'habitude de contracter nos sourcils, quand nous nous trouvons brusquement en face d'une impression pénible quelconque, bien que prise dans l'enfance, se conserve pendant le reste de notre vie, il n'y a rien là qui doive nous étonner particulifrement; ne voyons-nous pas beaucoup d'autres habitudes associées, acquises dans le jeune âge, pester d'une manière permanente, chez l'homme et les animaux ? On voit souvent, par exemple,

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m                             EtVUSIOR.

les chats adultes, lorsqu'ils éprouvent une sensation de bicu-être et de chaleur, étendre encofe leurs pattes de devant «i faisant saillir leurs griffes, habitude A laquelle ils se ti-Yraientd««s«mb^^^^                                                 _.,/.„.,

Une cause d'un autre ordre a probablement fortifié encore ' l'habita* do froncer les soumis toutes les fois que l'esprit s'applique à quelque sujet on se trouve en face de quelque difficulté. De tous lessens, la vue est le plus Important : aux époques primitivet, l< plus grande attention dut ôtre mm cesse dirigée vers les objets éloignes, soit dans le but do se procurer une proie, soit dans celui d'évitef un danger. Je me rappelle nvoif été frappe, pondant mes voyagea dans certaines parties de l'Amérique du Sud que la présence d'Indiens rendait dangereuses, do la persistance avec laquelle les Gauchos, demi-sauvages, examinaient attentivement tous les points de l'horizon, instinctivement en quelque sorte et sans paraître en avoir conscience. Or, lorsqu'un individu ayant la tête découverte (ce qui a dû être la condition primitive de l'homme) s'efforce de distinguer en plein jour, surtout si te ciel est brillant, un objet éloigné, il contracte presque invaria. blement ses sourcils, pour empêcher laccès d'une lumière excessive; en même temps la paupière inférieure, les joues et la lèvre supérieure se soulèvent de manière A amoindrir l'on-verture des paupières. J'ai demandé, avec intention, à plu-sieurs personnes, jeunes et Agées, de regarder, dans les circonstances mentionnées cklessus, des obje<s éloignés, en leur laissant croire que mon but était uniquement d'éprouver leur vue : toutes se sont comportées comme je viens de l'indiquer. Quelques-unes se sont servies aussi de leur main ouverte pour abriter leurs yeux contre un excès de lumière. (.ratiolet. après avoir rapporte quelques observations du même ~enro »,

3. De lu Physionomie, p. «5, 141, 140. — il. Herbert Spencer explique le froncement des sourcils exclusivement par l'habttude que nous avons

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'- KH.RXIOIL-                                 M~

ajoute: «CesoiitUdesattUntlesdevisioiicliflicite. »>Ilconcutt que tes muscles périmai** se contractent en partie pour exclure t'exc&s de lumière (ce qui me parait on effet le point t Jeplusj^^ provenantdirec.te.nentderobietexanûnédeth.pper la rétine. M. Bownian. que j'ai consulté à ce sujet, pense que ia contraction de ces muscles « peut en outre venir plus ou moins eu aide aux mouvements synergiques des deux yeux, en leur donnant un point d'appui plus fixe, tandis que tes muscles de rorbitemette.it les globes en position pour la vision binoculaire ».

Comme c'est un effort A la fois difficile et pénible que de re~arder attentivement, en pleine tumiere, un objet étoi~né, comme cet effort s'est,habituellemcnt accompagné pendant une suite de générations innombrables de la contraction des sourcits, cette contraction a dA passer A l'état d'habitude fortement enracinée; et cependant son origine est dans des phénomènes d'un tout autre ordre : c'est danslenfance qu'il faut la chercher, et elle a constitue d'abord un premier moyen de protection pour les organes de ta vision pendant tes cris. Il existe sûremcnt une grande analogie, au point de vue derétâtderespr«,entreiexamenaUentif d'un objet éloigne, la suite d'un enchaînement compliqué de pensées, et l'exécution de quelque travail mécanique minutieux et difficile. I/o-pinion que l'habitude de contracter les sourcils se perpétue alors même qu'il n'est plus besoin d'exclure un excès de lumière est confirmée par certains cas que nous avons cités plus haut, etdanslesquelstessourcits ou les paupières sont rais en mouvement, sans nécessité, en vertu de cette seule cause que ces organes ont été mis antérieurement en jeu, dans des circonstances analogues, dans un but utile. I»ar exempte, nous

de tes contracter afin de faire ombre aux yeux et de les protéger contre u™ lumièrr trop ectatante. Voii Principes of Vsychology. 2« édil., 1872,

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M                                    MKD.TAT.ON.

fermons volontairement les yeux quand nous voulons ne paa voir un objet, et nom sommes enclins A tes fermer aussi quand non* rejetons une proposition, comme si nous ne pouvions ou

ne voulionsfHteYfaïvtrhknwo^iMÊàMm.m**: < A quelque chose qui nous fait horreur. De nu-nu- nous élevons nossourcilsquandnousvoulonsregardermpidementfauta». tour de nous, et nous exécutons souvent Je même mouvement quand nous faisons effort pour rappeler nos souvenirs; nous naissons alors comme si notre recard pouvait les chercher et !es découvrir.

Distraction, méditation. - Lorsque notre esprit distrait est absorbé clans ses pensées, lorsque nous sommes, comme on le dit quelquefois, «perdus dans une. sombre rêverie sourcils ne se froncent pas. mais notre regard semble errer danste vide; les paupières infërieures se relèvent en général <t se rident, comme chez un individu myope qui fait effort pour distinguer un objet éloignc; en même temps la partie supérieure des musc!es orbicuiaircs se contracte légèrement. Le plissement des paupières inférieures dans ces circonstances a été observe chez certnins sauvages : M. Dyson Lacy la constaté chez les Austratiens de Queenshmd, et M. UeachT» souvent remarqué chez lesMa!ais de l'intérieurde Malacca. Il cst impossible jusqu'à présent d'en déterminer la cause ou la signification; remarquons seulement que nous trouvons là un nouvel exempte d'un mouvement des muscles péri-oculaires ayant un rapport déterminé avec un état spécial de

^expression vide du regard est très particulière; elle indique immédiatement qu'un homme est absorbé dans ses pensées. Le professeur Uonders, Ama demande, a bien voulu, avec sa gracieuseté habituelle, étudier soigneusement cettr question; il a examiné cette expression chenm certain nom-bre de personnes,et il s'est soumii lui-mcmcaux observations

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«EDITAT10N.                                  '.*s

dd ppofesscurKnsolman.i.Uporaltquoles seux, aanie» de es axer sur un objet éloigné, comme je l'avais sru, nnoegardent «Ion aucun point précis. Souvent môme ees sxcs sisuels des deux xlobes deviennent légèrement tivergent»s cette diver-

Kencepoutaûer;ïlaéteeianl«                                        .....

dd i« vision ntant horizontal, jusqu'à uunngle maximum de 2". On t*« est tssuré éennervant qu'un objet tloigné donne alors sna image double ot croisée. Il arrive fréquemment que, loMq.Su. homme est tbsorbé dans ses pensées, sa tête se pe„-cbe en avant par suite dd la résolution générale dee muscles ; dans ce cass,s le plan visuel reste encore horizontal, ,es yyux sont nécessaiiemenl un peu tournés en hautt et alors la devergence atteint 3» ou 8-5'; si l'élévation de* yeux est tn-core plus conssdérable, la divergence va de 0" à T. Le pro-fesseur Donders attribue cette divergence au relâchement presque complet de certains des muscles des yeux, lequel résullerait delà contentton excessive de l'esprit*. En eltett lorsque les muselés de l'œil agissent, les globes sont convergents. Le professeur tonders fait remarquer, a propos de leur divergente dans le cas particuticr qui nous occupe, qu'un œil devenu aveugle se dévie presque toujours en dehors au bout de peu de lemps : en cJJct, les muscles (ui servent normalement à ramener le globe en dedans pour permettre la vision binoculaire ne sont plus cni-

pl La'réflexion perplexe s'accompagne souvent de certains mouvements, de certains gestes. C'est ainsi, par exemple, que la main se porte soit au front, soit a ta bouche, soit au menton. Je n'ai jamais rien observé d'analogue, au contraire, lorsqu'on est simplement plongé dans une profonde médita-

,5.Cralio«ctremarque(^/«/%,.,p.3^(Uo, « loryc ^tentum est

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**a                                  MAUVAISE IIUMBUB.

lion, sans rencontre?aucune difficutté. Plante, décrivant dans une de scscomédie»* un homme embarrassé, dit t « Voye*. le donc, le menton appuyé sur sa main. » Ce même gcste, si

JMU*,JlBMi #Ma«m^^.e*.f|o#... la main au visage, a été retrouvé chez certains sauvages. M. J. Mansci YVcale la observé d» km Cafres du sud de J'A-frique, et le chef indigène Caïka raconte que, « dans ces circonstances, ils se tirent quelquefois la barbe .. M. Washington Mallhexvs, qui aétudiequelques-un.es des tribus indiennes les plus sauvages des réglons occidentales des États-Unis, fait remarquer qu'il a vu ces Indiens mettr" leur main, et le plus ordinai'emont le pouce et liindex, en contact avec quelque pariie de l«r visage, le plus souvent avec la lèvrc supérieure, alors qu'ils s'absorbent dans leurs pensées. Si l'on peut comprendre pourquoi l'on se comprime ou l'on se frotte le front, tandrs qu'une pensée profonde travallle le cerveau, il est beaucoup moins ïacile d'cxp!iquer pourquoi on porte la -nain ,\ ia bouche ou au visage.

Mauvaise humeur. - Nous avons vu que !e froncement des sourcils est le mouvement expressif qui se produit naturellement lorsqu'il se rencontre quelquc difficulté, lorsqu'il survient que!qne pensée ou quelque sensation désagréable; une personne qui est souvent exposée à des impressions de ce genre et qui s'y iivrc tacitement sera prédisposée A être de mauvaise humeur, irritable, malgracieuse, et manifestera cet état de son esprit par un froncement des sourcils habitue!. Cependant !'expression maussadequi resutte de ce froncement peutôtr«M,eutraliSéeparladouceexpressiond'«aebouche habituellemcnt souriante et par des yeux brillants et e.youés. Il en est de mémo si le regard est clair et résolu, ta plmiono-mie sérieuse et réfléchie. Le froncement des soureils, accom-

7.1f^CterfoW,act.H,8c..,.

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' W:>1:'

pagHé ee la dépression nes coins de la bouche, signe du dm-gria,donne unaiaboumi. Lorsqu'un enfant (voivplancheIV, «g. 2) « fronce énergiquemcnt «es soumis ee garant, sans contracter rortement, comme d'dabitude, h* muscles orb,~ " cuiaires. ssaigure frend une expression bienHfiài-tjHeft dd colère et même ed rage, mêlée ee soullrance.

Quand le eourcil se fronce et s'abaisse ee môme temps fortement, par la coatrnction des muscles pyramidaux du ,*,-ceni iroduit tes rides ooulis transversaux à la base de cet organe, , lrexpression traduit tne ehmeur morose. .e docteur Duchennneense c,..e la contraction de ces muscles donne une expression marquéé ddeureté agressive*, alors même quelle n'est pas accompagnéé da troncement des sourcils. Maisje eoute beaucoup que cceoit ll une expression vra.e on naturelle. J'ai montré à eue personnes, dont quelques artistes, une photographie de M. Duchcnne représentant un jeune homme clm lequel les pyramidaux étaient fortement contractés par llactton de l'électricité : aucune ne put se rendre compte deeeque cetteexp^sion «ignifiait, A IVvceplio» d'une jeune 811e. qui y découvrit avec sagacité une , méd,-tation chagrine .. Lorsque je vis moi-même cette photographie pour ia première fois, sachant ce qu'elle signifiait, mon imagination y ajouta, je crois, ce qui lui manquait, c'est-u-dirc le plissement du front, et d~s lors l'expression me parut vraie et extrêmement morose.

Hes lèvres serrées, en même tempsque des sourcils abaisses «t froncés, pr&tent a la physionomie un airde décision et parfois ausst la rendent renfrognée et maussade. Pourquoi l'occlusion énergique de la bouche donne-t-elle cette expression

^7S!il!Tk Physionomie humaine, Album, légende IV, fig. I«-

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«8                                      HOU0E1UK.

d'obstïnaiion? Nous discuterons cette question tout & l'heure 1/^pressionclerolistinntb.idia^inea été très nettement reconnue par mes correspondants chez les naturels de six ri-

les Chinois, les Cafres, tes Abyssins, et on la tfouve a un degré remarquable chez les sauvages de r'Amerique du Nord,dV pr~sledoetcuHtothmck,ainsiq»e ch»les Aynuu* do Bo-livi», d'upresM. I). Korhcs. ie l'ai également observée chez 1* Arancanieiis du Chili méridional. M. Dyson Lacya remarqué que les {ndigncs australiens, sous l'influence de cette disposition d'espri,, cfoisent quelquefois leur* bras sur leur poitrine, attitude que Ion voit aussi parfois chez nous. Une forme déterminatioM, allant jusqu'à r'ent&tement, s'oxprime aussi dans certains cas par l'élévation persistante des deux «pautes, ~este dont nous cxpliqueroas la signification dans le chapitre suivant.

la lèvre inférifur se inverse et s'avance un peu; cette dis-position constitue cgatemcnt une sorte de moue. Mais !a vati6t6 de moue dont je veux parlerici consiste dans l'avancement des deux lèvres en forme de tube, avancement qui leur fait attein-dre parfois le niveau du bout dn nex, lorsque celui-ci est petit. Cette moue s'accompagne ordinairement du froncement des sourcils, et quelquefois de l'ëmissioM d'un bruit particulier. Cettf expression est remarquable en ce qu'elle est apeu prit ta seule. à ma connaissance, qui se manifeste plus nettement pendant l'enfance que pendant l'âge mur, nu moins chez !es Européens. Uans toutes les races cependant, les adultes ont quelque tendance aavancerleslèvresciuandilsso.it sous l'influence d'une grande eolère. Certains enfouis font la moue par timidité; mais on ne peut guère appliquer A ce casparticulier ta qualiticationde bouderie.

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ROUOKBIK.                                            240

D'âprès les informations que j'ai prises dans diverses famil-les très nombreuses, ta mono ne paraît paschose fort commune chez les enfatits européens; mais oilo existe dans le monde

marquée chez h plupart «U races sauvages, car elle a frappa l'atteniion d'un grand nombre d'observateurs. On la remarquée dans huit districts différents de l'Austratie, et la personne de c,ui je tiens ces renseignements me disait qu'elle a été frappée de J'allongent dont jes lèvres dos enfants sont susceptibles dans ces occasion». Deux observateurs ontretrouvé la moue enfantine chez tes Hindous; trois, chez, les Cafres, les .Fingos dn sud de l'Afrique et les Hottentots; deux, chez les tndicns sauvages de l'Amërique septentrionale. On i'a aussi observee chez iesdnnois, les Abyssins, les Matais de Matacca, les Dyaksde Bornéo, et souvent chez les indigènes de la Nouvelle-Zélande. M. Mansel Weale m'apprend qu'il a vu un alton~ement très prononcé des lèvres chez les Catrcs, non «eu-Icucntsur les enfants, mais encore sur les adultes des deux sexes. lorsqu'ils étaient de mauvaise humeur. M. Stacka fait quelquefois ta même obscrvation chez les hommes et tr~s fréquemment chez les femmes de la Nouvelle-Zélande. Knfin, eue* l'adulte européen tui-mcme, on reconnait parfois des traces de cette même expression.

Ainsi on voit que t'allongcment des lèvres, chez l'enfant eu particulier, est un signe caractéristique de ia mauvaise humeu,, commun à ta plupart des races humaines. Ce mouvement résulte apparemment, surtout pendant tajeunesse, du souvenir d'une habitude primilive ou d'un retour momentané vers cette habitude. Les jcunes orangs-outangs et les jeunes chimpanzés allondent extrêmement leurs lèvres, comme nous l'avons vu précédemment, lorsqu'ils sont mécontents. légèrement irrités ou de mauvaise humeur, une surprise un peu d'effroi etmêmc unelégère satisfaction les font agir de même. Ilsallongeutalor* la lèvre, sansdoute afiu de pouvoir émettre

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m                                      BOUDB1UB.

les divers sons propres & ces différa états de reprit. U lormede 1« bouche, commeje l'aidit, dillerc tr&s pe« «te le chimpanzé, qu'il s'agisee de cris de plaisir ou de cm de co-lèi^Mai» aussitôt ,,ue l'ani.ual enti'c ea fareui, la forme de ,, «a houch< chaire entièrement, et les «lents sont mises à dé-couvert. Il parait que lorsque l'orang-outang adulte est blessé, I il pousse un cri singulier, qui commence par des notes aigu*ct se tcrMine en un mug!ssement sourd; pendant qu'i! émet les notes élevécs, it avance les lèvres en forme d'en-tonnoir, mais quand U arrive aux sons graves, il tiant la houche grande ouverte" ». H parait que la lèvre infërieufe du porille est susccptible d'un très grand allongement. Si nous admettons que nos ancêtres semi-humains avançaient leurs lèvres, quand ils étaient maussades ou un peu irrites~ comme 1«font actucllement les singes anthropoïdes, il n'y a rien d'inoxplicable & ce que nos enfants, sous l'influence d'impressions analogues, nous présentent des traces de la môme expression, en même temps qu'une tendance A émet-tri, certains sons; cela n'est plus qu'un fait curieux. Il n'est pas rare, en effet, de voir tes animaux retenir d'une manière plus ou moins paiTaite pendant leur jeune Age, pour les perdre plus tard, certains caractères qui ont originairement appartenu A leurs ancëtres adultes, et qu'on retrouve encore dans d'autres espèces distinctes, leurs proches parentes.

11 es~naturel aussi que les enfants des sauvages manifestent une tendance plus forte A allonger leurs lèvres. lorsqu'ils boudent, que les enfants des Européens civilisés; car la caractéristique de lélat sauvage semble résider précisément dans cette conservation d'un état primitif, conservation qui se manifeste même parfois dans les qualités physiques".. On pourrait pourtant objectcr A cette manière de voir snrl'ori-

(vol.l,chap.,v).

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DÉCISION.

gine de la moue, que les singes anthropoïdes allongent également leurs lèvres sous l'influence de l'étonnement et même d'une légèr* sattsfactton; chez llhomme ai, contraire, cette <^^m «Mm*** «M^ral que hn^uïlesUe mauvaise humeur. Mais nous verrous, clans un des chapitres suivants que, daas certaines races humaines. la surprise amène quel-fois uaiéger avancement des lèvres; cependant une vivesur-prise,uo profond étonnement, se manifestent plus communément en laissant la bouche toute grande ouverte. Du reste, comme nous retirons en arrière, dans l'acte dd rire et du sou-rire, les coins de notre bouche, nous avons da perdre toute tendance A avaNcer les lèvres aous t'influence du plaisir, A supposer que nos ancêtres primitifs aient pu vraiment exprimer ainsi leur satisfaction.

Un petit mouvement qui se rencontre chez les enfants maussades doit encore être mentionné'. Le geste dont je parle .Je crois, uneautre signification que !e haussementdcsdeux epaules. voici en quoi il consiste : un enfant qui est de mauvaise humenr, assis sur ïes genoux de son père ou de sa m~rc, élève t'épaule la plus rapprochée de celui qui ie tient, puis la retire brusquement comme pour se soustraire a une caresse, et donne ensuite une secousse en arriére, comme pour repousser quelqu'un. J'ai vu un enfant, qui était pourtant assez. éloigné de toute autre personne, exprimer clairement sesscn-timents en levant une de ses épaules, lui imprimant ensuite un lé~er mouvement en arrière, et enfin détournant toute s» petite personne.

Décision ou détermination. - L'occlusion énergique d< la

L'eipmsionangiaisc employee ici, to show « coW shouUter, latéralement : montrer me CVaule fr*Ukt n'a pas d'équivalent en français. Tu tumthe coldskouiacr on my one correspond apeupl& la tocution battre froid à quelqu'un, qui ne «produit pas la même image.

'yofe de* traducteurs.)

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"M..                                  DÉCISION.

bouche tend a donner & la physionomie une expression de dé< torminaiionou de décision. On n'a probablement jamais vu m hommedun caractère résotugarder habituetlement sa boucher ouverte *«i*» eoroidere-Um géiiéiadomea~ ^me nn , indice de faiblesse munie une mâchoire infërieure petite et faible qui semble indiquwr que la bouche n'est pns ordinairement bien ctosc. Un effort prolonge . de que!que nature qu'it soit, phystquo ou intellectuel, implique une détermination prëalable; si donc il est démontré que ta houche se ferme énergiquementavantctpcndantuuexercice vtotente!cont!nu du systëmp musculaire, en vertu du principf de l'associationt elle doit presque à coMpsar~e fermer également tu moment où l'on prend une résolution 6nerg!que. Or un grand nombre d'observateurs ont remarqué que, lorsqu'un homme entreprend quelque exercice muscutairc violent, il commence invariablement par gonfler d'air ses poumons, qu'i! comprime ensuiteencontractanlvigoureusementsfs musctesthoraciques et en maintenant sa bouche exactement fermée. En outre, quand cet homme est forcé de reprendre haleine, il n'en maintient pas moins sa poitrine aussi dilatée que possible.

On a donne de cette manière d'agir diverses explications. Sir C. Bell soutient « que, dans ces circonstances, on ~onfle la poitrine et on !a maintient distendue pour fournir nn point d'appui solide aux muscles qui s'y attachen.. Uetà vient, re-marque-t-iLqueiorsquedc,* hommes sont engagé, dans âne lutté à outrance, il règne entre eux un silence terrible, interrompu seulement par teur respiration pénible et étouffée. Ce silence provient de ce que, en chassant t'air pour donner passage à quelque son, itsaffaibiiraient le point d'appui des musctesdcs bras. Si ta lutte a licu aumilieu des ténèbres, etque Ton entende un cri, on est aussitôt averti que l'un des deux antagonistes a perdu l'espoir de vaincre.

il. ~tMtaVfflqmita, 1,190.

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DÉCISION.                                            2JS

D'après Gratiolet «'1 l'homme qui veut lutter à outrance contre un autre homme, ou qui doit supporter un lourd fardeau, ou bien conserver pendant longtemps une même attitude forcée, doit effectivement faire d'abord uneforte inspiration, puis cesser do retirer; .nais, suivanttui, implication nonnée par Sir C. Itell serait erronée. Il fait remarquer qué tout arrêt de larespiration agitsurla circulation» sang etla ralentit (c'est, je crois, ...i fait sur lequel il ne peut subsister aucun doute); et il invoque certaines preuves très curieuses, tirées de Ionisation des animaux inférieurs pour démontrer que le ralen-tissementde la circulation est nécessaire au prolongement de l'action musculaire, tandis nue l'exécution de mouvements rapides exige au contraire une suractivité de cette fonction. D'après cette manière de voir, quand nous nous disposons à faire un grand effort, nous fermons la bouche et nous cessons de respirer pour ralentir la circulation du sang. Gratiolet résume ta question en disant : « C'est là la vraie théorie de roubrtcontinu; j'ignore toutefois" jusqu'à quel point cette théorie est admise par les autres physiologistes.

Le docteur Piderit «>,a son tour, explique l'occlusion énergique dela bouche pendant tout effort musculaire violent de la manière suivante : l'influence de la volonté s'étend A d'autres muscles que ceux qui sont nécessairement mis en ac-tion par uneffort particulier quelconque; il est donc naturel que les muscles qui servent à la respiration, et ceux de la bouche, qui sont si usuellement mis enjeu, soient plus spécialement exposés à subir cette influence. Il .ne semble qu'il doit y avoir quoique chose de vrai dans cette manière de voir; car nous avons de la tendance, en accomplissant un exercice violent, à serrer les dents avec force, - ce qui n'est pas utile pour empêcher l'expiration, -pendant que les muscles de la poitrine se contractent vigoureusement.

t4, Mimik und Phytiognomik, p. 7».

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w"                                   DÉC!S10N.

Knfin, lorsqu'un »««»ne doit récuter une opération délicate, difficile, mais qui nWige aucune dépense de forces, it ferme cependant généralement la bouche et cesse de respirer

empocher les mouvements de sa poitrine d'entraver ceux de ses bras. C'est ainsi c,„'on voit, par ,ve,„pte, une pe^onne qui enfile une aiguille serrer ses lèvres, et même suspendre sa respirationourapirera«S8idouceme,Uquep,W,ble.Lamême observation a été faite, comme nousl'avousdit précédemment, sur un jeune chimpanzé matade, pendant qu'il s'amusait a tuer avec sesdoigts les moucliesqui bourdonnaient sur les carreaux dela fenêtre. En effet, tout acte, quelque insignifiant qu'il soit. nécessite toujours jusqu'à uu certain point, s'il présente une certaine diffieutté, une décision préatabte.

Ko résumé, il n'y a rien d'improbable ace que k. divan» causes mentionnées ci-dessus aient pu intervenir a différents degrés, soiteonjointemont, soit séparément, dans differentes occasions. Il a dû en résulter une habitude invétérée, devenue aujourd'hui définitivement héréditaire, de fermer forte-ment ta bouche au début et pendant toute ta durée de tout effort violent et profongé ou «le toute opération délicate. Grâce au principe de l'association, cette habitude doit avoir une forte tendance & se reproduire lorsque l'esprit vient de prendre une résolution relative A quelque acte particulier, A quel-que ligne de conduite A suivre ; et cette tendance peut se ma-nifestersansquunacte physiquequelconqueaitétéoume.no doive êtreaccompli. C'est ainsi sans doute que l'occlusion énergique habituelle de !a bouche a fini par indiquer la décision du caractere; et l'on sait avec quelle facilité la décision dé-génère en obstinatiou.

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CHAlTOiiX.

IIAINK HT COLKRK.

chez le» aliei.es. - Colère et tiKligimtfon. - Leur ext.r«»*lo» clu» les diverse» ra-<:«» humaines. - McaiicmeiM oidéû. - Aclloii de découvrir la deut canine d'un seul

Quand un individn nous a causé votoutnirement quelque tort, Mous a offensé d'une manière quelconque, ou quand nous lui attrilmonsdes !ntentions hostiles A notre cgard, nouséprou-vons pour lui de i'antipathie, qui degénère «berneat en haine. Ces sentimemts, ressentis A un faible degré, ne s'expriment distinctement par aucun mouvement particulier du corps ou des traits, si ce n'est peut-être par une certaine raideur dans l'attitude ou par les caractères d'une mauvaise humeur ~égére.Peude gens cependant peuvent arrêter longtemps leur pensée sur une personne haie sans éprouver et sans laisser percer au dehors des signes «l'indignaiion ou de eolère. Toute-fois, si t'offenseur est tout A fait infirme, on ne ««« quedé-dain et mépris. Si, au contraire, l'offenseur est tout-puksant. la haine se transforme en terreur : c'est ce dernier sentiment. par exempte, qu'éprouve un esclave qui pense & un mattrc cruel, ou un sauvage qui se représente une divinité matfai-sante et sanguinaire*. Laplupartde nos émotions sontsi étroitement liées à leur expression qu'elles ne peuvent guère exis-

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[U.M:-

m                                coléîrk.

tertimtquenotreorganismedemeure inerte et passif, puisque la nature de l'expression dépend avant tout précisément de ta nature des actes que nous avons habituellement accomplis sous

pl«M.n hommc peut savoir que sa vie est exposée au plus grand danger et désirer ardemment ta sauver, et dire cependant, comme Louis XVJ entouré d'une populace furieuse : < Ai-je peur? tatez mon pouls. » Ue môme un homme peut en hair ardcm,nentunautre;mais,jusq«'aumon,entoùson8vstéme physiquc s'affectc et réagit extérieurement d'une manière quelconque, on ne saurait dire que cet homme est furieux.

Fureur. - J'ai déjà eu t'occasion de parler de cette émotion dansle chapitre m, eu montrant l'influence directe de l'excitation du scnsorium .sur l'économie combinécavec les effets d'actes habituellement associés. La fureur se manifeste des fa-cons les plus diverses. Le cceur et la circulation sont toujours impressionnés; Je visage devient rougeou pourpre, et tes veines du front et du cou se gonflent. Cette rougeur de la peau a été observée chezles tndicns cuivrés de t'Amérique du Sud*, et ...M,.,, paratt-il, sur les cicatrices bianches laissées sur la peau des nègres par d'anciennes blessures». Les singes rougissent aussi de colère. J'ai observé A plusieurs reprises chez un de mes enfants, Agé demoins de quatre mois, que l'afflux dusang,qui rougissait son petitcrti,echauve,dlaitle premier présage d'un accès décolère. Quelquefois, au contraire, ta fu-reur entrave te fonctionnement du cœur, au point que le vi-sage devient pale et tivide~; on a vu souvent des individus*-

Tjloreau cl Gratiolet ont discuté la couleur du ~iaage sous i'influence

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OOUHB.

feints de maladies du cœur tomber morse sous le coup de cette puissanee émotion.

La respiration est également affectée; la poitrine se soulève et lea narines se dilatent et frémissent». Tennyson a dit : « Le souffle violent de la colore gonflait ses narines cicfumée. », ï>e là viennent les expressions : respirer la vengeance et fumer de coMre*.

L'excitation du cerveau communique de la vigueur aux muscles, et en même temps affermit la volonté. Le corps est habituellement maintenu tout droit, prêt Aagir, parfois pourtant il est courbé vers l'agresseur, et les membres sont plus ou moins raidis. Ordinairement la bouche, exactement fermée, exprime une détermination arrêtée et les dents sont serrées ou frottent les unes contre les autres. Fréquemment les bras se soulèvent et les poings se fermen,, comme pour frapprr un agresseur. Lorsqu'on est très irrité et que l'on somme quel-qu'un de sortir, on peut rarement s'empêchrr defaire le geste de le frapper ou de le pousser dehors avec violence. Bien plus,

d'une colère intense. Voir l'édition de 1820 de Lavater, vol. IV, p. m et 300, et Gratiolet, De ta PhyMmmie, p. 346. B. Sir C. Bell (A,,^ of Bastion, p 9.M«7) a longuement traité

des élévateurs de l'aile du nez. - Le docteur Piderit (Uimik uni Phyiognomik, s. 82) explique la dilatation des narines en disant qu'elle a pour but de permettre la resptration, tandis que la bouche est fermée et les dents serrées; cette eiptication ne me parait pas aussi bonne que

|«SSSSSSffiss

VTk Wedgwood (On the Origin o/ tongwge, 1866, p. 76) fait egate-ment observer que le son produit par une espiration brusque est rendu par tes syllabespti/fcAu/fcioM/ft or le mot anglais ^signifie precisëmont un accès de colère.

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ro                                colèmî.

ce déssr de donner des coups devient souvent ssimpérieux, qu'on ffappe ou qu'on jette par terre des objets inanimés : les gestes deviennent, du reste, souvent complètement désordon-nés etfeénétique8.0uft»dlfis jeunesi^î^^enîme^, ils se renient par terre sur le dos et sur le ventre, criant, donnant des coups de pied, égratignaut, et ffappant sur tout ce qui est & leur portée. U en est do même, d'âpre les rensei-gnementsde M. Scott, des entants hindous; nous avons vu que les jeunes singes anthropomorphes n'agissent pas différemment.

Cependant le système musculaire peut être impressionné d'une manière toute différente : en effet, la conséquence d'une fureur excesssve est fréquemmentle tremblement. Alorsleslèvres, paralysées, refusent d'obéir aux ordresdela volonté, «et la voix s'arrête dans la gorge' »; d'autres fois elle s'élève, de-vient rauque et discordante ; si on parle longtemps et avec volubilité, la bouche se remplit d'écume. Parfois les cheveux se hérissent; mais je reviendrai sur ce point dans un autre chapitre, quand je traiterai de l'émotion mixte composée décolore et de terreur. Dans la plupart des cas, il se produit un froncement des sourcils très prononcé, signe caractéristique dela contention de l'esprit placé en face de quelque désagrément ou de quelque difficulté. Quelquefois,au contraire, la peau du front, au lieu d'être contractée et abaissée, restelisse, et les yeux étincelants demeurent grands ouverts. Les yeux sont tottjoursbrillants, et, suivant l'expression d'Homère, remplis de flammes. Dans certains cas, ils s'injectent de sang, et sortent, comme on dit, de leur orbite, ce qui est évidemment une conséquencede la congestion générale de la tète, congestion manifestée, du reste, par la distension des veines. D'après Gratiolet 8, les pupilles sont constamment contractées chez les

7. Sir C. Bell {Anatomy of Expression, p. 95) a fait d'exctllentes remarques sur l'etpreasion de la foreur. 8.DtlaPM/tonmtt.Mt.p.W.

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COUR..                                         960

gens furieuxl le docteur Crichton Browee m'a dit qulil en est de même dans le délire violent de la méningite ; ll fautavourr pourtant que tes mouvements de l'iris, sous l'influence des clivons émoiion,, sont eQcorotrèspeucoauus,

Shakespeare résume ainsi les caractères principaux de la fureur:

En temps de paix, rien ne aied mieux à l'homme

Alors il faut faire comme te tigre:

Raidir ses tendons, exciter son sang,

Donneràsesyeuxunaspectterribte,

Affermir ses deats, dilater ses narines~

Respirer à pleine poitrine et tendre à la fois

Tous les ressorts de son être! Sus~ sus, nobles Anglais1

ff«irt7,acUII,sc.<.

Les lèvrss sont quelquefois portées en avan,, sous l'influence de la fureu;; je ne puis comprendre la signification de ce mouvement, à moins qu'il nesoit do à ce que nous descendons de quelque animal analogue au singe. On en a observé des exemples non seulement chez les Européens, mass aussi chez les Australiens et les Hindou.. Le plus souven,, au contraire, les lèvres sont rétractées, et laissent à découvett les dents serrées les unes contre les autres; c'est ce qu'ont indiqué près-que tous les auteuss qui ont écrtt sur l'expression". Il semble

0. Sir C. Bell, Anatomy ofBxprmion, p. 177. - Gratiolet (De la Pfty «tonomfe, p. 360) dit : « Les dents se découvrent et imitent symbolique-ment l'action de déchireret de mordre, w Si Gratiolet, au lieu d'employer le mot vague de ^Miquenent. avait dit quo cet acte est le vestige d'une habitude acquise autrefois, lorsque nos ancêtres à demi humains se battaient à coups de dent, comme le font actuellement tes gorilles et tes orangs, it eût été plus faclle de le comprendre. Le docteur Piderit (Iftott, etc., s. 82) parle aussi de la rétraction de la lèvre supérieure du-rant un accès de fureur. - Sur une gravure d'une des merveilleuses

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,0*                                        OOLUBE

qu'on mette ainsi les dents A nu afin de les tenir prêtes A saisir ou à déchirer un adversaire, bien qu'on n'ait peut-être en réalité aucune intention de ce genre. M. Dyson Ucy a observe cette e^^

qu'ils se disputent, et Gaika chez les Cafres du sud de l'Afrique. Charles Dickens* racontant l'arrestation d'un bandit, décrit la populace furieuse qui l'entourait, < se précipitant, grinçant des dents, et poussant des hurlements de hétes féroces .. Tous ceux qui ont l'habitude des petits enfants savent

On voit quelquefoisseproduire une sortede rire grimaçant, en même tempsque les lèvres se portent en avant. Un bon observateur raconte qu'il a été souvent a môme d'étudier la haine (qui se confond presque avec la fureur plus ou moins dissimulée) sur les Orientaux, et une fois sur une femme an-glaise assez âgée : dans tous ces cas, il existait, « non un froncement de sourcils, mais un rire grimaçant; les lèvres étaient avancées, les joues pendantes, les yeux demi-clos, le front était parfaitement calme etiramobile" ...

Ce mouvement, qui rétracte les lèvres et découvre lesdents, durantles accèsde fureur, comme pour mordre unadversaire, est tr~s remarquable, eu égard a la rareté des cas dans lesquels, chez l'espèce humaine, les dents sont mises en usage pour combattre; aussi me suis-je adressé au docteur G. Crich-ton Browne pour savoir si cette habitude est commune chez les aliénés, qui s'abandonnent sans contrainte A la fougue de

10. OUtser Twist, vol. iU, pe. 2S4.

H. TheSptctator, « juillet 1868,p. 8i9.

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COLÈRE.                                        201

leur colère. 11 me fait savoir qu'il lla observée en efuet, à di-verses reprises, chez les aliénés et chez le* idiots, et il m'en cite les exemples suivants.

Au moment où ii recevait ma lettre, il venait d'être témoin «dun accès de colère effrenée et de jalousie sans motif, chez une femme folle. Celle-ci, l'écume à la bouche, commença par accabler son mari de reproches; puis elle s'approcha de lui, les lèvres serrées et les sourcils énergiquement contractés. Enfin elle rétracta ses lèvres, surtout les extrémités latérales de la lèvre supérieure, et montra les dents, tout en envoyant un vigoureux coup de poing. Second exemple : un vieux sol-dat, invite A se conformer aux règles de l'établissement, donne carrière a son mécontentement, qui dégénère bientôt en fureur. D'habitude, il commence par demander au docteur Browne s'il n'a pas honte de le traiter de la sorte. Il se met alorsA jurer et à blasphémer, se promène à grands pas, jette ses bras de côté et d'autre, et invective tous ceux quil'entou-rent. Enfin, lorsqu'il est au comble de l'exaspération, il se précipite sur le docteur Browne par un mouvement oblique particulier, en faisant claquer ses mâchoires et proférant des menaces de mort. A ce moment, on peut voir que sa lèvre supérieure est soulevée, surtout vers les coins, ce qui découvre ses énormes canines. Il vocifère des malédictions, les dents serrées. et tout l'ensemble de son expression revêt une extrême férocité. U même description conviendrait également à un troisième individu, A cette exception près qu'il écume et crache le plus souvent, tout en se livrant aux gambades et aux sauts les plus étranges, et criant ses malédictions d'une voix de fausset très aiguë.

Le docteur Browne me communique encore l'observation d'un idiot épileptique, incapable de mouvements raisonnes, et qui passe habituellement sa journée entière A s amuser avec des jouets; cependant son humeur est morose et devient fa-cilement farouche. Si quelqu'un vient A toucher ses jouets, il

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M                                       COLÈRE.

relève lentement tsaète, qu'il ttent baiisée d'ordinaire, ea ûxe ses yeux sur r'intrus avee un ffoncement de sourcil» lent, mais irrité. Si on le contrarie encore, ,ilétracte ses lèvres épaiises,

~tmetan^

lesquels ss distinguent surtout les cancnes, puis il avance sa main ouverte vers celui qui ltennuie par on mouvement brusque et sauvage. La rapidité de ce geste, dit le docteur Browne, contraste d.une manière frappante avec sa torpeur ordinaire, qui est telle qu'il met ordinairement quinze se-condes pour tourner la tète d'un côté à l'autre, quand son attention est évcUlée par quelque bruit. Quand ii est dans cet état d'exaspération, si un objet quelconque, un mouchoir, un Hvrcluitomlbesouslamai^ille^rteAlaboucheetlemord. M. Nicol m'a fait un récit analogue concernant deux aliénés, dont les lèvres se rétractent aussi pendant leurs accès de fu-reur.

Le docteur Maudsley, après avoir rapporté divers actes qui rapprochent l'idiot de la brute, se demande s'il ne faut pas y voir le retour d'instincts primitifs, « un écho affaibli d'un passé lointain, qui témoigne d'une parenté dont l'homme s'est presque entièrement affranchi ». 11 rappelle que le cerveau humain passe, dans le cours de son développement, par divers états identiques A ceux qu'il offre chez les autres vertébrés; et, comme l'état du cerveau de l'idiot constitue un arrèt de développement, il est permis de supposer « qu'il doit présenter le fonctionnement qu'il avait A l'origine, au lieu du fonctionnement supérieur du cerveau do l'homme sain ». Suivant le docteur Maudsley, la même manière de voir peut s'appliquer à l'état où les fonctions cérébrales sont tombées chez certains aliénés; « d'ou viennent chez eux~ se demande-t-il, le grognement sauvage, le désir de détruire, les propos obscènes, les hurlements farouches, les habitudes de violence? Comment un être humain, par cela seul qu'il est privé de sa raison, deviendrait-il d'une humeur aussi brutale, sinon

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COLÈRE*                                         203

parce qu'il existe chez lui une véritable nature de brute»? » Il semble qu'on doive résoudre cette question affirmative-

~olére, tndignation. -Ces états d'esprit ne différent do la fureur que par le degré, et il n'existe pas de distinction marquée entre les signes qui les caractérisen.. Sous l'empire d'une colère médiocrement intense, l'action do coeur se surexcite légèrement, le visage se colore et les yeux brillent. La respiration est aussi un peu accélérée, et, comme tous les muscles qui servent & cette fonction agissent synergiquemont, lesailes du nez s'élèvent un peu, de manière a laisser un libre accès & l'air; c'est la un signe très caractéristique de l'indignaiion. La bouche est le plus souvent fermée, et les sourcils sont presque toujours contractés. Point de gestes frénétiques comme dans l'extrême fureur; l'homme qui est en proie A l'indignation se place seulement, sans en avoir conscience, dans une attitude convenable pour attaquer ou frapper son adversaire. qu'il toise parfois de la tète aux pieds d'un air de défi. La tète est droite, la poitrine effacée, les pieds s'appuient solidement sur le sol. Les bras prennent des positions diverses; tantôt ils restent étendus raides et immobiles le long du corps, tantôt l'un des coudes ou les deux coudes sont fléchis. Chez les Européens, on voit ordinairement les poings se fermer »3. Les figures t et 2 de la planche M représentent très bien des hommes qui simulent l'indignation. Chacun peut faire l'expérience suivante : se placer devant un miroir et s'efforcer de s'imaginer qu'on a reçu une insulte et qu'on en delà.. SÏ£Sf lT!^! O^s» sur pression (ta Physionomie, par Lavaler, édit. de 1820, vol. IX, p. 208), Lebrun fait remarquer que ladère exprime en fermant lesW - Voir ausri, sur ce sujet, Hoschke, Mmimet Physiognmices. FragmmtumPhy$iolo<iicwn, Wp. 20; etendre Sir C. Be<ll Ltmy of E*pmsion,V. 2*9.

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3M4                                                   COLÈRE.

mande raison d'une voix irritée; on se placera aussitôt, sans nsen rendre compte, dans une attitude semblable A celle que nous venons de décrire.

La fureur, la colère et l'indignation s'expriment dans se monde entier d'une façon presque identique; les descrrptions qui suivent ne seront pas inutiles pour le démontrer et pour appuyer par des exemples les remarques qui précèdent. Il y a pourtant une exception : elle est relative au geste qui consiste à fermer les poings, et qui paratt spécial aux hommes qui combattent a coups de poing. Chez les Australiens, par exemple, un seul de mes correspondants a pu l'observer. Tous s'accordent, du reste, à dire que le corps est tenu droit, et tous aussi, à deux exceptions près, constatent le froncement marqué des sourcils. Quelquessuns d'entre eux font mention de l'exacte occlusion des lèvres, de la dilatation des narines, de l'éclat du regard. D'après le Rév. M. Taplin, la fureur s'exprime, chez les Australiens, en avançant les lèvres, les yeux étant grands ouverts; les femmes courent de côté et d'autre et jettent en l'air de la poussière. Un autre observateur dit que les indigènes, lorsqu'ils sontfuricux, jettentleurs bras de coté et d'autre.

J'ai recueilli des récits identiques, sauf en ce qui concerne

les poings, relativementaux Malais dela presqu'ile de Malacca, aux Abyssins et aux naturels du sud de l'Afrique. Je puis citer encore les Indiens Dakota de l'Amérique du Nord; suivant

M. Matthews, ils tiennent la tête droite, les sourcils froncés, et souvent marchent A grands pas. M. Bridges a noté que les habitants de la Terre-de-Feu, sous l'influence de la fureur, frappent souvent la terre du pied, se promènent de-ci dé-là, et parfois pleurentet pâtissent. Le Rév. M. Stach a observé un homme et une femme de la Nouvelle-Zélande, pendant qu'ils se querellaient, et relève les notes suivantes sur son porte-feuille : « Œil grand ouvert, corps porté violemment en ar.

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COLÈRE.                                         M

riére eetn avantt,ète incllnée en avant, poings serré», ,an!* rejette derrière le do»s,antôt mii mutuellement «ou* le ne*. . M. Swinhoe dit que ma deecription concorde avec cc qu'il a

pbservéaur^^

c'est qu'un homme en collre ss penche ordinairement vers

son antagoniste et tlaccable d'une grêle de sottises.

M. J. Scott m'a envoyé dernièrement, au sujet deesndigènes de l'Inde, une description détaillée de leurs gestes et de ieurs expressions sorsqu'ils sont en fureur. Deux Bengalais de la liss classe se dispulaient à propos d'un prêt. Au début il» étaient calmes; mais bientôt ils devinrent furieux et s'accable-rent mutuellement des plus grossières injures, A propos de leurs amis et de leurs ancêtres depuis plusieurs générations. Leurs gestes étaient très différents de ceux des Ëuropéeus; en effet, bien qu'ils eussent la poitrine dilatée et les épaules effa-cées, leurs bras étaient fléchis et demeuraient raides, les coudes portés en dedans, s'ouvraient et se fermaient alternativementt ils levaient et baissaient lesépaulesa diverses reprises. Ils fixaient l'un sur l'autre des yeux farouches, qu'ombra-geaient leurs sourciis abaisses et énergiquement froncés; ils avançaient et serraient fortement les lèvres. Ils s'approchèrent l'un de l'autre, la tète et le cou en avant, et se mirent A se bousculer, a s'égratigncr et A se secouer mutuellement. Cette attitude de la tête et du corps paraît être générale chez les gens en fureur; je l'ai remarquée en Angleterre chez Ira femmes de la dernière condition, lorsqu'elles se querellent dans tes rues. En pareil cas on peut supposer qu'aucun des deux adversaires ne s'attend 8 être frappé par l'autre.

Un Bengalais, employé au Jardin Botanique, était accusé par le surveillant indigène, en présence de M. Scott, d'avoir volé une plante rare. Il écouta l'accusation sans proférer une parole et avec mépris, le corps droit, la poitrine dilatée, la bouche fermée, tes lèvres avancées, le mgaid * «* V^ trant. jl protesta ensuite avec hardiesse de son innocence, les

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280                               RICANEMBNT, DÉFI.

bras levés et les mains fermées, la tète portée en avant, tes yeux largement ouverts et les sourcils relevés. M. Scott a observé aussi deux Mcchis, & Sikhim, tandis qu'ils se disputaient A pMpos d^n^^

une violente fureur, et à ce moment leur corps se courba un peu, et leur tète se peneba en avant; ils se faisaient des grimaces, ils avaient les épaules lovées, les bras fléchis avec raideur et le coude eh dedans, lés mains fermées convulsivement, sans toutefois qu'A proprement parler ils eussent les poings serrés. Ils avançaient et reculaient «ans cesse, et souvent levaient les bras comme pour donner des coups, mais ils gardaient alors la main ouverte et ne frappaient pas. M. Scott a fait des observations analogues sur les Lopchas, qu'il a vus souvent se quereller, et il a remarqué qu'ils te-naient leurs brasraides et étendus le long du corps, presque parallèlemen,, tandis que leurs mains étaient un peu portées derrière le dos et à moitié fermées, mais sans que les poings fussent serrés.

Ricanement, air de défi, acte de découvrir k dent canine d'un côté. -L'expressionque nous allons étudier maintenant diffère très peu de celles qui ont déjà été décrites, et dans lesquelles les lèvres sont rétractées et les dents serrées mises à découvert. La seule différence tient au mode d'éiévation de la lèvre aupérieure, qui ne laisse apercevoir que la canine d'un seul coté; en même temps, le visage regarde d'or-dinaire un peu en haut, et se détourne à demi de l'auteur de l'offense. Les autres symptômes caractérisiiques de la fureur peuvent faire défaut. Onobserveparfois cette expression chez un individu qui se moque d'un autre ou qui le défie, alors même qu'il n'est pas, A proprement parler, en colère; on la voit, par exemple, sur le visage d'une personne qui est, par plaisanterie, accusée de quelque chose, et qui répond : « Ces imputations sont au-dessous de moi : je les

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RICANEMBNT, DÉFI.                               M7

méprise. M Cette expression n'est pas fréquente; je l'ai ob-servée pourtant très nettement sur une dame qu'on persiflait. Panons en a fait une description qui remonte A 1746; elle e«VJ^ompagnée $m Jk™ W laquelle on voit h clqni canine découverte d'un seul côté". M. Rejlande., avant que jelui en eusse parlé, mademandé si jen'avais jamass observé cotte expression, qui l'avait lui-même beaucoup frappé. 11 a photographié pour moi (planche !V, f,g. 1) une femme qui, sans y faire atteniion, découvre parfois la canine d'un côté, et qui peut reproduire ce mouvement expressif volontaire-ment, avec une précision exceptionnelle.

L'air a moitié enjoué d'une personne qui ricane peut dégénérer par des transitions successives en une expression extrêmement féroce, si en même temps que les sourcils se contractent fortement et que les yeux brillent, la dent canine vient & être mise A découvert. Un enfant bengalais était accusé d'un méfait en présence de M. Scott; le petit coupable n'osait pas exhaler son courroux en paroles, mais ce senti-ment perçait dans son attitude, et se révélait tantôt par un froncement de sourcils hautain, tantôt par « un mouvement particulierqui découvrait** canine du cûté tourné vers son accusateur; il soulevait A ce moment le coin do la lèvre qui recouvre cette canine, laquelle était chez lui grande et très saillante ... Sir C. Bell rapporte " que le grand acteur Cooke savait exprimer la haine la plus violente, « en regardant obliquement, et en soulevant la partie externe de la lèvre supérieure, de manière A découvrir une dent tranchanee et pointue ».

Cette apparition de la dent «mine, sous l'influence de certains états de l'esprit, est le résultat d'un double mouvement.

14. Transact. Philos. Soc., Appendte, 1740, p. 6!>. 18. Anatomu of Expression, p. 130. Sir G. Bell appelle (p. 131) le mua-clMut découvVKnin* le « muscle du gisement » \mrtb,

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2118                                     RICANKMENTD DBFI.

L'angle ou la commissure de la bouche est un pou attirée en arrière, et en même temps un muscle voisin du m. et parallèle A sa direction attire en haut !a partie externe do la lèvre su. périenre, etdécouvre la canine du coté corwspondant. La contraction de c< muscle produit un sillon très apparentsur la joue, et des rides bien accusées au-dessous de l'œil, princi-palement près de son angle interne. Ce phénomène est identique A celui que l'on observe chez un chien qui grogne : un cbien qui a envie de se battre soulève souvent sa lèvre du côté qui regarde son adversaire. Le mot anglais meer (ricanement) est au fond identique au mot snarl (grognement), qui était primitivement <nar f lalettre l, qui y a été ajoutée, « indique simplement la continuité d'un acte,,<«.

Je suppose que ce qu'on appelle le sourire sardoniqueou moqueur est un vestige de cette même expression, Ici la bouche reste fermée ou a peu près~ mais un de ses coins est .rétracté du coté de la personne dont on se moque; or ce mouvement en arrière du coin de la bouche constitue un des éléments du ricanement proprement dit. On voit, il est vrai, des gens qui sourient d'un coté du visage pins que de t'autre, cependant il n'est pas facile de comprendre pourquoi le sourire, si c'en étatt un en effet, se localiserait si fréquemment d'un seul côté, dans l'expression de la raillerie. J'ai observé en outre un léger tressaillement du muscle qui relève la lèvre supérieure ; or ce mouvement, mieux accusé, aurait découvert la canine et aurait amené la véritable expression du

M. Bidmcr, missionnaire dans un district reculé de Gipp's Und (Australie), répond a celle de mes questions qui est relative au mouvement qui découvre la canine d'un seul oMé: « J'ai remarqué que, lorsque les indigènes grognent les uns

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RICANEMENT, D~FI.                              309

contre les autres, ils parlent les dents serrées, la lèvre supérieure tirée d'un côté, et l'ensemble des traits exprimant la colère; mais ils regardent en face leur interlocuteur. » Trois aotres personnes qui ont observé en Australie, une autre. en Abyssinie, et une autre en Chine, répondent à ma question par l'affirmative; mais, comme cette expression est rare et qu'elles n'entrent dans aucun détail, je n'ose ajouter a leur affirmation une foi entière. Il n'y a toutefois rien d'improbable à ce que celle expression semi-bestiale soit plus fréquente chez les sauvages que chez les races civilisées. M. Geach, qui est un observateur digne d'une entière conifance, l'a constatée une fois sur un Malais, dans l'intérieur de Malacca. U Rév. S. 0. Glenieme répond : « Nous avons observé cette expression chez les indigènes de Ceylan, mais assez peu fréquemment. „ Dernieremeut, dans l'Amérique du Nord, le docteur Rothrock l'a rencontrée chez certains Indiens sauvages, et souvent dans une tribu voisine desAtnahs.

Ainsi, lorsqu'on gronde ou qu'on déue quelqu'un, la lèvre supérieure se relève parfois d'un seul coté; mais je ne puis pourtant affirmer que ce soit là un fait constant; car le visage est d'habitude & moitié détourné, et l'expression est souvent fugace. Il est possible que la limitation du mouvement à un seul côté de la face ne soit pas une particularité essentielle de l'expression, mais dépende de ce que les muscles appropriés sont incapables de se contracter simultanément des deux eûtés. Pour m'en rendre compte, je priai quatre personnes d'essayer d'exécuter le mouvement en question volontairemen;; deux d'entre elles ne purent découvrira dent canine que du coté gauche, une seulement du côté droit, et la quatrième ne put le faire ni d'un côté ni de l'autre. Mais il n'est nullement certain que ces mêmes personnes, si elles avaient sérieusement défié quelqu'un, n'auraient pas inconsciemment découvert leur canine du côté, quel qu'il fat d'ailleurs, où se fut trouvé

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270                              RICANKMENT. MlFI.

leur adversaire. Nous avons vu, en effet, que certaines personnes, qui no peuvent pas rendre volontairement leurs sourcils obliques, leur donnent pourtant cette position dès qu'elles .mUft^^MMAMtautttf^ ré*, quelque pslgniftant, du reste, qu'en soit le motif. Si la faculté de découvrir volontairement la canine d'un seul côté est ainsi parfois entièrement perdue, c'est quelle est rarement mise & profit et constitue un geste avorté. Il est, du reste, surprenant que l'homme possède cette faculté ou manifeste quelque tendance & en faire usage. En effet, M. Sutton n'a jamais observé, au Jardin Zoologique, rien d'analogue sur nos parents tes plus proches, je veux dire les singes, et il est certain que les babouins, bien que munis de fortes canines, n'agissent jamais de cette manière, mais découvrent toutes leurs dents & la fois, lorsqu'ils sont d'humeur farouche et se disposent A attaquer. On ignore si les ma!es des singes anthropomorphes adultes, dont les canines sont beaucoup plus grandes que celles des femelles, les découvrent au moment de combattre.

L'expression que nous étudions ici, qu'il s'agisse d'un ricanement enjoué ou d'un grognement féroce, est l'une des plus curieuses que présente l'homme. Elle révèle son origine animale; car il n'est personne qui, se débattant par terre dans une mortelle étreinte, et essayant de mordre son ennemi, pensât à se servir de ses canines plutôt que des autres dents. Nous pouvons supposer avec grande probabilité, d'après notre ressemblance avec les singes anthropomorphes, que, parmi nos ancêtres semi-humains, les mâles possédaient de fortes canines; encore aujourdihui il naît quelquefois!, des hommes doués de canines de dimensions inusitées, avec des espaces disposés pour leur réception sur la mâchoire opposée «. Enfin nous pouvons admettre, quoique toute preuve nous fasse

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R1CASBMBNT. DÉFI.                               «1

iei défaut, qee ces ancêtres semi-humains découvraient leuss

canines en se préparant a combattre, comme noss Je faisons

encore maintenant, quand nous sommes d'humeuf farouche,

ou«i«J>!^

sarnavoirpour cela eu aucunf façon l'intention dl l'attaquer

A coups de den..

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CHAPITRE Xt.

néDAIN. — MËPRIS. — DéCOUT. — CULPABILITÉ. — ORGUSIL, ETC. tMPUtSSAKCE. — PATIBNCE. - AFFIRMATION BT NÉGATION.

M^rls, hauteur cl dédain; variété de loura expressions. - Sourire sarcaallque. - Gestes qui expriment te ujéprl». - Dégonl. - Culpabilité, foufberie, orgueil, cte. -ResIgiialtoo.ialMesieou Impuissance. - patienee.-Obstination. -Hau<. sement d'épaules, gesie commun t taplupart des races humaines. - Signes d'af-lirinallon c< de négation.

U hauteur et le dédain ne se distinguent guère du mépris que par l'irritation ptus gmnde qu'ils traduisent. On ne peut Mon plus les séparer nettement des sentiments étudies dans le chapitre précédent sous le nom de ricanement et d'air de défi. Le dégoût est une impression d'une nature un peu mieux dé-finie, provoquée originellement par un objet qui répugne dans le domaine du sens du goût, puis, par extension, par tout ce qui peut donner lieu a une impression analogue, par l'intermédiaire de l'odorat, du toucher et même de la vue. ~uoi qu'il en soit, il y a peu de différence entre le dégoût et le mépris poussé A son plus haut degré, qui est parfois appelé répulsion. Ces divers états de l'esprit sont donc très voisins, et chacun d'eux peut se manifester de façons très diverses. Les différents auteurs se sont tour à tour particulièrement appesantis sur tel ou tel des modes expressifs qu'Us <»«*-portent; M. Lemoine est parti de là* pour soutenir que leurs descriptions n'avaient rien de tondé, Mais nous allons voir

4. De la Phyttoiomie et de la Parole, ,805, p. 80.

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MÉPRIS.                                        M

combien ie est naturel que les intimants donn nous parlons puissents'exprimcrde plusieure manières différenteso on varia du principe de l'association, puisqud dea acteh habituels di-Y?!"8 s°"légalement propres A les manifester,

La hauteur et ld dédainc comme le ricanement tt l'aidee défi, peuven« s'exprimeend découvranl légèremenlad dent canine d'us seul côtéetcee mouvemens sembld dégénérer nu une sorte ds sourire. D'autref foislar raillerisee manifeste par un souriro ou nu rirv véritablec c'esl lorsqul l'auteur de l'offense essii infime qu'il ne peué éveilletjue de aa gaieté; celle-ci pourtant nest guère jamais de bon aloi. «.ailca, répondant à nios questionsf fait remarquer qul les Cafres, ses compatriotes, expiiment ordinairemenlee mépris par un sourirel le rajah Broôkefail la même observaiion relativemenr aux Dyaks de Bornéo. Le rire étant l'expression primitive de aj joio proprement ditejee ne crois pas que les très jeunes enfants rienj jamais en signe de moquerie.

L'occlusion pattielle des paupières, ainsi que l'affirme M. Duchenne*, ou encore ''aciion de détourner les yeux et le corps tentent!», expriment aussi très nettemenl le dédain. Ces actes semblent signifier que la personne méprisée n'est pas dtgne d'être regardée, ou que sa vue est désagréable. La phoiographie ci-jointe (planche V, fig. 1,, faite par M. Rej-lander, montre cette forme de dédain; elle représente une jeune femme déchrrant !a photographee d'un amoureux qu'elle dédaigne.

La manière la plus ordinaire de manifester le mépris consiste danscertains mouvements des régions nasale et buccale: ces derniers pourtant, lorsqu'ils sont très prononcés, annon-centle dégoût. Le nez se relève parfois un peu, ce qui provient sans doute de l'ascension de la lèvre supérieure ; d'au-

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,74                                              3IÉPIUS.

tres foi* lo mouvementse réduit A un simple plissenumtde la peau du nez. Souvent les narines sont légèrement contractées, comme pour resserrer leur orifice >, et Use produit en même temp*uupeUt cenilloiMilt. unekéve expiation. Tous ces actessont les mêmes que ceux que provoque !a perception d'une odeur désagréable, que nous désirons éviter ou dont nous voulons nous débarrasser. Llans les cas où ces phénomènes sont le plus marqués, suivant le docteur l>iderit\ nous avançons et nous élevons nos deux lèvres, on la lèvre supérieure seulement, de maniere à fermer les narines par une sorte de soupape; en même tfmps le ne* m relevé. Nous avons l'air de donner ainsi A entendre A l'individu que nous dédaignons qu'il sent mauvais >, de même, & peu près, que nous lui signifions qu'il n'est pas digne d'attirer nos regards, lorsque nous fermons Aderailes yeux ou que nous détournons la tête. Toutefois, il ne faudrait pus croire que de pareils raisonnements traversent notre esprit au moment même ou nous manifestons notre mépris. Toutes les fois que nous avons été exposés a sentir ou & voir un objet désagréable, des actes de ee genre

3. Le docteur W. Oglc, clans un memoire intéressant sur le sens de ..o profond, l»plratj.n, «.», «piro», lair par de p..U. ro*™»..

ru1, rs % *cr s nszr-:

queMpir.;»». Mo ..In**» »'a p» pour ri*. IWIm e»Uo«

vouqons éviter une odeur, la contraction, m semblct-il, n'intéresse que

TÏÏILÏS^S'^Xt 81-93. - Gratiolet «!«., ,, m) est à peu^rès dWd avec le docteur Piderit retattvement à .'«pression

Vuïliï impHqu« ««« forte dose de mépriis et l'une de» racines du mot scort» (fcmfnir) veut dire, d'après M. Wedgwood (DiW. ofEngllsh

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DEGOUT.                                            V.7S

ont été accomplis; ils sont ainsi devenus habituels. se sont fortement fixé*, «l ils prenn<nt maintenant naissant sous rompircdetoutétatcIorespritanalogue.

W» .K«to-.OTN. **««««» exprimont égateut le e mépris; je citerai celui qui consiste à faire claquer ses doigts. Suivant la remarque de M. Tylor », ce geste, < tel que nous l'observons d'ordinaire, n'est pas très tacite a comprendre; mais réfléchissons que ce mémo mouvement, exécuté tout doucement, comme s'il s'agissait de rouler quelque menu objet entre le pouce et l'index, où de le lancer au loin A l'aide des mêmes doigts, constitue pour les sourds-muets un geste très habituel et partement compris, indiquant quelque chose de petit, d'insignifiant, de méprisable; il semble, par conséquent, que nous ayons simplement exagéra et rendu conventionnel un acte parfaitement naturel, au point de perdre entièrement de vue sa signification primitive. On trouve une mention curieuse de ce geste dansStra-bon .. M. Washington Matthews m'apprend que les Indiens Dakota, de t'Amërique septentrionale, expriment le mépris non seulement par des mouvements du visage, mais encore « conventionnellement, en rapprochant d'abord la main fermée de la poitrine, puis étendant brusquement l'avant-bras, ouvrant la main et écartant les doigts les uns des autres. Si l'individu aux dépens duquel ce geste est exécuté est présent, ta main se porte vers lui, et en même temps la tête s'éloigne quelquefois de lui ». Cette manière de lancer vivement le bras en ouvrant la main indique peut-être l'idée de laisser tomber ou de rejeter quelque objet sans valeur.

curieux de voir combien ce sentiment est provoqué avec facilité par tout ce qui sort de nos habitudes, dans l'aspect,

6. A* Historyor V«UM. * édi... 1870, „ 41.

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m                                 DEGOUT.

l'odeu,, la natuee de notee nourriture. A la Terre-dcFeu, un indigène, ayant touché du doigt un fragment de viande froide conservée que j'étais en tratn de manger & notre bivouac~ manifesta le plus profond dégoût en constatant sa mollesse; de mon côté, je ressentais .m vif dégoût en voyant un sauvage nu portertes mains sur ma nourriture, bien que ses mains ne me parussent pas malpropres. Une harbe barboulllée de soupe nous parait dégoûtante, quoiqu'il n'y ait évidemment rien de dégoûtatt dans !a soupe en elle-méme. Je présume que ce phonomène résulte de la puissante association qui existe dans notre esprit entre la vue de la nourriture, en toute circonstance, et l'idée de manger cette nourriture. Puisque la sensation de dégont d&rive primitivement de lacte de manger on de goûter, il est naturel que son expression consiste principalemMnt en mouvements de la houche. Mais comme le dégoût cause aussi de In contrariété, ces mouvements s'accompagnent en généra! du froncement des sourcils, et souvent de gestes destinés A repousser l'objet qui le provoque ou A se préserver de son contact. Dans les deux photographies représentées planche V (fig. 2 et 3), M. Kcjlander a essayé, avec quelque succès, de reprodurre cette expression. Sur le vtsage, le dégoût se manifeste, quand il est modéré, de diverses manières : on ouvre largement ta bouche, comme pour laisser tomber le morceau qui a offensé le goût; on crache, on souffle en avançant les lèvres; on produtt une sorte de raclenient de ta gorge comme pour l'éclaircir. Ce son guttmral peut s'écrire ech ou eu^A. Son émission est quelquefois accompagnée d'un frissonnement, en même temps que les bras se serrent contre le tronc et que Ie~ épaules se soulèvent, comme dans l'expression de t'horreur ". Un dégoût extrême s'exprime par des mouve-

". Voir, sur ce phcnomène, Hcnsleigh Wedg^oé, im*n*r9 of £„. glhh Siymokg», introduction, 2» cdi... (872,,,. mvu.

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DÉOOUT.                                        m

ments-de ta bouche semblables A ce,., qui pr~parent l'acte du vomissement. La bouche s'ouvre tonte grade, la lèvre snp~ricuro se retracte énormémentt les parties iatérales du m septissfnt, h lèvre intérieure s'abaisse otse renverse au-_ tout que possible. Ce dernier mouvement exige la contrac-tion des muscles qui attirent en bas les coins de !a bouche". Il est remarquable do voir avec quelle facilité, chez certaines personnes, la simpte idée de prendre une nourriture inusttéc, -par exemple, de manger la chair d'un anima! qui ne sert pas hahituellement A notre alimentation, - provoque instantanément des naus~e* ou des vomissements, a!ors même que cette nourriture ne contient d'ailleurs rien qui puisse forcer t'estomac a la rejeter. Lorsque le vomissement résulte, en tant qu'acte reftexe, de qnetque cause mate-rielle, - un excès de table, l'ingestion d'une viande gâtée, d'un em~tique, - il se produit, non pas immédiatemen,, mais en ~énéral après un intcrvalle de temps notable. Aussi, pour expliquer que les nausées au même le vomisse-ment puissent suivre d< si près la simple perception d'une idée, il est permis de supposer que nos ancêtres primitifs ont dû posséder, comme les ruminants et divers autres animaux, la faculté de rejeter volontairement la nourriture qui les incommodait. Aujourd'hui cette faculté n disparu, en tant que soumise A faction de la votonte; mais elle est mise involontairement en jeu, par l'effet d'une habitude invétérée de longue date, toutes les fois que l'esprit se révolte contre l'idée de prendre tel ou tel aliment, ou plus géné-ralement toutes les fois qu'il se trouve en présence d< quelque objet qui inspire le dégoût. Cette opinion est confirmée par un fait qui m'a été certifié par M. Sutton : les

8. I* docteur Uuchcnnc croit que, dans le renversement de ta lèvre inférieure, les commissures sont abaissées par tes triangulaires. Ilenlc croit au contraire que c'est le carré du menton <,uu agit (/*«»<M <t.

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878                                               DÉGOÛT.

sing» du Jardin Zoologue vomissent souventt quoique eu parfaite san.*, exactement comme si col acte dépendaii de leur volonté. On comprend (railleurs que l'homme, pouvant mmmmpy, pur le lavage, & ses enfants et A ses^n-blables la connaissant-,, des genres de nourriture qu'ils doivent éviter, il aurait peu d'occasions de mettre a profit cette faulté d'expulsion volontaire; aussi a-t-clle du tendre a disparaître par le défaut d'usage.

Le sens de l'odorat a des relations intimes avec celui du goot. Aussi n'est-il pas surprenant de voir une odeur tr~s mauvaise provoquer des nausées ou le vomissement aussi aisément, chez certaines personnes, que la pensée d'un «H-ment répugnant; et, par suite, une odeur modérément desagréable susciter les diverses manifestations expressive! du degoût. La disposition aux nausées provoquée par une odeur fétide s'accrott d'abord d'une façon curieuse par un certain degré d'habitude; mais elle s'efface ensuite par une plus longue accoutumance, et aussi par Finfluence répressive de la volonté. Par exemple, je me rappelle avoir voulu un jour nettoyer un squelette d'oiseau qui n'avait pas suff,-samment macéré; t'odeur qu'il répandait nous donna, A l'aide qui m'assistait et a moi-même, assez peu habitués A de telles opérations, des nausées si violentes, que nous fûmes obligés de quitter la place. Les jours précédents, j'avais examiné quelques autres squelettes, dont la légère odeur ne m'avait impressionné en aucune façon; mais, & partir de ce moment, je ne pus, pendant plusieurs jours, manier ces mêmes squelettes sans sentir mon estomac se soulever immédiatemen..

D'après les renseignemenss que m'ont transmis mes cor-revendants, il paratt que les divers mouvements que je viens de décrire comme expressifs du mépris et du dégoût se retrouvent identiques dans une grande partie du monde. Par exemple, le docteur Rothrock répond par une affirmative

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Dtaour.                               2

très 'nelto à mes questions sur rc point, ,elativement a certaines tribus iidiennes sauvages de l'Amérique du Nord. Oantz raconte que, ,orsqu'un finlandais refuse quelque choss avec mépris ou horreur, ii «lève son nez ze en fait

sortir un l^or son'»;M. Scott m'a envoyé une description......

pittoresque de la physionomii d'uuneun. Hindou en voyant de lhuile de cassor quion l! pouusait A avaler. M. Scott a vu ausssia même expression sur le visage d'indigènes d'une classs élevée, lorsqu'ils spprochaient de quelque objet mall propre. M. Bridges dit que les naturels de la Terre-de-Kcu « expriment le mépris en avançant leurs lèvres, en sifflant, et en relevant leur nez ». Plusieurs de mes correspondants signalent la tendance & souffler par le nez, ou A émettre un son plus ou moins analogue Uugh ou nch.

Le mépris et le dégoût paraissent sAexprimer aussi près-que tniversellemenn pat l'acte de cracher, qui représente évidemment l'expulsion de quelque objet répugnant hors do la cavité buccale. Shakespeare fait dire au duc de Norfolk k « Je crache sur lui; c'est un lâche et misérable calomnia-teur. > Ailleurs~ Falstaff dit : « Quoi que je te dise, liai, si je te dis un mensonge, crache-moi au visage. » Uicbbardt fait marquer que les Australlens « interrompaient leurs harangues en eieehant et émettant un son analogue & pouhi pouh! probablement pour exprimer leur dégoût ".Le capitaine Burton parle de certains nègres qui « crachaient sur le sol avec dégoût » ... Le capitaine Speedy m'apprend que le même fait s'observe chez les Abyssins. D'après M. Ceach, chez les Malais de Malacca. le dégoût « s'exprime en crachant »; et ch» les indigènes de la Terrc-de-Feu, « le signe le plus caractéristique du mépris pour un individu consiste à cracher sur lui ».

ÎôSeu^^                           Wedgwood, On m

Orùjin»rL«nQU<W> 1800, |>. 7B.

^

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en n'ai jamaivuo l'expressiodud dégoftt mieup peinte suu unf figurq quc cheund de mee enfantel lorsqu'on lui mit poul lp premièrf foid danlab bouche, a r„ge dc cinq mois, un pcd d'eau JWdee et, nn raoi8 plut tort, „» fragment dc cerise mûre. LeÏ lèvreettab Louche entièrp prirent une formq qui devaip permettrauc contendec couler odee ton-bei immédiatement ud dehorsenn mêmt temph ll langusee portaienn avant. Ces mouvements étaienaccoompagnss d'u,i légef frémissement. C'était d'autanp pluc comique que jd doute qul l'enfanr ressentir réellement dd dégoûtc cal les yeue el lf frone exprimaient a uh haud degré de as surprise et de la réflexion. L'avancement dtaà langue poul laisser tombrr «„ objer répugnant hoss dlaa bouche peue expli-quec comment on tire universellemenl la aangee en signe de mépris et de haine".

Ains,, d'après ce que nous venons de voir, le dédainl le mépris et le dégoût seexpriment de bien des manières, par des mouvements spéciaux des traits du visage et par divers gestes; ces mouvements et ces gestes sont tes mêmes dans toutes les parties du mond.. Ils consistent tous en actes représentanr l'expulsion ou le rejet de quelque objet maté-riel qui nous répugnerait, sans exciter d'ailleurs en nous d'autri émotion énergique, telle que la rage ou la terreur; en vertu de la force de l'habitudc et de l'association, ces actes s'exécutent toutes les fois que quelque impression de ce ~enrc prend naissance dans notre esprit.

Momie, envie, avarice, rmcxme, soupçon, perfidie, me, culpabilité, vanité, ambition, orgueil, humilité, etc. - Il est

de ce mouvement »

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CIH.rAMI.IT*.                                   2»!

douteux que le plus grand nombre des états d'esprtt complexes cités ci-dessus se révèle par mienne expression déterminée, assez distincte pour être décrite ou dessinée. Quand Shakespeare a dit : Vernie «« maigre mrnge, la mire .<***... pâle envie, - la jalousie, monstre ««,* yeux verts; - quand Spencer a appliqué nu soupçon les épithctes de difforme, laid, refrogné, ils ont d~ l'un et l'autre avoir conscience de cette difficulté. Cependant ces sentiments peuvent, au moins pour la plupart, se trahir par le regard; mais dans bien des cas nous nous laissons guider avant tout, et beau-

respondants répondent presque unanimement par l'affirma-tiveu cette question; j'ai d'autant plus de confiance dans ces témoignages qu'its s'accordent en général A reconnaître que ta jalousie ne se manifeste au contraire par aucun signe visible. Lorsque les observations sont données avec quelque détail, il y est presque constamment question des yeux. l/homme coupable évite le regard de son accusateur; lui-même lance des regards furtifs. Les yeux sont dirigés « obtiquement », ou bien « ils errent d'un côté A l'autre >,, ou bien encore « les paupières sont abaissées et uii-closes o. Cette dernière remarque a été faite par M. Hagen«uer sur des Australiens, et par Gaika sur les Cafres. Les mouvements incessants des yeux résultent probablement, comme on le verra quand il sera question dela rougeur, de ce que l'homme coupable ne peut supporter de rencontrer le regard de son accusateur. Je puis ajouter que jai observé l'expression de la culpabilité, sans ombre de crainte, chez quelques-uns de mes enfants dès un âge très précoce. Par exemple, j'ai vu une fois cette expression parfaitement nette sur l'un d*eux, âgé de deux ans et sept mois, et elle me conduisit a

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la découverte de son petit crime. Elle se manifestait, d'après les indicaiions que jo retrouve dans mes notes do cette époque, par « éclat inaccoutumé du regard et par une v ftWiiuie .«WW»,. atfectéfl, qu'il est impossible de décrire. La ruse «exprime aussi principalement, je crois, par des mouvements des yeux ou des téguments qui les ~voisinent; en effet, ces mouvements sont moins soumis que ceux du corps au contrôle de 1» volonté, grâce A l'influence de l'habitude longtemps prolongée. « Quand noua avons envie, dit M. Herbert Spencer «, de regarder quelque chose, sans en avoir l'air, dans une partie donnée du champ visuel, nous avons de la tendance à supprimer l'inclinaison de la tète, qui pourratt nous trahir, et a exécuter le mouvement nécessaire avec les yeux seulement, qui doivent prendre par conséquent une direction latérale fortement accusée. Aussi, lorsque nos yeux se tournent par c6té, tandis que la face n'accompagne pas leur mouvement, notre physionomie prend l'expression de la ruse. .

De toutes les émotions complexes nommées ci-dessus, l'orguell est peut-être celle qui s'exprime de la façon la plus nette. Vn orgueilleux manffeste son sentiment desupé-riorité sur autrui en redressant la tête et le corps tout entier. !1 est Aaut, et se fait paraître aussi grand que possible; .«ri dit-on métaphoriquement qu'il est entle ou bouffi d'orgueil. Un paon ou un dindon, se pavanant de coté et d'autre, les plumes hérissées, est considéré quelquefois comme l'emblème de l'orgueil ». L'homme arrogant toise les autres de haut et, les paupières abaissées, condescend a peine à les voir; ou bien il témoigne son mépris par de légers mou-

Si S££T"ISiï^fm)'™'-M. remarquee et donne quelques bonnes observations sur l'expression de t'orgueil. - Voir Sir C. Bell (An*** of Express™, ,,. 111 ,, à propo» de l'action du m» culus superbm.

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lUIISSBIIMR DK8 ftPAULEl

vements des narine on des lèvres, analogues & ceux que nous avons décrits plus haut. Aussi lo muscle qui ren-verse k lèvi^ inférienrc a reçule nom de mmeulussuper-

délire des grandeurs, que je dois au docteur Cricbton Browne, on voit k tête et le corps raidcs et lu bouche fer-mée énergiquement. Ce dernier geste, expressif de la déci-sion, résulte,je présume, de l'entière confiance que l'orgueil. !eux possède eu lui-même, L'enscmble de l'expression de l'orgueil est en antithèse complète avec celle de l'humilité; nussi n'avons-nous pas besoin de nous occuper ici de ce dernier état de l'esprit.

Résignation, impuissance, haussement des épauless.~ Quand Mn homme veut indiquer qu'i! ne peut faire quelque chose, ou empêcher quelque chose d'être, il hausse souvent les deux épnutes d'un mouvement rapide. En mômetemps, pour compléter l'attitude, il tourne ses coudes en dedans, les bras fléchis; il lève ses mains ouvertes, en Jes tournant en dehors et écartant les doigts. La tête se penche souvant un peu d'un cote; les sourcils se soulèvent, ce qui produit des rides transversales sur le front; en général la bouche s'ouvre. Ces divers mouvements des traits sont complètement inconscients; il m'était arrivé souvent de hausser les épaules volontaire-ment, pour observer la position de mes bras, sans me douter que mes sourcils se soulevaient et que ma bouche s'ouvrait en même temps; je ne m'en aperçus qu'en me regardant dans un miroir; depuis lors j'ai observé ces mêmes mouvements sur le visage des «I» Dans la planche VI (fig. 3 et 4), M. Rej-knder a reproduit heureusement le geste qui consiste a hausser les épaules.

Les Anglais sont bien moins démonstratifs que la plupart des autres nations européennes, et ils haussent les épaules beaucoup moins souvent et moins énergiqucmpnt que les

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ik

m                                   UÉSIGNATOON.

Français ou tes Italiens. Ce geste varie d'ailleurs depuis te mouvement complexe décrit ci-dCss„« jusqu'à une élévation ! i rapide et à peine perceptible des deux épaules; ou bien, ) ^mmejeralyemtt^ui^                                                 q

jnsqu'à un simplemouvementen dehors, très léger, dos inains ouvertes avec les doigts séparés. Je n'ai jamais vu le hausse-ment des épaules chez des enfants anglais très jeunes. Cependant le cas suivant a oté noté avec soin par un professeur de médecine, excellent orateur, qui me Va communiqué. Le père du gentleman en question était Parisien, et sa mère Écossaise. Sa femme est issue do parents anglais, et mon cor-respondant ne pense pas qu'elle ait jamais haussé les épaules de sa vie. Se~ enfants ont été élevés en Angleterre, et la nourrice est nu Angtaise pur sang que Ton n'a jamais vue lever les cpautes. Or on observa ce geste chez sa fille alnée, entre seize et dix-huit mois; ce qui provoquacettcexclamation deïamère :M Voyezdonc cette petite Française, qui hausse les épaules! » Il se répéta d'abord fréquemment; en même temps l'enfant renversait quelquefois un peu la téte en arrière et sur un côté; mais on ne s'aperçut jamais qu'elle remuât tes cou-des et les mains A la façon ordinaire. Cette habitude disparut graduellement, et la fillette, qui a aujourd'hui un peu plus de quatre ans, l'a complètement perdue. Le père haussait quelquefois tes épaules, particuti&rement quand il discutait avec quelqu'un; mais il est extrêmement improbable que sa fille, A un âge aussi précoce, eut agi par imitation, car elle n'avait pu le voir bien souvent taira ce geste. En outre, si elle avait en effet acquis cette habitude par imitation, il n'est pas probable qu'elle l'e&t bientôt perdue spontanément, alors quo le père continuait A vivre avec sa famille. Je puis ajouter que cette petite fdle reprodutt les traits de son grand-père parisien d'une manière presque invraisemblable. Elle présente aussi avec lui une autre ressemblance très curieuse, qui consiste en un tic commun : quand elle désire impatiemment quelque

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1IMJ88BMBNT WRS RPAULB8.                          285

chose, elle tourne sa petite main en dehors, et frotte avec rapidité son pouee contre l'index et le médius; son grand-pèro exécutait souvent le mémo geste dans de» circonstances

^ &ulemc UUe du même gentleman haussait aussi les épaules, avant d'avoir alteinl l'âge de hutt mois; pal la suite elle perdit de même cette habitude. nl se peut sans doute que celle-ci aii imité sa somr aînée; cependant elle coniinua après que ''autre eut cessé. Elle ressemhlait moins a son grand-père parisien que sa sœur a» même âge; mais aujourd'hui elle lui ressemble davantage. Elle possède égalemen! l'hab-tude particulièro de frotter son pouce conrre deux des doigta opposés, pour manifester son impaiience.

Nous trouvons dans ce cas un bon exemple, analogue à ceux donnés dans un chapttre précèden,, de la transmission héréditarre d'un tic ou d'un geste ; car personne, je suppose, n'attribuera A une simple coïncidence la communauté d'une habitude si pariiculière A un grand-père et à sea deux petites-filles lesquelles ne l'avaient jama-s vu.

Si l'on considère toutes les circonstances de l'observation précédente, on ne peut douter que ces enfants ne tinssent, par hérédité, l'habttude de hausser les épaules de km» p.. rents français, bien qu'elles n'eussent qu'un quart de sang français dans les veines et, aussi, bien que ce geste ne fat pas très fréquent chez leur grand-père. C'est un fait à coup sur intéressant, mais non très extraordinaire, que de voir des enfants garder ainsi quelque temps A un Age très tendre une habitude acquise par hérédité, pour la perdre ensuite; on sait en effet que, dans un grand nombre d'espèces animales, les jeunes conservent pendant une période plus ou moins longue certains caractères qui disparaissent ultérieurement.

Urne paraissait extrêmement peu probable qu'un geste aussi complexe que le haussement des épaules, avec les divers mouvements qui l'accompagnent, pût être inné. C'est

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m                                  RÉS!GSATIOÎJ.

pourmioij'avais un vif désir de savoirs! LauraBridgman, qui, aveugle «t sourde, ne pouvait l'avoir appris par voie d'imitation, reculait. Or, j'ai, par l'intermédiaire du docteur Itm,*;appris, d-««ne fomm. H»Uvait eu récomment à^gner celte infortunée, qu'elle haussait les épaules, tournait les , coudes en dedans et élevait ses sourcils, de la même manier» J cpic tout le. monde et dans les mêmes circonstances. Jo dësirais aussi savoir si ce geste existe clicz les diverses races h«- \ maines, et en particulier chea cellcs qui n'ont jamais eu de relations avec les Européens. Nous allons voir qu'il en est ainsi <n effett seulement, il parait qu'il se réduit quelquefois &

A Calcutta, M. Scott a constaté fréquemment le haussement = des épaules chez tes Bengalais et les ~hangars (ces derniers » appartiennent a une race distincte) qui sont employés au Jar- » «Un Botanique : par exemple, torsqu'ils déclaraient qu'il leur « était impossiblc d'exécuter quelque travail, de soulever quel- [ que fardeau trop lourd. 11 donnait un jour l'ordre de grim- ' per sur un arbre éteve à un Hengalais, qui, haussant tes ' épaules et inclinant brusquement la tète par côté~ répondit ' qu'il ne pourrait; et, comme M. Scott, persuadé que c'était seulement une défaite inspirée par la paresse, insistait pour qn'it essayât, son visage pâlit, ses bras tombèrent le longdo . ses côtés, sa bouche et ses yeux s'ouvrirent largemen;; tout en ' examinant l'arbre, il jeta un coup d'œit oblique sur M. Scott, ' haussa les épaules, renversa ses coudes, étendit ses mains ou-vertes, fit quelque petits mouvements latéraux de la tête, ' et déclara qu'il était incapable d'obéir. M. H. Krskinc a vu de même les indigènes indiens hausser les épaules; mais il ne les a jamais vus tourner les coudes en dedans d'une manière aussi marquée que nous; en exécutant ce ~este, ils appliquent quelquefois les mains sur leur poitrine, sans les

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.HUSiSKlfTIHfMPAI'LRl                    m,

M. Geach a abservé souvent le geste c,ui nous occupe chez tes Malais sauvages de l'intérieur do Malacca, et eh» les Bugis, «pi sont de véritables Malais, bien qu'ils parlent une limguodiH^^^

car, dans sa réponse A ni» questions et A mes descrcptions des mouvement! des épaules, des bras, des .nains «t du visage, II. (icach constate que ces mouvements « s'accomplissent d'une manière remarquable ». J'ai égar~ un extrait d'un voyage scientifique dans lequel le hassement des cpautes était parfaitement décrit, a propos de certains indigènes (Mii cronesicns) de l'archipel des Carotine*, dans l'océan Pacifique. La capitaine Speedy m'apprend que les Abyssins haussent les épaules, mais sans entrer dans aucun détail. M»" Asa «ray a vu à Alexandrie un drogman arabe se comporter exactement suivantlndescriptionquej'avais faite dans mon questionnaire, au moment où un vieux gentleman qu'il accompagnait refusa de marcher dans la direction précise qu'il lui indiquait.

M. Washington Matthews, partant des tribus indiennes sauvages des régions occidentales d,s États-Unis, me répond : « Dans un petit nombre d'occasions, j'ai vu certains individus exécuter un léger haussement des épaules, en signed'im-puissanec; mais je n'ai jamais rien constaté qui répondit au reste de votre description. » Fritz Millier m'apprend qu'il a vu, au Brésil, les nègres hausser les épaules; mais il est pos-sible qu'ils aient appris ce geste par imitation des Portugais. M- Barber n'a observé rien de scmbtabtc chez les Cafres du sud de l'Afrique; et «aika. à en juger par sa réponse, pas môme compris ce que voulait dire ma description. M. Swinhœ reste aussi dans l'incertitude A l'égard des Chi-nois ; mais il tes a vus, dans les circonstances qui nous eussent fait hausser les épaules, presser leur coude droit contre leur côté, élever leurs sourcils, lever teurs mains en tournant ta face palmaire vers leur interlocuteur, et la secouer de droite à gauche. Enfin, relativement aux Australiens, quatre de mes

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m                                  KftftlONA'TIOtf.

correspondants me répondent par une simple négation, et un seul par une simple affirmation. SI. Hunnett, qui a eud'ex-cellentes occasions d'observations sur les confins de la colonie

MXH*à+ v&wià ««U ou» y**^â*a&jm* geste en question s'exécute « d'une manière plus indécise et moins démonstrative .pu* chez les nations civliisées ». Cette circonstance explique put*» pourquoi quatre de mes cor-respondants ne l'ont pas remarqué.

Les documents précédées, relatifs aux Européens, aux Hindous, h, tribus montagnardes de 11.*, aux Malais, aux Micronésiens, aux Abyssins, aux Arabes, aux nègres, aux !ndiens de l'Amérrque septentrionale, et probablement aux Australiens. - races dont la plupart n'ont eu à peu près au-cune relation avec les Européens, - ces documents, dis-je, sont suffisants pour démontrerqee le haussement des épaules accompagne dans certains cas par d'autres mouvements spéciaux, est un geste nature! & l'espèce humaine.

Ce geste exprime la constatation d'un fait que nous n'avons pas voulu, que nous n'avons pu éviter, ou bien de notre tmpuissance A accomplir un acte donné ou à empêcher une autre personne de l'accomplir. Il accompagne des phrases telles que celles^ : « Ce n'est pas ma faute; - il m'est impossible d'accorder celle faveur; - qu'il suive sonchemin; je ne puis t'arrêter. >. Le haussement des épaules exprime aussi ta patience, ou l'absence de toute idée de résistance. C'est pourquoi les muscles qui élèvcnt les épaules sont quelque-fois désignés~ d'api* ce que m'a dit un artiste, sous le non, de« muscles de h patience M Lejuff Shylock dit :

«p» Antonio &ouveaUUouvent,

Au ftiatto, voos m'atez injurié

A cause de i»on argent et de mon usure;

Je fai supporte avec un patient haussement d'cpaules.

ItMarclumd de Venise, ni. l,ac. m.

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1!AU»8BMENT DBS ~PAULBS. M           m

Sir Charles Mell ? publié'* une figure frappanee de vérité, représentant un homme qui recule devant quelque péril terrible, et qui est sur le point de pousser lâchement des cri*de terreur; hes ëpaules"tt relèveht p'esquc Jusqu'aux oreilles, ce qui indique immédiatement ltabsence de 'oute pensée de résistance.

Si, en général, Je haussement des épaules signifie : « Je no puis faire ceci ou cela, avec une tég~re modification i! signifie : « Je ne veux pas le faire. .. Le mouvement indique alors une détermination arrêtée de aie point agir. Oimsted ***** qu'un Indien du Tesas haussa vigoureuscmcnt les épaules en apprenant qu'une troupc d'hommes était composée d'Allemands et non d'Américains, exprimant ainsi sa pensée qu'il n'auratt rien a faire avef eux. Chex un enfant maussade et obstiné, on peut voir les deux épaules fortement relevées; mais ce geste n'est pas associé aux autres mouvements qui accompagnent gëneralement le hautement veritable. Un romancier, très bon observateur'», décrivant un jeune homme déterminé a ne pas accéder aux désirs de son përe, dit : « Jack enfonce vigoureusement ses mains dans ses poches, et haussa !es épautes jusqu'aux oreilles, excellente manière d'indiquer que, atort ou & raison, il ne céderatt que lorsque le rocher tomberait de sa base solide, et que toute remontrance à cet égard seratt inutile... Aussiiôt que le fils marcha A son gré, « il ramena ses épaules A leur situation naiurelle ».

U résignation s'exprime quelquefois en p!acant les mains ouvertes, l'une sur 1 autre, sur lu partie inférieure du corps. Je n'aurais pas même cru nécessaire de signaler ce geste peu important, si !e docteur W. Ogte ne m'avait dit qu'it t'avait observé deux ou trois fois che~ tes malades que l'en allait

Il 4^ *,,«*»,. ,«.

13. lowMjthrwqh Texas, p. 382.

R M-Oliphant, TheBrovnlw*, vo!. U,p.20«.

<9

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M                             - itiianATfOH.

ancsthesierpar !e chloroforme avant de !esopérer. lia manifestaient peu de crainte, et semblaient déctarer, par cette position de leuni mains, qu'Us avaient affermi leur esprit et étaieni résignés « suWr eceuHls sn pouvaient éviter

On peut se demander maintenant pourquoi, dans toutes les parties du inonde, l'homme qui sent qu'il ne peut ou ne veut pas faire mie chose, ou s'opposer à une chose faite par un autre, - qu'il veuille d'ailleurs on nevcunlle pas manifester extérieurement son senttment, - hausse les épaules, plie les coudes en dedans, présente ia paume des mains, étend tes doigts, penche souvent un peu la tête d'un côté, élevé les sourcils et ouvre la bouche. Parm! les étais de l'esprit qui s'expriment par cet ensemble de restes, les uns sent simplement passifs; tes autres impliquent au contraire une détermination de ne pas agir. Aucun des mouvements éaumeré. ci-dessus n'est de la plus tégère utitité. 11 faut en chercher l'explation, sans aucun doute, dans te principe de l'antithèse inconsciente. Ce principe paratt entrer ici en jeu d'une manière aussi évidente que dans te cas d'un chien qui. hargneux, se place dans l'attitude convcnable pour atta-quer et pour se donner une appnrcnce ptus redoutable, et, soumis etaufectueux, imprime A son corps entier une attitude opposée de tout point, bien qu'elle no lui soit d'aucune uti-

ltObservez comment un homme courrouce, qui ressent vive-ment une injure et ne t accepte pas. redresse sa lete, carre ses épaules et dilate sa poitrine. Souvent il serre tes poings, et. contractant tous ses muscles. il place un bras ou les deux-bras dans ta position requise pour attaquer ou se défendre. Il tonccUessourcils, c'est-à-dire qu'il tes contracte etlesalwis.se; enfin il serre les lèvres, indice d'une résolution arrêtée. Les restes et l'attitude d'un homme impuissant et résigné sont, a tout pointde vue, rigoureusement inverses. Dans la plancheV!,

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MAUSSEMENT DK8 ÉFMJLB..                      ni

on peut supposer que l'une des figures du côté gauche vient dpdire : « Que prétendea-vou* en miinsultant? » -tandis que l'une des figures du cftté droit diratt : *< Kn vérité, ^ j««VpouvaiHrien,t1/hommiimputantcttntriicJe;sahs ou avoir conscience, les muscle! du front antagonistes de ceux qui produisent le froncement des soumis, et par suite élève ces organes; en m~mc temps il relâche tes muselés qui entourent la bouche, de sorte que la mâchoire inférieure siabaisse. l/antithèse est compte dans chaque détail, et non seulement dans les mouvements des traits, mais encore dans la position des membres et l'attitude du corps entier; c'est ce qu'on peut constater sur ta planche enjointe. Comme l'homme qui se désespère ou qui s'excuse désire souvent manifester l'état de son esprit, il se comporte alors d'une manière démonstra-

De mémo que l'écartement des coudes et le crispement des poings, en signe d'indignaiion ou d'agression. ne se reuco». trent pas universellement chez tes hommes de toutes races, de même on voit, dans diverses parties du monde, la résignation ou le découragement se manifester par un simple haussement des épaules, sans que les mains s'ouvrent et que les coudes se tournent en dedans. L'homme ou l'enfant en-tête, aussi bien que celui qui se résigne A quelque grand malheur, n'a, dans aucun cas, la pensée de résister active-ment; et il exprime cet état de son esprit en gardant simplement ses épaules élevées; d'autres fois aussi il croise ses bras sur sa poitrine.

Signes d'affirmation ou d'approbation, de négation ou de htàme e actes de pencher ou de secouer la tête. - J'étais curieux de savoir jusqu'à quel point les signes que nous employons clairement pour indiquer l'affirmation et la négation M retrouvent dans les diverses parties du monde. Ces signes sont, jusqu'à un certain point, expressifs de nos sentiments,

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292                               SIGNER PAmRMATION

devant nos enfants sous faisons sne enclinaison ndehtète ed haut tenas, eenouriant, ,uand dous spprouvonn leuu conduite; nous secouons la aète latéralement quand nous lh MA-mon». .hez z*nfam% le premier acte do dénégation consiste à Aefuser r! nourriture qu'on lui présente, cc qu'il fait en écartant latéralement son visage du uein nu de la cuiilère dans laquelle on lui iffre en aliment quelconque; s'il accepte, aa contraire, eeteçoit tes alimentt dans ss bouche, ,l penche la tête en avantt J'ai fait bien souveen ces obssrvations sur mes propres enffnts, et depuiston jjai appris que les mêmes faits avaient frappé Charma et lui ava'ent suggéré les mêmes conclusions"* Remarquons que, ,silenfant acceptt ou prend la nourriture, iile produit un mouvement «nique en avant. et que l'affirmation s'exprime aussi par «ne simple inclinaison de tête; si an contraire llenfant refuse, et surtout si on insiste, on le voit souvent secouer sa tète plusieurs fois diun côté a l'autre, ce qui est exactement le geste que nous faiions nous-mêmes en signe de dénégation. Le refus s'exprimeaussi asm souvent en rejetant la tête en arrière, ou encore en fermant énergiqueraent la bouche, de sorte que ces mouvements peu-vent également arriver A servir comme signes de négation. M. NYedgxvood fait remarquer & ce sujet, que « la mise en iêu des organes vocaux, lorsque les dents ou les lèvres sont serrées, produit le son des lettres M ou m; ce fait peut expliquer l'emploi de la particule ne pour indiquer la négation, et peuKMre aussi celui du ri grec, dans le même

but'*».

Ces signes sont innés ou instinctifs, au moins chez les AngIo-Saxons; cela parait du moins & peu près démontré par l'exempte de l'aveugle et sourde Laura Bridgman,

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KKTO NÉGATION.                                *N

« qui accompagne constamment ton ma dde'inclinaison dd tète effirmative ordinaire, eeton ne» nd mouvement répété ddol tète qui caractérise ches zon» ll négation ». Si ». Ijebcr iiW ddmontré lé contraire *«, f««* m qu'elle evait ppucquérir ces sestes so les apprendre, en considérant la prodigieuse perfection avec aaquelle elle appréciait par le toucher les mouvements des autress Les idiots microcéphales sont, ,omme eonait, ss dégradé, qu'ils n'apprennent jamais â parler; oo Vogt raconte » que l'un d'eu»x,orsqu'on lui demandait s'il voulait encore menger ou boiree,épondait en incllnant la tète ou en la secouant. Dans sa remarquable dissertation sur lléducation des sourds-muett et des enfants à peu près idiots, Schmalz affirme que les uns et les autres peuvent toujours comprendre et exécuter les signes ordinaires d'affirmation et de négation «.

Si maintenant nous considérons les diverses races humaines, nous reconnaissons que ces modes expressifs ne sont pas aussi universellement employés que nous aurions pu le «Min; cependant ils paraissent trop génératement répandus pour qu'on puisse les considérer comme entièrement con-vontionnelsou artificie!s. Mee confondants affirment que les deux signes ci-dessus sont usités chez les Malais, les in. digeocs deCcyUm, les Chinois, les nègres de la «Me de Guinée; Uaika les a observés chez les Cafres du sud de l'Afrique; cependant M" Barber n'a jamais vu chez ce dernier peuple le mouvement latéral répété de la tête employé comme signe de négation. Quant aux Australiens, sept observateurs s'accordent a dire qu'ils se servent de l'inclinaison pour affirmer; cinq d'entre eux sont d'accord

«. 0,1 tke «ni Sound* ofL. Bridgnum* Smithsonian Contributions, t83l,vol.II, «. II. 20. Mémoire sur ksMierocèpluite*, 1807, p. 27. 2<. Cité par Tytor, miy Iflslory * Mankind, 2' édit., 1870, p. 38.

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SIGNES D'AFFinMATlON

aussi au sujet du mouvement do négation, M^i ou non de la parole; mais M. Dp» I*cy n'a jamais observé ce dernier signe à Qucensland, et M. Intimer dit que, H „®tè9..Jb^h*Agùimi..4to9rim4$ wmvewant %ènv ment la tète en «ni»» et tirant la langue. A l'extrémit6 septentrionale du continent, près «ht détroit de Torres, les indigènes « ne secouent pas la tél., en articutaut une négn* lion; mais ils lèvent la main droit< et t'agitent en la faisant tourner circ.ilairement deuxou trois fois « ». Il parait que les Grecs modernes et les Turcs expriment la nation en renversant !a tûte en arrière et faisant claquer la langue; et que la. Turcs rendent l'affirmation par un mouvement nnaiogue A celui que nom exécutons quand nous secouons la tête «. Le capitaine Speedy m'informe que les Abyssins expriment la négation en jetant la tête sur repaue droite et faisant ctaqucr iépèrement !a !angue, la bouche étant fermëe; et la négation en renversant la tète en arrière et élevant rapidement tes soumis. Les Tagnls de Lucon, dans l'archipel des Phitippines, renversent é~alement la tête en disant oui, suivant ce que j'ai entendu dire un docteur Adolî Mcyer. n'après le témoignage du ra}ah Brooke, les Dyaks de Bornéo expriment r'afnirmaiion en étevant les sourcils, et la négation en les contractant !é~èrement, tout en regardant d'une façon particulière. le professeur Asa Crny et sa femme disent que les Arabes du Kit emploient rarement l'inclinaison affirmativc, et jamais le mouvement tatcrat de négation, dont i!s ne comprennent mame pas la signification. Chez les Esquimaux *, opprime par une inclinai-son de tète, et non, par un clignement. Les indigènes de la

22.  M. J.-B. Jukes, UUm and Exacts, «fa, 1871~ |>. 948.

23.  F. Lieber, 0" the «erf Sounds, etc., p. il. - Tytor, toc. ,,/.,

P'2t' Docteur Kfa* MM»* /M. Journal, IBM, p. 313.

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KK »B NÉGATION.                                     294

Nouvelle-Zélande d «èvent ta tète eetI menton, au Heu de le» abaiiser, ,n ssgne d'acquiescement « «.

M. .I. Erskiue oonclut des ééudee taite» par divers Euu copéens, aussi tbmquepaa de~ observât*.,* indignes, su< les Hindous, que chez eux les signes dafiirmation et de négatton sont variables. Quelquefois sls sont identtques à ceux que «ou* employons: mais la négation s exprime plu* ordinairement en renveesant brusquement la tôt» eu arrière et un peu de coté, et faiiant claquer la langue; jf ne puis deviner quelte est la signilication de ce claquoment de lt langue, qui a été (u reste observé ciez divers peuples. Vu observateuf indigène prétend que l'affirmation s'exprime aouvent en portant la tête à gauche. SI. Scottt que j'avaix prié de.porter particutierement son attention sur ce point. pense, ** »» *«" nombre d'observations, ,,« les imli-gènes n'emploient pas habiti.ellement une inclinaison verticale pour amrmcr, mais renversont d'abord Ja tète, soit rm la droite, «oit vers la gauche, et puis lu jettent obliquement en avant une seule fois. Un observateur moins atten-tif aurait peut-être décrit ce mouvement comme une simple secousse latérale. M. Scott établit aussi que, dans ta négation, la tête est tenue ordinairement A peu près droite, et secouée plusieurs fois de suite.

M. Bridgcs m'informe que les naturels de la Terre-de-Feu inclinent, commenous, la tête de haut en bns en signe d'affirmationn et la secouent de droitc a gauche en signe de négation. D'après H. Washington Matthcvs, les Indiens sauvages de l'Amérique septentrionale ont appris des Européens ces deux mouvements, qui n'existent pas naturellement chez eux. Ils expriment < t'affirmation en décrivant avec la main. tous les doigts étant fléchis, l'index excepté, une ligne courbe en bus et en dehors a partir du corps; et

fe 7slor,E,,rlylIist<>ry<>rmnkUul,vm.,\m, |>. W.

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HIONES DWIRMAflOIV

la négation en pottanl 1» main ouverte en dehors, la paume regardant en dedans ». Suivant d'autre* observateur*, le iigne de IWtrmatiou, eue* ces Indiens, consiste a W ee doigt indicateur, puis A ''abaisser vers ee sol, ou bienaM, mm la maineï,ïïg™ droite au devant du visage; el le signe de la négation consiste A secouer de droite & gauche le doigt ou la main tout entière ». Ce dernier mouvement supplée et représente probablement norre mouvemeni latéral de la tète. On dtt que les Itaiiens lèvent de même le doigt et le secouent pour indiquer la négaiion; ce geste s'observe, du reste, aussi quelquefois chez les Anglais.

Kn somme, nous constatons une diversité considérable dans les signes du /affirmation et de la négaiion, suivant les différentes races humaines. Cependan,, pour ce qui concerne la négaiion, si nous supposons que tes secousses im-priMées de droite A gauche au doigt ou A ta main sont ~ymboliques du mouvement latéral de la tête, et si nous udmettons que ce mouvement brusque de la tête représenee lui-même l'un des actes accomplis souvent par l'enfant qui refuse de manger, nous devons reconnaître une grande unformité dans régression de la négaiion dans le monde entier, et nous pouvons en même temps comprendre quelle est Torigine de cette expression. Les exceptions les plus marquées nous sont présentées par les Arabes, les Esquimaux, certaines tribus australiennes et les Dyaks. Chez ces derniers, la négation s'indique par le froncement des sourcils, qui, chez nous, acconWne fréquemment le mouve-mentlatéral de la tète.

Quant à rinclinaisoa delà t~te comme signe d'affirm--

M. Lubbock, ne Or¥nof action, .870, p. 277. - ïvlor IM*.. I». 38. - Lieber fait («t. p. Il} quelques observation» sur les signes «e négation chez tes ttalien».

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KT-biMftfOK.ioK.                            m

«on, les exceptions, un peu plus nombreuses, se rencontrent .chas certain» Hindou», clims ses Turcs, les Abyssin», tes Oyaks, les Tagals et les Nouveoux-Zélandais. Quelquefois Tiàffirmation-imprime en élevant lés sourcils ; comme une personne regarde naturellement, toui en portant ia tôle en avatt et en bas, l'interlocuteur auquel elle s'adresse, elle est alors obligée d'élever ses sourcils, ce qui peut avoir ameéé ce nouveau signe expressif, dass un bui d'abréviation. Df même, clieas tes nauurels de ta Nouvelle-Zélande, l'élévation du menton et de !a tête on sigee d'affirmation représente peut-être, sous une forme abrogée, te mouvement de retour de la tête après qu'elle a été inclinée en 1ms et en avant.

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SIHPIHSE. — ÉTOX.VBMEXT. — CIUINTK. — HOIUtEOB.

HiTisst'meiii drts nlit\en\. — CuiUractlon du iiihm-Ic iKianssier. — Dilatation des ,.„„i..M.~„orrCUr.-C.,„l.lusio„.

Lorsque l'atteniion est provoquée subitement et vivement, clle se trunsformc en an-prise; celle-ci passe à l'éton-ncment, qui condutt iut-mëme à la stupéfaction et & l'effroi. Ce dernier état d'esprit touchf de hien près A la terreu.. L'attention, nous lavous vu, se manifeste par une !égèrc élévation de sourcils; quand elle passe à l'état de surprise, ceux-ci s'élèvent beaucoup plus énergiquement, et les yeux «ouvreot largement, «loti que lu bouche. Cette élévation dessourcils, nécessaire pour permettre aux yen* de s'ouvrrr targemeat et rapidement, amèné la formation de rides transversales sur le front. Le degré auquel s'ouvrait les yeux et lu bouche correspond A l'intenstté de la surprise ressentie; ces deux mouvements doivent d'ailleurs s'exécuter simultunément : en effet, ta>ouche largement ouverte, avec les sourcils légèrement élevés, produtt une grimace sans si~nification, comme la montré le docteur Duchenne dans l'une de ses photographies . On voit souvent, au contraire, simuler la surprise seulement en élevant les sourcils.

LWml~*kH»m*, A** ***. + ».

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I/une des photographies du docteur Manne représente un vieillaitl dont les sourcits sont relevés et arquas parla galvanisation du muscle frontat, lubouche étante Mnmmrvàwm volontairement: nette figurc exprime lu surprise avec une vérité saisissante. Je la montai A vin~t-quatre personnes, sans un mot d'explication, et sur ce nombre une seute ne put découvrir quelle en était la signification; une autre l'intitula terreur, ce qui n'était pas .W ter beaucoup de la vérité; enfin quelques-unes, au mot su. prise ou étonnement, ajoutërent les épithoton suivantes: pleine d'horreur, de desotation, mêlée de tristesse, de d*. ~oot.

Ainsi les yeux et Ja bouche tar~ement ouverts constituent une expression universellement recoanue comme «Ile de la «VI. ou de 1-Me».^!. ftefcev» dit : - JT.^^.. un forgeron debout, la bouche grande ouverte, amfantavec avidité les histoires d'un iailleur. . {King John, acte tV, scène o. ) Et aillcui* : « Us .se regardaient les uns les autres, et leurs yeux semblaient presque prêts à jaillir de leurs orbites; leur silence parlait, leurs gestes étaient pleins d'éloquence; on eut dit qu'ils apprenaient la fin du monde.

(rfca*M,acteV,M*neii.)

Mes correspond&nta répondent avec une remarquable uniformité & mes questions sur l'expression de lu snrprit, chez les différcntes races humaines: seuiement les mouvements des traits indiques ci-dessus s'accompagnent souvent de certains gestes ou de l'émission de sons que je decrirat tout à l'heure. Douze observateur dans différentes parties de l'Australie, «dJ d'accord sur ce point. M. Wimvood Heade a constaté cette expression chez ies nègres de la côte de Guinée. Le ehef «ail» et d'autres répondent affirmaiivement A mes demandes sur les Uafrcs du sud de l'Afrique; divers autres observateurs ne »* pas moins explicites au sujet des Abyssins, des Ceylanais, des Chinois, des indigènt de

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300                                      SURPRISE.

la Terre-dcFeu, de certaines tribus de l'Amérique septen-trionale, et des naturels de la Nouvelle-Zélande. Parmi ces derniers, d'après M. Stack, l'expression est plus nette chez certains individu que chex d'autre* bien qu'ils efforcent Unis de dissimuler autant que possible leurs sentiments. Suivant le rajah; Brooh, tes llyake» de Bornéo ouvrent largement la bouche quand ils sont étonnés; en même temps, ils balancent ta têtc d'un côté ù l'autre et se frappent la poitrine. M. Scott me racontc qu'il est formellement interdit aux ouvriers du Jardin Botanique, & Calcutta, de fumer; mais ils bravent fréquemment l'interdiction, et lorsqu'ils sont surpris en flarrant délit, leur premier mouvoment est d'ouvrir largement les yeux et ia bouche. Puis, quand ils reconnaissent qu'ils ne peuvent éviterd'être pris sur te fait, ils haussent souvent les épaules, ou bien ils froncent les sourcils etfrappent le sol du pied avec dépit. Ils reviennent bientôt de leur surprise, et la crainte servile qui les saisit alors se manifeste parle relâchement de tous leurs muscles; leur tête semble s'enfoncer entre leurs épaules, leur regard terne erre de c6té et d'autre, et ils balbutient des excuses.

M. Stuart, l'explorateur bien connu de l'Australie, a donné'une relation frappante de l'effroi stupéfié, melô de terreur, que ressentit en l'apercevant un indigène qui n'avait jamais vu nn homme à cheval. M. Stuart s'étant approché de lui sans être aperçu et l'ayant appelé d'une petite distance : « 11 se retourna, dit-il, et m'aperçut. Je ne sais ce qu'il supposa que je pouvais bien être; toujours est-il que je n'ai jamais vu une personnification plus saisissante de la crainte et de Tétonnement. Il s'arrêta, incapable de remuer un membre, cloué sur place, la bouche ouverte et les yeux fixes... Il resta immobile jusqu'à ce que je fusse arrivé à

3. ne Pô,»»,* NwLetter, Melbourne,déc. t8S8, p. 2.

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ËTONNKMBNT.                                   301

quelques mètres de tut; alors, jetant bas son fardeau, il sautapar-dessusun.buisson aussi haut qu'il put atteint. Il ne pouvait parler, et no répondait pas un mot aux ques-UoM,quele.nèpralut«(lre««iitîmaia, ^inblant de la tftte aux pieds, il agitait ses «nains pour nous éloigner. „

L'élévation des sourcils, sous rinttuence de la surprise, doit être un acte inné ou instinctif; on peut le conclure de ce frit que Laura Bridgman les élève invariabiem~nt quand elle est etonnce, d'âpres ce que ma affirmé la femme qui a été en dernier lieu chargée de la soigner. La surprise étant provoquéc par que!que chose d'inattendu ou d'inconnu, il est naturel que nous désirions reconualtre aussi rapidement que possible la cause qui t'a fait nattre; c'est pourquoi nous ouvrons largement les yeux, de manière & augmenter le champ de la vision et A pouvoir tacitement diriger te regard vemme direction quelconque. Toutefois cette interprétation n'explique guère t'élévation si prononcée des sourcils, non plus que la fixiié sauvage des yeux grands ouverts. 11 faut chercher, je crois, l'explication do ces phénomènes dans l'impossibilité d'ouvrir les yeux tr~s rapidement par un simple mouvement des paupières supérieures : on n'y parvient qu'en relevant énergiquement les sourcils. Essayez d'ouvrir vos veux aussi vivement qu< possible, en face d'un miroir; et vois constaterez que vous exécutez en etret ce mouvement; cette élévation énergique des sourcils ouvre les yeux si large.ue.it qu'ils prennent une expression de fixité particuliére. due A l'apparition de la sclérotique blanche, qui se montre tout autour de l'iris. Cette position des sourcils constitue en outre un avantage pour regarder en haut; car tant qu'ils restent abaissés, ils interceptent ta vision dam cette direction. Sir C. Bel! donne » une preuve curieuse du rôle que les sourcils jouent dans l'ouverture des pau-

.t.rAe,i,.«(oWtfor£xi>»Wfo»,p.lO«.

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m                                       SURPRIS..

piercs. Chex l'honme abruti par l'ivresse. tous les muscles se rclache.it, et par suite tes paupières abaissent exactement comme cl,,, t'homme qui tombe do sommeil; pour lutter

!ui donne oo regard embarrassé. bcte, que l'on voit parfaitement bie» reproduit dana un dessin de Hogarth. l/habi-tude d'élever les sourcils une fois acquise dans le but de voir aussi rapidement que pos<ible tout autour de nous, ce mou- . venumt a dA subir comme lut d'aut*e8 l'influence de !a force dissociation, et il doit aujourd'hui se produire toutes les fois quc nous «mentons de l'étonmmnt par suite d'une cause nuelconcp*, même par l'effet d'un son brusque ou d'une idée inattendue.

Chez t'bomme adulte, torsque les sourcits s'élèven,, le front tout entier se sillonne de rides transversales; chez. t'enfant, ce phénomène ne se produit qu'a un faible de~ré. Ces rides s, disposent en !ignes concentriques, pavallèles a chaque sourcil, et se confondant en partie sur la ligne médiane. Elles sont expressives au premier chef de !a surprise ou de Tétonnemen.. Chacun des sourcils devient, «le fait remarqucr M. nuchennc », plus arqné en

Pourquoi la bouche s'onvrc-t-elle sous l'influcncc de l'é-tonnement? Cette question est des p!us comptexes. Mu-sieurs causes paraissent concourir iV produire ce mouvement. «n a & diverses reprises émis l'opinion* que cette attitude favorise i'cxercice du sens de l'ouïe; j'ai cependant observe des personnes qui prêtaient une oreille attentive a un léger bruit, dont elles connaissaient parfattement !a

4. Mécanisme de la Physionomie, Nlbum, p. fi.

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~TONNKMKNT.                                   m

*it»rce cl la nature, et je n'ai jamais vu ïa boucho Couvrir dans ces conditions. C'est pourquoi j'avass supposé que l'ouverture du la bouche pouvait servir A reconnaître de quelle =,. direetife-n profitait «m sonycn pmn^.îïf «rtic vitiValions (ï, pénétra jusqu'à l'oreille pu, la trompe dMrt.. Mais le docteur W. Ogh», qui a en In (rraciettieté de consulte' pour moi les uieillein.cs antorttés contemporainss sur les fonctions do !a trompe d'Kustachc, m'apprend quiil est A peu près dëmontré qu'elle ne s'ouvre qu'au moment de l'«cte

nieuss n'est nullement perfectionnae ; die est au contraire affaiblie par les bruits df la respiraiion, qui devienueut plus distincts. Marcs une montre dans votre honche, sans lui permettre d'en toucher les parois. vous entendrai le tic tac beaucoup moins nettement que si vons la teniez en dehors; chez les personnes qui ont. par suite d'un rhume 01, de toute autre affection, la trempe d'Kmlnch< obstruée d'une façon permanente ou momentanée, le sens de t'audition est affaibli; mais cela peut s'expliquer par la présence du mucus accumuié dans la trompe et qui empccbe le passade de !'air. Ainsi nous pouvons conclure que, si h bouchc s'ouvre sous !'influence do Tâtonnemen,, ce n'est pns pour permetrre d'entendre plus distinctement; il est certain cependant que hien des sourds gardent d'habttude la bouche ouverte.

Toute émotion soudaine, et l'étonuement en particulier, accélère les battements du cœur, et en même temps les

J£^Ï^TKtïï=î=ïlC

TîÏÏÇïïLefc, llKft,p.»t.

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m                            ËTONNENT.

avec lui, bien plus librement & traversa bouche ouverte qu'à fmreii tes narines. Aussi. lorsque nous voulons prêter une oreille attentive A quelque son, ou bien nous arrêtons noire respiration, ou bien iwus respiroM mm toonqaitte-ment que possible en ouvrant k bouche, tout en maintenant notre corps entier en repos. Un de mes fils fut réveille au milieu de la nuit par un bruit particulier, dans des circonstances qui stimulaient vivement son attention; il s'aperçut au bout de quelques minutes qu'il avait la bouche largement ouverte; il eut alors conscience de l'avoir ouverte dans le but de respirer aussi silencieusement que possible. Cette manière de voir est confirmée par le fait inverse qui se produit ch» les chiens : lorsqu'un chien est essoufflé, après un exercice violent, ou bien par une journée très chaude, il respire bruyamment; mais si son attention est subitement éveillée, il dresse immédiatement les oreilles pour entendre, ferme la bouche et respire silencieusement par les narines, ce que son organisaiion lui permet de faire sans difficulté.

Lorsque l'atteniion reste concentrée pendant longtemps sur quelque objet ou sujet, sans s'en détourner, tous les organes du corps sont oubliés et négligés * et, comme la somme de t'energic nerveuse, chex un individu donné, est limitée, il ne s'en transmet qu'une faible proportion a toutes les parties du système, sauf a celle qui actuellement est mise énergiquement en action; c'est pourquoi la plupart des muscles tendent & se relrteher, et la mâchoire tombe par son propre poids. Ainsi s'expliquent la mâchoire abaissée et la bouche ouverte de l'homme qui est stupéfie ou effraye, ou mcme qui ne subit ecs impressions qu'A un faible degré.

J'ai remarque en effet cette manière d'être, d'après les indications que je retrouve dans mes notes, chez des enfants très jeunes, sous l'influence d'une surprise modërée.

8. Voir, sur ce sujet, Gratiolc,, Ile Ai Hysiono^ 1*8, p. m.

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ÉTOXXBMRNT.                                     m

II existe encore une cause, très importante, qui provoque ''ouverture de la bouche, Nous l'influence dl l'étonnc-ment et plss spécialement dune surprise soudaine. H nous

reuse et profonde à travers Fa bouche ouverte qu'à rravess les narines. Or, lorsque nous tressaillons, à l'ouïe de queque son brusque, A l'aspect de quelque objet inateend,, presque tous nos muscles entrent momentanément et in-volontairement en aciion avec énergie, pour nous mettre en état de repousser ou de fuir un danger, dont nous associons d'ordinaire l'rdée & toute chose imprévue. Mais, comme nous ''avons déjà vu, nous nous préparons toujours a un acte énergique que,conque, sans en avoir conscience, en exécutant d'abodd une profonde inspiraiion, et par conséquent nous commençons par ouvrir largement la bouche. Si aucun acte ne se produtt et si notre étonnement dure, nous cessons un instant de respirer, on bien nous respirons aussi doucement que possible, afin d'entendee distinctement tout son qui pourra venir frapper nos orellles. Enfin, si notre attention se prolonge longtemps et que notre esprit soit entièrement absorbé, tous nos muscles se relâchen,, et la mâchoire, qui s'étatt d'abord abaissée brusquemen,, con-serve cette position. Ainsi plusieurs causes concourent à produire ce même mouvement, toutes les fois que nous éprouvons de la surprise, de l'étonnement, de la stupé-

"wen que les précédentes émotions se manifestent le plus généralement en ouvrant la bouche, elles s'expriment souvent aussi en portant les lèvres un peu en avant; ce fait nous rappelle le mouvement, beaucoup plus marqué cependant, qui indique l'étonnement chez le chimpanzé et l'orang. Les divers sons qui complotent d'ordinaire l'expression de la surprise peuvent probablement s'expliquer par l'expiration énergique qui succède naturellement A la profonde

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inspiraiion dn début, et par la position des lèvrcs qu~ noua venons d'indique.. Quelqaefois on ««entend qu'une forto expiration : ainsi Laura Bridgman, surprise, arrondtt et avance les lèvres, les cntrouvre et respire énergiquement ». Tuncïes sons lesPpins communs est un o/i profond, qui résulte naturellement, comme llelmhol» la expliqué, de la forme que prennent la bouche modérément ouverte et les lèvres avancées. Au milieu dune nuit tranquille, on tira & bord du Btagte, mouillé dans une petite crique do Tatti, quelques fusées, pour amuser les indigènes; à chaque fusée qui partait, le silence, d'abord absolu, était bientôt suivi par une sorte de grognement, un o/*/qui retentissait tout autour de lu baie. M. Washington Mattbews dit que les Indiens de l'Amérique septentrionale expriment l'etonne-ment par un grogncment; d'après M. Winwood Reade, les nègres de la cote occidentale d'Afrique avancent les lèvres et font entendre „,» son analogue & «fe, aie. Si la bouche ne s'ouvre pas beaucoup, tandis que les lèvres s'avancent considérablement, il se prodt.it un bruit de souffle on de sifflement. M. II. Brough Smyth m'a raconte qu'un Australien de l'intérieur, conduit au théâtre pour voir un acre-bate qui exécutait de rapides cabrioles~ «fut profondément étonné; il avançait les lèvres, en émettant avec la bouche un brutt analogue à celui qu'on produit quand on souffle une allumette.,. D'après M. Bulmer, quand les Australiens sont surpris, ils font entendre l'exclamation korki, « qui se produit en allongeant la bouche comme pour siffler ». Les Européens, du reste, sifflent souvent en signe de surprise. Ainsi, dans un roman récemment publié», on lit : .. ici

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HTONNBMRNT.                                        »07

qu'mic jeune fille eafro, * apprenant le .prix élevé d'une nm.eliuml.se, !eva les soumts et siffla exactement comme eat fait un Européen ». M. Wedgwood li.it remarquer.«m ,le*i!onfècpK!s^€(a«ugl.iiS »/*«>, et qu'on les emploie comme interjection* expressives de la surprise. Suivant trois autres obscur*, les AustralienN témoi~nent souvent TétunnemeRt par une sorte de gtoussement. Les Eupopéëns expriment aussi quelquefois une légère surpr!se par un petit bruit m~tallique à peu pr6s semblabie. Lorsque nous tressaillons de surprise, nous lavons vu, notre bouche s'ouvre subitement; et si la langue est & ce moment exactement appliquée contre la voatc palatine, son éioigne-ment subit doit produife un scn de <» genre, qui peut ainsi être considère comme un signe expressif de i'étonnciiicnt.

Arrivons A l'attitudf du corps. Km paonne sarprise tèvM souvent *cs mains ouvertes au-dessus de sa tête; ou bien, croisant ses brus, elle les porte A k hauteur de son visage. La face palmairf des mains se dirige vers la personne qui provoque Tétonncmen; ; les doigts sont étendus et sépares. Ce geste a été représente par M. ncjiander, dans la planche Vif, figore t. Haus !n Cène, de Léonard de Vinci. on voit deux des apôtres qui. les bras é!evés, manifestent très clairement leur surprise. l'n observateur digne de foi. me racontant qu'il s'étatt trouve dernièrement en présence de sa femme dans les circonstances les plus inattendues. ajoute : . Elle tressaillit, ouvrit lardent lu bouche et les yeux, et porta ses deux bras sur sa tête. . Il y a quelques années, je fus surpris de voir quetques de mes enfants qui, accroupis sur le soi, paraissaient portrr une attention profonde à quelque occupatton; la distance qui me séparait d'eux étant trop grande pour me pcrmettre de demander ce dont il s'agissait, je plarai mes moins ouvertes, les doigts étendus, au-dessus de ma tôte; ce geste était a peine fait

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308                                        ÉTOKNEMUNT.

que je reconnus sceui ies sccupait ni fort; mai» s'attendis sans «lue un mot, pour voir r1b svaient tompris mon mouvement, ,etn effet je les vis sacourir vers moi eu criant : «.Nous avoua vu que*oua^surpris* » J%noi» si co geste est commun aux différentes rrces humaine, et j'ai négligé de faire dos secherches sur ce point. On peut conclure qu'il est inné ou naturel de ec fait, que Uura Bridgman, lorsqu'elle est ssupéfaite, « étend les bras ee lève les mains en étendant les doigts » >; il n'est pas probable, en effet, «s Ton conssdère que la surprise ess un sentiment générale-ment très court, que cette pnuvre fille ait pu apprendre ce gesse par le sens du toucher, quelque parfait qu'il «oiither

elle.

Huschhe décrit « nn geste un peu différent, mai* pourtant de nature analogue, qui. «lit-it, accompagne chez certains individus ltexpression de ltétonucment. L» individus en question se tiennent droits, les traits du visage tels qu'its ont été décrits ci-dessus, mais en étendant tes bras en arrière et séparant tes doigts les uns des autres. Je n'ai jamais, pour mon compte, observé ce geste; cependant Muschte a probablement raison; car, un de mes amis ayant demandé a un antre homme comment it exprimerait un grand étonne-ment, ce dernier se plaça immédiatement dansectte attitude.

Les différents gestes qui précèdent peuvent s'expliquer, ie crois. par le principe de l'antithèse. Nous avons vu que 'l'homme indigné levé la tête. carre ses épaules, tourne ses coudes au dehors, serre souvent le poing, fronce le sourcil

l,.Uober,On^eoea|So«,,/s,e»cMvollH,p.7. 2™^                                                       levain*

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W*:

ee Terme la houche, tandis que l'attitude de llhomme impuissant et résigné ess en tout point 1 inverse de la précédente. .ci nous rencontrons un. nouvelle .application du même principe. mïmvm-&». «ibhStutd~pnltorainaipo, ne faisant rien et ne pensant A non particulièrement, iaisse ordinairement ses deux bras pendre llbrement & son cotté tes mains étant à demi fermées et les doigts rapprochés les uns des autres.' Levef brusquemeiit les bras ou les avant-bras, ouvrir les mains, séparer les doigts, ou bien encore raidir les bras en les étendant en arrière avec les doigts séparés, constituent des mouvements en complète antithèse avec ceux qui caractérisent cet état d'esprit indifférent, et ils doivent par conséquent s'imposer inconsciemment à un homme étonne. Souvent aussi la surprise s'accompagne du désir de la témoigner d'une manière manifeste; les attitudes ci-dessus sont très propres à remplir ce but. On pourrait demander pourquoi la surprise et quelques autres états d'esprit, en petit nombre, seraient seuls exprimés par des mouvements antithétiques. Je répondrai que ce principe na évidemment pas du jouer un rôle important dans ïe cas des émotions qui, comme ta terreur, la joie, ta souffrance, ta ra~e, conduisent naturellement A certains types d actes et produisent certains effets déterminés sur l'organisme ; tout le système étant affecté par avance d'une manière spéciale, ces émotions se trouvent déjA exprimées ainsi avec la plus grande netteté.

Il existe un autre petit geste expressif de Jétonnement, duquel je ne puis proposer aucune explication; je veux parler de celui par lequel les mains se portent A ia bouche ou sur une partie quelconque de la tête. On l'a pourtant observé dans un si grand nombre de races humaines qu'il doit avoir quelque origine naturelle. Un sauvage australien, nyant été introdutt dans une grande pièce remplie de papiers officiels qui le surprirent considérablement, se mit à crier :

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PIUYEUR.

CM,- dwk, cluckt en plainl le do* de sa main devant m

lftvres. M- Barber dit ~ue ta Grà* et I. Pingos expri-

. ment l'étonncment par un eegard sérieux et en plaçant leur

cent le mot m, quo signifie mmW/te.i.r. 11 parait » que te Bushmen portent leur main droite A leur cou, en renvoyant leur tête en arrière. M. Winwood Reade a observe des nègres de la cète ocfidcntale d'Afnique qu! exprimaient la surprise en frappant de la .nain sur leur bouche, eitl a entendu dire que c'est là le ~estc par lequet ils testent d'habitude cette émotton. Le capitaine Speedy m'informe que les Ahyss!ns placent teur main droite sor leut front, la paume dirigée en dehofs. Knfin M. Washington Matthew» rapporte que le signe conventionnel de l'étonnemcnt, chez les tribus sauvages des régions occidentales des Étet^nis, « consista A porter la main à demi fermée sur la bouche ; en m~me-temps, ta tête se penche souvent en avan,, et quelques fois des mots on de sourds grognements sont articnlés ». Cattin ii signale aussi ce m~me geste chez les Mandans et divers autres tribus indiennes.

^Mrifioii. - J'ai peu de chose A dire sur ce point. L'admiration pHratt consister en un mélange de surprise, de plnisir et d'approbaiion. Lorsqu'elle est vive, les sourcils s'élèvent, les yeux s'ouvrent et deviennent brillants, tandis que dans le simple étonnement ils restent ternes; enfin la bouche, au lieu de s'ouvrir toute gmnde, s'étargit légèrement et dessine un sourire.

Crainle, terreur. - Le mot fear (frayenr, crainte) parait dériver étymologiquemcnt des termes qui repondent aux

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FRAYEUR.                                      311

*--------....... eu

notions de soudaineté et de périt »; celui do teneur a eu de même pour origine le tremblement des cordes vocales et desmembres. J'emploie le mot terreur comme synonyme de Myeur cMmc ; cepeudant quelques écrivains pensent qu'on devrait le réserver pour b cas où l'imaginaiion interv'ent plus pariicuiièrement. U crainte est souvent précédée d'é-tonnemen;; elle est d'ailleurs» voisinede ce dernier senti-ment qu'ils éveillent instantanément, l'un comme l'autre, les sens de la vue et de t'ouïe. Dans les deux cas, les yeux et la bouche s'ouvrent largement, et les sourcils se relèvent. L'homme effrayé reste d'abord immoblle comme une statue, retenant son souffle, ou bien il se blottit instinctivement comme pour éviter d'être aperçu.

Le cœur bat avec rapidtté et violence, et soulevé la poitrine; mais il est très douteux qu'il travaille plus ou mieux qu'à l'état normal, c'est-à-dire qu'il envoie une plus grande quantité de sang dans toutes les parties de l'organisme; en elle., la peau devient paie instantanément comme au début d'une syncope. Cependant cette pâleur de la surface cutanée est due probablemen,, en grande partie sinon exclusivement, à t'impression reçue par le centre vaso-moteur, qui provoque la contraciion des petites artères des téguments. L'impressionnabiiité de la peau par la frayeur intense se manifeste encore parla manière prodigieuse et inexplicable dont cette émotion provoque immédiatement la transpiraiion. Ce phénomène est d'autant plus remarquable que, à ce moment, la snrtace cutanée est froide; d'où le terme vulgaire de sueur froide : ordinarremen,, en effet, les glandes sudoripares fonctionnent surtout quand cette surface est chaude. Les poils se hérissent, et les muscles superficiels frémissent. En même temps que la circulation se trouble,

«S. H.Wedguood, Dict.ormti*M*J>MtW, I802, vol. H,p. 3S. -Voir aussi Graiiolet {De la Physionomie, p. 133) sur l'origine des mots terrai*, horw, rigidus, frigidm, etc. \

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. »»                                  FRAYEUR.

la respiratiosee précipite. Us glandes salaires agissent imparfaitementl lb bouchd deviens sèche «; ells .Wvn tt se fermf Mpn.L J ii observa aussi qu'unc crainte légère, produit un&fort» dispositioa A »»ft»H^ ^«» des symptômss les pluc caractéristique* ee lu frayeur est ee tremblement qui s'empare dt touJ les muscles du corps, tt qui ''aperçoit souvent nn premier iieu sur les lèvres. Ce tremblementa ausii bien que la sécheresse de aa bouche, altèrl la voix, qui devient rauqua ou indistincte, ou dsspa-

r«l^STDt : « ^""^ memnUim ""*' " V°* On trouve "dans le livre de Joh une description remarquable et bien connee de la frayeur vague : « Dans les pensées issues des visions de la nuitl lorsqu'un sommell pro-fond est tombé sur les hommes, ia peur vint sur moi, et ui tremblement qui faisait claquet tous mes os. Alors un esprtt passa devant ma face; le poil de ma charr se hérissa. Je m'arrêtai, mais je ne pus distinguer sa forme : une image était devant mes yeux, et au milreu du silence, j'eneendss une voix disant : L'homme mortel sora-t-il plus juste que Dieu? un homme sera-t-il plus pur que son Créateur? . (Job, iv, 13.)

Lorsque la crainte crott gradulllement jusquàà l'angoisse de la terreu,, nous renconrron,, comme pour toutes les émotions violentes, des phénomènes multiples. Le cœur bat tumuttueusemen;; d'autres fois il cesse de se contracter, et la défaillance survient; la pâleur est cadavériqu,, la respiration est tourmentée; les ailes du nez sont largement

10 M. Bain {Uc Notions and the **, 1S05, p.S4) eplique de la manière suivante la coutume « de soumettre les criminels, dans l'Indc, à Vtpmned» riz. L'aecnsc doit remplir sa bouche de rfc ei le recrache au bout d'un court instant. S'it est reste tout à fait sec, on conclut a la eutpabilité de l'accusé, dont ta mauvaise consciencc a dû paralyser les organes salivaires,n

i un ..'..!

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FRAYEU..                                      M

dilatées; <il se produit un mouvement convu!sifdes lèvres, un tremblement des joues ,,ui se causen,, une conslriction douloureuse de aa «mge n .. les yeux découverts cl saillant* «ont fixer snr l'objet qui provoque 1« fcrreùr; W bien ils roulent incessamment d'un côté A l'outre : « Hue Mue ootons oculoslatumquepererrat »». >, Les pupilles sont, pu-ratMl, prodigieusement dilatées, tous tes mnscles du corps deviennent rigides, ou sont pris de convulsions. Les mains se ferment et s'ouvrent alternativement, souvent avec des mouvements brusques. Les bras se portent parfois en avan,, comme ponr écarter quelque horrible danger; ou bien ils se lèvent tumuttueusement au-dessus de la tête. Le Hôve-rend M. Ma~enauer a observé ce dernier geste chex un Austraiien terrifié. Dans d'autres cas, il se produit une tendance subite et invincible A fuir a toutes jambes; cette tendance est si forte qu'on voit les meilleurs soldats y céder et se laisser emporter par une panique soudaine.

Quand ta frayeur atteint une intensité extrême, l'épouvantable cri de la terreur se fait entendre. Ue grosses gouttes de sueur perlent sur la peau. Tous les muscles du corps se relâchcnt. t;„e prostration complète survient rapidement, et les (acuités montales sont suspendues. Les intestins sont impressionnés. Les sphincters cessent d'agir et laissent échapper les excrétions.

Le docteur J. Crichton Brownc m'a communiqué une relation si frappante d'une frayeur intense ressentie par une femme aliénée, âgée de trente-cinq ans, que je ne puis m'empêcher de la reproduire. Quand ses accès la saisissent, elle s'écrie : « Voilà l'enfer! Yoilà une femme noire! !m-

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314                                           FRAYEUR.

possible de fuir! » et autres exclamations du même ~enre. Hn même temps, elle passe alternaiivement d'un tremblement général A des convulsions. Un !nstant, «II* ferme les -imhtt-fevl tes bras demMIéchisdevant elle, dnn* nnc latttude raid<: puis elle se courbe brusquement en avant; elle se penche rapidement A droite et A gauche, elle passe ses doigts dans ses cheveux, porte les mains M sou cou et essaye de déchirer ces vêtements. Los muscles sterno-cleido-mastotdiens(qui ihclinent h tete sur la poitrine) deviennent tr~s saillants, comme tuméfiés, et la peau dô !a région antérieure du cou se sillonno de rides profondes. La chevelure, qui est coupée ras derrière 1» tête et est lisse à l'état normal, se hérisse, tandis que les mains emmêlent celle qui couvre la région antérieure. La physionomie exprime une angoisse extrême de l'esprit. La peau rougit sur te visage et le cou, jusqu'aux clavicules. etles veines du front et du cou font saillie comme de gros cordons. La lèvre inférieure s'abaisse, et quelquefois se renverse. La houchc reste a demi ouverte; la mâchoire inférieure se porte en avant. Les joues se creusent et sont profondément sillonnëes de tignes courbcs qui s'étendent des ailes du nez aux coins de la bouche. Les narines elles-mêmcs se soulèvent et se dilatent. Les yeux s'ouvrent iargcment, et au-dessous d'eux la peau semble tuméfiée; les pupilles sont dilatées. Le front est couvertde nombreuses rides transversates; vers l'extrémité interne des sourcils, il présente des sillons profonds et divergents, dus A ta contraction énergique et persistunte des muscles sour-

M. Bell a décrit aussi »» une scène d'angoisse, de terreur et de désespoir, dont il a été témoin A Turin, chez un meurtrier que l'on conduisait au supplice. « De chaque côté

19. mienatiom on f/«/y, .«25,,, 18, cité dam The Anatom» ofto, l>rmiou, p. «08.

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FRAYE.Il.                                      a,9

de la charrette étaiena assis le» prM.co officiante, tt uu mille» lc criminet lui-môme. tl était impossibld dc contempler l'état de ee misérable sans -être saisi de terreur, tt -pourtant comme ti on m cfift ft ïiuolqnc enivrement étrange, on ne pouvait détourner les yeux de cef horrible spectacle. tl paraissait avoir trente-cinq ans envrron; !l était grand, nusculeux; les traits de son visage étaiena accentués et farouches; à demi nu, pale comme la mort, torturé parlt terrenrl les membret tordus d'angoissel les mains serrées convulsivement, le visage inondé de sueu,t le soucil coMrhé ef froncéill cmbrassait coniinuellemenl la figure de norre Sauveur, peinte sur la bannière qui était suspendue devant lui, mais avec une angossse de sauvagerie et de désespoir dont nul mot ne peut donnrr la plus régère idée. M Je ne ctteral plus qu'un seul cas, relatif & un homme complètement abattu par la terreu.. Un scéléra,, meurtrier de deux personnes, fut poréé dans un hôpttal, parce qu'on crut à tort qu'll s'était empoisonn.. Le docteur W. Ogle l'examina avec soin le lendemain matin, au moment ou la police vint l'arrêter et s'emparer de lui. Sa pâleur étatt exlrôme, et sa prostraiion si grande qu'il avait peine è mettre ses vêtemenls. Sa peau transpirait; ses paupières étaient si bien baissées et sa tête si fortement penchée, qu'il était impossible do jeter un seul regard sur ses yeux. Sa mâchoire inférieure pendait. Aucun muscle de la face n'étatt contracté, et le docteur Ogle est à près sur que ses cheveux n'étaient pas hérissés; car, en t'observant de près, il recon-nut qu'ils paraissaient avoir été teints, probablement dans un but de déguisement.

Arrivons A l'expression de la crainte chez tes diverses races humaines. Mes correspondant, s'accordent a dire que les signes de cette émotion sontpartout tes mêmes que chez tes Européens. Ils se manifestent d'une façon excessive chez

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aifi                         HÉRISSEMEKT DES CHEVEUX.

les Hindous et les indigènes de Ceytan. M. (!each a vu des Malais terrifiss devenir pAles et trembler; M. Brough Smyth raconte qu'un naturel australien, « étant un jour extrême ment effrayé, changea écouteur e^rttum, teinte analogue A la pâleur, autant que nous pouvons la comprendre chez un homme noir. „ M. Hyson Ucy a vu une extrême frayeur man!fosté< eh» un Australien par un tremblement nerveux des mains, des pieds et des lèvres, par l'appartion de gouttes de sueur sur la peau. Un grand nombre de peuples sauvages ne répriment pas les signes de la crainte autant que le font les Européens, et souvent on les voit trembler violemment. « Chez les Cafres, dit Gaika, ie tremblement du corps est très marqué, et les yeux s'ouvrent largement. CChez tes sauvages, les muselés sphincters se relâchent souvent. On peut observer ce même symptôme chez les chiens, lorsqu'ils sont très effrayes, et je l'ai constaté également chez les singes terrifiés auxquels on faisait ta chasse.

Hérissement des cheveux. . Quetques-uns des signes de la frayeur méritent une étude un peu plus approfondie. Les poètes parlent continuellement des cheveux hérisses sur la tète; Brutus dit à t'ombre de César : « Tu glaces mon sang et fais dresser mes cheveux. >. Après le meurtre de Glo-cester, le cardinal lleaufort s'écrie : « Peigne donc ses cheveux; vois, vois, ils se dressent sur sa tète. ,» Comme je n'étais pas sur que les auteurs de fictions n'eussent pas applique à l'homme ce qu'ils avaient fréquemment observ< chez les animaux," je demandai au docteur Crichton Browne quelques renseignements sur tes aliénés. Il me répondit qu'il avait vu très fréquemment, chez ceux-ci, les cheveux se hérisser sous l'influence d'une terreur extrême et subite. Par exemple, une femme folle, & laquelle on est parfois obligé de pratiquer des injections sous-cutanëes

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HK.USHBMENT WS CHEVEUX.                   3t7

de morphine, redouté ostrémement cette opération, très pou douloureuse d'ailleurs, parce qu'elle est persuadée qu'on introdutt dans «on système un poison qui va ramollir ses os MMv* tomber 4M. chairaen poussière. Rite devient pal* comme la mor;; ses membres sont secoues par une sorte de spasme tétanique, et sa chevelure se hérisse en partie sur le devant de la tête.

Le docteur Browne fait remarquer en outre que le hérissement des cheveux, qui est si commun chez les atiénés, n'est pas toujours associé à la terreu.. Ce phénomène se voit surtout chez les individus affectés de mante chronique, qui extradent au hasard et ont des pensées de suicide; c'est surtout pendant le paroxysme de leurs accès que ce héris-sement est remarquable. Lefait du hérissement des cheveux sous la double intluence de la rage et de la frayeur s'accorde traitement avec ce que nous avons vu A propos des ani-maux. Ledocteur Browne cite plusieurs exemples Al'appui : ainsi, chez un individu qui est actuellement à l'Asile, avant le retour de chaque accès de manie, « les cheveux se dressent sur son front comme la crinière d'un poney des Shetland , .1 m'a envoyé les photographies de deux femmes, prises dans les intervalles de leurs accès; et, relu-tivementA l'une de ces deux femmes, il ajoute que « l'état de sa chevelure est une démonstraiion convaincante et suffisante de l'état do son esprit ». J'ai fait copier l'une de ces photographies; à une pettte distance, la gravure donne exactement la sensation de l'original, si ce n'est que les cheveux paraissent un peu trop grossiers et trop crépus. L'état extraordinaire de ta chevelure, chez les aliénés, est dû non seulement à son hérissement, mais aussi & sa sécheresso et à sa dureté, qui sont liées au défaut d'action des glandes sous-cutanées. Le docteur Buckmll a dit *> qu'un

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20. Cité par le docteur Maudsley, My and M«<*, 1870, p. 4i.

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lunatique « est lunatique jusqu'au bout des doigts .; il

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mmûn empirique du apport qui existe chex les alienës entre l'état de la chevelure et l'état de t'esprit, Cn médecin so!gnait une malade attein.e de mélancolie «feu* et affectée d'une pem' terpibte delà mort pour elle-memo, pour son

mari et pour ses enfants. Or, la veille môme du jour où ma lettre lui parvint, la femme de ce médecin lui avait dit :

« Je crois que ïl- « guérira bientôt, caf sa chevelure devient douce; j'ai constamment observé que nos malades vont mieux lorsque leurs cheveux cessent d'êtres rudes et rebelles au peigne. ».

Le docteur Browne attribue l'état persistant de rudesse des cheveux, chez beaucoup d'aliénés, en pariie au trouble qui affecte constamment plus ou moins leur esprit, et en partie à l'influence de l'habitude, c'e~t-à-dire au hérissement qui se produit souvent et avec force pendant ta» fréquents

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.'.' < . COKTRACTIfSI »0 -P~AU>8l.tlL                     «I0

accès. Chez les malades dans lesquels ce symptôme est très marque, la maladie mi ganéralement incurable et mortelle; chez ceux dans lesquels il est modèré, ta chevelure revient a sa douceur normal^^^^ gUérie.

Nous avons vu dans un précèdent chapitre que le poil est hérissé, chez les animaux, par la contraction des petils muscles lisses, involontaires, qui s'attachent A chacun des follicules. ïndcpendamment de cette action, chez l'homme, d'âpres les expériences tr&s concluantes que M. Wood mo communique, tes cheveux de la partie antérieure delà tête qui s'implantent d'arrière en avant, et ceux de ia nuque qui s'implantent d'avant en arrière, sont entrainés en sens inverse par la contraction de l'occipito-frontal ou muscle du cuir chovelu. Ainsi ce muscle paraît contribuerà produire le hérissement de ia cheveturo chez l'homme, de même que le muscle analogue panniculus carnosus, aide à l'éreciion des piquants sur le dos de certains animaux, ou même joue le principal rôle dans ce phénomène.

Con<r«c,«m <*« muscle peaussier. - Ce muscle s'étend sur les parties latérales du cou; il descend un peu au-dessous des clavicules, et remonte jusqu'à la partie inférieure des joues. Dans la figure 2, on en voit une portion (M), connue sous le nom de risorius; la contraciion de ce muscle attire tes coins de la bouche et la partie inférieure des joues en bas et en arrière. En même temps apparaissen,, sur les sujets jeunes, des saillies divergentes longitudinales, bien marquées sur les côtés du cou; chez les vieillards amaigris, il se produit de fines rides transversales. On a dit quelque-fois que le peaussier n'est pas soumis a t'empire de la votonté; cependant demandez au, premier venu de tirer les coins de sa bouche en bns et en arrière avec une grande force, presque toujours it fera agir ce muscle. J'ai entendu

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m                                         PftàYKMR.

parler d'un individu qui pouvait & volonté le mettre en action d'un seul côté.

ShT.. Bell » et d'autres auteurs ont établi que le peaus sier se coutfactM fortoment sous l'influence de la frayeur; te docteur Buchcnne ^

l'expression de cette émotion, qu'il l'appelle le imwcfe de la frayeur «. Il admet cependant que sa contraction est complètement «expressive, si elle nW pu associée A celle des muscles qui ouvrent largement les yeux et la bouche. lia pubMé une photographie (ci-desspus copiée avec réduction) du même vieillandque nous avons déjà vu apparaître A di-verse» reprises, avec les sourcils fortement relevés, la bouche ouverte, et le peaussier contracté, le tout au moyen de i'électricitéJ J'ai montré la photographie originale A vingt-quatre personnes, en leur demandant, sans aucune explication, quelle expression elle paraissait rendre: vingt ont répondu immédiatement : frayeur intense ou Aorreur; trois ont dit : chagrin, et une : malaise extrême. Le docteur Duchenne a donné une autre photographie du mème vieillard, avec le peaussier contracté, la bouche et les yeux ouverts et les sourcils rendus obliques &u moyen du galvanisme, L'expression ainsi produite est frappante de vérité (voir pi. Vi,, «g. 2); l'obliquité des sourcils ajoute l'apparence d'une grande douleur intellectuelle. L'original ayant été montré A quinze personne,, douze ont répondu : «mur ou horreur, et trois : angoisse ou grande souffrance. D'après ces exemples et d'à-près l'étude des autres photographies publiées par le docteur Duchenne, avec les remarques qui les accompagnent, on ne peut douter, je crois, que la contraciion du peausuer n'ajoute puissamment à Impression de la frayeur. Cependant il n'est guère possible d'accepter pour lui la dénomination

2t. Anatomyof Expression, p. 168.

92. Minime de la Physionomie humaine, ,~6«,„, légende XI.

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OOXTIUOTIOH -mi PSAUMIER.                         3Ù

de imuscle de la frayeur, car sa contraciion n'est certaioe-ment pan nécessairement liée & cet état tle l'esprit.

Une extrême terreur put se manifester de la manière !a plus nette par nne palecrr mwtellé, par !a transptratiou «le

rig. &>. — Terreur. — u'après une photographia du docteur

»m:..e»»,.

la peau, et par une prostration complète, tous tes muscles du corps, y compris le peaussier. étant completement relâchés. Le docteur Browne, qui a vu souvent chez les aliénés ce muscle trembler et se contracter, n'a pu cependant relier son action à aucune émotion éprouvée par eux; il a pour-tant étudié avec un soin particulier tes malades affectéa

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m                                       FRAYEUH.

(Tune grande crainte. M. Nicol a observé, au contraire, tross cas dans lesquels ce muscle paraissait contracéé d'une manière plus ou moins permanente sous l'influence de la »é-lancolfca associé* à «ne pourintense; mais .dansl'nn de ces cas, divers autres muscles du cou et de la tôte étaient sujess aussi à des contractions spnsraodiqncs.

Le docteur W. Ogle a observé, a mon inteniion, dans l'un des hôpitaux de Londres, une vingtaine de malade,, au moment ou on allait les soumettre à l'anesthésie' par le chloroforme pour les opérer. Us avaient un peu de tremblemen,, mais ne manifestaient cependant pas une grande ter-reu.. Dans quatre cas seulement, le peaussier se contracta visiblemen;; et il ne commençait & se contracter que lorsque * les malades commençaient a crier. Cette contraciion parais-sait se produire au moment de chaque inspiraiion profonde; en sorte qu'il est trôs douteux qu'elle dépendtt en aucune façon d'un sentiment de crainte. Mans un cinquième cas, le malade, qui n'était pas clilorbformisé, était très effrayé; son peaussier se contractait avec plus de force et de persistance que chez les autres. Mais ici même il y a lien de douter; car M. Ogle vit ce muscle, qui paraissait d'ailleurs anormalement développé, se contracter au moment o& le patient leva la tête de dessus l'oreiller, une fois r'opération

Étant très embarrassé do décider comment la crainte pouvait avoir une action, dans bien des cas, sur un muscle superûcicl du cou, je m'adressai a mes nombreux et obligeante correspondants pour obtenir des renseignements sur ta contraction de ce muscle se manifestant dans d'autres circonstances. 11 serait superflu de reproduire toutes les réponses que j'ai reçues. Elles démontrent que le peaussier agit souvent d'une manière différente et & des degrés divers, dans des circonstances nombreuses et variées. Il se contracte violemment dans l'bydrophobie, et avec un peu moins d'é*

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COmAOTION PD. KAUM'II». :                   3.3

nergie dans le trismus; quelquefois aussi, d'une manière marquée, pendant l'insensibilité produite par le chloroforme. U docteur W. Ogle a observé deux malades du sexe mas-

.AMh^'dMdi difficultdor retireq qiillfaïlùl leur ouvrir latrachée; ch« l'un et l'autr,, le peaussier était fortement contracté. L'un de ces individus entendit Ja conversation des chirurgiens qui l'entouraien,, et, quand il put parler, il déctara qu'il n'avait pas eu peu.. Dans d'autres cas do «tartrès grande de Ja respiration, dans lesquels on n'eut pas recours A la trachéotomie, - cas observés par les docteurs Ogle et Un~staff. . le peaussier n'était pas con-tracte.

M. J. WooJ, qui a étudié avec tant de soin, comme on le voit par ses diverses publications, ies muscles du corps 1». main, a vu souvent le peaussier agir dans le vomissement, les nausées, le dégoût; il l'a vu se contracter aussi, chez. des enfants et des adultes, sous l'inlluenco de la fureur, par exemple chez des femmes irlandaises qui se querellaient et se provoquaient avec des gestes de cotère. Le phénomène tenait peuWtre, dans ce cas, au ton ai~u et criard de leur voix irritée; je connais en effet une dame, excellente musicienne, qui contracte constamment son muscle peaussier dans l'émission de certaines notes élevées. J'ai constaté le même fait chez un jeune homme, quand il tire certaines notes de sa flûte. M. J. Wood m'apprend qu'il a trouvé le peaussier plus développé ch» les personnes qui ont le cou mince et les épaules larges; et que, dans les familles où ces caractères sont héréditaires, son développement se lie habituellement avec une puissance plus grande de la volonté sur son analogue l'occipito.frontal, qui fait mouvoir le cuir chevelu.

Aucun des faits précédents ne parait jeter un jour quel-conque sur l'action de la frayeur sur le peaussier; mais il

~n est autrement, il me semble, de ceux que je vais main-

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m                                        FHAYEUn.

tmant rapporter L'individu dont j'a! déjà parlé, et qui peut agir A volonté sur ce muscle, d'uu coté seulement, ie contracte bien certainement des deux côtés toutes les fois qu'il tpessaille desapprise~ J'ai déjd démontra par diverse»preuves que ce muscle agit quelquefois, peut-être dans le but d'ouvrir targcment la bouche, lorsque la respiration est rendue difficile par quelque maladie, ou encore pendant la profonde inspiration des accès de cris, avant une opération. Or, torsqu'une personne tressaille A quelque aspect imprévu, ou à quelque bruit subit, elle exécute tout d'abord une respiration profonde; c'est ainsi que la contraction du peaussier a pu s'associer «u sentiment de la frayeur. Toutefois il y a, je crois, un lien plus efficace eutre les deux phénomènes. L'invasion d'une sensation de crainte ou la pensée d'une chose effrayante provoque ordinairement un frisson. Je me suis surpris moi-même éprouvant un léger frémirent A quelque pensée pénible, et je percevais nettement alors que mon peaussier se contractait; il se contracte également si je simute un frisson. J'ai prié diverses personnes d'en faire autant. et j'ai vu ce muscle agir chez les unes, et non chez les autres. L'un de mes lits. sautant un jour du lit, frissonnatt de froid, et, ayant porté par hasard ta main à son cou, il sentit clairement que son peaussier était fortement contracté. 11 frissonna volontairement, comme il t'avait fait dans d'autres occasions; mais le peaussier ne fut plusaffecté. M. J. Wood a aussi observé plusieurs fois ïa contraction de ce muscle chez des malades que l'on déshabillait pour les examiner, et qui n'étaient pas effrayés, mais frissonnaient un peu de froid. Malheureusement je n'ai pu vérifier s'il entre en action lorsque le corps entier tremble, comme dans la période- algide d'un accès de fièvre. Ainsi, puisque le peaussier se contracte fréquemment pendant le frisson, et putsqu'un frisson ou un frémissement accompagne souvent le début d'une sensation de frayeur, il y a là, je crois, un

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DILATATION DK8 PUPLLLES.                           M25

enchftlttoment(lCpliéuomô.ies qui peut nous explique* la contraction de ce muscle «eus l'influa» de ce dernier sen-«ment «. Cependant cette contraction nWoWm^ -inVnnaMcmëhtlc crmtc; <«r eHc ne se produit probable-ment jamais sous l'influence de l'extrême terreur qui amène une complète prostration.

Dilalalion des pupilles. - Cratiolct insiste & plusieurs re-prises « sur ec fait, que les pupilles se dilatent énormément sous l'influence de la terreur. Je n'ni aucune raison do douter de l'exactitude de cette affirmationj cependant je n'ai pu on trouver de preuve confirmative que dans le seul cas, déjà cité, d'une femme folle, affectëe d'une grande frayeur. Lorsque tes romanciers parient des yeux largement dilatés, je présume qu'ils veulent parler des paupières. Chez tes perroquets, d'après Muuro » t'iris est impressionné par tes sentiments, indépendamment de l'influcnee de la Inmièrc; mais te professeur Derniers m'informe qu'il a constaté souvent dans la pupille de ces oiseaux des mouvements qu'it croit devoir rapporter aux effets de l'accommodaiion à di-verses distances; c'est ainsi que, chez nous, les pupilles se contractent quand nos yeux convergent pourvoir de près. «ratiolet tait reMarqucr que les pupilles dilatées donnent à l'œil la même apparence qu'il présente dans une profonde obscurité; or il est certain que la frayeur a été souvent provoquée chez l'homme dans l'obscurité; pas assez souvent cependant, ni assez exclusivement, pour que ce fait puisse

23.  Le docteur buenenne adopte cette manière de voir (fcco c«<tfo,

24.  De h Physionomie, pp. 81, 2B6, 340. 2S.Citédan8VVhUc,6W<,«oÎM-,,ill««,p.-?

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m                                        HORREUR.

expllquer ta naissance et la persislai.ee d'une habitude associée de ce genre. Il semble plus probable, - en supposant que l'affirmation do Gmttolet soit exacte, -que le ,MTOB-m dil-ccteme.it iinpressionué pup la puissano émotion de la crainte, et qu'il réagit sur la pupille; toutefoin le poseur Itawte. me prévient que c'est là une que. tion extrêmement complexe. Je puis ajouter, comme pouvant jeter peut-~trc nn peu de lumière sur ce sujet, que le doc teur Fytte, de l'hôpital ~cttey, a observe, sur deux matades, que les pupilles étaient nettement ditatées pendant la période algide d'un accès de lièvre. Le professeur Donders a coosUité souvent aussi ia dilatation de la pupille au début de l'évanouissement.

Barreur. - L'état desprit exprimé par ce mot suppose de la terreur, et, dans certains cas, <:,» deux termessont presque synonymes. Bien des malheureux ont du ressentir, avaut la merveilleuse découverte du chloroforme, une horreur profonde A la pensée d'une opération chirurgicale qu'ils devaient subir. Quand on craint, quand on hait un individu, on ressent, suivant t'exprcssion de Miito.i, de l'hor-reurpourlui. La vue de quelqu'un, d'un enfant par exempte exposé A un danger pressant, nous inspire de l'horreur. Il est aujourd'hii bien peu de personnes chez lesquelles ce sentiment ne se manifestât avec ta plus grande intensité, si elles voyaient un homme mis A la torture ou sur le point do la subir. Uans des cas de ce genre, nous ne courons évidemment aucun danger; mais, par la puissance de l'imagination et de la sympathie, nous nous mettons a la place du patien,, et nous ressentons quelque chose qui ressemble A de la crainte.

SirC. Bell remarque*que « l'horreur est un sentiment

S6. AnaUmujorZnmssim, p. 10.

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MOMKKUB.                                                337

très ~nergique ; ke corps est dass un état do tension extrême, que n'affaisse pus la frayeur M. On dott par conséquent s'attendre & vorr l'horreur s'accompagner de la contraction

ëflcrâuc fe,"?«!$? ». mttis en ,n6m* temPs» com!»5.,h

^ïssSssïï-sssî

erainte est l'un des éléments de cetee émotion, tes yeux et ia bouche doivent s'ouvrir et les sourcils se relever, autant que !e permet l'action antagoniste des aourciliers. Une photographie du docteur Dnchnnee « (fig. 2!) nous montre le

27. M&anisme de ht

AH*m,iA.93tW.AW.

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3i8                                       iiOnuRun.

vieillard dont il a déjà- été question, tes yeux fixes, le» sourcils un pou relevés, et très froncés en même temps, la bouche ouverte, et le peaussier contracté, le tout par ta galvanisation. L'expression ainsi obtenue exprime, scion M. Du-oheïmc, une exfeme terreur, accompagnée cï^ne douleur horrible, d'une véritable torture. Un malheureux mis A la questio», par exemple, offrirait *ns doute l'expression d'une horreur cxtrême tant que ses souffrances, laissant encore nattre la crainte dans son esprit, lui permettraient de songer A l'aggravaiion imminenee de ses angoisses actuelles. J'ai montré l'éprouve de la photographee on question à vingU trois personnes des deux sexes et do divers Ages; treize d'entre ellesont immédiatement prononcé les mots d'Aorrtur, de grande souffrance, de <orture ou d'a~onie; trois pensèrent a une grande frayeur; en tout seize avis, qui concordaient à peu près avec la manière de voir de M. Duchenne. 11 y en eut six ou contrarre qui crurent reconnaître une expression de colère, frappées sans doute par la forte contraction des sourcils et négligeant l'ouverture pariicuiière de la bouche. Une aurre crut y découvrrr le dégoût. En somme, il est évident que nous avons là une excellente représentation de l'horreur et de l'angoisse. La photographie mentionnée plus haut (pi. Vil, fig. 3) exprime également l'horreur ; mais la position oblique des sourcils que l'on y remarque indique, du lieu d'énergie, une détresse morale profonde.

~'horreur s'accompagne ordinairement de divers gestes, variables avec les individus. Si l'on s'en rapporte à certains tableaux, le corps entier se détourne ou tremble, ou bien les bras sont violemment projetés en avant, comme pour repousser quelque objet* effrayant. Le geste qui se produit le plus souvent, si on en juge parla manière d'agir ordinaire de ceux qui s'efforcent de représenter d'une manière frappante une scène d'horreur, c'est l'élévation des épaules, tandis que les bras sont étroitement serrés sur les côtés ou

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CONCLUSION.                                    320

au «lovant d« la poitrine. Ces mouvemenss sont à pou près les mômes que ceux que provoque, en général, une extrême sensaiion de froid; lls s'accompagnent ordinairement d'un Jrl^on^ii^^

suivant que la poitrine se trouve être & ce moment dilatée ou conrractée. Les sons qui se produssent dans ces circonstances peuvent se représenter plus ou moins exactement par les consonances euh ou eugh »! Il n'est d'ailleurs pas facile d'expliquer pourquoi une sensation de froid et l'expresiion d'un sentiment d'horreur nom font égalemens serrer les bras contre notre corps, lever les épaules et frissonner.

Conctwion. - Je viens d'essayer de décrrre les diverses expressions de la peur dans les gradaiions qu'elle suit, depuis la simple atteniion et le tressaillement de la surprsse jusqu'à la terreur extrême et l'horreur. On peut expliquer quelques-. uns des modes expressifs qui Ja révèlent au moyen des prineipesde l'hobitude, de l'association et de !'hérédité; il en est ains,, par exemple, de lacte qui consiste A ouvrir tout grands les yeux et la bouche, en relevant les sourctls de façon & jeter le plus rapidement possible nos regards autour de nous, et à entendre distinctement te moindre son qui puisse frapper nos oreilles; c'est en effet ainsi que nous nous sommes mis ordinairement en étut de reconnattre ou d'affronter un danger quelconque. Quetques-uns des mitres signes dela frayeur peuvent encore s'expliquer, en partie du moins, par les mêmes principes. Depuis des générations innombra-bles, par exemple, l'homme a cherché a se soustraire à ses ennemis ou à un péri! quelconque, .soit par une fuite précipitée, soit par une lutte « outrance ; or de parells efforis ont du avoir pour effet de faire battre te cœur avec rapidité,

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Mo                                     COXCLUStON.

d'accélérer la respiration, de soulever la poitrine et de dilater les narines. Comm< ces efforts mit été souvent prolongés jus-qu'à tout< extrémité, te résultat final a du être une prostré «onconfie, a> la pâleur, de..K^n^^ioil,J? ^««fe. ment de tous les muscles ou leur complet relâchement. Maintenant encore, chaque fois que l'on fessent vivement un sentiment de frayeur, alors même que ce sentiment n< doit provoquer aucun effort, les mêmes phénomènes tendent A reparattre, en vortM du pouvoir de l'hérédité et de

t"^anmoL il est probable que, sinon pres<ue tous, au moins un prand nombre des symptômes de terreur indiques plus haut, tels que le battement du cœur, ie tremblement des muscles, !a sueur froide, etc., sont en fmuide partie dux directement a des perturbations survenues dans ta transmis-sion de la force nerveuse que le système cerélm-spinat distribue aux diverses parties du corps, ou même a son interruption totale, par suite de l'impression profonde faite sur l'esprit de l'individu. Nous pouvons rapporter sdrement A cette cause, entièrement indépendante de l'habitude et de l'association, les exemples dans lesquels les sëcrétipna du canal intestinal sont modiaées, et ceux où les fonctions de certaines «Innés sont abolies. Quant & l'érection involontaire des poils, chez tes animaux, nous avons de bonnes rai-sons de croire que ce phénomène, quelle qu'ait été d'ailleurs son origine, concourt avec certains mouvements volontaires. A leur donner un aspect formidable pour leurs ennemis; or, comme les mêmes mouvements, involontaires et volontaires, sont accomplis par des animaux très voisins de l'homme, nous sommes conduit A croire que celui-ci en a conservé, par voie héréditaire, des vestiges devenus maintenant inutiles. C'est assurément un fait bien remarquable que la permanence jusqu'à l'époque actuelle des petits muscles lisses qui redressent les poils si clairsemés sur le corps presque

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coMU-sifl».                            » -

omwmmt gtahrc de l'homme; il »'«* mm»m hitant dU»mr ,»» ces mmcl« » contactent oo. »» Ii„. ta. .te m.™ .tarifa. (kh.. « k Mge, p.,

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CHAPITRE XIII.

ATTHITIOX PORTÉE WR KM**». - i.ONTK. - T.M.DIÏÊ. - «NSI».

«owmni.

Nature do la rougeur. - Hérédité. - Partie, du cor,, „, en «t ,c p.u. affectées. - U rougeur dm les dlvme, raees humaines. - «estes concoml.au... - Cm-fusion. . Causes de la rougeur. — l.'allantloii portée sur soi-même en est l'élément fondamental. — Timidité.— Honte, provenant de ta violation des lois morales «* règles do convention. - Modestie - Théorie de ,., rougeur. - Un*»

t.a rôdeur est la plus spôciale et la plus humaine de toutes les expressïons. Us singes deviennent rouges de colère, mais il nous faudrait une évidence bien irrésistible pour nous faire croire qu'aucun animal puisse rougir, dans le sens de ce mot qui s'applique a l'homme. La coloration du visage qui se produit alors est due au relâchement des parois musculaires des petites arbres, qui permet aux capillaires de se remplir de sang; cette expansion vasculaire dépend elle-mcme de l'excitation des centres vaso-moteurs I appropriés. Il n'est pas douteux que, si ce phénomène se produisait sous l'influence dune grande agitation de l'esprit, la circulation générale serait troublée; mais quand le réseau de petits vaisseaux qui couvrent le visage se gorge de sang sous une impression de honte, le cœur n'est pour rien dans le phonom&ne. On provoque le rire en chatouillant la peau, les pleurs on le froncement des soumis en donnant un coup, le tremblement par l'appréhension d'une douleur corpo-

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ômbm.                               m

milee etc.; au contraires suivant une remarqudud docteur Burgcss «i!l..««t pad de moyen physiquec c'est-à-dire d'ac-tion portés sulee corps, qui puisse donnrr naissance hta rougeur, Klfo est exclusiyçnirmi &wM dépendance ^l'im-pressiotmabilité de l'espHt. Non seueement, d'ailleuis, aa rougeur est involontaire, mass encore le désir que nous avons de la réprimer, en attirant notre attentios sur notre personne, nous y dispose de plus belle.

La jeuneser rougtt beaucoup plut factlement que la vieillesse ; on ne peut en dire autant de l'enfanc2;; particularité rcmarquable, puisque nous savons qet les enfanss en bas âge deviennent rougss de colère. J'ai appris pourtant de source très certaine que deux petites filles agissaient a l'âge de deux et trois ans; je pourrais citer encore ''exemple d'un autre enfant très impressionnable, d'un an plus âgé, et qui rougissait lorsqu'on le reprenait de quelque faute. Beaucoup d'enfants rougissent d'une manière extrêmement marquée. lorsqu'ils ont atteint un âge un peu plus avancé. Il semble que les facultés intellectuelles des jeunss enfanss ne soient pas encore suffisamment développées pour leur permettre de «>»gir. ne là vient aussi que tes idiots rougssent rare-ment. Le docteur Crichton Browne a entrepris pour moi des observaiions sur ceux qui étaient confiés & sef soins; il ne les a jamais vus rougir, à proprement parler; il a seulement vu leur visage se colorer, de plaisir apparemment, à l'aspect de leurs aliments, et parfois aussi de colère. Néanmoins. ceux qui ne sont pas entièrement abrutis sont çapabtes de rougir. C'est ainsi qu'un idiot microcephale, âge de treize ans, dont le regard s'éclairatt un peu lorsqu'il était

i. nel'hysiolarjyorMeckan^rBM^m^, m.J'auraisouvent 1 occasion de citer cet ouvrage dan» le courant de ce chapitre. 2. Doc.» Urg^ m,., p. «6. AI. W .13, il «mar,»» ^«m.«

\

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331                                             ROUGEUR.

conle.it ou qu'il s'amusait, se mtta rougi, et détourna le visage, au drre du docteur Bolm », lorsqu'on Je déshabllla poul lui faire subrr un examen médica..

La femme 'ougit beaucoup pass que l'homme. H v«t iarëd«>vWro^

voir rougir une vieilve femme. Les aveugles même ne font pas exception A cette règle. La pauvre Laum Mridgman, aveugle de naissance et complètemenr soufde, mugit 4. ee Bévérend H. H. Illair, principal du collège de Worccstor, m'informe que, parmi les sept ou hutt enfants aveugtes-nés qui se trouvent dans cet asile, trois rougissent très facilemen.. Les aveugles n'ont pas immédiatement conscience qu'on les observe, et une partie très importante de leur éducaiion, me dit encoee M. Blair, consisteà leur inculquer cette not,on; l'imprssiion qu'ils en ressentent accrott beau-coup chez eux la tendance à rougir, en augmentant l'habtude de faire attention ,1 leur personne.

La tendance à rougrr est héréditaire. Le docteur Burgess cite, par exempte, une famille composée du père, de la mère et de dix cnfants, et dont tous les membres saos cxception étaient portes a rougir A un degré véritablement pénible. Longue les entants furent grands, « on <n envoya quelques-uns faire des voyage «Ha de les débarrasser, si possible, de cette sensibilité maladive; mais rien n'y fit » ,. On peut m~me hériter de certalnes pariicularités dans la manière de rougir. Sir James l»age., examinant un jour le dos d'une jeune «Ile, fut frappé de sn singulière manière de rougir : une large plaque rouge ^paraissait d'abord sur une joue ; puis venaient d'autres plaques éparscs sur 1« visage et sur

a. Cité par Vog.l Mémoire sur,* UtooctpMn, ,887, p. a«. - r, doc teur Burgess (ibid.,,,. $6} doute que les idiots rougissent jamais. t. Lieber, 0» the votai Soumit, etc., Smithsonian Contributions, Mlt

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le cou. Avant demandé peu après A la mère si Ha fille rougissait habituellement de cette singulière façon : « Oui, lui fut-il répondu; elle tient cette singularité de moi. » Sir JJa;mcslSi^^ rougir la mère elle-même, et qu'elle présentoit exactement la même particularité que sa fille.

En général, le visage, les oreilles et le cou se colorent seuls; cependant diverses personnes, lorsqu'elles rougissent beaucoup, sentent tout leur corps s'échauffep et frémir; ce qui prouve que tout le tégument doit être plus ou moins impressionné. On commence quelquefois, paraH-il,à rougir par le front, mais c'est plus ordinairement par les joues, et !a cotor&tion gagne ensuite les oreilles et le cou «. Chez deux albinos examines par le docteur Burgess, la rongeur corn-mençait par une petite tache circonscrite sur les joues, au niveau des anastomoses nerveuses qui existent clans la région parotidienne, et s'élargissait ensuite en cercle; entre ce cercle et la rougeur du cou se trouvait une tigne de dé-marcation très apparente, bien que la coloration de ces deux parties eût paru simultanément. La rétine, qui, chez les albinos, est naturellement rouge, le devenait constamment davantage au moment oA ils rougissaient. Tout le monde a remarqué avec quelle facilite h. rougeur disparatt et reparaît sur le visage. Elle estprécédée d'une sensation particulière A la peau. n'aprcs le docteur Burgess, elle estordinairement suivie d'une légère pâleur, ce qui prouve que les vaisseaux capillaires se contractent après s'être dilatés 7. tl arrive quelquefois, bien que très rarement, que la pâleur se produit lorsque tout, au contraire, semblerait devoir porter & rougir. Une jeune femme me racontait, par exemple, que, se trouvant un jour en compagnie très nombreuse

6.MoWa«,dansréditdeUva,erde,820,vol.rV,M(,:).

7. Barges*, «U., p. 38; sur la pâleur qui succède û la rougeur,

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m                               HounEun.

et un peu pressée dans la foule, ses cheveux s'accrochèrent ai hien au bouton .Vun domesi,que qui passait près d'elle, qu'il lui fallut un boïi moment avant de pouvoir les dé-brouiller; d'après la sensaiion qu'elle avait ressentie, elle pisidt avo!r rougi ext^niein«ni; mais une amie l'assura que tout au contraire elle était deveMuc tr&s pAle.

J'avais un vif d~sir de savoir jusqu'à quelle limite la rougeur du corps pouvait s'étendre; pour y répondre/Sir J. I»aget, qui a nécessairement de fréquentes occasion~ d'obscrver ce phënom&ne, a bien voulu y faire ~ttention pendantdeux ou trois ans. ïl a reconnu que, che& les femmes dont le visage, les oreilles et la nuque se couvrent d'une rougeur intense, elle ne descend, en général, pas plus bas. Il est ra'e de 1« voirs'étendre jusqu'àla clavicule et Al'omoplate; ce chirurgien n'a jamais, pour sa part, vu la rougeuf s'étendre plus bas que la partie supérieure de la poitrine. lia remarque également que la rougeur s'atfaiblit quelquefois à mesure qu'on descend, non pas d'une maniere graduelle et insensible, mais par taches routes et irrégutières. Le docteur Lan~staff a égalemen,, sur ma demande, recueilli des observations sur plusieurs femmes dont le corps ne se colorait pas te moins du monde, tandis que leur visage était pourpre. Chez les aliénés, parmi lesquels quetques-uns semblent pariiculièrement enclins à rougir, le docteur Cri-chtonMrowne a souvent vu la rougeur s'étendre jusqu'à la clavicule, et môme, en deux occasions, jusqu'aux seins. Il me cite le cas d'une femme mariée, Agée de trente-sept ans, qui était atteinte d'épilepsie. Le lendemain matin de son arrivée & l'Asile, le docteur Hrowne et ses aides l'examinèrent pendant qu'elle était encore au lit; au moment où ils approcherent, m joues et ses tempes se colorèrent vivement, et la rougeur s'étendit rapidement jusqu'aux oreilles. Elle était extrêmement agitée et tremblante. M. Brow~e ayant défait le col de sa chemise pour examiner l'état des pou-

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mons, une vive rougeur « répandit sur sapoitrine, décri-vant une ligne courbe au-dessus de chaque soin, et descendant entre ta. sein», prenne jusqu'au «irtilage cntonne

rattciitiott de la patiente m porta sur cette partie de sa personne. fendant le cour* de IVnmen médica!, la matade se calma et )a rougeur d!sparut; mais les mêmes phénomènes Hé reproduisirent dans mainte autre occasion.

D'apte ce q«i précède, nom, pouvons établir, comme règle génerale, que chez tes femmes anglaises la rougeur ne s'étend pas an delà du cou <t de la partie supérieure de ia .poîtrine. Néanmoins je tiens de S!r Paget un fait qu'on lui a cité dernièrement et dont l'authenticité lui parait certaine : il s'agit d'une petite fille qui, choquée d'un acte qu'elle s'imaginatt être une inconvenance, se couvrit do-rougeur rar toute la surface de l'abdomen et sur ia partie supérieure des jambes. Moreau 8 raconte aussi, sur la foi d'un peintre célèhref que la poitrine, tes épaules, les bras et tout le corps d'une jeune fille, qui ne consentit A lui servir de modèle qu'avec répugnance, rougirent lorsque pour la première fois elle fut dépouillée de ses vête-

U1 II serait curieux de savoir d'où vient que, dans la plupart des cas, it n'y a que In visage, les oreilles et le cou qui rougissent, bien que souvent la surface du corps tout entière frissonne et s'échauffe. Cela parait dcpeNdre surtout de ce que le visage et les régions voisines sont habituellement exposés A l'air, a la lumière et aux variations de la température; par suite lesartérioles ont non seulement acquis l'habitude do se dilater et de se contracter facilement, mais elles semblent môme avoir pris un développement plus co,Wide-

«.VoirLava(cr,é<m.«lel820,vol..V,p.303.

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33»                                            ROUOBUH.

Aille que clans d'autres parties de la surface cutanée ». Ce* probablement A ta même cause, ainsi que l'ont remarqué M. Moreuu et le docteur Burgess, qu'il faut attribuer la facilité avec laquelle le visage rougit sous liinfluence de dm

leur modérée, unexerrice violent, un accès d, colère, un coup léger, etc.; la mémo raison explique comment il est, au cou-tri», prédisposé A pâlirpar !'enetdu froid ou de la frayeur, et rend compte de sa décoloration pendant l'accouchement. Le visage est auasi particuJièrement disposé A subir l'atteinte des affections cutanées, telles que la variole, !'érysipèle, etc. Ce qui vient encore A l'appui de cette opinion, c'est que les hommes de certaines races, qui ont l'habttude d'aller près* que nus, rougissent souvent jusque sur les bras, ta poitrine, et quelquefois même jusqu'à la ceinture. Une dame, qui rougit très facilement, a dit au docteur Crîchton Browne que, lorsqu'elle est confuse ou a~itée, son visage, son cou, ses poignets et ses .nains, en un mot toutes les parties de sa peau exposées A l'air, se couvrent de rougeu,. 11 est néanmoins permis de douter que l'exposition habituelle de la peau du visage et du cou, et ta puissance de réaction sous l'influence de toutes sortes de stimulants qui en est ta suite, rendent un compte suffisant de ta tendance de ces parties du corps à rougir plutôt que les autres, comme on t'observe chez les femmes anglaises. En effet, les mains sont ample-ment pourvues de nerfs et de petits vaisseaux, et ont été exposées A l'air tout autant que le visage ou !e cou; cependant tes mains rougissent rafemen.. Nous verrons tout A l'heure que ce qui fournit probablement une explication suffisante de ce fait, c'est que l'attention de l'esprit a été dirigée plus souvent et plus sérieusement sur le visage que sur toute autre partie du corps.

». Burgcss, m., pp. 114.1». . MoreaMans Uvafcr, «M, vol! IV,

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OOUGEUR.                                      m

lu rougeur che, «. diverses races km*m. - L'émotion de In Honte gorge de sang les petits vaisseaux du visag,, che* presque toutel les ». humaines- aucun changement ^^^ *H»h*-irtrf cependant «leT cheV les races au teint très foncé. La rougeur est manifeste dans toutel les naiions aryennes de l'Europe, etj jusqu'à un cetain point, dans celles de l'Inde. M. Erskiue ne l'a pourtant jamais vue descendee incontestablemenj jusqu'au cou chez . les Hindou.. M. Scott a souvent observé chez les Lepchas de Sikhim une légèee rougeur sur les joues, à la nasssanee des oreilles, et sur les côtés du cou, en même temps que les yeux étaient mornes et la tète ba,ssée. Cette expression apparasssait lorsqu'il tes surprenait en flagrant délit de men-songe, ou leur reprochait leur ingratltude. Le teint pale et blômedeceshommesreml chezeux la rougeur beaucoup plus apparente que chez la plupatt des autres indigènes de ltInde. Ces derniers, d'après M. Scott, trahissent la honte, peut-être uin peu mélangée de frayeur, en baissant ou détournant la tète et en regardant de côté et d'aurre avec inquiétude, bien ptus que par un changement de coloration quelconque de la peau.

Les races sémitiques rougissent aisément, comme on devait s'y attendre d'après leur ressemblance générale avec les races aryennes. Aussi est-il dit des Juifs dans le livre de Jérémie (chap. v<, 15) : « Us n'en ont eu aucune honte, et ils ne savent ce que c'est que rougir! . l- Asa Grav a vu un Arabe qui conduisatt maladrottement un bateau 'sur le Nil. «< rougir jusque par derrière le cou », aux mille*, de ses camarades. Lady Duff Gordon a noté aussi qu'un jeune Arabe rougit en se présentant devant elle «. M. Swinhoe a vu rougir des Chinois; mais il croit que

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HOUGEUR.

la chose est rare; leur langue possède cependant l'expression '< rougir de honte ?. M. (Jcach me fait savoir que les Chinois établis A Makcca et les Matais indigènes sont susccptibles de rougir. Quelques-unes de ces populations vont à peu pr6s «mes.etcet observateur « surtout porte son at-tention sur la limite inférieure de la rougeur. Sam parler des cas où le visage seul se colorait, il a vu la routeur de la honte se répandre sur le visage, les bras et la poitrine d'un Chinois Age de vingt-quutre ans. Même fait chez un autre Chinois, dont tout le corps se couvrit de rougeur lors-qu'on lui demanda pourquoi son ouvrage n'était pas mieux fait. Chez de» Matais", H a vu se colorer Je visage, le cou, la poitrine et !<* bras; et chez un troisième Matais (un Bugis), largeur s'étendit jusqu'à la ceinture.

Les Polynésiens rougissent facilement. Le Mv. M. Stack a observe des centaines d'excmples d< ce phénomène chez Ici habitants de la Nouvelle-Zélandf. Le fait suivant me* rite d'êtr< cite, parce qu'il se rapporte A un vieillard an teint remarquablement foncée ot qui était en partie tatoué. Apres avoir loué pour une petite rente annuelle sa terre à un Anglais, il fut saisi d'une violente envie d'acheter une voiture légère qui était depuis peu fort a la mode chez tes Maoris. Pour cela, il désirait que son fermier lui payât quatre ans d'avance, et il vint consulter M. Staclc pour savoir si la chose était faisable. Cet homme était vieux, gau-che, pauvre, déguenillé, et M. Stack fut tellement diverti A l'idée de le voir s'étaler dans une voiture, qu'il n< put s'empêcher d'éclater de rire. Le vieillard « rougit alors jusqu'A la racine des cheveux ». « Il est fréquent, dit Forster, de voir la rougeur sur les joues des plus belles femmes de Tahiti ». » On a également vu rougir les in-

II. Le capitaine Osborn (QucdaH, p. I»9) dit, en parlant d'un Malais auquel il reprochait *a cruauté, qu'il Tut satisfaii de le voir rougir. i2. i. R. Forster (Otocrvatiom during <« Voyage round the World,

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ROUOEUR.                                      „,

941

digescdee plusieura autres archipels el l'océan Pacific. âl. Washington Matthews « us souvenr rougil lej jeunes sguaws (femmesa appartentna aud diverset tribuinndiennes de Amériqud du NordI Les m^m ^hTm^iM^A rextrémité opposée du continent, « rougissent beaucoup, dit M. Bridgess surtout quand il s'agit de femmes; mais ils rougissent certainement asssi ausujet de leur propre personae ». Cette dernière assertion s'accorde avec mes propres souvenirs au sujet d'un indigène dl laTerre-de-FcuJ Jemmy Bu--ton, qui rougissait quand on le raillait sur le soin qu'il prenait à cirer ses souliers etase parer de touee autre manière. Ouant aux Indiens Aymara des plateaux élevcs de Boiivie, M, Forbes dit « que, vu la couleur de leur peauill esi impossible que la rougeur soit ausii nettement visible chez eux que chez les races blanches; toutefois, dans les circonstances qui nous feraient rougir, « on voit toujours chez eux la même expressionde pudeur ou de confusion; et mémo, dans l'obscurité, on peut sentir sur la peau de leur visage une étévation de température, commechez les Européens». Chez tes Indiens q„i habitent certaines pariies delAmérique d«S«d, oA le climat est chaud, égal et humide, la peau ne paratt pas traduire aussi aisément l'excitation morale que chez les peu-

cet ouvrage. — Waitz dit, d'après Bcrgmann, que les Kalmouks ne rou-gissent pas; mais, apre* ce que nous avon»'vû des Chinois, il c8t permia d'en douter, Il cite aussi Iloth, qui refuse aux Abyssins la lacultc

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m                              nouoBUH.

pies des pariies septenriionales et méridionale* du continen,, qui ont été longtemps exposés adcgmndcs variations do température; Humboldt cite, en effet, sans la démentir aucunement, cette parole mépiisante de l'Espagnol : « Comment

tius, parlant des aborigènes du Brésil, assurent qugon no peut pas, à proprement parler, dire quiils mugissen.. - Ce n'est que lorsqu'ilseurentété longtemps en relation avec les blanes, et quiils curent reçu quelque éducaiion, que nous pûmes apercevoir chez les Indiens un changement de couleur ex-primant les émotions de leur esprit". » On ne peut cepen-dant pas croire que telle ait été chez eux l'origine de ta faculté df rougir; mais sans doute l'habitude de s'occuper de leur personne, qui résultait de leur éducaiion et de leur non.

zxzïzzr *-*-'-*-*

Plusieurs observateurs dignes de foi m'ont assuré avoir vu sur le visage des nègres quelque chose qui ressemblait à la rougeur, sous l'influence de circonstances qui l'auraient ex-citée chez les blancs; leur peau était pourtant d'un noir d'e-bène. Quelques-uns décrivent ce phénomène en disant que chez eux la rougeur est brune; le plus souvent oo dit que leur teinte foncée devient alors plus intense. Il semble qu'une plus grande quantité de sang dans la peau la rende plus noire; c'est ainsi qu'on voit certains exanthème,, chez les nègres, rendre les parties malades plus foncées, nu lieu de tes faire rougir, comme il arrive chez nous" La peau, devenant plus

p 'M"i v^""cew"!i(1,î1u,»c»8)' »",-13\- v^irjl"«' *«« ***►

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ROVOIOR.                                      m

tencluelo^lescapllhimHcrempH^nt, revêt peut-être par celam~me une teinte différente de celle qu'elle avait pré~ cédemmen.. Nous pouvons être snrs cjue tes capillaires du

unW,,timentdchou«e;car,chezunenég.^eall«nosparfaite-ment caractérisée, décrite par Buffon". on voyait une légère teinte cramoisie Rendr< sursesjoues lorsqu'elle se montratt nue. Loscicatriccsde Ja peau demeurent blanches très !ong-temps chez, les nègres, et le docteur Burgess, qui eut do M. quentesoccasions d'observer une balafro de ce genre sur le visage d'une nëgrcsse, !a vit distinctement « devenir rouge, chaque fois qu'on lui parlait sans qu'elle s'y attendit, ou cju'on l'injuriait d'une façon grossière* »; on pouvait voir la fougeur s'étendre du pourtour de la cicatrice vers son mi* lieu, nuis sans atteindre tout à fait le entre. Les mulâtres rougissent souvent avec une grande facilité, et la rougeur parait et disparatt successivement sur leur visage. O'aprcs ces faits, on ne peut mettre en doute que les nègres rougissent, bien qu'à proprement parler, aucune coloration rouge ne soit visible sur leur peau.

Gaikaet II- Barber m'assurent que les Cafres de l'Afrique méridionale ne rougissent jamais; mais cela peut simplement signiCerqu'onnepeutclistinguerchezeuxaucunchangement decodeur. Caikaajoute que, sous l'influencedc circonstances qui feraient rougir un Européen, ses compatriotes « n'osent, dans leur confusion, lever la tête».

Quatre de mes correspondants m'assurent que les Australiens, lesquels sont presque aussi noirs que des nègres, ne rougissent jamais. Un cinquième me répond dubitativement,

17. Cité par MM, M», .ftt ***«, * «H., <85«t vol. I, p. 22S. 41 Burçcss. «*, p. 3<. Sur la rougeur dus to mulâtres, voyez

Lniers J'Ûl ^ dWm ren8clgnCmCn,9 ana,0gUC8 re,a,JvenMSnt à «

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3«4                                           BOUGRUH;

aperçue, par suite de la teinte foncée de ln.peau. Trois oIk servateui* affirment qu'ils mugissent"; mais, d'après M. S. Wilso»,on ne peut s'en apercevoir que lorsque l'émotionett t~èf fortei ettoFsinn l'abs*nc* do v^mertt» et Vie S«i„S de propreté „'« pas permis à lu peau de prendee une couleur trop foncée. M. Lang me fait cette réponse : « J'ai remarqué que presque toujours la honte nmené élu, les indigènes une roMgcurqui peut parfois s'étendre jusqu'au cou. » Il ajoute qu'ils cxpriment la honte « en tournant les yeux de côté et d'autre .. M. Lang a été professeur dans une école indigène; il est donc probable qu'il a surtout observé des enfante; et nous savons que ceux-ci rougissent plus aisément que les adultes. M. G. Taplin a vu rougir des métis, et il ajoute que lesaborigènesontunmot pour exprimer la honte. M. liage-nauer, l'un des observatfur qui n'ont jamass vu rougir les Australiens, dit « qu'il les a vus, sous t'empirc de la honte, baisser les yeux vers la terre >,. Un missionnaire, M. Bu!mcr, écrit : « Bien qu'il ne m'ait pas été possible de découvrir chez les indigènes adultes rien qui ressembla à dela honte, j'ai remarqué chcales enfants, lorsqu'ils sont honteux, que le regard devient inquiet ot humide, et qu'ils semblent ne savoir où le reposer. »

Les faits qui précèdent prouvent surabondammeut que la rouaewr, qu'elle ait ou non pour effet d'amener une colora-(ion de la face, est un caractère commun A la majorité et prohablemcnt même A t'universatitë des races humaines.

Mouvements et gestes qui accompagnent la rougeur. - Ita vif sentiment de honte amène un irrésistible désir de se cachet. On se détourne; on détourne surtout ee visage, que i'on

«9. Barringtondii également que tesAustraliens de lu Nouvclle-Gallcs

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BOUOBVIb"                                     '«h.

ttohdes soustraire à av vud dWrui. Un individq qua h honte «c peug guère soutenirle regard dea assistantea aussi presque toujouri ii baissl le» yeux or regarddec côté. Naisc comme il « en mémo tempsn^^^

dv vains effort pour .gardeenf faceJa personne qui l'impie sionneplenrésulte unejuttequi «ousdonnelaclefdelàsingulière mobilité du regard. J'ai remarqué, ched deuf femmes qui rougissaiensoouvent, la biaaree habitude, probablement contractée dc cettt manière, de clignrr des paupières avec «ne extraordinaire rapidité. Parfols une rougeui intenss s'accompagne d'une légère effusion de larmes-" ; ce phénomène provient, je présume, de la participation des glandel lacrymales 4 l'afflux sanguin exagérr qui envahtt alors, comme on le sait, tes capillaires des parties voisines, y compiis ceux de la

Beaucoup d'auteurs, aniiens et modernes, on) remarqué les mouvements précédents. En outre, nous avons déjà vu que, chez les indigènss de diverses conrrée,, la honte se tradutt par le regard baisse ou oblique, et par la mobilité des yeux. Esclras s'écrie (ch. tx, verset 6) : « 0 mon Dieu, j'ai honte, et je rougis trop pour oser élever, ô mon Dieu. ma face vers toi! M On lit dans !saïc (ch. t, verset C) : « Je n'ai point caché mon visage par confosion! >, Senèque fait remarquer (Bpist. xi, 5) que « las acteurs de Home, lorsquills veulent exprimer

rapprochee du bas allemand «feat, qni rigoifle ombre a, ombrage e. _

rougeur intense. - M. Kulmcr, comme nous t'avons vu pluahaut, parte des « yeux humides >. des enfan,s australiens quand ils sont conte

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m                            noue*»».

la honte, baiwnt la l«le, et tiennent leurs «Barda «xés sur ta terra, maU sont incapable. de rougir ».. IVaprta Macrobe, (i»i vivait au ,*4M.(*MnHlh, It. VII, e. .1), « I« philo-

act. Il, se. v) fait dire par Marcus à sa nièce : « Ah! maintenant la confusion te fait détourner le visage. >. Une dame m'a raconté l'anecdote suivante. Elle retrouva a Lock Hospital une jeune fille qu'elle avait connue précédemmen,, et qui depuis était tombée au dernier degré do la misère et do l'a-bandon; ta pauvre créature, & son approche, se cacha la tête sous les couvertures, et on ne put parvenir A la découvrir. On voit souvent les petits entans,, timides ou confus,se détour-ner, et, sans se baisser, cacher teur figurf dans le jupon de leur mère; on bien encore on tes voit se précipiter sur ses genoux, la tAte la première.

tuelles. Nous trouvons la trace de ce fait dans des locutions usuelles du genre de celle-ci: « Elle fut couverte de confusion. » Dans ces circonstances, on perd parfois touteprésence d'esprit, eton prononcedes parolesdépotirvuesdesens. Souvent on est embarrassé, on halbutie, on est gaucho dans ses mouvements, les traits sont grimaçants. Dans certains cas, il se produit des trcssaillemenis dans les muscles de ]a face. Une jeune femme, quiest sujette A rougir excessivement, m'& confié qu'en pareil cas elle ne sait même pas ce qu'elle dit. Rt comme je lui demandais si cela ne tenait pas à l'embarras causé par le sentiment de t'attention dont sa rougeur était t'ohjet, elle répondit qu'il n'en pouvait ~tre ainsi, < car elle s'était parfois sentie tout aussi troublée lorsque, seute dans sa

sa ;

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MOUGKUB.                                           !M7

chambre, elle rougit A une parte qui lui traversait !'es-PPVoici un exempte du trouble d'esprit «vcessif auquel sont

la scène suivante, Un petit dlner était donné en l'honneur d'un homme très timide, qui, tofsqn'il <e leva pour remercicr, se récita à lui-même !c discours qu'il avait visiblement appris par cœuf, sans articuler unseul mot; ce faisant, toute-fois, il gesticutait avec emphase. Ses amis, comprenant ce dont il s'agissait, applaudissaient bruyamment ce prétendu morceau d'éloquence chaque fois que son attitude marquait un temps de repos; aussi l'orateur ne s'aperçut nullement qu'il n'avait pas un seul instant rompu le silencc. An contraire, il se félicita ensuite auprès de m~n ami d'avoir obtenu ce succès exceptionnel.

Lorsqu'une pcrsonuc confuse ou très timide rougit beaucoup, son cœur se met à battre rapidement, sa respiration est troublée. Ces phénomènes ne peuvent guère manquef d'affecter la circulation sanguine du cerveau, et peut-être en môme temps les facultés intellectuelles. Toutefois, si t'en se reporte à l'influence, encore plus grande sur la circulation, de !a colore et de ïa crainte, il est douteux que cette explication puisse s'appliquer au trouble de l'esprit qu'amène une rongeur intense.

La clef du problème réside probablement dans la sympathie intime qui relie la circulation capillaire superficielle de la face et du crâne avec celle du cerveau'. Je .ne suis adressé a ceaujetau docteur J. Chrlektoii Browne, et il m'a communiqué plusieurs faits qui s'y rapporten.. Lorsque le nerf grand sympathique est sectionné d'un côté de la tête. les capillaires de ce côté se Sachent etscgorgentdesang, !a peau rougit, s'échauffe, et en même temps ia température s'élève de co même côté dans l'intérieur de la cavité crânienne.

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.*                                          BOUUBUR.

L'inflammation des membranes qui enveloppent [«cerveau amène la congestion de la face, des oreilles et des yeux. Dans la première période d'une crise d'épilepsie, il paraît exister «ne contraction des vaisseaux cérébraux, etle ^

I/érysipèle de la tète se compllque fréquemment de dé-lire. 11 n'est pas jusqu'au soulagement d'une forte migraioe, qu'amène ta rubéfaction de la peau par une lotion ex-citante, qui no puisse, me semble-t-il, être considéré comme un phénomène du même ordre.

La docteur Bi-owne a souvent administré à ses malades la vapeur de nitrate d'amylc «, qui possède la singulière pro-priété de provoquer une vive rougeur dela face au bout de trente à soixante secondes. Cette congestion ressembte presque en tous points à la rougeur amenée par la confusion; elle commenee sur des parties diverses de la face, et s'étend jus-qu'A ce qu'elleait envahi toute ia surface de la tète, lecouet le devant de la poitrine ; on ne l'a vue qu'une seule fois s'étendre jusqu'à t'abdomeu. Lesartères de la rétine se dilatent; tes yeux étincellent, et, dans un cas, on a constaté un peu de larmoïe-ment. Les sujets se sentent d'abord agréablement excités, mais a mesure que la congestion augmente, ils sont troublés et comme égares. Une femme A qui la vapeur avait été sou-vent administrée affirmait qu'aussitôt qu'elle commençait à avoir chaud, elle devenait hébétée. Lorsque la rougeur de la honte apparaît sur le visage, il semble d'abord, A en juger par l'éclat des yeux et la vivacité de la physionomie, qu'il y ait une certaine excitation de l'activité intellectuelle. Co n'est que lot,que la rougeur est portée à un degré excessif qu'apparaît le trouble de l'esprit. Il semble donc que, dans la rou-geur spontanée, aussi bien que dans celle provoquée par l'in-

n. Voir sur ce sujet le mémoire du docteur J. Crichton Browne dans West Riding Lunatic .Uylum Médical Report, 1871< p. 98-98.

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'"OIIOMU.                                      m

halatioduu nitratd d'amylel lec capillairedetaf face sont affectés avant qu'il se soitrienpassé dan! les parties dc cerveau qua régissent les facultéi intellectuelles. Réciproque

lation de la peac l'est ensuite secondairemen.. !* docteur Browne a fréquemment observé, me dit-il, des taches et des marurures rouges disséminées sur la poitrindee sujelsépitep-tiques. Chez css malades, si l'on vient à frotter doucemenlaa peau du thorax ou dl l'abdomea avec ue erayonou un autre objet, ou même, dans les cas les plss accusés, ii seulement on la touche avec le doigtils seforme à sa surface, en moins d'une demi-minute, det tachss d'un ouge vif, qui s'étalent h quelque distance autour du point qui a été touché et qui persistentplusieursminutes. C'esi ce que Trousseau appelail les macutescérébmtes; elles indiquent, comme le rcmarque le doc-teurBrowne, une modification profondedu système vateuhire de lapeau.Donc, on résumés s'il existe, ainsi que celane peut guèrectre mis en doute, une étroite soiidarité entrl la circulation capillaire des parties du cerveau qui régissent Fintelli-genceetcellc de la peau de la faceitnn'est point surprenant quelcs causes morales qui amènent une forte rougeur produisent du même coup uu trouble intellectuel profond, indépendamment même de leur propre influence perturbatrice.

Nature des éiats de l'esprit qnt amènent ta fou~eur. . Ces états d'esprit sont la timidité, la honte, la pudeur, dont l'élément essentiel est toujours l'attention portée sur soi-même. Il y a bien des raisons de croire, en effet, que la cause déterminante de la rougeur a été primiiivement l'nmcur-propre, le souci de l'opinion d autrui rclativenent ù notre extérieur physique; le même phénomène s'est ensuite reproduit, grâce & l'association, par l'effet de J'omour-propre éveillé a t'endroit de la moralité de notre conduite. Ce n'est pas la simple action de reporter notre attention sur nous-mêmes, mais l'in-

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W                                       MOUGEUR.

quiétude do ce que les autres peuvent penser do noua qui provoque notre rougeur; dans une complète solitude, l'indi-vidu le plus sensible n;a aucun souci de son apparenee exté-ri^

vement.pie l'éloge; aussi des remarque» défavorables ou ma-licieusas su'notre personne ««norre conduite nous font rougrr beaucoup plus facilement qu'une louange. Il n'est cependant pas douteux que l'éloge et l'admiration n'aient ausli un grand pouvoir; une jolie fille rougtt lorsqu'un homme la «h gardeavecinsistance^ienqu'ellesacheparfaitementque cette atteniion n'a rien de malveillan.. Beaucoup d'entant*, aussi bien que certaines personnes âgées et sensibles, rougsssent lorsqu'on les comble de louanges. Nous discuterons plus loin la question de savoir comment la pensée que l'on s'occupe de notre personne a pu agir sur nos capillaires, en pariiculier sur ceux de la face, de manière à y faire subitement affluer le sang.

Je vais indiquer maintenant pour quelles raisons je pense que l'élément fondamental, dans l'acquisition de l'habttude de rougir, a été primitivement l'atteniion portée sur l'état extérieur de l'individu, et non pas sur sa conduite morale. Isolées, elles ont peu de poids; mais si on les rapprd-che, elles me paraissent en acquérir beaucoup. C'est un fait notoire que rien ne fait autant rougir une personne timide que d'entendre une remarque quelconque au sujet de son as-pect extérieur. On ne peut même pas avoir l'air de remarquer la toilette d'une femme qui rougit facilement, sans que son visage devienne cramoisi. Il suffit, comme l'a remarqué Coleridge, de regarder fixement certaines personnes pour les faire rougir; « explique cela qui pourra » ».

i£ ™l z.Tm*m 8ur le préUDdu menùtiim ani,no,'dm*

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bouuui.'                              m

Les deux albinos dont il a déjà été question, observas par le docteurlmrgesM, rougsssaient vivement « toutes les fois qu'on faisait la moindee tentative pour examiner leurs

inUM-essionnahles que les hommes A M de leur personne, suttout si Ton fait lo comparaison entre des femmes et des hommes d'un Age avancé, et elles rougsssent avec beaucoup plus de facilité. Les jcunes gens des deux sexes sont bien plus sensibles sur ce point que les aduttes, et ils rougissent aussi beaucoup ptus facilement. Le! enfants en bas âge Me rougsssent pas; ils ne manffestent pas non plus lesautres signes do eonscience de sa personnalité qui accompagnent ordinairement la rougeur; c'est môme un de leurs principaux olmrmes que cette indifférence absolue du juge-ment qu'ils inspiren.. A cet âge tendre, ils peuvent regarder fixement 1.11 étranger, sans sourciller, comme si celui-ci était un objet inanimé; c'est M une chose dont nous, leurs aînés,

^ rSiaTidl que les jeunes hommes et tes jeunes femmes sont très sensibles à leurs jugemenss réciproques, relativement annualités extérieures; et teur rougeur en pré-sence du sexe opposé est incomparablement plus prononcée que Qu'elle est provoquée par des individus du même sexe ». Un jeune homme, même peu sujet a rougir, rougit jusqu'au Mue*.pu s'il croit que sa tenue peut paraître ridicule à une jeune fille dont te'jugement, sur un point de quelque importance, lui serait absolument indifférent. Do tout temps sans doute, tes couples «uioureux, aux yeux desquels l'admiration et t'amour mutuels constituent le premier des biens, ont maintes fois rougi durant leurs entretiens. Il u'est

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369                                            ttOHGBUB.

pan jusqu'aux habitai, barbares de ta Terre-de-Feu qu,, d'a-près M. Bridges, ne rougissent, « surtout soi» les regard» des femmes, mais aussi par suite d'un simple retour «tir l'ëtat extérieur de leur personne». ; !)o toutes iesp.n^

le plus en vue et le plus exposé aux regards ; chose bien naturelle, puisque c'cst le siège principal de l'expression eUjue là se fait i'émission de !.. voix. C'est aussi sur le visagc surtout que se !ocalise la beauté on la iaideur; aussi, dans !e monde cntier, est-ce !a partie du corps que l'on pare de pré-fêrence ». Il en résulte que le visage doit avoir été l'objet, pendantdp nombreuses générations, d'une atteniion beaucoup p!us suivie et plus sérieuse qu'aucune autre partie du corps; et nous pouvons par conséquent comprendre .qu'il soit tout spécialement pr~dispos~ a rougir, l/exposition aux variaiions de température, etc., a du à coup sûr augmenter la dilatabilité et la contract6 des capillaires de ta face et des parties voisines; toutefois ce fait seul serait impulssant A cxplrquer la facilité particulière qu'ont ces parties & se couvrir de rougeur; car alors on ne comprendrait pas pourquoi tes mains rougiront très rarement. Chez tes Européens, torsque le visage se couvre d'un vif incarnat, !e corps tout entier ressent un léger frémissement ; et dans les races humaines qni vont ôrdinairement presque nnes, la rougeur s'étend bien plus loin que chez nous. Ces faits sont, jusqu'à un certain point, faciles A comprendre, si l'on songe que chez rhomme primitif, aussi bien que chez les races actuelles qui ont conservé l'habitude d'aller nues, l'attentionne s'est pas arrêtée seule-™"^« visage, comme chez les peuples qui portent des

nTs" avons vu que, dana toutes les parties du monde,

26. Voir, à l'appui de ccue opinion,/« Descend <fc iw* trad. frans.parMoulinic,«.II,p.71,3;i8.

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nouoEon.                               m

~'homme honteux de quelque faute commisf a de la tcndance à se détourner, A se baisser, ou & m voiler la figure, sans qu'il éprouve d'aitleurs a ce moment aucune préoccupaiion rclaii-

ôu.^lod«iieiM«tguôw6tred««^erhroi^urfpui^'«i tes voit se produire dans des circoostancfs qui excluent par elles-mémcs tout désir de dissimuler la honte, quand par exemple le am<able se rtpent de sa faute et la confesse franchemen.. Il est probable qu'avant d'avoir acquis beaucoup de délicatesse morale, l'homme primitif a du être trèssensible & l'état extérieur de sa personne, ou tout au moins A l'impression qu'il pouvait faire sur l'aurre sexe; par suite, toute remarque fâcheuse relaiivement A ses qualités physiques devait lui être dcsagréable, et produirc chez lui l'une des variétés de la honte. Or, le visage étant la partie du corps la plus exposée aux regard», on comprend qu'un individu honteux de sa personne, ait du songer d'abord & cacher cette partie. L'habitude une fois acquise de cette inanière,ses effets ont dd par la suite se reproduire naturellemcnt, sous l'influence d'une confusion provenant de causes toutes morates. Il me paraîtrait difficile d'expliquer autrement pourquoi la honte ferait naître te désir de cacher la figure plutôt quiune pariie quelconquf du corps.

Quant à l'habitude si commune, lorsqu'on se sent lion-tem. de baisser les yeux ou de les tourner sans cessc de côté et d'autre, elle vient probablement de ce que, à chaque regard dirigé vers tes assistants, on croit s apercevoir qu'on est l'objet de l'attention générale; en évitant de regarder tes personnes présentes et surtout de rencontrer tes regards, on s'efforce d'échapper un momenta ce pénible sentiment.

Timidité. - Cet étrange ctat desprit, qu'on appelle aussi parfois mauvaise honte (shame facedness, faite sA<w»e), parait être une des causes les plus efficaces d< la rougeur. La timi-

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384                                            R'ÛlîOBUR.

dite se manifesta essentiellement pav une figure fougissante, le regard fixé sur lo sol ottirigé obliquement, dcsgcstes gan-chcs et saccadé». IW «ne foisqu'ellc rougit peur s'être wn-due coupai cVune fautequi la rend vraiment honteuse, une

sentiment en quarto». U timidité semble dépendre de notre crainte du jugement bon ou mauvais d'autrui, surtout on ce qui regarde nos qualités physiques, Un étranger ne sait rien de notre conduite ou de notre caractère; il ne s'en inquiète pas; mais il peut. - celase voit tons !esjour*,-critiquer notre extérieur; c'est pourquoi les personnes timides sont particulièrement sujettes & devenir muges et confuses en présence des étrangers. H suffit, pour porter A son comble le trouble d'un individu timide, de la pensée que sa mise présente quelque chose de particulier ou d'inusité, ou de la conscience d'un dëfnut insignifiant dans sa personne et surtout dansson visage, toutesehoscsquiluiparaissentpmpresA attira» le regard des étrangers. Au contraire, quand il s'agit non plaide notre aspect extérieur, mais do notre conduite, nous sommes bien plus disposés A la confusion en présence de nos connaissances, au jugement desquelles nous attachons quelque prix. Un médecin m'a raconté qu'un jeune duc très riche, qu'il avait accompagné dans ses voyages en quaUté de docteur, rougissait comme une jeune fille lorsqu'il lui payait seshonoraires; il est probable cependant que ce jeune homme n'eut pas manifesté une pareille timidité en acquittant le compte d'un commerçant. Certaines personnes pourtant sont tellement impressionnables qtll leur suftit d'adresser la parole A quelqu'un pour éveiller leur timidité et amener une légère coloration sur leur visage.

La critique ou le ridicule nous trouvent toujours très sensibles, et provoquent notre rougeur et notre confusion bien plus facilement que l'éloge; il faut reconnaître pourtant que celui-ci a beaucoup de prise sur certains incli-

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HOUGEUIU                                        M

vidus. Lef fats sour rarement timidesc cai ils s'estiment a troh haut pris pous s'attendre A être critiqués. Commensee foit-il que l'orgueil puissauc contrairs s'allieà à 1« timidi,é, , ^mmemrobsexvo souvent? «e fouMrp^Mmett.c que; malgré toutsaa suffisancel l'orgueilleus s inquiètenr réalité beaucoud do l'opinion iVmtruit toueni la dédaignant? Les personned d'une excesiive timiditlaa manifestenr rarement en présencdec ceux avec lesqueli ils sonf familiers, tt dont ils connaissenb bien l'opiniof favorable elas sympathie t telle par exemple uef fille devansaa mère.

J'ai omis, dass mc circulaire imprimée, de demandesii IW pouvatr reconnaître at timiditr chzz les diverses races humaines i mais un Hindou a affirmé d M. Krskine que ce seniiment est reconnaissaic chez ses compatriotes.

La timidité, - l'étymologio m«me du mol l'indique dans plusieurs langues, «, - a d'étroiter relations avec la peu;; elle est cependant bien distincte du sentiment qu'on désigne d'ordinaire par ce mot. Assurémenl''homme timide craini le .égadd des étrangers, mais on ne saurait dire qu'il a peur . d'eux; il peut avoir l'audace d'un héros A la guerre, et ce-pendant se sentir intimidé par des niaiseries en présence d'au-Irai. Il est peu de personnes qui puissent prendee la parole en pubiic pour !a première fois sans éprouver une violente émotion, et bien des orateurs ne parviennent môme jamass A la surmonter complètement; mais cette impression paratt devoir être attribuée A l'appréheniion de ia lourde tache qu'on entreprend, accompagnée de sa réaction obligée sur toute l'économie, plutôt qu'A lu timidité proprement dite ;

27. H. Wec»gWoo,l, m*. EmUsh mymolo^ vol. III, i86a, ,, m. il en est ainsi du mot latin vemutulus.

ladmplcappréhcmionouàlacrainpc.

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m                              Hougku».

il est certain pourtant qu'un homme timide souffre on pareille occasion infiniment plus qu'un autre. Chez les très jeunes enfants, il est difficile de diluer la peur de la timide; mais il m'a souvent paru que, chez eux, ce^dernier senïïmenta quenpie chose de ln ^uvagerie d'un animal non apprivoise. La timidité apparatt de très bonne heure. Chez on de mes enfants, A l'âge de deux ans et trois mois, je reconnus des signes non équivoques de timidité vis-a-vis de moi-même, après une absence de huit jonrs à peine; il exprimn cette émotion, non en mugissant, mais en détournant légèrement son regard d< moi pondant quelques minutes. J'ai remarque du reste, dans d'antres occasions, que la timidité ou fausse honte, aussi hicn que la honte véritable, peuvent être exprimées par le regard d'un jeune enfant, avant qu'il ait acquis la faculté de, rougir.

Puisque la timidité paraît reconnaître pour origine pre miere l'attention portée sur soi-même, il est très certain qu'en réprimandant les enfants qui y sont sujets, loin de leur être utile, on ne fait qu'augmenter leur défont en donnant une force nouvelle à la cause m~me qui l'a fait nattre. On l'a dit avec raison :« Itien n'est funeste & l'entance comme de sentir ses sentiments continuellement observes, de voir un œil scrutateur surveiller ses divers mouvements et poursuivre sans pitié l'expression changeante de ses émotions intérieures. Sons le poids d'un pareil examen, l'enfant ne peut avoir qu'une pensée, celle de l'attention qui le poum.it, et qu'un sentiment, In confusion et !a crainte ». »

Cames morales, culpabiiUê. - Si nous considérons la rougeur qui dépend exclusivement de moti!s moraux, nous nous trouvons en présence des mêmes causes fondamentales

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HOUCBKR.                                            3W

que nous svons déjà rencontrée»s ee particulier le souci id l'opinion d'eutrufi Ce n'est pas ttaonscience qui iorcearou-girî car, ssiincères que soient ses se^ts ddune peccadille commise eans témoins, si -cuisastc que. soient «s remord» à la suite d'un crime inconnu, ,n homme ne eougit tas. « «J rougit, ,Ht tl docteur Barge** *. en présence de mee accusa-leurs. - Ce n'est pas lleentiment de ra culpabilité, maii ll pensée qu autrui la ssupçonnn ou la connaît, qui fait monter la rougeur au visage. Un homme peut, sans sougir, être pénétré de honte d'avoir dit un pettt mensonge; mais vientt il * supposer que sa tromperie est découverte, ,i rougit aussi, tôt, surtout si elle est démasquée par une personne qu'il

estime.

D'autte part, un homme peut ctre convaincu que Dieu connaît toutes ses actions, être pénétré de ses fautes et en demander le pardon dans ses priAres, sans que celte pensée le fasse jamais rougir, quoi qu'en pense une dame de ma connaissance qui rougit très facilement. Cette différence que nous établissons entre la connaissance de nos actes par Dieu ou par les hommes s'explique, me semble-t-iit par ce fait que le blâme porté par tes hommes sur notre conduite frise de bien près le dénigrement de notre individu; en vertu de l'analogie que notre pensée établit entre ces deux actes, ils produisent sur nousune même impression. La dé-sapprobation divine au contraire ne saurait amener une semblable association d'idées.

On rougit souvent quand on est accusé de quelque faute dont on est parfaitement innocent. L'idée seule que l'on attribue a l'une de nos paroles un sens désobligeant ou déplacé suffit pour nous faire rougir, malgré la conscience que nous avons d'être victime d'un malentendu; qu'un acte soit louable ou insignifiant, une personne impressionnable

.10. Emys on ftwffal Education, vol. Il, p. W.

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M35»                                            ROUflBUft.

non rougira pa* moinsii elle suppose qee d'autres peuvent l'interpréter autrement. Ainsi, «nf femmf fait F'aumône a un mendians «inï la plu» légère rougeai.; mais le fait-elle devant dss assistants, et peuWHe douter de leur bïonveil-- k»<» o» pen8eqq«^k taxent d'ostentationa aussBt elle rougim. Il en se,,, de même si eUc offre des secours & une femme d'une sttuation jadss élevée tombée dans la misère, suttout si elle ''a connue dans des temps plus heureux; car en pareil cas eule peut concevoir des craintes sur la manière dont on uugera sa conduite. Mais les fatts de cet ordre pouraient aussi bien êrre rangés sous Je chef de la timidité.

Infraction* à Viliquette. - Les règles de l'étiquetto ont toujours pour objet la manière de se conduire en présence des autres ou A leur égard. Elles sont sans relation nécessaire avec les règles de la morale, et parfois tout A <ait insignifiantes. Quoi qu'il en soit, comme elles sont le résutat d'usages étabiis entre égaux et supérieur*, dont l'opinion a pour nous beaucoup de prix, elles sont considérées comme aussi impérieuses que les lois de l'honneur pour un gentilhomme. Aussi le manquement aux toisde l'étiquette, - c'est-à-chre une impolitesse on une gaucherie, un acte déplacé, un propos inconvenant, même accidentel et involontaire, -fait rougrr au suprême degré. Le simple souvenir d'un acte de ce genre, au bout de plusieurs années, provoque une sorte de frissonnement dans le corps entier. Telle est aussi la puissance de la sympathie, qu'une personne impressionnable (une femme me l'a assuré) rougit parfois en voyant commettre par un inconnu une infraction à l'étiquette, quelque étrangère qu'elle soit elle-mcme A cet acte.

Modestie. - Voici encore une cause très efficace de la rougeur; seulement on comprend sous ce nom de modestie des états d'esprit très difféamts, Il signifie d'abord humilité,

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-- 1000(111.-                              m

et nous qualifions da modesto llindividu qui tougit d'aise au moindre compllment, ou qui s'offusque d'une louante qui lui parait dépasser ilhumble mesure de sa valeur porsonnelle. J*mu^u^

iorsqu'elle est provoquée par le souci de l'opinton dautrui. Souvent aussi le mot modestie se rapporte h des questions de bienséancee or, le convenable ou l'inconvenant sont pure «faire d'étiquette, comme cela nous est bien démontré par l'exempte des peuples qui vont nusou presque nus. Si une personnn modeste rougit faciiement en face d'actes incon-venants, c'est parce que ces actes violent les lois sages et impérieuses de l'étiquette. Nous en trouvons d'ailleurs la preuve dans l'étymo!ogie du mot modeste, qui dérive de tnodus, mesure, règle de conduite. U fougeur qui est due < cette sorte de modestie est fréqucmment très vive, parce qu'elle se trouve ordinairement influencée par ta ditfércnce des sexes; or nous avons vu combien cette particularité augmente duns tons les cas notre tendance A rougir. Si nous appliquons cette même qualification de modeste à l'homme'qui a une très humble idée de lui-même et A l'homme qui est tr~s impressionné par un mot ou un acte inconvenant, c'est simplement, scmbte-t-i!, parce que dans les deux cas la rouleur apparatt facilement; car, à part cette particuiartté, ces deux états d'esprit n'ont absolument rien de commun. On confond de même souvent !a timidité, pour ta m~me raison, avec la modestie prise dans te sens

d D'âpre* mes propres observations et divers témoignages ~ue j'ai recucillis, certaines personnes sentent la chateuf leur monter au visage quand il teur revient brusquement quelquo souvenir désagrëable. i> phénomène parait se pro-doire surtout iorsqu'on s< sonvicnt tout à coup que l'on n'a pas fait pour quelqu'un «ne chose qn'on lui avait promise. Duns ce cas. il est possible que l'esprit soit traversé, sans

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m                            iuwqk«b.

trop en avoir conscience, par cette pensée : que pen«era-t-U de moi? S'il en est ainsi, cette bouffée de chaleur serait quelque chose d'analogue A In rougir proprement dite. Il est très douteux pendant que cette sensation soit due dalis"tt; plupart «lesKï f:^1fâi^~&r&iï&* tion capillaire. En effet, nous ne devons pas oublier que presque toutes les émotions violentes, comme la colère ou l'extrême joie, agissent sur le cœur et font rougir le visage. La rougeur peut survenir dans la solitude absolue; co fait parait contredire l'opinion que je viens de développer et d'après laquelle la cause originelle de cette habitude a été la préoccupation de l'opinion que les autres se font de nous. Plusieurs femmes qui rougissent facilement sont cependant unanimes sur ce point; quelques-unes pensent même avoir rougi dans l'obscurité. D'après les observations sur les Aymaras de M. Fotbes et d'après mon expérience personnelle, je ne doute pas de l'exactitude de ce dernier fait. Shakespeare s'est donc trompé quand il a fait dire A Roméo par Juliette (acte H, se. n):

Tu.Muelema^delanuUcouv^onvisage; Sans cela, une rougeur virginale colorerait ma joue Apres ce que tu as entendu ce soir de ma bouche.

Toutefois le motif de la rougeur, quand elle se produit dans la solitude, se rattache presque, toujours au souci de l'opinion d'autru,, c'cst-A-dirc a l'idée d'actes commis en présence d'autres personnes ou soupçonnes par elles, ou encore a la préoccupaiion de l'opinion qu'elles auraient pu avoir de nous si elles avaient connu notre conduite. Un ou deux de mes correspondants pensent pourtant avoir rougi de honte à propos de faits qui n'étaient justiciables en rien de l'appréciation de qui que ce fut. S'il en est ainsi, nous devons attribuer ce phénomène A l'influence dune habitude invétérée, et & la force de l'association mise en jeu par un état

é

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MOVOEIUL                                            301

d'esprU très voisin de celui qui amôn< oïdinaircracnt la fougeur. Cola ne doit pas nous surprendre, puisque la seule sympathie éprouvée pour une personne qui se rend coup»-^Xmtf^n.tosn^*mM*mè*™peu* ~arfois provoquer la rougeur, ainsi que nous l'avons vu tout A l'heure.

Je conclus donc, en résumé, que la rougcur, -ducà la timidit6, à lu honte causée par une infraction aux lois de t'ét!quette, & la modestie provenant d'un sentiment d'humiJité, A la modestie offusquée par une inconvenance, - dé-pend dans tous les cas d'un même principe, c'est-à-dire d'un souci inquiet de l'opinion et plus purticulièrement de la critique d'autrui; d'abord en ce qui touche & notre aspect extérieur et particulièrement à notre visage; et, en second lieu, par la force de l'association et de l'habitude, en ce qui concerne notre conduite.

Théorie de la fougeur. - Nous allons maiutunant chercher pourquoi la pensée que d'autres s'occupent de nous apit sur nota» circulation capillaire. D'après Sir C. Bell», la rougeur «est spécialement destinée à l'expression; ce qui le prouve, dit-il, c'est que la coloration s'étend seulement au visage, au cou et a la poitrine, qui sont les parties les plus exposées aux rega«l, Ce n'est pas un phénomène ncquis; ila existé dés l'origine. » U docteur Murgcss pense que « la rougeur a été destinée par le Créateur ù donnerA l'Ame le souverain pouvoir de manifester sur nos joues nos diverses émotions intérieures ou nos sentiments moraux », en sorte qu'elle fut pour nous-mêmes un frein, et pour les autres un témoignage visible, si nous venons à violer des régies qui devraient nous ctre sacrées. Gratiolet se borne

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.,,:...

302                                            ROUGEUM.

A dire : « Or, coma» U est dans l'ordre de 1» nature que l'être social le plus intelligent «oit aussi le pli» inteltigible. cette faculté do rougeur et de pâleur qui distingue l'homme est «m signe naturel de sa haute perfection.M ^^^^

fi. croyanceque lu aougeur a M préposée par le Créateur à un Imt spécial est en contradiction avec la théorie génërate de l'évolution, qui est aujourd'hui g~néralement occeptée; mais il serait hors do propos de discute! ici ta question dans son ensemble. Bornonssnous a remarquer qu'i! serait diffici!e d'expliquer, pour ceux qui croient à ce but préëtabli, comment la timidité est la cause la plus fréquente et la plus efficace de ta rougeur; en effet, elle incommode celui qui la subit, et embarrasse celui qui en est témoin, sans être de la moindre utilité à l'un ni a l'autre, Il ne serait pas ptus aisé d'expliquer la rougeur qui su manifeste chez les nègres et autres races de couleur. chez qui le changement de coloration de la peau est invisible ou ê peu près.

H n'est pas douteux qu'une légère rougeur ne vienne ajouter encoreau charme d'un jeune visage; tes Circassienne* qui sont capables de rougir atteignent invariablement, dans le sérail du sultan, un prix supérieur & celui des femmes moins impressionnables ». Toutefois, quelque convaincu que l'on puisse être d< la puissance de la sétection sexuelle, on supposera difficitement que k rougeur ait étoacquise comme un ornement sexuel. Cette manière de voir serait également inRrméc par ce qui vient d'être dit au sujet des races de couleur, dont ta rougeur n'est pas perceptible.

L'hypothèse qui me parait ta plus acceptable, bien qu'a première vue elle puisse paraître un peu forcée, c'est que l'attention concentrée sut une partie quelconque du corps tend à modifier la tonicité anormale des artérioles de la région. Par suite, ces vaisseaux sont alors plus ou moins

32. D'après Lady Mary Wortlc.v Montage voir Burgess, **,/., „ «l.

{

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novoEUR.                         * m

relâchéets m gorgent aussitAt de mng artériel. Cotet te». rfaaca a dts se fortifier considérablement porr peu qu! I» mémo partie dc corps ait été l'objet d'una attentios soutenue

nerveux M. port~ bien -pli» aisément clanl nes voies les pous fréquemment 1MNNNn» et 'on connatt en outrlee pouvorr de l'hérédité. Toutes les fois que nous c'oyons que notre personne est l'objet de la critique ou seulement de l'examen d'autruf, notre attention o porte vivement sur les parties de notre corps exposées aux regards; or, de toutes, la plus impressionnable est le visage, et cela «ans doute depuss bien des générations. En conséquence, si ''on veut admettre l'influence d'une atteniion soutenue sur Jes vaisseaux capillaires, on comprend que ceux de la face soient devenus extrêmement sensibles. En vertu du pouvoir de l'associaiion~ les mêmes etrets doivent avorr une tendance à se reproduire toutes les fois que nous pensons (pic l'on examine ou que l'on déprécie norre condutte on notre caractère.

Cette théorie repose tout eniière sur cette affirmaiion que l'atteniion peut modifier ta circulation capillaire; il est donc nécessaihe d'accumuler ici des faits en nombre suffisant, qui puissent lui servir plus ou moins d'appui. Divers observateurs-, dont l'opinion emprunee&leur vaste expérience, A leur

33. En Angleterre, c'est Sir Il. Holland qui ale premier, jecrois, étudié Knttuencc ,1c l'attention sur les diverse! partie!s du corps, dans ses

seur Laycok a traité le môme sujet; voir Edfnburgh 3MM mJSurgM tournai, juillet 183», p. 17-2:. Voircncorc, du même auteur, Ti-eatisc ou the nmm mmm of Wome», l«*u, p., ,'o; et MUul ««cl M*, vol. Il, 1800, p. 327. - Us opinions du docteur Carpcnter sur le mesmérisme conduisent à peu près aux mômes conséquences. — Le grand phvsioio* gisle Mûllcr s'eat occupé (Klcnents ***** trad. anglaise, Vol. Il, p. mm de t'influence de l'attention sur les sens. - Sir J. Papet

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M                                  BOUGfeUR.

savoir rtendu, une autorité toute partiels, ,e déclarent

convaincus que llattention ou la conscience (expression que

Sir H. Hollnnd préfère comme plus exacte)) concentrée sur

' une partie quelconquc du corps, amène directement en esle

T»némfldtfîf«tïon phy«atf&; Cette manière de vo^ Cliqué......-

aux conttacttons des muscles involontaires, et des muscles volontaires quand iis agissent, en dchofs de l'influence de la volonté, aux secrétion* glandulaires, à l'acuité des sens et de l! sensibilité, enfin h la nutrition des tissus elle-même. C'est un fait bien connu que lFon agit sur les mouvementt involontaires du comr en lnxant sur eux une attention soute-nue.Gmtiolct * rapporte ltobservatton d'un homme qui, & force de surveiller sans cesse et de compter son pouls, avait fini par présenter une intermittence sur six hattements. D'autre part, mon père m'a raconté l!histoirc d'un observateur consciencieux qui était à ce moment, & n'en pas douter, déjà atteint d'une affection cardiaque, dont il mourut plus tard; il constatait d'une manière positive l'extrême irrégularité habituelle de son pou!s; et cependant, à sa grande contrariété, cetui-ci recouvrait sa ré~ularité des que mon père outrait dans sa chambre. Sir H. Holland fait remar' quelque «t'dfol produit sur tacircutation d'unc partiedu corps, lorsque !a conscience se dirige brusquement et se fixe sur elle, est souvent évidente et immédiate ». Le professeur Laycock, qui a spécialement étudié les phénomènes de cet ordre », affirme que, « torsque l'attention est dirigée, vers une partie quelconque du corps, l'innervation et la circula-

«.«parlepror.Tomer, IMO.M»- .V.irauBlCraptol.t.n.f.P*!»*».,

33. Chaptore o» Mental Physiology, I8ii8, p. HI. 30. Mind ami mi», vol. II, 1800, p. 327.

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tion sont ïocatemcntsurexcitées, et l'activité fonctionnelle de ta région est accrue >,

On admet généralement que les mouvements péristatti-««<*Mïmmm..fctafiMé. par mstto* qu'emporte sur eux, à intervalles réguliers; ces mouvements sont do» A la contraction de muscles lisse» et involontaires. L'action anormale des muscles volontaires dans l'épitcpsie, la chorée et t'hystéric est, comme on sait, influpncée par l'attente d'une attaque et par la vue d'utn» sujets atteints des mêmes affection» *. 11 en est de même du héiUement et du rire, qui sont des actes invoiontaires.

Le fonctionnement de certaines gtandes suhit, d'une façon bien manifeste, l'influence dont nous parlons ici, iorsqu on porte sa pensée sur elles ou snr les circonstances qui le provoquent d'habitude. C'est un fait familier a tout le monde que la sécrétion salivaire se surexcite quand on vient A penser, par exempte, A un fruit acide *. Ou a vu, dam Hotre stxième chapitre, l'efficacité d'un désir intense et persistant soit pour réprimer, soit pour uugmcntcr la sécrétion des glandes lacrymale, On a cite quelques cas curieux relatifs à des femmes, touchant l'empire do rimagination sur les glandes mammaires; et d'autres faits encore ptus remarquables relativement aux fonctions de l'utérus *.

38. Voir, sur ce sujet, Grat&olet, ïte fit Phpion., p. 287. lk.nrk.4Hft*, ,.,-on dirlgeanl long..m«n. «.» ,U.ntion mt une

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Quand nous fixons notre atteniion tout entière sur l'un de nos m», «on acuité en Mt augmentée *>; et d cette contention d'esprtt est habituelle, il se produit, sorable-t-i!, une sorte de perfectionnement du sens ainsi exercé; il en est aiiuâdolW^^

gles-sourds. On peut reconnattre en outre, eu considérant les aptitudes df divers races humaines, que les qualités ainsi acquises sont héréditaires. Pour ce qui est des sensations ordinarres, on sait parfaitement que la souffrance est accrue par l'atteniion que l'on y porte; Sir B.. Brodtc va jusqu'à dire que l'on peut ressentir la douleur dans une région quelconque du corps en «vaut fortement l'atteniion sur elle «. Sir M. Molland fait également remarquer qu'en soumettant à une attention soutenue une pariie quelconque de notre individu, non seulement nons acquérons nettement la conscience de son existence, mais encore nous y ressentons diverses sensations anormales, de la pesanteur, de la chaleur, du froid, du fourmillemen,, des démangeaisons «

Enfin certains physiologistes soutiennent que l'imagina-tion peut agir sur la nutrition des tissus. Sir J. Pagct a rap-porté nu curieux exempte du pouvoir qu~a sur la couleur des

autrcsoutrages, cite des faitsanalogues, et aussi diverses obse,vations qui

loguedins le point avunSMquc dol'aulns c6lé.

Discases ofWonit'n, 18*0, p. liO. M. Chairs on MentalPhysiology, 185». p. ..,,,3.

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MOUGBUIl.                                       ?

t vérité, l'imagination, mais tout iuoiosle systèmn nerveux. Une femme, sujette a cq qu',

cheveux, non pas, a k vérité, l'imagination, mais tout uu iuoios le «vsttmn nerveux. Une femme, sujette a cq qu'on appelle la mi^inn nerveusec constete uoujours, lm matin

f

.jiii mit un d; sea accès, que; u^ekjucs inèduat tle *e» die-^venx ont Maiïclu «t semblent poudréesL Lc changement s'est produien,u unemHt;quelq„esjour,aprèSJeSvheWnX reprennent graduellement leuc couleuh bru',- «.

Ainsn nouv voyonq qu'una attentios soutenua agit indu-bitablcmens sur diverses partie< du corpe es sur divero organes qui ee sonp pap places, a proprement parler, sous la dépendancd de Jv volonté. Par quel mécanismsep produit l'attentioncee phénomèni intellectu!l quc constitue peut-être une def facultél lep plus merveilleused<e l'esprit?C'est là une question trèo obscure. D'après Mftlbr «l lec cellules semitivesdu cerveau deviendraient, sous J'influence dlaà volonté, aptes à recevoir des impressions plus profondeett plus nettes, en vertu d'un phénomènt très analogue à celui qui se produtt lorsque les cellules motrices sonapppelées ,1 envoyer aux musclet l'influx nerveuxt H existe etrectiveincn<, m bien des points, une analogee .«arquee entre F'aciion des cellules scnsitives et celle des cellules motrices; je citerai comme exemple ce fatt bien connu qu'une atteniion soutenue portée sur l'un quelconque de nos sens amène de la fatigue, ont comme l'exercice prolongé de niimpotte quel muscle". !>ar conséquent, lorsque nous concentrons volontairement »«tre attention su' une partie de notre corps, les cellules cérebrales qui reçoivent les impressions ou les sensations «le cette partie entrent probablement en activité, par un

.™; ££T m smied Path<,k*9>3e mu>muc ',ar ,c ^ ,1W>

I*: Mments ofP^ol^j a*. anglais vol. II, p. 938.

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m                               rougkur.

mécanisme d'ailleuss inconnu. Cela peut permettre dé corn-prendre commen,, sans aucun changement local dan» I« partie eu quesiion, la souffranee ou toute autre sensation anormale peut apparaître en ce point, ou accuser plus for-teittfrntsr^

Toutefois, si In région est pourvue de muscles, on ne peut être sur, ainsi que me l'a fatt remarqurr»!. Michael Foster, que ces muscles ne reçoivent pas queeque légère excitation inconsciente, qui dott probablement éveiller en ec point une vague sensation.

Dans un grand nombre de cas, par exempte lorsqu'il s'agtt des glandes lacrymales, du canar intesiina,, etc,, 1W iluence de l'atteniion parait, au moins pour Mne large par,, dépendre du système vaso-moteur, qui est impressionne de manière A permetrre un afflux sanguin plus considérable dans les capillaires de la région. Quelquefois cette suractivité des capillaires se combine avec la suractivité concomi. tante du sensorium.

Le mode d'aciion de l'esprit sur le système vaso-moteur peut se concevoir de la manière suivante. Au moment, par exemple, où nous goûtons un frutt acide, une impression est transmise par les nerfs du gont A une certaine partie du sensorium; celui-ci renvoie l'influx nerveux au centre Vaso-moteur, lequel permet aux tuniques musculaires des arté-rioles qui se distribuent aux glandes sali vaires de se relâcher. Il en resutte qu'iino plus grande quanttté de sang traverse ces glandes, et qu'elles sécrètent une abondante quantité de salive. Cela posé, n'est-on pas autorisé A admettre que, lorsque nous réfléchissons profondément sur une sensation déterminée, cette mcme partie du sensorium, ou une partie très voisine, se trouve mise en activité, et que tout se passe comme au moment ou nous percevions la sensation? S'il en est ainsi, les mêmes cellules cérébrales seront excitées de la m&me manière, quoique & un moindre degré peut-être dans

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BOUOMItS                                            30*

le. premier «, et parla vive représentation idéale d'an **t acide, et par sa perception réelle; daas les deux cas ces cellule* transmettront llagent nerveux an centre vaso-moteur, et les résultats seront identiques. ^«#**--.wt.~**È+*mm&+ qùr & quelques égards, eut encore plus démonstratif, Lorsqu'un homme se tient devant un feu ardent, son visage rougit. Ce phénomène parait du, me dit M. Michael Poster, on partie à llaction locale de ia chaleur, en partie .V un phénomène réflexe dépendant des centres vaso-moteurs «. U chaleur affecte les nerfs de la iace; ceux-ci transmettent une impression aux cellules sensuivesdu cerveau, qui agir sur le centre vaso-moteur; ce dernier enfin réagit "ur les artértoles de la face, les relâche, et permet au san~ de les remplir. L& encore, il est permis de croire que, en fixant notre attention très fortement et A diverses reprises sur le souvenir de la chaleur ressentie par notre visage, il peut se produire une certaine excitation de cette même partie du sensorium à laquelle nous devons le sentiment d'une chaleur présente; par suite une certaine quantité de force nerveuse peut être transmise aux centres vaso-mo.cm*; doù dilatation des capillaires de !a face. Or, comme depuis un nombre incalcnlable de générations les hommes ont dirigé fortement leur attention sur l'aspect extérieur de leur personne en particulier sur leur visage, la disposition qu'avaient des le début les artérioles faciales a se laisser impressionner de cette manière a pu, daus la suite des temps, se fortifier considérablement et devenir héréditaire, en vertu des principes précédemment formulés, et en particulier en vertu de la grande facilité avec laquelle la force nerveuse s'engage dans les voies ac-

Cours scientifiques* 2ii sept. I8ti9, p. 683.

21

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370                                           «OUGBUR.

coutum.es. TeUle est, me Mnfab+U, ''expiicaiion plausible des phénom&ncs piincipaux i-elalifs à la rongeu..

McapUuUaion. - A toutes les époques, hommss et femmes <«it attaché, turtoutpendantMeunesse, «ne gfande importance l l'aspect extérieur de leurs personnes; ils ont également porté une atteniion toute spéciale sur l'apparence de leurs semblables. Le visage a été le principal objet de cet examen, excepté dam la période primitive, où, l'homme allant toutnu, la sufface entière du corps était exposée aux regards. Si nous portons norre atteniion sur notre personne, c'est presque uniquement par appréhension de l'opinion d'au-trui; car un homme vtvant entièrement seul ne prendrait guère souci de son aspect extéiieu.. Nous sommes tous plus sensibles nu blâme qu'à la louange. Or, toutes les fois que nous savons ou soupçonnons que l'on critique notre personne, notre attention se porte fortemeni sur nous-mêmes, et surtout sur notre visage. Cela doit avoir très prohable* ment pour effet, ainsi que nous lavons expliqué tout & l'heure, de mettre en jeu la portion du sensorium qui reçoit les nerfs sensitifs de la face, et ce dernier réagtt ensuite sur les capillaires faciaux par l'intermédiaire du système vaso-moteur. Par suite de sa répétition incessante durant un nombre immense de générations, ce mécanisme a du devenir tellement habituel et s'associer si étroitement à l'idée que nous sommes l'objet de l'attention d'autrui, quiil nous suffit maintenant d'appréhender une critique pour que nos capillaires se relâchent, sans que nous ayons du reste conscience d'une préoccupaiion quelconque relative à notre visage. Avec certaines personnes impressionnables, il suffit même de regarder leur costume pour produire un semblable résulta.. C'est encore en vertu de la forcede l'association et de l'hérédité que nos capillaires se relâchent quand nous savons uu nous supposons que nos actions, nos pensées ou not«

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ROUGEUR.                                           371

caractère sont l'objet d'une critique, même muette; il en est do mémo enfin lorsqu'on nous comble de louanges.

L'hypothèse précédente nous permet de comprendre corn-ment il se fait que la face rougit beaucoup plus qu'aucune «é partiedu cWps, bien ^ ?mmèé mam im entière s'affecte quelquefois, en particulier chez les hommes qui vont encore A peu près nus. Elle explique comment 1» rougeur peut exhter chez les races de couleur, bien qu'aucun changement de coloration ne soit visible sur leur tégument; et aussi chez tes aveugles-nés, en faW intervenir le principe dé t'hérédité. On peut comprendee également pourquoi les jeunes sont plus facilement impressionnés que les vieux, les femmes plus que tes hommes; pourquoi les sexes différents provoquent si aisément leur mutuelle rougeur' on voit pourquoi la rougeur est surtout provoquée par des observations personnelles et a pour cause déterminante la plus efficace la timidité : en eufet, la timidité est mise en jeu par ta présence ou l'opinion d autru,, et les gens timides ont toujours plus ou moins conscience de leur faiblesse. S'it s'agit de la veritable honte qui provient de fautes morales~ nous comprenons pourquoi ce qui fait rougir n'est pas tant le sentiment de la culpabilité elle-même que l'idée que celle-ci est connue de nos semblables. L'homme «pi pense & un crime qu'il n commis sans témoins, quelque bourrelé de remords qu'il puisse être, ne mugit pas; mais il rougit au souvenir poignant d'im crime découvert ou commis devant des témoins, et t'intcnstté de sa rougeur est en rapport direct avec le cas qu'il peut faire de ceux qui ont découvert, vu, ou soupçonné sa conduite. Les infractions aux règles de convention, quand nos égaux ou nos supérieurs y attachent de l'importanc,, provoquent souvent une rougeur plus grande chez celui qui s'en est rendu coupable que la découverte d'un crime. Au contraire, si un acte véritablement criminel n'excite pas la réprobation de nos égaux,

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-3H.                                           MtOUGEUIt,

c'esa «peinsi nss jouesec colorent légèrement. Enfin la modestie, dani les deux sens do ct terme que nous avons iignalés, excite une vive rougeur : danl lss deux cas, Hl s'agit ou da jugement des autres ou dos coutume qu'il» ont ««Mie», -......... --- --........—                                  —.....'........

Par suite de l'étroite sympathie qui existe entre la circulation capillaire de la surface de la tète et cetle du cerveau, toutet lef fois que «produit une rougeur intense, ll se nanifestéet même temps un trouble, parfois très grand, dans lu. idées. Ce phéiWiie s'accompagne fréquemment d'une certaine gaucherie des mouvenents, ;t parfois de tressaillements involontaires .h» quelques musctes.

Puisque la roufeur, d'après notre hypothèse, est un résultat indirect de l'attention qu,. dans l'origine, M été un-quement dirigée su.» notre aspect extérieu,, c'est-à-dire sur la surtace du corps et en particulier sur la face, nous pouvons nous rendre comptc de la significaiion des gestes qu,, dans le monde entier, accompagnent la rougeur, et qui consistent & se cacher te visage, & 1 «Mister vers la terre ou & le porter de côlé. Le plus souvent les regards sont détournés ou mobiles; en effet, lorsqu'on regarde en face un homme devant lequel on est confus ou timide, on est aussitôt posséde par le sentiment insupportable que ses yeux sont fixés sur vous. En vertu du principe de l'association des habitudes, les mômes mouvements de ta face et des yeux s'accomplissent, d'une manière presque irrésistible, chaque fois que nous avons la ceriitude on le soupçon que tn moralité de notre <onduitc est, de la part d'autru,, l'objet de blâmes ou d'éloges

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I» M. principe» MM ,.......I «toM I» tri**.* «M «v

prcssifa. — l«nr hitéttitë, — lt«U<: «le la v.iloitlé cl «le l'atlMilion iImik Viu-quimim dus illversosunpivssloiis. — I.Vs|>r«!S»ioii w reconnaît cl'iiutiincl, — Pr«ii*« fournie par nnlro wttjut à l'unité *|wrifl«|iie «les ra»v* ItiimniiiCK. — 0« l'ac«|iiisilioii mici-i-s-«ivo par le» anrrôlre» do l'Iwmroe «le* «IIvumo» oxpruMluns. — lnifi«riiiii«! <!« |'«ïv pression. — Conclusion.

j'ai maintenant achevé de décrire, do mon mieux, tes principaux actes expressifs chc* Item. «I eh« quel-que. animait.. J'ai aussi cssay; dupliquer l'origine ou le dévetoppement de ces actes, à laide des trois principes développes dans le premier chapitre, Je vais les rnp. peler encore une fois. Le premier de ces principes est le suivant : Les mouvements utiles a l'accomplissement d'un désir ou au souta~emcnt d'une sensation penible finissent, s'ils se rëpètent fréquemment, par devenir si habituels qu'ils se produisent tout<s les fo!s qu'apparaisse ce dcsir ou cette sensation, mftme à un très faible degré, et alors même que teur uti!ite devient ou nulle ou très contestable.

Notre second principe est celui de i'nntithèse. l'n tmg» constant, durant notre vie entière, a affermi en nous t'habitude d'exécuter volontairement des mouvements opposes sous l'in. nuence d'impulsions qui sont elles-mêmes opposées. En con-séquence, par ceta seul que certains actes ont été accomplis t^„lièrenient.envertudonotre premier principe, dans un état d'esprit déterminé, une tendance involontaire, irresistible, à t'accomptisscment d'actes absolument contraires doit m |>ro-

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37*                                          COKCLU8!ONS

d'ailleurs du plus ou moin» d'utilité qui peut on insulter pour l'individu.

Enfin le troisième principe est celui de ''aciion directe sur économie des^eitatioW du système^ nerveux; action tout àfait indépendantedel'habitude. L'expérience mont,, qu'une certaine quantité de force nerveuse est engendrée et mise en liberté toutes les fois que le système cerébro-spinal est excitô. La voie que sutt cette force est nécessairement déterminée par-la série des connexions qui renient les cellules nerveuses, soit ontr! elles, soitavec lesautres parties du corps. Maisçette direction est aussi fortement influencée par l'habttude ; cela revient à dire que la force nerveuse prend volontiers les voiesqu'ellc a déjà fréquemment parcourues. Les gestes frénétiques et insensés d'un homme en fureur [ peuvent être attribués en partie au manque de direciion de la force nerveuse produite, en pariie aux effets de l'habttud;; car ces gestes représentent souvent vaguement l'actio* do frappe.. Ilsren.rent ainsi dans notre premier principe. Même observaiion pour un homme indigné qui se place, sans en avoir conscience, dans l'attitude qui serait convenable pour attaquer son adversaire, bien qu'il n'ait nullement l'intention de l'attaquer en effet. Nous voyons encore l'influence de l'habitude dans toutes les émotions et sensations qualifiées d'excitantes; elles ont revêtu ce caractère par suite de ce fait qu'elles ont habituellement eu pour conséquence quelque action énergique. Or cette action affecte indirectement les systèmes de !a respiration et de la circulation; ceux-ci réa-gissent ensuite sur le cerveau; mais, alors même que ces sensations sont ressenties A un faible degré et qu'elles ne provoquent aucun acte extérieur, notre économie tout entière n'en est pas moins ébranlée, par la force de l'habttude et de l'association. On qualifie de déprimantes d'autres émotions et sensations, parce qu'elles ne donnent généralement pas lieu &

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ET RÉSUMÉ.                                            3*5

un mouvement énergique (si llon en excepte celui qui peut survenir, par exemple, au premier moment dans une douleur vive, ,a ffayeur ou le chagrin); en outre, parce que ces émottons finissent par amener un ép»^^^^

men^eucs surtout* par des ^ipe^îm^ife et parlrpi^m- -^ tion. Enfin ii est d'autres émotions, comme l'affection, qui n'amènent d'ordinaire aucune espèce d'acte, et qui par suite ne se révèlent pas par des signes extérieurs bien marqués. L'affection pourtant, cela va «.ris dire, en tant que sensation agréable, excite lessignes ordinaires du plaisir.

Un certain nombre d'effets dus & l'excitation du système nerveux paraissent être, au contraire~ entièrement indépendants de l'afflux de la force nerveuse dans les voies dont l'exercice antérieur de la votonté lui avait donné l'habitude. Leseffetsde cet ordre, qui révèlent souvent l'état d'esprit de l'individu, demeurent jusqu'ici inexpliqués. Je citerai comme exemples le changement de couleur des cheveux produit par un sentiment excessif de terreur ou de souffrance, la sueur froide et le tremblement musculaire que provoque la crainte, les modifications des sécrétions digestives, et l'arrêt du fonctionnement do certaines glandes.

Assurément, tout n'est pas ainsi expliqué; toutefois les trois principes précédents rendent compte suffisamment d'un si grand nombre de mouvements et d'actes expressifs, que l'on peut concevoir l'espérance de voir plus tard tous les phénomènes de cet ordre expliqués par ces principes ou par d'au-tres très analogues.

Tout acte, quelle que soit sa natur,, qui accompagne cons-tamment un état déterminé de l'esprit, devient aussitôt ex- < pressif. C'est, par exemple, l'agitation de la queue chez le chien, le haussement des épaules chez l'homme, le hérissement des poils, la sécrétion de la sueu,, les modifications de la circulation capillaire, ladifficutté de la respiration, la pro-

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m                             conclusi~ns

duction de sonsdivers par l'organe de la voix ou par d'autres mëcanismes. Il n'est pas jusqu'aux insectes qui n'expriment \ !acolère, la terreur, la jalousie et l'amour par leur bourdonnenen.. Ou» t'homme, les organes respiratoires jouent

V.....^l>ms^^»^^^^^'nmAmmt par te ac-

tion directe, mais encore et bien plus d'une manière indirecte.

Lcsujetdccesétudesprésentepeudepointsplusintéressants que la série prodigicusement complexe des phénom&nes dont le dernier terme est Ja production do certains mouvements Y «F"-». I**». P™ exemple, r'obliquité des sourcits chex / un homme qui souffre ou qui se tourmente. ~uand i'enfant > pousse les hauts cris. .sous,l'influeiicc de ta faim ou de ta douteur, Jn circulation est entravée, et les yeux ont de la tendance a se congestionner; par suite, les muscles qui les entourent se contractent encrgiqucmont pour protéger ces organes. Cetacto, dans !<çon» de nombreuses générations, s'est fortement enraciné et a éto transmis par t'herëdité. Par la suite, lorsque, avec le temps et les progrès de la civilisation, l'habitud~ de pousser des cris s'est presque entièrement éteinte, il n'en est pas moins resté une tendance & la contraction des musctes pcri-ocutaircs sous t'empire dune contrariété m~me légero. Or, parmi ces muscles, tes pyramidaux du nez sont moins immédiatement placés .pie les autres sous r'emprre de ja volonté, et leur contraction ne peut être tenue en échec que par celle des faisceaux du frontal les plus rapprochés de la ligne médiane: ceux-ci attirent en haut les extrémités internes des sourcils, et plissent Je front d'une manière particulière; nous reconnaissons immédiatement l'expression qui en résuite pour celle de la douleur ou de t'anxiété. Ue petits mouvements, telsque celui qui vientde nousservird'exemple, ou cncore l'abaissement presque imperceptible des coins de la bouche, constituent le dernier vestige ou l'ébanche de mouvementt énergiquement accentués et si~nificatifs. Ils ont

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#

-!

HTHÉSUM..                                      377

antaot d'importance pour mot, «« point de vue de t'ex- / pression, qu'en ont pour le naturaliste les organes rudimen- / taircs au point de vue de la ctassificaiion et de ta filiation /

Le* principaux actes .In l expression, chez t'homne et les                    *

animaux, sont innés ou héréditaire*, c'est-à-dire qu'ils ,ie sontpas un produit de l'individu, c'est là une vérité universellement reconnue. Le rùle de l'éducaiion ou de l'imitaiion est tellementrestrei.it, pour henueoup de ces actes, qu'ils sont entièrement soustraits A notre contrôle & partir des premier jours de notre vie et pendant tonte sa durée; tels sont, par exemple, le relâchement des parois artérielles de la ~eau dans ia rougeur, l'accélération des battemenss du cteur dans Mn accès de colère. On peut voir des enfants A peine âgés de deux à trois ans, ceux-là mômes qui sont aveugles de nais. sance, mugir de confusion; le crâne dépourvu de cheveux d'un enfant nouveau-né devient ronge quand il se met en colère. Les petits enfants poussent des cris de douteur aussitôt après qu'ils sont nés, et tous leurs traits revotent alors l'aspect qu'iis doivent offrir par la suite. Ces seuls faits suffisent pour montrer qu'un grand nombre de nos expressions les plus importantes n'ont pas eu besoin d'être apprises; il                    ||

est toutefois digne de remarque que certaines d'entre elles,                    $

bien qu'assurémentinnées, réclament de chaque individu un long exercice avant d'en être arrivées «V toute leur perfection; il en est ainsi, par exemple, des pleurs et du rire. L'hère-dité de la plupart de nos actes expressifs explique comment les avcugtes-nés, d'après les renseignements que je tiens du Rév. R.-H. Blair, peuvent les accomplir tout aussi bien que les personnes douées de la vue. Cette hérédité explique aussi comment jeunes et vieux, chez les races les plus diverses, aussi bien chez, l'homme que chez les animaux, expriment les mômes états de l'esprit par des mouvements tdentiques.

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378                                          CONCLUSIONS

Nom avons tellement l'habitude ev voir lea animauxj jeunes tt vieuxe exprimel leurs sentimentdolaa môme manière, «ne noup pouvond difficilement comprendrt toucee qu'il y a de remarquable danc certainf faits vulgaire» : qu'uj jeune

donnrr un arf farouchet tout comme un vieux dogue ; ou bien encoee qu'un petit chtt courbe son échinett hérisss son poir lorsqu'il est effrayé ou en colère, exattement comme ferait un vieux matou. Cependan,, si dam notre propre espèce nous coniidérons certains gestes, moins communs que les précédents, et que nous sommes accoutumés a regarder comme des actes non insiinctifs mais résuttant d'une conven-iion, nous reconnaissons avec une surprise peut-être excessive ;yf qaib sont innés : tel est ''acte de hausser les épaules en |        signe d'impuissance, ou de lever les bras, en ouvrant les

mains et en étendant les doigts, en signe d'ôtonnement. Nous pouvons conclure & l'hérédité de ces gestes et d'autres encore, en les voyant exécuter par des enfants en bas Age, par des aveugrics-nés et par les races humaines les plus diverses. Il faut encore se rappeler que l'on a vu se produire chez certains individu,, etse transmettre ensutte à leurs descendants, par-fois en sautant sur une ou plusieurs généraiion,, certains tics d'une nature nouvelle et toui à fait pariiculière, associés à certains états d'esprit déterminés.

In certain nombee d'autres gestes, qui noussemblent telle-lement naturels que nous pourrions aisément nous imaginer qu'ils sont innés, paraissent pourtant avoir été appris comme les mots du langage. Je citerai, par exemple, celui qui consiste A élever les mains jointes et à porter les veux au ciel lorsqu'onesteuprièreîilenestdemémodel'acte'd'embrasser quelqu'un en %ne d'affection; toutefoisce dernier acte peut M* regardé comme inné, en tant que résultant uniquement du plaisir que fait éprouver le contact d'une personne aimée.

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ETUÉSUttÉ.

370

Il n'est pas parfaitement certain que F'habitude d'inciiner uu de hocher la tète, en signe d'affirmation ou de négaiion, soit héréditaire; car elle n'est pas universellement répandue;

,r^mM.^M.îm,xi^^mR.^^p»**» penser

qu'elle ait été acquise isolément par chacun des individus d n'un si grand nombre de races.

Kous allons maintenant nous demander jusqu'à quel point la volonté et la conscience ont pris part an développement des divers mouvements de l'expression. Autant que nous pouvons en jug<r, il n'y aqu'un tr&s petit nombee de mouvements, tek que ceux dont nous venons de parler en dernier lieu, qui aient été appris individuellemen,, c'est-à-dire qui aient été accomplis d'une manière consciente et volontaire pendant tes premières années de la vie, dans un but déterminé ou par l'imitation de nos semblables, et qui soient ensuite devenus Iwbîtuc!s. L'immense majorité des mouvements expressifs, et se* plus importants, sont, comme nous l'avons dit, innés ou héréditaires; on ne peut donc pas dire qu'Us sont sous la dépendance de la volonté de chaque individu. Cependant tous ceux qui dérivent de notre premier principe ont d'abord été accomplis volontairement dans un but déterminé, soit pour échapper& quelque danger, soit pour soulager quelque douleur ou poursatisfairc que,que désir. Par exemple, on ne peut guère mettre en doute que les animaux qui se défendent avec leu»dents et qui ont l'habitude decoucher leurs oreilles en arrière lorsqu'ils sont irrités, ne tiennent ce geste de leurs ancêtres, qui se comportaient ainsi volontairement pour pré-server ces organes des coups de Uni antagonistes : en effet, ie~animauxqui ne se battent pas à coups de dent n'expriment pas leur irritation de cette manière, tl est de même très pro-bablequenoustenonsdenosancêtresl'habitudedecontracter nos muscles péri-oeulaircs lorsquenous pleurons doucement, c'esi-a-dirc s«ns pousser des cris; et cela parce que nosan-

A

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38ft                                         CONCLUSIONS

cotres ont éprouvé, quand ils pleuraient, surtout pendanl leur ; enfance. ,,„o sensatiod désagréabld dans' leurs globed deu-; Inircs. Certains mouvements extrêmement expressifs résultent aussi quelquefoid des efforts que 1 on fait pourre ^primer.: "*' H'1'm P***™ aVûeiwiy ainsi fobliq„itd des sourcils et I abaissemend dec coins el k bouche sont as suitd des efforts tentep pour préveniuna accèdep pleur», up pour l'arrêter s'il a déjà commencé. Il est évidenq qu'alors la consciencd dF l'acte accompli et lv volonts sont fout d'abord mises nnjeucee qui ev veut pad dirq que, dans ces cas ni dans d'autres analoguesn nouS sachions quels sont les muscleq qui sont miena actionp pas plsq quq quand nouacccomplissons volontairement les mouvementu usuels.

Quant aux mouvement* expressifsdus uu principdet l'an-tithèsei il est clair que poue eux av volonté esi intervenue, quoique d'unf façon éloignée einddirecte. Il ete esdee même des mouvements «fué résultent de notrt troisième principe par cela mémo qu'ils sons sou! la dépendance dl 1f facilité plus grande qu'a la force nerveuse à passer dans des voies dont elle a l'habitude, ces mouvomcnis ont été déterminés par l'exercice antérieur et répété de la volonté. Les effets dus indirectement A cette dernière force .ont souvent combinés d'une manière complexe, par Ja force de l'habitude et de l'association, avec ceux qui résuttent directement do ''excttation du système cérébro-spinal. 11 semble qu'il en est ainsi lorsque l'aciion du cœur s'accroît sous l'empire d'une forte émotion. Quand un animal hérisse son poil, quand il prend une attitude menaçante et jettedes cris perçants pour effrayer un ennemi, nous sommes témoins d'une intéressante combinaison de mouvements originellement volontaires et de mouvements involontaires. Il est possible cependant que des actes même absolument involontaires, comme l'érection des poils,

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HTMÉSUMÉ. :.                               W

Certains mouvements expressifs «c sont peut-~tre produite

spontanément, sous l'influcnce de divers ôtatsd'esprit, comme

les t!cs dont nous avons parlé préeédemment, pour devenir

ensuite héréditaires. Mais je ne connais aucune preuve &

Fa|ïp^deme1,ypoMe......-..........

La faculté d'échanger ses idées au moyen du langage entre membres d'une même tribu a joué un rôle capital dans le développement de l'humanité; mais les mouvements expressifs du visage et du corps viennent singulièrement en aide au langage. On s'en aperçoit bien vite quand on parie de quelque sujet important avec une personne dont le visage est cache. 11 n'existe pourtant pas de bonne raison, autant que j'ai pu m'en assurer, pour supposer qu'aucun muscle ait été développé ou même modifié exclusivement en vue de l'exprmion. Les organes vocaux seuls, et les autres organes A l'aide desquels se produisent divers sons expressifs, semblent faire exception,en partie au moins, à cette règle: mais je me suis efTorce ailleucs de démontrer que ces organes se sont développés & l'origine pour des misons relatives au sexe, afin que l'un des deux sexes pût appeler ou charmer l'autre. Je ne vois non plus aucun motif d'admettre qu'aucun des mouvements héréditaires qui servent aujourd'hui comme moyens d'expression ait été A l'origine accompli d'une ma-niere volontaire et consciente, dans ce but spécial, à l'instar de certains gestes employés par les sourds-muets et de leur tangage figuré a l'aide des doigts. Au contraire, chaque mouvement inné on héréditaire de l'expression parait avoir eu quelque origine indépendante et naturelle. Mais, une fois acquis, ces mouvements peuvent tr6s bien être employés d'une manière consciente et volontaire comme moyens de rendre la pensée. Si l'on observe attentivement des enfants, même très jeunes, on constatera qu'ils s'aperçoivent de très bonne heure que les cris les soulagent, et qu'ils agissent bientôt eu conséquence volontairement. Il

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m                               . CONCLUSIONS

n'est pas rarc do voir une pefsonne relevef volontairement ses soufcil* pour exprimer de la surprise, ou sourire pour témoigner une satisfaction et une approbation feintes. Dans telle circonstance dounée, noua désirons iaire certains .gestesJ0^„rWpi?es8ioB,Boitmanifeste, évidente; C^t ainsi-que nous élevons au-dessus de ta tête nos bras étendus, les doigts étant follement écartés, si nous voulons indiquer de la surprise; que nous haussons les épaules jusqu'aux oreilles si nous désirons montrer que nous ne pouvons ou ne vouIons pas faire quelque chose. U tendance & accomplir ces mouvements s'affermira et segmentera datant plus qu'on s'y exercera plus frequemment d'une munière volontaire, et ses effets pourront devenir héréditaires.

U serait peut-être intéressant de chercher si certains mouvements, qui étaient dans l'origine particuliers & un seul ou a un petit nombre de sujets pour exprimer un état d'esprit déterminé, n'ont pas pu se transmettre A d'autres individus, et devenir finalement univcrseis par l'effet de l'imitation raisonnée ou inconsciente, 11 est certain qu'il existe chez l'homme, indépendamment de lu volonté consciente, une forte tendance a l'imitation. On la constate A un degré extraordinaire dans certaines affections cérébrales, en particulier au commencement du ramollissement inflammatoire du cerveau ; c'est ce qu'on a nommé le <ymptôme de téeho. Les matadcs atteints de ces aifections imitent, sans les corn-prendre, !es gestes les plus absurdes exécutés on leur pré-sence, et répètent chaque parole prononcée près d'eux, même dans une langue étrangère '. Cette tendance se retrouve ch» les animaux : le chacal et le loup ont appris A imiter l'aboiement du chien, sous l'influence de la domes-«cation. Comment s'est produit l'aboiement du chien lui-

<. Voir les faits intéressantt rapportes par le docteur Bateman,, ««,t8?0,p. HC.

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et résumé. "                                     m

môme, qui expiime tout à af fois dss émotions et des désirs différents, et que est si remarquable en ce qu'il n'a été ne-crois que depuis que cet animal vit & l'état domestique, et non moin» remarquable par sa transmission héréditaire A ^ der degrés méptix ta lés diftëreïïfës races? WmVi^io. ron;; mais ne nous esWlpas permis de supposer que l'imi-tatiou enrre pour quelque chose dans l'acquitition de cette faculté, el la longue el étroitf familiarité du chien avec ui animal aussl loquace que ''homme ne nous en rend-elle pas

"Tlles «marques qui précèdent et dans le cours de „ ce volume, j'ai souvent éprouvé une grande difficulté pour faire une applicaiion exacte des mots : volonté, conscience, intention. Certains actes d'abord volontaires deviennent bientôt habttuels, finissent par devenir héréditaires, et même peuvent alors se produire malgré l'opposition de la volonté. Bien qu'ilsrévôlent souvent l'étatde l'esprit, un parell résultat n'était, en tout cas, à l'origine, ni désiré ni prévu. ïl n'est pas jusqu'à certaines phrases, comme celle-ci par exemple : « Certains mouvements servent comme moyens d'expression, » qui ne prêtent* la confusion, en ce qu'elles semblent signifier que tel était a l'origine le but de ces mouvements. Or il n'en est rien probablemen,, au moins dans la très grande majorité des cas; les mouvements en question ont toujours été, au débu,, ou des actes directement utiles, ou les résultats indirects de l'excitation du sensorium. Un petit enfant peut crier, soit avec intention, soit instinctivement, pour montrer qu'il a besoin de nourriture; mais il n'a pas le moindre désir ni la moindre inteniion de donner à ses traits l'expression particulière qui indique si clairement le besoin; cependant quelques-unes des formes les plus caractéristiques de l'expression, chez r'homme, dérvent de l'action de crier, ainsi qu'il a été expliqué précé-demment.

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m                        vQtwuvsmn

Tout le monde admet que la plupart de nos actes expres-sifssont innés ou instinct; mais c'est une autre question de savoir si nous possédons* facutté instinctive de reconnais ces actes. On le croit génératement; cependant cette op,-nioa a été. énergiquement combattu* p»i^; Lemeine «ï D'après les affirmations d'un observateur digne de toute confiance *, les singes apprennent bien vite A distinguer non seulement les !ntonations de la vo!x de leurs maîtres, mais encon l'expression de leur visage. Les chiots distinguent aussi très bien la différence qui existe entre des gestes ou des intonations caressantes et des restes ou des intonations menaçantes; ils sembient même reconnaître des accents compatissants; mais, ««tant que j'ai pu m'en rendre compte après des épreuves répétées, ils ne comprennent aucun des mouvements dn visage, A l'exception du sourire et du rire, qu'ils mont pnru distinguer dans quelques casai, moins. Cette science partielle des singes et des chiens n'est assurémeni pas instinctive, mais provient probablement de J'asso-ciationquc ces animaux ont i\t\ otablir entre nos mouvements et le traitement bon ou mauvais que nous leur faisons subir. Ue même, it est <ertain que les enfants peuvent apprendre de bonne heure A distinguer les mouvements de r'expression chez leurs aiués, comme les animanx te foui chez les hommes. Lorsque l'enfant, d'ailleurs, plcure ou rit, Use rend compte, d'une manière génerale, de ce qu'il fait et de ce qu'i! éprouve; de sorte qu'il ne lui faut qu'un très petit effort de raison pour comprend'e ce que les pleurs et le rire signifient chez les autres. Mais il s'agit de savoir si l'enfant apprend à connaître l'expression uniquement par t'experience, grAcc à la puissance de t'associa!ion et de la

2.  l*U>l»j8iomnieetlal>anle, M», pp. m-ll8.

3.  HenRger, MurgcschMtc <kr Snugethvre tw Vam9tM!f, .830C s. aS.

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ET«i»UMt                                  :m

Si l'on admet que la plupart des mouvements de 1W

: ;preS8io« ont été acquis graduellement et sont ensuite devenus.

instinctifs, il semble jusqu'A un certain point probabee A

priorité la faculté de les rcconnaîtrè est devenue instiuc-

difficile de le croire que d'admettre qu'une femelme de qua-drupède qui porte pour la première fois reconnait la cri de détresse de ses petits, ou d'admetrre qu'un grand nombre d'animaux devinent et craignent instinciivemend leurs ennemis; or, sur ces deux faits on ne peut élever raisonnablement aucun doute. Quoi qu'il en soit, il est extrêmement difficile de prouver que nos enfanta reconnaissent instinctivement une expression quelconque. J'ai pourtant observé dans ce but mon premier-né. qui n'avatt par conséquent rien pu apprendre par la «Wé d'autres enfants, et je fus bientôt convaincu qu'il comprenait un sourire et éprouvait <*« PM* A le voir; il y répondait en souriant lui-même ; torsqu'il était encore d'un Age beaucoup trop tendre pour avoir rien appris par l'expérience. Lorsque cet enfant fut âgé d'environ quatre mois, je poussai en sa présence plu-sieurs cris étranges, je fis des grimaces et je m'efforcai de prendre un air terrible; mais ces cris, lorsqu'ils n'étaient pas trop bruyants, ainsi que les grimaces, ne faisaient que l'amuser, ce que j'attribuii A ce qu'ils étaient précédés ou suivis de sourires. A cinq mois, il parut comprendee l'intonation compatissante de ta voix. Il était âgé de six mois et quelques jours, lorsque sa nourrice fit semblant do pleurer, et je remarquai que son visage prit immédiatement une expression mélancolique et que les coins de sa bouebe se déprimèrent fortement; cependant cet enfant n'avatt P« que très rarement en voir pleurer d'autres, jamais une grande personne, et je doute qu'A un Age aussi peu avancé il fat capable de raisonnement. 11 me semble donc que c'est en vertu d'un sentiment inné qu'il comprit que les larmes do

25

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3*0                                         CONCLUSIONO

s±ssKMrss.îa±"r:

M. Lemoine répond à cela que, si l'homme avait une connaissance innée de l'expression, tes auteurs et les artistes

les signes caractéristiques de chaque état. particulier do l'esprit. Mais cet argument ne me parait pas convaincant. Nous pouvons, par exemple, voir l'expression changer d'une manière incontestable chez un homme ou chez un animal, et cependant être parfaitement incapables (je le sais par expérience) d'analyser la nature de ce changement. En regardant les deux photographies que M. Duchenne a données du même vieillard (planche /F, ng. 5 et 6), presque tout le monde comprit que lune représentait un véritable sourire, et l'autre, un sourire artificiel; it m'a pourtant été très difficile de déterminer en quoi consiste la différence. J'ai souvent été frappé, comme d'un fait très curieux, de ce qu'un si grand nombre de nuances d'expressions soient reconnues instantanémen,, sans que nous ayons la conscience d'un effort d'analyse de notre part, ee ne crois pas que personne puisse décrire nettement une expression maussade on ma" ligne; cependant des observateurs on grand nombre déclarent unanimement que ces expressions sont reconnaissantes chez les diverses races humaines. Presque tous ceux A qui j'ai montré la photographie de M. Duchenne représentant le jeune homme aux sourcils obliques (planche //, fig. 3), ont déclaré immédiatement qu'elle exprimait le chagrin ou un sentiment analogue; il est probable pourtant que pas une de ces personnes, - une sur mille peut-être, - n'aurait pu dWcdonner une signification précise & l'obliquité des sourcils accompagnéedu froncement de tears extrémités internes, non plus qu'aux rides rectangulaires du front. tien est de même d'un grand nombre d'autres expressions, qui m'ont fourni l'occasion d'éprouver combien il faut se donner do

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ET RÉSUMÉ.                                          3»7

péitiopour montrer aux aiitres quels sont les points qu'il faut observer. Si donc une grande !gnorance des détails ne nous empêche pas de reconnaître avec certitude et rapidité diverses expressions, je ne vois pas comment cette ignorance pmirrnit être invoquée pour pronver qïifî liôfre fôcutté ëê reeonnaître l'expression, quoique vague et pou précise à la vérité, n'est pas innée chez nous.

Jtai beaucoup insisté sur ce fait que les principales ex-pressions humaines sont les mêmes dans le monde entier; j'ai essayé do le démontrer. Ce fait est intéressant : il fournit un nouvel argument en faveur de l'opinion d'après laquelle les diverses races humaines descendent d'une seute et même souche, dun ancêtre primitif qui devait avoir des organes A pea près semblables à ceux del'homme, et une intelligence presque aussi grande, antérieurement à l'époque ou ces diverses races commencèrent & se constituer. Sans doute des particularttés organiques semblables, adaptées aux mômes fonctions, ont souvent été acquises par des espèces différentes, grâce à la variation et à la sélection naturelle. Mais cette considération ne suffit pas à expliquer la ressemblance parfaite qui existe, pour une foule de détails insignifiant, dans des espèces distinctes. Considérons d'une part les nombreux détails anatomiquesqui n'ont aucun rapport avec l'expression, et pour lesquels toutes les races humaines offrent une étroite ressemblance; mppclons-nous d'autre part les particularités destructure non moins nombreuses, parmi lesquelles quel-ques-unes sont de la plus haute importance et beaucoup d'autres très insigoifiantes, desquelles les mouvements exprès* «ifs dépendent directement ou indirectement; et demandons-nous si une aussi grande ressemblance ou, pour mieux dire, une telle identité d'organisation a pu être acquise par des moyens indépendants les uns des autres. Cela me parait singulièrement peu probable. C'est pourtant ce qui devrait

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CONCLUStONS

être «led diverses raced d'hommed descendaient ep plusieurs espèces distinctes arorigine. il estbien plus prolle / que les point» nombreux d'étroite ressemblance qur Ton 5™^ *« >- *«*»«- "I*- Humaines prennen,, .

Il serait curieuxq quoiquo oiseup peut-être, ee recher-cher à travers lalongus sériden noa uofe.eq.tfl. époque sont apparus successivemenl led divers mouvementdee l'expression que l'hommo offra actuellementl~es remarqueq qui suivens serviront du moins à rappeler quelques-uns des points principaux traitéd dans ce volume. Nous pouvons avancer hardimend que le riree en tanq qus signe dp plaisir, fuc connu de nos ancêtres longtempa avant qu'ils fussent dignes du nom d'hommese en effet, un grand nombee d'espèces de singss font entendre, lorsqu'ils sont contents, un son saccadé évidemment analogue à notre rire, et souvent accompagné du claquement de leuss mâchoires ou de 1cm* lèvres; en même lemps les coins de leul~onchc sont retirés en arrière et en hau,, leuss jouss se piissent et leuss yeux brilren..

De môme, nous pouvons crorre que, dès les temps les plus reculés, la frayeur fut exprimée d,une manière presque identique à celle que nous connaissons encore aujourd'hui ch* l'homm;; je veux dire par le tremblemen,, les cheveux hérissés, la sueur froide, la pAlcur. les yeux démesurément ouverts, le relâcheme.it d'un grand nombre de muscles, et la tendance qu'éprouve le corps a se blottir ou A rester immobile.

Des l'origine aussi, on a dû, sous l'influence d'une grande souffrance, pousser des cris ou des gémissements, se tordre, et serrer les dents. Mais les mouvements si expressifs qui accompagnent les cris et les pleurs n'ont du se montrer chez

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ÊT.IÈ8UHÊ. "..                            m

nos ancêtres, qu'au moment où les organes dlac circulation etdolttwspiraUon/ainsiquelesmusclespéri.oculaires.ontttt-teint l'état de développement qu'il* ont actuellement, l/hab-., W?.*? pëPlld|,fl.** larmep paraît avoié étlee résultat d'une action réttose, due àune con^cUon spasmodiqu»de, paupières, et peat-ôtre ausii a leui injection pal l'afflux sanguin au moment de» cris. 11 est donc probable que nos ancêtres ne commencèrent qu'an» tard à pleurer; et cette conclusion s'accorde avec le fait que nos plus proches parents, les singes anthropomorphes, ne pleurent pas. Cependant nous devons ici user do quelque réserve; ca,, puisque certaiss singes, qui ne sont pas extrêmement rapprochés de l'homm,, pleuren,, ll se peut que cette habttude att été depuis longtemps déveioppée dans quelque sous-brenche du groupe dont ''homme est déiivé. Nos premiers ancêrres ne durent froncef les sourci!s et retirer les coins de leur houche, quand ils étaient chagrins ou inquiets, que lorsqu'ils eurent pris ''habitude de chercher A retenir leurs cris. I/expression du chagrin et de liinquiétude est donc éminemment humaine.

La rage a dû être exprimée de bonne heure par des gestes menaçants ou forcenés, par la coloration de la peau et par l'éclat des yeux, mais non par le froncement des soumis. Caf l'habttude de froncer les sourcils semble provenir surtout de ce que les sourciliers sont les premiers muscles qui se contractent autourdesyeux, toutes les fois que l'enfant éprouve dela douleur, de la colèreou du chagrin, et estsur le point depleurer. Cette même habitude semble aussi venir en partie de ce que le froncement des sourcils sert & protéger les yeux dans les cas où la vision est difficile et très attentive. Il est probable que cette action protectrice n'est devenue habituelle que lorsque l'homme a pris une attitude tout à fait verticale ; car les «inges ne froncent pas les sourcils lorsqu'ils sont exposés a une lumifre éblouissante. Sans doute, sous l'empire de ta fureur, nos ancêtres primitifs montraient les dents beaucoup

W

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M                            conclusionX

plusfréquemment qut l'homme actuel, même lorsqu'il donne; un libre coursa su passion, commc cela arrive che* les aliénés Nous pouvons aussi regardec comme p pep près certain #,lstt»licttt ^aucoup plus leurs lèvres, lorsqu'ils étaient maussadeoud désappo^^^ môme les enfantd des races sauvagea actuellement existantes.

Nos premiers ancêtres ed durent tenir la teth hautee effacer la poitrine carrel leurs épauleetf ferme! les poings, en signe d indignatioouu dotation, que lorsqu'ils eurent «V teint le port tt l'attitudd droitd de l'homme, et qu'ile eurent appris a combattra avel leurp poingouà c coups db bâton ; jusqu'A cette époque, lg gesta antithétiquq qui consiste à hausser les épaulee es signe d'impuissance ou de résignation, ne devait pasnon pins avoir prin naissance. Par la mômr raison, l'étonnement ne devait pas s'exprimea alors en eevanl les bras, ouvrattes mainett étendanl les doigts; tt pas davantage sll'onenjugepaccequeronvottehe^lesiinges, enouvrant la bouche touee grande; les yeux seulement devaient &trc ouverss et arqués. U dégoût dut ausii se manifester, dès les temps les plus reculés, A l'aide de mouvements danl la région de la bouche, anllogues à ceux qui accompagnenl le vomissemen;; ll endevatt être ainsi, »i l'interprétation que j'ai proposée de l'origine de cette expression est justc/c'es^dire si ''on admet que nos ancêtres aienten la faculté et l'habttude de rejeter volontairement et rapidement toute nourriture qni leur déplaisait. !1 est probable, au contraire, que la manière la plus raffinée de témoigner le mépris ou le dédain, en baissant les paupières ou en détournant les yeux et le visage, comme si la personne que nous méprisons ne valait pas la peine de fixer notre regard, n'a été acquise qu'à une époque beaucoup plus récente.

De toutes les expressions. la rougeur est celle qui parait !a pluséminemmenthumaine; aussi est-elle commune u toutes les races d'hommes, que le changement de coloration soit ou

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KT»ftM*à'                          >i

* i>on visible aur leur peau. Le richement des petites artères du tégument, d'où dépend larougeur, semble avoir été produit tout d'abord par une forte attention portée sur l'extérieur

cause sont venus s'ajouter l'habitude, l'hérédité et l'afflux facile de la force nerveuse dans des voies accoutumées; ce phénomème s'est ensuite étendu, on vertu du pouvoir de l'as-sociation,au cas où l'attention de l'individu était dirigée vers ta moralité de sa conduite. On ne peut mettre en doute qu'un grand nombre d'animaux soient capables d'apprécier de beUescouleursoumémedebellesformes;celanousestdémoo-tre par la peine que se donnent les individus de l'un des deux sexes pour étaler tous leurs avantages devant ceux du sexe opposé. Mais il me paraît impossible qu'un animal, avant d'être parvenu à un état intellectuel égal ou à peu près égal A celui de l'homme, ait porté son attention sur son extérieur et en ait (ait le sujet de ses préoccupations. Nous pouvons donc conclure de là que la rougeur n'est apparue chez nos ancêtres que très tard, et après une longue suite de générations.

Des faits que nousvenons de rappeler et que nousavonscités dansle«,uredccevolume,ilrésuUeque,sinosorganescircu-latoiresetrespimtoiresavaientétéunpeudifférentsde ce qu'ils sont maintenant, il en fût résulté pour la majorité de nos cx-pre^ionsdesmod^^

suffi d'un très petit changement dans le trajet des artères et des veines qui se distribuent à la tête pour empêcher l'accumulation du sang dans les globes oculaires pendant une expiration violente; en effet, ce phénomène ne se montre que chez un petit nombre de quadrupèdes. S'il en ent été ainsi, quelques-unes de nos expressions les plus caractérisiiques n'auraient pu se produire. Si l'homme avait respiré dans l'eau à l'aide de branchies extérieures, - qu'on nous passe Ï'étfan-geté d'uuc telle supposition, - au lieu d'inspirer l'air par la

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898                                        COXCLUO~SNS

bouche et par les nariness ses traits n'auraient pas plus exprimé ses sentiments que ne le font ses mains ou ses membres. Néanmoins, la rage et le dégoût auraient continué & se montrer par des mouvements de la région labiale oubue -&le7en suivant refait de la circulation. Si nos orellles étaient restées mobiles, teuis mouvements auraient été extrêmcmcnt exprès. sîfs, comme ils le soutenez les animaux quise battent à coups de dent; or, ce qui nous autorise A croire que nospremier» ancêtres se battaient de la sorte, c'est que lorequc nous ralllons ou défions quelqu'un, nous découvrons encore la canine d'un côté de 1« bouch,, et aussi que nous découvrons toutes nos dents lorsque nous sommes dans une violente

Les mouvements express du visage et du corps, quelle que soit d'ailleuss leur origine, sont en eux-m&mes d'une utilité très grande. Us sonties premiers moyens de commu-nication entre la mère et l'enfan;; elle sourit en signe ci an-probatbn et encourage de cette manière son enfant A marcher dans la bonne voie; elle fronce le sourcil en signe de dé-sapprobaiion. Nous découvrons bien vite la sympathie de ceux qui nous entouren,, ~râce ù leur expression; nos souffrances en sont adoucies, nos plaisirs augmentés, et c'est ainsi que se fortifient les bons sentiments mutuels, Les mouvements de l'expression donnent de la vie et de l'énergie au discours, Ils révèlent parfois les pensées et les intentions d'une manière plus vraie que les paroles, qui peuvent être menteuses.

La part de vérité qul existe dans la nrétc,

La part de vérité qui existe daos la prétendue science de la rhysio~nomoiiie parait dépendre, ainsi que llallcren afait la remarque il y a longtemps *, de ce que chaque individu con-

4. Cité par Mo*»» dans son èdition de Latutcr, «820, tome IV°

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ETRRSUM~.                           .         303

tractede pr^rence certains muscles de son visage suivant «s disposion! personnelle»; !e développement decesmuselës peut en être augmenté, et par suite les lignes ou rides du visage ducs $ hmjL coRkaçiion .habituelle peuvent devenir plus profondes et plus apparentes. La libre expression d'une émotion quelconque par des signes extérieurs la rend plus intense. Inversement, lesefforts faits pour réprimer toute manifestation extérieure modèrent l'émotion elle-m&me'*. L'homme qui se laisse aller A des gestes violents augmente sa fureur; edui qui n'exerce aucun contrôle sur les marques de safrayeur ressent une frayeur bien plus grande; celui qui reste inerte sous le coup d'une grande douleur perd sa meilleure chance de pouvoir réagir contre elle. Ces résultats viennent, en partie, de la relation intime qui existe entre presque toutes les émotions et leur manifestation extérieure; en partie, de l'influence directe de l'effortmusculaire sur le cœur, et par conséquent sur le cerveau. Le simple acte de ., simuler une émotion tend & ta faire nattrc dansnotre esprit. Shakespeare, que sa merveilleuse connaissance de l'esprit humain avait du rendre excellent juge en pareille matière, dit :

'MM pas «««.«irueu* M voir ce comédie», ParunesimPlen«tio„,unr~vcpasSionné,

Les «leurssont venus à ses veux, le trouble a gagné son mainttent

Sur ses eonceptions imaginaires? Et tout cela pourrien!

Ilmn, acte Il, scène o.

Nous avons vu que l'étude de la théorie de l'expression confirme dans une certaine mesure la conception qui fait dériver l'homme de quelque animal inférieur, et vient A t'ap-

`

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39)                        COXCLUSIONS ET RÉSUSlU.

puide l'opinion del'unité spécifique ou sous-spécifique des diverse~ races; du reste. autant que je pais en juger, une telle confirmation ~tait A peine nécessaire. Nous avons vu

égatemcnt quen^^

émotions, ainsi qu'on ''a quelquefois nommée, u certainement son importance pour le bien de l'humanité. Chercher à découvrir, autant qu'il est possible, la source ou r'origine desexpressionsdive,*esqui peuvent se voir A touteheuresur le visage des hommes qui nous entourent, sans parier de nos animaux domestiques, voilà certes une étude qui devrait avoir pour nous un grand intérêt. Nous pouvons donc con-dure de ces diverses considérations que l'étude philosophique de notre sujet méritait bien l'attention que lui ont déjà accordée plusieurs cxcellents observateurs, et qu'elle serait digne encore d'exercer la sagacité de tous et en particuiier de quelque savant physiologiste.

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INDEX.

ment. 37; Mouvement* do* muscleo

IUIU.KKKVT, 1*C.

ÀlMUIATIOft, 310.

-issassîLr»-.

AuaoM(Professeur), 32.

Addition, m

Ahocb, maternel. «2! entre les deux

Anatohii: et fiiiLosoniie de t'âpre»

km, 2. AwenwiitD'), 113. iioleM. ANi>uux.eM.ressions particulières des

SBîSSÎEÏiï

ArMMMmaxwfci, leur érection, lot : cliet le chimpanzé etl'orang, loi ;chez la lion, 102; le chien elle chat, 102: les chevaux et lebétail, 103; ehralé-Ian(l03;levcrrat,103;lac»«iuve^u. rlM03Slei.oi«cauï.l03;«oiiSrimpm. «iond«coièrcoiide|M.ur,ia4(105,lO«.

Ammîctoiu: mu, 107.109.

note

atuèn, liicimnM aux Fuégten», 23o. ttxumWr Samuel), ni.

Bbiiw (Dr). 334.

BuMHr Charte). 2.», 51,123,128,108. 184. 22VAV,, 237,3*0,301.

BSm'VrVw.note.C.

ÎStVÏ *JJII-II'''î,M-3"-

ta?ifoAM.mtMtaliiM

Uc <* mot par un petit enfant. >20. BouMms. a». 248. B»«»v«(M.).t7o,notel»;<72,iiotetO{

Bnwo*(LeD'),l<»,m.»c<3. Bno«B(SirB.M70. llttoonB^e Rajah), 21. 223. Bi.owx(LeD'H.).n5.»ole20. Baowtt(0'J.CrlrhtoM}. 14.80. note 10; 105,197, 21», 280, 313. 3t7. 33C,364,

BtïïmïW*.-. HtLunn (M.-J.j, 21.

A^unoMPutonceden.aîteïem* AttNKK. 280.

sfc&SKa

as»,.—...

Cmino T.vuonNE, 50. Ampleur tendance A rougir facile- ICttMrm. Principes de physiologie

ment. 334.                                              comparée, 40, note t7.

A*A«A,.3l,note6;l38,«ote7.            }Catux,310.

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m

INDEX.

SSESà.*-"-.

CiiAi.48,l^prépafamaucombaU», Chwiieb, «profondedê«oûl. 37~.

Comuiiuiatioii (Pouvoir de) entfe anl-niaitXTlv«nicriwoJélé,e*M«lC*«)ii«l«.

carcssant «on .uattre, 58; renversant ses oreille fn arrière, 118; remuant saqueue. t35; mouvements 4'alfcc. lion. 135i mouvement* «le frayeur, 13C s redressants* queue, iMiblaal

i..anièrodeWmlmttre..lU;.a manière dVMtprhncr la peur, le plaisir, etc.,

CnmvMDtVoloratlondes^Oîlwrto.

ment des cheveux. 107,316. CMrwn.PD.e.

44i chien «larrtt, 45; chien grattant

arrière, H7; différents mouvements «lu chien. 133: meuvement* daffec.

CiSTBttcwx* {nota» de Ctteau*}. leur

CUITIIO AUIETAKS, 112.

Cotuu-DE-cu-i:i.to, 112. CoKiit. sensible aux excitations o»t.-ri».,?~;!! **«!.»«..

CownAT.i.wnièrcsdecombaltnichales

CnAXW,97».

Dédhn.372; claquement des dolg«*,»75,; DÉH(Air«le).26B.

l)É«,»i!T. Î.7&-, cracher en «fene 4e d< K«>«1,279.

sssrr *—*>**

DwswsANAToinonisdellonlc.ô.îS. UÈt.itio* Oppression de la), 234, 230. I)uc«A«iiwde«i,.u8C|eadclaface,24,25. Dickens iCImrlc*}, m Dilatation des pupilles, 326.

DlS8l«ltATIOS,28t. DllvTIIACTION. 2il.

leur amène la transpiration, 77; est suivie de prostration, 85. Dm.EîmJLcD').Ml. 14,<41,1».

KBOBWimra (Maria et tt.-L.),366,acte 2».

fa*, m. SSe^Si!^.

KNcmM!W(I'roresscur),245.

anima.», t.7; ton» tes carnivons ' SÔTdesappendices cutanés, 101 & combattent au* !eur< dentx canines. tu.

SLaps-xar- '"t ^tsT""340-

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ÏSKISX.

lli*«.,B?.ïûetto.ia«8.v«lf!«ienûrveu«. «9.

ma.u, 88 ; éintaionde* son», M ; érection de» appendices enlanes. «ni;

dressement des oreilles, m. KxcitesgKMftsrëatmdcManiinaux, 12a ;

chien, l»i chat, <34: cheval. 138:

des ruminant .M; sln^, babouins

et chimpan^ 140. Eunessioxs 8pec.vi.E8 de l'homme, m ;

entourent l'ail pendant les «-ris cl ' les pleu», II»; sécrétion d*« larmes, l74,exprc«loDdeta8oulfrance,l8»i

coins de la bouche, 205-, expression delaJoMUideralléaresseetdc

vollon et de la piété. ut.

Fottm»(M.D.),24a,34»,3«>. Foui, <M.). 102.

FlIKYCINET, 187.

FnoxcEMGXE ncs sovnr.ii.

:

397

GARRO»(M.A..I!.>,77,noleO.

HSSSsss

Gr^TnccomiUic^!agre. nouille et le crapaud, lit; le caméléonn ele tl2ilcsserpe,,l»,m.

(ZmwTm, noie .5. Ciutioixt (Pierre),0, 7, 3i, 120, 242, 245, note 6; 253.280, note 9,.SOI.

(iiV3^pforcï8euret51"'AsaM8,

CnNM<M.)i 21.

URRKmnuE, 37, lit, notet.

GieiJIRNSTAOT, 133,

SSIRS.

.11,1

115. nute 30.

tlAnmoB (Puissance de 1'), 30. mr.miEn(Len«v.),.!«.20fi.281.3H. HA«K.FiBErn.255,250;ci,l«rectin. dipation, ?M -, ricanement, air de déli,

2*1.

I llniKMoiiiM.), 110. note at.7 JHe*u, 5, note 7j158, note 2; 205. note I 8; 218. ; lléminiTÉ de gestes habituels, M ; de ta

II^STO(ïhneumonJ, lis. t<7.

pea^Oîgrincementdesdents^flo. ,,l!1^!li/Cfl0^./'î:,"""r<î 'te °' Fm*(D'), 326.

Gawa (Christian), 23,923,273,310, 343. Gai.™ (M. F.), as,note 8.

parTytor.Ks. neter,

£SSX««i.MN.

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m

; ,,,-..:

INDBX.

,»re«ioiiMt«iiher»elle,2W;die«lM singes, 149; Jeanes oraiw, etc.e 249.

.-"-£*-** **""

Hvfcw.iai.

IW^C>j»r^i«il.d«eajoie,2«2;loS

idiots rou«is&ent rarementt 333. Impuissance, 283. IftliKUMTIMN, '203. INNES (!>'}, 280.

JUMHt,M.M0.

£!ïS2ri|SiH A la frayeur, 3.2.

J«,B(E*l»re*si«mdela). 79,2«Oi€l,« IVnfanl,«0!cb«locl.ien,clicMl,80: singes, 140; rife,ail;bonae humeur,

MCM.J.RJ.M.**!!.

SiMUM». 120.

KnmiuxMfM.).». 167, note t.

Kw«(Majorao*s;,m.

Kfti.UKBii(Pror.«on).«07.

LAcvtfïyson). 20.24», 248, 2«o.

as-sas.,,.

L.WM, 8».

Lin^, sécrétion par lo rire et la toux, m-W». «. »

«^par^baillena.nt, «76iaCUons UnïS ^',;lots, 15.: chci la en.

S*Sâr.

LF.ICIIIIAKt>T, 279.

lSk^Î Sllent. t 12. l,,sr«i(M,»08, 2.4,note e.

tiTcn«8Ui(M.),04. Loc*Wo«»3{LeHév,S.),93,iiote3. l/>n*r»(UD'Pttttl),77(notc9. tuBao«(8itJol»iD.te4,mnoi««a.

MA»siiAU,(M.M«Mote«;2l2,,ioto3. Mattmbws (M. W«whln«ton)) 23. 240,

«ar-ff s ». - », ...

Mav(M.A.}.27.

Méca««mb de la physionemte humaine,

M, note7. MéniTATio», 244; souvent accompagnée

SSSESi.1*

Mevei, (IK Adolf). 204. Modestie, 358.

Mo«EAt(M.),3,337

MovvsMom symbolique, 0; syinpa-

MMrESn baHloeh associés clicx le*

animaux, 44; chien, 4%: loup et ci».

«1,40; chenl.4S;cl»l. 49; pou.

let, 60; canard tadorne, 50. MoWM%ï.O»/ioM«»tf,50,notet«. MHUKD* Ferdinand), si. IHxua(Frlb), 12.30, note i

2; 74, note rt; 287. Mvtcuw do la douleur, 192.

7t. note

NÈCAT»0N(Si«m«de),29l. ffmtU.MlteD. 14. 197,913.

qu'ils sont Irrités, «03 ; ils les resserrentprès du corps dans la frayeur,

Oi.n.iuNT(M«»').8t.note«2;2«I»,notel«.

SETS»—.-*.

dans le «ml* ; chic», chat, tigre, OniiVNI., 280.

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:'

:;;:/-.,,;;.;                           1NDBX.

Oim (Prof.), ta, noie 13; 9». iiài3 3; «52,,<0t«tH.

Paoet(8lr t.), 71, M, 334, 3filî, Paubons (!.}, I, noie t.

. Dimiriiftii» ttlftfk

t- l™nm>m'

PB«toMOIKaatl«,0.

d«prc»*tott(|«irOrolioJet,ft.

PlD«ftlT(m).7,2IJ, 1012 2202238.253. 274.

PuirfK.24u.

Puww, t&G; l'époque u> leur première apparition cl.» l'enfant «si voriabe. Iit3t les sauvage» pleurent, MtiM, IÇ5. augmcnlaUç» ou diminution .le la fnctill.- «le pleurer

lire, ai.

PttOSTtUTIQN, 85.

P«CnaLOG.*(Prlncl,.cs de,, par Spen-

P«WùKs(Dllala«londe«.).32â. Ocm^u.»,: concernant .««prcs-

SSi.'S'.N.ItS.MUIliItt. ui?<f.iMiT>nv iHPfigs.iNce, 283.

HÉMCNAT.OX.

nÉMtiTWNou D*:i*iox, s'exprime par . SKiii-ms. 112.

totiillemeiit, 2H, éclat du regard,

rir« pour cacher «et sentiments, W8; apparitionuu rire chet Icnfant, 22Ç.

RnTlJllOCK(Dr), 23, 248. 2«9, 278.

ta™.h b.wlga.aw, nwmmmt» etgedextui ramMnMM Mat, 344 ; cou. tiutog, wn ou«. dL «ald d «prit

sstsrjir—'f-

IIuminantk. hum «notiona ou sensa-Smhwn» (tel. fours habitants, !87.

«.««MO, 131.

SA*r...<m, pariiculiers & l'espèce humaine, 107.

152. ScirauJ!, 293. Scott (Sir WaHtcr), .28. S«»Tt(M.J.).23,2«0,2«,979.28(î. Si:orTfl)'W. II.,, «4. note 3.

es?Jsrr-,,ar les

Sc4:nt:TAiiiB((i.vpogcranu8}, 117.

Sm* {Le») et rhTMtflM, 8, Mote~. ftimnam tondre* et do sympathie,

s=rr»?„r-,fc

141 ; joie et contentement exprimé» iwr te rire. 211 ; W. rire eue* le... j

San..*™ a rat», H3.<t6. SiMtEi. (Prof.), 1)4,116.

SlfiSES tlOSVU TlONNStS, 63.

S.,;** o'Amwunm et ne Dation.

w

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00

400

NDEX.

lourcuse*. H5; colère, HftjdovJcit- 77ij*b, 70;terr,ur, 81; ;mour, «3»

humeur, IW; (rcMiœmenl tht front                           .                T,,.'«„

ce des sourcil*, loi; ètonnemeiit; Tamjii (le Bw. George), 21< 11», 964, frayeur. 163.                                                3U.

-........................— %%ïmw - -

aliénée, 313; d.« de» condamnés m

££ïï5£s:ir*~

ImnmiVrot. W.)( ira. note lS.

S«VT.i(M.Bro.igl.),20..u8.3l6. Soxs, llur émission commo moyens

SStaï!^                *««* 365.

décolère, 90; aboient dtt uhien,    T»i*. 17S.

01 s des chacal» apprivoisa. 91 : mu-    Tïu«s«iutttw cim.donnfcpa* la dou

coulement dm pigeons, 91 ; voix hu-        *i'«\ 77.

maint, ,f; mm i employé* comme    TnKmaam produit par la peur, 70;

moyem de séduction «l'un *ew à Yw>       \™ «« I»hW. « ' l*' »» ™»»»<I««.

tit,M: musique, 9Sà95: crisdel'en.       71 :f^r lacoK.rc.7t < par la frayeur.

font. 9tt; sons de surprix de mépris.       M.

,1e dégoût. 98: sons die* les lapin*.    - —

m-, £ porcs-épie* 99; les insectes.

t00; les oiseaux, 10O. SoumuM» «le corpt et d'esprit, 158. Sotiçox. 83, 280.

Si'iii!»vÉi*r.nvir.nt :tt. Sm(Vo.i>.3U.

1»»»*, AirtcTio», W».

sous l'influence :.5,nole8.

VKMUiWR, R

VAUtTiom des animai» et des plantea * de la domestication,

STK^'SeO.

V,,Ul.t^E,9». VOMI&SKHE.Vr, 109.

VALUCN {»), «G, 2»

Weale (M. J.-P. Ma

10.

aofl.

J..P.Man<et), 22, ut, 2»,

SET.

iviuox (M. Samuel). 31..41,

! IV... u /M \ 07

«vsteiflci.efveu.xarrcclele8.secri.lion». Ymx eontraction deimuscle* qu! en-7*1 ; transpiration. 77; ftireur, n*, I lotiront l'«U. t.».

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iffi'Vii^îfc

»: ™.-'t.

ERRATA.

t'agc M. tis». :», ai, )ieu de : M. Marbier... )ise. : M- Rarbcr.

- 83 - ar,           -           Spencer...... - Spamer.

-~W - I» -           Stocka....... - s«ak.


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Citation: John van Wyhe, editor. 2002-. The Complete Work of Charles Darwin Online. (http://darwin-online.org.uk/)

File last updated 2 July, 2012